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La mission du représentant Albitte dans l'Ain

( Télécharger le fichier original )
par Jérôme Croyet
Université Lumière Lyon II - Maîtrise d'histoire 1996
  

Disponible en mode multipage

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UNIVERSITE LUMIERE LYON II

LA MISSION DU REPRESENTANT ALBITTE

DANS L'AIN

28 NIVÔSE-18 FLOREAL AN II

MEMOIRE DE MAITRISE D'HISTOIRE DE LA REVOLUTION FRANCAISE

par

Jérôme CROYET

Sous la direction de Serge CHASSAGNE

1996

Ce mémoire , fruit de longues heures de recherche et de travail, n'aurait pas vu le jour sans le concours de nombreuses personnes à qui je tiens à exprimer mes plus vifs remerciements et tout particulièrement :

Messieurs CHASSAGNE et BENOIT pour leurs cours d'Histoire de la Révolution Française dispensés à l'Université LUMIERE - LYON II, sans lesquels je ne me serais jamais intéressé à cette époque passionnante,

Monsieur CATTIN, Directeur des Archives Départementales de l'Ain pour m'avoir permis l'accès au fonds non classé de la série L et à son personnel pour sa patience, son aide et sa disponibilité,

Maître BERGER pour la générosité de son prêt d'archives personnelles,

Monsieur GROS, Secrétaire de la Société d'Emulation de l'Ain pour ses conseils et ses encouragements,

Monsieur Laurent JACQUET pour sa contribution concernant l'histoire de LYON,

Messieurs CONVERT, GELON et SALLET pour leur aide à l'accompagnement informatique,

ainsi qu'à ma famille et à mes proches pour leur soutien, leur compréhension durant mes recherches et la rédaction de cette étude.

BOURG EN BRESSE, 10 septembre 1996

SOMMAIRE

INTRODUCTION

BIBLIOGRAPHIE page 9

CHAPITRE 1

Présentations des acteurs

I : Le département de l'Ain

A : Situation géographique page 19

B : Histoire du département de l'Ain

Jusqu'en 1789 page 21

De 1789 à mai 1793 page 21

La crise fédéraliste (mai-juillet 1793) page 27

La revanche des Jacobins page 33

Le séjour de Claude Javogues dans l'Ain

(19-22 frimaire an II) page 36

Le choc Gouly page 41

Rappel de Gouly et arrivée d'Albitte page 45

II : Biographie d'Antoine-Louis Albitte

A : Ses origines page 47

B : Itinéraire révolutionnaire d'Albitte

A Dieppe page 48

A l'Assemblée Législative page 48

Les premiers pas d'Albitte, représentant du peuple

en mission dans l'Eure et la Seine-Inférieure page 51

A la Convention page 52

En mission à l'Armée des Alpes page 54

III : L'entourage d'Albitte dans l'Ain

A : Les parachutés Lyonnais

Dorfeuille page 60

Vauquoy, Millet, Bonnerot et Darasse page 69

Le général Lajolais page 70

B : Les Sans-Culottes

Blanc-Désisles page 73

Rollet-Marat page 79

Alban page 82

Baron-Chalier page 83

CHAPITRE 2

contexte et motivations

I : Contexte à l'arrivée d'Albitte

A : National page 87

B : Pouvoir et rôle du représentant en mission page 89

C : Contexte dans le département de l'Ain page 91

Les sociétés populaires page 95

Les comités de surveillances page 97

II : Idéologie politique durant la mission d'Albitte

système de représentation

A : Motivations politiques des Sans-Culottes

en nivôse et pluviôse an II page 100

B : Motivation d'Albitte page 110

III : Les particularités de la mission d'Albitte

Description de la ville de Bourg page 119

Les commissaires civils page 122

Les cercles d'influences autour d'Albitte page 126

L'émergence d'une presse politique page 131

Les arrêtés d'Albitte page 134

Chronologie succincte de la mission d'Albitte page 137

CHAPITRE 3

la mission et l'action d'Albitte

dans l'Ain

I : Les mesures de Salut Public :

La politique de répression

Les prisons page 143

Les suspects libérations page 146

Les suspects arrestations page 151

Les exécutions page 157

II : L'organisation du Gouvernement Révolutionnaire

A : Réorganisations et épurations des autorités constituées

Le choix d'Albitte les districts page 162

Les municipalités page 165

B : Albitte et le culte

Les fêtes décadaires page 168

Les abdications page 178

C : Albitte et les démolitions

les arrêtés des 7 et 8 pluviôse an II page 184

III : L'évolution de la politique des Sans-Culottes

Massacres des prisons et attaques

contre les députés de l'Ain page 195

La chute de la municipalité page 206

CONCLUSION

Albitte après sa mission dans l'Ain page 211

Effets de la mission d'Albitte dans l'Ain après son départ

pour les Sans-Culottes page 214

INTRODUCTION

Tiré du mémoire de maîtrise du même nom fait en 1996 à l'Université Lumière Lyon II sous la direction de Serge Chassagne, cet ouvrage aurait très bien pu s'intituler : Albitte, la Terreur dans l'Ain, légende noire et Révolution. Ce n'est pas le cas. En effet le but de ce travail n'est pas d'ajouter des pages, afin de charger la mémoire d'un homme de 1794, mais plutôt de comprendre l'action de ce conventionnel en mission dans un département qu'il ne connait pas.

L'Histoire de la Révolution dans l'Ain se résume pour beaucoup de personne à l'évocation de quelques noms souvent rencontrés au hasard des plaques de rues tel Joubert, Brillat-Savarin ou Thomas Riboud. Mais le seul événement connu de cette époque sont les clochers d'Albitte. Vu de cette façon minimaliste la mission d'Albitte s'entoure d'un voile mystérieux, naviguant entre le mythe et la réalité.

Qui est ce personnage ? Qu'a-t-il fait aux clochers du département de l'Ain ? Ce sont les deux questions que le lecteur est en droit de se poser. Les réponses sont généralement rapides. Afin d'illustrer les propos qui peuvent être tenus à l'évocation du nom d'Albitte, je laisse la parole à un écrivaillon anonyme (qui n'a pas eu ni le courage de ses opinions et de ses sources) qui n'a pour seul mérite "historique" que d'avoir jeté de l'huile sur le feu :

"On peut dire que le règne de notre proconsul et de ses acolytes sema la Terreur aux quatre coins du département . . . on doit reconnaître cependant qu'il fut peu économe des deniers publics et que ses sbires, gens peu recommandables, se conduisirent comme de vulgaires escrocs, féroces sans doute par peur.

Aujourd'hui, les passions et des rancoeurs longtemps vivaces, se sont apaisés et le nom même d'Albitte s'oublie. Il ne reste guère, pour lui garder un sévère ressentiment que les archéologues qui ne lui pardonneront jamais, non sans raisons, d'avoir amputé notre patrimoine artistique de ses clochers romans, de ses tours, féodales mais innocentes. . . Quand la chute d'Hébert entraîna la disgrâce d'Albitte, les habitants de Bourg dénoncèrent sa conduite scandaleuse avec des femmes prostituées. A tort ou à raison, le bruit courait que pour rétablir sa santé affaiblie par la débauche , il n'avait pas craint de compromettre le ravitaillement de la ville en prenant chaque matin un bain de lait"1(*).

Qu'aurait dit cet éminent spécialiste de la "gorge chaude", si Albitte avait agit dans l'Ain, comme Carrier à Nantes, Fouché à Lyon où Javogues dans la Loire ? Sans doute guère plus qu'actuellement. . .

J''ai eu ma première approche du sujet il y a une dizaine d'année avec l'Histoire de l'Ain en bandes dessinées, où la mission d'Albitte y est représentée toujours avec la même simplicité débonnaire et si confortable. Albitte apparaît comme un homme dur, sans âme et sans émotion, qui n'a pour seuls buts que de faire guillotiner les nobles, abattre les clochers et mettre en prison le pauvre Thomas Riboud.

Depuis 1795, l'image d'Albitte et l'historiographie de sa mission dans l'Ain (qui n'est qu'une époque de trois mois dans l'ensemble qu'est la Révolution Française dans l'Ain) sont ressenties plus comme une époque noire qu'un sujet historique étudié objectivement.

Elle a même servie, avec Philibert le Duc et Ch. Jarrin, de champ de bataille politique entre républicains et monarchistes durant la décennie 1870-1880, époque à laquelle la commémoration du centenaire est doublée d'un enjeu politique électoral.

Le Duc, dans son Histoire de la Révolution dans l'Ain, aborde la mission d'Albitte en 171 pages dans son tome 4 et en 144 pages dans son tome 6. "La personne même d'Albitte inspire à Le Duc un rejet à priori : les envoyés en mission se caractérisent par leurs volontés tyranniques.. . . La présentation du représentant en mission installé dans le département reprend en les développant les thèmes et le vocabulaire de l'an III : Albitte est un terrible dictateur qui se complaît dans son rôle sans faire preuve d'une quelconque indulgence envers les hommes et les biens. Homme sans morale, voleur, débauché, il se comporte naturellement en lâche et en intriguant.

Le Duc n'épargne pas non plus l'entourage d'Albitte : une minorité de forcenés factieux, équivoques et démagogues."2(*)

Vision réactionnaire d'un monarchiste aigri que son esprit revanchard promène loin de toute objectivitée historique.

Pourquoi avoir choisi Albitte et sa mission dans l'Ain ?

Tout simplement pour essayer de faire la lumière sur une époque étudiée jusqu'ici sans beaucoup d'objectivité et avec beaucoup trop de passion, en évitant autant que possible de rentrer dans le jeu du pour où du contre. Albitte est venu dans notre département en 1794 et seule l'eternité peut juger ses faits et gestes, le rôle de l'historien est de comprendre les mécanismes tout en se gardant de donner des avis racoleurs.

C'est pour cette raison que je me suis attaché autant que possible et bien que limité par le temps (car une telle étude pourrait donner lieu à plusieurs ouvrages), à replacer l'homme dans son contexte, en cherchant à le fondre dans son époque et non plus à replacer ce moment d'histoire en parallèle avec des considérations contemporaines.

Savoir si Albitte est un homme bon ou mauvais, si son entourage est composé de bandits ou d'hommes vertueux, n'est pas le but de cet ouvrage. Seul le lecteur sera juge et libre de se faire une opinion sur la mission d'Albitte dans l'Ain.

Un des rôles de l'historien est de juger, une fois les passions assouvies, dans la sérénité les événements et les hommes. C'est donc un devoir pour lui de réviser avec objectivité les jugements lorsque certains auteurs3(*) abusent et s'attachent à répéter les injures et les rancunes attaché à Albite et sa mission depuis l'an III, qui a marqué la victoire d'un parti, celui de la réaction, et qui par ce fait jette l'oprobe sur ses adversaires dont faisait parti Albitte.

Les Archives Départementales de l'Ain ont sur le sujet un fonds considérable. C'est avec beaucoup de matériaux que je me suis lancé dans ce travail. Autant que possible, j'ai essayé de faire parler les documents d'époques plutôt que des livres écrits postérieurement.

Outre le fait de replacer la mission d'Albitte dans son contexte, j'ai aussi chercher à voir le rôle de son entourage et l'influence que dernier peut exercer sur le représentant.

La démarche utilisée rompt d'avec les ouvrages précédement écrits sur le sujet. En effet, en faisant appel en grande partie aux procès des Sans-Culottes en l'an III, j'ai essayé de restituer autant que que possible, l'ambiance et l'atmosphère qui pouvait entourer la mission d'un représentant du peuple.

Dans la première partie nous allons parcourir l'histoire du département de l'Ain jusqu'à l'arrivée d'Albitte. Cette histoire a une importance primordiale sur les événements qui sont générés par la présence d'Albitte dans l'Ain. Puis, toujours dans cette même première partie, nous ferons connaissance avec les acteurs principaux de cette mission à l'aide des biographies d'Albitte et de son entourage Lyonnais et Bressan.

Dans la seconde partie, un aspect plus psychologique de la mission sera étudié. Il sera alors question de connaître les raisons possibles et de comprendre les motivations qui ont justifié les actions de ces acteurs durant la mission d'Albitte. Puis nous prendrons connaissance avec la spécification de la mission d'Albitte. C'est à dire l'utilisation de commissaires civils et l'émergence d'une presse militante.

La troisième partie rendra compte de l'exécution des principaux arrêtés d'Albitte, puis de l'évolution politique que la présence d'Albitte a engendrée au sein des Sans-Culottes durant les mois de ventôse an II et germinal an II.

I : sources manuscrites

1 : ARCHIVES DEPARTEMENTALES DE L'AIN SERIE L FONDS CLASSE.

L : Directoire du Département de l'Ain.

L 88 : Registre de délibération du Directoire du Département de l'Ain.

L 98 : Registre des Arrêtés des Représentants en Mission dans l'Ain.

L 274 : Esprit Public.

L 268 : Désarment des terroristes et des sans-culottes de Gex.

L 269 : Fédéralisme.

L 270 : Fédéralisme.

L 278 : Société populaire, correspondance.

L 359 : Démolitions des Châteaux.

1L : District de Belley

1L32 : Registre des arrêtés du directoire du district de Belley.

1L44-1L45 : transcription des arrêtés du directoire du district, du directoire du département et des arrêtés des représentants en mission, concernant les mesures de Salut Public.

1L80-1L81 : Registre de transcription du district de Belley avec les municipalités du district.

1L91 : Accusés de réception de pièces envoyées par le district de Belley.

1L94 : Agenda de l'agent national du district de Belley.

1L98 : Transcription de la correspondance de l'agent national du district de Belley avec les Comités de Sûreté Générale et de Salut Public.

1L99 : Registre de correspondance de l'agent national du district de Belley avec le représentant Gouly.

1L115 : Registre de comptes rendus décadaire de l'agent national du district de Belley avec les Comités de Salut Public et de Sûreté Générale.

1L307 : Abdication des prêtres.

1L311 : Prêtres traitement an II.

2L : District de Bourg

2L26 : Registre de l'agent national du district de Bourg.

2L28 : Registre de correspondance du directoire du district de Bourg.

2L37 : Administration générale canton de Montrevel.

2L39 : Administration générale canton de Treffort.

2L40 : Administration générale canton de Pont-d'Ain.

2L41 : Epuration an II.

2L44 : Sûreté générale .

2L45 : District de Bourg. Comité de surveillance et révolutionnaire

2L46 : Sûreté générale

2L49 : Esprit public.

2L53 : Détenus.

2L55 : Suspect.

2L56 : Terroristes.

2L57 : Mesures anti-terroristes an III.

2J : Fonds arrivés exceptionnellement

2J22 : Fonds T.Riboud

2J23 : Fonds Ph. le Duc

2 : ARCHIVES DEPARTEMENTALES DE L'AIN SERIE L FONDS NON CLASSE

Ancien L219 : Procès de Blanc-Désisles, Convers et consort. .

Fonds non classé

-Registre de rapport et de comparution pour les districts de Trévoux et Nantua.

-Registre du comité de surveillance d'Ornex-Moëns.

-Registre du comité de surveillance de Verny.

-Registre du comité de surveillance de Divonne.

-Registre du comité de surveillance de Nantua.

-Registre du comité de surveillance de Versoix.

-Registres du comité de surveillance d'Ambronay.

-Registre du comité de surveillance de Lagnieu.

-Registre du comité révolutionnaire de la société populaire des Sans-Culottes de Bourg levé contre le fédéralisme. Du 20 septembre 1793 au 14 frimaire an II.

-Registres du comité de surveillance de la société des Sans-Culottes de Bourg-Régénéré. Du 1er nivôse an II au 9 messidor an II.

-Registre du comité de surveillance de Jujurieux.

-Registre du comité de surveillance de St Jean-le-Vieux.

-Registre du comité de surveillance de Villebois.

-Registre du comité de surveillance de Proulieu.

-Registre du comité de surveillance de Loyette.

-Registre du comité de surveillance de St Rambert.

-Registre du comité de surveillance de Chazey.

-Registre du comité de surveillance de Poncin.

-Registre du comité de surveillance de Cerdon.

-Registre du comité de surveillance de Leyment.

-Registre du comité de surveillance du canton de St Rambert, chef lieu de district.

-Registre du comité de surveillance de Douvres

-Registre du comité de surveillance de Château-Gaillard.

-Registre du comité de surveillance de St Vulbas.

-Registre du comité de surveillance de Rement.

-Registre du comité de surveillance d'Ambutrix.

-Registre du comité de surveillance de Vaux.

-Registre du comité de surveillance de Montluel.

-Registre du comité de surveillance du canton de Virieu-le-Grand.

-Registre du comité de surveillance de Ste Julie.

-Registre du comité de surveillance de Vieux d'Oiselon.

-Registre du comité de surveillance d'Hauteville.

-Registre du comité de surveillance de Ferney-Voltaire.

-Registre de dénonciation du directoire du district de St Rambert.

-Registre de la société populaire des Sans-Culottes de Bourg, du 29 floréal an II au 11 thermidor an II.

Arrêtés d'Albitte

-Extrait des registres du Comité de Salut Public de la Convention Nationale du 9 nivôse an II.

-Arrêté du 1er pluviôse, renseignements sur les suspects, les détenus et les prisons.

-Arrêté du 2 pluviôse an II sur les prisons.

-Arrêté du 3 pluviôse an II de mise en liberté de Blanc-Désisles, Rollet-Marat et Convers en double exemplaire.

-Arrêté du 5 pluviôse an II réorganisant l'administration du district de Bourg.

-Arrêté du 10 pluviôse an II élargissant des détenus à Bourg.

-Arrêté du 11 pluviôse an II faisant réintégrer les personnes élargies par Gouly.

-Arrêté du 12 pluviôse an II libérant le citoyen André Collet.

-Arrêté du 13 pluviôse an II mettant en prison des détenus libérés par Gouly.

-Arrêté du 20 pluviôse an II libérant des détenus.

-Arrêté du 24 pluviôse an II élargissant le citoyen Genevay.

-Arrêté du 24 pluviôse an II élargissant le capitaine Laclergerie.

-Arrêté du 24 pluviôse an II autorisant Rollet-Marat à nommer des commissaires pour prendre des renseignements sur les autorités constituées du district de Bourg.

-Arrêté du 24 pluviôse an II faisant transférer les Sans-Culottes de Belley de Grenoble à Belley.

-Arrêté du 24 pluviôse an II nommant Olivier au directoire du district de Bourg.

-Copie d'un arrêté d'Albitte du 28 pluviôse an II qui fait don de la somme de 60.050 livres à la municipalité de Bourg.

-Extrait d'un arrêté du Comité de Sûreté Générale de la Convention du 22 pluviôse an II concernant les fédéralistes de l'Ain à Paris. Contresignée Albitte.

-Copie d'une lettre adressée à Albitte par le Comité de Sûreté Générale de la Convention du 1er ventôse an II sur les exportations de numéraires aux frontières. Contre signé Dorfeuille.

-Arrêté d'Albitte du 3 ventôse an II d'incarcération de Rivail.

-Arrêté du 3 ventôse an II nommant Chaigneau receveur des domaines et des biens des émigrés.

-Arrêté du 3 ventôse an II qui ordonne l'incarcération de Massey commissaire des guerres.

-Arrêté du 5 ventôse an II qui réorganise les administrations du district de Trévoux.

-Copie de l'arrêté d'Albitte du 9 ventôse an II élargissant le lieutenant de gendarmerie Gripière en liberté.

-Arrêté du 12 ventôse an II sur la séparations des sexes dans les prisons.

-Arrêté du 15 ventôse an II sur les prêtres condamnés à la déportation.

-Arrêté du 16 ventôse an II qui requiert les agents nationaux des districts de faire des comptes rendus de leurs opérations au représentant-.

-Extrait d'un arrêté d'Albitte du 17 ventôse an II mettant en liberté des citoyens détenus contre une amende.

-Lettre d'Albitte à Rollet-Marat du 18 ventôse an II.

-Arrêté du 12 germinal an II contre les ex-nobles en double exemplaire.

-Arrêté du 22 germinal an II autorisant Rollet-Marat à procéder à l'installation des nouvelles autorités constituées dans le district de Bourg.

-Réclamation faite auprès de Millet et Bonnerot par un citoyen de Myzérieux du 28 pluviôse an II.

-Lettre de Blanc-Désisles à Rollet-Marat du 22 pluviôse an II.

-Copie de la lettre de Merle de Paris du 30 pluviôse an II.

-Extrait des registres de la municipalité de Bourg du 8 ventôse an II qui reçoit le don de 60.050 livres de la part d'Albitte.

-Conduite du représentant Gouly dans les districts de Bourg et Belley par Baron-Chalier du 14 ventôse an II. Manuscrit de 11 pages.

-Lettre de Darasse à Rollet-Marat du 18 ventôse an II.

-Liste des citoyens qui ont quitté la commune de Bourg pour prendre élirent leur domicile à la campagne depuis 1789. Du 14 ventôse an II.

-Lettre de la municipalité de Bourg au comité de surveillance de Bourg concernant l'arrestation de Gauthier-Cincinatus du 26 ventôse an II.

-Lettre de Ruffin de Pont-de-Vaux à Albitte du 17 germinal an II.

-Adresse des autorités constituées de Virieu-la-Montagne à la Convention nationale sur l'Etre Suprême sans date.

-Listes des ex-prêtres qui ont abjurés leur foi à Belley suivant l'arrêté d'Albitte. Du 5 floréal an II

-Liste des arrêtés du représentant du peuple Albitte et leur exécution.sans date.

-Extrait des registres de la commune de Salavre du 21 pluviôse an II.

-Lettre de Darasse à l'agent national du district de Trévoux du 21 pluviôse an II.

-Lettre de la société des Sans-Culottes de Belley à celle de Bourg, du 13 pluviôse an II sur les persécutions faites aux patriotes.

-Lettre de Darasse à Rollet-Marat du 11 pluviôse an II.

-Lettre du conseil général de la municipalité de Polliat à Albitte sans date

-Note sur la fête décadaire organisée de Trévoux du 30 pluviôse an II sans date.

-Lettre de Dorfeuille au comité de surveillance de Bourg en date du 6 pluviôse an II.

-Lettres de Dorfeuille au comité de surveillance de Bourg du 8 pluviôse an II.

-Projet de désignation des autorités constituées se trouvant à Bourg sans date.

-Lettre du procureur syndic du district de Bourg à celui de Belley sur l'assassinat des Sans-Culottes du 3 floral an III.

-Lettre de Jagot en faveur des patriotes de Bourg du 25 thermidor an II.

2 : ARCHIVES DEPARTEMENTALES DU RHONE

L208 : Lettres de Boisset au Comité de Salut Public et au Comité de Surveillance Général du 5 floréal an III.

-Lettre d'Albitte aux représentants du peuple à Commune-Affranchie du 11 pluviôse an II.

1L208 : Passeport et brevet d'aide de camp de Dorfeuille.

3 : COLLECTIONS PARTICULIERES

Collection M.Berger :

-Cahier de délibération de la Société populaire de Treffort. Manuscrit de 191 pages. Format in°4. Du 29 septembre 1793 au 20 pluviôse an III.

II : SOURCES IMPRIMEES

1 : ARCHIVES DEPARTEMENTALES DE L'AIN FONDS CLASSE

L : Directoire du département de l'Ain

L269 : Fédéralisme.

-Arrêté du conseil général du département de l'Ain, portant qu'il sera député des commissaires près la Convention Nationale. Du 2 juin 1793. Format in° 4. 3 pages de l'imprimerie de Bottier et Legrand à Bourg.

-Le conseil général du département de l'Ain à ses concitoyens. Du 5 juillet 1793. Format in 4. 4 pages sans nom d'imprimeur.

2J : Fonds arrivé exceptionnellement

2J40 : Fonds Thomas Riboud.

-Discours prononcé par Javogues, représentant du peuple, dans la séance de la société des Sans-Culottes républicains de Bourg, le 21 frimaire an II. Format in 4. 4 pages sans nom d'imprimeur.

-Célébration de la seconde décade de pluviôse, à Bourg Régénéré, chef lieu du département de l'Ain. Format in°4. 4 pages de l'imprimerie Philipon et compagnie à Bourg.

-Récit de la décade du 20 pluviôse, célébrée dans la commune de Bourg Régénéré. Format in°4. 4 pages sans nom d'imprimeur.

Ms : Bibliothèque des Archives Départementales de l'Ain.

M 431 : Bibliothèque de la Société d'Emulation de l'Ain.

-Profession de foi de la société des Sans-Culottes de Bourg Régénéré, fait le 28 nivôse an II par Thévenin fils. Format in°8. 6 pages de l'imprimerie de Philipon et compagnie à Bourg.

-Principes républicains et révolutionnaires pour les vrais sans-culottes. Du 1er nivôse an II. Format in°8. 8 pages de l'imprimerie J.B. Kindelem à Belley.

-Récit de la fête civique en mémoire de Marat, de l'inauguration de son buste et de celui de Pelletier, à la société des sans-culottes, fait par le citoyen Blanc-Désisles, maire. Du 20 brumaire an II. Format in°8. 11 pages de l'imprimerie Philipon et compagnie à Bourg.

-Le conseil général de la commune de Bourg Régénéré, à la Convention Nationale. Du 29 ventôse an II. Format in°8. 3 pages sans nom d'imprimeur.

-Fête du décadi 30 pluviôse an II, célébré au Temple de la Raison, à Bourg Régénéré, chef lieu du département de l'Ain. Du 30 pluviôse an II. Format in°8. 6 pages sans nom d'imprimeur.

-P.B.Désisles, officier municipal à Bourg, à ses concitoyens. Du 22 août 1792. Format in°8. 7 pages sans nom d'imprimeur.

-Je suis le cousin du père Duchèsne, foutre. De Millet et Bonnerot. An II. Format in°8. 4 pages de l'imprimerie P.Bernard aux Halles de la Grenette à Commune-Affranchie.

2 : ARCHIVES DEPARTEMENTALES DE L'AIN SERIE L FONDS NON CLASSE

Ancien L219 :

-A.M.Alban, maire de la commune de Bourg, Chef lieu du département de l'Ain à ses concitoyens. Mémoire justificatif de brumaire an III. Format in°4. 18 pages de l'imprimerie de l'Ami du Peuple, 72 rue zacharie, quartier du Pont-Michel à Paris.

-Rollet, ex-agent national du district de Bourg, détenu par ordre du représentant du peuple Boisset, à la Convention Nationale. Mémoire justificatif de pluviôse an III. Format in°4. 7 pages sans nom d'imprimeur.

-Tableau indicatif des crimes commis dans le district de Belley, département de l'Ain. Non daté. Format in°4. De 18 pages sans nom d'imprimeur.

-Arrêté d'Albite du 28 ventôse an II. Format in°4. 2 pages de l'imprimerie Ph.-J.hH Pinet à Villefranche an II.

3 : BIBLIOTHEQUE MUNICIPALE DE LYON

Fonds Coste :

Cote n°114964

-Tableau succinct de la conduite public et privée qu'ont tenu les représentants du peuple en mission dans le district de Belley. Format in°8. Imprimerie Kindelem à Belley. An III.

4 : BIBLIOTHEQUE UNIVERSITAIRE DE LYON II

Fonds ancien :

-Discours du citoyen B.Désisles, dont la Société des Sans-Culottes de Bourg régénéré a arrêté l'impression, le 5 germinal an II. Format in°8. 9 pages de l'imprimerie Gaspard Mesnier fils, imprimeur de la Nation et de la société populaire à Arles an II.

5 : COLLECTION DE L'AUTEUR

Décrets de la Convention nationale :

-Portant nomination de Commissaires chargés d'accélérer le recrutement dans les départements. Du 9 mars 1793. Format in°4. 7 pages de l'imprimerie national d'Haener à Epinal.

-Portant qu'il ne sera laissé qu'une seule cloche dans chaque paroisse. Du 23 juillet 1793. Format in°4. 4 pages de l'imprimerie J.M.Cuchet à Grenoble.

-Relatif aux arrêtés des représentants du peuple près les Armées et dans les départements. Du 7 septembre 1793. Format in°4. 3 pages de l'imprimerie nationale d'Haener à Epinal.

-Relatif à l'intitulé des arrêtés et actes des autorités constituées. Du 5ième jour du 2ième mois de l'an II. Format in°4. 2 pages de l'imprimerie Bouchard à Chaumont.

-Discours de Dorfeuille, aux soldats de la Patrie, au mois de novembre 1791. Nouvelle édition. Sans date. Format in°8. 8 pages sans nom d'imprimeur.

-Discours de M.Désisles, officier municipal, prononcé aux volontaires de Rhône-et-Loire à la séance du 4 mars 1792. Format in°8. 4 pages sans nom d'imprimeur.

-Arrêté d'Albitte du 3 pluviôse an II. Format in°4. 3 pages sans nom d'imprimeur.

III : bibliographie

1 : SOURCES, ETUDES ET OUVRAGES HISTORIQUES GENERAUX

Anonyme : Poésie révolutionnaires et contre-révolutionnaires. Paris l'imprimerie d'Haener à Nancy 1821. 324 pages.

BIJAOUI (R) : Prisonniers et prisons de la Terreur. Paris éditions Imago 1996. 196 pages.

BRAESCH (F.) : Le Père Duchèsne d'Hébert. Paris librairie F.Rieder et Cie 1922.

FURET (F.) : La Révolution. Paris éditions Hachette 1988. 2 tomes. 544 pages. 526 pages.

GARAUDY (R.) : Les orateurs de la Révolution française. Paris Larousse 1989. 239 pages.

GAZETTZ NATIONALE OU MONITEUR UNIVERSELLE : Mai 1789 à novembre 1799. Réimpression Paris 1847-1850. 32 volumes.

LAMARTINE (A. de ) : Histoire des Girondins. Paris éditions Hachette 1870-1871. 4 tomes 566 pages. 578 pages. 564 pages. 555 pages.

MAILLARD (J.) : L'oratoire d'Angers. Paris librairie C.Klincksiek 1975.

MICHELET : portraits de la Révolution française. Paris Librairie Générale Française 1989. 319 pages.

MONTJOYE (C.F.L. de ) : Histoire de la conjuration du Duc d'Orléans surnommé Egalité. Paris sans nom d'imprimeur 1796. 3 tomes. 292 pages. 392 pages. 304 pages.

PALMER (R.) : Le gouvernement de la Terreur, l'année du Comité de Salut Public. Princeton University Press 1969. Traduction de M.H Dumas. Paris Armand Colin éditeur 1989. 359 pages.

RETAT (P.) : La révolution du journal 1789-1794. Paris éditions du C.N.R.S 1989.

ROBESPIERRE (M.) : Discours. Paris Union Générale d'Editions 1965. 312 pages.

ROCHETERIE (M. de la) : Le 21 janvier 1793. Paris librairie de la Société Biographique 1876. 36 pages.

ROCHETERIE (M. de la ) : Le 16 octobre 1793. Paris librairie de la Société Biographique 1876. 36 pages.

SOBOUL (A.) : Les Sans-Culottes. Paris éditions de Seuil 1968 réed.1979. 248 pages.

SOLE (J.) : La Révolution en questions. Paris éditions du Seuil 1988. 413 pages.

VOVELLE (M.) : La Révolution contre l'église. Paris éditions Complexe 1988. 311 pages.

2 : ETUDES ET OUVRAGES HISTORIQUES REGIONAUX

TRENARD (L.) : La Révolution française dans la région Rhône-Alpes. Paris éditions Perrin 1992. 819 pages.

a : Département de l'Ain

Anonyme : Coligny sous la Révolution. 1992 Coligny St Amour éditions du Suran. 143 pages.

ABBIATECI (A.) et PERDRIX (P.) : Les débuts de la Révolution dans les pays de l'Ain 1787-1790. Bourg 1989. 223 pages.

ARENE (D.) : Les citoyens de la commune de Belley réunis en société populaire à la Convention Nationale. Belley an III imprimerie Kindelem. 20 pages réed. in Le Bugey fascicule 61 1974, page 793.

CHAGNY (A.) : Lettres d'Anthelme Brillat-Savarin à Jean-Antoine de Rostaing. extrait des Annales de la Société d'Emulation de l'Ain Bourg-en-Bresse imprimerie Berthod 1955. 19 pages.

DUBOIS (E.) : Histoire de la Révolution dans l'Ain. Bourg-en-Bresse librairie Brochot 1931-1935 réed. 1988 éditions Verso. 6 tomes. 448 pages. 511 pages. 461 pages. 458 pages. 468 pages. 467 pages .

DUBOIS (E.) : La société des Amis de la Constitution et des Sans-Culottes de Bourg. 1791-1794. Bourg-en-Bresse imprimerie Victor Berthod 1930. 85 pages.

DUBOIS (E.) : La société des Sans-Culottes de vendémiaire à floréal an II in bulletin des naturalistes et des archéologues de l'Ain. Bourg-en-Bresse janvier 1931 pages 253-295.

DUBOIS (E.) : La société populaire des Amis de la Constitution de Châtillon-sur-Chalaronne. 1791-1794 in bulletin des naturalistes et des archéologues de l'Ain. Bourg-en-Bresse janvier 1932 pages 183-219.

DUC (PH. le) : Histoire de la Révolution dans l'Ain. Bourg-en-Bresse Martin Bottier éditeur 1879-1884 réed. 1987 Roanne éditions Horvath. 6 tomes. 377 pages. 420 pages. 500 pages. 503 pages. 448 pages. 432 pages.

LALANDE et GROS (A.) : L'éloge de Loubat de Bohan avec L'hôtel de Bohan et François-Philibert Loubat baron de Bohan. Buenc Centre Culturel de Buenc 1977. 16 pages. 34 pages.

Ouvrage collectif : Images et héritages de la Révolution dans l'Ain. Colloque de Bourg-en-Bresse des 6 et 7 octobre 1989 imprimerie du Conseil Général de l'Ain. 236 pages.

P.J.G : La maladie secrète d'Albitte in Visages de l'Ain numéro 76 novembre-décembre 1964. Pages 23-26.

PLAGNE (H.) et PERONNET (M.) : La Révolution dans l'Ain 1789-1799. Roanne éditions Horvath 1989. 136 pages.

COSTES (T.) : Mariages à Bourg-en-Bresse 1791-1802. Bourg-en-Bresse Regain 1990.

COSTES (T.) : Table alphabétique des mariages à Bourg-en-Bresse 1751-1790. Bourg-en-Bresse Regain 1995.

b : Rhône et autres départements :

BENOIT (B.) et SAUSSAC (R.) : Guide historique de la Révolution à Lyon 1789-1799. Lyon éditions de Trévoux 1988. 191 pages.

BOURDIN (Ph.) : Des lieux, des mots, les révolutionnaires. Le Puy-de-Dôme 1789-1799. Clermont-Ferrand 1995.

CURTET (R.) in Les Cahiers du Rhône numéro 14.

GLOVER (M.) : Collection complète des jugements rendus par la Commission Révolutionnaire établie à Lyon par les représentants du peuple en 1793-1794. Lyon imprimerie du Salut Public 1869.

GUILLON de MONTLEON : Histoire du siège de Lyon, des événements qui l'ont précédé et des désastres qui l'ont suivit. Paris imprimerie de Lellere an V.

HERRIOT (E.) : Lyon n'est plus. 3 tomes : Jacobins et modérés 1937 407 pages. Le siège 1938 514 pages. La répression 1939 507 pages Paris librairie Hachette.

LENOTRE (G.) : La compagnie de Jéhu, épisodes de la réaction Lyonnaise 1794-1800. Paris librairie académique Perrin 1931. 296 pages.

PEYARD (C.) : Les jacobins de l'ouest. Thèse Paris I 1993 4 volumes.

TISSOT (C.) : Chalier, Lyon sous la Terreur, la maison 16 rue terme, le pont Morand. Lyon imprimerie Nouvelle Lyonnaise 1935. 25 pages.

VARASCHIN (D.) in Les Cahiers du Rhône numéro 9. 1991.

3 : BIOGRAPHIES

Anonyme : Vie de Louis XVI, roi des français. Paris chez les libraires du Palais Royal 1790. 78 pages.

BIARD (M.) : Collot d'Herbois. Lyon Presse Universitaire Lyonnaise 1995. 225 pages.

COURTINE (V.) sous la direction de C.Mazauric : L'itinéraire d'un représentant du peuple dieppois : Antoine-Louis Albitte. Mémoire de Maîtrise Université de Rouen 1989. 215 pages.

LUCAS (C.) : La structure de la Terreur. L'exemple de Javogues et du département de la Loire. Oxford University Press 1973. Trad. G.Palluau St Etienne Université Jean Monnet CIEREC 1990. 375 pages.

Ouvrage collectif : Les constituants de Bresse, neuf destins dans la tourmente. Bourg-en-Bresse Les Nouvelles Anales de la Société d'Emulation 1994. 190 pages.

Ouvrage collectif : Les conventionnels de l'Ain. Bourg-en-Bresse Regain 1989. 111 pages.

4 : DICTIONNAIRES

BALTEAU (J.) et BARROUX (M.) et PREVOST (M.) : Dictionnaire de biographie française. Paris librairie Letouzey et Ané éditeur 1933.

BROCARD (M) : Bourg de A à Z. Montrevel-en-Bresse éditions de la Taillanderie 1986. 278 pages;

CABOURDIN (G.) et VIARD (G.) : Lexique historique de la France d'Ancien Régime. Paris Armand Colin 1990. 325 pages.

DUFAY (C.J.) : Dictionnaire des personnes notables du département de l'Ain. Bourg Gronier ainé éditeur. 2 tomes 1870.

FURET (F.) et OZOUF (M.) : Dictionnaire critique de la Révolution française. 4 tomes. Acteurs. 1992 466 pages. Institutions et créations 1992 349 pages. Evénements 1992 373 pages. Idées 1992 544 pages. Paris éditions Flammarion.

HOEFFE : Nouvelle biographie universelle. Paris Firmin-Didot frère éditeur 1852.

KUSCINSKI (A.) : Dictionnaire des conventionnels. Paris librairie F.Rieder 1916.

ROBERT (A.) et BOURLOTON (E.) et COUGNY (L.) : Dictionnaire de parlementaires français. Paris Bourloton éditeur 1891.

SOBOUL (A.) et MONNIER (R.) : Répertoire du personnel sectionnaire parisien en l'an II. Paris publication de la Sorbonne 1985. 564 pages.

SOBOUL (A.) : Dictionnaire historique de la Révolution Française. Paris Presse Universitaire de France 1989.

TULARD (J.) et FAYARD (J.F.) et FIERRO (A.) : Histoire et dictionnaire de la Révolution française 1789-1799. Paris éditions Robert Laffond 1987. 1213 pages.

CHAPITRE 1

Dans ce premier chapitre, nous allons faire une approche géographique et historique du département de l'Ain où se déroule la mission d'Albitte, du 28 nivôse an II au 11 floréal. De même, nous allons nous familiariser avec Albitte ainsi qu'avec les personnes qui le côtoyent durant les trois mois que dure sa mission dans l'Ain.

Le département de l'Ain

Dans cette première partie, nous allons faire connaissance avec un département très peu connu des historiens, si ce n'est des gastronomes pour ses spécialités culinaires.

Ceci a pour but de mieux situer et de mieux comprendre la mission d'Albitte, dans son cadre géographique et historique particulier.

situation géographique

Le département de l'Ain est géographiquement composé de quatre régions bien distinctes les unes des autres :

- La Bresse est une plaine vallonnée, traversée de petites rivières dont la principale est la Reyssouze. La Bresse forme un axe sud-est/nord-ouest qui continue au nord de la Saône et de le Loire. Elle est enserrée entre le Massif Central et le Jura, reliant la Bourgogne à Lyon, devenant donc un axe de passage. Bourg, située sur cet axe, est la première ville de la région depuis son premier peuplement celte.

- La Dombes est un plateau légèrement bombé émaillé d'étangs avec des limites de relief très imprécises, mais qui se sépare nettement d'avec la Bresse voisine, par son activité et son paysage.

- Le Bugey, lui appartient à la montagne du Jura, et si certaines vallées comme le Valromey, s'ouvrent assez largements, d'autres très étroites abritent un habitat rare. Les cluses assurent la liaison et sont des passages obligatoires qui assurent aux villes se trouvant sur ces routes (Nantua, Belley) un développement assuré. Les collines du Revermont sont pour le département un axe stratégique et économique qui traverse ce dernier du nord au sud (les ruines de châteaux en sont la preuve matérielle évidente)

- Le Pays de Gex est une très vaste plaine tournée sur Genève et le Léman.

L'Ain jusqu'en 1789

C'est en 1601 par la conquête qu'en fait Henri IV, que la Bresse, le Bugey et le pays de Gex sont rattachés au territoire français. La principauté des Dombes, possession des Ducs de Bourbon-Montpensier, garde son gouvernement (Parlement et Chambre des comptes) jusqu'en 1762 date où elle rejoint les trois autres "pays" au sein de gouvernement de Bourgogne. C'est par l'édit royal de septembre 1781, que la Dombes est réunie, bien malgré elle, à la Bresse plus prospère. Cette réunion n'est pas appréciée par les dombistes qui regrettent l'indépendance de leur province et leur administration particulière. Ces quatre "pays" de droit écrit s'intègrent mal à la généralité de Bourgogne. On y parle un patois franco-provençal, les toitures sont à tuiles creuses et les cheminées dites sarrasines4(*).

A la veille de la Révolution, la noblesse des Dombes et celle de Bresse se réunissent régulièrement à l'Hôtel des Provinces, situé à Bourg. Il y a dans ce conglomérat de régions cinq subdélégués de l'intendant de Bourgogne, Amelot de Chaillou. Il s'agit de Thomas Riboud qui est à Bourg, Janet à Trévoux, Fabry à Gex, Prost à Nantua et Genin de Montègre à Belley.

La Révolution dans l'Ain

de 1789 à mai 1793

L'édit de convocation des Etats Généraux du 24 janvier 1789, "satisfait plutôt les esprits éclairés"5(*) dans les futurs pays de l'Ain. Les assemblées des communautés se tiennent de 8 au 18 mars 1789. Celles des bailliages, elles ont lieu le 17 mars 1789 pour Belley et le 23 mars 1789 pour Bourg, où Thomas Riboud, procureur du roi et subdélégué de l'intendant, fait un discours qui se traduit par la rédaction d'un cahier commun.

Ce cahier, cas semble-t-il unique en France, prend pour base les doléances du tiers et des colonnes sont faites pour les remarques du clergé et de la noblesse. Pour les autres baillages, les cahiers sont rédigés "normalement", un pour chacun des trois ordres.

Dans ces cahiers, "sont. . . balayées. . . les doléances réelles des gens de métiers, corporations (et) à plus forte raison les ruraux"6(*). La noblesse garde l'idée d'un pouvoir royal fort; tandis que le tiers, ne lui accorde que le pouvoir exécutif.7(*).

Dans les doléances la centralisation monarchique est critiquée. Dans plusieurs cahiers apparaît le souhait "d'une nouvelle organisation administrative plus décentralisée"8(*). Les provinces (surtout la Dombes) veulent garder une identité propre et ne pas être comprises dans un ensemble anonyme. Dès 1789 se profile un terrain propice au germe du fédéralisme.

Dès le début de la Révolution le peuple est mis sur la touche, ce qui donnera plus tard une audience toute trouvée et fidèle pour les discours des orateurs sans-culottes en 1793-94.

C'est le 16 juillet 1789, que la population de Bourg prend connaissance des événements des 12 et 13 juillet de Paris. Affolée, la population burgienne demande, par sécurité, au receveur général de faire transporter à l'Hôtel commun les fonds dont il est détenteur et propose d'organiser une garde urbaine pour garder le trésor public. Le peuple en profite pour demander la reformation de la garde bourgeoise qui avait été supprimée par le conseil municipal.

Les événements parisiens entraînent à Bourg un bouleversement plus politique. La municipalité composé jusque là de 7 membres élu par un collège de 23 personnes, est restructurée. Désormais sont admis 2 représentants de chaque compagnies, corps et communautés ainsi que 4 notables. Une correspondance est ouverte avec la capitale et les principales villes de provinces.9(*) Durant cette journée se font déjà remarquer Rollet, Brangier et Braconnier.

Le 18 juillet la nouvelle de la prise de la Bastille pousse quelques burgiens à mettre le feu au château de Challes, résidence des comtes de Montrevel. Mais la présence du maire de Bourg, Chevrier de Corcelles ancien capitaine de gendarmerie, empêche l'attaque.

Le 19 juillet le bruit qu'une troupe armée approche, touche la ville. La Grande Peur n'épargne pas le futur département ce qui entraîne, dès le 20 juillet 1789, la chute de petites bastilles campagnardes où les terriers sont brûlés. Le 20 juillet la municipalité de Bourg assure le roi de sa fidélité et le prie de ne pas mettre d'intermédiaire entre lui et l'Assemblée. La nuit du 4 août provoque un regain de violence, surtout dans les campagnes, où l'on donne une interprétation étendue à l'abolition des privilèges.10(*)

C'est le 25 janvier 1790, que le département de l'Ain est constitué.

Cette réunion de "pays" ne se fait pas sans difficultés en raison des clivages et des inimitiés des anciennes provinces 11(*). Bourg devient, ce 25 janvier 1790, le chef lieu d'un département conglomérat.

En 1790, les nouvelles municipalités sont souvent plus patriotes12(*) que les autres administrations. C'est à ce moment que se mettent en place les premières sociétés populaires. Elles n'ont pas d'organisation précise. Celle de Bourg aurait vu le jour en 1790 et le citoyen Pierre Blanc-Désisles13(*) en serait un des fondateurs14(*), sans doute avec quelques bourgeois comme Duhamel, Riboud et Populus.

Au début de 1791, des sociétés populaires rattachées aux jacobins de Paris (elles sont toutes des Sociétés des Amis de la Constitution), fleurissent dans le département sous l'activisme de certains patriotes bressans. La société de Bourg se dote de statuts et s'affilie aux Jacobins de Paris, en janvier 1791. La société populaire de Pont de Vaux s'affilie le 2 janvier 1791, celle de Trévoux le 24 mars et celle de Châtillon-sur-Chalaronne le 20 avril.

En juillet 1790, la Constitution Civile du Clergé est assez bien accueillie dans notre département.

A la société populaire de Bourg le curé du Chatelard, le citoyen Groscassant-Dorimond fait un discours pour encourager les prêtres à prêter serment. Dans le département près de la moitié des prêtres et chanoines prêtent ledit serment.15(*)

Au mois de juin 1791, quand la Constituante décide de se séparer, "La Révolution est faite"16(*) pour la plupart des membres de la société populaire de Bourg et pour la bourgeoisie. Mais la fuite du roi le 21 juin 1791 et la théorie de l'enlèvement, prônée par le président de l'Assemblée et Lafayette, ne dupe qu'un temps les patriotes de l'Ain pour qui l'image du roi est fortement atteinte17(*). La fuite du roi atterre dans l'Ain le parti monarchiste jusque là peu actif et remet surtout en cause la fin de la Révolution dont rêvaient déjà certains citoyens.

Dès cette époque et sans doute sous l'influence des patriotes les plus avancés18(*) la société de Bourg, phare politique du département, déclare "la patrie en danger"19(*) et annonce : "Vivre libres ou mourir! Voilà notre devise. Nous l'avons juré, et le Français s'ensevelira sous les ruines de sa patrie que de consentir jamais à la résurrection de l'ancien régime"20(*).

Pour les jacobins et patriotes bressans la monarchie s'est détruite d'elle même avec la fuite d'un roi jouant sa carte politique contre son peuple et son pays.

A la suite du massacre du champ de Mars et de la scission des Feuillants et des Jacobins à Paris, le club de Bourg avec Blanc-Désisles comme président, proclame dans une lettre aux Jacobins de Paris son attachement à cette portion du club. Mais par la rédaction d'une autre lettre aux Feuillants, le club de Bourg par l'intermédiaire de la plume de son président, demande à ce dernier de rejoindre les Jacobins. La société rédige une troisième lettre destinée à Pétion afin de lui rendre hommage21(*). Tout en pronant un esprit de conciliation, les patriotes de Bourg montrent leur attachement aux leaders "avancés" de la Révolution face aux modérés partisans de la fin de la "machine à insurrections"22(*) dirigés par Lafayette, Barnave, Duport et Lameth.

EN TÊTE DE LA SOCI2T2 DE BOURG

Avec le début de la guerre, l'Ain (département frontalier à la position éminemment stratégique), devient un lieu de passage pour les troupes qui partent aux frontières. Comme département frontière l'Ain est une place militaire active dont les forts de Pierre-Châtel et de l'Ecluse sont des points importants. A l'automne 1791 des renforts de Rhône et Loire et du Puy de Dôme stationnent vers Belley dans le Valromey, à Nantua, Pont d'Ain et Cerdon. En février 1792, trois bataillons de volontaires sont formés dans le département.

Les événements du 20 juin 1792 à Paris sont connus dans l'Ain le 24. Le jour même, à la société populaire de Bourg, le citoyen Jean-Antoine de Rostaing23(*) fait un violent discours anti-monarchiste, à la suite duquel la société demande au nom des citoyens de la ville que la Constitution soit modifiée et qu'une nouvelle Convention soit appelée dans ce but 24(*).

Un cap idéologique est passé. La fuite du roi, la guerre et le droit de veto "devenu dans ses mains un moyen de paralyser la volonté nationale souveraine"25(*)poussent les patriotes les plus avancés à vouloir une nouvelle constitution et une assemblé qui ne soit pas là pour légiférer avec l'appui d'une constitution morte.

En juillet 1792, les administrations sont aux mains de patriotes issus de la bourgeoisie urbaine et éclairée, dont la grande majorité tient le peuple écarté de la vie politique. Seuls quelques citoyens, à la société populaire de Bourg (les citoyens Rollet, Convers, Rostaing, Duhamel) ouvrent cette dernière au public26(*).

A l'annonce de la suspension de Pétion, les deux grandes villes du département; Bourg et Belley soutiennent (comme tout les bons patriotes de 1792) le député par l'intermédiaire, à Bourg, de Blanc-Désisles et du citoyen Morand, chargés le 5 juillet 1792 par la société populaire de Bourg de rédiger une adresse à l'Assemblée pour réclamer une récompense civique en l'honneur de Pétion 27(*).

Dès lors le département sous l'influence des idées avancées des jacobins bressans et belleysiens suit le cheminement révolutionnaire national, et par certaines actions l'anticipe quelque peu. En effet, le 13 juillet 1792, les citoyens Rostaing et Blanc-Désisles dans un discours à la société populaire de Bourg demandent la suppression de la monarchie et la réintégration de Manuel et Pétion28(*) à la mairie de Paris suite à leur éviction, conséquence des évènements du 20 juin.

Le 22 juillet 1792, la société populaire de Bourg signe une adresse envoyée par le club de Besançon. Cettedernière demande la séquestration dans les chefs-lieux de départements des prêtres réfractaires. Ces derniers commencent à être assimilé à la contre-révolution.

A la fin du mois de juillet 1792, la conduite de Lafayette est jugée suspecte par les jacobins bressans29(*). En effet, personne ne prend la défense du héros de la guerre d'indépendance américaine quand un sociétaire lit une lettre du citoyen Gayet, soldat au 42 R.I., qui dénonce "les différentes manoeuvres que les généraux Lafayette, Lameth. . . emploient journellement pour corrompre l'armée"30(*).

Au même moment le directoire du département fixe ses séances à 6 heures du matin. Les patriotes jugent le nouvel horaire "mal choisi, attendu que c'est le moment où tous les ouvriers sont au travail"31(*). Appuyant et s'appuyant sur le peuple bressan, les jacobins bressans critiquent ce nouvel horaire. Le citoyen Duhamel demande que la séance soit fixée à 17 heures tandis que le citoyen Blanc-Désisles invite le peuple à assister aux séances du directoire du département "pour surveiller les administrateurs"32(*) dont certains commençent à être suspects.

Le 4 août 1792, alors que la Patrie est déclarée en danger depuis le 15 juillet à Bourg, la société populaire accueille 4 marseillais33(*) sur leur route pour rejoindre les armées à l'est du département. Ce soutien inattendu du parti jacobin modèle incontestablement les futurs sans-culottes, non moins par leurs discussions sur la déchéance du roi que par le danger que représentent les prêtres.

Le 15 août 1792 la société populaire de Bourg envoie une lettre de félicitations à l'Assemblée pour la suspension du roi. C'est le 16 août, alors que le citoyen Antoine-Constance Convers est élu président de la société populaire, que l'on apprend à Bourg les événements du 10 août à Paris qui entrainèrent la chute du "tyran".

L'élection de Convers à la présidence de la société populaire marque l'arrivée à maturité d'un mouvement politique patiote plus populaire et plus démocrate face à une majorité de patriotes toujours jacobins mais moins révolutionnaires. Désormais, les deux partis vont cohabiter au sein de la même société.

Le 24 août le citoyen Barquet, principal du collège de Bourg, membre du conseil général du département, fait un discours très emprunt des idées révolutionnaires au nom des professeurs et élèves de son collège. Le même jour, le conseil général du département interdit la circulation de journaux royalistes. Cette mesure montre la détermination des patriotes à vouloir s'engager dans une voie où aucune réaction n'est permise.

La journée du 10 août est vu dans l'Ain comme un succès politique. Mais il instaure dans le département la mise en place d'une politique de chasse aux suspects, tout comme le fait simultanément le conseil général du département de Saône-et-Loire 34(*). "Dès le mois de septembre 1792, le conseil général de le ville de Bourg nomme sept commissaires (dont Rollet) pour procéder au désarmement des suspects"35(*).

A partir de ce moment, la société populaire de Bourg est désertée par certains de ces membres. Le 10 octobre 1792, la société de Bourg reçoit la visite de l'abbé Laussel36(*), curé de St Bonnet du Troncy. Il prononce un discours où il démontre la culpabilité de Louis XVI. Mais son discours si exaltant qu'il soit (on peut, à la lecture de ses articles dans le Journal de Lyon, imaginé la force de son discours37(*)), ne semble pas réunir dans un élan général tous les suffrages d'une société divisée, où les modérés de 1791 ont disparu et où les divisions entre futurs fédéralistes et jacobins avancés se font au grand jour.

Les élections de 1792 mettent à la municipalité de Bourg le parti populaire, plus jusqu'auboutiste qui s'appuit sur les éxigeances du peuple. Ainsi donc, les citoyens Blanc-Désisles, Rollet, Convers, Chaigneau et Alban l'ainé se retrouvent grâce au soutien des plus modestes au conseil municipal.

L'élection d'Alban surtout montre bien deux choses; le rôle grandissant que la petite bourgeoisie est appelée à jouer et, qu'en faisant leur entrée sur la scène politique en septembre 1792 les classes moyennes ne peuvent plus être écartés de la Révolution.

Alors que la Convention se réunit à Paris, une divergence grandissante va opposer le district de Bourg et le département (plutôt modérés) à la Municipalité de Bourg.

