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Université 7 Novembre Carthage
Institut des Hautes Etudes
Commerciales
Mémoire de fin d'études
Soutenu en vue de l'obtention de la maîtrise HEC
Finance
Le risque de crédit et la rentabilité
bancaire
Par
Touka Fattoum
Encadrer par
Mr. Abdelatif Bouchrara
Année universitaire : 2006/2007
Session : Mai 2007
Sommaire
Première partie :
Modélisation et gestion du risque de crédit et
maîtrise de son impact sur la rentabilité des
établissements
financiers............................................01
Introduction..............................................................................................02
Chapitre 1 : Le risque de crédit un risque
d'exploitation majeure dans les établissements
financiers...................................................................................................05
Section 1 : Le risque de
crédit...........................................................................06
Paragraphe 1 : Définition et composantes du risque
de crédit......................................06
Paragraphe 2 : Approche du risque de
crédit.........................................................08
Section 2 : Les différents modèles
d'évaluation du risque de
crédit..............................09
Paragraphe 1 : Les différentes options
proposées par le Bâle II....................................09
1. Une option
standard .................................................................................09
2. Une approche dite
« foundation »..................................................................09
3. Une option
« advanced »............................................................................11
Paragraphe2 : Les modèles basés sur la
VaR..........................................................13
1. la VaR appliquée au risque de
crédit...............................................................13
2. Le modèle CreditMetrics de JP
Morgan..........................................................15
3. Nécessité d'un rating interne et
externe...........................................................19
Paragraphe 2: Les modèles complémentaires
d'évaluation.........................................25
1. Credit Portfolio View (Mc
Kinsey)...............................................................25
2. Le modèle CreditMetrics de crédit
suisse.........................................................30
Paragraphe 3 : Les faiblesses de la modélisation
du risque de crédit..............................33
Chapitre 2 : Le risque de crédit, sa
maîtrise et son impact sur la rentabilité bancaire...........35
Section 1 : La maîtrise du risque de crédit dans
la banque.........................................36
Paragraphe 1 : La gestion d'un portefeuille de
crédit................................................36
1. La mesure d'une performance ajustée pour le risque
de crédit................................36
2. La mesure de l'effet de diversification sur un portefeuille
de crédit..........................37
3. L'allocation des fonds propres
globaux...........................................................37
4. La réallocation de
limites...........................................................................38
5.
Conclusion............................................................................................38
Paragraphe 2 : Le transfert du risque de
crédit : Les dérivés de
crédit............................39
1.
Définitions.............................................................................................39
2. Utilisation des dérivés de
crédit....................................................................41
Section 2 : Le risque de crédit quel impact sur la
rentabilité bancaire............................50
Paragraphe 1 : Les déterminants de la
rentabilité bancaire..........................................50
1. Le bilan
bancaire......................................................................................50
2. Les principaux résultats de l'activité
bancaire...................................................51
3. Les normes de gestion ; les ratios déterminant
de la rentabilité bancaire.................... 54
Paragraphe 2 : Mesure de l'impact de la fonction de
crédit sur la rentabilité bancaire......... 55
1. L'indice de risque dans les
banques............................................................... 55
2. les évidences empiriques dans la littérature
actuelle sur le ratio de capital..................56
Conclusion.................................................................................58
Deuxième partie : Analyses
empiriques de la performance des banques tunisiennes en matière de
gestion du risque de crédit : Cas des banques de
dépôts.........................60
Chapitre 1 : La Banque de Tunisie, leader des banques
tunisiennes en matière de gestion de risque de crédit et de
profitabilité des fonds
propres................................................61
Introduction...............................................................................61
Section 1 : la place du crédit dans
l'activité de la
BT.............................................. 63
Paragraphe 1 : les crédits à la
clientèle
...............................................................63
Paragraphe 2 : l'importance du crédit dans
l'activité de la BT.....................................64
Paragraphe 3 : la position nette de la
clientèle........................................................64
Section 2 : L'impact du crédit sur la
rentabilité de la BT...........................................65
Paragraphe 1 : Evolution des commissions de gestion des
crédits.................................65
Paragraphe 2 : Accroissement du rendement annuel moyen
des crédits..........................65
Section 3 : La BT est en parfait respect des normes
prudentielles en matière de gestion du risque de
crédit............................................................................................66
Paragraphe 1 : Le ratio de couverture des risques
(RCR)...........................................66
Paragraphe 2 : Le ratio de
liquidité.....................................................................67
Paragraphe 3 : Le ratio de
solvabilité..................................................................67
Section 4 : La rentabilité de la
BT.....................................................................67
Paragraphe 1 : Le produit net bancaire
(PNB)........................................................67
Paragraphe 2 : Le renforcement des fonds propres de la
BT........................................68
Paragraphe 3 : Les ratios
d'exploitation...............................................................69
Conclusion.................................................................................70
Chapitre 2 : Evolution du ratio de couverture des risques
et son impact sur la rentabilité des établissements financiers,
cas des banques de dépôt en
Tunisie....................................71
Introduction...............................................................................71
Section 1 : Les ratios
d'exploitation...................................................................73
Paragraphe 1 : Le ratio de rentabilité
économique RoA............................................73
Paragraphe 2 : Le ratio de rentabilité
financière RoE...............................................73
Section 2 : Le ratio de couverture des risques (RCR) ou
ratio Cook..............................74
CONCLUSION
GENERALE........................................................76
BIBLIOGRAPHIE......................................................................79
Avant-propos
Je tiens à remercier tous ceux qui ont concourus de
prés ou de loin à la réalisation de ce mémoire.
Avant tout j'aimerais remercier mes chers parents et toute ma
famille pour leur amour et leur réconfort tout au long de mes
années universitaires à l'IHEC.
Je suis très reconnaissante à Monsieur Abdelatif
Bouchrara, mon directeur de mémoire pour les conseils qu'il m'a
prodigué, et pour le temps qu'il m'a consacré.
Enfin, toute ma gratitude à mon mari Rafik pour l'aide
précieuse qu'il m'a apporté afin de me guider au mieux dans
l'exécution de mon travail. Aussi pour son amour qui m'a soutenu pendant
cette année difficile.
Touka
Fattoum
«Le risque de crédit et la codification des
relations entre prêteurs et emprunteurs étaient déjà
au coeur des préoccupations des rois des premières civilisations.
Il y a 3800 ans, Hammourabi, roi de Babylone, au paragraphe 48 de son Code des
lois, énonçait que, dans l'éventualité d'une
récolte désastreuse, ceux qui avaient des dettes étaient
autorisés à ne pas payer d'intérêt pendant un an. En
fait, ce paragraphe 48, qui est souvent attribué par erreur au
philosophe grec Thalès, qui a vécu 1200 ans après
Hammourabi, est le premier, contrat d'option qui n'ait jamais été
écrit. Le risque d'une mauvaise récolte était
transféré de l'emprunteur au prêteur, créant ainsi
un risque de crédit pour le prêteur.»
Michel Crouhy1(*)
PREMIERE PARTIE :
Gestion du risque de crédit et maîtrise de
son impact sur la rentabilité des établissements financiers
Introduction de la première partie
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Les métiers bancaires, qu'il
s'agisse des activités de banques commerciales ou des
activités de banques de marché, sont
générateurs de risques variés, lesquels sont aujourd'hui
particulièrement aigus, en raison des transformations qui ont
affecté l'économie financière :
- concurrence accrue dans de très nombreux
secteurs,
- ouverture croissante sur l'extérieur,
- sophistication incessante des produits,
- innovations financières et technologiques,
et forte volatilité des variables de marché...
Ainsi, l'environnement économique et financier
est devenu de plus en plus source de risques dangereux pour les banques, qui
vivent, mais qui peuvent aussi mourir à cause des risques qu'elles ont
pris.
Du fait de ces mutations, les banques doivent relever des
défis exceptionnels afin de se doter d'avantages concurrentiels
déterminants.
En effet, la banque ressemble de plus en plus à
une « machine à risques » : elle prend des
risques, les transforme et elle les incorpore aux services et aux produits
bancaires qu'elle offre.
Mais, comment mesurer et améliorer
l'efficacité et la rentabilité
d'une telle machine dont les risques sont d'avantage perçus comme
un aléa intangible plutôt qu'un objet se prêtant à
mesure et quantification ?
D'une manière
générale, il n'y a pas d'activité financière, ni
économique sans prise de risques. La notion du risque recouvre donc tout
événement susceptible d'empêcher un établissement de
réaliser ses objectifs ou encore de maximiser ses performances.
Communément, dans le cadre des activités de
marchés, on distingue trois grandes catégories de risques :
Le risque de marché : C'est le risque
de pertes ou de dévaluation sur les positions prises (courtes ou
longues) suite aux fluctuations des marchés. Ce risque concerne toute
une gamme d'instruments financiers : obligations, actions,
dérivés de taux, change, matières premières,
etc.
Le risque opérationnel : Définit
par le comité de Bâle2(*) dont il a trouvé ses origines, comme le risque
de pertes provenant de processus internes inadéquats ou
défaillants (systèmes d'information déficients, erreurs
humaines, fraudes et malveillances), ou événements externes
(accidents, incendies, inondations) perturbant la réalisation des
objectifs de l'établissement (création de valeur).
Ø Le risque de crédit, dont nous allons
consacrer ci-joint toute une section afin d'appréhender ses sources et
origines et pouvoir ainsi mieux le cerner.
Le risque de crédit est
sans doute, celui auquel les banques ont dû le plus souvent faire
face. Ce risque est, incontestablement, le plus ancien de tous
les risques, et dont les
procédures de gestion sont classiques et bien connues.
C'est sans doute, celles qui sont
amenées à se développer le plus, lors de ces
prochaines années.
La gestion des risques se
développe aujourd'hui très rapidement dans l'univers bancaire.
Elle couvre toutes les techniques et
les outils pour mesurer et contrôler les risques. Certes le
risque de crédit constitue un
risque majeur dans le dispositif du « Risk
Management » dans
une banque. Paradoxalement, la gestion du risque de
crédit, est sans doute celle qui est
appelée à évaluer le plus aujourd'hui.
