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Inégalité et polarisation au Cameroun pendant et apres les programmes d'ajustement structurel

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par Charlie Yves NGOUDJI TAMEKO
Université de Yaoundé II - Diplôme d'Etudes Approfondies (DEA) 2008
Dans la categorie: Economie et Finance
  

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ABSTRACT

In order to assess the trend in income distribution in Cameroon during 1996 and 2001 periods and to understand it in the context of macroeconomics changes that occur during this period, this study attempts firstly to appreciate the trend in spatial inequality using the Gini index and the Generalised class of entropy index. Secondly, it empirically analyses the trend in polarization in Cameroon during and after Structural Adjustment Programmes (SAP's) via the Duclos-Esteban-Ray index ( ) and Foster-Wolfson index (W ). And finally, it tries to

DER

compare these two variations with a view to bring out divergences and similarities between these twins phenomena in Cameroon. To do it, this study used the 1996 and 2001 Cameroon household consumption surveys.

The results show an increase in inequality and attribute this to rural areas, with the exception of Rural Savannah region which, as the urban areas and the largest cities Douala and Yaounde experienced an improvement in their inequality levels. The two measures of polarization give conflicting results at the national level, the Foster-Wolfson index showing an increase while indexes indicate a decrease. In general, inequality and polarization

DER

move together in areas and regions but conflict at the national level.

This study recommends that any policy to reduce inequality in Cameroon must focus more on within-group components. More fairness in income redistribution would improve growth and reduce poverty and mitigate inequality and polarization in a simultaneous fashion. Those addressing these three aspects in a consistent manner can best be designed within the ambit of carefully targeted transfers (road construction, drugs access facilities and fight against corruption for instance) that are group neutral, yet reaching the vulnerable segments of each group.

Key words: Inequality, Polarization, Structural Adjustment Programmes

Mémoire présenté et soutenu publiquement par NGOUDJI TAMEKO Charlie Yves en vue de l'obtention du Diplôme 9 d'Etudes Approfondies ( DEA) en Economie Mathématique et Econométrie

LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS

A : Indice d'Atkinson

CV : Coefficient de variation

DER : Classe des mesures Duclos-Esteban-Ray

ER : Mesure Esteban-Ray

EGR : Mesure Esteban-Gradin-Ray

G : Coefficient de Gini

GE : Classe des mesures d'Entropie Généralisée

$US : Dollar des Etats-Unis d'Amérique

AFD : Agence Française de Développement

ASS : Afrique Sub-Saharienne

BAD : Banque Africaine de Développement

BM : Banque Mondiale

CEPAL : Commission Economique pour l'Amérique Latine de l'ONU

CNUCED : Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement

DAD : Logiciel d'Analyse Distributive

DSCN : Direction de la Statistique et de la Comptabilité Nationale

DSRP : Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté

EBC : Enquête Budget Consommation

ECAM II : Enquête Camerounaise Auprès des Ménages de 2001

ECAM I : Enquête Camerounaise Auprès des Ménages de 1996

FASR : Facilité d'Ajustement Structurel Renforcée

FCFA : Franc de la Coopération Financière en Afrique Centrale

FF : Franc Français

FMI : Fonds Monétaire International

FRPC : Facilité pour la Réduction de la Pauvreté et la Croissance

GUCE : Guichet Unique des opérations du Commerce Extérieur

INS : Institut National de la Statistique

ONU : Organisation des Nations Unies

PAS : Programmes d'Ajustement Structurel

PIB : Produit Intérieur Brut

PNB : Produit National Brut

PNUD : Programmes des Nations Unies pour le Développement

PPTE : Pays Pauvres Très Endettés

RDA : Recommended Dietary Allowances

TCA : Taxe sur le Chiffre d'Affaire

TVA : Taxe sur la Valeur Ajoutée

USA : Etats Unis d'Amérique

W : Mesure Foster-Wolfson

ZK : Indice Zhang et Kanbur

LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1 : Evolution de quelques agrégats macroéconomiques au Cameroun avant les PAS

(en million de $US) 24
Tableau 2 : Evolution de quelques agrégats macroéconomiques au Cameroun pendant les

PAS (en million de $US) 28
Tableau 3 : Evolution de quelques agrégats macroéconomiques au Cameroun après les PAS

(en million de $US) 33

Tableau 4 : Inégalité des revenus : Indice de Gini et dépense moyenne par quintile 37

Tableau 5 : Polarisation dans la distribution des niveaux de vie au Cameroun 38

Tableau 6 : Récapitulatif de quelques travaux empiriques sur l'inégalité et la polarisation 56

