WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

L'histoire oubliée des Tirailleurs sénégalais de la Seconde Guerre mondiale

( Télécharger le fichier original )
par Moulaye AIDARA
IEP Aix-Marseille et UMR 5609 ESID CNRS ( Montpellier III) - DEA histoire militaire, sécurité et défense 2000
  

Disponible en mode multipage

Moulaye AIDARA

« L'HISTOIRE OUBLIEE DES TIRAILLEURS SENEGALAIS

DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE1(*) »

AVANT PROPOS

«  13 mai 1940, trois jours après les premiers bombardements allemands, le commandement français réalise que l'offensive perce à Sedan, là où l'on s'y attendait le moins. En effet, dans l'après midi de cette terrible journée, couvert par une intense préparation aérienne, l'infanterie allemande franchit la Meuse dans le secteur de Sedan, sur le front de la II ème armée du général Huntziger.

Les jours suivants, aux alentours de Dinant-Givet et Revin-Monthermé, d'autres franchissements ont lieu pendant que des éléments blindés prenaient position sur la rive gauche. Pressé de toutes parts, le commandement tente d'établir un barrage qu'il confie à une troupe sûre : l'infanterie coloniale. Sur un front de 20 km, la 1ère et la 6ème divisions face à toute la puissance mécanique allemande. 30 000 hommes dont 10 000 soldats de l'AOF : des soldats noirs2(*) ».

Entre le 21 juillet 1857, date de la création par décret du premier bataillon de Tirailleurs sénégalais par Napoléon III et le 08 mai 1945, date de la fin de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux événements concernant au plus haut niveau les Africains se sont passés. La « Force noire3(*) » chère au général Charles Mangin a été finalement présente sur tous les fronts depuis sa création. Le général Mangin, ému par l'ardeur au combat de ces soldats noirs, obtint l'autorisation par l'assemblée nationale en 1912 de recruter 7000 africains pour servir en dehors de l'AOF avec en arrière pensée, l'idée de pouvoir utiliser cette force africaine en cas de conflit avec l'Allemagne.

Les troupes de marine avaient recruté, dès 1830, des africains noirs au Sénégal qui alors était la seule colonie au sud du Sahara. Malgré quelques réticences au début et après une politique officielle de recrutement militaire au Sénégal fondé sur le volontariat, le décret de 1857 allait reconnaître les Régiments de Tirailleurs sénégalais (RTS) . Utilisés d'abord dans la conquête du Soudan occidental, ils allaient très vite avoir d'autres prérogatives comme la défense de la France et de l'empire durant les deux guerres mondiales.

Ainsi, lorsque éclate la Première Guerre mondiale, un total de 94 bataillons d'africains de l'ouest, comprenant 161 250 « Tirailleurs sénégalais »4(*), soit 3% des cinq millions de citoyens français sous uniforme. Le Professeur Marc Michel5(*) en a brillamment fait la chronique dans son « Appel à l'Afrique ».

Le 3 septembre 19396(*), lorsque la France déclare la guerre à l'Allemagne, elle fera tout naturellement de nouveau appel à sa force noire. Le Progrès colonial exultait à l'époque :  « Pour la deuxième fois en vingt-cinq ans, des gens de couleur ont répondu à l'appel de la France sans plaintes ni murmures mais avec l'enthousiasme qui témoigne de leur loyauté ». 

En fait, le rôle des Tirailleurs sénégalais, dans l'éventualité d'une guerre, était posé dès 1937, bien avant la déclaration des hostilités avec l'Allemagne nazie. Le gouvernement français envisageait même de projeter 160 000 hommes en provenance de l'AOF dès la déclaration de guerre. Il semble certain en tout cas qu'au moins 150 0007(*) Africains de l'ouest servaient dans l'armée française au moment de la débâcle. Effectivement, quand les colonnes allemandes s'enfoncèrent au Pays-Bas, en Belgique et au Luxembourg, les Tirailleurs sénégalais se trouvaient dans cinq divisions d'infanterie coloniale : le première, la seconde, la quatrième, la huitième et la neuvième, qui était une division d'infanterie légère. Les régiments ouest africains étaient concentrés dans les huit RTS et les deux Régiments d'Infanterie Coloniale Mixte Sénégalais (RICMS) ; Le douzième et le quinzième RTS vont se retrouver immédiatement dans les combats à cause de leur position. Ainsi, entre mai et juin 1940, la campagne de France sera rude pour ces hommes venus du sud. Beaucoup ne retourneront jamais en terre africaine. Les survivants à cette guerre ne seront plus les mêmes hommes. Respectés dans leurs villages, on les considérait comme des hommes « qui avait la force ».

Pourtant, malgré leur participation à la guerre et ce sur tous les fronts, les travaux sur les Tirailleurs sénégalais sont remarquablement peu nombreux. Les seuls véritables études sont faites par des anglophones ( Anglais, Américains) ; notons cependant le travail remarquable de Julien Fargettas sur le massacre des soldats du 25ème RTS. M. Fargettas constate qu'à part la réalisation du Tata sénégalais de Chasselay, hommage rendu aux tirailleurs par le village, il ne reste pas grand chose pour la Mémoire des Tirailleurs africains :

« Jean Marchiani, l'initiateur du Tata rendant hommage au sacrifice des tirailleurs, avait choisi cet intérêt historique puisque, dès 1940, il entendait faire de cette nécropole un lieu de souvenir des crimes allemands commis au nom de l'idéologie nazie. Mais de ce projet, que reste t'il aujourd'hui ? Après une période faste correspondant à la libération et à l'après-guerre, le Tata et les événements qui sont à l'origine de son érection semble tomber dans l'oubli8(*) ».

Mis à part, quelques remarquables articles qui résument l'épopée des T.S9(*), il n'y a pas de vrais travaux universitaires sur les T.S de la Seconde Guerre mondiale du côté francophone ( thèse en particulier) :

« Il n'y a de véritables morts dans la mémoire des hommes que par l'oubli »..

Oubliés ! Les T.S le sont déjà, en partie. Les nouvelles générations africaines ne comprennent pas ces vieux bardés de médailles, ils ont certainement d'autres soucis. Morts, ils le seront tous bientôt, certainement. Mais leur histoire, leur mémoire accompagnera toujours la France comme une ombre car ces hommes ont été sur tous les fronts : à Verdun, à Lyon, partout ils ont versé leur sang pour la France : leur patrie. L'oubli de leur épopée par la France serait une seconde mort pour eux.

Le dernier Tirailleur de la Première Guerre mondiale est mort. Dans quelques années viendra inévitablement le tour du dernier T.S de la Seconde Guerre mondiale. Peut-être bien que les JT de 20 heures des chaînes françaises consacreront une petite page pour ce dernier mort comme ce fut le cas pour Babacar Diop10(*). Mais après, que restera t-il d'eux ? Est-ce que les générations futures se souviendront de ces hommes ? Dans les futures livres d'histoire français, y aura t-il une seule fois le mot Tirailleur ?

Pourquoi me suis-je lancé dans cette recherche ? Pourquoi un mémoire sur les Tirailleurs sénégalais de la Seconde Guerre mondiale ? La réponse vient d'une Anecdote. En effet, il y a quelques années, alors que je préparais un diplôme à la faculté des Sciences de Lyon, un ami m'invita chez lui à Chasselay en me précisant que son village avait été défendu durant la Seconde Guerre mondiale par des Sénégalais, il s'agissait en fait de Tirailleurs sénégalais qui regroupaient tous les Africains noirs de l'Afrique française et non pas uniquement les habitants du Sénégal. A ce moment, je savais à peine que ces hommes avaient participé à la guerre mondiale et me souvint vaguement de la chanson très connue du Congolais zao11(*) dédié aux anciens combattants. Quand je découvris le Tata sénégalais de Chasselay12(*), une grande tristesse m'envahit : que sont venus faire ces hommes ici pour y mourir ? Ces noms que je connaissais pour la plupart, ces tombes qui auraient pu être celles de proches ? Je sentis tout à coup combien ces malheureux étaient proches de moi. Je n'hésitais alors pas une seconde lorsque la possibilité de travailler sur le sujet se présenta grâce au DEA d'histoire militaire, sécurité et défense. J'étais convaincu qu'une véritable étude sur les Tirailleurs sénégalais de la Seconde Guerre mondiale est le meilleur hommage qu'on peut leur rendre, eux « que personne ne nomme », « qui pourra vous chanter si ce n'est votre frère d'armes, votre frère de sang ? » disait Léopold Sédar Senghor13(*).

Mon intérêt s'accrut au fil de mes lectures et des documents trouvés sur le sujet et plusieurs questions se posèrent d'elles- même très rapidement :

- Le Tirailleur sénégalais de 1939 était-il différent de celui de 1914, moins intégré à l'empire français, moins instruit et surtout, plus soumis?

- Y avait-il différents types de Tirailleurs en 1939-45 ? Car s'ils étaient du même moule, les Tirailleurs sénégalais venaient d'horizons fort différents. Certains étaient instruits, d'autres comme le futur président de la République du Sénégal avaient fait des études poussées en latin et en grec et connaissaient bien la culture européenne14(*).

- Comment ces hommes instruits ont-ils vécu la guerre ?

- Entre vichy et France libre, les Tirailleurs avaient-ils la possibilité de choisir leur camp ou uniquement celle d'obéir aux ordres de leurs supérieurs ?

J'optais pour un mémoire laissant une grande place aux principaux concernés. Le témoignage oral devint ma principale source. Je pus recueillir quelques témoignages d'anciens combattants de la région Rhône-Alpes, région qui depuis l'an 2000 rend hommage aux combattants noirs15(*) de la Seconde Guerre mondiale. J'eus l'occasion de partir au Sénégal pour recueillir des données à l'IFAN16(*). Ce voyage de deux mois me permit de rencontrer des T.S à la Maison des Anciens Combattants ( MAC ) de Dakar.

En 1989,  « Du côté de chez Fred », une émission de Frédéric Mitterrand consacra un sujet sur les Tirailleurs sénégalais. Parmi les invités se trouvaient des Tirailleurs sénégalais de la Seconde Guerre mondiale et quelques cadres des troupes coloniales. Le général Duchesne nota surtout la chaleur humaine qui prévalait dans les régiments de T.S tandis que Frédéric Mitterrand faisait remarquer le discours paternaliste de l'époque sur ces derniers.

CHECHIA ROUGE, VISAGE NOIR !

Mon premier problème fut de trouver un titre qui allait faire revivre les Tirailleurs sénégalais, un titre montrant non seulement l'importance de leur participation à cette guerre mais aussi la frustration ressentie par l'ensemble des T.S après la guerre. J'optais pour ce titre :  « L'histoire oubliée des Tirailleurs sénégalais de la Seconde Guerre mondiale à partir d'une enquête orale au Sénégal 17(*) ».

Cette formule qui bien évidemment n'est pas neutre se veut engagée en faveur d'un rétablissement de la mémoire des T.S. Et pour cela, donner la parole « à ceux qui n'ont point de bouche »18(*) est le choix que je vais faire.

J'avais déjà consulté plusieurs documents et articles, notamment lors d'un séminaire à l'IHEDN19(*). La consultation de DOCTHESE ( répertoire des Thèses présentées en France) me confirma que peu d'études concernaient mon sujet et même si l'histoire ne se répète pas et qu'aucune situation n'est acquise, je me tournais vers les études sur les Tirailleurs sénégalais de la Première Guerre mondiale, notamment les travaux de Marc Michel. Mon principal objectif consistait à réhabiliter les T.S tout en restant le plus objectif possible. Ma problématique générale était de savoir comment les T.S ont ressenti cette guerre. Cela m'amena à me poser les questions décrites plus haut.

En affinant mon analyse, je me suis rendu compte qu'il y avait deux aspects évidents durant cette guerre : un aspect psychologique et un aspect militaire.

L'aspect psychologique :

- Comment les T.S ont vécu la déclaration de guerre moralement ?

- Voulaient-ils vraiment participer à cette guerre20(*) ?

- Comment voyaient-ils l'ennemi allemand ?

L'aspect militaire :

- Comment s'est déroulée la préparation militaire ?

- Comment les T.S furent-ils intégrés dans un système militaire élaboré ?

- Comment se sont déroulées les différentes campagnes ?

Ensuite, il me fallait consulter les documents des différents centres de recherche et bibliothèques21(*). Je pus recueillir ainsi beaucoup de documents. Les livres sur les T.S bien que peu nombreux m'ont apporté une grande aide.

« L'Appel à l'Afrique » de Marc Michel permet d'avoir une meilleure idée sur les T.S de la Grande Guerre.  « Souvenir de Guerre d'un Tirailleur sénégalais » du docteur Joseph I. Conombo est un témoignage vivant qui tire sa force de son aspect chronologique. Mais la meilleure étude sur le sujet reste celle de Nancy Lawler «  Soldiers of Misfortune : Ivoirien Tirailleurs During World War II » qui devint très vite mon livre de chevet. L'excellent ouvrage « Histoire de l'Afrique : Afrique Occidentale Française- Afrique Equatoriale Française- Madagascar ( 1934-1960) » de Philippe Héduy. Plusieurs articles dont celui du Professeur Jean-Charles Jauffret paru dans Armée d'aujourd'hui n° 190, pp157 à 163 ainsi que l'article de Maurice Rives dans Hommes et Migrations n°1158 d'octobre 1992. Le magazine  Militaria  a consacré un numéro spécial aux T.S. Il s'agit du n°51 qui me sera très utile même s'il concerne surtout les Tirailleurs de la Grande Guerre. De même, le magazine  Les collections de l'Histoire  consacre un numéro ( n°11 d'avril 2001) sur « le temps des colonies » ; Il me sera très utile. Les travaux d'Anthony Clayton ou de Maryon Echenberg m'ont été très utiles. J'eus accès au colloque de décembre 2000 du CHETOM : «  Les troupes de marine de l'armée de terre : un siècle d'histoire : 1900-200 » ; ce document est très riche. D'autres travaux sur la Seconde Guerre mondiale ont eu leur importance22(*).

Les documents audiovisuels sont assez nombreux malgré la brièveté des sujets à chaque fois. Ils m'ont tout de même servis grâce à la richesse des images d'archive. De même le film « Thiaroye 23(*)» de Sembene Ousmane, film interdit en France et qui retrace l'histoire de Tirailleurs assassinés par l'armée française à leur retour de guerre m'a permis d'avoir une meilleure idée sur les uniformes, la vie en communauté des T.S durant cette guerre.

Enfin, le voyage au Sénégal fut d'une importance capitale. Je pus prendre contact avec les principaux concernés24(*). Mes remerciements vont à M. Diop pour sa disponibilité et son aide ainsi qu'à M.Ibrahima N'Diaye responsables respectivement de l'ONAC de Dakar et de Thiès ( 2ème ville du Sénégal ) ; L'accueil chaleureux de M. Gabriel N'Diaye, secrétaire du bureau de l'UNC ( Union Nationale des Anciens combattants ) m'a très touché. Dans son grand bureau de l'ONAC qu'il partage avec M. Diop, il m'a apporté avec un recul franc des informations sur les anciens combattants :

« Nos camarades anciens combattants de France nous apportent beaucoup d'aide et ce grand bus stationné devant la maison est un don de ces frères d'arme », disait-il. Il me précisa que l'UNC dépend de la FMC ( Fédération Mondiale des Combattants ) dont le président est souvent de passage à Dakar. Il y avait donc une réelle dynamique entre anciens combattants malgré les décisions politiques qui malheureusement ne tiennent pas compte de ces liens unis à jamais au front. Je remercie également le colonel Mamadou Touré25(*) pour l'excellente exposition ( janvier 2001) sur l'armée sénégalaise dont une grande partie concerne les Tirailleurs sénégalais des deux guerres. J'utilisais assez régulièrement Internet outil incontournable aujourd'hui. J'ai pu trouver des renseignements intéressants sur les uniformes et les colloques ( peu nombreux ) sur le sujet.

L'usage fréquent de la poésie est un hommage aux auteurs noirs de la négritude mais aussi à la francophonie.

Le Plan choisi suit une approche chronologique de la guerre.

La première partie traite des sources et de la Bibliographie.

La seconde partie qui s'intitule : De l'Afrique à l'Europe traite du recrutement des Tirailleurs sénégalais, de leur formation et de leur départ pour l'Europe et tente de répondre à la question posée plus haut : les T.S se battaient t-ils vraiment pour la mère patrie26(*) ? Comment ont-ils vécu la défaite ? Comment voyaient-ils leur frères d'arme blancs ?

La troisième et dernière partie : De l'Europe à l'Afrique nous montre comment les T.S sont accueillis chez eux à leur retour de guerre et combien ils étaient devenus d'autres hommes, une nouvelle génération d'africains. Dans cette partie, nous traitons des problèmes que rencontrent ces hommes parce qu'oubliés par la France, mal compris par les nouvelles générations africaines. Elle traite aussi de questions de fond comme l'identification au terme « Sénégalais » d'Africains venant de toute l'Afrique occidentale et équatoriale, les rapports qu'ils avaient avec les autres noirs de l'armée française ( Antilles) ainsi que les Arabes. La rencontre avec les noirs de l'armée américaine. Cette partie est donc la plus importante.

« On fleurit les tombes, on réchauffe les soldats inconnus

Vous mes frères obscurs, personne ne vous nomme

On promet cinq cent mille de vos enfants à la gloire des futurs morts,

On les remercie d'avance, futurs morts obscurs »27(*)

Espérons que cette humble contribution à la mémoire des Tirailleurs sénégalais apporte quelques lumières sur leur sacrifice et pose quelques fleurs sur leur tombe.

INTRODUCTION :

« Les citations de troupes coloniales, de troupes indigènes devrait-on dire, pourraient être multipliées tant fut glorieuse leur participation à la Première Guerre mondiale28(*) ».

Les troupes coloniales de la Deuxième Guerre mondiale méritent certainement les mêmes éloges. La plus grande France, celle des colonies, a toujours répondu à l'Appel de la Métropole. Dans la douleur, souvent sans les honneurs qu'ils méritent.

L'expression « Troupes coloniales » désignait au départ les vieux corps d'infanterie de marine composés de métropolitains et les unités de Tirailleurs recrutés parmi les autochtones des nouvelles colonies de la IIIème République. C'est à partir de juillet 1900 que ces troupes vont recevoir un statut définitif. Les unités indigènes d'Afrique du Nord n'étaient pas comprises dans cette dénomination. Elles faisaient partie de l'Armée d'Afrique. Le seul lien entre les unités indigènes d'Afrique noire et d'Afrique du Nord c'est qu'ils étaient « sujets » et non « citoyens » français.

Avec la mission Marchand et la conquête du Soudan français, les noirs d'Afrique avaient prouvé leur valeur militaire et leur loyauté : « Musulmans ou animistes, buveurs ou sobres mais ni chrétiens, ni intellectuels : de bonnes brutes solides, voilà l'idéal tirailleur » disait Marchand en parlant des troupes noires. Mangin quant à lui, donne en 1910-1911 ses propres conseils sur « les races d'Afrique Occidentale Française 29(*)», conseils entachés de préjugés mais pour la connaissance des peuples colonisés par la France.

Dans les années 1905, le service militaire est ramené de 2 à 5 ans. Le projet de conscription de Messimy des Algériens musulmans déchaîne les passions. En 1910, Charles Mangin élabore sa théorie de « la force noire ». Mais jusqu'en 1912, l'effort conjugué des socialistes, des colons, des militaires métropolitains limite ce grand projet. On considérait tout au plus que les colonies pouvaient servir de réserve en cas de conflit majeur contre l'Allemagne. 30 000 hommes seulement étaient alors sous les drapeaux en Algérie et en AOF avant la Grande Guerre.

Cependant, à partir du mois d'août 1914, les contingents coloniaux débarquent à Marseille, Sète et Bordeaux, d'Afrique du Nord d'abord puis du Sénégal. Cet effort soudain de recrutement va créer des révoltes un peu partout en Afrique. Le gouverneur Van Vollenhoven se décide contre cette levée poussant Clemenceau à nommer Blaise Diagne (seul député noir du Sénégal) commissaire de la République. Ce fait majeur suffit à faire baisser les tensions et les recrutements allaient atteindre jusqu'à 63 000 hommes en AOF et s'élargir à l ' AEF.

Ainsi, de la mobilisation à 1918, 163 602 personnes sont incorporées en AOF, 17 910 en AEF soit un total pour l'Afrique noire de 181 51230(*). Marc Michel recense un total de 189 000 hommes pour l'AOF et l ' AEF31(*).

Par ailleurs, en fonction des régions de l'AOF, les recrutements étaient plus ou moins élevés : peut-être tenait-on compte des conseils de Mangin sur les races guerrières ? En tout cas, 20 591 personnes sont recrutées au Sénégal ( 1,75 % de la population), 2044 en Mauritanie ( 0,94 %), 30 685 au Soudan et au Niger (1,35 %), 22 270 en Côte d'Ivoire (1,47%) et 10 223 au Dahomey (1,21%)32(*). 134 077 d'entre eux vont se battre en Europe et en Afrique du Nord. Notons que l'effort de l'Afrique du Nord est tout aussi considérable : 294 000 tunisiens, marocains et algériens participent à cette guerre. Au total, 480 000 indigènes sont recrutés en AOF/AEF. Cet effort est considérable par rapport aux 30 000 hommes d'avant-guerre. Cependant, seulement 5740 « citoyens » des Quatre Communes sont incorporés et 5400 d'entre eux viennent en Europe. D'ailleurs, tous citoyens confondus ( créoles et AOF), ils ne sont que 51 556 à être incorporés33(*). La plupart des hommes de ces unités indigènes étaient donc « sujets » français.

