WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

Influences circadiennes sur le jugement social

( Télécharger le fichier original )
par Sébastien Stuhec
Université Libre de Bruxelles - Master en sciences psychologiques à  finalité spécialisée neuropsychologie et développement cognitif 2011
Dans la categorie: Biologie et Médecine > Psychologie et neuropsychologie
  

précédent sommaire suivant

Résultats principaux et interprétation

Désormais, nous allons présenter les différents résultats de cette étude et soumettre des interprétations en lien avec la partie théorique de cette recherche.

Les données seront présentées successivement puis nous nous intéresserons aux liens existant entre ces données.

Tâche de vigilance psychomotrice

Nous allons tout d'abord nous intéresser à la mesure contrôle de cette étude, la vigilance, au travers des différentes conditions à savoir le groupe d'appartenance (matinal vs vespéral) et le moment de la passation (optimal vs non-optimal). Concernant la variabilité (différence entre les temps de réaction les 10% les plus rapides et les 10% les moins rapides), les omissions (>500ms) et les commissions (<100ms) nous ne constatons aucune différence significative de l'effet du moment (optimal vs non-optimal) aussi bien pour les sujets du matin que pour les sujets du soir. En revanche, là où l'on ne constate pas de différence significative concernant le temps de réaction chez les sujets du matin, les sujets du soir sont significativement plus rapides le soir.

Ensuite, concernant les différences de groupe, nous ne constatons aucune différence entre les sujets matinaux pour la variabilité, les omissions et les commissions. En revanche, les sujets du soir sont significativement plus rapides que les sujets du matin. Bien que l'on constate un effet significatif de l'age, ces effets se maintiennent lorsque l'age est contrôlé.

En réalisant les contrastes locaux pour les différentes mesures, voilà ce que nous obtenons :

(1) Pas d'effet pour les mesures de variabilité, omissions et commissions.

(2) Pas d'effet de moment (optimal vs non-optimal) pour les sujets matinaux

(3) Effet significatif de moment (optimal vs non-optimal) sur le temps de réaction pour les sujets vespéraux

(4) Effet significatif de groupe (matinal vs vespéral) sur le temps de réaction

Le maintien du nombre d'omissions, commissions et de la variabilité nous indiquent que les sujets focalisent leur attention avec autant de consistance au moment optimal que non-optimal. Cette absence d'effet nous invite donc à penser que les sujets ne sont pas plus distraits au moment optimal ou non-optimal de leur journée.

Nous aurions pu nous attendre à ce que les sujets du matin, tout comme les sujets du soir, aient une performance significativement plus lente au moment non-optimal de leur journée à savoir le soir. Une explication quelque peu intuitive de ce phénomène réside dans le profil des sujets extremes du matin. En effet, ce type de profil est généralement la résultante d'un emploi qui impose des horaires matinaux. Ces sujets ont ainsi des journées régulières, qui sont « normalisées » depuis de nombreuses années pour certains. Ces sujets, lorsqu'ils sont

éveillés depuis 10h30 sont testés en milieu d'après-midi, moment où dans leur vie quotidienne, ils sont autant susceptibles d'être aussi actifs qu'à leur lever. Les sujets vespéraux sont généralement inscrits dans un mode de vie qui ne les contraint pas à être actifs dès leur lever, qu'ils soient jeunes et joueurs de jeux vidéo ou qu'ils travaillent de nuit. Leur performance le matin s'en trouve dès lors ralentie. Un point de vue inverse, lui aussi intuitif, serait d'envisager que le moment optimal des matinaux est en réalité un moment contraint. De par leur emploi, ils ont été obligés de devenir productifs le matin. Avec le temps, leur performance le matin s'est améliorée pour atteindre la performance moyenne de leur journée. Schmidt et al., 2009 ont testé des sujets au travers d'une tâche de vigilance psychomotrice et obtiennent des résultats similaires à ceux obtenus dans notre étude. En effet, les sujets du soir sont plus rapides le soir mais on ne constate pas de différence chez les sujets du matin. Dans cette études, les auteurs mettent en évidence une activation plus importante chez les vespéraux notamment dans le locus coerulus et le noyau suprachiasmatique (aires importantes dans les rythmes circadiennes). Cette activation cérébrale plus importante chez les vespéraux pourrait être à l'origine de leur meilleure performance le soir.

L'explication la plus cohérente que nous pouvons apporter concernant la stabilité de la performance chez les matinaux réside dans l'atténuation circadienne chez les plus âgés. Aussi bien dans notre étude que de manière générale, les sujets extrêmes du matin sont généralement plus âgés que les sujets extrêmes du soir. Or, on sait que l'age joue un rôle sur le fonctionnement circadien et qu'avec l'age celui-ci tend à s'aplanir. Une étude d'Adam et al.,2006 met notamment en évidence que lors d'une privation de sommeil, la performance des âgés tend à rester beaucoup plus stable que celle des plus jeunes qui s'effondre.

