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Le Syndrome d'Aliénation Parentale


par Didier Erwoine
Université de Liège Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education - Licence en psychologie 2004
  

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Chapitre 2 : Tableau clinique

2.1. Caractéristiques diagnostiques et description du processus

2.1.1. L'enfant

Les huit manifestations symptomatiques (« critères décisionnels ») repérées par Gardner (1998a) chez l'enfant sont15 :

(1) Campagne de dénigrement (diffamation)

L'enfant médit continuellement l'autre parent, dit le haïr et ne plus vouloir le voir :

« Je le déteste, et je ne veux plus le voir de toute ma vie ».

L'enfant crée une distinction entre les objets (notamment les jouets) en provenance de la maison du parent aliénant et ceux du parent aliéné. Ces derniers ne sont plus ramenés dans la maison du parent aliénant, car l'enfant les considère comme « contaminés ».

(2) Rationalisations faibles, frivoles, et absurdes

L'enfant donne des prétextes futiles, peu crédibles, ou absurdes pour justifier sa dépréciation du parent aliéné. Cette hostilité est non crédible, car non reliée à des évènements significatifs :

« Il fait du bruit en mangeant », « Il me parle de foot », «Il m 'oblige à sortir les déchets », « Il n 'y a jamais de lait pour mes céréales ».

L'enfant peut se référer à des altercations mineures et passées avec le parent aliéné :

« Il criait très fort quand il me demandait de me laver les dents ».

Généralement, le parent aliénant considère ces rationalisations comme valables.

Parfois, l'enfant ne donne pas de raisons du tout :

« C 'est ainsi, je le sais ».

(3) Absence d'ambivalence

Un parent est adoré par l'enfant, l'autre haï. L'enfant est absolument sûr de lui et son sentiment exprimé à l'égard du parent aliéné est sans équivoque : c'est de la haine :

« Mon père est le plus mauvais du monde ».

Lorsqu'on l'interroge, l'enfant n'a aucun souvenir d'interaction positive avec le parent aliéné.

(4) Phénomène du penseur indépendant (ou du penseur libre)

Il s'établit un consensus sur le fait que le rejet vient de l'enfant. L'enfant aliéné ne reconnaît jamais qu'il a été l'objet d'une influence.

L'enfant dira « C'est ma décision de ne plus aller chez papa ».

Le parent aliénant : « Je veux bien qu 'il aille chez son père mais c 'est lui qui ne veut pas. Et je vais me battre jusqu 'au bout pour que mon enfant soit respecté».

(5) Soutien au parent aliénant

L'enfant prend la défense du parent aliénant dans le conflit, se perçoit comme un soutien au parent gardien, qui serait « persécuté » par le parent aliéné. Il devient son « petit soldat ». Par exemple, il volera de sa propre initiative des documents appartenant au parent aliéné, qu'il ramènera au parent aliénant.

(6) Absence de culpabilité

L'enfant n'éprouve aucune culpabilité par rapport à la mise à mort du parent aliéné. Ce processus est plus actif que le manque d'ambivalence. On observe une coloration sadique :

15 Plus il y a de symptômes, plus le niveau de gravité du PAS augmente (léger, modéré, sévère).

« Je suis bien débarrassé depuis que je ne le vois plus » ; « C 'est bien fait pour lui » ; « Ça ne me sert à rien de le voir ».

(7) Présence de scénarios empruntés

L'enfant relate des faits qu'il a manifestement entendu raconter. Il emploie un langage d'adulte emprunté au parent aliénant (voire au grand-parent aliénant).

À six ans, il dira : « Il a demandé la baisse de la pension alimentaire » ; « Elle m 'importune tout le temps » ; ou « Elle viole ma vie privée ».

(8) Animosité étendue à l'ensemble du monde du parent aliéné

L'enfant généralise son animosité à l'ensemble du monde du parent aliéné : grands-parents, oncles, cousins, amis, ..., mais aussi pays, religion, culture ... L'étendue de l'animosité peut même concerner un animal dome stique autrefois affectivement investi par l'enfant.

