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Bio-écologie des anophèles de part et d'autre de la falaise des Mbô et leur implication dans la transmission du paludisme d'altitude


par Billy TENE
Université de Yaoundé 1 - DEA 2007
  

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3.4. DISCUSSION

3.4.1. Composition de la faune anophélienne

Ce travail nous a permis d'identifier les espèces anophéliennesprésentes respectivement au pied et au sommet de la falaise des Mbô. L'espèce An. gambiaereprésenteplus de 85% de la faune anophéliennede la zone d'étude. Cerésultat est similaire à ceuxde Shililu et al., (1998) à Mumias, ville située à 1500m d'altitude dans l'ouest du Kenya ; et à ceux de Bødkeret al., dans les hautes terres de Tanzanie. A cette espèce se joignent An. funestus(5,74%) dans les deux sites et An. paludis(4,29%) plus présente à Santchou. La faible densité des autres espèces rend leur rôle potentiel dans la transmission du paludismeen altitude négligeable. Le nombre élevé d'enquêtes nous a permis de recenser un effectif important d'espèces anophéliennes : 11 au total, soit 10 à Santchou et 9 à Dschang. Ces résultats complètent ceux de Garde et al., (1991) qui n'avait recensé que 3espèces à Dschang (An. gambiae, An. coustani et An. funestus) au cours de 3 nuits de captures (au mois de mai)et Kengne (2000) qui en avait noté 7 en 6 mois de captures (entre mai et octobre).

3.4.2. Comparaisondespopulations de vecteurs à différents niveaux altitudinaux

L'agressivité anophélienne a été plus élevée à Santchou (750m d'altitude)où elle représente sensiblement le double de celle de Dschang(1400md'altitude) : 9,34 et 5,28 p/h/n respectivement.La montée en altitude diminuerait donc les capacités reproductrices et la survie des moustiques. Il faut remarquer que la région de Santchou est plane et inondable, présentanten saisons des pluies de nombreuses flaques d'eau stagnantes propices à la ponte et au développement larvaire, ce qui n'est pas le cas à Dschang où on observe un relief plutôt accidenté. Cet élément,associés aux variations des facteurs climatiques liés à la différence d'altitude (taux d'oxygène de l'air, niveau des précipitations, température, pression osmotique, humidité...), peuvent expliquer cette grande différencedans les densitésanophéliennes.

Anopheles gambiae est la seule espèce à présenter une bonne adaptation aux deux niveaux altitudinaux. Elle présente une densité très élevée en altitude et dans la plaine, ce qui fait d'elle le principal vecteur de toute la région.

L'effet de l'altitude se fait ressentir de façon significative sur les densités de trois espèces : An. nili, An. paludis et An. ziemanni.Ces espèces sont présentes dans les deux sites mais leursfréquences en altitude sont très faibles. Il ne faut cependant pas négliger l'effet des conditions géographiques telles que la disponibilité des gîtes et la présence des hôtes préférentiels de certaines espèces sur leur distribution dans ces deux sites.

Un seul individu de An. nili a été retrouvé à Dschang contre 55 à Santchou. L'absence de cours d'eau à régime régulier servant de gîtes larvaire à cette espèce (Gillies et Coetzee, 1987 ; Carnevale et al., 1992) à Dschangpourrait en être la cause.

An. namibiensis présent à Santchou est absent sur les hautes terres. Cette espèce présente une mauvaise adaptation aux conditions altitudinales.

La présence de An. mouchetiexclusivement à Dschang et en faible nombre serait liée aux types de points d'eau présents ici. En effet, les lacs des bas-fonds aux abords couverts de végétation qui reçoivent des ruisseaux àfaible débit fournissent des gîtes propices pour cette espèce (Fontenille et al., 2003).

An. funestus est la seule espèce dont la population ne varie que faiblement entre les deux sites. Elle présente même une augmentation de fréquence en haute altitude pendant la saison sèche. Cela montre une bonne adaptation aux hautes terres lorsqu'il y a des gîtes appropriés.C'estégalement le cas à l'Ouest du Kenya où elle a été retrouvée avec l'espèceAn. gambiae jusqu'à 1700m d'altitude (Minakawa et al., 2004).

Les autres espèces ont été plutôt accidentelles, avec des effectifs assez faibles : An. pharoensis etAn. wellcomei (présent mais exophile au Soudan) sont plus inféodés à l'Afrique de l'ouest et de l'est, et An. hancocki qui a une plus grande tendance à la zoophagie et l'exophilie (Mouchet et al., 2004).

La composition de la faune résiduelle (capturée par pulvérisation) constituée principalement de An. gambiae et An. funestus révèle que ce sont là les seuls vecteurs endophiles des deux localités étudiées. Les autres espèces présentes dans l'échantillon ont plutôt présenté une bonne tendance à l'endophagie etexophilie, car présentes uniquement lors des captures nocturnes qui se sont faites à l'intérieur des cases. C'est précisément le cas de An. nili, An. paludis et An. ziemanni qui ont des effectifs assez élevés en CNV mais presque nuls en CPI. Mouchet et al., (2004) reconnaissent également An. paludis comme moustique exophile ayant une forte tendance à l'exophagie. Les autres espèces à l'instar de An. hancocki, An. coustani An. moucheti et An. namibiensis ont des effectifs faibles ne permettant pas de tirer des conclusions.

La disponibilité des gîtes larvaires conditionne la densité des adultes. C'est l'une des raisons pour lesquelles au cours de la saison sèche, les effectifs baissent considérablement dans chacune des localités.

Pendant la saison sèche, les gîtes disponibles en altitude sont les petits ruisseaux et les lacs de retenue. Ils sont propices pour le développement larvaire de An. funestus d'où sa présencecontinue pendant toute l'année. Cette espèce va donc suppléer à la baisse d'agressivité de An. gambiaedue à la baisse de sa population en saison sèche (12,42% de son effectif annuel).

La forte baisse de la densité de An. gambiae s'explique par la disparition des gîtes qu'elle affectionne : les traces de roues, les flaques d'eau claires et peu profondes dans les dénivellations de terrain, les traces de pas, les boîtesde conserve etc. ces gîtes sont asséchés en saison sèche, surtout à Santchou où le sol est sablonneux donc très perméable.D'autres espèces subissent aussi le coup de la "sècheresse", c'est le cas de An. paludis, et An. ziemanni dont les fréquences en saison sèche représentent moins de 6% des effectifs totaux. An. namibiensis, et An. moucheti absentes en captures en saison sèche sont plus adaptées à la saison des pluies. Ceci s'explique la concentration d'agents polluants dans leurs gîtes larvaires en saison sècheoù par leur assèchement.

Le cycle d'agressivité des vecteurs a été sensiblement le même dans les deux sites, il indique que le maximum de piqûres se fait au cours de la deuxième partie de la nuit. Ces observations sont conformes aux schémas habituels du cycle d'agressivité nocturne des anophèles (Gillies et De Meillon, 1968 ; Dossou et al., 1998). Cette période correspond aux moments de sommeil profond des habitants qui présentent alors un moindre risque pour les moustiques.

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