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Valorisation de la médecine traditionnelle en contexte africain: expérience de "la maison de la feuille " à  Porto Novo au Bénin


par Daleb Abdoulaye Alfa
Université d'Abomey-Calavi (Bénin ) - Maitrise 2011
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Anthropologie
   
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Disponible en mode multipage

Université d'Abomey-Calavi

(UAC)

Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines
(FLASH)

Département de Sociologie-Anthropologie
(DS-A)

SUJET

Valorisation de la médecine traditionnelle en

contexte africain : expérience de

`'la maison de la feuille`' a Porto- Novo

Composition du jury

Président: Dr Amédée ODUNLAMI Rapporteur: Dr Adolphe KPATCHAVI Membre: Dr Christian AGOSSOU

Mention: Très Bien

Note: 16 / 20

Date: 02 Avril 2012

Présenté et soutenu par : Sous la direction de :

Daleb ABDOULAYE ALFA Adolphe KPATCHAVI

Maître-Assistant

Année Académique 2011-2012

SOMMAIRE

DEDICACE 3

REMERCIEMENTS.................................................................................. 4

LISTE DES SIGLES ET ACRONYMES 5

LISTE DES TABLEAUX 6

RESUME........................................................................................ 7

SUMMARY................................................................................... 8

INTRODUCTION 9

PREMIERE PARTIE : CADRE THEORIQUE ET METHODOLOGIQUE 11

CHAPITRE I : CADRE THEORIQUE 12

CHAPITRE II: CADRE METHODOLOGIQUE 38

DEUXIEME PARTIE : PRESENTATION, ANALYSE ET INTERPRETATION DES

ONNEES............................................................................................... 47

CHAPITRE I : PRATIQUES ET REPRESENTATIONS MEDICALES...................... 48 CHAPITRE II : LES IMPLICATIONS SOCIO-CULTURELLES DE LA

VALORISATION.................................................................................... 62

CONCLUSION......................................................................................... 74

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES.................................................. 76

ANNEXES............................................................................................. 79

TABLE DES MATIERES............................................................ 84

DEDICACE

A mes parents, HANDEMAGNON Florence et ALFA ABDOULAYE Yacoubou

REMERCIEMENTS

Je remercie sincèrement toutes les personnes qui m'ont aidé à réaliser cette étude. Sans leur concours, ce mémoire serait peut être encore à l'état de projet.

Mes remerciements s'adressent particulièrement à :

- Monsieur Adolphe KPATCHAVI mon maître de mémoire qui n'a ménagé aucun effort pour me conduire dans ce travail ; je lui témoigne ici toute ma gratitude.

- A Roch HOUNGNIHIN, pour m'avoir aidé à corriger ce document.

- A tous les enseignants de la Sociologie-Anthropologie qui ont participé à ma formation.

- A Marc EGROT pour ses conseils, sa disponibilité et toute la documentation mise à ma disposition.

- A ma soeur ABDOULAYE Zoulkirath.

- A ma chérie Inès GNIMASSOU pour son soutien indéfectible.

- A Brice DOSSOU YOVO ; le directeur de l'hôpital `'la maison de la feuille''.

- A tous les tradithérapeutes de l'hôpital traditionnel `'la maison de la feuille''.

- A mes oncles et tantes pour leur soutien moral et financier.

- A mes amis Ange, Mursis, Florian, Jaurcs, Aimé, Zull, qui m'ont motivé à conduire à terme ce travail.

- A tous je dis un grand merci.

LISTE DES SIGLES ET ACRONYMES

CBRST : Centre Béninois de Recherches Scientifiques et Techniques CHD-OP : Centre Hospitalier Départemental Ouémé-Plateau

CLTMMTA : Centre Laïc de Traitement des Maladies par la Méthode Traditionnelle de nos Ancêtres.

FLASH : Faculté des Lettres Arts et Sciences Humaines

IFB : Institut Français du Bénin

INSAE : Institut National de la Statistique et de l'Analyse Economique IRPMA : Institut de Recherche en Pharmacopée et Médecine Ancestrale. OMS : Organisation Mondiale de la Santé

ONG : Organisation Non Gouvernementale

SIDA: Syndrome d'Immuno-Déficience Acquise

UAC : Université d'Abomey Calavi

VIH : Virus de l'Immunodéficience Humaine

LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1: Composition et effectif du personnel de la direction.................. 40 Tableau 2: Composition et effectif du personnel médical......................... 41 Tableau 3: Composition et effectif du personnel paramédical.................... 42 Tableau 4: Récapitulatif du nombre d'enquêtés....................................... 50 Tableau 5: Chronogramme des activités............................................. 52 Tableau 6: Fiche signalétique des malades enquêtés............................... 56

Tableau 7: Niveau de fréquentation de la médecine traditionnelle des

malades..................................................................................... 57

Tableau 8: Niveau de satisfaction des malades par rapport au centre........... 58

RESUME

Ce travail de recherche étudie la valorisation de la médecine traditionnelle en contexte africain à travers l'expérience de «la maison de la feuille'' à Porto-Novo au Bénin. En effet, la médecine traditionnelle au Bénin, n'est pas restée statique elle a évolué et ceci pose le problème des rapports entre la tradithérapie et les dynamiques interculturelles auxquelles nos sociétés sont confrontées face à la "modernisation". Il s'ensuit que les rapports entre la médecine traditionnelle et les dynamiques interculturelles sont assez importants pour constituer un problème pertinent de recherche. La méthodologie utilisée pour appréhender notre sujet est une combinaison d'approches qualitative et quantitative. Au total, 42 enquêtés ont été interviewés à savoir les tradithérapeutes, les membres de la direction, les malades de l'hôpital traditionnelle ; mais également les professionnelles des centres de santé publique et privé de Porto-Novo. Le recueil des donnés a été fait par des techniques comme l'observation direct et l'entretien. L'analyse dynamique de G. Balandier a été utilisée comme modèle d'analyse dans le cadre de la présente étude.

Les résultats obtenus montrent qu'avec la valorisation, certaines pratiques et représentations liées à la tradithérapie au centre, sont en déphasage avec les logiques sociales et culturelles qui fondent la médecine traditionnelle. Ces ruptures impliquent un affaiblissement de la base socio-culturelle de la médecine endogène et témoignent d'une logique de légitimation scientifique de la médecine traditionnelle dans ce centre. Par ailleurs certaines logiques socioculturelles propres à la médecine endogène sont sauvegardées grâce à la marge de manoeuvre des tradithérapeutes ; d'autres par contre se pérennisent en subissant des transformations.

A partir des résultats de nos investigations empiriques, nous pouvons dire que des innovations importantes sont jà l'oeuvre au niveau de la médecine traditionnelle exercée dans le centre. Ces innovations sont aussi bien d'ordre technique qu'organisationnel et témoignent de l'imagination créatrice déployée dans cet hôpital pour adapter les remèdes utilisés aux exigences d'une clientèle de plus en plus occidentalisée.

Mots cles : valorisation, médecine traditionnelle, dynamiques interculturelles

SUMMARY

This research examines the socio-cultural implications of the formalization of traditional medicine in the hospital traditional "home of the sheet" in Porto Novo. This is a first step to identify specific practices and performances on traditional medicine in the hospital. In a second step to show the regulations, structure, function characterizing the center and their influence on the nature of traditional medicine is practiced. The methodology used to understand our subject is a combination of qualitative and qualitative approaches. A total of 42 respondents were interviewed traditional healers namely, members of management and the tradition al hospital patients, but also professional public health centers and private of Porto-Novo. The collection was donated made by techniques such as direct observation and maintenance. Dynamic analysis of G. Balandier was used as a model of analysis in this study.

The results show that with the formalization of practices and representations related to traditional medicine center, are out of step with the social and cultural logics that underpin traditional medicine. These breaks involve a weakening of the basic socio-cultural medicine endogenous and reflect the logic of scientific legitimacy of traditional medicine in the center. Also some socio-cultural logic specific to the endogenous medicine are saved thanks to the flexibility available to traditional healers, while others become entrenched against by undergoing transformation.

From the results of our empirical investigations, we can say that major innovations are at work in traditional medicine practiced in the center. These innovations are both technical and organizational evidence of the creative imagination deployed in the hospital used to tailor remedies to the requirements of customers increasingly Westernized.

Keywords: valorization, traditional medicine, intercultural dynamics

INTRODUCTION

La médecine moderne dans les sociétés africaines a dans beaucoup de cas, rencontré l'adhésion des populations, du fait de sa relative efficacité. Mais, elle ne s'est pas traduite par l'abandon total des pratiques thérapeutiques traditionnelles.

"On note, quatre décennies après les indépendances, que la médecine traditionnelle marque son retour en raison d'une combinaison de facteurs culturels, psychosociaux et économiques"(Houngnihin, 2001, p.7). Le temps n'est même pas lointain oil toute pratique thérapeutique traditionnelle était systématiquement assimilée à la magie noire, du charlatanisme. C'est pourquoi, la tendance constatée des Etats africains à préconiser dans le cadre d'une redéfinition de leur politique sanitaire, la valorisation de la médecine traditionnelle et son association avec la médecine moderne semble une rupture qui suscite nombre d'interrogations. En effet, pourquoi un intérêt nouveau pour la médecine traditionnelle de la part des Etats africains?

A ce niveau, trois facteurs sont souvent avancés pour expliquer le mouvement actuel en faveur d'une valorisation de la médecine traditionnelle. Il y a d'abord la conférence d'Alma Alta en 1978, qui consacre l'avènement de la stratégie des soins de santé primaires dont la réussite dépend au premier chef de la participation des populations. La stratégie des soins de santé primaires en concevant les populations, non pas comme de simples usagers de l'action sanitaire, mais plutôt comme des partenaires obligés de travailler à l'amélioration de leur propre bien être, "paraît naturellement apte à reconnaître ceux qui, au sein des populations y prennent déjà une part active (Les tradipraticiens)" (Dozon, 1987, p.10).Les insuffisances de la médecine moderne seraient également à l'origine de l'engouement actuel pour la médecine endogène.

En effet, un vaste courant d'opinion dans les pays industrialisés qui est très critique ou sceptique à l'égard des pratiques et progrès médicaux semble aussi

militer pour la valorisation de formes thérapeutiques alternatives comme la médecine traditionnelle. La notion de valorisation de la médecine traditionnelle aurait enfin connu un succès puisque concordant avec l'orientation politique et idéologique de certains pays africains qui revendiquent un style de gouvernement qui prétend revivifier les valeurs africaines traditionnelles. Ces rares pays où la tradithérapie est légalisée entendent manifester ainsi leur volonté d'indépendance où la santé des populations relève d'un processus endogène de développement et partant requiert la mobilisation des compétences et des savoirs disponibles.

Dans le cadre de cette étude nous nous sommes interrogés sur la valorisation de la médecine traditionnelle à l'hôpital traditionnel «la maison de la feuille'' de Porto-Novo. Cette recherche est structurée en deux parties: d'abord le cadre théorique et méthodologique, ensuite la présentation et l'analyse des données.

PREMIERE PARTIE : CADRE THEORIQUE

ET METHODOLOGIQUE

CHAPITRE I : CADRE THEORIQUE

Dans ce chapitre consacré au cadre théorique, nous avons présenté, la problématique (le problème, les hypothèses, les objectifs de la recherche), le cadre conceptuel, la délimitation du champ de l'étude, la justification du choix du sujet, la construction de l'objet, le modèle d'analyse et la présentation du cadre de l'étude

1. Problème

"Aujourd'hui en Afrique, la médecine traditionnelle n'est pas une alternative à la médecine conventionnelle. Elle constitue la principale source de soins médicaux face aux besoins croissants de la population et aux nombreux défis auxquels les systèmes de santé sont confrontés et qui se caractérisent par la faible performance des services préventifs et curatifs, le coût élevé des prestations dans les établissements hospitaliers, la forte dépendance vis-à-vis de l'extérieur en matière d'approvisionnement en médicaments essentiels, l'insuffisance du personnel, les pesanteurs socioculturelles relatives à la perception, la prise en charge et la prévention des maladies, etc." (Houngnihin, 2009, p.5).

Les études sur les médecines traditionnelles sont très nombreuses. Elles sont menées par des disciplines scientifiques diverses. Cependant, les études de type pharmacologique ou ethno- pharmacologique sont des plus répandues. Il s'agit en fait, dans le cadre de ces investigations, non seulement de répertorier, classer les produits de la pharmacopée, mais aussi, de découvrir les substances actives contenues dans ces produits. C'est dans ce registre qu'il faut ranger par exemple, la présentation faite par De Souza (1994) de quelques produits réputés de la médecine traditionnelle béninoise, choisis sur les étalages du marché de Cotonou, mais aussi, les travaux de Hodouto (1992), qui préconisent la nécessité de rédiger un guide pour l'étude chimique systématique des plantes médicinales.

Il est toutefois important de noter que les approches pharmacologiques de la médecine traditionnelle font l'objet de vives critiques de la part d'auteurs, qui regrettent que ce soit "généralement sur une base pharmacologique que l'on fait reposer habituellement, les fondements de la médecine traditionnelle" (Sillans et Gollnhoffer, 1975, p.285). En effet, les études pharmacologiques, malgré l'intérêt qu'elles présentent, en permettant d'expliquer l'efficacité biologique de certaines plantes médicinales, à travers une mise en évidence de leurs propriétés chimiques et leurs rôles pharmacodynamiques, ne nous semblent pas suffisantes pour une appréhension adéquate de la médecine traditionnelle.

En amputant à la pharmacopée sa dimension culturelle, les analystes en pharmacologie en ont donné une conception réductionniste. La médecine traditionnelle, dans cette perspective, est isolée, détachée de son environnement social et culturel qui lui donne sens et légitimité. On ne peut comprendre la médecine traditionnelle sans s'intéresser à ses guérisseurs, ses patients, leurs croyances, leurs savoirs et leurs visions du monde, bref, sa dimension culturelle. "Cette dimension qui consiste, d'une part, dans le rituel qui précède et accompagne la récolte, la préparation et l'administration des remèdes ; et d'autre part, dans les conditions d'efficacité de ceux-ci, essentiellement liées au mode de classification des affections qui n'est pas nécessairement fondé sur les catégories cliniques observables" (Sillans et Gollnhoffer, 1975, p.285), est incontournable pour une approche de la tradithérapie.

La dimension socio-culturelle de la médecine traditionnelle, est cependant prise en compte et même mise en avant par la perspective anthropologique. En effet, presque toutes les approches anthropologiques, convergent dans la spécification de la médecine traditionnelle par sa propension à rechercher l'étiologie de la maladie dans l'environnement familial ou dans les rapports entre le malade et les divinités.