Le 16 novembre, les boulangers de Bourg, se plaignent du manque de blé, alors que la récolte a été normale 38(*). A Nantua la peur de la famine s'installe. Partout la psychose des accapareurs et des agioteurs gagnent du terrain. Le peuple pour qui le pouvoir d'achat baisse, se sépare petit à petit des modérés pour se rapprocher des jacobins. L'élection de ceux-ci à la municipalité de Bourg, en est la parfaite illustration.

Le 14 janvier 1793, Blanc-Désisles soutenu par les citoyens Rollet, Reydellet, Dufour et Bottier, fait approuver par le conseil municipal de la commune de Bourg le changement du nom des rues39(*). Pour ces hommes, cet acte marque l'entrée de la France dans une nouvelle ère, qui veut faire table rase de l'Ancien-Régime. Ainsi, la rue des Halles devient la rue de la Révolution, la rue des Bons-Enfants devient la rue de la Fraternité, la Grande-Rue devient la rue Simonneau, la rue de l'Etoile est la rue Brutus, ect. . .

Après la mort du roi, en janvier 1793, la politique contre les suspects est accentuée. La municipalité de Bourg donne sa définition40(*) du suspect. Un mois plus tard, en février93, la municipalité de Bourg élargit le terme de suspect à "tout individu, homme ou femme qui . . ne manifeste pas un suffisant enthousiasme pour les lois révolutionnaires et les mesures de salut public"41(*) et commence la chasse en refusant des certificats de civisme.

Le 9 mars 1793, sont nommés dans l'Ain les représentants Amar et Merlino afin de procéder à la levée du contingent que doit fournir le département au 300 000 hommes de l'échelon national.

Les deux conventionnels arrivent à Bourg le 18 mars. Mais, le 20 mars un courrier exceptionnel apprend aux autorités, ainsi qu'à la population de la ville, l'insurrection vendéenne. Dès lors, la mission des deux représentants va prendre un nouveau tournant. A cause des menaces de danger extérieur et la hantise de complots fomenté par les émigrés à partir des cantons suisses, Amar et Merlino radicalisent la politique révolutionnaire. Le 21 mars ils prennent un arrêté qui ordonne au directoire du département, aux directoires des districts et aux municipalités d'arrêter tous les suspects : "Le père doit dénoncer son fils et le fils son père" dit Amar.42(*)

merlino

Le 22 mars la commune de Bourg, obéissant aux directives des représentants, délivre près de 100 mandats d'arrêt43(*). Mais le district et le département, s'ils approuvent cette mesure, dans un premier temps44(*), la dénoncent rapidement et ne l'appliquent qu'avec beaucoup de réticence. En effet, le 25 mars, le directoire du département décide "que les arrêts domiciliaires ordonnés aux citoyens autres que les ci-devant et les prêtres(sont)levés"45(*)dans la ville de Bourg. Pour la première fois, le département prend le contre-pied de décisions prises par la municipalité de Bourg.

Dès lors un conflit éclate entre les représentants et les administrateurs du département. Par décision du directoire du département les prêtres arrêtés par la municipalité de Bourg, voient leur détention commuée en arrêt domiciliaire et ceux qui étaient en arrêt domiciliaire sont mis en arrêt sur le territoire de la commune. L'opposition présente à la société populaire entre radicaux et modérés, se fait jour désormais dans la vie politique municipale.

Certaines administrations, comme celle de Trévoux, élargiront le 14 mai 1793 les personnes mises en état d'arrestation par les arrêtés d'Amar et Merlino.46(*)

la crise fédéraliste

mai-juillet 1793

Le 19 mai 1793, une députation du département est reçu à la barre de la Convention et y dénonce la politique d'incarcération menée dans le département de l'Ain par Amar et Merlino : "Cinq cents de nos concitoyens gémissent dans les cachots depuis cinq semaines"47(*).

Mais ce qui est le plus dénoncé, ce sont les membres de la municipalité de Bourg, ces "calomniateurs (qui) ont surpris (la) religion des représentants"48(*). On peut penser que la députation à la barre de la Convention fait allusion aux officiers municipaux de Bourg, qui ont délivré des mandats d'arrêt dès le 22 mars. Les pétitionnaires se font l'écho de l'incompréhension de la population bressane face la politique initiée par les conventionnels et les arrestations49(*). Le plus étonnant dans cette pétition c'est la dernière requête50(*) qui montre bien que les repères politiques dans l'Ain sont en décalage avec la politique nationale, bouleversée par la guerre et les événements intérieurs. Les administrateurs du département ont-ils seulement bien lu les pouvoirs conférés aux représentants par les différents arrêtés?

Au mois d'avril 1793, lors de la mise en accusation de Marat le fossé entre les deux partis à Bourg se creuse irrémédiablement; les administrateurs proposent que soit faite une adresse à la Convention contre "l'Ami du peuple" mais Blanc-Désisles en empêche la rédaction..

Ces tensions sont répercutées à la société populaire de Bourg où les séances sont moins nombreuses. Dans le même temps cette dernière est réorganisée.

A partir du 18 mai 1793, le conseil général du département siège en permanence et décrète en raison des "troubles qui désolent plusieurs départements", l'établissement d'une armée départementale51(*). Les aministrateurs se lancent dans la voie fédéraliste.

A ce moment une majorité des administrations et de ses membres dans l'Ain sont dépassés par les événements qui touchent le pays. La pétition du 19 mai 1793 met bien en évidence l'incompréhension des habitants quand des personnes jusque là intégrées à la vie sociale, deviennent suspectes52(*). Le rôle nouveau qu'est appelé à tenir le fonctionnaire public, ne semble pas être compris par les administrateurs sauf par ceux du parti jacobin, qui assimilent très vite, à l'instar de Rollet, les nouvelles fonctions que l'appareil étatique attend d'eux.

Le 27 mai 1793 les administrateurs du département de l'Ain rejoignent les départements de la Côte-d'Or, du Doubs, du Jura et de la Haute-Saône53(*) dans l'idée de réunir les suppléants à Bourges pour former une nouvelle Convention54(*). Le 31 mai 1793 à la suite des événements de Lyon, un nouveau pas vers le fédéralisme est franchi dans l'Ain. Le conseil permanent du département de l'Ain donne l'ordre aux districts de tenir prêtes à bouger les légions de la garde nationale au cas où des "malveillants forcés de quitter Lyon se répandraient dans l'intérieur de ce département et y sèmeraient la division"55(*). La référence à Challier et ses amis ne fait aucun doute.

Le 2 juin 1793, le conseil général du département reçoit deux députés du conseil général du Jura qui leur proposent de rétracter leur décision, entâchée de fédéralisme du 24 mai dernier. En contre-partie, ils proposent de "convenir d'une adresse dont les points capitaux(seront)puisés dans le républicanisme le plus pur. . . et de . . présenter cette adresse à la Convention nationale"56(*). Le conseil permanent accepte cette nouvelle proposition tout en persistant néanmoins dans sa première idée sans se douter de la portée d'une telle décision.

Le même jour alors que les citoyens de la ville de Bourg font une pétition à la Convention (que Blanc-Désisles ne signe pas), le département de l'Isère invite celui de l'Ain à intervenir ensemble dans les affaires lyonnaises. Ce que fait l'administration du département de l'Ain quand le 3 juin, suite à la non-réponse d'une lettre adréssée aux administrateurs de Rhône-et-Loire et aux nouvelles parvenant de ce département, le conseil général du département de l'Ain nomme les citoyens Tardy, vice-président et Jourdan, administrateur du directoire, commissaires "pour se rendre à Lyon, y offrir et interposer, au nom du département de l'Ain, leur médiation et leurs bons offices"57(*).

Le 5 juin, est lu à la société populaire de Bourg "Le journal de Lyon, Moniteur du département de Rhône-et-Loire" du 4 juin contenant la relation des événements survenus à Lyon depuis le 31 mai58(*). A la suite de cette lecture, 3 autres commissaires sont chargés, par la société populaire de "porter aux citoyens de Lyon et aux différentes autorités constituées. . . les regrets de la société sur des événements qui ont fait tant de victime, et leur exprimer tous les sentiments qu'inspire l'amour de la patrie et de ses défenseurs"59(*). La société de Bourg enterrine le coup d'état fédéraliste lyonnais. Les administrateurs du départements de l'Ain sont solidaires des Lyonnais car la ville de Bourg, comme celle de Lyon, a été victime de la politique des représentants en mission et d'une municipalité jacobine. Le bulletin de la Convention arrive à Bourg le 6 juin. La nouvelle de la mise en accusation des députés Girondins est ressentie comme "un grand attentat qui a été commis à Paris le 2 juin"60(*). Immédiatement le conseil général du département invite des députés des districts et des cantons à se joindrent à lui, car "l'administration ne saurait trop s'environner de lumières . . . pour y délibérer conjointement" le temps que la patrie est en danger61(*). Le même jour, réuni aux corps administratifs et judiciaires du district de Bourg en séances publiques, le conseil général demande à la Convention la réintégration des 22 représentants mis en état d'arrestation62(*). Les administrations du département de l'Ain ont poussé le département dans la rébellion fédéraliste.

Le 8 juin 1793, les citoyens Blanc-Désisles, Reydellet et Rousselet sont nommés par la municipalité de Bourg pour calmer les esprits par une proclamation. Cette dernière ( sûrement rédigée par Blanc-Désisles63(*)) n'est pas un appel au fédéralisme, bien au contraire. Elle appelle plutôt à un stoïcisme républicain, entre esprit de sauvegarde (les municipaux bressans ont sans doute peur d'être traités comme la commune lyonnaise de Chalier, pour leur participation plus que volontaire aux arrestations décrêtées par Amar et Merlino le 21 mars 1793) et volonté d'union64(*).

La participation de l'Ain à la crise fédéraliste se trouve encore agrandie, quand le 23 juin 1793, les administrateurs du Jura demandent à ceux de l'Ain de leur envoyer des renforts pour stopper les représentants Bassal et Bernard qui marchent sur le Jura avec de la troupe. A cette demande, les sections de Bourg n'hésitent pas à proposer l'envoi immédiat d'une partie de la garde nationale de la ville. Le 24 juin 1793, après délibération des différentes administrations, 250 hommes de la garde nationale accompagnés d'officiers municipaux, dont Blanc-Désisles et Convers, se mettent en route pour le Jura. Le 25 juin à St Amour, l'élan sacré du départ de Bourg a disparu. Le contingent bressan se demande s'il est bon doit aller plus loin65(*). Prend-il conscience qu'une telle action entrainerait des représailles militaires immédiates et dures contre Bourg ? Est-ce là le fait d'une manoeuvre des officiers municipaux ? Effectivement, on peut penser que Blanc-Désisles et Convers ne pouvant plus s'opposer ouvertement au conseil général du département à Bourg, de peur d'être évincé de leur poste comme les jacobins Lyonnais, préfèrent accompagner le détachement pour le condamner à l'inaction et stopper ainis la rébellion. Malgré une entrée triomphale à Lons-le-Saulnier66(*), le détachement est de retour à Bourg le 30 juin accompagné de deux administrateurs jurassiens et de quarante cavaliers jurassiens dit "plumets rouges".

Le retour de la colonne à Bourg est vivement saluée par la foule. Les plumets rouges ont amené avec eux une tête à l'effigie de Marat au bout d'une pique, à laquelle le feu y est bouté "au milieu des chants et des danses"67(*)de la population. Ce feu de joie a lieu sur place d'Armes (aujourd'hui place de l'Hôtel de Ville). Les officiers municipaux jacobins adoptent devant cette maifestation de la population une attitude complaisante et démagogique. "Blanc-Désisles porte deux fois la parole, l'une au faubourg du Jura, l'autre au balcon de la commune et ses compliments finissent chaque fois par la chanson à la guillotine Marat"68(*). Ce revers de Blanc-Désisles est d'autant plus étonnant que quelques temps auparavant, il se faisait le défenseur de celui qu'il dénigre aujourd'hui. Mais il ne faut pas oublier que désormais le parti "pro-conventionnel", que constitue la municipalité de Bourg, est rendu à l'inactivité par la présence des sections réunies, du conseil général du département siègeant en permanence et la présence de cavaliers étrangers à la ville de Bourg qui auraient tôt fait de supprimer à coups de sabre une éventuelle opposition. Les municipaux devant l'adhérence de la population aux vues fédéralistes du département seraient bien malvenus de clamer leur opposition. Simultanément une fête a lieu et "quarante huit heures se passent dans le vin et la débauche . . un repas est préparé le vin et les liqueurs y abondent".69(*)

Dans le même temps les suspects emprisonnés sur ordre d'Amar et Merlino sont libérés par la foule. Puis l'attention de la foule (peut-être sous l'influence de meneurs), se tourne malgré son précédent revirement, sur Blanc-Désisles qui doit fuir pour se réfugier chez le citoyen Merle, accusateur public, où l'on vient chanter sous les fenêtres "A la guillotine Désisles" en dansant la carmagnole70(*) puis la foule se met "en discussion (pour savoir) si son magasin serait pillé"71(*).

Au même moment, le 29 juin, les administrations de Bourg apprennent, par leur correspondance avec Lyon, que les citoyens Pécolet (président du district de Lyon campagne) et Matheron (administrateurs du district de Lyon ville) arrêtés par Dubois-Crancé, vont passer par Nantua pour aller sur Paris. Le conseil général de département prévient le district de Nantua du passage de ces hommes et l'invite à les dérouter sur Bourg pour les libérer. Mais au lieu de stopper Pécolet et Matheron, la municipalité de Collonges, dans le district de Nantua, arrête et fait amener à Bourg le citoyen Baptiste Gonard 72(*), commissaire du pouvoir exécutif auprès des représentants à l'Armée des Alpes. En même temps arrive à Bourg une lettre "venant d'un contre-révolutionnaire de Lyon" qui dénonce Blanc-Désisles comme un complice de Chalier.73(*).

Le 1er juillet 1793, les fédéralistes décident de se débarrasser de l'opposition que constitue les membres jacobins de la municipalité. Les sections, réunies aux plumets rouges jurassiens, décident l'épuration de la municipalité.74(*)

Le 2 juillet 1793, la révolution du 29 mai de Lyon se répète à Bourg. Les sections réunies à la Salle des Spectacles, sous la présidence du citoyen Populus ex-constituant, votent à 251 voix contre 14 la réorganisation de la municipalité de Bourg.

Quatre jours plus tard le conseil général de l'Ain se constitue en Comité de Salut Public de l'Ain75(*) et réuni aux représentants des cantons, fait venir à lui, le 6 juillet le citoyen Ricard courrier extraordinaire du ministère de la justice auprès des représentants à l'Armée des Alpes, dérouté sur Bourg. Le Comité de Salut Public de l'Ain décide, après un vote, que Ricard passera par Lyon, malgré son itinéraire déjà établi. Ricard refuse de se soumettre. Le Comité de Salut Public du département de l'Ain, décide alors que deux gendarmes emmèneront les paquets de correspondance dont il est chargé à Lyon.

A ce nouvel acte de fédéralisme, seulement deux administrateurs, les citoyens Peysson et Girod, protestent.

Le 7 juillet 1793, un vote des sections organise la nouvelle municipalité. 310 voix contre 14 76(*) sanctionnent l'éviction des citoyens Rollet, Alban, Chaigneau, Convers et Blanc-Désisles de la municipalité. Un mois après Lyon, la ville de Bourg boute hors de son administration les jacobins mais sans faire couler de sang.

Ce vote illégal des sections se fait au moment où les jacobins (malgré leur revirement du 30 juin qui n'a pas dupé les électeurs), sont réduits à l'impuissance et ne bénéficient pas encore du soutien populaire, que leur politique sociale leur apportera à partir de septembre 1793.

Le 5 juillet 1793, devant les hésitations des cantons et districts à envoyer une députation rejoindre le conseil général du département, ce dernier rédige une adresse pour motiver les administrations. En effet, des districts comme ceux de Châtillon-sur-Chalaronne ou de Pont-de-Veyle ne suivent pas le conseil général " parce que, leur a-t-on dit, les principes du département tendaient au fédéralisme "77(*). A cette date seuls les représentants des municipalités et des cantons les plus proches de Bourg se sont joints au conseil général. La population de l'Ain commence à se rendre compte des conséquences possibles engendrées pae les prises de positions fédéralistes des modérés vis-à-vis de la Convention donc du gouvernement institutionnel. Le conseil général se défend des accusations de fédéralisme lancées contre lui et donne ses motivations (qui sont les mêmes qu'à Lyon) expliquant que leurs actions "ne respirent que la liberté, l'égalité, l'unité et l'indivisibilité"78(*). Les administrateurs se lèvent contre ce qu'ils appellent l'anarchie, c'est à dire contre la dictature que le peuple parisien exerce sur la Convention, en ayant fait exclure les 22 députés. Les administrateurs de l'Ain restent dans l'idée qu'il faut maintenir le peuple écarté des affaires de la "Res Publica", de la chose publique : "Républicains sincères et convaincus, ils avaient horreur de cette tyrannie populaire, la pire de toutes"79(*). La République doit être bourgeoise.

Le 9 juillet, quelques uns des exclus de la municipalité de Bourg protestent en vain, contre l'illégalité du vote. Blanc-Désisles voyant la situation bloquée et dangereuse pour le parti qu'il représente, part à Paris porter cette affaire à la barre de la Convention et des Jacobins.

A Paris, Blanc-Désisles loge à l'hôtel de Suffren, rue de Richelieu. Il reste en correspondance avec ses collègues de Bourg. Convers le rejoint le 24 juillet 1793. A Paris, Blanc-Désisles rend visite à son frère mais aussi et surtout à un ami80(*), le citoyen Grammont ex-comédien et lui même très lié avec Vincent81(*), Ronsin, la Commune de Paris et les Cordeliers. D'après le Tableau analytique . . .82(*), il est permis de penser que Grammont ouvre à Blanc-Désisles les portes de la Commune. C'est à ce moment que le bressan adopte les idéaux politiques des Cordeliers et des sections parisiennes.

Les deux jacobins bressans portent aussi leurs réclamations à la députation de l'Ain, avec laquelle ils déjeunent le 10 août 179383(*). Blanc-Désisles et Convers sont emmenés à la barre de la Convention par Amar, et présentent (avec l'espoir de faire annuler les élections du 7 juillet) la situation dans l'Ain. La requête des burgiens est renvoyée devant le Comité de Sûreté Général84(*).

Pendant ce temps Rollet se rend dans les départements voisins annoncer que Bourg est en rébellion et que ce sera "bientôt le noyau d'une nouvelle Vendée"85(*).

Durant la deuxième quinzaine de juillet 1793, le département de l'Ain reçoit par le secrétariat du département de Saône-et-Loire, les procès verbaux de la Convention du 12 juillet 1793, déclarant Lyon hors la loi. Cette lecture refroidit le bel élan fédéraliste des burgiens qui acceptent le 16 juillet la nouvelle Constitution. A Belley c'est avec plus d'enthousiasme que la Constitution est acceptée. Si l'acceptation de la Constitution de 1793 est une preuve de reconnaissance de la Convention dans son état actuel (c'est à dire amputée du parti Girondins), elle sonne le glas du fédéralisme dans l'Ain. A cela s'ajoutent des lettres des représentants Delaporte et Reverchon du 17 juillet qui font part aux administrateurs de l'Ain de leurs "inquiétudes sur la sûreté des convois passant par votre ville(Bourg). . . il est de votre honneur, autant que de votre devoir de faire cesser jusqu'à l'ombre de la méfiance"86(*) et de Dubois-Crancé, Nioche et Gauthier des Orcières du 18 juillet, qui annoncent de Grenoble aux mêmes administrateurs, leur tristesse de voir le département de l'Ain toujours s'entendre avec les Lyonnais87(*). La nouvelle du décret de la Convention du 12 juillet et les lettres des différents représentants en mission donnent le point final à la crise fédéraliste du département de l'Ain, dans la juste peur des administrateurs de se voir traités comme rebelles (et être traités comme tels), ainsi que d'entrainer avec eux Bourg et le département. Mais si ici s'arrête la méfiance des autorités centrales la rancune des jacobins destitués, elle, n'est pas effacée88(*).

Le 25 juillet 1793, le conseil général du département rétracte sa décision du 26 juin, qui envoyait des troupes à Lons-le-Saulnier et qui fixait par là le but de l'Ain et des autres départements : "faire remplacer la Convention qui, déchirée par les divisions intestines, ne saurait faire le bonheur des français, si elle-même ne se fait pas remplacer bientôt"89(*). Pour tenter de faire oublier ses actes de juin et juillet, le conseil général de l'Ain fait preuve d'une grande habilité politique et démagogique, en adressant une lettre à la Convention par laquelle il "déclare de nouveau qu'il a toujours reconnu et qu'il reconnaît la Convention nationale actuelle comme seul centre d'unité"90(*).

la revanche des jacobins

Le prix de la rétractation de l'Ain, pour faire oublier son écart fédéraliste, est de devenir un énorme magasin militaire pour les troupes assiégeant Lyon, Marseille et Toulon, ainsi que pour les troupes sur les frontières.

Les 16.000 à 18.000 hommes qui se dirigent sur Lyon, sont à Bourg du 30 juillet 1793 au 6 août. Il est possible de voir là une vengeance des représentants en mission pour punir une ville qui a ralenti les convois de ravitaillement militaire en juillet. Avec la présence de Dubois-Crancé et Gauthier-des-Orcières, l'administration départementale s'efface, mais une résistance opiniâtre aux ordres des représentants se fait sentir de la part de la population burgienne91(*). Ce sont les districts de Belley et de Trévoux qui ressentent le plus le poids du siège de Lyon. Beaucoup de bugistes et de trévoliens se retrouvent sous les murs de Lyon dans les armées pro-conventionels. Les représentants devant Lyon n'hésitent pas à se servir de ces districts comme réservoir humain.

Avec la présence des représentants en mission, la société populaire semble essayer de se refaire une nouvelle conscience révolutionnaire dans la ligne montagnarde, pour retrouver auprès de la population de Bourg et de la Convention92(*) un semblant de crédibilité. Elle demande le 7 aôut dans une lettre à la Convention que soient déclarés inéligibles tous les prêtres et les nobles pendant deux ans et que ces derniers soient destitués de leur grade93(*) si ils sont militaires. Cette action vise aussi sans doute à maintenir dans leurs fonctions administratives les citoyens membres modérés de la société populaire (considérés comme non-exaltés bien qu'ayant pris part à l'action fédéraliste) afin d'en maintenir le plus possible écartés le peuple et ses orateurs. Mais pour beaucoup la société populaire demeure "aristocrate" car, du fait de sa cotisation élevée, elle reste interdite au peuple. Pour les jacobins réintégrés dans leurs fonctions par un double arrêté du directoire du département et des représentants Javogues et Delaporte, la société populaire des Amis de la Constitution de Bourg ne peut être désormais qu'un obstacle à la politique révolutionnaire.

De Paris, Blanc-Désisles et Convers écrivent à leurs collègues de Bourg et "les invitent à réunir quelques citoyens afin de former le noyau d'une seconde société populaire"94(*). La nouvelle société, dite des Sans-Culottes, siège à la salle de l'Arquebuse, voisinant immédiatement la salle des Spectacles où se tient la société des Amis de la Constitution.

La nouvelle société accueille dans son sein "beaucoup de citoyens vertueux, mais à qui il manquait la lumière"95(*), entendons par la des gens du peuple. Une tribune libre est ouverte aux hommes comme aux femmes. Les membres sont des hommes tous "frères; ils sont tous membres de la même famille; égaux en droits, devenus libres, ils sauront conserver la liberté et l'égalité ou mourir en les défendants."96(*)

La société des Sans-Culottes arrive facilement par son recrutement plus large et ses discours plus égalitaristes à doubler rapidement le nombre de ses adhérents et à provoquer la fermeture de la société des Amis de la Constitution. En effet cette dernière voit ses fonds s'amoindrir comme le nombre de ses membres et le 17 septembre 1793 elle cesse d'exister.97(*)

La société des Sans-Culottes s'abonne au père Duchèsne d'Hébert et l'on y fait "l'éloge d'Hébert, de Chaumette, et de Danton"98(*). Des bustes de Marat et de Lepelletier ornent la salle des séances.

Les orateurs de la société s'attaquent aux autorités constituées, aux propriétaires, aux marchands, aux gens de loi, aux avoués, aux notaires99(*) et à tous ceux qui peuvent représenter le fédéralisme. Ses revendications sont celles des sectionnaires parisiens100(*). Les idées rapportées par Blanc-Désisles et Convers de Paris sont une grande nouveauté pour le département où les notables sont, à quelques exceptions près, les mêmes que sous l'Ancien-Régime. A Belley le même type d'idée est lancée à la société populaire. Là bas, aussi c'est crise fédéraliste qui est le point de départ idéologique de la révolution social : " Assistons tous au assemblées primaires et communales. . .Si les patriotes assistent, les aristocrates ne paraîtront pas, . . . si les patriotes restent chez eux, tous les aristocrates assisteront et feront des choix à leur gré. . . Qui faut-il nommer ? Point de ces ci-devant nobles. . .point de gros bourgeois. . .point ou peu de ci-devant avocats ou procureurs. . .point de modérantiste. . .Citoyens, il nous faut, dans tous les postes, des Sans-Culottes d'effet et d'affection. . . .101(*)

C'est un désir de révolution sociale, initié par la crise fédéraliste, que veulent les Sans-Culottes. Mais cette révolution ne peut pas se faire car les administrations demeurent aux mains des anciens fédéralistes; l'Ain n'ayant pas subi une épuration de ses administrations comme celles du Rhône. On peut se demander jusqu'à quel point les conventionnels de l'Ain et parmi eux Gauthier-des-Orcières, ont préférer passer l'éponge sur la crise fédéraliste (il est vrai mineure) plutôt que de punir le département en promouvant une élite sociale issue de la petite bourgeoisie qui apporterait, avec son ascension, une remise en cause des pouvoirs et de la place de la bourgeoisie dans la vie politique départementale et c'est là justement les voeux des Sans-Culottes.

C'est à ce moment que Convers et Blanc-Désisles reviennent de Paris. Ils annoncent à leur retour "que tous les citoyens doivent trembler et qu'il se prépare contre la commune un événement terrible"102(*). Les jacobins de l'Ain, qu'il convient d'appeler désormais les Sans-Culottes, veulent se venger de leur éviction, par les fédéralistes, de la municipalité en juillet 1793 et purger le département des "aristocrates"103(*).

Le 22 septembre 1793, le comité révolutionnaire de la société populaire de Bourg, dont Blanc-Désisles est président, reçoit une lettre des représentants Bassal et Bernard qui demandent des renseignements sur les bons patriotes et les gens suspects. Au moment où le comité députe 8 de ses membres dans les différents districts pour prendre ses renseignements, des placards incendiaires appelant à l'insurrection sont affichés sur les murs de Bourg104(*). Dans cet état d'urgence qui arrange les affaires des Sans-Culottes, la mission des commissaires est suspendue et le citoyen Merle, seul, se rend à Besançon auprès des représentants du peuple, avec une liste de fonctionnaires à destituer. Merle revient à Bourg le 4 octobre 1793, avec un arrêté des représentants ordonnant la réorganisation des administrations du département. La main mise des Sans-culottes sur les administrations est effective. Cette main mise se fait grâce à la société populaire, son comité révolutionnaire et les représentants en mission.

Le 1er octobre, Rollet est envoyé vers Bassal et Bernard pour porter une liste de suspects à incarcérer ou à destituer et le 2 octobre 1793. Ces suspects sont mis en état d'arrestation et le 5 octobre près de 100 citoyens déclarés suspects sont désarmés à Bourg.

Après l'épuration des autorités siégeantes à Bourg, ce sont celles de Belley qui sont réorganisées.

Après les épurations officielles des administrations les Sans-Culottes de Bourg entreprennent de réorganiser sur le modèle de la société de Bourg, les clubs populaires du département.

Le 3 octobre 1793, la société de Trévoux devient société des Sans-Culottes puis elle même réorganise les sociétés de son district (les sociétés de Beauregard, de Thoissey, de St Trivier). Le 15 brumaire an II, le club de Bourg députe les citoyens Rollet et Ravet à Montrevel pour y réorganiser la société et le comité de surveillance.

Le 20 brumaire an II (10 novembre), la société de Châtillon-sur-Chalaronne se mue en société des Sans-Culottes. A Belley, par contre les deux sociétés cohabitent mal et se font concurrences. La société de Bourg agit dans l'Ain comme une société mère à laquelle son affiliées les sociétés des chefs-lieux de cantons auxquelles sont affiliées les sociétés comunales. Plusieurs d'entres-elles sont affiliées directement aux Jacobins de Paris. Certaines autres s'y affilient grâce aux sociétés de cantons où de districts.

Le 5 brumaire an II (26 octobre) sur une requête des Sans-Culottes de Bourg, le représentant Reverchon organise le Comité Central de Surveillance du département de l'Ain, qui remplace celui de la société des Sans-Culottes de Bourg. Tous ses membres sont sociétaires et beaucoup occupent déjà d'autres fonctions105(*). Les Sans-Culottes disposent d'un outil puissant pour imposer leur volonté aux modérés, ils ont désormais le pouvoir d'incarcérer sur l'étendue du département. Le 6 brumaire an II (27 octobre) les membres du nouveau comité prêtent serment et approuvent les arrestations ordonnée par le précédent comité; le même jour, ils font incarcérer les fédéralistes106(*).

"Bonnets rouges,. . . sabres traînants et. . . moustaches"107(*), les Sans-Culottes en regroupant les fédéralistes et tous les opposants à la Nation dans les prisons commencent à craindre un complot venant desdites prisons. Cette crainte qui ne fait qu'augmenter les pousse à vouloir se débarrasser des prisonniers, qui même en maison de détention demeurent un danger politique108(*) réel, pour eux. Cette décision de punir par le fer les fédéralites, les traitres au nouvel ordrre républicain vainqueur des insurgés fédéralistes et contre-révolutionnaires ne peut qu'êter monté en exergue par les épurations qui ont lieu au même moment à Commune-Affranchie, et auxquelles prend part un Bressan, le citoyen Merle en tant qu'accusateur public du Tribunal Révolutionnaire de Lyon dont Dorfeuille est le président.

Le 17 frimaire an II (7 décembre 1793) suite à la lecture d'une lettre des représentants Reverchon et Gauthier-des-Orcières, sur l'illégalité du cumul des mandats, les Sans-Culottes voyant sans doute la fin de leur main mise politique, députent Blanc-Désisles à Mâcon auprès de Javogues, afin de ne pas perdre le contrôle de la situation par la perte de postes administratifs.

le séjour de Claude Javogues

dans l'Ain : 19 - 22 frimaire an II

Le 18 frimaire (8 décembre) Blanc-Désisles se rend à Mâcon en compagnie de sa femme109(*). Avec le soutien de celle-ci, il demande à Javogues de venir dans l'Ain. Proposition que le représentant accepte après quelques rétiscences.

Le 19 frimaire an II (9 décembre), Blanc-Désisles est de retour à Bourg 3 heures avant l'arrivée de Javogues qu'il accueille avec un discours place Marat (actuel place de l'Hôtel-de-Ville). Javogues est venu avec 400 hommes de l'Armée révolutionnaire parisienne en route pour Lyon avec à leur tête Ronsin.

Grâce la présence de Javogues et de l'Armée Révolutionnaire Parisienne, la politique des Sans-Culottes va pouvoir s'exercer. Le 20 frimaire an II (10 décembre), Blanc-Désisles répartit une taxe révolutionnaire suivant les quartiers110(*). Chaque quartier est confié à un détachement de l'Armée Révolutionnaire Parisienne avec à sa tête deux officiers municipaux. Ils se mettent à la recherche du numéraire, de l'argenterie et parallèlement une première oeuvre de déchristianisation se fait sporadiquement par les officiers municipaux, par l'autodafé de livres et de symboles religieux.

Tout ces enlèvements se font avec un reçu; mais quelques illégalités sont commises.111(*) Seule, semble-t-il, le population aisée de la ville est soumise à cette taxe112(*), qui allie vengeance sociale et besoin national.

L'incompréhension et la surprise devant cette action sont souvent totales chez les perquisitionnés qui n'ont pas l'habitude de ce genre d'événement.

Javogues à Bourg imprime la démarche révolutionnaire désirée par les Sans-Culottes et la dépasse même lors de son discours à la société des Sans-Culottes le 21 frimaire an II (11 décembre).

Dans ce discours Javogues accentue le fait que la Révolution après avoir été politique doit être sociale113(*) pour être complète et dirigée contre "messieurs les honnètes gens"114(*).

Javogues, dans la fièvre des esprits qui suit la chute de Lyon, ordonne "qu'il faut que cette place (place d'armes devant l'Hôtel de ville où fut brûler l'effigie de Marat, le 30 juin 1793). . .soit le tombeau de leurs crimes"115(*)

Ce discours donne les principes politiques qui vont désormais régir le département de l'Ain.

Avec un tel discours, Javogues ne peut que répondre positivement à la requête que sollicite Blanc-Désisles116(*). Javogues met en place un Commission de Justice Populaire.. Les Sans-Culottes sont nommés aux places de président, accusateur public et juges.

Il se passe à Bourg, le même cheminement événementiel qu'à Lyon. Bourg a été fédéraliste comme Lyon, pour les Sans-Culottes la commune doit donc être traitée comme telle. Le 12 octobre 1793 Merle est nommé accusateur public de la Commission de Justice Populaire de Lyon, (où Tribunal Révolutionnaire de Lyon, que Dorfeuille préside du 10 brumaire (31 octobre) au 9 frimaire an II (29 novembre)). La correspondance qu'il garde avec ses amis sans-culottes de Bourg, peut leur indiquer la marche à suivre.

Le 21 frimaire an II (11 décembre) Baron-Chalier et Rollet-Marat117(*) sont nommés par Javogues, commissaires dans le district de St Rambert pour mettre en état d'arrestation les personnes suspectées de s'être rebellées avec Lyon.

Dès les premières mises en état d'arrestation, les représentants de l'Ain à la Convention, (avertis sans doute par leur famille de la politique que prévoient les Sans-Culottes), décident de modérer les ardeurs de ces derniers en envoyant dans l'Ain et la Saône-et-Loire un homme plus calme.

Gauthier-des-Orcières et Jagot, proposent le conventionnel Gouly.118(*) Sur le rapport du Comité de Gouvernement, la Convention nomme par décret le 14 frimaire an II (4 décembre) Benoît Gouly, représentant dans l'Ain et la Saône-et-Loire.

Selon le "Tableau analytique. . ." page 15, Blanc-Désisles aurait été mis au courant de la venue de Gouly par sa correspondance avec Paris; d'où la venue éclair de Javogues et la mise en place rapide de la Commission de Justice Populaire.

Gouly ne connaît de la situation du département de l'Ain, que ce que les conventionnels du département lui ont dit.

le choc Gouly

Gouly arrive à Bourg le 22 frimaire an II (12 décembre). Il est accompagné du citoyen Favélas, son secrétaire natif de Bourg, ainsi que de Rivail.119(*)

Benoit Gouly est natif de Bourg mais n'a pas grandit dans le département de l'Ain. Suite à des études de médecine à Bourg et à Paris, il s'embarque pour l'Ile de France où il débarque en 1772. Là bas, il exerce sa profession de chrurgien et obtient sa maitrise en chirurgie le 1er Mai 1778. Il exerce alors comme chirurgien major à l'hôpital. Mais simultanement, il fait fortune grâce aux plantations. C'est un homme de la bonne société local et esclavagiste convaincu (il possède 49 esclaves).

Gouly, bien que partisans des idées nouvelles en 1789, n'en demeure pas moins un homme de l'ancien-régime qui a bati sa fortune sur l'esclavagisme. Bien que membre du club des Jacobins, c'est un bourgeois modéré qui sous des traits d'ardent patriote, laisse transpirer son hypocrisie et sa démagogie politique. Gouly est un adepte de la langue de bois jacobine120(*).

A son arrivée, après un entretien, Javogues repart en pensant que Gouly continuera dans l'impulsion qu'il a donnée. Mais Gouly, à la plus grande surprise des Sans-Culottes, suspend la Commission. Il justifie son action dans une lettre au Comité de Salut Public : "les représentants du peuple dans les départements qui ne sont point et n'ont point été en rébellion, n'avaient point, à mon avis, le droit de constituer un pareil établissement"121(*). Gouly dénonce implicitement Javogues et prend le parti de Gauthier-des-Orcières qui vise à minimaliser la crise fédéraliste bressane en évitant une effusion de sang. Si cette idée est sincère de la part de Gauthier-des-Orcières envers les habitatns de l'Ain, pour Gouly, c'est une démarche proprement calculée. En effet, sa mission dans l'Ain va être à la mesure du personnage, jusqu'au boutiste par moment puis éminament modéré à d'autre.

Dès le 22 frimaire an II 12 décembre), Gouly va à l'encontre de la politique et des mesures prises par ses successeurs dans l'Ain. Mais il active la politique antireligieuse, "le fanatisme, dans ce département, a besoin de grandes mesures et de beaucoup de prudence pour être anéanti sans commotion dangereuse" écrit-il dans sa lettre du 23 frimaire (13 décembre) au Comité de Salut Public.122(*) Mais la prudence que prône Gouly va à l'encontre des souhaits de la sans-culotterie bressane.

A son arrivée à Bourg le 22 Frimaire (12 décembre), la ville est en effervescence. Les hussards du 1er régiment et la population, n'écoutant plus les officiers municipaux, sont sur le point d'en venir aux mains avec les hommes de l'Armée Révolutionnaire, qui ont arrêtés trois hussards dudit régiment et qui comptent bien les faire traduire en justice à Commune-Affranchie. Le départ de Javogues et des soldats de l'Armée Révolutionnaire calme les esprits.

Gouly à son arrivée est l'espoir des modérés et des Sans-Culottes. Il ne peut donc que s'attirer la rancoeur de l'un des deux partis, si ce n'est pas des deux.

La présence de Gouly dans l'Ain, au moment ou les Sans-Culottes allaient obtenir leur vengeance et son esprit de modération, sont des facteurs primordiaux qui aura de grandes retombées sur la mission d'Albitte.

Gouly réunit les autorités constituées pour les épurer car il se rend vite compte que certaines administrations comptent encore des fédéralistes. Il est à noter ici, le laxisme de Gauthier-des-Orcières par rapport à la dureté dont il fait preuve à Lyon.

Le 24 frimaire an II (14 décembre), Peysson, administrateur fortement soupçonné de fédéralisme, attaque à la société populaire Blanc-Désisles et l'accuse devant le représentant, d'être un fédéraliste. A cette attaque, Convers traite Blanc-Désisles de scélérat. Devant une telle scène, la confiance de Gouly en Blanc-Désisles disparaît. Le soir même, à 22h, les Sans-Culottes, alors réunis chez Rollet-Marat123(*), se promettent "mutuellement appui envers et contre tout". Ce serment qui soude les patriotes bressans contre Gouly, les soude aussi contre toutes les attaques dont ils seraient désormais les cibles, faisant du cas individuel un cas commun. Peysson et Convers, présents chez Rollet-Marat, présentent leur excuse à un Blanc-Désisles humilié dans sa ferveur patriotique.

Gouly en pensant rétablir la concorde au sein de la population de la commune de Bourg et de la société populaire, après avoir menacé de la dissoudre, fait admettre comme sociétaires des membres de l'ancienne société des Amis de la Constitution. A ce geste, les membres Sans-Culottes du directoire du département démissionnent. Gouly les remplace par Baron-Chalier et Blanc-Désisles, qu'il tient à éloigner de la Municipalité. Ce changement de poste du maire de Bourg est ressenti par les Sans-Culottes, comme une destitution faite pour aider les aristocrates.124(*)

Le 25 frimaire (15 décembre) Gouly fait libérer et réintégrer à son poste, Bugey ex-procureur syndic du département durant la crise fédéraliste.

Puis, après avoir réorganisé le comité de surveillance de Bourg et le district, Gouly part pour Belley le 27 frimaire an II (17 décembre), pensant avoir ramené le calme dans la cité bressane.

Gouly et son entourage arrivent à Belley le 28 frimaire (18 décembre). Là, ils trouvent une situation de guerre civile ouverte. Malgré des signes de réconciliation, la société des Sans-Culottes (soutenue par le comité de surveillance) et la société des Amis de la Constitution s'affrontent. Le maire de Belley, Brillat-Savarin est en fuite. Pour stopper cette situation de guerre civile entre fédéralistes et sans-culottes, Gouly ordonne le 29 frimaire (19 décembre) l'arrestation "sans exception, (des)ci-devants nobles, (des)prêtres et (des) prêtres non mariés"125(*) qu'ils jugent responsables des troubles. Gouly innove en mettant en place dans l'Ain une politique d'arrestation générale des membres d'une même classe sociale. Cette action est encore inédite jusque là, même si la municipalité de Bourg en avait plus ou moins tracée une frêle esquisse avec sa définition du terme de suspect en janvier 1793. Bien que modérant l'ardeur des plus exaltés des Sans-Culottes, Gouly marque le pas d'une politique "anti-aristocratique" nouvelle qu'aucun représentant en mission n'avaient essayé jusque là. Le même jour il dissout la société des Amis de la Constitution, jugée fédéraliste.

Le 4 nivôse (22 décembre), Gouly réorganise le comité de surveillance, la municipalité et le district de Belley.

Dans un élan de modération, alors qu'il décrète d'état d'arrestation Brillat-Savarin, maire et ex-constituant, ainsi que le vicaire de Belley Savarin avec ordre de les conduire au Tribunal Révolutionnaire de Paris; Gouly fait mettre en état d'arrestation Bonnet, Thorombert et Carrier, les leaders du mouvement jacobins belleysien, pour avoir outrepassé leur fonction et agi arbitrairement. Mais sous ces arrêtés, se découvre comme à Bourg-Régénéré, le dessein de vouloir éloigner des principales villes du département les fauteurs de troubles; coupant ainsi les factions de leurs chefs. De même Gouly cherche à réconcilier la Révolution avec le plus grand nombre de personnes possibles en ouvrant les prisons aux personnes qu'il juge patriotes.

C'est pour cela que le 4 nivôse (24 décembre), Gouly, fait libérer malgré son arrêté du 29 frimaire (19 décembre), 8 prêtres, 5 nobles, 14 religieuses, 8 cultivateurs, 2 notaires, 1 médecin et 4 citoyens.126(*)

A Gex le 12 nivôse (1 janvier), Gouly s'attaque au problème des frontières. Il épure la municipalité accusée de complicité avec des contrebandiers et prend le même arrêté qu'à Belley (celui du 29 frimaire) en y incluant les ex-agents seigneuriaux et les négociants spéculants sur les denrées de première nécessité. Le 14 nivôse (3 janvier), le représentant apprend que malgré ses précautions, les chefs sans-culottes belleysiens gardent des relations avec leurs partisans. Il décide de les faire transférer à Grenoble. Cette représaille de Gouly ne laisse pas inactifs les "frères" bressans, pour qui le serment de soutien mutuel ne s'arrête pas aux bornes du district de Bourg.

Mais plus draconien encore est son arrêté du 14 nivôse, qui supprime le district de Gex en le réunissant à celui de Nantua. Le 16 nivôse (5 janvier), Gouly lève une taxe sur les riches célibataires dans les districts de Gex et de Nantua.

Malgré une politique nouvelle d'arrestation et de taxe, Gouly s'attire la haine des Sans-Culottes de Bourg, Belley et Gex. Son envie de mener sa mission à bien tout en n'étant le sujet d'aucune faction, le conduit au discrédit par les autorités administratives des districts, sur lesquelles reposent l'ultime chaînon du Gouvernement Révolutionnaire.

Dès le 13 nivôse (2 janvier) Reydellet lui écrit de Bourg : "te voilà déjà en proie aux calomnies; l'on crie ton modérantisme"127(*).

En effet un pamphlet anonyme "Les aventures du petit Gouly, suivis de sa promenade, de ses confessions et de sa mort arrivée le même jour"128(*) est diffusée dans l'Ain. A la Convention, Deydier, député fortement soupçonné par les sans-culottes de modérantisme, soutien l'action de Gouly.

A Bourg-Régénéré, il est ouvertement attaqué à la société populaire par Merle de retour de Commune-Affranchie, Alban et Gallien. Des sans-culottes de Mâcon sont même députés à Paris pour parler à la barre de la Convention contre Gouly.

Les Sans-Culottes voit en Gouly, d'une part le destructeur de leurs efforts depuis octobre 1793 dont la présence de Javogues et l'installation de la Commission Populaire marquaient le point d'orgue; mais aussi le contrepoid à pouvoir qui favorise un parti de jacobins plus modérés issu de la faction des Sans-Culottes comme celle des fédéralistes. Ces hommes de la modération jacobine pourraient être Rivail, Reydellet, Favélas et Buget.

Le 1er nivôse an II (21 décembre), 37 membres de la société populaire de Bourg, dénoncent Blanc-Désisles et le comparent à Néron, Rollet-Marat au diable et Thévenin à un nouveau Nabuchodonosore. Les propos sanguinaires des Sans-Culottes vis-à-vis des fédéralistes (que la présence de Gouly à sauver de la mort par la suspension de la Commission Populaire) effrayent sans aucun doute les sociétaires intégrés par Gouly.

Gouly devant les attaques de modérantisme dont il est victime, emploie l'hypocrisie pour rester dans les bonnes faveurs du Comité de Salut Public. Il écrit lettres sur lettres avec "grandiloquence et dramatisation"129(*) le donnant pour un martyr, de peur que ses penchants modérantiste ne soit effectivement mise à jour.

Ce dernier, mis au courant des agitations de Bourg, décide pour endiguer le mouvement de dénonciation qui le vise aussi bien dans l'Ain qu'à Paris, d'agir à Bourg comme à Belley; et le 17 nivôse (6 janvier) de Ferney, il décide la mise en arrestation de Blanc-Désisles, Rollet-Marat et Convers.

L'arrêté est reçu à Bourg le 19 nivôse (8 janvier). Alors que Blanc-Désisles et Rollet-Marat sont arrêtés, Convers à le temps le matin de se rendre à Mâcon avec Laymant. Quand il revient le 21 nivôse (10 janvier) et qu'il rejoint ses deux compagnons il les prévient "que les représentants du peuple Albitte et Fouché de Nantes devaient arriver de Commune-Affranchie dans deux jours"130(*)

Toujours le 19 nivôse, Peysson le détracteur de Blanc-Désisles est aussi arrêté pour actes de fédéralisme et pour avoir une correspondance avec Tardy et Pagès, fédéralistes pour lors en fuite.

Le 19 nivôse au soir, à la société des Sans-Culottes de Bourg, Alban soutenu par les citoyens Duclos, Juvanon, Laymant, Martine et Chaigneau131(*) adoptent une dénonciation proposée par Juvanon. Cette dénonciation du représentant Gouly, adressée au Comité de Salut Public comporte 36 points. Les Sans-Culottes dépeignent Gouly comme "un scélérat qui avait élargit les aristocrates et mit en arrestation les sans-culottes"132(*)

A Commune-Affranchie, les attaques contre Gouly sont entendues.

rappel de Gouly et

arrivée d'Albitte

Des commissaires envoyés par les représentants à Commune-Affranchie dans les districts de Gex et de Montluel, informent le Comité de Salut Public de l'action de Gouly dans l'Ain.133(*) Le 14 nivôse (3 janvier), le Comité de Salut Public rappelle à Albitte que le département de l'Ain est confié à sa vigilance et l'incite à aller voir ce qu'il s'y passe : "toutes les fois que tu croiras utile de te déplacer, tu instruiras le Comité du lieu actuel de tes opérations."134(*)

Cette anarchie des pouvoirs caractérisant (selon C.Lucas) la période de brumaire à nivôse an II (octobre-janvier 1793) montre bien, par la double fonction d'Albitte (représentant auprès de l'Armée des Alpes chargé du département de l'Ain) et par les pouvoirs de Gouly dans l'Ain, que les dissensions intestines des Jacobins à Paris entre partisans de la Commune et élus provinciaux fidèles à la suprématie de la Convention sur les faubourgs. Gouly est soutenu par Gauthier-des-Orcières et Merlino à Paris et Albitte par Collot d'Herbois qui est proche des Cordeliers.

La position délicate de l'Ain est claire pour Albitte, qui en vendémiaire an II dans une lettre à un de ses collègues, dénonce cette anarchie géographique : " la mission des représentants du peuple, envoyés par le décrêt du 29 Avril près l'armée des Alpes, s'étend depuis l'Ain jusqu'au Var; celle des représentants Reverchon, Javogues et Laporte est spécialement pour les départements de Rhône-et-Loire, Saône-et-Loire et l'Ain. Enfin les représentants du peuple Bernard et Bassal sont envoyés pour le Doubs et l'Ain; en sorte que le même département de l'Ain se trouve soumis à trois autorités différents."135(*).

Le 16 nivôse an II (5 janvier), dans une lettre adressée à Collot d'Herbois, les représentants à Commune-Affranchie Fouché, Albitte et Laporte dénoncent " Gouly qui exécute,. . .(un) plan rétrorévolutionnaire et liberticide. . .dans un département qui est confié à notre surveillance"136(*). Fouché, Albitte et Laporte exposent dans la même lettre qu'ils se sont concertés pour savoir s'ils ne feraient pas arrêter Gouly. En effet, les représentants à Lyon en contestant la présence de Gouly dans l'Ain, ne font qu'entériner les pouvoirs confiés à Albitte dan l'arrêté du 29 Avril 1793, qui le nomme à l'Armée des Alpes et qui lui confie la suirveillance des départements de l'Ain jusqu'au Var.

Gouly est totalement désavoué par ses collègues de Commune-Affranchie qui contestent ses pouvoirs; au moment où le Comité de Salut Public décide le 9 nivôse qu' "en exécution de l'article 1er section 4ième du décret du 14 frimaire an II. . . les représentants du peuple sont rigoureusement circonscrits dans les départements qui leur sont désignés"137(*). Cet arrêté du Comité de Salut Public fait d'Albitte le représentant du peuple pour l'Ain étant donné que son ordre de mission date du 29 Avril.

A Bourg-Régénéré, le maire, Alban qui n'a pas été inquiété par l'arrêté de Gouly du 17 nivôse an II (6 janvier), se rend le soir du 19 nivôse (8 janvier), après la séance de la société populaire, dans le bureau de Blanc-Désisles au département, pour prendre des papiers puis se rend à Commune-Affranchie auprès des représentants en mission. Là, il leur expose la situation et quand il revient de Commune-Affranchie le 22 nivôse an II (11 janvier), il annonce à la société des Sans-Culottes le rappel de Gouly. Alban se veut l'organisateur de ce rappel car, explique-t-il, les représentants à Commune-Affranchie "avaient sous leurs mains des arrêtés en blanc du Comité de Salut Public"138(*). De même il se rend chez Gouly et lui donne une copie du décret du 9 nivôse (29 décembre) le rappelant à Paris.

Le soir même Gouly fait part au Comité de Salut Public de son étonnement de se voir rappelé à Paris par décret en date du 9 nivôse (29 décembre), alors que le 14 nivôse (3 janvier) il était chargé de vérifier les opérations des commissaires des représentants à Commune-Affranchie dans les districts de Gex et de Montluel139(*); ceux là même qui ont dénoncé sa conduite au Comité de Salut Public.

Gouly qui voit son retour à Paris comme un désavoeu du Comité de Salut Public, va garder une grande rencoeur vis-à-vis d'Albitte et du Comité de Salut Public. Cette rencoeur, ainsi que celles duent aux dénonciations des Sans-Culottes, feront de lui un Thermidorien redoutable.

Albitte est donc nommé dans l'Ain rétroactivement à la première copie du décret du 9 nivôse (29 décembre); où le nom de Gouly est notifié pour l'Ain et la Saône-et-Loire. Albitte voit ses ordres de mission modifiés entre le 14 et le 19 nivôse an II, dates où il reçoit la lettre du Comité de Salut Public l'invitant officieusement à se déplacer "toutes les fois que tu le croiras utile"140(*) et son nouvel ordre de mission lui donnant compétence dans l'Ain et le Mont-Blanc.

Albitte arrive à Bourg le 28 nivôse an II (17 janvier), accompagné de commissaires civils pris dans le personnel jacobin arrivé de Paris après la chute de Lyon. Albitte est entouré de Dorfeuille, Millet, Vauquoy, Bonnerot, Darasse et du général Lajolais.

A son arrivée, il fait réimprimer chez Bottier, à Bourg, le décret du 14 frimaire (4 décembre).

Après avoir pris connaissance avec les particularités et l'histoire d'un département peu connu, nous allons voir maintenant, qui est Albitte.

II / biographie d'Antoine-Louis Albitte

Antoine-Louis Albitte, personnage clef de cette étude, est le vecteur des espérances des Sans-Culottes après le départ de Javogues. Cette biographie va permettre de mieux cerner l'homme afin de mieux comprendre son action dans le département de l'Ain.

Nous allons donc ici voir le chemin social et politique de l'homme principal de ce sujet.

A / ses origines

Antoine-Louis Albitte est né le 30 décembre 1761 à Dieppe, dans la généralité de Rouen. Son père, François-Antoine Albitte est sieur d'Orival et "ancien Garde du Roy en la prévôté de son hôtel la grande prévôté de France"141(*). Sa mère est la fille d'un négociant de Dieppe. Albitte est donc issu d'une bourgeoisie urbaine qui, à la fin de l'Ancien-Régime, recherche un service anoblissant pour essayer d'imiter la noblesse par l'achat, où le rachat de titres (son père est sieur d'Orival) et qui par un mode de vie proche de cette dernière (les fils Albitte portent tous des prénoms composés incluant celui de Louis) attend une élévation sociale de leurs statuts. Albitte est l'ainé d'une famille de quatre frères et deux soeurs. Son frère cadet, Jean-Louis, aura un rôle mineur durant la décennie révolutionnaire; en tant que suppléant de la Seine-Inférieure à la Convention il n'y siégera que deux fois.

L'éducation d'Antoine-Louis Albitte est typique de la bourgeoisie urbaine d'Ancien-Régime : "collège des Oratoriens de Dieppe, puis des études de droit à Rouen"142(*) où il devient vite avocat et part exercer à Dieppe. C'est sans doute durant son séjour chez les Oratoriens qu'il acquiert un esprit cartésien dans lequel la logique ne laisse pas de place au hasard.143(*) Son éducation est semblable à celle que reçoivent au même moment plusieurs de ses futurs collègues (Javogues dans la Loire, Fouché à Nantes et Robespierre à Arras). C'est comme le suppose V.Courtine "par sa formation professionnelle qu' Antoine-Louis Albitte prend une part plus active à la vie politique de son pays "144(*) A la veille de la Révolution il s'inscrit, par sa formation intellectuelle et professionnelle, dans la classe sociale qui est appelée à être le réservoir qui fournira les acteurs et, ou, les orateurs de la Révolution. Mais bien qu'instruit, Albitte apparaît comme un homme au caractère faible et influençable qui ne fait pas de lui un des ténors de la Révolution.