Par ailleurs, les stéréotypes guident en partie l'emploi de ces troupes indigènes. Si les indochinois sont affectés en grande partie dans les usines d'armement et d'aviation ( ils sont réputés être de bons ouvriers), les Malgaches sont nombreux dans les services de santé et dans l'artillerie. Les noirs et les arabes furent donc les combattants par excellence.

Peu adaptés à la guerre de tranchées, mal entraînés, ces hommes qui « bien souvent, n'avaient jamais tiré un coup de fusil avant d'arriver au front », allaient pourtant prouver leur bravoure malgré les rigueurs du climat européen. Les troupes coloniales se battent en Champagne en 1915, à la Somme en 1916, dans l'Aisne en 1917, à Villers-Cotterêts en 1918. Ils combattent aussi à Verdun et surtout à Reims en 1918. Le prix du sang est lourd pour les troupes noires à la fin de la guerre.

Blaise Diagne accuse alors la France d'avoir utilisé les noirs des colonies comme « chair à canon » En effet, même si les pertes sénégalaises sont inférieures à celles des fantassins métropolitains ( 22,4% et 24%), la comparaison avec les pertes algériennes ( 15,1%) , malgaches et indochinois ( 11,2%) prouve que le député sénégalais n'a pas tout à fait tort. Il faut dire que Mangin considérait déjà dans son livre que les noirs ne connaissaient pas la peur parce qu'ils avaient un système nerveux plus dense (sic !) ; L'état-major français a certainement tenue compte de ces conseils car les troupes noires étaient très souvent en première ligne. Par ailleurs, l'appel de la Turquie au « Jihad » explique peut-être le peu d'enthousiasme des Algériens à partir de 191534(*). Les troupes noires, bien que composées en majorité de musulmans ne furent pas très influencées par cet appel à la guerre sainte. Elles se comportent en véritables troupes d'assaut, ce qui explique aussi les lourdes pertes. Les troupes noires sont d'une fidélité incompréhensible.

89 Bataillons combattants et 3 Bataillons de dépôt participent à cette guerre. Parmi les régiments, seuls deux portaient le titre de RTS : le 8ème et le 12ème RTS35(*). On compte aussi les 1er et 2ème RMC ( Régiment Mixte Colonial) et le régiment sénégalais Lavenir. Tout le reste était des Bataillons ( du 1er au 98ème Bataillons) Le 1er RTS est décoré de la Légion d'Honneur, de 4 citations à l'ordre de l'armée, fourragère croix de guerre 1914-1918, fourragère médaille militaire36(*).

Les pertes des troupes noires durant la Grande Guerre sont de 29 229 pour l'AOF/AEF et 35 601 blessés37(*). Marc Michel retient 30 000 morts et disparus sénégalais soit 22,4% des effectifs.

Il s'avéra après la guerre que Van Vollenhoven avait raison. En effet, celle-ci changea profondément les indigènes qui l'ont vécue en Europe. Les noirs, par la voix de Blaise Diagne, manifestent à partir de 1918 leur désir de changement et d'assimilation. Ils s'expriment grâce à la littérature et des voix s'élèvent contre le colonisateur français. Pendant ce temps et durant l'occupation de la Ruhr, les Allemands développent leur théorie de la « honte noire » qu'Hitler utilisera par la suite comme propagande contre les soldats noirs.

Les recrutements baissent mais restent quand même plus élevés que pendant les années d'avant-guerre. Ainsi en 1922, 14865 hommes de troupes sénégalais ( AOF) et 4704 ( AEF) étaient basés dans les colonies. En Métropole, ils n'étaient que 4495. Ils sont cependant 10 022 dans le Levant et 10 512 au Maroc, 4803 en Algérie-Tunisie38(*). Pendant cette période, les TS sont en partie utilisés pour la garde des colonies ( Levant, Afrique du Nord) ; Ils sont les plus nombreux à se trouver en dehors de leurs colonies d'origine ( 31 000 en 1922).

Dès 1934, l'éventualité d'une nouvelle guerre contre l'Allemagne se pose. Le maire de Fréjus se plaint de l'augmentation du nombre de demandes de pension de femmes de Tirailleurs39(*) dans sa commune.

En 1937, La guerre contre l'Allemagne devint une évidence. Les Français anticipent cette option et à la déclaration de guerre, six RTS se trouvent déjà en Métropole : Le 12ème à la Rochelle, le 14ème à Mont de Marsan, le 4ème et le 8ème RTS à Toulon, le 16ème à Montauban et le 24ème RTS à Perpignan. Ces RTS sont cependant consignés :  « En aucun cas, les militaires indigènes ne sont autorisés à revêtir la tenue bourgeoise 40(*)» Les Tirailleurs présents en Métropole n'avaient donc pas toute liberté.

Huit RTS sont stationnés en Afrique du Nord tandis que le 17ème RTS est à Damas. Dans les colonies et surtout en AOF, le 1er et le 7ème RTS sont à Saint-louis et Dakar, le 2ème RTS et plusieurs Bataillons s'occupent du Soudan français et de la Mauritanie.

A la mobilisation de 1939, l'armée française avait à sa disposition 75000 noirs ( 30000 en AOF, 8000 en AEF, 4500 en côte des Somalis41(*)) ; Ils vont prendre une part active pendant la campagne de 1939/40, formés en unités mixtes avec des régiments blancs. Ainsi du 15 mai au 11 juin, les 1ère et 6ème DIC arrêtent l'ennemi dans l'Aisne et l'Argonne avant de manoeuvrer en retraite sur les Vosges où elles subissent le sort de la ligne Maginot. Les 4ème, 5ème et 7ème DIC participent à la défense sur la Somme ; elles sont en grande partie anéanties lors de l'offensive allemande le 5 juin. D'autres éléments se distinguent dans la région de Lyon et de l'Isère ( 25ème RTS42(*)), en Normandie et dans la région de la Loire ( 27ème et 28ème RICMS).

Le 12ème et le 14ème RTS qui font partie de la 1ère DIC ainsi que le 24ème RTS ( 4ème DIC) se retrouvent, à cause de leurs positions, immédiatement dans les combats.

A la suite de l'Armistice, l'AEF se rallie à De Gaulle et parvient à mettre sur pied dès l'hiver 1940/41, trois bataillons de marche prêts à partir et trois autres à l'instruction. A la fin de 1944, 15 bataillons y avaient été mis sur pied et 15 000 africains recrutés.

Aussitôt après le débarquement allié en Afrique du Nord, l'AOF ( où la Métropole avait replié le maximum de cadres) apporte ses forces et forme deux divisions ( 9ème et 10ème DIC) équipées en AFN avec du matériels américains. La 10ème DIC est dissoute par la suite faute d'armement. Deux grandes divisions subsistent : la 9ème DIC (d'origine AOF) et la 1ère DFL ( d'origine AEF) ; Elles s'illustrent à l'île d'Elbe, en Italie, au débarquement de Provence d'août 1944.

De 1938 à 1945, l'AOF fournit 3530 originaires et 140 000 Tirailleurs43(*). Le 1er juin 1940, 122 000 TS sont mobilisés en AOF mais sont présents dans les colonies et 15 000 en AEF.

Les pertes coloniales pendant la campagne de 1939/40 ne sont connues qu'à partir de 1942. Au total, 4439 sont tués ; 21 505 sont faits prisonniers et on compte 10 049 disparus ( ?)44(*). En fait, les sources sur les pertes sénégalaises sont très rarement concordantes. Une autre source retient 24 000 tués et 49 500 prisonniers. Par rapport au 140 000 africains mobilisés entre 1938 et 1945, cela fait environ 17,4 % des effectifs mobilisés. Il faut prendre ce pourcentage avec beaucoup de précaution et le gonfler un peu d'au moins deux points car une tendance à l'intégration des troupes coloniales dans l'ensemble de l'armée française est notée à partir de 1942.

« Depuis des années, vous avez quitté vos villages. Vous avez erré à travers l'Empire, vous avez parcouru la Corse et presque traversé la France. En toute circonstance, vous vous êtes montrés loyaux et fidèles.

Vous avez supporté les privations, vous avez accepté sans réserve un long et dur entraînement. Vous avez enfin livré, en grands soldats des combats victorieux, vous avez notamment conquis l'île d'Elbe et participé à la libération de la France.

C'est vous qui, le 17juin 1944 vous êtes les premiers lancés à l'assaut avec une ardeur admirable. Votre bataillon, après un débarquement de vive force, qualifié des plus difficiles, a enlevé de haute lutte la plage de Marina di Campo et assure, en coupant dès le premier jour l'île d'Elbe en deux, le succès de l'opération.

Vous avez participé à la réduction des forts de la presqu'île de Sicile et jusqu'à ce jour encore, vous avez lutté sans défaillance contre l'ennemi 45(*)»

« Ainsi ont disparu de magnifiques unités qui, pas un seul instant, n'ont cessé de combattre, harcelés continuellement dans leurs étapes, et qui ne connurent d'arrêt que pour faire feu à l'ennemi46(*) »

Les éloges sur les TS de la Seconde Guerre mondiale pourraient être multipliés. Comme les tirailleurs qui les ont précédés lors de la Grande Guerre, ils ont répondu avec courage à l'appel de la Métropole. C'est la raison pour laquelle nous allons partir à la quête de leur épopée avant que ce ne soit trop tard car : « un vieillard qui meurt, c' est comme une bibliothèque qui brûle47(*) ».

CHAPITRE PREMIER :

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE

1. Les sources écrites :

Les archives publiques :

- Archives du SHAT ( Service Historique de l'Armée de Terre)

Carton 9n268 : D1 Note sur la participation à la campagne de 1939- 40 des unités indigènes

Carton 9n268 : D4 Avancement des sous-officiers et des hommes de troupes.

Carton 9n269 : Situation générale des troupes coloniales en 1922/ Effectif-Relevé- Recrutement ( N° 654CS/A)

D1 Tableau de répartition des 2000 créoles des Antilles destinés à des dépôts d'infanterie de la Métropole.

D5 Utilisation des militaires indigènes dans les unités de DCA, N° 1546/1686I6S, signé Falvy le 27 octobre 1939.

D9 Troupes coloniales sur la côte française des Somalis ( 193561939).

Carton 9n270 : Renseignements concernant certaines formations des troupes coloniales.

D4 : Création du 25ème RTS à Souge ( 16 avril 1940), note N° 56 du 12 mars 1940/ Tenue des troupes ( note N° 83/IGC du général Bührer).

D10 : Mise sur pied de la force mobile coloniale/ Elargissement de la motorisation aux 10ème et 12ème RAC ( accord N° 8605I du 25 octobre 1934)/ Centre de motorisation de Fréjus ( N° 234 I/85 du 2 mai 1934).

D12 : Moral et état d'esprit ( 1920-1939) / Rapport de Tnchoréré ( enseignement technique à donner aux enfants de troupes, St-Louis, 28 février 1939)/ Circulaire sur les permissions N° 10221/8/ Lettre du Maire de Fréjus du 25 octobre 1934.

- Archives du CHETOM ( Centre d'Histoire et d'Etude des Troupe Outre-Mer) - Fréjus

Carton 15H20 : Uniforme des troupes coloniales.

Carton 15H28 : L'AOF dans la guerre.

Carton 15H30/D5 : Race de l'AOF : extrait de la mission du Lieutenant-Colonel Mangin 1910-1911.

Carton 15H134/D1 : Les militaires indigènes pendant la guerre 1914-1918/ Effectifs fournis et pertes subies.

Carton 15H136/D2 : Pertes subies pendant la Grande Guerre.

Carton 15H141/D1 : Unités coloniales sur le front français en 1939-1940.

Carton 15H142/D1 : Stationnement des troupes coloniales au 1er juillet 1939 et en septembre 1940.

Carton 15H154/D1 : Blanchiment du 9ème en octobre 1944 dans le Doubs

D3 : Magnan sur l'opération Brassard

Carton 15H160 : Stationnement des troupes de marine

B) Archives privés du CHETOM :

Carton 17H23 : Fonds Astésiano.

Carton 17H25/D1 : Résistance et propagande.

Carton 17H39/D2 : Evasion.

Carton 18H05 : Témoignages et dons divers du Docteur Hai.

C) Les ouvrages :

- LAWLER Nancy, soldats d'infortune : Les Tirailleurs ivoiriens de la Seconde Guerre mondiale, L'Harmattan, 1996.

Ouvrage central car l'auteur utilise des enquêtes orales en Côte d'ivoire. Elle réalise ainsi plus d'une centaine d'interviews dans un champ d'action plutôt vaste. L'auteur est retourné plusieurs fois revoir les personnes interviewées.

- CONOMBO Joseph Issoufou, Souvenirs de guerre d'un Tirailleur sénégalais, Paris, L'Harmattan, 1989, 200p.

Témoignages personnels du Docteur Conombo qui fut partie de la 9ème DIC. Son approche chronologique de la guerre en fait plutôt un récit. Instruit à l'époque de la guerre, son témoignage est aussi d'une importance capitale.

- MICHEL Marc, L'Appel à l'Afrique : contributions et réactions à l'effort de guerre en AOF ( 1914-1919), Paris : Sorbonne, 1989.

L'auteur est très certainement un des meilleurs spécialistes sur le sujet. Il a écrit l'ouvrage le plus complet sur les Tirailleurs sénégalais de la Grande Guerre. Ouvrage indispensable pour l'étude des TS même de la Seconde Guerre mondiale.

- MANGIN Charles, La force noire, Paris, Hachette, 1910, 364p.

Instigateur de l'idée d'utilisation des troupes indigènes coloniales en France. Son oeuvre en explique les raisons ainsi que ses propres expériences avec les troupes noires dont il juge que la fidélité n'est pas à mettre en doute. Il y'a cependant un certain paternalisme dû à l'époque, de même que beaucoup de préjugés sur les Africains. Il n'en demeure pas moins que l'effort de Mangin fut de connaître au mieux les noirs et ses conseils seront utiles pour la mise sur pied des troupes coloniales.

2. Les sources orales : sources orales et Histoire, le débat permanent .

Un débat engagé depuis longtemps sur les sources orales de l'histoire de l'Afrique nous montre que le problème est fort complexe48(*). Deux grands livres apparus dans les années 1980 : Oral Historiography de Henige ( 1982) et Oral Traditions as History de Vansina Jan ( 1985) tentent de ramener le débat au premier plan. Les deux livres donnent les outils méthodologiques, embrassant tous les aspects de la recherche historique « sur le terrain », c'est à dire aussi bien la collecte des sources orales, que leur exploitation - avec les problèmes posés par le passage de l'oral à l'écrit - et leur interprétation critique.

Jan Vansina, qui a longtemps travaillé en Afrique centrale ( Gabon, Congo) et orientale ( Rwanda, Burundi) a rassemblé tout ce qui, dans le passé porte la marque de l'oralité. Il invite à détecter dans les récits les stéréotypes culturels et les « wandersagen », c'est à dire les clichés qui circulent dans les aires géographiques parfois très vastes. Ces auteurs invitent les historiens à briser les barrières qui séparent les disciplines, à recourir à la linguistique, à se faire anthropologue mais aussi littéraire en appliquant dans l'analyse des récits les mêmes méthodes que ceux- ci, pour en dégager les éléments qui embellissent ou qui en assurent la progression dramatique. Notre tâche qui est de donner une place au témoignage oral n'est donc pas des plus faciles.

« Le corpus des traditions orales, est sans cesse remodelé et réorienté ; des événements et des sujets acquièrent une nouvelle importance, tandis que d'autres passent à l'arrière plan ».

Ainsi, le poids du présent social et des intérêts à défendre dans le présent est assez lourd sur le contenu des récits historiques qu'ils infléchissent49(*).

Par ailleurs, « le travail de la mémoire » est du domaine de la recherche des psychologues. Dans la mémoire, « certains matériaux sont rejetés, des significations nouvelles sont rajoutées à d'autres, des causes secondaires sont niées et des séquences temporelles disjointes » ; ce processus est universel et il faut interroger le narrateur à deux ou plusieurs dates différentes pour en tirer la part du réel et de l'imaginaire :  «  Il faut surprendre l'esprit humain » dit Perrot.

Henige va plus loin et affirme « aucun des documents historiques n'a davantage souffert des intérêts personnels, vérité générale qui s `applique à toutes les sociétés et à toutes les généalogies50(*) ».

Les deux auteurs sont en fait peu convaincus par la fidélité des sources orales. Cependant, c'est l'unique moyen de donner la voix à « ceux qui n'ont point de voix » et en particulier aux minorités, aux vaincus, aux « oubliés » de l'histoire : indiens, noirs aux USA, mineurs au RU, Tirailleurs sénégalais de l'Empire français.

Il ne faut certes pas négliger l'apport des sources écrites quand celles ci existent car au seuil de toute enquête orale, on se trouve confronté à un problème complexe : l'aire territoriale que peut couvrir de façon exhaustive un chercheur isolé est nécessairement restreinte51(*).

Il faut dans notre cas régulièrement se référer aux sources écrites car celles ci existent. L'avantage majeur est que tous les Tirailleurs interrogés à Dakar parlent assez bien français. Ils oublient rarement les dates et sont très précis sur les lieux, les bateaux qu'ils ont pris, les officiers dont ils n'oublient presque jamais le nom ( même s'il est un peu déformé parfois) ; cela montre combien ces hommes sont attachés à cet événement de leur vie. Il n'en serait certainement pas de même si nous avions interrogé des Tirailleurs du fond du Sénégal où le Tirailleur réintégré dans son milieu d'origine n'a parfois plus parlé le français depuis. Notons aussi que beaucoup de Tirailleurs ont gardé comme des trophées tous leur diplôme et jusqu'aux cadeaux offerts par les habitants de la Métropole pendant leur séjour en France. Ces objets semblent devenir le gage de leur bonne foi. Il est aisé pour l'enquêteur de vérifier les dires de l'interviewé car ce dernier a souvent la preuve de sa participation à telle ou telle opération, preuves protégées tant bien que mal des intempéries du temps.

En France, ce fut le général Christienne, alors chef du Service Historique de l'Armée de l'Air ( SHAA) qui décida de développer l'histoire orale d'abord pour tenter de remplacer, compléter et expliquer les archives écrites. L'analyse de ces dernières faisait apparaître de graves lacunes notamment en ce qui concerne l'aviation avant 1914 et durant la Première Guerre mondiale. Il fallait donc le plus vite possible, compte tenue de leur âge, recueillir le témoignage des survivants de l'époque. Cependant les interviews concernaient surtout des personnes ayant eu de hautes responsabilités. Le témoignage oral « par le haut » devrait-on dire.

En ce qui concerne les TS, le témoignage oral « par le bas » est la seule possible puisque peu de tirailleurs avaient de hautes responsabilités dans l'armée française de l'époque.

La richesse des premiers témoignages recueillis en France montre une fois pour toute l'importance du témoignage oral que les USA utilisaient déjà depuis des décennies. Le témoignage oral permet d'écrire une histoire plus humaine et plus individuelle.

En douze ans, plus de 500 personnes ont été interrogées soit 1500 heures d'écoute, 90 officiers généraux, 294 officiers supérieurs et subalternes, 99 sous-officiers ; 13 ingénieurs ; 2 contrôleurs généraux ; 17 civils. De l'aviation d'avant-guerre à la guerre d'Algérie, en passant par la Deuxième Guerre mondiale, ce fut un grand succès.

Les témoins sont interrogés sur des faits précis ou sur l'ensemble de leur carrière. C'est la méthode adoptée pour l'interview des Tirailleurs sénégalais de Dakar. Nous les avons laissés parler de tout ce qu'ils jugeaient important et à la fin de leur récit, nous leur posions des questions précises sur tel ou tel point.

Il faut par ailleurs tenir compte des aspects juridiques car souvent l'auteur ne se rend pas compte de sa responsabilité52(*).

- Comment concilier et exercer en toute légalité ces différents droits ?

- Faut-il dans mes prochains interviews mettre sur pied un contrat entre les deux parties ?

- Le laboratoire de recherche dont je fais partie constitue t-il une caution juridique et morale ?

Car il s'agit là d'un travail historique, pas d'un terrain de règlement de comptes des uns et des autres. Beaucoup d'historiens se méfient en fait du témoignage oral. Ils pensent que «  la source par excellence de l'histoire est évidemment écrit » et que l'histoire orale est « un mélange du vrai, du vécu, de l'appris et de l'imaginaire »

Mais Hérodote, père de l'histoire n'a t-il pas fait le recueil de témoignages oraux ? Son effort fut de consigner tout cela à l'écrit car « les hommes passent mais les écrits demeurent » ; C'est donc plus la consignation par écrit des sources orales qui est importante. L'avantage majeur des sources orales est certainement l'abondance des détails. Les Tirailleurs s'attardent sur des détails ( décor ) qui à priori ne sont pas importants. Il faut donc tout noter pour en comprendre le sens. Il faut aussi accepter la lenteur du narrateur, en ne lui coupant pas la parole, ce qui est mal vu, surtout en Afrique. Les questions posées doivent rester ouvertes. L'enquêteur doit savoir s'effacer. Il doit apprendre à avoir la confiance des interviewés en revenant les voir plusieurs fois53(*), faire petit à petit partie du décor.

