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L'éducation primaire comme levier de développement. Analyse critique à  partir de l'Objectif OMD 2: « Assurer l'éducation primaire pour tous »

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par Corinne STEPHENNE
Université catholique de Louvain - Master 120 en sciences de la population et du développement,  2011
  

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4.2. Le concept de développement

La manière de penser le développement est étroitement liée au contexte historique dans lequel il s'enracine. A chaque époque, elle n'est autre que le reflet des grands courants de pensée dominants et la résultante des enjeux et des rapports de force entre les acteurs. En référence à l'essai de J.-Ph. Peemans (2002), nous pouvons exprimer que le concept de développement s'est construit et enrichi au fil des réussites et des échecs des politiques définies et mises en oeuvre par les élites du Nord <<pour » les pays du Sud ainsi qu'à partir des réflexions et pressions menées par les courants de pensée opposés et alternatifs (Peemans, 2002 : 11, 12).

Aujourd'hui, l'ensemble des acteurs s'accorde sur le fait que le développement est multidisciplinaire. Il se situe au croisement de plusieurs disciplines: économiques, sociologiques, politiques, anthropologiques et scientifiques (Peemans, 2002 : 9). De la notion de progrès et de croissance toujours bien vivace aujourd'hui, on est passé à la notion de développement humain, puis à celle de lutte contre la pauvreté. A ces notions, une alternative est proposée, la notion de développement territorialisé ou endogène telle que proposée par J.-Ph. Peemans (2002).

Le développement en termes de croissance et de progrès

Du point de vue de l'idéologie dominante, le développement s'appuie sur une vision universaliste. Il trouve son origine dans la doctrine de Truman (Peemans, 2002 : 42) et repose sur l'hypothèse d'un projet issu du Nord de faire régner un << ordre des choses » (Peemans, 2002 : 41). Il est issu de la volonté de certaines élites de transposer du Nord vers le Sud un modèle d'organisation économique et sociale qui a montré son efficacité. Il a pour objet, dans un premier temps à l'échelle nationale et par la suite à l'échelle globale, l'implémentation du progrès et de la << modernisation accélérée fondée sur une croissance économique rapide ... comme voie universelle du rattrapage possible du Nord qui les amènerait du <<sous-développement» au << développement » » (Peemans, 2002 : 25).

L'indicateur principal de mesure est le PIB et sa croissance.

Le développement humain

Le concept de développement humain est issu des travaux d'A. Sen. A sa suite, le PNUD a créé en 1990 un premier indice de développement humain. Le 20ème rapport sur le développement humain publié cette année réaffirme le paradigme en le définissant comme suite:

« Le développement humain est l'expansion des libertés des personnes à vivre une vie longue, en bonne santé et créative ; l'avancement des autres objectifs auxquels ils attachent une valeur ; et un engagement actif dans le façonnage de l'équité et de la durabilité du développement sur une planète partagée. Les populations sont tout à la fois les bénéficiaires et la force motrice du développement humain, en tant qu'individus et en tant que groupes » (PNUD, 2010 : 27).

Les Nations Unies produisent annuellement plusieurs indices de développement humain. Le principal indice est l'IDH, indice de développement humain. La dimension éducation est une des trois dimensions aux côtés de l'espérance de vie à la naissance et du revenu national brut par habitant. Alors qu'il se calculait à partir du taux d'alphabétisation des adultes valant pour deux tiers et du taux de scolarisation valant pour un tiers, depuis l'année 2010, il se calcule à partir de la durée moyenne de scolarisation1 et de la durée attendue de scolarisation2. Dans le rapport 2010 du PNUD, trois nouveaux indices sont proposés en complément rendant compte de la centralité des inégalités et de la pauvreté multidimensionnelle : l'IPHI, indice de développement humain ajusté aux inégalités, l'IIG, indice d'inégalité de genre, et l'IPM, indice de pauvreté multidimensionnelle, qui mesure les graves déprivations auxquelles les personnes sont confrontées (2010 : 32).

Le développement en termes de lutte contre la pauvreté

La pauvreté est liée à l'économie en ce sens où elle s'apprécie à partir des conditions de vie, de revenu, de travail, de patrimoine et elle est relative car en référence aux conditions des autres membres d'une société (Rwehera, 2004).