Gardner (1998a) développe la dynamique sous-jacente chez l'enfant :

- Crainte de perte du lien psychologique primaire : la peur de perdre l'amour du parent aliénant (souvent la mère) est le facteur principal à l'origine des symptômes chez l'enfant.

- Formation réactionnelle : la haine obsédante n'est qu'une forme déguisée d'amour pour le parent aliéné.

- Identification à l'agresseur : l'enfant peut s'allier au parent aliénant dans le but de se protéger contre l'hostilité de ce dernier.

- Identification à une personne idéalisée : l'enfant s'identifie à un parent vu comme parfait.

- Décharge de l'hostilité : le PAS permet à l'enfant de décharger sa colère vis-à-vis de la séparation parentale.

- Pouvoir : évacuer sa rage donne à l'enfant une impression de pouvoir. L'enfant peut se permettre d'être inconvenant avec le parent aliéné, sachant qu'il est « couvert » par le parent aliénant.

- Contagion des émotions : la rage du parent aliénant se transmet rapidement à l'enfant.

- Rivalité sexuelle : avec un parent de sexe opposé, l'enfant engage des attitudes de séduction, et désire être en relation unique avec ce parent.

2.1.2. Le parent aliénant

Warshak (2001b) explicite différentes catégories de comportements chez le parent aliénant (qui se répercutent sur l'enfant) :

Jeu du nom

Trois tactiques se retrouvent dans cette manipulation des noms. La première consiste à étiqueter péjorativement le parent aliéné (en parlant de lui sous la nomination « l'imbécile », « la sorcière », ...).

Touj ours dans le but d'induire l'irrespect, la deuxième manifestation est plus subtile : le parent aliénant fait référence à l'autre parent en utilisant son prénom (au lieu de dire « Ta mère est au téléphone », il dira « Gloria veut te parler »). Le parent aliéné perd alors son autorité de parent. La troisième stratégie est le changement de nom de l'enfant : la mère attribue à l'enfant le nom de son nouveau conjoint ou si elle est seule, son nom de jeune fille. Le changement peut aussi porter sur le prénom de l'enfant16.

Répétition

Le message aliénant est répété. Telle une propagande politique, ce message finit par être familier pour l'enfant. La répétition intervient également dans l'implantation de faux souvenirs.

16 Dans un contexte de garde alternée, l'enfant continue à être appelé par son vrai prénom chez le parent aliéné, et par un pseudo-prénom chez le parent aliénant (situation confuse pour l'enfant) (Wharshak, 2001b).

Attention sélective

Le parent aliénant s'appuie sur l'ambivalence naturelle de l'enfant envers ses parents. Il attire l'attention de l'enfant sur les seuls traits négatifs du parent aliéné. À l'inverse, les éléments positifs, pouvant équilibrer l'ambivalence, ne sont pas mentionnés. Il existe également une attention sélective subtile : le parent aliénant n'émet aucun commentaire négatif, mais pose des questions qui amène l'enfant à constater des failles chez le parent aliéné.

Jugement hors-contexte

Le parent programmeur juge des comportements du parent aliéné en les tirant de leur contexte. Parfois ce parent provoque délibérément une scène (où il exacerbe la rage du parent aliéné) dans le but de prouver à l'enfant la dangerosité de ce parent (« Regarde comme ton père est violent »).

Exagération

Le comportement de départ du parent aliéné est amplifié. Van Gijseghem (05/11/02) cite deux exemples : si le parent aliéné boit une bière, il est considéré comme « alcoolique » ; si par le passé, le parent aliéné a essayé du cannabis, il devient un « drogué ».

Mensonges

Le parent aliénant donne des fausses informations (négatives) à propos du parent aliéné. Gardner cite l'exemple suivant : au téléphone, une mère a rétorqué (en présence de l'enfant) : « C'est ton opinion, moi je trouve que c'est un très joli garçon ! » (laissant sous-entendre des propos négatifs de la part du parent aliéné).

