WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

L''installation de la chambre de métiers du Rhône, années 1920-années 1930


par Fabrice FLORE-THéBAULT
Université Lyon 2 - Maitrise d'histoire 1998
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

Conclusion

À la veille de la seconde guerre mondiale, la séparation de l'artisanat et de l'industrie est loin d'être achevée. La seule création de ces établissements publics représentant officiellement l'artisanat que sont les Chambres de métiers n'a pas été des plus facile. Les industriels des Chambres de commerce ont, tant qu'ils ont pu, essayé d'empêcher la création des Chambres de métiers. Ils ont échoué, et les Chambres de commerce ont perdu nombre de ressortissants, et l'ensemble du patronat s'est vu imposer la création d'une taxe d'apprentissage.

Cet échec des industriels à conserver l'unité du patronat n'est que relatif: la reconnaissance institutionnelle de l'artisanat n'est qu'incomplète. La création des Chambres de métiers est un acte presque unique, qui tranche avec l'ambiance générale qui est à l'uniformisation de la réglementation du monde du travail au profit de la seule grande entreprise. Les réglementations poussent l'artisanat du côté d'un patronat uniforme, au moment même où il cherche à conquérir son autonomie. Il ne s'agit pas seulement pour les artisans de se désolidariser des industriels, il s'agit aussi pour eux d'acquérir une identité propre qui prenne en compte leur double appartenance au monde des patrons et à celui des ouvriers. La proximité avec l'idéologie de ce dernier n'est pas revendiquée, par contre la proximité sociale l'est. Les artisans cherchent à bénéficier des mesures sociales qui améliorent les conditions de vie des salariés. Leur position de patron se révèle être pour eux de plus en plus un handicap.

Cette position limite dans le champ social est sans doute ce qui constitue l'unité de l'artisanat. C'est en tout cas bien ce qui fait l'unité de l'artisanat défini par les Chambres de métiers comme la petite entreprise. Est-ce suffisant pour considérer l'artisanat comme un groupe social homogène? L'unité de l'artisanat revendiquée par tous ses représentants n'est certes pas celle des ressortissants de la Chambre des métiers du Rhône Une différence de comportement évidente sépare la masse des artisans qui prennent cette identité comme une nouvelle étiquette administrative, et le petit nombre des membres actifs des syndicats ou de la Chambre des métiers du Rhône qui considèrent l'identité artisanale comme une évidence économique, sociale et culturelle.

La composition même de l'électorat de la Chambre montre le peu d'homogénéité de celle-ci: la population des maîtres et celle des compagnons obéissent à des logiques différentes, ce qui n'est pas étonnant pour une institution donnant la primauté aux patrons. Les artisans ruraux et ceux de la grande ville ne semblent pas avoir de points communs évidents. L'artisan censé être protégé par la création des Chambres de métiers était l'artisan rural, or l'essentiel des ressortissants de la Chambre des métiers du Rhône, et l'intégralité de ses membres sont lyonnais. La concentration de population en ville fait-elle contrepoids aux conséquences censées être néfastes du développement industriel pour les artisans, ou bien au contraire ce développement industriel est-il la cause non pas d'un déclin, mais d'une croissance de l'artisanat?

La population de chaque « catégorie » de métiers a ses caractéristiques propres. Les «artisans » du textile se détachent nettement des autres par leur proximité avec le monde ouvrier: l'indépendance en amont, par la possession des moyens de production, seule prise en compte par la loi, ne suffit pas pour être artisan, il faut encore ne pas être un simple sous- traitant qui produit pour une clientèle unique. Les « artisans » de l'alimentation ont aussi une position marginale, par leur proximité avec la moyenne entreprise; est-ce parce qu'ils ne connaissent pas la concurrence de la grande entreprise?

Les lignes de rupture sont encore plus évidentes au niveau des représentants de l'artisanat. Les membres de la Chambre des métiers du Rhône, et plus généralement les représentants de l'artisanat vivent dans le Rhône dans un climat très particulier où l'unanimité semble longtemps régner: la Fédération des artisans du sud-est, puis la Chambre des métiers du Rhône, sont en opposition constante avec la Confédération générale de l'artisanat français et avec les propositions des instances étatiques nationales qui suivent les avis de cette dernière organisation. La position de la Chambre des métiers du Rhône est-elle représentative de celle de la majorité des Chambres de métiers? C'est probable: les rapports entre l'Assemblée des présidents de chambres de métiers de France et la Chambre des métiers du Rhône ont touj ours été cordiaux. Valables au départ au plan national uniquement, ces clivages se développent au niveau local: les relations avec le Comité départemental de l'enseignement technique se dégradent au moment de la constitution de la Chambre des métiers du Rhône, et l'unanimité des représentants de l'artisanat du Rhône est sérieusement entamée par l'apparition d'une branche locale de la Confédération générale de l'artisanat français, même si la puissance de la Fédération des artisans du sud-est n'est que peu touchée.

