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Femme ou fée? Mélior dans "Partonopeu de Blois"

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par Julie Grenon-Morin
Université Sorbonne-nouvelle - Master 1 2010
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Littérature
  

Disponible en mode multipage

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UNIVERSITÉ PARIS III - SORBONNE-NOUVELLE

UFR Littérature & linguistique françaises et latines

Femme ou fée?

Mélior dans Partonopeu de Blois

Mémoire de Master 1

préparé sous la direction de

Mme Michelle Szkilnik

par

Julie GRENON-MORIN

Année universitaire 2009-2010

TABLE DES MATIÈRES

Table des matières p. 1

Introduction p. 3

PREMIÈRE PARTIE : Mélior 

I. Généralités

a. Présentation du personnage p. 6

b. Le schéma narratif p. 14

II. Ses qualités féériques et humaines

a. Indices sur le merveilleux p. 21

b. L'éducation de Mélior p. 22

c. Science occulte, enchantements et fécondité p. 24

d. Les pouvoirs magiques utilisés contre Partonopeu p. 26

e. Autres éléments p. 29

DEUXIÈME PARTIE : Mélior et d'autres personnages

III. Mélior et les femmes

a. Sa soeur Urraque p. 33

b. La mère de Partonopeu p. 36

IV. Mélior et Partonopeu

a. La rencontre p. 40

b. L'Union entre l'Occident et l'Orient p. 43

Conclusion p. 57

Annexes :

I : Le schéma mélusinien p. 50

II : Le schéma mélusinien diachronique p. 51

III : Le schéma morganien p. 52

IV : Le schéma morganien diachronique p. 53

Bibliographie p. 54

INTRODUCTION

Lors de son récent colloque «Une fée nommée parole1(*)», Philippe Walter a donné une explication intéressante au sujet de l'origine du mot «fée». Bien sûr, il est connu qu'il provient du latin «fata» (destin, destiné). Cependant, peu de gens vont plus loin : «fata» viendrait lui-même de «fari», autrement dit «parler». Cette notion, P. Walter la tire d'un ouvrage de Varron, De lingua latina. Selon cet auteur antique, les divinités, et par extension les fées, incarnent la parole vraie. Les archétypes féériques usent d'une fonction performative du langage. Cette même idée prévalait aussi chez les auteurs grecs. La parole revêt donc un aspect liturgique. De ce point de vue, les fées seraient alors un versant occidental des brahmans indiens, prêtres sacrificateurs et invocateurs. Elles sont capables de parole annonciatrice et évoquer le destin suffit à le provoquer. La parole peut également être remplacée par un cri, comme c'est le cas de Mélusine. Le pouvoir dont les fées usent est irréversible. Dans le cas des fées marraines, leurs dons sont immatériels et prennent la forme de bénédictions. Dans Le Jeu de la feuillée, les trois fées réunies font le don d'une parole. L'une d'entre elles jettera cependant un maléfice sous le coup de la colère. La parole des fées peut aussi se rapprocher des chants incantatoires, ce qui nous mène vers la littérature médicale.

La fée Mélior dans Partonopeu de Blois est justement une créature qui fait usage de la parole. Elle est une caractéristique importante de ce personnage, bien qu'elle ne jette pas de sort à proprement parler. La fée oscille, tout au long du récit, entre humaine et individu féérique. Grâce à son apprentissage de haute voltige, Mélior réussit à maîtriser non seulement les sept arts libéraux du Moyen âge, mais également les enchantements. Le concept de la parole prime chez cette fée aussi impératrice de Constantinople, car c'est grâce à lui que toute la structure narrative du récit prend forme : tout s'organise autour de la prohibition lancée au jeune héros. Lors de leur première nuit d'amour, Mélior est très claire quant aux limites que doit respecter Partonopeu. Cependant, seul un personnage apte à la féérie peut interdire d'être vu, même lors des visites nocturnes de la puissante héritière. La règle énoncée influe donc directement sur le destin du héros. Le transgresser signifie causer la perte de la jeune femme.

Partonopeu de Blois fait cohabiter deux mondes qui s'entrechoquent : le monde féérique et celui du christianisme. Ces deux caractéristiques centrales se retrouvent chez Mélior : elles inspirent le roman. Ainsi, la matière de Troie prédomine sur celle de Bretagne, d'où pourtant est issu le comte de Blois. Le récit met également en place un va-et-vient entre l'Occident et l'Orient. Tout semble s'inscrire dans un double monde, où trône un des personnages principaux, Mélior. Ni tout à fait fée ni tout à fait femme, elle n'est pas non plus classable dans l'un ou l'autre des schémas mélusinien ou morganien. En fait, la fée ne parviendra à une réunion de toutes ces dualités qu'avec son mariage avec le neveu du roi Clovis. L'alliance du couple aura non seulement une influence sur leur destinée, mais aussi sur les deux peuples de Constantinople et de France. Dans le folklore, les fées annonciatrices des évènements à venir se faisaient normalement entendre le Jour de l'An. Mélior ne tient pas compte d'un tel calendrier, n'étant pas non plus une fée folklorique, mais bel et bien chrétienne.

Il faut finalement mentionner Psyché et Amour d'Apulée, car, encore une fois, il existe une relation double, entre les deux textes. L'un reproduit le schéma inverse de l'autre, mais cela n'est pas le fruit du hasard. Le ou les auteurs anonymes ont réutilisé le conte antique de manière flagrante, de tel sorte que certains éléments sont littéralement calqués à partir de ce dernier. Dans les deux récits, des figures de femmes sont en premier et en second plan. Ces figures féminines se joignent à d'autres fées et démontrent que tant dans l'Antiquité qu'au Moyen âge, les femmes occupaient une place importante dans la littérature. Entre ces deux époques, la fascination pour elles a perduré, car on leur attribuait un pouvoir mystérieux, pas très éloigné de ceux des fées elles-mêmes. Les femmes dans Partonopeu de Blois sont parfois amoureuses, parfois traîtresses, mais toujours au moins un peu humaines.

PREMIÈRE PARTIE

Mélior

I. Généralités

1) Présentation du personnage

Quand on sait que le nom «Mélior» signifie «meilleure» en latin, cela donne quelques indices sur le personnage féminin principal de Partonopeu de Blois. En effet, la fée Mélior se démarque dans de multiples domaines. Elle est riche, sa beauté, bien qu'un temps cachée, est sans égale. Elle est aussi puissante, possède un bon coeur, est impératrice, etc. Il faut également souligner que Mélior porte le même prénom qu'une des deux soeurs de Mélusine, dont il sera davantage question plus en amont. Cependant, cela est le cas seulement dans la version de Jean d'Arras et non dans celle de Coudrette. De plus, en langue bretonne, le nom «Mélior» pourrait venir de «meler», qui signifie le fabricant de miel. Dans une certaine mesure, cette nourriture correspond à Mélior, car elle est un être doux, offrant à Partonopeu tout ce qu'il désire sans exception : son corps, ses richesses et ses titres. Cependant, «miliour» en breton signifie aussi «flatteuse». «Mélior» contient également le mot «or», qui pourrait faire référence à la grande fortune du personnage. Enfin, le nom de la fée ressemble de très près à celui de Mélion, dans un des lais anonymes des XIIe et XIIIe siècles2(*). Ce rapprochement est d'autant plus intéressant lorsqu'on sait que le chevalier Mélion de la cour du roi Arthur avait comme particularité de se transformer en loup. Il a donc d'une appartenance double, tout comme Mélior qui appartient à la fois aux mondes des fées et des humains (l'annexe XI montre les récurrences du terme «Mélior» ou «Melior» en ancien français dans l'oeuvre de Partonopeu de Blois).

Le prénom de l'impératrice d'Orient se rapproche un peu de celui de Morgane, une autre fée. En effet, les deux commencent par un «m», contiennent un «r», un «e» et un «o». Phonétiquement, ce nom est fort, particulièrement celui de Morgane. Il est important de remarquer que Mélusine aussi porte un prénom commençant par la même lettre, ce qui est donc le cas pour ces trois fées d'importance à l'époque du Moyen âge. De son côté, le prénom de la fée Morgane a aussi des origines variées. Dans Historia regum Britanniae, Geoffroy de Monmouth la désigne, en ancien français, par «Morgen». Edmond Faral, dans son article «L'Île d'Avalon et la fée Morgane»3(*) explique que l'origine de ce prénom pourrait venir de «Muirgen» en gaélique ou bien de «Morgen» en gallois, qui est, par contre, un nom d'homme. Mais, aucune de ces deux options ne fonctionne parfaitement. Faral, lui, conclut donc : «Qu'est-ce à dire, sinon qu'il a toute l'apparence d'un nom simplement fabriqué à la bretonne ?4(*)». Jean Markale, quant à lui, tranche entre ces opinions et stipule que la fée Morgue tire son nom de «Morigena», qui veut dire «Née de la Mer»5(*). D'ailleurs, dans Vita Merlini, Morgue soigne un naufragé apparu sur les berges de son île d'Avalon. Un lien ténu subsiste donc entre cette fée et l'eau, à cause tout d'abord de nombreuses références aux lacs, à la mer et à son île et ensuite des motifs reliés à la terre, aux montagnes et aux volcans, entre autres. Il en va de même pour Mélior. En effet, elle vit sur un domaine gigantesque avec d'innombrables terres et Partonopeu traverse une mer pour venir la rejoindre. En plus de cette double appartenance de Morgane à la mer et à la terre également observable chez Mélior, on constate que l'impératrice de Constantinople n'est ni tout à fait humaine, ni tout à fait fée.

S'il est si difficile d'établir avec certitude l'origine des noms de la fée Mélior et de ses semblables, c'est surtout parce que les auteurs du XIIe siècle voulaient sauvegarder une matière de Bretagne riche et déjà partiellement oubliée. Ces héritages bretons leur étaient parvenus majoritairement de manière orale, ce qui explique certains mystères. Les mêmes interrogations se posent au sujet d'une autre fée tutélaire, Mélusine. On attribue parfois la déformation du prénom à cause de «Lusignan» (famille du Poitou qui aurait servit à nommer des villages, des cours d'eau, etc., par exemple comme à Lézignan-Corbières, Lusigny-d'Or ou Lusigny-sur-Ouche). D'autres fois, elle serait due à «Mère Luisant», «Mère Lusine» ou bien à «Mélissa», un des surnoms de Diane-Artémis. Quoi qu'il en soit, les fées Mélusine et Mélior ont en commun la première syllabe de leur prénom. Lorsqu'il est question de Mélusine, il a peut-être trouvé son sens avec la théorie de Claude Lecouteux. Selon lui, le château de Lusignan est situé près de Melle-sur-Belonne, ville appelée «Metallum» par les Romains de l'Antiquité. Fidèle à l'image de la bâtisseuse Mélusine, «cette petite ville a encore de nos jours une vocation industrielle en plein coeur d'un pays agricole6(*)». Cette théorie va encore plus loin : on attribuerait une parenté entre la fée du Poitou et Kékrops, fondateur d'Athènes et dont le symbole est un serpent. Il est possible que le «Melle» à Mélusine le soit aussi pour Mélior. On peut donc dire que Mélior porte un prénom qui se rapproche à différents niveaux de celui de ses semblables, Mélusine et Morgane, mais que ce nom qui la désigne possède néanmoins des caractéristiques qui s'apparentent aussi aux êtres humains. Ces fées, qui ont marqué l'imaginaire médiéval, ont également autre chose en commun : une superbe apparence physique.

Mélior est dotée d'une beauté exceptionnelle. Cependant, cette apparence possédant les plus hautes qualités ne peut pas être dévoilée à Partonopeu. Les éditeurs Collet et Joris, dans l'introduction au roman, font d'ailleurs référence à l'apparence de la fée / femme : Mélior est à l'image de Partonopeu de Blois, car ce texte a longtemps été en marge de la littérature médiévale, se soustrayant à la vue du public comme l'héroïne à son amant avant de nous révéler sa beauté. Ainsi, Mélior le somme formellement de ne pas tenter de la voir, sinon elle perdra tout et lui de même. C'est néanmoins ce qui se passe après que le héros se soit muni d'une lanterne donnée par sa mère :

Le covertor a lonc jeté,

Si l'a veüe od la clarté

De la lanterne qu'il tenoit.

Mirer le puet et veoir bien

Q'ainc ne vit mais tant bele rien.7(*).

Sans même la voir lors de leur première rencontre, alors qu'il s'est couché dans le lit de la dame sans le savoir et avant que celle-ci ne l'aie découvert, Partonopeu imagine Mélior très belle (p. 129). En effet, la beauté de la fée répond tout à fait aux canons esthétiques de l'époque. Cela la rapproche davantage d'une humaine que d'une fée. Malgré tout, comme le souligne Alfred Maury, une beauté qualifiée de «merveilleuse» est généralement un attribut des fées8(*). Bien que sa beauté soit rayonnante, elle n'est pas dénuée de réalisme. À l'approche de son mariage, Mélior se pare magnifiquement pour célébrer l'occasion. Une longue description en fait état, de même que pour les autres dames. Il est dit que les dames mirent longtemps à étudier leurs tenues, ce qui est tout à fait propre à une femme qui va se marier de même qu'aux invités. L'humanisation de la fée se fait sentir du fait que les dames et Mélior mettent beaucoup d'effort à se vêtir de la meilleure manière qui soit. Ainsi, les habits de Mélior auraient tout aussi bien pu être ceux d'une femme humaine de l'époque médiévale, n'étant pas décrite comme une fée. Certes, il est dit dans le texte qu'elle est plus belle que toutes les autres, mais cela peut s'expliquer par son mariage et non pas seulement par le fait qu'elle soit une fée. Les vêtements n'ont rien du caractère merveilleux du Moyen âge en soi :

Bien fu vestue Melior

De siglaton a cercle d'or.

Par roies entor les aigleaus

Fu trestos parés li maneaus

De pieres de pluisors manieres,

Molt presiosses et molt chieres.9(*).

Cependant, douze vers plus loin, un renseignement laisse penser que l'auteur ou les auteurs de l'oeuvre se sont progressivement détachés de l'idée que Mélior est une fée. Le vers 11 936 est très clair : Mélior a l'air d'une fée, mais n'en est pas une («Tant est bele, bien samble fee10(*) »). Cet indice ne passe pas inaperçu, car il survient vers la fin du roman, qui plus est au mariage du personnage, ce qui constitue l'apothéose du récit.