Tâche GoNoGo (mesure de l'inhibition)

A nouveau, nous avons comparé la performance des sujets matinaux et vespéraux au moment optimal et non optimal de leur journée. Les résultats que nous avons obtenus sont contraires à notre hypothèse : quel que soit le groupe testé, le temps de réaction et le nombre d'appuis intempestifs ne varient pas. En effet, nous n'avons pas mis en évidence d'effet significatif du moment (optimal vs non-optimal) aussi bien pour les matinaux que les vespéraux. Ces résultats vont à l'encontre de la littérature (May & Hasher, 1998 ; in Hasher et al., 2008). En effet, May et Hasher constatent que les sujets du matin produisent globalement plus d'erreurs

et que tous les sujets (matinaux ou vespéraux) effectuent davantage d'erreurs au moment non-optimal.

Nous restons prudents quant aux données obtenues dans cette tâche car plusieurs biais ont contaminé la tâche. Le premier d'entre eux et probablement le plus important est que de nombreuses données n'ont pas été enregistrées par le programme, ce qui réduit de manière importante le nombre de sujets et dès lors la probabilité d'obtenir un effet. De surcroit, cela n'a pas affecté de manière égale le nombre de sujets matinaux et vespéraux créant une inégalité entre les groupes. Ensuite, le contre-balancement de l'ordre de passation des tâches a lui aussi été affecté par ce nombre de sujets manquants.

Ensuite, la longueur de la tâche n'était probablement pas adaptée au testing. En effet, la tâche durait 20 à 25 minutes, ce qui s'est avéré particulièrement long pour de nombreux sujets qui ont manifesté leur désintérêt. Ce biais a probablement créé une sorte d'effet plancher avec une performance dans l'ensemble des conditions davantage régie par un désintérét de la tâche que par un effet d'optimalité. Blatter et Cajochen, 2006 mettent en garde contre cet effet de durée et recommandent l'utilisation de tâches de vigilance courtes (5 à 10 minutes) lors d'une déprivation de sommeil, le sujet devenant trop distractible par la suite.

La corrélation significative entre le temps de réaction moyen de la PVT et celui du GoNoGo nous invite cependant à considérer que la performance obtenue par les sujets dont le score est enregistré est interprétable. L'inhibition est une fonction cognitive de haut niveau, plus exigeante qu'une tâche de vigilance. On peut imaginer que de par l'effort cognitif nécessaire, les sujets sont davantage affectés par la difficulté de la tâche que par un éventuel effet du moment de la journée. Ces résultats ne vont cependant pas dans le sens de la littérature. Manly, Lewis, Robertson, Watson et Datta, 2002 (in Schmidt, 2007) constatent un important effet du moment de la journée, les sujets étant moins efficients tôt le matin qu'en début d'après-midi et le soir.

Nous comparons désormais le temps de réaction à l'ensemble de la tâche à celui obtenu après un X (élément pour lequel il ne faut pas appuyer). Nous aurions eu tendance à penser que le sujet devant inhiber sa réponse, il se prépare à la réponse suivante, à l'inhiber de nouveau et son temps de réaction s'en trouve ralenti. Pourtant au moment optimal de la passation, il n'y a pas d'effet significatif et le sujet se prépare de la même manière à un item suivant un X ou non. Là où nous obtenons un résultat quelque peu surprenant, c'est qu'au moment non-optimal, les sujets répondent plus rapidement après avoir vu un X. Une réponse qui pourrait

être apportée à ce résultat est que l'attention du sujet étant captée par un élément inhabituel, il focalise davantage son attention et son potentiel de préparation en est alors accru. Sa vigilance étant plus grande, il met moins de temps à répondre à l'élément qui suit un X. (Je viens de voir un X, je me suis fait/j'aurais pu me faire piéger, je reste bien attentif !). Buschman et Miller, 2007 ont mis en évidence une activation cérébrale lors de la présentation d'un distracteur qui serait dû à une attention de type bottom-up. Dans notre expérience, nous pouvons penser que le sujet traite l'ensemble de la tâche de manière top-down et le stimulus X lui apparait comme un « distracteur » qui vient capter son attention sur un mode bottom-up. Le sujet, sous l'influence de ce distracteur focalise alors son attention au cas où un nouveau distracteur apparaitrait. Ce phénomène ne se produit qu'au moment non-optimal de la journée, le sujet étant plus à même de réagir à un « distracteur ».

Echelle explicite

Pour cette tâche, nous avons également comparé la performance des sujets matinaux et vespéraux à leur moment optimal et non-optimal. Les résultats que nous avons obtenu confirment notre hypothèse : quel que soit le groupe testé et le moment, les sujets ne manifestent pas de variations dans la mesure des préjugés au niveau explicite. Nous n'avons pas mis en avant d'effet significatif du moment (optimal vs non-optimal) aussi bien pour les matinaux que les vespéraux. Ces résultats vont à l'encontre de la littérature (Bodenhausen, 1990). En effet, les résultats de Bodenhausen indiquent que les sujets émettent un jugement social plus défavorable au moment non-optimal de leur journée.

