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L'édition de manga : acteurs, enjeux, difficultés


par Adeline Fontaine
Université Paris VII Denis Diderot - Maîtrise de Lettres Modernes 2005
  

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4. CONCLUSION

Au cours du présent mémoire, nous avons proposé un panel de l'édition du manga en France, de la fabrication de ce dernier à sa parution en librairie.

A travers l'exemple de six éditeurs (Glénat, Tonkam, Casterman, Asuka, J'ai lu et Delcourt), nous avons retracé l'histoire de la bande dessinée japonaise de la diffusion des premiers dessins animés nippons à nos jours.

Cependant, par manque de recul nécessaire, nous n'avons pu étudier les stratégies éditoriales mises en place par certaines maisons qui n'ont été créées qu'en 2004. L'évolution du marché français du manga aura raison d'elles ou celles-ci seront s'y adapter et proposer un éventail de titres foncièrement différents de la production actuelle.

En effet, au regard de la diversité de la production nippone, le marché français est loin de présenter un panel représentatif.

De même, certains éditeurs ne produisant que sporadiquement du manga n'ont pu être retenus dans cette étude.

Il resterait également à aborder la problématique des manhwa (nom donné aux bandes dessinées coréennes) en France. Ces dernières sont en effet de plus en plus nombreuses mais principalement proposées par un seul éditeur. Ce marché peu concurrentiel peut-il mettre à mal celui de la production nipponne en France et a-t-il un réel avenir à l'instar du manga ?

Cependant, cette histoire est différente du point de vue de chacune de ses maisons qui proposent leur propre vision de la production asiatique.

Parmi elles se trouvent trois spécialistes de la bande dessinée (Glénat, Casterman et Delcourt) qui offrent des catalogues diamétralement opposés : celui du premier est relativement commercial, privilégiant des auteurs reconnus et des séries issues de dessins animés à succès, tandis que les deux autres militent pour la reconnaissance du (ou de la) manga, de ses qualités intrinsèques, et au-delà, de la richesse de la culture nippone.

Asuka et les éditions Tonkam n'éditent que des manga. Si ces dernières tenaient jusqu'à lors la position de leader historique avec Glénat, celle-ci est mise à mal par les paris éditoriaux ambitieux de sa concurrente, la maison Asuka qui devait originellement dépendre de leur structure.

Enfin, l'éditeur de poche J'ai lu a, malgré sa santé financière, quelques difficultés à se maintenir dans le marché concurrentiel du manga. Son manque d'originalité aura tôt fait de le rattraper et risque de mettre à mal cette branche de leur activité. La fin de l'année 2005 apportera sûrement quelques réponses quant au sort futur de la collection J'ai lu manga.

Même si la vitalité éditoriale de la bande dessinée en général et de la production nippone en particulier n'est plus à démontrer, la prépublication est néanmoins un échec en France.

Bien que relancée par deux grands éditeurs (Pika et Tonkam), celle-ci ne remporte pas le succès escompté dans l'Hexagone. Magnolia (Tonkam) a pris fin en janvier dernier après treize mois d'existence et Shonen collection (Pika) ne trouve pas un lectorat suffisant au regard de l'investissement financier de l'éditeur.

Ceci tient en partie de la sacralisation de l'objet livre en France. Au Japon, les mangashi* sont destinés à être jetés après une lecture rapide. Ils finissent dans des containers spéciaux prévus pour le recyclage du papier. Dans notre pays, le destin d'un livre est tout autre et, une fois terminé, ce dernier est bien souvent remisé dans une bibliothèque.

De plus, les mangashi* français sont bien plus chers que leurs homologues nippons et bien plus luxueux du point de vue de la reliure et du papier. Le format japonais (hebdomadaire peu coûteux et de mauvaise facture) ne peut être appliqué dans notre territoire au regard du nombre de lecteurs (30.000 à 40.000 pour plusieurs millions au Japon !).

