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Les enchanteresses dans les compilations du XVe siècle


par Julie Grenon-Morin
Université Sorbonne-nouvelle - Master 2 2011
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Littérature
   
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Disponible en mode multipage

UNIVERSITÉ PARIS III - SORBONNE-NOUVELLE

UFR Littérature & linguistique françaises et latines

Le savoir des enchanteresses dans les compilations du XVe siècle

Mémoire de Master 2

préparé sous la direction de

Mme Michelle Szkilnik

par

Julie GRENON-MORIN

Année universitaire 2010-2011

TABLE DES MATIÈRES

Table des matières

1

INTRODUCTION GÉNÉRALE

3

I. MÉDÉE

10

a) Experte « es malfices et ars mauvaises et deffendues »

12

b) Évolution du portrait du XIIe au XVe siècle

18

II. CIRCÉ

31

a) « Circé n'est pas fable »

33

b) L'apotiquèresse au service d'Ulysse

39

III. LES SIBYLLES

52

a) La divination à des fins chrétiennes

56

b) Du côté de la fiction

70

CONCLUSION GÉNÉRALE

76

Annexes

 

Annexe I

La magie de Médée

81

Annexe II

Les enchanteresses selon les compilateurs

82

Annexe III

Ordre des chapitres selon les compilateurs

83

Annexe IV

Les dix sibylles de Varron et Isidore de Séville

87

BIBLIOGRAPHIE

88

INTRODUCTION GÉNÉRALE

Médée, Circé et les sibylles sont des figures privilégiées dans la littérature du Moyen âge. Elles ont bénéficié d'un intérêt qui ne s'est pas démenti et qui a perduré à la Renaissance et plus loin encore. Leur savoir magique touche à plusieurs sphères d'enseignement médiévales. Ces connaissances sont, à mon sens, un miroir qui reflète la perception parfois positive, parfois négative qu'on avait d'elles. Un type de texte en particulier, les compilations, les a dépeintes dans plusieurs oeuvres à l'intérieur d'un intervalle temporel relativement court : environ un siècle, le XVe. À travers elles, les auteurs médiévaux ont cherché à transmettre un savoir à propos des femmes de savoir. Six compilateurs, par ordre chronologique, sont ici à l'étude : Boccace, Christine de Pizan, Martin Le Franc, Symphorien Champier et Antoine Dufour.

Par compilateurs, on entend des auteurs qui ont rédigé une oeuvre semblable à une galerie de portraits. Ces ouvrages sont composés de petits chapitres. Ce ne sont pas de véritables oeuvres littéraires. Ils oscillent entre encyclopédie et roman. Cependant, dans les oeuvres à l'étude, certaines oeuvres dérogent à cette définition. Le Champion des dames, par exemple, contient bien une galerie de portrait, mais aussi d'autres types de textes. De plus, les portraits sont écrits sous forme de dialogues. Boccace a publié De claris mulieribus en 1374, mais sa version en ancien français par un traducteur anonyme, date de 1401. Les deux versions méritent qu'on s'y penche. La Cité des dames de Christine de Pizan a pour sa part paru presque un siècle après la version originale de De claris, en 1405. Ensuite, en 1441 ou 1442, a paru l'oeuvre de Martin Le Franc, Le Champion des dames. La Nef des dames vertueuses de Symphorien Champier a été publiée en 1503. La vie des femmes célèbres d'Antoine Dufour, quant à elle a été publiée à un an d'intervalle avec Champier, en 1504.

Comme les dates l'indiquent, la première de ces compilations à voir le jour a été celle de l'Italien Boccace. Son influence sur les autres auteurs est notoire. Par ailleurs, il est important de noter que le titre de ce mémoire, Les enchanteresses dans les compilations du XVe siècle, ne sied pas à Boccace, car son oeuvre date du XIVe siècle. Je me concentre donc sur les auteurs du XVe-début XVIe siècles. Il est impensable de passer outre Boccace, vu les nombreuses répercussions qu'il a eu sur les autres. Ce sera donc avec cette idée en tête que seront examinés les ouvrages du corpus.

La compilation, ces « galeries de portraits », se distingue de l'encyclopédie, terme n'existant pas encore au Moyen âge. Les compilateurs s'inscrivent dans la seconde période de l'encyclopédisme médiéval comprise entre la fin du XIIe siècle au XVe siècle. Les compilations touchent donc au savoir encyclopédique tout en s'ouvrant au romanesque. De plus, les compilations des six auteurs sont des réécritures de l'Antiquité. Les mythes y sont présentés comme des faits historiques. Plusieurs oeuvres de fiction seront mentionnées plus en amont, dont Le Roman de Troie qu'il est particulièrement pertinent de mettre en avant ici. En effet, il fait partie d'une trilogie de romans antiques (avec les romans de Thèbes et d'Énéas).

Courte genèse des oeuvres

En ordre chronologique, les ouvrages et leur auteur sont classés dans l'ordre suivant : De claris mulieribus (Boccace), La Cité des dames (Christine de Pizan), Le Champion des dames (Martin Le Franc), La Nef des dames vertueuses (Symphorien Champier), La vie des femmes célèbres (Antoine Dufour). Chez Boccace et Christine de Pizan, il s'agit d'un recueil de portraits de femmes. Bien que la compilatrice se base sur Boccace, elle va plus loin que son maître en organisant la succession de biographies.

Dans Le Champion des dames de Martin Le Franc, l'auteur exprime sur les raisons de création de son oeuvre : C'est pour obéir à Vérité qu'il a composé son poème, non sans avoir hésité, car le vaincu demeure redoutable, et parce que, jeune clerc, il avoue manquer d'expérience et de maturité1(*) ». C'est donc afin de rendre service qu'il se met au travail avec un souci de réalisme, toujours selon son propre prologue. L'oeuvre de Martin Le Franc est divisée en cinq livres. Dans le premier, le poète rencontre Amour. Ils sont rejoints par Franc Vouloir, le Champion des dames et plusieurs autres personnages. Le texte s'emploie à traiter de l'amour et de ses effets. Dans le deuxième livre, Franc vouloir se porte à la défense de la dignité féminine. Dans le livre suivant, Martin Le Franc veut montrer que les femmes ne sont pas les seules responsables des malheurs qui surviennent en amour. Comme en réponse au livre précédant, le livre IV défend les qualités et les vertus des femmes. Dans celui-ci se trouve la partie qui concerne les sibylles. Finalement, dans le livre V, Le Franc rend hommage à la Vierge, la femme qui le mérite le plus entre toutes.

Symphorien Champier a aussi composé La Nef des dames vertueuses selon un schéma différent des autres compilations. Il se divise en quatre parties ayant chacune une fonction distincte :

Le premier livre de la Nef est un recueil de biographies de femmes célèbres, semblable au De claris mulieribus de Boccace et à la Cité des dames de Christine de Pizan; le second peut être comparé aux traités sur le mariage ou aux « manuels de comportement » destinés aux femmes, comme les Enseignements d'Anne de France... à sa fille Susanne de Bourbon; le troisième juxtapose les prophéties des sibylles à celles de la Bible. Finalement, le quatrième, « Le Livre de vraye amour », est un « sermon laïc »2(*).

Champier avait auparavant écrit La Nef des princes qu'il envoya à plusieurs hommes de pouvoir et/ou de renom, en 1502. L'année suivante, il écrit la Nef des dames vertueuses version féminine de l'oeuvre précédente, mais il ne parvint pas au poste convoité. Elle lui valut le succès et connût trois éditions : 1503, 1515 et 1531. Dans la première partie de La Nef se trouve un recueil de biographies de femmes célèbres. Ensuite vient le « Gouvernement de mariage » dans le deuxième livre. Le troisième présente les sibylles et les prophéties dans la Bible. Finalement, le quatrième, « Le Livre de vraye amour » est un « sermon laïc » ou un texte sur le Banquet de Platon.

En suivant l'ordre chronologique de parution, on en vient à La vie des femmes célèbres d'Antoine Dufour. Il savait que la compilation de vie de femmes avait déjà été travaillée à plus d'une reprise, en composant son ouvrage. Il le souligne lui-même dans son prologue : « comme Bocasse, Théophraste et ung tas d'aultres3(*) ». Cependant, comme l'indique Gustave Jeanneau dans l'introduction, « Boccace reste, en effet, le modèle du genre, avec son De claris mulieribus. (...) Dufour place Boccace au nombre de ses modèles, tout en précisant qu'il entreprend son traité dans un autre esprit4(*) ». Cependant, Dufour restera assez éloigné de Boccace. Dufour entretient aussi certains aspects du texte de Symphorien Champier. Les personnages du compilateur sont soit bibliques, proviennent du monde antique (mythologie, Histoire, Antiquité chrétienne) soit du Moyen âge.

Ces femmes magiques

Les compilateurs ne parlent pas forcément tous des enchanteresses Médée, Circé et les sibylles. L'annexe II, Les enchanteresses selon les compilateurs, montre par un tableau la présence ou non des enchanteresses selon chaque compilation. Elles sont présentes entre quatre et quatorze fois. C'est Boccace qui en a mis le moins et Christine de Pizan le plus. Le cas des sibylles est de loin le plus complexe, car les auteurs ne sont pas tous d'accord quant à leur nombre et leur nom. Il existe donc quatorze sibylles, alors que, dans les compilations, on en dénombre neuf, dix ou douze. Dans le tableau, les douze sibylles, de Libie à Phrigie, sont présentes Symphorien Champier. Chez Martin Le Franc, il y a Albunée et Chimère qui diffèrent. Champier considère qu'Albunée et Tiburtine sont les mêmes. Il faut aussi noter que les noms varient d'un auteur à l'autre, ce qui rend parfois difficile leur classement. De plus, la sibylle Érithrée revient à deux reprises, dans Le Livre de la Cité des dames : une première fois dans le chapitre « Où il est question des dix sibylles » et la seconde fois dans le chapitre qui le suit directement « Où il est question de la sibylle Érithrée ». Cela est aussi le cas pour Almathée, qui apparaît dans le chapitre des dix sibylles et dans un qui lui est consacré. Chez Le Franc, Érythrée revient également à deux reprises. Chez ces deux auteurs, on présente d'abord les sibylles en groupe, puis une ou deux autres d'entre elles sont décrites à part.

En tout, il existe cinquante-sept cas d'enchanteresses, dans les compilations de mon corpus seulement. Deux figures seulement reviennent chez les six compilateurs : les sibylles Érythrée et Almathée ou Cumane. Médée est plus populaire que Circé, se retrouvant dans quatre compilations, contre trois pour sa congénère. Les sibylles reviennent généralement chez plus d'un auteur des compilations. Chimère, quant à elle, est présente seulement chez Martin Le Franc. Malgré que Boccace soit l'instigateur des compilations, un fait retient l'attention : il n'a retenu que quatre enchanteresses dans De claris mulieribus (Érythrée, Almathée, Médée et Circé). À l'inverse, Christine de Pizan qui s'est fortement inspirée du Florentin en compte le plus grand nombre. On peut donc affirmer qu'elle n'a pas lésiné sur les ajouts. Il faut dire que son ouvrage se veut un monument à la gloire des femmes et qu'il est avantageux d'y intégré toutes celles qu'elle juge dignes d'intérêt. Derrière Christine, Jean Robertet a augmenté le nombre des sibylles à douze et parle également de Circé. Contrairement à Christine, Symphorien Champier et Martin Le Franc annoncent dix sibylles. En outre, Champier est l'unique auteur qui parle de Médée sans parler de Circé.

Champier, Boccace et Christine de Pizan ont composé de recueils qui juxtaposent des chapitres désignant chacun un ou plusieurs personnages. Martin Le Franc est exclu du tableau de l'annexe II. Le Champion est une oeuvre qui tient beaucoup du récit, car son ouvrage n'est pas divisé en chapitres correspondant à un personnage. Champier a suivi l'ordre des chapitres de Christine de Pizan et Boccace. L'ordre des femmes chez Dufour ne présente que peu de similitudes avec les autres compilateurs. Sans être placés au même endroit dans la compilation, certains personnages sont à proximité les uns des autres, par exemple Érythrée placée douzième chez Dufour et treizième chez Champier. Elles se chevauchent donc et cela peut relever du hasard uniquement. Les astérisques, toujours dans le tableau, indiquent ces rapprochements.

Comme mentionné en ouverture de ce texte, les enchanteresses jouissent d'une représentation foisonnante. Outre les compilations, plusieurs oeuvres de fiction les ont mises en scène. Ainsi, les sibylles sont des héroïnes multiples réduites à une seule chez Guillaume de Machaut avec le Voir-dit et Antoine de la Sale avec Le Paradis de la reine Sibylle, où elle est une souveraine d'un monde étrange. Quant à Médée, Benoît de Sainte-Maure dans Le Roman de Troie et Guillaume de Machaut dans la même oeuvre ont esquissé son portrait. Finalement, Circé, une nouvelle fois la moins populaire, a pris vie dans le Roman de Troie et Le Voir-dit, encore. Comme nous le verrons, cette impopularité tient du fait que son histoire est moins explosive que celle de Médée. Du côté des sibylles, leur nombre crée leur force. Les cinquante-sept portraits portant sur les enchanteresses sont rédigés en moyen français et en latin. La coloration des mots utilisés pour parler d'elles fera ici l'objet d'une attention particulière. Les auteurs médiévaux ont transformé la matière antique selon leur gré, mais aussi selon les conventions de leur époque. Pour nous, lecteurs contemporains, les enchanteresses désignent des magiciennes, voire des fées, dont le savoir merveilleux déclenche l'admiration et nous plonge dans un monde en dehors de la réalité. Sous la plume des compilateurs, elles en sont pourtant bien loin.

Les enchanteresses sont des femmes aux pouvoirs surnaturels. Comme tel, elles ne sont pas de véritables humaines. Leur savoir merveilleux ne peut pas se retrouver entre les mains de simples mortelles. Les enchanteresses ne sont pas non plus des fées, car elles n'ont pas hérité de leurs pouvoirs. Le savoir merveilleux qui nous occupe ici concerne la divination (chez les sibylles), la capacité de se métamorphoser (la reine Sibylle) ou bien de transformer d'autres personnages (Circé). Chez Médée, elle sait notamment ensorceler des objets et fabriquer des potions. Elles les ont acquis par la pratique et l'enseignement. Les enchanteresses sont cependant des « êtres faés », c'est-à-dire magiques.

Le texte qui suit tentera donc de répondre aux questions suivantes : Comment était perçu le savoir des enchanteresses dans les compilations du XVe siècle? Pourquoi les auteurs jugent de manière positive ou négative le savoir des femmes? (Qu'est-ce que cela nous apprend sur leur vision de la femme / ce qui vient de leur propre condition : homme / femme, clerc ou non, etc.?). Par savoir dénigré, j'entends le savoir qui est critiqué par les auteurs. Il s'agit le plus souvent de dons extraordinaires caractéristiques des enchanteresses, mais qui provoquent une attitude négative chez les auteurs. À l'inverse, le savoir valorisé est le savoir dont les auteurs font l'éloge ou qui provoquent leur admiration. Mon travail se divise en trois chapitres : Médée, Circé et les sibylles. Chacune des parties est divisée en deux : le savoir dénigré et le savoir valorisé. Chaque chapitre commence par une courte introduction et une conclusion le termine. Plusieurs annexes éclairent le texte.

PREMIER CHAPITRE

Médée

Introduction

Les enchanteurs, mais aussi les enchanteresses, sont nourris par deux sources : l'Orient et l'Occident. Ces sont des figures fantasmagoriques, marquées par des origines du monde celtique. Ils sont des savants, des devins, des astrologues qui pratiquent le maleficia ou le beneficia. Parfois, ils se caractérisent par une empreinte de la démonologie. Au fil des siècles, ils deviendront des magiciens conjurant le démon5(*), selon Christine Ferlampin-Acher. Médée fait partie de ces enchanteurs/enchanteresses, bien qu'elle ne soit pas reliée aux légendes celtiques. Ce personnage a transcendé les siècles comme peu de figures antiques l'ont fait. Au Moyen âge, les compilateurs qui ont écrit sur elle sont Christine de Pizan, Antoine Dufour, Boccace et Symphorien Champier. Du côté des oeuvres de fiction, Médée est notamment présente dans Le Voir-dit et Le Roman de Troie. C'est son récit de son amour pour Jason qui a surtout retenu l'attention. Bien d'autres auteurs ont parlé de Médée, mais les textes mentionnés ont été retenus pour des raisons précises. D'abord, Le Voir-dit de Guillaume de Machaut est une oeuvre phare du Moyen âge. Le poète chante les femmes et il est donc intéressant de se pencher sur lui ici. Ensuite, Le Roman de Troie présente un portrait complet de Médée, surtout en ce qui a trait avec son savoir magique.

En guise d'entrée en matière pour les trois types de figures de mon étude, je propose pour chacune une définition qui résume leurs actions dans les mythes:

Personnage du mythe grec des Argonautes. Comme Circé, dont elle est la nièce [Médée], n'est pas une divinité, bien qu'elle soit petite-fille du Soleil et fille d'une Océanide, mais une enchanteresse. Elle a appris, en effet, l'art de la magie, qu'elle utilise pour permettre à Jason de dérober la Toison d'Or, mais aussi pour se venger de ses ennemis : devant les filles du roi Pélias, elle dépèce un vieux bélier, le jette dans un chaudron où bout une mystérieuse préparation et l'en ressort petit agneau; les filles de Pélias, stupides, feront subir à leur père ce traitement qui, loin de le rajeunir, le tuera. Plus tard, Médée empoisonne la robe et les bijoux qu'elle offre à sa rivale, Créuse. Après avoir tué ses propres enfants -pour se venger de Jason, infidèle, ou pour les préserver de l'exil- elle s'envole sur un char attelé de chevaux ailés, présents de son aïeul, le Soleil. Sans être une fée, concept d'origine celtique, Médée en possède beaucoup de traits, que l'on retrouvera dans de nombreuses légendes : la beauté, la richesse, la passion pour un héros mortel, la faculté de se déplacer dans les airs, le caractère impitoyable de ses vengeances. Sa cruauté et les poisons qu'elle compose l'apparentent aussi aux futures sorcières. (À noter qu'avant Eurypide, Médée était présentée comme une victime des Corinthiens et non comme une criminelle.)6(*)

Comme nous le verrons, les compilateurs résument de manière concise ces évènements. Ils perçoivent l'enchanteresse de manière à la fois positive et négative. Abordons tout d'abord le savoir mal reçu par les auteurs présent dans l'oeuvre de Boccace et Dufour affirment à plusieurs reprises ne pas être entièrement satisfaits du savoir magique de Médée. Dufour, en particulier, semble presque détester le personnage. Il la compare à des êtres démoniaques et stipule qu'elle méritait son triste sort. Boccace se montre plus nuancé et il fait mention de plusieurs capacités surnaturelles. Ensuite, Boccace, Christine de Pizan, Champier et Dufour, dans une certaine mesure, valorisent ce même savoir. Dans le cas de Christine de Pizan, cela n'est pas étonnant. L'écrivaine met en scène son héroïne dans deux chapitres, l'un dans le premier livre et l'autre dans le second, « De Medee amante ». Champier, quant à lui, s'est autorisé très peu de lignes pour parler de Médée. Ses louanges sont donc proportionnellement restreintes.

a) Experte « es malfices et ars mauvaises et deffendues »

Dans De cleres et nobles femmes, le traducteur anonyme stipule en disant que Médée est aussi une experte «es malfices et ars mauvaises et deffendues7(*)». L'annexe I montre un tableau des caractéristiques des textes sur Médée chez ces auteurs, mélangeant les aspects positifs et négatifs. Sa plus grande caractéristique magique est certainement sa «grande cognoissance de la vertu des herbes8(*)». Ainsi, nous verrons que ce pouvoir lui vaudra les foudres des compilateurs. Sa connaissance des plantes, par ailleurs, lui confère la possibilité d'aider Jason, ce qui la mènera à sa perte. On peut donc dire que ce savoir est primordial, en ce qui concerne Médée. Ses pouvoirs, toujours selon le texte en ancien français, peuvent troubler les éléments de la Nature : elle savait «par une chançon, troubler et obscurcir le ciel, mouvoir les vens des fosses et cavernes de la terre, commouvoir les tempestes en l'air, arrester les fleuves, confire venins, composer feu sans labeur9(*)». Plus loin, Médée est qualifiée de « puissant Medee10(*) ».

Ces détails, dans la version latine, sur le savoir de Médée précèdent la partie la plus longue du chapitre consacrée à l'enchanteresse antique :

[F]ormosa satis et malefitiorum longe doctissima. Nam, a quocunque magistro instructa sit, adeo herbarum vires familiares habuit, ut nemo melius novitque plene cantato carmine turbare celum, ventos ex antris ciere, tempestates movere, flumina sistere, venena conficere, elaboratos ignes ad quodcunque incendium componere et huiusmodi perficere omnia. Nec illi - quod longe peius- ab artibus fuit dissonus animus; nam, deficientibus eis, ferro uti arbitrabatur levissimum11(*).

Dans cet extrait tout comme dans celui en ancien français, il est question de son maître. Médée a donc appris son savoir. Elle ne l'a pas reçu comme don à la naissance au même titre que certaines fées médiévales dont elle se distingue. Cette magie est souvent mal perçue, à l'époque médiévale : « C'est précisément parce que l'acte d'enchantement a une base prétendument `rationnelle' que la magie est encore plus convaincante - et donc terrifiante12(*) ».

Plus en amont dans l'extrait, d'autres qualificatifs de Médée surgissent : elle est l'instigatrice de « tresdesloail fait » et a fait preuve de « grande mauvaistié et desloaiauté 13(*)». Ces expressions connotent les actes malfaisants de l'enchanteresse pour conserver l'amour de Jason. La version originale ne contient pas moins de termes négatifs à son égard. Au sujet de la discorde qu'elle instaure entre Pelias et sa fille, Boccace écrit : « arte sua zizaniam inter natas et Peliam sevit easque misere armavit in patrem14(*) ». L'Italien explique également que l'avidité de Médée, même après avoir volé l'argent de son père, n'était pas assouvie : « clam fugam arripuit; nec tam grandi facinore contenta, in peius trucem divertit animum15(*) ».

Boccace, tout comme les autres compilateurs qui suivront sa trace, s'inspire activement des mythes antiques. Les pouvoirs de l'Antiquité varient donc de ceux des auteurs médiévaux. Le tableau de l'annexe I résume avec plus de détails le récit de Médée, mais, élément important, il distingue la magie bénéfique de la magie maléfique. C'est donc dire que, malgré ce que laissent croire les mots choisis par Boccace, la femme de Jason a également fait le bien autour d'elle, en ce qui concerne les récits antiques en tous les cas. Parmi ces traits légués par la tradition, Boccace en a choisi certains et ignoré d'autres. Cependant, nous ne savons pas quels textes il avait à sa disposition et nous ne pouvons pas affirmer avec certitude qu'il avait pris connaissance de cette liste de dons.

