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Du costume de la confrérie Kuingang de Bansoa à  la création picturale : proposition d'oeuvres plastiques

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par Willy Valdès KENGNE
Université de Yaoundé 1 - Maitrise 2008
  

Disponible en mode multipage

UNIVERSITÉ DE YAOUNDÉ I THE UNIVERSITY OF YAOUNDE I

FACULTÉ DES ARTS, LETTRES
ET SCIENCES HUMAINES

 

FACULTY OF ARTS, LETTERS
AND SOCIAL SCIENCES

DÉPARTEMENT DES ARTS
ET ARCHÉOLOGIE

DEPARTMENT OF ARTS
AND ARCHEOLOGY

SECTION ARTS PLASTIQUES ET HISTOIRE DE L'ART
FINE ARTS AND HISTORY OF ART SECTION

DU COSTUME DE LA CONFRERIE KUiN6AN6

DE BANSOA A LA CREATION PICTURALE :

PROPOSITION DiCEUVRES PLASTIQUES

Mémoire présenté et soutenu en vue de l'obtention du diplôme de Maitrise en Arts Plastiques

Par :
Willy Valdes KEINGINE

Licencié en Arts Plastiques et Histoire de l'Art
Sous La Direction du :

Ur. Joseph-Marie ESSOMIA
Historien, Archéologue

Assisté du :

Dr. pascal KEINFACK
Enseignant en Arts Plastiques

Année 2 007

I

DEDICACE

A mes parents Etienne Takam et Victorine Ngandjou,

Pour qui mon avenir est une preoccupation majeure.

II

SOMMAIRE

DEDICACE .I

LISTE DES ABREVIATIONS .III

LISTE DES CARTES ET DESSINS IV

LISTE DES PLANCHES ET PHOTOS .VI

LEXIQUE VII

RESUME IX

ABSTRACT .X

AVANT-PROPOS ET REMERCIEMENTS ....XI

Introduction ..1

Chapitre I : Présentation du cadre d'étude 10

Section 1 : Contexte historique d'étude de la société Bamiléké 10

Section 2 : Présentation de Bansoa .13

Section 3 : Organisation socio-politique de Bansoa 16

Chapitre II : Costume et confrérie secrète du ku'ngang .25

Section 1 : Les origines du Ku'ngang à Bansoa ..25

Section 2: Le rôle du costume lors de l'initiation et du rituel Ku'ngang 29

Section 3 : Le costume et la structure associative du Ku'ngang 33

Section 4 : Le costume et quelques accessoires du Ku'ngang 36

Chapitre III : Conception graphique et création picturale 46

Section1 : Le ku'ngang en cinq idées ..46

Section 2 : Les méthodes de création 48

Section 3 : La conception des oeuvres 57

Chapitre IV : Réalisation et présentation des oeuvres 76

Section 1 : Réalisation des oeuvres 76

Section 2 : Présentation des oeuvres 82

Section 3 : Quelques oeuvres conçues mais non réalisées 102

Conclusion 106

III

LISTE DES ABREVIATIONS

APHA : Arts plastiques et Histoire de l'Art

CCF : Centre Culturel Français

MCA : Méthode de Création Artistique

OLMC : Objet, Ligne essentiel, Motif et Composition (méthode de création artistique de

MVENG E.)

UNESCO: United Nations for Education Science and Culture Organization UY 1 : Université de Yaoundé 1

LISTE DES CARTES ET DESSINS

1. Liste des cartes

Carte 1 : La province de l'ouest dans le Cameroun et en Afrique 12

Carte 2 : Les chefferies Bamiléké de l'Ouest-Cameroun ...15

Carte 3 : Village Bansoa 16

2. Liste des dessins

Des. 01 : Croquis conçu pour l'oeuvre guérison .49

Des. 02 : Etapes de création d'un signe graphique suivant l'OLMC 51

Des. 03 : Recherche des signes pour le tableau Ku'ngang 53

Des.04 : Fiche d'étude pour la conception du tableau ku'ngang 54

Des. 05 : Croquis conçu pour le tableau ku'ngang d'après la MCA de Pascal Kenfack 55

Des. 06 : Approche conceptuelle de l'oeuvre rituel 56

Des. 07 : Recherche pour l'initiation 59

Des. 08 : Composition pour l'initiation 60

Des. 09 : Evolution du signe de la feuille 61

Des. 10 : Evolution du signe du cauris 61

Des. 11 : Evolution du signe de l'araignée 61

Des. 12 : Composition pour le tableau initiation 61

Des. 13 : La lune 63

Des. 14 : Le pot rituel 63

Des. 15 : La feuille de Kwenkeng («arbre de paix»).. ..63

Des. 16 : La calebasse rituelle 63

Des. 17 : Compositions pour rituel 63

Des. 18 : Création d'un signe graphique 64

Des. 19 : La cloche à double gong .65

Des. 20 : Le "grelot" 65

Des. 21 : Le Kwenkeng («arbre de paix») 65

Des.22: Le masque .65

Des. 23: Le pied 65

Des. 24 : Compositions pour la danse 66

Des. 25: Composition pour la hiérarchisation 67

Des. 26: Recherche des signes pour le tableau guérison 68

Des. 27: Signes pour la guérison 69

Des. 28 : Compositions pour la guérison 69

Des. 29 : La couleur rouge 71

Des. 30 : La couleur noire 71

Des. 31: La couleur blanche 72

Des. 32 : Etude pour Initiation ..73

Des. 33 : Etude pour Rituel 73

Des. 34 : Etude pour Danse 73

Des. 35 : Etude pour Guérison 73

Des. 36 : Etude pour Hiérarchisation 73

Des. 37 : Etude 2 pour Rituel 73

Des. 38 : Croquis non réalisés 104

Des. 39 : Maquettes non réalisées 105

VI

LISTE DES PLANCHES ET PHOTOS

1. Liste des planches

Pl. 01 : Etapes de réalisation de l'oeuvre Initiation 86

Pl. 02 : Etapes de réalisation de l'oeuvre Rituel 89

Pl.03 : Etapes de réalisation de l'oeuvre Guérison 94

2. Liste des photos NB. Toutes les photos étant de nous, nous avons opté de ne pas mentionner en dessous

le crédit photographique

Ph. 01 : Entrée principale de la chefferie Bansoa 17

Ph. 02 : Entretien avec M. Ngumtsa jean Galbert (tradi-praticien et chef de clan

Ku'ngang) en compagnie de sa mère 27

Ph. 03 : Entretien avec M. Soh Matthieu (tradi-praticien et Chef de clan) 27

Ph. 04 : les costumes du Tèt ndè 34

Ph. 05 : coiffure bicorne du Tatchouop 34

Ph. 06 : Les costumes des membres du sept ..35

Ph. 07 : Les costumes des membres du neuf .35

Ph. 08 : Masques cagoules Ku'ngang 38

Ph. 09 : Le chef de clan tressant des cheveux pour confectionner les masques 38

Ph. 10 : La statue de fétichisme Ku'ngang ...39

Ph. 11 : Statue nommée Christophe Dassi 42

Ph. 12 : Statue nommée Barrabas Kemgang 42

Ph. 13 : Statue réceptacle chez Ndi Mbe Takougoum 42

Ph. 14 : Fabrication des châssis .80

Ph. 15 : Marouflage d'une toile .80

Ph. 16 : Reproduction des croquis 80

Ph. 17 : peinture d'un des tableaux 80

Ph. 18 : La couture des cauris sur la toile 80

Ph. 19 : Tableau Univers du Ku'ngang : Initiation 1 84

Ph. 20 : Tableau Univers du Ku'ngang : Initiation 2 87

Ph. 21 : Tableau Univers du Ku'ngang :Rituel 1 .90

Ph. 22 : Tableau Univers du Ku'ngang : Rituel 2 .92

Ph. 23 : Tableau Univers du Ku'ngang : Guérison ..95

Ph. 24 : Tableau Univers du Ku'ngang : Danse ..97

Ph. 25 : Tableau Univers du Ku'ngang : Hiérarchisation 99

Ph. 24 : Tableau Univers du Ku'ngang.................. 101

LEXIQUE

Feuh Le Chef

Gwong Le monde. Il désigne le territoire qui forme le village

Ku'ngang Société sécrète constituée de magiciens et sorciers réputés du village

dont la fonction est la protection de la population

Kwenkeng Plante communément appelée arbre de paix

La'afiè Le nouveau village ou la terre neuve

La'akam Le lieu d'initiation du nouveau chef en vue de sa préparation à

l'exercice de son pouvoir

Maffeuh Nom donné à la reine

Mandjong Une association guerrière

Mbà Mbeng Celui qui retient la pluie

Mekam nefveu Le Conseil des neuf notables

Metcheuh'Feuh Les serviteurs du chef

Ndi Préfixe utilisé pour des honneurs à un notable ou une personne influente

du village

Ndop Nom donné au tissu batik décoré de motifs symboliques utilisé lors de

certaines danses traditionnelles

Ndu Ssa Le tambour de Bansoa ou écho de Bansoa

Nekang La magie

Ngang La personne

Ngang Nehang La personne qui détient le ciel (qui maîtrise le phénomène de la foudre)

Ngang Nekang La personne qui détient la magie

Ngho Lah «Le départ du village» indique le lieu où un sous-chef a

mystérieusement ouvert le sol pour s'y engouffrer avec toute sa population

Nguegang La force positive détenue par certains initiés

Ng?mbà C'est une langue Bantoue parlée dans la province de l'ouest-Cameroun

(pays Bamiléké)

Nkeu-Nta'a-Tet Lieu sacré où se trouve un cours d'eau mytique à trois branches

Nwoulah Le Ministre ou agent d'exécution le pus gradé de la chefferie

Pe ton'lop «Ceux qui sonnent la trompette» Ce sont les hérauts chargés de publier

les annonces du chef

P'poh La poudre d'acajou très prisée pour sa coloration rouge

Ssi-la'a «Le dieu du village», nom donné au chef du village

Ta'atoh Ntu'u L'homme au casque d'acier. Surnom donné au 13è Chef de la dynastie

Bansoa

Tatchouop Le maître initiateur

Tèt Ndeh Le père fondateur

RESUME

La création artistique est un acte intellectuel et méthodique. Celle à laquelle nous nous sommes livré dans ce travail est inspirée du costume de la confrérie Ku'ngang à Bansoa. Nous nous sommes appesanti sur ce costume afin d'en extraire des signes graphiques qui ont permis de réaliser des oeuvres peintes. Cette recherche s'est reposée sur une démarche logique. Il a s'agit dans un premier temps de présenter l'environnement d'étude Choisi. Il était question de donner un aperçu de notre site d'étude. Nous avons par la suite décrit le ku'ngang dans ses aspects physiques et sensible. Après avoir présenté la confrérie, il a été question de démontrer le mécanisme par lequel l'on passe des simples idées reçues aux signes et ensuite aux oeuvres. Le dernier aspect de cette recherche a porté sur la réalisation et la présentation des oeuvres proprement dites. Celles-ci contribuerons à souhait à une nouvelle perception du Ku'ngang qui participe des valeurs culturelles que ce travail ambitionne de réhabiliter et de sauvegarder.

ABSTRACT

Artistic creation is an intellectual and methodic act. The one in which we allow ourself is inspired from the ku'ngang brotherhood attire in Bansoa. We intend to expand and elaborate on the attire in order to extract graphical signs which will permit us to realise painting crafts. This will imply in a first place, the presentation of the study environment. We shall then try to describe the ku'ngang in its physical and sensible aspect. Once we have presented the brotherhood, we shall pass from simple received ideas to signs and finally to crafts. The last aspect of our research will be on the realisation and presentation of the artistic crafts in its real sense. The later will contribute as we wish, to a new perception of the ku'ngang which makes up the cultural values that we wish to rehabilitate and safe keep.

XI

AVANT-PROPOS ET REMERCIEMENTS

Avant-propos

Délimitation du sujet

Le domaine de la création artistique est très complexe. L'étude à laquelle nous nous livrons se limite au costume du ku'ngang actuellement disponible chez des membres influents de cette confrérie qui en sont les concepteurs et les utilisateurs exclusifs. Elle porte sur la conception et la réalisation des peintures puisant leur inspiration dans le costume de la confrérie Ku'ngang à Bansoa ainsi que son environnement socio-culturel. Il s'agit de peindre des toiles sur chevalet dont le sujet sera une synthèse de signes illustrant des séquences de vie de cette société sécrète.

Notre travail s'appesantira sur le costume du ku'ngang et certains de ses accessoires dont une observation poussée a permis de détecter des signes graphiques. Ces signes ont été érigés en symbole pour une création picturale.

Le travail qui est présenté ici est un travail pionnier dans le domaine, visant la revalorisation de la création artistique à Bansoa.

Cette étude, à dessein, se limitera à quelques éléments physiques sélectionnés dans la pléiade des objets et symboles rituels en cours dans la confrérie et s'en servira comme prétexte à notre production.

Raisons du choix du sujet

Le costume en général représente premièrement un important aspect des meilleures productions artistiques de la confrérie du Ku'ngang. Le choix de ce thème est dû d'une part au fait qu'un aspect mystérieux entoure la confrérie et nous voulons le transposer sur des toiles, d'autre part parce que l'essentiel des oeuvres d'art disponibles dans le village est sculptural.

Deuxièmement, la rareté des travaux de recherche en Arts Plastiques en général et en peinture en particulier dans notre institution n'est plus à démontrer. Nos prédécesseurs ayant travaillé sur la sculpture, le design, les Nouvelles technologies de l'information et de la télécommunication, les installations vidéos et plus, nous avons considéré comme un défi personnel de nous lancer dans la création picturale afin de mettre à profit les connaissances acquises pour contribuer à enrichir la section de travaux supplémentaires pour ce qui est de la peinture.

Le milieu de la création artistique connaît un foisonnement de forme et de style et l'une des raisons du choix de ce thème est de proposer des oeuvres singulières qui s'inspire d'une société sécrète et qui se distingue de celles des autres artistes de par la démarche de création.