L'apparat de Mélior lors de son mariage évoque, tout au plus, son appartenance à la royauté, étant donné sa richesse et ses titres. Elle porte un manteau fait d'une fourrure d'un animal rare la salamandre (qui crache le feu selon les récits du Moyen âge). Néanmoins, on ne peut pas prouver que l'impératrice de Byzance soit une fée. Son habit est également composé de rubis finement taillés et alignés sur le tissu ainsi que d'un col était retenu par des lionceaux en or. Bien que ce genre de manteau coûte une fortune, à l'époque, Mélior apparaît toujours plus en tant que femme que fée. Les détails concernant sa coiffure vont dans le même sens, sinon moins, car l'ornement est plus simple. Ses cheveux sont tissés d'un fil d'or, ce qui semble plus plausible encore qu'un manteau bordé de pierres précieuses et fait d'une peau très rare. D'ailleurs, dans Érec et Énide de Chrétien de Troyes, la reine Énide fait don d'un vêtement plus somptueux encore que celui de Mélior à une pauvre fille de vavasseur11(*). Ceci prouve donc que «la fée» a belle et bien des caractéristiques humaines, car la femme de ce roman n'est jamais décrite comme étant une fée. Plus encore que le vêtement donné par Énide, celui que porte Érec à la fin du roman est merveilleusement bien fait, plus encore que celui de Mélior. On ne peut plus douter ici de la non appartenance au monde du merveilleux des personnages de ce texte de Chrétien de Troyes, car le manteau, cela est bien stipulé, a été fabriqué par quatre fées. Donc, cette spécificité marque une nette séparation entre le monde des fées et celui des humains. Malgré ces habits plus riches que celui de Mélior lors de son mariage, cette dernière est une femme très fortunée et qui possède un château majestueux.

Lorsque Partonopeu se fait conduire par la nef merveilleuse qui le dirige, il parvient, à la tombée du jour, à un palais luxueux, entouré d'une ville tout aussi belle, décrits ainsi : «C'est une vile et uns casteau / Qui molt est buens et molt est beaus12(*)». À bien des égards, la cité et le palais de Mélior appartiennent plus au monde de la féérie qu'au monde humain. L'auteur insiste sur le fait qu'il n'existe nulle part ailleurs de merveille comparable, ce qui renforce l'idée du caractère féérique de Mélior : «La veïssiés tant bele entaille, / N'a nule el monde qui miols vaille13(*)». Ce passage de l'arrivée du héros à chef d'Oire met l'accent sur le fait que Partonopeu est ébloui par tant de beautés. Le palais qu'il a devant les yeux sort de l'ordinaire par rapport à toutes les autres constructions. Cela le rapproche du féérique, mais ne le rejoint pas tout à fait : «Li palais sont tresto d'un grant ; / Ainc n'avoit veü de teus tant14(*)». Un autre exemple qui montre à quel point ce que voit le héros sort de l'ordinaire survient des vers 860 à 862. Dans ceux-ci, le narrateur lui-même dit que la tâche est ardue pour décrire les lieux, en parlant à la première personne du singulier. Il s'exprime alors avec beaucoup de dynamisme :

Que nel tenissiés a falue ;

Mais nus ne set tant de favele

Qui pardesist con ele est bele.

(...)

Ne cherriés por nule rien

La mervelle ne le grant bien

Que de ceste cité vos cant; 15(*).

Plus loin, le texte est encore plus clair concernant la nature magique des splendeurs qui s'offrent aux yeux de Partonopeu. Cependant, il faut encore noter qu'il n'est pas dit explicitement que les constructions de Chef d'Oire possèdent un caractère merveilleux, car elles le «paraissent» seulement :

Tant voit li enfes grans beautés

Que molt cuide estre mesalés,

Et cuide que soit faerie

Quanqu'il voit de manadie16(*).

Tout comme c'était le cas pour les vêtements et la coiffure de Mélior, on peut dire que ses richesses font davantage d'elle une richissime aristocrate, donc humaine, qu'une fée. D'ailleurs, il est dit que la décoration du château est d'inspiration mauresque, autrement dit du monde des humains. Cependant, l'habitation de Mélior n'est pas un château normal. Partonopeu s'en rend rapidement compte. Il ne voit personne aux alentours et il n'y a aucune musique comme cela est de coutume dans ce genre d'endroit. L'éblouissement extraordinaire que procure les lieux l'en éloigne aussi d'un bâtiment normal : «Un palais i a principel, / En tot le siecle nen a tel17(*)». De même, les richesses à l'intérieur du palais sont hors norme. Ainsi, la coupe dans laquelle boit Partonopeu lors de son premier repas est décrite comme étant faite de pierres précieuses : «Li covercles est d'un rubi / [Qui bien i pert a sa mesure / Que hom ne le fist fors Nature]18(*)».

Ce que Partonopeu voit à l'intérieur du palais ne peut cependant laisser planer aucun doute sur la nature merveilleuse des lieux appartenant à Mélior. En effet, comme c'est le cas dans le film d'animation La Belle et la Bête des studios Disney, des objets sont enchantés. La première de ces manifestations merveilleuses se produit lorsque le visiteur se fait laver et essuyer les mains par des bassins et une serviette animés. Ensuite, sa table se garnit sans l'aide de personne de victuailles à la place du jeune homme et à celles qui sont vides. Partonopeu est surpris de constater qu'un cortège d'aliments passe devant lui. L'eau se verse également toute seule, de même qu'une serviette est tendue à l'invité à la fin du repas. Puis, tables et couverts disparaissent. De plus, ce sont des candélabres merveilleux qui conduisent le héros à sa chambre :

Et quant il volt aller coucier,

Les camdelarbres voit drecier

Quil vont dusque a son lit servir,

Et puis pensent del revenir.19(*).

Ces mêmes objets serviront toujours Partonopeu lorsqu'il songera à aller se coucher durant son séjour.

Une des conversations nocturnes de Partonopeu avec Mélior laisse entrevoir une autre preuve de la nature féérique de la dame. Une nuit, elle confie au jeune homme que tout Chef d'Oire a été bâti en son honneur :

Li casteaus est ci por vos fes,

Li bors et tos li beaus atrés ;

Por ço fu fais en cest bel liu

Qu'en eüssiés deduit et giu20(*).

Si l'on part du fait que Partonopeu a treize ans au moment de l'histoire et que les constructions prennent plusieurs années à se bâtir, au Moyen âge (Bas Moyens âge, pour être plus précis, car Partonopeu est le neveu de Clovis Ier, né en 465 et mort en 51121(*)) le fait semble impossible. Il relève donc de la féérie que la splendide cité de Mélior se soit construite aussi rapidement. Même si les travaux avaient commencé alors que le héros était encore un enfant, il paraît plutôt improbable qu'elle soit tombée amoureuse d'une personne aussi jeune. Le récit laisse donc entendre que la ville fût édifiée dans un temps record, impossible à réaliser sans l'aide de la magie, que possède d'ailleurs l'héroïne.

Les histoires du Moyen âge qui mettent en scène une fée reprennent, le plus souvent, l'un ou l'autre des schémas de deux des fées françaises les plus connues, soit Mélusine ou Morgane. Partonopeu de Blois emploie partiellement le schéma morganien (voir annexes III et IV). En effet, il s'agit d'une fée qui emmène l'élu de son coeur dans son monde à elle, déconnecté de celui des Hommes22(*). Dans ce cas-ci, il s'agit de Chef d'Oire, ville imaginaire du royaume de Constantinople et, dans le cas de Morgane, de l'île d'Avallon où elle entraîne Lancelot. Dans un schéma morganien, on dénote trois étapes principales. D'abord, le héros voyage jusque dans le monde de la fée. Pour cela, comme le montre l'annexe III, il l'aura préalablement rencontrée et elle lui aura offert son amour. Ensuite, le héros séjourne dans l'au-delà. Il peut y demeurer aussi longtemps qu'il respecte l'interdit, consigne présente sans exception dans les histoires de fées de l'époque médiévale. Cette période hors du monde des Hommes est due au fait que le héros en a perdu le souvenir. Finalement, le héros transgresse la prohibition, ce qui ne lui permet pas de revoir la fée. Partonopeu de Blois est un récit morganien, mais qui ne va pas jusqu'au bout : Partonopeu revoit Mélior à plusieurs reprises, subit des épreuves et le couple se marie.

Le schéma morganien implique une union qui demeurera stérile, puisque le héros meurt d'avoir transgressé la directive imposée par la fée. Dans cette optique, Partonopeu de Blois ne constitue pas un tel schéma. La fée qui y est présentée crée une grande pression de la part de l'Autre monde, dont elle fait partie. Morgue ou Morgane est donc en conflit avec le monde des humains : son seul but est de le priver de ses champions, surtout Lancelot. Elle essaie par la ruse de s'en faire aimer, ce qui échouera. Dans les romans arthuriens et autres récits de l'époque, Morgue et les autres fées, ont une nature ambiguë. Le problème se pose à propos de leur nature double quant au christianisme : «La tentative de conciliation a pris deux formes : la christianisation - la fée conserve à ce prix son caractère surnaturel - et la rationalisation - la femme fantastique devient une simple mortelle qui pratique la magie noire ou blanche23(*)». Dans le cas de Mélior, il s'agit d'un cas de rationalisation. On le constate lors de ses explications à Partonopeu quant à son cheminement intellectuel. Ce long discours survient d'ailleurs après l'ordre bafoué par le héros.

À l'inverse, le roman de Partonopeu de Blois ne fait pas partie des textes ayant un schéma mélusinien (voir annexes I et II). Bien que possédant quelques caractéristiques de ce schéma, le roman anonyme n'inclut pas la venue d'une fée dans le monde des humains. Dans le Roman de Mélusine de Jean d'Arras, Raimondin et Mélusine se rencontrent à la Fontaine de la Soif, est en présence de Palatine et Mélior, ses deux soeurs. Leur mère Présine leur a toutes jeté un sort. Comme nous le savons, l'enchantement de Mélusine est de se transformer en serpent / dragon tous les samedis. C'est à ce moment qu'elle prend son bain. Elle offre sa main et sa large dot à Raimondin, à condition qu'il respecte l'ordre de ne pas la voir lors de sa transformation. Des années plus tard, le roi ne le respecte pas et perd tout, y compris son épouse qui s'envole de la tour du château familial.

De plus, la fée Mélior est présentée de manière ambiguë... ou prudente. Pour ne pas s'attirer le mauvais oeil de l'Église, elle est une fée qui a appris ses enchantements et une chrétienne très croyante. On ne peut donc pas la classer comme une créature diabolique. Pour Alfred Maury, les figures des fées «nous apparaissent comme le dernier, le plus persistant de tous les vestiges que le paganisme a laissé empreints dans les esprits.24(*)». Il n'est donc pas étonnant d'en retrouver à de très nombreuses reprises dans les histoires médiévales et que d'établir des parallèles entre Mélior et d'autres de ses semblables soit aisé. Encore aujourd'hui, les fées sont l'emblème du paganisme vaincu par les religions, dont quelques symboles à peine subsistent dans le folklore. Cela se remarque par les noms désignant les monuments druidiques ou sur des emplacements qualifiés comme tel, car ils contiennent le mot «fée». Ces désignations proviendraient du monde celte. En effet, à l'époque où les druidesses étaient chassées par la montée du christianisme, elles se réfugiaient dans ces endroits. Tout comme cela avait été le cas avec les Parques de l'Antiquité, ces lieux ont été nommés en fonction de leur légende.

2) Le schéma narratif

La quatrième de couverture de la collection Lettres gothiques parue en 2005 résume bien le lien qui unit l'histoire de Partonopeu et celle de Psyché. Ce récit d'Apulée, faisant partie de L'Âne d'or ou Les Métamorphoses, a cependant la caractéristique d'être inversé dans l'oeuvre Partonopeu de Blois. En effet, le rôle féminin de l'un est tenu par un homme et vice versa. Autrement dit, chez Apulée, c'est Psyché qui accomplit la transgression, alors que, dans l'oeuvre médiévale, il s'agit de Partonopeu. En effet, Psyché, mariée au dieu Amour, a promis de ne jamais chercher à voir le corps de son époux. Elle ne sait cependant pas tenir parole et observe Amour qui dort à l'aide d'une lampe à l'huile. Une goutte de cette huile tombe, réveille l'endormi et le blesse gravement. Le dieu se sépare alors de sa femme, qui mettra longtemps à le chercher. Le couple se réconcilie, après bien des épreuves que doit accomplir Psyché. Elle deviendra ensuite immortelle.

Du côté de Partonopeu de Blois, le héros Partonopeu est invité par Mélior à partager son lit et son domaine. Il fait également la promesse de ne pas regarder le physique de sa dame. Cependant, il faut noter cette différence : ce couple n'est pas marié, ce qui est bien le cas de Psyché et Amour. Mélior s'était engagée auprès de Partonopeu à l'épouser après une période de deux ans, où le jeune homme demeurerait au palais de la fée. Poussée par l'idée de sa mère que Mélior est une créature diabolique, Partonopeu s'empare de la lampe que sa mère lui suggère d'utiliser et fait fi du souhait de la fée. Tout comme Psyché, il en coûtera bien des efforts au héros pour revenir auprès de son amie.

On peut donc observer que l'auteur anonyme du Moyen âge a calqué son histoire sur celle du mythe antique d'Apulée. L'écrivain de l'époque médiévale a cependant ressenti le besoin d'inverser les rôles. Il est toutefois évident que les deux récits sont apparentés. De plus, Psyché et Partonopeu utilisent tous deux une lampe, outil de leur désobéissance. Si Partonopeu est poussé par sa mère, Psyché ne l'est que par sa curiosité, ce qui lui causera bien du souci. Cela est d'ailleurs la leçon qui peut être tirée du conte, c'est-à-dire que la curiosité est un vilain défaut. Partonopeu de Blois ne va pas vraiment dans ce sens, puisque l'histoire continue bien après l'épisode de la lampe, qui survient au début du roman seulement.