Boccace oscille souvent, dans le choix de son vocabulaire pour décrire le cas de Médée. Ruth Morse explique cette ambiguïté chez Boccace : « I have spoken of Boccacio's fascination with Medea, and of his `anti-Medea'. There is one further place in Boccacio's work where the motifs of Medea's story reappear, although in a form so distant as to be almost invisible16(*) ». En effet, Boccace salue les qualités de Médée, comme nous le verrons dans la prochaine partie sur le savoir valorisé, mais il n'hésite pas à la décrire comme un être néfaste. Dans la crainte d'être mal jugé pour de trop grandes éloges envers les femmes, ses positions sur elles sont prudentes. La distance qu'il instaure avec le savoir du personnage le protège des critiques.

Boccace a inséré toutes sortes de jugements sur les femmes. Selon lui, elles n'ont pas vraiment de mérite à savoir ce qu'elles savent :

Boccacio is, however, through the repetitions of his examples, once again suggesting a morphology which is also a moral categorization of the nature of women. What makes exceptional women is `ingenium', cunning intelligence, and the `ingenium' may be used for good or ill. The outcome of their superior gifts of intelligence is an almost arbitrary matter, depending more on fortune than good judgement. Boccacio's outstanding woman is a dangerous being17(*).

L' «ingenium » de Médée est, comme le dit le compilateur, un outil du Mal, mais aussi du Bien. C'est surtout la Fortune qui décide de l'issu des évènements. Quoi qu'il en soit, les femmes de Boccace sont des êtres dangereux. Antoine Dufour abonde aussi dans ce sens. Après tout, ce savoir est « défendu ».

Du côté d'Antoine Dufour dans La Vie des femmes célèbres, la perception est, tout comme chez Boccace, principalement négative. L'annexe II, Les enchanteresses selon les compilateurs, montre par un tableau la présence ou non des enchanteresses selon chaque compilation. L'auteur introduit comme suit le personnage :

Médée, malicieuse, plus que nul serpent, fut du temps de ceste sibille, ingénieuse à mal faire et inventive à se contrefaire, car elle n'avoit riens sur elle qui ne portast enseigne de lubricité ou de malice. Il me fasche bien de parler de ceste cy, pour la révérence des bonnes; mais pour enseigner les simplettes du dangier de cest inconvénient, au plus brief je en diray ce qu'il m'en semble.18(*)

La comparaison de Médée avec un serpent malicieux ne laisse d'emblée aucun doute sur le ton dominant de l'extrait. De plus, Dufour dit qu'il lui « fasche » de parler d'elle, autrement dit qu'il préfèrerait ne pas le faire, mais qu'il ne peut pas y échapper, car il doit « enseigner » sur elle.

Plus loin dans le chapitre sur Médée, classé treizième dans l'oeuvre, elle est qualifiée de « malheureuse19(*) » et décrite comme un être qui « semast de si villains chardons20(*) ». Dufour affirme aussi qu'elle a commis « plusieurs erreurs avec Jason21(*) » et qu'elle avait mérité son sort. Cependant, avec « serpent », le jugement le plus fort de l'auteur se fait sentir avec le nom propre « grande sorcière ». En effet, à l'époque de la rédaction de l'ouvrage qui parut en 1503, la Chasse aux sorcières avait déjà débuté en Europe :

Le `surnaturel démoniaque' n'est pas une invention des Temps modernes : il a été pendant tout le Moyen Âge, où la peur de Satan et de ses tentations est devenue de plus en plus centrale, l'objet de représentations iconographiques et littéraires. (...) La Chasse aux sorcières, qui débute vers 1450, est l'aboutissement d'un long processus de `cristallisation' de croyances antérieures22(*).

Donc, en faisant de Médée une sorcière, Dufour la place définitivement du côté des femmes malfaisantes.

Le savoir magique de Médée, comme nous venons de le voir chez les trois auteurs, possède des caractéristiques communes et divergentes de l'un à l'autre. Boccace et Dufour présentent Médée comme un être dérangeant, qui bouscule les conventions de l'époque : « elle est celle qui dérange, celle par qui le scandale arrive, celle qui remet en question l'ordre grec, la civilisation fondée sur la suprématie de l'homme23(*) ». Ils dénigrent les qualités du personnage au profit de traits mauvais qui valorisent leur point de vue aux yeux des lecteurs. Fort est à parier que les trois auteurs, des hommes, se sont sentis attaqués par cette femme qui parvenait toujours à ses fins par n'importe quels moyens. Les traits de personnalité du personnage de Médée, n'étaient pas dans les moeurs de l'époque. Femme forte, elle ne s'effaçait pas derrière les hommes comme de nombreuses femmes derrière leur mari. Elle s'est imposée, malgré son sexe. Jason lui doit son succès avec la Toison d'or. Des deux, elle est le personnage dominant. Elle n'obéissait pas à Jason, mais à elle-même.

Le savoir magique de Médée n'appartient pas à la réalité du Moyen âge pas plus qu'aujourd'hui. Si Médée l'utilise à de bonnes fins comme à de mauvaises, il demeure que son histoire échappe au quotidien réaliste. En faisant rencontrer toutes ces femmes de provenances multiples dans sa galerie de portraits, les compilateurs semblent obliger de se justifier dans leur choix. Voilà peut-être une des raisons qui fait que le savoir des enchanteresses est dénué presque entièrement de magie. Le magique est presque totalement absent des romans de cette époque : « Pour le roman de la même époque [Moyen âge], force est de constater que la magie en général, bénéfique autant que maléfique, est un procédé de composition littéraire24(*) ».

De Boccace à Dufour, les portraits sont devenus plus concrets, mais il est indéniable que Boccace a eu une influence sur Dufour : « [S]'il doit quelque chose à Boccace, Dufour doit être aussi tributaire d'autres auteurs, dont l'histoire littéraire a oublié le nom25(*) ». De même, Champier et Dufour présentent quelques similitudes, quoique d'importantes coupures aient été effectuées dans La Nef : « Un certain nombre des héroïnes de Champier se retrouvent chez Dufour, mais les notices du premier sont beaucoup plus courtes que celles du second26(*) ». En fait, les influences entre les compilateurs sont un système complexe qui pourrait être résumé par le schéma suivant :

Le trio Boccace, Dufour et Champier s'entremêle de différentes manières :

Dufour ne fait que se conformer à la tradition : beaucoup de ces `femmes célèbres' appartiennent déjà, en effet, à l'oeuvre de Boccace et à celle de Champier. (...) D'autres se trouvent chez Boccace, mais non chez Champier. (...) D'autres figurent chez Champier. (...) D'autres enfin ne se trouvent ni chez Boccace ni chez Champier. (...) Sans doute est-il [Dufour], sur ce point, plus complet que Boccace (...). Mais il reste loin derrière Champier, qui consacrait quarante notices aux saintes de l'Ancien Testament et trente-six à celles du Nouveau27(*).

Voilà donc la preuve que les compilations sont des oeuvres compliquées, surtout quand il s'agit d'auteurs qui s'inspirent des autres, voire qui les copient. Chacun de ces trois auteurs a eu la chance de brosser un meilleur portrait de l'enchanteresse Médée, mais ne l'a pas fait. Il reste que leurs textes mettent parfois en valeur les personnages.

b) Évolution du portrait du XIIe au XVe siècle

Dans Des cleres et nobles femmes (De claris mulieribus en version originale latine), de Boccace, Médée est décrite comme «tresexperte enchanterresses28(*)». Elle y est présentée comme la « Medee royne », alors qu'elle est « Medea regina Colcorum » dans la version en latin. La description du personnage est plus exhaustive dans le texte en ancien français :

Tresexperte es malfices et ars mauvaises et deffendues. Car de quelconque maistre elle ait esté instruite et enseignie, de homme c'est assavoir ou de mauvaiz esperit ou aultre, elle eut tant familiere et grande congnoissance de la vertu des herbes que nul homme plus la pouoit avoir; elle savoit plainement, par une chançon qu'elle chantoit, troubler et obscurcir le ciel, mouvoir les vens des fosses et cavernes de la terre, commouvoir les tempestes en l'air, arrester les fleuves, confire venins, composer feus sans labeur29(*)

Dans la Cité des dames de Christine de Pizan, on ne compte que des aspects positifs aux atouts de Médée. Dès le début de son chapitre, l'auteur écrit, dans la version en ancien français : « Medee, de laquelle assez d'istoires font mencion, ne sceut pas moins d'art et de science que celle devant dicte30(*) ». Il est intéressant de remarquer que Christine utilise le chapitre de Boccace dans De claris au sujet des pouvoirs de l'enchanteresse Médée. Certaines parties sont une copie conforme de la traduction en ancien français, Des cleres et nobles femmes. En outre, Médée« savoit de toutes herbes les vertus et tous les enchantemens que faire se peuvent31(*)». On retiendra donc que l'enchanteresse possède un large savoir. Boccace explique comme elle parvient à réussir ses sorts, notamment en chantant. Elle sait jouer avec les éléments naturels. Chez Christine de Pizan, elle est versée dans les arts et dans les sciences, ce qui fait d'elle une personne anormalement savante pour l'époque.

L'extrait de Symphorien Champier dans La Nef des dames vertueuses est le plus court qui concerne le personnage, quatre-vingt-treize mots exactement. «Medée fut fille de oethes tresnoble roy de l'isle de colchos tresinstruicte en l'art magique32(*)». Elle apparaît au trente et unième rang des femmes, entre Hypsipyle et Orithya. Champier, contrairement à plusieurs auteurs, ne spécifie pas que Médée a tué ses enfants, évènement qui nuit certainement le plus à sa réputation. Les connaissances magiques sont l'unique point positif du texte. Il ne faut cependant pas perdre de vue que, avec aussi peu de mots, il est difficile de se forger une opinion. Par contre, la lecture de l'oeuvre en entier permet de mesurer l'appréciation de Champier envers les personnages :

Champier other arguments in favor of women are convincing, but they are also general and typical of the time : 1) women, who are partake of the nature of water, temper men, who are by nature fiery, and both complement, complete, and render the other fertile and productive; 2) although the Ancients say that the greatest sins have been committed by women, the original cause can often be traces back to men, who have sinned more; 3) since everyone was born of a woman, those who defame women defame themselves and their families; 4) women are cleaner and more honest and attractive than men; 5) a good wife increases her husband's longevity, and he should therefore love her as himself, especially since in marriage they forme one body; and 6) Jesus loved women33(*).

Symphorien Champier se montre donc modérément en faveur des femmes. Il reconnaît cependant l'instruction de Médée, chose peu commune pour les femmes de son époque. S'inscrivant dans la même veine positive que Christine, Champier partage avec elle quelques points communs. L'auteur qui qualifie Médée de « femme très instruite dans l'art de la magie », se veut très favorable à l'égard des femmes :

The Cité des dames and Champier's Nef des Dames do have much in common : 1) both are allegorical works, 2) both defend women against their detractors and thus play an important role in the Querelle des femmes, 3) both depend heavily on Boccacio's De claris mulieribus, and yet 4) both contain only favorable portraits of famous women34(*).

Ainsi, les deux ouvrages se veulent une défense du sexe féminin.

Nombreux sont les articles qui traitent des ressemblances entre les compilations. Plusieurs comparent Christine de Pizan et Boccace, qui partagent de nombreuses informations : « dans le Livre de la Cité des Dames, elle reprend plus d'un tiers des exemples du traité de Boccace. (...) Christine raccourcie, abrège, amplifie ou bien censure son modèle. En un mot, l'écrivain se livre au jeu de la compilation35(*) ». La comparaison est aussi faite entre Champier et Christine dans "Symphorien Champier and Christine de Pizan's Livre de la cité des Dames". En sachant cela, on comprendra que le savoir des enchanteresses se ressemble d'un auteur à l'autre, surtout en ce qui concerne Boccace et Christine de Pizan.

Antoine Dufour souligne le talent principal de l'enchanteresse : « tresfamée apotiquèresse de velin36(*)». Ainsi, elle est dotée d'un grand savoir des plantes qu'elle sait mélanger afin de concocter des produits magiques. De plus, avec les termes «du temps de ceste sibille37(*)», le compilateur compare une figure chrétienne qu'il valorise beaucoup à une figure païenne. Étant prophétesse au même titre que les sibylles, Médée est elle-même nommée « sibylle ». Il est donc hautement significatif que Médée soit associée à une sibylle, bien qu'on ne sache pas avec précision de laquelle des trois présentes dans La Vie des femmes célèbres : « les Sibylles font chez lui [Dufour] figure de prophètes : Albunée a prophétisé la naissance du Christ, Érythrée a chanté la Passion, Amalthée a prédit la Résurrection38(*) ». Ainsi, on pourrait dire que Médée est la quatrième de ces sibylles, puisque, comme elles, elle sait prédire l'avenir.

Datée de 1165, le Roman de Troie fait office d'un précurseur par rapport aux compilations et aux autres oeuvres de fiction. Ce roman nous concerne ici, car il présente avec précision le savoir de l'enchanteresse et qu'il mérite d'être comparé avec celui des compilations. De plus, le personnage évolue de manière intéressante au fil des siècles, comme nous le verrons plus tard. Médée y apparaît sous un jour bien différent. D'abord, il est longuement question d'elle. Ensuite, rares sont les commentaires négatifs de Benoît de Sainte-Maure. Le savoir magique de Médée est rationalisé, ce qui n'est pas surprenant pour la période. L'exemple de Mélior dans Partonopeu de Blois, datant de la même époque à quelques années près, va dans le même sens. Médée a travaillé ardemment afin de maîtriser son art :

Trop iert cele de grant savoir.

Mout sot d'engin, de maïstrie,

De conjure, de sorcerie;

Es arz ot tant s'entente mise

Que trop par iert saive e aprise;

Astronomie et nigromance

Sot tote par cuer dé s'enfance.

D'arz saveit tant e de conjure

De cler jor feïst nuit oscure.

S'ele vousist, ce fust viaire

A ceus por cui le vousist faire.

Les eves faiseit corre ariere.

Scïentose iert de grant manière39(*).

Comme chez Boccace, elle sait jouer avec les éléments, comme de« troubler et obscurcir le ciel » et « arrester les fleuves 40(*)» et elle a appris son savoir.

Médée est dotée de multiples « poeir ». Elle les utilise dans un but personnel, habituée à parvenir à ses fins : « Poi proisera tot son poeir. / S'ele n'aenplist son corage. / Ja ne sera vers lui sauvage41(*) ». Jason reconnaîtra les talents de sa future épouse. En plus de ses larges connaissances, elle est belle et possède de nombreuses qualités morales : « Quar mout estes de grant saveir, / Beuté avez mout e franchise / E de haut sens estes aprise42(*) ». De plus, lorsqu'elle présente son projet d'aider le héros dans sa quête, elle entretient avec lui un dialogue très semblable à celui de Mélior et Partonopeu, lorsque celui-ci enfreint l'interdit. La femme/fée lui explique alors d'où lui viennent ses dons. Les deux personnages féminins ont en commun de pratiquer l'art magique depuis l'enfance : « Mais je sai tant de nigromance, / Que j'ai aprise des m'enfance, / Que quant que je voil puis tot faire : / Je ne m'iert peine ne contraire. / Ce qu'autrui grieve m'est legier, / Ja n'i troverai enconbrer43(*)». Ainsi, chez Benoît de Sainte-Maure, nombreux sont les éloges de la magie de Médée, plus que chez n'importe quel compilateur, même Christine de Pizan. Alain Maurice Moreau explique ce phénomène sans doute à l'époque du roman, le XIIe siècle : « Au fur et à mesure des siècles la magie maléfique se développe au détriment de la magie bénéfique. (...) Les opérations de magie bénéfique sont d'une façon générale plus anciennes44(*)».

Dans la description de Sainte-Maure, les savoirs de Médée sont détaillés. Elle en devint presque une fée telle que Mélusine, ravissante, toujours encline à faire le bien autour d'elle. De plus tout comme elles, elle se verra trahie par son amant : « Medea's vices, such asthey are, seem to stem from an excess of virtue : too much knowledge put to the service of an unworthy object, too much love for that object. Christine turned the stories to the study of the emotions and actions they concerned45(*) ». Elle apparaît sous son plus beau jour chez l'auteur du XIIe siècle que dans le Cité des dames. Dans le Roman de Troie, le personnage occupe une place beaucoup moins imposante que dans la compilation. Dans celle-ci, de plus, un portrait plus neutre d'elle est brossé. C'est comme si Christine cherchait à la rendre plus réelle, que seul son savoir extraordinaire, savoir acquis, la rendait différentes des femmes de son époque.

Plus loin dans le Roman de Troie, Médée explique à Jason comment conquérir la Toison d'or. Le processus doit se dérouler en plusieurs étapes et à l'aide de plusieurs pouvoirs magiques. D'abord, Jason aura l'aide d'une figurine magique : « Si en a traite une figure / Faite par art e par conjure46(*)». Ensuite, elle munit son amant d'un onguent qui le protègera des brûlures et d'un anneau, cadeau extrêmement précieux, qui le préservera de toutes les sortes d'enchantements ou de problèmes qui se dresseraient devant lui :

« D'ice, fait ele, seras oinz,

Quar de ce t'est graindre besoinz;

Puis n'avras ja de fué dotance,

Qui a ton cors face nuisance.

Or te bailerai mon anel -

Si n'en verras ja mais plus bel -

E si saches bien que la piere

Ne puet estre en niul sens plus chiere.

Soz ciel n'a home qui seit vis,

Des qu'il l'avra en son doit mis,

Qui ja puis crienge enchantement (...) »47(*).

Un autre objet est remis au héros : un texte où est inscrite une formule magique. Elle lui servira à vaincre le bélier. Pour ne pas attiser la colère des dieux, Jason doit faire un sacrifice et lire le texte pendant qu'il s'exécute :

Après li rebaille un escrit,

E si li a monstré (...)

C'est escrit di tot belement

Treis foiees contre orïent;

Gart que seis amenteüz.

Or te baillerai ceste gluz :

Par tiel manière est destenpree

Que ja a rien n'iert adesee

Dont ja mais dessevree soit48(*).

Le dernier objet offert est de la glu, qui colle définitivement tout ce qu'elle touche. Toutes ces pratiques magiques, bien détaillées par l'auteur, ne font pas l'objet d'autant d'attention chez les compilateurs, peu enclins à faire l'éloge des talents de Médée. Il n'y a que dans cet ouvrage où elle est présentée si positivement, mais cette image se ternira au fil des siècles, et ce jusqu'à la fin du Moyen âge et au-delà : « Dans le Roman de Troie, Médée est déjà présentée comme une bonne élève49(*) ».

Contrairement à ce qui est dit dans les compilations, Benoît de Sainte-Maure donne des détails précis sur l'usage des objets donnés par Médée. On apprend d'abord que Jason traite avec respect la figurine et qu'il la place sur son casque afin qu'elle le protège : « La figure a sacrefïee / Que Medea li ot bailee, / Mist sor son heume e atacha / Si cum ele li enseigna50(*) ». L'auteur, avec toutes les propriétés magiques de l'enchanteresse mises au service de Jason, stipule donc clairement que, sans elle, le héros ne serait pas parvenu à ses fins. D'ailleurs, il est perçu de manière très négative. La chute de Médée est, dans le Roman de Troie, causée par son amour pour lui, infidèle. Elle est perdit la tête : « Grant folie fist Medea : / Trop ot le vassal aamé51(*) ». Elle se fourvoya en aimant trop, alors que chez tous les compilateurs sauf Christine et Boccace dans une moindre mesure, c'est parce qu'elle était surtout mauvaise.

Christine de Pizan, en effet, ne se permet pas aucun passe-droit dans sa mission de promouvoir le sexe féminin :

Christine utilise librement son modèle, l'interprète de façon délibérée, s'amuse même en faisant dire à Boccace ce qu'il n'aurait jamais voulu dire. Elle exclut de son discours toute la charge misogyne du texte qu'elle compile et elle brandit l'étendard du progrès en faisant l'éloge de l'oeuvre civilisatrice des femmes et de l'ordre social qui règne dans le monde grâce à elle52(*).

La Cité des dames est pourtant loin d'être la compilation la plus ancienne. On pourrait penser que la cause féminine évolue dans le temps, mais, en ce qui concerne cette compilation confrontée aux autres, ce n'est pas le cas. Le savoir de Médée, en outre, nous l'avons déjà vu, n'a jamais été aussi bien considérée qu'au XIIe siècle. Il faut cependant ajouter que le point de vue d'une auteure sur le savoir des femmes magiques médiévales n'avait jamais encore été exprimé.

Le Livre de la Cité des Dames contient en fait deux parties concernant Médée, ce qui est unique dans les compilations présentées ici, dans le premier livre le chapitre XXXII et dans le deuxième livre le chapitre LVI. Ce dernier porte le titre « De Medee amante», titre donné par l'auteure elle-même. Christine, fidèle à ses habitudes, me parle qu'en bien de son héroïne. Elle est une femme «qui tant avoit de savoir53(*) ». Jason est présenté comme un traître et un lâche, alors que Médée est sa victime. Elle le «volt garder de mort54(*)» avec ses pouvoirs magiques, il la délaisse. L'auteur poursuit sur les dons extraordinaires de cette femme : « Et a brief dire, elle lui bailla charmes et enchantements, comme celle qui tous les savoit, et lui apprist toute la manière comment et par quelle voye il conquerroit la toison d'or55(*) ». Les dons de Médée ne l'ont pas empêché d'avoir le coeur brisé. La compilation la présente avec précaution. Cependant, son savoir n'est pas détaillé dans cet extrait comme avec le précédent du premier livre.

Un peu plus d'un siècle plus tôt avant Christine, Guillaume de Machaut écrit sur la puissance de l'amour de Médée pour Jason plutôt que sur la puissance de son savoir : « Je sui celle qui me doi plaindre de vous plus que ne fist oncques nulle fame de son ami, et plus que ne fist Medee de Jason56(*) ». Il est aussi à noter que le poète compare son amour à celui d'une femme, ce qui en soit pourrait paraître surprenant pour l'époque. Peu d'hommes aimaient alors se comparer aux femmes qui sont le sexe faible. Les hommes, considérés tout puissants, n'avaient habituellement pas de modèles féminins, mais plutôt masculins. Machaut insinue ainsi que l'amour des femmes envers les hommes a plus de portée que celui d'un homme envers une femme. Lui, l'auteur, souffre autant qu'elles. C'est donc un jugement favorable envers les femmes qu'il émet ici.