J'ai appris que le fait de citer le laboratoire de recherche ( peut être parce qu'il est en France) donnait tout de suite un vif intérêt et un gage de sérieux. Les Tirailleurs en général se sentent plus attentifs lorsqu'ils savent que je suis venu de la France pour les rencontrer. Par ailleurs, j'ai appris qu'un certain nombre de personnes se sont intéressées au sujet, sans but universitaire, et détiennent des documents privés très riches.

Ainsi, à condition d'être utilisée avec précaution et discernement, le témoignage oral apporte des éléments indispensables à l'écriture de l'histoire. Elle sert non seulement à expliquer et à comprendre les archives écrites mais aussi à comprendre l'histoire des mentalités pour reconstruire le passé et l'identité collective : celle des Tirailleurs sénégalais de la Seconde Guerre mondiale par exemple.

« Un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle » Cette formule d'Amadou Hampaté Ba54(*) est certainement plus vraie encore en Afrique où la littérature orale est centrale. Le vieillard est garant de la mémoire collective et de l'histoire qu'il transmet aux plus jeunes dans les veillées nocturnes organisées à cet effet. Le griot, gardien de cette mémoire, est alors le pilier de ce système. La mémoire est alors nécessairement vivante, elle est vie, le baobab majestueux dont les fruits, les feuilles, le tronc servent à l'homme.

« La plus grande France », la France de l'Empire, a su répondre à l'Appel de la Métropole. Celui dont on pouvait faire « un fantassin, un cavalier, un méhariste, un canonnier [...], un soldat du train, un sapeur [...], un ouvrier d'artillerie, un matelot, un chauffeur, un mécanicien...55(*) » est avant tout un soldat-indigène. Le prix du sang payé par les Africains de la Première Guerre mondiale est lourd ( plus de 22% des effectifs pour les Sénégalais) ; Cela ne leur permet pourtant pas le changement de statut promis par Blaise Diagne56(*).

J'avais une motivation supplémentaire dû peut-être à ce sentiment d'abandon dont étaient victimes les Tirailleurs sénégalais malgré leur sacrifice. Il me fallait en outre être très prudent car un travail d'histoire doit être dénué de tout jugement personnel comme le dit si bien le Pr. Jauffret dans les tables de loi.

Je me fais alors le griot de Bakary Goudiaby, Ogotiembé Guindo, Mbaké Sèye, Aly Fall, Cheiboud Abdella Ben57(*) « frères noirs [et arabes] à la main chaude couchés sous la glace et la mort »58(*).

Misant l'essentiel sur le témoignage oral, suivant l'exemple de Nancy Lawler pour la Côte d'Ivoire ( plus d'une centaine d'interviews), je décidais de partir à Dakar où je pus recueillir des témoignages que je pourrai affiner et comparer aux sources écrites. J'arrivai à Dakar en janvier, au moment où tout le monde s'attèle aux préparatifs de la fête de l'Aïd el kébir. Grâce à Dieu et à l'intervention du secrétaire de la maison, je pus réunir une quinzaine d'entre eux à la Maison des Anciens Combattants.

Les tirailleurs sénégalais qui ont participé à l'enquête sont :

- M. CISSE Issa ( 9ème DIC, 18ème RTS, M 92444).

- M. DIOP Ousseynou ( M 1129).

- M. DIOP Ablaye ( M 2180, Algérie, Nouvelle-Calédonie).

- M. DIOP Babacar ( M 1616, originaire).

- M. KANE Mamadou ( 1ère BAT, 11ème RTS, M 795, originaire).

- M. DIARRA ( M 44480).

- M. NDIAYE Demba ( M 461223).

- M. DIONE ( M 41923).

- M. DIEDHIOU ( ?)

- Groupe composé d'une veuve de guerre et de 5 autres tirailleurs qui tiennent à rester anonyme.

3. Les sources audio-visuelles :

- SEMBENE ousmane, Thiaroye 44, long métrage

- DEROO Eric, Histoire oubliée, documentaire

- Région Rhône-Alpes, Le Tata sénégalais de Chasselay, doc.

- SFP, « En attendant Fred », émission, 1989

BIBLIOGRAPHIE :

1. Méthodologie et instrument de travail :

- SHAT, «  Inventaire des archives du SHAT ».

- SHAT, «  Atlas des situations des armées alliés : les armées françaises de la Seconde Guerre mondiale », Paris, 1967.

- CHETOM, Répertoire des archives du CHETOM, tome 1 ( fonds publics) et tome 2 ( fonds privés).

- Unités Combattantes des campagnes 1939-1945 ; Période du 3 septembre 1939 au 8 mai 1945, Bulletin officiel du Ministère de la guerre, Paris : Charles Lavauzelle.

- Colloque du CHETOM, «  Les troupes de marine dans l'armée de terre : un siècle d'histoire : 1900-2000 », décembre 2000.

2. Ouvrages généraux :

BORGNIS-DESBORDES, Histoire et épopée des troupes coloniales, Paris, Presses modernes, 1956

BOURGI Robert, Le général de Gaulle et l'Afrique noire : 1940-1969, Abidjan, NEA, 1980.

CLAYTON Anthony, Histoire de l'armée française en Afrique, 1830-1962, Paris, Albin Michel.

Collection « Mémoire et Citoyenneté », Les ralliements de l'Empire à la France libre : l'Afrique en jeu, n°9, janvier 2001.

« Les collections de l'Histoire »,  Le temps des colonies, n°11, avril 2001.

Les Amis de PA et le CAARRA, Le Tata sénégalais, nov. 2000.

DURAND Yves, Les causes de la Seconde Guerre mondiale, Armand Colin, 1992.

DE GAULLES Charles, Mémoires de guerre, tome 1 à 3, Plon, 1954.

FARGETTAS Julien, Le massacre des soldats du 25ème RTS - Région lyonnaise - 19 et 20 juin 1940 ( tome 1 et 2), Mémoire de maîtrise d'histoire contemporaine, université Jean Monnet ( Saint-Étienne), sous la direction de M. le Professeur Delpal et de M. Jean François Brun, 1998-99.

GAUJAC Paul, L'armée de la victoire : de la Provence à l'Alsace 1944, Paris, Charles Lavauzelle, 1985.

HEDUY Philippe, Histoire de l'Afrique, Henry Veyrier.

JAUFFRET Jean-Charles, article « armée d'aujourd'hui », n° 190, pp 157 à 163.

KEGAN John, Atlas de la Seconde Guerre mondiale, Larousse.

Ly Abdoulaye, Mercenaires noires ; notes sur une forme d'exploitation des africains, Paris : PA, 1957

Musée des Troupes de Marine ( Fréjus) et Musée des Forces Armées ( Dakar), Des Spahis sénégalais à la garde rouge de Dakar, juin 2001.

SHAT, « Les troupes de marine », revue historique des Armées, 1983, n°2.

SURET-CANALE Jean, Afrique noire occidentale et centrale, T2 : l'ère coloniale. 1900-1945, Editions sociales. Paris.

4. Ouvrages africains :

ABRAHAMS Peter, Rouge est le sang des noirs, Paris, Casterman, 1971.

BA Hampaté, L'étrange destin de Wangrin, Paris : Union Générale d'Editions, 1973.

BA Hampaté et Lilian Kesteloot, Kaïdara, classiques africains, Armand Colin, 1969.

CESAIRE Aimé, Cahier d'un retour au pays natal, Paris, P.A, 1956.

DIOP Cheikh Anta, Nations nègres et culture ( tome 1 et 2), Paris : P.A.

MELONE Thomas, De la négritude dans la littérature négro-africaine, Paris, P.A, 1962.

RABEMANAJARA Jacques, Le poète noir et son peuple, P.A, 1957.

SENGHOR L.S, Hosties noires, Paris, seuil, 1956.

CHAPITRE II

DE L'AFRIQUE A L'EUROPE

A la déclaration de la guerre en 1939, les troupes coloniales fournissent huit divisions à l'Empire français. Un an plus tard, en 1940, la plus belle page d'héroïsme est écrite dans la région Rhône-Alpes (17-23 juin) par les tirailleurs du 25ème RTS, en majorité de jeunes guinéens, qui résistent aux Allemands dans leur point d'appui du couvent de Mont luzin, au Nord - Est de Lyon.

Participer à cette guerre qui n'était pas la leur était pour ces Africains une obligation plus qu'un engagement puisqu'ils faisaient partie de l'Empire français. Si l'AEF décide de continuer la guerre dès 1940, il faudra attendre 1942 pour que l'AOF rallie la cause gaulliste. Ses renforts se monteront alors à partir de 1942 à 60 000 Africains et 16 000 Européens. Comment se sont déroulés les recrutements, l'entraînement et la mobilisation de ces hommes qui devaient combattre une des armées les plus structurées et les plus modernes de l'époque ?

1. L'appel aux armes, la mobilisation, Le Recrutement :

Par l'expérience acquise au feu lors de la conquête outre- mer, la coloniale s'illustre dès 1914, où les troupes noires forment 60 bataillons. Cependant, elles ne sont que prudemment engagées en septembre 1914. Elles se distinguent à Dixmude mais doivent être retirées du front aux premiers froids. L'expérience tirée de leurs combats va porter ses fruits. En 1916, lorsque d'autres africains sont engagés à la suite de l'intervention de Blaise Diagne, on profite des mois d'hiver pour les entraîner dans les camps de la Côte d'Azur. En 1918, les troupes coloniales forment 210 bataillons ( 66% de l'Afrique noire, 15% de Madagascar, 1 à 2% des Somalies, le reste, de l'Indochine et du Pacifique) ; L'ensemble de ces effectifs aura compté en tout 283 000 soldats et 91 000 travailleurs, et il y eut 115 000 tués et 6 393 disparus.

Ainsi, lorsque la mobilisation générale fut lancée en 1939, beaucoup d'Africains fuirent en Gold Cost. La guerre en Europe signifiait pour beaucoup d'entre eux une mort certaine. D'autant plus que la politique coloniale de la France n'avait pas beaucoup changé par rapport à celle des années 1914. Pendant la période des années 1930, les possessions françaises étaient groupées en deux fédérations de colonies et en territoires sous mandat :

- L'Afrique Occidentale Française (AOF) avait pour capitale fédérale Dakar ; elle comprenait le Sénégal, le Soudan français ( actuel Mali), la Guinée française, la Haute Volta (actuel Burkina Faso), la Côte d'Ivoire, le Dahomey(actuel Bénin), le Niger et la Mauritanie.

- Avec Brazzaville pour capitale, l'Afrique Equatoriale Française ( AEF) regroupait le Moyen-Congo ( actuel Congo), le Tchad, l'Oubangui-Chari (actuel République centrafricaine) et le Gabon.

- Anciennes colonies de l'Allemagne, le Cameroun et le Togo étaient divisés entre la Grande Bretagne et la France et placés sous mandat de la Société des Nations.

Le système colonial français est alors fondé sur l'administration centralisée et directe. Chaque groupe de territoires avait à sa tête un gouverneur général représentant le ministre des Colonies. Administrés par un haut commissaire de la république, les territoires sous mandat échappaient à la conscription et la France devait présenter à la SDN un rapport annuel sur son administration.

Les colonies étaient gouvernées par arrêtés émanant des gouverneurs généraux ou découlant des décrets des autorités gouvernementales françaises. Formé de hauts fonctionnaires, le conseil de gouvernement assistait le gouverneur général ou le haut commissaire, mais son rôle était surtout consultatif. Les pouvoirs du gouverneur général étaient de type proconsulaires : il administrait, disposait d'une force armée, nommait et révoquait à sa guise. Chaque colonies avait à sa tête un lieutenant-gouverneur dépendant du gouverneur général et assisté d'un conseil d'administration. Appelées circonscriptions ou cercles, il y avait une centaine d'unités territoriales en AOF et une cinquantaine en AEF. Chacune d'entre elles était administrée par un commandant de cercle. Au bas de l'échelle, l'administration était généralement assurée par les anciennes familles régnantes devenues alliées des français.

Chef politique et administratif, chef de la police et procureur général, présidant du « tribunal indigène », sorte de despote local, le commandant de cercle était le principal représentant du pouvoir colonial connu des africains. Jugé en fonction des profits qu'il obtenait pour l'Europe, il veillait avant tout aux intérêts des chambres de commerce et des grandes entreprises et n'hésitait pas dans la défense de ces intérêts et des siens propres à « faire travailler la masse pendant neuf mois consécutifs sans toucher la moindre rémunération »59(*) . C'est lui qui prescrivait l'impôt de capitation, prélevait les taxes, exigeait le travail forcé, mobilisait pour le travail obligatoire et imposait le service militaire. Il était avec le chef de canton à l'origine de profonds traumatismes en milieu rural.

Devenus de véritables fantoches, les chefs de village étaient tour à tour détestés par les leur ou destitués par l'administration coloniale. Ils choisissaient souvent l'option la plus intéressante pour eux et leur famille, c'est à dire faire tout pour s'attirer les faveurs de l'administration ; ils n'hésitaient d'ailleurs pas à en faire parfois un peu plus qu'on ne leur demandait.

Malgré les quelques réformes qu'il recommande, l'avènement du gouvernement de Front populaire en juin 1936 n'apporta aucun changement au système colonial. Un système de consultation de la population fut conçu par l'administration coloniale mais il était régulièrement manipulé. De fait, seuls les électeurs des quatre communes du Sénégal, environ 10 000 personnes, participaient aux consultations.

Comme le note si bien Jean Paul Sartre60(*), les soldats français d'outre-mer, repoussant l'universalisme métropolitain, appliquent au genre humain le numeris clausus61(*) . C'est très certainement la méthode qui a été appliquée en Afrique colonisée. En effet, en décidant que seuls les natifs des Quatre communes62(*) (Dakar, Saint-Louis, Rufisque et Gorée) avaient le droit d'être citoyen français et de jouir des mêmes privilèges que tous les Français, ils créaient au sein d'une même communauté une certaine inégalité63(*). Le recrutement des Tirailleurs obéit à cette même règle puisqu'il y avait une différence de traitement entre ces natifs des Quatre communes et les autres.

Recruter par tous les moyens : Les Français avaient déjà eu une première expérience avec la Première Guerre mondiale. Ils avaient compris que l'administration coloniale était réticente à une levée en masse en Afrique comme ce fut le cas lors de la Première Guerre mondiale lorsque Van Vollenhoven64(*) préféra la démission à cette charge. Ils avaient aussi compris l'importance des marabouts et avaient d'ailleurs depuis longtemps choisi d'en faire des alliés. En effet, en détruisant le système africain reposant sur une alliance au roi, la France n'avait fait que transposer le problème. Les marabouts prirent ce rôle, celui de guide et de « roi- mage » dont le pouvoir doublé de spiritualisme devait dépasser celui des anciens rois africains. Beaucoup de ces marabouts choisirent la lutte contre l'envahisseur que ce soit en Afrique noire65(*) ou en Afrique du nord66(*) . Certains, comprenant bien le pouvoir des Européens « ceux qui savent vaincre sans avoir raison », choisirent une alliance de fait dans la mesure où la France ne s'attaquait pas à l'Islam.

La France va donc utiliser ses alliés pour le recrutement car l 'expérience de la Première Guerre mondiale avait montré qu'un noir choisi parmi les siens avait plus de pouvoir de persuasion que n'importe quel européen. Ainsi, en combinant tous les moyens, la France prit toutes les dispositions pratiques en vue des hostilités. Au lieu de 10 à 12 000 appelés des années normales, on allait recruter 25 000 hommes parmi la classe normale, c'est à dire parmi ceux dont la date de naissance officielle était 1919. Malgré les protestations de certains gouverneurs, qui à cause de la mobilisation se retrouvaient à gérer une population de plus de quatre millions d'âmes avec parfois une centaine de français seulement, le recrutement allait se poursuivre.

La montée du nombre des appelés de l'AOF était importante. De 21 000 en septembre 1939, elle allait passer à 122 320 en juin 1940.

Même si l'administration, dans un style plus proche de la propagande notait à l'époque que «  des foules d'indigènes se présentaient dans les bureaux de recrutement, réclamant l'honneur de porter les armes pour notre pays », les Africains ne se ruèrent pas dans les bureaux de recrutement. Myron Echenberg cité par Anthony Clayton note pourtant :

« Le Cameroun sous tutelle de la SDN est supposé être démilitarisé, mais des volontaires camerounais se présentent d'eux même au Niger ».

L'administration mobilise d'abord les anciens Tirailleurs encore en vigueur et utilise toute sorte de propagande montrant tantôt la méchanceté d'Hitler qui n'aimait pas du tout les Africains ou alors glorifiant les fils de la France se mobilisant pour lutter pour la liberté et la dignité de l'Homme. Même si cela est en partie vrai car il faut le dire, l'envahisseur est bien l'Allemagne nazie dont l'idéologie n'était pas très pro-africaniste, les Africains ne faisaient aucune différence entre les Européens. Ils n'avaient souvent vu l'homme blanc que sous un angle de dominé ou alors de violence. Les Africains qui avaient compris qu'ils n'échapperaient pas au recrutement finirent par s'y résigner même si certains choisirent la fuite ou d'autres moyens pour ne pas aller en Europe. L'administration avait cependant des moyens de dissuasion67(*).

Le système de recrutement de 191968(*) fut maintenu plus ou moins en l'état même si les chiffres changèrent. 82 000 soldats devaient être enrôlés en A.O.F dont 30 000 immédiatement ; le reste devant être gardé en réserve pour une incorporation ultérieure.

Comme nous l'avons vu plus haut, le système colonial était très centralisé. Au plus bas de l'échelle se trouvait le chef de canton et au plus haut le gouverneur. Une fois les quotas fixés, tous les moyens nécessaires étaient bons pour les atteindre. Les commandants déléguaient les opérations de recrutement aux chefs de cantons qui souvent en bon vassal en faisaient plus qu'on ne leur demandait pour s'attirer certaines faveurs de l'administration. Les chefs de village, dernier maillon du système ( puisque le recrutement dans leur village était de leur ressort ) avaient un plus lourd travail. Liés à ces hommes qu'ils allaient envoyer à la guerre, ils n'avaient d'autres choix que de respecter les décisions de l'administration soit d'une manière démocratique en convoquant le conseil des sages, soit d'une manière plus juste en choisissant un jeune homme dans chaque famille. Cependant, certains chefs de village en profitèrent pour régler leur compte aux familles ennemies (en envoyant tous les hommes au recrutement).

La loi de 1919, qui avait institué le service militaire universel en A.O.F stipulait que « les conscrits qui avaient un frère à l'armée ou qui étaient seuls à subvenir aux besoins d'une mère ou d'une grand-mère veuve ou d'un père infirme, étaient exempts » du moins en principe. L'administration ne tient pas compte de cette loi par la suite.

Le véritable succès du recrutement est l'engagement de l'illustre marabout de l'Afrique Occidentale Française Seydou Nourou Tall69(*), descendant de El hadj Omar Tall, fondateur de l'empire Toucouleur musulman au nord du Sénégal. Il fit une tournée de plus d'un mois, haranguant les foules et avec pour mission de préparer les africains à l'effort de guerre. D'autre part, les chefs de village, de canton, pour ne pas s'attirer l'ire de l'administration envoyaient un cheptel humain assez convenable même si dans certaines régions cela était très difficile car il fallait aussi répondre aux exigences du travail forcé, du travail des champs70(*) etc. Ils arrivaient quand même à presque toujours respecter le quota qui leur était imposé tout en se préservant car peu de fils de chefs feront la guerre.

Ainsi, au moment de la déclaration de guerre en septembre 1939, 30 000 africains sont stationnés en AOF, 8 000 en AEF et 30 000 en Métropole, 4 500 en côtes des Somalis soit un total de 72 500 africains sous les drapeaux71(*). En Métropole se trouvent 6 RTS : les 4ème et 8ème RTS sont à Toulon, le 12ème à la Rochelle, le 14ème à Mont de Marsan, le 16ème à Montauban et le 24ème à Perpignan. Le 25ème RTS est créé à Souge en avril 194072(*).