Apulée voulait peut-être mettre cette leçon en avant : la trop grande curiosité peut engendrer bien des problèmes. Dans l'introduction de la version de GF Flammarion, Claufine Sharp a trouvé une autre explication, bien plus profonde. Selon elle, il faut regarder le sens des termes grecs «Psyché» et «Éros». Le premier signifie «âme» ou «papillon» et le second «amour». À partir de là, on peut tirer cette conclusion :

On peut alors penser qu'Apulée a voulu ainsi exprimer l'aventure de l'âme, reflet de la beauté pure, enchaînée à la terre par ses passions mauvaises. Cette âme doit subir, comme la jeune héroïne, bien des épreuves, avant d'accéder, grâce à l'amour, au monde divin et devenir immortelle à son tour.25(*).

Cette théorie est applicable à l'oeuvre Partonopeu de Blois, où le héros doit faire face à des épreuves avant de vivre son amour pleinement avec Mélior. L'histoire de la fée a cela de commun avec le conte antique : les humains et les non-humains se ressemblent de part et d'autre. Ainsi, chez Apulée, les dieux ne sont pas très différents des Hommes et, dans Partonopeu, la fée présente beaucoup de similitudes avec les humaines.

Dans son ouvrage Les fées au Moyen âge, Laurence Harf-Lancner note que la fable de Psyché se divise en trois parties26(*). La première partie concerne les malheurs de l'héroïne Psyché, avant qu'elle fasse la connaissance du dieu Amour. Aucune ressemblance ne permet de créer le rapprochement entre ce récit et celui de Partonopeu. En revanche, dans la deuxième partie de la fable, qui relate le séjour de Psyché dans le monde du dieu, un «Autre Monde», trois caractéristiques récurrentes dans le roman médiéval sont facilement observables. Harf-Lancner a relevé que ces trois points prévalent tant chez Apulée que chez Fulgence, dans Mythologiae écrit à la fin du Ve ou au début du VIe siècle.

Dans un premier temps, Psyché découvre un palais d'une beauté à couper le souffle. Cela est aussi le cas pour Partonopeu lorsqu'il pénètre au château de Chef d'Oire. Cet édifice merveilleux est fait de marbre, d'or et d'argent. Puisque la propriétaire Mélior est impératrice d'Orient, on verra dans cette richesse une caractéristique du merveilleux oriental. Dans un second temps, il faut souligner que les deux personnages principaux des deux histoires entrent dans un endroit désert. Les esclaves qui servent Psyché lors de son arrivée au palais lui sont invisibles et l'héroïne ne perçoit que leur voix. Partonopeu reçoit lui aussi un accueil spécial, digne d'un roi. Les soins qui lui sont prodigués sont opérés par des serviteurs qui sont non seulement invisibles, mais dont on n'entend pas la voix non plus. Le merveilleux médiéval se manifeste lorsque deux chandelles le guident jusqu'à son aire de repos, par exemple. Puis, ce sont des mains invisibles qui lui retirent ses éperons. Ces éléments merveilleux se chargeront de Partonopeu tout au long de son séjour au palais de Mélior, jusqu'à ce qu'il transgresse l'interdit de la fée. Dans un troisième temps, les personnages de Partonopeu et de Psyché ont en commun d'être visités la nuit par leur compagnon respectif. Avant la transgression de l'interdit, la découverte du visage et duc corps, les deux héros ne verront pas leurs amants à cause de l'obscurité nocturne. Les hôtes Amour et Mélior les quittent lorsque le jour se lève, après avoir passé une nuit d'amour avec l'être choisi. Les chambres attribuées aux deux héros sont d'une beauté somptueuse et ils s'en émerveillent.

Dans son chapitre sur «Morgane» (puisqu'il s'agit en partie d'un conte dit «morganien»), L. Harf-Lancner explique que la troisième partie du conte d'Apulée coïncide parfaitement avec ce qui se déroule dans Partonopeu de Blois. Cette partie concerne le manquement au commandement. On observe donc que la première partie de Psyché et Amour n'a rien à voir avec Partonopeu de Blois, que des similitudes rapprochent les deux oeuvres dans la deuxième partie pour finalement faire se calquer presque l'un sur l'autre les évènements de la troisième partie.

Puisque, de toute évidence, la fable de Psyché est une inversion de l'histoire de Partonopeu, un argument supplémentaire vient renforcer l'idée que Mélior est une fée. Cependant, fées et dieux n'ont pas le même degré d'être. Dans le récit antique, son rôle est tenu par un dieu, un être qui n'est donc pas humain. De la même façon, Mélior n'est pas humaine, mais bien un être merveilleux. Dans le premier cas, c'est une lampe sous un boisseau qui provoque le réveil, dans le deuxième cas, une lanterne dont la chandelle ne s'éteint pas au vent. Le premier sort du sommeil à cause d'une goutte d'huile bouillante qui lui tombe sur l'épaule, la deuxième par la lumière de la lanterne. Sachant cela continuons d'analyser les points de ressemblance entre Partonopeu et le conte d'Apulée.

Le pacte entre Psyché et Amour présente quelques aspects communs avec celui de Partonopeu et Mélior. Dans les deux cas, un habitant de l'autre monde s'éprend d'un mortel et l'épouse. Ils vivent ensemble dans un château somptueux, entourés de richesses. Ce palais est toujours vide de toutes présences. En revanche, Partonopeu obtient tout ce qu'il désire. Ensuite, l'être doté de pouvoirs magiques va retrouver son amant dans son lit, la nuit, pour vivre les uniques moments d'amour qu'ils partageront dans le futur. Le visiteur nocturne aura disparu au matin. L'interdiction de ne pas chercher à voir cette personne doit être respecté, sinon des conséquences s'en suivront. Dans tous les contes, cet interdit demeure le même. Le héros ou l'héroïne ne sait en général pas pourquoi il existe.

Suite à la convention qui unit les deux personnages, il se produit la violation de celle-ci ainsi que la reconquête de l'amant surnaturel. Ce dernier accorde, à celui qui a promis de respecter le pacte, la permission d'aller voir sa famille et ses amis. Cette visite est présente dans tous les contes du genre. Dans la situation de Partonopeu, sa mère le poussera à mal agir, ce qui est le cas des soeurs dans Le Belle et la Bête de Mme Leprince de Beaumont. Le résultat sera que l'être merveilleux disparaît. L'humain a échoué et il doit partir. Malgré tout, cet humain prend sur lui de passer au travers d'épreuves pour réparer sa faute. Les tâches difficiles accomplies, le couple se retrouve dans l'autre monde. L'humain aura eu l'aide d'entités magiques. On établit donc un lien direct entre La Belle et la Bête et Partonopeu de Blois :

Comme le héros de la «Belle et la Bête», dans sa version masculine ou féminine, Partonopeu vit dans l'autre monde une aventure proprement mélusinienne : son bonheur est lié au respect de l'interdit qu'il transgresse; chassé par son amie, il la retrouve au terme de longues épreuves27(*).

Les histoires de Partonopeu et de Psyché ont également en commun de posséder toutes deux des palais somptueux où se déroule une grande, sinon importante, partie de l'action. Donc, le lieu de «l'enlèvement» d'un des deux individus du couple se fait dans un endroit presque irréel tant il est beau. Les deux édifices sont le produit d'actions soit guidées par la magie, pour Mélior, soit d'origine divine pour Amour. Psyché, en effet, séjournera dans un endroit splendide :

Près des bords de cette source, s'élève un palais que des mains mortelles n'ont pu construire. À la seule vue de l'entrée, on reconnaît le séjour somptueux de quelque divinité. Les lambris du plafond, artistement sculptés en ivoire et en bois de citronnier, sont supportés par des colonnes d'or28(*).

Fait intéressant, O. Collet et P.-M. Joris notent que la géographie de Chef d'Oire de Mélior n'est pas sans faire penser à une cité antique. Les auteurs s'accordent pour dire que la cité de la fée à Constantinople est l'équivalent du château d'Illion à Troie. Cette idée renforce l'hypothèse que le récit s'inspire de la matière de Thèbes, en opposition à la matière de Bretagne, qui l'a aussi influencée. Le nom «Chef d'Oire» n'est d'ailleurs pas trop éloigné de «ciés d'Aise», nom de la ville de Priam. Une autre preuve que le roman tient peut-être moins de la matière de Bretagne est que l'espace où se déroule principalement la fiction est l'Orient et non pas Blois. Cette ville et Chef d'Oire sont ainsi en pleine polarité. Cette volonté de privilégier Thèbes à la Bretagne se note également dans le personnage même de Mélior. On le sait, les fées sont des descendantes des druidesses du monde celtique et païen. Pourvoir l'amante de Partonopeu de dons merveilleux décentre la fée de son appartenance traditionnelle :

Par l'organisation de sa géographie et par l'invention de Mélior, Partonopeu de Blois qui confère les pouvoirs de la fée bretonne à la magicienne orientale donne plutôt l'impression de vouloir éluder la Bretagne et instaurer un autre ordre romanesque dont le centre serait ramené en Orient29(*).

Malgré le fait que le roman se place plus du côté de l'Orient que de l'Occident, il n'en reste pas moins qu'il est bel et bien en lien avec une histoire toute européenne : La Belle et la Bête.

Heureusement pour le héros, le fait qu'il désobéisse à la fée relativement tôt laisse place à d'autres péripéties. Elles donnent au jeune homme plus de prestance que de mourir après avoir désobéi à son amie, comme c'est le cas dans un schéma morganien : «La maîtrise que [Partonopeu] parvient à s'assurer sur lui conférait sans doute une gloire plus éclatante que celle qu'aurait pu lui donner la conquête d'une enclave anonyme et assez irréelle de l'Autre Monde30(*)». Rappelons-le, la fée Morgue aime asservir les hommes, surtout ceux dotés de pouvoir et de force.

Mélior, nous l'avons vu, possède ce que D. Poirion qualifie de «féminité agressive». Tout comme Morgane, elles sont des fées pas tout à fait idéalisées. Cela les éloigne du merveilleux, car les fées sont plus volontiers associées à une féminité qui se veut protectrice. De ce point de vue, l'impératrice de Constantinople est une croqueuse d'homme, de même que Morgane et dans certaines légendes celtiques, tel que Deirdre et Noise31(*). L'humanisation de l'amie de Partonopeu se fait ainsi plus sentir, car l'auteur anonyme la montre moins sous son jour maternel et nourricier. Les héritières de Mélior ne sont toutefois pas présentées de manière aussi pure qu'elle, opposées à Morgane. En effet, au XIIIe siècle, les fées intègrent plus facilement la dualité bonne / mauvaise. Elles se servent de la magie et de leurs charmes féminins pour poser ces deux genres d'actes. C'est le cas de la Dame du lac qui enlève Lancelot, mais l'élève et le protège. De même, dans le Bel Inconnu, Guinglain préfère la jeune fille transformée en serpent plutôt que «l'amour dangereux de la fée aux-blanches-mains».

Le but de Mélior s'orientait dans la veine de l'amour pour le héros. La fée ne cherchait rien d'autre que faire le bien et trouver le bonheur. Cela n'est pas le cas de Morgain, qui manigance dans son propre intérêt et qui agit méchamment. Morgain organise «une longue série de complots ourdis» qui prend racine dans un «système de motivations multiple32(*)». La rage de la fée affecte principalement trois personnages : Urien, Arthur et Accalon. Cette triade invoque une conception du récit en triptyque. La composition de l'histoire de Morgane, tout comme dans de nombreux textes cycliques et chez les poètes courtois, n'économise pas les moyens de narration. Ils faisaient entrer en relation de manière constante les éléments de l'oeuvre, de sorte qu'un véritable réseau de sens se crée. Pour ce faire, la psychologie des personnages et la logique des situations sont réduites à leur plus simple expression, ce qui donne un effet de limpidité et de simplicité. On peut donc dire du récit médiéval qu'il est équilibré et finement ordonné. Eugène Vinaver compare cet effet narratif aux lettrines opulentes et ornementées des manuscrits : il se dégage une impression d'abondance et de vie que nous contemplons à loisir.

Les complots de Morgain sont composés de telle sorte que les motifs s'additionnent les uns aux autres. D'un point de vue romanesque, cette poétique médiévale se rapproche de l'ornatus difficilis33(*). Le point central de l'histoire de la fée est fixé sur le roi Arthur. De là s'insèrent les aventures d'Accalon d'abord et, ensuite celles du roi Urien. Ce mouvement triple atteint son apogée lorsque Morgain dérobe Excalibur à Arthur. Vinaver poursuit son raisonnement qui concerne l'enchevêtrement des histoires / complots de la fée. En fait, les trois héros ne constituent qu'une petite partie du tout qui compose le cycle arthurien imaginé par plusieurs créateurs. Ce «vaste dessein» prend appuie sur de multiples éléments :

Pour que ce dessein se réalise pleinement il faut que le triple fil de l'intrigue nouée par Morgain se croise avec un autre, et encore un autre, tous enchevêtrés dans un ensemble qui se prolonge et se complique à perte de vue. (...) C'est ce qui permet à chaque épisode d'être "tenu en suspens et de laisser place à un autre, qui lui-même sera interrompu pour permettre la continuation de l'épisode antérieur" (Jean Frappier, Étude sur La mort le Roi Artu, Paris, Droz, 1936, p.348)34(*).

Partonopeu de Blois n'est évidemment pas une oeuvre aussi complexe que le cycle du Graal et les épreuves et la directive lancée par Mélior à son ami n'ont rien d'aussi compliqué. Le cycle arthurien s'oppose donc aux Lais féériques de par leur longueur, mais ces textes comprennent toujours une consigne.

II. Ses qualités de féériques et humaines

1) Indices sur le merveilleux

Un rapprochement peut être établi entre Mélior et les divinités païennes ou encore les druidesses. En étudiant l'Histoire, les spécialistes ont remarqué que les dons des figures féminines sont toujours décrits de manière ambiguë, ce qui avait comme résultat de renforcer l'impression de merveilleux auprès des gens non éduqués. Les druidesses parachevaient leur enseignement auprès de personnes ayant elles-mêmes étudié, évidemment. De même, Mélior fait allusion à ses maîtres, bien qu'elle les dépasse par son talent. Du côté de Morgane et Viviane, dites les «fées de première génération», elles ont acquis leurs connaissances auprès du mythique enchanteur Merlin. Viviane, tout comme Mélior, dépassera son maître, car elle emprisonnera le mage à perpétuité, dans des endroits changeant selon la version du récit.

