3.3. DISCUSSION DES
RESULTATS
Les tableaux 16, 17, 18 et 19 présentent une vue
globale des indicateurs de prescription, les différences de pratiques de
prescription selon le type, le statut, et l'intégration des structures
sanitaires.
1. Nombre moyen de médicaments par ordonnance
Dans cette étude, le nombre moyen de médicaments
prescrits par ordonnance était de 3,39 ; supérieur à
la norme recommandée par l'OMS dans les études récentes (3
médicaments par consultation). Cette situation traduit une tendance
à la polypharmacie dans certaines formations sanitaires de la zone de
santé de Katwa.
Ces résultats sont comparables à ceux
observés en RDC dans l'évaluation pharmaceutique de la SADC (RDC,
2010), où la moyenne était d'environ 4 médicaments par
ordonnance. Ils sont également proches des résultats
retrouvés au Mali en 2021avec une moyenne de 3,4 médicaments par
prescription dans le secteur public(A .Sangho et al, 2022). Cette tendance
à la polypharmacie est plus prononcée dans les postes de
santé (3,78), les structures privées (3,89), et les FOSA non
intégrées (3,84).
La polypharmacie pourrait s'expliquer par la faible proportion
des prescripteurs formés (38%), faible fréquence de supervision
dans les hôpitaux et postes de santé, absence des protocoles
thérapeutiques prononcée dans des postes de santé, et
promotion publicitaire des médicaments dans les FOSAs.
Cette pratique expose les patients à un risque accru
d'effets indésirables, d'interactions médicamenteuses et
d'augmentation des coûts des soins.
2. Prescription en DCI (dénomination commune
internationale)
La proportion des médicaments prescrits en DCI (17,3 %)
était très inférieure à la norme OMS de 100 %. Le
recours aux noms commerciaux, aux sigles et aux abréviations non
conventionnelles restait fréquent dans toutes les catégories des
structures sanitaires. Des résultats plus élevés ont
été rapportés dans d'autres études, notamment 61,2
% en Arabie Saoudite (Azza El.Mahalli, 2012), et 81 % dans le secteur public au
Mali(A .Sangho et al, 2022), montrant que la prescription en DCI reste
insuffisante dans notre contexte. Cette situation pourrait être
liée aux habitudes de prescription, au manque de formation continue et
à l'insuffisance de supervision focalisée. Cette faible
utilisation de la DCI pourrait limiter l'accessibilité financière
aux soins et augmenter le risque de mauvaise administration des
médicaments.
3. Prescription des médicaments de la liste nationale
des médicaments essentiels
La proportion des médicaments prescrits figurant sur la
liste nationale des médicaments essentiels était relativement
élevée (87,7 %), sans toutefois atteindre la cible OMS de 100
%.
Ce résultat montre que les prescripteurs utilisent
majoritairement les médicaments recommandés au niveau national,
même si certains écarts persistent. Des proportions relativement
proches ont été rapportées dans le secteur public au Mali
(84.1 %)(A .Sangho et al, 2022) et en Arabie Saoudite (99,2 %) (Azza
El.Mahalli, 2012). Les hôpitaux présentaient cependant la plus
faible proportion dans notre étude, avec seulement 69,97 % des
médicaments prescrits figurant sur la LNME. Cette situation pourrait
augmenter sensiblement le coût des soins hospitaliers, limiter
l'accessibilité financière aux soins secondaires pour les
populations à faibles revenus, contribuer à l'appauvrissement des
ménages à long terme, et occasionner des échecs
thérapeutiques. Ces écarts pourraient être expliqués
par l'existence de circuits d'approvisionnement aux marchés locaux (45 %
des structures), les activités de promotion pharmaceutique dans les
FOSAs (65 %), ainsi que le manque de formation et de supervision continues et
focalisées sur les prescripteurs.
4. Prescription des antibiotiques
La proportion des consultations avec antibiotiques (87,7 %)
était largement supérieure à la norme OMS
recommandée (30%). Les prescriptions avec antibiotiques
dépassaient 80 % dans toutes les catégories des FOSAs, atteignant
même 91,8 % dans les postes de santé.
Ce résultat rejoint plusieurs études montrant
une prescription exagérée des antibiotiques dans les structures
sanitaires. En RDC, l'étude SADC rapportait déjà une
fréquence élevée de prescriptions d'antibiotiques (62,2 %)
(RDC,2010). Des proportions de 58 % ont été observées au
Mali(A. Sangho, 2022), et32,2 % en Arabie Saoudite(Azza El.Mahalli, 2012).
Pourtant, dans notre étude, 94,5 % des prescripteurs
étaient qualifiés, et 75 % des FOSAs disposaient des protocoles
thérapeutiques actualisés. Cette situation pourrait donc
être liée davantage au faible encadrement des prescripteurs, au
faible paiement des prestataires ainsi qu'au manque de formation continue sur
l'usage rationnel des médicaments.
Le recours excessif aux antibiotiques constitue un facteur
important du développement de la résistance antimicrobienne,
aujourd'hui reconnue comme un problème majeur de santé publique
mondiale.Si cette tendance se maintient, l'usage excessif des antibiotiques
favorisera l'émergence et la propagation de résistances aux
antimicrobiens, pouvant conduire, à moyen et long terme, à une
perte significative de l'efficacité des anti-infectieux et à des
difficultés croissantes dans la prise en charge des infections.
5. Prescription des injectables
La fréquence des prescriptions injectables
observée dans cette étude (47,15 %) était
supérieure à la norme OMS recommandée (10 %). Elle
atteignait 60,6 % dans les postes de santé, 64,7 % dans les FOSAs
privées et 66,88 % dans les structures non intégrées.
Des résultats similaires ont été
observés dans plusieurs pays africains, notamment au Mali où les
injectables représentaient 60,3 % des prescriptionsdans le secteur
public (A.Sangho, 2022). En RDC, l'étude SADC rapportait
également une fréquence élevée de 32,6 %, alors
qu'une étude réalisée en Arabie Saoudite retrouvait
seulement 2 % de prescriptions injectables (Azza El.Mahalli, 2012).
Cette situation pourrait s'expliquer par les formations et
supervisions limitées dans les structures privées ou non
intégrées, l'absence de protocoles thérapeutiques
spécifiques pour les FOSAs non obligatoires de la zone de santé,
ainsi que la recherche de bénéfices supplémentaires par
certains prestataires.
L'usage excessif des injectables augmente le risque
d'infections liées aux soins et entraîne des coûts
supplémentaires pour les patients. Cela risque donc de plonger la
population dans un cycle de pauvreté, et limiter l'accès de
celle-ci aux soins de santé de qualité.
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