Après le recrutement des hommes répondant aux critères, une seconde sélection était faite par le conseil de révision comprenant généralement le commandant de cercle, un officier et un médecin. Ils faisaient le tour des districts et y passaient trois jours environ. Les chefs de cantons qui devaient obligatoirement être présents y recevaient soit des blâmes soit des félicitations selon la qualité des recrues. Le tiers parfois la moitié des recrues étaient inaptes, soit à cause des maladies, soit pour d'autres raisons. Il y avait cependant un plus grand nombre d'apte dans les écoles comme le constate M. Conombo :

« Après avoir passé devant chacun des membres qui émettait son avis, invariablement tout se terminait par le cri du médecin : BSA (Bon Service Armée).Immédiatement, ses suivants se saisissaient de vous et mettaient votre livret de recrue à jour sur le champ73(*) »

  Certains Africains, pour ne pas aller en Europe, n'hésitèrent pas à se mettre du piment dans les yeux. D'autres utilisèrent des moyens mystiques et certainement que la plupart des réformés croyaient en la puissance de leur gri-gri. Les maladies qui sévissent dans ces contrées ( malaria, fièvre jaune) étaient aussi pour beaucoup dans les révocations. Les Français recherchent par ailleurs un certain profil de tirailleurs : grand, fort et imposant était le parfait tirailleur. On trouve donc peu de Peuls parmi les tirailleurs et beaucoup de Mandingues et de Bambaras74(*) comme le constate Anthony Clayton :

« Un soin particulier est également apporté pour que les groupes ethniques attirés par le militantisme de l'Islam, tels que les Peuls, n'aient pas la prépondérance dans aucune formation75(*)»

Au début de la guerre, la proportion des sélectionnés était en A.O.F de 20% en moyenne. Cette proportion passe à 35% en 1940. Après la visite, les sélectionnés étaient incorporés immédiatement : « Dès que je fus reçu apte, ma formation commençait. Ce n'était pas facile mais je n'avais pas peur » confirme d'ailleurs M. Ousseynou Diop tandis que l'originaire M. Cissé a une autre approche :

« Je fus incorporé le 4 novembre 1942 à Dakar et fis ma préparation militaire à Thiès. Ce n'était pas si compliqué que ça finalement l'armée ».

On leur donnait immédiatement leurs uniformes dont les Tirailleurs tiraient une grande fierté. En effet, celui ci leur donnait un certain prestige et même s'ils n'étaient pas chefs, ils se retrouvaient immédiatement au dessus de la masse.

2. Volontaires et conscrits ; « indigènes et  évolués » :

Le décret du 21 août 1930 réglementant le recours au travail public obligatoire en AOF stipule à l'art. 7 : En aucun cas, ne peuvent être soumis au travail public obligatoire :

1°Les indigènes ayant servi sous les drapeaux pendant la guerre ; [...]

9° Les militaires et agents de la force publique en activité de service ;

10° Les élèves des écoles officielles ;

On voit donc qu'il y avait quelques avantages à être engagé, au moins pouvait-on échapper au travail obligatoire. Mais ce n'était pas une des principales motivations des engagés. L'administration française utilise tous les moyens imaginable y compris la ruse pour atteindre un quota acceptable de volontaires. Les conscrits n'avaient pas le choix. Les Tirailleurs instruits ( même s'ils étaient indigènes) jouissaient d'un régime de faveur :

« Nous tous jouissions d'un régime de faveur à savoir un an de service militaire au lieu de 3 comme les autres indigènes et possibilité de faire dans la même année le peloton d'élèves caporaux 76(*)»

Ce régime de faveur est bien réel pour les Tirailleurs instruits, du moins au début de la guerre. Mais par la suite, l'administration française mit tout le monde sur le même pied d'égalité :

« Les années 1938-39 voient s'intensifier le recrutement militaire dans les grandes écoles. Au lieu d'une dizaine ou d'une vingtaine de recrues par promotion, on prend maintenant toute la promotion ! Plus de régime de faveur d'une année, qui n'était réservé qu'aux citoyens français77(*) »

Une fois le Tirailleur recruté, l'objectif de l'armée française est de lui faire signer pour quatre ans. On l'encourageait dès les premières heures de son incorporation. Un des moyens assez fréquemment utilisés fut de lui poser une multitude de questions, y compris sur la famille de la nouvelle recrue. Ce dernier avait alors l'impression d'acquérir une certaine importance due à son engagement ( ou plutôt sa sélection) ; il devenait alors facile à l'administration de le berner en lui montrant les avantages matériels. Beaucoup d'Africains se laissent faire sans se rendre compte de la supercherie.

L'objectif pour l'administration est de montrer à l'Allemagne la réussite de la mission civilisatrice de la France. D'ailleurs, les nazis dénoncent aussitôt les méthodes de la France. Elle appelle la France à se battre entre Européens. Mais la vraie raison est que les Allemands, en raison des anecdotes racontées pendant la Grande Guerre sur les Tirailleurs noirs et des souvenirs de l'occupation de la Ruhr, avaient une peur atroce de ces troupes « sauvages » comme les nomme Hitler.

L'administration coloniale rappela d'abord les réservistes avant de les renvoyer chez eux. Chouchoutés par l'administration, ils avaient pour rôle indirect de pousser les Africains à aller en masse dans les bureaux de recrutement. Les autres Africains encore entrain de faire leur service militaire furent incorporés d'office dans l'armée comme le souligne Mamadou Kane :

« J'étais originaire, j'avais 19 ans, j'étais apte et incorporé 1 ans après au 1er Bataillon de l'AOF à Kaolack  78(*)»

En fonction des régions d'Afrique, il y avait un pourcentage plus ou moins élevé de volontaires. Nancy Lawler79(*) établit une corrélation entre la culture, l'histoire d'un peuple et l'intérêt pour l'armée. Elle a certainement raison. Les Africains de la région sub-saharienne dont la culture est plutôt ouverte à l'extérieur sont plus souvent volontaires que leurs homologues africains du centre. L'environnement explique aussi beaucoup de choses. Le désert symbole de liberté et de grands espaces est le domaine ouest africain. La région centrafricaine plus hostile ( végétation dense) pousse a un caractère plus méfiant. Les fuites sont d'ailleurs plus fréquentes dans ces régions. Ainsi, plus de la moitié des Tirailleurs interrogés à Dakar se sont portés volontaires. Il faut dire que le Sénégal a une culture ouverte vers l'extérieur. Le voyage y est considéré comme un épanouissement. Ceux qui partent loin y sont respectés.

Mais une des principales motivations est surtout l'illusion de pouvoir obtenir après la guerre le droit de vote et le statut juridique français remplaçant le statut d'indigène. Cette promesse des français avant la déclaration de guerre était en fait un leurre. Il y avait cependant plusieurs avantages à se porter volontaire. Le salaire augmentait de plus de 500 FF et la reconnaissance sociale était énorme.

« L'évolué » africain est, selon le principe du Numéris clausus80(*) énoncé plus haut , un Africain ayant un certain niveau d'étude ( primaire, diplômé de William Ponty au Sénégal ) ; Les perspectives d'avancement pour ces hommes étaient beaucoup plus larges que celles du simple indigène. Ces diplômés étaient cependant plus nombreux dans les Quatre communes que dans le reste de l'Afrique. L'AOF était d'autre part mieux lotis en « évolués » que l'AEF. Instituteurs, docteurs, vétérinaires, administrateurs, ils sont d'une importance capitale dans cette guerre. Comme nous l'avons dit en introduction, nous nous intéressons plus à ces hommes qu'au reste des Tirailleurs. Les « évolués », dotés d'un certain niveau d'instruction, avaient une conscience réelle de ce qui se passait : conscience de l'ennemi, de son idéologie ; ils pouvaient lire et comprendre les propagandes tant françaises qu'allemandes et plus tard américaines. Ces « évolués » ont souvent utilisé leur statut pour profiter du système colonial. Ainsi, l'instituteur pouvait-il voyager en se faisant héberger gratuitement dans les villages car les chefs de village les considéraient comme proche de l'administration81(*). Ils marquaient leur statut par l'habillement (casque colonial), l'utilisation fréquente du français qu'ils maîtrisaient. Cela avait pour effet d'impressionner les indigènes.

Comble de l'ironie, l'administration française ne fit aucune différence entre celui là même à qui il a appris à se sentir supérieur parce qu'instruit et le reste des Tirailleurs. Beaucoup de ces Tirailleurs « évolués » se sentent alors blessés dans leur dignité d'hommes instruits82(*). Les premières semaines d'instruction furent terribles pour ces hommes qui venaient de comprendre qu'ils ne sont rien d'autre que des « colonisés » que le colonisateur utilise à sa guise.

Chéchia rouge ou casque de soldat ?

Blessés dans leur dignité d'homme « évolués », ils le sont encore une fois dans la tenue vestimentaire. Ils avaient la même tenue que l'indigène au rire niais représenté sur la publicité de « banania » à savoir un chéchia rouge, une ceinture de flanelle et un blouson col rond, liseré jaune et les bandes molletières et pieds nus. Les collègues africains qui partageaient la même école, faisaient le même travail, par le seul fait d'être originaire des Quatre commune avaient eux des habits de soldats parce qu'ils étaient « citoyens français » ; Ils portaient le casque ou le calot et étaient habillés avec le veston kaki et des chaussures. L'injustice est alors à son comble. D'autant plus que certains administrateurs laxistes ou tout simplement de mauvaise foi mentionnaient « illettré » sur toutes les fiches de recrutement des sujets français.

L'administration, à cause du manque d'officiers et de sous-officiers, est plus attentive par la suite dans l'unique but d'identifier les candidats potentiels à une promotion. Les « sujets » africains ne pouvaient être promus que jusqu'au rang de capitaine et au cas où ils allaient plus loin dans la promotion, ils étaient « officiers indigènes », histoire de leur rappeler qu'ils n'étaient pas citoyens français83(*) comme le note M. Conombo:

« Nous, nous serons Sergents infirmiers « indigènes » à 48 FF par quinzaine et nos deux autres camarades citoyens de même grade à 500 FF par quinzaine[...]Nos deux camarades mangent au mess des sous-officiers84(*) ».

Cependant, si l'administration française est réticente à former des officiers africains, elle l'est moins pour les sous-officiers. Tous les « instruits » recevaient une proposition de promotion au sein de l'armée comme sous officiers85(*). Ainsi, la règle était assez simple, sous officiers noirs mais officiers toujours blancs ( sauf quelques exceptions)

Les officiers français des régiments de tirailleurs, souvent sortis des meilleures écoles avaient reçu l'ordre de se rapprocher de ces sous officiers et « officiers indigènes » ; ce que beaucoup d'entre eux feront bien et de bonne foi en réalité. La plupart des officiers connaissait bien l'Afrique et certains parlaient plusieurs dialectes africains. Les officiers français, dans l'ensemble étaient de vrais soldats qui respectaient la bravoure86(*).

L'entraînement : Mais comment faire de ces hommes des soldats ? Pour être soldat, il ne suffit pas de savoir manier les armes mais surtout d'apprendre à faire partie d'un corps. La distribution immédiate des uniformes permettait de créer une nouvelle identité pour ces hommes venus des différentes parties de l'Afrique. Le Ouolof, le Toucouleur, le Dioula, le Mandingue se trouvèrent tout à coup un point commun : ils devenaient tous « Sénégalais ». Cette nouvelle identification est capitale. En vivant ensemble, les Africains apprennent à se connaître, à s'aimer dans la différence culturelle, à être des « soldats de France » ; C'est très certainement, cet aspect qui est la plus importante pour l'avenir de l'Afrique, il y avait au sein des RTS une unité exceptionnelle87(*). Après s'être habitué à la vie de camp, les Africains apprennent le maniement des armes (le fameux MAS 36) :

« ... Commence l'instruction militaire, chacun ayant sa tenue complète de campagne et le fusil 36 sur l'épaule. Nous parcourons ainsi chaque matin 10 à 15 km dans les nyagnés périphériques de Dakar [...] Cette vie disciplinaire n'a duré qu'un mois et n'a visé en fait qu'à un seul but : nous apprendre à ne jamais refuser l'exécution d'un ordre 88(*)».

L'entraînement est par la suite plus intensif surtout à partir de 1942 :

« ...Pendant plus de dix mois, nous allons mener la vie de casernement. Nous devons à tour de rôle avec les unités, nous préparer par tous les exercices d'endurance à affronter le débarquement 89(*)».

Les TS cultivent eux même des champs d'ignames nécessaires à leur alimentation et le soir apprennent à parler le Français, du moins les rudiments de la langue française pour se faire comprendre, le « moi y'a dit » comme disait un tirailleur dans le reportage Histoire oubliée d'Eric Deroo. Plusieurs km de marche, une alimentation assez équilibrée, et des punitions corporelles90(*) sont le quotidien de ces hommes pendant plus d'un mois. L'objectif est surtout d'apprendre à ces hommes de ne jamais désobéir aux ordres d'un supérieur.

Le tirailleur est alors fin prêt. Pendant toute la durée de ses classes, il n'avait pas pris conscience de ce qui l'attendait. Il était devenu un soldat : un « Sénégalais » ; Il en tirera une grande fierté toute sa vie durant. De frères de couleur, ces hommes venus de toutes les contrées africaines deviendront « frères de sang » sur les fronts européens. Ils verront l'homme blanc en général si sûr de lui, vaciller et perdre la face. Ils se rendront compte sur les chemins de la guerre que leur propre Liberté n'est pas loin.

3. La bataille de France :

Le 1er juin 1943, « c'est en cargo grec transformé en navire de guerre, que nous sommes acheminés comme des moutons à Casablanca » dit Mamadou Kane91(*), matricule M 795, 11ème RTS. Il faut dire qu'à ce moment de la guerre, la France doit utiliser tous les moyens logistiques pour vaincre l'ennemi allemand. Par la suite, les Tirailleurs sont acheminés en Afrique du nord par le « Pasteur » que la plupart des Tirailleurs interrogés ont pris :

« Notre unité du 18ème RTS, dirigé par le Colonel Salan, embarque le 3 octobre 1943 à bord du Pasteur pour Casablanca. De là, dispersion vers Fez ( 18ème RTS), Marrakech ( 17ème RTS) et Rabat ( 16ème RTS) » note le Docteur Conombo.

La France mobilise alors le maximum de ses troupes d'Afrique de l'Ouest. M. Cissé et M. Babacar Diop font partie de ceux qui embarquèrent à bord du Pasteur :

« Je fus incorporé le 4 novembre 1942 à Dakar. Je fis ma préparation militaire à Thiès. Revenu à Dakar, j'embarquais à bord du Pasteur le 27 septembre 1943 pour Casablanca » dit M. Cissé ( 18ème RTS). Les propos du Docteur Conombo diffèrent de ceux de M. Cissé car tous deux faisaient partie du 18ème RTS. Il semble donc qu'il y ait eu deux convois pour le 18ème RTS. M. Diop a certainement pris le même convoi que son compatriote sénégalais Cissé :

« ... mobilisé en janvier 1943, je pris le Pasteur pour le Maroc en septembre 1943. Nous étions 100 originaires ( téléphonie, chauffeurs) ».

L'Afrique du nord est donc un autre camp d'entraînement pour les Tirailleurs de l'Afrique noire. Si en 1940, la plupart des Tirailleurs se retrouvent directement en Europe, il n'en sera pas de même à partir de 1942 car beaucoup transitent par Casablanca.

Entre le 7 décembre 1939 et le 10 mai 1940, va se dérouler ce que l'on a appelé la « drôle de guerre » ; Le deuxième et le vingt-quatrième RTS prennent part à ces opérations de dissuasion. Pendant ces huit mois d'intervalle, soixante-quatre nouveaux bataillons de Tirailleurs, soit 38 000 hommes et sept nouvelles divisions mixtes coloniales vont les rejoindre. M. Ousseynou Diop92(*) est de ceux là. Embarqué en 1940, il arrive à Marseille et fut directement acheminé à Fréjus93(*). Il partit alors au front pendant 6 mois. Il y aura 250 soldats tués, affirme t-il :

« Nous embarquâmes en 1940. Arrivés à Marseille, on est acheminé à Fréjus où je passais deux mois avant d'aller au front pendant 6 mois. Nous étions 1200 originaires ».

Affectés dans des unités d'artillerie ou d'infanterie, les Tirailleurs sénégalais des premières années de guerre sont principalement acheminés à Souge près de Bordeaux, à Rivesaltes près de Perpignan et à Fréjus. Ces hommes venus des pays chauds ont dû souffrir beaucoup du froid à Fréjus pendant l'hiver particulièrement rigoureux de 1939. Certains Tirailleurs meurent à cause de ces dures conditions car leur voyage en bateau les avait déjà affaiblis. Parfois, ils meurent asphyxiés à cause du chauffage au charbon et du manque de ventilation94(*). Le moral de ces premiers Tirailleurs devait être très bas. Au front, ils creusent surtout des tranchées, bâtirent des fortifications dans l'attente de l'offensive allemande.

Réticente au départ à former des canonniers au sein des RTS, l'administration dû finalement s'y résigner. Cependant, un seul Régiment d'artillerie coloniale ( RAC) était motorisé, il s'agissait du 10ème RAC95(*). Les autres étaient affectés dans l'infanterie malgré les conseils de Mangin.

Comme en 1914, tous les Tirailleurs furent envoyés pendant l'hiver dans le Midi. Ils y continuèrent leur entraînement. Il faut dire que l'Etat-Major français pensait que les Africains ne supportaient pas du tout le froid et étaient vulnérables à la tuberculose. Elle continua de le penser jusqu'à ce que les colonnes allemandes s'enfoncent au Pays-Bas.

Beaucoup d'officiers et sous officiers français attestent la bravoure des Tirailleurs pendant la débâcle. L'Allemagne venait d'imposer à la France une façon radicalement nouvelle de faire la guerre. Elle disposait de l'armée la plus moderne, qui n'a connue que des victoires depuis plus de deux ans. Pour ces africains démoralisés qui, pour la plupart découvraient les armes à feu depuis peu, ce fut terrible.

Malgré l'attitude défaitiste de certains officiers96(*), les Tirailleurs sénégalais se battent jusqu'au bout. Beaucoup de Tirailleurs pensent par la suite que Gamelin était du côté de l'ennemi car ses instructions défaitistes conduisent beaucoup d'entre eux à la mort97(*). Refusant l'offensive, il choisit les tranchées bien que l'armée allemande vienne de démontrer que les anciennes règles de la guerre n'étaient plus valables.

Au mois de mai 1940, les Tirailleurs sont dans les cinq DIC suivantes : la 1ère,la seconde, la 4ème, la 8ème et la 9ème.Huits RTS, deux RICMS et quatre BATS.Ils sont environ 120 00098(*) hommes au total. Le 12ème et le 15ème RTS sont immédiatement au combat.

La plupart des troupes s'engagent à partir du mois d'avril 1940 sauf les 16ème et 24ème RTS présents dès septembre 1939 à Bitche. Les Tirailleurs sont en fait présents partout à la fois : dans la somme ( 16ème et 17ème RTS), à Verdun ( de nouveau) et défendent la ligne Maginot jusqu'à la défaite totale de l'armée française. Ils couvrent la retraite des français et tentent de sauver la Belgique. L'histoire retiendra le sacrifice du 25ème RTS ( 188 tués) à Lyon et ses alentours99(*), 4 jours après la demande d'Armistice de Pétain. 514 tirailleurs du huitième RTS meurent ou sont faits prisonniers pendant la retraite d'Alsace.

Le manque total de repères mais surtout le désespoir poussent les Tirailleurs à se battrent avec acharnement. D'autant plus que la propagande française contre les Allemands les poussait à préférer la mort à la torture100(*).

Le 25 juin 1940, l'ordre de l'armée N°117 allait parvenir aux soldats. Ce fut la déception pour ces hommes qui se sont battus avec l'énergie du désespoir. On remit aux soldats une copie de l'ordre accompagnée d'une mention de félicitation :  « La présente citation confère la croix de Guerre avec étoile de bronze » ; Le haut commandement qui a tardé à avertir les hommes qui étaient au front auraient peut être pu éviter le massacre de Chasselay car dès le 15 juin, le Maréchal Pétain savait déjà que la guerre était perdue. Il deviendra d'ailleurs deux jours plus tard Chef de l'Etat français. Le 25ème RTS savait-il que la guerre était perdue? Pourquoi se battre alors que l'Armistice est en train d'être signée ?

Julien Fargettas note :

« C'est uniquement pour une question d'éthique que ce dernier combat est intervenu »

« Les célèbres cadets de Saumur qui combattent eux aussi le 19 et le 20 juin et dont la résistance « pour l'honneur » a été largement soulignée et appréciée n'ont pas une telle attitude. Ils ont accepté les ordres de repli et n'ont pas livré de résistance désespérée à l'intérieur du dispositif ennemi 101(*)»

L'attitude des Allemands bien qu'atroce peut s'expliquer par la haine et la fureur car pour eux la guerre était déjà gagnée. Perdre alors des hommes (100 tués dont 8 officiers et 50 blessés) alors que l'Armistice se signe était un argument de plus pour mettre en oeuvre leur goût de la destruction et leur manque de respect pour la vie humaine. Cet épisode montre cependant la confiance totale qu'avaient les Tirailleurs noirs envers leurs officiers :

« Le Capitaine Gouzy, a avant tout contact avec l'ennemi, réunit ses hommes dans le parc du château du Plantin et demandé des volontaires pour ce sacrifice. Tous répondent présents `pour l'honneur' 102(*)»

C'est donc le Capitaine Gouzy qui, en partie, a décidé de la mort « pour l'honneur » de ses hommes. Cette spécificité de sacrifice repose sur la position incontournable que connaît l'officier colonial dans son unité. L'allégeance est presque culturelle en AOF, ce qui explique le pouvoir des marabouts. Celle ci a été tout simplement transposée à l'armée. D'autre part, une certaine éthique régnait au sein des troupes coloniales, à savoir que «  la coloniale ne se rend jamais sans combattre » . Les Tirailleurs  « noirs » en font les frais puisque certains d'entre eux meurent écrasés sous les chenilles d'un char. Dans l'atrocité, on a rarement vu pire. Ceux qui ont élaboré une théorie visant à l'extermination d'un peuple à savoir le peuple juif, ne pouvaient certainement pas s'émouvoir de la mort de ces noirs... Die schwarze Schande103(*) !