1 Les estimations de Barro et Lee (2010) servent de référence (PNUD, 2010 : 163)

2 Les données de l'Unesco servent de référence (PNUD, 2010 : 163)

Plusieurs définitions correspondent au concept de pauvreté, lors d'un séminaire international organisé par l'Unesco en 2004, la définition du philosophe français Henri Bartoli était reprise comme référence :

« La pauvreté est multidimensionnelle. Elle est dénuement profond de biens matériels et culturels qui s'oppose au développement normal de l'individu au point de compromettre en lui l'intégrité de la personne et, comme telle, pauvreté « absolue ». Le miséreux est celui dont la pauvreté est en dessous du pain quotidien, dont le débat avec la vie qui lui est imposé est si dégradant et si absorbant qu'il ruine toute vie de l'esprit. Etre pauvre, c'est ne pas pouvoir assurer par ses ressources ou activités propres la couverture de ses besoins biologiques et de ceux de sa famille, vivre dans un état permanent de relégation et d'insécurité vitale qui tend à être héréditaire, avoir faim, n'être ni instruit, ni soigné, vivre dans des conditions de logement défectueuses, travailler dans des conditions inhumaines ... au départ de la vie, la pauvreté établi un barrage d'empêchements : absence de modèle adapté au développement intellectuel... » (Rwehera, 2004 :7,8) 3.

La pauvreté se mesure à partir des indicateurs de pauvreté absolue et de pauvreté relative. La pauvreté absolue correspond au seuil de 1,25 $ ou 2 $ de consommation par jour (en termes de parité de pouvoir d'achat 1985) pour tous les pays. La pauvreté relative correspond à un revenu inférieur à la moitié du revenu médian ou moyen d'un pays ou à un classement dans les quintiles 1 et 2 (voire 1,2 et 3) en référence à la distribution des revenus d'un pays (OCDE, 2002 : 35). Dans le cadre de l'objectif OMD 1 « Eradiquer l'extrême pauvreté et la faim » des Objectifs du Millénaire pour le développement, une série d'indicateurs sont associés à chaque cible.

Pour rappel, trois cibles sont définies auxquelles correspondent les indicateurs suivants :

- Cible 1A : Réduire de moitié, entre 1990 et 2015, la proportion de la population dont le revenu est inférieur à un dollar par jour

- Proportion de la population disposant de moins d'un dollar par jour en parité du pouvoir d'achat (PPA) (ou les indicateurs fondés sur les seuils de pauvreté nationaux)

- Indice d'écart de la pauvreté

- Part du quintile le plus pauvre de la population dans la consommation nationale

- Cible 1B : Assurer le plein-emploi et la possibilité pour chacun, y compris les femmes et les jeunes, de trouver un travail décent et productif

- Taux de croissance du PIB par personne occupée

- Ratio emploi/population

- Proportion de la population occupée disposant de moins de 1 dollar PPA par jour

3 définition du philosophe français Henri Bartoli donnée en 1986 à l'occasion d'une réunion internationale d'experts réunis par l'UNESCO en collaboration avec l'Université des Nations Unies (voir Paul Marc Henry, Henri Bartoli et al. ; Pauvreté, progrès et développement ; édition l'Harmattan, Paris 1990

- Proportion de travailleurs indépendants et de travailleurs familiaux dans la population occupée

- Cible 1C : Réduire de moitié, entre 1990 et 2015, la proportion de la population qui souffre de la faim

- Prévalence de l'insuffisance pondérale chez les enfants de moins de 5 ans

- Proportion de la population n'atteignant pas le niveau minimal d'apport calorique4.

Le développement territorialisé ou endogène

Dans son essai, J.-Ph. Peemans propose une autre définition du développement autour du << droit des peuples >> (2002 : 476) et de nouvelles dimensions du développement :

« Le développement peut être vu comme le processus durable de construction et de gestion d'un territoire, à travers lequel la population de ce territoire définit, au moyen d'un pacte socio-politique et de la mise en place d'un cadre institutionnel approprié au contexte, son rapport à la nature et son mode de vie, consolide les liens sociaux, améliore son bien-être et construit une identité culturelle qui a sa base matérielle dans la construction de ce territoire » (Peemans, 2002 : 477).