Le constat selon lequel la plupart des artistes peintres se déploient dans un art dit contemporain n'est plus à démontrer. Cette forme d'art repose sur les pérégrinations intellectuelles, émotionnelles et parfois fantaisistes de l'artiste. Cela nous a poussé à envisager la création d'oeuvres dans lesquelles la liberté créatrice alterne avec le devoir de mémoire et de sauvegarde où l'attrayant rejoint le didactique.

Les déplacements des Bansoa au fil des années antérieures explique quelque peu la rareté des oeuvres d'art et la disparition du métier d'artisan dans le village et constitue l'une des raisons du choix de ce site.

Enfin, l'occasion s'est présentée à nous pour stimuler un questionnement sur la négligence de la pratique artistique par les Bansoa au profit des activités plus lucratives comme le commerce, les petits métiers..., afin de développer un discours vrai sur la sauvegarde des acquis ancestraux devant une société mutante.

Remerciements

Nombreuses sont les personnes sans lesquelles ce travail ne serait jamais arrivé à son terme. Nous tenons à remercier :

- Le Professeur Joseph-Marie ESSOMBA, Historien et Archéologue qui n'a pas hésité à nous diriger sur les difficiles sentiers de la recherche ;

- Le Professeur Jean-Paul NOTUE, Historien de l'Art et Anthropologue, Chef de la section Arts Plastiques et Histoire de l'Art (APHA) de la FALSH (UY1) pour sa compréhension ;

- Le Docteur Pascal KENFACK, Artiste Plasticien et Historien de l'Art, Enseignant à la section APHA avec qui nous avons appris la rigueur et la méthode dans la création artistique ;

- Le Docteur Aboubakar NJIASSE NJOYA, Enseignant à la section APHA pour ses conseils et ses encouragements ;

- Mes parents et proches, Mme Habiba DJOUKO, M. et Mme YOUMBI, M. Marcel TENE, Dr Bernard KENGNE (Médecin) et Madame, Mlle Stève Ulrish METCHOKOA NENKAM;

- Tous nos informateurs et membres de l'élite traditionnelle Bansoa, entre autres, Sa Majesté Jean de Dieu TCHINDA II DJONTU, M. Matthieu SOH, M. Jean Galbert NGUMTSA, M. NDEFFEU NKWISHOUO, et M. Josué KOLLAH;

- Nos proches amis Edgar Fortuné BEGONO et Lazare ONABEL EDJECKA pour leur avis et leurs critiques très constructives ;

- Ce serait une ingratitude de notre part de ne pas remercier les aînés et amis Ruth AFANE BELINGA, Achille KONGUEM, Idrissou NJOYA, Nadège NOUMSSI, Roland NDEMBA, Arnaud Jolivo BOUL, Rodrigue FOTSO TOCHE, Eloge TIEMENI, dont les conseils et les entretiens ont contribué à étayer et orienter nos réflexions en leur donnant un contour précis. Enfin, Nelson SONELA, Doctorant en Biochimie à l'Université de Yaoundé I pour la traduction du résumé

Puissent tous nos informateurs, parents et amis et toute personne ayant contribué de près ou de loin à l'élaboration de ce travail, trouver ici l'expression de notre reconnaissance.

1

Introduction

Objet d'étude

L'identité culturelle d'un peuple est meublée d'indicateurs dont les plus en vue sont les oeuvres d'art. Au Cameroun comme partout en Afrique, l'art constitue un précieux témoin qui apporte une contribution irremplaçable pour expliquer des faits historiques, culturels, sociaux et religieux.1 L'un des défis à relever dans un univers hanté par le concept de globalisation est de demeurer créatif et inventif. Cette étude a été centrée sur la création d'oeuvres picturales inspirées de l'univers culturel de la confrérie sécrète Ku'ngang, confrérie qui s'extériorise par ses manifestations et surtout les attributs qu'elle arbore. Ces attributs sont des objets d'art, portant des signes extérieurs d'une cosmogonie précise. Cette étude s'est appesantie sur les notions de création d'oeuvres d'art afin de les situer dans le contexte social actuel de prolifération des styles et des approches de création artistique. Notre séjour en tant qu'enquêteur à Bansoa nous a permis de noter que la peinture été pratiquée des supports tels les murs, les grottes2, les étoffes3 et les masques. Il est question de revaloriser cette peinture en la transposant sur un autre support, plus pratique et plus expressif, répondant au contexte artistique actuel. Ainsi, cette étude repose sur la confrérie Ku'ngang à travers ses éléments de parure parmi lesquels, le costume et quelques objets dits sacrés. Le costume particulièrement constitué d'un masque facial, des cornes qui le surplombent et des cheveux tressés, renferme une symbolique qui met à nu la structure interne de la société sécrète dans un ensemble bien organisé et hiérarchisé. Fort de l'influence de cette société sécrète, des oeuvres sont proposées. Elles sont peintes suivant une démarche logique et cohérente à souhait.

Problématique et hypothèses

Problématique

L'analyse du costume de la confrérie du Ku'ngang peut se révéler très stimulante pour la création picturale. Bien qu'appartenant à la catégorie de masque, il a fortement inspiré la création des oeuvres peintes proposées dans ce travail. Il est confectionné dans le cadre restreint d'une confrérie qui se veut bien structurée comme le sont les villages Bamiléké en général. Ce costume dévoile certes un savoir-faire et une dextérité mais demeure a priori très monotone et uniforme quant à sa forme physique; notre travail s'intitule donc

2 «Du costume de la confrérie ku'ngang à Bansoa à la création picturale : Proposition d'oeuvres plastiques.» Pour s'inspirer, notre travail s'est appesanti sur cette confrérie qui comme la plupart,

Ne dissimule pas leur existence, leur histoire, leur règle, leurs lieux de réunion, leurs emblèmes, leurs coutumes, leurs masques mêmes, les noms de leurs adhérents, mais ce qui s'y passe réellement, les pratiques, la signification profonde des symboles, l'essentiel en un mot reste interdit au profane. (PERROIS ET NOTUE, 1997, 02)

En effet, au delà de l'aspect folklorique il y a un mystère qui entoure cette confrérie. La question centrale est celle de savoir comment partir des formes sculpturales visibles et des données abstraites pour créer des oeuvres picturales? Autrement dit, comment pouvons-nous en tant qu'artiste nous inspirer de ce costume, des formes géométriques et des signes qu'il nous offre pour créer des oeuvres peintes sans altérer leurs significations profondes ?

Cette question principale suscite d'autres, non moins importantes à savoir, dans quel environnement le costume du ku'ngang est confectionné et se développe ? Qu'est-ce que le ku'ngang et quels en sont les manifestations, quel mécanisme avons-nous mis en place pour concevoir les oeuvres ? Comment les avons-nous réalisées et présentées ?

Hypothèses

Après ce questionnement, les hypothèses suivantes ont été émises :

1. L'organisation socio-politique des Bamiléké en général et des Bansoa en particulier a favorisé la pérennisation des confréries sécrètes parmi lesquelles le Ku'ngang. Le costume de cette dernière offre des signes et des symboles qui sont des sources intarissables d'inspiration pour la création et leur agencement peut déboucher sur des créations plastiques intéressantes.

2. L'on a à faire à une confrérie qui protège ses secrèts contre les aventuriers et profanes. Dans un premier temps, les enquêtes, lectures et observations ont permis de présenter le Ku'ngang sous un support pictural.

3. N'appartenant pas à cette confrérie, nous nous sommes limités à l'exploration des formes identifiées et à quelques symboles, à travers une démarche innovante et expressive. Cette société sécrète étant un maillon essentiel de régulation sociale, son étude est donc une sorte de muse pour la création artistique à laquelle nous nous sommes livrés.

4. Cette confrérie connaît une gamme de symbole graphiques et chromatique, de rites lors desquels est utilisés le costume qui nous a intéressé et motivé notre création.

Intérêt du sujet.

L'histoire de l'humanité en général et de l'Afrique en particulier a été écrite aussi sur des oeuvres d'art. Les objets lithiques (sculptés) et ceux peints ou gravés sur des parois

3 rocheuses et grottes en constituent quelques témoins privilégiés. A ce propos, ESSOMBA (1986, 42) affirme :

Le Cameroun est l'un des plus anciens foyers de l'art africain. L'artiste a toujours utilisé avec le sens poussé de la schématisation, le métal ou le bois, le raphia ou le rotin, sable ou terre de diverses manières, suivant la diversité des peuples, leurs cosmogonies et leur philosophie humaniste.

Or devant la rareté des sources écrites sur Bansoa, il est important d'étudier la société sécrète Ku'ngang à travers son costume. Nous avons été amenés à réaliser des oeuvres fortes, sensibles et parfois subjectives. Ceci participera, à coup sûr, à la revalorisation de l'art et de la culture Bansoa dans la mesure où l'activité artistique y est totalement délaissée.

- Ce travail a l'avantage de scruter avec minutie le "paraître" du Ku'ngang et d'ouvrir une brèche sur son "être". Ainsi, notre démarche repose sur les aptitudes d'artiste plasticien acquises entre autres à l'Université de Yaoundé 14.

- Cette recherche incitera, nous le souhaitons, d'autres créateurs à mener des recherches dans la création picturale très peu représentative dans notre section.

- Elle pourra aussi réactiver le génie créateur des Bansoa afin de valoriser l'art en général et l'art pictural en particulier ainsi que la notion de conservation des oeuvres réalisées. Ceci constituerait une base de référence pour des recherches ultérieures.

Quelques notions

Il nous semble important de clarifier certaines notions définissant des concepts qui ont très souvent été occidentalisés et sont étrangers aux réalités africaines. Nous voulons définir ces notions dans une vision qui traduit nos réalités culturelles.

La notion d'"arts plastiques"

«Arts Plastiques» est une association des termes Arts et plastiques. Il est très audacieux de prétendre à une définition standard du premier terme car il est à la fois synchronique et diachronique et dépend des auteurs. «Arts» vient du Latin [ars] et du Grecque [artis] qui signifie la manière, la technique, de faire quelque chose en suivant des règles biens précises. L'Art est l'ensemble des disciplines consacrées à la création d'oeuvres et qui manifestent une union étroite de la valeur esthétique et de la valeur d'usage.5

4 virtuosités humaines se concrétisant par le faire et le savoir qui ont caractérisé les étapes de la vie humaine."

L'art est ainsi un ensemble de procédés que l'homme utilise pour exprimer sa conception de la vie, du monde et de la nature de manière à susciter des sensations esthétiques. Une fois de plus, c'est une expression parmi tant d'autres d'une société dans un contexte donné dans l'espace et le temps. Il cherche à représenter ce que les gens savent, voient, pensent, imaginent et croient.

L'art est donc, pour un individu et pour la société dont il est issu, l'ensemble des choses dites ou faites qui ont ce pouvoir de susciter en tout être humain un sentiment quelconque.

Le terme "Plastiques" quant à lui vient du Grec [Plasticos] et renvoie à la dextérité, l'habileté à modeler, à créer des formes et à occuper l'espace. Le plastique d'une oeuvre d'art est en bref sa perception et son organisation visuelle. Cette notion s'applique entre autres à la sculpture, à la peinture, au graphisme, à la chirurgie plastique et aux installations.

Les Arts Plastiques sont donc le volet de l'art dont la mission première est de produire ou de reproduire des formes et des volumes. La notion est assez empreinte d'ambiguïté et ne fait pas toujours l'unanimité des auteurs. Les appréhensions varient selon les personnes et leur milieu, et selon le temps. C'est sans doute ce qui crée tant de dynamisme dans le concept.

La notion de peinture

«Peindre» signifie revêtir d'une couche de couleur, représenter par des lignes et des couleurs, représenter à l'esprit, ou encore décrire d'une façon vive et imagée en recherchant une certaine esthétique. L'homme pratique la peinture depuis la période préhistorique, la preuve c'est la peinture murale de la grotte d'Altamira et de Lasco. Cette pratique a toujours permis à l'homme de vaincre ses angoisses, surmonter ses peurs, combattre ses ennemis ou encore d'exprimer et d'extérioriser ses pensées même les plus folles. On constate clairement que :

Les hommes ont commencé à manifester un goût pour la beauté : les outils quotidiens ont été mieux taillés, puis décorés et gravés...

Dans les grottes, les parois ont été peintes, représentant divers animaux. Pour peindre, les hommes dressaient des échafaudages en bois. Les couleurs étaient obtenues en mélangeant la terre, des colorants naturels comme l'oxyde de fer (rouge) et de la graisse. Le dessin se faisait à l'aide de pinceaux de poils, de morceaux de mousse ou d'herbe, en soufflant dans les roseaux creux ou simplement avec les doigts.7

les différentes techniques utilisées. De nos jours, on parle davantage d'art contemporain où le concept prime sur sa matérialisation. Les frontières entre la peinture et les autres disciplines telles la sculpture, le dessin, la sérigraphie tend à disparaître. De ce fait il s'avère difficile de donner une définition standard de la peinture car ses manifestations sont aussi variées que les supports8 sur lesquels elle s'utilise. Pour P. GAUDIBERT, (1991, 21) «la tradition picturale disposait d'autres supports : pour la peinture, la terre cuite, le pisé, les étoffes, la pierre et le corps humain, pour la gravure, les calebasses et même les oeufs d'autruche.» La peinture est d'abord « une matière colorante liquide propre à recouvrir une surface, constituée de pigments de couleur dispersés dans un liant fluide ou pâteux destiné à sécher.»9 C'est ensuite `` l'action de recouvrir une surface, un support avec cette matière.''10 C'est enfin « un ouvrage de représentation ou d'invention (tableau, fresque etc) fait de couleurs délayées que l'on étale, généralement au pinceau, sur une surface préparée à cet effet.»11 En bref, la peinture, notion ambivalente désignant à la fois une oeuvre peinte et la technique de réalisation, se présente donc comme une recherche idéelle et conceptuelle, une voie d'expression parfois individualisante, un plaidoyer ou une quête du mieux vivre, un état d'esprit. Concluons avec Bernard Rancillac (1991, 14) pour qui la peinture est un système de signes particuliers qu'il faut apprendre à déchiffrer.