B / l'itinéraire révolutionnaire d'Albitte

A Dieppe

Quand le 8 août 1788, Louis XVI convoque les Etats Généraux, Albitte est alors élu membre de l'Assemblée des représentants du Tiers Etat de Dieppe. D'après un chroniqueur de l'époque Albitte "accueille les débuts de la Révolution avec chaleur"145(*). Le 6 mars 1789 Albitte semble, d'après V.Courtine146(*), prendre part à la rédaction du cahier de doléances du Tiers Etats de Dieppe (puisqu'il en est un des signataires) le 15 mars 1789. Le 25 juillet 1789 Albitte crée la Garde Nationale de Dieppe et en devient chef de compagnie 147(*). Dès lors et tout au long de sa carrière durant la Révolution, il va mener parallèlement à sa carrière politique, une carrière militaire. Albitte dès 1789, apparaît comme un civil fasciné par la vie de soldat. Mais la politique et les idées révolutionnaires ne le laissent pas indifférents. Il participe à la diffusion des idées révolutionnaires en organisant dès 1790, "avec seize autres citoyens. . .une société des Amis de la Constitution"148(*) à Dieppe. Mais sa véritable carrière politique commence le 21 juin 1791; alors qu'il est notable, au moment où il est nommé électeur aux élections pour former l'Assemblée Législative. Sans doute soutenu par ses actions (création de la Garde Nationale de Dieppe et de la société populaire), sa famille (son grand-père maternel a été membre du Tiers de Caux) et ses idées, Albitte est le quinzième représentant a être élu sur seize le 7 décembre 1791 par le département de la Seine-Inférieure pour siéger à l'Assemblée Législative.

A l'Assemblée Législative

Fort de ses convictions politiques patriotes acquises et rodées dans son département, Albitte siège dès son arrivée à l'Assemblée sur la gauche et fidèlement à ses idées il s'inscrit au club des Jacobins. A la Législative, suivant son goût pour les affaires militaires, il s'inscrit au Comité Militaire (où il s'intéresse, avec un point de vue plus révolutionnaire que ses collègues, aux problèmes de l'organisations de l'armée) et au Comité de Marine. Il commence aussi à se pencher sur les questions religieuses.

Ses interventions à la tribune sont nombreuses mais brutales et concises, cherchant à obtenir des tribunes des applaudissements.149(*) Lui-même a conscience de ne pas être un orateur comme certains jacobins150(*); mais cela ne l'empêche pas de faire 131 interventions en 11 mois de législature.

Le 31 octobre 1791 il présente un rapport, fait au nom du Comité Militaire, sur le mode de remplacement et propose la suspension des nominations faites inconsidérément par les officiers généraux. Le 7 novembre 1791 il s'oppose au séjour près de l'Assemblée de troupes de lignes dépendantes du Roi et il arrive à faire décréter que la Trésorerie Nationale verserait des fonds à la caisse des Invalides.

Le 17 et 18 novembre 1791, alors que la Législative débat avec ardeur sur les mesures à prendre pour lutter contre les actes d'insoumissions du clergé, Albitte combat des projets concernant les prêtres réfractaires. Avec Isnard, il fait décréter que les prêtres réfractaires aux lois et aux autorités constituées seraient d'office mit en détention pour deux ans. Lors des débats "Albitte intervient énergiquement. Pour lui les prêtres non assermentés sont de véritables ennemis de la Révolution. . .il leur refuse le titre et les droits de citoyen"151(*) Le 25 novembre 1791 Albitte propose que les édifices religieux non occupés puissent être achetés et utilisés par des sociétés populaires. Son projet est adopté grâce au soutien de Guadet. Dès 1791, Albitte s'intéresse au problème de l'Eglise. Son point de vue va, avec le temps, se faire encore plus radical, pour atteindre son paroxysme quand il sera dans l'Ain.

Le 27 décembre 1791 il s'attaque à Narbonne alors ministre de la Guerre, en demandant que ce dernier réponde "sur sa tête des détails transmis sur la situation aux frontières".152(*) Le 2 janvier 1792, il attaque de nouveau aux ministres de la Guerre et de la Marine, qu'il accuse de négligence et de trahison. Il demande leur mise en accusation. Il est à noter qu'au moment où Albitte s'en prend à Narbonne et à Molleville, Collot d'Herbois au club des Jacobins, se fait une spécialité (depuis juin 1791) " de s'occuper. . .de la défense des soldats opprimés"153(*). C'est ainsi que Collot d'Herbois, entre l'hiver 1791 et le printemps 1792, s'attaque "à plusieurs reprises (aux) ministres et (au) pouvoir exécutif en général, exercice de style alors très fréquent chez les patriotes"154(*). Albitte, "très assidu aux séances du club des Jacobins"155(*). ne peut donc pas manquer de voir et d'entendre Collot d'Herbois (qui, en tant que comédien sait manipuler les mots) et de suivre ainsi le courant patriotique qui tend à s'attaquer aux ministres et au pouvoir exécutif. Dans l'espoir de ruiner l'autorité de Louis XVI, Albitte fait décréter en mai 1792, "par une majorité enthousiaste que, dorénavant, la formule réglementaire " Au nom de la Loi, de par le Roi" serait modifiée en ce sens : " Au nom de la Nation et de la Loi, de par le Roi"156(*)

Dans ses idées et dans ses actes, Albitte prend rapidement vis-à-vis des soldats, une position proche de celle de Collot d'Herbois. Effectivement, après la défaite de Tournay (le 28 avril 1792) il défend des pétitionnaires venu à l'Assemblée accuser les généraux d'incapacité : "il défend le soldat contre les chefs qu'il accuse de servir mollement la Révolution. A une armée dévouée au général, il préfère. . .une armée forte et prête à verser son sang pour l'exécution des lois."157(*) De même, lors de la réforme des tribunaux Albitte réclame une justice égale pour tous et condamne la composition des tribunaux d'exception (dont les tribunaux militaires) qui sont composés en majorité d'officiers. Il demande "que le soldat soit jugé par ses pairs"158(*).

Cette politique de soutien du soldat face à l'autorité de ses supérieurs tend à devenir une politique de soutien du peuple quand, le 12 janvier 1792, il s'oppose vigoureusement à la création de nouvelles brigades de gendarmerie, préférant "des soldats contre l'étranger (à des) sicaires pour aider à l'oppression de nos concitoyens"159(*). Toujours dans cette ligne de conduite il s'oppose, le 29 mai 1792, à ce que des troupes de lignes dépendantes du Roi séjournent près de l'Assemblée, comparant la présence de ces troupes à la construction d'une nouvelle Bastille 160(*) Le 12 mai 1792, au moment des débats sur l'organisation du défilé en l'honneur de Simonneau, le maire d'Etampes, Albitte arrive à faire décider par la Législative que le cortège sera composé de gardes nationaux et de citoyens en armes. "Le plus beau cortège c'est le peuple" 161(*) dit-il alors. Dès lors, Albitte appui et appui sur le peuple et les sans-culottes des faubourgs. Cet appui il le prouve le 19 juin 1792, en allant avec Chabot, Bazire, Merlin, Goupilleau et Lasource "au district des Enfants-Trouvés du faubourg St Antoine" 162(*) pour contribuer, par des discours, aux événements du 10 Août 1792 163(*). De même, il aurait d'après V.Courtine 164(*), participé avec la Commune de Paris, à l'occupation des Tuileries. Dès lors, Albitte reste proche de la Commune et du club des Cordeliers.

Le 11 juillet 1792, alors que la Patrie est déclarée en danger, Albitte reprend une proposition de Carnot, en date du 3 janvier 1792, qui demande la démolition de toutes les forteresses des villes de l'intérieur, "que l'auteur du Contrat Social appelle des "nids à tyrans" 165(*). Le 23 juillet 1792, considérant que l'exécution des lois est primordiale, Albitte fait décréter que les décisions de l'Assemblée seront applicables dans les 24 heures.

Le lendemain du 10 août 1792, soutenu par Sers, Albitte fait voter le renversement des statues de rois de la place Vendôme et de la place Louis XV. Il demande que ces statues soient employées à la fabrication de monnaies et de canons.

statue cassé

Le 21 août 1792 Albitte est élu secrétaire de l'Assemblée Législative et fait établir un crédit de deux millions afin de financer la constitution de courriers extraordinaires, aux ordres du Ministère de la Guerre, dont il va lui-même profiter. En effet, le 29 août 1792, il est nommé, avec Lecointre, commissaires chargés d'aider à la levée des volontaires dans les départements de l'Eure et de la Seine-inférieure. Mais cette mission a comme but officieux celui de préparer les prochaines élections dans des départements dont les commissaires sont originaires, afin de donner aux jacobins une majorité d'élus. Mais cette mission sort très vite de son cadre théorique pour devenir aussi une mission de surveillance de la bonne marche révolutionnaire des autorités locales.

Durant cette mission, Albitte acquiert une expérience sur le terrain, se formant au rôle de représentant en mission. Il va pouvoir alors mettre en pratique son goût pour les mises en scènes symboliques.

Les premiers pas d'Albitte représentant du peuple,

en mission dans l'Eure et la Seine-Inférieur.

Albitte et son collègue Lecointre partent pour Versailles en passant par Sèvres, où ils président l'assemblée primaire et recrutent 150 hommes. A Versailles ils sont accueillis par la garde nationale en armes et grâce à des discours au langage "inspiré par les circonstances et l'amour de la chose publique "166(*), ils recrutent 700 hommes. Tout au long de sa carrière politique, Albitte va garder le goût des déclarations et des discours, bien qu'il ne soit pas un brillant orateur.

Dans l'Eure Lecointre et Albitte sont témoins d'émeutes ou d'émotions, dont ils accusent les prêtres réfractaires, qu'ils font alors arrêter. A Rouen, ils adressent à la population un appel patriotique qui ne donne pas le résultat escompté. En effet, Rouen a une réputation de ville tièdeà cause de la présence de beaucoup de prêtres réfractaires et de nobles. Le 13 septembre 1792, Albitte et Lecointre écrivent qu'ils voient "avec chagrin abonder une multitude d'ennemis de la Révolution" 167(*)dans cette ville. Alors que les deux hommes ont fait arrêter des prêtres réfractaires dans l'Eure le 13 septembre, ils viennent au secours de prêtres menacés par la foule à Quillebeuf. On peut voir dans ce geste toute la grandeur qu'Albitte donne au respect des lois et par elles, de l'individu. Suit-il l'avis de Lecointre, "l'un de ceux sur lesquels pèse le plus lourdement la responsabilité des journées d'octobre 1789" 168(*) et dont "la grande occupation est la dénonciation" 169(*); ou agit-il de son propre chef ? Quelques jours plus tard, Albitte se retrouve chargé d'escorter des réfractaires qui partent pour l'Angleterre. Il mène cette mission à bien en évitant pour ces prêtres tout accident. On peut donc voir qu'Albitte n'est pas un monstre sanguinaire, bien au contraire, son respect des loi induit chez lui le respect physique des personnes. Ce trait de caractère, qui tend à une certaine modération, se vérifiera quelque temps plus tard à Marseille. Mais il est aussi permis de penser qu'Albitte agit moins pondérément quand il se retrouve au milieu d'un état de crise et, ou, au milieu de personnes qui, par leur présence ou leurs actions, exerce une influence sur lui.

A Fécamp Albitte et Lecointre trouvent des feuilles d'enrôlement vierges. Ils accusent les prêtres et les nobles "de corrompre l'esprit public dans la Seine-Inférieure" 170(*). Le 20 septembre 1792, ils sont à Dieppe. Dès le 28 août 1792, Albitte écrit à la municipalité de sa ville natale afin que l'enrôlement soit un succès. Le 22 septembre, les deux représentants comptabilise l'enrôlement de 250 volontaires à Dieppe et à peu près autant dans les cantons voisins.

Albitte, tout en veillant à l'enrôlement, prépare son élection. Le 4 septembre 1792 l'assemblée électorale de l'Eure l'élit au premier tour de scrutin ainsi que Lindet, Buzot, Thomas, Duroy et Richon. L'assemblée électorale de la Seine-Inférieur se prononce elle aussi le 4 septembre en faveur d'Albitte. Le 8 septembre 1792 il accepte ses nouvelles fonctions, et opte pour le mandat de la Seine-Inférieure. Fin septembre, alors que leur mission est terminée, Albitte et Lecointre rentrent à Paris.

En onze mois d'Assemblée Législative et de débats aux Jacobins, Albitte acquiert des convictions politiques plus dures sous l'influence certaine des grands orateurs jacobins. Il devient un ardent défenseur des soldats, du peuple et de la Révolution en écoutant Collot d'Herbois aux Jacobins et en fréquentant la Commune de Paris, auprès de laquelle il cherchera durant sa mission dans l'Ain "l'approbation de ses arrêtés"171(*), se plaignant de "ne pas être soutenu par le Comité de Salut Public"172(*). A la fin de son mandat à la Législative, Albitte est devenu un homme écouté de la gauche politique qui le considère comme un patriote zélé. Son manque de génie révolutionnaire l'oblige à être un "orateur brutal et concis" 173(*), spécialiste des affaires militaires. Il n'obtient des résultats à ses projets seulement quand il est fermement soutenu. Bien qu'il ne soit pas un personnage de premier plan il a un penchant pour les symboles et les discours.

A la Convention

De retour à Paris, où la Convention siège de puis le 21 septembre 1792, Albitte retourne prendre sa place avec les jacobins, sur la gauche à la Montagne. Désormais, "Albitte fait partis de ces hommes pour qui l'intérêt public passe avant l'intérêt privé" 174(*). Le 27 septembre 1792 il rend compte de sa mission avec Lecointre et "obtient les félicitations de l'Assemblée" 175(*). Désigné avec Dubois-Crancé pour faire partie du Comité Militaire, il participe aux discussions sur les réformes de l'armée et surtout sur la nouvelle organisation de celle-ci, où il prend une grande part. Avec Dubois-Crancé ils font adopter le principe de la fusion entre régiments de lignes et volontaires, c'est à dire les demi-brigades.

Toujours emprunt d'un certain esprit de conciliation, il proteste le 13 octobre 1792 aux Jacobins, contre le discours de Couthon qui dénonce le Comité de Constitution.

Sans doute soutenu par Dubois-Crancé et Lecointre, qui dénonce les ministres Duportail, Beaumarchais et Narbonne; Albitte reprend "ses dénonciations contre les généraux d'Estournel, Ligneville, Mathieu-Dumas et Brunet" 176(*).

Quand s'ouvre le procès de Louis XVI, Albitte est "très influent sur la majorité jacobine." 177(*). Lors des débats il manifeste son opinion brutalement, où, en bon montagnard, il se montre implacable. Le 11 décembre 1792 il refuse au roi le choix de conseillers, voulant "détruire entièrement la tyrannie (en faisant) tomber la tête du tyran" 178(*). Il rejoint lors de ces débats, l'idée de Robespierre : "Louis doit mourir parce qu'il faut que la patrie vive."179(*). Le 16 janvier 1793, soir du jugement, lors de l'appel nominal Albitte est parmi " les montagnards les plus ardents" ; avec Duhem et d'autres qui "ont quitté leur place et circulent dans les rangs, surveillants les uns, gourmandant les autres, dictant le vote aux indécis, intimidant les plus faibles" 180(*). Il vote la mort de Louis XVI, sans appel, ni sursis. Albitte est un jacobin avancé, qui rejoint en cela ces collègues Javogues, Fouché, Lebon et Carrier; dans leur cursus politique. Il est le montagnard idéal, aux yeux de ses collègues des Comités pour remplir un rôle de représentant en mission. Il reste un homme de second plan, très attaché aux affaires militaires et aux principes de la Révolution au sein du Comité Militaire, dont Dubois-Crancé est le plus influant.

Albitte participe aussi activement aux débats. Le 23 mars 1793 il fait décréter que "les émigrés, arrêtés en pays étrangers, armés ou non armés, soient traités de la même manière" 181(*). Il arrive aussi à faire décrêter que les officiers nobles soient destitués. Quand Robespierre fait décréter que les membre de la famille royale ne puissent pas être membres d'une société populaire, Albitte propose l'extension de cette mesure de mise au banc de la vie politique, à tous les nobles et prêtres. On peut voir dans cette attitude d'Albitte un premier pas vers une politique sociale qui se concrétisera durant son séjour dans l'Ain, par les arrêtés des 8 pluviôse an II et des 23 ventôse an II; alors que ces idées qui ne seront que se renforcées et s'affermies au contact des représentants à Commune-Affranchie.

Pour la politique militaire, "Albitte n'est pas un partisan d'une armée permanente" 182(*). Il est plutôt partisan d'un service militaire pour tous, suivant l'idée du soldat-citoyen prônée par Dubois-Crancé. Depuis son mandat à la Législative, l'opinion d'Albitte concernant le sort des soldats face à celui des officiers a évolué. Désormais il voudrait que les soldats choisissent leurs officiers comme il souhaite qu'il y ait désormais une justice égale entre officiers et soldats : "on veut sévir contre les soldats,. . .pourquoi ne pas frapper aussi les généraux coupables ? "183(*) Il réclame donc la création d'une commission spéciale chargée d'examiner la conduite des généraux. Ces idées lui valent d'être accusé de "vouloir supprimer toute autorité" 184(*). Son rapprochement idéologique avec la Commune et le peuple parisien est évident.

Si Albitte agit avec vigueur contre les officiers c'est qu'il impute les revers des armées républicaines, depuis l'insurrection vendéenne en mars 1793 et la trahison de Dumouriez, à l'incompétence des officiers.

Dans le même temps Albitte devient "un adversaire irréconciliable des Girondins" 185(*). Il se rapproche de plus en plus du peuple, approuvant le 5 avril 1793, la circulaire de Marat aux sociétés populaires, les invitant à demander la mise en accusation des généraux traîtres, des ministres prévaricateurs et des agents infidèles du gouvernements; de même que la destitution des conventionnels complices de Dumouriez, ou défenseurs du Roi. Albitte soutient ces attaques masquées de Marat contre les Girondins comme il défend "l'Ami du peuple", le 13 avril 1793, en refusant (avec Dubois-Crancé, Ducos et Desmoulins) de signer sa mise en accusation. Par ce geste symbolique Albitte continue de soutenir le peuple parisien et donc de s'attirer la bienveillance du club des Cordeliers.

Le 14 avril 1793, sur proposition d'Albitte, la Convention décrète la création de l'écharpe tricolore pour les membres des conseils généraux des communes. Cette proposition symbolique d'Albitte montre tout l'intérêt qu'il porte aux représentants de la loi.

Fort de son travail au sein du Comité Militaire et de sa mission réussie avec Lecointre, Albitte est nommé le 30 avril 1793 représentant auprès de l'Armée des Alpes afin de "surveiller la frontières des Alpes, les places fortes ou forts dans le département de l'Ain" 186(*). Ce rôle de surveillance des places fortes dans l'Ain est un des éléments essentiels de la contestation du 16 nivôse an II des représentants à Commune-Affranchie des pouvoirs de Gouly et favorise la nomination d'Albitte dans l'Ain. 187(*)

En mission à l'Armée des Alpes

Albitte est nommé le 30 avril 1793 avec Nioche et Gauthier-des-Orcières.188(*)

Le 11 mai 1793, sur le chemin de l'Armée des Alpes les trois hommes s'arrêtent à Lyon. Le 12 ils sont rejoints par Dubois-Crancé. Ce dernier, général de brigade depuis le 7 mai 1793, est un homme courageux, "vigoureux comme orateur et même comme écrivain, Dubois-Crancé dépasse et domine ses collègues" 189(*). A n'en pas douter la proximité de Dubois-Crancé, "l'une des têtes les plus fortes de la Révolution" 190(*), auprès d'Albitte influence le député dieppois. Albitte, comme Dubois-Crancé, va mène dès lors, parallèlement à sa carrière politique, une carrière militaire. Le 9 mai 1793, il est nommé "lieutenant au 14 régiment de chasseurs à cheval" 191(*). Dubois-Crancé prend les initiatives sur ces collègues, ayant sans doute sur eux une supériorité morale et technique; en effet il possède sur eux une expérience militaire qui fait de lui le leader du quatuor 192(*)

Lyon est alors en plein conflit politique entre jacobins et modérés, entre "le clivage politique (des) autorités municipales et départementales" 193(*). Dans la ville règne une grande tension. La ville étant au bord de la guerre civile, les représentants doivent donc agir avec tact et précaution. Le 13 mai 1793 les représentants réunissent, en séance publique, les corps administratifs. Dubois-Crancé parle de l'insurrection vendéenne. Puis les quatre conventionnels invitent les autorités constituées à redoubler d'énergie de zèle et d'activité pour prévenir les troubles. Le lendemain cette réunion donne naissance à la proclamation du 14 mai 1793, qui selon T.Koï 194(*), "relève d'avantage de l'Hébertisme que du Robespierrisme". Cette "guerre sociale aux riches", initiée par l'arrêté, est reprise, dans l'Ain par Gouly 195(*)et le sera en moindre échelle par Albitte.

Le 16 mai 1793, les représentants quittent Lyon pour Grenoble, où les Piémontais font une offensive.

En apprenant les agitations qui secouent la ville rhodanienne, Nioche et Gauthier-des-Orcières se séparent d'Albitte et de Dubois-Crancé; pour retourner à Lyon.

Pourquoi Albitte ne les accompagnent-ils pas ? On peut supposer qu'il se sent plus à l'aise auprès des armées en campagne que dans une fonction auprès de population civile; sachant qu'en brumaire an II, Collot d'Herbois voit "Albitte comme plus utile avant tout auprès des troupes" 196(*), il est donc évident qu'en mai 1793, Dubois-Crancé, accorde plus de crédit à voir Albitte vers les troupes, que dans un rôle de médiateur que son manque de génie oral n'aurait pas favorisé.

Une question se pose alors : pourquoi Albitte, est-il envoyé dans l'Ain, le 19 nivôse an II dans une fonction civile, alors que jusque là tout le désigne comme parfait auprès des armées ?

Albitte et Dubois-Crancé apprennent les événements de Lyon du 29 mai, alors qu'ils sont à Chambéry. Sans doute craignant de voir les arrières de l'Armée des Alpes menacés ils envoient une réquisition à Kellermann qui ordonne de faire marcher des troupes sur la ville. Lindet, le 3 juin 1793, dénonce cette mesure comme "funeste à la République"197(*). Le 13 juin 1793 dans une lettre à Calon, conventionnel de l'Oise, Albitte approuve les événements du 31 mai et du 2 juin198(*) à Paris. A une époque où la Révolution est ébranlée il commente très durement la situation, pour lui Lyon "est véritablement contre-révolutionnaire; la parti populaire y est atterré. . .la France est inondée des agents du Brissotisme, que l'esprit du peuple est égaré, que la coalition des égoïstes et des aristocrates existe réellement " 199(*). Albitte, Dubois-Crancé, Nioche et Gauthier-des-Orcières travaillent pour d'améliorer l'approvisionnement des troupes. Ils s'occupent essentiellement des ces dernières. En effet ils jugent tout ce qui se passe autour d'eux, avec le regard de personnes préoccupées par les affaires militaires aux frontières. C'est pour cela que Dubois-Crancé et Albitte écrivent aux Jacobins de Paris en se plaignant que leurs requêtes ne sont entendues. Le 24 juin 1793, dans un courrier adressé au Comité de Salut Public, ils se plaignent du manque de soutien de ce dernier 200(*). De même ils préviennent Paris des troubles lyonnais grandissant qui pourraient devenir fatal pour l'Armée des Alpes, puisque Lyon en est la base principale.

Le 27 juin 1793 les représentants demandent de "déclarer Lyon en état de révolte, (d') appeler contre lui les départements environnants"201(*). Albitte, avec la fougue de Dubois-Crancé comme modèle, prend son rôle de représentant très à coeur, sa nomination au grade de capitaine le 10 juin, ne pouvant que renforcer cet état d'esprit.

A la nouvelle de la révolte de Marseille le 6 juillet 1793, un corps de 1500 hommes détaché de l'Armée des Alpes est formé. Il est sous le commandement du "sans-culotte général Carteaux" 202(*), et sous la tutelle d'Albitte. Leur mission est de marcher sur Avignon pour empêcher toute jonction entre Marseillais et Lyonnais. Le 8 juillet 1793 le détachement arrive à Valence et se dirige sur Pont-St Esprit qui tombe le 14 juillet 1793. Albitte voit en oeuvre les armées de la République et commente au ministre de la Guerre comme un succès "l'amalgame généraux et sans-culottes" 203(*).

Vers le 9 juillet 1793, se joint à la colonne de Carteaux et d'Albitte, quelques hommes sous le commandement d'un jeune capitaine, fringuant jacobin, qui se voit confiER le commandement d'une colonne d'artillerie volante, afin d'aider à prendre Avignon.

Le 25 juillet 1793 Avignon est prise, et les 28 et 29 se sont au tour de Tarascon et Beaucaire de tomber dans les mains des troupes de la Convention.

Le jeune capitaine, du nom de Bonaparte, écrit à cette date Le souper de Beaucaire, où il présente une conversation (à la manière du Père Duchêsne d'Hébert) entre un fabricant montpelliérain, un nîmois et deux négociants marseillais. Cette brochure, sûrement très jacobine, plaît à Albitte qui en ordonne la réimpression aux frais du Trésor. Albitte voit dans Bonaparte un jeune officier, plein d'énergie et d'idéologie montagnarde. Il l'encourage donc et le conforte dans ses dispositions vis à vis du parti dominant à la Convention. Il encourage donc un officier de la nouvelle génération, c'est à dire non-suspect comme les officiers de l'Armée Royale, et patriote. Bonaparte rentre donc, tout à fait dans l'idée que se fait Albitte de l'officier méritant et partageant le sort de ses troupes 204(*). Albitte sans le savoir prépare sa carrière post-révolutionnaire.

Le 25 août 1793, c'est au tour de Marseille de tomber.

Avec sa carrière militaire qui évolue plus vite que sa carrière politique, Albitte mène les troupes plus comme un soldat que comme un civil. Peut-être a-t-il la même attitude que St Just à l'Armée du Rhin ? Le 9 septembre 1793 Albitte écrit à la Convention pour décrire la situation économique catastrophique de Marseille. Devant le nombre élevé de suspects il écrit le 12 septembre 1793 que si l' "on punissait à Marseille et dans le département des Bouches-du-Rhône tous les coupables, trois quarts au moins de la population disparaîtraient." 205(*). Cette attitude conciliante, inhérente au caractère d'Albitte, lui vaut d'être dénoncé le 20 octobre 1793 par Barras et Fréron auprès du Comité de Salut Public : "Albitte a montré la plus invincible répugnance pour les grandes mesures" 206(*). Paradoxalement le 18 pluviôse an II alors qu'il est dans l'Ain, Albitte se voit encore dénoncé aux Jacobins de Paris par Loys (membre d'une députation marseillaise) car "la société populaire (de Marseille) eut beau lui présenter la nécessité de faire incarcérer les contre-révolutionnaires de Marseille, il répondit par des objections futiles et ne voulut prendre la responsabilité de telle mesure." 207(*).

Il est intéressant de noter, pour l'historien, ici toute l'ambiguïté du personnage, qui en septembre 1793 à Marseille fait figure de modéré, alors qu'il est vu comme "un sultan d'Asie avec des hussards pour janissaires" 208(*) par la population de Belley, en l'an III. Est-il victime du changement de perception de ses contemporains, en fonction du revirement des tendances politiques et, où, est-ce ici l'illustration parfaite d'un homme au caractère plutôt influençable ? Les deux réponses sont justes mais, il semble bien que la tourmente révolutionnaire et ses effets aient sur Albitte une certaine emprise, ayant tendance à altérer quelques fois son caractère conciliant.

Le 9 septembre 1793, par un décret émanant de la Convention, Albitte ainsi que ses collègues auprès de l'Armée des Alpes, de l'Armée d'Italie, en mission dans le Var, et les Bouches-du-Rhône; doit de rendre à Toulon pour y réduire la révolte.

Barras, Fréron, Ricard, Saliceti, Escudier, Albitte et Robespierre-le-jeune, se retrouvent devant la ville assiégée.

Le 26 septembre 1793, alors que Doppet remplace Carteaux à la tête de l'armée, Albitte est chargé par ses collègues de se rendre à Paris, afin d'exposer la situation devant Toulon. Ses confrères, ont-ils voulu écarter Albitte qu'ils trouvent alors trop modéré ? Cette hypothèse est fort probable, étant donner que Carteaux qui était avec lui à Marseille, est lui aussi écarté de la place. Albitte est à Paris quand Lyon est reprise le 9 octobre 1793.

Le 18 octobre, il est chargé de se rendre à Commune-Affranchie pour s'occuper du ravitaillement en armes, munitions et tout ce qui peut être utile à l'armée en campagne à Toulon. Albitte arrive à Commune-Affranchie le 24 octobre 1793 où se trouve déjà Couthon. Bien qu'étranger aux affaires propres à Commune-Affranchie, il approuve néanmoins les mesures décretées par son collègue (création d'un tribunal militaire) et ses idées (transfert de population) 209(*). Albitte comme toujours, conduit sa mission avec beaucoup de zèle. Avec Doppet, ils se chargent du ravitaillement des troupes assiégeant Toulon. Pour cela, il se rend à Chambéry le 31 octobre 1793 pour former des bataillons. De même, il va à Grenoble, pour faire marcher des canonniers sur Toulon.

Le 6 novembre 1793, alors qu'il est sur la route pour rejoindre Toulon, il reçoit, lors d'une halte à Valence, une lettre du Comité de Salut Public, requérant sa présence à Commune-Affranchie, mais comme représentant auprès de l'Armée des Alpes.

A Commune-Affranchie, il retrouve Collot d'Herbois, Fouché et Laporte (qui était parti "pour se reposer quelques jours à la campagne" 210(*)). Collot d'Herbois et Fouché, exercent "une grande influence sur le caractère faible d'Albitte" 211(*). Collot d'Herbois (ancien acteur, orateur aux Jacobins) a été en mission dans la Nièvre et le Loiret. En tant que membre du Comité de Salut Public, il ne peut qu'augmenter son aval sur Albitte que sa formation professionnelle et politique desservent déjà beaucoup. Bien que le nom d'Albitte apparaisse avec celui de ses collègues au bas des arrêtés, il ne prend pas une part active aux fonctions relevants des représentants à Commune-Affranchie.212(*). "Collot d'Herbois considère Albitte comme utile avant tout auprès des troupes" 213(*) donc loin des affaires des représentants à Commune-Affanchie. Albitte ne désapprouve pas pour autant les mesures révolutionnaires de ses collègues.

Albitte trouve dans Collot d'Herbois un "ardent défenseur" 214(*) . Y trouve-t-il aussi un modèle, entre militant jacobin et sympathisant cordelier ? Cette amitié, ainsi que celle de Fouché, lui sauve peut-être la vie en thermidor an II.

C'est à Commune-Affranchie qu'Albitte prend modèle pour mener une mission auprès de populations civiles. L'expérience de Fouché et Collot d'Herbois (ainsi que les mesures révolutionnaires prises à Commune-Affranchie) façonnent l'idéologie d'Albitte215(*) A Commune-Affranchie, Albitte côtoye Javogues, qu'il trouve (grâce à "sa perspicacité habituelle" 216(*)) trop impulsif, ne calculant rien et n'écoutant pas sa raison. Les deux hommes pourtant s'apprécient.

Albitte lors de ses séjour à Lyon, informe le Comité de Salut Public non seulement de ses actions (il rédige presque une lettre par jour), mais aussi de ce qu'il voit et de ce qu'il pense. Il se montre très perspicace et logique. Il étudie les choses autours de lui et en fait rapport avec une franchise très droite. Ainsi en Octobre 1793, il n'hésite pas à critiquer la loi du maximum217(*) et en Vendémiaire an II à critiquer l'anarchie des pouvoirs qui découle du trop grand nombre de représentants du peuple et de commissaires du pouvoir exécutif qui sillonent les mêmes départements. A cette dernière critique, Albitte donne une solution dont il bénéficiera dans l'Ain : un ou deux représentatns par départements avec les pleins pouvoirs sans aucuns autres intermédiaires que les administrations locales pour se charger des affaires218(*).

Cette perspicacité (d'après C.Lucas propre à Albitte) lui fera plutôt défaut dans l'Ain.

A Commune-Affranchie Albitte fait la connaissance de Dorfeuille, Millet, Vauquoy, Merle et Bonnerot. Mais c'est aussi à Commune-Affranchie, qu'il tombe gravement malade. Il est victime d'une affection arthritique chronique qui déclenche chez lui une "gêne des mouvements musculaires au point que le malade ne peut marcher sans les secours de la béquille. Les mêmes douleurs portent tour à tour aux différents systèmes et semblent s'être particulièrement attachés aux organes urinaires"219(*). Albitte n'a certainement pas besoin à ce moment de béquille, mais il se fait néanmoins suivre par un médecin militaire en poste à Mâcon220(*). Cette maladie, Albitte va la subir jusqu'à la fin de sa vie.

C'est à cause de sa maladie qu'Albitte demande, en nivôse an II, à partir auprès de l'Armée des Pyrénées221(*). Son désir de changer d'affectation et la contestation des pouvoirs de Gouly par les représentants à Commune-Affranchie et les dénonciations des Sans-Culottes de l'Ain, amènent le Comité de Salut Public à prendre une décision rapide et donc nommer Albitte dans l'Ain 222(*)

Le Comité a toute confiance en lui et l'envoi dans l'Ain pour s'assurer que les loix révolutionnaires sont biens appliquées, si ce n'est pas le cas de prendre des mesures pour le faire.

Albitte ne part pour Bourg que le 27 nivôse (16 janvier). Sûrement a-t-il attendu que son successeur Méaulle arrive; comme il lui a sans doute fallu le temps pour préparer sa mission. Lui sont adjoints plusieurs commissaires civils, hommes politiquement et professionnellement éprouvés pour ce genre d'action. Il part avec comme conseil du Comité de Salut Public de rester en correspondance avec ses collègues à Commune-Affranchie.

Venant de Commune-Affranchie, Albitte arrive à Bourg le 28 nivôse an II (17 janvier), en compagnie de clubistes parisiens pris dans l'entourage des représentants à Lyon. On peut penser que l'envoi de ces commissaires civils dans l'Ain et le Mont-Blanc avec Albitte, fait suite aux tensions qui règnent entre amis de Chalier et clubistes parisiens à Commune-Affranchie. En effet ces derniers ont la confiance des représentants à Lyon 223(*). L'envoi de ces hommes, outre le fait de marquer un esprit de conciliation avec les jacobins lyonnais, montre aussi la volonté des représentants de vouloir imprimer efficacement la marche du Gouvernement Révolutionnaire224(*) dans l'Ain, en secondant Albitte par des experts de ce genre de travail. Ces commissaires nationaux forment donc le premier entourage d'Albitte, ayant pour rôle, de le conseiller, de l'aider, mais aussi de le diriger quand le représentant pourrait faire preuve de modération comme à Marseille. Qui sont ces hommes, quelle est leur formation et leur parcours révolutionnaire ?

III : l'entourage d'Albitte dans l'Ain

A : les parachutés Lyonnais

Parmi ces "parachutés" Lyonnais qui constituent le premier entourage d'Albitte, certains plus que d'autres, vont marquer d'une trace indélébile l'histoire de la Révolution dans l'Ain. Parmi eux, le plus important est sans hésitation Dorfeuille.

Dorfeuille

Philippe-Antoine Gobet dit Dorfeuille est né le 1er décembre 1754 à Troyes 225(*) ou à Sézanne 226(*) dans une famille bourgeoise. En 1775, il fait partie de la troupe du Prince Charles de Lorraine et se produit en Belgique. En 1777, il est membre de la compagnie de Gand comme premier acteur et met en scène des pièces de sa composition. Fin 1779, il joue une de ses pièces à Maastricht. Ph.Bourdin pose la question, si Dorfeuille n'aurait pas rencontré pour la première fois Collot d'Herbois qui, lui joue à Anvers227(*). En 1782, alors que les critiques le comparent à Le Kain, Dorfeille intègre la Comédie de Clermont-Ferrand. Soutenu par ses débuts prometteurs il tente en 1784 de rentrer à la Comédie Française mais sans succès.

Toujours en 1784, après son échec à la Comédie Française, Dorfeuille, fait jouer quelques une de ses pièces à Paris et épouse une actrice Julie-Françoise Coigny, née en 1748.

Le jeune couple repart en province, où on le retrouve le 5 juin 1785 à Clermont-Ferrand pour jouer une pièce de théâtre. Puis il se rend aux Pays-Bas et obtient des premiers rôles en 1786 à Ostende; il devient, par la suite directeur d'une troupe à LaHaye.

Dorfeuille revient à Paris et joue le 5 février 1789 une pièce, où "il ne put terminer son rôle"228(*). Cet échec lui vaut à nouveau le refus d'entrer à la Comédie Française.

Dorfeuille à la suite de ce second échec rejoint son frère Pierre au Théatre des Variétés. D'après F.Braesch 229(*), Dorfeuille aurait été le directeur d'Hébert aux Variétés. Mais cela semble fort peu probable, F.Braesch doit sans doute confondre Philippe-Antoine Gobet dit Dorfeuille (notre personnage) avec Pierre Poupart ayant lui aussi pour nom de scène Dorfeuille. Ce dernier, acteur reconnut, obtient le soutien de Philippe d'Orléans, qui l'installe en 1785, dans une salle du Palais-Royal, appelée les "Nouvelles Variétés Amusantes", puis le réinstalle à coté du Palais-Royal en 1790 230(*). S'agit-il de son frère ? Si tel est le cas, Dorfeuille (à défaut d'avoir été le directeur d'Hébert) l'a sans doute rencontrer ici ou ailleurs, étant donné le caractère spécifique du théâtre sous l'Ancien-Régime.

Dorfeuille a donc sûrement une grande quantité de relations dans le monde du théâtre et est sans doute amené à jouer les pièces de Molière, Diderot, Voltaire ou Beaumarchais. La comédie et le théâtre devenant avec Beaumarchais "révolutionnaires. . .politiques et sociales"231(*), la carrière théâtrale fait des comédiens des personnes tout à fait enclins aux idées démocratiques et révolutionnaires.

En effet les pièces de Dorfeuille subissent cette influence libérale. En 1779, il est l'auteur du protecteur ridicule et en 1783 du soldat laboureur.

De retour en province, Dorfeuille joue à Clermont-Ferrand en janvier 1790 une pièce de Collot d'Herbois et se lance dans la politique, en publiant plusieurs pamphlets dont un sur les prêtres dont l'action se déroule en Picardie 232(*). En 1790 il serait de passage à Bourg où il écrit le miracle de la Sainte Aumelette. Début 1791 il donne la pièce Guillaume Tell à Bayonne. Quand Mirabeau meurt, Dorfeuille porte le deuil. Ce geste montre son penchant pour les idées patriotiques. Entre 1790 et 1791 il publie trois brochures : La Lanterne Magique Patriotique, ou le coup de grâce de l'aristocratie, L'Epître de St Augustin à la comédie italienne et La Religion de Dieu et La Religion du Diable. Il est déjà un ennemi acharné de la religion, qui n'a pour les gens de la comédie que le plus grand mépris. Sans doute ce rejet de l'Eglise pour les acteurs a fait naître en lui une haine de la religion catholique. Puis il effectue un"Tour de France" des sociétés populaires en désirant "y propager la foi civique" 233(*). C'est ainsi qu'on le retrouve à Bordeaux en mai 1791 où il se fait recevoir membre de la société populaire; puis à St Martin Ile-de-Ré en juin, à Alençon le 6 août 1791 ou "sa déclamation expressive et vigoureuse"234(*) charme le public. Il est à La Flèche le 26 août 1791 et aussi à Dreux en septembre. Il est reçu à la société populaire du Mans où le 3 septembre 1791 ses talents d'orateur sont vivement applaudit. Il propose que le coeur d'Henri IV, qui est à La Flèche soit transporter à Paris lors de la prochaine fête de la Fédération.

Membre de la société des Jacobins de Toulouse "il s'y montre très actif"235(*). Il est aussi citoyen actif de la dite ville.

Dorfeuille dès le début de la Révolution fait preuve d'un sens antireligieux certain, que son statut de comédien n'a pu que conforter durant ses années sur les planches.

Dorfeuille a le "verbe sonore" 236(*) et une "voix tonnante" 237(*). Il sait maîtriser sa voix et sait donner à un texte de l'ampleur. D'une taille moyenne les cheveux noirs, il porte une barbe noire qui souligne un visage "ovale aggravé de la petite vérole" 238(*).

Il s'engage le 3 août 1792, avec le grade de sous-lieutenant au 1er bataillon des volontaires de l'Hérault. A la vue de ses motivations, il est probable qu'il s'engage afin de propager les maximes révolutionnaires dans les armées. A partir du 22 août 1792 à Grasse, il occupe la place d'aide-de-camp du lieutenant-général Anselme à l'Armée du Midi 239(*) et rencontre Dubois-Crancé. Sans doute faut-il voir dans cette nomination un choix politique plus que militaire du Conseil Exécutif Provisoire voulant certainement doter la troupe d'un encadrement de "commissaire politique" officieux tout en promouvant des patriotes jugés sûrs. Effectivement, il organise à Marseille la cérémonie en mémoire des Marseillais morts lors le 10 Aôut et devient l'intermédiaire entre le club de la dite ville et l'armée.

Il entre avec Anselme dans Nice libérée des Piémontais le 29 septembre et contribue à la mise en place du club local. Il est chargé d'emmener à Paris les drapeaux pris à l'ennemi. Chaque étape vers Paris est une occasion pour lui, de glorifier l'Armée du Var dans des représentations théatrales. Il arrive à Paris en décembre 1792. De retour à Nice après la disgrâce d'Anselme (que Collot d'Herbois a fait arrêté en février 1793), Dorfeuille est attaché au général Saint-Martin par les représentants Grégoire et Jagot240(*). Il va en Corse avec le général et de retour sur le continent il rejoint Dubois-Crancé.

En septembre 1793 Dubois-Crancé nomme son "cher Dorfeuille" 241(*), commissaire civil dans le district de Roanne pour "organiser la levée contre Lyon"242(*) et le Forez fédéraliste. Dorfeuille fait son apprentissage de commissaire civil. Doté de pouvoirs étendus, il épure la municipalité de Roanne, constitue un comité de surveillance et une société populaire et à la tête de la garde nationale de Roanne occupe Boën le 9 septembre 1793. Durant cette mission Dorfeuille sympathise avec Javogues et passe de "vieux compagnon de beuverie" 243(*) (amateur de Bourgogne) à celui de "palliatif Dorfeuille"244(*). Dans la Loire, Dorfeuille accumule les gestes profanes et les propositions païennes. Il boit avec Javogues "à grandes lampées les vins les plus exquis saisis dans les caves d'un suspect et à porter des toasts. . .avec une tabatière en or" 245(*), comme il propose que l'on adore le soleil et les étoiles 246(*).

Dorfeuille se place dès lors, comme beaucoup de jacobins, comme "un activiste de la déchristianisation" 247(*). En effet, Dorfeuille franchit rapidement le pas entre anticléricalisme et déchristianisation, mais reste néanmoins plus un orateur qu'un homme de terrain.

Lorsque commence le siège de Lyon, Dorfeuille, après avoir bousculé les Montbrisonnais 248(*), marche sur la ville assiégée à la tête d'une colonne armée. Le 11 octobre 1793, par un arrêté de Couthon et Maignet, Dorfeuille est mis à la présidence de la Commission de Justice Populaire de Lyon, qui devient le 1er frimaire an II (21 novembre) le Tribunal Révolutionnaire de Lyon.

Le rôle de cette Commission est de "juger tous les individus prévenus d'avoir pris part à la contre-révolution qui s'est manifestée en la ville de Lyon, autres que ceux qui ont été pris les armes à la main" 249(*) Son but est de briser les intellectuels et les orateurs des partis Girondin et royaliste. C'est un tribunal aux pouvoirs vastes que préside Dorfeuille. C'est au tribunal que Dorfeuille fait la connaissance de Merle, l'accusateur public originaire de Bâgé-le-Châtel. A Commune-Affranchie Dorfeuille, homme de scène par sa formation, préside le 20 brumaire an II (10 novembre) à la tête du club central la fête en l'honneur de Chalier, qui tourne en une mascarade antireligieuse. Il envoie par la suite, le buste de Chalier aux Jacobins de Paris dont il est membre.

Le Tribunal Révolutionnaire voit son activité augmenter rapidement, passant d'une condamnation par jour, le 10 brumaire an II (10 novembre), à 10 condamnations par jour le 19 brumaire an II (19 novembre), sous les accusations de "demi-mesures" 250(*) de Fouché et de Collot d'Herbois. Ce dernier dans une lettre au Comité de Salut Public trouve que "le tribunal va ferme, mais sa marche est lente." 251(*). Lors de l'arrêt de cette cour de justice, le 9 frimaire an II (29 novembre), le Tribunal Révolutionnaire de Lyon a condamné 113 personnes d'après M.Glover. Ce chiffre est de 273 personnes pour J.Balteau, M.Barroux et M.Prévost.

Dorfeuille à Commune-Affranchie se lance dans le journalisme, en rédigeant "sous le nom de Damane" 252(*) 32 numéros du" Père Duchèsne" de Lyon à partir du 21 novembre 1793. Cette activité journalistique convient parfaitement au rôle de propagandiste révolutionnaire que Dorfeuille se donne depuis 1790.

Les exécutions massives des 14 et 15 frimaire an II (4 et 5 décembre), ne sont pas un secret pour Dorfeuille. Même si le Tribunal Révolutionnaire ne fonctionne plus, il semble que Dorfeuille ait une part de responsabilité dans ces affaires. En effet c'est lui qui écrit aux représentants qu' "un grand acte de justice populaire se prépare" 253(*). Dorfeuille, dans son père Duchèsne, est d'accord avec la politique de répression à outrance. Il souhaite la mort de tout "les marchands, tous les accapareurs d'argent. . .tous les prêtres, tous les riches, tous les procureurs et les gens de loi" 254(*).

Dorfeuille, s'il est un homme de confiance des représentants à Commune-Affranchie, est aussi un membre du club des Jacobins de Paris et a ses entrées auprès des membres de la Convention 255(*) comme sans doute à la Commune.

Fin frimaire an II, Dorfeuille est nommé à Commune-d'Armes pour diriger l'industrie des armes. Mais ses fonctions sont comme toujours multiples : "destruction de fanatisme, coordination des diverses autorités, maintien de l'esprit public" 256(*). Dorfeuille a un rôle, et une autorité comparable à celui d'un conventionnel en mission. Il agit donc de même en nommant des commissaires pour parcourir les villages y distribuer ses écrits. Il est donc normal qu'un homme qui a toute la confiance des représentants à Commune-Affranchie, évangélisateur républicain et ennemi de l'inégalité sociale, seconde Albitte.

Dorfeuille est un agent du Gouvernement Révolutionnaire en province, qu'il convient de juger efficace. Il est rodé à la propagande, aux initiatives personnelles, aux responsabilités, mais sans aucune connaissance du département de l'Ain dans lequel il se rend.

Orateur habile, lui et les autres commissaires, n'ont pour seules informations sur l'état politique de l'Ain, que celles distillées par les Sans-Culottes de Bourg, dont les motivations politiques vont trouver dans les commissaires civils, une approbation totale et effective étant donné les idées politiques entachées d'hébertisme de ces hommes.

discours de dorfeuille aux soldats de 257(*)

Vauquoy, Millet, Bonnerot et Darasse

Les renseignements sur les personnages suivants sont plutôt vagues. Aucune biographie, ou aucun travail n'ayant été effectué, à ma connaissance.

Louis-Reine Vauquoy est né en 1760 à Paris. Employé avant la Révolution à la Ferme Générale, il devient secrétaire-comis des Jacobins à Paris. Nommé par Fouché, à son arrivée de Paris, membre de la Commission Temporaire de Surveillance de Commune-Affranchie. Commissaire itinérant, son nom devient synonyme de déchristianisation et de répréssion dans le district de la Tour-du-Pin dans le département de l'Isère en 1793,. En effet, à La Balme, près de Crémieu, la crainte de Vauquoy et de ses "enragés" 258(*), pousse la municipalité de La Blame "a immerger dans le lac de la grotte la ci-devant vierge, qui se dressait au fond de la chapelle" 259(*).

Pour M.Vovelle, Vauquoy est un "activiste de la déchristianisation" 260(*) tout comme l'est Dorfeuille. Mais la différence entre les deux hommes réside dans le fait que Vauquoy est un homme d'action et de terrain aux initatives nombreuses mais souvent malheureuses pour les populations locales. Amateur de vin, au même titre que Dorfeuille, il amène avec lui dans l'Ain, "une caisse de vin étranger. . .de Grenoble" 261(*), qu'il partage avec "son bon ami et son camarade" 262(*) Lajolais, avec qui il loge à Bourg.

Le 7 frimaire an II (27 novembre), Vauquoy est nommé membre de la Commission Révolutionnaire. Il refuse ce poste. Ce refus ne l'empêche pas, durant ses missions avec Convers dans les districts de Montluel, Pont-de-Vaux et Châtillon-sur-Chalaronne de se donner le titre d"adjoint et membre de la Commission Temporaire" 263(*). Parle-t-il peut-être de la Commission Temporaire de Surveillance établie rue St Catherine à Commune-Affranchie ?

Marié, Vauquoy se fait rejoindre par sa femme à Bourg 264(*).

Millet est un ancien comédien qui rédige avec Dorfeuille le Père Duchèsne de Lyon 265(*). Il semble que les deux hommes soient de bons amis 266(*)

Comme commissaire civil, Millet oeuvre dans la Loire de la fin brumaire au début de frimaire an II. Il est alors porteur d'un ordre de mission émanant des représentants à Commune-Affranchie, qui le dote des pouvoirs "d'arrestations. . .de propagande et de coordination des autorités" 267(*). Il ne reste que peu de temps dans les districts de Roanne et de Boën mais suffisamment pour prendre part à la déchristianisation. Pour M.Vovelle, Millet est plus un orateur qu'un homme d'action. En frimaire, Millet est de retour à Commune-Affranchie, comme secrétaire et "investigateur des pièces relatives aux coupables" 268(*).

Bonnerot, vient aussi de Lyon. Se disant être un ancien acteur de théatre, il se présente en pluviôse an II (alors en mission avec Millet à Trévoux), comme "manbre (sic) de la commission tanporaire (sic)"269(*). Bonnerot fait ici sans doute allusion à la Commission Temporaire de Surveillance 270(*), car il n'est fait nulle part mention de sa nomination à la Commission Temporaire présidée par Parrein. Ce qui est sur, c'est que cet homme est un homme du peuple, peut-être un membre de l'Armée Révolutionnaire Parisienne sûrement plus un activiste de terrain qu'un orateur.

Le secrétaire d'Albitte, est Darasse. Lui aussi comédien, et il se définit dans l'arrêté d'Albitte du 10 pluviôse an II 271(*) "secrétaire de la Commission Temporaire". Tout comme Bonnerot, ne figurant pas sur la liste des membres de la dite Commission que nous donne M.Glover, on peut donc penser, qu'il est lui aussi sorti de la Commission Temporaire de Surveillance.

le général Lajolais

Frédéric-Michel-François-Joseph de Lajolais est né le 1er août 1765 à Wissembourg, dans le futur département du Bas-Rhin. Cet alsacien est un militaire de carrière, qui s'engage dès 1778, comme volontaire au régiment d'Alsace, régiment considéré par l'administration militaire comme un régiment étranger.

Lajolais gravit lentement les échelons. Le 1er septembre 1780 il devient sous-lieutenant et le 8 mai 1784 lieutenant. La Révolution le propulse, le 20 septembre 1791 aide-de-camp de Kellermann, avec le rang de capitaine. Il obtient le rang de lieutenant-colonel le 27 septembre 1792 et celui de colonel à l'Armée des Alpes le 7 octobre 1792.

Lajolais est nommé général de brigade provisoire par les représentants en mission le 21 juin 1793. C'est avec ce grade qu'il participe au siège de Lyon à partir d'août 1793.

Quand le général d'Oraison est destitué par ordre du Comité de Salut Public de son poste de commandant militaire du département de l'Ain puis arrêté, c'est Lajolais qui est nommé à sa place de commandant militaire de l'Ain.

Comme nous l'avons vu plus haut il partage avec Vauquoy, sa table, mais aussi sûrement son logement.

Albitte est entouré d'un personnel politiquement expérimenté. C'est la seule et unique fois dans l'histoire de la Révolution dans l'Ain qu'un représentant en mission vient avec des adjoints autre que des secrétaires.

Après avoir vu qui sont les personnes qui arrivent avec Albitte de Commune-Affranchie, nous allons voir maintenant qui sont ceux sur qui Albitte va s'appuyer dans l'Ain.

Dès son arrivé à Bourg le 28 nivôse an II (17 janvier), " Dorfeuille, Millet, le supplicié Vauquoy, secrétaire d'Albitte et le général Lajolais se réunissent à tous les factieux pour circonvenir le représentant et fermer aux citoyens tout accès auprès de lui." 272(*). Qui sont ces "factieux", bien décriés, après thermidor an II par ceux-là même qui les applaudissaient durant la période qui nous intéresse ?

B : les Sans-Culottes

Au moment de son arrivée et durant tout le long de sa mission dans l'Ain, Albitte est entouré par les révolutionnaires locaux, qu'il convient d'appeler les "Sans-Culottes" comme ils se nomment eux-mêmes dès la création de la dite société populaire en septembre 1793 273(*). Cette appellation est générale pour tous les partisans du Gouvernement Révolutionnaire et de la Terreur dans l'Ain après la crise fédéraliste. Ce nom symbolique fait des sociétaires 274(*)des clubs et sociétés populaires les interlocuteurs privilégiés sur qui les différents représentants s'appuient, pour connaître la vigueur révolutionnaire du département. Comme nous allons le voir ce nom n'est que symbolique la vérité est bien différente.

Nous n'allons voir ici que les biographies des plus marquants de ces hommes, ceux pour qui la mission d'Albitte dans l'Ain a eu une réelle influence sur leur vie; car beaucoup d'entres eux, Sans-Culottes de 1793 et de l'an II, se retrouvent accusateurs de leurs compagnons après Thermidor.

Qui sont les "Sans-Culottes", ces "apôtres des Héberts, des Chaumettes et des Dantons" 275(*) ?

