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L'histoire d'une société rizicole en Côte d'Ivoire: le cas de la société de développement de la riziculture ( soderiz ) 1970 - 1977

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par Lassina Songfolo YEO
Université Alassane Ouattara de Bouake - Côte d'Ivoire - Maà®trise d'histoire 2012
  

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2. La dissolution de l'institution

La Soderiz face à l'étranglement financière, et à la mauvaise politique de gestion était dans une situation de crise. En 1977, tout comme la Soderiz, certaines sociétés d'Etat étaient en crise. Ainsi des critiques s'élevèrent partout pour dénoncer la mauvaise politique des sociétés de développement notamment celle de la Soderiz.

Par ailleurs, la Banque Mondiale avait décriée l'augmentation des prix du paddy à la production en 1974. Elle considérait les politiques de prix et d'usinage comme inopportuns et malsains. Elle a donc incité les bailleurs de fonds à ne plus intervenir dans le secteur riz. En 1975, elle s'est retirée du projet de développement de la riziculture en zone forestière, constituant ainsi un tournant indéniable dans l'intérêt manifesté jusqu'alors par les bailleurs de fonds. Elle préconisait un abaissement de ces prix pour les mettre en harmonie avec les cours du riz importé, ce qui aurait entre autres permis de rééquilibrer les comptes de la société229.

Le 7 octobre 1977, par décret présidentiel, le président de la République Félix Houphouët Boigny décide de dissoudre la Soderiz230. Cette dissolution survient dans un contexte où l'Etat Ivoirien procède à un vaste mouvement de réforme des sociétés de développement. D'autres organismes ont été reformés ou supprimés. C'est le cas de la SOCATCI (Société des Caoutchoucs de Côte d'Ivoire). Quelques temps avant, la dissolution de la Soderiz, le ministre de l'Agriculture Abdoulaye Sawadogo fut évincé lors du remaniement ministériel du 20 juillet 1977 et remplacé par Denis Bra Kanon, ancien directeur de la Satmaci231. Ahmed Timité, ancien cadre de la Soderiz souligne que : « Dans sa première communication en conseil de Ministre Monsieur Bra Kanon a dit que

229 S, J, NIEMBA, op.cit p132

230 JOCI 1977 P1633

231 Denis Bra Kanon a été ancien directeur de la Satmaci de 1963 à 1977, puis Ministre de l'agriculture de 1977 à 1989.

la Soderiz était mal gérée. Il n'a jamais voulu qu'on lui retire l'opération riz de la Satmaci. Il en a profité pour se venger, en dissolvant la Soderiz »232.

La dissolution de la Soderiz constitue une étape décisive dans la politique vivrière en particulier et la politique de développement de l'agriculture de la Côte d'Ivoire en général. Elle marque l'échec d'une tentative d'autosuffisance rizicole. Par la suite, les actions de la société ont été redistribuées entre trois structures d'encadrements que sont : la Satmaci, la Sodepalm, la CIDT.

Les difficultés de fonctionnements constatées au niveau de la Soderiz, tant au niveau industriel qu'au niveau de la commercialisation ont été préjudiciables à la vie de l'entreprise.

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232 A, TIMITE, directeur chargé de la production à la Soderiz 1970- 1977, entretien réalisé le 13 Décembre 2011 à Abidjan.

CONCLUSION GENERALE

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En 1970, quand les autorités ivoiriennes mettaient en place la Soderiz, la production des cultures vivrières particulièrement celle du riz était déficitaire. Pendant ce temps on assistait à une évolution démographique et à une croissance urbaine auxquelles l'Etat devrait faire face. Ainsi, le président Félix Houphouët Boigny pour combler ces déficits alimentaires, décida de créer une entreprise rizicole. Cette mise en place de la Soderiz est l'aboutissement d'un long processus entamé depuis la période coloniale. Faut-il le savoir, le développement de la riziculture a été la préoccupation de l'administration coloniale depuis 1908, avec l'intensification de la culture dans les différents cercles. Elle a engagé des actions pour la diffusion de cette culture dans la colonie de Côte d'Ivoire.