Partonopeu de Blois ne raconte pas si Mélior engendre des filles, ni même des enfants tout simplement. Si elle avait une progéniture de sexe féminin, la fée lui enseignerait peut-être son savoir. À ce propos, C. Ferlampin-Acher constate ceci :

Après la première génération, les femmes ayant acquis ce savoir originellement masculin, la magie s'apprendra désormais de mère en fille. (...) On aura dès lors l'impression que ce savoir s'hérite automatiquement, les références de l'apprentissage disparaissant35(*).

Mélior fait donc partie de la première génération, car personne ne lui a transmis ses qualités de fée de manière automatique. De plus, il est exact qu'elle détient son pouvoir grâce aux hommes qui l'ont éduqué.

Originaire de l'Orient, Mélior possède un avantage sur les autres fées des récits médiévaux. Cette zone géographique est, en effet, l'endroit d'origine de nombreux magiciens renommés.36(*) De plus, il faut être doté d'une grande intelligence, avoir accès aux écrits et à des maîtres de même que de se montrer curieux, une curiosité qui se rapproche même d'une cupiditas sciendi. En ce qui concerne Mélior, la fortune de son père lui permet d'avoir des enseignants et probablement aussi un accès aux manuscrits. Avec ce qu'elle dit sur elle-même et par ses actions, le lecteur voit que c'est une personne intelligente. Elle est, certes, très curieuse, et sa manière de «capturer» Partonopeu révèle qu'elle ne recule devant rien. Nous pouvons également dire que c'est une personne énergique, vu l'ardeur qu'elle mit dans ses études et qu'elle nomme elle-même du «zèle» : «Après apris espiremens, / Nigromance et encantemens37(*)». La fée mit aussi de l'ardeur à pratiquer ses sorts, isolée dans sa chambre.

2) L'éducation de Mélior

Selon l'ouvrage Fées, bestse et luitons de Christine Ferlampini-Acher, les dames dans Perceforest sont des fées, mais leurs dons proviennent d'un savoir particulier. Les pouvoirs dont il est question sont la conséquence de circonstances particulières qui leur servent à se protéger. Cette magie est aussi rationnalisée comme un savoir acquis dans Partonopeu de Blois. Le père de Mélior, alors empereur de Constantinople, voulait que sa fille reçoive une éducation de qualité. La future monarque fût éduquée «par l'expérience des lettres». Lorsque Partonopeu transgresse l'interdit lui étant imposé, sa maîtresse lui raconte son histoire.

Lorsque le père de Mélior était empereur, il n'y avait pas de roi égal en pouvoir sinon le grand sultan de Perse. Une prédiction fit savoir au père qu'il n'aurait pas de fils et que sa succession irait à sa fille aînée. Cela explique pourquoi la princesse eut de grands maîtres et que son savoir est si étendu. En effet, elle est douée dans les sept arts libéraux de même que la médecine. Ensuite, on lui fit apprendre la science divine, autrement dit l'étude de l'Ancien et du Nouveau Testament. On peut remarquer que, encore une fois, l'attachement de Mélior à la Bible :

Puis apris de divinité

Si que j'en seuç a grant plenté

Et la viés loi et novele

Qui tot le sens del mont [chaele]38(*).

Partonopeu apprend également de la bouche de sa dame qu'avant d'avoir quinze ans, elle dépassait ses maîtres en savoir et en talent. C'est à ce moment qu'elle débuta son apprentissage des «arts magiques». Elle s'appliqua avec tant d'efforts aux sorts et aux enchantements que l'éducation d'autrui semblait bien maigre en comparaison de la sienne. Mélior s'exprime d'ailleurs en ces termes pour décrire son savoir : «Je sai molt bien totes les ars. / Tos les engiens, totes les ars39(*)». Bientôt, elle sut faire de la magie, comme de faire agrandir une pièce ou faire apparaître des personnes et des animaux. Finalement, c'est grâce à sa pratique des sortilèges qu'elle réussit à amener Partonopeu auprès d'elle.

Si Mélior passe d'humaine à humaine savante à fée, le cas d'autres de ses semblables évolue également. Toujours dans Perceforest, le personnage de Sarra est d'abord une demoiselle de la Forêt, puis une enchanteresse, puis une fée pour terminer une déesse. Ces deux derniers types ont par ailleurs en commun de mener une longue existence. Néanmoins, certaines meurent durant le récit. L'auteur de l'article sur Perceforest écrit : «[L]'éternité surnaturelle devient extrême vieillesse40(*)». Ce n'est pas le cas de Mélior, ni même de Mélusine ou Morgane.

Nombreux sont les contes du Moyen âge où les fées sont des êtres ayant acquis leur savoir plutôt que d'être nées avec. C'est le cas dans Claris et Laris, Perceforest, Partonopeu de Blois et bien d'autres. Par opposition, Mélusine présente une fée qui possède des dons héréditaires, soit par sa mère Présine, qui les a transmis à ses trois filles (Mélior et Palestine sont les deux autres). Le plus souvent, ce savoir «permet de servir le Bien et de favoriser le passage du paganisme brutal au culte du dieu Souverain, puis au christianisme41(*)». Cela est en effet le cas de Mélior, l'amante de Partonopeu dans le roman de l'auteur anonyme, qui fait souvent allusion à la religion chrétienne. Vraisemblablement, l'impératrice avait reçu une éduction chrétienne très forte. D'ailleurs, une des premières paroles qu'elle prononce en la présence du jeune homme est «Sainte Vierge!», car elle sursaute en sentant le pied de l'intrus dans son lit. Suite à cela, comme pour rassurer un public médiéval craintif du démon et de ses artifices, l'auteur spécifie que le héros est rassuré d'entendre ce nom saint :

Li enfes a peor de soi;

Mais ce li tolt auques l'esfroi

Qu'il ot nomer sainte Marie,

C'or set que maufés n'est ce mie

Et que c'est dame u damoisele

Et cuide bien que molt bele42(*).

Donc, comme les femmes de son époque, Mélior est croyante et chrétienne.

3) Science occulte, enchantements et fécondité

Le savoir de Mélior peut sembler, à certains égards, une science occulte. Une femme médiévale, si elle s'était risquée à tenter des sorts comme elle, aurait été pointée du doigt et aurait peut-être même subi des châtiments, vu le conservatisme de l'Église. Cependant, le terme «science occulte» n'est jamais utilisé dans Partonopeu de Blois. À ce propos, C. Ferlampini-Acher note que le vocabulaire ayant trait au monde magique s'est appauvri par rapport à celui des VI e au IXe siècles et que les fées possèdent souvent des pouvoirs qui vont plus loin que les termes qui les désignent. Par exemple, Mélior est médecin. Elle découvrit, durant ses études, comment traiter les malades avec des herbes et des plantes. Elle s'exprime dans ces mots, pour décrire son talent de guérisseuse :

Aprés apris tote medecine,

Quanqu'est en erbe et en racine

Et des espesces de valor

Apris le froit et la calor,

Et de tos maus tote la cure

Et l'ocoison et le figure.

Fisique ne puet mal garir

Dont jo ne sace a cief venir43(*).

Le texte sur Perceforest spécifie aussi que les guérisseuses usent de magie blanche, mais que cette magie a ses limites. De plus, nombreuses étaient les femmes de l'époque sachant soigner. Cela n'a donc rien d'extraordinaire. Dans les romans médiévaux, les fées peuvent aussi, en plus de guérir, prévoir l'avenir et faire des enchantements.

Un des indices de la nature féérique d'une dame est son potentiel à apparaître et à disparaître. Mélior ne le fait pas à proprement parler, même si sa venue dans sa chambre lors de la rencontre avec Partonopeu semble un peu suspecte et de même que de menacer son amant de mourir s'il outrepasse la directive. Le meilleur exemple de disparition est sans doute celui de Mélusine qui s'envole du château de Lusignan. Raimondin ayant lui aussi violé l'interdit imposé, elle étend ses ailes de dragon en poussant un cri déchirant. Elle criera de la sorte à la veille de la mort d'un des individus de son lignage et ce, à tout jamais. La fée ne reverra jamais son époux et roi déchu, mais elle retournera prendre soin de ses enfants les plus jeunes.

Si certaines fées ont le don de prédire le futur, on peut dire que Mélior en fait plus ou moins partie. Elle avait, en tous les cas, planifié que Partonopeu se perdrait lors d'une chasse et qu'il embarquerait dans la nef merveilleuse qui le conduirait à Chef d'Oire. Dans ce cas-ci comme chez les autres fées dans les contes du Moyen âge, on ne sait pas exactement comment Mélior s'y est pris. Il est également permis de penser que l'impératrice est aussi astrologue et ce, pour deux raisons. D'abord, la pratique de cette «science» était alors licite et courante. Ensuite, parce que la décoration à Chef d'Oire est ornée d'éléments qui laissent penser que l'astrologie revêt une certaine importance dans ces lieux. En effet, les pignons du palais sont recouverts d'orfèvreries en or et en argent. On y retrouve des illustrations décrites comme suit :

La veriés les elemens,

Et ciel et terre, et mer et vens,

Solel et lune, et ans et jors

Et les croisans et les decors44(*).

Malgré ses possibles dons pour la divination, on constate assez peu, dans Partonopeu de Blois, la capacité de Mélior à jeter des sorts. En vérité, il n'y a qu'envers le héros dont elle est amoureuse qu'elle l'expérimente. Les fées étudiées par C. Ferlampin-Acher sont capables, soit partiellement ou par de grands sacrifices, de lire l'avenir. Comme dans La Belle au bois dormant de Disney, encore une fois, les fées n'ont pas le pouvoir de modifier le passé ou bien encore le futur. Elles ne peuvent qu'améliorer les situations. Dans le film de 1959, lorsque Maléfique jette le sort à la petite Aurore, les trois bonnes fées l'atténuent, mais elles ne peuvent pas le dissoudre complètement. Toujours dans le domaine de la divination, il n'est pas dit si Mélior est capable d'hippomancie (divination par le hennissement et les mouvements des chevaux), comme c'est parfois le cas dans les contes celtes ou médiévaux45(*).

Mélior, dans le roman anonyme, décide de jeter son dévolu sur Partonopeu, vivant dans un autre monde. Elle veut se marier et avoir un empereur à ses côtés pour régner sur Constantinople ainsi que pour assurer sa descendance. Ce thème de la fécondité est souvent relié aux fées. Soit elles ont-elles-mêmes des enfants, soit elles favorisent leur procréation chez d'autres. N'étant pas une fée marraine, on peut donc dire de Mélior qu'elle veut assurer sa propre fécondité. Cette volonté de vouloir se faire continuer son lignage est une qualité plus humaine que féérique. Après tout, le royaume sur lequel règne la fée est bien un endroit réel, repérable sur les cartes. De manière générale, Mélior et ses semblables se rapprochent des Parques de la mythologie grecque. Ces figures antiques étaient maîtresses du destin, liées au cycle de la vie et de la mort. Cette idéologie existait également chez les Celtes. Pour eux, des esprits vivant dans les bois étaient responsable des cycles de la vie. Chez les Romains, le renouvellement de la Nature était attribué aux nymphes.

4) Les pouvoirs utilisés contre Partonopeu

C'est surtout grâce à ses qualités féériques que Mélior amène Partonopeu auprès d'elle. Ces dons, nous l'avons vu, sont le fruit d'un fastidieux apprentissage. Les professeurs de la souveraine pourraient venir de l'école de magie de Tolède, lieu légendaire selon les récits du XIIe siècle. À l'époque médiévale, la magie est «considérée comme une discipline intellectuelle susceptible d'entrer dans un cursus studiorum46(*)». La «nigromance» s'ajoute donc, dans les histoires, à la liste des sept arts libéraux. Ces arts sont divisés en deux parties, aussi nommées «degrés» : le trivium et le quadrivium. Le trivium (qui signifie les trois chemins) relève des pouvoir de la langue. Quant au quadrivium (les quatre chemins), il concerne le pouvoir des nombres. Les trois premiers arts sont donc la grammaire, la dialectique et la rhétorique. Les quatre derniers, sont l'arithmétique, la musique, la géométrie et l'astronomie. Deux vers mnémoniques résume ces principes :

Gramm loquitur, Dia verba docet, Rhet verba colorat,
Mus canit, Ar numerat, Geo ponderat, Ast colit astra47(*).

Autrement dit : «La Grammaire parle, La dialectique enseigne, la Rhétorique colore les mots, / La Musique chante, l'Arithmétique compte, la Géométrie pèse, l'Astronomie s'occupe des astres.». Ces sept domaines, Mélior réussie dans un temps relativement court à les maîtriser à la perfection.

L'astronomie dont il est question au Moyen âge, mais dans Partonopeu de Blois est souvent reliée à la pratique de l'astrologie. Cela rapproche donc le scientifique d'un savoir relevant plus de la divination, auquel se livrent plutôt les sorciers. À ce propos, L. Harf-Lancner note :

Astronomie et nigromance sont fréquemment rassemblées dans l'évocation des fées comme des sorcières, jointes à un second couple, dont les deux termes se répondent presque toujours à la rime, «nigromance-enfance», soulignant le caractère acquis du savoir magique48(*).

En effet, Mélior a appris les sept arts et la magie lors de son enfance et de son adolescence. Cette théorie confirme donc une nouvelle fois que l'héroïne de Partonopeu de Blois fait partie de la première génération de fées, celle qui a acquis son savoir et pas de celle dont les dons sont un héritage de la mère.

Toujours dans Les fées au Moyen âge. Morgane et Mélusine, la naissance des fées, il est dit que les enchanteurs, tout comme les sorciers de l'Antiquité, reçoivent le même type d'éducation. De plus, encore en ce qui touche à l'école de Tolède, les maîtres avaient une conception bien à eux des sept arts. Ils effectuent quelques changements par rapport aux domaines initiaux. La nigromance remplace l'arithmétique et la physique (écrite «fisique») la géométrie. Tout ce savoir absorbé par les étudiants en six années à la Faculté des Arts permettait ensuite à certains d'entre eux d'accéder à la médecine. Plus étonnant encore est le rapport entre la nigromance et la culture cléricale, comme le montre certains textes médiévaux, tel que Gaydon. On y considère que l'art de la nigromance appartient à un savoir auquel seules les plus hautes autorités spirituelles ont accès. En suivant la ligne de pensée de l'école de Tolède, Mélior serait donc une sorte de prêtresse, puisqu'elle se livre avec beaucoup de talent à la magie. Néanmoins, le texte de l'auteur anonyme ne montre rien de la sorte. Les moeurs de l'époque excluaient aussi que Mélior soit considérée au même titre que les prêtres, les évêques et autres instances religieuses, en excluant les religieuses.