Blanc-Désisles

François-Pierre 276(*) Blanc dit Désisles est né vers 1753 à Dijon. Il est le premier ou le deuxième fils d'un marchand-bijoutier de la ville. Tout en allant à l'école, ou il apprend à lire, à écrire et à compter(chose indispensable pour un marchand), Blanc-Désisles apprend aussi de son père, le métier de marchand-bijoutier. Il est élevé dans une famille de la petite bourgeoisie provinciale sûrement à l'abri des difficultés que peuvent connaître les ouvriers277(*). Mais Blanc-Désisles, à la suite d'affaires malheureuses plus ou moins honnêtes, fuit en Amérique aidé par les deniers paternels 278(*).

Homme de goût, il aime les plaisirs de la vie279(*), et mène en Amérique (d'après Convers) "le train de vie qu'il avait mené en France" 280(*). Vivant sans doute dans une relative commodité, Blanc-Désisles fait sûrement, en Amérique, l'apprentissage des idées nouvelles.

A son retour en France, Blanc-Désisles ( il peut avoir ajouter ce suffixe à son nom) faute d'autres renseignements, épouse lui aussi la carrière de comédien. Cette carrière théâtrale, d'après M.Biard, n'est pas choisi "par vocation, tant les inconvénients sociaux étaient manifestes." 281(*). C'est sûrement à Paris qu'il exerce son talent car c'est à Paris, qu'il fait publier en 1787 une comédie "Zélénie ou l'orpheline américaine". C'est sans doute durant sa période de comédien, qu'il prend contact avec lalecture des philosophes. En effet, lors de la fête civique en mémoire de Marat et de Lepeletier, du 10 novembre 1793 à Bourg, Ph. le Duc 282(*) se demande si "Blanc-Désisles avait. . .lu l'Hermippus redivivus du Docteur Cohausen".

A Paris donc, Blanc-Désisles se lie d'amitié avec plusieurs comédiens dont Grammont283(*) (C.F page 20). Blanc-Désisles, d'après Convers, "paraissait (en) faire beaucoup de cas, . . .il vantait surtout. . . son patriotisme"284(*). Les relations à Paris que Blanc-Désisles fait avant la Révolution, sont durant cette dernière, la clef de son évolution politique tendant vers le peuple.

Blanc-Désisles est à Bourg au début de la Révolution. D'après Favélas 285(*) (le secrétaire de Gouly), quand Blanc-Désisles arrive à Bourg il n'a pas de fortune mais parvient rapidement à gagner beaucoup d'argent "par des moyens peu délicats, puisqu'il était venu dans le pays sans ressources" 286(*). Ceci le rend suspect aux yeux d'une population en grande partie bourgeoise qu'Alban juge lâche 287(*). Il se marie quand même le 1er juin 1786, à Jeanne-Marie Hurville fille aîné de Claudine Colin veuve Hurville, héritière d'une bijouterie. Sa femme passe pour être belle et peu farouche 288(*). Blanc-Désisles par ce mariage plutôt commode fait son entrée dans la vie sociale de Bourg. .

La franc-maçonnerie n'est pas absente de Bourg. Le père de Thomas Riboud fait partie de la loge maçonnique de St Jean-des-Elus. D'après Ph.le Duc, "par mépris pour le lieu saint, Désisles formule son toast à la manière des francs-maçons" 289(*) (lors de la fête du 10 novembre 1793, citée plus haut), ce qui laisse penser que le dijonnais a là aussi ses entrées. Une réussite si rapide et si brillante n'éveille-t-elle pas quelques jalousies ?

Blanc-Désisles vit à Bourg, rue de l'Etoile, dans une maison appartenant à sa belle-mère. Il mène une vie respectable et à l'abri de tout soucis financier.

Dès 1790 il devient officier municipal et est l'un des premiers fondateurs de la Société des Amis de la Constitution de Bourg. Dès le début de la Révolution Blanc-Désisles se passionne pour celle-ci. Voit-il dans cette Révolution, le moyen de s'élever plus haut que de son statut de comédien ?

Blanc-Désisles est un orateur brillant pour lequel les épreuves de la scène n'ont été que des expériences bénéfiques. Les thermidoriens lui reprocheront cette facilité d'expression et ce certain charisme 290(*), qui font de lui un des leaders du mouvement révolutionnaire à Bourg et dans l'Ain. Ces discours sont théâtraux et dotés d'un "certain talent (qui avec) une emphase doctorale dut charmer son auditoire" 291(*). Le physique de Blanc-Désisles est à la hauteur du personnage. D'une taille moyenne, il est proche de la quarantaine, les cheveux noirs, les yeux gris, le menton pointu et le nez aquilin; il porte "aux oreilles des boucles ovales en or, deux bagues à la main gauche dont l'une en or et l'autre en forme de collier de chien en argent." 292(*)

Dans son discours du 16 février 1792, il appelle tous les peuples à l'insurrection et à la conquête de la liberté, affirmant que tout citoyen est légal d'un roi.

Au mois d'août 1792, il obtient le 5 du département, un contrat de fourniture de 1000 gibernes, 1000 bretelles de fusils et 1000 havresacs pour les volontaires. Le 21 août Blanc-Désisles reçoit en payement de son adjudication la somme de14.469 livres, le 6 octobre les pièces demandées sont fournies au département.

Lors des assemblées primaires de 1792 Blanc-Désisles (qui fait partie des notables) exerce une grande influence sur le vote. Il dirige les suffrages sur les patriotes par un discours, qu'il fait imprimer le 22 août 1792, où il montre ses idées avancées 293(*). Il pense, en effectuant cette démarche, sûrement à faire voter les citoyens pour lui. Ce qui est sûr, c'est que lors du dépouillement des scrutins, Blanc-Désisles arrive à faire annuler le scrutin écrit pour lui substituer un scrutin à main levée qui le propulse au rang d'électeur. Mais la réunion des électeurs lui préfèrent Gauthier-des-Orcières. C'est lui, qui le 27 août 1792, propose que soit substitué le nom de Maison Commune à Hôtel de Ville; mais ce n'est que le 26 décembre de la même année que le conseil municipal de Bourg accède à sa requête.

Absent du conseil municipal pendant la première quinzaine de septembre 1792, il revient le 26, pour être nommé avec les citoyens Cabuchet, Duhamel et Morand, commissaires pour aller dans le Bugey et le Pays de Gex, rassurer les populations au moment où des troubles dûs à la hausse du prix des subsistances perturbent cette partie du département.

En janvier, février et mars 1793 Blanc-Désisles, soutenu par l'arrivée au conseil municipal de Rollet, Convers, Chaigneau et Alban, se sépare de ses collègues plutôt modérés. Il exprime souvent sa colère lors des réunions du conseil municipal quand la majorité ne suit pas ses opinions. Quand Amar et Merlino arrivent à Bourg ils trouvent en Blanc-Désisles un partisan zélé. Lors de la crise fédéraliste de juin 1793 il ne signe pas la pétition du 2 juin 1793, des citoyens de la commune de Bourg, qui demande la réintégration des conventionnels proscrits mais essaie de calmer les esprit en rédigeant avec Reydellet et Roussellet une déclaration au nom de la municipalité. A la municipalité Blanc-Désisles s'est fait une spécialité de rédiger les adresses294(*). A la société populaire de Bourg il demande avec Convers, le 5 juin 1793, que des commissaires soient envoyés à Lyon pour savoir si des correspondances ont eu lieu entre les deux villes. Bien qu'applaudie, cette motion n'est pas suivie. Fin juin 1793 il accompagne le détachement dans le Jura et à son retour, malgré un essai infructueux pour regagner la confiance du peuple, il est menacé de mort. En effet une "lettre venant d'un contre-révolutionnaire de Lyon. . .le désignait comme un complice de Chalier" 295(*). Le 7 juillet 1793 lui, et ses amis jacobins, sont évincés de la municipalité.

Désormais menacé et trahi par la bourgeoisie bressane, il fuit à Paris. Rejoint plus tard par Convers, les deux bressans sont reçu à la Convention et par les députés de l'Ain lors du repas anniversaire du 10 août, où il "se dispute avec Debost, fédéré du 10 août" 296(*) envoyé par la nouvelle municipalité de Bourg. Avec Convers, ils assistent à des exécutions 297(*) Blanc-Désisles, illuminé comme Chalier, modifie sa politique en prenant modèle sur la Commune de Paris : "à Paris les officiers municipaux ne se laissent manquer de rien, qu'au moyen de réquisition, ils se faisaient donner tout ce qui était bon" 298(*) dit-il à Régnier. Dès lors, Blanc-Désisles radicalise sa pensée politique, prenant désormais appui sur le peuple et les mesures exceptionnelles : "Désisles approuvait toutes les mesures de rigueur et ne craignait pas de dire que le sang était nécessaire pour consolider la Liberté et la Révolution." 299(*). Pour cela il pousse, avec Convers, leurs amis de Bourg à créer une nouvelle société populaire, ouverte au peuple et avec des tribunes. A leur retour de Paris, Blanc-Désisles et Convers impriment la Terreur 300(*).

Réintégré dans ses fonctions par Javogues, il est mis à la place maire de Bourg par Bassal et Bernard. Président du Comité Central de Surveillance, il cumule les fonctions. C'est lui qui va chercher Javogues à Mâcon et qui se fait nommer président de la Commission Populaire de Bourg. Destitué et emprisonné par Gouly, Blanc-Désisles garde de son incarcération une rancoeur silencieuse vis-à-vis du représentant.

Blanc-Désisles, orateur et homme de caractère, souffre d'une tendance à devenir violent quand il boit 301(*). Pour ses contemporains, Blanc-Désisles est "un des patriotes le plus connu. . .dont le patriotisme sans ambition s'était toujours montré le même depuis le début de la Révolution. . . .(Il) était la terreur de tous les ennemis de la Révolution" 302(*). Pour ses collègues de la municipalité il est le plus "illustre magistrat, défenseur de la liberté. . .(don le) patriotisme est pur et sans tâche" 303(*). Pour son détracteur, Convers, "Désisles parlait souvent de la mort et semblait faire fort peu de cas de la vie, aussi dit-il qu'il serait guillotiné ou qu'il accomplirait ses projets" 304(*)Mais c'est un homme à l'esprit revanchard qui n'aime pas être calomnié.

dessin orateur sans-culottes

discoursd des volontaies du rhône305(*)

Rollet-Marat

Etienne Rollet est né en 1757 à Bourg. Il est le fils de Philibert Rollet et de Benoîte Chambre, mariés le 21 janvier 1755.

Sa famille fait partie de la petite bourgeoisie provinciale 306(*) bien installée dans la vie bourgeoise de la ville. Il est un parent de Gauthier-des-Orcières. Son père est un marchand de fer. Après avoir suivi une scolarité à Bourg, il suit les cours de médecine à Montpellier, où il obtient un diplôme de docteur qui est enregistré à Bourg en 1782. De retour à Bourg, il s'installe dans ce qui semble être la maison familiale de la Grandrue à Bourg et épouse une marchande de vin, Marie Caillaton le 28 novembre 1786.

Dès le 16 juillet 1789 Rollet entre dans la vie politique burgienne. (C.F page 21).

Membre de la municipalité en mars 1792, il est un homme influent à la société populaire dont il est membre depuis 1791 307(*). Jacobin prononcé comme Blanc-Désisles, il tente lui aussi de rallier les suffrages de la population lors du retour du détachement du Jura le 30 juin 1793. Ce demi-échec (il n'est pas menacé de mort comme Blanc-Désisles), n'empêche pas son éviction de la municipalité lors de la réunion des sections, le 7 juillet 1793, et cela malgré la protestation écrite qu'il fait sur le registre municipal 308(*).

Dès lors, il se rend dans les départements voisins auprès des représentants en mission et annonce que "la commune de Bourg s'est rendu coupable de fédéralisme" 309(*).

En septembre 1793, après avoir été réintégré dans ses fonctions, Rollet fonde, sous l'impulsion parisienne de Blanc-Désisles et Convers, avec Alban et Chaigneau 310(*) la société des Sans-Culottes.

Nommé le 15 septembre 1793, par Bassal et Bernard au poste d'administrateur du district de Bourg, Rollet "démarche" les sociétés populaires de différents districts, pour les rattacher aux principes de celle de Bourg en montrant que le bénéfice de cette mutation est de devenir "Sans-Culotte", donc être dans le sens de la Révolution. "Rappelez-vous bien qu'un patriote fait fuir cent aristocrates, qui. . .sont. . .toujours cachés. . .ne cherchant qu'à méditer la vengeance, à solliciter des places salariées.. . . Citoyens, je vous ai promis de vous instruire des règlements de la Société des Sans-Culottes de Bourg-Régénéré" 311(*) Pour cela il se rend à Châtillon-sur-Chalaronne le 23 octobre 1793 et fait un discours mobilisateur. Rollet raconte, en citant Hébert 312(*) la manière dont c'est déroulée la crise fédéraliste à Bourg. C'est à dire comment les "anarchistes, fédéralistes, royalistes, rollandins, brissotins . . .(égarait le peuple, qui) vexait les vrais maratistes ou montagnards, leurs amis" 313(*). Le 16 brumaire an II (6 novembre), il se rend à la société de Montluel avec Baron, et régénère la société. Si Blanc-Désisles est l'orateur, Rollet lui est l'homme de terrain.

Le 5 brumaire an II (26 octobre), Rollet est nommé membre du comité central de surveillance du département de l'Ain. Le 16 brumaire (6 novembre), il est nommé par ce comité pour se rendre dans le district de Montluel "y réveiller l'esprit public" 314(*) avec Baron. Cette mission coûte 414 livres au département.

Ces missions, sont aussi des "virées" déchristianisatrices virulentes.

Pour lui tous les curés, constitutionnels ou non, sont "des animaux féroces" 315(*). Pour Rollet convertir un prêtre au culte républicain c'est comme "savonner la tête d'un âne, c'est perdre son savon" 316(*). Rollet est éminemment anticlérical.

Lors d'un de ses passage à Meillonas en brumaire an II, pour "détruire, dit-il, le fanatisme" 317(*), Rollet, après un repas républicainement arrosé; se rend tout en faisant faire des patrouilles aux hussards qui l'accompagnent, à l'église où "chaque phrase (de son discours) finissait par des jurements effroyables" 318(*). Rollet en bon sans-culotte adopte le langage du père Duchésne. Toujours, le même jour, après une discussion (que l'ivresse du cépage du Revermont aide à envenimer) Rollet "fait entrer les hussards à cheval dans le Temple en disant, Je me fous de vous, je me contre fous de vous" 319(*). On s'aperçoit vite, que Rollet, comme Blanc-Désisles a le vin mauvais. Rollet de passage à Ceyzeriat, le 26 décembre 1793, est comparé à un brigand, qui vient pour enlever les curés et l'argenterie 320(*). Sa brutalité 321(*)auprès des populations campagnardes, qui le rend terrible 322(*) et le fait craindre (le tocsin sonne à Jasseron à la mi-nivôse an II quand il est de passage dans le village pour se rendre à "Meillonas et Hautecourt , où des troubles s'étaient élevés" 323(*)), le rend risible : "On se plaint de ce qu'il se chante dans cette commune, des couplets inciviques dans lesquels les patriotes sont bafoués, notamment Rollet-Marrat, l'agent national du district de Bourg. . .(ces) refrains anticiviques tendent à corrompre l'esprit public et à tourner en ridicule les patriotes" 324(*). De même, alors qu'il est à Jujurieux, à la fin de brumaire an II pour persuader les citoyens d'abandonner le culte catholique; il est traité "d'aboyeur"325(*) par le procureur de la commune.

Nommé commissaire avec Baron-Chalier dans les districts de St-Rambert par ordre de Javogues le 21 brumaire an II (11 novembre), Rollet-Marat a pour mission d'arrêter les suspects et mettre leurs biens sous séquestre.

Comme à son habitude, il ne peut pas se retenir de "prêcher les maximes de la religion révolutionnaire, celles de la Raison et de la Vérité" 326(*), il s'emporte sûrement et est accusé par les municipalités de Pont d'Ain et de Jujurieux, d'avoir "contrarier l'exercice du culte catholique très apostolique et romain"327(*).

De retour à Bourg, il est mis en état d'arrestation par Gouly le 17 nivôse an II (6 janvier). Dans le mémoire justificatif qu'il adresse à Albitte le 1er pluviôse, il montre sa "haine implacable aux aristocrates; aux modérés, aux nouveaux brissotins, aux fanatiques et à la chicane entière" 328(*). Rollet-Marat est un activiste de terrain redouté et redoutable.

Rollet-Marat est le parfait fonctionnaire : "l'exécution de ses décrets ont toujours été l'objet de nos travaux et le voeu le plus cher à nos coeurs" 329(*) écrit-il de sa mission avec Baron-Challier dans le district de St Rambert. Cette abnégation à faire l'exécuter les lois de la République peut paraître obsessionnelle. Même une grave chute de cheval, en pluviôse an II, ne l'arrête pas 330(*). Rollet-Marat est un fanatique révolutionnaire ("un fonctionnaire public patriote ne craint pas de sacrifier sa vie en faisant son devoir" 331(*)), intelligent, mais brusque et emporté.

C'est un homme brun, aux yeux clairs, qui approche de la quarantaine et c'est un fumeur de tabac. Ces collègues voient en lui un patriote dévoué à la chose publique bien que rude. Blanc-Désisles traite même Rollet-Marat de "despote"332(*) alors que ce dernier revient d'un voyage à Coligny, où il n'a pas hésité à rentrer "à cheval dans l'église et devant la population présente (de jeter). . .à terre un chandelier, puis aidé des sans-culottes, brise les croix, les tableaux et les statues" 333(*). Pour Rollet-Marat, seul le résultat compte et pas la manière : "c'est sur ces actions qu'il faut juger les hommes et non pas sur les paroles" 334(*) écrit-il à Blanc-Désisles. Rollet-Marat allie parfaitement la parole au geste, car non content de voyager accompagné d'une escorte d'une dizaine de hussards (1 officier et des hommes de troupes); Rollet-Marat a toujours deux pistolets à la ceinture 335(*).

Alban

Aimé-Marie Alban est né à Bourg en 1755, d'un sculpteur et de la fille d'un cultivateur. Il est le fils aîné de sa famille. Il passe sa jeunesse dans un milieu social modeste; où Il apprend le métier de serrurier et a "17 ans jusqu'au moment de son établissement, il parcours le royaume de France pour perfectionner son travail"336(*). En 1781, il épouse à Bourg, Marie-Claudine Girard, fille d'un charpentier, avec qui il a 4 enfants. Celle-ci lui apporte comme dot, un trousseau de 1800 livres et deux maisons. Mais au bout de quatre ans et demi de mariage, Alban se retrouve veuf. Il se remarie plus tard, avec Marie-Anselme Tocxier, (fille d'un cultivateur), qui elle lui apporte une dot de 2400 livres sans compter le trousseau.

La confiscation des biens du clergé, permet à Alban de se porter acquéreur de 2 ouvrées de vignes, pour la somme de 1300 livres 337(*). La Révolution va permettre à Alban de pouvoir s'élever de sa simple condition d'ouvrier, dont il a conscience 338(*).

Dans les premières assemblées primaires, il est nommé scrutateur, puis commissaire pour le dépouillement du scrutin. En 1792, il est élu notable. Dès lors, Alban se consacre entièrement à la vie politique, qui le conduit à la place de maire de Bourg le 22 brumaire an II. Alban, compagnon des luttes de Blanc-Désisles à la municipalité, est comme Rollet-Marat, plus un agitateur qu'un orateur.

Durant le siège de Lyon, il est chargé de plusieurs missions auprès de Dubois-Crancé et de Gauthier-des-Orcières. C'est lui qui annonce la réddition de la ville à Bourg.

Homme sans doute de bonne foi et de bonne volonté, il est jalousé et vu avec défiance par certains burgiens, qui lui reproche son statut d'ouvrier : "notre municipalité (est) composée d'ouvriers, gens qui ne peuvent pas être bien éclairés, un serrurier pour maire a leur tête, jugé une ville comme Bourg si elle peut bien être gouvernée" 339(*).

Alban est l'un des instigateurs de la politique révolutionnaire menée dans le département depuis octobre 1793. La lecture du "Père Duchèsne" d'Hébert a sûrement un grand impact pour un homme qui peut se reconnaître ou s'identifier au "1er poêlier de France et de Navarre" 340(*); ce qui le conduit (avec le vin des suspects341(*)) à des excès342(*). Ses excès trop souvent répétés inquiètent ses collègues343(*) qui le considère comme "un phénomène. . .ému par les événements du 31 mai il a développé une énergie extraordinaire. . .Agissant au milieu des contradictions continuelles que lui faisaient éprouver les ennemis de la chose publique, son esprit s'exaspérait. Il avait la franchise naturelle. . .un zèle ardent pouvait l'entraîner au delà des bornes, il pouvait tenir des propos dont il ne sentait pas la force"344(*). Pour Blanc-Désisles, "Alban peut se tromper mais c'est un des bons sans-culottes"345(*).

Peu instruit et passionné par des événements qui lui permettent d'exercer un pouvoir, dont il a été interdit jusque là, Alban est le parfait sans-culotte.

Baron-Chalier

Joseph-Rambert-Laurent Baron est né le 8 mai 1755 à St Rambert. Il suit les cours de l'école de Bourg, puis va à Paris à l'Ecole de médecine, d'où il sort diplômé. A la suite de cela, il parcourt l'Europe pendant 6 à 8 ans.

En 1826, dans un avant-propos sur les relations de ses voyages, il se décrit comme quelqu'un "d'assez fort tempérament, sanguin, bilieux, vif, ardent, prompt, un peu brusque et colère"346(*). Son visage est gravé de petite vérole, ses cheveux sont crépus et noirs.

Baron commence sa carrière politique dans le district de St Rambert comme agent national du district. Le 25 septembre 1793 il est nommé administrateur au département par Bassal et Bernard, puis il est nommé à la fonction d'agent national du district de Belley.

Homme de terrain, comme le virulent Rollet-Marat, Baron-Challier est plus calme et plus nuancé dans ses paroles 347(*), (ce qui lui évite les désagréments de la prison en nivôse an II). Baron-Challier est un opportuniste348(*) qui se garde de tout excès de zèle nuisible.

Autour de ces principaux personnages de l'entourage bressan d'Albitte, quelques autres individus sont aussi important mais de moindre influence.

Claude-Joseph Merle, de Bagé-le-Châtel, né en 1755. Avocat de formation, il est élu administrateur du département en mai 1790 par le district de Pont-de-Vaux. Il siège au comité des impositions et des finances du département avec Tardy. Accusateur public du tribunal de Bourg, il est nommé le 12 octobre 1793, accusateur public de la Commission de Justice Populaire de Lyon, présidée par Dorfeuille. Lorsqu'il prend ses fonctions à Lyon le 21 octobre 1793, il donne les grandes lignes de sa conduite : "Le triomphe de la Liberté réside dans la pratique de ces quatre préceptes : Surveillez, dénoncez, arrêtez, punissez" 349(*). Bien qu'activiste de second plan, il est sans nul doute (grâce à son expérience lyonnaise) un élément moteur du parti sans-culotte dans le district de Bourg.

Antoine-Constance Convers, natif de St Etienne-du-Bois, est notaire à Bourg quand commence la Révolution. Membre de la société populaire des Amis de la Constitution, il en est élu président en juillet 1792. Plus modéré en apparence que ses collègues, Convers semble surtout faible de caractère, se laissant emporter facilement par le contexte dans lequel il se trouve. C'est lui qui dénonce Blanc-Désisles, avec Peysson le 24 frimaire an II (14 décembre), alors qu'il a été son compagnon d'exil à Paris durant la crise fédéraliste de l'Ain.

Jules-François Juvanon, surnommé par L.Trénard ( à juste titre) "le St Just de St Rambert"350(*) est né à St Rambert vers 1770. Son père est Antoine Juvanon d'une vieille famille de St Rambert. Le jeune Juvanon quitte sa fonction de prêtre pour embrasser la cause révolutionnaire vers 1793. Considéré comme quelqu'un de dur et d'autoritaire avec ses collègues du département351(*), il semble possédé une grande capacité de travail. Membre de l'administration départementale, Juvanon est donc soustrait à la réquisition des jeunes hommes de 18 à 25 ans. Il est considéré comme la "fidèle créature" 352(*) de Blanc-Désisles, chez qui il trouve un protecteur ou un père spirituel, bien qu'il loge chez Rollet-Marat.

Joseph Frilet est issu d'une vieille famille de notables au service du Roi. Bien qu'originaire de Revonnas il est, avant la Révolution, conseillé du Roi à Bourg. Sa famille a fait des alliances avantageuses avec la bourgeoisie locale 353(*). Avant l'arrivé d'Albitte, Frilet n'a pas un grand rôle dans la vie politique bressane. Malgré cette belle extraction sociale, Frilet est un alcoolique, dont sa femme se sépare parce qu'il la bat.

Comme nous venons de le voir, les leaders Sans-Culottes ne sont pas tous des enfants du peuple, à l'instar d'Alban. Albitte est donc entouré d'hommes décidés qui ont une idée parfaite de ce qu'ils attendent du représentant.

CHAPITRE 2

contexte et motivations

Afin de mieux aborder et comprendre la mission d'Albitte, il est important de connaître différents paramètres au moment de son arrivée, et durant sa mission.

Il convient d'abord de se familiariser avec certains événements et notions, afin de replacer ladite mission dans son cadre historique. Puis, pour comprendre la démarche politique d'Albitte qui se concrétise par les arrêtés, il faut connaître ses motivations ainsi que celle de son entourage à son arrivée ainsi que leurs évolutions durant le temps qu'il passe dans l'Ain.

I : contexte à l'arrivée d'Albitte

A l'échelon national la Terreur( décrétée par la Convention) est le cadre historique global de la mission d'Albitte; c'est-à-dire "organiser, systématiser et accélérer la répression des adversaires de l'intérieurs de la République, entreprendre la punition expéditive de tous les traîtres"354(*).

A : national

La mission d'Albitte dans l'Ain s'effectue à un moment très précis de l'histoire de la Révolution.

Le 10 novembre 1793, la politique religieuse nationale a consacré le culte de la Raison à Notre-Dame à Paris devenue Temple de la Raison. Depuis le 3 frimaire an II (23 novembre), la Commune de Paris a fait fermer tous les lieux de culte de la capitale. Si l'abjuration solennelle de l'évêque de Paris le 17 brumaire an II (7 novembre) marque l'inauguration de la déchristianisation, cette dernière (dans toute la République) est le fait de représentants en mission355(*), avec l'aide d'activistes zélés, s'acharnent à combattre le culte catholique. Dans la plupart des cas, souligne M.Ozouf, la déchristianisation commence là où sont envoyés les conventionnels en mission contre les fédéralistes et suit la route de l'Armée Révolutionnaire356(*).

Pour beaucoup de révolutionnaires, la déchristianisation passe par des mascarades antireligieuses (comme à Commune-Affranchie, le 20 brumaire an II (10 novembre) lors de la fête donnée en hommage à Chalier, orchestrée par Dorfeuille) et la destruction des machines religieuses. Mais alors que cette déchristianisation sauvage du mois de brumaire an II est stoppée, par la proclamation de la liberté des cultes du 16 frimaire an II (6 décembre), la violence antireligieuse se retourne vers les prêtres et les serviteurs du culte, la tendance générale des révolutionnaires est, à partir de nivose an II, de ne plus nier l'existence de Dieu, mais de favoriser la pratique individuelle d'une religion qui n'a plus besoin d'intermédiaires.

La politique militaire intérieure est marquée depuis mars 1793 par la révolte à l'Ouest et par le soulèvement fédéraliste de juin et juillet 1793. Quand Albitte arrive dans l'Ain, les vendéens sont en déroute depuis les batailles du Mans et de Savenay. L'insurrection fédéraliste est désormais dans la fin de sa phase punitive.

Le 25 décembre 1793, Robespierre fait un rapport sur les principes du Gouvernement Révolutionnaire. La Terreur est mise à l'ordre du jour sous la poussée du peuple parisien, grâce à l'appui de certains conventionels comme Collot d'Herbois ou Billaud Varenne le 5 septembre 1793. La Terreur, qui a pour but d'anéantir les ennemis du dedans et du dehors, enfante la déchristianisation qui se systématise en d'octobre 1793 sous la férule des représentants en mission, comme Fouché dans la Nièvre, Javogues dans la Loire. Mais elle est aussi le fait des hommes de l'Armée Révolutionnaire parisienne.

Le 19 vendémiaire an II (10 octobre), le gouvernement de la République est déclaré Révolutionnaire jusqu'à la paix; la Constitution est suspendue et le pays est gouverné d'une manière révolutionnaire, c'est à dire au coup par coup avec une politique qui veut détruire l'ennemi de l'intérieur, comme celui de l'extérieur.

Mais l'événement qui a le plus de conséquence pour le département de l'Ain, c'est sans doute la chute de Lyon, avec désormais une hégémonie jacobine sur la région. Cette suprématie devient plus populaire, lorsque Collot- d'Herbois incite de Lyon (avec l'appui de ses collègues) puis de Paris (avec l'appui de la Commune, des Cordeliers et des sections) la promotion de sans-culottes dans une région qu'il domine 357(*). On peut donc penser que l'envoi d'Albitte dans l'Ain, et surtout l'adjonction à ce représentant d'activistes comme Dorfeuille, Millet ou Vauquoy 358(*), "pris dans l'entourage de Collot d'Herbois" 359(*), va favoriser le pouvoir des Sans-Culottes de l'Ain et d'une politique révolutionnaire pensée à Lyon ou à Paris et appliquée par des professionnels qui occupent autour des représentants un rôle de "coopérateurs" 360(*), mais aussi de conscience politique, de conseillé avisé.

Dans les départements et les armées, la Terreur et le Gouvernement Révolutionnaire sont conduits par les représentants en mission et les activistes issus des clubs. Dotés de la légitimité nationale, ils agissent pour le peuple et en son nom.

B : pouvoir et rôle du représentant en mission

"Le corps des représentants en mission constitue l'élément distinct majeur de la structure de la Terreur en province" 361(*).

Cette définition de C.Lucas, correspond tout à fait la réalité des conventionnels envoyés dans les départements. Au fur et à mesure que les problèmes s'accroissent en 1793, la Convention, délègue certains de ses membres, (toujours des jacobins convaincus 362(*)) dans la République, afin d'assurer une certaine coordination entre Paris et les départements. Mais ces représentants, par leur liberté d'action, tendent à devenir un corps, une faction, au coeur de la Montagne à coté de leurs collègues restés dans le sein de la Convention.

Par le décret du 9 mars 1793 (voir annexe), la Convention précise les attributions des conventionnels envoyés dans les départements. Ce décret leur donne aussi des attributions militaires. Ils ont les pleins pouvoirs en ce qui concerne le recrutement, mais aussi, suivant l'article 8, des pouvoirs de Salut Public :

"les commissaires de la Convention Nationale. . .auront le droit de prendre toutes les mesures qui leur paraîtraient nécessaire pour rétablir l'ordre partout où il serait troublé" 363(*). Mais les représentants en mission n'en demeurent pas moins responsables devant la Convention.

La période du 9 mars 1793 au 9 nivôse an II (29 décembre) marque une période d'anarchie dans les attributions des représentants en mission 364(*). En effet, les pouvoirs des uns contrecarrent les pouvoirs des autres. La période allant de la présence de Javogues dans l'Ain à la contestation des pouvoirs de Gouly, par les représentants à Commune-Affranchie (C.f page 20) en est l'illustration parfaite. Mais à partir du 9 nivôse an II (29 décembre), le Comité de Salut Public ressert ses liens avec les représentants en mission. Désormais, les conventionnels en mission sont "rigoureusement circonscrits dans les départements qui leur sont désignés. Ils sont revêtus de pouvoirs illimités. . .ils sont réputés sans pouvoir dans les autres départements" 365(*).

Avec le décret du 7 septembre 1793 qui donne aux arrêtés des représentants en mission force de loi "tant que le Comité de Salut Public ne les a pas dénoncés comme contraires aux principes" 366(*), les représentants en mission deviennent de véritables "Convention" en province 367(*), dépositaires du pouvoir de celle-ci et agissant au nom du peuple souverain. A ce titre, ils sont les seuls à pouvoir intituler " Au nom du peuple Français"368(*) leurs arrêtés, proclamations, ou toute autre acte et donc de revetir leurs décisions la légitimité nationale.

Relais de la politique centrale de Paris, les représentants en mission deviennent le 9 nivôse an II (29 décembre) des autorités constituées au même titre qu'une municipalité ou un directoire de district 369(*). Albitte vient dans l'Ain avec la mission d'établir le Gouvernement révolutionnaire c'est à dire mettre en marche un gouvernement, une "autorité publique (qui) ne tire pas sa légitimité d'une Constitution et de la Loi, mais de sa conformité à la Révolution" 370(*), et ceci jusqu'à la paix.

Lorsque Albitte arrive dans l'Ain, les sans-culottes pensent qu'il est ici pour finir le travail que Javogues371(*) avait commencé mais que Gouly a stoppé. A son arrivée à Bourg, les sans-culottes s'empressent de lui faire connaitre leurs intentions à son égard. Reydellet lui écrit le 1er pluviôse an II (20 janvier) : "Tu es envoyé dans un département pour y faire exécuter le gouvernement révolutionnaire et exercer des mesures de Salut Public. Les habitants de ce district attendent de ta justice la punition des traîtres" 372(*).

Quelques jours avant l'arrivée d'Albitte, Alban, le maire de Bourg n'hésite pas à dire à la tribune de la société populaire "qu'Albitte venait pour purger les détenus qui ne tarderaient pas à porter leur tête sur l'échafaud" 373(*).

Dotés de tels pouvoirs, les représentants sont des autorités autonomes qui font de leurs agents des commissaires aux fonctions étendues. Cette autonomie de pouvoir amène les représentants du peuple à être un moteur du Gouvernement Révolutionnaire (comme Javogues) dans les départements, ou à servir les espoirs de militants locaux. En effet, durant toute la durée de sa mission, Albitte est vu par les Sans-Culottes, comme le moyen ultime de détruire le clergé, l'aristocratie et tous les contre-révolutionnaires374(*). Pour les Sans-Culottes, Albitte est le fer de lance d'une politique qui verra le triomphe des sans-culottes. Ainsi, le 4 ventôse an II (22 février), dans une adresse à la Convention Nationale, les Sans-Culottes de Bourg glorifient la présence d'Albitte dans l'Ain : "Le nom d'Albitte sera éternellement gravé dans le coeur des citoyens de ce département, à qui la République est chère"375(*) .

Albitte est l'homme par qui les idées lancées dans les "Principes Républicains et Révolutionnaires pour les vrais sans-culottes" de Rollet-Marat vont être appliqués. A ce titre, les sans-culottes considèrent Albitte comme un être supérieur, faisant de lui une personne unique et désirée376(*). Albitte, très rapidement succombe aux flatteries des sans-culottes et endosse avec une gande facilité le rôle que veulent lui faire jouer les Sans-Culottes377(*).

Les sans-culottes ne voient pas en lui qu'un représentant en mission, une fonction, mais un homme avec ses défauts, sa maladie : "Je te souhaite meilleur santé et t'invite à te ménager pour le bonheur des patriotes" 378(*). Pour certains Sans-Culottes, comme Rollet-Marat, Albitte peut sembler devenir un proche, un ami. Lorsqu'il est à Bourg, Albitte est reçu dans le cercle familial de certains sans-culottes, et autour de lui se nouent des liens fraternels entre commissaires civils et Sans-Culottes 379(*).

Le peuple, quant à lui, ne voit en Albitte qu'un personnage aux pouvoirs étendus dont les attributions et compétences en font le successeur des intendants ou des sous-intendants d'Ancien-Régime 380(*). Il est vu, aussi, comme un homme dont le travail est "fait pour faire le bien" 381(*) mais qui peut devenir terrible : "le glaive d'une main et la balance de l'autre, il fait trembler les coupables et rassure l'innocent. . .envoyé. . .pour mettre l'ordre et le calme" 382(*). Pour les personnes qui tombent sous le coup de ces arrêtés, Albitte n'a plus la dimension d'un être humain, mais celui d'une fonction aveugle et sans coeur, à l'instar du citoyen Ruffin de Pont-de-Vaux (voir annexe), qui lui écrit alors qu'il doit se rendre en prison, conformément à l'arrêté du 23 ventôse an II (13 mars) : "je viens de lire ton arrêté, tu sommes tous les ci-devants de se rendre en prison, j'en suis un, je n'ajoute ni restrictions, ni modifications. Je n'ai pas assisté au moment de ma naissance, cela doit te suffire.. . .ou tu es un homme ou tu es un tigre. Si tu es un homme, je te somme toi-même au tribunal de la Raison, au tribunal de la Justice, au tribunal de l'Humanité. . . Si tu es marié, si tu es époux, si tu es père, as-tu pu rendre de sang froid un pareil arrêté." 383(*).

Albitte est pour les Sans-Culottes l'homme par qui ils pourront affirmer et assurer leurs supériotité face à leurs ennemis politiques et sociaux.

La présence d'Albitte a aussi le pouvoir de stimuler l'ardeur révolutionnaire des sans-culottes de Bourg. Quand il quitte Bourg pour Chambéry le 8 ventôse an II (26 février), en compagnie du général Lajolais, Alban et Gay lui font part de leur volonté :

"Représentant, général, vous partez tous les deux mais soyez tranquilles, ça ira ou le diable m'emportera. La Terreur est à l'ordre du jour. Tu peux partir quand tu voudras, je la ferai éxecuter et à ton retour ça ira mieux que tu ne crois."384(*)

C : contexte dans le département de l'Ain

Il faut se pencher sur les événements qui se déroulent dans le département de l'Ain au moment où arrive Albitte, afin de mieux comprendre l'action de ce dernier.

Dans le département de l'Ain, la lutte contre le fanatisme et pour l'établissement de l'Etre Suprême, (lancée par la Convention), se double d'actions locales de destruction du culte catholique menées par des patriotes. Si ces actions de déchristianisation sporadiques entreprises par certains sans-culottes comme Rollet-Marat ou Chaigneau touchent parfois leur but, une partie du département de l'Ain reste toutefois christianisé, bien que ses habitants ne soient pas foncièrement hostiles aux idées de la Révolution.

Rollet-Marat se plaint le 1er pluviôse an II (20 janvier) que les "saints, saintes, reliques, églises, ustensiles d'or et d'argent sont restés au même état d'avant comme d'après pâques" 385(*). Les essais de déchristianisation n'atteignent que très peu les prêtres non assermentés et réfractaires; beaucoup d'entre eux ont fui avant 1792 en Savoie et dans le Jura.

Sur l'étendue du département, la vague anti-religieuse est ressentie de façon différente.

Si des municipalités comme Lagnieu ou Pont-de-Veyle décident en frimaire an II que tous les signes extérieurs de fanatisme doivent être abattus 386(*), certaines municipalités comme celle de Cuet, dans le district de Bourg, protestent en nivôse an II, pour garder leur curé et de n'avoir d'autre religion que la religion chrétienne. Les administrateurs du district de Mont-Ferme dénigrent, dans une proclamation, la puissance financière du clérgé afin d'accélérer les dons venant des églises :

"Citoyens,

Le moment est arrivé où il ne doit y avoir d'autre religion que l'amour de la patrie, d'autre culte que celui de la Liberté, de l'Egalité et de l'éternelle Vérité. Le masque du charlatanisme tombe de toute part; de toutes parts aussi nos saints se dépouillent de ces vêtements superbes que dédaigna le bon sans-culotte Jésus; Nos prêtres, las enfin d'occuper la chaire du mensonge, honteux de boire dans des coupes d'or. . .s'empressent d'abjurer leurs erreurs"387(*).

L'idée que les prêtres doivent avouer avoir proféssé des mensonges est déjà récurrente à l'idéologie des sans-culottes de l'Ain et ce bien avant l'arrivée d'Albitte.

La politique déchristianisatrice prend une nouvelle ampleur quand le 15 frimaire an II (5 décembre), les représentants auprès de l'Armée des Alpes décrètent que les églises de l'Ain deviendront des Temples de la Raison. Cet arrêté est suivi dans l'ensemble du département; mais c'est dans les villes de Bourg et de Belley que la substitution de nom de Temple de la Raison à celui d'église revêt le plus d'importance. La valeur symbolique de l'édifice religieux est abattu, les sociétés populaires y installent parfois le siège de leurs séances, comme à Belley. Lieu d'apprentissage des lois républicaines, le Temple de la Raison dans de nombreux de villages, n'en a que le nom et pas l'usage patriotique attendu.

La déchristianisation de l'hiver 1793 demeure le fait d'activistes motivés, pour la plupart de Bourg. Rollet-Marat, agent national du district de Bourg est de loin le plus virulent. Craints dans les campagnes, ces activistes sont souvent reconnus par la foule lors de leur passage et quelquefois sont injuriés. Rollet-Marat et Baron-Chalier dans le district de St Rambert sont "insultés par différents citoyens, qui sortaient de célébrer la décade par une grande messe" 388(*). Le même genre de résistance à la déchristianisation se manifeste aussi dans le district de Bourg quand les citoyens Chaigneau et Prévost, de passage à Meillonnas le 6 nivôse an II (26 décembre), au soir, sont injuriés et assaillis par des individus sortant de l'église. Durant la même décade (le 7 nivôse an II-27 décembre) Rollet-Marat doit fuir Ceyzériat, sous les jets de pierres. Quand Rollet-Marat, véritable hantise des catholiques, est en vue d'un village, il arrive que des individus fassent sonner le tocsin pour prévenir les environs de la venue du" brigand". Le 9 nivôse an II (29 décembre), le maire de Hautecourt fait sonner le tocsin et invite "les citoyens à massacrer les sans-culottes" 389(*). La peur d'un individu entraine le rejet du groupe auquel il appartient.

Malgré cela l'agent national du district de Bourg n'hésite pas à aller dans les églises des villages reconnus comme fanatiques, afin de tenir des prêches républicaine. Mais s'il lui arrive quelquefois de briser des statues et prendre les objets du culte, il rentre souvent en conflit avec la population et les autoritées constituées comme à Meillonnas en brumaire an II, ou à Cézériat et Jasseron en nivôse an II. Malgré les démêlés des Sans-Culottes pour supprimer le culte, des prêtres font toujours des messes le dimanche 390(*).

Dans les villes comme Bourg, la religion chrétienne demeure présente chez les habitants, malgré la bonne volonté de ceux-ci de se rendre aux fêtes décadaires. S'il est ardemment fêté, le culte de la Raison n'est que très peu suivi par la population comme nouvelle doctrine religieuse. Cette persistance du culte catholique chez les populations urbaines politiquement "modérées", donne lieu lors de visites domiciliaires, à des actions sporadiques, immédiates et violentes de déchristianisation de la part des sans-culottes. L'exemple du citoyen Marey-Ychard qui trouve (alors qu'il vient apposer les scellés chez un détenu) en entrant dans une chambre, un christ, un portrait du Saint-Suaire ainsi que des tableaux religieux est typique de ces actions immédiates. Il casse les objets et menace la propriétaire de la maison "de la foutre à coups de pieds dans le cul, hors de chez elle, si elle raisonnait, en la traitant encore de Bougre de dinde, de Bougre de salope" 391(*). Cette lutte contre le culte catholique devient vite la lubie de certains Sans-Culottes.

Mais si les activistes de Bourg sont parfois rejetés, ils sont aussi suivis dans leurs efforts par des activistes issus de la sans-culotterie des villages du département. Ainsi, le 28 frimaire an II (18 décembre), les membres de la société des Sans-Culottes de Treffort suit celle de Bourg dans une pétition qui demande la suppression des prêtres. Le 12 nivôse an II (1 janvier), la même société de Treffort entre en conflit avec la municipalité à propos des pratiques religieuses 392(*). La société de Montluel, elle, ordonne le 22 nivôse an II (11 janvier) de détruire deux chapelles, et le 23 nivôse an II (12 janvier), de faire abattre les clochers des églises de Notre-Dame et de Saint Etienne393(*).

Les maximes du culte révolutionnaire, ne sont pas les seules à souffrir du manque d'écoute dans les campagnes. La décade est également mal suivi, non seulement dans les campagnes mais aussi dans les villes. Dans beaucoup de cas, les autorités municipales se montrent complaisantes avec leurs administrés peu scrupuleux qui se reposent le dimanche. Le 23 nivôse an II (12 janvier), afin d'endiguer le repos des ouvriers le dimanche, le Directoire du Département de l'Ain décide que tous les ouvriers des ponts et chaussées qui refuseront de travailler les jours de fêtes et le dimanches, seront renvoyés.394(*)

Le nouveau culte de la Raison a le plus grand mal à s'imposer dans les campagnes. Ces dernières sont pourtant patriotes, mais pas exaltées comme les villes.

Pour les Sans-Culottes, cette étanchéité des campagnes est due au manque d'instruction et aux femmes 395(*). Baron-Chalier, agent national du district de Belley, reconnaît "que l'hydre sera écrasée quand sera établie une instruction publique" 396(*). Cet avis est partagé par certains patriotes des campagnes. Pour le conseil général de la commune de Polliat, "l'instruction publique achèvera d'élever nos âmes et nous fera chérir la vérité et la Raison, la Vertu seront mises en pratique et le bonheur sera notre propriété" 397(*).

Beaucoup de rites chrétiens ne sont pas éradiqués, comme le voudraient les Sans-Culottes; En nivôse an II, les curés d'Ordonnaz et de Seillonnaz célèbrent avec leurs fidèles la fête des rois. Mais si quelques communes sont encore aux mains des fanatiques 398(*), les Sans-Culottes sont conscients que les efforts des sociétés populaires et des activistes comme Rollet-Marat ont des résultats. "La terre est préparée, il ne s'agit plus que de la semer" dit Baron-Chalier le 22 nivôse an II (11 janvier). Mais l'action des Sans-Culottes, dénués de patience et de psychologie vis-à-vis des populations campagnardes, nuit aux buts recherchés par ces derniers.

De cet hermétisme de la campagne à la politique déchristianisatrice de la ville, les Sans-Culottes vont développer un sentiment alliant supériorité et frustration 399(*) de voir des populations plus ou moins hostiles à leurs idées. Désormais, ce sont des rapports de force, qui vont régir la politique des Sans-Culottes vis-à-vis du monde rural. Les Sans-Culottes n'ont pas su adapter leur discours à la masse paysanne, pour qui les maximes d'Hébert, ne sont que des propos aussi "absurdes, qu'indécent"400(*).

De même, juste avant l'arrivé d'Albitte dans l'Ain, certaines communes du département souffrent d'aristocratie. Coligny, St Rambert et Montluel sont suspectées d'avoir leurs administrations, clubs et comités de surveillance, gangrenés par l'aristocratie. En brumaire an II, des missions civiques sont lancées dans les campagnes avec le but d'y "raviver le patriotisme" 401(*).

Les frontières présentent aussi un problème. A la fin de nivôse an II, la constatation des Sans-Culottes, de penser que les aristocrates soient encore dans toute leur force et qu'il est difficile pour eux de répandre la religion républicaine, les amènent à penser que la contre-révolution se prépare. La lettre du 16 nivôse an II (5 janvier) que le comité de surveillance de Bourg écrit à celui de Coligny est typique de l'idée que se font les Sans-Culottes de la mise en place d'un complot : "c'est avec douleur que nous apprenons que plusieurs paroisses voisines de votre commune, travaillées par des prêtres fanatiques et incendiaires, mettent tout en mouvement pour éxciter parmi nous, le trouble et la discorde et amener la guerre civile, l'espoir des tyrans. . .c'est donc à vous à veiller à la tranquillité publique et à déjouer les manoeuvres de l'aristocratie et des fanatiques" 402(*).

La crise fédéraliste de juin et juillet 1793 ainsi que le choc Gouly, poussent les Sans-culottes, à ne désormais plus voir dans les nobles, les prêtres et les modérés d'autres choses que des ennemis de la République .

Dans les campagnes les lois du Gouvernement Révolutionnaire n'ont pas ou peu d'exécution, malgré les "missions civiques" 403(*) des sans-culottes de Bourg. Ces missions civiques, si elles réorganisent et épurent les clubs et sociétés popualires, n'ont aucune force contre des administrations réputées peu patriotes. Néanmoins des Sans-Culottes sont nommés pour "y raviver le patriotisme et prendre des renseignements sur les ennemis de la chose publique"404(*). De telles missions ont donc lieu dans des villes comme Coligny,( le 11 brumaire an II (1er novembre), Blanc-Désisles reçoit un ordre de mission du représentant Reverchon, pour " y propager l'esprit public, de prendre différentes notes sur les membres de la municipalmité, de donner avis aux citoyen Reverchon des gangrénés"405(*)), St Rambert et Montluel.

Beaucoup de patriotes des campagnes ne comprennent pas les bases de ce nouveau gouvernement qui agit sans constitution ils comptent souvent sur les administrateurs des districts pour se faire aider. Malgré cette attente de la campagne vis-à-vis de la ville, beaucoup d'administrations rurales ne comprennent pas et désavouent les pouvoirs des agents nationaux, dont Rollet-Marat notamment406(*)

Depuis la venue de Gouly dans l'Ain et l'arrestation de Blanc-Désisles, Rollet-Marat et Convers, la sans-culotterie se solidarise autour des patriotes burgiens et belleysiens 407(*). Cet esprit de fraternité est très fort depuis que les patriotes de Bourg et de Belley sont incarcérés. L'en tête de la lettre du 13 pluviôse an II (1er février) des Sans-Culottes de Belley à leurs "frères et amis" de Bourg caractérise bien cette volontée d'union : "Fraternité ou la mort"408(*). Dotés d'une forte idée de fraternité, les sans-culottes de l'Ain sont réunis dans des sociétés populaires, qui sont le maillages polotique du département

les sociétés populaires

Il est intéressant de se pencher sur les sociétés populaires, qui sont un appui indispensable pour un représentant en mission.

En effet, si les administrations peuvent être suspectées de modérantisme, les sociétés populaires sont les réservoirs à patriotes éprouvés (puisque épuré par les éléments reconnus républicainement sains, de la société populaire. Voir C.Lucas, page 74). Elles sont le thermomètre du républicanisme. Ce sont elles qui sont appelées par le représentant à fournir le nouveau personnel administratif, en cas d'épuration des autorités. Quand Albitte arrive à Bourg, un projet 409(*) désignant les nouveaux membres des administrations lui est remis par la société populaire 410(*). Sur 48 personnes proposées à Albitte au début de pluviôse an II pour participer aux administrations réorganisées, 46 sans culottes sont nommés par Albitte lors de ladite réorganisation des autorités à Bourg les 5 et 6 pluviôse an II (24 et 25 janvier). Mais ce sont aussi elles qui désignent les administrateurs suspects. Elles sont généralement ouvertes au public qui d'une tribune, vient assister aux débats.

Comme nous l'avons vu, les Sans-Culottes tirent leur pouvoir essentiellement des sociétés populaires épurées dites des Sans-Culottes et des comités de surveillance émanants de ces dernières. Le 9 brumaire an II (30 octobre), pour renforcer la puissance des Sans-Culottes, Blanc-Désisles invite les sociétés et les comités à travailler de concert 411(*).

Dans l'Ain les sociétés des Sans-Culottes s'organisent de la même manière que les sociétés des jacobins en France. La société de Bourg agit comme une société mère, où les sociétés des chefs-lieux de district et de canton demandent à être affiliées. Après une enquête sur le patriotisme de celle-ci, l'affiliation est prononcée ou la société est épurée. A leur niveau, les sociétés des chefs-lieux, affilient celles des communes de leur arrondissement. Le règlement de la société de Bourg, est commun à toutes les sociétés, avec quelques modifications éventuelles. En effet, lorsqu'une société s'épure et devient société des Sans-Culottes sous le contrôle de commissaires de Bourg, elle accepte le règlement de la société mère. Voici, d'après Rollet-Marat, un résumé du règlement de la société des Sans-Culottes de Bourg :

" à l'ouverture de chaque séance, le président par ordre de liste, nomme quatre censeurs, lesquels sont pour la surveillance, l'ordre qui doit régner dans la société; et si toute fois il se trouve quelques perturbateurs, les censeurs sont autorisés à les dénoncer, et le président a droit de les faire arrêter et conduire dans la maison de sûreté.

Chaque candidat doit être présenté et appuyé de dix membres, et est affiché pendant trois jours; pour lors il passe au scrutin. S'il est admis, il prête entre les mains du président, le serment prescit par les loix; s'il est rejeté, nulle réclamation.

Lorsqu'un membre demande la parole, il monte à la tribune, et si quelqu'un l'interrompt, il et rappelé à l'ordre et censuré.

Toute dénonciation se fait par écrit et est envoyée au comité de surveillance.

Le scrutin épuratoire est toujours à l'ordre du jour, car en effet, citoyens, tel sous le masque du patriotisme est reçu membre, et par la suite, le masque tombant, la gangrène fait des progrès; adieu la Révolution, adieu la Société " 412(*).

La société populaire de Bourg est donc à la tête d'un maillage du département par les sociétés des Sans-Culottes, de type pyramidal. Cela a pour conséquence l'établissement "entres elles, d'une correspondance active pour tout ce qui intéresse le salut public et l'exécution des loix " 413(*). De ce fait, les sociétés populaires se veulent l'organe purifié d'instruction des loix. Ceci à pour conséquence la politisation très forte de certaines sociétés qui comprennent vite que si le nombre de membres est restreint, l'application d'une politique donnée se trouve facilitée, ainsi que l'acceptation de cette politique par lesdits membres414(*). En thermidor an II, le nombre des sociétés populaires est dans l'Ain, de 62 , pour 462 communes. La société mère de Bourg compte entre 130 et 160 membres415(*) pour 6000 habitants. Ambronay compte 218 membres pour 1600 habitants, Lagnieu 218 membres pour 1700 habitants, Poncin 144 membres pour 1760 habitants, St Jean le Vieux 113 membres pour 1264 habitants et St Rambert 145 membres pour 2500 habitants. Beaucoup de ces sociétés populaires ont été fondées en 1793. Dans le district de St Rambert, on compte le 1er germinal an II (21 mars), 11 sociétés populaires (voir annexe).

Les sociétés populaires (dont celle de Bourg notamment) vont, tout au long de la mission d'Albitte, jouer un rôle important. De la politisation de ces dernières il résulte une légitimité, qui ne peut conduire les sociétés et leurs membres, qu'à des responsabilitées encore plus grandes. L'idée de Blanc-Désisles et des sans-culottes est que "si la Convention appelait dans son sein quelques sujets pour remplacer les députés ou suppléants fédéralistes, elle s'adresserait surement pour ce choix aux dites sociétés qui composent la partie saine du peuple"416(*). Cette idée, jointe aux événements de nivôse et pluviôse an II, va comme nous le verrons plus tard, accelérer la radicalisation des idées politiques des sans-cuottes en ventôse et germinal an II.

les comités de surveillance

Le second organe révolutionnaire sur lequel s'appuie indirectement Albitte, est en l'occurrence, les comités de surveillance417(*).