Méthodologie

Pour mieux aborder notre sujet, nous avons trouvé judicieux de procéder par une méthode interdisciplinaire de récolte et de traitement d'informations.

Les sources écrites

Des recherches documentaires ont été menées à Yaoundé notamment au Centre Culturel Français, au Centre de Lecture Publique de Messa, aux Archives Nationales du Cameroun et à la Bibliothèque Centrale de l'Université de Yaoundé I. Avec leur aimable permission, nous avons aussi pu consulter des ouvrages dans les Bibliothèques privées de certains de nos Enseignants.

Il a été primordial d'identifier et rassembler tous les ouvrages qui, de près ou de loin, pouvaient étayer le sujet. Les sources écrites étaient particulièrement constituées de livres d'art et d'ouvrages généraux, des articles scientifiques, thèses et Mémoires de diverses disciplines parfois en rapport direct avec le thème.

Néanmoins, de Paul GAUDIBERT (1991) présente quelques artistes peintres et sculpteurs africain en s'appesantissant sur l'environnement dans lequel il crée leurs oeuvres et Nicolas BISSECK (1995) quant à lui montre un échantillonnage d'oeuvres d'artistes de l'estuaire parmi lesquels des camerounais. Cet ouvrage renseigne sur la vie de ceux-ci et leurs techniques de travail. Dans un autre aspect, les auteurs Louis PERROIS, Jean Paul NOTUE et Jacques NEGHA s'appesantissent sur la connaissance de la confrérie ku'ngang, dont le costume est l'objet de cette étude.

Ces sources ont été d'un apport non négligeable pour l'assimilation du thème. Elles ont renseigné sur la structure des sociétés Bamiléké ainsi que ses maillons et ses composantes, la cosmogonie dans laquelle elles baignent et où foisonnent des sociétés secrètes. Certes, aucune étude préalable n'a été menée à Bansoa sur les sociétés sécrètes, exception faite de celle du sociologue NEGHA J. (1976). De même, rares sont les chercheurs s'étant véritablement appesantis sur le Ku'ngang Mis à part PERROIS et. NOTUE (1993 et 1997). Cependant, une idée a pu être faire et éprouvée par les sources orales.

Ces ouvrages participent de ceux qui ont remarquablement influencé notre travail.

Les sources orales

Des informations ont été glanées auprès des parents, aînés, patriarches, notables et quelques personnes susceptibles de fournir le moindre renseignement pouvant aider à la réalisation de cette recherche. Nous avons pris la peine d'en interroger plusieurs, afin d'avoir des informations fiables sur certaines notions qui entourent la création artistique et la vie des membres de la confrérie étudiée. Ces personnes ont été contactées dans les villes de Yaoundé, Bafoussam et Penka-Michel et lors de des multiples voyages sur le site d'étude. Nous nous sommes renseignés non seulement des réalités de la confrérie étudiée, mais aussi des croyances magico-religieuses qui entourent les sociétés coutumières de Bansoa. Une idée précise a pu être construite sur certains mythes et les significations de certains symboles propres à la société grâce aux informateurs. Ces entretiens nous ont ainsi aidé à comprendre la fonction et la signification du costume du ku'ngang.

L'enquête sur le terrain

La maîtrise de la langue ?g?mbà est la raison particulière qui nous a amené à privilégier Bansoa comme aire de recherche. Nous nous y sommes rendu à plusieurs reprises pour des besoins d'enquête. Cette enquête dans une approche interdisciplinaire s'est avérée indispensable dans la mesure où aucun ouvrage consulté ne traitait du Ku'ngang à Bansoa spécifiquement. La descente sur le terrain a permis de collecter les informations nécessaires

pour confirmer ou infirmer les données recueillies dans les ouvrages consultés. Plusieurs informateurs ont été approchés tant à Bansoa qu'à Yaoundé et Bafoussam. Nous avons eu la permission de prendre des notes, de faire des photographies, des dessins et des enregistrements sonores dont le décryptage avec l'aide des explications d'un patriarche nous a aidé à les confronter et les éprouver avec les lectures préalablement faites.

Quelques disciplines nous ont été nécessaires pour cette tâche à l'instar de l'Histoire qui nous a permis de connaître l'évolution dans le temps de la confrérie que nous étudions. De même, tandis que la Géographie a facilité la situation dans l'espace de notre zone de recherche, l'Anthropologie quant à elle a été d'un apport considérable dans l'analyse de la vision du monde qu'ont les membres de la confrérie. L'assimilation de cette approche a permis d'élaborer aisément la phase théorique du travail afin de mieux aborder la réalisation des oeuvres car comme dit Brigitte BORJA DE MOZOTA (1990, 33) «Une création ne peut se juger que par rapport à la société qui l'a engendrée.»

Les sources matérielles

Elles sont essentiellement constituées des photographies obtenues avec l'aimable contribution des chefs de clan Ku'ngang. Il nous a été interdit de photographier certains objets et parfois même de les regarder. Nous avons toutefois pu observer longuement la confection des costumes

Analyse morpho- technique et esthétique

Dans ce volet du travail, nous nous sommes attardés sur la forme et la composition du costume Ku'ngang, les différents éléments qui entrent dans sa confection. Aussi, avons nous fait allusion non seulement à l'usage de ce costume mais aussi des objets qui l'accompagnent, puisque dans ce contexte, un objet renferme des qualités esthétiques parce qu'on s'en sert dans un culte, un rite ou un acte quotidien.

Création picturale

Toutes les informations recueillies sur le terrain et analysées ont été traduites en signes graphiques en atelier et transposées sur des toiles. La démarche artistique de création s'est inspirée de quelques unes connues12 mais reposait sur une synthèse de celle de Jean KOUAM TAWADJE et le Qualias13 de Pascal KENFACK. Elle a permis de proposer des oeuvres dans lesquelles la matière et la couleur sont utilisées à profusion, des oeuvres expressives qui sont le résultat de l'observation des objets appartenant au ku'ngang et qui présentent notre propre vision de la confrérie traduite en oeuvre picturale.

Les difficultés rencontrées

Notre aventure sur un terrain aussi ésotérique n'a pas été aisée. D'une part, nous avons fait face à une véritable barrière de silence de la part de certaines personnes interrogées. Parce que la confrérie étudiée regroupe des personnes dotées de pouvoirs particuliers, et que nous n'appartenons pas à cette caste, nous avons souvent été brutalement repoussés. Certains suspicieux ont même vu en nous un stratège trop curieux visant à livrer les secrets aux «Blancs».

D'autre part, parcourir à pied plusieurs kilomètres pour rencontrer des informateurs et parfois en vain fut très éprouvant. Nous avons essuyés plusieurs faux rendez-vous. Ils se justifiaient par le fait qu'ayant pris contact avec nous, certains informateurs se rétractaient car découragés par leurs confrères. Notre appartenance à cette communauté a été un atout mais notre non appartenance à la confrérie un véritable obstacle pour l'accès à certaines informations.

Enfin, les perpétuelles difficultés pécuniaires alternaient avec celles logistiques et techniques. Il a fallu un temps considérable pour réunir de pour les déplacements, la procuration du matériel d'enquête, l'``achat» des informations et enfin la réalisation des oeuvres et l'élaboration du document final.

Présentation du plan de travail

Ce travail est divisé en quatre chapitres. Le premier chapitre traite du Ku'ngang dans son milieu, dans un contexte de foisonnement de sociétés secrètes où il joue le rôle de maintien de l'équilibre social. Le deuxième chapitre donne l'occasion de rentrer dans la confrérie et de présenter son rituel ainsi que son costume et les objets qui l'accompagnent. Le troisième chapitre, quant à lui aborde la conception des oeuvres basées sur une démarche personnelle assez rigoureuse. Le dernier chapitre enfin présente les étapes de réalisation des oeuvres que nous soumettons à l'appréciation du public. Ces oeuvres témoignent de la volonté du créateur que nous sommes, et puisent dans les formes existantes des éléments graphiques et symboliques qu'elles exploitent à leur compte. La combinaison de tous les matériaux et des techniques utilisés conduit à la création et à la présentation d'environ huit oeuvres réalisées et de quelques prototypes qui, faute de moyens, n'ont pas pu l'être.

NOTES

1 J.P. NOTUE, communication sur les Arts Plastiques, Université de Yaoundé1, cours magistral, 1999.

2 Cf. infra, Chapitre 1, section 2 : Présentation physique de Bansoa.

3 Exemple du tissu Ndop, utilisé dans certaines sociétés sécrètes, riche en symbole.

4 L'organisation de cette Université suite au décret n° 93036 du 29/01/93 portant sur la reforme universitaire a vu la création de nouvelles facultés dont celle des Arts, Lettres et Sciences Humaines et par là, la section Arts Plastiques et Histoire de l'Art au sein du département Arts et Archéologie. Cette section propose une formation professionnalisante offrant d'énormes possibilités d'auto emploi autant dans le secteur informel (atelier, Formateur...) que dans celui formel (Enseignant d'Universités, Expert...) et celui de la recherche.

5 Collection Microsoft® Encarta® 2005. (c) 1993-2004 Microsoft Corporation.

6 C. BELA, 1998, 17

7 Col. L'Afrique et le monde, histoire 6e, Paris, Hatier, Janvier 1992

8 Le premier support de peinture fut les parois des grottes d'Altamira, puis les murs des citées et temples ou résidences et pour plus de mobilité, les toiles. Les recherches d'innovation ont amené à peindre sur les sculptures, le verre, le vêtement et même le corps (body art)

9 Le petit Larousse 2003 encyclopédie (sous la direction de), Ed. Larousse, Paris, 2002, p. 760.

10 Le petit Larousse, Ibid.

11 Le petit Larousse, Ibid.

12 Voir Chapitre 3 portant sur la conception graphique et la création picturale ;

13 Voir Chapitre III, Section deux (D) où la Méthodologie de la Création artistique de Pascal Kenfack a été présentée.

CHAPITRE I :
PRESENTATION DU CADRE D'ETUDE

Il est question dans ce chapitre de préciser le cadre général dans lequel cette recherche a été menée. Les travaux ont montré que l'installation du groupe socioculturel Bamiléké dans le site qu'il occupe actuellement s'est fait simultanément avec l'édification d'un système politique composé de plusieurs structures et institutions détenant des pouvoirs précis. Bansoa est un exemple assez illustratif de village Bamiléké à la tête duquel on trouve un chef qui est un véritable pôle de convergence. Pour mieux comprendre la confrérie en étude, nous avons trouvé important de la présenter dans son cadre historique et socio-politique. Historique parce qu'il était utile de rappeler comment ces sociétés ont vécu dans le passé malgré toutes les mutations que l'on observe aujourd'hui avec le brassage culturel. Socio-Politique si tant est que la colonisation n'a pas altéré l'existence des survivances assez claires qui retracent la hiérarchisation et la structuration de cette société. Dans un souci de clarté, ceci amène à analyser exclusivement leurs attributions politiques et les autres tâches qui leur incombent seront analysées dans les rubriques spécialisées.

Section I. Le contexte historique d'étude de la société Bamiléké

Ce chapitre s'appesantit sur l'origine du mot Bamiléké. Pour PERROIS et NOTUE (1997, 21), Le terme Bamiléké est inconnu au XIXe siècle. Ces derniers notent que selon la tradition orale, l'un des explorateurs allemands, émerveillé par le beau paysage du mont Bamboutos qu'il apercevait devant lui, demanda au guide-interprète comment s'appelaient les habitants de cette région. Il lui répondit "Mbalékéo". En citant Jean Louis DONGMO, ils affirment :

Il s'agit en fait d'un vocable administratif, un néologisme, apparu et très vite largement utilisé à l'époque coloniale, issu de la déformation de l'expression locale Mbalekeo, à la fois mal entendue et mal prononcée, qui signifie en langue Bali "les gens d'en bas.

Il est à constater que ce terme est d'autant étranger aux autochtones qu'aux allogènes. Pour GHOMSI (1972, 10), «le mot est d'origine et d'usage très récent ».

mot est un monstre de corruption contenant autant de fautes que de syllabes. Quant à Lucien GRAY, administrateur à Dschang à la période Française, Mbuleke indique la position géographique du pays compris entre les monts Bamboutos au nord, Fodonera à l'ouest, Fontsa-Fomepea au sud et Bafoussam à l'est. Il décortique l'appellation du guide interprète comme suit : BA = Les gens de ; LEKEO = trou, ravin, bord de la falaise, en bas... Cette hypothèse est très proche de celle du Père STOLL et confirmée par les documents allemands. En effet, le lieutenant Allemand RAUCH décrivant la population qu'il rencontre au cours d'une expédition en 1910 dans la région comprise entre le Noun et le Nkam, note : «La région est peuplée d'une race bien bâtie, grande et étroitement apparentée aux populations installées autour de Dschang et qui portent le nom de Bamiléké.» (PERROIS et NOTUE, 1997)

Nous pouvons affirmer que malgré elles, les populations vivant dans cette partie occidentale du territoire ont accepté et adopté l'appellation Bamiléké (une erreur de l'histoire) qui leur a été imposée comme une erreur de traduction.

Carte 1 : La province de l'Ouest dans le Cameroun et en Afrique, reproduite à partir de celle de Negha, J, 1976, L'ascension dans la société traditionnelle : étude de la chefferie Bansoa en pays Bamiléké (Ouest

Cameroun)

Section II : Présentation de Bansoa

1- Situation administrative

Partie intégrante des pays Bamiléké, l'Arrondissement de Penka-Michel dans le Département de la Menoua, Province de l'Ouest, est constitué de quatre villages à savoir Balessing, Baloum, Bamendou et Bansoa. Ce dernier est le plus vaste en superficie et reçoit tous les services administratifs de l'Arrondissement.