Révisionnisme

L'aliénateur reconstruit l'histoire de l'enfant. L'implication du parent aliéné est minimisée ou déniée. Une sortie en week-end prévue par le couple est transformée en : « Ce jour-là ton père a insisté pour que nous vous quittions pour le week-end ». Van Gijseghem (05/11/02) cite un autre exemple : l'enfant a dit : « Tu te souviens maman, on était à Walibi ? » et la mère a rétorqué « Oui, et tu te souviens aussi qu'il ne voulait pas te payer de barbe à papa ? ».

Théorie du changement total

Parfois, la relation entre l'enfant et le parent aliéné fut tellement positive que toute tentative pour revisiter l'histoire relationnelle est vaine. L'endoctrineur s'attaque alors au présent (plutôt qu'au passé), arguant que le parent aliéné n'est plus le même qu'avant.

Suggestions et allusions

Le parent aliénant n'a pas forcément besoin d'utiliser le mensonge ou la critique pour émettre un message négatif à l'enfant. Si l'enfant exprime son enthousiasme au téléphone, à propos d'une activité qu'il est en train de réaliser chez le parent aliéné, le parent aliénant peut par exemple répondre : « J'espère que tu ne t'es pas fait mal », signifiant à l'enfant son non-intérêt pour le temps que celui-ci passe chez l'autre parent.

Exploitation

Le parent aliénant encourage l'enfant à exploiter l'autre parent, c'est-à-dire à exiger de sa part de l'argent, des objets de valeur, etc.

Piété hypocrite

La rectitude peut servir de levier à l'aliénation. Le parent aliénant pointe du doigt l'atteinte à la morale. Un commentaire typique est « Je ne peux m'attendre qu'à cela de sa part ».

Religiosité

La droiture est davantage efficace lorsqu'elle est combinée à la religion. Le parent aliénant, sans spécialement exprimer ses convictions religieuses, dénonce des déviances de la part du parent aliéné (« C'est une pécheresse »). Si le parent aliéné dort avec une autre personne, il « viole les lois de Dieu ». La religion a force de loi ; quand le parent aliénant énonce un principe religieux, l'enfant doit l'accepter sans poser de questions.

Concept de « vérité »

L'endoctrineur nomme de façon répétée sa version déformée de la réalité comme étant « la vérité ». Le parent aliénant se sert de « la vérité » pour justifier son dénigrement et montrer sa volonté d'être juste honnête envers l'enfant.

Indulgence excessive

Le parent aliénant est volontairement plus permissif que le parent aliéné afin de séduire l'enfant. Il peut aussi montrer son soutien à l'enfant lorsque celui-ci se plaint du parent aliéné (par exemple en ne le forçant pas à manger).

Empiètement

Le parent aliénant perturbe le temps de garde alloué à l'autre parent. Une technique particulière est de téléphoner et de dire d'emblée, sans tenir compte de l'état de l'enfant, « Qu'y a-t-il ? Estce que ça va ? ». Une autre méthode (toujours au téléphone) consiste à culpabiliser l'enfant (« Comme tu me manques ! »). Enfin, il existe la manoeuvre dont le principe est d'organiser un évènement (fête avec les camarades, journée dans un parc d'attraction, ...) qui se déroule sur le temps de garde du parent écarté.

« Cape et épée »

L'aliénateur donne des directives à l'enfant telles que garder des secrets, espionner le parent aliéné, de dire des mensonges, et voler des documents. Darnall (1999) considère que les secrets, les codes, les rendez-vous clandestins placent l'enfant dans une relation exclusive (avec le parent aliénant) qui exclut l'autre parent.

Conspiration

Le parent aliénant promeut l'aliénation en cherchant le soutien de la part de personnes de son entourage, qui deviennent des co-programmeurs. Quand le co-programmeur est un enfant déjà aliéné antérieurement, il surveille l'enfant cible au niveau de la loyauté envers le parent aliénant.