Le Voir-dit de même que les autres oeuvres du poète font parfois preuve d'un avis critique sur le sexe féminin : « Ce discours clérical, qui échappe parfois à Guillaume de Machaut, se marque par une certaine condescendance. L'emploi du mot famelette lors d'un apitoiement sur la faiblesse de la femme paraît révéler d'une telle attitude57(*) ». Plus loin dans l'ouvrage de Machaut, une autre remarque est faite au sujet de Médée, non pas sur ses connaissances, mais sur son aspect physique : « Qu'onques Jason belle Medee, / Ne Dido de Cartage Enee, / N'aussi Biblis / Cadmus, në Helaine, Paris / N'amerent tant, soies ent fis, / Com je t'aim58(*) ». Ainsi, bien qu'il n'était pas rare au Moyen âge que l'on mentionne on même l'éloge de la beauté féminine, il demeure que Machaut ne souligne pas les talents extraordinaires de Médée. Ainsi, l'amour de Médée pour Jason est grand et la beauté de l'héroïne est louée. L'auteur ne s'engage pas, comme Christine de Pisan ou Champier, dans des avenues peu fréquentées afin de promouvoir la femme.

Selon certains spécialistes, Champier aurait lu la Cité des dames :

While she implies, but does not directly state, the Champier had read and imitated Christine in his Nef des dames, Paula Soomers goes a step further in her essay, "Marguerite de Navaree as Reader of Christine de Pizan", claiming that the Lyonnais physician and author Symphorien Champier acknowledges Christine in his Nef des Dames (Ship of Ladies)59(*).

Si de tels propos sont véridiques, Symphorien Champier aurait pris connaissance de la prise d'opinion féministe de son homologue et l'aurait réfuté. C'est donc dire qu'il aurait fait un pas en arrière. Le mystère demeure, mais il ne serait pas surprenant que Champier soit, au fond, bien peu en faveur des femmes, malgré ce qu'il en dit dans La Nef des dames vertueuses : « Si Champier semble défendre sans équivoque les femmes dans son second livre de la Nef des dames, il paraissait bien misogyne dans la Nef des princes, publiée un an auparavant60(*) ».

Quand il est question de Médée ou même des sibylles, qui seront abordées plus loin, très peu de choses sont dites au sujet de son éducation ou de leur savoir. Ces deux notions sont étroitement liées à la promotion de la femme. Il est donc un peu étrange que le compilateur ne se lance pas plus en avant dans ces domaines : « Christine Hill met aussi en question un Champier misogyne transformé en féministe : comment, se demande-t-elle, peut-on expliquer le fait que dans la Nef des dames, une oeuvre censée traiter de l'éducation des femmes, il évite de parler de leur instruction formelle?61(*) ». Sa position envers les femmes est bel et bien ambiguë. Cette ambiguïté marque néanmoins la venue d'une période nouvelle, même s'il a déjà déclaré que les deux sexes ne sont pas égaux. Il revient ensuite sur ses propos : « Champier invite les hommes à les [les femmes] traiter quand même comme `compagnes et égales' - une position peu habituelle à l'époque et qui marque peut-être une transition dans l'histoire de la querelle62(*) ».

Christine de Pizan et Symphorien Champier ont tous deux participé à la Querelle des femmes dont il a été question plus haut. Leurs visions parfois divergent sur leur statut. Judy Kem s'est déjà penchée sur le personnage de Médée :

Christine and Champier write a favorable account of Medea but in different ways. (...) In the Cité des dames, Christine simply states that Medea was learned in the sciences and the occult arts, and she thus helped Jason obtain the golden Fleece (1. XXXII); in another, she adds that Medea helped Jason in return for a promise of marriage, but, after winning his prize, he reneged (2. LVI). Champier states that Medea did indeed marry Jason, that Jason repudiated her in favor of Creusa, but they later reconciled and lived happily ever after. Not surprinsingly both Christine's and Champier's portraits leave out Medea's murders, althought Champier does mention them in the prologues but blames Jason (f. b iiii). He insists on their marriage and reconciliation in order to remain true to the goal of the second book of the Nef des dames, the "Gouvernement de mariage", which is to praise marriage. Like many of his contemporairies, Champier held orthodox views concerning the state of marriage. He preferred celibacy, but he was also steadfastly against divorce ans remarriage for widows - not a primary preoccupation with Christine63(*).

Ainsi, nous pouvons difficilement en douter, l'opinion est plus favorable chez l'écrivaine, probablement à cause de sa propre sensibilité féminine. Plus que quiconque elle accomplit mieux sa tâche de louer les dames. Chez Christine, Médée apparaît comme une femme savante et une aide précieuse pour Jason. Champier supprime toutefois les meurtres de l'enchanteresse, ce qui améliore son image. Cependant, il aurait été plus efficace qu'il mentionne son savoir, comme l'a fait son homologue.

La Cité des dames est une oeuvre plus ordonnée que celle de Champier. Dans La Nef des dames vertueuses, il n'y a pas seulement que des portraits de femmes, bien qu'elles y jouent un rôle prédominant partout. La méthode de Christine est autre. Fille d'astrologue, elle fait de nombreuses références aux sciences du ciel64(*). Possédant un savoir approfondi des sciences, il ne fait nul doute que Médée n'ignore pas l'astrologie et l'astronomie, intimement liés au Moyen âge. Cependant, sa démarche n'est pas scientifique et elle préfère se laisser transporter par la fiction : « Dans le monde de la vulgarisation scientifique, de la compilation des encyclopédistes et des poètes, univers où les débats sur la classification des sciences ne pénètrent que peu ou de façon superficielle, dans le monde de Christine donc, c'est l'interchangeabilité, le flou ou l'ambigüité qui dominent65(*) ». D'ailleurs, elle énumère moins longtemps que son maître Boccace les savoirs de Médée. Elle aurait, de plus, pu expliquer la provenance de ce savoir.

Chez Christine de Pizan, l'absence de critique du personnage le valorise du même coup. Dans son ensemble, la Cité des dames est positive pour la cause féminine, car il promeut leurs talents : « [The book] rediscribes the gifts, talents, and dees of women66(*) ». À l'inverse, un siècle plus tard, « Champier défend les femmes qui, dit-il, ne peuvent pas le faire puisqu'elles ne lisent pas la Bible. (...) Champier continue à invoquer les arguments traditionnels en faveur des femmes67(*) ». À la lecture de tels arguments, force est de constater le chemin qu'il reste encore aux auteurs pour adhérer entièrement au savoir des femmes. Ces auteurs ont certes fait un bout de chemin, mais la démarche n'était pas absolument complète. Même Christine n'y est pas absolument parvenue.

Conclusion

Médée est, dans l'esprit de plusieurs, un être sans pitié qui n'a pas hésité à supprimer ses enfants. Son savoir a, dans une certaine mesure, joué contre elle. Sans ses pouvoirs, elle n'aurait peut-être pas conquis Jason et les évènements que l'on connait ne seraient peut-être pas arrivés. Cependant, il faut aller plus loin que cette image de cette magicienne machiavélique. Le savoir hors-norme de Médée a parfois fait peur aux auteurs et compilateurs.

On retiendra que, chez Boccace, une liste impressionnante de capacités surnaturelles caractérise Médée. Pour lui, elle est la « Medee royne », donc un être puissant. Il est aussi le seul à l'appeler, comme c'est le cas ici, « enchanterresse ». Malgré toutes ses possibilités et ses qualités, Médée demeure, dans De cleres et nobles femmes et dans De claris mulieribus, une personne déloyale. Elle apparaît comme quelqu'un qui possédait de multiples dons, mais qui en a mal usés.

Parmi les compilateurs, Antoine Dufour est celui qui utilise les mots les plus durs à l'égard du personnage. Elle est comparée à un serpent et qualifiée de meurtrière. Ses dons ne servent qu'à produire le mal. L'auteur, il l'avoue, n'aime pas parler d'elle, car elle n'est pas un modèle pour personne. Médée est également « apotiquèresse », c'est-à-dire qu'elle connaît les vertus des plantes. Selon Dufour, elle n'utilisera pourtant pas ce savoir à bon escient, car elle est une menteuse, une vicieuse, une fournaise insatiable et bien d'autres choses encore.

Christine de Pizan est remplie de bons mots à l'égard de Médée. Dans le chapitre XXXII du livre I, ses connaissances sont presque sans borne. Ses dons sont au service de ses volontés, car elle sait tout faire. Par ailleurs, il n'est pas dit qu'elle manquait de vertu comme chez d'autres, mais qu'elle a été trahie, provoquant ainsi son courroux. Dans le livre II, le chapitre mentionne, encore une fois, qu'elle possède un grand savoir et qu'elle maîtrise charmes et enchantements. Malgré le titre du chapitre, plus d'informations concernent Jason.

Finalement, selon Symphorien Champier, Médée est une victime de l' « ingrat » Jason. Le savoir de l'enchanteresse permettra pourtant de le sauver de la mort et de conquérir la Toison d'or. « L'art magique » n'empêchera pourtant pas la traîtrise du mari envers sa femme. Par ailleurs, Champier écrit que le couple continua à vivre ensemble longtemps. Médée est une femme de tête, la plus forte des trois figures de cette étude. Son savoir est diversifié et puissant. La popularité de ce personnage ne s'est jamais démentie, de l'Antiquité grecque à aujourd'hui. Pièces de théâtres, opéras ou autres le prouvent. Reste à savoir si les créateurs ont plutôt vu sa cruauté plutôt que sa douleur.

DEUXIÈME CHAPITRE

Circé

Introduction

Les femmes choisies par les compilateurs proviennent de toutes sortes d'horizons, imaginaires ou réelles, puisque les auteurs placent côte à côte des héroïnes historiques, religieuses et mythiques. Le Moyen âge, c'est bien connu, était fasciné par le merveilleux. Cela peut paraître étrange, pour une époque considérée très religieuse. Jacques Le Goff explique ainsi ce phénomène :

C'est la rencontre de cette pression, venue d'une certaine base laïque, et de cette tolérance relative de l'Église qui explique cette irruption du merveilleux à l'âge gothique. (...) C'est ce que j'ai appelé l'esthétisation du merveilleux, ce sont les progrès de son rôle comme ornement, procédé littéraire et artistique, jeu stylistique68(*).

Circé est un personnage merveilleux qui a suscité l'intérêt. Cette figure, de l'Antiquité jusqu'aux compilations médiévales, n'a pas beaucoup évolué :

Magicienne qui intervient dans L'Odyssée et dans le mythe des Argonautes. Elle appartient plus à la légende et au conte qu'à la mythologie. Fille du Soleil et de l'Océanide Persé, petite-fille d'Océan, elle fut confinée à l'île d'Aea après avoir tué son époux. Là, entourée de bêtes sauvages, elle s'adonna à la magie et, lorsqu'Ulysse et ses compagnons abordèrent l'île, elle changea en animaux, après les avoir régalés, les hommes qu'Ulysse avait envoyés en éclaireurs. L'un d'entre eux, Euryloque, resté prudemment à l'extérieur du palais de Circé, avertit Ulysse; le héros, aidé par le dieu Hermès qui lui remit une plante magique, déjoua les tentatives de la magicienne pour le réduire à l'animalité, l'obligea à rendre à ses compagnons leur forme humaine, puis profita de son hospitalité et de ses conseils. Circé, comme Médée, s'apparente aux bonnes fées par son amour pour un mortel et sa générosité envers lui, mais aussi aux fées malveillantes et aux sorcières par ses philtres et son traitement indigne des compagnons d'Ulysse.

Dans les récits de la Toison d'Or, Circé, tante de Médée, reçoit les Argonautes lorsqu'ils relâchent sur son île et purifie Jason, car, avant de s'enfuir avec Médée, il avait tué le frère de cette dernière, Apsyrtos, et jeté ses membres derrière lui pour ralentir ceux qui le poursuivent69(*).

Malgré l'aide essentielle qu'elle fournira à Ulysse, elle est généralement démonisée, comme c'est le cas pour Médée. Son savoir ne se distingue pas non plus de celui de sa tante, car il se concentre surtout sur ses dons pour les potions préparées à base de plantes. Elle est cependant une femme dotée d'un savoir qui effraie, ce que montrent les compilateurs. Des trois archétypes d'enchanteresse, elle est celle sur qui le moins de choses ont été dites, malgré ses rôles successifs : « Circé y serait, au choix, l'emblème de la volupté, l'allégorie de la métempsychose, une femme galante, une épervière, une courtisane, voire une mère maquerelle70(*) ».

J'observerai, dans un premier temps, la manière dont le savoir de Circé est condamné chez Boccace, Antoine Dufour et Chaucer. Dans un deuxième temps, au contraire, j'observerai la manière dont le savoir de Circé est loué chez Boccace, Christine de Pisan, Dufour, Machaut et Chastellain. Dans Des cleres et nobles femmes, le chapitre sur Circé porte le titre « De Circes fille du soleil ». En tant que descendante de cet astre, elle possède de multiples pouvoirs qui sont listés un peu à la manière du texte sur Médée. L'auteur raconte ensuite les péripéties de son amour pour Picus, qui nous intéresse moins ici. Le chapitre de Christine de Pizan contient un peu moins d'informations, étant jumelé avec Circé. Son grand savoir est tout de même loué. Selon Antoine Dufour dans La Vie des femmes célèbres, l'enchanteresse provoque surtout le mal autour d'elle. Elle cherchait le plaisir et y parvenait en manipulant les plantes et les incantations. Finalement, le poète Guillaume de Machaut cite Circé. De manière très différente les uns des autres, ils utilisent l'héroïne dans leurs oeuvres. Ainsi, elles permettent de voir comment était perçu Circé dans les compilations, mais aussi dans des oeuvres de fiction qui ont peu en commun.

a) « Circé n'est pas fable »

Madeleine Jeay explique la naissance des compilations de femmes dénigrées. La popularité des compilations trouve peut-être une explication par la volonté de se retrouver soi-même au travers des multiples personnages. L'exercice de la compilation, aussi, permet de mettre en lumière des éléments magiques, comme le savoir, qui, autrement, serait perçu d'un mauvais oeil. Il est donc logique que, au-delà d'un siècle, les compilations se soient succédé, comme le résume cet extrait :

Il faut attendre les XIIe-XIIIe siècles pour voir une floraison de catalogues de mauvaises femmes dont la Dissuasio Valerii ad Rufinum philosophum ne uxorem ducat de Walter Map est l'exemple le plus connu. (...) C'est aussi le moment [toujours aux XIIe-XIIIe siècles] où se popularisent les listes de personnages célèbres, en particulier celle de Boccace, le De casibus virorum illustrorum et De claris mulieribus, dont la traduction attribuée à Laurent de Premierfait a inspiré l'interprétation qu'en a faite Christine de Pizan dans le Livre de la cité des Dames. Dans cette lignée, s'inscrivent The Legend of Good Women de Chaucer et les catalogues de personnages illustres de la tradition italienne, le Filocolo qui est également un inventaire de connaissances et le De viris illustribus de Pétrarque. D'après Cerquiligni-Toulet, les listes d'hommes et de femmes célèbres permettent aux auteurs de s'inscrire dans une généalogie rêvée ou de s'exclure d'une filiation réprouvée. La Cité des dames de Christine de Pizan ne sera pas sans influence : au milieu du XVe siècle, Martin Le Franc reconnaît sa filiation dans le Champion des dames. La mode se poursuivra au XVIe siècle avec des compilations venues à la suite de la traduction de Boccace publiée en 1493 par Antoine Vérard sous le titre De la louenge et vertu des nobles et cleres dames. La Nef des femmes vertueuses de Symphorien Champier et Les Vies des femmes célèbres d'Antoine Dufour s'en inspirent comme, très certainement, de la Cité des dames de Christine de Pizan71(*).

Jeay mentionne certains des ouvrages ici à l'étude, marquants dans le style de la compilation féminine. L'auteur en liste également qui sont publiés en latin : Dissuasio Valerii ad Rufinum philosophum ne uxorem ducat de Walter Map, De casibus virorum illustrorum et De viris illustribus de Pétrarque. De claris mulieribus de Laurent de Premierfait et Filocolo sont les traductions respectivement en ancien français et en italien de la compilation sur les femmes. On remarque donc que la langue savante, le latin, s'intéresse aussi aux personnages de femmes, dont celles qui sont magiques. Les compilations en langue vulgaire sont plus tardives. Le français, au détriment du latin, est la seule langue des compilations du corpus du XVe siècle. Ce choix s'explique en partie par la volonté de s'attribuer les qualités des personnages et de les rendre plus accessibles.

Si autant de compilations ont été rédigées plus ou moins dans la même période, c'est que la demande était forte. Les auteurs revendiquaient cependant leur originalité les uns par rapport aux autres, tout en ne cachant pas leurs emprunts respectifs. L'annexe IX suivant montre l'ordre choisi par les auteurs. Chez Boccace, Circé est trente-huitième. Chez Christine de Pizan, elle est placée au quatre-vingt-deuxième chapitre, conjointement avec Médée. Dans la compilation d'Antoine Dufour, Circé se trouve au vingt-troisième chapitre. Dans De claris mulieribus, l'enchanteresse, selon l'édition de Virginia Brown, est précédée par « Helen, Wife of King Menelaus » et « Camilla, Queen of the Volscians ». Dans La Cité des dames, Circé est précédée de Manthoa et suivie d'un chapitre avec Raison. Dans La Vie des femmes célèbres, Circé se trouve entre Pénélope et, fait remarquable, Camille, une nouvelle fois.

Il est bien connu que Circé transforme les compagnons d'Ulysse en pourceaux. Prenons tout d'abord Boccace. Dans Des cleres et nobles femmes, il parle de la métamorphose :

[E]lle entachoit ou emposonnoit de venin les buvrages (...) toutes ces gens elle muoit en bestes de diverses espesces, entre lesquelz furent mués les compaignons d'Ulixes72(*)»

(« huis artibus cantatis carminibus, seu infectis veneno poculis, in feras diversarum specirum fuisse conversos73(*) », en latin).

De plus, en parlant de « diverses espesces », Boccace insinue que la femme magique n'en est pas à son premier sort, qu'elle est habituée à agir de la sorte. Comme l'explique Ana Pairet, ce genre de sortilège était très mal connoté, au Moyen âge, ce qui explique en partie le rejet de l'auteur pour Circé : « Telle qu'elle s'exprime dans les mythes païens, l'idée de métamorphose remet en cause la hiérarchie chrétienne de la création. (...) L'idée de la métamorphose relève en outre d'une pensée dualiste, irréconciliable avec l'anthropologie chrétienne, où l'âme est indissociable du corps74(*) ». Selon cette conception, l'enchanteresse a donc causé du tort à l'âme des voyageurs grecs. Boccace, en bon chrétien, ne peut pas faire autrement que de la blâmer.

Plus loin, si le terme « enchanteresse » n'est pas mal connoté, il n'en différemment pour le terme « empoisonneuse ». Dans la phrase «ceste femme enchanterresses et empoisonneresse75(*)», ce dernier mot ne peut être que relié à la mort, préméditée, qui plus est. En s'exprimant ainsi, l'Italien juge que Circé utilise ses pouvoirs à de mauvaises fins. Par ces deux termes juxtaposés, Boccace émet deux opinions : d'une part, une prise de position qui est neutre (presque élogieuse) et, d'autre part, une autre qui est négative. Le compilateur prouve qu'il est incapable, au contraire de Christine de Pizan qui le sera plus tard, de faire un éloge dénué de blâme de la femme : « Boccace a beau faire le panégyrique du comportement des femmes; les réserves qu'il émet, sous forme de comparaisons désobligeantes, révèlent un parti pris irréductible76(*) ».

Contrairement à Boccace, Christine classe ses personnages :

La première invention de Christine est de fixer un ordre. Selon la nature des questions posées par la lectrice, le compilateur fait se succéder les exemples de femmes célèbres qui ont exercé un pouvoir politique, de femmes savantes (poétesses, philosophes, gyromanciennes), de figures fondatrices, de celles qui inventent (l'agriculture, le jardinage, les lettres, les armes, le tissage), de femmes passées maîtres dans les arts appliqués (la peinture, l'éloquence), enfin, de figures édifiantes incarnant une position morale exemplaire (la constance en amour, la piété filiale, la chasteté, etc.)77(*).

Elle démontre ainsi un intérêt plus marqué pour ces femmes. Pour l'auteur, elles se distinguent par différentes qualités qu'il est important de mettre en relief. Elle consolide ainsi son projet de « cité », où les femmes sont toutes puissantes. Christine affirme qu'elles sont dotées de multiples possibilités qui sont restées trop longtemps sous silence. Elle salue les talents manuels tout comme les talents moraux. Elle mène plus loin le projet de son modèle, l'améliore grandement. L'ouvrage de l'écrivaine en devient ainsi plus convaincant pour le lecteur moderne, probablement plus que celui de Dufour, qui fait moins l'éloge de la femme qu'elle.

Dans le court chapitre d'Antoine Dufour concernant Circé, une longue phrase est ponctuée de quelques termes permettant de croire que l'auteur l'admire, mais cette admiration est loin d'être complète, par exemple avec cet extrait où elle est « à malice ingénieuse, cherchant son plaisir par luxure en toutes formes et manières78(*) ». Selon Dufour, Circé se rend coupable, en plus du reste, d'un des sept péchés capitaux : la luxure. L'image de Circé est mise à mal, malgré les bons mots de Christine de Pizan, un siècle plus tôt, pour redorer son image. Les nombreuses critiques des femmes ont nécessité un travail important de l'auteure afin de les corriger. Il aura fallu plus d'une retouche pour que leur image s'améliore.

Dufour et ses congénères masculins, règle générale, semblent plus enclins à dépeindre le négatif que le positif. L'auteure avait sa propre méthode pour corriger les défauts esquissés par Boccace dans De claris mulieribus :

She [Christine de Pizan] sometimes turns accusations around to defend where it seems inevitable that she must condemn; for instance, to the accusation that women are greedy she replies that women are not usually gluttonous, and if they were their desire to control it would be praiseworthy. The old adage that women are made to weep becomes a praise of the gift to tears, of speaking, of sewing. To the accusation that women are failed men, incapable of performing men's tasks, she replies with examples of women doing exacly that, but also asserts that men's and women's gifts are different, and that it is appropriate to ask one man to do something which would require several women. To the accusation that women have weak bodies she replies that this takes account only of one feature, and ignores women's daring and boldness. To the view that women are ignorant she counters that only because they are kept at home untaught do they appear simple - this is due to a failure to teach, not an inability to be taugh79(*).