2- Situation géographique

Il est compris entre le 5°22 et le 5°33 de latitude Nord et entre le 10°13 et le 10°21 de longitude Est et couvre une superficie de 113 Km2 pour environ 77 000 âmes1. Bansoa partage ses frontières avec neuf villages : Bafounda et Bamendjo au Nord, Baloum et Bamendjou au Sud, Bamendou et Balessing à l'ouest, Batcham au Nord-ouest, Bameka à l'Ouest et Bamoungoum au Nord-est. Situé à environ 10 Km de Bafoussam (Chef lieu de la province) et 28km de Dschang (Chef lieu du Département), Bansoa est à la croisée de chemin entre la province de l'ouest et du Nord-Ouest. Ce phénomène a fait de Bansoa dans le passé, un carrefour et a enrichi les formes artistiques que l'on a observées à une certaine époque. Par propagation, de nouvelles formes ont été intégrées comme le costume du ku'ngang qui est étudié et qui est passé par certains villages limitrophes pour arriver à Bansoa.

3- Situation linguistique

Bien que situé dans le Département de la Menoua, il appartient au groupe linguistique ?g?mbà 2 qui englobe les villages Bafounda dans le Département du Bamboutos, Bameka et Bamendjou dans les Haut-plateaux et Bamoungoum dans la Mifi. Ces cinq villages ont eu le même ancêtre et au fil de l'histoire, la crise de succession3 et plus tard le découpage administratif a amené chacun sur le site qu'il occupe actuellement. Néanmoins, ils ont gardé la langue malgré quelques accents. Des études ont été menées sur cette langue et à propos, Pierre Achille FOSSI (2005, 14) démontre que :

Le ?g?mbà signifie en structure profonde «m? ghà ?g?mbà» qui veut dire « je dis que hein ? ». Cette structure a subit des modifications pour des raisons de simplification pour ne se limiter qu'à «?g?mbà» c'est-à-dire « que hein ? » Cette formule est pratiquement un code de reconnaissance entre les locuteurs. On l'utilise également lorsqu'on désire obtenir un renseignement. Le ?g?mbà est une langue Bantoue parlée dans la province de l'ouestCameroun (le pays Bamiléké). Sur les sept départements que compte la province de l'ouest, le ?g?mbà est parlé dans quatre.

quelque peu influencéé par celle des villages limitrophes et où on peut rencontrer au moins un clan ku'ngang.

4- Le climat et la végétation

Le climat est de type camerounien d'altitude avec un régime de pluies équatoriales à l'allure tropicale. Généralement, les saisons sèches vont de Novembre à Mars et les saisons pluvieuses d'Avril à Octobre. Ces deux saisons sont entrecoupées chacune d'une brève saison contraire. La végétation est faite de savane arborée et arbustive. Les sols sont sableux, volcaniques et assez propices à l'agriculture. Un cours d'eau principal (Membi) traverse le village du nord au sud. On y retrouve les petites chutes de Nehok et surtout le mythique Nkeu Nta'a Tet4.

5- L'activité rurale

L'essentiel de l'activité paysanne repose sur l'agriculture et le petit élevage. Les principales cultures sont le café Arabica, le maïs, l'arachide, le bananier et le plantain, le manioc, le macabo, les pommes de terre, le haricot et les fruits divers que l'on retrouve parfois sur la même portion de terre. La population continue à croire que le ku'ngang avec sa danse ésotérique a une influence remarquable sur l'abondance des produits agraires. Le café est resté assez longtemps une culture privilégiée pour l'exportation et les autres, bien que de plus en plus commercialisées, sont destinées à la consommation locale. Avec la difficile conjoncture économie, beaucoup de Bansoa se sont lancés dans des activités libérales comme le petit commerce et les affaires.

La plupart des sites touristiques comme le Nkeu-Nta'a-Tet cité plus haut sont généralement des lieux Sacrés. Nous avons parmi eux, le Gwo-gwong, lieu où se trouve une grosse pierre du même nom sur laquelle les princes frères Bansoa, Bamendjou et Bameka se sont séparés en allant chacun s'installer de son côté. C'est sur cette pierre5 qu'ils ont juré d'aller fonder séparément leurs chefferies et d'y vivre en paix sans se nuire les uns les autres. On a aussi le Ngho Lah6, ce lieu où le Chef du sous-quartier Banock est «parti» en amenant sa population et où aucune herbe ne pousse. Le Keue-me-Mbeuh7 est une plaine très verdoyante et luxuriante où se trouve un amoncellement de pierres superposées de manière extraordinaire sous lesquelles se trouve une grotte. Les chutes de Metché représentent l'un des sites touristiques mais succitent beaucoup de crainte de la part des villageois. Situées entre Bansoa et Bafounda, les populations s'y rende pour des sacrifices et d'autres rituels conduit par le ku'ngang. Il se pourrait que lors des guerres d'indépendance, les résistant aient été

exécutés et jetés dans ces chutes, d'où l'idée selon laquelle cet endroit est hanté et seuls les sorciers et autres hommes puissants peuvent s'y rendre.

Ce sont là les principaux sites touristiques de Bansoa. Chacun est un lieu sacré plein d'histoires. Les photographies sont interdites sur certains de ces sites.

6- L'activité artistique

L'activité artistique a malheureusement disparue du village, les villageois ayant jugé qu'elle ne nourrissait plus son homme. Il n'existe pratiquement plus d'artistes sur les 113km2 que compte le territoire si ce ne sont quelques fabricants isolés de mortiers ou d'autres ustensiles de cuisine. Les sculptures récentes sont faites par des parents qui ont changé de métier mais on gardé le réflexe, ou par des utilisateurs eux-mêmes, à l'exemple des membres du ku'ngang qui en fabriquent pour leurs rituels.

Si le groupement Bansoa est entouré d'autant d'endroits mystérieux, nous jugeons utile de jeter un coup d'oeil sur sa structure interne et de parler de son organisation socio-politique.

Carte 2 : Les chefferies Bamiléké de L'Ouest-Cameroun (Source : G 7, Hengue P O. et al.1998 :11)

Section III : Organisation socio-politique de Bansoa

La hiérarchisation des sociétés Bamiléké n'est pas stéréotypée comme on peut le penser. Chaque village a ses particularités et ses appréhensions. Cependant plusieurs traits généraux peuvent être retenus, traits communs aux chefferies. Il est possible comme l'affirme FONGANG (1993-1994, 80), de dégager trois types de macro structures intervenant dans la gestion politique de toute chefferie Bamiléké à savoir le pouvoir exécutif, l'organe de délibération et la population.

Sur le plan religieux, les Bansoa croient en l'existence d'un Dieu Suprême qu'ils nomment «Ssi». Cependant, il existe aussi la croyance en des dieux locaux ou familiaux représentés par des lieux sacrés divers allant des arbres aux tentes érigées à cet effet en passant par des chutes d'eau. Ces divinités personnifiées selon le quartier ou la famille où l'on se trouve sont secondées par les ancêtres que les Bansoa vénèrent à travers le culte des crânes car, ici le mort ne s'en va pas mais reste et peut agir en bien ou en mal sur le vivant. Après vient le chef et sa suite.

Le Feuh (chef) et ses agents d'exécution constituent l'organe exécutif. Les deux autres catégories d'institution qu'on peut désigner selon leurs fonctions sont les organes de délibération et les organes déconcentrés.

Notre préoccupation majeure est de présenter l'organisation politique telle qu'elle était structurée, ou du moins les survivances que l'on observe aujourd'hui de part et d'autre. Cette tentative de reconstitution nécessite une analyse minutieuse des organes du pouvoir. Ceci nous conduit à analyser leurs attributions sur le plan politique.

Carte 3 : Village Bansoa
Source : archives chefferie supérieure Bansoa adaptées

Photo1. Entrée principale de la chefferie Bansoa Notons les masques ku'ngang peints de part et d'autres

Auteur : W. V. Kengne, Septembre 2006

A- L'organe exécutif.

1. Le pouvoir du chef

L'organe exécutif se présente comme le niveau supérieur de la stratification d'une chefferie8 puisque c'est à sa tête que trône le Feuh9 ; celui-ci est le personnage central de la chefferie. Il est responsable de la politique intérieure et extérieure de la communauté. La légitimité de son pouvoir repose sur sa désignation par son père avant sa mort, son arrestation et son initiation au La'akam.10 Une fois sorti de là, il devient aux yeux de la population le Ssila'a (dieu du village), porte-parole des ancêtres fondateurs de la chefferie.

Ceux-ci lui confèreraient l'intelligence et le pouvoir pour gouverner. Il est en quelque sorte le maître du gwong11. Le chef a la responsabilité de négocier et de conclure les accords et les alliances au nom du peuple avec les chefferies voisines. Il exerce aussi son autorité par le biais des Nwoullah, des Mekam nefveu, des sociétés coutumières et des sous-chefs.

Malgré l'étendue des pouvoirs dont dispose le chef, celui-ci est loin d'être un potentat car son autorité est contrôlée et limitée par des institutions spécialisées aux pouvoirs bien connus, à l'instar du Ku'ngang12.

a. Les conseilers spéciaux du chef

Dans l'exercice de son pouvoir, le Feuh a besoin et s'appuie sur les institutions comme sus évoqué mais aussi sur les conseillers spéciaux.

i. Le Kuetché Feuh.

Le terme Kuetché Feuh se traduit littéralement par adjoint ou assistant du chef ou encore celui qui tient la main du chef. Il est le plus proche du chef, mieux son premier conseiller. C'est un prince frère consanguin du chef désigné dont les parcours initiatiques sont identiques. Si le chef disparaît brutalement sans laisser de progéniture, le Kuetché Feuh prend les rênes du pouvoir. Il est après le Chef, le seul prince à avoir accès à toutes les confréries coutumières de la chefferie.

Il n'a aucune prérogative politique et apparaît comme un médiateur au cas où surviendraient des différends dans la famille royale. On le voit davantage s'activer dans les médiations pendant l'absence du chef.

ii. La Maffeuh

Quand le chef accède au trône, sa mère accède automatiquement à la dignité de Maffeuh. Ce terme se traduit littéralement par reine-mère. Cela lui confère une situation matérielle décente et elle tient de toute la communauté un grand respect et une haute considération.

Une fois qu'une femme est reine-mère, elle est contrainte de se conformer à certaines règles, notamment son départ de la concession royale. Elle quitte la concession, car ne pouvant faire des enfants avec son propre fils ; celui-ci consomme ses unions avec les veuves de son père qui peuvent encore procréer. Quand elle vient à décéder, une de ses filles est désignée héritière. Si celle-ci est déjà mariée, elle doit quitter son foyer conjugal pour s'établir dans sa nouvelle propriété où elle reçoit discrètement son époux pour des besoins de procréation. Elle peut même «épouser» d'autres femmes pour son mari.

Comme le Kuetché Feuh, elle a le droit de participer à certaines confréries secrètes réservées uniquement aux hommes et peut apparaître aussi en public pendant les exécutions rituelles et rythmiques. La reine-mère a le droit d'être reçue publiquement par le chef, même pendant le «ndú shù».13.

b. Les agents d'exécution du Chef

L'isolement du Feuh est pallié très vite par la présence autour de lui de nombreux collaborateurs (Nwoulah) et serviteurs (Metcheuh'Feuh) et des hérauts (Pe ton'lop). Ils constituent la garde personnelle du Feuh en même temps que ses messagers.

i. Les Metcheuh'Feuh (serviteurs)

Ce sont des agents inférieurs et soumis aux Nwoulah. Aux côtés du chef, ils s'apparentent à la garde personnelle et aux messagers. Ils accompagnent le chef dans ses sorties à l'intérieur ou à l'extérieur de la chefferie car ils sont chargés de porter les attributs du chef constitués de la pipe, de la chaise, de la calebasse de vin de raphia, etc. Si le chef décède subitement sans avoir désigné son successeur, les Metcheuh'Feuh contribuent au choix du successeur selon la confiance que le défunt avait placée en eux. Le travail des Metcheuh-feuh est complété par celui d'un autre corps, les Pe nton lop.

ii. Les pe nton lop ou Kui'fheu (hérauts)

Ce mot se traduit difficilement en français. Si nous essayons, on aura PE qui signifie les gens, NTON = crier, siffler et LOP = sirène. C'est une sorte de héraut des temps modernes. Ce sont des informateurs dont la mission première est de transmettre au peuple les messages du chef. Ils effectuent leur mission nuitamment et dans l'anonymat absolu et au cours de ces missions, ils crient les mots d'ordre du chef en soufflant dans un instrument. Il peut arriver qu'ils «exécutent la sentence prononcée par ce dernier (en cas de mauvaise volonté de la part du condamné). » (FOGUI, 1990, 136) Il est interdit de les croiser; si vous les entendez arriver, vous devez vous éclipser.

iii. Les Nwoulah

Ce sont les agents d'exécution les plus gradés et investis selon leur loyauté et leur moralité exemplaires. Ils s'apparentent aux ministres de l'administration actuelle et bénéficient des privilèges divers. Leur fonction à la chefferie dure neuf ans. Ils ont la charge des divers aspects des structures sociales tels que le protocole, la sécurité, le culte et bien d'autres.

Le nombre de Nwoulah varie d'une chefferie à l'autre selon les besoins de celle-ci. Pour certains auteurs, il existe trois ou quatre catégories. Cependant, le groupement Bansoa en a compté huit à travers le temps et les règnes. Nous avons retenu les principaux qui sont encore présents aujourd'hui14.

- Le Nwoulah Tchobum ou Nwoulah Nka'a

Son appellation provient des cauris qui ornent son chapeau ; (Tcho = tête et Mbum = cauris). Ses fonctions sont assez étendues ; Il est assimilé au premier ministre et règle la plupart des litiges portés devant le chef, puisque celui-ci ne s'occupe que des cas très graves. Il est aussi le grand prêtre du culte des ancêtres. Il garde la partie supérieure de la chefferie, sorte de caveau où seraient gardés les crânes des chefs décédés. Vu le contact qu'il entretien entre le monde des vivants et celui des morts, il a la charge d'arrêter le nouveau chef pour son intronisation. Il est assisté d'un adjoint nommé Nkué Nwoulah Tchobum.