L'éducation de Mélior est aussi proche de celle des magiciens. Cela est démontré dans Le Bel Inconnu de Renaut de Beaujeu. Avec ce dernier, Partonopeu de Blois est qualifié de roman «dominé par le merveilleux féérique49(*)». L'apprentissage de la fée, nous le savons, a suivi un parcours classique, quoique probablement hors du commun, compte tenu qu'elle est une femme et que le savoir prévalait surtout pour les hommes. Le trivium et le quadrivium acquis, elle s'est livrée ensuite à la médecine, puis à la théologie où son savoir aurait dû être à son summum. Malgré tout, le savoir de la fée prend encore plus d'ampleur avec son prolongement du côté de la nigromance. Cela est aussi le cas dans le texte Gaydon de l'abbé de Saint-Denis. Dans les deux histoires, c'est comme si, tout naturellement, la théologie laissait place à la magie. D'après tout le chemin intellectuel parcouru par Mélior, on peut donc dire que son esprit a progressé vers la révélation, une certaine illumination ou encore le satori dont parlent les Japonais.

La littérature médiévale présente deux figures d'importance : Morgue (Morgane) et la Dame du Lac (Viviane). À l'opposé de Mélior et malgré que les deux premières soient désignées comme des fées, elles sont plutôt des enchanteresses50(*). Dans leur cas, elles ont appris leurs pouvoirs féériques. Ayant acquis son savoir de Merlin, Viviane a donc des pouvoirs dont l'origine est connue et explicable rationnellement. L. Harf-Lancner relate, à ce sujet, qu'elle est un personnage doublement rationnalisé. D'abord, elle emprisonne son amant dans un monde parallèle. Elle usera de ses charmes pour acquérir les pouvoirs de l'enchanteur. Elle les utilisera contre le vieil homme. Ainsi, par nature, Viviane n'est pas un être merveilleux. Ensuite, on voit en Viviane un personnage rationnel, car elle élève Lancelot, ce qui fait d'elle une fée nourrice. On peut donc en conclure que Viviane, par son caractère ambigu de fée, ressemble à Mélior.

Il en va aussi de Morgue, chez qui on note des aspects rationnels et éloignés de la sphère féérique. Cette image demeurera même dans les romans postérieurs du cycle arthurien. En effet, Morgue évolue «dans un merveilleux explicable51(*)». Comme ce fût le cas de Mélior, Morgue la fée a suivi un cursus universitaire. Ses autres pouvoirs lui proviennent des enseignements de Merlin. Cette fois encore, la fée use de la séduction pour soutirer les précieuses informations au magicien. Lancelot et Merlin donne cependant des explications divergentes quant au l'acquisition du savoir de Morgane. Cependant, les raisons sont toujours aussi rationnelles. Morgane se maria au roi Neutre de Garlot, qui lui offrit une éducation de qualité qui aura raison de son nom de «Morgain la faee». En observant cette version, on remarque un point commun avec Mélior, c'est-à-dire que quelqu'un de proche d'elle lui fournit des précepteurs qui lui révèlent ses talents pour la magie. Dans le cas de l'épouse de Partonopeu, c'est son père l'empereur d'Orient qui rendit cet enseignement possible.

5) Autres éléments

Les fées sont souvent décrites comme vêtues de blanc et possédant une peau de la même teinte. Il n'est pas dit de Mélior que ce soit le cas, mais fort est à parier puisque la mode de l'époque et les critères de beauté vont dans ce sens et que la fée est décrite comme très belle. On observe donc un «ancrage dans le réel», pour reprendre les mots du texte consacré à Perceforest. L'histoire ne dit pas non plus si la fée de Chef d'Oire possède une baguette magique ou non. L'imagerie contemporaine ne saurait faire sans ce morceau de bois. Cependant, la présence des baguettes est attestée dans le Moyen âge également. Cette pratique renvoit aux pratiques féodales en vigueur alors.

De nombreuses fées sont associées au monde végétal et leur symbole est la rose52(*). On attribue à cette fleur une symbolique du sentiment amoureux et de l'érotisme. Cependant, cette image ne correspond pas tout à fait à Mélior et, d'ailleurs, pas non plus à Mélusine. Dans le roman Partonopeu de Blois, Mélior est en lien avec la nature lorsqu'il s'agir d'amener le héros auprès d'elle. Il était en train de chasser dans la forêt et il se perdit, chose qu'avait prévue sa future compagne. Ensuite, un autre élément naturel entre en ligne de compte : la mer sur laquelle vogue la nef merveilleuse avec Partonopeu à son bord. De même, Mélusine et Raimondin se rencontrent dans la forêt. Un autre élément relatif à l'eau est présent dans le récit : la Fontaine de Soif. Ensuite, tout comme Mélior, Mélusine n'est plus vraiment en lien avec la Nature. La fée du Poitou devient bâtisseuse d'une cité extraordinaire. Quant à Mélior, elle passe la majorité du temps décrit dans le récit dans sa cité de Chef d'Oire pour accueillir Partonopeu.

Le folklore français associe souvent les fées aux ustensiles et aux outils. À l'époque médiévale, une légende voulait qu'on serve à boire et à manger aux fées pour favoriser la chance. Ces pratiques étaient parfois fortement décriées par l'Église, qui y voyait des signes de paganisme. Dans d'autres histoires, les fées réparaient les outils des paysans. C'est le cas de la fontaine Faveresse où vit une créature-fée qui effectue ces réparations en échange d'un bijou ou de peaux d'agneaux. Cependant, la nature de la fée est encore une fois ambiguë. En effet, le conte ne précise pas s'il s'agit vraiment d'une fée. De plus, le texte raconte aussi que ce sont finalement des forgerons qui se chargent de la besogne. Comme le note C. Ferlampin-Acher, «cette dernière affirmation résulte d'une tentative pour rationaliser la croyance folklorique en l'existence des fées bienveillantes réparant les ustensiles servant aux paysans.53(*)». Dans Partonopeu de Blois, des références aux ustensiles sont également présentes, mais pas dans le même contexte. La table montée pour le repas de Partonopeu est magnifique et agrémentée d'accessoires précieux. Ils sont si fabuleux qu'il est difficile de croire qu'ils appartiennent à une humaine.

Si certaines fées de Perceforest sont gardiennes d'animaux, ce n'est pas le cas de Mélior. La fée n'a pas non plus aucun lien avec du bétail ou animal de compagnie. Il revient à Partonopeu d'être en contact avec des animaux pour la chasse et des chevaux, par exemple lors du tournoi. Bref, l'impératrice de Byzance n'a presque rien en commun avec la nature. Elle se situe plutôt du côté de la ville. Elle est une fée bâtisseuse, puisque les constructions de Chef d'Oire ont été édifiées de façon magique, ce qui la lie à la fécondité et à la richesse54(*). Ce type de fée était récurrent au Moyen âge et les lecteurs savaient reconnaître ce que ce symbole signifie.

En plus d'être bâtisseuse, Mélior est également une fée nourricière. Cela implique qu'elle accueille chez-elle des individus, dans le cas présent Partonopeu. Morgane et Mélusine reçoivent à plusieurs reprises des visiteurs. Dans le cas de Mélusine, la venue de son beau-frère lui sera catastrophique, car Raimondin transgressera l'interdit sous son influence. Le devoir d'hospitalité était très important dans les mentalités de l'époque. Mélior s'acquitte de son rôle d'hôtesse avec beaucoup de soin et d'attention. Elle fait également preuve de largesse, comme cela est démontré lors de la scène du premier repas de Partonopeu :

Toutes les tables sont assises;

Grans et pleniers est li servises,

Car bien .iij. mile cevalier

I puent seïr al mangier55(*).

La richesse des tables montrent que la fée désire offrir le meilleur à son hôte. Cependant, Mélior est absente : «Souvent, les fées demeurent souvent* cachées, comme le roman en vers Partonopeu de Blois où le héros arrive dans un château désert où tout est servi.56(*)». C. Ferlampini-Acher présente de nombreuses qualités féériques qui sont aussi attribuables à Mélior. La fin du portrait de ce personnage met donc en lumière un être définitivement en marge des humaines.

DEUXIÈME PARTIE

Mélior et d'autres personnages

III. Mélior et les femmes

a. Sa soeur Urraque

Urraque est la jeune soeur de Mélior et sera bientôt reine. Les deux femmes s'apprécient, ce qui est visible par l'attention que porte Urraque envers l'impératrice lors de son conflit avec Partonopeu. En effet, sans l'intervention de la soeur, les deux amants ne se seraient probablement jamais réconciliés. La jeune femme dut, par contre, user de mensonges et de duperies pour parvenir à ses fins, quoique cela ne blesse en fin de compte personne. Après la transgression de l'interdit par Partonopeu, Urraque se charge de faire embarquer le héros sur un bateau qui le conduira à Nantes. Cet évènement constitue leur première rencontre. Plus tard, la soeur de Mélior le retrouvera par hasard dans les Ardennes, devenu fou. Elle le soignera et réussira à sortir le jeune homme de sa torpeur en lui faisant croire que Mélior lui avait pardonné et en lui envoyant de fausses lettres de sa part. Enfin, Urraque use de psychologie / manipulation envers sa soeur aînée : elle tente de la convaincre de se chercher un autre ami, tout en sachant que Mélior est encore éprise de Partonopeu et ce, pour lui faire avouer son amour.

Contrairement à Mélior, Urraque n'est pas une fée. Il n'est jamais dit dans le texte qu'elle possède des dons spéciaux, outre sa très grande beauté :

A tant vint une longe et gente

A un cler vis, crase et rovente,

A cevele blois, lons et delgiés-

Sains treceor li vont as piés-

A un front large, blanc et plain-

N'i a ne froncete ne grain-,

A uns noires delgiés sorcius,

A iols nés, a bouce crasete,

A levre sanguine et grosete,

A dens menues, bien assises,

Blances, a parissans devises57(*).

Puisque Urraque n'est pas capable de magie, l'idée que la fée Mélior a acquis ses dons et non qu'ils lui ont été transmis par leur mère est renforcée. Urraque n'a visiblement pas eu la même éducation aussi poussée que celle de l'impératrice, puisqu'elle était perçue comme l'héritière du trône de Constantinople. La plus jeune des deux femmes dépend même de sa soeur, puisqu'elle lui doit son domaine de Salence. C'est à cet endroit que Partonopeu se fera adouber. Cependant, la soeur de Mélior lui donne son écoute, son aide et sa disponibilité. Outre Partonopeu, Urraque est le personnage qui lui démontre le plus d'amour. À plusieurs reprises, la cadette ressent de la tristesse et de la pitié pour les tourments de sa soeur. Elle est celle qui guide l'aînée sur la voie de l'Amour : «Quanqu'amis fait est pardonnable58(*)». Si elle se montre compatissante, Urraque se montre également sévère voire cruelle à l'égard du comportement de l'amante de Partonopeu :

Trop est, fait ele, amors diables

[Dont] li coros est si durables.

Trop male cose a en amer

S'on n'i puet ires pardoner59(*).

La relation d'Urraque et de Mélior est beaucoup plus fusionnelle que celle de Mélusine et de ses soeurs Palatine et Mélior. Il n'y a qu'au tout début du roman de Jean d'Arras que les trois jeunes femmes sont ensembles. Elles s'attirent les foudres de leur mère fée et se font jeter des sorts divers. Celui de Mélusine, cela est bien connu, est de se transformer en serpent / dragon le samedi. Pour Palatine (Palestine), elle doit demeurer enfermée dans le mont Canigou dans les Pyrénées pour conserver le trésor de son père en attendant un chevalier qui viendra la délivrer. Finalement, pour Mélior, il s'agit de garder un épervier merveilleux dans un château d'Arménie. Leur mère Présine, tout comme cela a été le cas pour Mélusine, a été trahie par son époux Elinas, roi d'Albanie (Écosse). Il ne devait pas voir la fée pendant ses couches, ce qu'il fit avant qu'elle ne disparaisse avec ses filles à Avalon. Des années plus tard, les soeurs veulent venger leur mère en enfermant Elinas dans la montagne de Brumbloremmlion et c'est ce qui causera la colère de leur mère.

Mélior de Partonopeu de Blois est la seule des deux à avoir connu l'amour et elle semble savoir le type d'amour qu'elle veut, c'est-à-dire dénué de haine :

Cant Deu plaira, ju amerai,

Mais ja mon ami ne harrai(...)

S'amors fait haïr son ami,

Dont face amer son enemi60(*).

Elle reproche ainsi à sa soeur de se montrer trop dure envers le comte de Blois. Toujours du côté des deux amants séparés, Urraque se montre néanmoins vigilante afin que tout se termine bien pour eux. Par exemple, elle s'arrange pour que Mélior ne découvre pas que Partonopeu se cache derrière le chevalier qui gagne toutes les joutes lors du tournoi pour la main de la souveraine. Aux aguets, la cadette a su démasquer le jeune homme avant tout le monde, même avant la jeune Persewis, éprise de Partonopeu et servante d'Urraque, malgré son sang royal.

Tout comme ces femmes (Persewis, Mélior et Urraque), les Parques ou Moires de l'Antiquité sont au nombre de trois : Klotho, Lachésis et Atropos, chez les Grecs. On voit souvent dans les Parques les ancêtres des fées médiévales. Il s'agirait de femmes dotées de pouvoirs et transformées dans les récits au cours des siècles. Les Parques étaient des déesses du Destin. Cette image ne correspond pas à Mélior, même si on la sait probablement capable de divination. Le Roman d'Alexandre met à profit cette idée d'une trinité de fées61(*). Les fées dont il est alors question sont Lucine, déesse de l'Enfantement, Venus, déesse de l'Amour, et Sarra, déesse des Destinées. Ce modèle ne s'applique toutefois pas à Partonopeu de Blois, puisque le seul personnage de fée est l'impératrice Mélior. Ce n'est qu'au cours des siècles suivants qu'évoluera cet archétype. Les fées seront alors de plus en plus présentées en petit groupe.

