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Analyse techno-sémio-pragmatique

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par Maria Luisa TELENTI-ASENSIO
Université Stendhal Grenoble 3 - Master 2 Recherche, Sciences du Langage, spécialité didactique de langues 2007
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Littérature
  

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1.1.4 La communication non-verbale

A la convergence de tous ces courants focalisés sur la communication humaine se trouve l'éthologie (humaine) : pour Cosnier ([1987] 1991 : 292), les recherches des disciplines non-linguistiques sur la communication interpersonnelle évoquées précédemment « présentent en commun, au moins les trois caractères suivants :

 - l'approche `naturaliste', qui consiste à capter une interaction `naturelle' ou `authentique', c'est-à-dire où les participants ont un libre choix de leurs mouvements et de leurs mots, et ont à gérer une réelle situation d'échange.(...)

- La prise en compte du non- verbal. (...)

- L'abandon du sujet monodique au profit de l'interaction : il ne s'agit plus (...) de comprendre ou de théoriser le fonctionnement d'un `sujet', mais de décrire et d'élucider l'interaction pour elle-même. C'est la dyade (ou le groupe) qui constitue l'entité à étudier ; les actions et réactions de chacun n'étant qu'une contribution à un énoncé coopératif. »

Ce qui nous intéresse particulièrement dans l'éthologie, c'est qu'elle s'est occupée de décrire et catégoriser les aspects verbaux et non-verbaux de la communication. Nous empruntons, dans la typologie des gestes communicatifs de Cosnier (ibidem : 297), les gestes associés nécessairement à la parole lors des conversations en face à face : les co-verbaux (expressifs ou illustratifs) ; les synchronisateurs, qui assurent l'interaction : les phatiques (`activité du parleur destinée à vérifier ou à maintenir le contact') et les régulateurs (`activité du récepteur en réponse aux précédents').

Un geste, selon Cosnier (ibidem : 295), « pourra apparaître en `position d'émission' (verbale) de son auteur (le parleur) ou en `position de réception' (verbale) ». Cet aspect ne peut pas être pris en compte en communication à distance asynchrone, car on n'a pas affaire à une situation simultanée d'émission et réception, mais les interventions peuvent être interprétées comme initiatives et/ou réactives. Marcoccia, qui a analysé l'utilisation des smileys dans la communication médiatisée par ordinateur, s'est intéressé à « la portée » de ces manifestations non-verbales (comme nous verrons en 1.2.1).

1.1.5 Les actes de langage et l'interaction

Dans le monde anglo-saxon, mais de ce côté-ci de l'Atlantique, la pragmatique, « la benjamine des disciplines linguistiques » comme l'appelle Kerbrat-Orecchioni ([1984]1993 : 217) émerge, d'après ce chercheur spécialiste de l'interaction, comme une nouvelle et double approche :

1) « La pragmatique énonciative, qui selon la définition de Charles Morris a pour tâche de décrire les relations qui s'établissent entre l'énoncé et ses utilisateurs, et tous les aspects du message verbal qui sont tributaires du cadre énonciatif dans lequel il s'enracine ;

2) la pragmatique illocutoire, ou théorie des actes de langage, qui étudie tout ce qui dans l'énoncé lui permet de fonctionner comme un acte spécifique, i. e. ses aspects performatifs et illocutoires » (ibidem : 218).

Kerbrat - Orecchioni présente une étude comparative de ces deux versants de l'approche pragmatique. Benveniste dans son texte fondateur Problèmes de linguistique générale, s'intéresse « à décrire les procédés linguistiques qui permettent la conversion de la langue en discours, son appropriation par le sujet parlant et l'inscription dans l'énoncé de l'énonciateur et l'énonciataire ». Selon cet auteur (ibidem : 218), la pragmatique illocutoire a été fondée par Austin (« Dire, c'est aussi faire. Et cela, c'est grâce à Austin qu'on le sait » ). De cette étude comparative, nous allons retenir que c'est « sur ce terrain des circonstances de l'énonciation que se rencontrent (...) Austin et Benveniste (...) au niveau des conditions de réussite d'un acte de langage déterminé» (ibidem : 222-224). Buscar donde B. Rechaza los a. de l.