Après l'indépendance, le président Félix Houphouët Boigny, à travers la politique agricole décide de poursuivre l'action coloniale de la culture du riz. Ces actions se sont traduites par la création d'une section ayant en charge le développement de la culture du riz, au sein de la Satmaci en 1963. Poursuivant l'objectif de l'auto suffisance en riz, le gouvernement jugeait primordiale la naissance d'une société chargée spécialement du développement de la riziculture.

Dès sa création en 1970, elle fut organisée en se fixant des objectifs bien précis qu'elle devait atteindre. Cela marquait ainsi les débuts de son intervention dans le paysage rizicole. L'entreprise rizicole au début de son intervention, s'est engagée à mettre en valeur les bas-fonds, et à participer au développement, à la modernisation de la culture du riz, à travers l'encadrement technique des paysans. Aussi a-t-elle incité les paysans à former des groupements de coopératives, de sorte à rendre son action plus performante. Avec ce vaste programme de modernisation de la culture du riz, les bas-fonds devenaient des

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zones de prédilection pour la Soderiz. Ils ont servi à l'intensification de la riziculture irriguée, nouvelle culture vulgarisée par l'institution.

A partir de 1972, grâce des initiatives ambitieuses, la Soderiz décida d'instaurer une nouvelle politique de production basée essentiellement sur le contrat de culture. Le contrat consistait à rassurer les paysans, quant à l'écoulement de leur production par la société. Aussi avec ce contrat, les paysans étaient fournis en intrant, permettant une meilleure production de paddy. Ce qui favorisa d'ailleurs l'augmentation de la production du paddy à 406 000 tonnes en 1974.

Cette performance réalisée par la Soderiz était due au fait qu'elle avait opté pour le développement de la riziculture irriguée. Ce type de culture était jugé productif par les autorités étatiques car permettant l'évolution rapide de la production rizicole du pays. La Soderiz pour ravitailler les ivoiriens en riz blanchi de qualité ; a installé des rizeries dans les grandes régions où était exécuté le programme rizicole. L'usinage du paddy par la Soderiz était perçu comme une innovation et marquait ainsi l'industrialisation véritable de l'entreprise. Cette activité industrielle était organisée autour d'un système de collecte bien défini qui visait à collecter le maximum de paddy afin d'alimenter les rizeries.

La société proposait des prix d'achat en fonction de la qualité du paddy fourni et aussi selon le lieu de livraison du produit. Le prix du paddy livré à l'usine était majoré de 10 francs. Le bonus de 10 francs servait aux paysans d'assurer le transport. Le système de collecte mis en place par la Soderiz a favorisé une augmentation de la quantité du paddy, qui est passée de 160 000 tonnes en 1971 à 300 000 tonnes en 1974.

La transformation du paddy se faisait à travers les unités industrielles installées par la Soderiz. Celles-ci avaient une capacité d'usinage variant entre 1 et 4 tonnes par heure. L'entreprise rizicole produisait un riz de qualité qui était

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commercialisé sur les marchés du pays. La commercialisation et la distribution du riz ont été possibles grâce à la mise en place de structures s'occupant de la gestion du riz. La Chambre de Commerce gérait le stock du riz blanchi par la Soderiz. Elle était chargée de le distribuer aux grossistes qui, à leur tour le fournissait aux détaillants y compris le riz importé. En 1973, plus de 120.000 tonnes de riz ont été commercialisées par la Chambre de Commerce.

Outre l'action de la Chambre de Commerce, un autre organisme, la Caisse Générale de Péréquation et des Prix (CGPP) créé en mars 1971, intervenait dans la commercialisation du riz de la Soderiz. Elle avait pour rôle principal de régulariser et stabiliser le prix de vente de riz avec celui du riz importé. La CGPP a joué un rôle capital dans la commercialisation du riz. Cet appui de la CGPP a permis à la société rizicole de réaliser des performances notables surtout au niveau commercial et économique.

Les retombées sociales des actions de la Soderiz ont été ressenties sur le plan de la création d'emploi et la distribution de revenus. L'entreprise rizicole a donc eu pour action, d'insérer les jeunes paysans dans le tissu social. Entre 1971 et 1974, elle a créé plus de 6000 emplois tout en facilitant l'amélioration des revenus des paysans. La Soderiz, dans l'exécution de son programme avait recruté des jeunes stagiaires qui devaient former et encadrer les paysans.