Dans son ouvrage Le monde des fées dans l'Occident médiéval, L. Harf-Lancner, stipule que les Parques sont souvent associées au repas. Cette idée n'est pas si éloignée de Mélior, puisque l'une des premières choses accomplies par Partonopeu à son arrivée dans le château de la fée est de s'attabler pour un festin merveilleux, dans tous les sens du terme. L'auteur explique que cela dessert la volonté de bien ancrer l'image de la fée marraine (dans ce cas-ci la fée amante) dans l'esprit de la victime. Le personnage enchanté par les fées est, tout comme Partonopeu, un comte, dans l'exemple de L. Harf-Lancner, Amadas et Ydoine. Les deux hommes sont très fatigués. Partonopeu dit lui-même à Mélior qu'il ne peut pas aller trouver refuge hors du palais de la fée, car il est trop exténué par son voyage. Dans Partonopeu de Blois, le repas est donc une prémices à l'aventure fabuleuse qu'attend le héros. Lors des deux repas, de riches accessoires sont au rendez-vous : «[Les fées] disposent devant son lit une grande nappe richement ouvragée et trois coupes d'argent magnifiques, trois cuillers, trois écuelles et trois couteaux à manche d'ivoire62(*)».

La triade des fées revient dans Le Jeu de la feuillé63(*) d'Adam de la Halle de 1276, un siècle environ après Partonopeu de Blois. Cette fois, les fées présentes sont associées à une date : la nuit de la Saint-Jean, tout comme dans Le Songe d'une nuit d'été de William Shakespeare, où les fées sont largement à l'honneur. Encore une fois, les thèmes de la table dressée et du repas reviennent. Rappelons que Mélior avait par ailleurs fait préparer assez de place et de mets pour mille chevaliers. Dans Le Jeu de la feuillée, il s'agit d'une seule table placée sous des feuillages. Les trois fées du récit se nomment Morgue, Arsile et Maglore. L. Harf-Lancner note que la fée vindicative se retrouve également ici, tout comme c'était le cas dans Amadas et Ydoine, de même que Perceforest. Dans le roman de 1276, il s'agit de Maglore et non Morgue qui, comme on le sait, est souvent perçue comme une créature méchante. Les fées de la Halle possèdent aussi des pouvoirs, dont elles se servent contre le personnage principal Adam.

L'évolution du personnage de la fée est donc observable en faisant la lecture de plusieurs récits. Tout comme il n'est pas clair que Mélior soit une femme ou bien une fée, les fées du Moyen âge ont une double appartenance païenne et littéraire : «Tout se passe comme si l'entrée des fées en littérature signait à la fois leur acte de mort comme déesses païennes et leur acte de naissance comme mythe littéraire64(*)». On peut donc dire que l'union formée par les deux soeurs Urraque et Mélior s'est métamorphosée avec le temps en une petite confrérie de fées. Comme quoi les liens féminins occupent une grande place au Moyen âge.

b. La mère de Partonopeu

Malgré son accord avec Mélior de demeurer deux ans auprès d'elle avant de se marier, Partonopeu obtient la permission de retourner momentanément à Blois afin de revoir les êtres qui lui sont chers. Ce périple dans sa ville natale aura des conséquences néfastes. Le rôle que joue la mère de Partonopeu, qui n'a, par ailleurs, pas de nom, se rapproche beaucoup de celui de Raimondin auprès de Mélusine dans l'histoire éponyme. L'objet qui servira à Partonopeu pour commettre sa faute et qui lui a été donné par sa mère est une lampe. Le feu qu'elle contient est un peu comme un symbole de baptême par le feu. En effet, à partir de cet évènement, Partonopeu devra subir une suite de péripéties qui le mèneront dans les bras de Mélior. C'est à cause de cette lampe que débutera l'initiation de Partonopeu. Les baptêmes par le feu étaient généralement des cérémonies secrètes et orchestrées par des femmes, dans le monde païen. Elles avaient lieu pendant la nuit ou bien dans les chambres des femmes65(*).

Bien sûr, le récit anonyme de Partonopeu en est un du lien d'amour entre le héros et la fée, mais aussi du héros avec sa mère. Pour pouvoir vivre avec Mélior, Partonopeu doit apprendre à quitter sa mère pour de bon. Il y parviendra au prix de bien des efforts. Olivier Collet et Pierre-Marie Joris y voient une autre reprise de la fable de Psyché : «En retravaillant la fable de Psyché et Cupidon, notre roman reprend, on l'a vu, le motif de la rivalité entre Vénus et Psyché (la mère et l'amante) autour duquel s'organise le récit mythique66(*)». Un triangle sentimental, à défaut d'être amoureux à proprement parler, s'installe donc dans le texte médiéval, composé du fils, de la mère et de l'impératrice de Byzance. Ce type de conflit se retrouve souvent dans l'histoire de Thèbes. Par exemple, chez Stace, Parthénopée entretient des rapports houleux avec sa mère. Les auteurs soulignent ainsi que l'appartenance de Partonopeu du côté du roman de Thèbes est renforcée vu la présence de ce type de dilemme.

L'amour dans le roman est source de tension pour le personnage maternel. Lentement mais sûrement, Partonopeu passe au travers d'un processus qui le détachera progressivement du sein de sa mère. En effet, même avec tous les soins que lui prodiguaient Mélior, le héros n'avait pas réussi à s'affranchir complètement du lien maternel. Pour preuve, le jeune homme retourne vers elle et se laisse dicter sa conduite, au détriment de son amie. Il faudra plus que les richesses et la dévotion entière de la monarque pour que Partonopeu réussisse à se détacher pour vivre pleinement sa vie avec elle. En fait, il n'y parviendra vraiment qu'en prouvant sa valeur lors de combats et de joutes À deux reprises, la mère réussit à reprendre le contrôle sur son fils longtemps éloigné. Dès qu'il ressurgit, elle tente de mettre la main sur cet enfant qui lui échappe, bien que ses gestes soient guidés par son affection pour lui. Elle entraîne donc son fils à enfreindre la règle établie entre les amants.

Pas encore prêt à se donner complètement à Mélior, Partonopeu a choisi sa mère plutôt qu'elle, ce qui est constatée par la fée même :

Amis, mar vos vi novelier,

Car jo l'ai trop comperé cier.

Novele amor avés coisie :

Gardés que n'aiés fait folie!67(*)

Malgré le retour de Partonopeu à Blois auprès de sa mère pendant un temps, il ne parvient plus à éprouver le même sentiment qu'avant pour elle. Il n'arrive pas à lui pardonner sa traîtrise. La tentative de la mère de conserver son fils auprès d'elle échoue, car au contraire de Mélior qui a toujours agi pour le Bien, sa mère s'est aventurée du côté du Mal et elle sera punie pour cela. Mélior, à la fin du roman, sera elle récompensée par son mariage avec Partonopeu. Elle aura auprès de lui un mari lui étant totalement dévoué, car il a renié sa mère :

Cant sa mere [en] ot la novelle,

A l'huis en vient et si appelle.

«Par foit, fait il, n'i enterrés

Ne ja joie de moi n'avrés.

Trahi m'avés, si ai trahie

Par vos [et] ma dame et m'amie.

Vos m'engingnastes par vos fables,

Mais or pert k n'ert pas deables.

Or quereiz atre fiz ke moi,

Car jo nul amor ne vos doi68(*).

En plus d'être une femme très croyante, la mère de Partonopeu a des relations hauts-placées dans le clergé. Ainsi, pour accomplir sa ruse d'arracher Partonopeu à Mélior, elle fait venir l'évêque de Paris à Blois. La mère se montre ainsi sous un mauvais jour. Au lieu de laisser vivre son fils heureux et amoureux, elle agit de manière égoïste en ne pensant qu'au déshonneur qu'elle aurait à le laisser partir au loin pour régner dans un autre royaume :

C'est la mere Partonopeu

Qui molt entent a proier Deu

Qu'en France retiegne son fis,

Qu'il ne soit perdus ne honis.

Od le proier a engien quis.

Mande l'evesque de Paris

Qui molt est sages de sermon

Et molt seit bel dire raison69(*).

Il s'ensuit un sermon du religieux de quarante-trois vers pour convaincre Partonopeu de revenir à la «raison», car, tout comme la mère, l'évêque est convaincu que le jeune homme a affaire à une créature diabolique. Il lui recommande de bien servir Dieu, de Le craindre et de L'aimer. Ce discours trouble le héros dans sa conviction de son amour pour la fée. Partonopeu avoue son malaise de ne pas pouvoir la voir. Comme il le dit lui-même, il décide de s'en remettre finalement au prêtre. Celui-ci l'enjoint de ne pas tarder plus longtemps à démasquer Satan qui se cache derrière son amie. De connivence avec l'évêque, la mère avait déjà établi un plan qui permettant à son fils d'accomplir la tâche. C'est à ce moment que la mère fournit la lampe à Partonopeu, qui privera, au final, la femme de revoir son fils:

Sa mere li dist d'autre part

Qu'ele a bien porveüe l'art

Par qu'il le vera tote nue;

Mais gart soi quant l'avra veüe

Qu'il [ne] soit trop espoentés,

Por ço que lais ert li maufés.

Une lanterne a tant li baille,

Puis li a dit que tot sains faille

La candelle qui art dedens

N'estaint por orés ne por vens70(*).

On peut donc dire que la mère commet une double faute : celle de pousser son fils à agir malgré ses sentiments et celle d'être persuadée que Mélior est un avatar du diable. La relation qu'entretient la mère et le fils est, comme nous l'avons vu, cruciale pour l'avancement du schéma narratif. Malgré l'épreuve imposée par la fée ou peut-être grâce à lui seul, Partonopeu réussira à se débarrasser de son complexe d'OEdipe.

IV. Mélior et Partonopeu

1) La rencontre

L'amour de Partonopeu et de Mélior est teinté par l'injection et par la quasi-absence de la femme. Il met également à l'épreuve la confiance de l'un envers l'autre. En effet, Mélior met son sort entre les mains du héros, puisqu'elle perdra tout s'il ne suit pas son commandement. De son côté, Partonopeu doit croire sur parole sa future épouse qu'elle n'est pas une créature diabolique et qu'elle incarne bien ce qu'elle dit au creux de la nuit. Ce lien de confiance ne dure que quelques mois seulement avant que la directive ne soit plus suivie. Le thème de l'interdit est récurrent au Moyen âge quand il s'agit d'histoires de fées. C'est pourquoi il en est aussi question dans le Roman de Mélusine71(*). La similitude est d'autant plus flagrante que la demande porte sur la prohibition d'apercevoir la fée à un moment donné. Mélusine se marie avec Raimondin à condition que celui-ci ne cherche pas à la voir lorsqu'elle prend son bain le samedi. Cependant et contrairement à la fée du Poitou, Mélior ne subit aucune transformation, comme c'est le cas de Mélusine qui devient une femme-serpent ou une femme-dragon, dépendamment des versions.

On peut dire du type d'amour qui unit Mélusine et Raimondin qu'il démontre beaucoup d'attachement entre les deux individus, tout comme c'est le cas chez Partonopeu et Mélior. Le mariage du premier couple dure cependant de nombreuses années avant la disparition de la fée, alors qu'on ne connaît pas la longévité de l'autre. Mélusine a eu onze fils, tous ayant de grandes qualités et présentant une marque spéciale provenant de leur mère de nature féérique. Sa prospérité et ses nombreuses possessions sont à rapprocher de celles de l'impératrice de Byzance. Dans cette optique, le schéma mélusinien ne va pas jusqu'au bout dans Partonopeu de Blois. De plus, après que les deux héros, dans chaque histoire, aient manqué à leur parole, on observe qu'ils deviennent plus ou moins fous. Partonopeu erre dans la forêt, tout comme Yvain dans Yvain ou le chevalier au lion après sa traîtrise. Raimondin perd tout, devient rapidement vieux et meurt reclus, loin de ses fils.

Du côté de Morgane, son amour va vers son demi-frère, le roi Arthur. Contrairement aux deux autres récits, cet amour est à sens unique. Arthur est très épris de sa femme Guenièvre, qui préfère Lancelot. Quant à elle, Viviane est amoureuse de Merlin avec qui elle terminera sa vie, quoique cela change en fonction des différentes versions. Ainsi, Mélusine, Morgane, Mélior et Viviane partagent toutes la caractéristique d'éprouver des sentiments amoureux pour des hommes. Ce comportement les rapproche des humaines.

Comme cela a été dit dans le chapitre III, Mélior est une fée liée à la fécondité. Cela implique donc une part d'érotisme qu'on pourrait qualifier ambigu chez ce personnage : «tantôt elle a un appétit amoureux violent, tantôt l'auteur insiste sur sa pudeur72(*)». En effet, la fée dans Partonopeu de Blois vit sa première nuit d'amour avec un inconnu (elle ne l'a jamais rencontré, même si elle dit l'avoir choisi depuis longtemps). Lors de cette nuit, Mélior ne s'attendait pas à trouver Partonopeu dans son lit et montre beaucoup de surprise en le découvrant là. De son côté, Partonopeu est terrifié, car il ne sait pas du tout ce qu'est cette silhouette qui s'avance vers lui:

A tant une arme vint al lit

Pas por pas, petit et petit,

Mais il ne set que ce puet estre.

Or volsist miols qu'il fust a nestre!

A une part se traist del lit,

Defors soi en laisse petit73(*).

Cependant, la surprise de Mélior ne peut pas être totale : ayant attirée le héros chez elle, elle devait se douter qu'il se trouvait à quelqu'endroit du palais et ce, même si elle n'avait pas choisi le moment de son apparition dans la cité. Lorsqu'elle crie ses questions au jeune homme aussi apeuré qu'elle, la fée feint forcément de ne pas savoir qui il est. Sinon, la surprise lui fait omettre de réfléchir qu'elle a amené elle-même Partonopeu dans sa demeure :

Comment! Fait ele, qui es tu?

Qui t'a en mon lit enbatu? (...)

Qui est ici? Sui jo traïe?