De multiples facteurs concourent à cette
évolution. Les mesures du risque de
crédit sur des portefeuilles de prêts ont
considérablement progressé, notamment avec la méthode de
la VaR (Valu at Risk) qui représente la valeur en risque,
transposée de l'univers des marchés à celui du
portefeuille bancaire.
Dans la première partie de ce travail, les
questions fondamentales auxquelles je vais essayer de répondre
sont :
« Qu'est ce que le risque de
crédit ? Peut- on l'identifier ? Comment peut ont le mesurer
et le cas échéant le maîtriser ? Et enfin, existe-t-il
un lien entre le risque de crédit et la rentabilité de la
banque ? »
Le point de départ de notre démarche
consiste à identifier le risque de
crédit. Ensuite, nous aborderons la question de sa
quantification et de sa mesure. Ceci fera l'objet du premier chapitre.
Une fois le risque de
crédit est identifié, nous tâcherons sur la
maîtrise de ce risque majeur, tout en essayant de trouver le lien entre
ce risque et la rentabilité de la banque.
Cette idée sera développée dans le deuxième
chapitre.
Chapitre1: Le risque de crédit, un risque d'exploitation majeur dans
les établissements financiers
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Nous nous intéresserons dans ce premier chapitre, à
définir dans un premier temps le risque de crédit et à
identifier ses composantes. Puis dans une deuxième partie, nous
présenterons les différents modèles existants pour
valoriser ce risque spécifique, tout en essayant de mettre en exergue
les limites de différents modèles.
Section 1 : le risque de crédit
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Paragraphe 1 : Définition et composantes
Le risque de crédit est le risque de pertes
consécutives au défaut d'un emprunteur face à ses
obligations, ou à la détérioration de sa solidité
financière ou de sa situation économique au point de
dévaluer la créance que l'établissement de crédit
détient sur lui.
On comprend clairement qu'il existe donc deux types de risque
de crédit :
- Un risque de défaut : C'est le risque qu'un
emprunteur ne soit pas en mesure de faire face à ses engagements de
paiement (incapacité d'honorer ses obligations de paiement des
intérêts et/ou du principal d'une créance) ;
- Un risque de dépréciation de la qualité
de crédit : Ce risque est dû à la
détérioration de la solidité financière de la
contrepartie et par conséquent la qualité de la signature.
En face de ce risque crédit, nous sommes en
présence de deux natures de débiteur :
- Un risque émetteur : Il s'agit d'un risque
lié à un instrument "cash" : (obligations, billets de
trésorerie, prêts bancaires, certificats de
dépôts...).
- Un risque de contrepartie : Ce risque est lié
à un instrument "non cash" : (produits dérivés,
garanties...)
Risque
émetteur
Risque de défaut Risque de
dégradation
Risque de contrepartie
Les émetteurs de dettes sont multiples, nous
pouvons énumérer à titre d'exemple : (les
entreprises, établissements de crédit, compagnies d'assurance,
États souverains, établissements publics, sociétés
financières, véhicules de titrisation...).
De la même manière une contrepartie
à un contrat de transfert de risque est une personne qui s'est
engagée de supporter le risque de crédit en cas
d'événements de défaut et ceci en indemnisant l'autre
partie au contrat du montant de la perte.
Ainsi le risque de crédit se compose du :
- Risque de défaut (default Risk) : le
débiteur ne peut pas rembourser sa dette.
- Risque de recouvrement : le taux de recouvrement
(recovery rate) est fixé à priori. Il permet de calculer le
montant récupéré sur l'actif de référence
à l'issue de la défaillance. Par exemple, le taux de recouvrement
est de 40%, le vendeur devra verser à l'acheteur de protection 60% du
nominal s'il y a défaillance de la part du sous-jacent.
- Le risque de dégradation de la qualité du
crédit par le marché : le risque se traduit par la hausse de
la prime de risque appelée la marge de crédit (credit spread). la
marge de crédit correspond à l'écart entre le rendement
(the yield) exigé par le créancier et le taux sans risque. Plus
l'emprunteur est risqué, plus le crédit spread est
élevé, moins les instruments de dette de l'emprunteur ont de la
valeur. Le taux sans risque est définit comme le rendement des titres de
dette d'états tels que la Tunisie (BTA)3(*), la France (OAT)4(*), les Etats-Unis (T-Bonds)5(*). La dégradation de la
qualité du crédit peut être également
illustrée par le changement de note (rating) de l'emprunteur de la part
d'une agence de notation telle que Moody's et Standard&Poor's.
Le risque de crédit est présent dans toutes les
transactions qui ne sont pas réglées immédiatement
à 100%.
Parmi les produits dérivés, les
dérivés de crédit s'utilisent sur une gamme plus large que
les dérivés de taux d'intérêt ou les
dérivés sur actions dans la mesure où ils concernent la
gestion du risque associé aux dettes bancaires et obligataires des
entreprises.
Pour un prêt bancaire, l'exposition au risque de
crédit est égale au montant utilisé (outstanding) par
l'emprunteur majoré par les intérêts courus. Pour les
produits dérivés, l'exposition au risque de crédit
dépend de la valeur de marché de la position (mark-to-market),
i.e. le coût de remplacement du contrat dans les conditions du
marché au moment d'évaluation.
Si la valeur du contrat est positive, elle correspond au
risque de crédit. Cependant, pour avoir le risque total de la position,
il faut lui ajouter un coefficient de majoration (add -on) qui mesure la
dérive possible en fonction de l'évolution du marché.
Si la valeur du contrat est négative, l'exposition se
calcule avec la probabilité que cette valeur devienne positive avant
l'échéance du contrat.
Paragraphe 2: Approche du risque de crédit
Face à un paysage financier en perpétuel
changement, profondément marqué par une multitude
d'événements majeurs, le risque de crédit n'a cessé
d'augmenter ces dernières années. Le secteur bancaire de part ses
fonctions d'intermédiation et gestion d'actifs à
été l'un des premiers à être touché par ce
fléau.
C'est ainsi, que la gestion des risques est devenue un besoin
d'adaptation récurrent et même une question de survie pour tous
les utilisateurs de risque.
Les établissements de crédit doivent en
permanence faire preuve de rigueur et prudence à l'égard de leur
approche du risque de crédit ce qui constitue l'une des valeurs
intrinsèques de la gestion des risques. En effet, il n'est pas insolite
en matière d'octroi de crédit de voir certains préteurs
suivre aveuglement les dernières tendances à l'égard des
secteurs ou des produits, pas plus que de les voir modifier leurs
critères d'affectation en fonction de la croissance ou du ralentissement
de l'économie.
Nul ne doute que ces prêteurs qui sont enclins
à délier les cordons de la bourse de manière excessive en
période de prospérité doivent bien souvent les resserrer
lorsque l'économie ralentit et la qualité de leurs portefeuilles
de prêts se trouve dégradée.
Toutefois, ces pratiques peuvent être au mieux
déstabilisante et au pire désastreuse. C'est pourquoi, les
demandes de crédit doivent sans équivoque faire l'objet d'une
analyse minutieuse. Les décisions sont prises et rendues en toute
transparence par des experts en risque de crédit, parfaitement
compétents, s'appuyant sur des normes et des méthodes
éprouvées. La constance en matière d'octroi de
crédit doit être l'une des priorités des préteurs
que ce soit en période de prospérité qu'en période
de crise.
Section 2 : les différents
modèles d'évaluation
|
Le développement des marchés organisés du
crédit a donné la possibilité aux banques de
réaménager dynamiquement leur portefeuille, et ainsi, d'optimiser
le couple rendement - risque. Pour cela, la construction d'un modèle
interne de pilotage du risque de crédit est nécessaire, tout
comme elle le fut pour le risque de marché. Un tel modèle permet
de déterminer une mesure agrégée du risque de
crédit d'un portefeuille de titres hétérogènes,
ainsi que la contribution marginale de chacun de ses éléments.
L'enjeu est d'allouer plus finement les fonds propres à chacune des
activités de la banque et déterminer ainsi un montant de fonds
propres économiques aussi objectifs que possibles pour l'ensemble du
groupe.
Les banques s'efforcent donc de développer des
modèles internes de mesure de l'exposition au risque sur leur
portefeuille de crédit après avoir adopté des
modèles basés sur la VaR pour les risques de marché.
L'enjeu de ces modèles est de quantifier les fonds propres qu'elles
doivent posséder face à l'exposition globale de leur portefeuille
et du niveau du risque qu'elles souhaitent conserver.
Paragraphe1 : Les différentes options
proposées par le Bâle II
Le sujet est d'autant plus actuel avec la mise en place, par
le Bâle II, du ratio Mc Donough, qui vient remplacer le ratio Cooke. Ce
ratio propose une approche réellement nouvelle, avec plusieurs
options.
1. Une option standard : dans laquelle les 8% du ratio se
décomposeraient en 6% affectés aux risques de crédit, 1,6%
aux risques opérationnels et 0,4% aux risques de marché. Cette
approche reprendra les notations externes des agences et des banques
centrales.
2. Une approche dite « foundation » :
qui permettra aux banques d'avoir recours, en partie, à leurs
modèles internes d'évaluation du risque de crédit,
dés lors qu'ils seront avalisés par des autorités de
régulation nationale. Cette méthode de notation interne connue
sous la dénomination "IRBA Fondation" (Internal Rating Based Approach
Foundation), est réputée pour être relativement simple
comparée à la troisième approche qu'on essayera d'exposer
par la suite.
Le régulateur a prévu pour cette deuxième
approche, la possibilité pour les banques d'estimer elles-mêmes
leur probabilité de défaillance sur leurs débiteurs et de
pouvoir utiliser les valeurs fournies par les autorités de
contrôle pour les autres paramètres de calcul des risques.
