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Communication politique et séduction à  travers la Déclaration de politique générale du Premier ministre Idrissa Seck à  l'Assemblée nationale le 03 février 2003

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par Mamadou THIAM
Université Cheikh Anta Diop de Dakar - Dea Science du langage 2005
  

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2. L' « ARETÉ » OU L'IMAGE DE L'HOMME VERTUEUX

Nous étudierons la manifestation de l'areté dans la Déclaration de politique générale du Premier ministre Idrissa Seck à l'aune de l'une de ses principales significations : la vertu. Il s'agira de voir comment, à partir de l'énoncé, se profile l'image d'un homme vertueux. Le caractère vertueux du locuteur prend appui sur le discours lui-même, à travers le choix des mots, des assertions et socles de l'argumentation. Mais le caractère vertueux ne se limite pas seulement aux mots et arguments. Il intègre aussi leur mode de déclinaison à savoir, la posture du corps, le débit, l'intonation et la gestuelle.

Par image de soi, comme précisé plus haut, nous entendons moins l'image réelle du locuteur que celle qui transparaît dans et pendant son discours. En outre, il ne s 'agit pas des passages où le locuteur se définirait directement, mais plutôt de l'impression qu'il dégage à partir de ses prises de positions, pratiques et attitudes lors de son discours. Ainsi, il s'agit de voir en quoi le contenu discursif et son mode de déclinaison projettent une image vertueuse du locuteur. C'est donc une vertu projetée en direction de l'auditoire. Dans sa Déclaration de politique générale, un certain nombre de représentations, d'actions et d'affirmations participent à conférer au Premier ministre une image vertueuse à travers une tentative d'incarnation et d'affichage de valeurs supposées relever de la vertu comme la foi, le sens de la justice, l'humilité et la sincérité, entre autres.

2.1 L'homme de foi

Dans sa Déclaration de politique générale, le Premier ministre projette l'ethos d'un homme de foi, profondément croyant. L'image de l'homme de foi apparaît dès la deuxième phrase de son discours : « Monsieur le Président de l'Assemblée nationale, Honorables députés, notre Constitution, dès son article premier, invite le peuple à marcher vers son But, et avec Foi » (Seck 2003 : 5). Cet ethos de l'homme de foi est d'autant plus important que son auditoire, à savoir le peuple sénégalais, est composé, à plus de 95 %, de croyants, musulmans et chrétiens confondus. Une réalité dont semble pleinement conscient le Premier ministre Idrissa Seck. En effet, en rappelant, en dépit de la nature laïque du régime politique sénégalais, la présence du terme « foi » dans la loi fondamentale du Sénégal, il justifie, de la sorte, l'importance éventuelle de la foi dans son discours et dans ses actes. Mieux, le texte constitutionnel, qui lui sert de moyen de légitimation, sera, supplée au fur et à mesure que le discours se déploie, par un autre texte, religieux cette fois-ci, le Coran. C'est ainsi qu'à plusieurs reprises, le Premier ministre invoque le texte de base de la religion musulmane pour étayer ou légitimer ses propos. Il en est ainsi lorsqu'il fait appelle à l'ensemble des membres de la société pour le développement du Sénégal:

(...) la sagesse nous enseigne que la réalisation des grands desseins requiert la mobilisation de toutes les forces, au-delà de celles qui détiennent le commandement; et l'Ecriture nous le rappelle en ces termes : «Tu t'épuiseras toi-même, et tu épuiseras ce peuple qui est avec toi; car la chose est au-dessus de tes seules forces, tu ne pourras pas y suffire seul. (Seck 2003 : 8) 

L'invocation de versets coraniques ne sert pas seulement d'ornements ou de citations simplement plaquées. Le Premier ministre apparaît comme un individu qui voudrait que la foi et les enseignements de Dieu soient la base de toutes ses actions comme il le soutient d'ailleurs de manière très évidente :

C'est donc pour me conformer à cette invite divine que j'en appellerai à un partage juste, équilibré, et pertinent des charges liées à notre mission gouvernementale. (Seck 2003 : 8)

Le Premier ministre semble tellement convaincu de l'importance de la foi qu'il ne se contente pas d'en faire le fil conducteur de ses actions et propos. Il va jusqu'à postuler un comportement collectif conforme aux enseignements divins qui serait la condition sine quoi none du développement du pays:

C'est donc pour le bien de ce Sénégal nouveau que je souhaite, Monsieur le Président, Honorables Députés, méditer avec vous et le Peuple Sénégalais cette parole : «Je ne modifie pas l'état d'un peuple sans que celui-ci ne change ce qui est en lui-même37(*). (Seck 2003 : 28) 

La foi du Premier ministre transparaît aussi à travers les remerciements et les demandes d'aide adressés à Dieu pour le succès obtenu ou escompté. Ce faisant, il renvoie l'image d'un homme croyant conscient que sa seule compétence ne saurait lui garantir la réussite dans les actions entreprises. Une réussite qui est totalement dépendante de la volonté divine :

Je convoite de Dieu une victoire éclatante dans cette nouvelle mission, à l'image de celle dont il m'a gratifié lors de la première. (Seck 2003 : 5) 

Par cette attitude, le Premier ministre se conforme à l'adage qui voudrait que « l'homme propose et Dieu dispose ». Car le croyant considère que la vraie puissance est divine. Par conséquent, la volonté de puissance, chez l'homme, n'est rien d'autre qu'une intention de puissance qui devrait être validée ou invalidée par Dieu. C'est d'ailleurs tout le sens de la dernière phrase de la Déclaration de politique générale du Premier ministre :

Enfin, j'accompagnerai, par mon intention, dans la nuit et la solitude de sa proximité avec Dieu, l'homme pur qui prie pour un Sénégal de paix, de réussite et de prospérité. (Seck 2003 : 28)

La Déclaration de politique générale est, par essence, pragmatique et performatif car censée faire le bilan des actions entreprises et esquisser les réalisations à venir. En la clôturant par « l'intention d'une intention »38(*), le Premier ministre réaffirme, de la sorte, son ancrage au coeur de la foi et de la religion. Une foi et une religion qui font que l'homme, même investi de pouvoirs, s'en remet à une instance suprême : Dieu. Et c'est tout le sens de la place accordée, à la fin, à la prière et à ce qui conditionne sa pratique, à savoir la pureté39(*).

La foi se révèle, en définitive, comme le socle de l'ethos du Premier ministre Idrissa Seck. Un socle qui exige, pour être valide, l'observation de certaines règles et l'adoption de certaines attitudes qui, sans elles, risquent de rendre caduque cette foi affichée. Parmi ces règles et attitudes, nous avons, entre autres, la justice et l'humilité.

* 37 Dans le Coran, sourate Le tonnerre verset onze.

* 38 La prière elle-même est précédée d'une intention. Donc son intention viendra se joindre à l'intention du prieur.

* 39 Une pureté à la fois physiologique mais aussi spirituelle.

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