Conditionnement à la résistance

À l'instar de suggestions posthypnotiques, le parent aliénant prévient les enfants que les personnes qui les questionnent à propos des relations familiales sont des gens qui essaient de les manipuler. Les enfants sont alors encouragés à couper la communication.

Projection17

Les sentiments, impulsions et pensées que le parent aliénant ne reconnaît pas en lui-même sont projetés sur le parent aliéné. Par exemple, le parent aliénant accuse le parent aliéné d'être cruel ; de ce fait, il évite l'aperception de sa propre cruauté.

Rationalisation

Le parent aliénant convainc les autres et se convainc lui-même qu'il ne fait rien de mal18. Aussi, on peut voir le « respect du choix de l'enfant » (de ne plus voir le parent aliéné) comme une rationalisation (qui curieusement ne concerne pas l'obligation d'aller à l'école, ou d'aller chez le médecin).

Parmi les comportements saboteurs listés par Gonçalves (2003, p. 253) et non développés par Warshak, on retrouve :

- refuser de passer les communications téléphoniques,

- intercepter le courrier et les paquets envoyés aux enfants,

- présenter le nouveau conjoint aux enfants comme leur nouvelle mère ou leur nouveau père,

- parler d'une manière désobligeante du nouveau conjoint de l'autre parent,

- refuser d'informer l'autre parent au sujet des activités dans lesquelles les enfants sont impliqués (matchs de sport, représentation théâtrale, activités scolaires, ...),

- empêcher l'autre parent d'avoir accès aux dossiers scolaire et/ou médical des enfants,

- « oublier » de prévenir l'autre parent des rendez-vous importants (dentiste, médecin, psychologue, ...),

- prendre d'importantes décisions concernant les enfants sans consulter l'autre parent (choix de la religion, choix de l'école),

- raconter aux enfants que les vêtements que l'autre parent leur a achetés sont laids et leur interdire de les porter,

- reprocher à l'autre parent la mauvaise conduite des enfants,

- menacer de punir les enfants s'ils appellent, écrivent ou essayent de contacter l'autre parent de n'importe quelle façon.

Van Gij seghem établit une distinction entre :

- le lavage de cerveau (brainwashing)19 : termes choisis, perturbation des communications téléphoniques, création d'une alliance par l'utilisation du « nous », destruction et reconstruction des souvenirs de l'enfant, sarcasmes et interrogations orientées (après la visite chez l'autre parent) ;

- le conditionnement subtil (programming) : abstention (insinuation non développée quant à l'autre parent), présence non nécessaire d'un tiers lors des transitions, aspect de neutralité, obligations créées afin de justifier l'absence de l'enfant aux visites, remarques culpabilisantes, croyances transmises.

Le divorce, en tant que crise dans la vie réveille des sentiments archaïques d'angoisse, de colère, de tristesse et de danger. Le parent projette d'anciennes blessures sur le partenaire et la relation actuelle. Si le parent en vient à endoctriner son enfant, c'est qu'il n'a pas réussi à intégrer de manière structurante l'expérience sensible de la séparation. Se développe ainsi une peur panique de perdre l'enfant, après avoir déjà perdu le conjoint (Von Boch-Galhau, 2002a).

Les peurs du parent aliénant sont profondément ancrées, et présentes dès la formation du couple (Kodjoe, 21/11/03).

Suite à une séparation, il arrive que le parent gardien se plaigne continuellement de ses souffrances et transforme son enfant en aide-soignante (substitut maternel) sans tenir compte des besoins de l'enfant. L'identification au parent qui se désigne comme lésé est « une des formes que Ferenczy (1933) a nommé le "terrorisme de la souffrance". Dans ce processus, un parent, père ou mère, s'attache à l'enfant en en faisant le réceptacle forcé de son malheur » (Berger, 1997, p. 23).