Conformément à cette approche, les banques évaluent seules
leurs probabilités de défaillance (PD) et les autorités de
contrôle déterminent de leur côté, l'exposition
à la perte au moment du défaut (EAD), le taux de perte en cas de
défaut (LGD), ainsi que la maturité (M) du crédit pour
l'instant fixée à deux ans et demi.
Le calcul des besoins en fonds propres est donné par la
formule suivante :
FPR = [Ó
É (PD, LGD, M) x EAD)] x 8 %
Ci-joint, une définition des paramètres
quantitatifs utilisés dans l'approche IRBA.
- La probabilité de défaillance
(PD) : C'est la probabilité que le preneur de crédit
fasse défaut face à ses engagements de paiement. Cette
probabilité dépend de qualité du crédit initial,
mais surtout de la pérennité du débiteur et de sa
capacité financière actuelle et future. Seuls sont exclus les
contentieux de type commercial et les retards de paiement ne dépassant
pas un certain délai de grâce coutumier. Quoi qu'il en soit la
raison du défaut, le Comité de Bâle considère la
probabilité de défaillance, comme étant une mesure de la
probabilité d'occurrence d'un défaut sur une contrepartie
donnée à un horizon donné. Cette probabilité
n'étant généralement pas mesurée directement (faute
d'un nombre suffisant d'observations), elle est plutôt calculée
par le biais d'une notation donnée par la banque.
- Exposure At Default (EAD) : C'est l'exposition
à la perte au moment du défaut. Elle correspond au montant
dû par la contrepartie au moment où elle fera défaut sur un
engagement donné à un horizon correspondant à celui
utilisé pour la probabilité de défaut. Pour un prêt,
il s'agira donc du capital restant dû à l'horizon
considéré et éventuellement des intérêts
courus non échus au même moment. Il est clair que plus le montant
d'exposition est élevé, plus grande sera la perte en cas de
défaut. Cette exposition évolue différemment dans le temps
en fonction du type de crédit.
- Loss Given Default (LGD) : C'est le taux de perte en
cas de défaut correspondant à la partie des encours
définitivement irrécouvrable équivalente au pourcentage de
perte non couverte et exprimée par la formule (1-Taux de
recouvrement). Cette perte tient compte des possibilités de recouvrement
que possède la banque en cas de défaut, sous la forme de
garanties, de gages ou encore de dérivés de crédit.
- Le Taux de recouvrement (TR) : Il mesure la part
du montant de l'exposition au moment du défaut que la contrepartie sera
à même de rembourser. Ce taux s'applique à un engagement
donné et il dépend fortement de sa séniorité (les
plus anciens sont remboursés en premier, les juniors le sont en
dernier). Concrètement, il correspond au pourcentage de la valeur au
pair remboursé.
- Effective Maturity (EM) : Il s'agit de la
maturité du crédit. En d'autres termes, c'est le délai
imparti à l'emprunteur pour honorer ses engagements.
Ces cinq paramètres définis, permettent de
quantifier la perte moyenne attendue sur un engagement et à un horizon
donné. En cas de défaut, la perte constatée serait
égale à l'exposition au moment du défaut diminuée
du recouvrement, soit :
Perte en cas de
défaut = EAD × (1 - TR) = EAD × LGD
La perte moyenne attendue, connue sous l'appellation "Expected
Loss" sera donc
Expected Loss = EAD × LGD × PD
Cette perte moyenne attendue n'a réellement de sens que
si elle est calculée sur un portefeuille entier. La perte
calculée sur une ligne individuelle ne sera jamais
réalisée.
3. Une option « advanced » : qui
prendra en compte exclusivement les modèles des banques, encore une fois
après qu'ils ont été certifiés par la banque
centrale. Cette méthode se rapproche fortement de la méthode
"IRBA Fondation", vue qu'elle n'est autre que l'image transposée de
celle-ci. Cette dernière approche est connue sous l'appellation "IRBA
Advanced" pour souligner le caractère avancé comparé
à "IRBA Fondation".
Contrairement à la deuxième approche, cette
méthode est réputée pour être complexe. L'adoption
de cette méthode interne d'évaluation des risques est
plutôt réservée aux établissements disposant d'un
savoir faire reconnu par leurs autorités de contrôle en
matière de mesure et gestion des risques. Pour calculer la
pondération du risque, les banques doivent évaluer pour chaque
crédit sauf pour le cas des particuliers, les cinq paramètres
cités ci-dessus à savoir, la probabilités de
défaillance (PD), l'exposition à la perte au moment du
défaut (EAD), le taux de perte en cas de défaut (LGD), ainsi que
la maturité (M) du crédit.
Le calcul des besoins en fonds propres est donné par la
même formule précédente :
FPR =
[Ó É(PD, LGD, M) x EAD)] x 8 %
En terme d'exigences qualitatives imposées par le
régulateur pour l'évaluation des risques de crédit, elles
portent principalement sur le "système de notation interne". Cette
expression de système de notation interne recouvre à la fois
l'ensemble des processus, méthodes, contrôles ainsi que les
systèmes de collecte et d'information permettant d'évaluer le
risque de crédit, d'attribuer des notations internes et quantifier les
estimations de défaut et de pertes. Ces exigences qualitatives viennent
compléter les paramètres quantitatifs afin de fournir une
évaluation assez fiable des risques.
Les banques dotées des procédures internes
d'évaluation les plus sophistiquées y gagneront une plus grande
liberté pour évaluer leurs besoins en fonds propres. Certes, le
capital d'une banque est la seule protection contre les pertes susceptibles de
survenir.
Ce principe est retenu par les autorités de tutelle qui
impose de respecter un niveau minimal de capital économique par les
banques. Celui-ci est défini selon des normes simples et universelles.
Il s'agit de forfaits appliqués aux encours pour obtenir le capital
réglementaire. Par exemple, la réglementation Cooke attribue un
même forfait (4% des encours privés) aux crédits à
un an et à dix ans, ou à des crédits à un client
privé A et un client noté. Cela, peut les rendre inutilisables
pour la gestion d'un établissement. Ces limites sont connues depuis
longtemps. Tout le problème est de passer des forfaits
réglementaires à des mesures plus objectives des risques.
A ces mesures objectives, ou
« économiques », correspond une estimation
« économique » (non réglementaire) du
capital. Le « capital économique »est donc celui qui
permet d'absorber des pertes potentielles mesurées objectivement. Par
définition, il est égal à ces pertes potentielles.
Si tel est le cas, il y a « adéquation du
capital aux risques encourus ». Sinon, il faut soit réduire le
risque soit accroître le capital. Bien entendu, si ce capital peut
être défini, il doit être rémunéré. Les
intérêts du capital économique en résultent :
mesurer le risque le mieux possible ; permettre de définir les
résultats requis en fonction des risques. A défaut d'une telle
mesure, un établissement ne sait ni si ses risques sont compatibles avec
son niveau du capital, ni différencier sa facturation clients en
fonction des risques encourus ! Ces deux lacunes impliquent une myopie
telle que tous les établissements doivent envisager l'utilisation de
mesures de ce type.
Malheureusement, définir un capital économique
est ambitieux et délicat, sinon la réglementation l'aurait fait
dés le départ ! La principale difficulté
réside dans la définition des pertes potentielles qui sera
retenue ?
Le principe est le suivant. Il s'applique tant aux risques de
marché que de crédit. Les pertes futures sont divisées en
2 catégories : les pertes statistiques (la moyenne) et les
déviations possibles au-delà de cette moyenne. Les
premières sont inévitables à long terme. Par exemple, si
les clients d'une banque ont une probabilité de faire défaut de
1%, une entreprise sur cent fera défaut en moyenne. La loi des grands
nombres indique que ces pertes surviendront tôt au tard. Soit elles sont
incluses dans le capital requis, soit elles sont retranchées des
résultats. Mais ce n'est pas suffisant !
Si cette « casse statistique » est la
seule couverte, un établissement fera défaut au premier dinar de
perte au-dessus de cette moyenne. Or les pertes potentielles n'ont aucune
raison d'être égales aux pertes moyennes. Il s'agit d'une
coïncidence. Les pertes futures peuvent prendre n'importe quelle valeur,
entre Zéro ou des valeurs extrêmes , très rares mais
très importantes .Le problème est donc de disposer d'un
capital suffisant qui permet de couvrir les déviations
défavorables des pertes observées au-delà de la moyenne.
Les principes de mesures retenus correspondent à la
notion de VaR .D'abord appliquée au risque de marché, elle
s'étend maintenant au risque de crédit.
Paragraphe2 : Les modèles basés sur la
VaR
1. La VaR appliquée au risque de crédit
La VaR est l'abréviation d'un terme anglais,
« Value at Risk » qui signifie « valeur en
risque », utilisée habituellement pour mesurer le risque de
marché relatif à un portefeuille d'actifs. Il s'agit du montant
des pertes maximum sur un horizon temporel donné et un niveau de
confiance choisi, si l'on exclut les événements
défavorables ayant une faible probabilité de se produire.
Cette notion de la VaR repose donc sur trois paramètres
fondamentaux :
- La distribution des résultats des portefeuilles
(souvent supposée Normale)
- Un niveau de confiance choisi (95% ou 99% en
général) ;
- Et un horizon temporel donné.
Le principe de détermination d'une VaR est
simple. La relation entre une valeur possible est ses chances de survenir
est une distribution de probabilité.
Dés lors tout devient affaire de probabilité.
Il s'agit de déterminer quel niveau de pertes potentielles ne sera
dépassé que dans une fraction faible des cas. Au-delà,
l'établissement bancaire fait défaut par définition. Cette
fraction s'appelle le seuil de tolérance pour le risque.
Voyons dans l'exemple suivant le
mode de calcul d'une VaR pour risque de crédit :
Une perte potentielle est caractérisée par deux
chiffres :
§ Sa valeur
§ La probabilité de dépasser cette valeur.
Supposons qu'une banque détienne un portefeuille de
1000 dont le rating moyen est A. Les statistiques de défaut
associés à ce rating sont : un taux de défaillance
moyen de 1% et une volatilité annuelle de ce taux dans le temps de 1,5%.
