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Approche ethnopsychiatrique du malade réanimé : Réhabiliter l'esprit dans les pratiques de soins

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par Véronique DI MERCURIO
Université Paris 8 - Master 1 Psychologie Clinique 2007
  

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V INTERPRETATION DES RESULATS

V.1 HYPOTHÈSE 1 : UNE PLUS GRANDE TECHNICITÉ MÉDICALE GÉNÈRERAIT DES SOUFFRANCES PSYCHIQUES PLUS PROFONDES

Nous avons bien vérifié que plus la défaillance des fonctions vitales organiques était grave, plus invasives étaient les techniques de soutien vital et de soins, et plus profonde était la souffrance psychique correspondante. Le moment d'effraction corporelle correspond à une période de souffrance qui relève d'un processus traumatique de déstructuration psychique. Il est décrit par les signes cliniques de l'état de stress aigu et expliqué par la mise en échec des défenses psychiques habituelles contre l'angoisse.

L'état confusionnel peut donc s'expliquer à deux niveaux :

· Au niveau biologique, les défaillances des fonctions cardiorespiratoires entraînent une diminution du taux d'oxygène dans le sang et par conséquent dans toutes les cellules de l'organisme, notamment celles du système cérébral.

· Au niveau psychique, l'angoisse extrême au moment de l'événement de mort imminente et de danger vital, prolongé lors des soins de soutien, dépasse les capacités psychiques de défense. Les sujets vivent une « double angoisse » liée à la fois à la crainte de mourir et de devenir fou. Cette « double angoisse » d'anéantissement, se situe sur le plan de l'existence au monde et sur le plan du sentiment d'intégrité personnelle. L'état confusionnel est aussi le témoin du débordement de cette « double angoisse », avec laquelle débute le processus traumatique.

La réanimation comporte un paradoxe inhérent aux pratiques de soins même : alors qu'elle tente de pallier la défaillance des fonctions vitales, elle supporte aussi un processus traumatique sur le plan psychique. Ce paradoxe exprime un clivage entre les pratiques des équipes de soins du corps et les professionnels du soin psychique, entre théories médicales centrées uniquement sur le corps et théories psychiques reléguées à l'étude de l'esprit. L'origine de ce clivage remonte à l'application et à la diffusion en Occident d'un certain esprit cartésien, notamment le dualisme corps-esprit qui localise le psychisme dans le cerveau et place la raison au-dessus des émotions et des perceptions provenant du corps.

La limite de cette vision a été soulevée en neurologie (DAMASIO, 1994) par des recherches qui démontrent que le corps, plus particulièrement toutes les sensations corporelles, traitées au niveau du lobe frontal, sont essentielles aux capacités de jugement.

Le courant de la psychosomatie s'intéresse également aux relations entre certaines maladies du corps et le psychisme du malade.

Si on applique un raisonnement réunissant les processus biologiques et psychiques, pour les sujets de cette étude, il semble que le soin de soutien de la fonction respiratoire, fait effraction dans un lieu corporel qui correspond au lieu du Souffle Vital. S'appuyant sur l'étude de cette notion vue en partie théorique, l'effraction de ce lieu, non seulement perturberait la part sensible du psychisme, mais également la part fondatrice du sentiment d'appartenance au monde de l'humanité, condition de la vie humaine. Cette effraction augmente chez ces malades, le risque mortel.

Il semble donc que le fait d'éliminer la part psychique dans la logique purement rationnelle et scientifique de la médecine, produise le paradoxe de la réanimation.

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