- Le Nwoulah Noh

Le mot Noh signifie chefferie. Ce Nwoulah est en quelque sorte le ministre de l'intérieur et le gardien des trésors de la chefferie. Il est assimilé au ministre de la défense dans la mesure où il coordonne aussi les activités du Mandjong15. De nos jours, il gère les affaires internes à la chefferie. Il est assisté d'un Ndeffeu Nwoulah Noh qui s'occupe spécifiquement du protocole.

- Le Nwoulah Kah

Le mot Kah peut se traduire par association ou regroupement. Le Nwoulah Kah est chargé de gérer les associations traditionnelles. Il organise, contrôle et supervise les activités de ces associations et doit dresser un compte rendu fidèle au chef du village autant pour celles qui siègent le jour que pour celles qui siègent la nuit. Il y en a plusieurs qui siègent selon les jours de la semaine et nous pouvons citer : le Kah Memetè, le Kah Ndùshù, Le Kah Nshendà...

- Le Nwoulah Ntée-nchiéNtée-nchié signifie littéralement «le père de l'interdit». Ce Nwoulah est le

coordonnateur du rite de purification du village. Ce rite (Tchoua-tcha'a) qui dure trois jours permet aux Ppeu-nchiée ou «gens de l'interdit» (qui sont en fait les membres du Ku'ngang) de se mettre en condition pour exécuter la danse rituelle avant laquelle ils parcourent tout le village des grands carrefours aux limites pour l'exorciser, le purifier et le protéger16.

Il est important de signaler que ces Nwoulah après leur service auprès du chef, jouissent à leur sortie de certains privilèges et anoblissements.

22 reçoivent trois petites filles ainsi que des lopins de terre. Le Nwoulah Kah recevait deux petites filles ainsi qu'une portion de terre.

Nous avons arbitrairement choisi de ne pas être exhaustif dans cette section. Certes les fonctions des uns peuvent être confondues à celles des autres, mais tous oeuvrent pour le bien de la chefferie, tout comme ceux qui appartiennent aux organes de délibération.

B. Les organes de délibération

Il s'agit principalement du Mekam Nevfeu, du Mekam Sampa et de certaines confréries.

1. Les Mekam Nevfeu ou le conseil des neuf

C'est le conseil des neuf notables. Cet organe politique qui, comme nous l'avons déjà signalé comptait initialement neuf membres17, est l'organe suprême. Il a des pouvoirs très étendus qui équilibrent ceux du roi. Dans la chefferie Bansoa comme ailleurs, il a un rôle consultatif car aucune décision importante ne doit être prise sans leur avis. Le chiffre neuf est caractéristique de la puissance, du pouvoir surnaturel, de clairvoyance avec lequel le dieu protecteur du village illumine le conseil. Il a pour rôle d'établir les lois et interdits auxquels chaque villageois se soumet.

C'est le Mekam Nevfeu qui a la lourde responsabilité, aidé du Nwoulah Tchobum, d'attraper le nouveau chef et de conduire son intronisation en garantissant la légitimité de son pouvoir. Il est le confident du chef et reçoit de lui l'identité de son héritier potentiel qu'il doit garder secrète jusqu'à la mort du chef et ne révéler qu'au Nwoulah de droit. Leur rôle est d'autant plus important que

Seuls les neuf ont le pouvoir délibératif et peuvent être appelés, en cas de contestation, à témoigner ainsi que le ou les parrains du jeune héritier. Cette éventualité de contestation n'existait que par principe, dans l'ancienne coutume. Car l'accord des neuf seul suffisait. Cet accord généralement, ne souffrait pas d'intrique... (KANGA, 1959, 66)

L'opposition du Mekam Nevfeu à une décision du chef fait véritable qualité de veto car les membres sont mieux que quiconque aptes à interpréter la coutume.

A coté de ce conseil suprême et sur la même longueur d'onde, il existe le conseil des sept ou le Mekam Sampa.

2. Le Mekam Sampa ou le conseil des sept

Il est facile pour un observateur non averti de confondre le conseil des sept à celui des neuf. La particularité de ce conseil repose sur son pouvoir mystique en ce sens qu'il est en contact permanent avec les forces de la nature et le monde invisible. Si les neuf sont

23 comparables au parlement des temps actuels, les sept sont assimilables à la plus haute juridiction du village. Pour PERROIS (1993, 60),

Quant au conseil des sept notables, le Mekam Sambueh, c'est une sorte de "Cour suprême" de sages, dont le but est de veiller au respect des institutions et des coutumes. Les sept membres du conseil sont chargés notamment de l'intronisation du nouveau fo18 ; En contact avec le monde invisible, ils doivent protéger les chefferies.

Il veille à la protection des us et coutumes du village en s'appuyant sur les esprits des ancêtres et des divinités.

Ce serait un tort pour nous de parler de ces conseils sans nous attarder sur les sociétés secrètes qui sont de véritables réceptacles de la puissance surnaturelle et des forces spirituelles mises à contribution pour le maintien de la cohésion sociale.

3. Les Mekoum Nshiè (sociétés secrètes)

Encore appelées confréries sécrètes ou associations coutumières, elles constituent les leviers religieux, politiques, économiques et culturels sur lesquels s'appuie le Chef dans l'administration de son peuple. Le mot confrérie se définit comme "une association de personnes exerçant la même profession libérale et appartenant à un même corps"19. Autrement dit, une association religieuse ou charitable.

Les confréries sécrètes à Bansoa sont régies par des règles rigoureuses et des exigences auxquelles doivent se plier tous les membres pour assurer leur survie. Ces contraintes sont relatives aux différents pactes et alliances que les membres contractent dès leur entrée dans la confrérie. Ceux-ci sont tenus par le secret absolu et, à leur sujet,

On manque d'informations précises [...] car leurs membres sont, dit-on tenus par de rigoureuses obligations de réserve et ce à travers un serment que l'on qualifie de "magique". Toute indiscrétion est censée être sévèrement punie et de façon mystérieuse. (CHENDJOU KOUATCHO NGANSO, 1986, 100-1)

Ils ont le droit d'accéder à des choses très sécrètes de la chefferie comme aller dans le caveau royal par exemple. Ils sont craints même par les hauts notables qu'ils ont le pouvoir de sanctionner en cas de violation de l'ordre coutumier.

A coté de celles-ci, il existe des organes décentralisés comme des sous-chefferies qui sont de véritables chefferies à l'état réduit qui administrent à la basse échelle les populations constituées de serviteurs, paysans et autres personnes de profession libérale.

Ces sociétés secrètes ont un rôle très important dans la chefferie du fait que leurs décisions s'appliquent et s'imposent à tous. C'est la raison pour laquelle leur prestige est resté immuable à travers le temps. Pour illustrer ces sociétés, nous avons délibérément jeté notre

dévolu sur l'une d'elles afin de pouvoir mieux comprendre le fonctionnement et assimiler de facto les autres. Il s'agit de la confrérie du Ku'ngang.

Il était question dans ce chapitre de présenter notre contexte d'étude. Nous avons jugé important d'éplucher le concept du mot Bamiléké pour nous arrêter sur le cas Bansoa retenu comme notre site d'étude, cas que nous avons présenté sur les plans historique, géographique, et socio-politique. Ce dernier aspect nous a permis de comprendre le mécanisme de la hiérarchisation de cette société et d'en présenter les différentes composantes. Cette dissection conduit une fois de plus à mettre à jour le rôle fondamental que chaque maillon joue dans le maintien de l'ordre social. Pour être plus explicite sur ce rôle, nous avons jugé opportun de prendre appui sur la confrérie sécrète Ku'ngang dont l'existence participe des éléments fondamentaux de la sauvegarde des traditions anciennes.

NOTES

1 Données recueillies dans le Magazine socio-culturel Gwo-Gwong Sa'a 2003 édité à l'occasion d'un Festival Biennal du même nom.

2 Lire «Nguemba». C'est une façon dans la région d'apostropher quelqu'un dans le sens "Dites-moi" ou "Je dis hein ?". Comme le démontre Fossi, P. A., Minimalisme et computations syntaxiques en ?g?mbà, Thèse de 3e cycle Linguistique, UYI, 2005.

3 Information fournie par Sa majesté TCHINDA II DJONTU Jean de Dieu, roi des Bansoa lors d'une interview réalisée en 2006.

4 Nkeu Nta'a Tet en Nguemba signifie ravin à trois branches. C'est un endroit du Membi d'apparence très calme qui se divise sur une pente douce en trois branches dont chacune représenterait un des chef Bameka, Bamendjou et Bansoa. Selon la tradition orale, si vous jurez faussement en levant trois doigts (Majeur, Annulaire et auriculaire), Le jour où vous traverserez le cours d'eau à cet endroit, le débit s'augmentera miraculeusement, vous engloutira et redeviendra normal

5 Depuis 2001 les fils et filles du village et de la diaspora Bansoa se sont réunis pour créer un festival portant le nom de la pierre (Gwo-gwong) qui a pour but non plus de les séparer mais de les réunir pour se ressourcer dans les valeurs culturelles qui tendent à disparaître.

6 Ngho lah Peut se traduire littéralement par départ du village des gens ou de la population. Selon la légende, c'est le lieu sacré où le Chef Banock, dégoûté de la vie terrestre a ouvert dans le sol un boulevard à l'aide de sa canne. Il y a amené tout son peuple avant de le refermer après lui. De nos jours, on peut y entendre les voix à certaines heures de la journée. Avant de s'y rendre il faut avoir la bénédiction des Notables, gardiens des lieux. Témoignage d'Emmanuel (46 ans), prince Banock.

7 Keue-me-Mbeuh signifie : "Prends de gros morceaux" ou la vallée du calcaire". En temps de Maquis, les populations s'y réfugièrent et firent courir la rumeur que la grotte était habitée par des mauvais esprits dans le but de dissuader les assaillants. Il se pourrait même que cette grotte renferme des peintures rupestres que nous souhaiterons découvrir.

8 Dans son Mémoire, L'ascension dans la société traditionnelle. Etude de la chefferie Bansoa en pays Bamiléké, Jacques Negha essaye de lever la nuance entre la chefferie et le village.

9 FO, FON, FEUH, cette appellation du chef varie selon le dialecte ou le village où l'on se trouve.

10 Lieu d'initiation du futur Feuh à ses prochaines fonctions.

11 Le Gwong est « une sorte "d'Etat-nation" ou territoire, à la population et aux coutumes bien définies.

12 Nous reviendrons sur le rôle et la fonction du ku'ngang pls loin. Voir p. 25.

13 La semaine en pays Bamiléké compte huit jours et le "ndú shù"est considéré comme jour sacré, jour de repos où on ne doit pratiquer aucune activité de travail de la terre sous peine de malédiction ou même de mort.

14 Entretien avec M. Kolla Josué, Adjudant retraité, notable Bansoa, Yaoundé, 08 Février 2005

15 Le Mandjong c'est l'association ou la caste guerrière du village. Voir Fongang, J.P., Evolution des pouvoirs..., 1993-1994. p. 97.

16 L'information sur ce rite sera complétée au chapitre suivant à la section II portant sur l'initiation et le rituel du Ku'ngang.

17 Notre informateur Ndi Mbé Ndeffeu Nkuishouo nous a révélé que le conseil comptait neuf membres dont le chef et huit descendants du chef fondateur.

18 Fo (Feuh en ?g?mbà) c'est l'appellation du chef en langue Ghomalah parlée dans le Koung khi

19 Définition tirée du Larousse trois volumes en couleur, librairie Larousse, Paris, 1970.

CHAPITRE II :
COSTUME ET CONFRERIE SECRETE DU KU'NGANG

La société traditionnelle Bansoa connaît un foisonnement d'associations vaniteuses, religieuses ou secrètes. Ces sociétés sont absolument indispensables pour la défense des intérêts des membres, le soutien des actions collectives, la régulation du pouvoir du chef et le maintien de l'équilibre social. Le Ku'ngang est l'une des rares confréries à Bansoa ne siégeant pas à la chefferie mais ayant une telle puissance qu'elle est crainte, même par le chef du village. Dans la langue jgambà, un adage dit : "Feuh luù ndók nóh pak lók çdum kuoñ"1 Ce qui signifie de manière transcrite "Le chef a gagné la chefferie et nous l'amont". Cela est d'autant plus impressionnant que pour KWAYEB, (CHENDJOU KOUATCHO NGANSO, 1986, 119) «le Ku'ngang se garde bien de montrer au chef tous les différents aspects de leurs secrets car celui-ci une fois initié pourrait bien se passer d'eux.»

Pour sa meilleure compréhension, nous regarderons tour à tour ses origines dans Bansoa, son initiation et ses rituels, sa structuration et son rôle. Cette présentation intrinsèque débouchera sur la présentation des objets qui l'accompagnent et dont les membres sont en possession pendant leurs apparitions publiques.

Section I : Les origines du Ku'ngang à Bansoa

Avant de parler de ces origines, attardons-nous sur le mot lui-même.

A- La doctrine fondamentale du Ku'ngang

Quelle que soit la variation de la façon d'écrire ou de prononcer le mot, Ku'ngang traduit une seule et même réalité pour toutes les communautés Bamiléké qui le connaissent. Selon nos informateurs2, Ku'ngang serait dérivé de la langue Fotouni dans le département des Haut-plateaux de l'Ouest. Kou' ou ku' pourrait se traduire par respect, amour, confiance; Ngang quant à lui signifierait la personne, quelqu'un ou l'indiqué. Le Ku'ngang est donc l'amour ou le respect pour une personne. Il se décrit comme un rassemblement ou une assemblée de personnes détentrices d'un pouvoir surnaturel et dont le but est entre autres, de protéger le village contre les épidémies, les mauvais esprits, les mauvais sorts et veiller à sa prospérité autant agraire qu'humaine. PERROIS (1993, 88) à cet effet mentionne que :

Le ku'ngang constitue la société secrète la plus active dans les chefferies car elle joue de nombreux rôles, notamment en matière d'agriculture, de magie au bénéfice du groupe, des rapports avec les défunts et parfois-même militaire en complément du Manjong.