Major (2000) établit que le parent aliénant peut avoir été bloqué aux premiers stade du développement, au niveau de l'individuation. Pour ce parent, il est impératif d'avoir la maîtrise absolue de son enfant. Il ne considère pas son enfant comme un être séparé. Face à une demande de garde alternée, il (elle) a l'impression de devoir se fracturer d'une partie de son corps. Le parent aliénant n'a pas de conscience morale et est incapable de ressentir de l'empathie, ou de considérer un autre point de vue que le sien propre. Il est aussi incapable de faire la part des choses entre la réalité et ses désirs. Il peut décrire un évènement fabulé dans le détail (dans son esprit, cet évènement a eu lieu). Dans le cas du complexe de Médée (Gordon, 1998), la mère est incapable de gérer la séparation. Dans son inconscient, le père et les enfants représentent la même chose, et elle désire leur destruction à tous les deux. Une telle mère présente probablement une structure borderline ou psychotique.

Les motivations du parent aliénant sont très variables. Le PAS peut être motivé par la perte de l'identité parentale, la perte de la famille, l'envie, la rage et la vengeance (envie de punir l'autre parent), la réaction « d'allergie psychologique » à l'autre parent (se référant au besoin de briser la dépendance) (Williams, 1990). Aussi, on peut retrouver comme motivation le préjudice narcissique, la rivalité fraternelle centrée sur le contrôle et l'amour de l'enfant, la dépendance pathologique à l'enfant (servant à combattre les sentiments de perte). Ces motivations ne sont pas conscientes chez le parent aliénant, et elles apparaissent sous des formes socialement acceptables (Dunne et Hedrick, 1994). Le facteur économique est susceptible d'intervenir (un parent divorcé, souvent la mère, peut souffrir des privations financières qu'impose la séparation et devenir aliénant). Il arrive également que le parent aliénant soit surprotecteur et, voyant le monde comme menaçant, conçoive mal qu'une autre personne puisse s'occuper de ses enfants (Chaplier, 2003). D'autres facteurs motivationnels possibles sont la jalousie, la peur de perdre l'enfant, le maintien de la relation maritale, le désir de contrôle et de dominance (Clawar et Rivlin, 1991). Il arrive que le parent aliénant veuille se déculpabiliser de l'échec du couple et cicatriser la blessure narcissique induite par la séparation. Il peut également s'appuyer sur l'enfant pour contrecarrer un état dépressif en l'empêchant d'investir d'autres domaines que le foyer monoparental (Samalin-Amboise, 1994). Lorsqu'un parent dévalorise l'autre et gomme ses propres faiblesses, il tente de sauver son estime de soi. D'autres parents vont investir leur nouveau(elle) partenaire comme un parent pour leur enfant (le réel autre parent devant disparaître). Enfin, certains parents, après s'être sentis humiliés, loin de considérer l'autre parent comme dangereux, estiment tout simplement que l'autre parent doit payer pour ce qu'il a fait (Poussin et Martin-Lebrun, 1997).

Un chapitre du livre de Warshak (2001b) est consacré aux motifs de l'aliénation (chez le parent aliénant) :

- limites pauvres : le parent aliénant ne fait pas la distinction entre ses propres besoins et celui de l'enfant ; il ne considère pas ses comportements comme destructifs pour l'enfant.

- vengeance : certains parents aliénants se sentent rejetés ; une façon de se venger est de priver l'autre parent de ses enfants.

- narcissisme : beaucoup de parents se sentent inférieurs ; une manière de se convaincre de sa supériorité est de médire l'autre parent.

- culpabilité : certains parents divorcés tolèrent mal la culpabilité vis-à-vis de la séparation, et se focalisent sur les failles de l'autre parent.

- insécurité : certains parents doutent de leur capacité à maintenir l'affection de leurs enfants et considèrent l'autre parent comme un concurrent qui risquerait de gagner la compétition.

- recherche de confirmation : certains parents cherchent à être écoutés et validés dans leur ressentiment.

- paranoïa : les individus paranoïaques ont tendance à catégoriser leur entourage comme étant « pour » ou « contre » eux ; les enfants subissent donc la pression pour dénigrer totalement l'autre parent.