De cette définition et à la lecture de son essai, nous avons retenu les caractéristiques présentées ci-dessous. Ainsi, le développement :

- repose sur une construction << territoriale-locale >> (2002 : 481). Il se situe à l'échelle locale, à partir des ressources locales et dans la maîtrise de la gestion de l'environnement naturel. Il vise la reconstruction des espaces publics, << espaces de prévoyance et de sécurisation >> (Peemans, 2002 : 466, 470) ;

- est endogène et part << des initiatives des acteurs du bas >> (Peemans, 2002 : 481). Il part des pratiques populaires et de la capacité des populations à définir par elles-mêmes leur cadre de vie et leur mode de vie;

- s'appuie sur une << gouvernance historique >> selon l'appellation définie par P. De Leener (Peemans, 2002 : 443) ; elle s'inscrit dans l'histoire longue des peuples et de leurs pratiques, des processus de sécurisation des collectivités et des individus dans le recherche << d'un milieu de vie intégré par lequel les populations ont cherché à s'assurer la stabilité de la reproduction de la collectivité >> (Peemans, 2002 : 444) ;

4 United nations, Liste officielle des indicateurs associés aux OMD, Site Internet consulté en mai 2011, http://unstats.un.org/unsd/mdg/Host.aspx?Content=Indicators/OfficialList.htm

- s'appuie sur une << démocratie substantive>> (Peemans, 2002 : 471) garantissant l'auto-détermination et l'expression de chaque acteur. Il requiert la mise en place d'un ensemble d'institutions consolidant les interactions entre ses différentes dimensions, d'un cadre institutionnel de développement local, d'une << gouvernance associative >> (Peemans, 2002 : 485) ;

- s'appuie sur une approche systémique. L'économique, le social, le culturel et le politique sont imbriqués. Les processus identitaires et les liens sociaux sont interdépendants de la sécurisation matérielle et de la rencontre des besoins vitaux (Peemans, 2002 : 471) et tient compte de l'économie paysanne et de l'économie populaire urbaine (Peemans, 2002 : 484) ;

- vise l'autonomisation qui repose sur la création des conditions de sécurisation de la collectivité, l'auto-organisation locale. Par conséquent, il repose sur la capacité de résistance et le pouvoir de négociation sociale et politique des populations locales (Peemans, 2002 : 491) ;

- renvoie à la dimension collective. Il se réfère à << des droits des peuples et des gens >> et d'un ensemble de << droits collectifs fondamentaux >> (Peemans, 2002 : 461, 463) et en lien avec à l'émergence d'une <<sphère de développement durable>> (Peemans, 2002 : 477);

- est interdépendant. Il est enchâssé dans la dimension globale. Il nécessite de repenser les rôles des organisations aux échelles nationale et transnationale. Il s'inscrit dans les relations complexes et négociées entre acteurs <<dominants >> et acteurs << dominés >>. Il intègre ainsi les conflits d'acteurs et les compromis aux différents niveaux (Peemans, 2002 : 493).

En synthèse, nous proposons de présenter les indicateurs liés aux quatre courants du développement comme suite:

Tableau 1.1. : Les indicateurs du concept de développement

Croissance et progrès

Développement Humain

Lutte contre la pauvreté

Endogène

Déf. J-Ph. Peemans

PIB PIB/habitant

PIB, Accroissement

IDH, Indice de développement humain

IPHI, Indice de développement humain ajusté aux inégalités

IIG, Indice d'inégalité de genre

IPM, Indice de pauvreté multidimensionnelle

Seuil de

1,25 $ / personne 2 $ / personne

Indicateurs de l'objectif OMD 1

Local : territorialisé

Part des acteurs locaux : négocié Dimension collective:

Cadre institutionnel de développement local

Systémique : Articulation avec les autres domaines

Savoirs et culture locaux, capacité à négocier

Relation avec les autres niveaux : Liaison entre local, régional, global

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"Un démenti, si pauvre qu'il soit, rassure les sots et déroute les incrédules"   Talleyrand