II- Le rapprochement avec la RUSSIE
L'Occident continue de considérer le Tchad comme un
partenaire important et un pilierde la stabilité régionale.
Toutefois, avec la montée de la concurrence internationale entre
l'Occident et la Russie au Sahel, le Tchad se voit contraint de
réévaluer et équilibrer sesrelations avec les deux parties
afin d'optimiser ses intérêts vitaux. Cela s'est
reflété par la visite de MahamatDEBY à Moscou en janvier
2024, faisant de lui le premier présidenttchadien à s'y rendre
depuis la visite de François TOMBALBAYE en 1960. De plus, le fait que le
vice-ministre russe de la Défense ait failli participé à
la cérémonie d'investiture de Mahamat DEBY est
considéré par les analystes comme une indication claire de
lavolonté du Tchad de diversifier ses partenaires, notamment à la
lumière des efforts de Moscou pour déployer des forces du «
Corps africain » en tant qu'alternative à « Wagner » dans
certains pays voisins du Tchad.
Ce rapprochement entre les deux pays survient dans un contexte
géopolitique tendu auSahel. N'Djamena s'efforce de sécuriser et
de stabiliser ses frontières avec ses voisins,notamment la Libye au
nord, le Soudan à l'est, le Niger à l'ouest, et la Centrafrique
ausud. Certains de ces pays connaissent des conflits internes, ce qui souligne
l'importance pour le Tchad de maintenir des relations à la fois avec
l'Occident et avec Moscou pourassurer la sécurité de son
territoire et de la région, en raison de la présence et
l'influence de la Russie dans le Sahel par l'entremise de Wagner et ses
activités dans les pays voisins du Tchad.
Il était évident dès le début que
le Président Deby renforcerait ses relations avec laRussie après
sa victoire, notamment après la signature d'accords importants dans
plusieursdomaines vitaux, tels que l'énergie et la
sécurité, lors de sa visite à Moscou. Au début de
ce mois de juin 2024, le président russe a dépêché
une délégation de haut niveau à N'Djamena, dirigée
par le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov,
faisant ainsi suite à la rencontre des deux présidents en janvier
2024. La Russie poursuit donc ses efforts pour renforcer ses positions sur le
continent, y compris au Tchad. En effet, Poutine a invité des dirigeants
africains à tenir un sommet à Saint-Pétersbourg en juillet
2023, et une réunion de ministres africains des Affaires
étrangères est prévue à Sotchi en automne
2024.Certains analystes estiment que ce rapprochement pourrait inquiéter
Paris, qui commence à craindre de perdre sa base militaire d'Adji
Kossei, située à N'Djamena, sachant que le Tchad est son dernier
partenaire dans les pays africains du Sahel et de l'Afrique del'Ouest
après son expulsion des quatre pays de la région ayant
renforcé leur coopérationmilitaire avec la Russie. Entre autres
éléments, il importe de noter que Poutine a été
l'undes premiers dirigeants à féliciter le Président Deby
suite à son élection à la présidence,et que le
ministère russe des Affaires étrangères a
été le premier à féliciter le nouveaugouvernement
pour le succès du processus électoral et de transition.
Ce rapprochement s'inscrit dans une stratégie de
diversification des partenariatsinternationaux du Tchad. La visite de
Sergueï Lavrov marque une nouvelle étape dans cerapprochement
stratégique entre les deux pays, et pourrait se traduite par une
présence russe dans le domaine énergétique, notamment
minier, et sécuritaire, plus précisément dans la
maintenance d'équipements militaires autrefois attribuée à
des entreprisesukrainiennes. Il est donc devenu crucial de suivre
l'évolution de ce rapprochement et d'évaluer son impact sur le
Tchad et la région du Sahel dans les années à venir.
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