- reproduction : un grand pourcentage de parents aliénants ont une relation pauvre ou absente avec au moins l'un de leurs parents ; ce phénomène peut être analysé comme étant une forme de compulsion à la répétition où le parent aliénant inflige à quelqu'un d'autre ce qu'il a subi autrefois lui-même.

2.1.3. Le parent aliéné

Selon Kopetski (1998b), la caractéristique la plus prégnante chez le parent aliéné est la passivité, la complaisance à l'excès, et le submergement émotionnel. Avant la séparation, et en réponse à l'autorité du partenaire, le parent (bientôt aliéné) accepte la critique et les accusations, mais en vient aussi à se questionner sur lui-même. Pour préserver la relation, ce parent se soumet. D'après Gardner (2002c), la passivité du parent aliéné peut jouer un rôle dans le renforcement du PAS. Ayant peur d'imposer des règles strictes, il laisse les enfants devenir davantage antagonistes.

Selon Lamontagne (1998), le parent aliéné peut présenter une légère défaillance du parentage, due aux contraintes de la vie quotidienne (maladie, retour aux études, exigences professionnelles). Par contre, quand Waldron et Joanis (1996) décrivent des parents aliénés comme partiellement responsables (négligence, rejet, ...), Gardner (1998a) pose que le diagnostic de PAS n'est plus applicable.

Stahl (1999) décrit deux groupes de parents aliénés :

- dans le premier groupe, les parents aliénés ont bénéficié d'une bonne relation avec l'enfant avant la séparation. Ils peuvent avoir une tendance à la passivité et une difficulté à gérer leurs émotions. Ces parents aliénés sont dépassés et ne savent que faire face au parent aliénant. Ils ont alors tendance à se détacher, ce qui permet au parent aliénant de renforcer l'aliénation (mettant en évidence « l'abandon »).

- dans le second groupe, les parents sont moins centrés sur l'enfant, sont moins empathiques, et généralement se sont peu occupés de l'enfant avant la séparation (par exemple en tant qu'« accrocs au travail »). Ils reconnaissent difficilement leur propre rôle dans la situation du PAS. Le blâme est communément utilisé par ces parents.

Un parent a davantage de risques de devenir aliéné s'il est perçu par l'autre parent comme étant le responsable de la séparation. Le risque augmente encore si ce parent a été impliqué dans une infidélité ou s'il est engagé dans une nouvelle relation immédiatement après la séparation (Rand, 1997b).

Le vécu du parent aliéné est qu'il est plus difficile de perdre un enfant par le PAS que par la mort (Gardner, 2001c). Cet auteur (1998a) décrit les caractéristiques du parent aliéné :

Confusion et culpabilité

Le parent aliéné, autrefois en bonne relation avec l'enfant, se retrouve maintenant face à un enfant haineux. La plupart des parents se reconnaissent comme victimes. Leur confusion touche à la non-compréhension de la cause du dénigrement. Certains parents se blâment euxmêmes, ce qui leur permet d'avoir une sensation de contrôle (c'est le mécanisme du contrôle de l'incontrôlable). Lorsque le parent identifie la manipulation du parent aliénant et le communique à l'enfant, cela ne fait qu'accentuer l'aliénation (car l'enfant ne peut admettre qu'il ne pense pas par lui-même). Le parent aliéné n'a généralement pas conscience du fait que

l'opposé de l'amour n'est pas la haine mais l'indifférence, et que le comportement de l'enfant aliéné n'est qu'une manière de faire face à la perte forcée d'un parent.

Sentiments de rage impotente

Le parent aliéné sait ne pas pouvoir corriger les fausses informations, le dénigrement, ... infligé par le parent aliénant sur l'enfant aliéné. Cela mène à une énorme frustration.

Situation du non-gagnant

Le parent aliéné est critiqué quand il intervient, et il est critiqué quand il ne fait rien. S'il tente d'avoir un contact avec l'enfant, il est considéré comme harceleur. S'il se retire, espérant que l'enfant vienne de lui-même, il est considéré comme abandonneur. Quoi qu'il fasse, le parent aliéné agit touj ours mal !

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