Tableau 7 : Inégalité et polarisation au Cameroun en 1996 et 2001 74

Tableau 8 : Evolution de la dépense moyenne par équivalent-adulte selon les milieux de

résidence au Cameroun entre 1996-2001 77
Tableau 9 : Evolution de l'inégalité selon les milieux de résidence au Cameroun en 1996 et

2001 79
Tableau 10 : Evolution de la polarisation au Cameroun selon les milieux de résidence en

1996 et 2001 82
Tableau 11 : Evolution des dépenses totales par équivalent adulte des ménages au Cameroun

selon les régions de résidence 86
Tableau 12 : Décomposition de l'inégalité selon les régions de résidence au Cameroun (1996

et 2001) 88
Tableau 13 : Evolution de la polarisation selon la région de résidence du chef de ménage au

Cameroun (1996 et 2001) 93

Mémoire présenté et soutenu publiquement par NGOUDJI TAMEKO Charlie Yves en vue de l'obtention du Diplôme 12 d'Etudes Approfondies ( DEA) en Economie Mathématique et Econométrie

LISTE DES FIGURES

Figure 1 : Evolution graphique de quelques agrégats macroéconomiques au Cameroun entre

1965 et 1983 25
Figure 2 : Evolution graphique de quelques agrégats macroéconomiques au Cameroun entre

1984 et 1994 28
Figure 3 : Evolution graphique de quelques agrégats macroéconomiques au Cameroun entre

1995 et 2003 33
Figure 4 : Evolution de la dépense moyenne par équivalent-adulte selon les milieux de

résidence au Cameroun entre 1996-2001 77
Figure 5 : Evolution de la dépense moyenne par équivalent adulte selon les régions de

résidence au Cameroun entre 1996-2001 86

Mémoire présenté et soutenu publiquement par NGOUDJI TAMEKO Charlie Yves en vue de l'obtention du Diplôme 13 d'Etudes Approfondies ( DEA) en Economie Mathématique et Econométrie

Chapitre I :
INTRODUCTION GENERALE

I.1. Contexte et problématique

Malgré la mise en oeuvre des plans quinquennaux en début des années 60, l'économie camerounaise a connu au milieu des années 80 une récession qui l'a conduite à adopter à partir de 1988 les Programmes d'Ajustement Structurel (PAS)1.

En effet, l'économie du Cameroun s'est bien portée jusqu'à la seconde moitié des années 80, lorsque les cours mondiaux de ses exportations2 ont chuté. Vers la fin de ces années 1980, la longue et profonde crise sociopolitique3 et économique combinée aux effets de la baisse des cours mondiaux des matières premières et la baisse du cours du dollar ont entraîné une aggravation de cette situation. La surévaluation du franc CFA4 par rapport au Dollar américain ($US), devise dans laquelle est libellée la plupart des exportations camerounaises, et les déficiences structurelles du pays ont été en grande partie responsables de la crise économique.

Suivant la précarité de la situation économique et les chutes de revenus émanant de la crise, le gouvernement, sous les auspices des institutions de Bretton Woods - Banque Mondiale (BM) et Fonds Monétaire International (FMI) - a abandonné les programmes de long termes en cours depuis 1961 (plans quinquennaux) pour adopter les programmes de moyen termes appelés Programmes d'Ajustement Structurel dans le but de restaurer l'équilibre macroéconomique et d'améliorer la croissance et l'efficience de l'économie. Une série de mesures de réduction des dépenses a ainsi été engagée, les entreprises publiques ne dégageant pas de profit ont été liquidées et celles ayant un profit marginal ont été privatisées.

1 Ces programmes avaient pour but d'aider les pays en crise à atteindre une stabilisation macroéconomique et une transformation structurelle de l'économie équilibrées et durables. Elles ont été adoptées au Cameroun en 1988.

2 Il s'agit des biens que le Cameroun exporte ; en l'occurrence les produits agricoles (café, cacao, banane, etc.) et les matières premières (pétrole, etc.).

3 Il s'agit de l'instabilité politique et les événements qualifiés de « villes mortes » qui ont précédé les élections présidentielles de 1992 au Cameroun.

4 Pour la Zone CEMAC, FCFA signifie franc de la Coopération Financière en Afrique centrale tandis que pour l'UEMOA, FCFA signifie franc de la Communauté Financière Africaine.

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Les dépenses publiques en matière d'éducation et de santé ont été compressées. L'année 1993 a vécu une double baisse des salaires dans le service public,5 ceci ayant pour objet d'amener une baisse d'ensemble dans les coûts de production, ce qui devrait relancer l'économie (Baye et Fambon, 2001).