La réalisation de villages Soderiz venait démontrer la portée sociale de l'action Soderiz. Plusieurs villages ont été créés dans les zones où était présente la Soderiz. Ces villages, avec toutes les commodités, c'est-à-dire, l'électricité, l'adduction d'eau et maison « en dur », rentraient dans le cadre de la mission de développement économique et social du pays initiée par la Soderiz. Entre 1971 et 1977, l'entreprise a construit plus de 6000 maisons. Mais les paysans, animés par le souci de faire d'énormes bénéfices, ont rempli les usines de paddy, avec un taux d'impureté élevé. La mauvaise qualité de paddy rendait l'usinage difficile. Ainsi, le riz usiné était de mauvaises qualités, avec un taux de brisure

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atteignant 60%. Les difficultés de fonctionnement furent perçues en amont, pour le stockage. La surcharge des rizeries suivie du problème d'usinage ne pouvait qu'engendrer un dysfonctionnement lié au stockage des produits.

A partir de 1976, tous les silos et entrepôts construits pour recevoir le paddy sont devenus très exigües du fait de la ruée des paysans vers les usines Soderiz en 1974, avec leurs productions rizicoles. La Soderiz n'ayant pas prévu cette situation fut exposée à un manque d'infrastructures. Le paddy était exposé aux intempéries, tels que la pluie et le soleil, faisant perdre à la Soderiz plusieurs millions de francs CFA. Outre les problèmes de stockage, la sacherie faisait défaut. Elle était, supposée insuffisante. Cette insuffisance de la sacherie, s'expliquait aussi par le non respect des engagements pris avec la société FIBAKO qui fournissait la Soderiz en sac. Toutes ces difficultés constatées dans le secteur industriel de la société rizicole, vont être ressentis au niveau commercial.

La responsabilité de produire et vendre le riz, était une lourde tâche pour la Soderiz car elle était concurrencée par un circuit parallèle puissant existant depuis la période coloniale. Le circuit traditionnel composé essentiellement de « dioula » a profité des moments sombres de la société pour s'imposer sur le marché national. Un autre circuit, renforçant la concurrence s'était affiché. Il s'agissait du circuit libanais qui disposait de micro-rizeries et d'un réseau de collecte composés de pisteurs compétents, fournissant les petites rizeries en paddy. Pendant que le circuit parallèle devenait de plus en plus puissant, le réseau de distribution de la Soderiz connaissait des défaillances. La Chambre de commerce qui devrait distribuer le riz produit par la Société, a privilégié la distribution du riz importé, tout en protégeant les intérêts des groupes d'importateurs au détriment de l'intérêt national. L'action de sabotage a entrainé un problème d'approvisionnement des centres urbains. Les principales villes furent confrontées à une pénurie de riz. Cette volonté des structures de

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distribution du riz de la Soderiz à protéger les intérêts privés, a fortement affecté la société rizicole, la conduisant même au déclin en 1977.

La politique conduite par la Soderiz, depuis 1970 fut éteinte en 1977. A cette époque on assistait à une mauvaise gestion de l'entreprise suivie d'une légèreté constatée dans les nominations des responsables et l'exécution des taches administratives. Toutes ces actions mettaient à mal le fonctionnement de l'institution rizicole.

L'Etat ivoirien, dans l'objectif de mettre fin à ces manquements et dysfonctionnements observés au sein des sociétés d'Etat et particulièrement au sein de la Soderiz, a décidé de faire une réforme. La Soderiz fut dissoute le 07 octobre 1977, trois ans avant la tenue de cette réforme. Elle fut remplacée par des structures pour continuer la politique de développement rizicole.

Aujourd'hui la question du riz demeure et est à la recherche d'une solution. Avec la mise en place de la Stratégie Nationale de Développement de la Riziculture (SNDR) en février 2012, les autorités ivoiriennes devraient tirer les leçons de l'opération rizicole effectuée par la Soderiz, afin que celle de la SNDR soit une réussite totale.

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