Ainsi, la maladie mentale, "est considérée soit comme l'oeuvre d'un homme, soit d'un esprit" (Ahyi, 1994, p.203). Dans la même dynamique, Fainzang (1982, p. 415) écrit que "tant dans sa phase diagnostique que dans sa phase thérapeutique, la cure fonctionne comme mythe". La littérature anthropologique, promeut donc dans l'ensemble, une vision des médecines en Afrique comme réalité ancrée dans le symbolisme, le magico-religieux, le social.

Toutefois, signalons que les lectures d'orientation anthropologique de la tradithérapie comportent aussi les insuffisances. D'abord, la médecine traditionnelle n'est pas seulement affaire de rituels, d'incantations et de divinations. C'est aussi des pratiques empiriques. Fainzang (1982, p.419), reconnaît ainsi qu'au niveau de la tradithérapie, "le rationnel n'est pas donné comme tel, isolément, il s'appuie sur le sacré, le mythe". Cette conception qui consiste donc à confiner la médecine traditionnelle dans une mentalité magico religieuse est à récuser.

Notons aussi que la recherche des causes sociales de la maladie n'est pas une caractéristique déterminante pour spécifier la médecine traditionnelle. En effet, comme le montre l'anthropologue Auge (1983, p.23), même dans les sociétés industrielles, occidentales, "la maladie est imputée à la société agressive par l'intermédiaire d'un mode de vie malsain imposé à l'individu".

On pourrait aussi reprocher aux anthropologues, d'avoir sous-estimé " l'importance accordée par les sociétés africaines au maintien de la santé (et non à l'interprétation des maladies déclarées, qui aurait davantage retenu l'attention des anthropologues)"(Auge et Herzlich, 1983, p.18).

Ce rappel du point de vue historique, adressé à l'analyse anthropologique, nous semble heuristique.

Dans la perspective de recherche qui est la nôtre, il semble impératif de ne plus considérer la médecine traditionnelle comme une réalité statique pour la

comprendre. La médecine traditionnelle étant une réalité qui évolue, se transforme, s'adapte, il nous semble nécessaire d'orienter la réflexion vers une approche dynamique de la tradithérapie. Cela est d'autant plus vrai que Balandier (1982, p.6), montre que "les agencements culturels ne peuvent être appréhendés sous le seul aspect des principes qui les régissent et de leur existence "formelle" ; ils ne prennent leur pleine signification que s'ils sont rapportés aux mouvements et conjonctures historiques qui les façonnent et les affectent".

"La période précoloniale est caractérisée par l'utilisation systématique et généralisée de la médecine et la pharmacopée traditionnelles africaines. Les praticiens de la médecine traditionnelle, en raison de leurs compétences et de leurs rôles constituent le premier recours de soins, rendant leur situation enviable des autres couches sociales"(Houngnihin, 2011, p.18). Mais avec la colonisation que les pays africains ont connu, la tendance a changé. Cette colonisation s'est accompagnée d'une pénétration de la culture occidentale en Afrique, mais aussi, de l'implantation d'une médecine d'origine occidentale. La médecine traditionnelle coexiste donc avec une médecine dite moderne depuis longtemps. Cette coexistence ne peut plus être ignorée dans une étude de la tradithérapie.

Avec la décolonisation, les nouveaux Etats africains indépendants se sont lancés dans une entreprise de "modernisation" de tous les secteurs de la société. Le domaine de la santé n'y a pas échappé. Pourtant, la médecine traditionnelle continue d'être pratiquée, malgré cette "modernisation", cette occidentalisation des sociétés africaines. Il semble donc nécessaire de replacer la médecine traditionnelle dans son contexte actuel pour la comprendre. Dans cette perspective, les questions suivantes pourraient être formulées : comment la médecine traditionnelle coexiste-t-elle avec la médecine moderne? Pourquoi la tradithérapie continue-t-elle à séduire de larges couches des populations africaines en ville comme en milieu rural ? Dans quelles conditions la médecine traditionnelle peut-elle s'épanouir dans un environnement de plus en plus imprégné d'une logique scientifique essentiellement d'origine occidentale.

Ces questions incontournables posent en fait le problème des rapports entre la tradithérapie et les dynamiques interculturelles auxquelles nos sociétés sont confrontées avec la "modernisation".

Il s'ensuit que les rapports entre la médecine traditionnelle et les dynamiques interculturelles sont assez importants pour constituer un problème pertinent de recherche.

Il convient également de préciser qu'il existe plusieurs niveaux où on peut saisir l'importance de la dynamique interculturelle dans la compréhension de la situation actuelle de la tradithérapie au Benin. D'abord, soulignons que de plus en plus des guérisseurs adoptent les signes de la modernité. Comme le montre C. Moretti (1983, p.208), "dans les zones péri - urbaines africaines, les "nouveaux guérisseurs" selon l'expression de F. Hagen-boucher, soignent leur apparence d'une manière moderne qui ne "laisse" pas d'impressionner la clientèle: blouse blanche, l'emploi d'un vocabulaire pseudo - médical renforce leur statut de chercheurs en médecine traditionnelle, injustement ignorés selon eux des milieux institutionnels".

De plus en plus la médecine traditionnelle est aussi pensée comme complémentaire à la médecine hospitalière. Dans cette perspective, Gruenais (1985, p.196) pense que "les tradipraticiens permettraient ainsi de pallier les carences du système de santé dans les zones reculées, d'autant mieux qu'ils présenteraient l'avantage d'une bonne insertion dans leur milieu et de proposer des soins à faible coût".

La dynamique sur le terrain se manifeste depuis longtemps par l'intérêt porté par de nombreuses organisations de la médecine traditionnelle béninoise. Ainsi, le 13 décembre 2007, Monsieur Philibert Cossi Dossou-Yovo ouvrait à Porto- Novo `'la maison de la feuille'' qui est un Centre Laïc de Traitement des Maladies par la Méthode Traditionnelle de nos Ancêtres (CLTMMTA).

Cet hôpital traditionnel constitue notre champ d'investigation dans le cadre de ce travail. Cependant, signalons que ce centre présente une certaine spécificité. Certaines règles, normes, principes qui guident le fonctionnement du centre sont dans l'ensemble similaires à ceux des hôpitaux dits modernes. C'est ce type de fonctionnement et les pratiques thérapeutiques dans le centre que nous qualifions de valorisation de la médecine traditionnelle.

Cette valorisation de la tradithérapie constitue donc notre problème spécifique de recherche. La valorisation manifeste clairement à notre avis les dynamiques interculturelles à l'oeuvre au niveau de la médecine traditionnelle. En effet, à `'la maison de la feuille'', des guérisseurs pratiquant la tradithérapie travaillent en collaboration, en coordination, avec des administrateurs et agents de service ayant reçu une formation de type occidental, pour certains du moins.

Cette valorisation introduit non seulement une certaine forme d'organisation de la médecine traditionnelle mais aussi, permet le contact entre les savoirs médicinaux traditionnels et des savoirs modernes.

Ainsi, il s'agit de savoir dans quelles mesures la valorisation de la tradithérapie, qui est en cours à l'hôpital traditionnel «la maison de la feuille'' de Porto-Novo, influence t- elle les pratiques et les représentations relatives à la médecine traditionnelle ?

2. Hypothèses:

Deux hypothèses, constituent les réponses anticipées à cette question de recherche :

Hypothèse 1:

La perception sociale du malade et de la maladie est fortement influencée par la valorisation de la médecine traditionnelle à `'la maison de la feuille''.

Hypothèse 2:

La valorisation de la médecine traditionnelle favorise de nouvelles pratiques thérapeutiques à «la maison de la feuille''.

3 . Objectifs de recherche

A travers cette étude, nous dépasserons la vision de la médecine traditionnelle comme réalité statique.

Spécifiquement il s'agira de :

Objectif 1 :

- Cerner la dynamique des perceptions sociales du malade et de la maladie à travers la valorisation de la médecine traditionnelle jà «la maison de la feuille''.

Objectif 2 :

- Montrer les règlements, la structuration, le fonctionnement qui caractérisent l'hôpital traditionnel «la maison de la feuille'' et leurs influences sur la nature de la médecine traditionnelle qui y est exercée.

4. Cadre conceptuel

Ici, nous allons apporter un éclairage aux concepts clés qui structurent cette étude. Pour ce faire, nous partirons de la littérature pour ensuite donner le point de vue que nous avons adopté.

- Médecine traditionnelle

Il existe une véritable confusion terminologique à propos de la médecine traditionnelle. En effet, des notions comme : pharmacopée, médecine douce, médecine naturelle, phytothérapie, médecine parallèle sont utilisées pour caractériser la médecine traditionnelle. Certains même vont jusqu'à parler de « médecine primitive ou de médecine archaïque». La plupart de ces terminologies ne permettent pas une vision satisfaisante de la médecine traditionnelle.

Parler de médecine ((primitive)) ou ((archaïque)) reviendrait à, cautionner une conception évolutionniste qui déprécie la médecine traditionnelle par rapport à la médecine moderne qui serait supérieure.

En ce qui concerne les appellations : médecine douce, médecine naturelle, phytothérapie, elles reflètent chacune, un des aspects ou spécificité de la médecine traditionnelle, mais aucune prise isolément, ne permet de définir la tradithérapie dans son ensemble.

Ce sont donc des termes réducteurs. La phytothérapie fait référence à cette dimension de la médecine traditionnelle qui est relative au traitement des maladies par les plantes mais occulte tous les autres aspects de la tradithérapie ; de même que les termes, médecine douce et médecine naturelle se rapportent à cette spécificité des cures traditionnelles consistant à employer des produits issus de l'environnement naturel pour soigner, contrairement à la médecine moderne qui utilise des produits de l'industrie chimique pour les soins de santé.

Quant à la notion de médecine parallèle, elle recouvre, toutes les pratiques médicales non conformes à la médecine moderne. Il s'agit donc d'une notion ambiguë, car des pratiques qui n'ont rien à voir avec la médecine traditionnelle peuvent y être inclues.

La médecine traditionnelle ne doit donc pas être caractérisée à travers des terminologies comme: médecine douce, médecine naturelle, médecine << primitive>> ou << archaïque >>, médecine parallèle, qui ne peuvent la définir.

Notons cependant qu'une des définitions les plus répandues et certainement la plus acceptée de la médecine traditionnelle, est celle donnée par les experts de l'OMS. Pour eux, la médecine traditionnelle, c'est "l'ensemble des connaissances et pratiques, explicables ou non, utilisées, pour diagnostiquer, prévenir ou éliminer un déséquilibre physique, mental ou social en s'appuyant exclusivement

sur l'expérience vécue et sur l'observation transmise de génération en génération oralement ou par écrit" (OMS,1976, p.3)

Cette définition de l'OMS nous semble conforme à notre conception de la médecine traditionnelle, comme système médical constitué par l'imbrication du social, du culturel et du thérapeutique.

Cependant, il nous faut maintenant préciser les différents indicateurs qui puissent nous permettre de comparer notre type-idéal de médecine traditionnelle, avec la tradithérapie telle que pratiquée dans le centre. Pour ce faire, nous allons nous appuyer essentiellement sur les travaux de M. Fontaine et E. De Rosny.

Fontaine, dans l'analyse de ce qu'il appelle la socio-culture africaine, dégage six niveaux structurels correspondant chacun à un sous-système de la médecine traditionnelle. Chacun de ces niveaux nous semble pertinent pour constituer un indicateur susceptible de nous permettre d'opérationnaliser notre vision de la médecine traditionnelle.

La technologie : Ici, il faut dire qu'au "niveau technologique, la médecine traditionnelle va être en harmonie et en continuité avec l'environnement," (Fontaine, 1995, p.132).

L'économie : Il s'agit du mode de rétribution des prestations médicales. Notons que, "le système traditionnel met l'accent sur une rétribution qui valorise plus l'être que l'avoir (reconnaissance, respect, activité souvent parallèle à une activité de subsistance) " (Fontaine, 1995, p.133).

Le politique : Nous pouvons retenir que "dans le système traditionnel, la notion de pouvoir concomitante au politique, est inscrite dans un schéma de relations continues et directes. Ce pouvoir du guérisseur s'appuie sur des forces et des procédures qui communiquent avec l'univers de référence des chefs religieux " (Fontaine, 1995, p.133). Pour mettre l'accent sur l'importance du pouvoir au niveau de la médecine traditionnelle, certains vont jusqu'à affirmer que les

guérisseurs "doivent leur prestige plus encore à un pouvoir social qu'à un savoir " (De Rosny, 1992, p.31).

La parenté : C'est un indicateur qui permet de percevoir la dimension sociale de la médecine traditionnelle, En effet, "la médecine traditionnelle trouve dans le système de parenté une valorisation du communautaire et du solidaire " (Fontaine, 1995, p.134). L'importance de la parenté est aussi souligné par De Rosny (1992, p.31), qui montre que "la présence de certaines personnes de la famille, on le devine, revêt une signification capitale " pour la guérison du malade au niveau de la tradithérapie.

La personne : Ici, nous retiendrons que "le système traditionnel (de médecine) se fonde une approche psychosomatique du malade. " (Fontaine, 1995, p.134). En médecine traditionnelle, "les affections ne sont, de ce fait, que rarement traitées par la seule voie pharmacologique, mais presque toujours par la voie psychothérapeutique" (Sillans et Gollnhoffer, 1975, p.288).

Représentation du monde : La médecine traditionnelle se fonde sur une représentation du monde, une philosophie de la vie, de la mort, de la maladie qui se reflète au niveau des traitements. Ainsi, au niveau de la cure "la médecine traditionnelle cherche à rétablir un équilibre, une harmonie perturbés par la maladie" (Fontaine, 1995, p.134).

En bref, la nature de la technologie utilisée, le mode de rétribution des prestations sanitaires, la distribution du pouvoir entre les divers acteurs du centre, mais aussi la place accordée à la parenté dans les pratiques médicales, la conception de la personne malade ainsi que les représentations de la maladie et de la guérison nous servirons de repères pour appréhender la valorisation de la médecine traditionnelle ce centre.

- Valorisation : Nous entendons par ce concept, un processus visant à
améliorer la valeur de quelque chose (Larousse, 1991).Dans le cadre de ce

travail, cette chose est la médecine traditionnelle. La valorisation de la médecine traditionnelle est donc ici un processus d'amélioration de la médecine traditionnelle.

5. Délimitation du champ de l'étude

La médecine traditionnelle est un champ très complexe, dont l'appréhension exhaustive dans le cadre d'une étude aussi modeste qu'un mémoire de maîtrise poserait problème. C'est pourquoi, il est nécessaire de tracer clairement les contours de cette recherche.

Pour ce faire, il faut souligner que l'intérêt sera porté dans le cadre de ce travail, sur les dynamiques socio-culturelles de la tradithérapie en contexte de valorisation de la médecine traditionnelle.