Entre 10 000 et 16 000 Tirailleurs sont tués ou portés disparus104(*). Le haut commandement accusa d'ailleurs les Tirailleurs de désertion précisant que certains ont quittés le terrain de combat délibérément et sont revenus plus tard. Notons seulement qu'il était bien difficile pour un noir de s'évaporer dans la nature d'autant plus que le terrain était à présent contrôlé par les Allemands. Cependant, la population cacha autant que possible les soldats noirs, dans les caves, les fermes et les greniers. Ils prenaient certes beaucoup de risques, ce qui témoigne de la sympathie que suscitaient les Tirailleurs sénégalais auprès des Français. D'ailleurs, tous les Tirailleurs interrogés affirment avoir ressenti un grand accueil et beaucoup de chaleur humaine en Métropole. Ce dont ils avaient bien besoin. En réalité, même si les accusations du haut commandement avaient certaines raisons d'être, les Tirailleurs qui avaient quitté les champs de bataille sont faits prisonniers.

Les pertes s'élèvent à plus de 17% des effectifs de Tirailleurs sénégalais. Lors de la Grande Guerre, Blaise Diagne, qui avait pourtant poussé les Africains à s'engager pour défendre la France accusa cette dernière d'avoir utilisé les Africains comme « chair à canon ». En effet, les pertes atteignent plus de 15% des effectifs en 1914-1918. Mais la guerre a changé de visage. Elle est soudaine et on fait désormais plus de prisonniers que de morts. En ce qui concerne les Africains, à cause de la propagande raciste, il y aura souvent plus de morts que de prisonniers ( plus de la moitié)..

A la fin juin 1940, ils étaient plus d'un millions et demi de Français à se retrouver prisonniers des Allemands. Parmi eux, environ 58700105(*) Tirailleurs sénégalais étaient détenus dans les front stalags. Les deux tiers étaient originaires de l'AOF ( 46 500 environ), 1500 de l'AEF, 9000 de Madagascar. A partir de 1943, les prisonniers coloniaux sont moins repérables106(*).

La moitié des Tirailleurs sénégalais se retrouvait dans les stalags. Si on compare ces chiffres au nombre de morts, on se rend compte qu'en fait peu de Tirailleurs ont échappé aux Allemands ( certainement moins de 1% des effectifs)107(*). Les Tirailleurs présents sur le sol français lors de la débâcle sont morts ou faits prisonniers (17 000 morts et 15 000 prisonniers)

Les Allemands, au mépris de la convention de Genève, n'hésitent pas à massacrer des troupes de Tirailleurs qui se rendaient108(*). Les officiers français protestent (parfois au risque de leur vie), évitant une mort injuste à leurs hommes. Les Allemands se comportent ainsi en représailles contre les Africains. Ils pensaient qu'ils se battaient comme « des sauvages » gardant des souvenirs de guerre en mutilant les corps de leurs ennemis. Ces idées qui avaient couru depuis la Première Guerre mondiale furent aussi entretenues par l'Etat- Major français, dans le but de terroriser l'ennemi. Les Allemands avaient certainement tort. Ces pratiques de guerre ne sont pas africaines. La mutilation des morts étaient prohibée dans les règles de la guerre africaine109(*) mais comme les Africains utilisaient parfois des coupe-coupe comme arme, leurs victimes étaient certainement méconnaissables ; ce qui a pu faire croire aux Allemands qu'ils mutilaient leurs adversaires.

Les Allemands séparaient les noirs des blancs et chaque jour, ils en tuaient quelques uns. Dormant à même le sol, pieds nus, alimentés à base d'eau chaude et de biscuits, beaucoup de tirailleurs, bien que vigoureux ne supportent pas les conditions de détention. Certains africains particulièrement remarquables à cause de leurs scarifications souffrent encore plus que les autres. Les Allemands leur remettaient du savon et les obligeaient à enlever leurs scarifications. Cette forme de torture mentale allait rendre plusieurs Africains fous.

Les premières semaines de détention furent donc très difficiles pour les Africains. A Mirecourt, Reims, Berlin et partout en France, les supplices qu'allaient leur faire subir les Allemands sont pareils. Il y eut plus d'une dizaine de camp. Cela ne voulait cependant pas dire que les Français blancs ne souffraient pas110(*). Ils n'avaient non plus pas ou peu de nourriture mais les exactions contre les noirs étaient plus courantes. D'ailleurs, beaucoup de soldats blancs commencent à avouer aux Allemands que les noirs étaient des conscrits et donc obligés par la force à venir se battre en Europe. Ainsi, au cours de la campagne de 1939-40, le nombre de prisonniers africains est de 25 516111(*) pour les troupes coloniales sur les 146 000 hors colonies au 1er juin 1940.

Les Français avaient par ailleurs les moyens de s'évader d'autant plus que leurs compatriotes s'occupaient d'eux en leur apportant vêtements civils et nourriture. Blancs, ils pouvaient se perdre dans la masse alors qu'aucun vêtement civil ne pouvait transformer un noir en blanc.

Cependant, les Allemands se rendent compte que leurs préjugés n'étaient pas fondés. Peu enclins à s'évader, les Tirailleurs sont au fond sympathiques. Travailleurs lors des travaux forcés, les Allemands commencent à avoir une lueur d'admiration à leur égard, surtout lorsqu'ils apprennent que les Africains étaient obligés de faire la guerre. Il faut aussi noter que le Maréchal Pétain fit ce qu'il pouvait pour améliorer leurs conditions de vie112(*), mais surtout pour les rapatrier au plus vite en Afrique . Les colonies se mobilisèrent aussi pour aider leurs frères comme le constate Nancy Lawler pour la Côte d'Ivoire.

Les Allemands commencèrent à prendre des photos avec ceux qu'ils considéraient, quelques semaines plus tôt comme des « demi-singes » ; Certains officiers prennent même des boys noirs chez eux. Ils poussent l'ironie jusqu'à assurer aux noirs de meilleures conditions de détention que les blancs.

Pourquoi ce changement vis à vis des Tirailleurs ? La politique du Reich était, à partir de 1940 de s'attirer les faveurs des Africains car Hitler avait des vues sur l'Afrique113(*) ( ?). Hitler envisageait même de former une nouvelle élite noire dès la fin de la guerre, au service de l'Allemagne. Ce qui inquiéta beaucoup les officiers français qui craignaient que les Africains soient sensibles à ces ruses de l'ennemi. Les Africains jouent le jeu puisque leurs conditions de vie s'améliorent mais ils restent toujours fidèles à l'Empire. Les Allemands organisèrent même des matchs de football avec les prisonniers. Des diplômés allemands, parlant les langues africaines furent envoyés dans les camps. Ils y mesuraient les crânes des Africains (comme ils le faisaient d'ailleurs avec les Juifs) afin d'avoir des arguments pour leur idéologie fasciste selon laquelle les Ariens étaient supérieurs aux autres races.

Ce changement d'attitude des Allemands remonte un peu le moral des Africains dans les front-stalags. De même que les visites dans les camps des officiers de l'armée de l'Armistice. Ces derniers en profitèrent pour remonter le moral aux Africains en leur parlant de leur bravoure reconnue par l'Etat-Major, de leurs familles mais surtout de leur retour imminent en terre d'Afrique. Les hommes de Vichy, qui ont à leur charge la nourriture des Tirailleurs font tout leur possible pour les ramener en Afrique au plus tôt. D'ailleurs, les Allemands, qui commencent à avoir peur des maladies tropicales, préfèrent transférer tous les prisonniers africains en France.

Il faut aussi noter l'engagement de la croix rouge qui sauva des milliers de noirs. D'abord en faisant une contre-propagande sur les préjugés des Allemands envers les Africains mais aussi, en les soignant. Les Médecins français prisonniers soignaient les Tirailleurs. Peut-être que les Allemands, toujours par crainte des maladies tropicales, protégeaient-ils ainsi leurs propres médecins ? En tout cas, ces médecins en profitèrent pour transférer beaucoup de Tirailleurs dans les hôpitaux militaires où les conditions étaient meilleures, soit en faisant de faux diagnostics, soit en disant aux Tirailleurs de tousser tout le temps ( symptômes de la tuberculose). Ils réussirent ainsi à sauver la vie à beaucoup de Tirailleurs sénégalais. En fait cette peur endémique des Allemands des maladies tropicales devint une véritable arme. D'ailleurs, la peur des Allemands étaient justifiée. A cause du froid, de la malnutrition, beaucoup de Tirailleurs contractèrent la tuberculose et d'autres maladies des poumons. Les engelures, la dysenterie étaient le quotidien de ses hommes dans les camps allemands114(*). Les Allemands vont donc les transférer en « zone occupée » mais la plupart d'entre eux reste prisonnière jusqu'en 1944 et 1945.

Aujourd'hui, il semble certain que les noirs aient été les premières victimes du nazisme comme le note Jacques Vergés, principal avocat de Klaus Barbie en 1987:

«  Le crime contre l'humanité ne force t-il l'émotion, ne mérite t-il commémoration que lorsqu'il frappe des Européens ? Ces massacres des 19 et 20 juin 1940 en raison de la couleur de leur peau, de la forme de leur nez et de leurs lèvres, croyait-on ainsi les oublier, les ensevelir comme un remords ? Voici qu'ils sont partis. Leur esprit entre dans cette salle. Il n'en ressortira pas 115(*)»

Pendant toute la durée de leur détention, les Tirailleurs n'avaient aucune nouvelle de la guerre : l'entrée en guerre du Général de Gaulle, le ralliement de Félix Eboué au Général, absolument rien. Les quelques Tirailleurs qui sortaient dehors pour des corvées revenaient avec des informations peu sûres. La véritable mine d'informations était la croix rouge et les quelques Tirailleurs qui ont passé un séjour dans les hôpitaux militaires.

Pourtant, lorsque tonne la voix du Général De Gaulle :  « La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre », celle-ci allait prendre une nouvelle tournure. Les Français des Colonies ne savaient plus à quel saint se vouer : saint Général ou saint Maréchal116(*), que choisir ?

Un métis, portant dans sa chair l'image de l'Empire, répondit en patriote à l'appel du Général.  « Cet homme d'intelligence et de coeur, ce noir ardemment français, ce philosophe humaniste, répugnait de tout son être à la soumission de la France et au triomphe du racisme nazi117(*) », dira plus tard De Gaulle à propos de Félix Eboué. Il faut dire que le salut du Général et peut-être même tout son avenir militaire et politique vient de la décision courageuse de cet Homme.

Pendant ce temps, après avoir mûrement réfléchi, Boisson refuse de rallier la France Libre et renouvelle sa fidélité au Maréchal. Ainsi, deux camps ennemis allaient naître en Afrique : l'AOF, vichyste et l'AEF partisan de la France Libre.

4. A.O.F et A.E.F : deux camps ennemis :

Le régime de Vichy contrôlait toute l'Afrique du nord. De Gaulle ne pouvait rien attendre de positif de l'Algérie, du Maroc et de la Tunisie, comme il l'avoue lui-même dans ses mémoires de guerre. D'autant plus que le relâchement du régime de Vichy n'était pas sans déplaire aux arabes.

Cependant, aux premiers jours de la France libre, il y eut des manifestations à Dakar118(*), Saint-Louis, Ouagadougou, Abidjan, Conakry, Lomé, Douala, Brazzaville, Tananarive. Ainsi, pour les colonies d'Afrique noire, la continuation de la guerre paraissait aller de soi. Il faut dire que l'idéologie allemande raciste y était pour beaucoup.

Pétain avait bien négocié la garantie de l'Empire. Aux termes de l'article 10 de l'Armistice, il en obtenait l'administration. Il considérait comme acquis la fidélité de l'administration coloniale à son régime. Son plus grand problème était le rapatriement des troupes indigènes en Afrique. Pétain voulait ainsi grossir l'armée d'Afrique jusqu'au chiffre de 115.000 hommes. Il avait aussi compris l'importance de l'Afrique dans cette guerre des chefs.

Boisson quant à lui ne rencontra aucune résistance de ses subordonnés119(*). Ancien administrateur de l'AEF, il avait beaucoup de pouvoir. Cette administration de l'AOF était fortement centralisée et puis très liée à celle l'Afrique du nord. Dakar était par ailleurs bien armée. Avec des batteries modernes, appuyées par plusieurs escadrilles d'aviation, ainsi que le puissant Richelieu et des sous-marins, l'AOF disposait d'un ensemble offensif et défensif considérable. Il faut avouer que Boisson était un homme énergique et un soldat de qualité qui a eu à faire ses preuves mais qui malheureusement joua la carte de Vichy. Il mit en prison les officiers partisans de la cause Gaulliste, et exécuta les indigènes résistants qui distribuaient surtout les tracts de l'armée anglaise dans la colonie. Ousseynou Diop120(*), raconte comment il se porte volontaire pour rejoindre la résistance à Casablanca, après sa libération :

« Notre lieu de ralliement était la statue de la liberté mais on nous dénonça 3 jours avant. Les soldats nous mirent en prison dans le bateau même. Jugés et condamnés à être fusillés par la Justice intérieure. Mais les Lebous121(*) de Dakar se mobilisèrent par des manifestations. On fut sauvé par la décision du Général122(*) la veille de notre exécution »

Les exécutions sommaires étaient courantes en AOF car beaucoup d'ouest africains n'avaient pas encore digéré la défaite de la France. Cependant, si les autorités administratives se rangèrent derrière le Gouverneur Général Boisson ( dont le général Barraud), certains organisèrent la résistance. Les Africains vont de nouveau payer les frais de cette guerre franco-française.

Des unités entières et plusieurs officiers réussirent à passer en Gold - Cost afin d'offrir leurs services aux Anglais, surtout en Haute-Volta où le lieutenant-gouverneur Edmond Louveau123(*) était un des rares administrateurs supérieurs de l'AOF partisan de la France Libre. Malgré la volonté des Africains de l'ouest, peu de personnes réussirent en fait à gagner la Gold- Cost. Notons par ailleurs que des migrations traditionnelles et initiatiques ont été interprétées comme des fuites :

« ...Pour eux, c'était en Gold Coast ( la colonie anglaise voisine de la Haute-Volta que nous devions accomplir ce voyage initiatique. A partir de 1940, ces tout jeunes voyageurs saisonniers, s'ils étaient capturés à l'aller, même sans tracts, étaient simplement arrêtés comme `suspects gaullistes' et traduits en cour martiale ! 124(*)»

La plupart des troupes africaines de la France Libre va provenir de l'AEF. Les Africains de l'AEF ne s'engagèrent ni par patriotisme, ni pour De Gaulle, ils étaient dans l'armée gaulliste parce qu'ils étaient originaires de l'AEF tout simplement. Il ne faut pas non plus exagérer le nombre d'africains de l'ouest qui rejoignit les rangs gaullistes. En fait, ils étaient peu nombreux et l'armée anglaise dut donner des primes pour retenir les Africains. Plusieurs d'entre eux préfèrent retourner en AOF. Ceux qui restèrent furent envoyés au Cameroun où ils constituent l'embryon du 4ème Bataillon de Marche.

Les remaniements, tant en AOF qu'en AOF furent assez importants. Boisson renvoya une trentaine d'administrateurs de l'AOF ( ils étaient juifs, communistes ou de nationalité étrangère) et parfois même franc-maçon comme le constate N. Lawler125(*). En AEF, on changea quarante d'entre eux certainement pour des raisons de confiance.

C'est dans ce contexte général que De Gaulle va se présenter au large de Dakar le 20septembre 1940. Sa demande de débarquement au Gouverneur Général Boisson se solde par un refus. Il tente alors un coup de force les 20 et 22 septembre en lançant quelques obus sur Dakar. Les vichystes répondent par des tirs de canons. Dakar est en fait une ville sûre. L'île de Gorée est une position qui permet de nourrir un feu intense sur l'ennemi qui en fait est pris entre deux feux ou même plusieurs feux ( postes-batteries de Cap des Biches, mamelles et Bargny126(*)) ; Pour ces habitants qui n'avaient jamais vécu la guerre moderne, ce fut terrible. Certaines blagues racontées à Dakar sur les habitants de Saint-Louis prennent pour point de départ le bombardement de Dakar. On raconte en effet que beaucoup de « Saint-Louisiens » ont couru de Dakar à Saint-Louis et ne sont plus jamais revenus à Dakar. Je n'ai pas pu vérifier ces rumeurs. Les blessés furent nombreux. Le navire « Portos » fut coulé au large de Dakar et De Gaulle vient de s'attirer l'ire des Africains d'AOF : il a osé tirer sur des Français127(*). De Gaulle s'attire aussi la colère des Anglais qui perdirent beaucoup dans cette « absurde aventure » ; Churchill n'échappe pas non plus aux foudres de la presse anglaise, lui qui s'était laissé entraîner par le Général français.

Boisson mena alors une propagande très efficace contre De Gaulle qu'il présente comme l'homme des Anglais. En 1940, 35 000 Tirailleurs furent rapatriés à Dakar tandis que 27 000 autres attendent leur transfert. Le régime de Vichy accélère la démobilisation. Les effectifs indigènes pour l'AOF étaient au 31 mai 1940 de 109 587 (troupe), ils passent à 42 962 au 31 août et le 30 septembre 1940 à 36 222 hommes de troupes indigènes128(*).

Le blocus des Anglais sur Dakar empêche les bateaux vichystes de faire cap sur Dakar. Il en résulte un grand manque de carburant pour acheminer les Africains de l'intérieur par la route. Les Tirailleurs réclament par ailleurs le paiement des primes qu'on leur avait promis parfois violemment (comme à Conakry où 31 hommes furieux attaquèrent le commandant et le chef de gare).

Ces hommes avaient perdu tout respect envers la Mère-Patrie qui ne les avait ni nourri encore moins protégé pendant leurs séjours dans les front stalags allemands. Ils avaient compris au front que l'homme blanc n'était pas invulnérable et qu'au final, l 'Allemand n'était pas pire que le Français. Ils s'étaient déjà libérés des chaînes de leur complexe d'infériorité sur le blanc. Le régime aura donc fort à faire pour contenir ces troupes en colère.

Dans les camps, les Allemands leur avaient pris tout leur argent et ils se retrouvaient sans rien. L'administration oublia leur courage pour ne s'intéresser qu'à leur possible rage susceptible de mettre en danger le système colonial. N'ayant plus rien d'autre que leur dignité, ils choisirent pendant un long moment le silence, parlant peu de ce qu'ils avaient vécu.

Les Vichystes tentent quelques actions contre la France Libre129(*) mais dans l'ensemble, ils restent surtout sur leurs gardes. En effet, en démobilisant la plupart des anciens combattants, peu sûrs, l'armée coloniale d'Afrique de l'ouest ne disposait plus d'une réserve aguerrie aux difficultés de la guerre. A cela s'ajoutaient une pénurie de sous-officiers et d'officiers et surtout d'armes et de munitions. Les armées de la France Libre disposaient d'une réserve d'hommes fidèles, souvent patriotes et prête à mourir pour la France. A cela s'ajoutait le soutien matériel et logistique des Anglais et plus tard des Américains. Ces troupes étaient par ailleurs dans l'obligation de l'offensive puisqu'elles devaient reprendre les positions perdues en 1939 et 1940.

En fait, comme le constate si bien N. Lawler, en 1941, il était difficile de parler des Tirailleurs sénégalais comme d'une entité reconnaissable. Même si en 1942, le chiffre des forces militaires en AOF atteignait 125 000 hommes, beaucoup de Tirailleurs végétaient dans des camps. En effet, aucune unité n'est utilisée au combat jusqu'en 1944. Ainsi, ce furent les armées du Levant qui vont au combat en 1941.

Même si elle ne dispose que d'un mandat130(*) sur la Syrie et le Liban, la France considère ces deux pays comme faisant partie intégrante de l'Empire. Ainsi, elle envoit après la débâcle une partie des Tirailleurs sénégalais131(*) pour défendre ses possessions au Proche-Orient. Ils sont alors intégrés dans l'armée du Levant. Mais quelle France avait le pouvoir sur le Proche-Orient, celle de Vichy ou celle de De Gaulle ?

Tahiti et la Nouvelle Calédonie se sont ralliés à la cause gaulliste mais la Syrie et le Liban sonnt contrôlés par le commandant Dentz qui est du côté de Vichy. Le 8 juin 1941, le Général De Gaulle déclare la Syrie et le Liban « indépendants » ; Soutenus par les Australiens, les Anglais, les Français libres entrèrent en Syrie et au Liban. Face à eux, les Tirailleurs sénégalais envoyés par Vichy pour défendre cette zone. Les Français se battirent alors entre eux, les Africains se battirent contre leurs propres frères.

5. De Gaulle l 'Africain :

L'admiration dont jouissait le Général de « l'Appel du 18 juin » était bien réelle. Les Tirailleurs sénégalais interviewés ont presque tous un profond respect pour cet homme d'honneur. Sa grande taille, son charisme avaient faits impression sur les troupes noires qui bientôt commencent à raconter les épopées guerrières du Général.