Cependant, cinq ans après, l'économie camerounaise est restée stagnante. C'est pourquoi le Cameroun et les autres membres de la Zone Franc ont dévalué le FCFA (Franc de la Coopération Financière en Afrique Centrale) de 50% par rapport au FF (Franc Français) le 12 janvier 1994. Etant la pièce centrale de l'ajustement, la dévaluation avait pour but de freiner la consommation des biens importés et de réaffecter les ressources des biens non commercialisés vers les biens commercialisés, notamment les exportations agricoles.

En outre, ces politiques et reformes ne sont pas demeurées sans incidences sur la situation économique et sociale du Cameroun, notamment la montée des inégalités et de la polarisation des revenus de la population. Les effets de la hausse des prix résultant de la dévaluation, la confusion dans le sous-secteur produit due à sa libéralisation et les maigres salaires ont contraint et forcé plusieurs camerounais à adopter des comportements de débrouillardise. Parmi ces comportements, on relève par exemple le travail au noir (secteur informel), les changements des tendances régionales d'activité, les changements dans l'occupation des structures, la baisse de la productivité et l'adoption des « innovations comportementales » comme la corruption et autres vices de la société. Ces adaptations ont défini des tendances spécifiques de distribution de revenu, marquées par les inégalités entre leurs niveaux et la concentration entre les mains d'un petit nombre de personnes de la quasi- totalité des revenus distribués.

La crise a donc eu pour conséquence majeure la recrudescence de la pauvreté dont la lutte passe par une amélioration de la croissance et une réduction des disparités. En fait, l'analyse économique traditionnelle a longtemps considéré qu'une politique de développement devait se concentrer sur la croissance économique afin d'entraîner une élévation générale du niveau de vie susceptible de réduire la pauvreté. L'analyse récente tend à mettre en avant le rôle que peut jouer une politique de redistribution et de réduction des inégalités dans la croissance économique et donc la réduction de la pauvreté (Valier, 2000 et

5 Une en janvier et l'autre en novembre (ces baisses s'élevant à une moyenne de 60%).

Mémoire présenté et soutenu publiquement par NGOUDJI TAMEKO Charlie Yves en vue de l'obtention du Diplôme 15 d'Etudes Approfondies ( DEA) en Economie Mathématique et Econométrie

Bourguignon, 2000). Nous allons dans cette étude analyser et comparer les évolutions de la polarisation et de l'inégalité au Cameroun afin de mieux décrypter les différences et similitudes qui existent entre elles ; notre souci étant de proposer un moyen de lutte contre la pauvreté par l'approche de réduction de l'inégalité et de la polarisation.

I.2. Questions de recherche

La question principale analysée ici est de savoir comment ont évolué l'inégalité et la polarisation pendant les différentes périodes de réformes économiques au Cameroun ?

Plus spécifiquement, il s'agit de déterminer :

- Quelle a été l'évolution des inégalités au Cameroun pendant et après les PAS?

- Comment a évolué la polarisation au Cameroun dans les périodes 1996 et 2001 ?

- S'il existe une différence significative entre les trends de la polarisation et de

l'inégalité au Cameroun pendant ces deux périodes ?

I.3. Objectifs de l'étude

L'objectif principal de cette étude est d'analyser et de comparer les évolutions de la polarisation et de l'inégalité au Cameroun pendant et après les PAS afin de proposer un moyen de lutte contre la pauvreté qui tienne compte de ces phénomènes.

Trois objectifs spécifiques sont poursuivis :

- Evaluer le trend de l'inégalité spatiale en utilisant le coefficient de Gini et la classe des mesures d'entropie généralisée.

- Analyser empiriquement l'évolution de la polarisation au Cameroun de 1996 à 2001

aux moyens de l'indice Duclos-Estéban-Ray et de l'indice Foster-Wolfson.

- Comparer ces deux évolutions dans le but de faire ressortir les différences et

similitudes entre elles au Cameroun.

I.4. Hypothèses de recherche

Pour aborder la problématique de notre étude avec tact, nous formulons l'hypothèse générale suivante qui va avec la pensée de Duclos, Esteban et Ray (2004) : la polarisation est un concept largement différent de l'inégalité.

Plus spécifiquement, nous avons les hypothèses ci-dessous :

H1 : L'inégalité a augmenté au Cameroun pendant et après les PAS.

H2 : La polarisation a évolué de manière croissante entre 1996 et 2001 au Cameroun.