Ainsi, nous n'aborderons pas dans le cadre du présent mémoire des questions relatives à l'efficacité ou non des traitements traditionnels. En effet, malgré l'importance de ce débat, ce travail a des ambitions limitées.

Pour plus de clarté dans la délimitation du champ de l'étude, il faut signaler, que l'effort d'investigation sera davantage centré sur la valorisation de la tradithérapie.

6. Justification du choix du sujet

Nous avons choisi ce sujet de recherche pour plusieurs raisons. Une des raisons du choix de ce sujet tient au fait que la bonne qualité des ressources humaines constitue un atout important pour la promotion du bien être des hommes. Aujourd'hui, il est donc de plus en plus admis que la bonne santé occupe une place importante dans la réalisation du progrès humain. D'où l'urgence qui nous est apparue d'étudier la médecine traditionnelle, fondamentale en matière de santé publique en Afrique. L'essor de la médecine traditionnelle serait lié à l'incapacité du système officiel de santé à jouer pleinement son rôle. En effet, le

développement des infrastructures de santé ne suit pas le rythme de la croissance démographique élevée; ce qui se traduit par un déficit en hôpitaux, centres de santé, mais aussi en personnel médical. En plus, il est aussi souvent déploré la mauvaise répartition géographique des services publics de santé. Ces derniers ne seraient opérationnels pour l'essentiel que dans les centres urbains où sont concentrés des hôpitaux bien équipés alors que dans les zones rurales, ce n'est pas le cas.

Avec toutes ces défaillances du système moderne de santé, la médecine traditionnelle est intéressante à étudier car elle occupe de plus en plus le devant de la scène sanitaire. En effet, de nombreux séminaires, symposiums, émissions de télévision, sont consacrés à la médecine traditionnelle et la pharmacopée. De même, les pouvoirs publics semblent accorder un intérêt au développement de la médecine traditionnelle.

Pour justifier le choix de ce sujet de recherche, soulignons en dernier lieu que, l'anthropologie a montré depuis longtemps que les comportements et les pratiques des individus face à la maladie sont déterminés par des systèmes de représentations qui mettent en jeu des conceptions de la personne, des classifications, des étiologies culturellement marquées.

En plus, il est aussi de plus en plus montré que le malade n'est pas une entité isolable ; son environnement et son entourage familial, social, sont très importants pour l'appréhender adéquatement. Tout cela atteste que les sciences de l'homme et de la société ; en l'occurrence, l'anthropologie et la sociologie, doivent davantage investir les champs de la santé, de la médecine et surtout de la médecine traditionnelle fortement ancrée dans les héritages culturels des sociétés africaines.

7. Construction de l'objet

A propos de la construction de l'objet, Grawitz (1996, p.346) affirme que "c'est un impératif sans mode d'emploi ". Autrement, "Chaque thème de recherche comporte un objet différent et chaque construction doit donc s'adapter à l'objet à construire. " (Grawitz, 1996, p.346).

Pour prévenir toute dérive au niveau de cette phase cruciale de la recherche, Javeau (1990, p.115) avertit que " l'objet ne sera pas construit seulement de manière spéculative ".Le cadre de référence théorique guidera les relevés d'éléments empiriques qui permettront de construire un modèle heuristique de l'objet.

Dans le cadre de ce travail, pour construire notre objet, il semble donc nécessaire de s'écarter, avant tout, des visions simplistes, courantes de la médecine traditionnelle, pour en faire, en rapport avec notre problématique, un objet sociologique.

La médecine traditionnelle est un objet complexe. Sans une précision des contenus assignés à cette notion, il est impossible d'en faire un objet de recherche.

La meilleure manière de faire de la médecine traditionnelle un objet sociologique semble être, de dégager les grands traits représentatifs de sa signification socioanthropologique, que nous allons prendre en compte dans nos investigations. Il s'agit donc de définir un « type - idéal» de la médecine traditionnelle, susceptible de refléter les grandes lignes qui la caractérisent. Ce type - idéal devra ensuite être confronté à la réalité empirique. Selon Ferréol (1995, p.273), le type -idéal au sens wébérien, est un "schéma opératoire permettant de comprendre et de donner un sens à la réalité".

Dans cette perspective, trois caractéristiques majeures nous semblent importantes à prendre en considération dans toute étude socio-anthropologique de la médecine traditionnelle : le social, le culturel, le thérapeutique.

La dimension sociale de la médecine traditionnelle est prouvée par le fait que la tradithérapie a une fonction sociale qui consiste à guérir les maladies, mais aussi à maintenir la cohésion sociale. Ainsi, est-il souvent souligné, le fait qu'en Afrique les guérisseurs "ont un rôle social majeur dans la communauté, car ils détiennent les clés de l'ordre social " (Fontaine, 1995, p.84).

En ce qui concerne la dimension culturelle de la médecine traditionnelle, elle réside "dans le rituel qui précède et accompagne la récolte, la préparation et l'administration des remèdes ; et d'autre part dans les conditions d'efficacité de ceux-ci, essentiellement liées au mode de classification des affections qui n'est pas nécessairement fondé sur les catégories cliniques observables" (Gollnhoffer et Sillans, 1975, p. 285). La tradithérapie se fonde donc aussi sur des croyances, représentations et pratiques rituelles culturellement marquées et auxquelles adhérent aussi bien les tradipraticiens que leurs patients. Ainsi, certains pensent, à propos des remèdes traditionnels que " leur efficacité tient à cet enclavement culturel " (De Rosny 1992, p.34).

La dimension la plus évidente de la médecine traditionnelle est celle thérapeutique. En effet, la médecine traditionnelle a d'abord et avant tout pour vocation de soigner. Pour cela, des pratiques empiriques comme la phytothérapie sont employées par les tradithérapeutes pour guérir leurs malades. Ils " imprègnent le corps de leurs patients de ces substances végétales dont-ils ont le secret : herbes, feuilles fraîches, écorces, racines, oignons, bourgeons et fruits sont taillés, pilés, pulvérisés, liquéfiés et finalement consommés"(De Rosny 1992, p.30). Des actes rituels, symboliques, magiques sont aussi utilisés par les guérisseurs pour soigner. L'objectif visé à travers ces actes, consiste pour le tradithérapeute, "à rétablir l'harmonie, à réinstaller son client à la place qu'il

tenait avant sa maladie, dans l'ordre cosmique et humain qui doit être le sien " (De Rosny 1992, p.31).

Signalons que les trois dimensions majeures de l'objet, dégagées sont étroitement liées les unes aux autres. Ainsi, les fonctions sociales de la tradithérapie peuvent être rattachées aux représentations culturelles et se reflètent sur les pratiques thérapeutiques. En fait, les traitements traditionnels prennent "racine dans une organisation et une structure socio- culturelles" (Fontaine, 1995, p.84).

Dans la perspective d'une approche socio - anthropologique, la médecine traditionnelle peut donc être construite, de façon idéale typique, comme un système. A ce niveau, même si Grawitz (1996, p.395) affirme " qu'il est difficile de donner une définition incontestable et précise du terme « Système »", Ferréol (1995, p.259) quant à lui, montre qu'on peut considérer comme système, tout "ensemble d'éléments, matériels ou non, qui dépendent réciproquement les unes des autres de manière à former un tout organisé "

Cependant il est nécessaire de préciser comme le fait Ladrière (1990, p.1031) dans l'Encyclopédie Universalis, que " le système possède un degré de complexité plus grand que ses parties, autrement dit, qu'il possède des propriétés irréductibles à celles de ses composantes. Cette irréductibilité doit être attribuée à la présence des relations qui unissent les composantes".

Autrement dit, la médecine traditionnelle doit être conçue comme un système plus complexe que les parties qui la constituent ; car le social, le culturel et encore moins le thérapeutique ne fonctionnent isolément au niveau de la tradithérapie. Dans ce cadre, des chercheurs comme De Rosny (1992, p.31) parlent de médecine globale avec des "traitements cosmo-socio-psychothérapeutique" pour qualifier la médecine traditionnelle.

En définitive, dans le cadre de ce travail, notre tentative de construction de
l'objet nous conduit finalement, à considérer la médecine traditionnelle comme

un système idéal - typique, constitué par l'imbrication du social, du culturel et du thérapeutique. Toutefois, ce système de type - idéal devra être confronté à la réalité empirique pour comprendre les effets de la valorisation sur la tradithérapie dans le centre. Il s'agira donc de s'exercer à trouver la conformité ou les différences entre la médecine traditionnelle telle que mise en oeuvre dans l'hôpital traditionnel «la maison de la feuille'' et le type idéal de tradithérapie construit.

A ce titre, la construction systémique est heuristique car comme indiqué par Ladrière (1990, p.1031), "les propriétés globales les plus intéressantes d'un système, sont celles qui ont trait à son comportement évolutif".

Mode de classification des affections (nosologie)

Rituels thérapeutiques

Croyances et représentations liées à la maladie,

la santé, la guérison.

Dimension culturelle

Pratiques empiriques (phytothérapie, massage ...)

Fonctions sociales de la médecine traditionnelle.

(Guérir les maladies, maintenir la cohésion sociale).

Médecine traditionnelle

L'exercice de la médecine traditionnelle

dans des institutions sociales.

Dimension thérapeutique

Dimension sociale

Pratiques symboliques, magico #177; religieuses

Schéma récapitulatif de la construction de l'objet "médecine traditionnelle". Source : (Fontaine,1995)

29

8. Modèle théorique d'analyse

Trois modèles théoriques d'analyse sont souvent proposés afin de comprendre le rôle, la place de la médecine traditionnelle dans la société africaine actuelle, mais aussi, et surtout dans le but "d'interpréter les résistances, oppositions, incompréhensions, rejets du système de santé colonial à l'égard des systèmes traditionnels de santé "(Fontaine, 1995, p.90). Il s'agit de l'évolutionnisme, du diffusionnisme et du fonctionnalisme.

Le modèle évolutionniste se fonde sur une théorie élaborée dans le cadre d'une philosophie de l'histoire qui met l'accent sur le fait qu'une société doit passer par différents stades de développement la conduisant au «progrès». Dans cette perspective, on a souvent "imaginé le modèle médical occidental, entraîné dans sa démarche de progrès scientifique en devenir d'un aboutissement jamais atteint"(Fontaine, 1995, p.90). A l'époque coloniale, la médecine moderne, forte de la conviction de sa supériorité, ne pouvait donc se compromettre en s'ouvrant à d'autres pratiques historiquement situées en amont de sa propre évolution, comme la tradithérapie était supposé l'être. Le modèle évolutionniste a donc pendant longtemps justifié "la primauté de la médecine occidentale, vers laquelle tout autre pratique de santé devait tendre en se transformant ou disparaître"(Fontaine, 1995, p.51). Dans cette perspective, la médecine traditionnelle doit conquérir sa validité en épousant les principes de la médecine moderne.

Sur le plan médical, le diffusionnisme poserait le problème des processus mis en branle par la diffusion de « traits culturels» dans le domaine des soins de la maladie. "Ce modèle va inaugurer la problématique de l'acculturation"(Fontaine, 1995, pp.91-92).

La valorisation va-t-elle entraîner une évolution de la médecine traditionnelle
dans l'hôpital traditionnel «la maison de la feuille'', et aboutir à un

rapprochement étroit avec le modèle occidental de la médecine ? Le point de vue diffusionniste, met l'accent sur les processus de transformation par contact.

Une approche fonctionnaliste peut par exemple consister à "chercher à comprendre les relations existant entre le guérisseur et les autres éléments (pouvoir, savoir, relations avec le malade, traitement ...) du système de santé et d'expliciter la fonction de ces relations " (Fontaine, 1995, p.94). L'approche fonctionnaliste permettrait aussi de se demander: quels rapports nouveaux, la valorisation de la médecine traditionnelle, introduit-elle entre les différents éléments composants le système médical traditionnel ? La fonction du guérisseur change-t-elle ou reste-t-elle identique dans le cadre de la valorisation ?

Cependant, dans le cadre de ce travail, l'analyse dynamiste de Balandier nous semble plus appropriée pour éclairer les problèmes que pose la valorisation de la médecine traditionnelle. Elle a l'avantage d'intégrer les questions posées à la fois par l'évolutionnisme, le diffusionnisme et le fonctionnalisme. C'est pourquoi, elle sera retenue comme modèle théorique d'analyse.

9. Présentation du cadre de l'étude

Selon Emile Durkheim, le fait social est extérieur à l'individu et doué d'un pouvoir de coercition en vertu duquel il s'impose à lui. Il découle de cette conception que le sociologue qui s'engage dans une recherche de terrain, ne peut négliger l'analyse du milieu de l'étude dont la bonne appréhension conditionne la compréhension des pratiques et des représentations des acteurs sociaux.

Ici il sera question pour nous dans un premier temps, de présenter la commune de Porto-Novo, où est implanté l'hôpital traditionnel «la maison de la feuille''. Dans un second temps nous mettrons en évidence les aspects institutionnels et les activités médicales propres au centre.

31

9.1. La commune de Porto-Novo

Situé au sud du Bénin à 30 km de Cotonou, la ville de Porto-Novo est localisée entre 6°30 de latitude Nord et 3°30 de longitude Est. Elle est limitée au Nord par les communes d'Akpro-Missérété, d'Avrankou et d'Adjarra ; au Sud par la commune de Sèmè-kpodji ; à l'Est par la commune d'Adjarra ; à l'Ouest par la commune des Aguégués. La ville de Porto-Novo couvre une superficie de 52 km2 soit 0,05% du territoire nationale. Le climat est typique d'un climat humide subéquatorial. Deux saisons des pluies et deux saisons sèches se partagent l'année climatique. La commune de Porto-Novo est constituée de 5 arrondissements. `'La maison de la feuille'' de Porto-Novo qui constitue notre cadre de recherche se situe dans le deuxième arrondissement.

De nos jours, il existe une mosaïque d'ethnies qui cohabite à Porto-Novo. Les Goun et Fon sont majoritaires (66%), suivis des Yoruba (25%), et des Adja, Mina et Toffin (4%). Les autres ethnies sont composées de Bariba, Dendi, YomLokpa, Otamari et Peulh (5%) etc.

La vie spirituelle de la municipalité de Porto-Novo est animée par plusieurs religions. Chacune d'elle prêche pour la culture de la paix, de la tolérance mutuelle et de la cohésion locale et nationale. Trois catégories de religions peuvent être distinguées. La religion traditionnelle (29,20%). La religion traditionnelle est constituée autour des divinités vodoun, tron, zangbéto, oro etc. Les exigences de leurs rites et rituels sont favorables à la protection des forêts sacrées qui abritent leurs couvents. La religion chrétienne (45,70%) regroupe les églises évangéliques, les catholiques, les protestants et les christianistes célestes. Enfin nous avons l'Islam (25,10%).