Le lieu où habite Circé, la lointaine île d'Aea, n'a rien de rassurant pour l'image du personnage. En effet, « Les lieux isolés, déserts et montagnes, sont eux aussi un terrain d'élection de l'imaginaire80(*) ». Le chapitre sur Circé dans La Vie des femmes célèbres se conclut avec son suicide, qui, selon le compilateur, était mérité : « Toutesfoys, ainsi que sa vie avoit esté méchante, sa mort fut cruelle et ténébreuse, car elle-mesmes se tua81(*) ». Donc, à cause de sa mauvaise vie, l'enchanteresse mérite son sort. Il n'est pas dit cependant si c'est à cause de son lieu de vie qu'elle mérite son sort ou bien si elle a choisi de vivre dans ce lieu du fait de sa nature surnaturelle. Antoine Dufour ne montre aucune pitié pour elle, valeur chrétienne par excellence, malgré sa qualité de prêtre. Christine n'est pas une femme de Dieu et, pourtant, elle se montre beaucoup plus compréhensive que lui.

Dans L'Odyssée, Circé possède certains dons qui seront repris par les compilateurs. Elle possède le don d'«apotiquèresse » pour fabriquer des potions, nommées « pharmakon » en grec : « Que le pharmakon entre les mains de Circé soit un poison, une potion magique nocive, une drogue, qui nuit à son consommateur, c'est tout à fait logique82(*) ». Dans l'épopée grecque, Circé est d'abord présentée comme un être nocif. Elle veut nuire à son prochain et croit qu'elle y parviendra à l'aide de son savoir magique. Ce sont donc deux pouvoirs qu'elle utilise : « elle les attire par son chant, à l'instar d'une sirène, figure de l'oubli du retour, et surtout elle verse dans un mélange un pharmakon 83(*)». Contrairement aux sibylles, la voix de Circé est utilisée à des fins malicieuses, car les prophéties servent à aider les Hommes, alors que Circé agit dans un but personnel. Cependant, après avoir causé certains torts, elle se rachète.

Bien des siècles après l'Antiquité, la chasse aux sorcières est bien enclenchée en Europe et ne tardera pas à rejoindre les côtes nord-américaines. Chaque comportement un peu marginal d'une femme est mal perçu et sème le doute. La peur ne cesse d'assombrir les esprits. Il va sans dire que le savoir des femmes se voit ainsi réprimé. Certaines croyances qui jusqu'alors au Moyen âge étaient considérées comme des histoires qui n'étaient pas à craindre prennent des proportions gigantesques. Les auteurs prennent parfois des positions drastiques sur des questions évidentes : « Jean Bodin va jusqu'à écrire dans sa Démonomanie des sorciers (1580) : `Circé n'est pas fable'84(*) ». Il n'est d'ailleurs pas surprenant que l'ouvrage de Bodin porte un titre qui contient le mot « démonomanie ». Les lecteurs d'aujourd'hui trouveront naïf cette citation qui place Circé dans le monde réel, plutôt que dans celui imaginaire auquel nous ont habitué les compilateurs.

b) L'apotiquèresse au service d'Ulysse

En général, les compilateurs admirent le savoir de Circé. Boccace, par exemple, n'hésite pas à dire qu'elle était renommée dans son domaine. Boccace l'admire :

Circés fut une femme moult renommee, aussi jusques au jour d'uy, / ses enchantements et divinacions dont elle usoit comme les dittiers des poetes le tesmoignent, et fut fille du soleil et de Perse nymphe, deesse des eaues et fille de la mer85(*)» (« Circes, cantationibus suis in hodiernum usque famosissima mulier, ut poetarum testantur carmina, filia fuit Solis et Perse nynphe, Occeani filie86(*) », dans la version latine).

Le compilateur s'exprime aussi sur le fait que d'autres que lui ont salué ses dons. Comme l'explique Giovanna Angeli, il défend son héroïne de manière brave et peu coutumière pour le XIVe siècle : « Maladroit et parfois désobligeant dans ses louanges ambigües aux "cleres et nobles femmes", Boccace s'aventure pourtant dans une défense courageuse qui n'aurait pas dû rester oubliée87(*) ».

Circé est une figure centrale des mythes antiques. Il est donc logique qu'elle trouve sa place chez les compilateurs de femmes célèbres. Dans l'épopée d'Ulysse, elle est confrontée à une cohorte d'hommes desquels elle parvient à se faire respecter. Son savoir tient donc une place moins importante que sa perspicacité : « Elle est la magicienne de l'épopée, il n'y a aucun doute. Mais elle l'est dans un sens tout à fait différent du sens traditionnel donné à ce terme. Elle n'a pas besoin d'enchantement ou de moyens magiques pour ce qui est essentiel de son activité : la reconnaissance de la vraie nature des hommes qu'elle rencontre88(*) ». Bien qu'attachée au héros, elle le laisse partir, magnifiant encore plus le personnage.

Boccace fait aussi l'éloge de l'apparence physique de l'enchanteresse, qu'il qualifie de singulière. Elle sait prendre soin de cette beauté. L'auteur range dans le savoir l'art de bien prendre soin de soi. L'auteur note chez elle un grand sens de la prudence, ce qu'il répète à deux reprises, dans un texte qui, encore une fois, est assez restreint. Tout comme Médée, elle connaît les propriétés des plantes. Cet élément est aussi répété deux fois. Pour Boccace, Médée est « royne », alors que Circé est la fille du soleil, tout comme l'indique le titre du chapitre. Finalement, le compilateur n'est pas le seul à parler de la sorte de cette femme magique. Des mathématiciens (les astrologues entrent dans cette catégorie) estiment que le soleil donne aux gens certaines qualités :

Ceste femme cy, comme je croy, fut ditte et nommee fille du soleil pour ce qu'elle estoit femme de tresgrande et singuliere beauté, ou pour ce qu'elle fut tresinstruite et moult experte en l'art et cognoissance des herbes ou mieulx pour ce qu'elle fut tresprudente es choses qu'elle vouloit et avoit a faire, lesquelles choses, c'est assavoir beauté corporelle, cognoissance des vertus des herbes et prudence, le soleil selon divers regars de lui donne aux gens quilz naissent en ce monde, comme dient et estiment les mathematiciens89(*) » (« Solis, ut arbitror, ideo filia dicta, quia singulari floruerit pulchritudine, seu quia circa notitiam herbarum fuerit eruditissima, vel potius quia prudentissima in agendis : que omnia solem, variis habitis respectibus, dare nascentibus mathematici arbitrantur90(*) » dans le version originale).

Les mathématiques entrent dans les sept arts libéraux de l'éducation médiévale. Les frontières sont parfois poreuses entre les différentes sciences : « Dans le classement des sciences, elle [l'astronomie (et avec elle l'astrologie - termes presque toujours interchangeables au Moyen âge)] est subordonnée aux mathématiques. Dès le XIIe siècle, elle avait sa place dans l'enseignement des écoles et, plus tard, dans celui des universités naissantes91(*)». Ainsi, même les mathématiciens attestent des talents de l'enchanteresse, c'est-à-dire des gens qui se fient aux faits scientifiques et observables.

Pour conclure avec ce que le poète dit sur le savoir positif de Circé, il faut citer cette phrase, qui ne diffère que très peu du long exemple qui vient d'apparaître : « 

Dient ainsi doncques les poetes que ceste femme, par son art d'enchantement qu'elle avoit et exerçoit en chantant ses dittiers, ou par ce qu'elle entachoit ou empoisonnoit de venin les buvrages des maronniers quilz venoient et appliquoient en la ditte montaigne, qui jadiz avoit esté une isle ou ilz venoient, dy je, ou de certain propos et science, ou par force de tempeste et de vens estoient boutez et envoiez en la ditte montaigne, toutes ces gens elle muoit en bestes de dievrses especes, entre lesquelz furent mués les compaignons de Ulixes, qui nagoit et aloit par la mer au retour de la destrucion de Troye, lequel ne fut mie mué, mais en fut gardé et preservé par le conseil de Mercure, qui / le garda92(*).

Ainsi, Circé exerce ses pouvoirs, entre autres, par des chants. L'auteur se répète une fois de plus en spécifiant que des poètes avant lui avaient allégué pareilles informations. C'est comme si, peu sûr de lui, Boccace, aussi un compilateur, voulait se conforter s'appuyant sur d'autres, peut-être conscient de la nature inédite de ses écrits qu'il craignait de voir rejeter. En effet, à trois reprises, il parle des autres écrivains : Circé « fut ditte et nommee », « estiment les mathematiciens » et « ainsi doncques les poetes93(*) ».

Christine de Pizan va plus loin que Boccace dans La Cité des dames, en ce qui concerne Circé, mais aussi les femmes en général. Contrairement à son modèle, elle ne mentionne rien qui pourrait nuire à sa réputation. Féministe avant l'heure, aux yeux de ses contemporains, elle s'applique à corriger les portraits boccaciens :

Son but est clair, elle veut rehausser la nature féminine, et dans ce cas, mettre l'accent sur le rôle important que ces femmes ont joué dans le progrès de l'humanité, sans oublier un seul instant son projet d'écriture qui se consolide au fur et à mesure que ses arguments se renforcent et, telles des pierres, ils contribuent peu à peu à bâtir la ville qui logera tant d'illustres dames94(*).

Dans cette cité qu'elle bâtit, Circé est une femme magique qui tient une place importante. Sans doute qu'en tant qu'écrivaine passionnée presque à l'obsession par les livres95(*), Christine admire Circé. Cependant, elle ne louange pas plus l'enchanteresse que les autres femmes : « C'est [Le Livre de la Cité des dames] en somme une anthologie des beaux traits par lesquels des femmes de toute époque et de toute condition ont manifesté leurs talents ou leurs vertus96(*) ». L'auteure médiévale spécifie que Circé peut tout accomplir, grâce à ses dons. La manière dont Christine le verbalise met en valeur ce savoir, qui est forcément étendu :

Ceste dame sceut tant de l'art d'enchantement qu'il n'estoit chose qu'elle voulsist faire que par vertu de son enchantement ne feist. Elle savoit par vertu d'un breuvage qu'elle donnoit transmuer corps d'ommes en figures de bestes sauvages et d'oisiaulx, pour laquelle chose tesmoigner est escript en l'istoire de Ulixes97(*).

Cette phrase contient à deux reprises le mot « enchantement ». C'est dire à quel point cette notion importante à Christine de Pizan. Il n'en va cependant pas toujours ainsi dans ses écrits, par exemple dans Mutation de Fortune, où Circé ne fabrique pas elle-même la potion destinée aux compagnons d'Ulysse. Il s'agit de Fortune98(*).

Selon Gustave Jeanneau, il ne semble toutefois pas que Dufour se soit inspiré de son prédécesseur Christine99(*), sauf pour le cas isolé de Grisélidis. Dufour ne s'étale pas longuement sur le savoir de Circé (le texte la concernant ne remplissant qu'une demie page de l'édition critique de 1970), encore moins sur le savoir positif de l'enchanteresse. Il la qualifie de « grande » magicienne, dotée du don de la beauté : «Laquelle fut grande enchanteresse, belle entre les femmes100(*) ». De ces deux adjectifs, le plus intéressant est certainement « grande », désignant ainsi les facultés intellectuelles de Circé, alors que « belle » fait seulement référence à l'aspect extérieur du personnage. Moins visibles, les attributs qui ne concernent pas la beauté sont propres à valoriser la conception de la femme au Moyen âge.

Selon Dufour, Circé «par chansons, herbes et oncantations faisoit devenir les hommes bestes101(*)». Bien que cette phrase ne dénote pas un avis favorable sur le personnage, il met, en tous les cas, en valeur ses pouvoirs. De plus, elle est ambigüe, car elle spécifie également que les hommes sont métamorphosés. Néanmoins, on y apprend que Circé connaît les propriétés des herbes et des formules magiques. Dans L'Odyssée, les détails à ce sujet sont plus exhaustifs. En effet, la recette de la métamorphose des compagnons d'Ulysse va comme suit : l'enchanteresse leur « brouilla du fromage, de l'orge et du miel frais, avec du vin de Pramnos : un aliment où elle mêla de funestes drogues (pharmakon lugra) pour leur faire oublier complètement leur patrie102(*) ». Contrairement à l'auteur de l'Ovide moralisé, par exemple, La vie des femmes célèbres ne reprend pas à son compte la métamorphose afin d'y trouver le sens d'une morale religieuse. Ainsi, le processus de transformation opéré par Circé n'est pas, sous la plume de Dufour, une métaphore de la conversion chrétienne.

Selon Boccace, Circé possède le pouvoir de lire l'avenir. Bien que ce talent ne soit pas mentionné chez les autres compilateurs, on peut supposer, puisque le maître italien en a inspiré plusieurs, qu'elle possède aussi ce don dû à son statut d'enchanteresse. Cependant, cela n'est pas aussi clair que chez les sibylles, nous y reviendrons dans le chapitre suivant. Donc, Circé savait qu'Ulysse viendrait jusqu'à elle. C'est peut-être même elle qui a modifié le trajet de son voyage afin qu'il s'échoue sur son île. Cette propriété de lire dans l'avenir est très caractéristique des fées médiévales : « La fée s'est servie de son pouvoir de divination et d'encantemens pour attirer son amant. (...) Cet art, lié étroitement aux sciences et en particulier à l'astrologie, n'empêche pas ses adeptes d'être des chrétiens fidèles qui remplissent soigneusement leurs devoirs religieux103(*)». Circé est dépeinte par les compilateurs comme quelqu'un dont les pouvoirs doivent s'harmoniser avec la doctrine religieuse dans leurs écrits. Toujours en continuant sur les personnages de fées, nous pouvons dire que l'enchanteresse telle qu'elle est perçue dans les compilations du XVe siècle est l'aboutissement de nombreuses variations durant le Moyen âge : « Les fées progressivement deviennent des enchanteresses : l'identification de la fée et de la magicienne est accomplie au XVe siècle104(*) ».

Au XIVe siècle, Guillaume de Machaut entreprend lui aussi de raconter les péripéties de Circé, dont son histoire avec Picus. L'enchanteresse était amoureuse de lui, mais il en aimait une autre qu'elle. Il lui avait refusé sa tendresse : « Cyrcé, dame d'anchanterie, / Le pria de sa druerie, / Mais onques ne la voit oÿr / Nes ses paroles conjoïr105(*) ». Circé voulut se venger de cet affront. Elle le transforma alors en pivert, oiseau au plumage peu attrayant qui vit dans la forêt. Ici, la femme magique est qualifiée de « dame d'anchanterie ». Tout comme avec Dufour un peu plus haut, ces termes sont ambigus : ils oscillent entre la neutralité et la valorisation. Son pouvoir est toutefois nommé, ce qui n'est pas rien en soit. Machaut aurait pu opter pour « sorcière » ou « femme démoniaque », mais il ne l'a pas fait. Par ailleurs, il souligne les traits de caractère forts du personnage qui se fâche lorsqu'elle n'obtient pas ce qu'elle désire, ce qui est l'apanage de quelqu'un qui prend sa place dans le monde.

L'habitat de Circé, l'île d'Aéa est coupée du reste du monde et donc propice à l'imaginaire et ce, autant dans l'Antiquité qu'au Moyen âge. C.-C. Kappler estime que les îles sont commodes dans les représentations mentales des lecteurs, car elles sont éloignées, inconnues et mystérieuses106(*). Voilà pourquoi maints auteurs privilégiaient les îles. Sur ce morceau de terre perdue, Circé, la magicienne, évolue depuis de longues années lorsque le héros d'Homère parvient jusqu'à elle. Dans cet endroit reculé, il est logique qu'elle pratique ses sorts, coupée des humains qui la jugeraient et ne la comprendraient pas. Sur Aéa, elle s'assure ainsi un univers « où le merveilleux est toujours englobé dans un ensemble qui en "dilue" le charme [qui] est un univers clos, replié sur lui-même107(*) », contrairement au continent. De plus, les îles procurent le plaisir de fantaisie et d'esthétique.

L'île n'est pas mentionnée partout chez les compilateurs. Cependant, c'est le cas chez Christine de Pizan qui résume l'histoire avec Ulysse. Elle fait directement référence à son histoire et renonce à la réécrire avec détails. Cette érudite a forcément lu l'oeuvre homérique : « L'idée des livres, de leur abondance, de leur diversité, s'impose comme une véritable obsession (...) Ce goût pour les choses écrites est une forme précoce de l'esprit de compilation108(*) ». Beaucoup a été écrit sur cette femme qui écrit sur les femmes. Le savoir de Christine est très vaste pour quelqu'un, qui plus est de sexe féminin, de son époque. Avec la Cité des dames, elle réussit à insérer toutes sortes de figures qu'elle admire probablement. En s'écartant de la fiction à proprement parler, car la compilation « n'entre pas vraiment dans l'aventure littéraire109(*) », elle met de l'avant ses opinions tout en jouant avec son imagination. En effet, il s'agit bel et bien d'une prise de position, car l'auteure supprime ce qu'elle juge néfaste pour l'image de ses dames : « Les femmes scandaleuses y [dans le Livre de la Cité des dames] trouvent leur place seulement après avoir subi une censure110(*) ».

Les femmes des compilations sont listées dans le tableau « Ordre des chapitres » inséré un peu plus tôt. On peut y voir que Circé est placée au vingt-troisième rang chez Dufour. La Vie des femmes célèbres contient en fait quatre-vingt-onze notices biographiques. L'ouvrage commence par celle de la Vierge Marie et se termine par celle de Jeanne d'Arc. Quand il s'agit d'héroïnes historiques, elles sont juxtaposées de manière chronologique. L'enchanteresse se trouve entre Pénélope et Camille, deux personnages fictifs comme elle. Les informations qui concernent Circé concordent avec celles des autres compilations. Cependant, Dufour est parfois accusé de mal connaître son sujet :  

Ses ignorances concernant la mythologie sont flagrantes. (...) Nous aimerions pouvoir être assurés que de telles confusions sont imputables à la distraction du copiste : si cela n'est pas, elles nous renseignent au moins sur ce que pouvait être la connaissance de l'Antiquité chez un homme instruit au début du XVIe siècle111(*).

L'histoire de Circé concorde chez Christine de Pizan et Dufour. Le savoir de la dame est sensiblement le même. Les deux compilateurs ont beaucoup d'admiration pour les femmes érudites : « Dufour manifeste en effet une admiration toute spéciale pour les femmes cultivées (...) Cette admiration s'étend aux femmes poètes (...) Elle s'étend aussi aux femmes artistes112(*) ». En effet, il mentionne, au sujet de Circé, qu'elle maîtrise « chansons, herbes et oncantations ». Dufour aurait pu s'en tenir à dire qu'elle est une magicienne, mais sa liste est plus exubérante que cela. Il souligne, en plus de son habileté avec les plantes, sa connaissance de formules magiques. Si on considère que les connaissances contribuent de manière positive au monde et si on part du point de vue que l'éducation fait avancer l'espèce humaine, alors le savoir de Circé et des autres enchanteresses est positif.

Dans les mythes antiques et dans leurs réécritures médiévales, Circé connaît plus d'un enchantement. La science dont parlent les compilateurs et les auteurs et qui revient à de plus nombreuses reprises est celle des plantes. Ce topos est récurrent au Moyen âge :

Les poudres, les herbes, les potions sont fréquentes : leur composition n'est pas précisée et leur préparation n'est pas décrite. Certes elles sont généralement triblees, c'est-à-dire broyées, pilées. Cela correspond certes à une pratique courante (qui facile leur emploi), mais surtout il devient impossible de discerner de quoi elles sont faites après un tel traitement, ce qui implicitement dispense l'auteur de nous éclairer sur leur composition113(*)

Il est vrai que les auteurs cités ici n'entrent jamais dans les détails de composition des produits, ce qui est souvent le cas dans les textes de l'Antiquité. Il est probable que les écrivains aient volontairement omis ces recettes. Les auteurs ont pu agir ainsi afin de se dissocier à tout prix de la sorcellerie.

Il est indéniable que Circé utilise la magie, ce qui effraie. Mis entre les mains d'une femme, ces pouvoirs parfois considérés comme l'oeuvre du Démon, sont parfois passés sous silence ou sont critiqués. Comme l'indique A. M. Moreau, Circé n'est pas parmi les mieux vues du panthéon mythologique : « Elle paraît plus dangereuse, car c'est une magicienne, et une magicienne qui peut utiliser sa magie pour nuire, tandis que Calypso est présentée comme une amoureuse114(*) ». Son savoir prodigieux n'a rien pour rassurer, en particulier chez les hommes. Ses connaissances magiques peuvent signifier des liens avec le monde des esprits, notamment :

La magie se laisse définir, à la suite de P. Zumthor, comme "une certaine science ésotérique qui se donne pour but de parvenir à la connaissance des forces occultes qui meuvent les choses et à produire, en faisant jouer ces forces, à l'aide de disciplines appropriées, et grâce à une certaine expérience du monde des esprits, des effets merveilleux"115(*).

Cette « science » incertaine semble ne rallier véritablement personne, à l'exception, peut-être, de Christine de Pizan, fervente elle-même de connaissances. Ainsi, Circé doit la dangerosité de son personnage à son savoir.

Malgré les qualités que les compilateurs ont trouvées à l'enchanteresse, il demeure indubitable qu'elle effraie. Circé partage cette caractéristique avec Médée, sa nièce : « Transformées en sorcières, Circé et Médée, fille et petite-fille du Soleil, sont ainsi rationalisées comme le seront les fées116(*) ». En effet, les enchanteresses partagent plusieurs caractéristiques avec les fées. Ces figures imaginaires féminines possèdent toutes des pouvoirs extraordinaires qui les différencient des humaines ordinaires. Elles sont également le prolongement des mythes des siècles passés, antiques et celtiques. Ce savoir est, le plus souvent, rationalisé par les auteurs et parfois amoindri afin de les rendre plus réalistes. De plus, il faut mentionner que, comme l'a indiqué L. Harf-Lancner, Circé est la petite-fille du Soleil, ce qui est indiqué dans certains des titres des chapitres des compilations qui la concernent. Le soleil est l'instance suprême. Sans lui, la vie n'existe pas. Dans plusieurs mythologies, cet astre incarne le dieu le plus puissant. Étant la petite-fille du Soleil, Circé est donc une figure éminemment importante. Certains de ses pouvoirs pourraient même provenir de son aïeul. Chez Boccace, en version latine, elle est « Circe Solis filia » ou « Circes fille du soleil » en ancien français. L'auteur donne donc de l'importance à cette information au point de l'inclure dans le titre. Elle magnifie le personnage.

Les termes « fille du soleil » ne se retrouvent étonnamment pas dans le chapitre de Christine de Pizan. Cela est peut-être dû à une certaine perte de la popularité de la mythologie au cours du Moyen âge, qui refleurira à la Renaissance. Cependant, nous pouvons affirmer que la femme a bel et bien généré l'enthousiasme, à tout le moins chez les compilateurs. Ils se sont appliqués à faire connaître ses qualités, et ce dans des domaines dépassant la littérature : « Comme les arts, la littérature se mit à chanter les mérites de la femme. C'est ainsi que, dans La Nef des Dames vertueuses, contemporaine de l'ouvrage de Dufour, puisqu'elle fut publiée en 1503, Symphorien Champier, prenant parti contre ceux qui avaient mal parlé des dames, s'attacha à faire leur éloge117(*) ». Malgré tout, comme nous avons pu le voir, les remarques qui concernent Circé ne sont pas les plus élogieuses de La Vie des femmes célèbres.