Ceux-ci sont composés de 12 citoyens qui, dans la plupart des cas, sont issus de la société populaire par un vote. Le plus souvent, ces comités sont composés d'artisans (de dix-sept à quarante ans pour le comité de surveillance de Lagnieu) sachant pour la plupart lire et écrire. Dans chaque comité est élu, tous les mois, un président et deux secrétaires. Quand Albitte arrive dans l'Ain et jusqu'au 25 ventôse an II (15 mars), toutes les communes possèdent un comité de surveillance. Mais beaucoup d'entre eux n'ont eu qu'une existence éphémère, le temps de choisir les membres, de leur faire prêter un serment devant l'arbre de la liberté, de notifier cela sur un cahier et le comité a fini d'exister. Les membres des comités se réunissent à la maison commune ou, pour certains cas, au presbytère.

Les comités des grandes agglomérations du département (Bourg, Belley, Ferney-Voltaire) siègent tous les jours. Les comités de surveillance ont des fonctions de police politique (avec l'attribution des certificats de civisme qui garantissent la bonne ligne politique des citoyens). Tous les comités disposent de la possibilité de déclarer suspect des citoyens. Ils recueillent les dénonciations et après une enquête, délivre un mandat d'arrêt où pas.

Mais une "spécialisation" se fait jour, en fonction du lieu où se trouve le comité. Les comités de surveillance du pays de Gex, sont principalement occupés par la chasse aux émigrés, aux accapareurs et aux contrebandiers de numéraire et de nourriture, qui empruntent les chemins que prenaient avant eux les fauxsaulniers. Celui d'Ambronay est occupé par la surveillance de la prison. Les comités de surveillance doivent rendre compte à chaque décade, des travaux effectué à l'agent national de leur district.

Outre ces deux éléments de la vie politique et sociale de la Terreur, Albitte va aussi s'appuyer sur un personnage dont les fonctions correspondent à l'action du Gouvernemt Révolutionnaire : c'est l'agent national. Ce poste se trouve à deux échelons des administrations départementales, au district et à la municipalité. Chaque administration de district a dans son personnel un agent national, qui est responsable au niveau de cette entité administrative, de l'exécution des lois. Au niveau de la municipalité, un agent national se voit aussi confier cette fonction sur l'étendue de la commune. Les agents nationaux des districts ont de loin des pouvoirs beaucoup plus étendus et plus forts que leurs collègues des municipalités. Les pouvoirs conférés à l'agent national de district, font de lui un agent et un activiste révolutionnaire de choix. Les agents nationaux ont pour but "de placer Municipalités et districts sous la dépendance plus étroite du gouvernement central"418(*). Afin que le pouvoir central puisse contrôler ces derniers, les agents nationaux doivent rendre au Comité de Salut Public un compte décadaire de leurs actions. Le rôle d'un agent national s'exerce aussi bien "sur les autoritées constituées que sur les particuliers, et leur domaine d'intervention est extrèmement vaste puisqu'ils ont pour tâche la surveillance de l'application des lois et décisions de la Convention et de ces Comités"419(*). Mais à ces pouvoirs s'ajoutent celui de veiller à l'exécution des arrêtés des représentants du peuple, qui ont force de lois. Dans l'Ain Rollet-Marat, agent national du district de Bourg, occupe un rôle déterminant par rapport à ses collègues des districts voisins. En effet il a pour attribution officieuse, de faire passer les arrêtés du représentant à ses collègues420(*). Si la place de maire est importante durant la présence d'Albitte dans l'Ain , celle d'agent national lui est supérieure. Il faut donc voir dans les agents nationaux, des partisans de la Révolution et de la République, sans faille ni travers.

La situation du département de l'Ain ainsi que les événements qui s'y sont produits jusqu'à l'arrivée d'Albitte ont façonné chez les Sans-Culottes une idéologie politique précise. Il est intéressant de comprendre maintenant quelles sont les motivations politiques, primaires, des Sans-Culottes et leur cheminement durant la mission d'Albitte dans l'Ain.

II : l'idéologie politique durant la mission d'Albitte :

systèmes de représentation

L'idéologie politique qui se concrétise par les arrêtés et leurs applications durant la mission d'Albitte est le fruit de deux modes de réflexions. D'abord celui que l'on pourrait qualifier d'actif (car il influe sur le second) qui est l'idéologie résultante des motivations des Sans-Culottes et des commissaires civils d'Albitte, et le second, qui se nommerait passif, relatif aux choix qu'Albitte prend dans ses arrêtés, après l'influence exercée par son entourage sur ses idées.

A : motivations politiques des Sans-Culottes

en nivôse et pluviôse an II

Les idées que les Sans-Culottes professent en pluviôse an II mélangent l'idéologie que l'on trouve alors dans le père Duchèsne et les conséquences des événements survenus dans le départements depuis septembre 1793.

Quand Javogues est à Bourg du 19 au 22 frimaire an II (9 décembre-12 décembre), il stigmatise la pensée politique des sans culottes autour de trois thèmes lors de son discours du 21 frimaire an II (11 décembre) : les fédéralistes, les aristocrates et les riches.

Les deux premiers thèmes sont déjà récurrent à la pensée des Sans-Culottes depuis septembre 1793; Javogues introduit celui du riche. Ce dernier s'oppose aux patriotes, donc aux vrais révolutionnaires, et rejoint les nobles, les prêtres et les fédéralistes, qu'il assimile à la contre-révolution dans le terme global d'honnêtes gens :

"Tous ceux qui avaient voulu fortement le bonheur du peuple, qui étaient marquants dans la carrière de la Révolution, qu'on désignait sous le nom de maratistes, auraient été immolés sous le couteau des fanatiques, des contre-révolutionnaires, des royalistes. Les trophées de la victoire auraient été élevés aux seigneurs, aux nobles, aux évêques, à la sainte pratique, aux fripons de négociants en gros et en détail, et à tous ceux qu'on appelait messieurs les honnêtes gens" 421(*).

Grâce à ce discours, Javogues imprime dans l'idéologie politique des Sans-Culottes de véritables revendications sociales qui ont été jusque là absentes.

"Sans-Culottes, avez-vous bien calculé la rage de l'aristocratie par les efforts impuissants qu'elle a faits ? N'avez vous pas vu comme un et un font deux, que dans l'espoir de faire un autodafé des républicains, les malveillants, lorsqu'ils avaient la force, ne s'en sont servi que pour réduire le peuple à la misère, dans une saison si abondante. Le blé, le vin ont-ils été aussi chers que cette année ? Le coeur d'acier des riches ne se dilatait-il pas à la vue du supplice du peuple tourmenté par la faim, et avec ce système insignifiant, qu'ils avaient forgé la bouche béante, avec le ton orgueilleux de l'opulence, ils disaient : je suis propriétaire. Mais cette qualité donne-t-elle le droit d'être l'assassin de la société ? te donne-t-elle le droit d'ôter à la société tous les moyens d'exister, les droits imprescriptibles et impérissables de la nature ? Voila la vrai propriété, l'aliment de la société, le bonheur de ses frères, la bienfaisance et l'humanité; voilà les titres les plus recommandables de propriété." 422(*).

Cette politique d'égalité sociale, proche de celle des sans-culottes parisiens423(*), doit mener à une "République démocratique, dans laquelle le peuple doit exister seul (et ou). . .il est une chose plus importante encore que l'élimination des prêtres (c'est la) destruction des Riches. . .(qui) ne sont rien d'autre que de monstrueux accapareurs dont les biens appartiennent en droit aux sans-culottes" 424(*).

La société populaire de Bourg, abonnée au père Duchèsne d'Hébert, reçoit directement les motivations des sans-culottes parisiens, grâce à son organe de presse le plus répandu dans la République. Rollet-Marat, dans son mémoire justificatif, du 1er pluviôse an II (20 janvier), n'hésite pas à dire à Albitte qu'il y a "assez longtemps que les riches nous faisaient la loi"425(*). Cette phrase de Rollet-Marat montre que si cela fait longtemps que les riches gouvernent, il est temps que se soit au tour du peuple de le faire. Ce discours contre les riches voit son application dans les taxes révolutionnaires de Gouly (nivôse an II) et comme nous allons le voir dans celles d'Albitte.

Les idées prônées par Javogues sont désormais celles de la sans-culotterie bressane. Elles se retrouvent dès le 1er nivôse an II (20 décembre) sous la plume de Rollet-Marat , lorsqu'il écrit les "principes républicains et révolutionnaires pour les vrais sans-culottes" 426(*), la place qu'il fait aux riches montre bien que le discours de Javogues a été assimilé, ainsi que les idées qu'Hébert diffuse dans son Père Duchèsne : "Dans un état libre, le riche ne doit pas l'être assez pour acheter le pauvre et le pauvre ne doit pas l'être assez pour se vendre" 427(*). Cette idée est le leitmotiv de la sans-culotterie de l'Ain qui, tout au long de la mission d'Albitte diffuse cette idée dans différents écrits. Mais beaucoup d'habitants qui sont propriétaires se sentent visés directement par cette politique. Afin de ne pas affoler ces propriétaires terriens ruraux, Baron-Chalier, dans son "avis aux ouvriers et braves gens de la campagne tente de rassurer les "laboureurs un peu aisés" 428(*) devant cette politique du riche, ennemi de la République: "ne voyez-vous pas que tous les bougres dont on confisque l'argent et l'argenterie, ne sont que des gens suspects, tels que les ci-devants nobles, es ex-prêtres, des avocats, des procureurs, des gros marchands, des commissaires à terriers, etc. . ." 429(*). Cette politique sociale démocratique, où le riche supporte le pauvre, est reprise (comme nous le verrons plus loin) par Albitte et les commissaires civils, qui à l'instar de Dorfeuille veulent "réduire les riches à 1000 écus de rente, parcequ'ils corrompaient le peuple avec leur argent" 430(*). Si la richesse doit être contrôlée, la mendicité doit être détruite. Pour cela les Sans-Culottes se reposent sur le riche : "la mendicité doit être abolie; et pour le faire, il faut obliger le riche à payer et le pauvre à travailler" 431(*)

Ce souci de l'égalité est une idée commune à la toute la sans-culotterie : "Tout ce qui froisse leur sens de l'égalité est suspect d'aristocratie. . .plus grave encore, aux yeux des sans-culottes, que l'attitude hautaine ou méprisante à leur égard ou la simple indifférence, l'affirmation de leur position sociale subordonnée" 432(*).

En effet, les sans-culottes ne supportent pas l'indifférence à leur égard ni à leur nouvelle fonction. Le père de Ph. le Duc, (alors jeune lieutenant des hussards attaché à l'état-major de Lajolais), se fait bousculer à plusieurs reprises par le maire Alban, car ce dernier lui reproche "sa bonne mine de jeune officier de vingt ans" 433(*).

Mais à la différence des sans-culottes parisiens, les sans-culottes bressans, voient dans cette position sociale subordonnée, toute leur force et leur différence : "la société dite des Sans-Culottes. . .est composée tous d'ouvriers et d'artisans, car ils ont dit plusieurs fois dans leurs séances, moi présent, qu"ils ne voulaient recevoir dans leur société que des hommes portant les tabliers" 434(*). Si les jacobins bressans et belleysiens se regroupent sous le terme de sans-culottes, (qui sont ceux des citoyens près à défendre la République en formant un "rempart de leur corps" 435(*)), ils n'assimilent pas encore les "aristocrates,. . .modérés,. . .nouveaux brissotins,. . .fanatiques et la chicane entière" 436(*) sous le terme d'aristocrate 437(*)contrairement à la sans-culotterie parisienne.

Avec les événements de 1793 (Vendée, fédéralisme), les Sans-Culottes développent une phobie du mauvais patriote qui se fait accepter parmi les vrais sans-culottes, dans l'espoir de faire échouer la Révolution. Cette peur du complot perpétuel est entretenue par des discours et des déclarations : "N'ayez confiance qu'aux patriotes de 1789 et méfiez-vous toujours de ceux de deux karaz (expression sans doute tirée du père Duchèsne). . . le scrutin épuratoire est toujours à l'ordre du jour, car en effet citoyens, tel, sous le masque du patriotisme est reçu membre, et, par la suite, le masque tombant, la gangrène fait des progrès; adieu la Révolution, adieu la Société"438(*) annonce Rollet-Marat. Cette hantise du complot aristocratique, amène les Sans-Culottes à se refermer sur eux-mêmes et à considérer comme adversaire terrible, toute opposition à leur volonté. Le cas de Gouly en est le parfait exemple.

Les Sans-Culottes gardent une rancoeur terrible envers le représentant Gouly.

Ce dernier depuis l'arrestation de Blanc-Désisles, Rollet-Marat et Convers, est régulièrement traité à la tribune de la Société populaire de Bourg, par Merle, Chaigneau, Gallien et Alban, comme "un scélérat, un infâme, un contre-révolutionnaire, un vil agent de Pitt et de Cobourg salarié par l'Angleterre" 439(*). Gouly, en stoppant (grâce au modérantisme le caractérisant) les Sans-Culottes dans leur projet de Commission Temporaire, et en accusant Blanc-Désisles, Rollet-Marat et d'autres d'être des ultrarévolutionnaires, est dénoncé par ses derniers comme un modéré :

"Les maux que le représentant Gouly, envoyé dans ce département, avait fait à la chose publique, en imprimant une marche rétrograde à l'esprit révolutionnaire, par le rétablissement du fanatisme, l'incarcération des plus chauds patriotes et la liberté rendue aux plus dangereux ennemis du peuple" 440(*).

Gouly n'est désormais qu'un homme à l'attitude suspecte à plus d'un titre. D'abord sur l'origine même de sa fortune faite à l'Ile de France, puis sur son modérantisme et sa tièdeur révolutionnaire. La démagogie politique de Gouly a été mise à jour par les Sans-Culottes de l'Ain, qui n'auront de cesse jusqu'à leur fin de dénoncer à Paris, l'homme pour qui l'abolition de l'esclavage est une horreur, dans le but de le mettre la où est sa place, en détention.

L'idée que les Sans-Culottes gardent du projet de Gouly de dissoudre la société populaire de Bourg devient le moteur de l'évolution de leurs idées politiques en nivôse et pluviôse an II. En effet, on peut comprendre grâce aux discours d'Alban, que les Sans-Culottes acquièrent la certitude qu'ils sont, par leur réunion en sociétés populaires, souverains et indispensable à une Convention qui n'est là que par leur volonté441(*). En pluviôse an II, les Sans-Culottes se donnent une légitimité sur les autres citoyens et ne doutent pas de leurs utilité dans l'échiquier politique.

Comme nous l'avons vu, Blanc-Désisles soutient l'idée que "les sociétés populaires ne doivent être composées que d'un petit nombre d'individus qui tous devaient être révolutionnaires et qu'il donnait pour raison que si la Convention appelait dans son sein quelques sujets pour remplacer les députés ou suppléants fédéralistes, elle s'adresserait sûrement pour ce choix aux dites sociétés qui composaient la partie saine du peuple"442(*)

Se venger de Gouly devient, pour les Sans-Culottes, un exutoire à leurs penchants violents. Les Sans-Culottes envoient certains de leurs orateurs dans les sociétés populaires de l'Ain et de Saône-et-Loire, afin de pousser ces dernières à dénoncer Gouly443(*). Le 19 pluviôse an II (7 février), une nouvelle dénonciation, rédigée par Juvanon, est adoptée contre lui. Un scrutin épuratoire est organisé avant la signature de la pétition, afin que soient reconnus les vrais sans-culottes. Durant le mois de pluviôse an II, les sans-culottes rédigent une troisième dénociation contre Gouly (le 27 pluviôse-15 février) qui est, d'après E.Dubois, l'oeuvre de Thévenin. Les Sans-Culottes de Bourg arrivent à faire partager leur resentiment pour Gouly à Albitte et aux commissaires civils. Albitte dénonce l'attitude modéré de Gouly dans l'Ain au Comité de Salut Public444(*), qui prend en compte les dénonciations émanent d'un de leur homme de confiance.

Avec l'arrivée des commissaires civils (et notamment Dorfeuille), les Sans-Culottes trouvent un appui non négligeable. En effet, par ses relations avec les représentants du peuple à Lyon durant le siège, Dorfeuille peut soutenir la démarche à Paris auprès du club des Jacobins et de la Convention des Sans-culottes. Ce dernier, qui dit être "en relation intime avec Robespierre, Couthon et St Just"445(*), profite d'un séjour à Paris en compagnie de Merle, Blanc-Désisles, Chaigneau et Gallien durant la dernière décade de pluviôse an II, pour aller aux Jacobins et essayer de faire exclure Gouly :

"Nous voulons porter un coup à Gouly en tachant de le faire exclure des Jacobins. Comme l'on en est un scrutin épuratoire cela sera facile. La Société est déjà instruite de la dénoncation. Dorfeuille est jacobin, il vient d'être épuré, il pourra lui même reprocher en face à Gouly toute ses menées"446(*).

Cette attaque aux Jacobins de Paris (entre le 21 et le 24 Pluviôse an II) oblige Gouly a se justifier auprès des hommes du Comité de Salut Public le 24 Pluviôse an II afin de subiri l'épuration dont il est victime. Gouly dans ces manouevres fait preuve de beaucoup d'hypocrisie. Il flatte à ce moment là, ceux-la même qu'il combaterra avec acharnement en Thermidor an II.

Dès leur arrivée, les commissaires nationaux se joignent aux Sans-Culottes pour écarter Gouly de la Convention. Cette haine de Gouly est très vite communiquée aux commissaires civils, qui le traitent avec le plus grand mépris : "Dorfeuille au retour d'un voyage qu'il avait fait à Paris dit dans plusieurs séances de la société populaire, qu'il avait avait été indigné de voir le représentant du peuple Gouly dans la tribune des Jacobins à Paris, qu'il en descendrait bientôt, que Gouly avait bien voulu l'embrasser à Paris mais que lui Dorfeuille le repousse avec mépris"447(*).

Quand les Sans-Culottes se répandent, dans certaines séances de la société populaire, en propos infamants pour Gouly, allant même vers le fin de pluviôse à demander "que la tête de l'infâme Gouly tombe"448(*), les commissaires civils suivent l'élan des Sans-Culottes et entrent dans leur jeu politique : "le citoyen Dorfeuille enchérissait encore sur tout ses discours, ainis que Vauquoy et Millet"449(*) . Comme nous le verrons, la haine des Sans-Culottes pour Gouly ne fait qu'empirer au mois de ventôse an II.

Si l'on prend comme programme politique des Sans-Culottes le texte de Rollet-Marat, on s'aperçoit qu'en pluviôse an II, plus que toutes autres motivations, la lutte contre les prêtres et l'Eglise occupe une grande part dans les opinions politiques des Sans-Culottes.

"Le clergé est une hydre à cent têtes" nous dit Rollet-Marat. Les têtes de l'hydre en sont les prêtres. Ce sont donc eux l'objectif à atteindre. Pour les Sans-Culottes, une fois les prêtres supprimés, la religion chrétienne, telle qu'elle se pratiquait sous l'Ancien-Régime, sera détruite. Les prêtres, plus que la religion, sont les ennemis de la Révolution. Les Sans-Culottes voient dans ces derniers, des personnes qui, par leurs pouvoirs et leurs racines avec l'ancien régime; sont opposées à la Révolution, et qui sont décidées à faire entre-tuer les patriotes pour servir leurs desseins450(*).

Si, pour les Sans-Culottes, "la crédulité de nos pères" et "l'imbécilité de nos aîeux"451(*) sont à l'origine de la fortune et de la puissance de l'Eglise, La République doit fonder une nouvelle religion avec un culte désargenté et déprêtrisé de "la Liberté, de l'Eglité et de l'Eternelle Vérité"452(*).

Les idées religieuses des Sans-Culottes sont très simples; il faut remplacer le culte chrétien fait par un prêtre, par celui de la Raison, dont chacun peut s'en montrer officier du culte : "Ces gredins qui ne croyaient pas en Dieu, aujourd'hui voudraient nous persuader qu'on ne peut pas se passer de calotins; enfin les bougres vous disent cinquante mensonges."453(*)

La religion prônée par les Sans-Culottes doit être républicaine; elle doit reposer sur l'éducation, la rationalité et la vertu inérantes aux bons républicains car, comme nous l'avons vu dans le contexte départemental, les Sans-Culottes attribuent le fanatisme au manque d'éducation. La suppression du fanatisme est l'oeuvre de quelques sans-culottes depuis octobre 1793. Avec la présence d'Albitte, ces prêches républicaines de nivôse an II deviennent des exhortations à la haine du fanatisme 454(*). En effet, pour Baron-Chalier, Rollet-Marat et Blanc-Désisles, la religion repose sur des prêtres, qui entretiennent l'ignorance du peuple, afin de mieux les séduire pour arriver à leurs fins, qui est de s'enrichir et de dominer : " il (le clergé) abrutissait notre âme en l'enchaînant par des mystères grotesques, des momeries et des cérémonies inutiles, et par des terreurs paniques qui ne faisaient peur qu'aux imbéciles et aux enfants"455(*). Les Sans-Culottes sont conscients, sans être des athées convaincus456(*), que la force du clergé est de détenir le savoir et de ne le divulguer qu'à un nombre de personnes restreint, et que l'ignorance dans laquelle est jetée une grande partie de la population, est la base du pouvoir des prêtres et des nobles : "L'ignorance des peuples les a faits adopter (les prêtres); l'instruction et la vérité doivent les renverser."457(*). L'effort d'instruire le peuple, les Sans-Culottes le font en encourageant les individus à fréquenter les sociétés populaires qui ont, comme à Bourg, des tribunes ouvertes au peuple.

dessin sans culottes en famille

Cette haine des personnes représentants l'Ancien-régime, se fait aussi sentir sur les nobles, qu'ils appellent aussi aristocrates.

Socialement et économiquement, les nobles sont un fléau. Rollet-Marat juge que "la noblesse n'était qu'un fantôme; sa destruction était nécessaire, parcequ'il faisait peur à tout le monde" 458(*)et produisait le malheur du peuple; en créant les pauvres.

Les fédéralistes, eux, sont les ennemis politiques des Sans-Culottes. Le souvenir de la crise fédéraliste de l'été 1793, attise la haine des Sans-Culottes contre les modérés, dont ils désirent ardemment se venger de manière radicale : "les sacrés chiens, qui ont été les meneurs de la clique fédéralistes, doivent mettre la tête à la lunette; et leurs seconds,(comprenons là les modérés et, ou les riches) après comme de foutus Nicodèmes payé leurs folies selon leurs moyens, pourront danser de bonne grâce la carmagnole, ou sinon. . ."459(*).

Cette phrase de Baron-Chalier, qui se fait alors le porte-parole du mouvement patriote, montre qu'il existe une hiérarchie du fédéraliste. Il y a d'abord les personnes qui ont prit une part active aux actions de juin et juillet 1793 conter la municipalité de Bourg de manière active, et qui ne mérite que la mort. Puis il y a les personnes passives, qui part leurs inactions pour stopper les premiers se sont rendus coupables de complicité. Pour ces derniers, on retrouve ici l'idée des amendes qui une fois payée "selon leurs moyens", leur assure le retour dans le cercle des citoyens. Ces citoyens sont consiédérés comme des individus qui ne sont pas endémiquement contre la Révolution (comme les modérés et les riches), mais qui ont été égaré. Ces derniers, peuvent aux prix d'un méaculpa financier penser "devenir de bons maratistes"460(*).

Mais la chose la plus frappante, est, là aussi, la faculté des Sans-Culottes de développer depuis les événements fédéralistes de juin et juillet 1793, la peur d'un complot ourdi par les modérés. En conséquence, les fédéralistes et les aristocrates sont compris dans le même ensemble et sont, dans l'esprit des Sans-Culottes, alliés pour détruire l'édifice républicain : "rappelons-nous tout ce qui s'est passé depuis 89; rappelons nous, patriotes, que l'aristocrate ou le modéré nous veillent sans cesse, qu'ils épient nos caractères, nos faiblesses, qu'ils sondent tous les replis de nos âmes; ils nous connaissent parfaitement; et par le résultat de leur étude combinée, ils disent : celui-ci peut se prendre par la flatterie et la vaine gloire; celui là par l'intérêt; celui-ci par les repas; cet autre, par les femmes, ect. . ."461(*).

Les Sans-Culottes savent (la présence de Gouly le leur a rappelé) que leurs ennemis politiques peuvent encore leur nuire, ce qui renforce encore plus leur crainte d'un complot antipatriotique dont aristocrates et modérés seraient le moteur. Le sans-culotte a donc le devoir de surveiller462(*) les nobles et les modérés et de les faire venir dans le sein de la République463(*), (car l'aristocrate "la figure allongée, le teint pâle, semblent douter des miracles de la Révolution et des saints effets de la guillotine"464(*)), ou de les détruire465(*).

Les Sans-Culottes ont des avis différents sur le remède final à adopter pour se débarrasser de ces ennemis : assimiler et surveiller ou détruire. Cette divergence quant à la solution à adopter est présente tout au long de la présence d'Albitte dans l'Ain466(*).

Cette peur de l'aristocrate et de son pouvoir de séduction par la parole ou l'argent, pousse les Sans-Culottes à se méfier des prisons467(*) et de veiller à ce qu'aucune correspondance ne sorte de celle-ci. Le soucis que cause l'incarcération de toutes ces personnes est constant durant la mission d'Albitte dans l'Ain. Rollet-Marat en fait la remarque inquiète à Albitte le 15 germinal an II (4 avril), dans une lettre de 6 pages (voir annexe) : "Les détenus dans la maison des cydevants Claristes lèvent la tête, il m'a été rapporté qu'ils tenaient des propos très inciviques, qu'ils avaient formé parmi eux une société populaire, un conseil général de commune, un district, un tribunal révolutionnaire ,et qu'ils osaient dire que les patriotes attendaient la maladie et qu'eux étaient en convalescence"468(*)

Ainsi, durant le mois de pluviôse an II, germe l'idée de pouvoir se débarrasser des prisonniers les plus significatifs et les plus notoires (figurent emblématiques de l'Ancien-Régime ou hommes représentant le fédéralisme), qui sont pour les Sans-Culottes tous des ennemis de la République (aucun suspect ne peut être un homme du peuple, les commissaires d'Albitte dans les prisons, ayant sion de séparer l'ivraie du bon grain). Les Sans-Culottes étendent facilement le terme de suspect à l'ensemble des rejetés de la Nation, à tout les agents des riches, des prêtres, des nobles et des modérés, qui cherchent à perdre le peuple, pour faciliter un retour à l'ordre ancien. Cette accumulation de personnes différentes469(*) sous le terme commun d'ennemis de la République, pousse les Sans-Culottes à la suspicion envers tous.

En pluviôse an II, parmi toutes les motivations politiques des sans-culottes, une chose est constante; c'est le désir de faire du sans-culotte le modèle social et politique du nouvel homme. Dans leurs divers écrits et discours quand les Sans-Culottes ne parlent pas du citoyen modèle, comme d'un maratiste, ils parlent alors du sans-culotte. En effet, en voulant la fin des différences sociales que peuvent engendrer la richesse, la naissance ou l'éducation, ils cherchent a promouvoir le sans-culottes comme un modèle d'égalité social. Les écrits de Rollet-Marat et de Thévenin fils vont dans ce sens.

Ces écrits sont des guides, dont le but est de donner une définition, une mentalité et des mots d'ordre à ceux qui ne sont pas compris dans les professions, ou "classes sociales" que sont les riches, les prêtres, les nobles et les modérés, donc aux hommes du peuple. En effet, pour les sans-culottes, l'égalité est une vengeance du peuple sur le possédant, qui par son appât du gain et sa soif de pouvoir est une cause de la guerre : "Dites à part vous, que si les nobles, les prêtres et chicaneurs avaient de bonne foi voulu l'égalité, s'ils étaient bien persuadés qu'il est impossible de résister à une révolution, nous n'aurions pas la guerre. Tonnerre de dieu ! nous l'avons et c'est leur faute; il faut donc que les Jean-Foutre en payent la façon, il faut qu'ils payent les pères et les mères pauvres qui ont envoyés leurs enfants aux frontières; il faut qu'ils nourrissent les pauvres sans-culottes"470(*).

Cette vision du partage qui doit être fait explique totalement les vexations et les mauvais traitements dont sont victimes les possédants, ou ceux reconnus comme tels. Ces vexations, commises par des hommes de milieu modeste sur des notables, ont pour but de se venger (en pratiquant une égalité forcée) du clivage qui a mis les seconds au dessus des premiers. Ainsi, les Sans-Culottes n'hésitent pas à piller les caves et les garde-manger des personnes reconnues comme bourgeois ou nobles471(*)

Les Sans-Culottes ont une vision d'eux mêmes qui, par leurs motivations et leur vécu politique, est rendue héroïque. En effet le corps social que forme les sans-culottes, par rapport à leurs "ennemis"; se perçoit comme victime d'une oppression constante. Mais, les Sans-Culottes sont conscients qu'à force d'efforts réguliers, ils arriveront à leurs buts. A cause de cela les Sans-Culottes ont une idée vertueuse d'eux mêmes, qui est caractérisée par "la bonne foi et . . .la confiance si naturelle aux patriotes"472(*).

Les Sans-Culottes ont une volonté très forte de changer radicalement l'ordre des choses; "les mesures révolutionnaires doivent s'exercer rapidement; si elles étaient de longues durées, les passions réagiraient avec une telle violence, qu'un volcan éclaterait et pourrait embraser la république".473(*). Le modèle de gouvernement que désirent les Sans-Culottes est bien évidement une République, où l'Egalité n'aurait pour concurrente que la Liberté. Mais cette liberté a une limite, que la vertu individuelle et la moralité fixent474(*) : par dessus tout, le respect de la Loi est nécessaire et crucial. Comme ils ont une volonté de changement forte, ils ont aussi des motivations fortes incluant le sacrifice de soi pour la Chose Publique475(*) devant qui l'individu n'est rien. Blanc-Désisles n'hésite pas à dire qu "il serait guillotiné ou qu'il accomplirait ses projets" 476(*). Dans le même élan de déterminisme, Rollet-Marat écrit à Albitte le 15 germinal an II (4 avril) "j'ai juré de tout lui sacrifier (à la patrie), ma vie même, ce doit être la conduite d'un véritable sans-culotte, tel est la mienne"477(*). Les Sans-Culottes sont donc des patriotes déterminés pour qui la Révolution est un élan fantastique contre lequel on ne peut pas lutter, qui ne verra sa fin que lorsque "les ennemis de la patrie seront anéantis"478(*), et que les sans-culottes seront sans aucune opposition politique et morale.

Avec Dorfeuille, Millet, Vauquoy et Bonnerot, les motivations des Sans-Culottes de Bourg trouvent un appui non négligeable. Les idées des commissaires répondent tout à fait aux attentes des Sans-Culottes : "Si j'avais commandé le siège de Lyon, j'aurais fait prendre toute la race des marchands, tous les accapareurs d'argent, tous les trafiqueurs d'assignats, tous les prêtres, tous les riches, tous les procureurs et les gens de loi et je les aurais fait foutre dans le Rhône par les sans-culottes"479(*) nous dit Dorfeuille dans le père Duchèsne de Lyon. Les idées des Sans-Culottes vont pencher vers une politique hébertiste ouverte, sous l'influence de Dorfeuille, Millet et Vauquoy. En pluviôse an II, Sans-Culottes et commissaires civils "ont grand soin de propager les maximes impures d'Hébert. Dorfeuille surtout s'est montré le plus chaud apologiste de ce conspirateur"480(*).

Les commissaires d'Albitte vont, à leur manière influencer les sans-culottes dans leurs comportements; en effet, proches des représentants à Commune-Affranchie, ils se font l'écho de la politique de répression dont ils ont été une pierre angulaire. "Dorfeuille faisait journellement l'éloge des opérations du Tribunal Révolutionnaire de Commune-Affranchie, dont il avait été membre et disait qu'il faudrait qu'on en forme un dans ce département, durant la guerre pour punir les traitres, les aristocrates et les fédéralistes"481(*)

Les commissaires civils d'Albitte perçoivent leur séjour dans l'Ain, plus comme une promenade militaire de répréssion, qu'une mission d'établissement du Gouvernement Révolutionnaire. Les comissaires civils cherchent à établir, durant le mois de pluviôse an II, une politique de punition similaire à celle que Lyon a connue, en encourageant la délation :

"Il y a environ quatre ou cinq mois que les citoyens Dorfeuille et Millet vinrent chez la déclarante pour lui rapporter des livres de talents appartenant au citoyen Lallande et que la conversation rentre sur la société populaire et sur la tribune des femmes. Qu'ils ont dit tous deux qu'elles n'étaient pas encore au pas, qu'elles devaient dénoncer les propos aristocrates qu'elles entendaient. Que la déclarante répondit qu'elle n'avait jamais entendu propos aristocratres, que les femmes qui venaient à cette société étaient toutes bonnes patriotes, ainsi que toutes celles de la ville . . . .Dorfeuille ajouta que l'on l'avait dénoncé. Que Millet et Dorfeuille dirent affirmativement à la déclarante, que dans deux mois on verrait cette commune déclarée en insurection comme Ville-Affranchie et traitée comme elle. Que la guillotine serait permanente et que les épouses verraient éxecuter leurs maris et qu'elles les suivraient de près pour subir le même supplice. . . .(Dorfeuille et Millet ajoutent) que se sort nous attendait, si nous ne nous réunissions pas tous aux Sans-Culottes"482(*).

Les commissaires civils d'Albitte, dès leurs arrivée, sont dans les mêmes dispositions politiques que les sans-culottes et sont prêts à les aider, en utilisant pour cela leur fonction et leur pouvoir, aussi bien auprès du représentant qu'auprès des pouvoirs à Paris, où à Commune-Affranchie.

Les Sans-Culottes, dotés d'idées politiques précises et soutenus par les commissaires civils qu'Albitte amène de Commune-Affranchie avec lui, attendent d'Albitte la parfaite exécution de leurs idées.

B : motivations d'Albitte

Pour mieux comprendre la teneur de la politique mise en place durant la présence d'Albitte dans l'Ain, il faut se familiariser avec les motivations politiques du représentant et surtout leurs évolutions durant ce séjour de 3 mois. En effet, sous l'influence des commissaires civils et des Sans-Culottes, les idées politiques d'Albitte vont évoluer au gré des interventions persuasives de ces derniers.

Comme nous l'avons vu dans le chapitre précédent, Albitte est un homme de terrain plus habitué aux décisions militaires que civiles. Il a l'idée que son rôle est étroitement lié à la sauvegarde de la République et qu'à ce titre il ne peut pas être indulgent et doit apporter au peuple la justice et la sûreté de la loi : "la justice nationale doit se déployer aujourd'hui dans toute sa sévérité pour épouvanter les conspirateurs et ceux qui serait tenter de les imiter". Homme laborieux, il sait que son travail sera de longue haleine et difficile pour arriver au résultat escompté : la "besogne est laborieuse ici"483(*) écrit il à ses collègues à Lyon. A son arrivée, Albitte a déjà une idée précise de son rôle dans le département de l'Ain : "rendre les sans-culottes dans tout la force du terme" 484(*).

Albitte, comme Javogues, assimile facilement le terme de sans-culottes aux vrais patriotes. Ce programme simple, induit donc que toutes les oppositions aux sans-culottes doivent être réduites; en effet, dans la même lettre, Albitte explique par quels moyens il va mener cet objectif politique de "détruire le fanatisme. . .écraser les prêtres (et) dompter messieurs les ci-devant" 485(*). Cette idée précise de son rôle dans l'Ain, va mûrir et se modifier au contact des Sans-Culottes.

Dans un premier temps, Albitte cherche à s'entourer d'hommes fidèles et patriotes. Pour cela il ne juge pas par lui même (défaut de profession ? ). En effet, les signes de confiance des représentants précédents (Gouly excepté) envers les Sans-Culottes sont pour lui des preuves de la valeur de ces hommes. Il en va de même pour le soutien que les autorités, et surtout les sociétés populaires, accordent vis-à-vis de telle ou telle personne 486(*). Avec l'indécision d'Albitte, les sociétés populaires deviennent les garantes de l'opinion révolutionnaire, qui prend le pas sur l'avis des autorités constituées487(*). Albitte n'est pas avare de sa confiance aux hommes qu'il juge patriote. Ainsi Dorfeuille, Vauquoy, Merle où les officiers municipaux de Bourg, sont à ses yeux des patriotes488(*)

De son expérience aux armées, Albitte a gardé un sens poussé du devoir. Il a en haute estime la scrupuleuse obéissance à la loi. Mais il cherche aussi à imposer cette opinion aux personnes à qui il donne sa confiance, en les nommant à des postes : "Les citoyens ci-dessus désignés, sont investis dès ce moment au nom de la loi, des pouvoirs attachés à leurs fonctions, comptables envers la patrie de leurs talents et de leurs vertus, et sous la responsabilité terrible imposée par la loi aux fonctionnaires publics"489(*). Quand Albitte rédige sa proclamation du 5 pluviôse an II (24 janvier) au directoire du département, il montre clairement sa définition du gouvernement révolutionnaire, et ces attentes vis-à-vis des administrateurs sans-culottes pour l'aider à installer le gouvernement révolutionnaire :

"Citoyens,

La Convention Nationale a décrété l'établissement d'un gouvernement provisoire et révolutionnaire, il est la pièce d'attente sur laquelle sera posé l'édifice de la constitution que la République entière a acceptée, et qui doit faire son Bonheur.

La Convention nationale a envoyé cinquante huit de ses membres pour établir dans tous les départements ce gouvernement qui n'est que le précurseur d'un meilleur encore, et dont la durée, en dépit des tyrans et des esclaves doit être éternelle.

Pour y arriver, il faut des guerriers qui terrassent les ennemis du dehors : un million de nos frères les battent aux frontières; il faut des lois sévères qui compriment, punissent et écrasent au dedans les malveillants, les fanatiques, les aristocrates et les conspirateurs.

Ces loi existent.

Il faut des patriotes, des vrais sans-culottes, des hommes vertueux qui fassent exécuter les lois dans toute l'étendue de la République.

Citoyens, il en existe qui rempliront cette importante fonction.

Toutes les autorités constituées vont être, suivant la loi, réorganisées et régénérées en cet instant, sans destitution dans votre département.

Pourquoi ? Pour faire le bonheur du peuple trop longtemps négligé.

Que restera-t-il à faire ? Chacun son devoir.

Fonctionnaires publics, connaissez le votre, la loi inflexible est là.

Peuple le tien est de connaître les vrais amis et de veiller sans cesse au maintien de la liberté, qui n'est rien sans l'égalité."490(*)

Dans cette déclaration, Albitte par la confiance qu'il donne aux militants locaux, attend se reposer sur ces activistes pour l'aider à mener à bien sa mission de Salut Public et de Gouvernement Révolutionnaire provisoire.

Mais plus la mission avance, plus l'idéologie d'Albitte se fait impulsive et dure. Le 21 pluviôse an II (9 février), dans une lettre à la Convention, il donne une nouvelle définition du Gouvernement Révolutionnaire : c'est "un gouvernement qui détruit jusqu'au dernier germe de fanatisme, qui anéantit tous les restes détestables de la royauté et de la féodalité, qui ôte aux ci-devants tous les moyens de nuire, qui écrase les contre-révolutionnaire, les fédéralistes et les coquins, qui ranime les patriotes, honore les sans-culottes" 491(*).

On peut voir dans cette lettre d'Albitte que son programme est fortement inspiré des idéaux que les Sans-Culottes ont répandu dans leurs différents discours. Pour Albitte, le bon citoyen (entendons par là le sans culotte), l'homme nouveau, ne peut pas être un homme de l'Ancien-Régime. La conduite jacobine modérée d'Albitte à Marseille, devient durant le mois de pluviôse an II, plus hébertisante.

Pour Albitte, si le département de l'Ain est "intéressant pour la République par ses localités frontières" 492(*), il est néanmoins livré aux espérances des aristocrates et des modérés depuis que les patriotes sont emprisonnés. Dans une lettre du 11 pluviôse an II (30 janvier) au Comité de Salut Public, Albitte adopte la vision du département des Sans-Culottes. Il dépeint l'Ain comme "infecté de prêtres, de nobles de praticiens" 493(*). Dans cette lettre, Albitte aborde aussi le sujet de Gouly.

La vision qu'a Albitte de Gouly, et son évolution est tout à fait significative de l'affinage de ses idées. Le 3 pluviôse an II (22 janvier), dans son arrêté pour la libération de Blanc-Désisles, Rollet-Marat et Convers, Albitte trouve pour son collègue des circonstances atténuantes : "considérant que le représentant du peuple Gouly abusé sans doute par les séductions et les machinations ourdies par les malveillants, a imprimé dans ses contrées une marche rétrograde à l'esprit révolutionnaire" 494(*). Mais dans sa lettre du 11 pluviôse an II (30 janvier), la compassion pour Gouly est totalement absente, il le désigne comme celui qui" a ravivé le fanatisme et relevé les espérances des aristocrates et des modérés"495(*). Albitte rejoint l'idée des Sans-culottes sur Gouly, tout en se montrant néanmoins plus prudent que l'a été Javogues.496(*).

L'étude du vocabulaire des arrêtés du représentant durant sa mission montre bien la dérive des idées d'Albitte aux contact des Sans-Culottes jusqu'à la fin de pluviôse et le début de ventôse, puis la modération de ses idées jusqu'à son rappel.

Le 1er et le 2 pluviôse an II (20 et 21 janvier), Albitte emploie dans ses arrêtés les mots de "personnes déclarées suspectes"497(*) et de "personnes détenues" 498(*). C'est un vocabulaire général et plutôt distant que le représentant emploie pour parler de ce que les Sans-Culottes appellent déjà des "administrateurs infidèles, des scélérats voués aux tyrans coalisés. . . des fédéralistes. . .traîtres. . .brigands" 499(*). A ce moment Albitte reste assez loin des motivations des Sans-Culottes jusqu'à la libération de Blanc-Désisles, Rollet-Marat et Convers, le 3 pluviôse an II (22 janvier). A partir de ce moment Albitte rentre dans le jeu des Sans-Culottes, mais avec des réserves.

En reconnaissant l'utilité de ses trois hommes pour l'établissement du gouvernement révolutionnaire, Albitte se rapproche de leurs idées 500(*). Tout en se faisant désormais partisan du régime terroriste attendu par les Sans-Culottes, Albitte reste toutefois prudent; pour lui "si la justice nationale doit se déployer aujourd'hui dans toute sa sévérité pour épouvanter les conspirateurs. . .cette même justice doit aussi un prompt secours a des citoyens accusé et détenus à tord"501(*). Albitte au début de sa mission va jusqu'à mettre en cause "des erreurs momentanée" 502(*). Jusqu'au 10 pluviôse an II (29 janvier), il ne fait pas encore de différence parmi les détenus.

En effet, cette temporisation inhérente au caractère d'Albitte se trouve vite modifiée. Dès le 11 pluviôse an II (30 janvier), il fait réintégrer en maisons de détention toutes les personnes mises en liberté par ordre de Gouly. Cet arrêté aveugle, outre le fait de désavouer son collègue, répond à l'attente des Sans-Culottes, de pouvoir faire revenir la situation au moment où Javogues était là. Toujours le 11 pluviôse an II (30 janvier), dans la lettre à ses collègues de Commune-Affranchie, Albitte décrit son idée quand aux personnes qui sont suspectes; ces dernières sont toutes celles qui sont les ennemis des Sans-Culottes : prêtres, nobles, fédéralistes. Cette évolution se caractérise dès le 13 pluviôse an II (1er février), lorsque Albitte ressert l'étau autour du terme suspect. En effet, sont considérés suspects d'office tous les "administrateurs, hommes de loi, avoués, ex-nobles, ex-prêtres et ex-religieuses qui avaient été mis en état d'arrestation par ordre des représentants du peuple Amar, Merlino, Bassal, Bernard et Javogues, ou des autorités constituées"503(*).

Il est à remarquer qu'avec cet arrêté, Albitte légitime la venue de Javogues dans l'Ain, qui n'y avait pourtant aucun pouvoir; alors que simultanément, il cherche suivant la politique des Sans-Culottes à dénigrer Gouly, voir a nier ces pouvoirs dans l'Ain.

Le 20 pluviôse an II (8 février), la pensée d'Albitte au sujet des suspects se fait plus claire encore, lorsqu'il met en liberté des cultivateurs et des vignerons; Pour eux, il fait preuve d'une clémence504(*), qu'il ne fait pas aux personnes qui ne sont pas issues du peuple. De même quand Albitte parle de sans-culottes détenus, le terme de suspects ou de prisonniers est oublié et l'on y substitue celui de citoyens. Cet appui envers la partie du peuple reconnue saine et vertueux devient constant dès pluviôse an II quand il écrit à Rollet-Marat : "il faut autant que l'on peut rendre à la liberté le pauvre, le malheureux et l'agriculteur, qui, pour l'ordinaire ne font des fautes que par les conseils et les instigations perfides des riches, des intriguants et des ci-devants nobles" 505(*). Albitte, durant les deux premières décades de pluviôse an II, voit son idée des suspects modifiée par l'influence grandissante, que font sur lui les Sans-Culottes et les commissaires civils. De même, sa position vis-à-vis des "non sans-culottes" est sous l'influence de ses relations avec cet entourage. En effet, parmi les suspects, se démarquent rapidement les personnes fourvoyées ou innocentes, ainsi que les vrais ennemis de la Révolution. Ces derniers se regroupent dans trois ensembles. D'abord les prêtres et les fanatiques, qui travaillent par leurs actions à égarer le peuple, puis les nobles et les fédéralistes, qui sont le bras armé de cette contre-révolution, et enfin, les riches qui, par leurs égoïsme et leur amour de l'argent et de la propriété outrancière, privent la République et les sans-culottes du soutien financier qu'ils désirent pour vaincre les ennemis du dedans et du dehors.

En effet, Albitte rejoint l'idée des Sans-Culottes, que le peuple ne peut être fourvoyé que par la faute des ennemis de la Révolution : "que les patriotes soient fermes, qu'ils ne tremblent pas, qu'ils ne se laissent pas séduire"506(*) nous dit Rollet-Marat. Albitte, qui veut redonner force aux Sans-Culottes et ménager le peuple, va chercher, pour le plus grand bonheur des patriotes à détruire les nobles, les riches et les prêtres. L'arrêté du 8 pluviôse an II (27 janvier), obligeant les prêtres à "abdiquer leurs prétendus fonctions (et) abjuré leurs erreurs et remis leurs lettres de prêtrises" 507(*) montre que le représentant a là aussi, rejoint la pensée des Sans-Culottes. Les prêtres sont les"funestes apôtres. . .du fanatisme"508(*) qui ont joué avec l'ignorance du peuple509(*) pour amener ce dernier avec eux à devenir les ennemis de la Révolution. Albitte est convaincu que l'ignorance est la clef de voûte qui tient l'édifice de la religion; en cela, il rejoint Baron-Chalier, Rollet-Marat et Blanc-Désisles.

Ce qui est marquant durant cette mission, c'est la facilité avec laquelle Albitte fait des prêtres la cause des malheurs de la République; il parle de "prêtres perturbateurs qui forment la révolte."510(*) L'influence des Sans-Culottes est ici incontestable, lorsqu'on a en mémoire la lettre du comité de surveillance de Bourg à celui de Coligny, du 1er nivôse an II (21 décembre) (voir page 92).

Avec son arrêté du 10 pluviôse an II (29 janvier), Albitte montre qu'il fait face à deux types de prêtres. Il y a le bon prêtre, qui abdique et abjure sa foi suivant l'arrêté du 8 pluviôse an II (27 janvier), c'est à dire qui reconnaît publiquement avoir professé des mensonges et avoir commis des erreurs. De l'autre, il y a le mauvais prêtre, qui n'a pas prêté le serment, pour revenir dans le sein des citoyens. Ces derniers qui refusent le bras tendu (via l'acte d'abdication) qui les mène dans le cercle des citoyens ne peuvent être que des fanatiques. Malgré la possibilité de revenir dans le sein de la République que donne l'arrêté du 8 pluviôse an II (27 janvier), les prêtres restent des ennemis sournois de la Révolution, qui par leurs actions, leurs prêches, leurs correspondances, et surtout par leur existence en temps qu'homme d' église, ne peuvent que désirer la guerre civile. Albitte se méfie des prêtres, même si ces derniers ont prêtés serment : "Les . . .prêtres qui ont abdiqué sont tenus de rester dans le chef lieu du district et de se présenter tous les deux jours à la municipalité; ils ne pourront en sortir que lorsque les effets des impostures religieuses seront entièrement détruits dans l'Ain. . .où qu'après s'être mariés, ou avoir pris un métier utile à la République"511(*). Pour lui, la religion n'est pas l'ennemi du peuple, contriarement à ses représentants, qui dans l'Ain particulièrement sont doués pour séduire les citoyens peu instruit afin de rester maître : "ils cherchent à conserver surtout dans le département de l'Ain et du Mont Blanc, le fatal crédit qu'ils avaient usurpé sur les plus simples et bons de leurs habitants et à s'opposer à la destruction des préjugés, à l'établissement du Gouvernement Révolutionnaire. . .et au règne de la Raison"512(*). Albitte et son entourage ne cherchent pas à détruire la croyance en un seul Dieu513(*), mais à supprimer des intermédiaires inutiles et dangereux pour le peuple lui même et la République.

En effet, Albitte comprend vite que les religions et la puissance des Eglises, ne sont rien sans le support des prêtres qui la professent et des symboles que sont les bâtiments religieux et les objets des cultes. C'est pour cela qu'il prend son arrêté du 7 pluviôse an II (26 janvier), afin de détruire l'emprise morale qu'exerce les hommes du culte sur le peuple, par la démolition des bâtiments, symbole de la puissance de la religion en tant que moyen d'oppression des citoyens :

"Considérant que le peuple français ne reconnaît aucun culte privilégié et dominant, que tous les bâtiments, terriers, matériaux, métaux et ustensiles, ci-devants abandonnés aux usages des différents cultes, appartiennent à la République, et sont des propriétés nationales"514(*).

La pensée d'Albitte sur la propriété des biens des différents cultes, se veut une extension de la loi sur les biens nationaux et de la Constitution Civile de Clergé.

En effet, si les batiments sont la propriété du peuple, les objets et ustensiles et matériaux le sont de même. Le fait que les prêtres soient désormais et avant tout des citoyens qui se doivent donc d'obéir aux lois de la République avant celle de Rome pousse Albitte dans l'idée que les bâtiments "trop longtemps usurpés et envahis"515(*) sont à la République avant d'être aux cultes. En tant que représentant officiel de la République et du peuple, son devoir est donc de chasser cet envahisseur de biens de l'Etat et de les rendre à qui de droit.

Le 8 pluviôse an II (27 janvier) Albitte cherche à atteindre le culte, non plus dans la mystique des objets et des matériaux, mais dans ce qu'il a de plus physique et direct, le clergé. En effet, si les reliquaires, les ornements, les croix, les encensoirs et les cloches sont un aspect de la religion, les prêtres en sont les objets en contact direct avec la population. C'est donc à la population que les prêtres doivent montrer qu'ils n'ont professé que des mensonges. Le fait de prêter serment devant la foule engage le prêtre à se conformer à la parole donnée. Dans le texte du serment, la "fonction" de prêtre est remplacée par le mot métier. Albitte ne considère pas la fonction d'homme d'église comme le sacerdoce d'un homme vertueux et désintéressé, mais comme une profession qui a pour but de gouverner et s'enrichir aux dépens des personnes crédules et maintenues volontairement loin de toute instruction.

Après le développement des idées d'Albitte autour du culte, il intéressant de voir l'évolution de sa pensée vis-à-vis des nobles, des riches et des fédéralistes.

Si les prêtres sont la cheville sournoise de la contre-révolution, les nobles sont la partie émergée de la lutte contre la République qui, par leur contact avec les émigrés, ne sont qu'encore plus dangereux. La plupart du temps, Albitte assimile dans le même groupe, les nobles, les fédéralistes et quelques fois les riches.

Le 8 pluviôse an II (27 janvier), dans son arrêté stipulant la démolition des châteaux forts, tours et fortifications, Albitte cumule sous le terme général "d'esclaves" (des tyrans), tous les ennemis de la Révolution :

"tout récemment encore les château forts ont servi de refuge, de point d'appui et de ralliement aux fanatiques, aux fédéralistes et aux rebelles. . .et raniment les espérances plus coupables encore des aristocrates, des contre-révolutionnaires et des émigrés"516(*).

Pour lui, les nobles et leurs successeurs dans la contre-révolution ouverte que sont les fédéralistes, ne sont que des "incorrigibles partisans de la royauté, de l'aristocratie et du fanatisme, de la tyrannie et du fédéralisme"517(*). Albitte leur reproche leur conduite sous les siècles passés, mais aussi leur volonté de vouloir forcément nuire de par leur naissance à la République : "considérant l'immensité des maux dont ces êtres gangrenés de l'ancienne corruption, ont affligés la République et ceux qu'ils peuvent lui faire éprouver "518(*).

Pour Albitte, comme pour les Sans-Culottes, les nobles et leur avatars, les fédéralistes, n'ont aucune excuse; ils sont forcément contre la République, comme si le sentiment d'être contre-révolutionnaire était endémique au fait d'être né noble. Aveuglé par son entourage, les nobles, ne sont plus pour Albitte, des citoyens ou des êtres humains, mais une "race funeste"519(*), "une caste dévastatrice"520(*), qui par sa naissance s'élève de toutes les manières possibles contre la République. Les nobles, entité à la fois sans citoyenneté mais de dimension internationale, portent en eux "le germe de la lèpre féodale"521(*). Dans l'idée du représentant, le noble, (par son existence même), cherche naturellement à démolir les acquis révolutionnaires522(*) alors que tout le peuple travaille pour la Liberté et l'Egalité. Albitte (ou peut être Dorfeuille) va, le 23 ventôse an II (13 mars), jusqu'à inventer le terme de "nationalicide"523(*) pour qualifié le projet des nobles.

Si les nobles cherchent instinctivement la destruction de la République, les riches ou les propriétaires ne sont que des égoïstes qui enlèvent au peuple et à la patrie "la noble ressource de son industrie et de ses biens"524(*). Dans les deux cas Albitte, fait montre d'une politique de neutralisation, presque similaire.