Le secteur de la santé dans la ville de Porto-Novo est caractérisé par la
complémentarité entre les centres de santé publics et ceux du privé. La médecine
traditionnelle à travers la pharmacopée joue aussi un rôle non négligeable dans

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l'offre des soins de santé aux populations de Porto-Novo. Ainsi, des centres de promotion des produits de la pharmacopée sont en floraison.

9.2. Présentation de l'hôpital traditionnel «la maison de la feuile»

Nous présenterons l'hôpital traditionnel «la maison de la feuille'' ; d'abord ses aspects institutionnels et ses ressources humaines et matérielles ; ensuite les activités pharmaceutiques et médicales du centre seront exposées.

9.2.1. Aspects institutionnels

Les aspects institutionnels permettent de montrer la spécificité du centre en tant

qu'organisation, à travers une mise en avant de son historique, ses objectifs, sa structuration et son fonctionnement.

- Historique

La création de l'hôpital traditionnel «la maison de la feuille'' le 13 décembre 2007, est le résultat de l'échec de la collaboration entre la médecine moderne et la médecine traditionnelle. En effet cette collaboration a commencé dans les années quatre vingt quatre au centre hospitalier départemental de l'OuéméPlateau ; c'était la période où tous les centres hospitaliers départementaux du pays devraient collaborer avec la médecine traditionnelle. Selon le promoteur de «la maison de la feuille'' qui est toujours resté responsable des tradithérapeutes du CHD de l'Ouémé-Plateau, cet échec se justifie par le fait que les tradipraticiens arrivaient à prendre en charge efficacement les patients du CHD Ouémé-Plateau. Du coup, le CHD n'avait plus de ressources suffisantes pour fonctionner ; alors les médecins ne leurs transféraient plus les malades. C'est donc pour faire la promotion de la médecine traditionnelle que le promoteur a créé l'hôpital traditionnel «la maison de la feuille''.

- Objectifs

En créant «la maison de la feuille'', l'objectif du promoteur est de mettre à la
disposition de la population béninoise un hôpital de diagnostic et de traitement

purement endogène et à moindre coût. Aucun médicament moderne ne doit être administré à un patient dans cet hôpital traditionnel.

Le malade n'est référé au laboratoire d'analyse que pour, dans certains cas, la précision du diagnostic et revient ensuite suivre son traitement traditionnel. De plus, ce laboratoire qui est en collaboration avec le centre est la propriété du promoteur.

Pour élargir le champ d'activité de «la maison de la feuille'', le promoteur a aussi pour ambition de créer dans toutes les régions du Bénin, des centres du genre. Mais pour le moment, l'hôpital traditionnel cherche à améliorer sa capacité d'autofinancement.

Selon le Directeur Général du centre, l'un de leurs objectifs le plus important est de « contribuer à l'essor de la médecine traditionnelle, en l'affranchissant de son caractère ésotérique ».

- Structuration et fonctionnement

L'hôpital traditionnel «la maison de la feuille'' est doté de trois modules de 3 salles. Juste à l'entrée du centre, il y a un module à droite et un autre à gauche. Le module de gauche regroupe les salles d'hospitalisation et celui de droite la salle de consultation médicale, la pharmacie et la direction. Le troisième module qui est au fond du centre est constitué de la cuisine, du magasin, et de la salle de consultation du Fa.

- Organigramme du centre

Direction

Tradipraticiens

Personnel de service

Source : Enquête de terrain, Juillet 2011.

9.2.2. Ressources humaines et matérielles

Il s'agit ici de faire état de la composition du personnel du centre avant de présenter ses infrastructures.

- Composition du personnel.

Il existe trois catégories de personnel à «la maison de la feuille''. Le personnel administratif, le personnel médical et le personnel paramédical.

? Le personnel administratif

Le rôle du personnel administratif est surtout de coordonner le travail
d'administration et de gestion du centre. Les membres de la direction ont des
compétences et formations variées, mais se complètent dans le travail. Pour

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associer les guérisseurs à l'administration du centre, deux tradipraticiens sont membres de la direction.

Tableau 1 : composition et effectif du personnel de la direction

Membres de la direction

Effectif

Président Directeur Général

1

Directeur Général

1

Directeur Technique

1

Chef personnel

1

Comptable

1

Surveillant

1

Contrôleur

1

Total

7

Source : Enquêtes de terrain, Juillet 2011. ? Le personnel médical

Treize (13) thérapeutes traditionnels et trois (3) apprentis composent le personnel médical de l'hôpital. A ce niveau, il faut simplement noter que les premiers sont appelés « azongb ëtë », ce qui signifie en langue locale goun guérisseur alors que les seconds « azonkpon », ce qui signifient en langue locale goun garde malades sont en cours de formation en tradithérapie. Les « azonkpon të » exercent sous la direction des « azongb ëtë ».

Tableau 2 : Composition et effectif du personnel médical

Personnel médical

Effectifs

Thérapeutes traditionnels

13

Apprentis

3

Total

16

Source : Enquêtes de terrain, Juillet 2011.

? Le personnel paramédical

Le rôle du personnel paramédical est d'assister le personnel médical pour l'exécution de tâches précises. En ce qui concerne le secrétaire d'accueil, il est chargé de la réception des nouveaux malades et de leur orientation vers le tradipraticien de garde. Le personnel paramédical permet de rendre le travail médical plus efficace. Le rôle du « Amanssidatë » est de se charger de la préparation de certains médicaments qui ne sont pas dans la pharmacie du centre ; ou des produits qui ne peuvent pas être conservés plus d'une journée.

Tableau 3 : Composition et effectif du personnel paramédical

Personnel paramédical

Effectifs

Fabricants de médicaments
« Amanssidatë »

4

Secrétaire d'accueil

1

Total

5

Source : Enquêtes de terrain, Juillet 2011.
9.2.3. Les infrastructures

L'hôpital traditionnel «la maison de la feuille» est doté d'infrastructures lui permettant de prendre en charge ses patients dans un cadre plus ou moins rassurant. En plus, elles auraient l'avantage de ne pas engendrer de stress chez les patients car recréant au maximum un cadre rassurant. C'est un ensemble comprenant :

- 3 salles d'hospitalisations de 4 lits - 1 salle de consultation médicale

- 1 salle pour la pharmacie

- 1 salle pour l'équipe dirigeante

- 1 salle pour la consultation du Fâ

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- 1 salle de cuisine

- 1 salle pour magasin

- 1 module de 2 bâtiments pour toilette (WC)

9.2.4. Les Activités Médicales

L'examen des activités médicales permet de saisir les pratiques spécifiques relatives à la tradithérapie dans ce centre. A ce niveau, il faut souligner que les activités du centre s'exercent dans le domaine de la médecine générale.

Actuellement, les affections les plus traitées par le centre sont les suivantes : le paludisme, le diabqte, l'hypertension, les ulcqres gastriques, les hémorroïdes, la drépanocytose, le rhumatisme.

9.2.5. Les Activités pharmaceutiques

Les activités pharmaceutiques du centre sont celles qui se rapportent à la préparation et à la vente des médicaments. La cuisine et la pharmacie montrent l'importance des efforts consacrés dans ce centre à la production des remèdes destinés aux malades.

Concrètement, les médicaments préparés sont divers. Toutefois nous pouvons en citer quelques formes : décoctions, infusions, macérations, poudres et mélanges de poudres, sirops, lotions antiseptiques, pommades, diverses huiles médicamenteuses etc.

CHAPITRE II : CADRE METHODOLOGIQUE

Pour atteindre les objectifs assignés à notre étude et donner à ce travail de recherche une validité scientifique, nous avons emprunté une démarche méthodologique qui s'articule selon trois phases successives à savoir une phase exploratoire, une phase de collecte des données et enfin une phase de traitement des données.

1. La phase exploratoire

Cette phase préparatoire a consisté pour nous, à faire une recherche documentaire, des entretiens exploratoires et une pré-enquête, afin de recueillir des informations sur notre sujet de recherche.

1.1. La recherche documentaire

Cette phase a couvert toutes les étapes de la recherche. A cet effet, plusieurs centres de documentation ont été fréquentés au fur et à mesure du déroulement de la recherche. Elle s'est déroulée à l'institut français du Bénin, au centre de documentation de la FLASH, au centre de documentation du CBRST, au centre de documentation du système des Nations Unies, au centre de documentation du ministère de la santé, au centre de documentation du programme national de la pharmacopée et de la médecine traditionnelle et au centre des hautes études de Porto-Novo. Par ailleurs, la consultation de la documentation privée de certaines personnes ressources et des sites internet a été d'une grande importance. Elle a été l'occasion pour nous, de consulter le maximum d'ouvrages sur la médecine traditionnelle, en prêtant une attention particulière aux écrits qui insistent sur les aspects socio-culturels et la valorisation de la tradithérapie.

L'objectif principal de cette phase documentaire, était de nous permettre de constituer un socle théorique fiable pour notre étude, en nous imprégnant de l'état du débat scientifique sur notre sujet de recherche. Les lectures exploratoires ont aussi été pour nous l'occasion de prendre connaissance d'ouvrages de

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méthodologie en sciences sociales afin de découvrir les méthodes les plus appropriées pour mener à bien nos analyses et investigations.

1.2. Les entretiens exploratoires

Dans le souci d'obtenir le maximum d'informations sur notre sujet de recherche, nous ne pouvions nous en tenir exclusivement aux lectures exploratoires, pourtant très instructives. C'est pourquoi, nous nous sommes entretenu avec des personnes, qui par leur position, ont une connaissance poussée de la médecine traditionnelle.

En gros, ces entretiens qui étaient non directifs, étaient centrés sur les questions de la situation actuelle de la médecine traditionnelle et de l'avenir de la tradithérapie au Bénin. Les entretiens exploratoires nous ont permis de percevoir les atouts et difficultés de la médecine traditionnelle dans le contexte sanitaire actuel.

1.3. La pré-enquête exploratoire

Cette étape de l'exploration est celle pendant laquelle, il faut nouer un contact direct avec le terrain d'investigation. Elle a eu l'utilité de nous permettre de définir les orientations à donner à notre étude.

2. La phase de collecte des données

Après la phase exploratoire, nous avons entrepris l'étape centrale de notre démarche méthodologique : la collecte des données. Cette phase importante de la recherche, passe d'abord par une présentation des groupes cibles de l'étude. Ensuite, nous procéderons à la présentation de la nature de l'étude, des techniques et outils de collecte des données, des difficultés rencontrées lors de nos investigations et enfin du calendrier de recherche.

2.1. Les groupes cibles

Pour la collecte des données, en fonction de nos préoccupations de recherche, nous avons choisi trois groupes cibles parmi les composantes du centre. Cette division de notre population d'enquête en plusieurs groupes se justifie par le fait que nous avions besoin pour cette étude d'informations multiples et diversifiées. A ce titre, il fallait obtenir le point de vue de personnes occupant des positions différentes dans le centre. C'est pourquoi, des outils de collecte des données spécifiques ont été conçus pour chaque groupe cible.

Ces trois groupes retenus sont: les tradipraticiens, les membres de la direction, les malades.

Les tradipraticiens : il s'agit du personnel médical, composé de seize (16) personnes, parmi lesquels treize (13) tradithérapeutes et trois (3) apprentis.

Les membres de la direction : Ils sont au nombre de sept (7). Il y a le président directeur général, le directeur général, le directeur technique, le chef personnel, le comptable, le surveillant, le contrôleur. C'est l'équipe dirigeante de l'hôpital traditionnel «la maison de la feuille''.

Les malades : Il existe deux catégories de malades à `'la maison de la feuille''. Les malades en régime interne, qui sont hospitalisés. Ils étaient au nombre de cinq (5) personnes. Les malades externes sont ceux qui viennent ponctuellement ou sur rendez-vous se soigner au centre et repartent chez eux. Ils n'étaient donc pas possibles d'avoir une liste exhaustive de tous les malades externes. Signalons dès maintenant que nos enquêtes ont concerné aussi bien les malades en régime externe que les malades hospitalisés du centre.

En dehors de ces trois groupes cibles principaux choisis parmi les composantes
du centre, l'enquête a aussi ciblé des professionnels de la santé (médecins,
infirmiers) dont l'avis sur le centre est important. Les professionnels de la santé

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interrogés dans le cadre de cette étude, exercent au CHD-OP et à la clinique médicale HWLENGANTON de Porto-Novo. Ces centres médicaux ont été choisie parce que, nous étions au courant de flux de malades entre «la maison de la feuille'' et ces deux centres.

2.2. Nature de l'étude et techniques de collecte des données

Les implications socio-culturelles liées à la valorisation de la médecine traditionnelle sont nombreuses et variées. Pour les saisir, il est donc nécessaire de diversifier les techniques d'approche. C'est pourquoi, la démarche méthodologique adoptée dans le cadre de ce travail, est une combinaison des approches qualitative et quantitative pour ne perdre de vue aucune variable explicative de notre objet d'étude. Ainsi, nous avons utilisé trois techniques complémentaires de collecte des données: l'observation, les entretiens individuels et le questionnaire.

- L'observation

L'observation directe du milieu d'étude a permis d'en extraire des renseignements pertinents à notre recherche. Elle a été l'occasion pour nous d'avoir une connaissance plus approfondie du fonctionnement de l'hôpital traditionnel «la maison de la feuille'', de saisir les interactions entre individus et groupes le composant.

- Les entretiens individuels

Parmi les enquêtés, il y a eu huit (8) guérisseurs sur les treize (l3) qui travaillent dans le centre, mais aussi quatre (4) membres de la direction. Notons aussi que des entretiens individuels ont eu lieu avec vingt (20) malades externes et deux (2) malades hospitalisés. Quatre (4) professionnels de la santé opérant à la clinique médicale HWLENGANTON et quatre (4) également opérant au CHDOP ont été interrogés. Signalons qu'en dehors du groupe des malades, le nombre d'enquêtés à interroger au niveau de chaque groupe cible n'était pas prédéterminé au départ de l'enquête. Nous avons opéré selon le principe de l'enquête par

saturation. Autrement dit, nous avons interrogé le maximum d'individus dans chaque catégorie, jusqu'à avoir une récurrence dans les réponses.

- Le questionnaire

Concernant la taille des malades, elle a été déterminée de façon déductive. En effet, étant donné qu'on n'avait pas une liste exhaustive de tous les malades en régimes externe, nous avons préféré utilisé la méthode d'échantillonnage non probabiliste et plus spécifiquement l'échantillonnage par quotas. Le quota concernant le pourcentage d'homme et de femme à été choisi étant donné qu'on avait des informations sur la proportion d'homme et de femme qui venaient en consultation dans le centre; 70% d'homme contre 30% de femme.