La volatilité traduit l'instabilité temporelle des
défaillances.
La casse statistique sera de 1% de l'encours, soit 10.
La volatilité des pertes pour défaut sera de
1,5×1000soit 15
On suppose que la perte en cas de défaut est de 100%,
c'est-à-dire qu'il n'y a aucune récupération.
On estime que la distribution de probabilité des pertes
suit une loi Normale, ce qui implique les résultats suivants :
Il y a 2,5 chances sur 100 pour que les pertes
dépassent 1,96 fois la volatilité.
Dans notre exemple, les pertes potentielles au seuil de
tolérance de 2,5% sont donc de 1,96*15=30
Le capital nécessaire à la couverture de ce
portefeuille sera de 30 selon le modèle de la VAR.
Bien entendu toute la difficulté réside dans le
choix du multiple, dont la précision peut être illusoire, surtout
si l'on cherche à évaluer des évènements rares.
L'accroissement de la richesse des bases existantes et des apports
opérationnels des modèles prennent alors toute leur importance.
2. Le modèle CreditMetrics de JP Morgan
Crée en 1997, ce modèle est le précurseur
et aussi la référence en matière de modèle interne
d'évaluation de risque de crédit. Il s'inscrit dans l'approche de
Merton, et il apprécie le risque de crédit d'un portefeuille
global à travers deux facteurs, qui sont, le risque de défaut de
la contrepartie à proprement parler, et le risque de dégradation
de la qualité de la créance.
Ce deuxième facteur est caractérisé par
la mise en ouvre d'une matrice de transition, qui donne les probabilités
de transactions d'un rating à un autre pour un horizon donné.
C'est donc un modèle « Mark-to-Market ».
Ce modèle cherche à calculer une VaR de
crédit, c'est-à-dire la perte potentielle maximale sur un
portefeuille de créances pour un horizon et un intervalle de confiance
donnés. L'horizon du risque est évidemment un
élément capital lors des simulations. Deux horizons sont en
général retenus :
- un horizon d'un an
- l'horizon égal à la maturité du
portefeuille (date à laquelle le portefeuille de crédit sera
totalement échu).
Risque de crédit maximal sur
la durée de vie du swap
0,22
0,20
0,18
0,16
0,14 Risque
de crédit à 1 an
0,12
0, 1
0,08
0,06
0,04
0,02
0
0 1 2 3 4
5 6 7 8 9
10
Sur les opérations de marché, la mise en place
de procédures d'appels de marge intermédiaires réduit
l'horizon du risque de crédit à la prochaine
échéance d'apurement du mark-to-market de la position. Ces
procédures s'inscrivent en conséquence dans une politique de
réduction du coût du capital réglementaire.
Les changements de qualité des contreparties sont
suivis à travers des notations internes et des notations externes.
C'est-à-dire celles des agences de rating, et plus
particulièrement des migrations d'une notation à une autre. Le
modèle ne se limite pas au cas où la contrepartie fait
défaut.
Contrairement à la VaR de marché, la VaR de
crédit ne suit pas une loi Normale, mais présente une queue de
distribution plus épaisse, ce qu'on appelle « fat
tails », c'est-à-dire une probabilité non nulle de
pertes importantes. Il n'est donc pas possible de caractériser
entièrement la distribution à l'aide de l'espérance et de
la variance.
2.1 La volatilité de la valeur de chaque instrument
en fonction des migrations :
D'une part, il faut collecter des données des agences
de rating permettant de construire des matrices de transition, qui indiquent
pour chaque notation, la probabilité de passer à chacune des
autres notations possibles au cours d'une année. Ces matrices sont des
moyennes construites à partir des données historiques, et ne
reflètent donc pas l'influence des cycles économiques sur les
probabilités de transition. Ceci constitue une limite au modèle
CreditMetrics. Il faut également signaler, nous le verrons plus tard
qu'il existe également à coté de ce rating externe un
rating interne propre aux établissements de crédits.
Matrice de transition de notation sur un an
(%)
|
Notation Notation en fin
d'année (%)
Initiale 1(AAA) 2(AA) 3(A)
4(BBB) 5(BB) 6(B) 7(CCC) Défaut
1(AAA) 66,36 22,22 7,37 2,45 0
,86 0,67 0,14 0,02
2(AA) 21,66 43,04 25,83 6,56
1,99 0,68 0,20 0,04
3(A) 2,76 20,34 44,19 22,94
7,42 1,97 0,28 0,10
4(BBB) 0,30 2,80 22,63 42,54
23,52 6,95 1,00 0,26
5(BB) 0,08 0,24 3,69 22,93
44,41 24,53 3,41 0,71
6(B) 0,01 0,05 0,39 3,48
20,47 53,00 20,58 2,01
7(CCC) 0,00 0,01 0,09 0,26
1,79 17,77 69,94 10,13
|
Source: Gupton, Finger and Bathia
Leur caractère statique est d'autant plus
préjudiciable qu'un changement de notation semble accroître la
probabilité de migration ultérieure. Il existe donc une dynamique
des migrations qui n'est pas prise en compte par le modèle.
D'autre part, il faut évaluer le changement de valeur
induit par une migration d'une note à une autre. Ce changement
dépend du taux de recouvrement en cas de défaut et de l'impact
d'une migration sur la valeur du contrat. Le taux de recouvrement dépend
lui même de niveau de priorité « seniority »
attachée à la créance considérée. Une fois
de plus, les agences de rating ou le rating interne des banques fournissent des
statistiques historiques, mais qui sont affectées comme nous l'avons vu
d'une forte volatilité. C'est pourquoi l'écart type du taux de
recouvrement est intégré comme un input.
Le problème est que ces données sont largement
fondées sur les statistiques des faillites bancaires aux Etats-Unis et
cela introduit un biais, car elles ne reflètent pas forcément l
composition de tous les portefeuilles et de toutes les législations
nationales en matière de faillites.
Enfin, il faut combiner la probabilité de transition et
le changement de valeur en cas de transition, afin d'obtenir la distribution de
la valeur de chaque instrument et donc la distribution de la valeur du
portefeuille, et plus précisément son espérance et sa
variance.
2.2 Les corrélations entre les différents
instruments permettent d'évaluer la volatilité de la valeur du
portefeuille
Le rating des différentes contreparties à
l'horizon d'un an est en partie corrélé en raison de la
sensibilité des ratings aux mêmes facteurs
microéconomiques. Toutefois, les données concernant les
corrélations entre deux évènements (migration ou
défaut) sont rares et donc peu fiables statistiquement. Pour contourner
cet obstacle CreditMetrics adopte une approche fondée sur les
corrélations entre les prix des actions. On peut considérer par
hypothèse que ces prix intègrent les anticipations des acteurs du
marché. Ils ont l'avantage d'être disponibles pour un grand nombre
de contreparties et de longues séries chronologiques. Les
corrélations entre les évolutions de notation de crédit
sont obtenues à partir d'un modèle reliant les actifs nets de la
contrepartie aux changements de notation de crédit.
Ce modèle est directement inspiré de celui
proposé par R. Merton (« le modèle de la
firme »), qui considère la valeur d'une créance comme
une option. Si l'on considère que la valeur d'une entreprise suit une
distribution donnée, et que la valeur des dettes de l'entreprise est
constante, on peut identifier le défaut comme le moment où les
actifs de l'entreprise deviennent inférieurs aux dettes. Il est possible
de déduire dés lors, la probabilité de défaillance
de l'entreprise à partir de la volatilité de la valeur de ses
actifs. Cette volatilité va déterminer la probabilité
conjointe de défaut des deux contreparties : une corrélation
positive entre la valeur des actifs devrait se traduire par une
corrélation positive des probabilités de défaut
respectives de ces deux contreparties. Finalement, ce modèle permet de
relier la valeur de la contrepartie à son rating. Donc, pour estimer les
corrélations entre les notations de crédit des différentes
contreparties et donc les probabilités de migration, il faut estimer la
corrélation entre la valeur des actifs des contreparties, ce qui peut
être effectué par l'intermédiaire du cours des actions.
Afin de limiter la taille des matrices de corrélation,
CreditMetrics propose de caractériser chaque contrepartie en fonction du
secteur et du pays qui sont les plus susceptibles de déterminer son
niveau d'activité. La pondération de chaque secteur et de chaque
pays est laissée à l'initiative de l'utilisateur. La composante
du risque spécifique à chaque contrepartie est prise en compte
également. La taille de la matrice de corrélation est ainsi
limitée au nombre de pays et de secteurs de l'économie que
l'utilisateur a retenu.
Remarque :
Le modèle doit inclure les corrélations entre
les crédits, c'est-à-dire les corrélations entre les
probabilités de défaut et les corrélations entre les
changements de notes. En effet, de nombreux débiteurs peuvent être
affectés sur une même période par les mêmes facteurs
favorables ou défavorables (croissance ou récession
économique par exemple), de telle sorte que les gains ou les pertes
potentielles sur les crédits sont probablement corrélées
de façon positive. Mais tous les débiteurs ne font pas
défaut en même temps, de sorte que la corrélation peut
être négative. Il faut donc prendre en compte les effets de la
diversification du portefeuille.
2.3 Les résultats du modèle
Lorsqu'on veut calculer le VaR du crédit, un
problème se pose. La distribution des gains et des pertes n'est pas
assez importante. Pour cela, on utilise une simulation de Monte Carlo
calibrée sur les résultats obtenus (la distribution qu'on a
obtenue), de manière à générer une distribution
plus grande et surtout plus significative. On obtient une distribution finale
des gains et des pertes potentiels et donc une distribution des valeurs de
marché possibles du portefeuille pour un horizon donné.