Généralement, la magie de Circé était décriée chez les clercs :

[L]e latin magia (du grec mageia [...]) est le plus souvent employé avec un sens restrictif et négatif dans l'Occident chrétien. À l'instar de saint Augustin, la plupart des clercs médiévaux rejettent les « artifices des arts magiques » comme des « superstitions », comme des pratiques issues du paganisme et contraires à la foi chrétienne. Ainsi, Isidore de Séville, dans ses Étymologies, considère-t-il les magiciens (magi) comme des faiseurs de maléfices (maleficia) et des criminels qui perturbent les éléments, dérangent l'esprit des hommes et provoquent leur mort sans avoir besoin d'utiliser le poison, mais par la seule force de leur incantation118(*).

On peut donc trouver admirable que les pouvoirs de l'enchanteresse soient mentionnés et, dans certains cas, applaudis, comme chez Christine de Pizan et Boccace, dans une certaine mesure. Par sa description ambigüe de Circé, on ne peut pas dire qu'Antoine Dufour défie ces auteurs, tel Isidore de Séville, qui répriment de telles connaissances jugées antichrétiennes. Ainsi, les auteurs qui ont choisi de parler de ce savoir magique font preuve de plus de discernement à l'égard des femmes.

Dans son oeuvre, Antoine Dufour montre vraiment qu'il lui tient à coeur de faire avancer la cause des femmes. Seulement, en ce qui concerne Circé, il ne le fait pas comme pour certains autres portraits. « Certains exemples montreront qu'aussi bien que les hommes, elles peuvent avoir le sens politique, la hardiesse et la force physique, la valeur intellectuelle, la sagesse morale et toutes les vertus : l'amour filial, la fidélité, la discrétion, la chasteté119(*) ». Ces qualités ne semblent pas s'appliquer à la fille du Soleil, car toutes ces qualités ne sont pas mentionnées dans la compilation. Dufour semble voir en elle un être qui cherche plutôt à faire le Mal. La question se pose alors de savoir pourquoi elle se retrouve dans sa galerie. Il est probable qu'il a cherché avec elle à montrer un contre-exemple.

Il existe plusieurs explications à cette peur envers les femmes savantes dans les compilations du XVe siècle, mais aussi ailleurs. Cette peur a même touché les personnages fictifs. Pour y voir plus clair sur la question des différents auteurs et des dates de parution de leurs oeuvres, l'annexe VIII « Ordre chronologique du corpus » montre des listes selon les types d'oeuvres. Les auteurs se montraient sans doute prudents sachant que les lecteurs trouvaient là plusieurs de leurs modèles. Ce siècle précède celui de la Renaissance, qui bouleversa le monde occidental. Les courants d'idées se modifiaient tranquillement. On parviendra bientôt à l'époque des grandes découvertes, celle de la Renaissance. Madeleine Jeay explique ainsi le phénomène qui toucha également les compilations : « Il est permis de voir dans la poussée d'hostilité à l'égard des femmes qui se manifeste dans les fabliaux et les dits, une réaction à la place qu'elles occupent au sein des activités urbaines et un effet de l'importance prise par les questions de statut dans une société devenue plus diversifiée et complexe120(*) ». De plus, les galeries de portraits peuvent être perçues comme une sorte de manuel conçu pour les femmes.

Le portrait de Circé chez Dufour, mois que celui de Médée, est dépeint sévèrement. Il semble plutôt valoriser, règle générale, des qualités propres aux hommes :

Cet idéal semble parfois assez peu féminin. Certaines vertus dont il fait l'éloge, comme l'endurance physique, le courage à la guerre, l'habileté politique, sont plus ordinairement l'apanage des héros que celui des héroïnes (...) Il s'attarde rarement à exalter les qualités qu'on recherche habituellement chez la femme, comme la délicatesse, la douceur, la tendresse (...) Sans doute la connaissance du coeur féminin était-elle incomplète chez Dufour121(*).

Il est vrai qu'en tant que prêtre, il est normal que le compilateur ne connaisse pas trop les « rouages » des femmes. Dufour croit peut-être que la promotion du sexe féminin se fait par l'encouragement des femmes de la même manière que les hommes. Il croyait peut-être qu'il fallait encourager les femmes de la même manière que les hommes, bien que cela paraisse naïf. Dans cette perspective, La vie des femmes célèbres serait donc une oeuvre maladroite, mais dont la bonne volonté de l'auteur, malgré quelques anicroches, serait à saluer.

En sa qualité de femme, Christine de Pizan, sait mieux éviter les pièges inhérents à son projet. Fidèle à son projet de forteresse pour les femmes, elle évince, au contraire de Dufour, toute formule au sujet de Circé qui pourrait nuire au portrait qu'elle veut établir. Elle y parvient mieux que tous les compilateurs. C'est avec ce genre d'oeuvre comme Le Livre de la Cité des Dames qu'un vent nouveau se fait déjà sentir :

L'idée même de sécession, de forclusion, induite de la représentation de la cité parfaite à l'abri de laquelle se tiennent les femmes célèbres, a été considérée comme le signe d'un changement dans le champ des représentations sociales de la fin du Moyen Âge et comme un témoignage capital pour l'histoire des femmes et pour la pensée occidentale en général122(*).

Bien qu'ambigus et maladroits, les compilateurs ont manifesté un intérêt pour les femmes loin d'être négligeable.

Conclusion

La « tresinstruite » Circé, selon Boccace dans De cleres et nobles femmes ainsi que dans De claris mulieribus, n'ignore rien de la vertu des herbes et des plantes. En tant que fille du soleil et d'une nymphe, ses pouvoirs sont surnaturels. Le texte mentionne que les mathématiciens sont d'accord pour affirmer qu'être fille su Soleil donne des capacités particulières. Tout comme Médée et les sibylles, elle est prophétesse. Grâce à ses connaissances en herboristeries, Circé prépare des venins et des breuvages. Ceux-ci lui serviront pour transformer des hommes en bêtes. Elle fit ainsi avec les compagnons d'Ulysse pour ensuite les retransformer en humain à la demande du héros. Cet épisode occupe d'ailleurs une grande partie du chapitre. Finalement, Circé est désignée sous l'appellation « enchanteresse » de même qu'empoisonneuse.

Pour Antoine Dufour dans sa compilation La Vie des femmes célèbres, Circé est luxurieuse. Égoïste, elle cherche à se satisfaire et atteindre le plaisir sans préoccupation pour autrui. Sa malice dessert ses envies diverses. Elle est dangereuse pour les Hommes, puisqu'elle les métamorphose en animaux. À cause de sa méchanceté, elle mourut de manière cruelle et « ténébreuse », c'est-à-dire en s'ôtant la vie. Néanmoins, malgré ce tableau obscur, Dufour mentionne qu'elle est une « grande enchanteresse ». Sans les nombreux défauts pointés du doigt par l'auteur, on aurait pu associer ces termes à des qualités, mais ce n'est pas le cas. Il loue d'une certaine manière les connaissances du personnage.

Dans le chapitre « Ce dit de Medee et d'une autre royne nommee Circes », Christine de Pizan loue le savoir de cette dernière, quoique très peu. Circé sait concocter des breuvages qui rendent les hommes des animaux ou en oiseaux. Sa connaissance de « l'art d'enchantement » est vaste. Tout comme Médée, elle est une reine. Christine se garde de condamné Circé. Elle se contente de raconter une partie de l'histoire de L'Odyssée. Si l'auteure se refuse à des commentaires négatifs, c'est qu'elle veut promouvoir les capacités de son texte. Se basant sur la compilation de Boccace, elle l'a retravaillé afin de rendre un ouvrage à la gloire des femmes. La Cité des dames est un effet direct de la Querelle des femmes qui sévissait à l'époque où elle rédigea son livre. Christine a donc repris à son compte les écrits de son maître et les corrigea d'une manière « féministe ».

TROISIÈME CHAPITRE

Les sibylles

Introduction

Dans la salle 2 du Musée de Cluny à Paris se trouve une superbe tapisserie : Auguste et la Sibylle datant des alentours de 1520. L'engouement pour les sibylles, figures chrétiennes par excellence à la fin du Moyen âge, était tel qu'il se faisait sentir dans plusieurs domaines artistiques, dont la littérature. Les compilateurs ne tarissent pas d'éloges envers elles. Par leur don de voyance, on peut considérer les sibylles des enchanteresses. Celles-ci se distinguent des fées et des humaines à la fois. De nombreux auteurs ont utilisé ces figures. Réduites à une seule, elle est sont mal perçue chez Antoine de la Sale dans Le Paradis de la reine Sibylle qui présente un personnage approchant dangereusement la sorcière.

Chez les compilateurs, la perception des sibylles est nettement meilleure. À la suite de Christine de Pizan et Symphorien Champier, l'auteur mentionne qu'il existe dix sibylles. Le tableau suivant montre par contre que tous les compilateurs ne s'entendent pas sur ce point :

Les différentes désignations des sibylles

Boccace

Jean Robertet

Antoine Dufour

Martin Le Franc

Christine de Pizan (Cité)

Symphorien Champier

 

Persique

 

Perse

Perse

de perse

Erithree

Erithée

 

Lerithee

Erophile ou

Érythrée

erithrée ou eriphile

 

Delphique

 

Delphique

Delphique

Delphique

 
 
 

Chimere

 
 
 

Libie

 
 

Lybienne

De lybie

 

Samie

 

Samye

Samienne

samie ou phemonoe

 

Europe

 
 
 
 
 

Symerie

 
 

Cimérienne

De cymes

Almathee

Cumane

ou

Almathée

Amalthée

Cumme

Cuméenne

cumane ou amalthée ou erophile123(*)

 

Agrippe

 
 
 
 
 

Tiburtine

Albunée

Albumee

Tyburtine

tyburte ou tyburtine ou albunée

 

Helleponthia

 

Elesponce

Hellespontienne

helespontique ou elespontie

 

Phrigie

 

Frigie

Phrygienne

phrigie

Comme nous pouvons le voir dans ce tableau, les sibylles ont muté à travers le temps. Gaston Paris retrace ainsi leur évolution :

une croyance fort répandue - était-elle d'origine? c'est ce qui reste à examiner, - plaçait sous terre, et spécialement dans une montagne, le royaume d'une déesse ou d'une fée, où ceux qui pouvaient y pénétrer jouissaient de toutes (sic) les délices. La Sibylle devint la reine d'un de ces "paradis", tout en restant d'abord avant tout la prophétesse qu'elle était; puis peu à peu elle perdit cette qualité primitive et ne fut plus qu'une de ces créatures de séduction et de volupté dont l'image, depuis Calypso jusqu'à la Dame du lac, a rempli d'épouvante et d'enchantement les rêves des mortels124(*).

Chez les compilateurs, la sibylle est toujours un être empreint de sacré. Ils parlent donc avec respect de celles (elles sont de neuf à douze) qui avaient annoncé la naissance du Christ. Ces figures sont directement inspirées des mythes antiques. Cependant, un renversement total se fait dans les oeuvres de fiction médiévales ici à l'étude. Le tableau suivant montre le décompte des sibylles chez les auteurs du corpus :

Ordre et décompte des sibylles

 

Jean Robertet

Martin Le Franc

Christine de Pizan (Cité)

Symphorien Champier

 

1. Libie

Perse

Perse

de perse

 

2. Erithée

Delphique

Lybienne

De lybie

 

3. Cumane ou Almathée

Chimere

Delphique

Delphique

 

4. Samie

Lerithee

Cimérienne

De cymes

 

5. Symerie

Cumme

Erophile

erithrée ou eriphile

 

6. Europe

Frigie

Samienne

samie ou phemonoe

 

7. Persique

Samye

Cuméenne

cumane ou amalthée ou erophile

 

8. Agrippe

Albumee

Hellespontienne

helespontique ou elespontie

 

9. Tiburtine

Elesponce

Phrygienne

phrigie

 

10. Delphique

---

Tyburtine

tyburte ou tyburtine ou albunée

 

11. Helleponthia

---

---

---

 

12. Phrigie

---

---

---

TOTAL :

12

9

10

10

Il faut noter que Martin Le Franc stipule qu'il existe dix sibylles, mais qu'il n'en énumère que neuf.

Les sibylles sont parfois dépeintes comme des êtres néfastes et repoussants, allant même jusqu'à incarner le Diable. C'est entre autres le cas d'un des rondeaux de Charles d'Orléans, du Paradis de la reine Sibylle d'Antoine de la Sale et du Tiers-Livre de François Rabelais.

Comme nous avons pu le voir avec les précédents exemples de Médée et de Circé, bien souvent, au Moyen âge, les femmes sont démonisées pour des raisons surprenantes, à tout le moins pour un lecteur de notre époque :

Nous avons vu que les Diables de la fin du Moyen âge étaient souvent pourvus de seins (...) Cependant ces diables à seins de femme apparaissent à la fin du Moyen âge, c'est-à-dire à une époque où, de plus en plus, le symbolisme féminin se charge de culpabilité, de malédiction. (...) La femme et, progressivement, la sorcière vont devenir des monstres : cette évolution atteint son apogée à la fin du XVe siècle125(*).

Les sibylles, bien que des êtres merveilleux, échappent à la dévalorisation quasi systématique. Cela s'explique par leur appartenance au monde chrétien. Les seuls qui osent les railler sont des auteurs de fiction et non des compilateurs, qui utilisent la dérision, voire la grossièreté pour parler d'elles. Du bien est dit de leur savoir est dans les compilations de Boccace, Antoine Dufour et Christine de Pizan. Guillaume de Machaut et Le Chemin de longue estude de Christine, encore, le louangent également. Christine de Pizan figure deux fois dans cette liste, car elle a rédigé une compilation sur les femmes et une oeuvre de fiction où la sibylle est un personnage central. La sibylle des deux oeuvres sera comparée.

a) La divination à des fins chrétiennes

Boccace ne parle que de trois sibylles : Almathée, Érithrée et Albunée. La première aurait obtenu son savoir magique de Phoebus, amoureux d'elle : «Et jassoit ce que les lettres et dis des poetes tesmoignent elle avoir esté amee de Phebem c'est-à-dire de Appolo, ou du soleil, et par le don de lui avoir obtenu tant d'ans et divinité126(*)». Il s'agit donc d'un pouvoir acquis de manière surnaturelle et non le fruit d'un long apprentissage.

Les sibylles sont très présentes dans les mythes antiques. L'annexe X « Les dix sibylles de Varron et Isidore de Séville » les montre chez ces deux Anciens. Almathée est un personnage clé dans les mythes de cette époque. C'est elle notamment qui aida Énée à accomplir une partie des actions qui rend le héros célèbre : «elle mena aux enfers Enee127(*)» (« Sunt preterea qui dicant hanc Enee profugo ducatum af inferos prestitisse128(*) »). Boccace accorde donc une place importante à cette sibylle, bien qu'elle soit une femme, une femme possédant certains pouvoirs en plus. Ses dons offerts par Phoebus ne lui viennent pas des livres et c'est donc un savoir merveilleux qui n'est pas rationalisé comme il était souvent coutume de le faire au Moyen âge. Ainsi, il peut paraître plus dangereux parce qu'inexplicable. Cadeau d'un être divin, il peut être incontrôlable. Cependant, toutes les sibylles de la littérature médiévale n'ont pas reçu leurs dons, puisque certaines les ont acquis par l'étude, c'est le cas de celle de L'Énéide : « Sebilla connaît en effet `[la] fusique, [la] restorique et [la] musique, [la] dialectique et [gramaire]', c'est-à-dire les arts autorisés, les sept arts du trivium et du quadrivium, mais elle connaît aussi, comme Ericthô, la `nigremance', c'est-à-dire la magie noire ou l'art d'évoquer les morts129(*) ».

La seconde sibylle à apparaître dans De cleres et nobles femmes et dans De claris mulieribus est Érythrée. Comme ses autres congénères, elle est dotée de la capacité de prévenir l'avenir, elle annonce la naissance du Christ : « Erithree, ou Eriphille, femme fut une des sibiles et mon noble. Lesquelles sibilles, selon l'opinion d'aucuns, furent en nombre .x., et les nomment et designent en leur propre nom; car elle ont esté moult douees du don de divinacion, ou miex de prophecie130(*)». Dans la traduction en ancien français, il est intéressant de noter les termes « moult douees », car c'est la preuve de l'admiration du compilateur pour ce don. Pouvoir d'ordinaire effrayant, il est acclamé s'il est associé au divin, ici concernant la venue au monde de Jésus-Christ. La sibylle Érythrée sait également voir d'autres choses dans l'avenir, des prophéties.

Boccace, en bon chrétien, semble vouer un culte aux sibylles. Selon lui, Érythrée est « vénérable », « divine » et « très excellente » :« [A]insi sibilles vault autant comme "divine en la pensee" ou "portans Dieu en la pensee". Doncques en/tre toutes ces venerables femmes sibilles ceste, selon les dessu dit, fut moult venerable et tresexcellent131(*)». Le personnage est inextricablement lié à Dieu. Cependant, la littérature arthurienne en a fait autrement. Appelée « enchanteresse », la sibylle y incarne un être presque diamétralement opposé : « C'est `l'enchanteresse Sebile', compagne et parfois substitut de Morgane dans les romans arthuriens. C'est aussi parfois (tradition dérivée des Pères de l'Église, qui voyaient dans les Sibylles des prophétesses du Christ) l'éducatrice ou la rivale de la Vierge132(*) ». Ainsi, l'archétype sibyllin a dérivé et s'est littéralement métamorphosé selon les récits, car la sibylle arthurienne a organisé l'enlèvement de Lancelot avec deux de ses comparses. Elle est donc encline à faire le mal.

Chez Boccace, encore une fois, la symbolique religieuse est omniprésente. Tout comme de la Vierge Marie, il est dit d'elle qu'elle est demeurée chaste :

En oultre, aucuns sont qui afferment elle avoir esté perpetuelle vierge, et laquelle chose de legier je croy, car en cuer ou pensee tachie et plaine de pourreture n'eust peu avoir resplendy tant grande lumiere et congnoissance des choses a venir133(*).

Sunt qui asserant insuper eam virginitate perpetua floruisse, quod ego facile credam : non enim in contagioso pectore tanta futurorum lux effulsisse potuisset134(*).

On remarque ici la répétition du don de la sibylle, c'est-à-dire son habileté à deviner le futur. Dans les deux versions, il est question de la « grande lumière » qu'elle apporte au monde grâce à son savoir. Ce lien entre la lumière et la connaissance se fait également chez Circé, la petite-fille du Soleil. Cependant, les deux enchanteresses se ressemblent assez peu. La sibylle Érythrée, au contraire de l'héroïne antique, est un être de pureté, dont ni le coeur ni le corps n'ont été souillés, ce qui, selon Boccace, explique en partie son pouvoir.

La louange du savoir de la sibylle est aussi présente chez Christine de Pizan. Avant de consacrer des chapitres à deux de ces femmes magiques en particulier, l'auteure en écrit un sur les sibylles en général. En début de texte, elles sont décrites comme détentrices d'un savoir fécond : « Entre les dames de souveraine digneté sont de haultece les tres remplies de sapience sages Sebiles, lesquelles, si que mettent les plus authentiques aucteurs en leurs institucions, furent .x. par nombre, quoyque aucuns n'en mettent que .ix.135(*) ». Donc, en plus d'être dignes, elles sont sages, selon Christine. Le problème de leur nombre changeant d'un compilateur à l'autre, par ailleurs, est représenté dans le tableau « Ordre et décompte des sibylles ».

Les personnages sibyllins possèdent des caractéristiques qui adhèrent bien aux valeurs christiniennes. En effet, ces femmes possèdent une voix écoutée de tous. Christine cherche aussi à se faire entendre : « Cette voix désincarnée, voix de vérité et source de plaisir, transcendant le temps, représente, par-delà la simple renommée, une voix féminine d'autorité émancipée du corps physique. Or Christine est obsédée par la difficulté pour une femme de se faire entendre et reconnaître dans le champ du savoir136(*) ». Avec La Cité des Dames et ses autres oeuvres, Christine de Pizan réussira à être écoutée par autrui. Cependant, elle ne manifeste pas de savoir magique, mais un savoir réel. À travers le savoir extraordinaire des sibylles, l'auteure se projette elle-même. En tant que femme active pour la cause féminine, elle souhaite passer un savoir à propos des femmes de savoir. Christine a appris son savoir dans les livres. À certains égards, les enchanteresses (mais pas les sibylles) ont aussi acquis leurs connaissances. La Cité des dames a été rédigée dans le contexte de la Querelle des femmes. En tant que telle, cette oeuvre se veut « féministe ». Elle-même une femme de savoir, Christine défend sa cause et, tout à la fois, celle des femmes de sa galerie de portrait. Elle brandit le fer et semble dire qu'elles sont capables de tout. L'auteure s'inclus dans cette cité qu'elle bâtit. Elle veut s'y sentir protéger. Pour cela, elle doit manier le verbe. Ainsi, les femmes de savoir ne sont pas à craindre ni à critiquer, mais à louer. Leurs capacités sont méconnues et méritent d'être racontées. Connaissant les récits de ses personnages, elle souhaite capter l'attention des lecteurs et faire en sorte qu'ils adhèrent à son point de vue. Christine est consciente que sa situation de femme écrivaine serait ainsi grandement améliorée. Tout comme les sibylles, son savoir mérite d'être entendu. Ses connaissances, elle le sait, servent à faire avancer les choses.

Dans la première partie se trouve le chapitre « Le premier chapitre parle des x. Sebiles », qui concerne ces personnages. Christine de Pizan explique la signification de leur appellation :

Ycestes dames userent toute leur vie en virginité et despriserent polucion. Si furent toutes nommees Sebiles et n'est mie a entendre que ce fust leur propre nom, ains est a dire "Sebile" ainsi que savant la pensee de Dieu. Et furent ainsi appellees pour ce que elles prophetisierent si merveilleuses choses que il convenoit que ce qu'elles disoient, leur venist de la pure pensee de Dieu, si est nom d'office et non pas propre137(*).

Le don, général pour toutes les sibylles, de pouvoir prédire l'avenir est souligné ici par la compilatrice. Ces prophéties sont qualifiées de « miraculeuses », car directement en lien avec Dieu. On sent donc dans ce chapitre une forte dimension religieuse. Ainsi, la virginité est associée à la Vierge Marie, femme par excellence des récits bibliques auxquels Christine adhère. De plus, les sibylles sont en contact avec la pensée de Dieu (terme utilisé à deux reprises dans le dernier extrait). Elles sont donc intimement reliées au divin. La répétition met l'emphase sur ce phénomène.