2.3. Les Outils de collecte des données

Dans le cadre de cette recherche, nous avons utilisé pour la mise en oeuvre pratique de nos techniques de collecte des données, des outils leur correspondant. C'est ainsi que pour l'observation directe, nous avons employé une grille d'observation ; pour les entretiens individuels, nous avons administré trois guides d'entretien ; et enfin un questionnaire a été administré pour le questionnaire entant que technique.

La grille d'observation : afin de prendre bonne note des éléments observés directement sur le terrain d'étude, nous avons confectionné une grille d'observation comportant quatre rubriques que sont : équipement de la structure, matériel des guérisseurs, types de remèdes prodigués aux malades et interactions. A travers ces rubriques, nous voulions constater par nous-mêmes, les moyens matériels dont dispose le centre ainsi que les guérisseurs qui y exercent. Notre

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objectif était aussi de nous rendre compte des orientations thérapeutiques de cette structure et des interactions entre ses différentes composantes.

Le questionnaire : un questionnaire a été administré à (22) malades. Ce questionnaire, dominé par des questions ouvertes, visait d'abord à l'identification sociologique des malades. Toutefois, le questionnaire a aussi permis de recueillir l'avis des malades sur la médecine traditionnelle exercée dans le centre. Les patients ont eu aussi à se prononcer sur les raisons de leur choix de cet établissement pour se soigner.

Les guides d'entretien : trois guides d'entretien ont été administrés lors de nos enquêtes. Le premier guide d'entretien était destiné aux membres de la direction du centre. Grâce à ce guide composé de quatre thèmes et de quatorze sous thèmes, nous avons pu avoir une vision globale des dimensions institutionnelles thérapeutiques, socio-culturelles du centre, mais aussi des relations qui existent entre médecine traditionnelle et médecine moderne. Ce guide d'entretien a été administré aux quatre (4) membres clés de la direction (Le Président Directeur Général ; le Directeur Général, le contrôleur et le surveillant) qui étaient les plus aptes à nous fournir des informations pertinentes sur le centre et ses orientations majeures. A ce titre, ils furent nos informateurs privilégiés.

Le second guide d'entretien destiné aux tradipraticiens comportait deux (2) thèmes et douze (12) sous-thèmes. L'objectif ici, était de recueillir des informations sur les méthodes thérapeutiques des guérisseurs, leur approche du malade et de la maladie, les relations existant entre tradipraticiens, malades,

membres de la direction. Ce guide était aussi confectionné, pour nous permettre d'appréhender la place accordée dans leurs pratiques par les guérisseurs du centre aux dimensions socio-culturelles de la médecine traditionnelle : technologie, économie, politique, parenté, personne, représentation de la maladie. Huit (8) tradipraticiens ont été interrogés dans ce cadre.

Le troisième guide d'entretien ciblait les professionnels de la santé. Trois thèmes ont été retenus pour nous permettre de recueillir les opinions des professionnels de la santé sur la valorisation de la tradithérapie à `'la maison de la feuille'' et sur les rapports entre médecine traditionnelle et médecine moderne. Nous nous sommes entretenus avec huit (8) professionnels de la santé.

Au total 20 enquêtés ont été déterminés de façon inductives et 22 de façon déductive.

Tableau 4 : Récapitulatif du nombre d'enquêtés

Tradithérapeutes

Membre de
la direction

Malades
externes

Malades
internes

Personnel clinique
HWLENGANTON

Personne
CHD-OP

Total

08

04

20

02

04

04

42

Source : Enquête de terrain, Juillet 2011

45

2.4. Difficultés rencontrées

Le présent travail ne s'est pas fait sans difficultés. Nous avions été confrontés à la méfiance des membres du centre surtout des tradithérapeutes qui ne comprenaient pas exactement le but de notre étude ; ils avaient l'impression qu'on venait les évaluer malgré toutes les explications faites à leur endroit. Il a souvent fallu que le Directeur du centre, joue le rôle de facilitateur pour que

certains membres de la structure acceptent de répondre à nos questions. De ce

fait, nous étions obligés de ne pas faire d'enquête dimanche, jours pendant

Nous devons aussi dire que tous les tradithérapeutes ne nous permettaient pas

d'assister aux consultations médicales afin de voir les interactions entre malades et tradithérapeutes. Au chapitre des difficultés, il faut aussi dire que nous avions eu un grand problème à nous entretenir avec le promoteur du centre. Aussi, pour interroger les malades externes, notre stratégie consistait à les aborder à l'extérieur du centre, parfois en faisant chemin avec ceux qui n'avaient pas de moyen de déplacement ; nous avons évidemment essuyé quelques refus.

En ce qui concerne le CHD-OP et la clinique HWENGANTON, nous y avons

2.5. Le calendrier de recherche

Le calendrier de recherche résume les grandes phases qui ont jalonné la présente recherche et le chronogramme suivi. Ainsi, les principales étapes de la présente recherche sont résumées dans le tableau suivant.

Tableau 5 : Chronogramme des activités

Périodes

Etapes de la recherche

Mars 2010

Formulation du sujet de recherche

Avril-Juin 2010

Production du protocole de recherche

Décembre 2010

Correction et validation du protocole

Juillet-Septembre 2011

Collecte des données empiriques

Septembre- Octobre 2011

Dépouillement et traitement

Octobre-Décembre 2011

Rédaction du document

3. Traitement des données

Pour le traitement des données de l'enquête, nous avons d'abord procédé à un dépouillement manuel de nos outils de collecte des données. Dans le cadre de notre recherche, nous avons privilégié l'analyse de contenu, afin de structurer et de donner un sens aux diverses informations recueillies dans les différents entretiens réalisés.

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DEUXIEME PARTIE :

PRESENTATION ET INTERPRETATION DES

DONNEES

CHAPITRE I : PRATIQUES ET REPRESENTATIONS MEDICALES

Afin de montrer la spécificité des pratiques et représentations médicales, dans le centre, nous allons exposer dans ce chapitre les orientations thérapeutiques de cette structure. Nous allons aussi présenter les itinéraires thérapeutiques des malades, les rapports entre tradithérapie et médecine moderne, les dimensions socio-culturelles de la médecine traditionnelle dans ce centre.

1. Les orientations thérapeutiques

Elles s'inscrivent dans les préoccupations et objectifs du centre concernant les

méthodes de soins mais aussi dans ce qu'on pourrait appeler la «philosophie» médicale du centre.

A ce niveau, notons que la phytothérapie constitue la base de la tradithérapie dans le centre. En effet, les médications employées par le centre sont issues de plantes médicinales mais aussi de compositions diverses. Cela se traduit dans les propos d'un des tradithérapeutes qui affirmait que : « ici, notre atout est que nous savons associer les plantes ».

Par ailleurs, toutes les méthodes thérapeutiques ne sont pas avalisées par l'établissement. Ainsi, à l'intérieur du centre, l'utilisation de médicaments modernes est strictement proscrite pour conserver l'aspect endogène de la cure. Cette option qui procqde d'une quête de revendication identitaire est perceptible dans les propos d'un des membres de la direction qui affirmait : « nous voulons rester nous-mêmes ».

Il y a lieu également de souligner que le règlement du centre interdit tout sacrifice, toute pratique incantatoire dans les soins . Le centre tient à préserver le respect des croyances religieuses étant donné qu'il est un centre laïc.

Les pratiques rituelles sont aussi bannies comme méthodes thérapeutiques. C'est ainsi que le directeur général du centre affirme : « nous évitons tout ce qui est mystique, parce que ce sont des choses que nous ne connaissons pas. Si un

49

tradipraticien à des connaissances mystiques, il peut les utiliser mais en dehors du centre ».

Sur le plan nosologique, seules les maladies (naturelles» sont officiellement reconnues dans le centre, la catégorie du surnaturel n'étant pas prise en compte dans la classification des affections. Cependant, il faut noter que la plupart des guérisseurs disent accorder une importance au surnaturel dans leurs pratiques. Un des tradipraticiens enquêtés affirme même employer la « divination » au niveau de la phase diagnostique.

2. Les itinéraires thérapeutiques des malades

Malgré une prédominance des chrétiens (81%) et des gouns (45%), les patients du centre sont d'origines religieuse et ethnique diverses.

La prédominance de ce groupe socio-culturel pourrait s'expliquer par la présence du centre sur leur territoire. Quant au taux élevé des chrétiens, il serait lié au caractère officiel laïc de la maison qui évite tout ce qui est mystique dans le traitement.

En plus, alors qu'aucun malade enquêté n'a moins de 17ans, les plus de 40 ans représentent 50%. Un tradithérapeute explique cette situation en ces termes (les personnes âgées sont plus réceptives à la médecine traditionnelle alors que les jeunes, à cause de l'école ont le mépris de la tradition».

Les malades interrogés ont des itinéraires thérapeutiques diverses. En effet ils sont tous passés par des hôpitaux modernes ou / et des tradipraticiens avant d'aller à l'hôpital traditionnel «la maison de la feuille''. Ainsi, un tradithérapeute affirme, parlant des malades : (personne n'est venue ici directement».

Le tableau 6 présente la fiche signalétique des malades enquêtés

Tableau 6 : Fiche signalétique des malades enquêtés

Malade

 

Effectif

Pourcentage

Religion

Chrétien

18

81,81

Musulman

04

18,19

Sexe

Masculin

15

68,18

Féminin

7

31,82

Ethnie

Goun

10

45,46

Fon

6

27,28

Yorouba

3

13,63

Adja

2

9,09

Toffin

1

4,54

Source : Enquête de terrain, Juillet 2011

Par rapport à l'itinéraire thérapeutique proprement dit, quatorze (14) malades sur vingt deux (22) ont d'abord essayé la médecine moderne avant de se tourner vers le centre. Six (6) malades sont passés par des hôpitaux modernes, puis par des tradipraticiens avant de recourir à `'la maison de la feuille'' de Porto-Novo. C'est pourquoi, un membre de la direction dit des malades de «la maison de la feuille'' : «ce sont des découragés des hôpitaux ».

L'examen des itinéraires thérapeutiques montre que la plupart des malades ont déjà eu à expérimenter un traitement, avant de venir au centre. Le centre est donc en quelque sorte un dernier recours au patient qui n'arrive pas à trouver une issue pour sa maladie.

Hôpital

 

Guérisseur

 
 
 
 

Hôpital

 
 
 
 
 
 
 

2 malades

6 malades

14 malades

Guérisseur

`'La maison de la
feuille''

Graphique : Itinéraires thérapeutiques des malades interrogés (dernier épisode de la maladie)

Source : Enquête de terrain, juillet 2011

Tableau 7 : Niveau de fréquentation de la médecine traditionnelle des malades.

Malades

Effectif

Pourcentage

Sollicitent la médecine traditionnelle
pour la première fois au centre

4

18,18

Ont déjà sollicité la médecine
traditionnelle dans leur vie avant le
centre

18

81,82

Total

22

100

51

Source : Enquête de terrain, juillet 2011.

La plupart des patients interrogés pensent que la médecine traditionnelle à `'la maison de la feuille'' présente des spécificités par rapport à d'autres pratiques endogènes. Pour justifier ces spécificités les malades avancent les arguments suivants : « ce n'est pas cher, c'est plus sûr, c'est plus efficace, c'est plus moderne ».

Les malades, dans leur majorité, semblent satisfaits des soins qu'ils reçoivent dans le centre comme le témoigne le tableau 8.

Tableau 8 : Niveau de satisfaction des malades par rapport au centre.

Malades

Effectif

Pourcentage

Accepteraient de recommander le centre à d'autres patients

19

86,36

Refuseraient de recommander le centre à d'autres patients

0

0

Ne savent pas s'ils feraient la publicité du centre

3

13,64

Total

22

100

Source : Enquête de terrain, juillet 2011

La plupart (86%) des patients enquêtés affirme qu'ils accepteraient de recommander le centre à d'autres malades. Seulement 13% ne savent pas s'ils feraient la publicité du centre et la justification qu'ils donnent, c'est qu'au moment de l'enquête, c'était leur premier jour de contact avec le centre, ils ne pouvaient donc pas, donner leur avis sur la structure. Ce qui est remarquable, c'est que lors des investigations empiriques, aucun patient interrogé n'a décrié ouvertement le centre ou avoué sa déception.

Les malades interrogés sont venus d'un peu partout du territoire national. Ceux
qui sont de Porto- Novo et dans les environs disent avoir connu le centre par les

53

émissions radio que les tradithérapeutes font par rapport à certaines pathologies. Ceux qui viennent de très loin ; c'est la minorité, disent avoir connu le centre à travers la bouche à oreille.

L'itinéraire thérapeutique d'un malade dont nous avons recueilli l'opinion, est révélateur du profil général des patients du centre.

Encadré 1

«Je souffre d'une maladie du ventre [.. .], je suis d'abord parti à l'hôpital moderne. Là-bas on ne m'a rien dit de clair. On m'a prescrit des ordonnances que je ne parvenais pas à acheter la plupart du temps, à cause des prix élevés. C'est ensuite qu'on m'a conseillé de me tourner vers la médecine traditionnelle car il se pourrait que je sois victime d'une «agression mystique».

Tout en explorant la médecine traditionnelle, je n'avais pas pour autant
abandonner les traitements modernes. C'est devant la persistance de la maladie

qu'un ami m'a recommandé `'la maison de la feuille». Depuis que je viens ici, je rends grace à Dieu, mon état s'est beaucoup amélioré. Pour moi, c'est la médecine du noir qui peut guérir la maladie du noir ». Patiente, 35 ans.

Si les prix élevés des médicaments modernes et l'insatisfaction des patients dans les soins expliquent le transit de certains de la médecine «occidentale» vers l'hôpital traditionnel «la maison de la feuille'', d'autres malades par contre évoquent des problèmes de communication avec les professionnels de la santé pour justifier le changement d'alternative thérapeutique. Dans cette perspective, un patient s'exprime ainsi :

Encadré 2

«Je ne dis pas que la médecine moderne est inefficace mais elle est compliquée pour les analphabètes comme moi. Je ne parvenais à lire les notices des médicaments que les médecins me prescrivaient et ces derniers ne prennent pas le temps d'expliquer les traitements dans les détails à des personnes pauvres comme moi. C'est pour ces raisons que j'ai choisi de me soigner désormais au centre. Ici au moins, je peux parler le goun avec les guérisseurs et ils respectent mon âge.» Patient, 62 ans.

L'argument du retour à la tradition est également avancé par des patients interrogés pour expliquer leur recours au centre. Un autre malade s'exprime ainsi :

Encadré 3

« Il est actuellement impossible d'être en bonne santé parce qu'on mange trop d'huile et d'engrais. Seul le retour à notre tradition dans notre façon de vivre, de nous soigner, peut nous sauver ». Patient, 49 ans.