Malgré le fait qu'en pratique cette distribution soit
caractérisée par un phénomène de « fat
tails » c'est-à-dire qu'il y a une certaine asymétrie
entre les gains et les pertes, il faut considérer par hypothèse
que la distribution est normale. C'est donc une hypothèse forte qui est
introduite, car la loi de probabilité suivie par la distribution n'est
pas réellement connue. Au final, la VaR de crédit, ainsi
calculée peut être comparée au capital de la banque
détentrice du portefeuille.
On peut alors définir un intervalle de confiance ou
plutôt un seuil de confiance adéquat (à 95%,99% ou 99,99%),
c'est-à-dire la probabilité avec laquelle les pertes liées
au risque de crédit peuvent dépasser le capital disponible,
mettant en danger la solvabilité de la banque.
Exemple :
Si la VaR à 99% est de 300 millions de $ à un
an, cela signifie qu'il y a 99% de chances à l'horizon d'un an que la
perte maximale sur le portefeuille de crédit soit de 300 millions de $.
Dans la même famille de CreditMetrics il existe
également un autre modèle, celui développé par KMV,
nommé Portfolio Manager, qui raisonne également en terme de
défaut et de dégradation de la qualité d'un crédit,
due à un changement de notation.
En dernier lieu, CreditMetrics nécessite de nombreuses
statistiques pour les matrices de transition. Elles sont établies par le
rating externe et interne que nous allons à présent
étudier.
3. Nécessité d'un rating externe et interne
3.1 les agences de notation financière :
Les agences de notation sont des entités
indépendantes dont le rôle est de délivrer une opinion
objective, publique et continue sous forme de publication de notations de
crédit pour évaluer le risque de crédits
d'émetteurs, de titres de créances ou assimilés.
Les trois agences de notation les plus
reconnues sont :
Moody's,
Standard &
Poor's et
Fitch Ratings
adoptant chacune une méthodologie standardisée et bien
spécifique.
La notation, concerne à la fois des émetteurs
(entreprises, établissements de crédit, sociétés
financières, Etats souverains...), des véhicules de titrisation,
et tous les types de dette financière (certificats de
dépôts, billets de trésorerie, obligations de premier rang
ou subordonnées, prêts bancaires, ainsi que certains titres
hybrides).
L'échelle de notation comporte une vingtaine de notes,
allant du "triple A" désignant une qualité maximale
jusqu'à "D" et qui dénote une situation de défaut de
paiement. Cependant la correspondance entre les échelles de notation des
différentes agences n'est qu'apparente, la signification des notes
diffère d'une agence à l'autre.
A ce titre, le tableau ci-joint donne une
représentation détaillée des grilles de notations à
court terme et à long terme fournie par chacune des trois agences de
notation :
Moody's,
Standard &
Poor's et
Fitch Ratings.
Les agences de notation se forcent d'évaluer la
capacité d'une entreprise à honorer ses engagements et
apprécier les risques de crédit. Pour ce faire, elles doivent
estimer sa capacité de crédit à partir des comptes
publiés, analyser les opérations de marché figurant en
hors bilan, suivre les créances douteuses et provisions. Elles doivent
également considérer l'environnement dans lequel évolue
l'entreprise ainsi que les facteurs internes de celle-ci.
Le travail nécessite un rapprochement entre les
données comptables et les données de gestion, répartition
des informations entre annexe et rapport de gestion, ventilation des encours
par secteur économique, géographique, catégories de
contreparties.
Le risque de solvabilité peut être mesuré
à partir d'une analyse financière classique de la situation de
l'emprunteur ou la mise en ouvre de techniques de Credit Scoring. Il existe des
organismes spécialisés dans ce type d'analyse délivrant
une note "rating" qui reflète la qualité de la signature de
l'emprunteur. Pour sa part, la "Coface" note les dettes commerciales de moins
de 6 mois et d'une valeur maximale de 100 000 €. Nous verrons en
détail ces techniques de Credit Scoring dans le paragraphe suivant.
Pour ce qui concerne, l'analyse de la situation
financière de l'entreprise, les analystes s'intéressent
principalement au niveau d'endettement et à la capacité de
l'entreprise à dégager des cash-flows sur une base
récurrente. La liste des ratios utilisés est longue, mais
l'analyse se focalise essentiellement sur un certain nombre de ratios-clefs :
Endettement financier net/ (fonds propres, CAF ou EBE), Couverture des frais
financiers/EBE, Résultat opérationnel/chiffre d'affaires,
Résultat net/fonds propres.
Cependant, le ratio d'endettement financier net/CAF (ou EBE)
est probablement le ratio le plus discriminant, car il associe les deux
éléments influençant le plus la note à savoir le
niveau d'endettement et la capacité de l'entreprise à
générer des cash flows.
Depuis quelques années, on assiste en Europe, à
une institutionnalisation progressive de la notation. Les notes publiées
par les agences sont de plus en plus utilisées par les émetteurs,
mais également par les banques afin de gérer leurs risques de
contrepartie et leurs risques de crédit. Récemment, des outils de
gestion quantitative du risque de crédit se sont
développés, avec notamment l'apparition de modèles de
quantifications de pertes sur des opérations de crédit, utilisant
les notes comme moyen de mesure du risque de crédit (il s'agit notamment
de CreditMetrics, développé par JP Morgan).
Ainsi la reconnaissance des investisseurs et des banques est
la preuve que l'apport des agences de notation dans la détection du
risque de défaut est incontestable.
|
Moody's
|
S&P
|
Fitch
|
Commentaire
|
|
Long Terme
|
Court terme
|
Long Terme
|
Court terme
|
Long Terme
|
Court terme
|
|
Aaa
|
P-1
|
AAA
|
A-1+
|
AAA
|
A1+
|
"Prime". Sécurité maximale
|
|
Aa1
|
AA+
|
AA+
|
High Grade. Qualité haute ou bonne
|
|
Aa2
|
AA
|
AA
|
|
Aa3
|
AA-
|
AA-
|
|
A1
|
A+
|
A-1
|
A+
|
A1
|
Upper Medium Grade. Qualité moyenne
|
|
A2
|
A
|
A
|
|
A3
|
P-2
|
A-
|
A-2
|
A-
|
A2
|
|
Baa1
|
BBB+
|
BBB+
|
Lower Medium Grade. Qualité
moyenne inférieure
|
|
Baa2
|
P-3
|
BBB
|
A-3
|
BBB
|
A3
|
|
Baa3
|
BBB-
|
BBB-
|
|
Ba1
|
Not Prime
|
BB+
|
B
|
BB+
|
B
|
Non Investment Grade. Spéculatif
|
|
Ba2
|
BB
|
BB
|
|
Ba3
|
BB-
|
BB-
|
|
B1
|
B+
|
B+
|
Hautement spéculatif
|
|
B2
|
B
|
B
|
|
B3
|
B-
|
B-
|
|
Caa
|
CCC+
|
C
|
CCC
|
C
|
Risque substantiel. En mauvaise condition
|
|
Ca
|
CCC
|
Extrêmement spéculatif
|
|
C
|
CCC-
|
Peut être en défaut
|
|
/
|
D
|
/
|
DDD
|
/
|
En défaut
|
|
/
|
DD
|
|
/
|
D
|
1/ Echelles de notation fournies par les trois agences de
notation les plus reconnues.
3.2 Le rating externe
La notation financière est aujourd'hui le passage
obligé de toute émission obligataire, tant sur le marché
des capitaux traditionnels que sur les marchés émergents. Cette
notation consiste en une appréciation, par une agence
indépendante, du risque de défaillance de l'emprunteur.
Les agences attribuent au moment du lancement d'une
émission, une note faisant l'objet d'un suivi régulier, jusqu'au
remboursement. Leur décision se fonde en partie sur des informations
publiées sur l'émission, l'entreprise, le contexte
économique et sectoriel. Les agences ont également accès,
lors des visites, d'entretiens avec les principaux dirigeants, à des
éléments d'informations plus confidentiels sur les performances,
la finance, les projets et perspectives de l'émetteur.
Les banques se basent sur leurs notes pour apprécier
les probabilités de défaut des émetteurs car ces notes
sont publiques, c'est l'émetteur lui-même qui paye les agences de
notation.
Il n'est donc pas nécessaire que les banques
évaluent par elles mêmes le risque de ces entreprises car d'une
part, cela leur reviendrait cher alors que l'information est gratuite, et
d'autre part, la fiabilité des notes des ces agences est reconnue par
tous.
Le problème se pose différemment en ce qui
concerne les entreprises de taille plus modeste, qui ne sont pas notées
par ces agences. En fait, seulement 15% des entreprises européennes sont
notées par des agences de notation, ce qui montre la
nécessité pour les banques d'établir un système de
rating interne performant.
3.3 Le rating interne
Ces notations internes évaluant le degré de
risque des contreparties proviennent d'évaluations effectuées par
les banques selon différentes méthodes classiques, dont le
scoring et l'analyse financière.
3.3.1 L'analyse
discriminante ou scoring
L'analyse discriminante est une technique de d'analyse
financière des prédictions des défaillances d'entreprises,
basées sur les ratios financiers et économiques. Cette technique
est apparue aux Etats-Unis dans les années 60 et est associée au
nom du professeur Altman. Son modèle s'est vite répandu en
s'enrichissant de quelques améliorations et est beaucoup plus connu sous
le nom de « Credit scoring »
Le modèle du scoring synthétise un ensemble de
ratios pour parvenir à un indicateur unique qui permet de distinguer les
entreprises saines des entreprises défaillantes.
Sur un ensemble de `n' entreprises divisé en deux sous
ensembles (entreprises saines et entreprises défaillantes), on mesure
`k' ratios et on construit une variable Z, combinaison linéaire de ces
ratios, telle que les valeurs prises par cette variable soient les plus
différentes possible d'un sous-ensemble à l'autre.
|
Z = a.R1+b.R2+c.R3+d.R4+e.R5
|
Chaque coefficient a, b, c, ... représente une
pondération.
Ces scores, lorsqu'ils sont élevés,
représentent une situation satisfaisante, et un risque de
défaillance quand ils sont faibles.