En effet, comme le constate Balandier, « Dans l'ouest africain, les légendes sont essentiellement consacrées à l'histoire de l'origine des dynasties, à la généalogie des chefs, aux exploits de ceux ci ... » ; De Gaulle n'y échappe pas. D'ailleurs, les Tirailleurs avaient tendance à confondre le Général ou plutôt aimer à se le faire passer pour tel ou tel officier. C'est qu'avoir vu le Général constituait pour beaucoup d'entre eux une fierté sans égal.

Machiavel disait que le prince avait besoin d'une certaine dose de chance. Ce qu'il avait appelé la providence, De Gaulle la saisit à pleine main. En choisissant le camp de la résistance, il se plaçait du même coup (lui le Général peu connu de 1939) dans l'histoire. Celle-ci prouve par la suite que cet homme d'arme était aussi un fin politicien. Son patriotisme n'est cependant pas à mettre en doute et même si son engagement est empreint peut être d'une motivation personnelle, sa spontanéité dans la défaite, son courage et sa ténacité lui valent le respect de tous les Français.

C'est en Afrique que De Gaulle trouve la plus grande partie de ses partisans. Il ne manque pas de rendre hommage à cette Afrique guerrière des savanes et des plaines après la guerre. De Gaulle, se comporte en vrai homme de guerre en Afrique. Sous ses ordres, Leclerc réussit le coup de maître du Cameroun. Le Général de Larminat, traversant le Congo prit au nom du Général, les fonctions de Haut-commissaire de l'Afrique équatoriale française avec pouvoirs civils et militaires.

Après la mésaventure de Dakar (opération proposée par Churchill), De Gaulle trouve le réconfort en Afrique. Le gouvernement anglais, par la voix de son Premier Ministre133(*) lui renouvèle sa confiance. Entre le 8 octobre et le 17 novembre, de Douala à Gibraltar, De Gaulle remonte le moral des troupes, donne les ordres nécessaires, nomme et révoque et enfin, cimente comme un maçon les briques encore fragiles de la France Libre.

Comme il le dit dans ces Mémoires :

« Le fait d'incarner, pour mes compagnons le destin de notre cause, pour la multitude française le symbole de son espérance, pour les étrangers la figure d'une France indomptable au milieu des épreuves, allait commander mon comportement et imposer à mon personnage une attitude que je ne pourrai plus changer »134(*)

Reçu par Eboué à Brazzaville, le Général s'envole ensuite avec le colonel Marchand jusqu'à Faya et aux postes du désert, où ils découvrit les conditions difficiles des troupes. Il accepte avec force de caractère Catroux qui est envoyé par les Anglais avec l'intention déguisée ou pas de diviser pour régner. Mais ce dernier se place sous l'autorité du Général De Gaulle.

A Brazzaville où il s'envole le 24 octobre, De Gaulle nomme Pleven secrétaire général afin de permettre à cette région de se relever économiquement. Le 27 octobre, le voilà à Léopoldville où il rallie à sa cause Belges et Anglais : Ryckmans (Belgique), Bourdillon au Nigeria et Huddleston au Soudan. Ensuite à Libreville le 15 et à Port-gentil le 16 novembre, l'infatigable Général, plombé par les victoires récentes de Leclerc, visite les blessés des deux camps qui y sont soignés, tente de ramener à la raison les anciens vichystes135(*). Il nomme les artisans de la France libre à différents postes : Eboué gouverneur général de l'AEF, Lapie devient gouverneur du Tchad, Cournarie gouverneur du Cameroun, Leclerc est quant à lui envoyé au commandement des opérations sahariennes et va connaître dans ce cadre la gloire. Larminat, nommé haut-commissaire avec pouvoirs civils et militaires, doit mener l'ensemble.

En sillonnant d'est en ouest ces contrées africaines, De Gaulle devient un Africain. Après la guerre, il cherche toujours la meilleure solution pour ces hommes, comme le constate Houphouët Boigny136(*) :  « Si nous n'avons pas eu la concrétisation immédiate de nos aspirations, c'est parce que le général De Gaulle est parti en 1946 ».

CHAPITRE III :

DE L'EUROPE A L'AFRIQUE

Au début de l'année 1942, les Tirailleurs sénégalais de l'AEF et de l'AOF constituaient la grande majorité des forces gaullistes en Afrique du nord. Ils allaient devoir se battre contre l'armée du général allemand le plus stratégique et le plus efficace sur un terrain de combat : le général Erwin Rommel137(*).

Attaques et contre-attaques sont alors le quotidien de ces hommes de la première BFL sous le commandement de la huitième Armée des britanniques. 1000 Tirailleurs sénégalais138(*) originaires de tout l'empire français se trouvent dans les 2ème et 7ème Bataillons de la première BFL. Du 26 mai 1942 au 22 octobre, les combats ne s'arrêtent pas. Les positions de Bir Hakeim et El Alamein sont farouchement défendus par les forces de l'Axe. La France Libre devint ainsi « France combattante » et les Tirailleurs sénégalais ont une grande part dans ce nouveau statut de la France qui lui assure la respectabilité qui lui faisait défaut chez les alliés.

Ensuite, sans les forces françaises, les Américains et les Anglais lancent l'opération Torch ( invasion de l'Afrique du nord) le 8 novembre 1942. Au moment où les Allemands occupent la France de Vichy ( zone libre), Darlan rencontre le Général Eisenhower à Alger. Les forces françaises à Alger et au Maroc deviennent alors gaullistes. Désormais, la France Libre dispose d'une forte armée, équipée par les Alliés de matériels modernes. Dotés d'uniformes américains, réintégrés dans de nouveaux bataillons, les Tirailleurs sénégalais sont alors difficilement identifiables. Ils sont certainement très représentés au sein des cinq bataillons de marche qui participèrent aux opérations.

A la nouvelle de la prise de l'Afrique du nord par les alliés, le Gouverneur Boisson commence à être pris de vitesse. Malgré l'ordre du Maréchal Pétain de n'accepter d'ordre que de lui, l'AOF va passer sans un coup de feu dans le camp allié. Trente mois après la débâcle, l'AOF va ainsi reprendre les combats139(*). Cependant, beaucoup de colons d'AOF, gagnés à la cause fasciste auront du mal à accepter le général De Gaulle comme nouveau maître de l'empire140(*).

1. De l'île d'Elbe à l'Alsace :

Aucune unité de Tirailleurs sénégalais ne participe à l'invasion de la Sicile entre le 9 juillet et le 18 août 1943. En corse, il y aura cependant quelques RTS. Ce fut pour la libération de l'île d'Elbe que les Tirailleurs sénégalais sont utilisés en force. Au sein de la 9ème DIC141(*) comprenant les 4ème, 6ème et 13ème RTS se trouvaient plus de 11 000 tirailleurs142(*) sénégalais surtout originaires d'Afrique de l'ouest. Les 17 et 18 juin, ils débarquèrent sur l'île et le 19 juin, celle-ci est sous leur contrôle143(*) :

« Nous avons embarqués à bord du Pasteur le 27 septembre 1943 pour Casablanca où nous avons reçu une intense préparation militaire avant de partir pour l'Algérie. De là, nous avons débarqué en Corse. Beaucoup de sénégalais mouront pour la libération de la corse. J'ai vu De Gaulle à cet endroit », confirme M. Cissé du 9ème DIC, 18ème RTS144(*). 250 Tirailleurs sénégalais meurent sur l'île, affirme t-il. Laissant sur place le 6ème RTS pour la garde du millier d'allemands faits prisonniers, la 9ème DIC est transférée en Corse pour participer au débarquement de Provence en compagnie du 16ème RTS.

L'opération « Enclume » doit permettre aux alliés de prendre l'ennemi entre deux feux. La première Armée française commandée par le général De Lattre de Tassigny et la septième Armée américaine commandée par le Général Patch, débarquent alors sur la côte de Provence entre Toulon et Cannes. La 9ème DIC, la troisième DIA et la première DMI vont ainsi participer à la libération de Toulon. Les Allemands de la 19ème Armée du général Weise se battent avec l'énergie du désespoir. Jusqu'à la libération de Paris le 23 août, les combats vont être acharnés tant les Allemands ne veulent pas laisser Toulon aux mains des alliés. Le 28 août 1944, Toulon tombe enfin aux mains de la 9ème DIC145(*) tandis que Marseille est libérée par les régiments algériens et tunisiens. L'opération Enclume fut un succès total.

Le 3 septembre, la première Armée de De Lattre de Tassigny libére Lyon146(*) mais le général Weise réussit à sauver la moitié de son armée en quittant les lieux avant l'arrivée des Alliés. Le 10 septembre, les Français entrent à Dijon. Le Général Devers prend alors le contrôle des deux armées ( 36ème Division américaine et première Armée française) ; Les Américains prennent alors le chemin de Strasbourg tandis que les Français prennent le chemin de Belfort. L'opération « Indépendance » lancée le 24 octobre pour la prise de Belfort fut menée par le 21ème RTS ( fusion entre le 4ème et le 6ème RTS), les Goums et Thabors marocains, les DMA algériens au sein de la Première Armée. Le 20 novembre, après de rudes combats, des troupes de la Première Armée entrent à Belfort. Cependant, plusieurs RTS sont « blanchis » par De Gaulle dès cet instant par l'incorporation des maquisards et résistants dans les RTS.

2. Le « blanchiment » des RTS :

« Comme l'hiver dans les Vosges comportait des risques pour l'état de sanitaire des noirs, nous envoyâmes dans le Midi les 20 000 soldats originaires d'Afrique centrale et d'Afrique occidentale qui servaient à la 1ère DFL et à la 9ème Division coloniale. Ils y furent remplacées par autant de maquisards qui se trouvèrent équipés du coup »147(*)

La circulaire ministérielle N° 890 / KMCG/1 du 27 octobre 1944 indique que les 3 RTS de la 9ème DIC, sont transformés en régiments européens, des changements d'appellation s'imposaient et que le 6ème RTS devenait à partir du 1er novembre 1944, le 6ème RIC148(*). Le chef d'escadron Gilles Aubagne analysait ce retrait dans un article d'  « armées d'aujourd'hui » :

« Il faut prendre en compte d'une part l'état d'esprit des troupes noires, liés aux prémisses de la décolonisation, et d'autre part le rôle politique prêté aux français de l'intérieur, pour analyser ce retrait149(*) ».

De Gaulle avait personnellement pris cette décision, hautement politique. Il voulait en fait intégrer toutes les forces françaises ( anciens vichystes, résistants, forces libres), en une seule armée qui participerait à la défaite ultime de l'Armée allemande. Il faut dire que cette décision, même ingrate envers les Africains était justifiée. Ainsi les RTS qui avaient connus les durs combats de la libération de la France depuis la Provence jusqu'en Alsace sont « blanchis ». Ils perdent jusqu'à leur nom en devenant des Régiments d'Infanterie Coloniale ( RIC) ; Certains Africains refusèrent cependant de partir dans le Midi et se portèrent volontaires pour poursuivre la guerre150(*).

Les Africains indigènes accueillirent cette décision avec enthousiasme :

« Il faisait un froid terrible à Belfort mais heureusement que les Français décidèrent de prendre la relève » dit M. Kane151(*). N'ont-ils pas déjà assez donné dans cette guerre ? De Gaulle avait certainement raison pour beaucoup d'entre eux mais derrière cette décision se cachait la volonté de vaincre l'Allemagne par une Armée française et blanche et non par les «  schwarze schande »152(*).

Cette politique de retrait des troupes coloniales durant l'hiver était cependant fréquente pendant la Grande Guerre. De Gaulle a pu ainsi présenter sa politique de « blanchiment » de l'armée comme une simple application de la politique traditionnelle de l'armée française. Mais comme le prouve la lettre N° 544/PS/8ème RTS, des troupes noires ont quand même été utilisées durant le froid :

« Envoyer en février des Tirailleurs sénégalais convoyer des trains en Alsace et dans l'Isère avec un seul couvre-pied est une erreur dangereuse dont je n'accepte pas la responsabilité 153(*)»

Ainsi, la préservation des troupes noires des rigueurs du climat n'est peut-être pas la seule raison du retrait de ces troupes de la zone des opérations à l'automne 1944, puisque des troupes noires sont tout de même utilisées en hiver dans des zones très froides.

Alors que les noirs au nom de la France se soient battus corps et âme, voilà que tout à coup, l'administration française voit la noirceur de leur peau. En effet, après la libération des Tirailleurs sénégalais prisonniers des camps allemands, De Gaulle refuse de confier la garde des prisonniers allemands aux Tirailleurs sénégalais afin d'éviter la vengeance des noirs contre les Allemands qui après tout, étaient des blancs. Cette décision qui était peut être logique154(*), vu l'ampleur des massacres de noirs africains par les Allemands, n'en reste pas moins révélatrice. Elle montre que désormais la France ne considère plus les Africains comme des militaires mais comme des mercenaires, « faisant d'eux les dogues noirs de l'Empire 155(*)». D'ailleurs, les Africains n'avaient pas d'énormes rancoeurs envers les Allemands. Ils avaient déjà réussi à libérer les Allemands de leurs préjugés et de leur haine pendant le temps de leur incarcération.

3. Noirs d'Afrique, noirs des Antilles :

Les premiers français s'installent aux Antilles en 1635. Une politique d'assimilation intense marquée par une aliénation due à l'esclavage fera des antillais de vrais « Neg' blanc156(*) ». Le général de Gaulle s'exclame en 1966 lors d'une visite à Fort-de- France ( en Martinique) « Mon Dieu, comme vous êtes français ». C'était certainement le meilleur compliment qu'on pouvait faire à ces anciens esclaves dont le modèle est celui du maître français. Il faut dire que les Martiniquais et Guadeloupéens sont français depuis le règne de Louis XIII (1610-1643), bien avant les Niçois et les Strasbourgeois.

« La République n'entend plus faire de distinction dans la famille humaine. Elle répare envers ces malheureux le crime qui les enleva jadis à leurs parents, à leur pays natal, en leur donnant pour patrie la France et pour héritage tous les droits du citoyens français, et par là , elle témoigne assez hautement qu'elle n'exclut personne de son immortelle devise : Liberté, égalité, fraternité. » dira Victor Schoelcher ( 1804-1893). Auparavant, l'assimilation prônée par le député François Antoine de Boissy d'Anglas avait fait ses preuves. Les Antilles furent  «  assimilées en tout aux autres parties de la république ». L'assimilation devint un moyen de promotion individuelle et une chance de renverser les barrières raciales. D'ailleurs, la carrière de Félix Eboué témoigne de la participation des élites Antillo-guyanaises à l'encadrement de l'Empire colonial.

La question de l'assimilation ne se limitait pas aux rouages de l'administration. Elle allait bien au- delà du statut politique : elle mettait en cause l'identité même des Guadeloupéens et des Martiniquais. Elle passait par une dévalorisation de tout ce qui n'est pas européen dans la culture antillaise en particulier les origines africaines ou l'appartenance au monde caraïbe. L'objectif était de pousser les antillais à dire « je ne suis pas différent de vous ; Ne faites pas attention à ma peau noire : c'est le soleil qui m'a brûlé157(*). » Aujourd'hui encore, les jeunes générations antillaises sont marquées par cette « francisation » à outrance et un grand fossé les séparent des Africains qui sont pourtant leurs frères.

Nous avons vu plus haut qu'au sein même des Africains, les « citoyens » tenaient à marquer leur différence des « indigènes ». De même, les Antillais tiennent à marquer leur différence de ces noirs d'Afrique pour qui ils n'ont que mépris. Ils parlent un français clair, sont soldats et citoyens français et puis ne sont-ils pas plus évolués que ces « sauvages » des savanes qui ont vendu leurs ancêtres158(*).

Il y eut de graves incidents entre Africains et Antillais. Même si certains Antillais cherchent à se rapprocher des Africains, beaucoup d'autres n'ont que mépris pour eux159(*). Les Tirailleurs sénégalais, en réaction à ces comportements de mépris les classèrent très vite dans la catégorie de « blancs à peau noire ». Les incidents violents et mortels parfois qui éclatèrent après la guerre entre Antillais et Africains en témoignent. Il faudrait cependant comprendre les Antillais qui ont subi plus encore que les Africains le poids de l'assimilation. L'esclavage est très certainement plus lourd à guérir que la colonisation. Le rejet des Africains s'expliquent surtout par l'illusion d'un statut meilleur et privilégié que les Antillais ne veulent pas perdre. Beaucoup d'Antillais, lors du « blanchiment » de l'armée refusent d'arrêter la guerre et se portent volontaire. Ils ne voulaient pas être mêlés aux Tirailleurs sénégalais. Senghor et Aimé Césaire montreront plus tard que les Antilles et l'Afrique ont au fond les mêmes problèmes et qu'ils ont tout intérêt à se comprendre. Ce qui est certainement vrai.

4. Le modèle américain :

L'armée américaine fit une forte impression sur les noirs d'Afrique. Anticolonialistes, les Américains ont l'intention (non dissimulée) de pousser les Africains à se libérer du joug de la colonisation. Au lendemain du débarquement en Afrique du nord, les avions américains larguèrent des traductions en arabe de la Charte de l'Atlantique. Les soldats américains auront pour première préoccupation de se mêler à la population leur offrant cigarettes et rations alimentaires. Ils vont même jusqu'à soutenir les troupes coloniales lors de révoltes160(*).

L'administration française s'inquiète beaucoup des liens d'amitié que les Tirailleurs avaient établis au combat avec des soldats américains noirs et blancs. Les américains blancs, qui auraient certainement faits des émeutes dans leur propre pays si on les avait mis dans les mêmes unités que les noirs, dorment, mangent et boivent aux côté des soldats africains. Ils prennent beaucoup de plaisir à « ces plaisirs exotiques » comme le constate N.Lawler. Les Tirailleurs étaient très fiers des soldats noirs américains qui pouvaient être pilotes et même officiers. La sympathie qu'ont les Américains blancs à l'égard des Tirailleurs sénégalais peut s'expliquer par le fait qu'ils n'avaient pas souvent l'habitude de discuter avec un noir aux Etats-Unis. Les Tirailleurs sénégalais qui ne savent rien de la ségrégation aux Etats-Unis n'ont aucun mal à discuter avec les blancs. D'ailleurs, pour une fois qu'ils peuvent avoir des amis blancs ! Comme quoi, le racisme s'explique plus par une incompréhension et des préjugés que la couleur de la peau.

En fait, au contact des différentes armées alliées, les Tirailleurs ont compris toute l'injustice de la France dans les Colonies. Ils ont vus qu'un noir peut être l'égal du blanc et que le rapport entre noir et blanc ne se limite pas au rapport d'autorité et de commandement. Ils ont en plus la satisfaction d'avoir participé à une glorieuse succession de victoires militaires ayant conduit à la capitulation de l'Allemagne nazie. En AOF et en AEF, un nouveau type d'homme est en train de naître.

Le modèle anglo-saxon était différent du modèle français. Les Américains et les Anglais donnaient en effet plus de chance d'évolution dans la carrière militaire que les Français. Il n'y avait pas autant de ségrégation. Même si celle ci existait en réalité, elle n'était pas très visible. A force d'effort, le soldat noir anglais ou américain pouvait être officier ou pilote. Le soldat africain pouvait au plus espérer (comme nous l'avons vu dans le deuxième chapitre) le grade d'  « officier indigène ».

Les troupes américaines stationnées à Dakar jouissaient d'ailleurs d'une forte popularité auprès des Sénégalais. Au Cameroun, un groupe d'infanterie français en tenue américaine fut huée après que les Camerounais se rendirent compte qu'ils n'étaient pas américain. Certains Africains commençaient à croire que la France vendrait ses Colonies aux américains, ce qui soulève beaucoup d'enthousiasme auprès des Africains « évolués ».

Les Américains n'avaient certainement pas de vue sur l'Afrique mais étaient contre la colonisation qu'ils ont eux même subis. Ils menèrent d'ailleurs une grande propagande auprès des Africains pour les libérer du joug de la colonisation161(*).

5. Le retour des braves :

« J'ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies 162(*)». La plaie reste malheureusement béante pour les Tirailleurs. Ce qui les attend en Afrique est pire que la guerre. « La négraille aux senteurs d'oignon frit retrouve dans son sang répandu le goût amer de la liberté 163(*)». La France va alors montrer toute son ingratitude aux Tirailleurs africains.

La plupart des Tirailleurs sénégalais interrogés à Dakar ne quittent la Métropole qu'en 1946 au plus tôt. Certains restent même en France jusqu'en 1947. C'est que l'Etat-Major français voulait rapatrier en priorité les prisonniers de guerre, particulièrement irrités. Mais le manque de moyens et surtout de bateaux vont poser aux autorités un véritable casse-tête. L'ordre fut d'ailleurs donné de disperser les Tirailleurs dès leur arrivée à Dakar par René Pleven alors Ministre des Colonies. Le Gouverneur-général Cournarie fit tout son possible pour garder le moins longtemps possible les Tirailleurs à Dakar mais les moyens faisaient défaut. Mais le principal problème fut la question des primes. En effet, les Tirailleurs s'attendaient à recevoir leurs primes dès leur arrivée, au lieu de ça, on leur remis 1000 francs en leur assurant que le reste les attend dans leurs villages. Certains attendent toujours. A cela va s'ajouter la dévaluation du franc français qui ne vaut plus que la moitié du franc ouest-africain. Les Africains se sentirent lésés, ne comprenant pas cette situation monétaire qui répondait à des calculs économiques fort complexes.