Mémoire présenté et soutenu publiquement par NGOUDJI TAMEKO Charlie Yves en vue de l'obtention du Diplôme 16 d'Etudes Approfondies ( DEA) en Economie Mathématique et Econométrie

H3 : L'inégalité et la polarisation ont suivi des évolutions différentes pendant et après les PAS au Cameroun.

I.5. Importance de l'étude

+ Importance théorique :

Depuis plusieurs années, un grand intérêt s'est porté sur l'impact des reformes économiques sur la pauvreté et particulièrement sur la distribution du bien-être dans les sociétés africaines. L'échec des PAS introduit au Cameroun depuis 1988 suscite des débats quant à l'effet qu'a eu les reformes des institutions de Bretton Woods sur les politiques de redistribution au Cameroun. Notre étude évalue les trends de l'inégalité et de la polarisation des dépenses des ménages au Cameroun sur la période des reformes économiques et celles d'après. Elle contribue à la littérature existante de trois manières :

- D'abord, l'analyse des effets de ces mesures d'ajustement sur la redistribution n'a pas été effectuée de manière intensive et rigoureuse jusqu'ici. A notre connaissance, très peu d'études6 sur le Cameroun analysent l'évolution de la polarisation et de l'inégalité de revenu, utilisant simultanément les deux bases de données de 1996 et 2001.

- Ensuite, notre étude se concentre sur la dynamique spatio-temporelle de l'inégalité et de la polarisation au Cameroun dans le but d'aider à comprendre leurs évolutions à différentes étapes de la situation économique du pays.

- Enfin, cette étude introduit le concept de polarisation dans la distribution de revenu, chose encore inexplorée dans le dialogue du bien-être au Cameroun.

+ Importance empirique :

Les études empiriques menées ici sont d'une importance considérable pour les décideurs politiques dans la mesure où elles permettent d'identifier simultanément la structure de la polarisation et de l'inégalité des revenus et la nature des changements de celles-ci au cours du temps. Munies des ces informations, les autorités gouvernementales peuvent prendre des mesures spécifiques en vue d'améliorer la distribution des revenus entre les différentes couches de la population. De plus, se baser uniquement sur le trend de l'incidence de la pauvreté comme on l'a toujours fait jusqu'ici, peut ne pas nous permettre d'avoir une vue globale sur la situation de la pauvreté au Cameroun. L'inégalité (évolution des disparités dans

6 Comme étude de ces phénomènes sur le Cameroun on peut citer Baye, 2008.

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la distribution des revenus) et la polarisation nous donnent des résultats significatifs pour une bonne appréhension de la pauvreté.

I.6. Méthodologie

Nous utilisons dans cette étude une approche qui décompose l'inégalité par groupe. Une décision sur l'unité d'analyse s'impose de même que les mesures d'inégalité et de polarisation qui reflètent la distribution totale des revenus ou dépenses. Ainsi, une analyse de l'inégalité et de la polarisation entre les dépenses par équivalent-adulte est choisie comme indiquées par les données des enquêtes de 1996 et 2001. Nombres de mesures ont été proposées dans la littérature pour caractériser la polarisation (Esteban et Ray, 1994 ; Wolfson, 1994 ; Tsui et Wang, 1998 ; Zhang et Kanbur, 2001) et l'inégalité dans la distribution des revenus (Kakwani, 1980 ; Glewwe, 1986 ; Fields, 1980 ; Theil, 1979 ; Sen, 1973 ; Shorrocks, 1984 et Litchfield, 1999).

Nous allons procéder par une décomposition statique par sous-groupe, l'inégalité totale étant exprimée comme une moyenne pondérée de la même mesure pour différents groupes constitués (composante intra-groupe) plus la mesure d'inégalité de l'échantillon dans sa totalité, chaque membre ayant la dépense moyenne de son groupe particulier (composante inter-groupe). Certaines mesures d'inégalité comme la classe des indices d'entropie généralisée sont facilement décomposable en composantes intra et inter groupes : Itotale=Iintra+Iinter (Litchfield, 1999 ; Cowell, 1995 et Ahuja et al, 1997). La popularité de l'indice de Gini7 garantit son inclusion dans chaque étude de l'inégalité. Les variantes de la classe des indices d'entropie généralisée sont la déviation logarithmique moyenne, l'indice de Theil et la variance du logarithme qui n'est autre que la moitié du carré du coefficient de variation. Ainsi, une baisse de l'inégalité dans l'un des sous-groupes conduira à une baisse de l'inégalité totale.