Le Ku'ngang est l'assemblée des sorciers et des marabouts les plus puissants et les plus réputés du village dont les origines remontent très loin dans le temps. Dans certains cas, le Ku'ngang joue le rôle d'organe répressif et parfois même de Justicier3.

On peut avoir une idée de sa région de départ, des endroits de la province où on a ses premières manifestations. Pour PERROIS et NOTUE, (1997, 74) «C'est à partir d'un quartier de Banka que le Ku'ngang se serait répandu dans une bonne partie des chefferies de la région».

Malgré ses origines assez mitigées, le Ku'ngang s'est propagé dans plusieurs chefferies Bamiléké, ainsi Bansoa n'a pas été épargné.

B- L'arrivée du Ku'ngang à Bansoa.

Les enquêtes ont permis de découvrir que le Ku'ngang s'est implanté à Bansoa en plusieurs étapes, provenant des endroits différents. Certains informateurs (anonymes) situent son arrivée à environ deux siècles et pour d'autres, cette arrivée est plus récente, environ un siècle et demi.

Selon un informateur4, le Ku'ngang dont il est héritier et chef de clan est venu de Fotouni il y a quelques siècles. Nous avons répertorié sept clans siégeant encore à Bansoa. Cet informateur, âgé de 56 ans environ est le 5e descendant d'une génération de Ku'ngang. Sa maman encore vivante est âgée de 76 ans. Il affirme que, son grand-père était le premier maître Ku'ngang à arriver à Bansoa. Si l'on considère que les trois hommes qui l'ont précédés ont vécu chacun au moins 50 ans, cela nous situe approximativement à 206 ans avec l'âge de l'informateur compris. Les témoignages convergent pour dire que ce clan est le plus puissant et le plus ancien du groupement Bansoa car c'est lui qui détiendrait la pierre du Ku'ngang5.

En effet, un prince Fotouni du nom de MBAH Sengang n'ayant pas hérité du trône s'enfuit du village et se retrouva à Bansoa. Il était doté d'un pouvoir surnaturel et impressionna par le fait même le XIIIe chef de la dynastie Bansoa du nom de FOMENE dit Ta'atoh Ntu'u».6 Celui-ci sollicita les services de MBAH Sengang pour conquérir les territoires, et surtout parce qu'il n'arrivait pas à faire un héritier mâle. Un traitement spécial lui fut administré par le guérisseur et le chef put enfin faire un garçon, Tchinde I, père de

Djontu Maurice à son tour père de Sa majesté TCHINDE II DJONTU Jean de Dieu, roi des Bansoa.

Comme sa renommée ne cessait de croître, cela suscita quelques jalousies dans la cour, même et c'est pour éviter des soulèvements que le chef permit à MBAH Sengang de s'installer dans la partie sud-ouest du village et d'y créer sa chefferie car il avait beaucoup de femmes et d'enfants. Une fois installé, il entreprit immédiatement d'agrandir son territoire en repoussant les Baloum qu'il effrayait par des voies mystiques. Il fonda ainsi la Chefferie "La'afiè" qui signifie nouveau village ou terres neuves.

D'un autre côté, le clan Ndze Tsinkem7 est venu de Bangam avec un nommé Ndzetchap et est aujourd'hui à sa troisième génération. Vu les 57 ans d'âge de l'actuel successeur et considérant que ses prédécesseurs ont vécu chacun au moins 50 ans, on situe à environ 150 ans l'implantation de ce clan depuis l'émigration de Bangam.

Photo2 :

Entretien avec, M. Ngumtsa jean Galbert (tradi-praticien chef de clan Ku'ngang) en compagnie de sa mère.

Photo3 :
Entretien avec M. Matthieu Soh,
(tradi-praticien et Chef de clan
Ku'ngang)

Un autre clan venu de Bangam et qui n'a pas encore de descendance à Bansoa est celui de Ndi Mbè Tamenouo. Cet autre chef de clan et tradi-praticien est âgé de 62 ans.

S'il est vérifié avec NOTUE que le Ku'ngang est né à Banka, l'hypothèse de sa progression dans le temps et dans l'espace, suivant le parcours Banka, Bandja, Batié, Bangam, Bamendjou et Bansoa peut être émise (voir carte 3). La surprise est que ce Ku'ngang ait trouvé une autre forme pré-existante, plus simple, plus sobre et plus ancienne.

C- Les formes de Ku'ngang à Bansoa

Le Ku'ngang existe aujourd'hui à Bansoa sous deux formes uniquement, l'une étant immigrée et l'autre autochtone. La première différence se situe au niveau des costumes respectifs.

1. Le Ku'ngang immigré ou «Ku'ngang aux cheveux»

Cette forme est la plus connue, la plus répandue et la plus puissante. Nous l'avons appelée Ku'ngang aux cheveux à cause des cheveux naturels à partir desquels les costumes portés par les membres sont confectionnée. Elle est très crainte et organisée en clans lignagers et il en existe huit à Bansoa :

- Le clan Ndi8 Mbah Sengang - Le clan Ndi Ndze Tsinkem - Le clan Ndi Mbè Muntang - Le clan Ndi Tendzodon

- Le clan Ndi Mbè Ndeffeu Téne - Le clan Ndi Mbè Tamenouo

- Le clan de To'otcha'a*9 - Le clan de Djulah*

Chacun de ces clans siège de manière autonome mais il n'y a pas de barrière pour le membre de siéger dans un clan qui n'est pas le sien. A coté de cette forme de Ku'ngang, il existe une autre plus antérieure.

2. Le Ngoup Nekou'

Cette forme est liée à la création du village Bansoa. Aujourd'hui très peu connue et pratiquée, elle est en train de tomber en désuétude. Le Nekou' ne détient pas autant de pouvoirs que l'autre confrérie aux cheveux. Il est constitué de quelques herboristes traitants. Ils se réunissent une fois par semaine pour partager leurs expériences autour d'une calebasse de vin de raphia et quelques noix de kola. Sa raison d'être est aussi la solidarité car on voit cette confrérie se déployer lors des funérailles d'un membre ou d'un proche.

Sa tenue, il y a longtemps, était faite de feuilles sèches de bananier, maintenues par des cordes tressées provenant de l'écorce de la même plante. Au contact de la colonisation, le Nekou' a adopté un haillon taillé dans une pièce d'étoffe noire ou dans un sac de jute. Le fond

est rehaussé par quelques cauris et coquilles. Lors des enquêtes, deux clans ont été identifiés, qui selon toute vraisemblance, seraient les seules survivances dans le village.

- Le clan de Jean-Marie10

- Le clan de Ndi Mbah Taku'u

Cette autre forme de Ku'ngang pourra faire l'objet d'une étude ultérieure.

Après avoir traité des origines du Ku'ngang à Bansoa, il est à présent question d'aborder l'aspect initiatique et les manifestations de cette société secrète.

Section II : Le rôle du costume lors de l'initiation et du rituel Ku'ngang

A-L'initiation au Ku'ngang

Nous voulons signaler que le costume qui a retenu notre attention est un élément fondamental de cette confrérie. Il intervient dans tous les actes que posent les membres et avant de le revêtir, chaque membre passe absolument par une intromission particulière.

Cette confrérie est lignagère, l'entrée un droit de sang et l'initiation non obligatoire. Quand un fils de Ku'ngang manifeste la volonté d'intégrer le groupe, son père le présente aux confrères et il obtient son droit d'entrée. Tous les fils de Ku'ngang peuvent volontairement intégrer la confrérie mais il faut au préalable que celui-ci soit «préparé». Cette pré-initiation consiste à faire boire aux enfants à bas âge des décoctions et à lécher des poudres d'os d'animaux broyés et beaucoup de décoctés similaires. Ceci s'accompagne de paroles incantatoires et protectrices. Il doit aussi prendre connaissance avec le costume, ce nouvel objet fait de particules humaines, animales et végétales qui devront lui servir de bouclier contre les attaques mystiques.

Aussi, la fille aînée Tèt Ndeh Ku'ngang obtient d'office son droit d'entrer dans la société, de siéger et de prendre part à toutes ses manifestations publiques. Elle prend de ce fait le nom de Maffeuh Ku'ngang.

Pour nuancer les propos de PERROIS et NOTUE (1997, 74-76), le Ku'ngang à Bansoa ne siège pas du tout à la chefferie et le chef est d'office exclu d'en être membre dans la mesure où il n'est pas de la lignée. Bien plus, les postulants ne contractent pas impérativement d'alliance totémique avec des animaux féroces lors de leur initiation.

Bien qu'issu de la lignée, le nouveau membre doit subir l'épreuve du jet de cauris. Tous les fils Ku'ngang ont la possibilité d'en devenir membres mais pas la même prédisposition à supporter les rigueurs de la formation. Ainsi, la confrérie réunit tout son comité et le devin

prend quatre cauris sur lesquels il demande au postulant de cracher. Ceci fait, ils sont jetés au sol et le devin interprète leur position. Si les cauris répondent par l'affirmative, le candidat est alors autorisé à commencer son initiation. Au cas contraire, l'expérience est répétée deux à trois fois. Si cela persiste, il y a un huis clos entre les membres pour détecter le blocage. Au sortir de là, l'on refait le jet et s'il y a toujours refus, le candidat se voit refusé l'accès à l'initiation. Il faut noter que le candidat choisi par les esprits n'a pas besoin de subir deux jets car le premier est très souvent confirmé.

Il est vrai que le Ku'ngang est caractérisé par les pouvoirs magico-religieux des membres. C'est ce qu'ils appellent entre eux le Nguegang, forme camouflée de Nekang qui signifie la magie. Cette puissance s'acquiert à la naissance et est cultivée au fil des apprentissages divers sous le regard perspicace du Tatchouop (maître initiateur).

Lors de la première initiation marquant son accession à la confrérie, le jeune postulant a le crâne rasé et le corps embaumé de P'poh (poudre rouge de bois d'acajou) mélangée à de l'huile de palme, preuve qu'il décide de se sacrifier pour la cause du ku'ngang. Il est gardé chez le Tèt Ndeh pendant la durée de son initiation et ne doit retourner chez ses parents qu'une fois la première phase terminée. Il ingurgite au quotidien des décoctions dont seul l'initiateur connaît la composition. Il est mis sous un régime alimentaire ascétique pendant les trois à six semaines que peut durer son intromission. Pendant cette phase de privations, l'impétrant passe de son onction en rouge vers une onction jaune faite de terre ocre broyée et mélangé à l'huile. Au menu, il ne consomme que des insectes, des grenouilles et bien d'autres.

La rigueur de son initiation tient aussi du caractère puissant de cette confrérie car le jeune aspirant doit être bien préparé à affronter les esprits maléfiques lors des étapes qui joncheront son parcours.

Cette phase s'achève par une manifestation solennelle. Une fête sur la place publique marque d'office la sortie des nouvelles recrues. Ils ont le torse nu et portent tous des jupes en tissu en batik «ndop». C'est à cette occasion qu'ils commencent à exercer leur jeune talent surnaturel en mangeant du taro cru ou en mâchant des objets tranchants tels des lames de rasoir ou des tessons de bouteilles. Il arrive parfois que la rudesse de la formation ait raison de certains prétendants. A la sortie, si un parent au lieu de voir son fils trouve plutôt brandi un haillon de son vêtement recouvert de cendre, il comprendra que celui-ci a succombé pendant son apprentissage.

La deuxième phase est la plus longue et la plus spirituelle. Parvenus à l'âge adulte et mariés pour la plupart, les candidats doivent apprendre à maîtriser leur force intérieure, leur énergie et les forces qui les entourent à travers une méditation. Ils apprennent à connaître la danse Ku' (lire Kou') ainsi que tous les accessoires qui y sont associés. Ils s'exercent sous le regard du Tèt Nekang (père de la magie) à opérer des prodiges tel que commander ou maîtriser les forces de la nature (vents, orages, pluies, foudre, essaim d'abeilles...) Ils apprennent aussi à déposer le fétiche en cas de vol et comment l'amener à agir sur le coupable en cas de non restitution (voir photo 9). C'est également à ce stade qu'ils apprennent à charger une statue et d'en faire un réceptacle du Nguegang (voir photo 10, 11 et 12), capable de motricité, de parole et d'action sur l'homme. Une fois que la formation complète est achevée, l'aspirant est à même de savoir quel prodige peut être fait en public ou pas. Les autres pratiques et démonstrations restent ésotériques.

A cause du pacte de discrétion qui lie tous les membres de cette société, nous n'avons pas pu accéder à plus d'informations relatives à certains autres rites qui se passent lors de ces initiations. Nous voulons tout de même aborder le rituel.

B- Le rituel Ku'ngang

Le rituel Ku'ngang est lié à son initiation. Cependant, certains rites sont pratiqués en public à titre démonstratif ou folklorique tandis que l'essentiel se fait très secrètement. Parmi les rituels du Ku'ngang pratiqué en public, l'on peut citer la fécondité, la défense et la protection contre les esprits maléfiques et celui de la répulsion des épidémies qui ne se pratique jamais à visage découvert. Le costume se présente comme un élément indispensable de la concentration des forces dont ont besoin les officiants et les participants.

La pratique intrinsèque du rituel Ku'ngang reste inaccessible au non initié. Cependant, il nous a été révélé qu'en cas d'épidémie dans le village, tous les clans se réunissent à un endroit retiré au coeur de la forêt pour un conseil de crise. La dizaine de jours qu'ils y passent est faite de privations, de méditation, de concertation et de quête. Ils sont à la quête des plantes rares dont la mixture associée à d'autres poudres magiques repoussera l'épidémie ou la force y relative. Une fois la potion apprêtée, les membres sortent de la forêt à la file indienne et vont nuitamment aux limites et aux grands carrefours du village pour asperger le produit en proférant des incantations et d'autres paroles magiques. C'est le rite Tchoua-tcha'a à l'issu duquel ils pratiquent la danse rituelle.