En effet, dès le 15 pluviôse an II (3 février), Albitte s'attaque aux riches en tant que classe sociale, à circonvenir. Comme pour les nobles, Albitte, tente par deux arrêtés (celui du 15 pluviôse an II (3 février) pour les riches et celui du 13 pluviôse an II (1er février) pour les nobles, prêtres) de neutraliser "ces êtres irrévolutionnaires"525(*), en les faisant arrêter comme c'est la cas pour les nobles, ou, en les sommant de revenir dans les villes où ils sont domiciliés comme c'est le cas pour les "riches capitalistes et prorpiétaires de fonds"526(*). Après avoir réuni dans les prisons ou dans les villes du département, sous la surveillance des municipalités, ces "êtres irrévolutionnaires"; Albitte essaye de ciconvenir les ressources financières et matérielles des riches et des nobles en prenant un premier arrêté le 19 pluviôse an II, donnant le mode d'exécution des mises sous scellés des personnes déclarées suspectes. Dans cet arrêté, Albitte montre une férocité verbale qui tranche avec le ton calme mais néanmoins enflammé de ses lettres à ses collègues de Commune-Affranchie, ou au Comité de Salut Public :

"Considérant la profondeur de l'hypocrisie, la noirceur des trames, la perfidie des coalitions, la criminelle obscurité des correspondances et la continuité des intelligences contre-révolutionnaires des incorrigibles partisans de la royauté, de l'aristocratie et du fanatisme, de la tyrannie et du fédérlisme;

considérant la constante perversité de leur conduite liberticide, l'abondance funeste de leurs moyens corrupteurs, leur égoîsmes anti-social, leur amour insatiable des richesses et l'infâme usage qu'ils en font pour détruire la liberté et anéantir l'égalité qu'ils ont en horreur;

considérant l'immensité des maux dont ces êtres gangrénés de l'ancienne corruption ont affligé la République, et ceux qu'ils peuvent encore lui faire éprouver en leur laissant la libre disposition des ressources privilégiées que son indulgence leur a trop longtemps abandonnées et qui ne peuvent plus leur être laissées, sans exposer le sien de la patrie à ête encore déchiré par eux;

convaincu que ce serait en vain que ces ingrats seraient déclarés suspects, si les moyens de nuire et de se perdre eux-mêmes n'étaient pas soigneusement et sans délai écartés de leurs mains parricides."527(*).

Cet arrêté montre bien que c'est durant la seconde partie du mois de pluviôse an II, que les motivations d'Albitte sont de loin les plus violentes. En effet, la teneur de l'arrêté qui prive les suspects de leurs biens, s'il porte le sceau du représentant, ne semble pas par la violence du vocabulaire employé, être de la plume d'Albitte.

Ces motivations ne sont pas les seuls éléments qui régissent la conduite d'Albitte dans l'Ain. En effet, il vient aussi dans l'Ain pour s'occuper du ravitaillement de Commune-Affranchie528(*) suivant les réclamations en subsistances de ses collègues à Lyon. Ce ravitaillement ne s'arrête pas qu'aux besoins de la ville de Lyon, mais aussi aux armées. Albitte promet à ses collègues à Lyon d'agir dans ce but "je m'occuperai des bois de marines, des salpêtres. . .des grands moyens d'améantir la mendicité et de préssurer les égoîstes, et de punir les fédéralistes"529(*).

Albitte, plus que d'établir seulement le gouvernemnt révolutionnaire, cherche à faire marcher la machine de guerre sur un département reconnu fédéraliste.

Le conseil que lui donne le Comité de Salut Public de garder le contact avec les représentants à Commune-Affranchie pousse Albitte à leur envoyer systématiquement des copies de ses arrêtés, afin que ses derniers jugent de ses intentions.530(*) Mais cette correspondance va plus loin. Albitte demande conseil aux représentants à Lyon. Albitte tend donc à devenir un satellite de la politique exercée à Commune-Affranchie; il n'est pas une autorité autonome.

Bien qu'il demeure en constante relation avec la Convention et le Comité de Salut Public, Albitte, par l'intermédiare des représentans à Lyon et des commissaires civils qui l'accompagnent, garde un contact avec la Commune de Paris et le club des Cordeliers.

L'influence des voeux des représentants à Commune-Affranchie et les aspirations des Sans-Culottes de l'Ain façonnent rapidement l'idéologie d'un homme que la tourmente révolutionnaire a éloigné de sa prudence naturelle.

Durant sa mission dans l'Ain, Albitte est fermement soutenu en pluviôse an II par le Comité de Salut Public qui l'encourage à établir le gouvernement révolutionnaire531(*). Albitte se félicite de la marche révolutionnaire qu'il applique au département : "Frères et amis, je vous envoie les différents arrêtés que j'ai pris depuis mon arrivée dans ce département. Jetez les yeux, et vous verrez quels sont mes principes. Je me flatte que vous y trouverez les vôtres et que vous pourrez dire : Albitte fait son devoir"532(*). Mais ce soutien du Comité de Salut Public disparait en ventôse an II, quand les menées des Sans-Culottes sont désavouées par la députation de l'Ain à l'Assemblée.

Avec la présence d'Albitte dans l'Ain, les motivations des Sans-Culottes vont connaître une mutation qui va permettre la mise au point( grâce à l'appui non négligeable des commissaires civils) d'une politique hébertiste, très proche des idées des sections parisiennes. Même si cet entourage composé de personnes au caractère et aux idées influentes et convaincantes, guide les choix politiques, lorsque ces derniers sont à la portée du représentant, ce dernier n'en demeure pas moins responsable de ces actes, par l'apposition au bas des arrêtés de sa signature.

III : les particularitées de la mission d'Albitte

La mission d'Albitte dans l'Ain est un des seuls moments dans l'histoire de la Révolution de ce département où le pouvoir n'est pas dans les mains d'hommes issus de la bourgeoisie de l'Ancien-Régime et qui finissent dans la nouvelle bourgeoisie impériale533(*). Cette période se remarque surtout par l'attitude des gens du peuple à se servir de leurs fonctions nouvellement acquises afin de renverser un ordre social établi allant pour cela souvent commettre des abus de pouvoir et des indélicatesses.

Albitte, sur les trois mois qu'il passe en mission dans les départements de l'Ain et du Mont Blanc, demeure un mois à Bourg.

Description de la ville de Bourg

Sur les trois mois que dure la mission d'Albitte, ce dernier reste près d'un mois à Bourg (du 28 nivôse au 25 pluviôse an II (17 janvier-13 février)), autant dans le département de l'Ain, et un peu moins dans celui du Mont Blanc.

Afin de mieux comprendre le rôle que va être amené à jouer Albitte dans l'Ain il intéressant de faire connaissance de la ville de Bourg-Régénéré 534(*).

Bourg est la plus grosse ville du département de l'Ain, avec près de 6000 habitants, répartis en trois sections (voir carte).

Depuis le 2 nivôse an II (22 décembre), ces sections ont changé de nom tout, comme la ville s'est adjointe le mot de Régénéré lors du passage de Gouly. La section du Temple de la Raison devient alors la section de la Fraternité, celle du Temple des Stes Claires devient la section de l'Egalité et celle de la salle Physique devient section de l'Indivisibilité. C'est une ville avec un centre étroit, qui s'est doté de réverbères avant la Révolution. Au milieu de la place d'Armes (place de l'Hôtel de ville ou place Marat), se dresse la pyramide en l'honneur de l'Ami du Peuple. Blanc-Désisles habite rue Brutus, non loin de Rollet-Marat qui habite rue Simonneau avec Juvanon. Alban loge rue de la République. Il semble que Vauquoy demeure à l'Hôtel de Marron, peut-être avec Dorfeuille et Millet, tandis que Lajolais loge chez d'Oraison. A son arrivée, Albitte est logé à l'Hôtel de Bohans 535(*). Les portes de ses appartements sont sans cesse surveillées par des plantons, détachés de la compagnie des canonniers de la garde nationale. Ses appartements sont sans doute composés de deux pièces, une chambre et un bureau. Les reverbères jalonnent une ville qui depuis les mois de janvier 1793 a vu le nom de ses rues changer.

Depuis frimaire an II, des escadrons du 1er régiment de hussard (ancien Berchény) sont stationnés dans les locaux du cloître de Brou. La présence de ce régiment composé d'un amalgame de volontaires du Calvados et de ce qui reste du régiment 536(*), est importante. La présence des hussards, facilite depuis nivôse an II 537(*) les activités des révolutionnaires; durant le séjour d'Albitte, la présence de cette troupe, va favoriser la mise en place du Gouvernement Révolutionnaire, d'une part en formant des gardes du corps pour les commissaires d'Albitte en ventôse an II et d'autre part, en annulant par leur présence toutes espèces de contestations.

La garde nationale de Bourg, est composée de deux compagnie de fusilliers, commandées chacune par deux commandants (tous deux d'anciens cordonniers), d'une compagnie de canonniers commandée par un capitaine et une compagnie d'invalides commandée elle aussi par un capitaine. Les canons se trouvent dans la caserne des Ursulines.

La société populaire de Bourg, d'où sont issus tous les administrateurs, tient ses séances tous les deux jours, à partir de huit heures du soir dans la salle de l'Arquebuse. Le comité de surveillance travaille tous les jours et finit ses travaux le soir entre cinq et huit heures. Ce dernier tient ses séances à l'Hôtel de Ville.

A l'arrivée d'Albitte, la ville de Bourg compte plusieures maisons de détention. Ce sont les Saintes Claires, (ou Claristes), le dépot de mendicité de Bicêtre, le couvent de Brou et le couvent de la rue Bourgmayer (les Ursulines). Si les Claristes sont la première maison de détention, devant le nombre croissant de prisonniers, le district de Bourg ordonne l'ouverture de plusieurs autres centres de détention. Des maisons comme celles de Rollet et de Reydellet sont utilisées jusqu'au 16 pluviôse an II (4 février), pour abriter des religieuses et des chanoinesses. Durant la présence d'Albitte, des maisons de détention sont ouvertes et regroupent les suspects par origines. Ainsi, les religieuses sont logées à la maison de la Charité le 16 pluviôse an II (4 février). Le 7 germinal an II (27 mars), Rollet-Marat fait interner les ex-nobles au couvent de Brou, le 11 germinal an II (31 mars), le conseil général de la municipalité de Bourg-Régénéré, fait interner les femmes dans la maison dite du Chatelard. Le 5 ventôse an II (23 février), sur ordre de Rollet-Marat, les prêtres non abdicataires sont transférés des Claristes à Bicêtre.

carte postal

places d'armes

De la place Marat, une rue mêne à l'église de Notre-Dame, ci devant temple de la Raison.

Lalemand

les commissaires civils

La présence des commissaires civils qui suivent Albitte de Commune-Affranchie est extraordinaire dans l'Histoire de la Révolution dans l'Ain. En effet, jamais aucun représentant du peuple, n'a eu recours ultérieurement et même postérieurement aux commissaires civils.

Ils sont les agents de liaison entre le représentant et les diverses autoritées constituées des districts où le représentant ne peut pas aller. C.Lucas donne une définition des commissaires civils : "Les commissaires sont les agents employés par toute institution ou autorité, à l'exécution de tâches tombant sous sa juridiction, et à la mise en application de ses décisions et de sa politique."538(*) Comme le dit donc à juste titre C.Lucas, "l'autorité d'un commissaire émane du corps qui l'emploie;"539(*)

Albitte est donc le seul représentant en mission à confier une partie de son autorité à des hommes de confiance.

C'est ainsi que le 24 pluviôse an II (12 février) il nomme en vertu de ses pouvoirs et avec mission d'épurer les autorités, accélérer l'exécution des lois et de ranimer l'esprit public, Millet et Bonnerot dans les disitricts de Trévoux et Montluel; Convers et Vauquoy dans les districts de Pont-de-Vaux et de Châtillon-sur-Chalaronne et Rollet-Marat dans le disitrict de Bourg. Albitte, en nommant Rollet-Marat, amplifie ses pouvoirs d'agent national en y ajoutant ceux attachés à la personne du représentant en mission. Ceci conduit Rollet-Marat a être un "super-agent" national de district. Ce dernier nomme à son tour des commissaires avec mission de parcourir l'étendue du district de Bourg pour y faire exécuter les arrêtés d'Albitte.

Suite à des courriers des Comités de Salut Public et de Sureté Générale, Albitte prend un arrêté le 28 ventôse an II (18 mars), qui nomme Baron-Chalier commissaire avec la mission de se transporter sur les frontières du département afin d'empêcher le passage du numéraire à l'étranger.

Avant ces nominations, qui marquent la volonté d'Albitte d'assurer le gouvernemt révolutionnaire dans des districts où il n'a pas pu se rendre, les commissaires civils d'Albitte et notamment Vauquoy, ont eu quelques petites missions à faire éxecuter dans le département. Ainsi le 17 pluviôse an II (5 février), Alban, Laymant, Rolland et Vauquoy, sont nommés par Albitte pour aller au château de Montrevel chercher les archives qui s'y trouvent. Ils se mettent en route, accompagné d'une escorte de hussards. A Montrevel, ils requièrent la municipalité de venir avec eux, en écharpes, au château pour lever les scellés et récupérer les archives afin de les transférer à Bourg. Le lendemain ils font arrêter de leur propre volonté les citoyens Didier et Vernette.

Le 18 pluviôse (6 février) de passage à Pont-de-Vaux, Alban et Vauquoy se rendent à la société populaire pour faire un discours :

" (Alban) se vante d'avoir dénoncé le représentant Gouly, qu'il traita de gueux, de scélérat et qu'il n'aurait pas gardé la place de maire à laquelle Gouly l'avait nommé si Albitte n'avait pas confirmé sa nomination. Il tint plusieurs propos tendant à jetter la discorde et la division dans la société et prenant un pistolet dans chaque main, il dit que sachant qu'on était pas en sûreté au milieu d'eux il était venu armé; il ajouta qu'il fallait exclure tous les riches,,les plumassiers, et ne conserver que les tabliers de peau comme lui. . .voyant un vieillard près de lui, Alban en le prenant par la main lui dit, ne crains rien, mon ami, le patrimoine des riches sera celui des pauvres."540(*).

Ces arrestations mettent bien en évidence le caractère universel de leurs pouvoirs, dans des districts (surtout pour Alban, qui est maire de Bourg) où ils n'ont aucune fonction en temps normal. Pour ajouter une touche, Alban et Vauquoy, distribuent à la population, des oeufs trouvés chez ledit citoyen Vernette. Ils en profitent aussi pour emmener avec eux un fusil double.

Il est à noter par ailleurs que, souvent, les déplacements des commissaires civils d'Albitte se font grâce à l'aide précieuse de la municipalité de Bourg qui pour cela, n'hésite pas à réquisitionner des cabriolets appartenant à des détenus541(*)

Une des constantes de ces commissaires civils est la rudesse du langage et des manières face aux populations rurales qu'ils semblent considérer comme moins patriotes que celle des villes. Leur attitude énergique et leur manière de ponctuer de "foutre" toutes leurs phrases éveillent une certaine crainte des habitants des campagnes. Ce fait est encore plus accentué quand Millet, Bonnerot ou Vauquoy se présentent comme des adjoints de la Commission Temporaire de Commune Affranchie.

C'est à la lecture des rapports des commissaires civils que l'on se rend compte du décalage existant entre les Sans-Culottes et les patriotes des campagnes.

Une autre particularité des commissaires civils réside dans le fait, que leur pouvoir égalant celui d'Albitte, ils deviennent un centre de décision comme si le représentant avait été là; c'est ainsi que les comité de surveillance ou les agent nationaux s'adressent à eux pour faire arrêter des suspects ou pour en faire libérer.

Millet et Bonnerot, sont dès le 28 pluviôse an II (16 février) à Trévoux. Ils accomplissent des opérations plutôt anodines toujours en exécution des pouvoirs confiés à eux par Albitte. Ainsi, le 30 pluviôse an II, ils adressent à Albitte un tableau de la conduite des administrateurs du district de Trévoux, où ils donnent leurs avis sur le civisme des administrateurs : "notre opinion est qu'il soit mis en état d'arrestation. Tu le jujeras ainsi que ses collègues et nous éxécuterons tes ordres."542(*) De même ils s'affairent à organiser les fêtes décadaires et à répondre aux réclamations faites auprès d'eux par des citoyens sur des affaires souvent bien bénines. Le seul acte marquant de leur mission, est la parution du cousin du père Duchèsne, dont ils sont les auteurs, et qui cherchent à faire comprendre aux gens du District de Trévoux, les raisons de certains arrêtés, comme celui sur la démolitions des clochers. Il semble par ailleurs que Bonnerot et Millet ne se soient pas du tout occupés du district de Montluel.

Vauquoy et Convers, eux, se sentent un peu plus libres dans leurs actions que leurs collègues du district de Trévoux.

Le 3 ventôse an II (21 février), Vauquoy et Convers sont à St Trivier-de-Courtes (Val libre) , où ils adressent une réquisition à la municipalité, visant à faire fournir du fourrage pour leurs chevaux.

Le 4 ventôse an II (22 février), dès leur arrivée à Pont-de-vaux, Vauquoy part en mission dans trois communes et Convers se fait donner des renseignements par le comité de surveillance de la commune "en vertu des pouvoirs qui nous ont été confiés, requis Laposte cadet, commandant de la garde nationale de Pont-de-Vaux, de faire sur le champ arrêter et traduire dans la maison d'arrêt"543(*) 8 personnes.

Vauquoy et Convers prennent leur rôle très à coeur. Ils parcours leurs districts en ayant des formulaires d'arrêtés d'Albitte en blanc. Avec ces formulaires ils libèrent avec amende et sans surveillace 11 personnes544(*). De même, ils organisent l'épuration de la société populaire de St Trivier-de-Courtes. Mais le plus remarquable, outre le fait qu'ils appliquent avec un point de vue personnel545(*) les consignes d'Albitte, Vauquoy et Convers, se caractérisent par leur propagande politique.

En effet, lors d'une réunion de la société populaire de Pont-de-Vaux, Convers alors à la tribune, déclare aux citoyens assemblés substituer à la lecture des rapports du Comité de Salut Public trop ennuyeux, celle du Père Duchèsne. Le président le rappelle à l'ordre, Convers lui répond que personne ne peut le rappeller à l'ordre, que lui seul peut le faire. Le penchant hébertiste des deux hommes se vérifie encore à la société populaire de Montrevel, le 11 ventôse an II (1er mars), quand ils demandent que soit accéléré la démolition des clochers et du château, afin de faire construire avec les matériaux, tout les batiments que la municipalité désirait. Dans le même discours, Convers invite les propriétaires terriens à partager avec ceux qui n'en n'ont pas leur possession et conseille aux citoyens de fréquenter le cabaret afin d'y puiser les vrais principes républicains.

La petite escapade de Convers et Vauquoy à Montrevel, se fait sans aucun pouvoir : "Nous nous sommes arrêtés à Montrevel, canton du district de Bourg. Malgré que nous y étions sans pouvoir, nous n'en avons pas moins fait assembler la commune ; en républicains nous avons instruit le peuple de ses Devoirs, mais en même temps nous l'avons invité à soutenir ses droits, nous avons tonné contre les égiostes qui sont en grand nombre et ranimé l'espoir des patriotes"546(*).

Le périple de Baron-Chalier qui commence le 28 ventôse an II (18 mars) est aussi un modèle de personnalisation des ordres reçus.

Parti seul, il parcourt entre le 28 ventôse an II et le 23 floréal an II (18 mars-12 mai), les frontières du département de l'Ain. Il va dans différents districts de l'Ain, puis à St Claude dans le Jura voir le conventionel Lejeune, pour lui demander des subsistances pour le district de Nantua. Par la suite, il se rend sans aucun pouvoir dans le département du Léman, à Genève, où il se renseigne sur les émigrés, la société populaire, juge de la conduite de quelques administrateurs et distribue des feuilles patriotiques. Pour lui les genevois sont dangereux pour la République car ils sont mercantiles et agioteurs : "Les suisses favorisent de toute leur force l'exportation de notre numéraire métallique, l'importation d'une immensité de faux assignats dont près de trois cent mille livres ont été découverts à Genève même"547(*).

Baron-Chalier s'occupe aussi activement de lutter contre l'exportation de numéraire. Dès qu'il le peut il encourage les patriotes, par des discours et des félicitations.

Pour Baron-Chalier, les communes des montagnes sont attirées par l'agiotage, il propose d'y établir des troupes étrangères au pays pour surveiller les frontières.

Il se rend aussi dans le Doubs à Besançon, vers les représentant Reverchon et Dupuis, et se rend à Lyon où il fait un discours à la société des Jacobins séante au Théatre.

Les commissaires civils sont pendant toute la mission d'Albitte dans l'Ain, un moteur de la Révolution; ils participent activement à la mise en place des lois de la Convention mais

aussi à l'exécution des arrêtés d'Albitte. Par leurs manières d'agir et par leur discours, les populations ont un avis partagé sur ces hommes : "Nous avons éprouvé beaucoup de satisfaction à Val Libre, les patriotes se sont pressés à notre départ et nous ont témoigné le plus vif intérêt pour tout ce que nous avons fait pour eux, à Pont-de-Vaux nous n'en avons emporté que des malédictions, car les patriotes sont sans qualités"548(*)

Les cercles d'influence autour d'Albitte

Dès son arrivée, Albitte s'entoure de personnes issues d'un organe qu'il juge sûr et compétent pour se faire expliquer la situation; c'est à dire de la société populaire. Les sans-culottes, maîtres des administrations, sont donc appelés à être les interlocuteurs privilégiés du représentant, d'autant plus que Merle, n'est pas un inconnu pour Dorfeuille, Millet et Vauquoy. Les Thermidoriens voient cette agitation autour d'Albitte comme le rassemblement de factieux qui a pour but d'accaparer le représentant : " sur le champ entouré par la secte tyrannique. . .Dorfeuille, Millet, le supplicié Vauquoy, secrétaire d'Albitte et le général Lajolais se réunissent à tous les factieux pour circonvenir le représentant et fermer aux citoyens tout accès auprès de lui" 549(*). Albitte, fort d'une doctrine politique apprise auprès de ses collègues à Commune-Affranchie; attentif aux conseils de ses commissaires et n'ayant que pour seule information sur la commune et le département l'avis des Sans-Culottes, il se range de leurs côtés et se trouve isolé de la population. Il n'a et n'aura durant sa mission à faire qu'aux Sans-Culottes et à ses commissaires. C.Lucas rapproche cette situation de celle de Claude Javogues dans la Loire. Ce dernier"s'avère donc une proie facile pour tous les groupes de pression qui savent prendre la bonne attitude" 550(*). Durant toute la durée de sa présence dans l'Ain, Albitte qui "était bon et confiant"551(*), se trouve entouré par les Sans-Culottes et les commissaires civils. Ces derniers exercent sur lui une grande influence552(*), d'autant plus que cet entourage est composé de plusieurs comédiens et orateurs, qui grâce à leur talent savent se montrer persuasif. Convers, nous décrit la manière avec laquelle les Sans-Culottes parviennent à influencer les décisions d'Albitte, et le faire venir à leurs voeux.

"il (Blanc-Désisles) s'empressa de s'en emparer (d'Albitte) comme d'un homme à lui et chercha sous prétexte de patriotisme à le faire venir à ses vengeances. . .: pour cela il l'entretint très souvent de ses vertus républicaines et finissait toujours par lui demander l'arrestation de quelques personnes qu'il ne manquait pas de désigner comme aristocrate ou fédéralistes"553(*). Et effectivement quand, en ventôse an II, Blanc-Désisles se plaint à Albitte des menées des prêtres qui ont fuit dans le Jura, ce dernier, lui répond :

"je connais la conduite des prêtres qui se sont retirés dans le Jura et je vais prendre un arrêté vigoureux contre les importuns, par lequel, je les déclarerai émigrés"554(*).

Si les Sans-Culottes conseillent Albitte sur la conduite à tenir, ils n'hésitent pas à lui réclamer avec beaucoup d'empressement des pouvoirs555(*). Les Sans-Culottes, (dans beaucoup de cas), prennent des initiatives et n'en demandent l'acceptation par Albitte, qu'une fois ladite initiative exécutée. C'est comme cela que le 18 ventôse an II (8 mars), Blanc-Désisles obtient l'approbation des mesures qu'il a prises pour faire arrêter à Paris deux citoyens du département de l'Ain556(*). De même Rollet-Marat, le 15 germinal an II (4 avril), demande l'approbation d'Albitte suite à des arrestations que l'agent national à exercer de son propre chef : "il existait encore audit Treffort un nommé Bouveyron, ex-constituant du coté droit, un homme dangereux et de la trempe de Piquet son collègue. Je l'ai aussi fait arrêter avec un nommé Folliet,. . . j'éspère que tu approuveras toutes ces mesures qui tendent à la Sûreté Générale et au Salut de la République"557(*). Mais si les Sans-Culottes, (avec l'appui des commissaires civils), obtiennent souvent gain de cause auprès d'Albitte quant à leur réclamations, ce dernier sait parfois se montrer intraitable envers certaines actions des patriotes locaux. Ainsi Albitte, dans la première décade de germinal an II, suspend les opérations de Rollet-Marat portant sur la réunion des communes.

Le dévouement que mettent les Sans-Culottes à obéir aux ordres du représentant, montre bien que leurs intérêts passent par le bon vouloir et la bonne manipulation de ce dernier. Ainsi, quand Albitte et Lajolais partent pour le Mont-Blanc, en compagnie de Blanc-Désisles, le 24 pluviôse an II (12 février) dans la nuit, Alban, Laymant et Gay vont dans les appartements d'Albitte et lui confirment leur entiers soutien et dévouement : "Représentant, général, vous partez tous les deux, mais soyez tranquilles ça ira ou le diable m'emportera; la Terreur est à l'ordre du jour. Tu peux partir quand tu voudras, je la ferai exécuter et à ton retour, ça ira mieux tu me crois"558(*).

Ce souffle montagnard que propage Albitte à son arrivée et durant sa mission se voit sur les registres administratifs. Les intitulés des registres du directoire du district de Belley changent au début du mois de pluviôse an II. De "la République Française une et indivisible", ces intitulés passent à "la République Française une, indivisible et démocratique"559(*).

Cet empressement des sans-culottes et des commissaires civils autour d'Albitte, s'il est pour eux un moyen de circonvenir le représentant de toutes influences pouvant émaner de citoyens politiquement non corrects, il est toutefois ressenti par la partie du peuple non sans-culotte, comme un malaise.

Les appartements d'Albitte, de Rollet-Marat ou de Blanc-Désisles, (avec les auberges), sont les lieux de réunions des commissaires et des Sans-Culottes. Mais plus que tout autre, l'appartement d'Albitte devient le centre de décision, reléguant à l'arrière plan le Département et les districts, qui deviennent de simples organismes administratifs n'ayant qu'à mettre en exécution les arrêtés d'Albitte. Ces administrations, ne font aucune résistance à la politique d'Albitte, comme ils l'ont faite à celle d'Amar et Merlino, car les Sans-Culottes ont la main mise sur elles. Pour les Sans-Culottes, tenir Albitte loin des réclamations des citoyens est le seul moyen pour eux d'avoir un contrôle complet de la politique. Pour cela, Dorfeuille est mis au bureau des pétitions; c'est lui qui semble recevoir aussi le courrier du représentant. "Sans cesse environné de quelques uns de ces brigands, il était inaccessible au peuple. Sa porte était fermé a tous les malheureux, il a été pour nous ce que la divinité est pour tous les hommes" 560(*). Albitte reçoit donc peu de visites. Et si quelqu'un est reçu par lui, il est vite renvoyé : l'exemple de la citoyenne Temporal venue réclamer la libération de son mari, est typique de cet isolement d'Albitte : "elle fut admise à l'audience d'Albitte qui demanda soit à elle, soit à Alban maire, pour quels motifs le citoyen Augeraud se trouvait incarcéré (Alban répond) c'est qu'il va trop souvent se promener sur la place. A ce propos Albitte se mit à rire et dit à la déclarante en la reconduisant à la porte, je te marierai demain" 561(*).

Les Sans-Culottes qui tiennent les rênes de l'administration depuis septembre 1793, sont éparpillés dans toutes les autorités constituées. Ils exercent au sein de celle-ci une véritable tyrannie idéologique 562(*), comme ils exercent au nom du peuple une dictature sur ceux-là même qui les ont portés au pouvoir : "j'ai été témoin de la hauteur et de la dureté avec laquelle Frilet, ex-conseiller, devenu officier municipal, repoussait les citoyens à la maison commune au lieu d'écouter leur réclamation" 563(*). Mais cette tyrannie, ne cible que ceux des administrés, qui ne sont pas reconnus sans-culottes ou maratistes, donc n'appartenant pas à la dite société, ou ne respectant pas les principes édités par celle-ci sous la plume de Rollet-Marat en date du 1er nivôse an II (20 décembre). Le non respect à ces principes fait de l'individu un suspect potentiel, de" gens à mauvais propos".

Mais les Sans-Culottes trouvent aussi un public, qui les suit avec beaucoup de zèle. Les discours des ténors de la société populaire de Bourg sont "applaudis par le reste de la société dont ils entraînent les suffrages" 564(*). Certains des sociétaires, à qui l'on confie une charge appliquent donc à cette fonction les discours entendus à la société. C'est le cas du citoyen Bride, menuisier de son état, qui est chargé de garder la maison de la citoyenne Chareyziat. Il couche et dort dans cette maison, se sert du sel, su savon, "qu'il emporte chez lui". Pour lui, "le tout appartenait à la Nation, qu'il voulait en profiter comme les autres, attendu que la déclarante ne reverrai jamais sa maîtresse" 565(*).Cet état d'esprit où la violence verbale est de rigueur se trouve renforcé par la présence d'Albitte; il conduit certains administrateurs à des abus de pouvoirs. Désormais, les Sans-Culottes agissent dans une logique de ville reconquise, comme si la ville était à sac à l'époque où l'Armée Révolutionnaire Parisienne était là avec Javogues.

C'est durant le séjour d'Albitte à Bourg que ces abus de pouvoirs, de la part des Sans-Culottes locaux mais aussi des gens venus de Commune-Affranchie, sont les plus extraordinaires. Pour mieux se rendre compte de l'ambiance qu'à fait naître à Bourg, la présence de ce représentant, nous allons voir quelques exemples d'abus parmi les cinq cahiers de témoignages.

Alban n'hésite pas à réquisitionner, sous la menace de la prison, le citoyen Grilliet, marchand coutelier, pour jouer du violon lors des bals décadaires 566(*).Le 4 pluviôse an II (19 janvier), pour fêter la libération de Blanc-Désisles, Rollet-Marat et Convers, la municipalité de Bourg réquisitionne 57 bouteilles de vin chez le citoyen Perruquet Belvey. De même la nourriture qui est servie à la municipalité est payée suivant le maximum qui les arrange.

En pluviôse an II, une femme qui se rend de Lyon à Créssiat dans le Jura, fait une halte à Bourg. Après que deux officiers municipaux ont vérifié ses papiers, son numéraire est confisqué. Quand elle se rend à la mairie de Bourg, pour demander la restitution de ses 1000 livres, Alban alors présent lui répond : "que demandes-tu là, vieille coquine, cet argent tu l'as gagné avec des muscadins ou tu l'as volé ? " 567(*).

Plus particulier du contexte de victoire qui règne à Bourg, est le témoignage du citoyen Claude Chappui, alors cuisinier du citoyen Marron Belvey :

"Le général Lajolais vint s'emparer de l'habitation du dit citoyen Marron Belvey au moment de l'arrestation de ce dernier; il a usé les meubles, effets, linges, denrées, farines, bois, charbons et autres approvisionnements de la maison comme s'il en eut été le maitre. Alban ci-devant maire, empêcha l'apposition de scellés dans un cabinet contenant quatre cent dix neuf serviettes, cinquante paires de draps, vingt quatre nappes de maitre, ect. . , ect...Il n'en fit faire aucun inventaire, il facilita par ce moyen, et fut complice des dilapidations de tous genres qui ont eu lieu dans cette maison. Lajolais tenait aussi table ouverte tous les jours aux soit ci-devants (sic) sans-culottes : Alban, Désisles, Laymant, Duclos, Juvanon, Frilet, Chaigneau et autres; il tenait une table somptueuse et abondante dans le temps où la rareté des subsistances se faisait sentir dans cette commune. Lajolais faisait prendre et enlever dans la maison Marron Belvey à titre d'emprunt, mais sans probité et sans délicatesse comme sans moralité il n'a rien fait rendre, il n'a pas même payé sa location. Il faisait faire de la patisserie tous les jours abondamment, il lui fallait la fleur de la farine, il ne s'en faisait pas faute. Cependant il ne s'est pas manqué de linge qui était à sa disposition; j'en avais une note exacte, et j'ai retrouvé le linge conformément à ma dite note. Lajolais était habituellement avec Vauquoy son bon ami et son camarade, ainsi qu'avec Dorfeuille.

Dorfeuille s'est approprié un beau cabriolet à deux roues qui était dans la maison dudit Marron Belevey, qu'il n'a jamais voulu rendre; j'ai oui dire qu'il l'a vendu à Lyon à son profit. Il n'y avait point d'inventaire de fait dans le moment qu'il le prit d'autorité."568(*)

président du comité de surveilance

Comme nous le voyons, les commissaires civils se conduisent dans Bourg comme des soldats qui vivent sur un pays conquis569(*). Leurs fonctions occupées à Lyon, lors de la période de répression de l'hiver 1793, les font se conduire à Bourg( sur les motivations des Sans-Culottes570(*)) comme si la ville avait été en état de rébellion armée à Lyon. Les Sans-Culottes, habitants de Bourg, loin de calmer les ardeurs des commissaires civils, se joingnent rapidement à eux (dès le 4 pluviôse an II au soir) et épousent très vite leur conduite.

"Quelques temps après l'arrestation de ce dernier (le général d'Oraison), Alban ci-devant maire, Lajolais général remplacant d'Oraison et son aide de camp, se transportèrent au domicile du citoyen d'Oraison et firent la demande à lui déclarant, d'un harnais, d'une selle et toutes les brides, et d'une vache et d'un portemanteau. Le déclarant leur observa qu'il ne pouvait leur en faire la remise, attendu que les dits objets étaient sous scellés.

Alban maire pour lors, dit au déclarant qu'il n'avait pas beaucoup de façon à les lever, ce qu'il exécuta au même instant sur la porte du grenier. Il y entra avec Lajolais, son aide de camp et le citoyen Bayet scellier à Bourg. Ils firent emporter les objets sus désignés à l'exception de la vache, qu'ils entreposèrent dans un autre grenier, sur lequel le scellé n'avait pas été apposés, pour la prendre. . .au besoin. Alban dit en voyant la selle, c'est précisément ce qu'il me faut, attendu que je n'en ai point.

Lajolais proposa à Alban d'échanger cette vache contre une qui lui appartenait. On me demanda mon consentement. Je m'y opposai en leur observant que je n'étais pas maître, qu'il pourrait faire cet arrangement avec mon maître lorsqu'il sortirait, à quoi répondit Lajolais que d'Oraison ne sortirai jamais que par la charette de la guillotine.

J'observai à Alban que j'étais gardien des scellés, que s'il s'égarait quelque chose, j'en répondais, qu'il fallait qu'il verbalisât de la levée des scéllés qu'il venait de faire et qu'il réapposât, que dans le cas qu'on vint en faire inventaire qu'on m'accuserait de les avoir levés. A quoi il me répondit que je ne devais pas craindre, qu'il apporterait le cachet de la municipalité dans le courant de la semaine. Il fit cependant chauffer de la cire, rattacha la bande du scéllé et y donna un coup de coude et dit que c'était bon.

Les harnais enlevés furent donnés à Bayet pour le récompenser de la perte d'autres harnais . . ..

Quelques temps auparavant le gros Gay, concierge de la Grenette, vint à onze heures du soir, il fit grand tapage à la porte et en entrant me dit de par la nation, que ton cabriolet soit prêt pour demain à six heures du matin. Je lui observai qu'il manquait quelques courroies, il me répondit qu'il manque le diable, il faut qu'il soit prêt et l'envoya chercher à l'heure dite par un citoyen que je ne connais pas. Il s'en est servi pendant longtemps, les gens du représentant Albitte s'en sont servis aussi et l'ont gardé entre tous environ trois mois et demi. Il se trouva tellement usé quand on le rendit que citoyen d'Oraison le vendit"571(*)

Les Sans-Culottes et les commissaires d'Albitte fraternisent donc rapidement. Durant toute la durée de la mission d'Albitte, et au début de la présence de Méaulle dans le département après le 11 floréal an II (30 avril), les Sans-Culottes et les commissaires civils d'Albitte, vont souder et entretenir des liens très forts. Leur entente, qui se fait de plus en plus forte au fur et à mesure de l'avancée de la mission; est jalonnée par des repas où décisions politiques et vins des suspects sont étroitements mêlés.572(*) Très rapidement, les commissaires civils rentrent dans la vie politique du département et s'y mèlent étroitement, non seulement par le soutien qu'ils accordent aux sans-culottes contre Gouly, mais aussi en se faisant les porte-paroles du gouvernement révolutionnaire par la création d'une presse politique et par les relations étroites qu'ils ont avec certains conventionnels573(*), et les clubs des Jacobins, des Cordeliers et le Commune de Paris.

L'émergence d'une presse politique :

le père Duchésne le cadet et le cousin

La mission d'Albitte a de spécifique, qu'elle entraîne derrière elle la création d'une presse politique jacobine, partisane et propagandiste, en relation directe avec la création à Commune-Affranchie de tels organes, instruments de la Terreur574(*)

Comme nous l'avons vu dans la première partie de cette étude, Dorfeuille (sous le nom de Damane) et Millet sont déjà connus à Lyon pour être les animateurs d'une presse jacobine. En effet, Lyon, qui n'avait jamais eu de presse jacobine, voit se créer après la réddition de la ville trois organes de presse575(*) divulguant une propagande montagnarde dont Dorfeuille est un des animateurs. Il collabore au Journal républicain des deux départements de Rhône et Loire avec Pierre Duviquet du 2 janvier au 19 juillet 1794. Mais Dorfeuille se rend plus célèbre du 21 novembre 1793 au 22 mars 1794, en publiant 32 numéros du père Duchèsne. Le succès du journal de Dorfeuille est comme nous le dit P.Rétat "confirmé par le fait que la Journal de Commune-Affranchie n'hésite pas à emprunter au Père Duchèsne le récit de la mort du juge Félix Gaillard rédigé par Damane576(*) alias Dorfeuille577(*).

Sans doute envoûté par la ferveur journalistique et sentant que l'action des Sans-Culottes et d'Albitte nécessite la création d'un organe de presse populaire politisé dans un département alors vierge de toutes feuilles journalistiques, Dorfeuille et Millet créent le père Duchèsne le Cadet, sans doute aidé par Duclos et Alban le maire578(*). Millet avec Bonnerot créent le Cousin du père Duchèsne pour soutenir leurs actions dans le district de Trévoux.

Ces deux journaux n'ont qu'une parution éphémère. Le Cadet ne compte que deux numéros et le Cousin qu'un seul. Les deux journaux sont tous deux de format in 8°. Le Cousin du père Duchèsne est imprimé aux Halles de la Grenette à Commune-Affranchie.

La parution de ces deux feuilles est bien accueillie par les Sans-Culottes qui, déjà lecteurs de la feuille d'Hébert, "vantaient beaucoup Hébert et ses projets désastreux"579(*).

La particularité de ces deux feuilles, outre d'être le soutien politique du mouvement sans-culotte de l'Ain, est leur gratuité. En effet, "cet écrit qu'il répandait à profusion"580(*) devait être distribué dans la société populaire de Bourg, lors des fêtes décadaires, mais surtout, il était envoyé aux municipalités et aux comités de surveillance (avec certains exemlaires du père Duchèsne d'Hébert) dans les colis de correspondance officielle581(*).

Cette presse militante s'insère sans aucun probleme dans la culture révolutionnaire que connaît alors le département avec les Sans-Culottes. En effet, l'emploi du vocabulaire inspiré du père Duchésne582(*) (où les foutres et contres-foutres se bousculent), rend les discours des Sans-Culottes terribles et menaçants583(*) pour le public rural. Même à Bourg, la grossiereté des propos tenus à la tribune en floréal an II après le départ des officiers municipaux pour Paris, fait qu" une grande partie des citoyens vont (aux séances de la société populaire de Bourg) que pour rire, il y en a quelques uns parmi eux qui font encore des motions à peu près passables, mais il y a qui veulent en faire et qui ni entendent rien et ils font rire les auditeurs"584(*).

Pour les Sans-Culottes, comme pour les commissaires civils, écrire dans le père Duchèsne est un titre de gloire et un honneur : "le dit Dorfeuille dans les premiers temps de son arrivée à Bourg en qualité de commissaire du représentant Albitte, disait publiquement dans la tribune de la société populaire que lui Dorfeuille était le père Duchèsne le cadet, qu'il se glorifiat de ce titre"585(*).

De même les commissaires locaux d'Albitte, difusent dans tout le département (via les paquets de correspondance officielles586(*) ou des distributions gratuites) des discours ou des pamphlets réimprimés et souvent retouchés depuis leurs premières impressions587(*). De temps-en-temps adressé aux administrations des districts, ces brochures sont envoyées aux comités de surveillance ou aux municipalités après leur réimpréssion dans le chef-lieu de district.

Dorfeuille et Millet font réimprimer leurs différents discours et proclamations chez l'imprimeur Goyffon à Bourg et les font paraître dans un petit recueil de 72 pages in 32° intitulé Recueil de différents ouvrages patriotiques, imprimé par les soins de Dorfeuille et Millet, en mission avec Albitte, représentant du peuple, envoyé dans les départements de l'Ain et du Mont Blanc588(*). Ces publications font parmi les sans-culottes quelques adeptes, comme Baron-Chalier, qui publie un Avis aux ouvriers et braves gens de la campagne, dans le district de Belley, sans doute à la fin de pluviôse an II.

La lecture de ces brochures, est faite comme peut l'être celle de lois. La diffusion et la lecture de ces brochures a pour conséquences immédiates un décalage de vocabulaire et de comportement entre les sans-culottes des villes et ceux des campagnes. Comme nous le dit C.Lucas, "la violence verbale est répandue chez de très nombreux révolutionnaires de l'an II, en particulier ceux qui lisent et soutiennent le Père Duchèsne. Dans ses mémoires, Fouché parle de phrases banales dans le langage du temps et qui, dans des temps plus calmes, inspirent encore une sorte d'effroi : ce langage d'ailleurs était pour ainsi dire officiel et consacré"589(*). Les brochures ainsi répandues, outre le fait d'être un support politique, deviennent dans l'Ain les relais de la culture populaire urbaine parisienne. Le vocabulaire des pères Duchèsnes de l'Ain, s'il est perçu et usité par les Sans-Culottes comme un modèle, il est senti par les simples patriotes comme des flots de paroles "aussi absurdes qu'indécent"590(*).

Les thèmes abordés dans le Père Duchèsne le Cadet, comme dans "le cousin", sont des thèmes courant à la sans-culotterie depuis la fin de 1793 : attaques contre les ci-devants, les prêtres, les fédéralistes et éxaltations des vertus du sans-culotte, modèle de l'homme nouveau. (voir annexe)

Dans le premier numéro du "Cadet", Dorfeuille raconte à la manière d'une mise en scène avec dialogue son arrivée à Bourg et sa conversation avec une muscadine, un modéré et une dévote. Dans son second numéro, Dorfeuille fait un rapport théatral de ses visites dans les prisons du début du mois de pluviôse an II, n'oubliant pas de rappeler qu'il libère les bons sans-culottes mais qu'il a jugé les autres détenus.

Dans le même style, mais avec un but différent, le père Duchèsne de Millet et Bonnerot cherche, lui, à expliquer la raison des arrêtés d'Albitte sur les clochers et les châteaux et à motiver les patriotes à en faire l'exécution.

Ces brochures sont des témoins importants pour juger de la manière dont des hommes qui ont la confiance d'Albitte, et le soutien du peuple voient leur époque; de même, qu'ils constituent une source importante sur la pensée patriote de cette période.

les arrêtés d'Albitte

A partir de différentes sources, nous pouvons estimer à près de 70591(*) les arrêtés d'Albitte.

Les arrêtés d'Albitte sont rédigés dans une logique qui ne cède qu'à la rigueur.

Tous ses arrêtés sont reconnaissables car ils se divisent en trois parties; d'abord Albitte donne les caractéristiques de sa mission et donc légitime la teneur de l'arrêté par son rôle, puis viennent les considérations qui justifie sa position et donne ses motivations et enfin, les aricles qui donnent la teneur de la décision.

Si tous les arrêtés ne sont pas écrits de sa main592(*), tous sont en théorie signés par lui et reçoivent le seau des représentants en mision au bas de l'arrêté. Au cas où il s'agissent d'une copie, la mention "pour copie conforme" est ajoutée au dessus de sa signature.

Ces papiers en têtes sont donc revetus de la force du pouvoir d'Albitte, et sembleraient donc ne pouvoir être utiliser que par lui et le cas échéant n'avoir de valeur que quand le représentant y appose son sceau et sa signature. Mais cette règle est souvent bafouée durant la présence d'Albitte dans l'Ain. En effet, quelques arrêtés ou copies de lettres du Comité de Salut Public, ont la signature de Dorfeuille, Convers, Vauquoy ou de Blanc-Désisles593(*).

Quand un arrêté est pris, plusieurs copies en sont faites, dont une pour Rollet-Marat, qui en fait prendre note par son secrétaire sur un registre réservé à cette effet au directoire du département. " Une autre copie certifiée (est) envoyée à la Convention Nationale, au Comité de Salut Public et à l'adminisrtation de département de l'Ain à la diligence de l'agent national du district" 594(*). L'arrêté est imprimé au frais du trésor, par les soins du représentant, en placard et en format in 4° et "affiché, publié, distribué dans l'étendu des départements de l'Ain et du Mont Blanc"595(*).

Avec l'arrêté du 13 pluviôse an II (1er février), Rollet-Marat, acquière une certaine supériorité face à ses collègues du département de l'Ain et du Mont Blanc 596(*). Dès lors il se charge d'envoyer les arrêtés dans les districts du département de l'Ain et dans le département du Mont Blanc. Ces envois sont faits par paquets d'arrêtés en placards ou en in 4° 597(*).

Une fois reçus, par l'adminisrtations du district, l'agent national de ce dernier en fait imprimer des copies qu'il envoie à son tour en paquet (avec toute la correspondance officielle) aux municipalités, ou le cas échéant aux comités de surveillance des municipalités de son arrondissement 598(*). Ces paquets sont envoyés toutes les décades 599(*). Avec toute cette manipulation et les retards que connait la poste, les arrêtés d'Albitte arrivent avec beaucoup de délai aux administrations communales chargées de leur exécution au niveau le plus bas de l'échelle adminisrative. Ainsi, le paquet contenant les arrêtés relatifs à la libération de Blanc Désiles, Rollet-Marat et Convers du 3 pluviôse (22 janvier), l'arrêté du 7 pluviôse (26 janvier) sur les enseignes et machines religieuses, et celui du 8 pluviôse an II (27 janvier) sur les prêtres; qui part de Belley le 17 pluviôse an II (5 février), est recu par les municipalités du district de Belley, entre le 15 et le 19 pluviôse an II (3 février-7 février). Quelques fois la distribution des arrêtés se fait très mal, voire pas du tout. Le 20 pluviôse an II (8 février), le comité de surveillance d'Ambronay se plaint de ne pas reçevoir les arrêtés d'Albitte. A cause des problèmes pour faire passer l'information, les arrêtés d'Albitte sont dans beaucoup de cas être exécutés avec lenteur, décalage et difficulté.

Il est intéressant de s'arrêter sur la typologie des arrêtés d'Albitte. Ces derniers revêtent plusieurs formes matérielles :

- sur un papier en-tête du représentant, avec le cachet des représentant en mission.

- sur une feuille volante, mais avec le cachet des représentants en mission.

- sur un registre du département, du district ou de la commune sans le cachet.

- sur un support imprimé, de la taille d'une affiche ou d'un format in 4°.

Les papiers en tête au nom du représentant sont de deux formats. Un format simple in°4; ou un format double du précedent. L'en-tête qu'Albitte utilise durant sa mission se caractérise par un changement de présentation vers la moitié du mois de pluviôse an II.

En tête d'Albitte jusqu'à la deuxième décade de pluviôse an II.

En tête d'Albitte jusqu'à la fin de sa mission.

Chronologie de la mission d'Albitte dans l'Ain

Nous allons voir maintentant une chronologie succincte de la mission d'Albitte dans l'Ain, avec les principaux arrêtés d'Albitte:

Albitte arrive à Bourg le 28 nivôse an II (17 janvier 1794), en compagnie de Dorfeuille, Millet, Darrasse, Vauquoy et Lajolais.

Le 30 nivôse an II (19 janvier 1794), 6 détenus du département de l'Ain sont envoyés devant la Commission Temporaire à Commune-Affranchie sur ordre de la Commission Révolutionnaire de Lyon, le même jour une fête en l'honneur de la mort de Louis XVI est donnée.

Le 1er pluviôse an II (20 janvier 1794), Albitte fait prendre des renseignements sur les suspects, les prisonniers et les prisons par les commissaires civils et reçoit des demandes de libération en faveur de Blanc-Désisles, Rollet-Marat et Convers, les trois patriotes incarcérés.

Le 2 pluviôse an II (21 janvier), Albitte fait prendre des mesures pour que l'état d'arrestation des détenus soit effectif. Il fait installer des infirmeries dans les maisons de détentions.

Le 3 pluviôse an II (22 janvier 1794), Albitte fait libérer Blanc-Désisles, Rollet-Marat et Convers. Le soir les 3 hommes font adopter, à la société des Sans-Culottes de Bourg, une dénonciation contre Gouly qui est envoyée aux Jacobins de Paris et à la Convention.

Le 4 pluviôse an II (23 janvier 1794), Albitte se rend à la société des Sans-Culottes et fait un discours sur ses intentions. Le soir, un banquet est organisé en faveur des Sans-Culottes libérés.

Le 5 pluviôse an II (24 janvier 1794), il réorganise le directoire du district de Bourg, la municipalité et le comité de surveillance.

Le 6 pluviôse (25 janvier 1794) après un discours au directoire du département, Albitte réorganise ce dernier.

Le 7 pluviôse an II (26 janvier 1794), c'est le tribunal criminel de Bourg qui est réorganisé par Albitte. Toujours le 7, il prend un arrêté pour la descente des cloches et la démolition des clochers. Il fait lever les scellés apposés sur les papiers de Peysson, accusé de fédéralisme, afin de les faire examiner.

Le 8 pluviôse an II (27 janvier 1794), Albitte prend un arrêté pour la démolition des châteaux forts et places fortes, ainsi qu'un autre mettant en place un serment d'adbication de foi pour les prêtres.

Le 10 pluviôse (29 janvier 1794) il ordonne l'élargissement de détenus dans le district de Bourg.

Le 11 pluviôse an II (30 janvier 1794), il fait réintégrer en prison toutes les personnes relachées par Gouly.

Le 12 pluviôse (31 janvier 1794) il fait remettre en liberté le citoyen Collet de Nantua et réquisitionne le district de Belley pour fournir Commune d'Armes en seigle.

Le 13 pluviôse (1er février 1794), il fait remettre en prison toutes les personnes qui y avaient été mises par ces succésseurs dans l'Ain (Amar, Merlino, Bassal, Bernard et Javogues), sauf les gens issus du peuple (ouvriers, artisans et cultivateurs).

Le 15 pluviôse an II (3 février 1794), il demande que toutes les personnes possédant 2000 livres de rentes et qui ont quittées les villes du département de l'Ain, doivent y revenir;

Le 19 pluviôse (7 février 1794) il donne le mode de mise sous scellés des biens des suspects. Les Sans-Culottes adoptent une nouvelle dénociation contre Gouly.

Le 20 pluviôse (8 février 1794), Albitte fait mettre en liberté des agriculteurs et des vignerons.

Le 21 pluviôse (9 février 1794), Albitte donne des précisions, quant à son arrêté du 8 sur les prêtres.

Le 22 pluviôse (10 février 1794), mise en arrestation de Pagès, Tardy et Morel, principaux chefs fédéralistes de l'Ain, alors en fuite à Paris.

Dans la nuit du 23 au 24 pluviôse (11-12 février 1794) est établie, après de vives discutions, la listes des détenus de Bourg et d'Ambronay à faire comparaître à la Commission Populaire de Commune-Affranchie.

Le 24 pluviôse (12 février 1794), mise en liberté de Genevay notaire, de Laclergerie capitaine. Albitte fait transférer de Grenoble à Belley, les sans-culottes Bonnet et Thorombert de Belley. Rollet-Marat est autorisé à nommer des commissaires pour visiter les communes du district de Bourg afin de prendre des renseignements sur les autoritées constituées. Albitte nomme le citoyen Petit à la place d'administrateur au conseil du district de Bourg-Régénéré. Des commissaires civils sont nommer pour parcourir le département de l'Ain. Albitte fait un discours à la société populaire sur les détenus envoyées à Lyon.

Le 25 pluviôse (13 février 1794), Albitte qui est accompagné de Blanc-Désisles et de Dorfeuille est à Nantua. Le même jour 15 des 18 personnes qui comparaissent devant la Commision Temporaire sont éxécutées.

Le 26 pluviôse (14 février 1794), Albitte réorganise les autoritées constituées cisent à Nantua avec la réintégration de l'agent national Delilia dans ses fonctions.

Le 27 pluviôse (15 février 1794), il est à St Rambert-en-Bugey pour épurer les autoritées constituées.

Le 28 pluviôse (16 février 1794), Albitte arrive à Belley d'où il fait don de 60.050 livres à la municipalité de Bourg-Régénéré, somme qui avait été saisie à des négociants en aôut 1793. Cette somme est utilisée par la municipalité dès le 8 ventôse an II (26 février 1794), pour la construction de la fontaine de Montalpan. Le 28, Blanc-Désisles visite les prisons de Belley. Une liste de suspects est établie. Ce même jour, suite à l'inquiétude des représentants de l'Ain de voir ce qu'il se passe dans leur département, la Convention adopte un décrêt qui interdit de faire juger à Lyon des détenus du département de l'Ain. Millet et Bonnerot, commissaires civils, sont à Trévoux.

Le 29 pluviôse (17 février 1794), libération des Sans-Culottes belleysiens, Carrier, Bonnet, Thorombert et Masse.

Le 30 pluviôse (18 février 1794), Albitte épure les administrations de Belley.

Le 2 ventôse (20 février 1794), libération du citoyen Charcot de Belley. Les Sans-Culottes de Bourg apprennent que l'on ne peut plus faire juger à Lyon des détenus du département de l'Ain, ils écrivent une protestation à la Convention. Albitte prend connaissance du décrêt de la Convention et fait réarmer les patriotes de Bourg. A partir de ce moment, les Sans-Culottes intensifient leurs visites dans les prisons et dénoncent la majeur partie la députation de l'Ain à la barre du club de Bourg.