3. Médecine moderne et médecine traditionnelle

Sur la question des rapports entre médecine moderne et médecine traditionnelle dans le centre, nous avons recueilli l'avis des guérisseurs et membres de la direction mais aussi celui des professionnels de la santé. Ce qui peut être retenu de ces entrevues, c'est un conflit de représentations et de démarches entre la médecine traditionnelle telle que mise en oeuvre dans le centre et la médecine moderne. Conflit qui n'exclut tout de même pas l'existence de compromis entre les deux types de médecine.

3.1. Les représentations contradictoires

Nous avons noté aussi bien de la part des membres du centre que des professionnels de la santé interrogés, une vision conflictuelle entre médecine traditionnelle et médecine moderne.

55

Selon les guérisseurs, des enjeux économiques gênent considérablement la coexistence entre médecine traditionnelle et médecine moderne. Pour eux, les médecins auraient peur de voir leur revenu diminuer si les deux médecines collaboraient. Abondant dans le même sens, le directeur général du centre affirme :

Encadré 4

<< Un antipaludéen efficace coûte au moins 3000F dans les pharmacies et entre 500F et 1000F au niveau de la médecine traditionnelle. Si les deux médecines collaboraient, ce serait la ruine des pharmaciens.» Dossou-Yovo B., Directeur du centre.

Les membres du centre refusent d'intégrer des médecins modernes à l'intérieur de leur structure de crainte d'être ((aliénés» par les professionnels de la santé. Dans ce cadre un des guérisseurs disait: ((la médecine traditionnelle, c'est notre culture, il ne faut pas qu'on nous évalue à partir d'autres (les médecins modernes) ». L'utilisation de médicaments modernes est proscrite dans le centre car ces produits chimiques sont considérés comme induisant de graves effets secondaires chez les patients.

Nous avons noté en général, de la part des membres du centre, une vision négative de la médecine moderne. Le promoteur du centre, pense que la médecine moderne a trahi le serment d'Hippocrate. La médecine moderne serait en pleine décadence selon le promoteur du centre qui affirme :

Encadré 5

<< La médecine moderne est en train de tomber. Les antibiotiques ne marchent plus, les hôpitaux sont pleins de microbes, les produits chimiques sont toxiques et cancérogènes. » Dossou-Yovo P., Promoteur du centre.

A la différence de la médecine moderne, la tradithérapie dans le centre serait plus humaine, selon les dires du promoteur de cette structure. Ainsi, il explique:

Encadré 6

« Notre objectif est de rester humain. Quand on rentre dans un hôpital occidental, on a peur, on a le stress. Chez nous, (`'la maison de la feuille''), on n'est pas un numéro, on n'est pas un foie, un rein ..., l'accueil, la parole, compte beaucoup ». Dossou-Yovo P., Promoteur du centre.

Les professionnels de la santé qui ne sont pas de la clinique médicale HWLENGANTON, mais du CHD-OP interrogés, émettent aussi des réserves sur certains aspects de la médecine traditionnelle. En effet, la plupart d'eux doutent des capacités de la médecine endogène à prendre en charge adéquatement les maladies organiques. Selon eux leurs réserves par rapport à la tradithérapie sont basées sur le fait que les tradipraticiens n'auraient pas la notion du microbe, ce qui ne permettrait pas le respect des normes d'hygiène par les guérisseurs. Ensuite, la médecine traditionnelle serait selon eux confrontée à de sérieux problèmes de dosage et de posologie des médicaments utilisés. Les professionnels de la santé du CHD-OP enquêtés soulignent aussi que la médecine traditionnelle ne soignerait pas la maladie, mais s'intéresserait plutôt au signe de la maladie. Un médecin explique :

Encadré 7

« Un guérisseur dit qu'il peut soigner le mal de tête, alors que quand quelqu'un à mal à la tête, il peut s'agir de l'hypertension, du paludisme ou de la méningite~. Médecin CHD-OP.

La majorité des professionnels de la santé du CHD-OP regrettent que certains tradipraticiens affirment guérir des maladies comme la lèpre, le diabète, le sida, sans en donner la preuve tangible.

3.2. La reconnaissance mutuelle

Les rapports entre médecine traditionnelle dans le centre et médecine moderne ne sont pas uniquement conflictuels. En effet, sur Bien des aspects, guérisseurs et professionnels de la santé se reconnaissent complémentaires.

Pour les professionnels de la santé, de manière générale la tradithérapie est efficace pour le traitement des maladies psychiatriques. En plus, la plupart reconnait que la tradithérapie est performante concernant les dermatoses. Dans cette perspective, un médecin insistait: « la médecine traditionnelle est une bonne chose, elle a fait ses preuves comme la médecine moderne ». Pour un infirmier, les tradipraticiens ont des compétences parfois plus larges que celles des médecins. Il s'exprime ainsi : «les médecins ne font que prescrire des médicaments alors que le guérisseur les prépare lui-même.»

Malgré les critiques adressées à la médecine moderne, les membres de `'la maison de la feuille'' reconnaissent son utilité. Ils disent que pour certaines maladies nécessitant une intervention chirurgicale comme l'hernie inguinale, la compétence de la médecine traditionnelle est limitée. Les tradithérapeutes de `'la maison de la feuille'' ne balaient pas du revêt de la main tout ce qui vient de la médecine moderne. A titre illustratif un tradithérapeute affirme :

Encadré 8

« Pour certaines pathologies dont le diagnostic est flou pour nous, la règle dans ce centre est d'envoyer le patient faire une analyse biomédicale pour nous situer sur le diagnostic précis de la maladie afin qu'on lui administre un traitement purement traditionnel. » Tradithérapeute `'maison de la feuille»

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4. Les aspects socio-culturels de la médecine traditionnelle rénovée

La technologie, l'économie, la parenté, le politique, la personne, les
représentations de la maladie et de la guérison sont les indicateurs qui permettent

d'appréhender la dimension socio-culturelle de la médecine traditionnelle. En effet, ils expriment les canaux à l'articulation du social et du culturel à travers lesquels une collectivité déterminée, en un moment donné, prend en charge globalement l'événement maladie.

4.1. La technologie

Pour l'administration du centre, la direction dispose, de locaux confortables, de deux ordinateurs avec imprimantes, de téléphone fixe, des ventilateurs. Des produits modernes comme l'alcool, le vin rouge sont employés au centre pour la conservation et la fabrication des produits médicinaux. L'alcool, un produit pourtant reconnu en médecine moderne est parfois utilisé dans la préparation des médicaments. Afin d'assurer le conditionnement des remèdes, des sachets en plastique ou en papier sont utilisés et comportent des étiquettes indiquant la posologie. Interrogé sur les aspects modernes de la technologie utilisée dans le centre, le directeur général s'insurge :

Encadré 9

« La technologie n'appartient à personne, c'est un patrimoine universel. Le fait d'employer un peu de technologie occidentale ne fait pas de nous des médecins modernes. Nous n'avons pas de complexe, mais nous n'utiliserons jamais des médicaments modernes, parce que nous faisons de la médecine traditionnelle » Dossou-Yovo B., Directeur du centre.

4.2. L'économie

Les ressources économiques du centre sont constituées pour l'essentiel de la vente des produits pharmaceutiques. Ces ressources n'arrivent pas à couvrir les charges de fonctionnement de la maison. C'est ce qui a poussé le promoteur du centre à dire que « le centre fonctionne sans un sous de l'Etat Béninois ; je dois

59

toujours faire un complément pour assurer le bon fonctionnement du centre, afin de maintenir son caractère social ».

En effet, la majorité des produits de la pharmacie du centre ne sont pas les produits du promoteur. Sept ONG de tradithérapeutes de l'Ouémé-Plateau qui sont partenaires avec le centre exposent également leurs produits dans la pharmacie. Le principe est qu'après vente, l'ONG prend 50 pour cent du prix de vente et le centre également 50 pour cent. Signalons au passage que les plantes employées dans le centre sont soit récoltées par le personnel, soit achetées au marché.

Les malades achètent un carnet de consultation à 200F. Dans ce carnet, le tradithérapeute se charge de mettre tous les signes cliniques observés et les médicaments à utiliser. La plupart des patients hospitalisés sont ceux souffrant d'hypertension avec paralysie. Après la consultation ; ceux-ci sont hospitalisés au prix de 1000F par jour. Le patient devra payer pour une semaine d'abord et en suite suivra l'achat des médicaments. Tous les travailleurs du centre sont salariés.

4.3. Le politique (la prise de décision)

Chaque membre de la structure a un pouvoir dans le cadre de son domaine de compétence, en fonction de la répartition des tâches.

Le pouvoir du guérisseur s'exerce sur le plan thérapeutique où sa responsabilité est entière. Le directeur, parlant de sa position dans le centre explique :

Encadré 10

« Malgré mon niveau d'instruction élevé par rapport à eux, je ne coiffe pas les guérisseurs ; ils m'ont appris, je travaille avec eux. Le tradipraticien à `'la maison de la feuille» est considéré comme un savant, il doit être respecté, c'est pourquoi il est appelé Azongbotë ». Dossou-Yovo B., Directeur du centre.

Les décisions importantes sont prises après concertation, de façon collégiale, à travers des réunions regroupant chaque mois guérisseurs et membres de la direction.

4.4. La parenté

La dimension parenté est très prise en compte dans le dispositif thérapeutique du centre. En effet, il existe au centre une certaine conception de la médecine selon laquelle, le malade doit être soigné dans son milieu social.

C'est pourquoi, les patients hospitalisés sont soutenus durant leur traitement par des accompagnants, membres de leur famille.

Selon un tradithérapeute, le centre serait même «un lieu de création de parenté». En effet, beaucoup de malades guéris reviennent soutenir les autres et nouer des liens durables d'amitié avec les tradipraticiens ou membres de la direction.

4.5. Une conception particulière de la personne malade

A `'la maison de la feuille'', la philosophie thérapeutique repose sur une prise en charge complète. Les composantes psychiques et organiques du malade sont prises en compte. Pour le diagnostic, les guérisseurs privilégient l'approche psychologique qui consiste à écouter le malade parler de ses troubles. Les tradipraticiens du centre accordent une importance capitale à la notion de «sagesse» (liée à l'expérience). Selon un guérisseur, « c'est la sagesse qui permet de comprendre la maladie du patient en observant attentivement sa démarche, sa façon de parler, ce qu'il dit ». En plus, rappelons que pendant la cure au centre, les membres de la famille du malade sont présents pour le soutenir psychologiquement.

Pour l'action thérapeutique concrète, les guérisseurs s'intéressent beaucoup plus
au corps du malade : massages, bains, décoctions à boire, poudres sont prodigués

61

aux patients. Toutefois, cette action concrète n'atteint une efficacité optimale que si le tradipraticien dans sa relation avec le malade parvient à lui redonner confiance, espoir, envie de guérir.

Nous pouvons dire donc que les tradipraticiens de `'la maison de la feuille'' ont une approche psychosomatique de la personne malade. Le malade est appréhendé comme un tout.

Dans ce centre, les thérapeutes traditionnels prêtent une attention particulière, pendant les traitements, au respect du patient, à la préservation de sa dignité, de sa fierté. Pour eux, le malade ne doit aucunement être dévalorisé, quelque soit son état physique, le soignant ne doit lui témoigner ni pitié, ni condescendance.

4.6. Représentations de la maladie et de la guérison

Au centre, les pratiques thérapeutiques prennent sens dans des représentations de la maladie et de la guérison qui s'enracinent à l'articulation du rationnel et du spirituel.

Les guérisseurs par exemple, prescrivent des médicaments qu'ils pensent efficaces aux malades, mais au fond d'eux, la majorité considère que la guérison est un don de Dieu. C'est dans ce cadre qu'un des tradithérapeutes s'exprime en ces termes : « donner un médicament c'est prier. On peut tout guérir, on peut tout demander à Dieu ».

En plus, la plupart des tradipraticiens disent être motivés dans leur travail par la pensée selon laquelle « soigner permet d'avoir-soi-même des bienfaits » de la part de Dieu. Pour l'un d'eux, « exercer la médecine est un métier noble qui permet de se conformer aux prescriptions de Dieu qui recommande d'aider son prochain.»

CHAPITRE II : LES IMPLICATIONS SOCIO-CULTURELLES DE LA VALORISATION

Ce travail de recherche s'inscrit dans la sociologie dynamique développée par des chercheurs comme Georges Balandier qui étudient les transformations qui interviennent dans les traditions, les formes et organisations sociales avec la modernité. Selon Balandier, «la modernité» c'est le bougé, "la déconstruction et la reconstruction, l'effacement et l'apport neuf, le désordre de la création et l'ordre des choses encore en place" (Balandier, 1985, p.14).

A `'la maison de la feuille'', la valorisation de la médecine traditionnelle manifeste un triple processus. La déconstruction avec des ruptures importantes par rapport à la médecine endogène. La continuité avec le maintien de certains éléments de l'ordre traditionnel. La reconstruction à travers la création d'une manière inédite de pratiquer la tradithérapie.

1. Les ruptures

Avec la valorisation, certaines pratiques et représentations liées à la tradithérapie au centre, sont en déphasage avec les logiques sociales et culturelles qui fondent la médecine traditionnelle. Ces ruptures impliquent un affaiblissement de la base socio-culturelle de la médecine endogène.

1.1. Un affaiblissement de la base socio-culturelle de la médecine

traditionnelle

L'affaiblissement de la base socio-culturelle de la tradithérapie est perceptible à plusieurs niveaux dans le centre. Sur le plan étiologique, selon Auge, (1983, p.35), il y a souvent "des mises en cause sociales (peut être faudrait-il écrire des mises en cause sociale) qui suivent les manifestations du désordre biologique" en médecine traditionnelle.

63

A `'la maison de la feuille» par contre la tradithérapie est assez « internalisée » (Fournier et Haddad, 1995, pp.289-325), c'est à dire qu'elle se concentre sur l'explication des événements (maladies et thérapeutiques) fondée sur une analyse des processus physiologiques, au détriment de la recherche d'une causalité sociale qui caractérise très souvent la médecine endogène. L'exemple du SIDA permet d'illustrer l'approche étiologique privilégiée dans cette structure. En effet, même si des domaines comme la santé publique montrent de plus en plus la relation entre la maladie et certains facteurs ou groupes sociaux à risques (prostitués, homosexuels, faiblesse du niveau d'instruction ), les soignants de l'hôpital traditionnel «la maison de la feuille» considèrent comme les médecins modernes d'ailleurs, que le SIDA est provoqué par le VIH et ne lient pas la cause

L'approche étiologique dans le centre étant déconnectée des logiques sociales et

culturelles sur lesquelles se base souvent la médecine traditionnelle, les
modalités du diagnostic dans cet établissement rompent pour l'essentiel avec la

médecine traditionnelle classique. En effet, dans cette structure, les guérisseurs

pour procéder au diagnostic, interrogent le patient, observent son corps comme

le font les médecins modernes. Cest l'individu qui les intéresse, c'est lui seul qui

peut permettre de découvrir la nature, le sens de la maladie. En médecine

endogène par contre, comme le montre Auge (1983 ,p.35) "le sens de la maladie
ne se lit plus simplement sur le corps du malade, mais éventuellement sur celui

des autres, de l'entourage, de ceux qui, à leur tour, naissent, rêvent, tombent

malades ou meurent", Cest pourquoi, en médecine traditionnelle, le diagnostic

l'une des m

La nosographie promue dans le centre est également en rupture avec le modèle
classique de la médecine traditionnelle. En effet, seules les maladies «naturelles»

sont officiellement reconnues dans cet établissement, la catégorie du surnaturel

n'y étant pas prise en compte officiellement dans la classification des affections.