Si certains Tirailleurs très avertis reviennent en Afrique avec beaucoup d'argent ( ils avaient su profiter du marché noir), beaucoup y reviennent sans un sou. L'administration ne tenta pas de confisquer l'argent de ces Tirailleurs qui avaient su profiter si bien du système imposé par la guerre. Mais sans se soucier de la peine qu'il pouvait causer aux Africains, De Gaulle leur retire leur uniforme en réquisitionnant systématiquement tous les uniformes des Tirailleurs démobilisés, y compris les anciens combattants de la Libération. Certains retournent alors dans leur village avec une chemise et un pauvre pantalon. En Côte d'Ivoire, l'administration va jusqu'à leur reprendre les cadeaux qu'on leur avait offert en France.

Les Africains noirs qui avaient combattus aux côtés des britanniques164(*) en rejoignant la Gold Coast sont plus chanceux. Les Britanniques vont se soucier de leurs hommes jusqu'à leur retour. Ils reçoivent intégralement leurs primes et leurs soldes jusqu'au dernier shilling.

C'est donc ainsi que la France remercia les Tirailleurs sénégalais pour leur sacrifice. Ceux qui avaient survécu à la défaite, à de longs mois de captivité ; qui avaient libéré la France  découvrent que la Mère-Patrie attendait d'eux qu'ils s'évanouissent dans la nature sans mot dire, sans causer d'ennui, sans compensation. « Orphée errant, le nègre est ainsi condamné à une ascèse permanente, à une lutte constante, à un mouvement, à une tension qui ne finissent jamais » dit Thomas Melone165(*).

CONCLUSION 

L'ancêtre de toutes les troupes noires est le « corps des Laptots de Gorée » créé par le gouverneur Mesnager le 1er octobre 1765. Le «  corps des volontaires du Sénégal » est créé par la suite en 1802 par Blanchot après qu'une compagnie d'affranchis des Antilles arrivés en 1796 fut décimée par les maladies.

L'ordonnance du 21 juillet 1845 crée le 6ème escadron du 1er Régiment de Spahis algériens mis à la disposition du Sénégal166(*). C'est à partir de 1854, avec l'arrivée du chef de bataillon Faidherbe que la France rompit avec les hésitations et les contradictions politiques et militaires et se dote d'une véritable politique coloniale qui aboutit à l'organisation d'une force noire régulière.

La volonté de Faidherbe aboutit le 21 juillet 1857 à la signature du décret impérial organisant le bataillon d'infanterie indigène à 4 compagnies sous la dénomination de Tirailleurs sénégalais puis en RTS.

«  Il est certain que dans les RTS, j'ai trouvé une camaraderie que j'ai rarement trouvée ailleurs » disait le Général Duchesnes167(*).

Les TS de la seconde guerre mondiale ont répondu avec bravoure à l'appel de la Métropole. Ils se sont battus, parfois avec la force du désespoir contre une des armées les plus modernes et les plus aguerries :

« On avait le courage mais les Allemands étaient aussi courageux, et puis que pouvions nous faire contre des chars lorsqu'on est armé de mousquetons ( ?) » disait un tirailleur dans un reportage.

Les RTS qui ont débarqué en France en 1940 étaient certainement mal préparés pour cette nouvelle forme de guerre moderne. Ils sont anéantis.

L'Etat-major français s'adapte par la suite ; les TS sont mieux entraînés. Ils sont aguerris en Afrique du nord et participent à la libération de la France. Les derniers combats de RTS se déroulent dans les Alpes et sur le front de l'Atlantique. Le 18ème RTS participe aux combats dans les Alpes en avril 1945 avant d'être rattaché à la 1ère DMI ( campagne d'Italie) puis de devenir le 43ème RIC le 1er juillet 1945. Quelques troupes noires sont employées pour les opérations sur l'Atlantique ; il s'agit du Régiment de marche d'AEF : BM 14 et BM 15, du bataillon de Somalis et du bataillon d'Oubangui-Chari.

Les troupes noires, présentes sur le front européen dès 1939 ont donc joué un rôle non négligeable dans la libération de la France et ce jusqu'à la fin de la guerre. Malgré tout, « Les mêmes dominés d'années en années sont devenus des damnés ; on les jette à coups de balaie168(*) ». Car, pour les Tirailleurs sénégalais, il n'y a certainement pas de paroles plus vraies. Ceux qui avaient fait dire à Gaston Monnerville, député de la Guyane en 1945-46 : «  Sans son Empire, la France ne serait qu'un pays libéré. Grâce à son Empire, la France est un pays vainqueur » avaient perdu à présent toute reconnaissance de la Mère-Patrie. En effet, les démarches administratives dont ils doivent faire face, pour faire reconnaître leurs droits à une pension sont parfois vaines. Obligés de courir après les papiers pour prouver comme le dit si bien Nancy Lawler qu'ils étaient effectivement nés et surtout qu'ils n'étaient pas morts.

Dès le retour des premières vagues de Tirailleurs en terre africaine, l'administration coloniale, qui passa très vite de l'éloge à la méfiance envers les soldats noirs, fit tout son possible pour les disperser. Cette première vague est essentiellement composée de Tirailleurs de la débâcle et la plupart d'entre eux a passé plus de deux ans en captivité dans des conditions ( nous l'avons vues) très difficiles. Les Allemands ont détruit leurs papiers et certains d'entre eux se trouvent alors dans l'incapacité de prouver qu'ils avaient effectivement été au front. Pour les autres Tirailleurs, l'administration fit en général le nécessaire mais l'oubli de certains faits importants sur leurs papiers ( nombre de jours au combat par exemple, blessures etc.) leur crée des difficultés par la suite pour toucher leurs pensions.

Pour bénéficier des pensions de retraite dans l'armée française, il fallait avoir servi quinze ans dans cette armée. Les épouses survivantes y avaient droit à la mort de leur mari. En fait, la plupart des retraités ainsi que les invalides de guerre toucheront leurs droits. Par contre, les anciens combattants ne furent pas aussi heureux. Ils n'avaient droit qu'à la retraite de combattant. Pour être ancien combattant, il fallait avoir « servi au moins 90 jours dans une zone de combats 169(*)». Du moins, il fallait que son régiment ait servi 90 jours en zone de combat. M. N'Diaye, un des Tirailleurs interviewés me fit la remarque suivante : « un tirailleur pouvait toucher la retraite du combattant sans avoir lui-même fait 90 jours de combat. S'il était invalide pendant que son régiment était au front, il en avait le bénéfice tandis que d'autres tirailleurs qui ont effectivement fait 85 jours de combat au front ne toucheront pas cette retraite du combattant. » ; d 'autre part, il fallait avoir 60 ans à l'époque pour la toucher et les veuves de guerre n'y avaient pas droit. L'âge est reculé depuis 1984 à 65 ans. Quand on connaît le taux de mortalité en Afrique et l'espérance de vie autour de 55 ans et parfois moins, on comprend très vite que beaucoup d'anciens combattants ne toucheront jamais cette retraite du combattant. Mais heureusement pour eux ou malheureusement pour la France, les Tirailleurs sont vigoureux et ont souvent une longue vie peut-être plombés à jamais, pour avoir plusieurs fois bravés la mort sur les fronts d'Europe.

La loi du 26 septembre 1959 dans son article 71 réduisit les pensions des anciens combattants à un montant équivalent au septième de celles de leurs frères d'armes citoyens français. Par la suite, la France les gela tout simplement les indexant sur le coût de la vie. Quelques tirailleurs font alors le choix de la nationalité française ou alors celui de s'installer en France pour toucher la même pension que les citoyens français170(*). Rives disait : «  J'ai honte quand je vois mes frères d'arme africains171(*) » ; cependant, il faut reconnaître que si les Tirailleurs touchaient la même somme que les citoyens français, ils auraient été dans leurs pays ou le salaire d'un cadre en franc français ne dépassaient pas 1500 FF ( à l'époque) de vrais nantis et ce par le seul fait d'avoir fait la guerre pour la France. Il y a donc une certaine collision entre l'administration française et les nations africaines nouvellement indépendantes. Les TS en faisaient les frais car on voulait les oublier de part et d'autre. Pour ces nations nouvellement indépendantes, cela aurait été assez dévalorisant et on comprend mieux le peu d'intérêt des politiques africains pour le problème des Tirailleurs. D'autre part, les pensions représentaient pour ces pays une fuite de l'aide dont ils avaient bien besoin. La politique avait des raisons mesquines que les pauvres Tirailleurs ne comprenaient pas souvent.

Le meilleur allié des Français fut certainement le temps. Petit à petit, les doléances auprès des administrations françaises en Afrique se réduisaient. Mais la raison en était simplement que les Tirailleurs mouraient les uns après les autres ou alors étaient trop vieux pour s'occuper de leur sort.

Que restera t-il alors des Tirailleurs quand ils seront tous morts ? Que gardera la France d'eux ? De vieux mendiants toujours en quête de pensions ou des hommes qui ont combattu et versé leur sang pour la France 172(*)? Quand on voit l'accueil de l'administration française à leur égard, parfois pour obtenir un visa173(*) pour la France, pays qu'ils ont libéré, on est en droit de se poser la question : « qui peut fermer la porte à l'un de ses enfants174(*)».

« Est-ce que le sang d'un noir ne compte pas autant que celui d'un blanc ? Est-ce qu'un noir ne sent pas les choses lui aussi, est-ce qu'un noir n'aime pas la vie lui aussi 175(*)» . Les tirailleurs méritent très certainement une meilleure vie que celle qu'ils ont héritée de l'indépendance des anciennes Colonies. Les nouveaux Etats africains ne considèrent pas leurs actions comme importantes. Au fond, qu'ont-ils faits d'autres que de se battre pour la France ? Ces nations nouvelles ne leur doivent certainement rien, du moins c'est ce que beaucoup d'hommes politiques pensent. Par contre la France a une véritable « dette » à leur égard. La France, « ce peuple de feu, qui chaque fois qu'il a libéré ses mains, a écrit la fraternité sur la première page de ses monuments 176(*)» doit guérir ses maux. Elle a blessé ses enfants africains dans leur dignité et il n'y a pourtant pas plus digne qu'un vieux bardé de médailles. Le voilà, obligé de vendre sur la place publique ses croix de guerre si durement acquises car une médaille ne nourrit pas son homme177(*).

Il faut replacer le vieux Tirailleur à la poitrine décorée de médailles dans les années 40 pour comprendre tout l'effet psychologique de cette guerre. Il était âgé d'à peine 20 ans et le voila obligé de quitter sa famille, ses parents, ses amours pour découvrir la guerre dans un pays lointain qu'il ne connaissait pas. Certains Tirailleurs trouvent même à leur retour de guerre, leur femme remariée178(*).

Militairement, la France a réussi à intégrer dans un même corps, des hommes issus de milieux très différents. Les Tirailleurs ont été un exemple d'unité africaine et les jeunes générations africaines friands d' « Africanisme » doivent prendre exemple sur eux car une véritable unité africaine est possible.

Les Tirailleurs instruits sont très vite intégrés dans le système administratif des nations africaines naissantes. En effet, les écoles militaires créées dès 1922 en AOF deviennent en octobre 1956 des écoles militaires préparatoires africaines c'est à dire à la veille des Indépendances. C'est à partir des RTS que les nations nouvellement indépendantes vont puiser l'inspiration d'une armée calquée sur le modèle français comme le note le colonel Lamdou Touré de l'armée sénégalaise :

«  L'histoire de l'armée de terre est celle de toute l'armée sénégalaise. En effet, cette dernière est mise sur pied à partir des éléments de l'armée coloniale transférés à l'organisation provisoire du commandement du Sénégal179(*) » .

Ces militaires étaient issus de la coloniale et leurs officiers provenaient, en grande partie, de l'école de formation des officiers ressortissants des territoires d'outre-mer ( EFORTOM) : « ...Cette première période est celle de la gestion de l'héritage colonial, aussi bien par la nature de son personnel que par celle de son matériel. La quasi-totalité des cadres provient des transferts, surtout au niveau des sous-officiers et officiers180(*). Ces transférés restèrent majoritaires jusqu'à la fin de cette première phase. Formés dans le moule de l'armée coloniale et aguerris par plusieurs théâtre d'opérations ( Indochine, Algérie), ils furent disciplinés et rigoureux. Aux cadres formés après l'Indépendance, ils transmirent leurs traditions et leur professionnalisme181(*) ».

Joseph CONOMBO, auteur de « souvenirs de guerre d'un tirailleur sénégalais » deviendra ministre des affaires étrangères et même Premier ministre dans son pays le Burkina Faso ( ancienne Haute Volta) tandis que SENGHOR sera le premier président de la République du Sénégal. Dans les capitales africaines, beaucoup de Tirailleurs instruits ont une carrière noble (avocat, instituteur, professeur) ; ces Tirailleurs devenus politiciens ont, contrairement aux jeunes et fougueux nouveaux africains182(*) de l'indépendance (qui eux n'avaient pas fait la guerre), une attitude toujours plus douce envers la France. Ils font de la « francophonie active » comme le note le Pr. JAUFFRET183(*). Avaient-ils encore ce profond respect qu'on a toujours envers sa mère ? En tout cas, ils choisirent toujours une politique proche de la France et défendront même ses intérêts mais cela relève d'un autre débat. Mais, pour le Tirailleur de seconde classe, qui ne comprenait que le « moi y'a dit », l'avenir n'est pas aussi rose. Il est en effet très vite réintégré dans son milieu d'origine. Oubliés de tous.

Lors de mes entretiens, un Tirailleur avait préparé un véritable manifeste qu'il me pria de noter, en voici le contenu :

« Pourquoi les Africains, qui ont combattu côte à côte avec les Français, qui ont utilisé les mêmes armes qu'eux, ont eu les mêmes blessures, et combattu les mêmes ennemis, ne sont pas traités pareils que leurs frères d'armes. Après la loi de 1971, les Européens touchent 4 fois plus que nous. Nos pensions ont été bloquées pendant 5 ans ( loi de forclusion sur les pensions). Les Français touchent 150 000 FCFA là où nous n'avons que 5000 à 7000 FCFA. Ce n'est pas juste. Nous ne demandons pas la mendicité à la France mais nous réclamons une justice. Nous avons été des soldats de l'armée française et tout travail mérite salaire 184(*)»

Un sondage que j'ai réalisé auprès de Français et d'Africains prouvent que si les Français de plus de 40 ans connaissent à peu près bien ce qu'est un Tirailleur sénégalais, les moins de 30 ans en ont juste entendu parlé et parfois ne savent pas ce que ces mots veulent dire. Les Africains par contre connaissent bien les Tirailleurs sénégalais dans l'ensemble mais ils ne retiennent souvent d'eux que les défilés ( lors des fêtes de l'Indépendance) et les médailles. Leur histoire est souvent méconnue des Africains eux même..

« A tout seigneur, tout honneur », la dernière parole revient naturellement à l'un d'entre eux qui, assis devant sa case en banco s'exclamait : «  Si la France m'avait payé de tout mon courage, j'aurai construit une maison en dur 185(*)».

TABLE DES ANNEXES :

1- 1939- 1945 : Les troupes coloniales

2- Citation 9ème DIC/ TS s'entraînant au tir (Le Monde Colonial Illustré, janvier 1940)

3- « La force noire » dédicace au général Archinard du livre de Charles Mangin, chef d'état-major des troupes d'Afrique Occidentale Française en 1910 / Tirailleurs en permission au séminaire des pères du Saint-Esprit (Le Monde Colonial Illustré, novembre 1939) / Déjeuner au Séminaire (Le Monde Colonial Illustré, novembre 1939) / Seydou Nourou Tall en compagnie des fils du Moro Naba ( Le Monde Colonial Illustré, avril 1940)

4- Faidherbe et son état-major à Saint-Louis du Sénégal / 60ème anniversaire des massacres de Chasselay et Monluzin

5- Un exemple : le capitaine gabonais N'Tchoréré

6- Loi étendant la citoyenneté française aux habitants des Quatre Communes

7- Citations collectives de la 9ème DIC

8- Le Tata sénégalais de Chasselay

9- Bilan des massacres des 19 et 20 juin 1940 ( CAARA et Présence africaine, Le Tata sénégalais de Chasselay, avril 2000)

10- Itinéraire d'un TS ( M. Mamadou Kane, M795)

11- Aux TS morts pour la France ( L.S. Senghor)

12- Extraits de Prière de Paix ( L.S. Senghor)

13- Hommages aux TS ( L.S. Senghor)

* 1 Présenté pour l'obtention du DEA ( Diplôme d'Etude Approfondie) Science Politique option histoire militaire, Défense et Sécurité; IEP Aix-Marseille et UMR 5609, ESID, Montpellier III, septembre 2001.

* 2 LAWLER Nancy, Soldats d'Infortune... , L'Harmattan, 1996

* 3 Voir annexe I ( page III des annexes)

* 4 Terme désignant dès 1740 un combattant isolé qui progresse en ordre dispersé en tirant à volonté pour harceler l'ennemi. 163 602 noirs sont incorporés en AOF et 17 910 en AEF ; 134 077 sont venus en Europe ou en Afrique du nord : CHETOM 15H134 : « Les militaires indigènes pendant la guerre 14-18 »

* 5 Marc Michel, L'Appel à l'Afrique : contributions et réactions à l'effort de guerre en AOF(1914-1918),Paris : Publication de la Sorbonne, 1982, Thèse d'Etat

« La genèse du recrutement de 1918 en Afrique noire française » ,revue française d'outre-mer, 58, n°213 (1971)

* 6 Le 10 mai 1940, 77974 T.S seront engagés. Le 25 juin 1940, 40 000 d'entre eux seront tués ou exécutés par les Allemands. Les T.S sont les premières victimes du nazisme. CHETOM 15H142/doc2

* 7 Renforts de première urgence et deuxième urgence : SHAT 9n270 ; tableau envoyé sous bordereau N°300I805f

* 8 Julien FARGETTAS, Le massacre des soldats du 25ème RTS - Région lyonnaise - 19 et 20 juin 1940 ( tome 1 et 2), Mémoire de Maîtrise d'histoire contemporaine, Université Jean Monnet ( Saint Etienne), sous la direction du Pr. Delpal et de M. Jean François Brun, année universitaire 1998-1999, pp 160.

* 9 Tirailleur sénégalais

* 10 Dernier T.S de la Première Guerre mondiale, mort en décembre 1999, la veille de sa décoration à l'ambassade de France à Dakar.

* 11 Zao est un artiste congolais très connu en Afrique. Il a d'ailleurs eu un rôle dans le film de Sembène Ousmane « Thiaroye » racontant le massacre des T.S à leur retour de guerre par leurs propres frères d'armes et sur ordre de l'armée française.

* 12 En mai 1942, ce tata érigé par jean Marchiani, secrétaire général de l'office départemental des mutilés, combattants, victimes de la guerre et pupilles de la nation, ont été rassemblés sous son contrôle les corps des gradés et soldats du 25ème RTS morts pour la France dans les combats livrés dans ce département le 19 juin 1940.

Voir page VIII des annexes.

* 13 Poème liminaire in Hosties noires ,Paris , seuil,1956, pp 81 à 83.

* 14 Senghor qui fut prisonnier de guerre dans les stalags en profita pour découvrir des auteurs allemands comme Ghoëthe et eut des échanges fructueux sur le plan culturel avec un officier allemand. Il en parle dans son livre « Ce que je crois ».

* 15 Une exposition sur le thème s'est déroulé d'août à octobre 2000 au musée de la déportation de Lyon. Un défilé est prévu le 18 juin 2001 à Lyon avec la présence de Tirailleurs sénégalais invités d'Afrique.

* 16 Institut Fondamental de l'Afrique Noire, Dakar.

* 17 l'histoire des Tirailleurs est souvent qualifiée d'histoire oubliée, titre d'un excellent reportage sur ces derniers. La définition d'une épopée dans le Larousse de poche est la suivante : Epopée : n.f. poème de longue haleine sur un sujet héroïque. fig. Suites d'actions héroïques. Voir les deux poèmes de Senghor en annexe.

* 18 Cahier d'un retour au pays natal. Poème d'Aimé Césaire, inventeur du mot négritude, député-maire de la Martinique.

* 19 Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale. Paris.

* 20 Des cas de mutilations volontaires ont été constatés pour éviter de partir en Europe. Certains n'hésitaient pas à se couper les tendons pour être révoqué.

* 21 Notons que les bibliothèques municipales regorgent de documents. Il faut cependant les trouver car ces documents très anciens dorment souvent dans les silos.

* 22Comme « Mémoire de Guerre » du Général Charles De Gaulle.

* 23 Le 1er décembre 1944, le premier convoi comprenant des T.S rescapés de la débâcle de 1940 débarque enfin à Dakar : des anciens prisonniers, des réformés, des infirmes de guerre, des combattants qui s'étaient illustrés sur les champs de bataille avec comme sentiment le temps de la reconnaissance de « la mère patrie ». Lors de revendication qui conduira à une mutinerie, l'armée tire :30 morts, 11 blessés, 45 arrestations. Tués par leurs frères d'armes, aux portes de leur village alors qu'ils avaient échappé plus de dix fois à la mort sur les champs de bataille européens en se battant pour la France.

