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Evaluation des pratiques de prescription médicamenteuses dans les formations sanitaires de la zone de santé de Katwa


par Salomon KASEREKA POSOMBILI
Université Saint Joseph de Goma - Licence LMD 2025
  

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3.3. DISCUSSION DES RESULTATS

Les tableaux 16, 17, 18 et 19 présentent une vue globale des indicateurs de prescription, les différences de pratiques de prescription selon le type, le statut, et l'intégration des structures sanitaires.

1. Nombre moyen de médicaments par ordonnance

Dans cette étude, le nombre moyen de médicaments prescrits par ordonnance était de 3,39 ; supérieur à la norme recommandée par l'OMS dans les études récentes (3 médicaments par consultation). Cette situation traduit une tendance à la polypharmacie dans certaines formations sanitaires de la zone de santé de Katwa.

Ces résultats sont comparables à ceux observés en RDC dans l'évaluation pharmaceutique de la SADC (RDC, 2010), où la moyenne était d'environ 4 médicaments par ordonnance. Ils sont également proches des résultats retrouvés au Mali en 2021avec une moyenne de 3,4 médicaments par prescription dans le secteur public(A .Sangho et al, 2022). Cette tendance à la polypharmacie est plus prononcée dans les postes de santé (3,78), les structures privées (3,89), et les FOSA non intégrées (3,84).

La polypharmacie pourrait s'expliquer par la faible proportion des prescripteurs formés (38%), faible fréquence de supervision dans les hôpitaux et postes de santé, absence des protocoles thérapeutiques prononcée dans des postes de santé, et promotion publicitaire des médicaments dans les FOSAs.

Cette pratique expose les patients à un risque accru d'effets indésirables, d'interactions médicamenteuses et d'augmentation des coûts des soins.

2. Prescription en DCI (dénomination commune internationale)

La proportion des médicaments prescrits en DCI (17,3 %) était très inférieure à la norme OMS de 100 %. Le recours aux noms commerciaux, aux sigles et aux abréviations non conventionnelles restait fréquent dans toutes les catégories des structures sanitaires. Des résultats plus élevés ont été rapportés dans d'autres études, notamment 61,2 % en Arabie Saoudite (Azza El.Mahalli, 2012), et 81 % dans le secteur public au Mali(A .Sangho et al, 2022), montrant que la prescription en DCI reste insuffisante dans notre contexte. Cette situation pourrait être liée aux habitudes de prescription, au manque de formation continue et à l'insuffisance de supervision focalisée. Cette faible utilisation de la DCI pourrait limiter l'accessibilité financière aux soins et augmenter le risque de mauvaise administration des médicaments.

3. Prescription des médicaments de la liste nationale des médicaments essentiels

La proportion des médicaments prescrits figurant sur la liste nationale des médicaments essentiels était relativement élevée (87,7 %), sans toutefois atteindre la cible OMS de 100 %.

Ce résultat montre que les prescripteurs utilisent majoritairement les médicaments recommandés au niveau national, même si certains écarts persistent. Des proportions relativement proches ont été rapportées dans le secteur public au Mali (84.1 %)(A .Sangho et al, 2022) et en Arabie Saoudite (99,2 %) (Azza El.Mahalli, 2012). Les hôpitaux présentaient cependant la plus faible proportion dans notre étude, avec seulement 69,97 % des médicaments prescrits figurant sur la LNME. Cette situation pourrait augmenter sensiblement le coût des soins hospitaliers, limiter l'accessibilité financière aux soins secondaires pour les populations à faibles revenus, contribuer à l'appauvrissement des ménages à long terme, et occasionner des échecs thérapeutiques. Ces écarts pourraient être expliqués par l'existence de circuits d'approvisionnement aux marchés locaux (45 % des structures), les activités de promotion pharmaceutique dans les FOSAs (65 %), ainsi que le manque de formation et de supervision continues et focalisées sur les prescripteurs.

4. Prescription des antibiotiques

La proportion des consultations avec antibiotiques (87,7 %) était largement supérieure à la norme OMS recommandée (30%). Les prescriptions avec antibiotiques dépassaient 80 % dans toutes les catégories des FOSAs, atteignant même 91,8 % dans les postes de santé.

Ce résultat rejoint plusieurs études montrant une prescription exagérée des antibiotiques dans les structures sanitaires. En RDC, l'étude SADC rapportait déjà une fréquence élevée de prescriptions d'antibiotiques (62,2 %) (RDC,2010). Des proportions de 58 % ont été observées au Mali(A. Sangho, 2022), et32,2 % en Arabie Saoudite(Azza El.Mahalli, 2012).

Pourtant, dans notre étude, 94,5 % des prescripteurs étaient qualifiés, et 75 % des FOSAs disposaient des protocoles thérapeutiques actualisés. Cette situation pourrait donc être liée davantage au faible encadrement des prescripteurs, au faible paiement des prestataires ainsi qu'au manque de formation continue sur l'usage rationnel des médicaments.

Le recours excessif aux antibiotiques constitue un facteur important du développement de la résistance antimicrobienne, aujourd'hui reconnue comme un problème majeur de santé publique mondiale.Si cette tendance se maintient, l'usage excessif des antibiotiques favorisera l'émergence et la propagation de résistances aux antimicrobiens, pouvant conduire, à moyen et long terme, à une perte significative de l'efficacité des anti-infectieux et à des difficultés croissantes dans la prise en charge des infections.

5. Prescription des injectables

La fréquence des prescriptions injectables observée dans cette étude (47,15 %) était supérieure à la norme OMS recommandée (10 %). Elle atteignait 60,6 % dans les postes de santé, 64,7 % dans les FOSAs privées et 66,88 % dans les structures non intégrées.

Des résultats similaires ont été observés dans plusieurs pays africains, notamment au Mali où les injectables représentaient 60,3 % des prescriptionsdans le secteur public (A.Sangho, 2022). En RDC, l'étude SADC rapportait également une fréquence élevée de 32,6 %, alors qu'une étude réalisée en Arabie Saoudite retrouvait seulement 2 % de prescriptions injectables (Azza El.Mahalli, 2012).

Cette situation pourrait s'expliquer par les formations et supervisions limitées dans les structures privées ou non intégrées, l'absence de protocoles thérapeutiques spécifiques pour les FOSAs non obligatoires de la zone de santé, ainsi que la recherche de bénéfices supplémentaires par certains prestataires.

L'usage excessif des injectables augmente le risque d'infections liées aux soins et entraîne des coûts supplémentaires pour les patients. Cela risque donc de plonger la population dans un cycle de pauvreté, et limiter l'accès de celle-ci aux soins de santé de qualité.

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