La combinaison Z possède donc un pouvoir
séparateur robuste entre les entreprises défaillantes et saines,
mais il existe une zone de recouvrement entre les deux sous ensembles qui peut
entraîner des erreurs. La variable Z devra donc comporter des ratios dont
on s'assure de l'indépendance statistique.
Un nombre extrêmement important d'études a
été mené sur ce sujet, qui ont proposé des
formulations différentes des scores. Nous avons retenu dans cette
étude deux d'entre elles, la formule originale d'Altman et celle de la
banque de France.
3.3.2 Formule d'Altman
|
Z = 1,2 X1 + 1,4X2 + 3,3X3 + 0,6X4 + 0,9X5
|
Avec :
· X1 = fond de roulement /actif
total
· X2 = réserves / actif total
· X 3 = EBE / actif total
· X4 = fonds propres / actif total
· X5 = CA / actif total
Altman détermine une valeur critique Z = 2,675 ;
ce qui l'amène à la conclusion suivante :
Si Z < 2,675, alors l'entreprise est
considérée comme défaillante
Si Z> 2,675, alors l'entreprise est
considérée comme saine
3.3.3 Formule de la Banque De France
« BDF »
100Z=-1,255X1+2,003X2-0,824X3+5,221X4-0,689X5-1,164X6+0,706X7+1,408X8-85,
Avec :
· X1 = frais financiers / EBE
· X2 = ressources stables : actif
économiques
· X3 = CA : endettement
· X4 = EBE : CA HT
· X5 = dettes commerciales /achats
TTC
· X6 = taux de variation de la valeur
ajoutée
· X7 = (stocks + CLIENTS - avances
clients) / production TTC
· X8 = investissements physiques /
valeur ajouté
Si Z > 0,125 : l'entreprise est normale
Si Z< -0,250 : l'entreprise a des
caractéristique comparables à celles des défaillants
durant leurs dernières années d'activités.
Si -0,250 <Z<0, 125 : l'entreprise est en
zone d'incertitude
La BDF fait un lien entre les sources et probabilités
de défaillance de l'entreprise :
|
Intervalle de score Z
|
-1,875
|
-0,875
|
-0,25
|
-1,125
|
+0,625
|
+1,25
|
|
Probabilité de défaillance
|
30,4%
|
16,7%
|
7%
|
3,2%
|
1,8%
|
0,5%
|
La méthode des scores permet d'obtenir rapidement une
première indication sur le degré de vulnérabilité
d'une entreprise, mais c'est une méthode d'évaluation des risques
toutefois très limitée, dont le principal défaut est
d'être une analyse statique, une photographie en quelque sorte de la
situation d'une entreprise à un instant t, et qui n'apporte aucune
information quand aux perspectives d'évolution de cette entreprise.
C'est pourquoi cette technique doit être utilisée avec d'autres
méthodes d'analyse et notamment un diagnostic financier classique.
3.3.4 L'analyse financière classique
Il s'agit d'évaluer la santé financière
de l'entreprise à partir de tous les documents dont dispose la banque.
Elle est effectuée dans les banques par les analystes crédit.
Nous ne rentrerons pas dans le détail, dans le cadre de
cette étude, des méthodes d'analyse financière, mais il
est important de bien noter que cette analyse sera orientée vers une
évaluation du risque de défaillance de l'entreprise. On peut dans
l'ensemble la décomposer en plusieurs étapes :
ü Détection des points de risque dans le bilan
ü Analyse du FR et de BFR
ü Etude des ratios indicateurs du risque
d'insolvabilité
ü Analyse du tableau de financement
ü Prévision de l'évolution de la
trésorerie
Cette analyse détaillée de l'entreprise,
complétée par d'autres méthodes d'évaluation du
risque de défaillance, comme le scoring, permettent aux banques de
mettre en place un système de rating interne. Ce rating leur sert
à évaluer les montants des lignes de crédit qu'elles
accordent à chaque client en fonction du degré d'exposition au
risque qu'elles désirent obtenir
Paragraphe 2 : Les modèles
complémentaires d'évaluation
Parmi les modèles d'évaluation du risque de
crédit, à ce jour, les plus performants et les plus
utilisés, figurent les modèles CreditRisk+
(développé par le crédit suisse) et Credit portfolio View
(développé par Mc Kinsey). Le premier a pur but
d'appréhender le risque de défaut seul, selon une approche
commune à celle de la VaR utilisée dans le modèle de
CreditMetrics. Le second propose en revanche une approche radicalement
différente puisque basée sur des facteurs
macro-économiques, bien que, comme le CreditMetrics, cherchant à
évaluer la perte potentielle résultant des risque de
défaut et de dégradation d'une créance, toujours selon le
principe de la VaR. contrairement à CreditMetrics, ces deux
modèles calculent une VaR dans le sens d'une perte potentielle, mais ce
calcul s'inscrit dans une autre méthodologie que celle de la VaR
classique.
1. Credit Portfolio View de Mc Kinsey
L'originalité de cette approche réside dans la
construction d'un modèle de prévision du risque systémique
de défaut. La probabilité de défaut est alors directement
corrélée à l'évolution des variables
macro-économiques. Le modèle se compose donc de deux
parties :
Le modèle d'évaluation du risque
systémique, qui décrit la probabilité de défaut et
de migration de l'environnement économique, et une méthode qui
vise à tabuler la distribution des pertes d'un portefeuille en fonction
de ce risque systémique plutôt qu'en fonction des données
moyennes d'agences de rating, calculées sur des nombreuses années
et ne reflétant donc pas forcement la position de l'économie dans
le cycle de croissance.
Le modèle suppose que l'exposition liée à
chaque transaction a déjà été calculée et
fait donc partie des données disponibles. Comme le plupart des
modèles d'évaluation du risque de crédit, Credit Portfolio
View repose sur le calcul de deux statistiques servant à
caractériser la distribution des pertes :
· L'espérance des pertes (expected losses) ou
moyenne de distribution : elle permet d'évaluer les
prévisions qu'il est nécessaire de constituer pour faire face aux
pertes anticipées.
· Le capital nécessaire pour faire face au risque
de crédit (Credit Risk Capital ; CRC) : il peut être
défini comme la perte maximale du portefeuille pour un intervalle de
confiance et un horizon donnés. En outre le CRC doit permettre
d'appréhender les coûts liés à chaque transaction,
et donc la contribution au risque global de chacune d'entre elles (cette
contribution voulant alors être intégré dans le calcul de
la tarification associée à chaque transaction).
1.1 Observations relatives à la modélisation
du risque systémique
1.1.1 La diversification du portefeuille
réduit l'incertitude qui affecte les pertes
Cette observation est empiriquement bien reconnue, et est
à la base de la théorie de gestion des portefeuilles.
Statistiquement, elle permet de réduire le variance (ou incertitude) des
pertes. En théorie, la diversification optimale d'un portefeuille doit
permettre d'annuler tout risque, excepté le risque systémique, et
donc de rendre nulle la variance des pertes. Cependant, la diversification d'un
portefeuille de créance se fait souvent vers de nouveaux marchés
où la qualité intrinsèque des contreparties est
moindre.
1.1.2 `Le risque
systémique'
Le risque systémique non diversifiable, est lié
à la volatilité du niveau général du taux de
défaut plutôt qu'à la volatilité de la
défaillance de chaque contrepartie (pour un portefeuille parfaitement
diversifié).
1.1.3 Le risque systémique est
déterminé par les variables
macro-économiques
Thomas Wilson (1997) a montré que les variables
macro-économiques expliquaient la plus grande part de la
volatilité des taux de défaut moyens. Il a modélisé
les taux de défaillance des contre parties de moindre qualité
(the speculative grade) à l'aide d'une fonction Logit. La variable
expliquée `pj.t' est donc le taux de défaillance, tandis que la
variable explicative `yj.t' est un indice composite spécifique à
chaque pays j, calculé à partir de variables
macro-économiques.
Le choix d'une fonction Logit plutôt que d'une fonction
linéaire ou exponentielle s'explique par le fait qu'elle permet
d'obtenir une probabilité p comprise entre 0 et 1, quelle que soit la
valeur de l'indice y. En outre, le coefficient de régression R²,
qui mesure la part de la volatilité totale expliquée par le
modèle atteint plus de 90% pour la plupart des pays du G7, lors de
l'utilisation d'une fonction Logit. Les résultats obtenus sont donc bien
meilleurs qu'avec une fonction linéaire ou exponentielle.
Seul les Etats-Unis (R² = 82,6%) et le Royaume-Uni (R²
= 65,2%) obtiennent des fonctions de régression plus faibles, dus selon
l'auteur à la taille de son économie pour l'une, et à
l'ouverture de son économie pour l'autre.
Il reste à définir l'indice composite yj.t qui
mesure l'état de santé de l'économie. Il est construit
à partir de variables telles que le taux de croissance du PIB, le niveau
de chômage, le taux d'intérêt... Empiriquement, on constate
qu'il suffit d'avoir recours à trois variables explicatives
différentes dans la plupart des cas, en raison de la
colinéarité des autres variables.
|
yj.t = bj.0 + bj.1×Xj1.t + b.j2×Xj2.t +
b.j3×Xj3.t + vj.t
|
Où :
- yj.t est l'indice macro-économique spécifique
au segment j à l'instant t. nous verrons plus bas que le segment
désigne à la fois le pays et le secteur économique.
- bji est l'ensemble de paramètres à estimer
pour chaque segment j. Ceci est effectué par la méthode des
moindres carrés ordinaires.
- xji.t est l'ensemble des variables explicatives à
l'instant t pour chaque segment j.
- vj.t est un bruit blanc : vj.t ~ N (0, ój).
C'est ce terme d'erreur qui introduit un risque spécifique à
chaque segment.
Les différents secteurs économiques ne
réagissent pas de la même façon au cours du cycle
économique ; en effet, certains secteurs sont plus sensibles aux
variations de la conjoncture que d'autres.