* 24 Les noms des interviewés sont dans la première partie.

* 25 M. Touré s'occupe aussi du futur Centre d'Histoire Militaire de l'Afrique de l'Ouest qui sera ouvert à Dakar bientôt. Il a aussi participé au colloque de décembre 2000 : «  Des troupes indigènes du Sénégal à l'armée nationale sénégalaise ».

* 26 Il est intéressant de noter l'exemple du capitaine gabonais N'Tchoréré, engagé volontaire ( voir annexe), exécuté le 07 juin 1940 par les Allemands parce qu'il demandait à être traité en officier ou encore du résistant des Vosges Adi Bâ, exécuté à Epinal en mars 1943. Beaucoup de tirailleurs rejoignent les rangs de la Gold-Cost lorsque le Gouverneur de l'A.O.F Boisson refuse de se rallier à la France libre. Cela témoigne d'un réel attachement à la France.

* 27 L. S. Senghor,  Aux tirailleurs sénégalais morts pour la France. Voir le poème complet en annexe.

* 28 Marc Michel, « Les troupes coloniales arrivent », Les collections de l'Histoire, n° 11 HS, avril 2001

* 29 CHETOM :15H30/D5.

* 30 CHETOM : 15H134 : militaires indigènes pendant la guerre de 1914-1918, effectifs fournis et pertes subies.

* 31 Marc Michel, Les troupes..., op. cit. p 77.

* 32 Marc Michel, Le recrutement des Tirailleurs sénégalais en AOF pendant la Première Guerre mondiale, essai de bilan statistique. CHETOM : 15H30/ D1.

* 33 CHETOM  15H134 : indigènes ayant participé à la guerre/ III Créoles des vieilles colonies.

* 34 Plusieurs désertions d'Algériens suivirent l'appel à la guerre sainte de la Turquie.

* 35 CHETOM 15H 134/ fiche 4 : Unités indigènes ayant participé à la guerre de 1914-1918.

* 36 CHETOM 15H134/ fiche 7 : Inscriptions et citations concernant les drapeaux des RTS pour la guerre 14-18.

* 37 CHETOM 15H314.

* 38 SHAT 9n268 : Situation générale des troupes coloniales en 1922.

* 39 SHAT 9n270/ D12 : Lettre du 25 octobre 1934.

* 40 SHAT 9n270/ D12 : Circulaire sur les permissions N° 1 022- 1/8

* 41 CHETOM 15H142/D2 : Les sénégalais pendant la guerre 1939-1945

* 42 voir Julien Fargettas, Le massacre..., op. cit.

* 43 ibid.

* 44 CHETOM 15H142/D2 : Pertes sénégalaises durant la guerre 39/45.

* 45 CHETOM 15H154 : Ordre du jour n°5/ PC du 13 octobre 1944, le général Magnan, commandant la 9ème DIC.

* 46 SHAT 9n268 : Note sur la participation des troupes coloniales à la campagne de 1939/40

* 47 Paroles d'Amadou Hampaté Bâ.

* 48 Cf. Perrot Hélène ( Université de Paris 1 ; UACNRS 363)

* 49 Lors de mes entretiens, tous les Tirailleurs passaient un temps fou à me parler de l'injustice des pensions. Ce qui me faisait perdre beaucoup de temps sur le récit même qui m'intéressait plus.

* 50 Oral Historiography, p 97

* 51 Nous sommes limités dans notre enquête au Sénégal mais une approche plus objective est de prendre plusieurs échantillons en Afrique de l'ouest ( Sénégal, Mali, Burkina-Faso, Guinée) et en Afrique de l'est ( Tchad, Cameroun, Congo).

* 52 La loi du 11 mars 1957 sur la propriété littéraire et artistique, celle du 3 juillet 1985 relative aux droits des auteurs et aux droits des artistes - interprètes, enfin celle du 17 juillet 1970 défendant le droit de la personne sur sa propre image.

* 53 Comme l'a fait Nancy Lawler

* 54 Appelé « le sage de Bandiagara », il montrera toute sa vie l'importance de la mémoire orale par les nombreux romans et livres qu'il a écrit.

* 55 Charles Mangin,  La force noire, 1910, pp. 238

* 56 « En versant le même sang, vous allez acquérir les mêmes droits »

* 57 Leurs tombes sont au Tata sénégalais de Chasselay. Un ami du nom de Bakary Goudiaby y retrouve d'ailleurs la tombe portant son nom.

* 58 L. S. Senghor, Poème liminaire in Hosties noires,,Paris, seuil, 1956, pp.81 à 83.

* 59 Jean SURET-CANALE : Afrique noire, l'ère coloniale, 1900-1945, Paris, Editions Sociales, 1964, pp.48 à 51.

* 60 Jean Paul SARTRE : Préface aux damnés de la terre de Frantz Fanon, Paris, Maspero, 1961, pp. 14 à 16.

* 61 mot à mot « nombre fermé » : désigne toute règle limitant à un nombre déterminé, relativement petit par rapport à la quantité totale, les individus faisant ou pouvant faire partie d'un groupe déterminé.

* 62 Voir annexe I

* 63 La méthode «  diviser pour mieux régner » est vieille comme le monde. Elle permet en outre de se faire des alliés au sein même de la communauté qu'on domine et exploite. Elle fut appliquée au Rwanda avec des conséquences dramatiques pour ce pays plusieurs années plus tard.

* 64 Gouverneur général de l'AOF en 1917, il fut un des critiques de la « force noire » Il refuse la levée en masse des Africains considérant qu'il n'était pas juste que ces hommes se battant pour la France soit moins bien payés et refusant le concept de militaires de seconde zone. Il démissionnera en 1918, et meurt peu après dans les tranchées.

* 65 Le mouridisme au Sénégal et le hamalisme au Soudan français sont deux mouvements religieux qui montrent les différents choix possibles . Si l'un ne remet pas réellement en cause le régime colonial, l'autre combattant pour la dignité et l'identité des peuples d'Afrique refusait toute collaboration avec l'administration coloniale.

* 66 Le grand chef Abdel kader ( Algérie) résista héroïquement aux Français avant de devenir un allié. Samory qui créa d'énormes problèmes aux Français avant d'être déporté était l'un de ces marabouts, ses fils deviendront par la suite tirailleurs. Au Soudan, le mahdi se lèvera pour dénoncer l'envahisseur britannique, il était aussi un saint musulman.

* 67 Représailles contre la famille. Souvent, c'est le chef de famille qui est jeté en prison. Quand on connaît l'importance du chef de famille en Afrique, on comprend mieux pourquoi les Africains n'ont pas souvent choisi cette option

* 68 Les quotas étaient aléatoires ( 1 à 2 % des adultes de chaque cercle administratif). Les volontaires devaient s'engager pour 5 à 6 ans avec une prime de 200 F et 240F respectivement tandis que les conscrits devaient faire 4 ans de service.

* 69 Voir annexe ( page III)

* 70 L'excès de l'administration dans l'effort de guerre ( réquisitions, travaux obligatoires) poussa souvent à la révolte comme en Casamance, au sud du Sénégal où une femme Aline Sitoé se révolta avec les Diola de Basse -Casamance : l'administration exigeait aux paysans plus qu'ils ne pouvaient faire. Plusieurs Diola seront tués et Aline Sitoé exilée.

* 71 CHETOM : 15H142/D2

* 72 CHETOM: 15H160/ Stationnement des TC

* 73 Joseph Conombo, Souvenir de guerre d'un Tirailleur sénégalais, Paris, l'Harmattan, 1996, pp 19

* 74 Les peuls sont grands mais maigres tandis que les mandingues et les Bambaras sont grands, forts et robustes, ils étaient pendant la traite négrière les esclaves les plus recherchés. Il faut dire que ce type de sélection était assez fréquent et ne diffère pas de celle utilisée par les marchands d'esclave.

* 75 Anthony Clayton, Histoire de l'armée française d'Afrique, 1830-1962, Albin Michel, 1984, pp 415

* 76 Joseph Conombo, op. Cit., pp. 19

* 77 ibid. , pp. 23

* 78 voir CHETOM 15H142/D1 : Stationnement des troupes coloniales outremer au 1er juillet 1939 / 7° Défense du point d'appui de Dakar

* 79 Nancy Lawler, Soldats d'infortune: Les tirailleurs ivoiriens de la seconde guerre mondiale, L'Harmattan, 1996, pp.58 à 59.

* 80 ibid. 4

* 81Amadou Hampaté Ba, Amkoullel, l'enfant peul,, j'ai lu, 1997

* 82 Joseph Conombo, Souvenir de guerre d'un Tirailleur sénégalais », l'Harmattan, 1984, pp.35 à 36

* 83 En décembre 1940, il n'y avait qu'un officier sur les 480 officiers d'infanterie postés en AOF qui soit « sujet français ».

* 84 Joseph Conombo, op. cit., pp 40

* 85 A partir de 1940, les instruits étaient représentés par « tous ceux qui se sont rengagés et parmi ceux qui ont été portés comme volontaires, ceux qui ont été choisis par les commandants, sans obligation d'une durée minimum de service » ; Joseph Conombo, Souvenirs de Guerre ... Op. Cit.

* 86 Plusieurs officiers perdirent la vie en tentant de protéger des tirailleurs sous leurs ordres contre les excès des Allemands envers les troupes noires. Senghor ne doit sa vie qu'à un officier qui s'est interposé alors qu'on voulait le fusiller dans un camp de prisonnier.

* 87 Les mutineries n'étaient jamais l'objet d'un groupe au sein d'un régiment mais en général de tout le régiment ; cela témoigne d'une réelle cohésion dans les RTS.

* 88 Joseph Conombo, op. Cit., p 40

* 89 ibid., p 45

* 90 Les punitions corporelles étaient toujours administrées par les sous officiers africains. Les officiers utilisaient des méthodes plus militaires( prison).

* 91 Interviewé à la Maison des Anciens Combattants de Dakar le 22 février 2001.

* 92 ibid. M 1129

* 93 C'est le plus grand et le plus ancien camp où beaucoup de Tirailleurs prendront leur retraite après la guerre. C'est d'ailleurs à Fréjus ainsi qu'à Bordeaux que se trouvent les archives sur l'outre-mer.

* 94 paroles d'un TS dans un reportage.

* 95 SHAT 9n270/D10 : Elargissement de la motorisation du 10ème RAC et du 12ème RAC ( accord n° 8605I du 25 octobre 1934 )

* 96 Le général Gamelin fut un de ces officiers qui avaient une grande responsabilité dans la défaite de la France. Il sera relevé de ses fonctions le 19 mai 1940 et remplacé par le général Maxime Weygand en tant que commandant en chef de l'armée de terre.

* 97 Nancy Lawler fait ce constat avec les Tirailleurs ivoiriens.

* 98 Centre d'Histoire Militaire de Versailles

* 99 Ibid.

* 100 L'armée française avait dépeint les Allemands d'une façon si terrible (par rapport à leurs comportements envers les Africains) que les Tirailleurs en avaient une véritable crainte.

* 101 Julien Fargettas, op. Cit., p 77

* 102 Julien Fargettas, op. Cit., p 78

* 103 La honte noire : terme développé par les Allemands durant la Première Guerre mondiale.

* 104 En fait, le haut commandement fit peu ou pas du tout de dénombrement des pertes et les sources officielles varient. Le CHETOM recensent 4440 tués dont 246 officiers et 11 504 disparus. Soit un total de 15944 tués ou disparus ( 15H142/ D2 : Pertes des troupes coloniales au cours de la campagne 1939-1940)

* 105 Notons que ces statistiques ont été faites à la va-vite par la Section d'Etudes et d'Information des Troupes Coloniales comme la plupart des statistiques concernant les Tirailleurs sénégalais d'ailleurs. Il faut croire que le recensement de ces soldats noirs était le dernier des soucis du régime de Vichy.

* 106 Le Colonel Fay parle d'une tendance à l'intégration ( ?) à partir de 1943

* 107 Ceux qui avaient réussi à s'échapper n'avaient pas d'autres choix que de rejoindre la résistance dans le maquis comme Ady Bâ, le résistant des Vosges

* 109 Les croyances africaines traditionnelles vouent un grand respect aux morts (culte des anciens et des morts). Le terrible Chaka zoulou était un des rares à user de ces méthodes dans le but de terroriser ses ennemis. Ce dernier était un tyran qui d'ailleurs deviendra fou vers la fin de sa vie, et vendra des terres de son peuple aux Anglais.

* 110 CHETOM 15H142/D2 : front stalags 1B, III A et B, IV B, VI B, VI ACDF, VII A, VIII C et XX B

* 111 ibid. : pertes des troupes coloniales au cours de la campagne 1939-1940

* 112 Le régime de Vichy établit un service des prisonniers dépendant de la Direction Générale de la Légion pour recueillir des dons.

* 113 Ndumbé III kumia,  Hitler voulait l'Afrique. ,Paris : Editions d'Harmattan, 1980

* 114 voir Gobineau, Noblesse d'Afrique, pp13et 14

* 115 Le Monde, 3 juillet 1987

* 116 Notons que le Maréchal, vainqueur de Verdun jouissait d'un respect profond vis à vis des généraux alors que le Général De Gaulle était un inconnu.

* 117 De Gaulle, Mémoires de Guerre, ibid. p 91

* 118 Le régime de Vichy fit plusieurs exécutions sommaires sans d'autres formes de procès sur la place de Fann à Dakar, histoire de calmer les ardeurs des Africains.

* 119 La vieille rivalité coloniale entre Français et Anglais y est pour beaucoup. Un officier français ne disait-il pas que Lafayette est parti se battre avec les Américains juste pour le plaisir de battre les Anglais !

* 120 ibid.

* 121 Ethnie majoritaire de Dakar. Ousseynou Diop est Lébou et très certainement de noble famille.

* 122 Il s'agit très certainement du Général d'Armée Barraud.

* 123 Louveau est par la suite jugé coupable de trahison par l'administration vichyste, jeté en prison au pénitencier de kidal au Soudan français avant d'être envoyé dans un camp de concentration en France.

* 124 Joseph Conombo, op. Cit., p 29

* 125 Ibid.

* 126 Les canons sont toujours présents à ces endroits.

* 127 Voir De Gaulle, Mémoires de Guerre, Plon, 1954, pp103 à 108

* 128 CHETOM 15H141/D1 : Aperçu sur l'état actuel de la démobilisation

* 129 Notamment une attaque sur Freetown, prévue le 8 juillet fut repoussée. Bathurst (capitale de la Gambie)était également une cible déclarée pour les vichystes et également la ville de Kano, au nord du Nigeria. Mais aucun de ces plans ne vit le jour.

* 130 Après la chute de l'empire ottoman en 1918, la S.D.N donna un mandat à la France sur ces deux pays.

* 131 Environ 4000 T.S et plus de 15.000 nord-africains. SHAT

* 132 Un vote sera organisée par les Anglais et Spears.

* 133 L'attitude publique de Wilson Churchill à l'égard des gaullistes contribua beaucoup à atténuer le parlement et les journaux.

* 134 Ibid.

* 135 La plupart des officiers ayant donné leur parole à Pétain préfèrent être interné jusqu'à la rentrée de l'Afrique du nord dans la guerre.

* 136 Père de la nation ivoirienne, il fut plusieurs fois ministre en France avant de conduire son pays à l'indépendance en 1960. Il recevra le titre mérité de « vieux  sage de l'Afrique ».

* 137 Admiré même par ses adversaires pour sa stratégie, il sera fidèle jusqu'au bout à Hitler et se suicidera sur ordre de son Führer.

* 138 Parmi eux, des hommes de Tahiti et de Nouvelle Calédonie, le deuxième BM du Tchad, un bataillon d'artillerie composé d'africains et de métropolitains, des légionnaires de la campagne de Norvège, un bataillon de tirailleurs de la marine. SHAT

* 139 Boisson signe avec Eisenhower le 7 décembre 1942 un accord ouvrant ses ports aux troupes alliés et mettant les 110. 000 T.S de l'AOF sous commandement allié. Ce qui ne sauva d'ailleurs pas Boisson. De Gaulle le relève de ses fonctions dès juin 1943. Il meurt quelques jours avant son procès pour trahison.

* 140 Ces fascistes massacrent à Thiaroye des Tirailleurs sénégalais revenus de la guerre.

* 141 Voir citation en annexe.

* 142 CMIDOM, Journal de marche, 13ème RTS

* 143 Joseph Issoufou Conombo, Souvenirs de guerre...,,, pp 58 à 61.

Voir en annexe la citation du Général De Gaulle.

* 144 Interview n°3.

* 145 Voir citation du général De Gaulle en annexe, le 6ème RTS est cité à l'ordre du jour pour le rôle joué dans la garde des prisonniers allemands par le général De Gaulle : ordre n°124 du 7 novembre 1944.

* 146 La 36ème Division américaine arrivée sur lieux la veille laissa aux français l'honneur de libérer Lyon.

* 147 Charles De Gaulle, Mémoires de Guerre, Paris : Plon, 1959 ( vol 3), P33

* 148 CHETOM 15H154 / 1D

* 149 Armées d'aujourd'hui, « Le retrait des troupes noires de la 1ère armée à l'automne 1944 »

* 150 En particulier les Antillais et Africains « citoyens français » qui tenaient à marquer leur différence vis à vis des « indigènes ». Les autres noirs étaient plutôt heureux de cette décision. Ils allaient enfin rentrer chez eux.

* 151 Interview n°4.

* 152 Hordes sauvages

* 153 Lettre du 12 février 1945 du Colonel commandant le 8ème RTS au commandant de la base 801.

* 154 Il y eut en effet des vengeances et quelques tueries d'Allemands dans les camps confiés à la garde de Tirailleurs sénégalais.

* 155 L.S. SENGHOR, Hosties noires, Op. Cit. , pp 153

* 156 Mot créole signifiant blanc à peau noire.

* 157 Aimé Césaire, Cahier..., pp.84à 88. Voir aussi Frantz Fanon, « peau noire, masque blanc »

* 158 Les manuels scolaires enseignaient que les Africains vendaient leurs propres frères, jetant ainsi la responsabilité de l'esclavage sur les Africains. Beaucoup d'Antillais reprochent encore cela ( bien que faux) aux Africains, créant un fossé entre africains et antillais.

* 159 Voir le livre de l'écrivain antillais Frantz Fanon, « Visage noir, masque blanc »

* 160 A St Raphaël, en août 1945, un régiment de Tirailleurs sénégalais, mécontent d'être écarté de la projection d'un film encerclèrent la salle et tirèrent sur les spectateurs tuant deux civils et blessant de nombreux autres. Les Américains et les Russes les soutenaient.

* 161 Maryon Echenberg a étudié le sujet.

* 162 Aimé Césaire, « Cahier d'un retour... », pp. 42.

* 163 Ibid., pp. 88

* 164 Ils seront surtout en Extrême-Orient dans la West African Frontier Force ( WAFF) et ne reviennent en Afrique qu'au milieu de l'année 1946.

* 165 Thomas Melone, De la Négritude dans la littérature négro-africaine, Paris, Présence Africaine, 1962, pp.109.

* 166 Voir « Des spahis sénégalais à la garde rouge de Dakar », p6

* 167 Emission «  Du côté de chez Fred », 1989

* 168 Paroles de Didier Awadi , leader du groupe PBS ( Positive Black Soûl), groupe de Hip-Hop sénégalais.

* 169 CHETOM 15H142/D7 : Combattants de la guerre 1939-40, extrait du j.o du 24 janvier 1941 p 372

* 170 En particulier des arabes dont les pays sont plus proches de la France et dont l'histoire est relatée par un reportage de Jamila Benguigui sur canal + en 2000.

* 171 Emission «  Du côté de chez Fred », 1989

* 172 Le 21ème RIMA porte l'insigne des troupes indigènes ( Fréjus) en souvenir des troupes coloniales

* 173 Comme cet ancien Tirailleur M. Abdoulaye ( cf. Emission « du coté de chez Fred ») à qui la Guinée a refusé la nationalité guinéenne et qui ne peut obtenir la nationalité française.

* 174 Les Tirailleurs, chanson de M. Nanou Guily, Abidjan, 1987

* 175 Peter ABRAHAMS, « Rouge est le sang des noirs », Paris, Casterman, 1971, pp. 222

* 176 L.S. SENGHOR, « Hosties noires », Paris, seuil, 1956, pp 81 à 82

* 177 A l'entrée de la MAC de Dakar, les anciens combattants vendent leurs médailles militaires.

* 178 Nancy Lawler, Soldats d'infortune ...Op. Cit.

* 179 Colonel Lamdou Touré, « Des troupes indigènes... », op. Cit.

* 180 comme Mademba Sy

* 181 Colonel Touré, ibid.

* 182 Patrice Lumumba, Thomas Sankara

* 183 Dans  Armée d'Aujourd'hui , n° 190, pp. 163

* 184 Ablaye Diop, M2180, Algérie et Nouvelle Calédonie.

* 185 Reportage Histoire oubliée, Eric Deroo