Le chapitre suivant se nomme « Ce dit de Sebile Erithee ». On y apprend que celle-ci est dotée d'une grande sagesse, d'un don rare : « Il est a savoir qu'entre les Sebiles, Erithee ot la plus grant prerogative de sapience, car de ceste fu tant grande la vertu par don singulier et especial de Dieu qu'elle descript et prophetisa plusieurs choses a avenir tant clerement que ce semble mieulx estre Evvangile que prophecie138(*) ». Dans l'ensemble, les mêmes caractéristiques des sibylles sont répétées. Peu d'éléments nouveaux apparaissent d'une sibylle à l'autre. C'est précisément cette répétition qui rend l'information plus importante. Ainsi, nous savons que Christine de Pizan donne du mérite à ce savoir, savoir qu'elle admire et qu'elle tente d'assimiler elle-même.

L'admiration de l'auteure pour le savoir sibyllin se note également dans d'autres oeuvres, dont Le Chemin de longue estude sur lequel nous reviendrons. Quand il s'agit des sibylles, Christine loue les dons de prophéties : « Christine, loin de faire dériver la Sibylle vers la figure de la fée comme d'autres au Moyen âge, va s'employer à diverses reprises dans ses oeuvres à la glorifier comme prophétesse139(*) ». En effet, les sibylles, chez Christine de Pizan, sont des figures, certes, païennes, mais surtout chrétiennes. Contrairement aux récits arthuriens, l'écrivaine ne la rapproche pas de Morgane ou d'autres fées. Cependant, les fées comme les sibylles sont détentrices de savoirs hors du commun, qu'ils soient acquis ou non. Dans La Cité des Dames, il n'y a cependant aucune fée, ce qui laisse penser que Christine, qui connaissait forcément ce type de personnage, préférait parler de « femmes possédant un savoir ». Ainsi, il semble que Christine ne croit pas aux fées. Elle croit, certes, dans le pouvoir des connaissances et dans les capacités des femmes. Elle avait probablement lu des romans arthuriens où les fées y jouaient un rôle, mais elle a préféré retenir qu'il s'agissait de femmes savantes. À l'instar de ce qui est mentionné dans Partonopeu de Blois où Mélior a suivi les enseignements de maîtres, elle croit que la magie des enchanteresses est le fruit de travail. Cependant, le savoir des sibylles échappe à cette règle, car il est un don de Dieu.

La sibylle Érythrée a fait trois prédictions140(*). D'abord, elle connut à l'avance plusieurs faits historiques des Grecs, dont la destruction de Troyes. Elle annonça ensuite la venue de Jésus-Christ qui naîtrait de la Vierge Marie. Finalement, elle prédit le Jour du Jugement dernier. Selon le texte, elle donna en dictée ces évènements de manière « escript tant clerement ». Ainsi, toutes les visions de la sibylle concernent des faits historiques ou religieux importants, qui touchent aux intérêts de Christine. En effet, dans ses écrits, le lecteur peut constater la foi de l'écrivaine, de même que son amour du savoir dont fait partie l'Histoire.

La compilatrice, toujours en parlant d'Érythrée, explique que ces prophéties ont été prononcées en peu de vers : « Et ycestes choses sont contenues en .xxvii. vers que ceste Sebile fist pour lesquieulx merites, ce dit Bocace, et tous autres sages aucteurs qui d'elle ont escript, le tiennent, est a croire qu'elle fu tres amee de Dieu et qu'elle soit a honnourer plus que autre femme apres les saintes crestiennes de Paradis141(*) ». Il n'y a aucun doute ici que Christine s'est basée sur Boccace, car elle le mentionne explicitement. Les deux compilateurs partagent donc le même avis sur les talents de la sibylle. Elle aurait donc hérité de dons spéciaux de Dieu, qui l'aimait plus que d'autres. Il s'agit d'une explication chrétienne à des mythes dont il n'y aurait pas d'explication sinon.

Amalthée dans la Cité des Dames est décrite de manière similaire à Érythrée. Son esprit exceptionnel est admiré de Christine : « Ceste ot semblablement tres especiale grace d'esperit de prophecie142(*) ». Elle présente aussi les mêmes caractéristiques que les autres, c'est-à-dire un âge avancé qui ne paraît pas et sa virginité. Le mot « sapience » revient à de très nombreuses reprises dans le texte pour parler de cette prophétesse :

Et pour la grande sapience de ceste cy, aucuns poetes faignirent qu'elle fu amee de Phebus, que ilz appelloient dieu de sapience, et que par le don d'icellui Phebus elle acquist si grant savoir et vesqui si longuement, qui est a entendre que pour sa virginité et purté elle fu amee de dieu souleil de sapience, qui l'enlumina de clarté de prophecie par laquelle elle a predit et escript plusieurs choses a avenir143(*).

Ainsi, pureté et sagesse la décrivent, elle qui a la particularité d'avoir été aimée de Phébus. Le chapitre donne ainsi l'explication de la provenance de son savoir qui est le résultat d'une transmission. Ce processus s'apparente au savoir des fées qui se transmet de mères en filles. Une fois de plus, on remarque l'intérêt de la compilatrice pour les connaissances livresques avec la mention du Savoir de même que celle de Phébus. Ainsi, Érythrée est liée au soleil tout comme Circé, qui est sa petite-fille. Les deux figures sont héritière d'un pouvoir surnaturel venant de cet astre puissant, source de vie.

Plus loin, ce goût pour les livres est encore présent. En effet, Amalthée est associée aux livres, car à l'intérieur des ouvrages étaient conservées de précieuses informations qu'elle avait prédites. Il existait dix livres : « Si furent les livres bien gardez et fu trouvé que ilz declaroient entierement les fais qui aux Romains estoient a avenir. Et les grans cas qui puis leur avindrent trouverent tous predis es diz livres144(*) ». Tout comme pour Christine elle-même, les livres ont fait la renommée de cette sibylle. Le chapitre se conclut avec une oeuvre de Virgile qui n'est pas nommée. Christine elle-même mentionne qu'elle y a puisé.

De nombreux auteurs, donc, ont mentionné les sibylles dans leurs écrits. Guillaume de Machaut parle d'elles, en plus de Médée et Circé. Machaut parle cependant d'une seule d'entre elle, la « Sibille ». La sagesse est, pour une fois encore, associée au personnage : « La sage prophète Sibille, / Qui avoit cuer franc et nobile, / De ce grant peril l'avisa145(*) ». Son coeur noble et généreux génère aussi l'admiration du poète. Il explique que la sibylle sut prédire un grand danger, mais ne va pas plus loin en ce qui concerne son savoir. On ne sait donc pas si ses prédictions étaient regroupées dans des livres ou d'où elle détenait son pouvoir. Machaut laisse plusieurs aspects incomplets, peut-être parce que la figure sibylline était si connue à l'époque qu'elle n'avait nul besoin de plus de commentaires.

La Sibylle du Chemin de longue estude est également une femme de grand savoir. Tout comme celles dépeintes par les autres auteurs, elle est vieille. Christine de Pizan la décrit en mentionnant, entre autres, qu'elle est sage :

Une dame de grant corsage,

Qui moult avoit honneste et sage

Semblant, et pesante manière.

Ne jeune ne jolie n'yere,

Mais ancianne et moult rassise;

N'ot pas couronne ou chef assise,

Car roÿne n'yert couronnee,

Si fu simplement atournee

Et voilee d'un cueuvrechief

Entortillé entour le chief,

Et selon l'ancian usage

Vestue ot une cotte large.

Par semblant si fort et durable,

Si sembla bien femme honorable :

Quoye, attrempee et de grant sens,

Et maistrece de tous ses sens146(*)

À la différence de toutes les autres oeuvres, on connaît l'apparence physique du personnage, dont ses vêtements. Tous les auteurs parlent des sibylles comme des êtres dignes. La Sibylle du Chemin a été créée trois ans avant celles de la compilation La Cité des dames. En tant qu'oeuvre de fiction, les personnages y sont plus développés que dans la galerie de portraits : le « Chemin de longue étude [est le] seul texte où la Sibylle est un véritable personnage, partie prenante de la narration comme guide de Christine dans un voyage allégorique147(*) ».

Selon la Sibylle, ses congénères, au nombre de neuf, existent bel et bien. La narratrice est en fait la septième. Selon les auteurs antiques, la septième sibylle se nomme Almathée ou Cumane. Encore une fois, elle est une prophétesse dotée de sagesse : « .vi. femmes sages si parfaites / Que par grace de Dieu prophetes / Furent et du secret haultiesme / Parlerent. Et moy la .vii. / Fus; .iii. autres puis moy nasquirent148(*) ». Le choix de cette sibylle en particulier n'est pas anodin. Comme le montre l'annexe VII « Les enchanteresses selon les compilateurs », il s'agit de celle préférée par les auteurs. De toutes les enchanteresses dont il a été question plus tôt, elle est celle qui revient à de plus nombreuses reprises. Originaire d'Italie, elle est celle qu'a choisit Antoine de la Sale, notamment. Il l'a ensuite transformé en être diabolique. Christine choisit plutôt de la présenter comme une amie, une guide dans son long poème de rêverie.

Il est indubitable que Christine s'est basée sur les auteurs de l'Antiquité, notamment Isidore de Séville. Au moment où l'écrivaine entame la rédaction des oeuvres mettant en scène des sibylles, une longue tradition de ces personnages perdurait depuis des siècles. C'est Varron qui le premier a mis de l'ordre dans cette accumulation de mythes sibyllin : « Le nombre de sibylles aurait pu s'accroître indéfiniment... sans l'intervention de Varron149(*)». Ensuite, Isidore de Séville a repris la liste en y modifiant quelques détails. Le tableau de l'annexe X « Les dix sibylles de Varron et Isidore de Séville » en fait la démonstration.

La Sibylle Amalthée du Chemin de longue estude, tout comme dans la compilation, est liée au personnage de Phébus. Ses dons proviennent de lui : « Au monde vesqui longuement, / Et je te compteray comment / J'oz le don de longuement vivre. / Ainsi est il escript ou livre : / Pucelle estoie jeune et tendre, / Phebus moult se penoit d'entendre / Comment en grace le receusse, / Et que la grant amour sceüsse / Dont il m'amoit parfaitement150(*) ». Le récit à la première personne est propre à cette oeuvre. Le Chemin va beaucoup plus loin qu'une simple esquisse comme l'est la galerie de portraits. Le monologue dessert ici le personnage, qui se présente en détail. Elle a ainsi l'avantage d'en raconter long sur elle. Sans l'intermédiaire d'un discours rapporté, le contact avec le personnage est plus direct. De plus, la Sibylle parle d'un livre où est consignée son histoire. Donc, le personnage d'un livre parle d'un livre où elle joue un rôle, ce qui crée un effet de mise en abyme et de double : « C'est dans ce projet que la Sibylle va trouver son rôle, en incarnant une parole d'autorité au féminin. La figure de la Sibylle se construit dans un habile jeu de miroirs avec des doubles internes et externes151(*) ».

La fiction de Christine de Pizan permet plus de latitude à la Sibylle. Les compilations, qui ne sont pas des romans, sont de nature plus « sèches ». Les ellipses et de courtes descriptions les caractérisent particulièrement. C'est le cas d'Antoine Dufour dans La Vie des femmes célèbres. Un de ses chapitres est consacré à Érythrée. En tant que figure religieuse, elle est admirée par l'auteur et il mentionne plusieurs de ses qualités : « Elle fut tant ingénieuse et plaine de si grande devocion, que quasi on la peult mieulx nommer prophète que sibille. Car de l'Incarnation et de la Passion si haultement chanta que l'Église en fait mémoire152(*) ». Ainsi, cette prophétesse est pleine de dévotion, de génie et son rôle a été fort important au sein de l'Église. Alors que Médée, toujours chez Dufour, était « ingénieuse à faire le mal », Érythrée est « ingénieuse » à de bonnes fins. Le génie de ces deux personnages est ainsi mis en relief. Pour Dufour, Médée ne l'utilise pas à de bonnes fins. Son savoir dessert le Mal. Cependant, Médée n'est pas une figure de la religion au même titre que la sibylle. Médée est une enchanteresse païenne et il est donc plus « normal » que Dufour s'en prenne à elle dans ces termes.

Chez la Amalthée de Dufour, le savoir de l'enchanteresse est mis en relief, surtout son savoir livresque, comme l'avait fait, entre autres, Christine de Pizan : « [Elle] fist neuf livres de haulte et souveraine intelligence, plaine de la vérité de nostre foy et Rédempteur153(*) ». Les ouvrages que la sibylle a conçus sont qualifiés de brillants. Les propos de l'auteur sont très religieux et il salue la foi présente dans les livres sibyllins. On retrouve bien les la personnalité du prêtre qu'était Antoine Dufour. Son admiration pour les femmes croyantes semble sans borne. Il paraît d'autant plus admiratif si les talents d'une femme sont des dons de Dieu servant la cause religieuse. Ainsi, tout comme lui-même qui sert la Foi chrétienne, il admire une femme qui se met au service du Seigneur. Dufour ne cherche pas à expliquer le pouvoir magique de la sibylle : c'est la volonté de Dieu qui n'est pas questionnable. Si Christine se projette elle-même dans toutes les femmes de savoir. Dufour lui, les donne comme modèles aux femmes pour qui il écrit avec plus de précautions, préférant de loin celles qui sont reliées au divin.

À la fin du chapitre sur Amalthée, le compilateur revient sur les livres rédigés par l'enchanteresse. Sa prophétie concerne sans doute l'évènement-clé de la chrétienté, c'est-à-dire la résurrection de Jésus-Christ : « Les Romains long temps après sa mort, alloyent veoir ces livres et trouvoyent tout ce qui estoit advenu. Elle dist de Ihésuscrist ce qu'il s'ensuit : "Ihésus, le grant prophète, troys jours après sa mort ressuscitera et après, en grant triumphe, es cieulx montera"154(*) ». L'annonce de cette nouvelle fait de cette sibylle, mais des autres aussi, un être primordial pour les gens du Moyen âge, car la religion influait sur beaucoup de choses. Dans le cas de La Vie des femmes célèbres tout comme avec Le Chemin de longue estude, on constate une mise en abyme avec le livre. Dans les deux oeuvres, les livres occupent une place importante à l'intérieur d'un livre, la compilation et le l'ouvrage fiction. Par ailleurs, il faut mentionner que le livre est un symbole du savoir par excellence. Les sibylles, donc, ont beaucoup moins de mal à faire accepter leurs connaissances que les païennes Circé et Médée.

La sibylle suivante dont parle Antoine Dufour est Albunée. Encore une fois, ses qualités morales et intellectuelles font le ravissement du compilateur : « [Elle] mérita, par ses tresgrans vertuz et hault sçavoir, estre appellée femme célicque ou ange incarné155(*) ». Selon le texte, le savoir de la sibylle fait d'elle un ange. Jamais encore Dufour n'avait été aussi élogieux pour une sibylle. Il reste que les anges font également partie du panthéon chrétien. Plus en amont dans le chapitre, on apprend ce qu'elle a dit exactement : « Elle fist XXVII vers du jugement et de la fin du monde, dont le commencement des lettres capitalles portent ceste sentence : "Ihesus Cristus filius veniet Salvator mundi"156(*) ».

Les sibylles chez Martin Le Franc ont également annoncé la venue du « Sauveur Jésus-Christ ». Dans Le Champion des Dames, oeuvre à la composition plus éclatée que les autres compilations, elles apparaissent dans le livre IV au nombre de neuf. L'auteur a apparemment omis la dixième, bien qu'il stipule qu'il en existe dix : « Dix furent celles que je nomme / Dont de Perse fut la premiere, / Delphique l'aultre l'en surnomme, / L'aultres l'en appelle Chimere. / Lerithee de grand lumiere / Ensuit la tres sage Cumee. / Je mes Elesponce derriere / Frigie, Samye, Albumee157(*) ». La partie qui concerne les sibylles porte le titre suivant : En cestui chappitre Franc Vouloir le champion des dames, aprez ce qu'il a loé les clergesses, fait mencion des dix sebilles lesquelles tres clerement prophetiserent de nostre Sauveur Jhesucrist, comme il appert par leurs dis. Avec ce titre, le plus important sur les sibylles est mentionné, autrement dit la prophétie de la venue du Fils de Dieu.

Le Champion des dames n'est pas une compilation au même titre que les autres. Les vers sur les sibylles les présentent encore comme des êtres vertueux grâce à leur capacité à lire l'avenir : « Ainsy prouve que les sebilles / A parler du temps avenir / Furent apertes et habiles / Car ainsy le vit on venir158(*) ». Le récit des sibylles en général est suivi par celui d'Érythrée dès le vers MMCCCXCIII. Comme avec les autres compilations, elle est porteuse d'un message chrétien : « Or oy aprez de Lerithee / La chanson du grant jugement, / Comme elle est saincte et bien dictee159(*) ». Selon Franc vouloir, la voix qui prend parti pour les dames, les sibylles s'occupent bien de leur tâche et Franc vouloir cherche à les valoriser. Cependant, « l'adversaire », lui réplique qu'elles sont de nature mauvaise : « Sont célébrées ensuite les Sibylles, qui prophétisèrent la venue du Sauveur. Magiciennes possédées du démon, réplique l'adversaire, car Dieu seul connaît l'avenir. C'est l'Esprit Saint, il est vrai, observe Franc Vouloir, qui inspirent prophètes et prophétesses, et non Satan, dont l'habileté en ce domaine est illusoire160(*) ».

La Champion des dames est la seule compilation qui met en doute le savoir des sibylles, par l'entremise de « l'adversaire ». Cependant, dans la partie où il est question des sibylles, le texte prend l'allure d'un débat. Comme son contemporain Antoine de la Sale, Le Franc, à travers la bouche de son personnage, émet un jugement négatif à l'égard des magiciennes, qu'il s'empresse tout de même de rectifier : « Mais les sebiles disoeint / Du temps avenir mal ou bien, / Je croy certes que ce faisoient / Par quelque engin magicien161(*) ». L'adversaire affirme la nature diabolique des sibylles, car leurs dons lui paraissent suspects. Comme nous l'avons vu précédemment, à plusieurs reprises dans l'Histoire, le savoir des femmes apeure les gens, même s'il s'agit uniquement de littérature.

Le personnage subversif continue dans son argumentaire. En l'espace de huit vers, quatre désignations sont utilisées pour décrire les sibylles, soit « prophétesse », « devineresse », « enchanteresse » et « menteuses ». Selon le locuteur, elles pratiquent des rituels étranges : « Se disoyes que prophetisses / Fussent telles devineresses, / Il fauldroit que t'en repentisses / Car elles sont enchanteresses, / Sur crapaux et raines caurresses / Remplies de l'art dyabolique. / Et qui en croit les menteresses, / Il est pire que Phitonique162(*) ». Le plus surprenant, dans ce passage, est l'apparition des batraciens. Il faudra attendre quelques siècles encore pour que cette image de la femme et de ses envoûtements diaboliques se cristallise dans l'imaginaire collectif.

Aucun écrivain médiéval, à part sous le couvert de la moquerie comme Rabelais par exemple, n'oserait critiquer ouvertement une figure chrétienne. Martin Le Franc a surtout choisi de les présenter comme des êtres magiques, mystérieux et saints. Leurs prophéties sont porteuses d'un message éminemment important selon la Bible. Ce message est transmis « textuellement » dans le livre IV : « Mais les sibylles sont les seules dont le Champion fasse entendre la parole au discours direct, et dont il donne ainsi à méditer les liens entre poésie et savoir163(*)». Les prédictions de la sebille Lerithee sont en effet présentes sous forme de cinq strophes de huit vers chacune. Elle y décrit les évènements terribles qui se passeront le Jour du Jugement dernier. Ainsi, Le Franc réussit à rendre poétique des faits terrifiants.

Martin Le Franc et Antoine de la Sale ont en commun de montrer un côté sombre des sibylles, alors qu'ailleurs, elles sont entièrement considérées comme des êtres divins. Chez les trois derniers, l'idée de « trou » est associée à ce personnage diabolique qui symbolise la fin du monde :

Cette image vacillante du "trou de la sibylle" est d'autant plus intéressante que le point de vue final de Martin Le Franc, formulé par son porte-parole le Champion, culmine dans ce livre IV avec l'évocation des dix sibylles antiques et la citation, sur treize huitains, de leurs prophéties concernant la vie du Christ et l'annonce du Jugement164(*)

En montrant ainsi les deux faces des personnages sibyllins, Martin Le Franc invite à la prudence et au bon jugement des lecteurs. L'échange entre Franc Vouloir et L'Adversaire se veut être une mise en garde : certes les sibylles sont des prophétesses du Seigneur, mais chacun doit tout de même se poser des questions à savoir ce qui est issu du Bien ou du Mal. Il en ressort qu'elles sont du côté du Bien.

Dans La Nef des femmes vertueuses, le Bien est également mis en avant, quoique peu de choses soient dites, en réalité, sur les sibylles. D'emblée, Symphorien Champier instaure, comme Christine de Pizan, un lien avec les livres : « Les historiographes en partie s'accordent que les sibilles furent dix165(*) ». La sibylle Érythrée a la particularité d'avoir annoncé la destruction de Troyes :

La quinte fut la sibille erithrée ou eriphile ainsi nommée, car ses livres furent trouvés à erithres ou pource que aultresfoys y avoit habité comme appolodore erithrée l'afferne avoir esté sa citoienne. Et ceste regna par le temps que les grecz alarent à troyes la subvertir ausquels elle predict la destruction d'icelle et les mensonges que homere devoit escripre166(*)

On retrouve ici trois informations intéressantes quant au savoir de la sibylle. D'abord, Champier est le seul à donner l'explication de la provenance du nom Érythrée. Qui plus est, cette appellation est reliée aux livres, qui ont été écrits par elle. Ensuite, nous connaissons la nature de la prophétie touchant au monde païen. Finalement, elle prédit également les écrits à venir du poète Homère, dont seul Champier, encore une fois, parle. Indirectement, donc, le compilateur dément les propos tenus sur Médée et Circé. Les deux enchanteresses sont détentrices de savoir et, tout comme les sibylles, sont païennes. Chez elles, Champier ne critique pas leur savoir ni ne donne une mauvaise image d'elles parce qu'elles ne sont pas chrétiennes.