Les mesures de polarisation doivent être caractérisées par leur sensibilité locale à l'interaction entre l'aliénation (hétérogénéité inter-groupe) et l'identification (homogénéité intra-groupe). L'analyse de la polarisation se fera à l'aide de la classe des mesures DuclosEstéban-Ray et de l'indice Foster-Wolfson. Ces mesures sont sensibles à la concentration des

7 L'indice de Gini est décomposable par groupe seulement si les partitions ne chevauchent pas dans le vecteur de revenus / dépenses. Il est cependant décomposable par sources de revenus.

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individus autour de leurs revenus respectifs. C'est ce que Duclos, Esteban et Ray (2004) ont appelé identification.

L'analyse dans cette étude est basée sur les données de l'Enquête Camerounaise auprès des Ménages de 1996 (ECAM I) réalisée par la Direction de la Statistique et de la Comptabilité Nationale (DSCN) du Cameroun et de l'Enquête Camerounaise auprès des Ménages de 2001 (ECAM II) réalisée par l'Institut National de la Statistique (INS) du Cameroun. Les résultats empiriques seront obtenus à partir du logiciel d'analyse de distribution appelé DAD.

I.7. Définition des termes clés

Pour faciliter la compréhension de notre travail, il est judicieux de définir quelques termes clés.

+ L'inégalité.

L'inégalité est un phénomène de distribution qui capture les disparités qui existent entre les niveaux dans une distribution de bien-être. L'inégalité des revenus peut être définie comme la différence entre le revenu des riches et des pauvres au sein d'un même pays. Celle- ci est généralement mesurée à l'aide de l'indice de Gini, chiffre situé entre 0 et 1, la valeur la plus faible indiquant une plus grande égalité (Loungani, 2003)8. Un indice d'inégalité mesure ainsi essentiellement l'étendue totale de la distribution des niveaux de vie. Il met l'accent sur la déviation par rapport à la moyenne globale et ignore le regroupement autour des moyennes locales.

+ La polarisation

La polarisation est un phénomène de distribution qui capture l'étendue par laquelle la population devient regroupée, de sorte qu'à l'intérieur de chaque groupe, les membres sont semblables mais entre les groupes les membres sont très différents (Fedorov, 2002). Les mesures de polarisation cherchent donc une évidence de regroupement en bas et au sommet de la distribution de bien-être. La polarisation diffère de l'inégalité en ce sens que la dernière n'impose aucune condition de regroupement à l'intérieur de la distribution. Les mesures de la

8 D'autres mesures d'inégalité consistent en l'indice d'Atkinson, la classe des indices d'entropie généralisée, etc., pour les mesures numériques et la courbe de Lorenz comme mesure graphique.

Mémoire présenté et soutenu publiquement par NGOUDJI TAMEKO Charlie Yves en vue de l'obtention du Diplôme 19 d'Etudes Approfondies ( DEA) en Economie Mathématique et Econométrie

polarisation capturent le regroupement autour des moyennes locales, aspect ignoré par les mesures d'inégalité.

+ Les PAS

L'ajustement structurel est défini comme une « série de mesures tendant à restaurer l'équilibre des agrégats macroéconomiques de manière à relancer et à soutenir le processus de croissance et de développement ». Les Programmes d'Ajustement Structurel visaient avant tout à rétablir la balance extérieure courante et un niveau de dépenses viables, de façon à réduire les baisses de production à court terme et à préserver la capacité de l'économie à poursuivre sa croissance (Pagni, 1988). Ces programmes sont des plans de développement de moyen termes institués par le FMI et la BM aux pays qui sont entrés dans la récession du milieu des années 80 afin de les aider à faire face à celle-ci.

I.8. Portée et limite de l'étude

+ Portée de l'étude

Les débats récents sur les possibles différences entre inégalité et polarisation suscitent l'intérêt de comparer les résultats des mesures de ces deux concepts qui ont été proposées dans la littérature. Cette étude essaye de faire ces comparaisons en utilisant les données de deux enquêtes ménages distincts. Elle prend en compte les enquêtes ECAM I de 1996 et ECAM II de 2001. En s'étendant sur ces différentes enquêtes, cette étude intègre deux phases différentes de l'évolution économique du Cameroun marquée par la crise des années 80 et la reprise qui s'en est suivie.

+ Limite de l'étude

Considérant le fait qu'il existe d'autres sources de données comme celles de la Banque Mondiale qui auraient pu être utilisées pour augmenter la praticabilité et l'appréhension de cette étude, le choix de ces deux enquêtes auprès des ménages camerounais peut procurer des résultats peu robustes.

Cependant, l'enquête étant une photographie à une période particulière, les données d'enquêtes en un temps donné et à une période donnée ne peuvent guère être assez différentes. Les données utilisées ici peuvent donc être considérées comme satisfaisantes.