La première explication que nous pourrions accorder à ce résultat viendrait d'un effet de récupération des items de l'échelle. L'échelle est composée de 5 items et nous pourrions penser que les sujets se souviennent de leur réponse d'une passation à l'autre, effaçant ainsi l'effet du moment de la passation. Cependant, en espaçant les passations de 7 à 10 jours nous pouvons considérer que ce facteur de mémorisation soit supprimé puisque les sujets n'ont normalement pas effectué un encodage en mémoire à long terme.

La seconde explication viendrait de la sensibilité de l'échelle. Les sujets sont susceptibles de manière socialement désirable et une échelle à 4 niveaux (tout à fait d'accord à pas du tout d'accord) n'est pas suffisamment sensible pour détecter un changement de réponse. Les deux premières explications indiquent dès lors qu'il aurait été probablement préférable d'utiliser

une tâche plus complexe comme celle de Bodenhausen, 1990 qui utilise une tâche de jugement sur un texte.

Une autre vision de ce résultat viendrait du fait que les résultats obtenus par Bodenhausen sont liés à l'inertie de sommeil et la pression homéostatique. En effet, tous les sujets testés par cet auteur sont testés à 9h du matin et à 20h. Les sujets extrêmes du soir ne sont normalement pas encore réveillés à 9h du matin et cela entraine chez eux un effet de fatigue qui pourrait expliquer leur performance plus mauvaise. Les sujets extrêmes du matin quant à eux, sont pour certains levés depuis 15h lorsqu'ils passent la tâche à 20h, ils sont donc soumis à une pression de sommeil importante qui elle aussi nuance leurs résultats.

Un compromis entre ces explications résiderait donc dans l'utilisation d'une tâche moins sujette à l'effet de désirabilité sociale que les sujets passent 1h30 et 10h30 après le lever. L'analyse de la prochaine tâche, la tâche d'association implicite devrait donc nous renseigner davantage à ce sujet.

Tâche d'association implicite (IAT)

Nous avons testé ici si les sujets manifestent une préférence pour une population (francophone/maghrébine) plus importante en fonction du moment auquel ils sont testés. Tout d'abord l'échantillon testé présente de manière générale une légère préférence pour la population francophone. Cette préférence, comme nous pouvions nous y attendre, ne diffère pas significativement entre les sujets du matin et du soir.

En revanche, notre hypothèse n'est pas confirmée. Là où nous pensions qu'au moment non-optimal la préférence serait plus marquée au niveau implicite pour la population francophone nous ne constatons aucune différence significative aussi bien pour les sujets du matin que du soir. Si les résultats obtenus par Bodenhausen, 1990 n'étaient pas liés à l'inertie et la pression de sommeil, nous nous attendrions à obtenir le même type de résultats.

Nous pourrions suspecter un manque de sensibilité du score D mais les résultats utilisant l'algorithme classique de l'IAT vont dans le méme sens. Nous pourrions également inférer la présence de biais méthodologique tels que les bruits environnants au domicile mais cela devrait également influencer la performance dans la tâche de vigilance.

Nos résultats semblent dès lors indiquer que les résultats obtenus par Bodenhausen sont
davantage le reflet de l'inertie et la pression de sommeil que d'un effet circadien. Afin de s'en

assurer, il serait nécessaire de faire passer les mêmes tâches que Bodenhausen en contrôlant cette fois-ci l'inertie et la pression de sommeil.

L'activation des stéréotypes ne semble pas reliée à la vigilance. En effet, là où nos sujets du soir sont plus performants le soir, l'activation de leurs stéréotypes, elle, ne semble pas varier aussi bien au niveau implicite qu'explicite. Les résultats obtenus concernant l'inhibition nous invitent à être prudents mais en se penchant sur la littérature (Hasher et al., 2008), la performance des sujets du matin est moins bonne le soir. On ne constate cependant pas dans notre étude de variation dans l'activation des stéréotypes. On pourrait dès lors penser que ces notions ne sont pas directement reliées. Nous restons cependant prudents car les auteurs ne s'accordent pas quant à la présence d'effets circadiens dans la tâche GoNoGo (Blatter & Cajochen, 2006).

Dans la continuité de cette étude, il serait pertinent de tester les sujets dès leur réveil au travers de la méme tâche d'association implicite (IAT). Si des résultats apparaissaient lors de cette expérience, cela nous inviterait alors à repenser les résultats de Bodenhausen en mettant en avant que des résultats se produisent au lever en raison d'une inertie de sommeil mais que lorsque ce facteur est contrôlé ces résultats tendent à disparaitre.

précédent sommaire suivant