Et tu qui iés, va, fole riens?74(*)

Suite à ces questions, Partonopeu explique comment il est arrivé jusqu'au château de l'impératrice. Ces informations devraient être suffisantes pour que Mélior le reconnaissent. Alors, la fée fait semblant d'ignorer l'identité du visiteur, comme si sa surprise éprouvée quelques instants plus tôt lui avaient fait perdre la mémoire. La dame est réticente à consentir à ce que Partonopeu reste dans son lit, plaidant sa très grande fatigue :

-Sire, fit ele, alés en tost,

Car jo n'ai soing de vostre acost.

De vostre gré vos en alés

U a force en serés jetés,

Et s'avrés molt grans marimens,

Que n'i sui seule ne sains gens75(*).

Après quelques protestations, elle accepte. La fée se laisse ensuite gagner par les gestes tendres de Partonopeu. On peut donc affirmer que la sexualité de Mélior est ambiguë. Elle hésite à se laisser gagner par le jeune homme, alors qu'elle a elle-même planifié leur rencontre. Pour C. Ferlampin-Acher, la fée Mélusine présente ce même genre d'ambivalence : elle ne se montre pas entièrement disponible pour son époux. Elle se refuse à Raimondin le samedi, ce qui la rend plus attirante. Elle apparaît donc distante et pure. Ainsi, parmi les caractéristiques des fées en général en compte l'érotisme et la retenue, ce qui sied d'ailleurs à la fée dans Partonopeu de Blois.

La relation de Partonopeu et de Mélior est elle aussi ambiguë. Le texte veut montrer un jeune homme fort, doué et intelligent, bref, un guerrier hors-pair. Cependant, ce valeureux prince est victime d'un enchantement et, très rapidement, il se laisse gagner par une fée qui lui défend de la quitter. L'image du héros est ainsi un peu ternie. La femme le domine complètement, même si cet assujettissement est caractérisé par l'amour. Les valeurs masculines perdent de leurs pouvoirs auprès de cette fée qui a jeté son sort. En choisissant le neveu du roi Clovis, Mélior devient maîtresse de sa propre sexualité76(*). Cela peut engendrer une crainte de la gente masculine. D'ailleurs, Partonopeu, malgré quelques faux pas, se soumet complètement à elle. Cependant, l'impératrice n'exerce pas cette forte attraction sur le héros dans un but vain : elle veut se marier et poursuivre le lignage des rois de Constantinople, dont elle est l'héritière. Le roman de Partonopeu de Blois ne se poursuit pas assez longtemps pour connaître la progéniture des deux héros, chose que l'on observe par contre dans le récit de Mélusine. Cette fée s'acquitte de son rôle de mère à la perfection. Elle se soucie de ses enfants, tous des garçons, et revient même vers les plus jeunes après avoir dû quitter Raimondin à tout jamais. C. Ferlampin-Acher explique que les fées «se présentent comme des mères hyperboliques, le motif de la fée maternelle trouvant une justification féodale77(*)». Tout comme Mélior, Mélusine contrôle le désir de son futur époux et plus tard son époux. Il dépérit ensuite de ne plus l'avoir auprès de lui.

A. Les fées marraines / fées amantes

Outre la division en deux pôles soit mélusinien, soit morganien, les fées peuvent également être classées en deux catégories : les fées marraines et les fées amantes. Les fées marraines sont appelées au chevet d'un nouveau-né. Elles sont presque inséparables de l'image d'un repas. Souvent, une fée se venge de ne pas avoir eu de couteau ou autre et lance un maléfice. Comme l'explique L. Harf-Lancner, deux mondes se percutent alors :

Cette scène étonnante tire toute sa richesse de la juxtaposition de deux plans merveilleux : celui de la féérie et celui de l'enchantement, l'un parfaitement étranger et inaccessible à l'homme, l'autre réservé aux mortels qui entrent en contact avec le monde surnaturel et en retirent des pouvoirs qui les placent au-dessus des leurs.78(*).

Par opposition, les fées amantes sont celles qui rejoignent le héros dans son monde ou vice versa. Elles ont le pouvoir de décider du destin des hommes. Mélior, cela a déjà été dit, se place du côté des fées amantes. Cela présuppose qu'elle pose un interdit au héros. Sa demande porte sur l'existence même de la fée. Dans le cas de l'impératrice de Byzance, elle stipule à son jeune amant qu'elle perdra tous ses pouvoirs s'il ne fait pas ce qu'elle lui dicte. Comme il est mentionné dans Le monde des fées dans l'Occident médiéval, le héros a pour mission de ne pas désobéir, car il empêche la contamination d'un monde à l'autre : «Il s'agit (...) de maintenir un écart entre deux mondes qui ne devraient pas communiquer79(*)». Cependant, le XIIIe siècle fait progressivement se confondre les deux types de figures. Par exemple, dans Graelent, une fée possédant tous les attributs d'une amante distribue pourtant des dons comme l'aurait fait son homonyme marraine. On constate donc une superposition des deux archétypes, alors que les schémas narratifs (devenus des thèmes) des oeuvres littéraires, vont se transmettre d'oeuvre en oeuvre80(*).

La fée amante choisit ses propres règles, mais, parfois, les règles lui sont également imposées. Dans le cas de Mélior, le tournoi organisé pour gagner un mariage avec elle n'est pas de son ressort. Le tournoi dans Partonopeu de Blois partage d'ailleurs quelques ressemblances avec celui dans Cligès. Il faut d'abord noter son organisation spatiale, puis la même durée à un jour près et, finalement, le cri d'un des personnages féminin81(*). Dans la version saxonne du roman de Chrétien de Troyes, Fénice joue le même rôle que Persewis, car elles crient durant une joute. La personne ressource de Mélior ne peut pas s'en empêcher lorsque Partonopeu est menacé par Margaris. De plus, la fin pour la fée amante et pour le héros diffère dans l'histoire de Partonopeu par rapport aux schémas des histoires mélusinienne ou morganienne. Le couple du roman anonyme se marie, ce qui n'a pas d'écho dans les deux schémas où il est question de fées. Leur noce est d'un faste «indescriptible» et célèbre une union où les deux individus s'aiment, malgré les épreuves de part et d'autre. Notons également la séparation dans le temps qui a rendu les choses encore plus pénibles. Le mariage est l'occasion de fêter le bonheur retrouvé et amélioré, car le jeune homme peut enfin contempler sa belle en plein jour :

Or est la cord tote partie

Et Parthonopeus a s'amie;

Tot a delit a son plaisir,

A grant joie et a bel loisir,

Tot a solaz et a sojor,

A grant aise [et] a grant honor82(*).

Grâce à ses pouvoirs, Mélior est parvenue à ses fins : elle peut épouser le comte de Blois. C'est un dessein qu'elle caressait depuis longtemps : «Par cest savoir vos ai celé / A tos cels de ceste cité83(*)». Néanmoins, des évènements imprévus survinrent, lui rendant les choses plus difficiles et parfois hors de son contrôle, malgré l'étendu de ses dons. La fée Mélior n'a rien d'une fée marraine, car toute son attention est centrée vers l'objet de son amour. C'est entre ses mains que se jouera le destin de Partonopeu et, lorsqu'il s'agit de fées marraines, c'est également entre leurs mains que se jouera le destin de plusieurs autres personnages de l'Histoire littéraire.

B L'union entre l'Occident et l'Orient

On le sait : Mélior est impératrice de Constantinople. Ce déplacement vers l'Orient par rapport au monde occidental apporte des éléments intéressants. Le mariage de la fée et de Partonopeu fait du héros l'empereur de cette région. Placer le récit à cet endroit du globe n'est pas anodin de la part de l'auteur ou des auteurs. La description de Constantinople dans le roman emprunte d'ailleurs des éléments à des récits de voyage en Orient ou à ceux des croisades84(*). Non seulement Partonopeu de Blois mélange les genres et les formes littéraires (tantôt en octosyllabes, tantôt en alexandrins ou en décasyllabes), mais aussi le monde occidental et le monde oriental. Tout comme les deux mondes où évoluent Partonopeu et Mélior, c'est-à-dire le monde féérique et le monde des hommes, l'«oeuvre semble s'être élaborée avant tout à partir des deux modèles que fournissaient le roman arthurien et la chanson de geste85(*)». Donc, le fait de tomber amoureux de Mélior et de se marier avec elle pour finalement devenir empereur classe le texte anonyme parmi les romans orientaux. En effet, les épreuves chevaleresques et la quête amoureuse du neveu de Clovis se déroulent dans l'Orient de Byzance.

L'union célébrée entre les deux protagonistes est une métaphore de l'utopie de réunir pour de bon l'Orient et l'Occident, alors déchiré par les Croisades, au moment de la rédaction de l'oeuvre. Malgré tout, le royaume de l'ouest triomphe sur celui de l'est dans le roman. En associant Mélior à Byzance et Partonopeu à l'Occident et puisque le mariage couronne un empereur venu d'Europe, le monde occidental est présenté comme gagnant. De plus, le lignage du héros est décrit au tout début des vers, ce qui laisse présager le succès du ponant. Malgré tout, l'appartenance de la fée à l'Orient est peut-être le fruit d'une simple erreur courante au Moyen âge. Il est possible de penser que les aïeux de Mélior soient les Grecs de l'Antiquité, puisqu'on confondait souvent Constantinople et Troie86(*). Les deux époux pourraient donc provenir d'un même lignage. D'ailleurs, Mélior ne présente jamais les Troyens dont elle relate les exploits comme ses ancêtres. Vu les tensions entre les deux peuples occidental et oriental, la supposition des ancêtres grecs de Mélior fait peut-être plus de sens. Après tout, le comte de Blois aurait trahit ses origines troyennes en épousant la fée.

Partonopeu de Blois est sans contredit un hymne au royaume français, représenté par le héros masculin. Non seulement il devient le chef d'un empire ennemi, mais aussi il se bat contre des Bretons, des Anglais et des Allemands, qu'il vainc évidemment. En plus de cela, il est «choisi» par le chef d'état même de Constantinople, ce qui n'est pas peu dire. La fée affirme d'ailleurs qu'elle a jeté son dévolu sur le jeune homme parce qu'il descend des Troyens. On remarque aussi que l'impératrice voulait se marier pour assurer son lignage menacé d'extinction, puisqu'elle est la seule héritière avec Urraque sa soeur. Il est aussi nécessaire que Mélior se marie, car, en tant que femme, il ne lui est pas permis de régner. Constantinople perd donc de ses plumes face à une France pleine d'énergie : «L'Occident, par l'intermédiaire de Partonopeu, vient régénérer l'Orient, le restaurer dans sa grandeur passée87(*)».

La relation de Mélior et de Partonopeu fait également se confronter le contexte religieux de l'époque (vers 1180). Chrétien, Partonopeu devient empereur du royaume et peut ainsi suggérer la domination de la religion chrétienne dans l'empire byzantin. Le comte de Blois intervient aussi en le délivrant des pouvoirs magiques de Mélior, même si ceux-ci ne sont pas mauvais par nature. Il faut aussi noter que les Byzantins refusent que le sultan de la Perse change de l'islamisme au christianisme pour épouser l'impératrice. Même la joute à laquelle participe Partonopeu pour reconquérir Mélior prend des allures de croisades. Malgré tout, C. Gaullier-Bougassas explique que le texte se montre favorable à la paix avant toute chose et que montrer l'Orient empreint de féérie qui le rend plus sympathique :

Tout le roman, et surtout le long récit du tournoi, se construit en grande part contre l'idéologie des croisades. Son enjeu essentiel est d'exprimer le rêve d'une réconciliation et d'une paix universelles, grâce à l'union de l'Occident et de l'Orient. (...) Partonopeu découvre ainsi un Orient paré de toutes les séductions de la féérie, un espace merveilleux qui s'offre à lui sous les apparences de l'Autre Monde des récits bretons88(*).

Une des ambitions de l'auteur anonyme est de montrer un couple heureux et qui s'apprête à régner sur un royaume paisible. La fée Mélior possède peu ou pas de défauts. Elle montre cependant de la colère, ce qui est compréhensible lorsqu'on sait que le manquement la privait de ses pouvoirs. Mélior partage certains attributs avec d'autres fées plus ou moins célèbres. [

CONCLUSION

Les fées de l'époque de Mélior sont, contrairement aux fées contemporaines des films Disney par exemple, des créatures de nature ambiguë. Si on observe Clochette de la production cinématographique Peter Pan ou bien par la suite dans ses propres films, son appartenance au monde féérique est claire. Le plus grand des indices serait assurément ses ailes. Elle se munit quelques fois d'une baguette magique et vit, à la manière des dryades, dans un arbre. De plus, ses pouvoirs magiques ne peuvent tromper personne sur sa nature. En revanche, les fées médiévales ont souvent des caractéristiques à la fois de fée et d'humaine. À l'observation des représentations iconographiques de quelques fées telles Mélusine, Viviane et Morgane, on constate qu'elles ne possèdent pas non plus d'attributs physiques permettant de les différencier des humaines. Archétype représentant le destin, elles sont également porteuses d'une parole dite «vraie». Nul n'est à l'abri si une fée se prononce et jette un sort. Lorsque Mélior émet son interdit, Partonopeu y est soumis. Cela ne l'empêche pas de le transgresser, mais il devient alors fou et doit subir de difficiles épreuves.

Prenons pour exemple l'image nommée «Raimondin passant devant la Fontaine de Soif» issue du manuscrit Roman de Mélusine, coté Français 24 383 et conçu entre 1400 et 1450 en Flandre. Une illustration de Mélior de Partonopeu de Blois aurait bien sûr été préférable, mais le Moyen âge ne nous en a laissé aucune. Sur le folio 5v, on y voit Mélusine et ses deux soeurs Palestine et Mélior discutant avec Raimondin nouvellement rencontré à cheval. Aucune caractéristique physique ne permet de savoir que les femmes sont en fait des fées. Elles sont vêtues comme pourraient l'être leurs contemporaines humaines de haut rang social. Elles n'agissent pas non plus de manière à soupçonner qu'elles appartiennent à un autre monde. Il en va de même avec la littérature, ne serait-ce que les insertions assez rares du mot «fée» qualifiant Mélior et quelques autres éléments encore. On est loin de la fée marraine de Cendrillon ou bien de la fée bleue dans Pinocchio...