Le livre est aussi relié à une autre sibylle de La Nef, Tiburtine ou Albunée. Il est dit d'elle que « son ymage avoir esté trouvée tenant ung livre en sa main167(*) ». Tout comme Christine de Pizan, Champier met l'accent sur le savoir livresque, tant celui qui contient ses prophéties que le livre où elle apprend sa science. Ainsi, toutes les sibylles ont en commun de posséder des connaissances qui les placent dans une catégorie à part : « Par sa compétence dans le domaine du savoir et sa fonction de glose, la Sibylle s'apparente à une figure de lecteur. En tant que prophétesse, sa compétence est d'abord de savoir déchiffrer des signes168(*) ». Le livre est le miroir du savoir des sibylles, mais le caractérise en même temps. Grâce au livre, on sait que les sibylles sont détentrices d'un savoir particulier. Les livres qui mettent ces prophétesses en scène, cependant, sont loin de tous les dépeindre de la même manière. Quelques oeuvres de fiction, par exemple, les montre plutôt sous un jour obscur.

b) Du côté de la fiction

La comparaison de la Sibylle ou diable est symptomatique de l'époque, où les femmes devaient de plus en plus souffrir d'être accusées de toutes sortes de maux:

Lorsque se développa le mythe de la sorcière, la société médiévale réussit à projeter sa peur de la femme, sa peur de la mort, dans une image uniquement maléfique de la femme : elle en fit un bouc émissaire chargé de tous les miasmes du groupe. La sorcière incarne la face nocturne de la femme : elle communique avec le monde d'En-Bas, elle s'accouple avec le démon169(*).

Il en va de même avec Antoine de la Sale et Le Paradis de la reine Sibylle, texte contenu dans La Salade (1441-1442). En effet, il dépeint une sibylle aux attraits autant sinon plus maléfiques. La courte histoire raconte le périple de voyageurs qui s'insinuent dans une caverne se trouvant à l'intérieur d'une montagne italienne qui leur réserve plusieurs surprises: « Dont furent moult esmerveillez pour ce que, quand ilz estoient en l'autre cave avant les portes de metal, ilz avoient en l'autre ouy de tresgrans bruiz et murmuremens de gens, se leur sembloit170(*) ». Le labyrinthe les conduit dans un endroit magnifique, où règnent la luxure et le perpétuel plaisir. Une nourriture fabuleuse n'y manque jamais, les lieux sont richement décorés et il n'y a nul besoin de travailler pour obtenir quoi que ce soit. Tout cela est dissimulé derrière une succession de portes, les dernières étant faites de cristal :

Mais avant qu'ilz le feissent entrer oultre une autre porte, assez plus belle et plus riche que la premiere n'estoit, les firent entrer en une petite chambrette moult richement tendue; et la les firent despoiller de tous leurs habiz, du greigneur jusques au moindre, si les vestirent d'autres tresriches vestemens. Puis les menerent a instrumens et melodies, par jardins, par salles et par chambres, les unes bien et les autres mieulx tendues c'om pourroit ou sauroit deviser171(*).

La seule ombre au tableau est la métamorphose de la reine et de sa suite en serpents et couleuvres tous les samedis, démonisant du coup cette reine qui paraissait parfaite. Chacun des chapitres de l'oeuvre est très court. Un d'eux est consacré à cet épisode de transformation et s'intitule « Comment la royne Sibile et ses femmes sont separees des hommes, que anuit elles sont couleuvres ». Quand minuit sonne, dans la nuit du vendredi au samedi, dans un lieu séparé des voyageurs, elles se livrent à leur métamorphose : « Pour ce que, quand venoit le vendredi, après la mienuyt, sa compaigne se levoit d'emprès lui et s'en aloit a al royne, et toutes les autres de leans aussi. Et la estoient en chambres et en autres lieux ad ce ordonnez en estat de couleuvres et de serpens, toutes ensemble172(*) ».

Ainsi, comme la Médée d'Antoine Dufour, la Sibylle est une « serpente ». De la même façon que les enchanteresses Médée et Circé, la reine d'Antoine de la Sale présente des caractéristiques ambiguës : elle possède des qualités, mais qui sont démonisées dans la majorité des cas. La Sibylle du Paradis regorge, de prime abord, de tout ce dont un homme peut rêver : richesses, beauté, nourriture, palais, etc. Cependant, sa perfection connaît une faille, sa transformation en un être répugnant. Comme avec Médée et Circé, l'accent est mis sur leurs dons, mais aussi sur leur capacité à faire le mal, comme si les auteurs étaient incapables de simplement brosser un portrait positif de ces femmes (à l'exception de Christine de Pizan). Contrairement aux sibylles des compilateurs, la magie de l'héroïne du Paradis de la reine Sibylle représente le mal, ce sur quoi nous reviendrons plus tard.

Antoine de la Sale n'aurait pas pu choisir pire animal pour la transformation de la reine. Le serpent, symbolisant le Mal, dans le récit d'Adam et Ève, est lourd de significations :

La transformation en serpents de la Sibylle et de ses femmes relève d'une vieille tradition de symbolique chrétienne qui, sur la foi de la Genèse, voit dans le serpent la figure de Satan, et d'une non moins vieille tradition de misogynie cléricale qui voit dans la femme, objet du désir charnel, l'image du péché et l'agent du Démon, en dépit des apparences, il y a peu de rapports avec la légende de Mélusine173(*).

En effet, par sa luxure constante, la reine Sibylle incarne le péché, tel que perçu dans la religion chrétienne. Par sa beauté, ses charmes et ses possessions, elle apparaît dangereuse. Cependant, elle ne possède pas le don magique de ses homologues, les sibylles chrétiennes des compilateurs. Son pouvoir extraordinaire réside seulement dans sa capacité à se métamorphoser. Il est aussi vrai que, au Moyen âge et dans d'autres époques encore, la femme était particulièrement touchée par des croyances qui n'augmentaient en rien son statut. C'est le cas de la reine Sibylle, qui est démonisée à cause de sa luxure et sa métamorphose.

Le rapport principal entre Mélusine et la reine Sibylle est évident : la transformation en serpente. Mélusine se transforme en dragon ailé qui s'envolera de son palais construit par elle. Son époux Raimondin n'en savait rien. Dans les deux cas, la métamorphose a lieu le samedi, ce qui est significatif. J.-J. Vincensini propose d'associer cette journée à la purification, mais non sans prudence :

Un très rapide coup d'oeil sur quelques samedis littéraires invite à plus de prudence et persuade de ne pas identifier automatiquement `samedi' et `jour de la purification' ou du `sabbat des sorcières'. (...) Ce qui, bien entendu, n'est pas exclu. La connotation sabbatique du sort que connaissent, entre le vendredi et le dimanche, la compagne du chevalier Hans Wanbranbourg, et ses amies dans Le Paradis de la reine Sibylle (...) est nette174(*).

Ainsi, il s'agit bien d'une « remise à neuf » des deux femmes magiques en ce dernier jour de la semaine. Elles sont alors prêtes à commencer celle qui suit. Cette régénérescence est une autre preuve de la nature extraordinaire de ces enchanteresses. Cependant, Antoine de la Sale ne mentionne pas si la reine a appris ce tour ou bien si elle est née avec cette capacité. Ce don, acquis ou non, empire l'image de la Sibylle. En effet, sans cette métamorphose en serpent, la reine serait un personnage idyllique sans défaut, à l'exception peut-être de son oisiveté. La transformation en reptile, le pire animal selon la Bible, classe définitivement la reine Sibylle comme un être démoniaque.

Le chevalier est trompé par la Sibylle. Celle qui lui faisait miroiter tant de belles choses, aux dires de l'auteur, n'est en fait qu'une créature du Diable. Les richesses de la reine sont sans fin, ne semblent jamais se tarir. De prime abord, elle paraît parfaite, mais le protagoniste se rendra compte du contraire. Il découvrira son appartenance au Mal : « Si le serpent symbolise le Mal, c'est parce qu'il est l'emblème de la luxure, forme dégradée de la fécondité qu'il incarnait jadis175(*) ».

Conclusion

Les sibylles se différencient beaucoup des deux autres enchanteresses. Tous les compilateurs s'entendent pour dire qu'elles doivent être louangées. Figures païennes annonçant plusieurs faits bibliques, elles doivent être célébrées. Ainsi, elles sont sages, pures, belles, dignes, etc. Elles présentent à peu près toujours les mêmes qualités d'un compilateur à l'autre. Cependant, leur nom et leur nombre peuvent varier. Toutes ont prédit la venue de Jésus-Christ. Certaines d'entre elles ont prédit le jour du Jugement dernier, des batailles ou autres.

Boccace mentionne d'abord Érithrée. Elle est capable de divination et de prophétie. Elle est en contact avec la pensée de Dieu. Aux dires de l'auteur, elle est « venerable et tresexcellent ». Il n'a jamais été autant élogieux pour Médée ou Circé. Grâce à ses connaissances, la sibylle Érithrée a répandu la lumière sur le monde. Ensuite, le compilateur parle de « Almathee clergesce ». Ses dons lui proviennent du soleil, amoureux d'elle. Circé est donc, pour ainsi dire, la belle-fille d'Amalthée.

Dans La Cité des dames, trois chapitres concernent les sibylles. Le premier est général et les deux autres relatent l'histoire de deux sibylles en particulier, Érithrée et Amalthée, encore. Dans le chapitre général sur les prophétesses, elles sont décrites comme savantes et sages. Érithrée, plus spécifiquement, est celle qui possède le don le plus puissant. Elle sut prédire l'avenir avec grande clarté : la naissance du Christ et le Jugement dernier. Elle annonça ses prophéties en vingt-sept vers. Pour avoir la capacité de lire dans l'avenir, selon l'auteure, il faut avoir un coeur pur. Amalthée, elle, apporta neuf livres à Rome. Elle voulait ainsi conseiller l'empereur.

Dans Le Champion des dames, Martin Le Franc répètent sensiblement les mêmes qualités des sibylles que les autres compilateurs. Il les mentionne toutes d'abord d'une manière général, puis explique plus longuement l'histoire de « sebille Lerithee ». Celle-ci chanta la chanson du Jugement dernier, dont le texte complet est « retranscrit ». Le savoir livresque est particulièrement associé à cette devineresse. Les strophes en fait séparées avec l'adversaire, qui ne croit pas dans les prophéties sibyllines. Dans les derniers vers, il les compare à des crapauds et dit qu'elles sont remplies d'art diabolique.

Le chapitre de Symphorien Champier sur les sibylles contient très peu d'informations nouvelles. Néanmoins, l'auteur explique qu'Albunée est représentée tenant un livre dans sa main, symbole du savoir. Finalement, Antoine Dufour présente trois sibylles. La première est Érythrée. Elle est ingénieuse et pleine de dévotion. Elle prédit notamment la Passion. La seconde est Amalthée qui possédait neuf livres annonçant la venue du Christ. Ces livres ont été retrouvés après sa mort. La troisième et dernière est Albunée, comparée à un ange. Ses prophéties comptaient vingt-sept vers.

CONCLUSION GÉNÉRALE

Médée nous paraît cruelle surtout pour avoir tué ses enfants. Cependant, dans les mythes, ces meurtres sont présentés comme une façon de les immortaliser, mais qui échoue176(*). L'aide que Médée fournira à Jason la mènera à sa perte. Cette aide est magique. Ce type de magie est considéré comme terrifiant. Médée est cependant celle qui domine le couple. Sa force est inhabituelle pour les moeurs de l'époque. Les compilateurs du XVe siècle n'ont pas tenu compte de cela, préférant voir en l'enchanteresse une sorte de sorcière. Jean Boccace et Antoine Dufour présentent une femme au savoir vaste et surnaturel, mais un savoir démonisé. Boccace a écrit en latin De claris mulieribus, puis cette oeuvre a été traduite en ancien français sous le titre Des cleres et nobles femmes. Chez Boccace, une énumération est faite de ses dons qui, sous la plume de l'auteur, paraissent terrifiants. Par ses chansons, elle peut agir sur la Nature. Selon Boccace, Médée est un être déloyal et elle est savante d'un savoir défendu. C'est donc un être du tabou qui a dépassé les limites permises.

Dans La Vie de femmes célèbres, « serpente » et « sorcière » sont utilisés pour parler de Médée. Dufour n'aime pas parler de ce personnage et le mentionne d'emblée dans le chapitre. À l'instar de Christine de Pizan, Dufour ne se gêne pas pour parler de l'enchanteresse avec des termes destructeurs : « Au fond, en dépit des protestations prudentes de son prologue, il paraît bien être quelque peu misogyne177(*) ». L'enchanteresse a bien mérité son sort, selon l'auteur. En effet, elle s'est ôté la vie, ce qui est un grave crime au Moyen âge qui empêche l'accès au Paradis dont parle la Bible. Cette fin méritée est le résultat d'une accumulation d'erreurs. Par ailleurs, le compilateur mentionne qu'elle est une sibylle. Il souligne ainsi son don de divination. C'est peut-être aussi une manière déguisée de saluer son savoir, car les sibylles sont d'imminentes figures chrétiennes souvent très appréciées au Moyen âge. Malgré tout, parlant de Médée comme d'une « sorcière », on ne peut pas beaucoup douter des impressions de Dufour sur l'enchanteresse.

La Cité des dames montre une enchanteresse aux côtés uniquement positifs. Dans le chapitre du premier livre, elle sait tout des arts et des sciences. Elle-même une femme savante, Christine se projette dans ses personnages féminins. Dans le deuxième livre, un chapitre est consacré uniquement à elle, alors que, dans le premier, elle le partageait avec Circé. Cette double présence de textes sur Médée est un cas unique dans les compilations de femmes. Cependant, le chapitre ne se distingue pas vraiment de l'autre en ce qui concerne le savoir.

Symphorien Champier est celui qui a rédigé le chapitre le plus court dans les compilations sur Médée. Selon lui, elle est instruite dans l'art magique. L'auteur ne mentionne pas qu'elle a tué ses enfants. Il invoque cependant des arguments typiques en la faveur des femmes, ne faisant pas réellement évoluer leur cause. La Nef des dames vertueuses, par ailleurs, possède beaucoup en commun avec La Cité. Dans Le Roman de Troie de Benoît de Sainte-Maure, le savoir de Médée est décrit de manière très détaillée. Plusieurs de ses pouvoirs ne sont pas présents ailleurs, comme c'est le cas avec l'onguent ou la glu, par exemple. Tout comme chez Boccace, Médée a, dans ce texte, appris son savoir. Finalement, Guillaume de Machaut compare son amour de l'être aimé à celui de Médée, qualifiée de belle, pour Jason.

De trois figures à l'étude ici, Circé est celle de qui on sait le moins de choses. La métamorphose est un thème omniprésent quand il s'agit d'elle. L'autre thème serait l'usage magique des plantes, nommé pharmakon dans L'Odyssée. De plus, on notera qu'aucune des compilations ne contient de recette magique, alors que c'est le cas dans le texte antique. Alors que l'édition critique d'Antoine Dufour compte trois pages sur Médée, elle en fait une demie pour Circé. Même chose chez Boccace : cinq pages pour Médée, alors que trois pour sa tante. Il n'y a que chez Christine de Pizan, visiblement celle qui renverse toutes les règles établies, où le texte de la fille du Soleil est plus long. Circé, cette «grande enchanteresse», nuit à Ulysse, mais elle se réchappe.

Chez Boccace, elle parvient à exercer ses métamorphoses en préparant un « buvrage ». Elle est « moult renommée » auprès de plusieurs auteurs. En tant que fille du soleil et d'une nymphe, elle possède certains pouvoirs. L'auteur se livre à une défense courageuse de Circé, mais des femmes de sa galerie de portraits en général. Il tente tant bien que mal de défendre cette enchanteresse qui se rapproche d'une sorcière à certains égards. Elle est la magicienne par excellence de l'épopée grecque. Sa beauté singulière jointe à son savoir fait d'elle un personnage fascinant. Circé est la plus dangereuse, car elle cherche à nuire. En effet, elle effraie et elle se rapproche de la figure de la sorcière. Boccace, tout comme les clercs de l'époque, ne peut s'empêcher de décrier la magie dont use Circé, mais aussi Médée.

Chez Dufour, elle est un être malicieux, qui attire les hommes grâce à ses incantations. Elle sait aussi fabriquer des potions grâce à ses connaissances des plantes. Boccace, quant à lui, liste plusieurs des dons surnaturels de Circé, tout comme il le fait pour Médée. Il met l'accent sur son savoir des plantes, élément qui est répété deux fois dans le court texte. Elle a ainsi empoisonné plusieurs personnes. Elle est experte en enchantements et en divination, ce qui la rapproche des sibylles. Le compilateur parle d'elle dans ces termes : «ceste femme enchanterresses et empoisonneresse». Pour l'auteur, elle est à la recherche du plaisir. Elle agit dans un but personnel et sème le mal autour d'elle. Antoine Dufour admire l'érudition des femmes, sauf en ce qui concerne le savoir magique. Probablement qu'en sa qualité de prêtre, il est incrédule de ce type de récits surnaturels. Il est maladroit dans sa défense des femmes, Christine de Pizan se montre beaucoup plus adroite.

Dans La Cité des dames, le chapitre sur Circé est joint à celui sur Médée. On y apprend notamment que Circé est versée en l'art de la magie. De plus, elle a aimé Picus, pour qui elle n'a pas hésité à jeter des sorts malfaisants. Elle connaît les vertus des plantes et tous les sortilèges possibles. Christine de Pizan imite parfois explicitement Boccace, mais elle cherche aussi à rehausser l'image de ses héroïnes. Selon la compilatrice, Circé, grâce à la magie, parvient à tout ce qu'elle veut. Elle maîtrise, entre autres, la métamorphose des bêtes sauvages et des oiseaux.

À première vue, il pourrait sembler incongru de vouloir analyser le savoir des sibylles puisque ce savoir est le don de prophétie et qu'elles ont prédit la venue de Jésus-Christ. Le Moyen âge étant une période de haute ferveur religieuse, le savoir sibyllin ne peut donc qu'être glorifié. Les compilations, qui se veulent des oeuvres sérieuses, louent donc les personnages. Leurs noms et leur nombre ont évolué en fonction des auteurs, mais du temps aussi. Figures de l'Antiquité grecque, elles sont demeurées païennes. Varron et Isidore de Séville ont fixé leur nombre et leur dénomination utilisés au Moyen âge. Ce n'est pas le cas dans les oeuvres de fiction, à l'exception du Chemin de longue estude. Il existe donc généralement une dichotomie entre ces deux types d'oeuvres.

D'abord une figure de pureté et de sainteté, elles se sont transformées, sous la plume de certains auteurs. Elles se transfigurent en sorcières ou en sorcière en devenir, le terme de sorcière n'étant pas inventé à l'époque. Le portrait sans doute le plus dégouttant, mais aussi le plus drôle, est celui de Rabelais dans le Tiers-Livre. La Sibylle d'Antoine de la Sale apparaît sous de traits magnifiques, mais sa métamorphose en serpent nous fait découvrir son visage diabolique. Charles d'Orléans dépeint aussi la sibylle de manière néfaste. Celui-ci de même que La Sale et Rabelais parlent tous deux du « trou de la sibylle », endroit terrifiant, mais tourné en dérision chez le troisième.

Almathée, Albunée et Érithrée sont dépeintes chez Boccace. La première a acquis ses donc de Phébus. Érithrée (mais c'est le cas de toutes les sibylles chez tous les compilateurs) a annoncé la venue du Christ. Elles sont toutes douées du don de prophétie. Bocacce les qualifie de « très excellentes » et il dit d'elles qu'elles apportent la lumière au monde. Quand il s'agit des sibylles, une symbolique religieuse très forte se fait sentir dans les textes.

Christine de Pizan explique que les sibylles sont détentrices d'un savoir fécond. Elles sont aussi dignes et sages. Elles sont en contact avec la pensée de Dieu. Elles sont toutes d'un âge avancé, mais leur beauté ineffable ne le laisse pas transparaître. De plus, elles sont vierges, ce qui les rapproche de Marie. Elles sont dotées d'une voix écoutée de tous. L'auteure désire également être écoutée de tous et espèrent que ses écrits auront l'attention. La compilatrice souhaite passer un savoir au sujet du savoir des femmes. En tant que seule femme des compilateurs sur les femmes, sa situation diffère de celle des autres. Christine s'inclue dans la cité qu'elle bâtit pour ses personnages. Dans le Chemin de longue estude, la sibylle Amalthée ou Cumane tient le rôle d'accompagnatrice de la narratrice. Grâce à son long monologue, on apprend en détail qui elle est réellement. Une description détaillée de ses vêtements et de son allure n'est jamais aussi précise dans les compilations.

Deux sibylles sont présentes dans La Vie des femmes célèbres : Amalthée et Albunée. Le savoir d'Amalthée touche spécifiquement la rédaction de livres de prophéties. Elle et Albunée sont toutes deux louées pour leurs qualités morales et intellectuelles. Chez Martin Le Franc le doute sur les sibylles est instauré par le biais d'une voix discordante : l'adversaire Franc Vouloir. Celui-ci stipule que seul Dieu peut connaître le futur et que les prophéties sont donc l'oeuvre du diable. Le narrateur soutient le contraire. La composition du Champion des dames diffère beaucoup des autres et seulement une des cinq parties ressemble à une compilation.

Une sibylle est le personnage principal d'une oeuvre de fiction dans le Paradis de la reine Sibylle raconte le périple de voyageurs dans une grotte à l'intérieur d'une montagne en Italie. Ils y découvrent une reine belle et luxueuse qui leur offre des richesses à profusion. Le paradis se transforme bientôt en enfers. La reine se transforme à tous les samedis en serpente.

La littérature médiévale sur Médée, Circé et les sibylles démontrent que les femmes ont grandement souffert de l'inégalité des sexes. Les textes nous rappellent que tout n'est pas encore joué pour les femmes, même au vingt-et-unième siècle.

ANNEXE I

La magie de Médée178(*)

Magie bénéfique

Magie maléfique

Un onguent (prometheion) oint le corps de Jason et l'empêche d'être brûlé par le feu qu'exhalent les naseaux des taureaux d'Aiétès.

Dysosmie inf

ligée aux Lemniennes.

Mise hors de combat du dragon gardien de la toison d'or par les incantations et les drogues dont Médée asperge les yeux du monstre ou qu'elle lui fait boire.

Utilisation de certaines drogues qui égarent l'esprit des Péliades et leur font croire à la réalité de la résurrection du bélier.

Anéantissement de Talos par les incantations et le regard maléfique.

Interruption de l'opération de rajeunissement de Pélias (dans les versions les plus récentes).

Rajeunissement du bélier, d'Aeson, de Jason et des nourrices de Dionysos grâce au passage par le chaudron empli d'une décoction de plantes.

Envoi de la couronne et du voile oints d'une drogue mortelle à Glauké / Créüse.

Tentatives d'immortalisation des enfants par la katacryptie (dans les versions anciennes).

Coupe empoisonnée offerte à Thésée.