Le plus grand rite du Ku'ngang est une biennale qui débouche sur la célébration du Ngou' Nekang11, cérémonie pendant laquelle les différents clans bénissent le village et le protègent des mauvais sorts. Préalablement, chaque patriarche convoque toute sa descendance âgée de moins de cinq ans pour les préparer. Il s'agit de les faire asseoir tous à la manière du Lotus12 avec les doigts croisés à la hauteur de la poitrine. Le patriarche applique sur chaque ongle une mixture faite de plantes séchées et d'une poudre d'écorce broyée, le tout mélangé à de l'huile de palme. Chaque enfant doit ainsi lécher ses ongles à tour de rôle sans décroiser les doigts. Tous les fils du village doivent subir ce rite de protection13 de peur d'être attaqué par les mauvais esprits qui seront chassés pendant le rite du Nekang.

Ce rite en lui-même se prépare toujours en forêt et chaque membre du Ku'ngang reçoit sa part de potion magique dans un petit sac fait en fibre de raphia dont l'ouverture est condamnée. Chacun fait serment de ne rien y ajouter, encore moins d'en retrancher et de ne l'utiliser que pour du bien. Ce sont ces petits sacs qui, en plus des masques cagoules revêtus, lors des sorties sur la place publique, seront tapés sur la tête des spectateurs dans le but de chasser les mauvais esprits et de guérir les maladies de toutes sortes. En bref, chacun reçoit proportionnellement selon son problème et le voeu émis. Toutefois, les spectateurs doivent absolument éviter de rentrer en contact direct avec le costume in situ car il regorge des forces sensibles.

Il existe pendant cette séance de guérison publique, une autre activité menée par une classe supérieure des membres, la classe des superviseurs généraux. Ceux-ci, très puissants, font une percée en forêt pour repérer les lianes magiques qu'ils enroulent autour des reins. Il faut être doté de leur pouvoir et surtout d'intentions positives pour les retrouver sinon, on passerait devant elles à longueur de journée sans les apercevoir. Ces lianes leur donnent le pouvoir, pendant la danse, de détecter les membres qui auraient troqué leur sac à un autre ou qui y aurait ajouté une substance maléfique. Quand un coupable est identifié, il est immédiatement désavoué et banni du clan et de la société secrète. Le rituel du Ku'ngang se poursuit de manière restreinte chez chaque membre qui exerce selon son rang et le pouvoir qu'il détient.

Il est à noter en somme qu'au sein de cette confrérie, tout le monde n'a pas la même force ou la même puissance, ni le même rang. Ceci nous amène à aborder l'organisation interne de la confrérie Ku'ngang.

Section III : Le costume et la structure associative du Ku'ngang

L'organisation interne du Ku'ngang est assez difficile et complexe. Ce sont les membres qui connaissent entre eux la place que chacun occupe. Cette complexité vient de ce qu'il regroupe les membres du Mekam Sampa et du Mekam Nevfeu ainsi que d'autres personnes dotées de pouvoirs variés et divers. Il existe tout de même des indications liées au costume, qui permettent au profane de savoir approximativement le rang occupé par chacun.

A-Le Takou' (le père de la magie)

C'est le maître suprême du Ku'ngang, encore appelé père de la magie. Le village n'en compte qu'un qui est le chef de tous les clans. Sa souveraineté est reconnue et tous les membres de tous les clans lui doivent respect et soumission. C'est lui qui détient la pierre sacrée dont nous avons parlé plus haut. Il est rarement présent dans les manifestations publiques du Ku'ngang et quand c'est le cas, il ne porte pas comme les autres le masque cagoule. A lui seul, il est capable de dissoudre un clan si celui-ci se détourne des préceptes fondamentaux de la confrérie. C'est lui qui convoque chaque fois les réunions de crise et qui rassemble les autres clans pour le Ngou' Nekang.

B-Le Tèt ndè Ku'ngang (le capitaine ou chef de clan)

C'est le fondateur et grand prêtre d'un clan ou son successeur. C'est chez lui que se passe le culte car c'est lui qui détient la statue fétiche, réceptacle du pouvoir clanique. Il se distingue facilement des autres lors des sorties officielles par son costume. Celui-ci est fait dans un sac de jute sur lequel sont accrochés tout un tas de choses (voir photo 4a). On peut y voir des coquilles d'escargot, des cauris, des morceaux de peau d'animaux féroces, des reptiles, des grelots, des sacs fétiches, des cheveux tressés et bien plus. Selon les circonstances, il sort avec son masque cagoule unicorne fait de cheveux tressés.

C- Le Tatchouop ou l'initiateur

Comme l'indique son nom, il est l'initiateur du clan. C'est lui qui a la charge de recevoir et initier les nouveaux membres qui arrivent dans le clan et de conduire leurs pas sur le difficile et dangereux sentier de l'apprentissage de la magie. Ceci se passe sous le regard averti du Tèt ndè. Il se distingue en public des autres membres par son masque à deux cornes (Photo 5).

Photo4 : les costumes du Tèt ndè Photo5 : coiffure bicorne

a) Le capitaine tenant son costume b) costume unicorne du Tatchouop

B-La Maffeuh Ku'ngang ou la reine du Ku'ngang

C'est la fille aînée du chef de clan, le Tèt ndè. C'est la seule personne de sexe féminin habiletée à siéger au sein du groupe, ce qui est un grand privilège pour elle et l'objet de beaucoup d'admiration pour ses consoeurs. En cas d'absence du chef de clan, elle peut diriger les troupes. Elle sort en public avec le groupe sans porter de costume, ni de masque et ne tient à la main qu'une branche de Kwenkeng14

D-Le comitéLe comité est formé des membres appartenant aux conseils des neuf, et des sept, ainsi que des spécialistes dotés de pouvoirs particuliers :

1. Les membres du conseil des Sept

Ce sont des hommes très puissants et influents dans tout le village. Si l'un d'eux appartient à la confrérie, sa tenue d'apparat comme toutes les autres sera faite de cheveux tressés mais avec la particularité d'être surmontée de 5, 7. 8 ou 10 cornes (voir photo 6).

2. Les membres du conseil des neuf

Décrit plus haut comme l'organe consultatif du village, il a des membres qui siégent au sein du Ku'ngang. Lors de leur apparition en public dans ce cadre précis, leur cagoule est surmontée de 2, 3 ou 9 cornes (voir Photo 7). Etant des légiférants du village, c'est la raison

pour laquelle celui qui est chargé d'enseigner aux nouveaux membres les préceptes de l'organisation (Tatchouop) a été choisi parmi eux.

a) masque à 5 cornes b) masques à 7 cornes c) 8 cornes d) 10 cornes

Photo 6 : les costumes des membres du sept

a) masque à 3 cornes b) masque à 9 cornes

Photo 7: les costumes des membres du neuf

3. Les autres membres du comité

- Le Tchouo'ngah (devin)

- Le Ngang Nehang (l'homme du ciel)15

- Le Mbà Mbeng (celui qui retient la pluie)16

- Le Nthrom (Vampire)

- Le Nhù Nghù (Détecteur). Il a le don de détecter et de retrouver les choses cachées ou égarées. On fait appel à lui pour creuser le Ntcheup17 ou pour déterrer un crâne que l'on veut amener à un abri sollicité par le mort lui-même.

Bref, chaque membre de cette assemblée est doté d'un pouvoir mis au service de la confrérie pour le bien être de la communauté.

Section IV : Le costume et quelques accessoires du Ku'ngang

Il a été question ici de présenter morphologiquement et symboliquement ces accessoires en prenant en compte, dans la mesure des possibilités, de la cosmogonie de cette société secrète.

A- Le costume

L'élément caractéristique du masque Ku'ngang ce sont les cheveux qui le constituent. Il est conçu avec une loge, sorte de cagoule prévue pour recevoir la tête du porteur. Tout autour de la loge, des tresses faites de vrais cheveux humains pendent au moins jusqu'aux genoux du porteur. La forme de la partie faciale du masque varie selon le costume et le réalisateur. Elle est tantôt ovoïdale (Photo 8a) ou polygonale (Photo 8b). Ce qu'ils ont en commun ce sont les trous aménagés au niveau de la bouche et des yeux pour respirer et voir. N'ayant jamais porté ce masque, nous ne pouvons certifier le confort du porteur. En effet, si on considère que la plupart du temps, les porteurs tiennent d'une main le masque par le menton pour le décoller du visage, on peut déduire qu'il n'est pas évident de s'y sentir à l'aise. On peut lire sur la face de certains masques, des expressions particulières de peur, de joie, de détresse ou de fureur. La face est généralement perlée (Photo 7b) ou cousue de cauris (Photo 6a, b et d) sur un morceau d'étoffe rouge. Une couronne de cheveux plus ou moins accentuée, faisant corps avec le masque, est à la base des cornes qui le surmontent. Ces cornes dont le nombre varie d'un costume à un autre sont recouvertes en partie de cauris cousus sur un morceau d'étoffe rouge.

Les cheveux qui pendent sont des longues tresses minutieusement confectionnées. Chaque tresse est ceinturée à intervalle irrégulier par des bouts d'étoffes parfois scintillantes. Celles-ci assurent davantage la fermeté et l'étanchéité de tresses. Ce costume parait aussi simple que sa confection et le matériel utilisé.

B-La confection du costume

L'on a besoin de peu de chose pour réaliser ce costume. Parmi les objets utilisés, on peut citer des cheveux, de la ficelle, des cauris, des cornes d'antilope, de gazelle et ou de boeuf, l'aiguille, de la paille pour tresser le masque facial, des pièces d'étoffe et un pot de colle.

Le masque que l'on tresse dans la paille doit pouvoir être facilement enfilé sur la tête. Il est ensuite recouvert d'un tissu sur lequel les éléments seront cousus. Une fois ce masque achevé, vient l'étape d'ajustement des cornes. Un tissu est solidement cousu sur la base des cornes. Il permettra de coudre les cornes sur le masque. Les tresses quant à elles sont faites séparément. On prend trois ficelles de même longueur dont on fait des mêlées. A Chaque mêlée, on insère une touffe de cheveux de manière à obtenir une longue continuité (voir photo9). Pour plus d'adhésion, les fils sont encollés au fur et à mesure que l'on met des cheveux. Quand les tresses sont achevées, on les tond tout le long pour les rendre plus régulières. Enfin, on y coud par endroit des morceaux d'étoffes rouges et blanches pour non seulement mieux retenir les tresses, mais aussi pour décorer. Quand il y a suffisamment de tresses, on serre les bouts de ficelle débordants pour les fixer sur la couronne située sur la partie supérieure du masque. En ce qui concerne les finitions, les cauris ou les perles sont cousus sur le tissu qui recouvre la face et la base des cornes et le tour est joué.

A ce stade, notre masque reste un objet d'art inoffensif et incapable d'une action quelconque. C'est après le rituel de sa consécration qu'il ne sera plus permis aux non initiés de s'y approcher. Il aura alors acquis le pouvoir qui fait de lui comme la plupart des objets d'art bamiléké, un objet craint (PERROIS et NOTUE, 1997, 101)18.

En plus de ce costume, il existe d'autres objets qui participent de l'univers du Ku'ngang, notamment des masques de bois et des statues et dont l'observation nous a permis d'en tirer des signes graphiques que nous avons utilisés pour la création picturale.

39

a) forme ovoïdale à cauris b) Formes rectangulaires à cauris et perlées

Photo 8 : masques cagoules Ku'ngang

Photo 9 : Le chef de clan tressant des cheveux pour confectionner les masques

La statue en elle-même est très réaliste et représente une femme ; bien que le visage soit masculin. Proportionnellement, la tête représente le tiers de la hauteur totale qui est sensiblement égale à 30cm. Le tronc est moyen et les jambes frêles. Le bras gauche est plié et la main portée vers la hauteur de l'épaule. Dans celle-ci un trou est aménagé et les doigts suggérés. Ce trou reçoit selon les circonstances, une branche d'arbre de paix, une flèche ou un couteau.

C- Les statues Ku'ngang

Les statues liées au Ku'ngang sont aussi variées. Nous convenons avec PERROIS et NOTUE (1997, 131) que malgré le réalisme très poussé, une tendance à épurer ou au contraire à simplifier certaines formes apparaît dans plusieurs oeuvres. Ces statues utilisées dans les confréries sont multifonctionnelles.19

1. La statue de fétichisme

Au sein de la confrérie, il existe des poseurs de fétiche à qui on peut faire appel lorsqu'un cas de vol est signalé. Quand il est contacté, sur place, il demande à tous de véhiculer la nouvelle selon laquelle le voleur doit restituer l'objet volé dans les plus brefs délais. Une fois cet ultimatum lancé, il implante un décor où la statue joue un rôle central. Un cercle est tracé sur le sol, avec du sel ; dix cierges rouges et blancs sont ensuite allumés, deux tiges de roseau sont croisées devant la statue à côté d'un vase en terre cuite. Un feu de bambou est aussi allumé dans le cercle et évolue au rythme de la fonte des cierges.

Un trou est aménagé sur l'abdomen donnant sur une cavité où l'on loge les produits magiques qui agissent sur le coupable. Une tresse de cheveux est enroulée sur le cou et les bras de la statue, de même qu'un morceau d'étoffe rouge autour du rein (voir photo 10b). Ces deux éléments sont assez représentatifs de l'univers matériel et chromatique du Ku'ngang.20

2. Les statues réceptacles du pouvoir.

Chaque fondateur ou chef de clan de la confrérie possède chez lui, parmi les statues, au moins une dont les pouvoirs sont grands et le rôle assez spécifique. Chez chacun des deux chefs de clan que nous avons sélectionnés, nous avons trouvé des statues particulières.

- Chez M. Matthieu SOH dit Ndi Ndze Tsinkem, l'on a découvert deux statues auxquelles le chef de clan a attribué des noms. L'une se nomme Christophe Dassi (Photo 11) et l'autre Barrabas Kemgang (Photo 12).