Le 3 ventôse (21 février 1794), mise en état d'arrestation des citoyens Rivail, officier de police militaire et de Massey commissaire des Guerres dans le département de l'Ain. Le même jour, Albitte nomme Chaigneau receveur des domaines et des biens des émigrés pour le département de l'Ain. Albitte annule l'arrêté de Gouly qui réunissait le district de Gex à celui de Nantua. Convers et Vauquoy, commissaires civils, sont à St Trivier-de-Courtes. Albitte se rend à Commune-Affranchie à la suite de l'annonce du décrêt du 28 pluviôse an II de la Convention.

Le 5 ventôse (23 février 1794), de retour de Commune-Affranchie, Albitte s'arrête à Trévoux où il réorganise les administrations.

Le 6 ventôse (24 février 1794), de Trévoux, Albitte décide la libération de personnes suspectes contre une amende.

Le 7 ventôse (25 février 1794), Albitte épure les autorités constituées de Pont-de-Vaux et de Châtillon-sur-Chalaronne.

Le 9 ventôse (27 février 1794), Albitte est à Bourg.

Au début de la seconde décade de ventôse, les Sans-Culottes de Bourg s'attaquent plus activement à la représentation de l'Ain à la Convention.

Le 11 ventôse (1er mars 1794), Convers et Vauquoy sont à Montrevel où ils n'ont aucun pouvoir et intensifient leur conduite hébertiste.

Le 12 ventôse (2 mars 1794), Albitte ordonne la séparation dans les prisons des personnes des deux sexes et demande que les enfants de moins de 18 ans des ci-devants soient confiées à des citoyennes républicaines pour leur éducation. Le passage d'Albitte a Belley encourage les dons patriotiques; pour la première décade de germinal, 622 chemises, 49 paires de bas, 4 cols, 6 paires de souliers, 3 boucles en argent, 1 culottes en peau et 2 en draps ont été donnés pour les soldats.

Le 13 ventôse (3 mars 1794), Convers et Vauquoy sont à Châtillon-sur-Chalaronne. Albitte alors à Belley depuis le 12, se rend dans le département du Mont-Blanc. Il prend un arrêté qui ordonne l'assèchement des marais et des étangs de la Dombes mais cet arrêté n'a aucune éxecution. Durant la seconde décade de ventôse, Dorfeuille et Alban annonçent à la société populaire de Bourg et au temple de la Raison qu'il va bientôt se produire un nouveau 31 mai, un grand coup de chien du père Duchèsne.

Le 16 ventôse (6 mars 1794), Albitte prend deux arrêtés; un qui suspend la taxe révolutionnaire de Gouly et l'autre qui ordonne aux agents nationaux de rendre compte de leurs travaux, au représentant, toutes les décades.

Le 17 ventôse (7 mars 1794) de Chambéry, Albitte autorise le citoyen Yvand à se rendre, conformément aux ordres qu'il a reçus du Comité de Subsistances, dans l'étendue du département de l'Ain, afin de faire assécher les marais et les étangs.

Le 23 ventôse (13 mars 1794), Lajolais donne le mode de rassemblement de le garde nationale de Bourg au cas où la générale viendrait à battre.

Les relations entre la municipalité, le comité de surveillance de Bourg et le district commencent à être mauvaises. Rollet-Marat et Gallien sont désapprouvés par les Sans-Culottes.

Le 25 ventôse (15 mars 1794), Albitte supprime les comités de surveillance des communes. Avec cet arrêté et celui relatif aux agents nationaux du 16, Albitte ramène vers lui le pouvoir de décision. Ce choix est le fait marquant de la fin de la mission d'Albitte. L'agent national du district de Belley, trouve que l'arrêté qui réduit les comités de surveillance à un par canton est une mesure sage et ne peut apporter que des bons effets600(*).

Durant la première décade de germinal, Convers s'attaque à Blanc-Désisles lors d'une séance de la société populaire de Bourg. Peu de temps après, le 15 germinal (4 avril 1794), il est exclu de la dite société.

Le 5 germinal (25 mars 1794) Blanc-Désisles fait un discours sur les mauvais patriotes et les modérés. Par ce discours, l'orateur bressan semble prendre position pour le parti de la Commune, dans le jeu politique qui se joue à Paris entre cette dernière et la Convention.

Durant cette décade, les Sans-Culottes apprennent l'arrestation d'Hébert. Sans doute méfiants vis à vis de dénonciations qui viendraient (suite à la chute des hébertistes) du retour de l'opposition modéré, la municipalité de Bourg fait décacheter systématiquement tout le courrier en provenance ou en direction de Paris, aussi bien à la poste de Bourg, qu'à celle de Pont-d'Ain.

Le 15 germinal (4 avril 1794) Albitte est à Rumilly avec Gay. Bourg devient Epidor.

Le 16 germinal (5 avril 1794) alors qu'il est à Carrouge, Albitte est rejoint par Dorfeuille, Millet et Convers.

Le 17 germinal (6 avril 1794) Albitte est à Gex.

Le 18 germinal (7 avril 1794), Frilet décachète une lettre du Comité de Salut Public à l'adresse du tribunal du district de Bourg.

Le 22 germinal (11 avril 1794) Albitte autorise les agents nationaux des districts à réorganiser les administrations des communes de leurs arrondissements à sa place.

Le 23 germinal (12 avril 1794) l'annonce de la mort d'Hébert rend la séance de la société populaire de Bourg houleuse.

Le 2 floréal (21 avril 1794), les officiers municipaux de Bourg sont conduits à Paris par ordre du Comité de Salut Public.

Le 11 floréal (30 avril 1794) Méaulle est nommé représentant du peuple dans l'Ain. Albitte n'apprend sa nouvelle affectation à l'Armée des Alpes que le 18 floréal (7 mai 1794).

CHAPITRE 3

l'action d'Albitte

A son arrivée à Bourg le 28 nivôse an II (17 janvier 1794), Albitte est accueilli par "le respect et l'amour des citoyens de cette commune qui se manifeste pour lui comme pour tous ceux qui l'ont précédé"601(*).

Au soir de son arrivée, Thévenin fils, pour montrer la détermination des patriotes bressans, fait un discours à la société populaire de Bourg. Bien que le registre de la société des Sans-Culottes, du mois de septembre 1793 jusqu'à l'épuration ordonnée par Méaulle ait disparu, nous pouvons supposer qu'Albitte se rend au sein de celle-ci le soir de son arrivée, pour jauger la chaleur patriotique. C'est donc sans aucun doute qu'il entend le discours de Thévenin fils. Ce discours, "Profession de foi de la société des Sans-Culottes de Bourg-Régénéré", montre la volonté des Sans-Culottes de collaborer sans limite au gouvernement révolutionnaire que vient établir Albitte.

Dans son allocution Thévénin démontre bien que, désormais avec la présence d'Albitte, les patriotes ne seront plus opprimés, qu'ils deviendront le moteur et les gardiens de la Révolution. Il explique aussi l'attitude des patriotes de Bourg face à la crise fédéraliste qui a ébranlé la cité; faisant sous-entendre à Albitte qu'il est l'homme attendu pour aider les patriotes :

"Jusqu'à quand serons-nous opprimés ? les patriotes seront-ils toujours sous le couteau des fédéralistes, des vils aristocrates ? Non, le moment est venu où le peuple persécuté, outragé, va prendre une vengeance éclatante de tant de forfaits. Le salut de la République a sonné, nos victoires retentissent aux deux pôles et de lâches modérés viennent encore semer la division parmi nous. . .! Qu'ils tremblent, les monstres ! L'oeil vigilant du sans-culotte les suit partout, ils seront découverts, partout leurs complots avorteront; enfin le glaive de la loi tombera sur les têtes conspiratrices et purgera de tous les crimes le sol de la liberté.

Oui ! la liberté a reçu des secousses violentes, la république à été ébranlée jusque dans ses fondements , mais elle a résisté aux coups parricides de ses ennemis; les sans-culottes lui ont fait un rempart de leurs corps et la patrie a été sauvée par les sans-culottes. Qu'ils sont lâches ces assassins ! Ne pouvant nous rompre en masse, ils cherchent à nous diviser pour nous assassiner en détail ; oui, tandis que dans cette enceinte nous agitons le salut du peuple, des scélérats viennent nous outrager et conspirer contre nous. . .

Qui ne sait si, tandis que je vous parle, ils ne méditent pas quelques complots, ils n'aiguisent leurs poignards. . .

Eh bien ! qu'ils sachent que les sans-culottes, en rentrant dans la carrière de la Révolution, ont déjà fait le sacrifice de leur vie, qu'ils sachent qu'ils ne craignent point la mort, que semblables aux sénateurs romains, à ce glorieux martyr de la liberté française, ils resteront à leur poste et présenteront leurs seins aux lâches qui voudraient leur percer le coeur.

Non ! encore une fois, nous sommes dans l'arène; que le combat soit à mort ; plus de grâce pour les scélérats, ils expireront sous les coups du vainqueur ; notre cause est sacrée, nous combattons pour la République et eux, ces vils partisans des rois, trament notre chute à la servitude. De toutes parts les conspirations éclatent ; partout les aristocrates la figure allongée, le teint pâle, semblent douter des miracles de la Révolution et des sains effets de la guillotine, ils veulent encore fatiguer la vigilance des sans-culottes; qu'ils viennent donc à nous sans détours, comme nous sommes sans craintes. Oui ! nous leurs dirons que nous ambitionnons tous une mort glorieuse et utile à la patrie; nous leur dirons que des hommes libres savent se dégager de toute affection sensible pour être révolutionnaires et que si, victimes de leurs perfidies atroces, notre mort est certaine, nous mourrons comme nous avons vécu, c'est-à-dire en républicain. Oui ! nous irons à la guillotine en chantant l'hymne des Marseillais ; notre sang coulera pour multiplier les défenseurs de la patrie, écraser les tyrans et sceller la cause auguste de la liberté." 602(*).

Le représentant, dès le 28 nivôse an II (17 janvier), ordonne la réimpression du décret du 14 frimaire an II (4 décembre), accompagné d'une proclamation dont il est l'auteur. Il explique clairement que ses ambitions :

"arracher les derniers lambeaux du voile épais que l'ignorance et la tyrannie avaient jeté sur les yeux du peuple et . . .dissiper les dernières ténèbres qui obscurcissent encore l'atmosphère de la liberté" 603(*).

Il joint à ce document le rapport de Robespierre à la Convention au nom du Comité de Salut Public du 15 frimaire an II (5 décembre) et la réponse de la Convention aux manifestes des rois ligués contre la République.

Albitte, afin de montrer quelles sont ses intentions, se rend à la société populaire des Sans-Culottes le 4 pluviôse an II (23 janvier). Dans une des nombreuses lettres qu'il écrit au Comité de Salut Public, Albitte défini la mission qui lui est confé dans l'Ain et montre l'esprit qui l'anime durant son séjour : "J'appelle gouvernement Révolutionnaire un gouvernement qui détruit jusqu'au dernier germe du fanfatisme, qui anéantit les restes détestables de la royauté et de la féodalité, qui ôte aux ci-devant tous moyens de nuire, qui écrase les contre-révolutionnaires, les fédéralistes et les coquins, qui ranime les patriotes, honore les sans-culottes et fait disparaitre l'indigeance qui ne doit pas avoir ni existence ni nom dans une République; j'agis en conséquence dans les départements où vous m'avez envoyé."604(*) Albitte dans l'Ain va essayé de mettre en pratique une politique de réorganisation politique mais aussi sociale. Pour la première fois depuis qu'il parcours la France en tant que représentant du peuple en mission, Albitte avec l'aide des Sans-Culottes locaux et des commissaires civils, va pouvoir appliquer sur le terrain une action de régénération sociale. Mais la mission d'Albitte se fait sur un fond national paticulier. Le Comité de Salut Public dans ses correspondances avec les représentants en mission se fait meneur et entraineur : "La loi du 14 Frimaire, citoyens collègues, n'accorda qu'un mois pour l'établissement du gouvernement révolutionnaire. . . le gouvernement révolutionnire ne peut s'allier par sa nature avec une lenteur qui le tuerait à son berceau. Il brûle et féconde à la fois; il est donc de la plus haute importance d'accélérer vos travaux"605(*). Le Comité de salut Public dans cette lettre du 28 Pluviôse an II place les représentatns en mission dans l'empressement, dans la rapidité d'exécution et dans l'union. Albitte est donc dans l'Ain pour établir une frome de gouvernement qui doit amener à la régénération sociale mais il est surout préssé par le temps.

Chronologiquement la mission d'Albitte dans le département de l'Ain se découpe en deux parties.

La première partie conduit Albitte de Bourg (du 28 nivôse an II au 24 pluviôse an II) puis à Nantua (le 26 pluviôse) et à Belley (du 27 pluviôse au 3 ventôse). Cette période est marquée par une volonté de répression, dans laquelle l'entourage d'Albitte n'est pas innocent.

La dernière partie est celle qui va de l'arrêt d'Albitte à Trévoux (le 5 ventôse an II) à son passage à Bourg (du 6 ventôse au 9 ventôse) puis à Belley (9 ventôse an II au 13 ventôse) afin de se rendre dans le Mont Blanc (jusqu'au 12 germinal an II) jusqu' à l'arrivée de Méaulle à Bourg et l'envoi d'Albitte à l'Armée des Alpes le 18 floréal an II. Cette période est marquée par l'éloignement du représentant de l'Ain ce qui entraine une certaine temporisation de son travail, mais, cette période marque aussi le dérapage politique des Sans-Culottes de Bourg. Parallèlement à l'itinéraire d'Albitte dans le Mont Blanc, les commissaires civils nommés par lui dans le département de l'Ain sont à l'oeuvre dans les districts.

Afin de mieux comprendre l'étendue de l'action d'Albitte dans l'Ain, nous allons d'abord étudier les mesures de Salut Public que le représentant applique et dans un second temps nous verrons les mesures prisent pour établir le Gouvernement Révolutionnaire.

I : Les mesures de Salut Public

la politique de répression

La politique du mois de pluviôse an II dans l'Ain est marquée par la volonté des Sans-Culottes de se venger des fédéralistes encore influents dans le département et d'annuler la politique de Gouly. Pour cela, la politique de répression mise au point par les Sans-Culottes (suivant leurs idées et concrétisée par les arrêtés d'Albitte), est constituée par la chasse aux suspects, la destruction des fantômes de l'Ancien-Régime et l'établissement du Gouvernement Révolutionnaire.

La mission d'Albitte se démarque, d'abord, par l'accroissement du nombre de détenus et parallèlement du nombre de maisons de détention. La sûreté et la salubrité de ces dernières sont les premières préoccupations d'Albitte à son arrivée.

les prisons

Durant le mois de pluviôse an II, la politique d'Albitte va revêtir la tenue de la répression. En effet, se basant sur le modèle lyonnais, Albitte aidé de son entourage606(*), va reproduire à Bourg et à Belley ce qui lui a été enseigné à Lyon ou ce que sa correspondance avec ses collègues à Commune-Affranchie lui conseille de faire. Les mesures qu'Albitte prend à Bourg et à Belley s'inspirent donc de celles qui ont été prises à Commune-Affranchie après la chute de la ville. La politique d'Albitte est marquée par l'établissement de listes de suspects, afin que soit décidé qui doit être incarcéré et qui ne doit pas l'être. Les libérations de suspects sont sporadiques et limitées. Généralement les libérés sont des patriotes arrêtés par Gouly et soutenus par les sociétés populaires, ou des gens du peuple qui n'ont commis que des fautes peu répréhensibles pour les Sans-Culottes que celles d'être ci-devants, fédéralistes, riches ou fanatiques. Cette politique de chasse aux suspects se traduit au mois de pluviôse an II, outre l'établissement de ces listes de prisonniers et par la multiplication des ouvertures de maisons d'arrêt dans le département de l'Ain.

Le premier pluviôse an II, Albitte, sur les conseils de ses commissaires, prend son premier arrêté. Il demande (comme l'a fait la commission temporaire à Lyon607(*) le 21 brumaire an II 11 novembre 1793), à Reydellet alors agent national à la place de Rollet-Marat, de lui fournir "la liste des personnes déclarées suspectes et le tableau nominatif certifié de celles mise s en état d'arrestation et détenues ou dénoncées dans l'étendu dudit district, d'y joindre les motifs et causes de détention ou d'incarcération" 608(*). Dans ce même arrêté il demande des renseignements sur les maisons de détention ainsi que le nom des personnes mises en liberté depuis deux mois; c'est à dire depuis l'arrivée de Gouly. Albitte reçoit cette liste le 4 pluviôse an II (23 janvier).609(*) Albitte est étonné, quand il la reçoit de "voir des notes en marges de cette liste qui annoncent que telle personne est sortie . . .quoique la qualité. . .soit suspecte"610(*).

En effet, Albitte est surpris de voir que la plupart des gens mis en état d'arrestation, vont et viennent à leur gré dans les dites maisons de détention. La première mesure d'Albitte est donc de faire maintenir en état d'arrestation les personnes suspectes.

Pour cela, il prend un arrêté le 2 pluviôse an II (21 janvier), qui charge les agents nationaux des différents districts de "prendre les mesures les plus efficaces et les plus promptes; pour assurer l'état d'arrestation des personnes."611(*). Mais cet arrêté comporte encore une touche d'humanité, en effet, le représentant demande que des infirmeries soient installées dans les maisons d'arrêts .

Dès le 5 pluviôse an II (24 janvier), l'agent national du district de Belley, nomme commissaires les citoyens Carroz et Palmicy pour murer les fenêtres de la maison de détention par lesquelles il peut y avoir des évasions et établir un corps de garde.612(*) Le 10 pluviôse an II (29 janvier), toujours à Belley, deux officiers de santé sont requis de visiter et donner des soins de 9 heures du matin à 10 heures et de 5 heures du soir à 6 heures du soir aux malades se trouvant en prison et ceci tous les jours.

Assurer la détention des personnes suspectes. Voilà un problème qui reste constant durant toute la mission d'Albitte. En effet, beaucoup de prisons étant d'anciennes églises, les moyens de sorties et de communications ne manquent pas.

Le 3 pluviôse an II (22 janvier), Rollet-Marat écrit :

"J'ai donné les ordres nécessaires pour empêcher aux détenus de sortir et que quique ce soit communique avec eux, j'exercerai la surveillance la plus active sur les maisons d'arrêt et je crois pouvoir t'assurer qu'il n'y a plus d'évasion à craindre."613(*)

Dans tous les districts les maisons de détention voient leurs moyens d'évasions, brèches, fenêtres, portes, murés ou rendus inutilisables. Mais si les prisonniers ne peuvent plus s'évader, ils peuvent néanmoins communiquer. Pour empêcher cela, le 12 pluviôse an II (31 janvier), par arrêté, la municipalité de Bourg ordonne que toutes les communications faites aux prêtres ayant abdiqué, se trouvant à Brou, serairent lues et que le citoyen Morand, concierge, serait le seul accrédité à leur porter à manger.

le 17 pluviôse an II (5 février), le district de Belley écrit à la municipalité de Belley et lui donne des consignes quant à la tenue de la prison : "l'humanité étant la base du patriotisme, je vous invite et au besoin vous requiert de nommer un officier municipal et notable, que chaque jour à 2 heures après-midi, se transportera à la maison de détention pour veiller que les détenus n'aient aucune communication avec le dehors et surtout pour examiner si le concierge a pour les prisonniers les égards dus à l'humanité et si leur nourriture est saine et entretenue comme il convient et voudra bien s' il y a quelque chose d'extraordinaire le communiquer au directoire".614(*)

Mais ces mesures, si draconiennes soient-elles, n'empêchent pas les prisonniers de pouvoir communiquer. L'exemple de la maison de détention d'Ambronay, qui renferme les principaux fédéralistes et nobles du département, (notamment Goyffon, Divoley Loubas de Bohan et Debost) est sur ce point très instructif.

Le 17 pluviôse an II (5 février), le comité de surveillance d'Ambronay prend des mesures pour pas que les détenus ne puissent pas communiquer avec l'extérieur. Le comité de surveillance demande au concierge de la maison de connaître les prisonniers, pour ne pas que ceux-ci sortent. De plus, les vertueux membres de ce comité décident d'aller chaque jour à la prison pour surveiller si l'état des détenus est bien assuré.

Le 10 ventôse an II (28 février), le comité de surveillance d'Ambronay, demande à ce que les hommes de la Garde Nationale chargés de surveiller la prison soient plus vigilants et empêchent les prisonniers de communiquer par le portail. Le 20 ventôse an II (20 mars), malgré ces exhortations à la vigilance, les membres du comité de surveillance du Petit Abergement, préviennent leurs collègues d'Ambronay qu'une lettre a filtré. Toujours le 20 ventôse an II, un membre du comité de surveillance d'Ambronay de garde à la prison, voit sortir un détenu, aller chez lui et ramener une malle, le factionnaire n'étant pas à son poste.

Le 9 germinal an II (29 mars), un soldat de la garde nationale d'Ambronay prévient les membres du comité de surveillance que des prisonniers offrent de l'argent aux sentinelles, pour pouvoir faire rentrer des gens dans la prison. Le 14 germinal an II (3 avril), l'agent national du district de Montferme dénonce le détenu Divoley pour avoir voulu corrompre le volontaire François Miguard, alors en faction à la prison d'Ambronay. Mais l'ingéniosité des détenus ne s'arrête pas là. Le 26 germinal an II (15 avril), Divoley et un autre détenu que des gendarmes sont venus chercher, manquent à l'appel. Ces derniers ne sont ni peu ni moins cachés dans la prison même.

Si la prison d'Ambronay semble plus rocambolesque qu'austère, ce n'est pas le cas de celle de Belley, où, fin ventôse an II, est incarcéré et requis pour faire des travaux publics le citoyen Anthelme Montjouven pour avoir facilité la communication avec les détenus.

A Bourg, les détenus arrivent aussi à communiquer. En effet, des personnes réussissent à faire passer de l'encre et des feuilles aux détenus de la prison des Claristes, par le trou de la grille qui ferme le choeur de l'église de la dite prison.

Si les détenus peuvent communiquer, c'est très souvent avec la complaisance de certains officier municipaux, sans doute peu scrupuleux de leurs devoirs, qui se laissent corrompre ou acheter. Si, le 23 messidor an II (11 juillet), Broccard membre du comité de surveillance se plaint de la conduite de Galand, officier municipal qui fait sortir des prisonniers; il est fort possible que les mêmes actions se soient produites sous Albitte.

Beaucoup de prisonniers gardent donc un contact avec l'extérieur. La crainte de voir les détenus préparer une vengeance615(*) contre les Sans-Culottes, rend vite ces derniers très vigilant vis-à-vis des prisonniers.

La vie dans les prisons n'en demeure pas moins précaire. Femmes, hommes, vieillards et enfants sont souvent entassés ensemble. Albitte, le 12 ventôse an II (2 mars), pour mettre fin à cette pratique, ordonne la séparation dans des prisons salubres des prisonniers des deux sexes. De même il interdit que soit emprisonné des enfants non majeurs, et confie l'éducation des fils de nobles à des instituteurs, car ils ont "droit aux bienfaits de la Révolution"616(*), et les filles de nobles à des mères de familles. L'éducation et l'entretien de ces enfants est payé par la caisse des séquestres. Il semble que dans la plupart des cas, ces enfants sont effectivement confiés, comme à Gex617(*), à de bons citoyens.

Ces deux mesures sont dûment suivies. Cela mène au doublement des maisons de détention. Comme nous l'avons vu à Bourg, les femmes de nobles et les religieuses sont placées dans deux maisons différentes. A Châtillon-sur-Chalaronne, les ex-religieuses sont enfermées dans le couvent des Ursulines qu'elles habitaient auparavant. A Trévoux, les femmes sont réunies au rez-de-chaussée de la maison Desrioux, dont les prêtres occupent déjà l'étage supérieur.

les suspects :

libérations

Dès son arrivée, Albitte reçoit des lettres et mémoires de détenus qui lui demandent leur libération. Mais il reçoit aussi des courriers en faveur des trois sans-culottes mis en état d'arrestation par Gouly : Blanc-Désisles, Rollet-Marat et Convers. Le 1er pluviôse an II (20 janvier) un officier du 1er hussard, le citoyen Maignot (membre de la société des Sans-Culottes) se porte garant de Rollet-Marat; le comité de surveillance de Bourg par une pétition déclare à Albitte que "depuis longtemps l'innocence gémit, depuis longtemps le patriotisme le plus pur est incarcéré" 618(*) et lave les trois hommes des accusations de fédéralisme que Gouly leur avait imputées 619(*). Reydellet déclare que l'incarcération des trois hommes aide les ennemis de la Révolution 620(*). Les sans-culottes sont libérés le 3 pluviôse (22 janvier) et sont "réintégrés dans leurs fonctions auxquelles ils ont été mal à propos arrachés. Le représentant du peuple déclare que ces trois citoyens n'ont pas perdu sa confiance" 621(*) .

Cet arrêté d'Albitte montre, de façon évidente, qu'il prend le contre-pied de la politique de Gouly622(*)sous l'impulsion du pouvoir persuasif des Sans-Culottes. Rollet-Marat réintègre ses fonctions le jour même. Le soir du 3 pluviôse an II (22 janvier), les trois hommes se rendent à la société populaire et demandent, (avec le soutien de leurs collègues de la municipalité, du comité de surveillance, du district et du département), que soit faite une nouvelle dénonciation de Gouly. Deux dénonciations sont rédigées, une pour la Convention et l'autre pour les Jacobins.

Le 4 pluviôse an II (23 janvier), un repas patriotique est donné en l'honneur des patriotes libérés à l'auberge du citoyen Claude Renaud, au faubourg de Commune-Affranchie à Bourg. Autour de la table 60 patriotes sont réunis. Le vin de l'aubergiste n'étant "à leur fantaisie, ils songèrent un moment où ils pourraient en trouver d'autres. Ils s'informèrent des endroits et on leur indiqua d'autres aubergistes, qu'alors plusieurs d'entre eux dirent : il n'y a qu'à aller chez quelques aristocrates ou quelques détenus. Qu'ils sortirent et à leur retour, ils annoncèrent qu'ils en avaient trouvé chez le citoyen Perruquet Bevy, qui était bon. Et ils envoyèrent chercher cinquante à soixante bouteilles qui furent bues dans ce repas, outre les autres vins qui leur furent envoyés, notamment un panier de vin blanc que leur fit porter le citoyen Brunet capitaine de gendarmerie" 623(*).

Les premières visites dans les prisons se font dans la nuit du 29 au 30 nivôse an II (18-19 janvier), par Convers qui se rend aux Claristes afin d'interroger des détenus mandés par la Commission de Commune-Affranchie : "Convers alors officier municipal, vint un jour dans la maison de détention. Le citoyen Chambre, ex-administrateur du département demanda au citoyen Convers les motifs de sa détention. Convers répondit avec hauteur, c'est parce que tu as conspiré contre la patrie. Peu de temps après ce même Chambre fut conduit par devant la Commission Populaire de Commune-Affranchie"624(*).

Dès le 3 pluviôse an II et jusqu'au 8 pluviôse an II (22-27 janvier) Dorfeuille, Millet, Bonnerot et Frilet vont dans la maison de détentions des Claristes, afin de prendre des renseignements sur les détenus sur ordre d'Albitte. Ces visites sont du même type que celles ordonnées par la Commission de Commune-Affranchie. Cette dernière a fait faire un recensement des détenus tout en prenant soit de faire cesser toutes les communications qu'ils pouvaient avoir avec l'extérieur, de plus elle leur fait enlever des sommes d'argent pour les donner aux plus nécessiteux. Ces actions sont reprises par Albitte et les commissaires civils dans l'Ain.

Dans le père Duchèsne le cadet625(*), Dorfeuille présente ses visites dans les prisons comme une mission où le représentant le nomme "dans les prisons pour découvrir s'il n'y a pas quelque brave frère, quelques sans-culottes enfermé mal-à-propos. . .me voila juge". Ces visites se font avec beaucoup de violence. Les détenus ne reçoivent pas seulement les visites de Dorfeuille, Millet, Bonnerot et Frilet, mais aussi celles d'autres patriotes qui viennent dans les prisons pour se venger et y exercer des actes arbitraires et ceci sous la couverture de Dorfeuille, commissaire civil :

"Que sur la fin de nivôse où au commencement de pluviôse de l'ère second, les dits Dorfeuille et Lajolais sur environ les quatre heures de relevée, entrèrent dans la maison de détention de Bourg en armes, accompagné d'Alban et Rollet. Que là, Dorfeuille demanda à l'un des détenus comment ils vivaient dans la maison; celui-ci répondit qu'il recevait tout les jours trente sols par les mains du citoyen Goyffon. Sur cette réponse le dit Dorfeuille et le dit Lajolais témoignèrent par des imprécations et jurements, beaucoup d'humeur contre le déclarant. Ils ordonnèrent au concierge de le traduire par devant eux. Le déclarant instruit de cet ordre se rendit dans la grande salle dite des notables, où il trouva les dits Dorfeuille, Lajolais, Rollet et Alban, qui tous ensemble lui reprochèrent avec amertume et injures la distribution qu'il faisait de trente sols par jour à ceux des détenus qui ne pouvaient pas subvenir à leurs besoins. . . Lajolais ordonna sans autre instruction ni forme de procédure que le déclarant serait mis au cachot pour y demeurer sur la paille, privé de feu et de lumière jusqu'à ce qu'autrement il en fut ordonné, cet ordre fut exécuté."626(*)

Dorfeuille qui agit comme il l'a fait à Commune-Affranchie, établit lors de ces visites des cahiers qui portent la mention "Jugements des détenus". Ces listes de prisonniers, qui comportent l'interrogatoire succinct des prisonniers et l'avis qu'émettent Dorfeuille, Millet et Bonnerot; rappellent les jugements des tribunaux d'exception lyonnais. Dorfeuille lui-même lors d'un discours au Temple de la Raison de Bourg, déclare qu'il avait jugé les détenus sur leurs mines627(*). Les visites faîtes dans les prisons, par des commissaires nommés par Albitte, tout au long du mois de pluviôse an II sont pour les détenus une succession de vexations. "Dorfeuille, Vauquoy et Frilet se font ouvrir la porte de la maison d'arrêt pour interroger les détendus, mais quelles sont les formalités de ces interrogatoires ? Des vexations et des injures qu'eux seuls pouvaient inventer. Alban entrant en sa qualité de maire fait une visite nocturne dans la maison d'arrêt, il enlève aux détenus, assignats, argent, argenterie, enfin toutes les pièces et mémoires justificatifs" 628(*).

Tout comme à Lyon, les Sans-Culottes prennent l'argent des détenus, pour le reverver dans caisses du gouvernement.

Dorfeuille, Millet, Bonnerot et Frilet, demande au comité de surveillance de Bourg les 6 et 8 pluviôse an II (25-27 janvier) des renseignements sur la cause de l'arrestation de certains détenus afin "d'instruire par ces notes le représentant du peuple Albitte, de tout ce qui est venu à la connaissance du comité sur le caractère, la probité, le civisme des dits détenus" 629(*). Sur 94 détenus interrogés630(*), 19 seulement ont leur cas soumis au comité de surveillance. Parmi eux se trouvent des prêtres qui veulent abjurer. Le revirement religieux de ces derniers les rend suspects aux yeux de Dorfeuille qui demande au comité de surveillance de Bourg s'il "faut-il ajouter foi à cet acte et le regarder comme sincère ? leur conduite passée doit être le garant de leur conduite future" 631(*). Le 10 pluviôse an II (29 janvier) Albitte ordonne la mise en liberté de 11 détenus. Un seul prêtre est libéré, le citoyen Rousselet curé de Bourg que Dorfeuille avait trouvé "défanatisé et très raisonnable" 632(*).

Le 6 pluviôse an II (25 janvier) Dorfeuille se fait renseigner sur les Sans-Culottes de Belley (que Gouly avait fait mettre en prison); c'est à dire Masse, Carrier, Bonnet et Thorombert, par le comité de surveillance de Bourg 633(*). Ce dernier, charge le jour même, Convers et Alban de prendre les dits renseignements sur leurs collègues de Belley 634(*). Le 24 pluviôse an II (12 février) Albitte fait transférer de Grenoble à Belley Thorombert et Bonnet.

De tous les districts qui ont envoyé, (comme le désirait Albitte), la liste des personnes suspectes635(*) c'est dans celui de Bourg que l'on en libère le moins. Bourg regroupe dans ses maisons de détention beaucoup de détenus d'autres villes de l'Ain. La prison des Claristes est la prison politique de l'Ain avec celle d'Ambronay. Les Sans-Culottes de Bourg refusent la libération de détenus des Claristes, qu'ils considèrent commme dangereux pour l'ordre public636(*).

Quand Albitte reçoit de Dorfeuille, Millet, Bonnerot et Frilet les résultats de leur mission dans les prisons, les Sans-Culottes poussent le représentant à revenir sur certains de ses choix concernant les personnes à libérer. Convers assiste à la scène :

"Dorfeuille secrétaire du représentant fut chargé d'interroger les détenus. Il en trouva une foule d'innocents qui n'avaient commis aucun crime que celui d'avoir déplu à tel ou tel individu. Le représentant en décida la sortie après un examen scrupuleux et particulier sur la conduite de chacun d'eux, mais par une fatalité inconcevable ceux de Bourg furent oubliés. Convers en fit l'observation soit au représentant, soit à Dorfeuille, et il fut arrêté qu'on s'en occuperait , ce qui s'exécuta et après une longue conférence, trente quatre devaient être mis en liberté. Sur le champ on s'occupa de l'arrêté, mais je ne sais pourquoi le lendemain le représentant annonça qu'il avait changé d'avis et Dorfeuille, Désisles, Juvanon, Alban, Gay, Laymand et Duclos dirent en présence du représentant qu'il était impossible de mettre en liberté de tels individus qui étaient tous entachés de fédéralisme et d'aristocratie et alors le représentant déclara qu'il attendait des nouvelles du Comité de Salut Public pour prendre un parti à leur égard."637(*)

Le 7 pluviôse an II (26 janvier), les scellés se trouvant sur les papiers de Peysson (alors en prison) sont levés afin qu'en soient retirés ceux concernant l'administration du département et ceux qui paraissent suspects, soient déposés au secrétariat du district, "pour y avoir recours si besoin"638(*). Le 12 pluviôse an II (31 janvier), c'est le citoyen Collet de Nantua (qui avait été mis en arrestation par Gouly) qui est libéré.

Le 18 pluviôse an II (6 février), suite aux visites des commissaires d'Albitte dans les prisons, le comité de surveillance de Bourg donne son avis sur l'examen de 11 autres suspects détenus pour "faits de destitution et de suspicion"639(*), c'est à dire d'anciens fédéralistes. Aucun d'entre eux ne sont libérés. Le 20 pluviôse an II (8 février), par contre, Albitte fait libérer des "cultivateurs et vignerons (qui) n'ont été coupables un moment que par une crédulité à des insinuations perfides et artificieuses dont, ils ont été les premières victimes" 640(*). Ces 23 personnes sont toutes des personnes de la campagne, mais toutes ne sont pas agriculteurs ou vignerons. Albitte en libérant ces personnes de la campagne, pense se rapprocher de ces derniers. Sur les 23 libérés, 11 sont agriculteurs ou vignerons, les autres sont marchands, officier de santé ou administrateurs. Pour Albitte il faut "autant que l'on peut rendre à la liberté le pauvre; le malheureux et l'agriculteur qui, pour l'ordinaire ne font des fautes que par les conseils et les instigations perfides des riches, des intriguants, des cy-devants nobles" 641(*)

Le 20 pluviôse an II (8 février), suivant les conseils d'Albitte, Rollet-Marat se rend à Marboz où des cultivateurs sont emprisonnés depuis 4 mois. Il prend des renseignements quant au civisme de ces personnes et convaincu qu'ils ne sont en état d'arrestation que pour des motifs sans importance, il les libère contre la prestation d'un serment : "je jure de maintenir la liberté, l'égalité de la République Une et Indivisible démocratique et de mourir en la défendant"642(*).

Le 24 pluviôse an II (12 février) Albitte remet en liberté le citoyen Genevay détenu à Ambronay et le capitaine Ambroise Laclergerie, détenu à Bourg. En ventôse Albitte met en liberté d'autres citoyens. Le 4 ventôse an II (22 février) c'est à Vauquoy, qu'Albitte demande de faire mettre en liberté le C.Didier. Le 17 ventôse an II (7 mars) il libère, depuis Chambéry, 18 autres agriculteurs de Marboz, "pauvres et fanatisés. . .coupables que par leurs prêttes"643(*) Beaucoup des libérations ordonnées par Albitte en ventôse an II sont d'un type tout différent de celles survenues en pluviôse an II.

En effet à partir du 6 ventôse an II (24 février) Albitte inaugure un nouveau système d'élargissement. "Que nulle atteinte portée à la liberté, à l'égalité et aux intérêts de la République ne peut rester impunie;. . .que tout homme qui a nuit à la chose publique lui doit vengeance capitale ou indemnité. . .arrête ce qui suit : . . .Les citoyens ci après désignés seront mis en liberté. . .aussitôt qu'ils auront satisfait à la justice nationale en acquittant l'amende en indemnité"644(*).

Ces amendes concernent surtout la libération de détenus des villes autres que Bourg. Toutes les personnes comprises dans ces arrêtés ne sont pourtant pas soumises à une amende. Il semble que pour les plus modestes un sincère meaculpa est suffisant.

Là aussi Albitte reprend une idée développée à Commune-Affranchie645(*) en la transformant.

Le 6 ventôse an II (24 février) 32 personnes sont libérés à Trévoux contre des amendes s'échelonant de 200 livres à 12000 livres; pour une somme totale de 34700 livres. Un autre arrêté, toujours du 6 ventôse an II (24 février), met en liberté 35 autres personnes détenues à Trévoux. Sur les 35 libérations, 13 personnes sont soumises à l'amende pour un total de 25500 livres. A Thoissey ce sont 10 personnes qu'Albitte élargit pour une somme totale de 300 livres. Certaines de ces amendes ont un but totalement patriotique comme celle que doit payer le prêtre Benoît Eustache, de Trévoux, qui à la place de donner une somme définie en fonction de sa fortune doit fournir la dote d'une fille à marier.

Le 17 ventôse an II (7 mars), Albitte prend un nouvel arrêté qui ordonne la mise en liberté, toujours contre une amende, de 44 personnes de Belley. Plusieurs de ces amendes ont (comme à Trévoux) un but précis. Sur les 39770 livres que rapportent les amendes, les 300 livres du citoyen Joseph Baillod sont réparties de manière républicaine : 200 livres pour marier une fille pauvre et 100 livres pour payer la fête décadaire. Un autre libéré, Marc Berlioz voit ses 10000 livres d'amendes offertes pour secourir l'indigence, la vieillesse et pour récompenser la vertu, le courage et les talents. Certaines de ses libérations (outre l'amende) sont aussi soumises à une autre obligation; c'est le cas du citoyen Vuilleros qui, ex-chanoine à Belley, doit prêter le serment du 8 pluviôse (27 janvier). Quelques très rares détenus sont élargis car leur cas ne présente aucun danger pour la Nation; Mutigny ex-noble de Belley est "élargi sans amende vu l'état d'imbécillité où il se trouve"646(*). On reconnaît tout de suite, dans ces libérations exceptionnelles, le goût d'Albitte pour les actions symboliques.

Le 17 ventôse an II (7 mars), Albitte s'occupe aussi des détenus du district de Montferme enfermés à la prison d'Ambronay. Etrangement l'exécution de cet arrêté n'est pas confié à l'agent national du district, mais à Rollet-Marat.

8 personnes sont mises en liberté pour une somme totale de 9600 livres. Les amendes sont payées le 19 ventôse an II (9 mars). Les amendes sont payées au directoire des districts ou aux commissaires civils d'Albitte quand il y en a à proximité.

En germinal an II, Albitte fait sortir les détenus des prisons du district de Gex. Le 19 germinal an II (8 avril) 15 personnes sont rendues à la liberté et le 20 germinal an II (9 avril), se sont deux vieillards qui sont élargis.

Il semble que sur la fin de germinal an II, Albitte a l'idée de faire sortir d'autres détenus des prisons de Bourg par ce moyen. Le 26 germinal an II (15 avril), Blanc-Désisles fait parvenir à Albitte une liste de détenus à libérer avec l'état de leur fortune647(*). Il est fort probable que la suite des évènements ait empêché ces libérations.

Durant son séjour à Chambéry Albitte requièrt plusieurs fois Rollet-Marat de faire traduire à Chambéry quelques détenus afin qu'ils comparaissent devant le représentant. C'est le cas notamment de Peysson et Rubal le 17 ventôse an II (7 mars) et de Martin le 22 ventôse an II (12 mars).

Albitte rend la liberté, comme nous l'avons vu à beaucoup d'habitants des campagnes, paysans ou petits commerçants. Mais il rend aussi la liberté à des personnes dont l'état physique est mauvais ainsi qu'à beaucoup de femmes.

Il est a noter, que le fait d'être libéré ne redonne pas obligatoirement les droits de citoyens. Pour en bénéficier, il faut soit un arrêté d'Albitte rendu à cet effet ou dans le cas contraire avoir sa déchéance de citoyenneté notifiée dans un arrêté, (comme c'est le cas de Joseph Baillod dans le lot des libérés de Belley).

Pour Albitte, les examens des détenus sont très importants. En effet, cela lui permet de construitre la base d'une société qui repose sur le peuple, où le pouvoir est aux mains des Sans-Culottes en faisant le tri entre " les gens égarés et séduits"648(*) temporairement qu'il convient de libérer et les autres, qui sont des contre-révolutionnaires, qui possèdent des protecteurs et des amis à Paris649(*). Albitte a le sentiment d'avoir répondu justement aux demandes qui lui étaient faites. Grâce à lui "ces pauvres citoyens (les laboureurs, les ouvriers et les femmes fanatisées) auraient été bien dix ans en prison avant que leurs plaintes eussent pu parvenir jusqu'à vous, car ils n'ont pas de protecteurs parmi les défenbseurs de Capet; ils n'ont pas d'élégantes et séduisantes solliciteuses, ni des défenseurs officieux auprès des comités, ni d'amis dans les bureaux. Ilsn'ont pas d'argent pour aller à Paris, pour y envoyer épouses inconsolables, de jolis enfants bien attendrissants, bine intéressants. Ils n'ont pas d'assignats pour aller à Paris calomnier les représenbtants du peuple qui veulent mourir plutôt que de laisser le ssans-culotisme opprimé et le modérantisme à l'ordre du jour"650(*).

Albitte est à cette époque (enter Pluviôse an II et mi-Germinal an II) le porte-parole auprès du Comité de Salut Public des revendications des Sans-Culottes de Bourg, contre leurs adversaires politique dans l'Ain et à Paris.

les arrestations

Le mois de pluviôse est surtout marqué par des incarcérations.

Le 30 nivôse an II (19 janvier) sur une réquisition de la Commission Temporaire de Commune-Affranchie, six fédéralistes de l'Ain, qui étaient allés à Lyon après le 29 mai 1793 pour féliciter la nouvelle municipalité, sont conduit à Lyon et enfermé à la prisons de Roanne.651(*) Lors de son passage Gouly avait ouvert les portes des prisons pour beaucoup de personnes. Sur les réclamations des Sans-Culottes et avec l'aide du tableau des suspects demander le 1er pluviôse; Albitte fait réintégrer dans les prisons le 11 pluviôse an II (30 janvier) toutes les personnes qui ont été élargies par Gouly dans le but de connaître les causes des arrestations et de détentions. Rollet-Marat, reçoit le jour même l'arrêté avec une note écrite par Darasse, qui l'invite à mettre l'arrêté en exécution immédiatement, lui annonçant que "le représentant se repose sur ton zèle et ton activité" 652(*). Dès le lendemain, Rollet-Marat fait réintégrer aux Claristes douze suspects, parmi lesquels 6 ex-moines.

Le 13 pluviôse an II (1er février), Albitte pour donner plus de précision a son arrêté du 11, déclare que tous les "administrateurs, hommes de loi, avoués, ex-nobles, ex-prêtres et ex-religieuses, qui avaient été mis en état d'arrestation par ordre des représentants du peuple Amar, Merlino, Bassal, Bernard et Javogues ou les autorités constituées ont été mises en liberté par les agents du fédéralisme, ou d'après les ordres du représentants Gouly" 653(*) seront réintégrés "sur le champ. . . dans les maisons d'arrêt" 654(*).

Cette arrêté qui prend des mesures draconiennes contre les personnes d'une calsse sociale précises, répond aux voeux des Sans Culottes exprimés par Rollet-Marat dans les Principes républicains et révolutionnaires pour les vrais sans-culottes 655(*) et Thévenin fils dans sa profession de foi de la société des sans-culottes 656(*). Cet arrêté, prend ses sources dans la crise fédéralistes de l'Ain puisqu'il demande la réintégration en prison de toutes les personnes mises en arrestation par Amar et Merlino, c'est à dire celle libérés par la foule le 29 juin 1793. On peut noter que cet arrêté est très proche d'une décision de la Commission Temporaire du 21 frimaire an II (11 décembre), qui demande que "tous les avoués, hommes de loi, huissiers, notaires, clercs, ci-devants nobles et prêtres" doivent être mit sur le champ en état d'arrestation et leurs biens séquestrés 657(*). .

En exécution de cet arrêté, les journées du 15 et du 16 pluviôse an II (3-4 février) se transforment pour les citoyens compris dans ledit arrêté en une sombre journée. Le 15 pluviôse des hommes et des femmes qui se trouvent dans la maison Bachet sont conduit aux Claristes et à la Charité. Cet arrêté redonne l'occasion aux Sans-Culottes de remettre en prison les fédéralistes. Rollet-Marat toujours le 15 pluviôse an II, donne l'ordre au commandant de la garde national, le citoyen Giriat, d'arrêter et de conduire aux Claristes les citoyens Brangier ex-secrétaire du département, Buget ex-procureur syndic, Gadiolet notable, Mathieu huissier, Vaulpré médecin, Bonnardel marchand, Gaillard conseiller, Puthod homme de loi, Morel homme de loi et Midan directeur de la poste. De même Rollet-Marat invite les officiers municipaux de Ceyzériat a faire arrêter le citoyen Perrot, ci-devant conseiller.

Le 16 pluviôse an II (4 février) les arrestations continuent. Sur ordre de Rollet-Marat la garde nationale de Bourg conduit le 16 pluviôse an II, une dizaine de religieuse qui se trouvaient en "surveillance" dans la maison de Rollet-Marat rue Simonneau ainsi que dans les maisons Bolozon, la Teyssonnière rue Victoire, dans la maison de l'ex-conseiller Guillod, chez le chirurgien Falconnet, chez le chapelier Hurville, chez Philipon, chez Bernard rue Brutus, chez l'huissier Reybier et chez la veuve Marion Rollet; en maison de détention à la Charité 658(*).

De semblables arrestations ont lieu dans tout le département. A Châtillon-sur-Chalaronne dès le 15 pluviôse (3 février), 9 personnes sont incarcérées. Ces arrestations se continuent les 18 (5 arrestations), le 19 (2 arrestations), le 20 (2 arrestations), le 23 ( 1 arrestation), et le 25 pluviôse (2 arrestations) (6-7-8-11 et 13 février).

A Belley le 16 pluviôse an II (4 février) Baron-Chalier, agent national du district, charge le citoyen Palmicy de faire arrêter 28 personnes, dont 11 ci-devants659(*). Le 17 pluviôse an II (5 février), trouvant que l'arrêté d'Albitte du 13 est incomplet (la mise en place de scellés sur les affaires des suspects n'est pas abordée dans l'arrêté du 13 pluviôse ), Baron-Chalier requière les officiers municipaux de Belley de procéder à la mise sous scellés. Dans la même requête, il fait arrêter 59 autres personnes dont 18 hommes ou femmes d'églises660(*), aussi bien prêtres que religieux. 661(*) Le 13 pluviôse an II (1er février), Baron-Chalier, écrit aux Comités de Salut Public et de Sureté Générale : "Je viens d'après l'arrêté d'Albitte de faire réintégrer en prison tout ceux que Gouly avait fait sortir excepté les malades, vieux et jeunes filles avec un pauvre, nourrit et payé comme factionnaire."662(*). Les personnes ne pouvant resté en prison sont enfermées chez elles sous la surveillance d'un factionnaire.

Souvent ces arrestations se font avec quelques violences vocales, inhérentes au comportement des Sans-Culottes de l'an II. Ainsi quand Ravet arrête le citoyen Unon, il le traite de "gueux, de coquin, qu'il méritait la guillotine"663(*)

arrestation lesieur

Le 19 pluviôse an II (7 février), sans doute sur le conseil des commissaires civils et des remontrances que lui ont faite les Sans-Culottes, Albitte par arrêté fait mettre sous séquestre les biens des personnes suspectes. Cet arrêté est le plus long qu'il ait pris durant sa mission dans l'Ain.

Cet arrêté, qui est constitué par la succession de 27 articles, énonce clairement les dispositions à prendre pour que les biens des détenus soient séquestrés. Par cet arrêté, Albitte cherche à alimenter les marchés et les dépôts de l'Armée avec les grains, le vin, fourrage, ect. . .. Tous les biens mobiliers des suspects sont inventoriés et une caisse des séquestres est constituée par district.

Pour l'exécution de cet arrêté les districts nomment des commissaires qui se rendent dans les communes pour mettre à exécution ledit arrêté. A la suite de cet arrêté, plusieurs personnes sont mises en état d'arrestation sur décision des agents nationaux. C'est ainsi que Thomas Riboud le 22 pluviôse an II (20 février) sur ordre de Rollet-Marat, se retrouve en prison. Duclos, président de la société populaire de Bourg à ce moment, est chargé de cette arrestation et d'apposer les scellés sur les biens de Riboud. Dans le district de Bourg le 3 ventôse an II (21 février), 8 commissaires sont nommés pour mettre les biens des suspects sous séquestre ainsi que pour "s'informer si les arrêtés d'Albitte sont respectés"664(*).

Dans le cas des petites communes rurales, se sont le plus souvent les comités de surveillance qui se chargent de cette tâche mais avec beaucoup de retard. Ce n'est que le 1er ventôse an II (19 février) que le comité de surveillance de Verny s'occupe de mettre les scellés sur les biens des suspects et il faut attendre le 23 ventôse an II (13 mars) pour que le comité de surveillance de Divonne s'en occupe.

Les agents nationaux comme Baron-Chalier ou Rollet-Marat donnent une marque personnelle aux arrêtés d'Albitte. Ainsi le 9 ventôse an II, Rollet-Marat charge le commandant de la Garde Nationale de Bourg de faire conduire à la maison de la Charité toutes les religieuses.

Certaines arrestations, même si elles portent le sceau et la signature d'Albitte, sont le fruit des agissements des Sans-Culottes. Le 3 ventôse an II (21 février) alors qu'il est à Belley, Albitte ordonne par arrêté l'arrestation de Rivail officier de police militaire proche de Gouly ainsi que Massey commissaires des guerres qui a été le secrétaire de Gouly avec Favélas (ce dernier aussi est arrêté). Le 4 ventôse an II (22 février), 2 officiers municipaux de Bourg mettent les deux hommes en prison et apposent les scellés sur leurs biens.

Les Sans-Culottes obtiennent là une vengeance. Ne pouvant pas atteindre Gouly ils s'attaquent à ses proches. De même les arrestations ordonnées en exécution des arrêtés d'Albitte par la municipalité de Bourg semblent mettre, le 1er germinal an II (21 mars), la municipalité et l'agent national du district en désaccord. Rollet-Marat dans une lettre à la municipalité de Bourg, le 29 ventôse an II (19 mars), demande les motifs d'arrestations de 23 citoyens. Cette lettre provoque, le 1er germinal an II (21 mars), une réunion extraordinaire du conseil général de la commune de Bourg où tout les membres sont présents. Le conseil général répond à la requête de Rollet-Marat. Cette réponse montre tout à fait la phobie du complot aristocratique dont font preuve les membres de la municipalité de Bourg :

"1° O'Konel, irlandais, d'après la loi; il n'y a point autres motifs;

2° Antoine(Marie-Joseph Janinet, très suspect, ayant été au Jura; muscadin un peu timbré.

3° Midan, ci-devant Chanoine, fanatique outré, ayant confessé et marié chez lui et dans les campagnes.

4° Joseph Roux, ci-devant prêtre, fanatique idem; aristocrate enragé, de mauvaise vie, et ayant constamment tenu des conciliabules aristocratiques.

5° François Grand ci-devant homme de loi, aristocrate marqué depuis 1789, fédéraliste; a installé la municipalité fédéraliste.

6° Pierre Abraham, ci-devant chartreux, très suspect; fanatique chez lequel on a trouvé des ornements d'église, calices et hosties.

7° Claude-François Vuillaume, agent de noble, ayant constamment tenu chez lui des rassemblements de prêtres réfractaires, pauvre, chargé de famille, aidant sa mère âgée de 80 ans, faisant chez lui quelques parties avec des prêtres libertins.

8° Charles-Maire Boizet, ci-devant procureur, homme très dangereux à la Société ayant toujours dénigré la Révolution et n'ayant jamais voulu faire aucun service, ni se soumettre aux loi.

9° François-Marie Trézette, lieutenant de gendarmerie, ci-devant garde du Roi; aristocrate marqué, menaçait les gendarmes de dompter leur patriotisme; son frère a été guillotiné à Commune-Affranchie.

10° Jean-François Bailloux, tailleur de pierre; ne fréquentait que les nobles; notable fédéraliste, dénigrant les patriotes; en un mot séduit par les fédéralistes.

11° Jean-Pierre Boulbe fils, aristocrate fédéraliste; a été au Jura; menaçait les patriotes; a quitté son corps de canonniers à Valence sans congé, et n'a pas voulu marcher contre Lyon, et a déclaré à la Municipalité, lors du recrutement de 300.000 hommes, qu'il ne partirait que par la force d'un décret.

12° Joseph-François Debost, ci-devant agent militaire, homme immoral, surnommé de tout temps le Polisson; grand fédéraliste; a été au Jura; menaçant et tyrannisant les patriotes; (soupçonné d'avoir été payé pour tenir le parti des fédéralistes).

13° Denis-Ferdinand Picquet, ex-constituant; aristocrate marqué, dangereux conspirateur depuis 89; voir au surplus les registres du comité central au pouvoir d'Albitte.

14° François-Philibert Loubat-Bohan, ex-noble; a été major de la gendarmerie; arisotcrate dissimulé, ayant trompé la nation dans une vente de blé au-dessus du maximum par fausse date; il a des parents émigrés.