Guérison d'Héraclès à Thèbes. Grâce à ses drogues, Médée met fin à la folie du héros.

Perturbation des éléments.

Guérison d'Égée qui n'est plus stérile puisque, épousant Médée, il engendre Médos.

 

Le royaume de Persès sauvé de la stérilité.

 

Annexe II

Les enchanteresses selon les compilateurs

 

Ch. de Pizan

Martin Le Franc

S. Champier

Antoine Dufour

Boccace

(Jean Robertet)

Libie179(*)

X

 

X

 
 

X

Érithée

X (2 fois180(*))

X (2 fois)

X

X

X

X

Almathée ou Cumane

X (2 fois)

X

X

X

X

X

Samie

X

X

X

 
 

X

Symérie

X

 

X

 
 

X

Europe

 
 
 
 
 

X

Persique

X

X

X

 
 

X

Aggripe

 
 
 
 
 

X

Tiburtine

X

 

X

 
 

X

Delphique

X

X

X

 
 

X

Hellespon-thia

X

X

X

 
 

X

Phrigie

X

X

X

 
 

X

Albunée

 

X

 

X

 
 

Chimère

 

X

 
 
 
 

Médée

X

 

X

X

X

 

Circé

X

 
 

X

X

X

TOTAL

14

10

11

5

4

13

ANNEXE III

Ordre des chapitres selon les compilateurs181(*)

Symphorien Champier182

Boccace182

Christine de Pizan (Cité182)

Antoine Dufour182

1. Pudicité

---

---

Marie

2. Penthésilée

32

LXIX

Ève

3. Marpésie

11

LXVI

Sarah

4. Tomyris (Thamyris)

49

LXVII

Isis

5. Minerve

6

LXXXIV/LXXXVIII

Cérès

6. Cassandre

35

2. V

Marpésie

7. Hippo et

Brictone

53

2. XLVI

Hypermne-stra

8. Pénélope

40

2. XLI

Diane

9. Lucrèce

48

2. XLIV/2. LXIV

Niobé

10. Evadné

---

---

Arachné

11. Julie

81

2. XIX

Débora

12. Hypsicra-tia

78

2. XIV

Érythrée*

13. Sibylle Érythrée

21

2. II

Médée

14. Sibylle Amalthée

26

2. III

Orithye

15. Arpalice

---

---

Argia

16. Sémiramis

2

LXV

Mantô

17. Porcia

82

2. XXV

Méduse

18. Isis

8

LXXXVI/LXXXVIII

Nicostrata*

19. Nicostrate

27

LXXXIII/LXXXVII/2. V

Penthésilée

20. Cérès

5

LXXXV/LXXXVIII

Hélène

21. Sapho

47

LXXX

Hécube

22. Aspasie et Cornélie

---

---

Pénélope

23. Amasie et Afrania

---

---

Circé

24. Cybèle

---

---

Camille

25. Opis (Ops)

3

LXLVII

Didon

26. Artémise

57

LXXI/2. XVI

Saba

27. Alceste

---

---

Pamphile

28. Hippolyte

19-20

LXVIII

Athalie

29. Didon

42

LXLVI/2. LV

Gaia

30. Hypsipyle

16

---

Sapho

31. Médée

17 (Médée) / 38 (Circé)

LXXXII (+Circé) /2. LVI

Holda

32. Orithya

19

LXVIII

Thomyris

33. Méduse

22

2. LXI

Amalthée

34. Argia

29

2. XVII

Judith

35. Femmes de Minyens

31

2. XXIV

Lucrèce

36. Camilla

39

LXXIV

Véturie(*)

37. Nycaula

43

---

Hippone

38. Léaena

50

2. LIII

Thamyris

39. Clélie

52 (Cloelia)

LXXVI

Esther

40. Véturie

55

2. XXXIV

Artémise

41. Timarétée (Thameris)

56

---

Olympias

42. Claudia

62

2. X

Claudia la vestale*

43. La Juvencelle Romaine

65

2. XI

Irène et Marcia

44. Marcie Varonne

65

LXLI

Sulpicia, femme de Flaccus*

45. Sulpicia

67

---

Sophonisbe

46. Busa

69

2. LXVII

Emilie

47. Bérénice ou Laodice

72

LXXV

Dripetrua

48. Femme Aemilia

74

2. XX

Claudia quinta

49. Sempronie

76

LXLII

Hypsicra-thée

50. Quinte Claudie

77

---

Julia

51. Curia

83

2. XXVI

Cléopâtre

52. Hortensia

84

2. XXXVI

Porcia

53. Sulpice

85

2. XXIII

Hortensia*

54. Cornificia

86

LXXVIII

Cornificia*

55. Pompée Pauline

94

2. XXII

Sulpicia, femme de Lentulus

56. Enguldrade (Gualdrada)

103

FIN

Albunée

57. Tulia

FIN

---

Marianne

FIN

---

---

+ 30 chapitres (sans enchante-resse) FIN

ANNEXE IV

Les dix sibylles de Varron et d'Isidore de Séville

VARRON

ISIDORE DE SÉVILLE

1. de Persis

de Persis

2. Libyssa

Lybissa

3. Delphida

Delphica

4. Cimmeria in Italia

Cimmeria in Italia

5. Erythraea

Erythraea nomine Herophyla

6. Samia

Samia

7. Cumana nomine Almathea (Herophile)

Cumana nomine Almathea

8. Hellespontia

Hellespontia

9. Phrygia

Phrygia

10. Tiburtis nomine Albunea

Tyburtina Phynomine Albunea

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* 1 Martin Le Franc. Le Champion des dames, éd. Robert Deschaux, tome I, Paris, Honoré Champion, 1999, p. XXX.

* 2 Symphorien Champier. La Nef des dames vertueuses, éd. Judy Kem, Paris, Honoré Champion, 2007, p. 9.

* 3 Antoine Dufour. La vie des femmes célèbres, texte établi, annoté et commenté par Gustave Jeanneau, Genève, Droz, 1970, p. 1.

* 4 Ibid., p. XXVIII-XXIX.

* 5 Jean-Patrice. Entre Science et nigromance. Astrologie, divination et magie dans l'Occident médiéval (XIIe-XVe siècle), Paris, Publications de la Sorbonne, 2006, p. 418.

* 6 Catherine Rager. Dictionnaire des fées et du peuple invisible dans l'Occident païen, Turnhout, Brepolis, 2003, pp. 631-632.

* 7Ibid., p. 60.

* 8 Boccace. Des cleres et nobles femmes, tome I, éd. Jeanne Baroin et Josiane Haffen, Besançon, Université de Besançon Paris, coll. Annales littéraires de l'Université de Besançon, 1993, p. 60.

* 9 Idem.

* 10 Ibid., p. 63.

* 11 Famous Women, ibid., p. 74.

* 12 Richard Buxton. «Les yeux de Médée : le regard et la magie dans les Argonautiques d'Apollinios de Rhodes» dans La magie : actes du colloque international de Montpellier 25-27 mars 1999. La magie dans l'antiquité tardive. Les mythes, édition scientifique par Alain Moreau et Jean-Claude Turpin, tome II, Montpellier, Publications de la Recherche Université Paul-Valéry, Montpellier III, 2000, p. 267.

* 13 Boccace, ibid., p. 63.

* 14 Ibid., p. 76.

* 15 Ibid., p. 74.

* 16 Morse, ibid., p. 205.

* 17 Morse, ibid., p.203.

* 18 Dufour, ibid., p. 38.

* 19 Ibid., p. 39.

* 20 Ibid., p. 40.

* 21 Idem.

* 22 Marianne Closson. «Le "merveilleux démoniaque" : oxymore ou catégorie poétique?

Analyse du surnaturel diabolique au temps de la chasse aux sorcières», Le Merveilleux entre mythe et religion, Anne Besson éd., Arras, Artois presses université, Coll. Études littéraires et linguistiques, 2010, pp. 104.

* 23 Moreau, ibid., p. 276.

* 24 Closson, ibid., p.112.

* 25 Dufour, ibid., p. XXXI.

* 26 Ibid., p. XXXI.

* 27Ibid., p. XXXVIII.

* 28 Boccace, ibid., p. 59.

* 29 Ibid., p. 59-60.

* 30 Christine de Pizan. La Città delle dame, Patrizia Caraffi éd., Rome, Carocci, 2003, p.162.

* 31 Ibid., p. 164.

* 32 Champier, ibid., p.77.

* 33 Judy Kem. "Symphorien Champier and Christine de Pizan's Livre de la cité des Dames", "Romance Note", vol. 45, #2, Winter 2005, p. 228.

* 34 Kem, ibid., p. 225-6.

* 35 Dulce Maria Gonzàlez Doreste et Francisca Del Mar Plaza Picón. «À propos de la compilation : du De claris mulieribus de Boccace à Le Livre de la Cité des Dames de Christine de Pizan», Le Moyen français, vol. 51-53, 2003, pp. 327-28.

* 36 Dufour, ibid., p. 39.

* 37 Ibid., p. 38.

* 38 Ibid., p. XLII.

* 39 Benoît de Sainte-Maure. Le Roman de Troie, éd. Emmanuèle Baumgartner et Françoise Vielliard, Paris, Librairie générale française, coll. Lettres gothiques, 1998, p. 70.

* 40 Boccace, ibid., p. 60.

* 41 Sainte-Maure, ibid., p.72.

* 42 Ibid., p.74.

* 43 Ibid., p.78.

* 44 Moreau, ibid., p. 273.

* 45 Morse, ibid., p. 234.

* 46 Sainte-Maure, ibid., p. 90.

* 47 Idem.

* 48 Ibid., p. 92.

* 49 Laurence Harf-Lancner. Les fées au Moyen âge. Morgane et Mélusine. La naissance des fées, Paris, Honoré Champion, coll. Nouvelle bibliothèque du Moyen âge, 1984, p. 416.

* 50 Sainte-Maure, ibid., p. 100.

* 51 Sainte-Maure, ibid., p. 106.

* 52 Gonzàlez, ibid., p. 337.

* 53 Christine de Pizan, ibid., p. 380.

* 54 Ibid., p. 381.

* 55 Idem.

* 56 Guillaume de Machaut. Le Voir dit, traduction par Paul Imbs et édition par Jacqueline Cerquiglini-Toulet, Paris, Librairie générale française, coll. Le livre de poche, Lettres gothiques, 1999, p. 674.

* 57 Jacqueline Cerquiligni-Toulet. Guillaume de Machaut. Le Livre du Voir-dit. Un art d'aimer, un art d'écrire, Paris, SEDES, Coll. Agrégations de lettres Langue française, 2001, p. 52-53.

* 58 Machaut, ibid., p. 526.

* 59 Kem, ibid., p. 225.

* 60 Champier, ibid., p. 26.

* 61 Ibid., p. 28.

* 62 Ibid., p. 25.

* 63 Kem, ibid., p. 231.

* 64 Bernard Ribémont. « Christine de Pizan, Isidore de Séville et l'astrologie : compilation et `mutacion' d'un discours sur les arts libéraux », Desireuse de plus avant enquerre...Actes du VIe colloque international sur Christine de Pizan (Paris, 20-24 juillet 2006), Champion, p. 303.

* 65 Ibid., p. 308.

* 66 Morse, ibid., p. 231.

* 67 Champier, ibid., p. 15.

* 68 Jacques Le Goff. Un autre Moyen âge, Paris, Gallimard, 1999, p. 459.

* 69 Rager, ibid., p. 189-90.

* 70 Marc Escola et Sophie Rabau.« Comme des cochons. La bibliothèque de Circé », Fabula [en ligne] [page consultée en octobre 2010] [fabula.org].

* 71 Madelaine Jeay. Le commerce des mots : l'usage de la liste dans la littérature médiévale (XIIe-XVe siècles), Genève, Droz, 2006, p. 54.

* 72 Boccace, ibid., p. 119-20.

* 73 Famous Women, ibid., p. 150.

* 74 Ana Pairet. Les mutacions des fables : figures de la métamorphose dans la littérature française du Moyen Âge, Paris, Honoré Champion, coll. Essais sur le Moyen âge, 2002, p. 31.

* 75 Boccace, ibid., p. 120.

* 76 Giovanna Angeli. « Encore sur Boccace et Christine de Pizan : remarques sur le De mulieribus claris et le Livre de la cité des Dames (« Plourer, parler, filer mist Dieu en femme » I, 10) », Le Moyen français, vol. 50, 2002, p. 120.

* 77 Blanchard, ibid., p. 149.

* 78 Ibid., p. 50.

* 79 Morse, ibid., p. 233.

* 80 Claude-Claire Kappler. Monstres, démons et merveilles à la fin du Moyen âge, Paris, Bibliothèque historique Payot, 1999, pp. 37-38.

* 81 Dufour, ibid., p. 50.

* 82 György Karsai. «La magie dans L'Odyssée : Circé» dans La magie : actes du colloque international de Montpellier 25-27 mars 1999. La magie dans l'antiquité tardive. Les mythes, édition scientifique par Alain Moreau et Jean-Claude Turpin, tome II, Montpellier, Publications de la Recherche Université Paul-Valéry, Montpellier III, 2000, p. 190.

* 83 Escola, ibid.

* 84 Closson, ibid., p. 105.

* 85 Boccace, ibid., p. 119.

* 86 Famous Women, p. 150.

* 87 Angeli, ibid., p. 125.

* 88 Karsai, ibid., p. 196.

* 89 Bocacce, ibid., p. 119.

* 90 Famous Women, ibid., p. 150.

* 91 Doris Ruhe. «Divination au Moyen âge. Théories et pratiques», Moult obscures paroles, sous la direction de Richard Trachsler avec la collaboration de Julien Abed et David Expert, Paris, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, 2007, p. 20.

* 92 Boccace, ibid., p. 119.

* 93 Idem.

* 94 Gonzàlez, ibid., p. 330.

* 95 Blanchard, ibid., p. 144-145.

* 96 Alfred Jeanroy. « Boccace et Christine de Pisan. Le De claris mulieribus, principale source du Livre de la Cité des dames », Romania, 48, 1922, p. 93.

* 97 Christine de Pizan, ibid., p. 164.

* 98 Pairet, ibid., p.162.

* 99 Dufour, ibid., p. XXXIII.

* 100 Ibid., p. 50.

* 101 Idem

* 102 Karsai, ibid., p. 188.

* 103 Ruhe, ibid., p. 18.

* 104 Danielle Böhler-Regnier. «Sibylle dans La Salade d'Antoine de la Sale : la reine souterraine au coeur d'un traité didactique. Enquête sur l'imaginaire de la figure séductrice et satanique au XVe siècle en milieu princier» dans Sibille e linguaggi oracolari, éd. Ileana Chirassi Colombo, Pisa-Roma, Instituti editoriali e poligrafici internazionali, 1998, p. 680.

* 105 Machaut, ibid., p. 616.

* 106 Kappler, ibid., p. 35.

* 107 Idem.

* 108 Blanchard, ibid., p. 144-145.

* 109 Ibid., p. 140.

* 110 Angeli, ibid., p. 124.

* 111 Dufour, ibid., p. XL.

* 112 Ibid., p. LIII.

* 113 Christine Ferlampin-Acher. Merveilles et topiques merveilleuses dans les romans médiévaux, Paris, Honoré Champion, 2003, p. 222.

* 114 Alain Moreau Alain. «Médée la magicienne au Promètheion, un monde de l'entre-deux», dans La magie : actes du colloque international de Montpellier 25-27 mars 1999. La magie dans l'antiquité tardive. Les mythes, édition scientifique par Alain Moreau et Jean-Claude Turpin, tome II, Montpellier, Publications de la Recherche Université Paul-Valéry, Montpellier III, 2000, p. 250.

* 115 Ferlampin-Acher, ibid., p. 220.

* 116 Harf-Lancner, ibid., p. 411.

* 117 Dufour, ibid., p. XXIV.

* 118 Jean-Patrice Boudet. «Magie» dans Michel Zink et al. Le Dictionnaire du Moyen âge, Paris, Presses universitaires de France, coll. Quadrige, 2002, p. 863.

* 119 Dufour, ibid., p. XXIII.

* 120 Jeay, ibid., p. 242.

* 121 Dufour, ibid., p. LIII.

* 122 Blanchard, ibid., p. 139.

* 123 Il est probable que l'auteur se soit trompé avec cette dernière désignation, qui convient plutôt à Érythrée et ses différentes dénominations.

* 124 Gaston Paris, Le Paradis de la Reine Sibylle, Légendes du Moyen Âge, Paris, Hachette, 1904, p. 9.

* 125 Kappler, ibid., p. 263-265.

* 126 Boccace, ibid., p. 80.

* 127 Ibid., p. 81.

* 128 Famous Women, ibid., p. 102.

* 129 Francine Mora, «La Sibylle séductrice dans les romans en prose du XIIIe siècle : une Sibylle parodique?» dans La Sibylle, parole et représentation, sous la direction de Monique Bouquet et Françoise Morzadec, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, coll. Interférences, 2004, p. 199.

* 130 Boccace, ibid., p. 67.

* 131 Idem.

* 132 Antoine de la Sale. Le Paradis de la reine Sibylle, traduction et postface de Francine Mora et préface de Daniel Poirion, Paris, Stock, coll. Moyen âge, 1983.Postface Paradis, p. 140.

* 133 Boccace, ibid., p. 68.

* 134 Famous Women, ibid., p. 86.

* 135 Christine de Pizan, ibid., p. 220.

* 136 Fabienne Pomel. «La Sibylle, guide et double de Christine dans l'autre monde des lettres. Le chemin de longue étude de Christine de Pizan», La Sibylle, parole et représentation, sous la direction de Monique Bouquet et Françoise Morzadec, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, coll. Interférences, 2004, p. 233.

* 137 Christine de Pizan, ibid., p. 220.

* 138 Ibid., p. 222.

* 139 Pomel, ibid., p. 227.

* 140 Christine de Pizan, ibid., p. 222-224.

* 141 Ibid., p. 224.

* 142 Idem.

* 143 Ibid., p. 226.

* 144 Idem.

* 145 Machaut, ibid., p. 627-8.

* 146 Christine de Pizan. Le Chemin de longue étude, édition critique, traduction,

présentation et notes par Andrea Tarnowski, Paris, Le Livre de Poche, Lettres gothiques, 2000, p.114.

* 147 Pomel, ibid., p. 227.

* 148 Chemin de longue étude, ibid., p. 118.

* 149 Josiane Haffen et Philippe de Thaon. Contribution à l'étude de la Sibylle médiévale : étude et édition du ms. B.N., f. fr. 25407, fol. 160v-172v : "Le Livre de Sibile", Paris, Les Belles Lettres, 1984.Haffen, p.16.

* 150 Chemin de longue estude, ibid., p. 120.

* 151 Pomel, ibid., p. 228.

* 152 Dufour, ibid., p. 37-38.

* 153 Ibid., p. 62-63.

* 154 Ibid., p. 63.

* 155 Ibid., p. 92.

* 156 Ibid., p. 93.

* 157 Le Franc, ibid., p. 183.

* 158 Ibid., p. 182.

* 159 Ibid., p. 186.

* 160 Ibid., p. XL.

* 161 Ibid., p. 192.

* 162 Ibid., p. 194.

* 163 Julien Abed. La parole de la sibylle dans les oeuvres médiévales françaises, thèse de doctorat de littérature médiévale, sous la direction de Mme Jacqueline Cerquiligni-Toulet (Univ. Paris-Sorbonne), 2009, p. 135.

* 164 Ibid., p. 149.

* 165 Champier, ibid., p. 69.

* 166 Idem.

* 167 Ibid., p. 70.

* 168 Pomel, ibid., p. 231.

* 169 Kappler, ibid., p. 266.

* 170 Antoine de la Sale. «Le Paradis de la reine Sibylle» dans Francine Mora, Voyages en Sibyllie, Paris, éd. Riveneuve, 2009, p. 267.

* 171 Ibid., p. 268.

* 172 Ibid., p. 272.

* 173Antoine de la Sale. Le Paradis de la reine Sibylle, ibid., p. 137.

* 174 Jean-Jacques Voncensini. « Samedi, jour de la double vie de Mélusine. Introduction à la signification mythique des récits mélusiniens », Mélusines continentales et insulaires, textes réunis par Jean-Marie Boivin et Proinsias MacCana, Paris, Honoré Champion, coll. Nouvelle Bibliothèque du Moyen Âge, 49, 1999, p. 80.

* 175 Francine Mora. «Métamorphoses dans le Paradis de la Reine Sibylle : des archétypes mythiques aux jeux d'une écriture» dans Métamorphose et bestiaire fantastique au Moyen âge, textes réunis par Laurence Harf-Lancner, Paris, ENSJF, 1985, p. 294.

* 176 Moreau, p. 103.

* 177 Dufour, ibid., p. LIII.

* 178 Alain Maurice Moreau. Le mythe de Jason et Médée : le va-nu-pieds et la sorcière, Paris, Les Belles Lettres, 1994, p. 272.

* 179 Les noms des douze sibylles, de Libie à Phrigie, sont donnés selon Symphorien Champier, tandis que la désignation Albunée et Chimère revient à Martin Le Franc. Champier considère qu'Albunée et Tiburtine sont les mêmes. Il faut aussi noter que les noms varient d'un auteur à l'autre, ce qui rend parfois difficile leur classement.

* 180 La sibylle Érithrée revient à deux reprises, dans Le Livre de la Cité des dames : une première fois dans le chapitre « Où il est question des dix sibylles » et la seconde fois dans le chapitre qui le suit directement « Où il est question de la sibylle Érithrée ». Cela est aussi le cas pour Almathée, qui apparaît dans le chapitre des dix sibylles et dans un qui lui est consacré. Chez Le Franc, Érythrée revient également à deux reprises.

* 181 Martin Le Franc est exclu de ce tableau, car son ouvrage n'est pas divisé en chapitres désignant chacun un personnage. Le Champion est une oeuvre qui tient beaucoup du récit. Je citerais par contre les femmes en ordre d'apparition : Vénus, Marie de Savoie, Bonne de Montfort, Anne de Bretagne, Ève, Méduse, Cérès, Isis, Ops, Sémiramis, Thamaris, Amazones, Pantésilée, Artémise, Camille, Bérénice, Zénobie, Déborah, Judith, Jeanne d'Arc, comtesse de Montfort, Jeanne de Bavière, Carmenta, Sapho, reine de Saba, Christine de Pizan, 10 sebilles (mais il en cite 9) : Perse, Delphique, Chimère, Lerithtree, Cumee, Frigie, Samye, Albumee, Elesponce , sebille Lerithree (pour la seconde fois), la reine de France, princesse du Piémont, plusieurs saintes dont Sainte Catherine et les onze mille Vierges.

Jean Robertet est également absent, car ces épîtres Les douze dames de rhétorique et Les douze sebilles ne sont pas des compilations.