Mémoire présenté et soutenu publiquement par NGOUDJI TAMEKO Charlie Yves en vue de l'obtention du Diplôme 20 d'Etudes Approfondies ( DEA) en Economie Mathématique et Econométrie

I.9. Organisation du travail.

Après une mise au point au chapitre introductif, la suite de notre étude s'articule autour de cinq chapitres. Le deuxième chapitre présente les réformes macroéconomiques, l'inégalité et la polarisation au Cameroun. Le troisième chapitre présente le cadre conceptuel et la revue de la littérature relative à l'inégalité et de la polarisation. Le chapitre quatrième nous situera sur la méthodologie de l'étude qui nous permettra dans le chapitre cinq de procéder à l'analyse empirique de la décomposition de l'inégalité et de la polarisation des dépenses totales et leur évaluation en utilisant le coefficient de Gini, la mesure d'entropie généralisée, la mesure Duclos-Estéban-Ray et la mesure Foster-Wolfson. En dernier ressort, une conclusion nous résumera les principaux résultats de l'étude et nous permettra de faire quelques recommandations de politiques de lutte contre les inégalités, la polarisation et la pauvreté.

Mémoire présenté et soutenu publiquement par NGOUDJI TAMEKO Charlie Yves en vue de l'obtention du Diplôme 21 d'Etudes Approfondies ( DEA) en Economie Mathématique et Econométrie

Chapitre II :
REFORMES MACROECONOMIQUES, INEGALITE ET
POLARISATION AU CAMEROUN

II.1. Introduction

Au milieu des années 1980, le Cameroun est entré dans une phase de turbulences. Dix ans plus tard, il n'en était toujours pas sorti. La longueur et la durée de la crise qu'a connu ce pays amène à s'interroger sur l'origine et les déterminants d'une telle remise en question du régime de croissance antérieur que tous reconnaissent comme exemplaire et que l'on a même pu qualifier de « miracle camerounais »(Aerts et al, 2000).

II.2. Les réformes macroéconomiques et leurs conséquences au Cameroun

Au regard des indicateurs de performances économiques comme ceux qui cherchent à cerner la cohésion des politiques économiques, le Cameroun a perdu son statut de modèle régional pour figurer parmi les « mauvais élèves » stigmatisés par les rapports des institutions multilatérales (Banque Mondiale, 1994). Depuis l'indépendance, trois régimes de croissance ont pu être identifiés. Ces trois régimes couvrent aussi trois périodes de réformes différentes. Le premier correspond à la période 1960-1984 marquée par l'implémentation des plans quinquennaux de développement. Elle est caractérisée par une croissance modérée et équilibrée au début, suivi d'une forte croissance due à la découverte et à l'exploitation de pétrole. Le second régime fondé sur la crise s'ouvre en 1985 / 86 avec la chute des cours des principaux produits de rente, la baisse du dollar et l'épuisement progressif des ressources pétrolières. C'est au lors de ce régime que le Cameroun sous les auspices de la BM et du FMI a adopté et a mis sur pied les PAS. Et le troisième régime sanctionné par la reprise d'une économie fondée sur la demande qui prend cours après la dévaluation du FCFA par rapport à sa monnaie de référence, le FF. Ce régime est sanctionné vers sa fin par l'atteinte du point d'achèvement de l'Initiative de réduction de la dette des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE).

Mémoire présenté et soutenu publiquement par NGOUDJI TAMEKO Charlie Yves en vue de l'obtention du Diplôme 22 d'Etudes Approfondies ( DEA) en Economie Mathématique et Econométrie

II.2.1. L'économie camerounaise pendant les Plans Quinquennaux de

Développement

Tout juste après les indépendances, les Etats africains ont adoptés et réalisés différents plans de développement en vue de renforcer les acquis issus de la colonisation. Au Cameroun, de 1961 à 1986, cinq plans de développement ont été mis en oeuvre, le sixième ayant été interrompu par le retournement brutal de la situation économique du pays.

Le premier et le second plan (1961-1970) étaient destinés à consolider l'indépendance nouvellement acquise. Une multitude d'institution ont été crées pour gérer le secteur agricole à l'instar du « Marketing Board » dans la région anglophone et le Fonds de stabilisation dans la région francophone. On observera ici une forte intervention étatique dans les secteurs agricoles et infrastructurels.