Aussi, les migrations des notations des agences du rating
évoluent au cours des cycles. Tout comme les défaillances
d'entreprises, les migrations à la baisse des notations sont plus
nombreuses dans une phase de récession. Le point de départ du
modèle est alors une matrice de transition öM inconditionnelle,
c'est-à-dire donnant la probabilité moyenne de migration au cours
d'un an. Cette matrice est inconditionnelle car elle est calculée
à partir de nombreuse années de données, quel que soit le
secteur ou le pays : les probabilités varient donc, comme les
ratings, en fonction du risque économique seul.
Il s'agit par la suite de transposer cette matrice
inconditionnelle en matrice conditionnelle M (pt /öp),
c'est-à-dire fonction du taux de défaut courant des contreparties
de type « spéculative grade ». En effet, Credit
Portfolio View repose sur la corrélation qui existe entre les migrations
et ce taux de défaut. Si le rapport (pt / öp) entre le taux de
défaut courant et le taux moyen est supérieur à 1
(c'est-à-dire s'il y a plus de défauts qu'en moyenne), les
probabilités de la matrice de transition seront plus
élevées du coté des baisses des notations et des
défauts que pour la matrice moyenne inconditionnelle.
1.2 Construction du modèle de risque
systémique
1.2.1 Caractérisation de l'état de
l'économie
Les variables macro-économiques servant à
caractériser l'état général de l'économie
sont modélisés sous la forme suivante :
|
Xj.i.t = k.i0 + k.i1×Xj.t1 + k.i2×Xj.t2 +
å.ji.t
|
Où :
- Xji.t est la valeur de la ième variable
macro-économique pour le segment j à la date t.
- K.ij (j = 1 à 3) : 3 constantes à estimer
pour chacune des i variables macro-économique
- å.ji.t le terme d'erreur, qui suit une loi normale N
(0, ó j)
Les paramètres constants k sont estimés à
partir de données historiques. On constate que les erreurs sont
corrélées, ce qui rend nécessaire l'évaluation de
la matrice de covariance des termes d'erreurs :
å ~ N (0, Ó å) où Ó
å est la matrice variance-covariance des termes d'erreur
1.2.2 Construction de l'indice de défaut
de chaque segment
La modélisation des variables a pour but de
déterminer leur évolution et de permettre ainsi la construction
d'un indice yj.t représentatif de la santé de l'économie
de chaque segment de j. La probabilité de défaut des
émetteurs de niveau « spéculative grade » est
ensuite calculée à l'aide de la fonction Logit.
1.2.3 Tabulation des indices en fonction des
probabilités de défaut cumulées
A partir des matrices de transition conditionnelles à
un an, il est possible d'obtenir la matrice de transition cumulée pour t
années en faisant le produit des t matrices annuelles :
Mt = Ði = 1...t M (pt/öp)
Où :
- pt est la probabilité de défaut
observée (t<0) ou prévue (t>0) à l'instant t
- öp est la probabilité de défaut moyenne
pour un emprunteur de niveau « speculative grade »
On peut ainsi obtenir la probabilité de défaut
cumulée et, plus généralement, les probabilités de
migration, pour chaque secteur/ pays et n'importe quel horizon,
conditionnellement à l'état de l'économie.
1.2.4 Tabulation des pertes d'un portefeuille en
fonction de l'état de l'économie
Le modèle de Mc Kinsey
considère le temps comme une variable discrète (1 pas = 1
année). Les matrices de transition cumulatives sont donc
calculées pour chaque année. La distribution des pertes est
obtenue par un processus comparable à un tirage parmi le nombre des
états de l'économie et pour chaque secteur de l'économie,
ces probabilités étant alors indépendantes par rapport aux
autres et ne dépendant que des états de l'économie, le
modèle agrège ces probabilités conditionnelles (à
l'état de l'économie) en distribution des pertes non
conditionnelles.
Si chaque segment est assez diversifié, le risque de ce
segment tendra vers le seul risque systémique, et la distribution des
pertes de ce segment convergera vers la distribution induite par l'indice
calculé par ce segment. En raison de la loi des grands nombres, la
distribution des pertes de l'ensemble du portefeuille convergera vers la perte
moyenne anticipée pour l'état de l'économie effectivement
atteint.
Les limites du modèle reposent notamment sur
l'existence de transactions telles que le swap dont l'exposition varie au cours
du temps et qui nécessite de déterminer la date de défaut
pour évaluer la perte. Ce type de transactions impose de calculer des
probabilités de défaut marginales, c'est-à-dire pour
chaque année successivement et non pour une seule année.
En outre de nombreux instruments financiers pouvant être
liquidés au jour le jour, les variations de leur valeur doivent
être prise en compte au jour le jour (mark-to-market). Cette valeur peut
être affectée par un abaissement / une amélioration de la
notation de la contrepartie, et c'est pour cela que le modèle McKinsey
s'attache à prendre en compte et à modéliser le risque de
migration (et non le seul risque de défaut), tout en ne précisant
pas comment calculer la corrélation entre probabilité de
défaut et probabilité de migration.
2. Le modèle CreditRisk+ de crédit suisse
Les modèles de risque de crédit sont de deux
types :
- La première approche s'appuie sur l'existence de
marchés secondaires et la possibilité de réévaluer
en permanence chaque transaction (mark-to-market). Il est alors
nécessaire de prendre en compte l'évolution de la valeur de
chaque instrument en fonction de l'évolution de la qualité de
crédit de la contrepartie. Cela est généralement
réalisé grâce à une matrice de transition, qui donne
les probabilités de transition d'un rating à un autre pour un
horizon donné. Cette approche est retenue par les modèles Credit
Portfolio View de Mc Kinsey et CreditMetrics de JP Morgan examinés dans
les sections précédentes.
- La seconde limite aux cas où la contrepartie fait
défaut au cours de l'horizon de modélisation. Seules deux
alternatives sont envisagées : défaillance ou non
défaillance. S'il n'y a pas défaillance au cours de l'horizon
considéré, cette approche considère qu il n'y a pas
de perte de « crédit ». Elle s'applique bien aux
portefeuilles de prêts bancaires, qui sont en général
illiquides et détenus jusqu'à maturité. Dans ce contexte,
la valeur d'un prêt est égale à sa valeur comptable. C'est
cette approche qui est retenue par le modèle CreditRisk+
présenté ci-après.
2.1 Type de modèle et données
nécessaires
2.1.1 Le type de modèle
La corrélation que l'on constate entre les
probabilités de défaut est souvent le résultat d'un lien
commun avec une troisième variable, telle que l'état de
l'économie. Les effets de cette corrélation sont
intégrés directement dans le modèle de Credit suisse, au
travers de la volatilité des probabilités de défaut.
Ainsi, les corrélations apparaissent comme un
« output » du modèle plutôt qu'un
« input ».
CreditRisk+ ne cherche donc pas à modéliser les
causes de défaut. Comme pour l'évolution des prix dans un
modèle de risque de marché, les taux de défaillance sont
considérés comme des variables aléatoires continues.
L'incertitude concernant le niveau des probabilités de défaut est
prise en compte au travers de la volatilité des probabilités de
défaut. Les modèles cherchant à dériver les
probabilités de défaut des variables macro-économiques
présentent l'inconvénient de ne pas pouvoir être
testés, en raison du faible nombre de défauts. De plus, il est
peu probable que la relation entre variables macro-économiques et
probabilité de défaut reste stable au cours de plusieurs
années.
CreditRisk+ est un modèle qui se limite à la
modélisation de la probabilité de défaut, sans tenir
compte des conséquences d'une détérioration de la
qualité de la contrepartie, c'est-à-dire d'une
« migration » d'une notation à une autre. En effet
deux types de risque de crédit sont distingués :
- le risque de « spread »
- le risque de défaut
Et c'est ce dernier risque que cherche à
modéliser CreditRisk+.
C'est à partir des prix de marché des
obligations et des actions, qui reflètent les anticipations des
investisseurs quant à la qualité de la contrepartie, que la
probabilité de défaut d'une contrepartie est estimée. De
ce fait, cette probabilité peut être considérée
comme une variable aléatoire continue. Pour caractériser la
distribution de la probabilité de défaut, il faut alors disposer
de l'espérance et de la variance de la probabilité de
défaut de chaque contrepartie.
2.1.2 Les données requises par ce
modèle sont les suivantes
- Le montant exposé au risque de crédit
- Les probabilités de défaut de chaque
contrepartie
- Les volatilités (écart-types) de ces
probabilités de défaut
- Le taux de recouvrement en cas de défaut
2.2 Le modèle
La probabilité de défaut est
représentée par une loi de Poisson car il y a un risque de
défaut de la part d'un grand nombre de contreparties, mais la
probabilité de défaut de chaque contrepartie est faible. Pour
obtenir la distribution des pertes, il faut intégrer la perte en cas de
défaut pour chacune des contreparties. Contrairement à la
variation de la probabilité de défaut entre les contreparties,
qui n'influence pas la distribution du nombre total de défauts, la
variation de l'exposition se traduit par une distribution des pertes qui n'est
pas de type loi de Poisson en général. Afin de limiter le nombre
de données nécessaires, deux étapes sont
distinguées :
- 1ère étape : l'exposition
ajustée en fonction du taux de recouvrement anticipé, de
façon à calculer la perte en cas de défaut.
- 2ème étape : les expositions,
nettes du taux de recouvrement, sont regroupées selon des classes
d'exposition correspondant chacune à un niveau de risque.
2.2.1 Le risque de concentration
L'application la plus simple de CreditRisk+ consiste à
effectuer toutes les contreparties à un seul secteur. Cela revient
à supposer qu'un seul facteur systémique affecte la
volatilité de la probabilité de défaut de chaque
contrepartie. Mais il est également possible de considérer que la
probabilité de défaut de chacune des contreparties est
influencée par plusieurs facteurs simultanément. Chaque
contrepartie sera alors repartie sur plusieurs secteurs.
Plus le portefeuille sera diversifié, moins il y aura
de contreparties dans chaque secteur.