Cette approche nosographique détermine fortement les pratiques thérapeutiques dans le centre. Dans cette structure, les pratiques empiriques, comme la phytothérapie, les massages, sont les seules recommandées. Les pratiques thérapeutiques symboliques, rituelles, incantatoires, magico-religieuses sont mises à l'écart. D'ailleurs, le règlement intérieur proscrit l'utilisation de ces pratiques par les guérisseurs. Toutefois il existe une salle de consultation du Fâ dans le centre. Aucun tradithérapeute n'a le droit de faire la proposition de consultation du Fâ au malade ; sauf si celui-ci lui demande ; et ceci à cause du caract~re laïc de l'hôpital. Nous devons aussi noter que même apr~s la consultation du Fâ, aucun sacrifice ne se fait dans le centre. La consultation permet simplement dans ce cas d'avoir une idée sur l'orientation thérapeutique.

En analysant l'affaiblissement progressif de la base socio-culturelle de la tradithérapie avec certaines tentatives de valorisation de la médecine traditionnelle, Dozon (1987, p.12) confirme le processus en cours dans le centre. Pour lui, de plus en plus, "le terme de tradipraticien représente à lui seul une véritable épure qui ne réfère à aucune compétence particulière, mais suggère une figure positive dépouillée de tout élément magico-religieux".

Notons également qu'à `'la maison de la feuille'', les plantes utilisées pour la cure sont collectées par le personnel du centre ou achetées au marché. Ce qui n'est pas conforme à la démarche classique en médecine endogène. En effet, pour l'africain, la nature est inerte par elle même, si elle n'est pas activée par la parole. Ainsi, est-ce la raison pour laquelle le thérapeute traditionnel ne prépare jamais un médicament, pas plus qu'il ne prélève tout ou partie d'une plante qui, par essence, est naturelle, sans lui donner ce support culturel qu'est le verbe qui rétablit le dialogue entre la nature et la culture que la maladie a rompu" (Sillans et Gollnhoffer ,1975,p.286). Si l'approche socio-culturelle de la médecine traditionnelle classique était respectée à `'la maison de la feuille'', ce sont les guérisseurs qui se chargeraient eux-mêmes de la collecte de toutes les plantes

65

médicinales qu'ils emploient avec fortes incantations et rituelles. Tel n'est évidemment pas le cas.

Le mode de rétribution des prestations sanitaires montre également une rupture entre la tradithérapie dans le centre et le modèle socio-culturel de médecine traditionnelle. En effet, nombre de chercheurs comme Fontaine (1995, p.134), ont montré que le système endogène de médecine préconise une rémunération des guérisseurs qui valorise plus l'être (reconnaissance, respect du tradipraticien) que l'avoir tandis que le "système médical moderne fait appel à une économie marchande dans laquelle l'activité de soins est devenue une activité de subsistance voire lucrative". Dans ce centre, le tradithérapeute, a un salaire mensuel, il ne doit absolument rien prendre du patient.

1.2. Une volonté de légitimation scientifique

Les ruptures entre la médecine traditionnelle exercée dans le centre et les logiques sociales, culturelles qui fondent les pratiques et représentations médicales endogènes, sont liées à la valorisation. En effet, à `'la maison de la feuille'', les guérisseurs ne travaillent pas seuls, ils cooprent avec des administrateurs et agents de services ayant des compétences et formations différentes de celles des tradipraticiens, mais qui interviennent sur les orientations thérapeutiques du centre. La plupart des membres de la direction sont formés à l'école occidentale. Les guérisseurs, dans cette structure n'ont pas une liberté totale par rapport à leurs pratiques thérapeutiques. Ils sont obligés de négocier, de collaborer parfois avec les membres de la direction qui occupent la position la plus importante dans l'échelle du pouvoir (cf. organigramme).

Le personnel de la direction, de part son appartenance à la sub-culture scientifique véhiculée par l'école, privilégie une approche positiviste de la médecine traditionnelle. Rappelons que selon le Directeur Général, l'un des objectifs fondamentaux du centre est de « contribuer à l'essor de la médecine

traditionnelle, en la démystifiant ». C'est ce qui explique qu'aucun sacrifice n'est autorisé après consultation du Fâ dans le centre.

La valorisation exprime la volonté du promoteur à donner un caractère scientifique à la médecine traditionnelle dans ce centre. Cette volonté est compréhensible car le centre n'est pas une initiative propre aux guérisseurs euxmêmes qui pour la plupart du temps ne sont pas instruits. Le promoteur et le Directeur Général ont un niveau d'instruction assez élevé. Le premier est instituteur et le second, a une licence en communication d'entreprise.

En bref, fondé pour l'essentiel par des gens d'un niveau d'instruction plus ou moins élevé, à une époque oil des reproches de charlatanisme sont portés à l'encontre des guérisseurs, le centre ne pouvait qu'adopter une démarche positiviste de la médecine traditionnelle, pour avoir de la crédibilité auprès du gouvernement béninois.

2. Les continuités

Selon Georges Balandier (1985, p.167), " l'opposition de la tradition et de la modernité paraît trompeuse, surtout si l'on admet que celle-ci peut être qualifiée de « tradition du nouveau »". Pour lui, la continuité des éléments de la tradition en modernité est réelle, mais elle ne se fait pas par invariance ou répétition des formes sociales et culturelles. Au contraire, les éléments de la tradition ne se maintiennent dans les sociétés modernes qu'en subissant des transformations.

Dans le centre, certaines logiques socio-culturelles propres à la médecine endogqne sont sauvegardées grkce à la résistance des tradithérapeutes, d'autres par contre se pérennisent en subissant des transformations.

2.1. Les résistances de la tradition

Malgré la valorisation, certains aspects de la médecine traditionnelle classique
sont conservés au centre. En effet, les promoteurs du centre comme les

67

guérisseurs, n'ont aucune envie de renoncer à l'identité traditionnelle de la thérapie qu'ils exercent. C'est pourquoi, ils refusent absolument d'utiliser des médicaments modernes dans le traitement des patients. Dans ce cadre, un membre de la direction affirme que malgré la valorisation « la médecine traditionnelle doit garder son âme ».

En effet, les tradipraticiens jouent un rôle important dans la perpétuation de SIDIUNI P \ VliunriEWEFeItreE TIsIEBSRsEWEYCHP EuHEI P 1n WIEDY la salle de consultation qui leur permet, dans le secret, d'employer les méthodes DalY9U11NESSIRSUOIs IEWqDEINSDIEMEMI rEWIFRP SAM TBL'FMTEXIDIF lors de nos enquêtes, un thérapeute traditionnel nous a avoué qu'il utilise la divination pour le diagnostic de certaines maladies « compliquées ». Le simple fait que le promoteur du centre ait prévu une salle de consultation du Fâ est KOMLIMEHFeIDWIEVADEIdIP rP I i TI SHSONLIIRQIIHFeIAe pratique malgré la valorisation.

2.2. La valorisation du communautaire

La médecine à OK{SBEEMEGBARnWIECIEP EBRQUIMIENer conserve certaines valeurs fondamentales de la médecine endogène classique.

En effet, malgré la valorisation, le centre n'a pas adopté l'approche de la médecine moderne qui, selon Fontaine (1995, p.134), "prend d'abord le problème de l'individu dans ses dimensions personnelles et n'accorde à la famille et à la communauté qu'un rôle secondaire, voire absent". Au contraire, la place accordée à la parenté dans cette structure montre la volonté de ses promoteurs de faire participer l'entourage familial du malade à la thérapie. C'est pourquoi, la « philosophie » médicale privilégiée au centre est que le patient doit être soigné dans son milieu social. Les malades internés sont accompagnés de membres de leur famille pour les soutenir psychologiquement, les aider à suivre les traitements. C'est dire que la relation thérapeutique dans cet établissement n'est pas uniquement établie entre le malade et le guérisseur, elle est élargie à la

famille voire à la communauté d'origine du patient. Pour montrer l'importance du rôle de la communauté en médecine traditionnelle, Gollnhoffer et Sillans (1975, p.231) expliquent que chez les Tsogho, la technique médicale est exercée "tantôt en privé, tantôt publiquement ou en présence d'une audience restreinte composée de membres de la famille du patient et de la communauté villageoise".

En réalité, à la différence du modèle biomédical propre à la médecine occidentale qui selon Fontaine "focalise son intervention diagnostique et thérapeutique sur « l'organe » malade, considérant l'homme d'abord dans ses composés physiologiques et secondairement dans ses rapports avec le social et le spirituel, "la tradithérapie à `'la maison de la feuille'' s'inscrit dans la continuité de la tradition médicale endogène, par la conception de la personne malade qu'elle promeut et les représentations de la guérison qu'elle incorpore. En effet, dans cet hôpital, la personne malade est conçue comme un tout, elle n'est pas un rein, un foie, un numéro, mais un être humain qui a des sentiments, qui pense. C'est pourquoi, pendant la cure les guérisseurs prêtent une attention particulière au respect de la dignité du patient. Il n'est pas question pour eux d'exprimer de la pitié ou de la répugnance envers les malades.

Notons également la forte présence du spirituel dans les pratiques thérapeutiques, malgré la valorisation de la médecine traditionnelle. Sur ce plan, rappelons que les thérapeutes traditionnels de cette structure, dans leurs représentations de la guérison, affirment dans leur majorité que celle-ci est un don de Dieu. C'est pourquoi, les guérisseurs après avoir donné des médicaments aux patients, formulent des prières pour eux.

3. L'inédit de la création

L'inter-culturalité est une des caractéristiques fondamentales de la modernité. Or, comme le montre Clanet C. (1993, p.33), "les situations inter-culturelles sont extrêmement complexes, contradictoires et paradoxales". C'est pourquoi, Balandier G. (1988, p.68) pense que "les sociologies de l'équilibre ne suffisent

69

plus à rendre compte de la complexité du social", et prône l'avènement d'une sociologie dynamique, plus à même d'appréhender les processus mis en branle par les interactions culturelles.

Le centre s'inscrit dans la logique, de refondation de la médecine traditionnelle, à travers une mise en dialogue des éléments de la tradition et de la modernité.

3.1. Des innovations techniques et organisationnelles

A partir des résultats de nos investigations empiriques, nous pouvons dire que des innovations importantes sont jà l'oeuvre au niveau de la médecine traditionnelle exercée dans le centre. Ces innovations sont aussi bien d'ordre technique qu'organisationnel et témoignent de l'imagination créatrice déployée dans cet hôpital pour adapter les remèdes utilisés aux exigences d'une « clientèle » de plus en plus occidentalisée.

Nous considérons comme innovation, tout ce qui dans l'organisation de la tradithérapie, dans les pratiques relatives à la médecine traditionnelle à `'la maison de la feuille'', est considérée comme inédit par les guérisseurs eux- mêmes ou les malades de cette structure. Des innovations techniques peuvent être décelées dans ce centre, dans les modes de présentation des produits médicinaux.

Les médicaments en poudre sont emballés dans des bouteilles qui au préalable ont été lavées au savon et ensuite stérilisées dans de l'eau chaude. Il en est de même pour les médicaments liquides qui doivent rester en bouteilles. Une étiquette, avec le logo de la structure qui l'a fabriqué est apposée sur chaque flacon, indiquant le mode d'emploi. La date de péremption n'y est pas souvent marquer. Ces éléments techniques relatifs à la présentation des médicaments traditionnels, constituent des innovations, des nouveautés pour les tradipraticiens exerçant dans le centre. En effet, avant leur intégration à cette structure, les guérisseurs utilisaient du papier journal ou des bouteilles qu'ils lavaient parfois

71

seulement au savon, pour conserver les remèdes qu'ils remettaient à leurs patients. En plus, les tradipraticiens interrogés reconnaissent que les modes d'emploi des médicaments qu'ils donnaient aux malades n'étaient jamais écrits comme dans le centre, mais étaient plutôt expliqués oralement aux patients. Pour pallier les difficultés de conservation de certains remèdes traditionnels, les tradipraticiens expliquent qu'ils ne préparaient les médicaments que sur demande expresse d'un malade. Dans le centre, tous les médicaments sont disponibles à la pharmacie où le patient peut les acheter après prescription du tradithérapeute. C'est certainement à cause de ces innovations que nous venons d'énumérer que les malades interrogés trouvent qu'il existe une différence entre la médecine traditionnelle dans le centre et la tradithérapie qu'ils ont connu en dehors du centre.

Un premier niveau d'analyse montre que les innovations introduites dans la médecine traditionnelle exercée dans le centre sont liées à la valorisation. En effet, si ces innovations ont lieu dans ce centre, c'est que les tradipraticiens travaillent en coopération avec des agents administratifs qui ont un niveau d'instruction plus ou moins élevé.

Un autre niveau d'analyse révèle que les innovations techniques dans le centre, reflètent une nette volonté d'optimisation des ressources financières. L'importance accordée à l'hygiène dans la préparation, le conditionnement, la conservation des produits médicaux, témoigne du besoin des promoteurs de la structure de gagner la confiance des malades dont la majorité provient des milieux urbains occidentalisés.

Les innovations dans le centre sont non seulement techniques mais aussi organisationnelles. En effet, alors qu'ils exerçaient isolément avant d'intégrer l'établissement, les tradipraticiens travaillent en équipe dans le centre, avec des horaires bien définies, des modalités de paiement des honoraires fixés d'avance par l'administration. De surcroît, dans le centre, les guérisseurs se concertent

régulièrement avec les membres de la direction pour décider des orientations à donner à leur travail. Tout guérisseur qui doit descendre de garde est tenu de présenter le tableau clinique de ses patients à son remplaçant pour lui permettre de suivre le traitement. Il est également important pour nous de dire que, comme jà l'image des hôpitaux, les tradithérapeutes de `'la maison de la feuille'' ont une

blouse de couleur verte qu'ils sont tenus de porter.