Mélior se distingue des femmes de son temps par l'étendu de son savoir. Non seulement elle en sait beaucoup plus que ses professeurs, mais elle sait aussi se servir de magie. Ses talents du côté des enchantements touchent les sciences occultes, la capacité plus ou moins définie d'apparaître, de disparaître et de contrôler le destin de son ami. L'impératrice de Constantinople est aussi une guérisseuse. Elle sait manier la rhétorique, ce qui nous ramène à la notion de parole. Grâce à son solide apprentissage universitaire, Mélior est classable dans la première génération de fée, autrement dit celles qui ont acquis leur pouvoir. Mélusine se classerait dans la seconde génération, ayant acquis son savoir par les liens génétiques.

Quelques images, assez rares, tirées de manuscrits montrent des propriétés féériques des personnages. Le premier cas provient du même ouvrage que celui cité plus haut, plus précisément au folio 19. Mélusine prend son bain hebdomadaire, s'étant transformé en femme-dragon et faisant gicler l'eau autour d'elle. C'est le moment où Raimondin transgresse l'interdit qui le mènera à sa chute. La métamorphose de la fée ne laisse rien douter quant à son appartenance à la féérie. Elle conserve tout de même son buste de femme, de même que sa coiffe visible sur toutes les images de l'oeuvre. Un autre cas serait «Lancelot prisonnier de Morgane» provenant du Français 122, folio 160, Lancelot du lac fabriqué à Hainaut, en Belgique en 1344. La femme en rouge qu'on y aperçoit est la fée Morgue. Le geste de ses mains peut laisser croire qu'elle est en train d'utiliser sa magie sur le pauvre chevalier. Le château où il est enfermé est proportionnellement trop petit pour accueillir véritablement des gens. Il n'y a que la magie qui aurait pu retenir quelqu'un dans un lieu où la différence de hauteur avec le sol n'est pas de la taille d'une personne. De plus, l'encorbellement au-dessus de Lancelot tient office d'une sorte de grillage protecteur, qui renforce, en tous les cas, l'idée de renfermement.

Malgré ses nombreuses caractéristiques humaines, Mélior est bel et bien une fée. De part son rôle joué dans Partonopeu de Blois, elle est une fée amante. Même si les images des manuscrits ne vont pas dans ce sens, les fées au Moyen âge dans la littérature existaient et jouissaient d'une grande popularité. Bien que possédant quelques enluminures rendant les pages plus jolies et le texte plus agréable à lire, aucun artiste, dans les onze ouvrages, n'a représenté l'épouse de Partonopeu. Ceux de Bern, Cambridge, New Haven, Tours, le Vatican et les six exemplaires à Paris ne permettent pas de savoir comment l'époque imaginait Mélior. Cela est injuste si on tient compte, comme il est dit dans l'introduction au roman, que Partonopeu de Blois est un des trois chefs-d'oeuvre médiévaux français avec Tristan et le Graal, largement illustrés.

ANNEXE I

Le schéma mélusinien89(*)

I. La rencontre du mortel et de la fée

1. Le héros part de chez lui, seul, ou se trouve séparé de ses compagnons au cours d'une partie de chasse.

2. Il s'enfonce dans la forêt et parvient dans une clairière, souvent près d'un point d'eau.

3. Il découvre une femme merveilleusement belle, seule, qui semble l'attendre.

?

II. Le pacte

4. La jeune femme accueille favorablement les déclarations enflammés du héros, ou lui avoue elle-même son amour.

5. Elle accepte de l'épouser ou lui offre sa main.

6. Elle pose une condition à leur union : il doit s'engager à respecter un interdit, dont la transgression mettrait aussitôt fin à leur vie commune. Le jeune homme prête le serment demandé.

7. Le mariage est célébré; les jeunes époux connaissent plusieurs années d'opulence et de bonheur. Ils ont de beaux enfants.

?

III. La violation du pacte

8. Un envieux persuade le héros de transgresser l'interdit, ou le héros prend de lui-même la fatale décision.

9. L'époux humain transgresse l'interdit.

10. Il met ainsi en évidence la nature féérique de sa femme.

11. La fée disparaît.

12. Les enfants demeurent auprès de leur père. La fée entraîne parfois ses filles avec elle, mais toujours il reste un fils au malheureux héros, et la descendance de la fée parmi les hommes est ainsi assurée. La fée se montre parfois à ses enfants ou à ses descendants, pour les soigner ou leur venir en aide.

13. L'époux humain perd avec sa femme la prospérité qu'elle avait apportée en dot.

?

FIN

ANNEXE II

Le schéma diachronique mélusinien

Le système exclusion / intégration entre le mortel et la fée90(*)

EXCLUSION

(Autre Monde)

 

INTÉGRATION

(Société Humaine)

Départ du héros

 
 

Rencontre de la fée

 
 
 

Pacte ?

 
 
 

Félicité du couple

 

? Transgression

 

Départ de la fée

 
 

Déchéance du héros

 
 
 
 

Naissance d'un lignage

N. B. Le tableau souligne l'axe directeur du conte dit mélusinien, selon l'expression de Harf-Lancner.

ANNEXE III

Le schéma morganien92(*)

I. La rencontre de la fée

1. Le héros quitte sa demeure pour l'une des frontières de l'autre monde.

2. Un animal enchanté lui fait franchir cette frontière et l'entraîne dans le royaume féérique.

3. Une fée (dont l'animal guide est souvent l'avatar) lui offre son amour.

?

II. Le séjour dans l'autre monde

4. Le héros goûte auprès de la fée une éternité de bonheur : des siècles s'écoulent sans qu'il en ait conscience.

5. Il retrouve un jour la mémoire; parfois en transgressant un interdit, et veut retrouver les siens.

?

III. Le retour dans le monde des humains

6. La fée révèle à son amant la fuite surnaturelle du temps et lui impose le respect d'un interdit qui le préserve du poids des ans.

7. La héros transgresse l'interdit.

8. Il vieillit de quelques siècles.

9. Il meurt ou disparaît à jamais dans l'au-delà.

?

FIN

ANNEXE IV

Le schéma diachronique morganien

Le système exclusion / intégration entre le mortel et la fée93(*)

EXCLUSION

(Autre Monde)

 

INTÉGRATION

(Société Humaine)

Départ du héros

 
 

Rencontre de la fée

 
 

Mémoire abolie

 
 

Félicité du couple

 
 
 

Mémoire retrouvée

 
 

Pacte

 
 
 

Retour du héros

 

Transgression

 

Mort du héros ou disparition définitive

 
 

BIBLIOGRAPHIE

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* 1 Présentation donnée dans le cadre du colloque Femmes médiatrices et ambivalentes, mythes et imaginaire, le 4 juin 2010 à l'Institut national d'Histoire de l'Art, lors de l'avant-midi nommée «Autour des fées».

* 2 Lais féériques du XIIe et XIIIe siècles. Présentation, traduction et notes par Alexandre Micha, Paris, GF-Flammarion, 1992, 347 p.

* 3 Edmond Faral. «L'Île d'Avalon et la fée Morgane» , Mélanges Alfred Jeanroy, Genève, Droz, 1928, pp. 243-253.

* 4 Ibid., p. 251.

* 5 Jean Markale. Mélusine, Paris, Albin-Michel, 1993, p. 221.

* 6 Ibid., p. 155.

* 7 Le roman de Partonopeu de Blois. Édition, traduction et introduction de la rédaction A (Paris, Bibliothèque de l'Arsenal, 2986) et de la Continuation du récit d'après les manuscrits de Berne (Burgerbibliothek, 113) et de Tours (Bibliothèque municipale, 939) par Olivier Collet et Pierre-Marie Joris, Librairie générale française (Livre de poche. Lettres gothiques, 4569), 2005, pp. 308-310.

* 8 Alfred Maury. «Les fées au Moyen Âge» in Croyances et légendes du Moyen Âge, Genève, Slatkine, 1974, pp. 1-40.

* 9 Partonopeu de Blois, op. cit., p. 804.

* 10 Ibid., p. 806.

* 11 Chrétien de Troyes. OEuvres complètes, Paris, Gallimard, 1994, p. 40.

* 12 Partonopeu de Blois, op. cit., p. 108.

* 13 Ibid., p. 110.

* 14 Ibid., p. 112.

* 15 Ibid., p. 114.

* 16 Ibid., p. 110.

* 17 Ibid., p. 118.

* 18 Ibid., p. 122.

* 19 Ibid., p. 156.

* 20 Ibid., p. 158.

* 21 «Clovis 1er», La France pittoresque. [en ligne] [http://www.france-pittoresque.com/rois-france/clovis-Ier.htm] [4 mai 2010].

* 22 L'annexe XII, relate des étapes de l'histoire, puisqu'il s'agit d'un schéma présentant le découpage narratif en détails.

* 23 Laurence Harf-Lancner. «Fées marraines, fées amantes», Fées, elfes, dragons & autres créatures des royaumes de féerie, Paris, Hoe·beke, 2002, p. 22.

* 24 Alfred Maury. «Les fées au Moyen Âge», Croyances et légendes du Moyen Âge, Genève, Slatkine, 1974, p. 30.

* 25 Ibid., p. 8.

* 26 Laurence Harf-Lancner. Les fées au Moyen âge, Paris, Honoré-Champion, 1984, pp. 318-328.

* 27 Ibid., p. 323.

* 28 Apulée, op. cit., p. 24.

* 29 Partonopeu de Blois, op. cit., p. 35.

* 30 C. Gaullier-Bougassas, op. cit., p. 304.

* 31 Id.

* 32 Eugène Vinaver. «La fée Morgain et les aventures de Bretagne», Mélanges Jean Frappier, tome 2, Genève, Droz, 1970, p. 1081.

* 33 Id.

* 34 Ibid., p. 1082.

* 35 C. Ferlampin-Acher, op. cit., p. 142.

* 36 Id.

* 37 Partonopeu de Blois, op. cit., p. 314.

* 38 Ibid., pp. 312-314.

* 39 Ibid., p. 316.

* 40 C. Ferlampini-Acher, op. cit., p. 138.

* 41 Ibid., pp. 137.

* 42 Partonopeu de Blois, op. cit., p. 128.

* 43 Ibid., p. 312.

* 44 Ibid., p. 112.

* 45 C. Ferlampini-Acher, op. cit., p. 145.

* 46 L. Harf-Lancner. Les fées au Moyen âge, op. cit., p. 416.

* 47 Benjamin Buisson, «Scolastique», INRP. [en ligne] [http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=3605] [26 mai 2010].

* 48 L. Harf-Lancner. Les fées au Moyen âge, id.

* 49 Ibid., p. 417.

* 50 Ibid., p. 418.

* 51 Id.

* 52 C. Ferlampini-Acher, op. cit.., p. 155.

* 53 Ibid., p. 157.

* 54 Ibid., p. 158.

* 55 Partonopeu de Blois, op. cit., p. 120.

* Tel quel dans le texte.

* 56 C. Ferlampin-Acher, op. cit., p. 158.

* 57 Partonopeu de Blois, op. cit., pp. 326-328.

* 58 Ibid., p. 330.

* 59 Ibid., p. 336.

* 60 Ibid., p. 426.

* 61L. Harf-Lancner. Le monde des fées dans l'Occident médiéval, op. cit., p. 31-34.

* 62 Ibid., p. 35.

* 63 Théâtre comique au Moyen âge (Le), Choix de pièces : Le Jeu de la Feuillée, La Farce de Maistre Pierre Pathelin et La Condamnation de Banquet. Textes et traductions par Jean Frappier et A.-M. Gossart, Paris, Larousse, collé Classiques Larousse, s.d., 119 p.

* 64 L. Harf-Lancner. Le monde des fées dans l'Occident médiéval, op. cit., p. 39.

* 65 Ibid., p. 41.

* 66 Partonopeu de Blois, op. cit., p. 26.

* 67 Ibid., p. 318.

* 68 Ibid., pp. 348-350

* 69 Ibid., p. 300.

* 70 Ibid., p. 306.

* 71 Jean d'Arras. Mélusine ou la noble histoire de Lusignan - Roman du XIVe siècle. Traduction par Jean-Jacques Vincensini, Paris, Le Livre de Poche, coll. Lettres gothiques, 2003, 860 p.

* 72 Ibid., p. 159.

* 73 Partonopeu de Blois, op. cit., p. 126.

* 74 Ibid., p. 128.

* 75 Ibid., p. 130.

* 76 C. Ferlampin-Acher, op. cit., p. 162.

* 77 Ibid., p. 163.

* 78 L. Harf-Lancner. Les fées au Moyen âge, op. cit., p. 29.

* 79 L. Harf-Lancner. Le monde des fées dans l'Occident médiéval, op. cit., p. 72.

* 80 L. Harf-Lancner. Les fées au Moyen âge, op. cit., p. 46.

* 81 Partonopeu de Blois, op. cit., p. 22.

* 82 Ibid., p. 656.

* 83 Ibid., p. 316.

* 84 Catherine Gaullier-Bougassas, « L'Orient troyen des origines: l'Orient byzantin de Mélior et l'Occident français dans Partonopeus de Blois », "Plaist vos oïr bone cançon vallant?" Mélanges de langue et de littérature médiévales offerts à François Suard, éd. Dominique Boutet, Marie-Madeleine Castellani, Françoise Ferrand et Aimé Petit, Lille, éditions du Conseil scientifique de l'Université Charles-de-Gaulle-Lille III, 1999, t. 1, p. 296.

* 85 Id.

* 86 Ibid., p. 298.

* 87 Ibid., p. 300.

* 88 Ibid., p. 303-304.

* 89 Laurence Harf-Lancner, Les fées au Moyen âge. Morgane et Mélusine, la naissance des fées.Paris, Honoré Champion, 1984, pp. 113-114.

* 90 91 Laurence Harf-Lancner, Les fées au Moyen âge. Morgane et Mélusine, la naissance des fées. Paris, Honoré Champion, 1984, p. 114.

* 92 Laurence Harf-Lancner, Les fées au Moyen âge. Morgane et Mélusine, la naissance des fées. Paris, Honoré Champion, 1984, pp. 212-213.

* 93 94 Laurence Harf-Lancner, Les fées au Moyen âge. Morgane et Mélusine, la naissance des fées. Paris, Honoré Champion, 1984, p. 114.