« Je ne pense pas qu'il y ait un avenir lucratif à la prépublication en France. Je ne pense pas que ça va être la nouvelle mine d'or de demain parce que le marché n'est pas le même, parce que les gens qui aiment le manga préféreront toujours acheter des séries en volumes reliés que de collectionner un magazine. »50(*)

Si le manga est un succès éditorial à l'heure actuelle, on peut toutefois affirmer que la prépublication n'a aucun avenir dans l'Hexagone.

Cependant, Pika n'envisage pas pour le moment l'abandon de son mensuel et entrevoit même de publier des auteurs français inspirés par le style graphique nippon.

D'autres projets sont en cours pour 2005 notamment la création en septembre d'un nouveau label manga chez un éditeur spécialisé dans le livre de poche à l'instar de J'ai lu, Fleuve noir. Baptisée Kurokawa, traduction littérale du nom de la maison d'édition, cette collection dirigée par Grégoire Hellot (qui fut journaliste spécialisé dans les jeux vidéos puis libraire) promet quelques innovations.

Elle proposera ainsi un segment «Humour», genre encore peu traduit en France et comportant des risques financiers pour l'éditeur. Le comique est en effet fortement ancré dans la conscience et la culture collectives de chaque pays et d'autant plus différent lorsque ceux-ci se trouvent sur deux continents distincts.

Seront également proposés des manga destinés à un lectorat féminin de tout âge. Le premier, Kimi wa Pet (littéralement, Tu es mon animal domestique) de Yayoi OGAWA est numéro un au Japon auprès des 24/ 30 ans, avec plus de trois millions d'exemplaires vendus51(*).

Le projet d'éditer des romans en lien avec des manga et inversement (à l'instar des adaptations de séries à succès en romans proposées par l'éditeur) est à l'étude mais repoussé à une date ultérieure.

Ce succès n'est pourtant pas dénué d'inquiétudes. En effet, le manga court le risque d'être victime de sa réussite, rançon déjà payé par l'éditeur Muteki qui a cessé toute activité après à peine un an d'existence.

Si la bande dessinée japonaise faisait ses premiers pas il y a une dizaine d'années sur le territoire français, elle connaît une situation proche de la surproduction. Les titres inondent le marché et frôlent les 80 sorties par mois. Dès lors, des mesures vont certainement s'imposer aux éditeurs.

De fait, les rayonnages des librairies s'engorgent et celles-ci, souffrant déjà d'un manque de place lié aux multiples parutions de livres ont face à elles plusieurs alternatives.

La première est de négliger tout un pan de la production notamment la moins commerciale ou la moins diffusée au détriment des petites structures éditoriales.

Il leur est également possible d'effectuer une mise en place plus faible, leur permettant d'avoir plus de choix mais en accroissant la difficulté pour les lecteurs de trouver un tome d'une série déjà ancienne, la priorité étant alors mise sur la nouveauté du fait d'une vitesse de rotation élevée.

Les éditeurs risquent de surcroît des retours importants et les conséquences peuvent être diverses et variées : arrêt de certaines séries, choix commerciaux au mépris de l'originalité et de la qualité, disparition de certaines maisons...

Ce risque d'engorgement peut néanmoins être relativisé. En effet, la France a toujours été un grand producteur et importateur de livres et de bandes dessinées, et ces dernières ne se sont jamais aussi bien vendues que depuis l'entrée du manga dans l'Hexagone.

La diversité de ce dernier permet aux éditeurs de proposer toujours de nouveaux titres, de nouvelles thématiques, et de toucher un plus large public, notamment les femmes, grandes oubliées de la bande dessinée traditionnelle.

Néanmoins, il reste encore au manga à parcourir un long chemin afin d'être reconnu et étudié comme l'est et l'a été la production franco-belge, et de faire oublier son lourd passé de «japoniaiserie».

* 50 Sébastien Moricard, chargé des relations presse aux éditions Tonkam.

* 51 Source : Stéphane Ferrand, « Bilan du marché manga en 2004 », Le Virus manga n°8, mars/ avril 2005.

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