Durant les troisième et quatrième plans (197 1-1980), on a noté un accroissement de l'intérêt de l'Etat pour le secteur agricole. Cette période a été surtout marquée par une augmentation dans la procuration et la distribution des inputs agricoles (engrais, insecticides, etc.), la création des organes de centralisation des décisions, la division des programmes d'extension agricole en deux systèmes parallèles (un piloté par le ministère de l'agriculture et l'autre par les institutions de développement régional intégrées) et l'augmentation de la taxation indirecte des paysans à travers les retraits effectués par le Fonds de stabilisation et le « Marketing Board »(Baye et Fambon, 2001).

Le cinquième plan (198 1-1985) a été marqué par une augmentation considérable des revenus de pétrole (40% des exportations totales). Les revenus du pétrole étaient utilisés pour améliorer les infrastructures, substituer le secteur agricole qui souffrait de la chute des prix mondiaux et améliorer la production et l'exportation du cacao et du café, ceci en réduisant les taxes à l'exportation et en mettant sur pied un mécanisme de stabilisation.

Le sixième plan de développement qui devrait englober une période allant de 1986 à 1991, a été endommagé par la chute des prix des exportations des biens, la baisse du cours du dollar américain qui est la principale monnaie de dénomination des exportations camerounaises et les faibles politiques macroéconomiques mises en place par le gouvernement. En 1988, la sévérité de la crise va amener les dirigeants camerounais à

Mémoire présenté et soutenu publiquement par NGOUDJI TAMEKO Charlie Yves en vue de l'obtention du Diplôme 23 d'Etudes Approfondies ( DEA) en Economie Mathématique et Econométrie

abandonner ce plan pour adopter les plans de développement de moyens termes des institutions de Bretton Woods appelés Programmes d'Ajustement Structurel (PAS).

Le Cameroun, au contraire de nombreux pays d'Afrique Subsaharienne (ASS), a longtemps été considéré comme un modèle de prospérité économique. Dans les années 1960, tout juste après l'indépendance, bien que très dépendant de la production des produits primaires, le dynamisme du Cameroun repose sur un tissu économique assez diversifié et une main d'oeuvre relativement bien adaptée à ses besoins. Cette phase de développement est caractérisée par une croissance modérée mais équilibrée, exempte de distorsions des prix relatifs et des déficits externes ou internes insoutenables.

De 1965 à 1977, la croissance atteint un rythme moyen annuel d'environ 4%, permettant une lente amélioration du Produit Intérieur Brut (PIB) par tête. De 1968 à 1976, la croissance des quatre grands secteurs (agriculture, industrie extractive, manufacturière et secteur tertiaire) est relativement harmonieuse. La structure par secteurs reste stable. En volume, l'agriculture compte pour 30% du PIB, l'ensemble de l'industrie 20% (répartis à égalité entre l'industrie manufacturière et le secteur minier) et le tertiaire 50%. Cette évolution relativement uniforme est manifeste tant en volume qu'en valeur, l'indice de prix relatif agriculture / industrie restant constant durant toute la période (Aerts et al, 2000 ; Tableau 1 et Figure 1).

Tableau 1 : Evolution de quelques agrégats macroéconomiques au Cameroun avant les PAS
(en million de $US)

Période

PIB

Exportations

Importations

Consommation

Investissement
(%PIB)

Epargne
(%PIB)

1965

814

193

198

716

13

12

1966

853

179

201

761

13

11

1967

934

193

211

824

14

12

1968

1 053

233

259

939

13

11

1969

1 152

269

263

1 023

11

11

1970

1 160

304

286

956

16

18

1971

1 234

284

335

1 080

17

13

1972

1 431

292

373

1 251

18

13

1973

1 759

364

422

1 467

20

17

1974

2 256

574

514

1 811

17

20

1975

2 753

624

703

2 282

20

17

Mémoire présenté et soutenu publiquement par NGOUDJI TAMEKO Charlie Yves en vue de l'obtention du Diplôme 24 d'Etudes Approfondies ( DEA) en Economie Mathématique et Econométrie

1976

3 077

697

842

2 681

18

13

1977

3 366

844

936

2 500

28

26

1978

4 410

1 043

1 240

3 229

31

27

1979

5 811

1 225

1 641

4 570

29

21

1980

6 741

1 880

1 829

5 275

21

22

1981

7 636

1 670

2 170

6 138

27

21

1982

7 323

2 432

2 117

5 158

25

30

1983

7 382

2 244

2 163

5 377

26

27

Source : Compilé par l'auteur à partir des données de la Banque Mondiale 2005

Figure 1 : Evolution graphique de quelques agrégats macroéconomiques au Cameroun entre
1965 et 1983

40

30

20

10

0

8000

6000

10000

4000

2000

0

2500

2000

1500

1000

500

0

PIB au prix du marché entre 1965-1983
(million de $US courant)

Importations totales entre 1965-1983 (million
de $US courant)

