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Approche ethnopsychiatrique du malade réanimé : Réhabiliter l'esprit dans les pratiques de soins

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par Véronique DI MERCURIO
Université Paris 8 - Master 1 Psychologie Clinique 2007
  

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I.1.e Approches sociales : l'anthropologie médicale

L'anthropologie médicale repose sur le postulat que la maladie est un fait universel mais qui est gérée et traitée suivant des modalités différentes selon les sociétés, elles-mêmes liées à des systèmes de croyances et de représentations propres à leur culture.

La théorie des rites de passage en réanimation a été étudiée sur le terrain avec une méthode ethnologique demandant l'implication du chercheur sur une longue période de temps afin de comprendre les théories sous-jacentes aux pratiques comme la possibilité de pouvoir guérir les malades par la maîtrise scientifique des aspects purement biologiques de la vie. Ces théories négligent souvent l'aspect psychologique du malade, ce qui fait de la réanimation une « désanimation » (POUCHELLE, 1996). Elles révèlent une logique du sacrifice, de la punition, du silence, de la lutte contre la maladie, la nécessité de la violence qui entraîne l'abandon du malade à l'institution, traumatisante pour le malade comme pour les familles. (POUCHELLE, 2003)

I.1.f Que retenir de ces recherches ?

Concernant la théorie choisie pour étudier les effets psychiques de la réanimation

Toutes les études sont unanimes pour associer le vécu des malades de réanimation à une expérience traumatique qui va entraîner des séquelles psychiques et d'origine psychique, se superposant aux séquelles neurologiques d'origine lésionnelle.

Seules les études d'orientation psychanalytiques s'intéressent aux facteurs personnels de résistance ou de résilience au traumatisme psychique, et insistent sur la relation entre le corps et l'esprit, dont les expériences sont intimement liées.

Néanmoins, ces modèles théoriques psychanalytiques possèdent une limitation culturelle : le postulat d'une Pulsion de Mort qui s'oppose à une Pulsion de Vie est sous-tendu par une vision de la vie comme activité en termes d'opposition avec un état de stase, d'immobilité, à la fois dans les pulsions à l'origine de la vie psychique comme de la vie biologique (FREUD, 1920). Cette vision s'appuie sur une philosophie dualiste et manichéenne du rapport entre la vie et la mort par analogie à l'opposition Bien et Mal, « où l'Ange de la vie et l'Ange de la mort enlacés l'un à l'autre luttent corps à corps l'un contre l'autre et pour l'éternité dans le moindre brin de matière comme dans les plus sophistiquées des créations humaines » et « cette cosmogonie freudienne est présentée par son auteur comme la théorie même de la clinique psychanalytique ... vient se substituer aux théories précédentes. » (MENDEL, 1998, p. 48)

Ce choix philosophique est un des sujets de débat épistémologique au sein même des écoles de psychanalyse qui tentent chacune à leurs manières de faire évoluer les concepts métapsychologiques tout en maintenant une base commune à la psychanalyse.

L'emploi des théories psychanalytiques demande donc de bien connaître ces questions et c'est la raison pour laquelle nous n'avons pas retenu la théorie psychanalytique pour cette étude.

Toutefois, parmi les travaux récents, nous pouvons citer le concept de « Violence défensive primitive » (BERGERET, 1994) dont l'objet est indifférencié et la finalité ni bonne, ni mauvaise, mais défensive afin de protéger un narcissisme primaire. Ce concept répondrait mieux aux observations cliniques des situations de violence chez l'enfant et l'adolescent. Il semble également proche de la situation du malade de réanimation.

Nous verrons dans la partie I.2 comment une démarche ethnopsychiatrique, inspirée des démarches ethnologiques et anthropologiques, permet aussi de surmonter les a priori contenus dans les théories.

Concernant la population étudiée

Les études citées précédemment se sont intéressées surtout aux cas de comas prolongés liés à des traumatismes crâniens et ou à la neurochirurgie. Les malades passent par des états lents et progressifs de récupération de la conscience qui laissent des traces témoignant d'un fonctionnement psychique proche de celui supposé à la part inconsciente du psychisme par les théories psychanalytiques, avec des états proches de ceux de la régression psychique observée dans certaines psychoses.

Dans le service de réanimation médicale sur lequel s'appuie la présente étude, les malades ne souffrent pas de lésions neurologiques, ni de traumatismes physiques d'origine accidentelles et les malades survivants ne restent pas longtemps dans le coma (pas plus de quelques jours). Ils reprennent conscience relativement vite et restent conscients pendant tout le séjour en réanimation, témoins de tous les soins. Ils sont en mesure, une fois la capacité de parole restaurée, de témoigner, d'expliquer leur vécu, et parfois même, avec beaucoup d'efforts, réussissent à communiquer par gestes ou en écrivant sur une ardoise, quand la parole est impossible pour eux. Pourtant, nous avons relevés dans un premier temps d'observation des réactions agressives, des vécus de persécution, des refus de soin et actes de retraits des éléments de soins nécessaires à la survie, des attitudes apathiques, des états extrêmes d'angoisse, des délires, etc... Toutes ces observations évoquent des états traumatiques liés à des situations extrêmes. La partie suivante approfondira la situation de réanimation observée.

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