2.2.1 Le capital économique
A l'instar de CRC du modèle Credit Portfolio View, la
volatilité des pertes se traduit par des pertes non anticipées.
Celles-ci seront couvertes par le « capital
économique ». La connaissance de la distribution des pertes
permet de déterminer le niveau du capital exposé au risque de
défaut en détenant un portefeuille donné. Le capital
économique sera déterminé en fonction de l'intervalle de
confiance avec lequel l'entreprise qui détient ce portefeuille souhaite
travailler.
Le modèle permet de déterminer le niveau des
prévisions nécessaires pour couvrir les pertes moyennes au cours
de plusieurs années. Il permet également d'améliorer la
gestion du portefeuille, en déterminant la contribution de chaque
transaction au risque total. Le plus souvent, quelques transactions sont
responsables d'une proportion importante du risque total.
Il est alors possible de minimiser l'exposition à ces
contreparties, soit en liquidant la position, soit en ayant recours à
l'un des procédés suivants :
- Faire appels à des garanties
(collatérisation)
- Procéder à une titrisation (transformation de
l'actif en obligations)
- Utiliser des dérivés de crédit, afin de
se séparer du risque de contrepartie tout en conservant la relation avec
le client.
L'objectif premier lors de la mise en place d'un modèle
de risque de crédit va être de déterminer la distribution
de pertes dues au risque de crédit, afin d'en déduire
l'espérance ainsi que les différents quantiles. On retiendra par
exemple le 99 centile pour estimer la consommation de fonds propres, dues au
risque de crédit. La connaissance de la distribution
nous permet d'obtenir ainsi les différents éléments
suivants :
|
Perte correspondant à
l'intervalle de confiance
de 99%
|
Espérance de pertes
|
Probabilité
|
|
Quantifié par des analyses
en stress-test ou scénario
|
Pertes non anticipées qui doivent être couvertes
par du capital
économique
|
Couvert par les
provisions et la tarification des créances
|
|
|
perte
|
|
|
|
Paragraphe 3 : Les faiblesses de la
modélisation du risque de crédit
Bien que leurs démarches théoriques et leurs
mises en oeuvre soient différentes, ces modèles ont tous pour but
commun la détermination du capital économique des institutions
financières. Au-delà de leur particularisme, se pose ainsi la
question de la pertinence et de la robustesse de leurs résultats de
mesure du risque.
L'apparition de ces modèles a favorisé la
possibilité pour les institutions financières de
déterminer les risques de crédit et les charges en capital
à partir de leurs propres modèles, sous la supervision de leurs
instances de réglementations nationales.
Le risque de modèle se définit comme le risque
associé à l'utilisation d'un modèle non conforme à
la réalité. Ce risque trouve sa source dans, notamment, deux
aspects dans le cas du risque de crédit :
Ø Problème de manque de données
Ø Problème de choix dans le
paramétrage
Concernant les données, il est nécessaire de
segmenter plus ou moins finement le portefeuille en classe aux
propriétés statistiques homogènes -démarche qui
reste subjective- pour lesquelles on applique les mêmes
propriétés statistiques (probabilités de défaut et
taux de recouvrement). Or, si en pratique les banques peuvent disposer de
données conséquentes sur leurs différentes
activités (détail, corporate...), leur historique de
données sur les profils de risque via les ratings internes est encore
souvent trop court (quelques années au maximum) pour couvrir plusieurs
cycles de crédit et dégager les lois suffisamment solides. La
pertinence du paramétrage est donc étroitement liée
à la disponibilité statistique.
Pour faire face à ces « blancs »
dans les données, il faut avoir recours à des extrapolations plus
ou moins fortes, des approximations arbitraires qui peuvent avoir un impact non
négligeable dans la mesure finale du risque et de la solvabilité
de la banque, d'autant plus que les seuils de confiance requis sont
élevés. L'utilisation des matrices de transition
américaines appliquées à d'autres pays est un exemple des
plus marquants.
Un certain nombre de paramètres doit être
spécifié pour qu'un modèle puisse fonctionner. Plus le
nombre de paramètres est élevé, plus le risque de
modèle est important. Le paramétrage concerne notamment la forme
de distribution des facteurs du risque et leurs volatilités. Ces choix
ont un impact important sur les queues de distribution et, par
conséquent, sur la constitution du capital économique.
Pour toutes ces raisons, le comité de Bâle a
invité les banques à continuer leurs réflexions sur les
modèles de crédit, d'autant plus que les procédures de
backtesting sont beaucoup plus délicates que pour le risque de
marché. Alors que ces derniers emploient un horizon de prévision
de quelques jours, les modèles de crédit estiment un risque sur
un an ou plus. La longueur de l'horizon retenu, couplé à
un seuil de confiance requis plus élevé, rend le contrôle
qualitatif de véracité du modèle, beaucoup plus long et
difficile.
Les multiples problèmes auxquels sont confrontés
les modèles qui viennent d'être présentés ne doivent
pas masquer leur intérêt. En effet, la construction d'une VaR de
crédit constitue d'abord un cadre de collecte et de suivi des positions.
Cette démarche est ainsi un préalable nécessaire à
un pilotage stratégique optimal du risque de crédit, qui
permettrait une bonne maîtrise de l'impact de ce dernier sur l'efficience
et la rentabilité des banques.
Chapitre 2 : Le risque de crédit, sa maîtrise, et son
impact sur la rentabilité bancaire
|
Depuis le début des
années 80, les systèmes bancaires d'un grand nombre de pays ont
connu des crises financières d'une ampleur considérable.
Selon une étude faite par
Goodhart.C (1997)6(*).
L'auteur a recensé depuis 1980, 41 crises bancaires et 108
problèmes importants touchant au total 133 pays sur 181 pays membres du
FMI.
Ce qui laisse à penser
qu'aucun pays n'est épargné. Les origines de ces
difficultés bancaires nouvelles sont « la promptitude de la
déréglementation, la déficience des systèmes du
contrôle interne des risques et la carence de la discipline du
marché » selon Garcia G. (1996)7(*).
En effet, les disfonctionnements importants survenus sur le
marché bancaire proviennent essentiellement du changement brutal des
règles du jeu, et l'inaptitude des agences de crédit de se
prémunir des risques auxquels elles s'exposent.
Nous nous intéresserons dans ce deuxième
chapitre à étudier l'impact de l'évènement de
crédit sur la rentabilité des établissements financiers,
après avoir présenter dans un premier temps les procédures
suivies dans la maîtrise et le transfert du risque de crédit.
Section 1 : La maîtrise du risque de crédit dans la
banque
|
Paragraphe 1: La gestion d'un portefeuille de crédit
1. Mesure d'une performance ajustée pour le risque de
crédit :
Reprenons l'exemple de calcul de la VaR de la page 128(*), nous avons fixé le
capital économique à 30, soit environ 2 fois la volatilité
des pertes. Supposons que le revenu net du coût de la dette, des frais
généraux et de la perte statistique est de 5.
Cette rentabilité comptable n'est pas ajustée
pour le risque. Que les clients soient des sociétés
financières solides ou des PME risquées ne change rien à
une telle mesure de performance. Pourtant, la différence est de taille.
Un risque élevé aujourd'hui se traduira par des pertes futures
que le résultat comptable ne peut pas capter.
Comment ajuster le revenu pour le risque ? C'est la
question à laquelle nous allons essayer de répondre.
Il suffit de rapporter le revenu net au risque de
crédit, mesuré par le capital économique. Ce ratio, connu
sous le nom de RAROC, ou « Risk Adjusted Return on
Capital ».
|
RAROC = revenu net au risque / capital
économique.
|
Dans notre exemple il est de 5/30 = 16,67% avant impôts.
Ce ratio permet de définir un seuil de
rentabilité minimal.
Par exemple, s'il faut procurer aux fonds propres une
rentabilité de 12% après impôts, soit environ 20% avant
impôts, il faudrait que ce ratio soit supérieur à 20%.
En valeur absolue, ce ratio est tributaire du multiple de la
volatilité des pertes qui a conduit au capital de 30. Mais si ce capital
économique est globalement réconcilié avec celui de la
banque, on peut dire que le seuil de rentabilité est correct. En outre,
l'utilisation d'un multiple commun à toutes les mesures les rend
comparables entre activités.
Dans cet exemple la rentabilité semble insuffisante. Ce
n'est pas nécessairement le cas, si l'on considère qu'il s'agit
de celle d'une entité parmi d'autres d'une même banque, il faut
dans ce cas réduire la consommation du capital de 30 à cause de
l'effet de la diversification.
2. La mesure de l'effet de diversification sur un portefeuille de
crédit
La VaR permet de quantifier l'effet de la diversification obtenu
en consolidant les risques des diverses entités. Il suffit de prendre
l'exemple des deux centres de responsabilité, spécialisés
géographiquement ou par industrie. Nous pouvons espérer que si
l'un se porte mal, il n'en va pas nécessairement avec l'autre. Comment
mesurer dans ce cas l'économie des risques, donc des fonds propres,
liés à cet « effet portefeuille » ?
Les caractéristiques des deux activités sont les
suivantes :
· Les engagements, 1000 pour A et 1000 pour B
· La volatilité des taux de défaut est de 1,5%
pour A et 3,5% pour B
Les risques étant indépendants. Nous laissons de
côté la perte statistique supposée déduite des
marges. Les volatilités des pertes sur A et B sont respectivement de
1,5%×1000 = 15 et de 3,5%×1000 = 35.
Avec un multiple de 2, chacune consomme respectivement le double,
soit 30 pour A et 70 pour B. Mais le risque ne s'additionne pas
arithmétiquement. Deux risque de 1 font en général un
risque total inférieur à 2.
Avec les volatilités les calculs sont simples. Il faut
connaître le degré d'association entre le risque de A et celui de
B. Nous supposons dans notre exemple qu'ils sont indépendants pour la
simplification. Dans ce cas la volatilité de perte de A+B est
inférieure à la somme des volatilités, soit 15+35 = 50.
Les |