L'organisation de la médecine traditionnelle est essentiellement assurée par des membres de la direction qui travaillent avec des moyens modernes comme l'usage de l'ordinateur, alors que les tradipraticiens se limitent à l'administration des soins. En plus, dans le centre, le rapport entre le malade et le guérisseur n'est pas direct. Il est d'abord reçu par le service d'accueil qui le dirige vers la salle de consultation. L'organisation administrative de la tradithérapie dans le centre s'explique par la nécessité de gérer un grand nombre de patients dans cette structure. Il fallait donc créer, en s'inspirant du modèle des hôpitaux modernes, une organisation qui puisse permettre une prise en charge efficiente des patients.

Les innovations techniques et organisationnelles dans le centre, corroborent les écrits de Dozon (1987, p.18), pour qui de plus en plus, la "dialectique subtile entre tradition et modernité que G. Balandier a exprimé sous la formule d'Afrique ambiguë est, en l'occurrence, ce qui anime les médecines traditionnelles et préside à leur évolution".

3.2. Un processus d'acculturation

Nous n'avons pas une conception négative de l'acculturation. Cette notion traduit pour nous les emprunts à la médecine occidentale ou les synthèses entre tradithérapie et médecine moderne dans ce centre.

A ce niveau Olivier De Sardan (1995, p.65), en voulant montrer l'adaptation des
guérisseurs africains à la modernité fait remarquer que, "les itinéraires
thérapeutiques préconisés par ces tradipraticiens (quelle que soit leur "efficacité"

: ce n'est pas là le problème), comme les savoirs sur lesquels ils s'appuient, n'ont pour une bonne part rien de "traditionnel". Sans être pour autant "occidentaux", ils ont considérablement évolué depuis le XIXe siècle et la conquête coloniale. Ils ont intégré (et transformé) tout une série d'éléments matériels et symboliques liés à la médecine européenne".

Dans le centre, des produits comme l'alcool réputé en médecine moderne et chimie sont empruntés à la médecine occidentale et utilisés dans les préparations médicamenteuses.

Au plan symbolique, notons que la place accordée au guérisseur dans le centre est similaire à celui d'un médecin moderne dans un hôpital. En effet, son autorité s'exerce surtout au niveau de la cure, elle est légitimée par ses compétences objectives et non par un quelconque pouvoir mystique, alors qu'en médecine endogène classique, le praticien est souvent assimilé à un prêtre, il a un pouvoir quasi-religieux. Cependant, à `'la maison de la feuille», le guérisseur acquiert un statut, il est respecté et considéré comme un détenteur de connaissances, c'est pourquoi il est appelé « azongb ëtë ».

En plus, le centre s'approprie parfois les progrès scientifiques de la médecine moderne pour les intégrer à ses propres préoccupations. Concernant le SIDA par exemple, les tradipraticiens de la structure ont d'abord pris connaissance des explications données par les médecins de l'action du VIH sur l'organisme humain, avant de bâtir leur propre stratégie de lutte contre cette maladie. Dans cet établissement, les éléments empruntés à la médecine occidentale sont associés aux savoirs médicaux endogènes et non appliqués tels quels.

L'élaboration d'une manière inédite de pratiquer la médecine traditionnelle n'est possible dans le centre que du fait de la valorisation. En effet, l'utilisation de produits comme l'alcool dans la préparation des médicaments n'est effective dans cet hôpital que parce que certains membres du personnel de la direction ont une connaissance exacte des propriétés de ces produits et des vertus de leur

73

association avec des plantes médicinales. En réalité tout processus d'acculturation nécessite ce que Bastide appelle des intermédiaires. A l'hôpital traditionnel «la maison de la feuille'', on peut considérer les membres de la direction comme les "intermédiaires, chargés de faire passer l'exogène dans l'endogène, d'intérioriser d'abord en eux la culture du groupe donneur pour la répandre ensuite au sein du groupe receveur" (Bastide R., 1971, p.87).

CONCLUSION

Il ne s'agissait pas, dans le cadre de nos investigations, de nous limiter à exposer les représentations et pratiques médicales propres à telle ou telle autre communauté comme si ces représentations et pratiques étaient immuables, statiques.

En réalité, notre ambition dans le cadre de cette recherche était de procéder à une approche dynamique de la tradithérapie. En effet, dans un contexte marqué par une occidentalisation progressive de la société béninoise, il nous semblait important d'étudier la situation actuelle de la médecine traditionnelle. En fait, la forte dynamique inter-culturelle et l'émergence d'une pensée scientifique de plus en plus dominante, corollaires de la modernité en Afrique, suscitent nombre d'interrogations sur la pérennité des formes socio-culturelles endogènes. C'est dans ce cadre que nous nous sommes intéressé à la valorisation de la médecine traditionnelle en contexte africain jà travers l'hôpital traditionnel «la maison

de la

feuille''.

Cette valorisation caractérisée par les pratiques thérapeutiques de la médecine traditionnelle, avec la collaboration entre tradipraticiens et administrateurs formés à l'école occidentale, nous semblait incarner la nouvelle dynamique interculturelle en rapport avec la médecine endogène. Notre préoccupation était de saisir l'influence de cette valorisation sur les pratiques thérapeutiques dans l'hôpital traditionnel «la maison de la feuille'' de Porto-Novo.

Les résultats auxquels nous avons abouti au terme de nos investigations sont assez évocateurs et montrent que nos hypothèses ont résisté à l'épreuve des faits. Les résultats de cette recherche poussent à une interrogation fondamentale, à laquelle une réponse appropriée pourrait ouvrir d'importantes perspectives au niveau de la situation sanitaire au Bénin. L'expérience en cours dans le centre ne donne-t-elle pas raison aux analystes de plus en plus nombreux qui pensent que les Etats africains incapables d'affecter des ressources financières importantes au

75

domaine de la santé, gagneraient à substituer à la thérapie moderne, la thérapie traditionnelle qui pourrait guérir de nombreuses maladies si elle bénéficie d'encadrement et de financement adéquat ?

Sans oublier les réalisations immenses de la médecine occidentale en matière de soins, il faut reconnaître que les critiques virulentes de la médecine moderne faites par des chercheurs, militent en faveur d'une attention plus soutenue envers la médecine traditionnelle qui pourrait ainsi réellement compléter la médecine hospitalière.

De la même manière que la médecine moderne a connu ses révolutions avec la découverte de la pénicilline, l'avènement de la chirurgie, les recherches actuelles en psychosomatique, il nous semble que la médecine traditionnelle, connaît des transformations significatives.

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77

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ANNEXE

79

Guide d'entretien 1 :

Cible: direction de l'hôpital traditionnel.

Thème 1 : Les aspects institutionnels de l'hôpital traditionnel

Sous thèmes :

1. Historique

2. Objectifs

3. Fonctionnement

4. Structuration

5. Infrastructures

6. Personnels

Thème 2 : Les aspects thérapeutiques de l'hôpital traditionnel

Sous thèmes :

1. Activités pharmaceutiques

2. Activités médicales

3. Orientations thérapeutiques

Thème 3 : Tradithérapie dans le centre et médecine moderne

Sous thèmes :

1. Similitudes

2. Différences

3. Relations

Thème 4 : La dimension socio-culturelle du centre

Sous thèmes :

1. L'impact socio-économique du centre

2. Philosophie, principes et valeurs qui fondent l'hôpital traditionnel

Guide d'entretien 2 :

Cible: Les tradipraticiens

Thème 1 :

Sous thèmes:

1. Modalités de l'acquisition des connaissances

- Héritage -Rêve

- Apprentissage

- Don

- Maladie initiatique

-Autres

2. Maladies pour lesquelles les guérisseurs sont sollicités

1.

2.

3.

4.

5.

3. Pratiques utilisées dans les traitements :

-Médicament moderne

- Plantes

- Rites

- Poudres

- Autres

4. Les relations professionnelles avec:

- Médecins modernes

- Malades du centre

- Personnel administratif

-Autres tradipraticiens

5. Approche du malade

- Psychologique

81

-Somatique

-Psychosomatique

6. Classification des maladies traitées (nosographie)

- Maladies naturelles

-Maladies surnaturelles

-Autres

Thèmes 2 :

Place des dimensions socio-culturelles de la tradithérapie dans la médecine traditionnelle exercée dans le centre

Sous thèmes:

1. La technologie médicale utilisée par les guérisseurs.

2. Nature et types de relations économiques guérisseur-patient.

3. La place de la parenté dans la médecine traditionnelle exercée dans le centre

4. Conceptions de la personne malade.

5. Représentations du monde.

6. Les relations politiques (de pouvoir) entre les différentes composantes du centre.

Guide d'entretien 3

Groupes cibles : Les professionnels de la santé

Thème 1 : Médecine traditionnelle et médecine moderne.

Thème 2 : Médecine traditionnelle et environnement socio-culturel.

Thème 3 : Les enjeux de la valorisaion de la médecine traditionnelle dans le centre.

QUESTIONNAIRE

Cible: les malades

1. Religion : Musulman

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Chrétien

 

Animiste

 
 
 
 
 
 
 
 
 

2.

Sexe : Masculin Féminin

3. Ethnie :

Goun Adja Autres

Fon

Dendi

Mina Bariba

4.

Age:

5.

Est-ce la première fois que vous sollicitez la médecine traditionnelle? Oui Non - Expliquez

6. Quand votre maladie a commencé, êtes-vous venu directement dans le centre ou avez-vous essayé les hôpitaux modernes?

- Expliquez.

7. Pourquoi avez-vous choisi de venir dans ce centre au lieu de vous adresser à des tradipraticiens indépendants?

- Expliquez.

8. Vous sentez-vous mieux depuis que vous êtes soigné au centre?

- Expliquez.

9. Si vous avez déjà fréquenté d'autres tradipraticiens, voyez-vous une différence avec ceux du centre

Oui Non NSP

- Expliquez

10. Que pensez-vous en général du centre de ce centre ?

11. Quels sont vos rapports avec les guérisseurs?

83

-Pourquoi ?

Grille d'observation

Rubriques

Observations

· [EqXaS1P 1Qt[de[ICF{SatIl[MEGataRQQH

 

· [O LIpraTl[Xe\ [IXpIa\\eXr\

 
 

7 [17 \ SI\ [de[TIP qCe\[prodigués aux patients

 

F [IQtMIFtaRQ\[EQtM[le\[FRP SR\1Qt6\[IX centre

 

84

TABLE DES MATIERES

SOMMAIRE............................................................................................ 2

DEDICACE............................................................................................. 3 REMERCIEMENTS................................................................................... 4 LISTE DES SIGLES ET ACRONYMES.......................................................... 5 LISTE DES TABLEAUX............................................................................ 6

RESUME................................................................................................ 7

SUMMARY............................................................................................. 8 INTRODUCTION..................................................................................... 9 PREMIERE PARTIE : CADRE THEORIQUE ET METHODOLOGIQUE.................. 11 CHAPITRE I : CADRE THEORIQUE.............................................................. 12

1. Probl~me............................................................................................ 12

2. Hypothèses:....................................................................................... 17

3. Objectifs de recherche................................................................. 18

4. Cadre conceptuel 18

- Médecine traditionnelle 18

- Valorisation.................................................................................... 21

5. Délimitation du champ de l'étude 22

6. Justification du choix du sujet 22

7. Construction de l'Objet ««

24

8. Mod~le théorique d'analyse

29

9. Présentation du cadre de l'étude It

30

9.1. La commune de Porto-Novo

31

9.2. Présentation de l'hôpital traditionnel «la maison de la feuille''........................ 32

9.2.1. Aspects institutionnels.................................................................... 32

- Historique~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~ ~~~~. 32

- Objectifs......................................................................................... 32

- Structuration et fonctionnement.............................................................. 33

- Organigramme du centre...................................................................... 34 9.2.2 Ressources humaines et matérielles..................................................... 34

- Composition du personnel.................................................................... 34

· Le personnel administratif.................................................................... 34

· Le personnel médical......................................................................... 35

· Le personnel paramédical..................................................................... 36

9.2.3. Les infrastructures..........................................................................« 36

9.2.4. Les Activités Médicales...................................................................«« 37

9.2.5. Les Activités pharmaceutiques............................................................ 37

CHAPITRE II: CADRE METHODOLOGIQUE.................................................. 38

1. La phase exploratoire.............................................................................. 38
1.1. La recherche documentaire................................................................... 38 1.2. Les entretiens exploratoires................................................................... 39
1.3. La pré-enquête exploratoire.................................................................. 39

2. La phase de collecte des données................................................................ 39 2.1. Les groupes cibles............................................................................... 40 2.2. Nature de l'étude et techniques de collecte des données................................... 41

- L'observation................................................................................... 41

- Les entretiens individuels..................................................................... 41

- Le questionnaire.............................................................................« 42

2.3. Les Outils de collecte des données............................................................ 42

86

2.4. Difficultes rencontrees.......................................................................... 45
2.5. Le calendrier de recherche..................................................................... 46

3. Traitement des donnees........................................................................... 46

DEUXIEME PARTIE : PRESENTATION, ANALYSE ET INTERPRETATION DES

DONNEES.............................................................................................. 47

CHAPITRE I : PRATIQUES ET REPRESENTATIONS MEDICALES..................... « « « « « « 48

1. Les orientations therapeutiques.............................................................. 48

2. Les itineraires therapeutiques des malades................................................. 49

3. Medecine moderne et medecine traditionnelle............................................. 54

3.1. Les representations contradictoires.......................................................... 54
3.2. La reconnaissance mutuelle.................................................................. 57

4. Les Aspects Socioculturels de la Medecine Traditionnelle renovee........................ 57

4.1. La technologie................................................................................... 58

4.2. L'economie ....................................................................................... 58

4.3. Le politique (la prise de decision)............................................................ 59

4.4. La parente.......................................................................................... 60

4.5. Une conception particulière de la personne malade........................................ 60
4.6. Representations de la maladie et de la guerison............................................. 61

CHAPITRE II : LES IMPLICATIONS SOCIO-CULTURELLES DE LA

VALORISATION.................................................................................... 62

1. Les ruptures.......................................................................................... 62

1.1. Un affaiblissement de la base socio-culturelle de la medecine traditionnelle......... 62

1.2. Une volonte de legitimation scientifique.................................................... 65

2. Les continuites...................................................................................... 66

2.1. Les resistances de la tradition................................................................. 66

2.2. La valorisation EN 1IRP P NQ:NtIMM .C 67

3. / 1iQéE1NEF11111IréDIRQ 68

3.1. Des innovations techniques et organisationnelles .I 69

3.2. Un processus d'acculturation .I 71

CONCLUSION .. 74

REFERENCE BIBLIOGRAPHIQUE .F. 76

ANNEXE .m 79

TABLE DES MATIERES . 90