Searle, philosophe nord-américain successeur d'Austin, dans son ouvrage Speach acts (paru en 1969) « considère que tout énoncé linguistique fonctionne comme un acte particulier (ordre, question, promesse, etc.) qui vise à produire un certain effet et à entraîner une certaine modification de la situation interlocutive. Il appelle illocutionary force (en français force illocutoire) la composante de l'énoncé qui lui donne sa valeur d'acte » (Kerbrat-Orecchioni [2001] 2005 : 16).

On se réfère aux actes de langage indirects quand le signifiant, la forme de l'énoncé, ne correspond pas avec le signifié, la valeur illocutoire qu'il transporte ; ainsi, par exemple, une question apparente peut cacher une requête (- peux-tu me passer le sel ? ) ; de nombreux exemples de notre corpus illustrent le fait que « l'interprétation de la valeur pragmatique d'un énoncé fait intervenir simultanément différents facteurs de nature hétérogène » (ibidem : 45).

La confluence du courant interactionniste, d'inspiration plutôt sociologique, et de la pragmatique illocutoire, d'inspiration philosophique, place les actes de langage « en contexte (...) à l'intérieur d'une séquence ». Pour Kerbrat-Orecchioni, la perspective interactionniste complète ainsi les possibilités d'analyse des actes de langage car « [négligés] par la perspective classique, ces deux aspects du fonctionnement des actes de langage sont au contraire considérés comme centraux par les courants pragmatiques qui se sont développés dans le champ de la pragmatique interactionniste » ( Kerbrat-Orecchioni [2001] 2005: 53).

N'oublions pas de signaler que « [l]l'une des tâches de la pragmatique interactionniste consiste (...) à compléter la description des actes de langage par celle des règles et principes qui sous-tendent leur organisation séquentielle. A telle fin, un certain nombre d'outils ont été élaborés dans le cadre de divers modèles d'analyse de discours et de la conversation » (Kerbrat-Orecchioni [2001] 2005 : 59).

Plusieurs disciplines ont donc contribué à l'émergence de l'objet « interaction verbale » qui « s'est construit au carrefour des sciences du langage et des sciences sociales » selon Colletta (1995 : 43). Ce chercheur en psychologie et sciences de l'éducation examine dans cet article quelques approches de l'interaction. Nous nous appuierons sur le modèle structuraliste de Roulet qui nous aidera à observer « l'interaction verbale comme un emboîtement d'unités de rangs différents : l'interaction (ou « incursion ») apparaît comme une succession d'échanges constitués de deux ou trois interventions, elles-mêmes constituées d'actes de langage ». Nous nous référerons aussi aux fonctions illocutoires de l'intervention : initiative, réactive ou mixte « selon qu'elles permettent d'ouvrir, de clore ou de poursuivre un échange » (ibidem : 44). Nous retenons en outre sa notion de la complétude interactive qui explique les échanges qui se poursuivent au-delà de trois interventions « avec enchâssement de plusieurs interventions ou ouverture d'un échange subordonné » (ibidem : 45).

A la suite de Goffman et de sa théorie de la figuration (face-work ), Brown et Levinson font l'inventaire et la description des différentes stratégies qui peuvent être mises au service de l'exercice de la politesse et qui sont, pour Kerbrat-Orecchioni ([2001] 2005 : 73), nombreuses et diverses : « les formulations indirectes des actes de langage d'abord, mais aussi d'autres procédés tels que ces réparateurs que sont l'excuse et la justification ; et toutes sortes de procédés adoucisseurs (...) les minimisateurs » - procédés que nous aurons l'occasion d'observer dans notre corpus, de même que les FTA et FFA. Kerbrat Orecchioni ([2001] 2005 : 72, 74) propose d'introduire dans ce modèle théorique à côté du terme FTA, qui dénomme les actes menaçants pour la propre face ou la face de l'autre ( Face Threatening Acts ) le terme FFA (Face Flattering Act) ou acte valorisant, ou `flatteur', pour la face d'autrui.

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