Christophe Dassi est incontournable car on se réfère à elle chaque fois que le clan doit se manifester. C'est sur elle que l'on fait couler l'huile rouge, le sang de bêtes et autres produits de sacrifice. Elle mesure environ 40cm de haut avec 20cm de diamètre. Elle est réalisée dans un style proche de celui de la statuette fétiche décrite plus haut. Nous pensons même que toutes seraient les oeuvres d'un même artiste. La seule différence qui existe entre les deux est que celle-ci représente un homme. On peut remarquer accrochés à cette statue des plumes, des épines de porc-épic21, une tresse et surtout un chapelet chrétien. Cette statue est douée, entre autres, du pouvoir de motricité et d'expression orale et elle doit toujours rester à l'abri des regards indiscrets. Après plusieurs demandes infructueuses, nous avons exceptionnellement obtenu le droit de la photographier.

L'autre statue, Barrabas Kemgang, est pour sa part dans la même posture que les autres, mais d'une facture plus raffinée. Elle est plus haute (environ 90cm) et repose sur un socle. En plus, elle porte des éléments ajoutés comme une couronne de lianes magiques, une chaîne au cou, un bracelet de cuivre dans la main, une calebasse perlée accrochée au cou, des plumes et autres objets indescriptibles. La fonction de cette statue selon nos informateurs est très spécifique. En cas de décès ou des funérailles d'un membre de la confrérie, Barrabas est sortie et exposée au centre ou à l'entrée de la cour où l'événement aura lieu. Ceux qui en savent un peu identifient la statue aisément. Elle se lamente et quand on lui demande pourquoi, éplorée, elle donne les raisons de sa tristesse.22

Cette statue, difficile à décrire à cause du décor et de tous les éléments d'ajout ne pouvait être déplacée de l'endroit où elle était posée (voir photo 13). Elle est accompagnée de sacs fétiches, de poignard, de jujubes23, de cheveux, de peaux d'animaux et surtout d'une corne (porte d'entrée des esprits) tenue dans la main droite et levée vers le haut au dessus de laquelle est posée la boule qui détient toute la puissance de la statuette. Le visage de la sculpture (seule partie du corps assez distincte) a été fait dans un style très réaliste. Les contours des yeux sont peints en blanc.

Cette statuette est sollicitée pour les traitements de dernier recours et pour les pratiques de divination. Son dispositif présente tout autour d'elle des récipients contenant des remèdes sous forme de décoctions et décoctés. S'il arrive qu'un traitement soit destiné à quelqu'un éloigné, on l'applique sur un pigeon blanc qu'on pose sur l'objet de puissance tenu par la statue et on le laisse s'envoler. Quelques temps après, le malade recouvre la santé où qu'il se trouve.

Toutes les statues qui viennent d'être présentées ont en commun les pouvoirs surnaturels dont elles sont dotées. Ce sont des objets d'art d'un autre genre et nous convenons une fois de plus avec PERROIS et NOTUE (1997, 102) pour qui, «des légendes entourent certains d'entre eux. Ils ont parfois un nom propre ; On en considère quelques uns comme des êtres humains et d'autres comme des divinités qui sont adorées.»

Admettons avec PERROIS (1993, 85) que «La création artistique, très liée au contexte socio-culturel dans lequel elle s'est développée tient aussi aux ressources du milieu quant aux matériaux traités

Ph. 11 : Statue nommée Christophe Dassi Ph. 12 : Statue nommée Barrabas Kemgang

Ph. 13 (a et b) : Statue réceptacle chez Ndi Mbe Takougoum

Les investigations dans ce chapitre avaient pour but d'entrer en profondeur dans la confrérie et d'en ressortir les origines, le rituel et surtout le rôle qu'elle joue dans la communauté. Cela a permis d'évoquer le problème de l'homme qui doit toujours combattre les forces du mal et les forces invisibles qui lui sont hostiles et qui partagent son existence au quotidien. Nous avons en effet à faire à une création artistique dont la finalité est de protéger l'utilisateur. Heureusement que le Ku'ngang est là comme auxiliaire de cette protection. Il a été aussi question de structure sociale du Ku'ngang et nous avons essayé malgré des informations lacunaires de situer chaque catégorie de membre avec ce qui le caractérise. Nous avons constaté que le rang de chacun est mis en exergue par le costume qu'il porte pendant

les rares sorties ainsi que les autres objets qui l'accompagnent. Cela nous amène à présent à nous appesantir sur la transposition de ces données dans nos créations.

Il apparaît clairement que les costumes et statuettes ainsi que les autres objets rituels du Ku'ngang appartiennent à un univers où il est difficile de séparer l'objet d'art de sa fonction religieuse. Tous les actes de la confrérie où intervient un de ces éléments sont en quelque sorte des processions relevant du domaine du sensible, dans la mesure où, tous les rituels sont une quête du bien-être de l'homme, constamment menacé par des forces invisibles. Le Ku'ngang a réussi à s'accaparer ces forces et à les positiver pour les mettre au service de l'homme.

Il était aussi question de présenter le Ku'ngang dans son univers ainsi que tous les éléments qui y participent. Nous avons démontré que cette confrérie repose sur des rites, des non-dits ou des indicibles qui font son originalité, son autonomie et sa survie. Nous avons essayé de prouver que cette confrérie est suffisamment hiérarchisée et qu'en son sein chacun détient un pouvoir spécifique. Cette organisation interne est davantage renforcée par le rôle même de cette confrérie dans la chefferie toute entière. A propos, PERROIS et NOTUE (1997, 59) déclarent : «Les sociétés secrètes constituent donc des éléments clefs de l'architecture de l'édifice social Bamiléké et restent un des aspects fondamentaux de la culture de cette région du Cameroun.» A leur suite, CHENDJOU (1986, 78) ajoute que les membres du Ku'ngang sont : «des gens qui sans être des fils ou descendants de chefs disposent de part leur fonction sociale, d'un certain prestige dans le village. Ce sont des devins et thérapeutes.»

Après avoir ainsi donné le rôle de cette société ainsi que quelques uns des éléments physiques et métaphysiques qu'elle utilise, (éléments artistiques), il est question à présent de nous en servir plastiquement. Autrement dit, comment partir des formes visibles et sensibles puisées dans l'univers du Ku'ngang pour créer des oeuvres d'art ? Comment au delà de leur objectivité ces oeuvres garderont-elles l'empreinte de la démarche créatrice du plasticien?

NOTES

1 Ce dicton propre aux membres du Ku'ngang signifie que le chef règne dans sa chefferie et le Ku'ngang en dehors de celle-ci. Il témoigne aussi de leur puissance. Il a été recueilli auprès de Feuneck Etienne, 69 ans, Bansoa chefferie, 17 Août 2006

2 -M. NGUMTSA Jean Galbert, dit Mbé Takoungoum, 56 ans, Tradi-praticien, Chef de clan Ku'ngang, frontière Bansoa-Baloum, 26 Août 2006.

-Plusieurs informateurs anonymes

3 M. Jean FOGUE, Bafoussam, 30 Septembre 2006.

4 M. NGUMTSA Jean Galbert, Bansoa, 26 Août 2006.

5 Dans toutes les régions qui connaissent le Ku'ngang, il y a toujours un clan plus puissant. C'est lui qui détient la pierre fétiche, socle de la puissance du Ku'ngang. Si elle s'égare, le clan est anéanti. Elle est placée à un endroit discret de la concession où personne ne penserait aller la chercher. Parfois même, pour mieux la dissimuler, on l'expose et cela n'éveille aucun soupçon pour les personnes qui la foulent sans le savoir.

6 Josué. KOLLA dit Sufoe Tum et J. C. Tiné, «Fonkou Meneh dit Ta'atoh Ntu'u'', Ndú` Ssá, Les grands hommes Bansoa, n° 04 de janvier 2001, pp. 10-13. Ces notables et parenst Bansoa y présentent Ta'atoh Ntu'u né autour des années 1800 comme l'homme portant le casque de fer, le grand conquérant. Ce fut l'un des rares chefs Bansoa à avoir par ruse conquis certaines terres des villages voisins pour étendre son territoire.

7 M. SOH Matthieu dit Ndi Ndze Tsinkem, 42 ans Tèt ndèh Kou'ngang Bafoussam, 10 Août 2006.

8 Ndi est une formule de respect, de dévouement et de politesse envers les notables à Bansoa.

9 Le signe * que nous utilisons ici désigne les clans dont nous n'avons pas pu avoir le nom du chef, mais du quartier où ils siègent dans le village.

10 L'informateur a refusé de nous donner son véritable nom ainsi que celui qu'il a acquis au sein de la confrérie.

11 Le Ngou' Nekang est l'année de la magie se tenant tous les deux ans alternant le Ngou' Nshiè (année de l'interdit) où une manifestation ne doit se tenir dans le village avant que le rite ne soit effectif.

12 Le lotus est une attitude méditative assise que l'on reconnaît aux statues du Bouddha.

13 Nous nous souvenons avoir fait l'objet de ce «passage obligé'' alors que nous avions cinq ans et que nous vivions dans la concession de notre arrière grand père

14 Kwenkeng c'est l'appellation en langue Nguemba de la plante dite "arbre de paix"

15 Pour envoyer la foudre, le Ngang Nehang a besoin entre autres d'un chiot noir avec deux taches blanches au dessus des yeux, d'un sac et d'une machette ou tout autre objet métallique coupant. Le chiot est enfermé dans un sac en raphia et le tout aspergé de certains produits magiques. Par un temps de pluie, le sac est déposé dehors et la machette plantée à l'endroit où les gouttes d'eau tombent du toit. Des paroles incantatoires sont proférées dans le genre : « Va chez un tel, venge-moi, calcine-le... » A ce moment, le sac s'envole et quand il reviendra vide, ce sera la preuve que l'acte est accompli avec succès.

16 Littéralement, c'est celui qui retient la pluie. Pour le faire, le Mbà Mbeng sort sur la place de la cérémonie avec sa pipe. Il tire de grandes bouffées qu'il rejette vers le ciel à plusieurs reprises (on dit qu'il brûle la pluie). Parfois quand c'est difficile, il entre en transe. Une fois que ce rituel est effectué, il retourne s'enfermer chez lui où il se privera de tout aliment contenant de l'eau, jusqu'à la fin de la cérémonie. Cette épreuve a parfois été fatale pour certains. C'est la raison pour laquelle suivant l'ampleur de la cérémonie qui doit avoir lieu, le Mbà Mbeng peut exiger entre 50 et 150 000f CFA.

Nous avons eu l'opportunité de rencontrer un Mbà Mbeng octogénaire qui se déplaçait dans la pluie et curieusement, celle-ci faisait un cercle autour de lui au fur et à mesure qu'il avançait, sans toutes fois le toucher. Ceci s'est prolongé jusqu'à ce qu'il trouve un abri.

17 Le Ntcheup c'est un rituel qui consiste à faire une fosse à l'intention d'une personne afin de la débloquer et éloigner d'elle la malchance et le mauvais sort. Si en creusant on y découvre le terrier d'une mygale, c'est un signe positif.

18 Selon eux, «L'atmosphère magico-religieuse dans laquelle baignent les objets d'art est à la fois une principale condition de leur création et une explication de leur fin.»

19 Pour Perrois et Notué, «La diffusion ou l'existence des formes (...) et de certains types d'objets d'art est étroitement liée à des institutions (...), des danses (...), des sociétés sécrètes (...), des cultes, des rituels, etc dont ils sont les expressions.»

20 Voir le chapitre III portant sur la Conception des oeuvres.

21 Selon Ndi Mbè Tamenouo, Bansoa, Septembre 2007, les épines de porc-épic servent de contact entre les esprits et la statue et par ricochet les hommes.

22 Nous faisons entièrement foi aux propos de notre informateur, papa Matthieu Soh, recueillis à Bafoussam, 10 Septembre 2006.

23 Le Jujube est un fruit aux graines très sucrées qui aurait les vertus de repousser les mauvais esprits ou de les apaiser.

SOURCES ET REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES A. SOURCES ECRITES

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2. THESES ET MEMOIRES

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3. REVUES

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- www.wikipediaencyclopedilibre.org;

- Yvo Jacquier, www.jacquier.org/peinture.html; - www.dynalum.com/dico/definition-couleur.htm.

C. Sources orales

 

Noms et prénoms

Age

Profession

Lieu et période d'entretien

1

Alphonse TAKAM

60 ans

Enseignant retraité

Yaoundé 2004

2

Emmanuel

46 ans

Menuisier

Bafoussam 2006

3

Etienne FEUNECK

69 ans

Notable

Bansoa 2006

4

Etienne Soh MUMBE

58 ans

Homme d'affaire

Douala 2005

5

Etienne TAKAM

58 ans

Artiste/peintre

Bafoussam 2004-2005-2006

6

Goddy LEYE

39 ans

Artiste

Douala Février 2006

7

Jean FOGUE

59 ans

Homme politique

Bafoussam 2006

8

Jean Galbert NGUMTSA

56 ans

Tradi-praticien

Bansoa 2006 / 2007

9

Jean-Marie AHANDA

59 ans

Artiste/peintre

Yaoundé 2006

10

Jean TAKAM

64 ans

Paysan

Bansoa 2006

11

Josué KOLLA

62 ans

Notable

Yaoundé 2005

12

Joseph Francis SUMEGNE

63 ans

Artiste/Sculpteur

Yaoundé 2005

13

Ndi Mbé Ndeffeu NKUISHOUO

71 ans

Notable

Bansoa 2005

14

Ndi MBÈ TAMENOUO

62 ans

Tradi-praticien

Bansoa 2006

16

Matthieu SOH

42 ans

Tradi-praticien

Bafoussam 2006

17

Pascal KENFACK

 

Peintre/Sculpteur

Yaoundé 2004-2005

18

S. M. Jean Rameau SOKOUDJOU

74 ans

Chef supérieur

Bamendjou 2003 / 2004

19

S. M. TCHINDA II Jean de Dieu

38 ans

Chef Supérieur

Bansoa 2006

20

Victorine NGADJOU

51 ans

Paysanne

Bansoa 2005 / 2006 / 2007