L'ensemble des représentants de l'artisanat cherche à minimiser toutes ces divisions, tant d'ordre social et idéologique que d'ordre économique, et à transformer la situation de l'artisanat d'une position limite entre le patronat et le monde ouvrier en une position stable, valorisée et valorisante. Pour cela tous les efforts sont tendus vers la mise en valeur la haute qualification censée caractériser les artisans. Cette qualification est-elle une réalité? Une étude plus approfondie de la population artisanale serait nécessaire pour apporter une réponse qui ne soit pas que suppositions. Cette insistance sur les qualifications ne permet pas de mettre au second plan l'appartenance à un métier. Malgré la mise en place des Chambres de métiers, l'appartenance à un métier semble toujours primer sur l'appartenance à l'artisanat à la veille de la seconde guerre mondiale.

L'organisation de l'apprentissage par la Chambre de métiers a commencé d'être entreprise. La Chambre de métiers commence tout juste à pouvoir jouer son rôle de réglementation et de contrôle. Elle l'entreprend, mais dans une optique qui n'était sans doute pas prévue par les promoteurs de la loi: la rénovation de l'apprentissage est avant tout le moyen de formaliser les qualifications artisanales, et d'essayer de revoir la définition de l'artisanat de manière corporatiste. L'artisanat imaginé par la Chambre des métiers du Rhône n'est pas uniquement défini par la petite taille de l'entreprise et l'exercice d'un métier manuel enregistré comme artisanal, il est aussi défini par un mode obligatoire d'acquisition des qualifications: l'apprentissage, et par la continuité de l'exercice de la profession en qualité d'artisan ou de compagnon. La Chambre des métiers du Rhône cherche à fermer l'artisanat, à le construire comme un groupe homogène: c'est bien qu'elle reconnaît que cette construction n'est pas achevée.

Cette fermeture corporatiste de l'artisanat est aussi revendiquée afin de rendre légitimes toutes les mesures d'exception qui sont demandées par l'artisanat. La construction d'un statut protégé pour les artisans répond à des critères éthiques: les artisans considèrent en fin de compte que l'artisanat mérite d'être protégé parce qu'il n'obéit pas aux règles de rentabilité à tous prix du capitalisme, parce qu'il perpétue le caractère artistique du travail en petite série, parce qu'il conserve le souvenir d'un fonctionnement plus sentimental que contractuel de la société. Tout le travail de la Chambre des métiers du Rhône est d'essayer de retranscrire ces idéaux dans un langage, justement, contractuel.

Pris entre la définition contractuelle imposée par la loi, et la définition éthique proposée par la Chambre des métiers du Rhône et la Fédération des artisans du sud-est, quelle est l'identité réelle des artisans? La première définition a l'avantage de donner à l'observateur la possibilité de repérer facilement les populations artisanales. Elle facilite les recherches, mais risque aussi de les biaiser: la définition légale de l'artisanat est mobile; elle n'est pas comprise comme une définition suffisante par les artisans. La seconde définition a l'avantage d'être une auto-identification. Elle met en avant toutes les caractéristiques traditionnellement accordées à l'artisanat. Ces caractéristiques sont-elles cependant réalistes? L'artisanat légal est le monde très ouvert de la petite entreprise; l'artisanat idéal des artisans est un corps social d'élite, très fermé et très homogène. Ce sont deux réalités semble-t-il bien distinctes. L'installation des Chambres de métiers ancre l'usage qui veut que l'on parle de la petite entreprise (artisanat légal) en continuant à lui attribuer les caractéristiques plus ou moins mythiques de l'artisanat corporatif d'ancien régime (artisanat idéal).

Abréviations uti lisées

ACSP Association des chambres syndicales patronales

APCMF Assemblée des présidents de Chambres de métiers de France

BP Brevet de capacité professionnelle

CAP Certificat d'aptitude professionnelle CAP

CDET Comité départemental à l'enseignement technique

CEAA Comité d'entraide et d'action artisanale

CGAF Confédération générale de l'artisanat français

CGT Confédération générale du travail

CLP Commission locale professionnelle

CMR Chambre de métiers du Rhône

CSET Conseil supérieur de l'enseignement technique

EFA Examen de fin d'apprentis sage

FASE Fédération des artisans du sud-est

GCAR Groupes confédérés des artisans du Rhône

MOF Meilleur ouvrier de France

SEPR Enseignement professionnel du Rhône (Société d')

UAF Union des artisans français

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Des chercheurs qui cherchent on en trouve, des chercheurs qui trouvent, on en cherche !"   Charles de Gaulle