Investissement intérieur brut entre 1965-
1983 (%GDP)

8000

6000

4000

2000

0

3000

2500

2000

1500

1000

500

0

Exportations totales entre 1965-1983 (million
de $US courant)

Consommation totale entre 1965-1983
(million de $US courant)

35

30

25

20

15

10

5

0

Epargne intérieure brute entre 1963- 1983
(%GDP)

Source : Construit par l'auteur à partir des données du Tableau 1

La découverte, puis l'exploitation de pétrole inaugurent un second régime de croissance de l'économie camerounaise, caractérisé par une forte croissance qui dure jusqu'en 1985. En effet, une hausse significative de la production de pétrole, débutant dans la fin des

Mémoire présenté et soutenu publiquement par NGOUDJI TAMEKO Charlie Yves en vue de l'obtention du Diplôme 25 d'Etudes Approfondies ( DEA) en Economie Mathématique et Econométrie

années 1970, a doublé la croissance du PIB, atteignant 15% en 1980 et environ 8% dans la moitié des années 1980. Tout au long de cette phase de décollage, le PIB réel par tête a augmenté à près de 1100 $US, plaçant le Cameroun dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire selon la classification de la Banque Mondiale. Le rythme élevé de la croissance se traduit par une amélioration sensible des niveaux de vie, comme en témoigne indirectement l'élévation de la consommation privée par tête.

La croissance du PIB s'accélère très fortement (elle triple) sous l'effet d'un bond en avant spectaculaire du PIB minier lié à la découverte et à l'exploitation des gisements pétroliers. La contribution de cette branche à la croissance totale passe ainsi de 5 à 30% de la première à la seconde période. La richesse ainsi dégagée provoque un fort effet d'entraînement sur les autres secteurs, via les revenus distribués par le secteur public : le rythme de croissance triple dans l'agriculture et l'industrie manufacturière, tandis qu'il double dans les services. La croissance moyenne de ces trois secteurs se situe autour de 10%. En fait, les bonnes performances de l'agriculture proviennent entièrement du secteur vivrier, qui progresse de 13,5% par an. Les volumes produits par l'agriculture de rente, qui était jusque-là la principale source de richesse du pays restent à la traîne, sans toutefois régresser (+2,9%).

De 1982 à 1985, la croissance globale baisse de régime tout en restant soutenue (+8% par an). Même si le rythme d'extraction pétrolière faiblit, cette décélération est imputable à la faible dynamique des industries manufacturières (+2,5%) et, surtout à la quasi-stagnation du secteur agricole (+1,2%). Dans l'agriculture, le secteur vivrier s'effondre avec une croissance proche de zéro, sans pour autant que les exportations prennent le relais. Ces derniers continuent leur lente progression (+2,4% par an). Seuls les services poursuivent leur expansion (+13% par an). D'aucuns pouvaient voir en cette poussée du secteur des services un début de « Syndrome Hollandais », du moment où la manne pétrolière commence à s'atténuer. Mais les symptômes d'une telle « maladie » restent embryonnaires dans la mesure où l'appréciation du taux de change effectif réel du Cameroun reste limitée.

Il faut aussi noter des changements dans la dynamique de croissance. Les moteurs de la croissance de l'économie camerounaise se modifient radicalement : tirée par la consommation au début, la croissance est soutenue par les exportations à la fin de cette période après une phase intermédiaire d'investissement intense. Ainsi, les modifications des aspects sectoriels de la croissance se manifestent tout d'abord par une forte poussée de

Mémoire présenté et soutenu publiquement par NGOUDJI TAMEKO Charlie Yves en vue de l'obtention du Diplôme 26 d'Etudes Approfondies ( DEA) en Economie Mathématique et Econométrie

l'absorption, sous l'effet de l'investissement, puis par une importante contribution du solde extérieure à la croissance qui devient à peu près égale à celle de l'absorption. L'envolé de l'investissement est due à la mise en place des forages pétroliers. Son volume triple pendant que la croissance de la consommation augmente également (+50% en volume sur la même période). Le réinvestissement des ressources pétrolières9 joint à l'évolution favorable des termes de l'échange du pétrole qui ne compense que progressivement la dégradation de ceux des produits primaires non énergétiques, font que le Cameroun connaisse au début des années 1980 une prospérité forte et rapide au contraire de la plupart de ses pays voisins qui sont en phase d'ajustement (Tableau 1 et Figure 1).

Cependant, cette prospérité s'interrompt brutalement au milieu de la décennie 80 à cause de la chute des cours mondiaux des principaux produits d'exportation du Cameroun.

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