15° François-Divoley, ex-noble, a été incarcéré par arrêté d'Amar et Merlino; homme dangereux ayant fait passer des marchandises et numéraire à l'étranger et ayant des parents émigrés.

16° François Cordioux, jardinier dudit Divoley. On ne connait pas les motifs de son arrestation; arrêté étant avec Divoley.

17° Claude-Marie-François Chossat, ex-noble; se tenait toujours derrière le rideau.

18° Jean-Marie Tricot, ex-noble; aristocrate caché et suspect n'ayant jamais aimé la Révolution.

19° Bruno Brossard, ex-chartreux insermenté; fameux scélérat, ayant fait le métier d'accapareur de grains; on a trouvé chez lui des ornements et des calices cachés. Sujet à la déportation, n'ayant pas preté le serment d'égalité et de liberté.

20° Claude-Louis Obrien, ci-devant chanoine, fanatique des plus outrés; a corrompu tous les couvents de femmes en leur prêchant le fanatisme , confessant et disant la messe en secret; insermenté, ayant manifesté une haine immortelle à la Révolution depuis 89."665(*)

La lecture des motifs donnés par la Municipalité de Bourg montre que cette dernière (grâce aux arrêtés d'Albitte), cherche à faire table rase de ses ennemis politiques de juin 1793, en les faisant incarérer. Pour cela les motifs politiques cotoient les motifs moral. Tout est bon pour garder en prison les hommes de l'avant an II. Afin de mieux contrôler surveiller les fédéraliste les Sans-Culottes, le 4 ventôse an II (22 février), font venir dans la prison des Claristes à Bourg 14 détenus de Belley, tous anciens fédéralistes.

A Belley le 28 pluviôse an II (16 février), Albitte accompagné de Dorfeuille et Blanc-Désisles, charge ce dernier,( ainsi que le citoyen Tenand de Belley), de visiter les prisons et comme à Bourg d'établir une liste de suspects. Le même jour sont mis sous séquestre les biens de certains membres de la Société populaire du Temple de la Raison, dénoncés par le comité de surveillance de Belley le 14ième jour du second mois de l'an II (4 novembre). 31 personnes figurent sur cette liste. Brillat-Savarin (le maire de Belley) est absent de cette liste car il a émigré depuis la venue de Gouly à Belley.

Dans les jours qui suivent l'arrivée d'Albitte à Belley et la libérations des Sans-Culottes belleysiens, les maisons de détention de Belley compte 151 détenus en exécution aux application des arrêtés d'Albitte. A la suite des visites de Blanc-Désisles et Tenand dans les prisons, Albitte remet en liberté le 29 pluviôse an II (17 février) Bonnet directeur de la poste, Thorombert administrateur au district, Carrier et Masse commandant de la garde national de Culoz. Le 2 ventôse (20 février), c'est le citoyen Charcot de Vireu-le-Grand qui est mit en liberté.

Grâce à ces libérations, le mouvement des Sans-Culottes de l'Ain retrouve son intégrité. Suite à l'incarcération de Jean-Baptisite Kindelem, imprimeur à Belley, Albitte ordonne la venue à Belley le 2 ventôse an II (20 février), d'un imprimeur de Bourg.

Le 23 ventôse an II (13 mars) alors qu'il est à Chambéry, Albitte prend un arrêté qui ordonne à tout les nobles non détenus, de 18 à 70 ans de se rendre dans les maisons de détention des chefs lieux de districts, en faisant connaitre leur fortune et les emplois qu'ils ont occupés jusqu'au jour de leur incarcération. Cet arrêté conduit 30 nobles à Brou dans les jours qui suivent et 31 femmes nobles sont à la maison de détention du Châtelard. Dans les prisons des commissaires des autorités constitués leur rendent visite et établissent des listes où figure en marge de leur nom, l'indication de leur fortune666(*). Toujours suivant cet arrêté, 69 prêtres sont enfermés à Bicêtre. A Trévoux se sont 34 personnes qui rejoignent la maison de sureté et à St Rambert (Montferme) se sont 31 personnes qui tombent sous le coup de cet l'arrêté et qui rejoignent la maison de détention le 18 floréal an II (7 mai). Mais à cette date, les administrateurs se montrent moins fermes et libèrent facilement contre des amendes certaines personnes.

Il faut ajouter à ces incarcérations celles ordonnées par les comités de surveillance ou les agents nationaux des communes de petites tailles Rentrent aussi dans le décompte des détenus toutes les religieuses et tous les religieux qui, n'ayant pas signé leur abdication, se retrouvent en détention667(*). C'est ainsi que le comité de surveillance de Bourg, fait arrêté le 25 ventôse an II (15 mars) Gauthier Cincinatus; le cousin du député de l'Ain668(*); car il n'a pas de certificat de civisme et n'a pas rejoint son poste aux armées. Durant tout le mois de ventôse et même celui de geminal, des citoyens de différentes communes du département alors en détention sont conduits à la prison des Claristes à Bourg; les Sans-Culottes cherchent à regrouper dans le même lieu tous les suspects politiques. Ces arrestations mélangent souvent les personnes tombant sous le coup des arrêtés d'Albitte et des citoyens dont la conduite incivique les amène à être dénonçés ou soupçonnés par Rollet-Marat, Blanc-Désisles ou les commissaires civils, comme aristocrates ou modérés. Vauquoy fait arrêter au théatre de Bourg, en pleine représentation, le citoyen Poizat pour cause d'incivisme. Le fait de porter des images pieuses et de posséder des receuils de chansons religieuses amènent les deux filles Archimbaud a être traitées comme suspectes par Blanc-Désisles.

Mais la politique de recherche des suspects ne se poursuit pas que dans l'Ain.

Suite aux renseignements pris par Dorfeuille, Millet , Bonnerot et Frilet; Albitte écrit au Comité de Sureté Générale à Paris, durant la première décade de pluviôse an II, pour demander l'arrestation des principaux fédéralistes de l'Ain, alors en fuite à Paris.

Il s'agit de Pagès (président du département en luillet 1793), Tardy (vice-président), Morel (homme de loi), Bugey (procureur syndic), Midan (directeur de la poste), Billon (membre du conseil général du département) et Gaillard (conseiller). Le Comité de Sureté Générale répond à Albitte le 22 pluviôse an II, et lui fait part que le Comité a pris un arrêté contre eux669(*). Cet arrêté demande à la Commune de Paris l'arrestation de ces hommes et leur conduite de postes en postes à Commune-Affarnchie. L'éxecution de cet arrêté est confié à Pache, maire de Paris.

Le 29 pluviôse an II (17 février) Blanc-Désisles, alors à Belley avec Albitte, écrit à Rollet-Marat au sujet de cette affaire :

"Albitte envoie à l'agent national du district de Bourg-Régénéré un extrait de l'arrêté du Comité de Sureté Générale et l'invite à prendre toutes les mesures nécéssaires pour atteindre les citoyens qui y sont désignés en cas qu'ils parraissent dans le district de Bourg ou dans les districts environnants auquels il aura soin d'en écrire et d'en envoyer extraits."670(*)

Le 30 pluviôse an II (18 février), afin de capturer ces hommes, Dorfeuille et Merle se rendent à Paris et vont à la Commune afin d'obtenir l'arrestation des 7 fédéralistes. Merle le 30 pluviôse an II (18 février) écrit :

"Je m'occupe de nos affaires sans relâche, je n'ai pas pu découvrir encore aucun de nos gens suspects. Le Maire m'a dit qu'il avait déjà des notes sur leur compte, mais qu'il faudrait savoir à peu près quels sont les lieux et les maisons qu'ils fréquentent le plus souvent afin qu'il put les faire guetter, . . . Quant à Morel on a dû faire perquisition de sa personne chez Deidier, le maire me l'a promis."671(*)

Malgré toutes ces recherches, les démarches restent infructueuses.

Savoir le nombre exact de personnes détenus dans l'Ain à cause des arrêtés d'Albitte est un travail difficle. Néanmoins, avec les registres d'écrous, on peut savoir le nombre de détenus approximatifs que contiennent les maisons de détention après le départ du repésentant. Mais il faut bien penser que les prisonniers ne sont pas tous détenus sur ordre d'Albitte.

A Bourg, on compte en prairial an II, environ (d'après E.Dubois) 350 détenus dont une cinquantaine de religieuses et une soixantaine de religieux. A Nantua, ce sont 54 personnes qui sont en prison, le 7 ventôse an II (25 février) Ambronay compte 71 détenus et Pont-de-Vaux en Brumaire an III a encore 27 personnes en prisons. Il est quand même envisageable d'estimer entre 500 et 550 le nombre de personnes en prisons quand Albitte retourne à l'Armée des Alpes le 18 floréal an II (7 mai).

Les exécutions

La présence d'Albitte dans l'Ain est aussi et surtout marquée par des exécutions.

Depuis le mois de frimaire an II, les Sans-Culottes (d'abord soutenu par Javogues) ne cessent de demander un tribunal d'exception dans le but de faire guillotiner les principaux fédéralistes et les nobles les plus représentatifs de l'Ancien-Régime du département.

Dès son arrivée de Commune-Affranchie Albitte et les commissaires civils amènent avec eux un ordre de transfert de 6 prisonniers de l'Ain, à faire déférer devant la Commission de Justice Populaire672(*).

Le 30 nivôse an II (19 janvier)673(*) suite à la réquisition de la Commission Temporaire de Commune-Affranchie, on vient chercher, entre trois et quatre heures du matin, deux détenus les citoyens Chambre (ex-procureur) et Bonnet (homme de loi) qui partent de Bourg pour Commune-Affranchie.A Ambronay, ce sont Chaland (ex-magistrat), Cochet (homme de loi) et Debost (avoué), qui sont conduits par 5 gendarmes à Commune-Affranchie. De Belley on fait partir Duhamel674(*). Les 6 hommes sont intérrogés le 1er pluviôse an II (20 janvier) au soir puis sont transférés à la prison de Roanne.

Depuis la venue de Javogues les Sans-Culottes espèrent des exécutions. Avec les listes dressées par Dorfeuille, Millet, Bonnerot et Frilet dans la première décade de pluviôse, le travail se trouve déjà à moitié fait, ces listes étant des intérrogatoires contenant les raisons des emprisonnements. Dans la journée du 23 pluviôse an II (11 février), Merle se rend à Commune-Affranchie, avec un cahier où figurent les actes d'accusation de 29 citoyens (qui comprend les 6 citoyens partis le 30 nivôse an II, les 7 fédéralistes en fuite et les 18 détenus). Dans la nuit du 23 au 24 pluviôse an II (11-12 février) Blanc-Désisles, Juvanon, Alban, Chaigneau, Frilet, Rollet-Marat, Duclos et Convers, se retrouvent dans les appartements d'Albitte. Après un souper, "il fallut enfin savoir où l'on voulait en venir. Alban rompit le silence et mit sous les yeux du représentant une liste nombreuse d'individus qu'il était question d'envoyer à Lyon; le représentant fit la lecture des noms et des motifs et annonça que son intention était de les faire juger"675(*)

L'idée d'envoyer des hommes devant la Commission de Commune-Affranchie, rend Albitte beaucoup plus prudent, alors que les Sans-Culottes s'empressent (sans doute devant la réticence du représentant de faire purement et simplement guillotiner des détenus sans jugement et de Convers676(*) qui "déclara que ce n'était pas le moment de proceder à une pareille éxecution"677(*)); d'augmenter les accusations retenues contre détenus figurant sur la liste : "Désisles, Alban, Juvanon, Gay, Duclos, Laymant se répandirent en propos injurieux contre les citoyens dénommés, les traitèrent de fédéralistes, contre-révolutionnaire, et qu'il était instant de donner un exemple dans ce département afin d'en imposer."678(*)

Après des discussions, où "le représentant reconnut aisément que les gens qui l'entouraient mettaient beaucoup de passion et de vengeance, d'après les propos que tinrent alors Désisles et Alban, qui eurent la hardiesse et l'effronterie de dire au représentant, que sa vie non plus que celle de tous les patriotes ne serait pas en sûreté si l'on ne prenait pas un parti rigoureux contre les scélérats de détenus, qui malgré leur surveillance conspirait toujours."679(*); les Sans-Culottes admettent d'envoyer les détenus non pas à la mort mais au jugement.

Albitte réalise sans doute que le simple fait de faire comparaitre devant la Commission Temporaire les détenus peut néanmoins les mener à la guillotine. Il change d'opinion et en juriste, prend le parti de Convers, qui est de suspendre purement et simplement cet envoi. A ce moment là, Blanc-Désisles, Juvanon, Alban annoncent à Albitte que si l'envoi est suspendu, il faudrait aussi les suspendre de leurs fonctions. Albitte qui a toute confiance en ces hommes, ne peut sans doute pas envisager d'avoir à se passer de bons patriotes comme eux; il reprend la liste et demande tout de même qui sont les plus coupables d'entre tous ces citoyens.

"Tous à leurs yeux l'étaient également et il fallait pour les satisfaire en envoyer au moins quarante. Ce nombre effraya Convers, qui eut une querelle . . . vive"680(*) avec ses collègues. Dès lors s'ouvre un débat animé pour savoir qui, des 80 personnes de la première liste, ferait partie de l'envoi pour Lyon.

Convers dans ces discussions, refuse de voir figurer sur la liste les citoyens Bona Perex (car il n'est pas de Bourg) et Perret (qui est receveur des domaines et a la charge d'une famille nombreuse). Le nom de Bona Perex est d'abord rayé. Alban dit alors à Albitte " as quoi penses-tu représentant, tu ne sais donc pas que Bona Perex est noble et riche"681(*). Le nom de Bona Perex reparaît sur la liste.

Chaigneau essaye de convaincre Albitte de refaire figurer Perret et c'est à nouveau Alban qui arrive à persuader Albitte, en lui faisant comprendre que si le citoyen Ballaydier est du nombre des détenus à partir pour Lyon Perret, qui l'avait accompagné au Jura, devait lui aussi figurer sur la liste.

Parmi les citoyen dont le choix est arrêté, figure le nom de Loubas. A la vue de ce nom Convers fait la remarque à Albitte qu'il était logé chez le dit Loubas. "Le représentant en parut étonné et raya Loubas de la liste" 682(*). En effet, Albitte ne connaissait son logeur que par son titre De Bohan. Populus, l'ex-constituant est ausi inscrit sur la liste, en raison du danger qu'il peut encore représenter dans les assemblées. Figure aussi sur la liste les noms de Meillonnas et de Bévy en raison de leur état de nobles et de leurs fortunes, qui renviendraient à la Nation.

Une liste de 18 personnes est donc arrêtée et l'établissement d'une deuxième liste (où figureront 43 noms) est prévue pour plus tard.

Albitte écrit à ses collègues de Commune-Affranchie afin de veiller à ce que les détenus soient bien jugés.

Albitte donne alors l'ordre à Alban de faire délivrer des passeports pour que les membres des familles puissent rejoindre les détenus. La municipalité ne n'exécute pas car c'est la nuit. De plus Alban sait très bien, que les condamnés ne resteront pas longtemps en vie683(*). Le départ de Merle pour Commune-Affranchie et celui de Gay, quelques jours avant lui, en sont les garanties.

La rapidité avec laquelle la décision d'envoyer des détenus à Lyon est prise semble assez surprenante alors qu'aucune démarche, depuis le 23 frimaire, n'a été faite auprès de Gouly et d'Albitte pour faire juger des prisonniers. Cette volonté des Sans-Culottes de voir disparaitre rapidement des hommes gênants en tous points est-elle la conséquence des mouvements politiques de Paris entre Dantonistes, Robespierristes et Hébertistes ?

Une des rares visites d'Albitte à la société populaire de Bourg, se fait le 24 pluviôse an II (12 février). Le représentant s'y rend pour y entretenir les sociétaires des 18 détenus emmenés se faire juger à Lyon. Il "y parle avec fermeté et simplicité"684(*) (Chercher-t-il a faire pardonner son geste ? ). Par la même occasion, il fait ses adieux aux Sans-Culottes de Bourg. Albitte se met en route pour Belley ("Le représentant Albitte parti dans ces entrefaits pour se rendre à Belley. Désisles qui prévoyait qu'il pourrait plus facilement venir à bout de ses vues dans un pays où il n'était pas connu, proposa au représentant de l'accompagner. Il accepta ses offres"685(*)) en compagnie de Dorfeille, Lajollais et Blanc-Désisles comme secrétaire.

Le convoi des détenus arrive à Commune-Affranchie le 25 pluviôse an II (13 février). Les détenus sont conduit dans une des salles de l'Hôtel de ville, (dans la salle dite du commerce) où ils retrouvent leurs 6 autres concitoyens amenés à Lyon le 30 nivôse (19 janvier). L'interrogatoire a lieu le 26 pluviôse an II (14 février) à 11 heures. "On leur demande leur nom, et à chaque réponse, le président prend le tableau envoyé par Albitte et leur fait lecture de la dénonciation. A peine répondent-ils deux ou trois mots, qu'on leur dit : c'est bon, on ne regarde aucune autre pièce; l'arrêt de mort est prononcé sans qu'ils s'en doutent."686(*) Le 26 pluviôse an II (14 février), 15 des 18 détenus sont condamnés à mort et exécutés le jour même. Le 26 ventôse an II (16 mars), Duhamel est le seul sur les 6 fédéralistes partis pour Commune-Affranchie le 30 nivôse a monter sur l'échafaud. Le 26 pluviôse, jour du supplice de 15 des 18 détenus de l'Ain, la société des Sans-Culottes de Montluel réclament au cours de leurs débats des exécutions

C'est dans un ambiance morne que l'on apprend à Bourg la mort des 15 détenus. Seuls les Sans-Culottes se glorifient de cette affaire. A Belley, Baron-Chalier fait un discours qui est imprimé à 3000 exemplaires. On peut néanmoins penser que la nouvelle de cette exécution a pu affoler les détenus quant à leur sort toujours indécis jusque là.

Quand il prend connaissance des exécutions, Convers se plaint à ses collègues du supplice de ces hommes que l'on a envoyé à la mort "sans les entendre et par conséquent sans les juger. Ils lui répondirent tous qu'ils ignoraient comment la chose s'était passée, mais que puisqu'ils étaient éxecutés il ne fallait plus en parler. Convers voulut leur faire des reproches sur l'acharnement qu'ils avaient mis à cet envoi, Désisles comme un furieux le traita de modéré, l'accusa de vouloir les décrier et leur faire perdre la confiance du peuple, mais que cela ne durerait pas"687(*). L'exécution des 15 citoyens du département de l'Ain provoque des dissenssions entre les Sans-Culottes de la municipalité et du district.

A la Convention les députés de l'Ain Gauthier-des-Orcières et Merlino, qui sont mis au courant des derniers évènements, sans doute par Gauthier ( ex-vicaire non abdicataire et neveu de Gauthier des Orcières) ainsi que par les fédéralistes réfugiés à Paris, qui conservent une correspondance avec le département; font prendre un décrêt par la Convention, le 28 pluviôse an II (16 février), qui enlève à la Commission de Lyon le droit de juger des suspects de l'Ain. Désormais, les détenus de l'Ain ne peuvent pas être jugés en dehors du département. Le fait que le département de l'Ain ne dispose pas d'un tribunal d'exception, met les Sans-Culottes dans la quasi impossibilité de faire juger des détenus sans provoquer une contestation immédiate d'une part de la population.

Un courrier extraordinaire apporte la nouvelle de ce décrêt à Bourg et à Belley le 2 ventôse an II (20 février). Les Sans-Culottes sont réservés quant à la suite à lui donner :

"Nous venons de reçevoir par un courrier extraordinaire le décrêt relatif aux scélérats qui sont dans le cas d'être jugés par la Commission de Commune-Affranchie.

Ce décrêt nous a causé autant de surprise et d'étonnement que tu en éprouveras à sa lecture. Nous ne doutons pas qu'il ne soit le résultat et le fait d'intrigues, et des trames odieuses ourdies par quelques malveillants, coupables eux-mêmes et qui ont voulu soustraire au glaive vengeur leurs complices, fauteurs ou adhérents.

Devons-nous donner l'authenticité convenable à ce décrêt, en livrant à l'impréssion, ou nous borner à en faire adresser copie à chaque district ? Nous attendons ta réponse, qui sera la règle invariable de notre conduite.

Salut et fraternité,

Reydellet, Martine, etc."688(*)

Devant l'impossibilité de pouvoir faire traduire les détenus politiques à Lyon et la crainte de voir Albitte quitter le département, les Sans-Culottes font connaître leur mécontentement à la Convention. Le 4 ventôse an II (22 février), la société de Bourg fait parvenir une adresse à la Convention, portant 155 signatures, qui glorifie le travail d'Albitte et dénigre (une fois de plus) le passage de Gouly : "combien de Gouly eussiez-vous envoyés avant de produire ces heureux résultats, fruits d'un séjour pendant un mois, du représentant Albitte ?"689(*)

Le 7 ventôse an II (25 février), les Sans-Culottes de Bourg envoient une adresse de soutien envers Javogues à la Convention. Toujours le 7, ils envoient aussi une protestation à la Convention pour demander que le décrêt soit rapporté, en mettant en avant la liaison entre les fédéralistes de l'Ain et ceux de Lyon. Sans doute l'arrivée de ce décrêt sauve la tête de quelques fédéralistes belleysiens, que Masse, Thorombert, ou Carrier auraient bien voulu voir tomber.

Est-ce à cause de ce décrêt de la Convention et sous la préssion des militants sans-culottes, qu'Albitte par arrêté fait réarmer, le 2 ventôse an II (20 février), les vrais "maratistes" de Bourg ?

Le 3 ventôse (21 février) Albitte se rend de Belley à Lyon, auprès de ses collègues sans doute pour avoir leur avis sur la situation. Le 12 Ventôse an II, il écrit de Chambéry au Comité de salut Public, où imprégné des ressentiments des Sans-Culottes qu'il vient de quitter, il demande le rapport du décrêt du 28 Pluviôse. Pour lui (et par conséquent pour les Sans-Culottes de l'Ain), le but rechercher par les députés de l'Ain est de sauver les fédéralites qui ont infetsés le département et opprimés les sans-culottes690(*).

En l'an III, les citoyens de Belley, dans leur adresse à la Convention, montrent Albitte brisant tous les meubles qu'il voit et exultant sa rage par les pores de sa peau, à l'annonce du décrêt691(*). Sans doute exagèrent-ils, Albitte étant comme nous l'avons vu, plutôt pondéré et peu enclin à des colères violentes comme Javogues.

Il reste à Commune-Affranchie jusqu'au 5 ventôse (23 février) et se rend à Bourg en passant le 5 ventôse (23 février) par Trévoux, le 7 (25 février) par Châtillon-sur-Chalaronne et arrive à Bourg le 8 (26 février).

Très rapidement, les Sans-Culottes apprennent que les députés de l'Ain sont à l'origine de ce décrêt. Le 30 pluviôse an II (18 février) Merle, alors à Paris avec Dorfeuille pour s'occuper d'arrêter les fédéralistes en fuite (voir page 155), écrit à ses collègues de Bourg : "Je n'ai vu et ne veux voir aucun de nos députés avant que les affaires dont je suis chargés ne soient finies, comme ils n'ont pas la confiance des Sans-Culottes de Bourg, ils n'ont pas conséquemment la mienne. Dorfeuille a vu hier soir Gauthier qui l'a invité à venir diner chez lui et m'a engagé à le suivre aujourd'hui décadi, j'ai brusquement refusé.

J'ai vu Reverchon qui m'a assuré que le décrêt qui défend au tribunal révolutionnaire de Lyon (sic) de juger l'affaire de nos fédéralistes avait été fortement sollicité par notre députation, il faut avouer que cette députation est éprise d'une belle énergie pour tout ce qui n'est pas dans le sens de la Montagne."692(*)

Dès lors, les Sans-Culottes s'attaquent aux membres de la députation de l'Ain,sauf Jagot, qui les soutient. Ces attaques, liées à l'absence d'Albitte en ventôse et germinal, vont amener les Sans-Culottes à modifier leur politique et sans doute épouser les idées d'Hébert sur les prisons et la Convention. A Paris, les députés de l'Ain eyx font s'affairer à rendre stérile l'action des Sans-Culottes.

Le 3 ventôse an II (21 février), Chaigneau en vertu d'un arrêté d'Albitte, est nommé receveur des domaines.

II : l'organisation du Gouvernement Révolutionnaire

Albitte réorganise les administrations de Bourg, Belley, Trévoux, Nantua, Pont-de-Vaux et Montluel. C'est à dire qu'il change les administrateurs presque entièrement, sur les conseils des sociétés populaires ou de son entourage.

Quant aux autorités constituées des villages, Albitte en confie l'épuration aux agents nationaux des districts. Ces dernières n'ont pas l'ensemble de leurs membres changé mais juste quelques nouveaux membres en remplacement d'autres.

A : réorganisation et épuration

des autorités constituées

Albitte durant sa mission ne prend pas sous sa responsabilité directe, d'épurer les communes du département. Albitte ne fait pas de choix concernant les autorités constituées n'étant pas des villes chefs lieux de districts. Il confie entièrement cette tâche aux agents nationaux, qui se renseignent sur les hommes compétents et font connaître leurs choix à Albitte, qui généralement entérine leurs décision.

les choix d'Albitte, Bourg, Belley

et les districts

Durant sa présence dans l'Ain, Albitte (comme l'a fait avant lui Gouly) nomme des fonctionnaires publics en qui il peut avoir confiance pour mener à bien l'établissement du Gouvernement Révolutionnaire. Cette pratique n'est pas une invention du représentant. Javogues dans la Loire693(*), ou les représentants à Commune-Affranchie, ont déjà fait l'expérience de cette politique. C.Lucas montre bien que ce" processus habituel" est un des seuls moyens pour les représentants en mission, de pouvoir s'assurer un personnel administratif compétent dans ce que le représentant attend d'eux; "Le processus habituel, . . ., consiste pour le représentant en mission à purger les autorités locales au cours d'une réunion publique du club ou d'une assemblée de la population. Les proconsuls travaillent en étroite association avec les sociétés populaires"694(*). Albitte ne fait pas exception à cette règle. Si en pluviôse an II, il réorganise les autorités au cours d'une réunion; en germinal an II ces réorganisations ne sont plus le fait d'Albitte mais de commissaires nommés à cet effet. Ces épurations de germinal n'ont indéniablement plus le faste théâtral de celles de pluviôse. Elles sont plus rapides et plus efficaces, car elles sont confiées directement aux personnes sur lesquelles s'appuie Albitte pour connaitre les bons patriotes.

Une autre différence mineure, se fait aussi jour; Albitte durant sa mission ne pratique que très peu les épurations. En effet, il préfère réorganiser totalement les autorités constituées, en se fixant sur les conseils de son entourage.

Contrairement à Javogues, Albitte réforme les niveaux les plus bas de l'administration. Certes, il ne se charge pas personnellement de cette tâche, mais l'idée de poser les fondements durables du Gouvernement Révolutionnaire passe par le besoin de disposer de patriotes sûrs au bas de l'échelle administrative et, qui mieux que les Sans-Culottes peuvent déterminer qui sont ces hommes ?

Albitte avant de réorganiser les autorités constituées, (district, municipalité, justice de paix, comité de surveillance), se fait porter les registres des différentes autorités. Ces remises de registres ont lieu pendant les deux premières décades de pluviôse an II. Pour apporter les registres des autorités sises à Belley, des mois de mai, juin, juillet et août 1793 à Albitte, ce dernier nomme un sans-culotte de Bourg, le citoyen Gay. A Bourg, les administrations rendent compte de leur conduite à Albitte dans les 4 où 5 premiers jours sa présence. Doté des registres Albitte peut donc, avec l'aide de son entourage choisir le personnel patriote propre à tenir les rênes des administrations.

Avant même l'arrivée d'Albitte à Bourg, une liste695(*) du nouveau personnel administratif à nommer l'attend. Albitte, après avoir rassemblé les registres des administrations et écouté les comptes rendus des dites administrations, se renseigne auprès de la société populaire sur le personnel à nommer. A deux exceptions, le personnel nommé est le même que celui voulu par les Sans-Culottes. Le 6 pluviôse an II (25 janvier), Albitte se rend au directoire du département, accompagné de Dorfeuille, Vauquoy et Millet. Là, à deux heures de l'après-midi dans la grande salle du conseil devant le peuple assemblé, Albitte fait une déclaration rédigée le 5 pluviôse an II (24 janvier), où il présente ses vues quant à la conduite qu'il attend des administrateurs qu'il va nommer. Puis, il fait lire par Darasse696(*) son arrêté nommant les nouveaux membres du directoire du département et leur fait prêter serment, leurs mains dans les siennes. Mais cette réorganisation est incomplète. En effet, sur les 9 membres que compte le directoire du département, seulement 6 sont nommés. Il faut attendre le 7 pluviôse an II (26 janvier) pour que les trois administrateurs manquant soient nommés. Des administrateurs en fonction jusqu'au 5 pluviôse an II (24 janvier), seul Martine reste en place. Seul le citoyen Pochon n'a pas été nommé conformément aux voeux des Sans-Culottes. Les autres administrateurs, comme Peysson, sont destitués ou comme Baron-Chalier et Blanc-Désisles, réservés à d'autres emplois.

Durant la présence d'Albitte dans l'Ain, le directoire du départemnt de l'Ain ne va pas cesser de subir des modifications.

Le 10 pluviôse an II (29 janvier), c'est Juvanon qui est appelé par Albitte, sans doute sur l'insistance des Sans-Culottes. Le 18 pluviôse an II (6 février), Tenand qui est nommé agent national du district de St Rambert, quitte le directoire du département. Ce n'est que le 18 ventôse an II (8 mars), qu'il est remplacé par Foron de Trévoux. Le 12 ventôse an II (2 mars), Baron-Chalier est rappelé au département. Le 19 ventôse an II (9 mars), Reydellet est incarcéré sur ordre de ses collègues Sans-Culottes (Nous verrons plus loin pourquoi). Enfin le 30 germinal an II (19 avril), c'est Girod de Thoiry qu'Albitte nomme au département, après avoir consulté la société populaire de Gex.

On peut donc se rendre compte que le directoire du département est rarement réuni au complet et quand il l'est, c'est sous l'influence de Martine et surtout Juvanon, chez qui les opinions divergeantes de ses collègues, déclenchent des colères incroyables.697(*) Le département voit arriver des administrateurs issus de la société populaire (Juvanon), ce qui renforce la puissance de ces derniers au sein d'une administration, qui jusque là était plutôt tenue par des modérés.

Le 4 pluviôse an II (23 janvier), Albitte prend un arrêté qui réorganise le district de Bourg. Durant l'assemblée du 6 pluviôse an II (25 janvier), Rollet-Marat reprend ses fonctions et les citoyens Ryon, Juvanon et Gallien sont nommés au directoire et huit autres sans-culottes sont nommés au conseil. Mais une place reste vacante. Ce n'est que le 24 pluviôse an II (12 février), avant son départ pour Belley, qu'Albitte désigne le membre du directoire manquant.

Le 5 pluviôse an II (24 janvier), Albitte rédige les arrêtés épurant la municipalité de Bourg et le comité de surveillance.

Le 6 pluviôse an II (25 janvier), lors de l'assemblée au directoire du département, la municipalité de Bourg est réorganisée. Alban reste maire, mais Albitte nomme personnellemnt Blanc-Désisles agent national de la commune698(*). Ce dernier acquiert donc un rôle politique plus actif que lorsqu'il était au département. Sur 29 membres, la municipalité de Bourg compte 20 personnes venant du peuple, des petits artisans et ouvriers.

Le 5 pluviôse an II (24 janvier) Albitte rédige l'arrêté concernant le comité de surveillance. Et c'est le 6 pluviôse an II (25 janvier), durant cette même assemblée, qu'Albitte après avoir pris des renseignements auprès de la société populaire, "réorganise et épure"699(*) le comité de surveillance de Bourg. Ce dernier est toujours composé de douze membres. Parmi les membres du comité épuré, 7 ont fait partie de l'ancien. Le nouveau comité de surveillance est composé en grande majorité d'hommes du peuple; on y trouve, un marchand de verre, un ébeniste, un marchand de serrurier, un charron, deux menuisiers, un huissier, un tailleur de pierre, un notaire, un perruquier, un vétéran et un marchand quincailler. Le nouveau comité de surveillance est l'émanation parfaite du voeu de la société des Sans-Culottes. Convers, Ducret, Courenq et Broccard sont les éléments durs de ce comité. Le comité de surveillance ne change donc pas d'obédience politique comme le département mais de personnel. Il demeure très populaire et sur les 12 membres, seuls Servette et Rostain ne signent pas du fait de leur illétrisme. Le 7 pluviôse an II (26 janvier) les anciens membres du comité se rendent à la séance de ce dernier pour recevoir l'indemnité qu'il leur est accordée. Cette dernière s'élève pour l'ensemble des 12 membres, à 1398 livres pour 2 mois de fonctions.

Le 7 pluviôse an II (26 janvier) c'est au tour du tribunal criminel d'être épuré. Merle demeure accusateur public. Dans son arrêté, Albitte donne une nouvelle dimension au tribunal criminel; ses pouvoirs sont étendus : "Son premier devoir est de venger la République des traîtres et des conspirateurs qui troublent son bonheur"700(*). Dès lors les Sans-Culottes, qui détiennent les listes de suspects, sont dès le début de pluviôse an II à même, avec le soutien des commissaires civils, de pouvoir entreprendre une vengeance effective vis-à-vis des fédéralistes. Toutes les autorités constituées qui sont réorganisées et épurées ce jour là, prêtent le même serment : "de mourir à leur poste, de veiller sans relâche à l'intérêt public et de ne voir que la patrie avant tout"701(*). A nouveau les autorités sont pleinement aux mains des Sans-Culottes.

Les épurations se poursuivent tout au long de la mission d'Albitte à un rythme discontinu.

La seconde épuration de district est celle de Nantua, où se trouve Albitte le 26 pluviôse an II (14 février); district, municipalité, tribunal de district et comité de surveillance sont alors épurés. Le 27 pluviôse an II (25 février), c'est le district de St-Rambert qui voit ses administrations épurées. Dans ces épurations, Albitte ne prend plus le temps de réfléchir personnellement à la composition des administrations. Désormais, il se repose entièrement sur son entourage pour lui désigner les hommes à nommer.

Belley a ses autorités constituées épurées le 30 pluviôse an II (18 février). Les Sans-Culottes belleysiens libérés par Albitte retrouvent leur pouvoir. Bonnet et Masse sont au district et Carrier au comité de surveillance. Par la suite quelques changements ont lieu. Le 12 ventôse an II (2 mars), Albitte nomme le citoyen Visian comme membre du conseil du district de Belley. Ce dernier prend ses fonctions le 16 ventôse (6 mars). Le même jour, une série d'arrêtés concernant l'administration de Belley est prise par Albitte. Bonnet est nommé à l'agence nationale du district, Dumant est nommé au directoire du district. Ces deux arrêtés sont appliqués le jour même 702(*). Deux autres arrêtés, du 13 ventôse an II et du 14 (3-4 mars), transfèrent l'administration du district dans un nouveau bâtiment (dans la maison dite Duery)703(*) ainsi que la société populaire.

En réponse à une pétition du 7 pluviôse an II (26 janvier) des citoyens du district de Gex, Albitte, le 3 ventôse an II (19 février) casse l'arrêté de Gouly, qui supprime le district de Gex. Le 17 ventôse an II (7 mars) Albitte réorganise les bureaux du district et le 19 germinal an II (8 avril), il fait l'épuration des autorités se trouvant à Gex. Le 5 ventôse an II (23 février), alors de retour de Commune-Affranchie, Albitte épure les administrations se trouvant à Trévoux. Le 7 ventôse an II (25 février) le district de Pont-de-Vaux est épuré, mais il faut attendre le 21 ventôse an II (11 mars) pour que le district de Montluel subisse l'épuration. Pour ces trois derniers districts Albitte attend avant de statuer, les rapports de ses commissaires civils partis dans ces districts par arrêté, le 24 pluviôse an II ( 12 février).

Comme nous l'avons vu, les réorganisations des administrations des districts, ainsi que celle du département, ne sont jamais fixes. En effet, pour différentes raisons (missions, mises en détention), les administrations des districts se retrouvent rarement au complet. Et quand bien même elles le sont, elles demeurent sous l'influence du parti sans-culotte, qui impose facilement ses intentions :

"il ne se tenait pas de directoire, que le dit Rollet, Gallien et Juvanon apportent les décisions motivées et arrêtés et les présentent à signer, se répandant en propos durs et violents lorsque les autres administrateurs refusaient de signer. Que dans l'espace de quatre ou cinq mois que le déclarant a été administrateur, il s'est tenu a peine quatre ou cinq directoires."704(*)

le choix des agents nationaux : les municipalités

Les réorganisations et épurations, où les autorités ont été (en théorie) choisies et désignées par le représentant, s'arrêtent à celles des districts.

Albitte le 24 pluviôse an II (12 février), se décharge de la résponsabilité d'épurer les communes et délègue à Rollet-Marat (et Gallien son suppléant) le pouvoir de nommer des "vrais patriotes aux fins de se rendre dans les différentes communes du dit district, y prendre des renseignements sur les autorités constituées et de désigner les citoyens les plus propres à remplir des fonctions"705(*). Albitte confie désormais les épurations aux Sans-Culottes.

Les mêmes pouvoirs sont délivrés le 14 ventôse an II (4 mars) à l'agent national du district de Belley, ainsi qu'à Délilia l'agent national du district de Nantua, à Nicod-Marat agent national du district de Gex, ainsi qu'aux agents nationaux des autres districts.

Les agents nationaux des districts, nomment deux commissaires par cantons, avec mission de s'instruire sur les autorités constituées des dites municipalités et comme dans le district de Bourg, de s'assurer de l'exécution des arrêtés d'Albitte; notamment ceux sur la démolition des châteaux et des clochers706(*) .

Si la majorité des communes voient leurs autorités épurées sans rien dire, certaines se montrent assez revêches à un changement de personnel. Ainsi, le 28 ventôse an II (18 mars), alors que Rollet-Marat et Gallien sont à Montrevel, pour y rencontrer les autorités, le citoyen Burge s'indigne que l'on veuille changer les autorités constituées, lors de la séance de la société populaire à laquelle participent l'agent national du district de Bourg et son suppléant. La motion de Burge est soutenue et pour calmer les esprits et mener à bien sa mission, Rollet-Marat impose le silence et menace d'emprisonnement quiconque parlerait et soutiendrait cette motion. A Chazey le 30 ventôse an II (20 mars), 3 citoyens empêchent les commissaires nommés par l'agent national du district de St Rambert, de prendre des renseignements sur les personnes susceptibles de composer la nouvelle municipalité.

Les missions de ces commissaires se déroulent tout au long du mois de ventôse an II. Dans le district de Nantua, les commissaires nommés par Délilia, sillonnent les cantons du 12 au 23 ventôse an II (2-13 mars). A Belley, ces commissaires sont nommés le 16 ventôse an II (6 mars) et rédigent leur rapport le 23 (13 mars). A Bourg, ces commissaires sont nommés le 30 pluviôse an II (18 février), par Rollet-Marat. Ils bénéficient de la somme de 1600 livres, qui leur est avancée, pour payer leeurs dépenses. Au total 1290 livres sont dépensées; 350 livres pour l'épuration des cantons de Ceyzériat et de Pont-de-Vaux, 400 pour les cantons de Treffort et Coligny. 265 pour ceux de Bourg et Montrevel et enfn 275 livres pour les cantons de Chavanne et de Buenc707(*) .

Une fois les rapports de leurs commissaires reçus, les agents nationaux font parvenir les résultats à Albitte. Le 15 germinal an II (4 avril), Rollet-Marat écrit à Albitte ses attentes et ses déboires quant à ces épurations :

"Je t'envoie la liste de tous les citoyens proposés pour composer les autorités constituées de ce district; elle est le résultat du travail fait par des Sans-Culottes, par moi choisis en exécution de ton arrêté.

J'ai été obligé de me transporter dans les chefs lieux de canton pour réparer des erreurs et omissions faites par ces commissaires et il se rencontre encore de ces omissions dans d'autres communes, car dans plusieurs ils ont oubliés de désisgner des assesseurs des juges de paix et il serait à propos qu'après que tu auras examiné cet ouvrage, tu me chargeras de le parachever en m'autorisant à procéder à l'installation des autorités constituées et à faire tous changements nécessaire pour le bien public."708(*)

Rollet-Marat demande à être chargé de ces installations. Ainsi les Sans-Culottes n'ont dans les autorités constituées des communes des différents cantons, que des hommes politiquement sûrs. La main mise sur les administrations est totale.

Rollet-Marat obtient satisfaction le 22 germinal an II (11 avril) quand Albitte, de Carrouges, prend un arrêté global à tout le département, qui autorise les agents nationaux des districts à "se transporter incessamment dans les différentes communes de (leur). . . arrondissement aux fins de procéder à l'installation des officiers municipaux d'icelles, juges de paix et comité de surveillance des cantons"709(*).

Mais, si l'arrêté global rédigé le 22 germinal an II (11 avril) donne la fonction d'épuration aux agents nationaux, Albitte durant ses déplacements se charge parfois d'épurer lui même les autorités constituées des communes qu'il traverse. Ainsi le 15 germinal an II (4 avril), le comité de surveillance de Versoix est réorganisé par Albitte. Le nouveau comité prend ses fonctions le 19 germinal (8 avril), jour où Albitte épure celui de Ferney-Voltaire.

En exécution à l'arrêté du 22 geminal an II (11 avril), des cahiers sont imprimés. Un cahier par canton, où chaque page correspond à une commune. Quand l'épuration des autorités d'une commune est effectuée, l'agent national du district signe au bas de la page concernant la dite épuration.

Les agents nationaux des districts se rendent eux-mêmes dans les communes de leur arrondissement afin de mettre en place les nouveaux fonctionnaires.

Dans la plus grande majorité des cas, les hommes mis en place, sont ceux que les agents nationaux ont désignés au représentant. Quelques exceptions sont cependant à noter. Ainsi en vertu de l'arrêté d'Albitte du 21 pluviôse an II (9 février), qui interdit aux prêtres mariés d'habiter dans la commune où ils ont exercé, le citoyen Monnet ex-curé de Préssiat, n'a pas pu être installé comme notable. De même le citoyen Samuel, ex-chanoine à Varambon n'a pas put être installé.

Il arrive aussi que des nominations soient modifées. L'agent national de la commune de Villereversure n'a pas été nommer comme cela avait été prévu car trop de dénonciations ont été faites à son égard.

Mais il arrive que les agents nationaux soient obligés de céder sous la pression de la population. Ainsi à Bény, le citoyen Grand, qui a la faveur des citoyens est nommé maire, alors que l'arrêté prévoyait le citoyen Claude-Joseph Perrin. L'installation des nouvelles autorités constitués prend plus de temps que prévu. Dans le district de Bourg, elles ne sont terminées que le 4 prairial an II (23 mai), (soit près de 1 mois et demi après l'arrêté de Carrouges); alors que Rollet-Marat dit ne pas avoir encore installé les autorités de la commune de Certines.

Les épurations faites durant la présence d'Albitte, sont les dernières faites durant la domination des Montagnards.

Albitte, pour réorganiser et épurer se repose volontiers sur un personnel révolutionnaire plus à même de savoir qui placer. Si les épurations communales des cantons ne sont pas un élément majeur de la politique menée par Albitte, celles faites dans les villes de Bourg et de Belley donnent aux Sans-Culottes un pouvoir politique encore jamais atteint jusqu'ici. En effet, grâce à leurs conseils, Albitte nomme des hommes sûrs là où les Sans-Culottes le désiraient et non pas là où l'intérêt général aurait pu le commander.

B : Albitte et le culte

Une des autres préoccupations à laquelle Albitte voue un grand intérêt sont les fêtes décadaires et plus largement la question religieuse. La mission d'Albitte dans l'Ain et le Mont-Blanc est la seule connue de ce type, qui a cherché à établir les bases nouvelles d'un culte où chaque citoyen est aussi le pasteur d'une religion reprennant la base du christianisme mais où sont aussi louées les vertus de l'homme nouveau qu'est le sans-culotte.

les fêtes décadaires

Le calendrier républicain et le culte décadaire sont très mal suivis par la population du département. Albitte dès son arrivée, va faire beaucoup d'efforts pour que la décade soit respectée et pour que le décadi des fêtes soit organisées.

Quand Albitte arrive dans l'Ain, les fêtes décadaires sont presque inexistantes.

Durant sa présence dans l'Ain (donc essentiellement à Bourg) Albitte, avec l'aide de Dorfeuille et de Blanc-Désisles, va mettre en place des fêtes décadaires.

A la vue des fêtes décadaires célébrées à Trévoux et à Bourg, il est indéniable que ces dernières soient orchestrées par Dorfeuille, qui à Commune-Affranchie faisait déjà preuve de goût pour les mises en scène patriotiques(fête en l'honneur de Chalier, canonnades des Brotteaux).

Ces fêtes décadaires suivent toutes le même schéma : le canon tonne pour inviter les gens, puis un cortège composé des autorités, de soldats (hussards et volontaires) et de citoyens parcourent la ville jusqu'à la place Marat. Là plusieurs discours sont lus. Parfois des chariots surmontés d'allégories sillonnent les rues, mais à chaque fois ont lieu soit des abdications de prêtres soit des autodafés d'objets du culte. A la suite, un repas et,ou, un bal est offert à la population. Dans les campagnes, celles-ci sont un des seuls moments où peuvent être lues les lois à la population :

"Chaque décade nous donnons connaissance à nos concitoyens assemblés à cet effet dans le Temple de la Raison, des loix, des arrêtés et de tous les écrits qui nous parviennent. Nous leur donnons connaissance des nouvelles; nous y mêlons aussi quelque discours moral; nous ne sommes pas fort sur cet objet mais nous disons ce que nous savons. Ca ira.

Pour faire oublier à nos concitoyens leurs pratiques supersticieuses, nous les intérressons à la célébration de la décade par des danses champêtres et des actes de bienfaisance.

Nous faisons couler au pied de l'arbre de la liberté quelques feuillettes de vin qui sont distribuées aux citoyens les plus indigents, nous animons la danse par notre présence et en participant à la joie publique. Enfin nous terminons la fête par un repas frugal et fraternel, les citoyens infirmes et indigents sont placés à nos cotés. Les cris de vive la République, vive la Montagne, vive l'Egalité sont mille fois répétés, des hymnes à la liberté sont chantés avec enthousiasme par tous les citoyens"710(*).

Il arrive aussi que les commissaires d'Albitte soient les instigateurs des fêtes décadaires là où elles sont inexistantes. A Trévoux, Millet et Bonnerot font organiser par le comité de surveillance la fête du décadi 30 pluviôse an II (18 février). Elle reste assez similaire à celles qui ont lieu à Bourg au même moment :

"La générale battra à sept heures du matin. A huit heures le cortège se rassemblera sur la place de la Liberté.

Un corps de musiciens et de tambours doit être avec les autorités constituées.

La gendarmerie ouvrira la marche, les cannoniers ensuite, un groupe d'enfants les suivront (sic).

Les autorités constituées tenant par dessous le bras des pauvres hommes et femmes, ensuite quatre jeunes filles habillées de blanc représentant les moeurs, la raison, la liberté et la vérité; viendront ensuite les cidevant prêtres qui ont abdiqué leurs fonctions. La Municipalité les préviendra que leur devoir est de se rendre à la fête de la Raison. Ensuite la société populaire. La marche sera fermée par des citoyens et citoyennes indistinctement.

On se transportera sur la place de la Montagne. Il sera fait un petit discours en l'honneur de la Raison; de là à la porte du Pont, ensuite on se rendra au Temple de la Raison .

Les quatres jeunes filles seront placées sur un lieu élevé.

Les pauvres auront des sièges dinstincts. Les corps constitues prendront place, ensuite tous les citoyens et citoyennes.

On lira les lois et un discours civique, les mariages seront célébrés s'il y en a, des prêtres, les citoyens et citoyennes feront venir leur repas. Les pauvres seront premièrement servis par la municipalité en écharpe. A quatre heures le bal commencera sur la terrasse si le temps est beau.711(*)

A Bourg, un résumé de ces fêtes décadaires est immanquablement imprimé jusqu'au 30 pluviôse an II (28 février). La première fête décadaire de Bourg a lieu le 30 nivôse an II (19 janvier). Un résumé de cette fête parait dans le numéro 8 du Journal Républicain de Rhône-et-Loire. Cette fête diffère de celles qui suivront. Elle est la seule où une mascarade antireligieuse prend place dans le programme festif .712(*) En effet, trois ânes sont grimés en roi, en prêtre et en pape. Une femme représentant la Raison fait le pendant à un homme représentant le fanatisme.

A Belley aussi l'emploi des mascarades antireligieuses a lieu. La figure d'un homme habillé en évêque chevauchant un âne, tête bêche, est reprise dans beaucoup des villes du département.

La seconde fête a lieu le 10 pluvôse an II (29 janvier). Elle glorifie la présence d'Albitte.

dessin fête décadaire

rapport de la fête de Bourg

Une erreur de date reporte ces deux imprimés au même décadi. L'imprimé ci-dessus se rapporte a la célébration du 10 pluviôse an II (29 janvier). Celui d'en dessous à la fête lieu le 20 pluviôse an II (8 février).

Ces fêtes décadaires ont comme paroxysme les abjurations. Il faut remarquer le soin avec lequel il est dit que les cloches ne sont plus sonnées et que le canon les remplace.

Le décadi 30 pluviôse an II (18 février) ce ne sont plus Albitte et ses commissaires qui animent la fête, mais Alban. Ce jour voit la prestation de serment de 12 religieuses. Mais même si les prinicipaux maîtres d'oeuvre de ces fêtes sont absents, les Sans-Culottes de la municipalité font la lecture du discours de Dorfeuille aux défenseurs de la patrie, réimprimé à cette occasion (voir page 65 ).

Même si Albitte a vu à Commune-Affranchie ces fêtes se mettre en place, il semble que le désir de Dorfeuille de tourner le culte catholique en dérision, en soit le moteur.

Avec Albitte dans l'Ain, ces fêtes décadaires, (soutenues par l'impression de 4000 cahiers de chants patriotiques713(*)), tentent d'anéantir le culte catholique dans ses fondements, dans ce qu'il a de religieux. Ces fêtes essayent de reprendre les pratiques chrétiennes : processions de personnes ou de personnages714(*), prêches et discours. Mais on y intégre de nouvelles pratiques païennes comme les danses et le repas. Le message politique des fêtes décadaires a dans Dorfeuille, Millet et Blanc-Désisles des serviteurs dévoués qui mettent leur expérience théâtrale au service du nouveau culte715(*).

La tentative des fêtes décadaires pour tourner en dérision le culte catholique en récupérant ses rites afin de le supplanter par le nouveau culte de la Raison, n'est pas une réussite. Cette démarche est un échec. Les fêtes décadaires disparaissent après le départ d'Albitte de Bourg. Le 4 prairial an II (23 mai), Rollet-Marat reconnait que "le fanatisme règne encore parmi les habitants des campagnes"716(*).

dessin de mascarades

En marge des fêtes décadaires ont lieu des fêtes civiques.

A Bourg le 6 pluviôse an II (25 janvier), on fête la mort de Louis XVI. Ce jour là, des effigies des rois d'Angleterre, d'Espagne, de Prusse, de Sardaigne, l'Empereur du St Empire, le Pape et Pitt sont guillotinés. Une éffigie de femme représentant la ville de Toulon est brulée.

Dans beaucoup de communes rurales, si les fêtes décadaires sont absentes, la présence d'Albitte et le relent de démocratie qu'il colporte, donnent naissance à des fêtes civiques qui ont lieu le décadi. A Treffort le décadi 10 ventôse an II (28 février), une fête civique est organisée par la municipalité lors de la mise en terre du nouvel arbre de la liberté.

Malgré les efforts de tout le personnel révolutionnaire, la décade (et les fêtes décadaires) est très peu suivit par les gens de la campagne qui préfèrent ne pas travailler le dimanche (donc un jour sur sept) plutôt que de goûter au repos décadaire, ( un jour sur dix) . L'ex-prêtre Tollet de Trévoux, ardent sans-culotte se plaint, le 10 ventôse an II (28 février), du peu de zèle qu'ont ses concitoyens à venir écouter la lecture des lois le décadi.

Parmi les commissaires civils qu'Albitte envoie sillonner le département, Vauquoy et Convers font preuvent d'originalité pour empêcher de chômer le dimanche : "Les officiers municipaux de Pont-de-Veyle luttaient depuis longtemps contre le fanatisme de leur commune et ceux des communes voisines, ils avaient employé tous les moyens possibles pour faire triompher la Raison sur l'erreur et n'avaient pu en venir à bout; ce qui avait donné lieu à différentes proclamations qui n'avaient pas eu un meilleur succès, au point que le 19 du courant ( nous sommes au mois de ventôse an II), une foule immense d'hommes et de femmes de la campagne et de la ville parcourait les rues de Pont-de-Veyle et affichait dans les cafés et les cabarets l'incivisme et l'oisiveté. Il s'agissait de réprimer un abus absolument contraire au régime républicain et plus encore dangereux par son exemple. En conséquence ils nous ont invité (les membres de la municipalité) à les seconder dans une mesure essentielle qui tendait à intimider les fanatiques et les personnes égarées et à les faire rentrer dans le devoir en les faisant arrêter momentanément pour les forcer à entendre une morale civique."717(*)

Malgré des mesures d'exception et un personnel révolutionnaire virulent, le district de Bourg, voit les dimanches chômés. Le 23 ventôse an II (3 mars) Rollet-Marat fait part à ses collègues de la surprise qu'il a eue, de voir des gens célébrer le dimanche alors qu'il parcourait le district. Cette remarque de Rollet-Marat amène le district de Bourg, (toujours le 23 ventôse an II), à interdire à tous les hoteliers, cabaretiers et traiteurs de donner à boire et à manger les jours de fêtes et dimanches, ne pouvant pas ainsi inciter les travailleurs à chômer. Le même arrêté est pris par le disitrict de Trévoux et la municipalité de Meximieux au début de germinal an II.

Malgré ces efforts, le dimanche est souvent chômé.

l'arrêté du 8 pluviôse an II

les abdications

Répondant aux attentes de la politique locale et nationale, Albitte inaugure le 8 pluviôse an II (27 janvier), un serment unique dans l'histoire de la déprêtrisation durant la Révolution. Le 8 pluviôse an II (27 janvier), Albitte signe un arrêté de 11 articles, qui comprend aussi un serment. Ce dernier, étant donné la spécificité des termes employés, est sans doute l'oeuvre de Jules Juvanon, (le St Just de st Rambert, ex-prêtre) et certainement pas celle d'Albitte.

Cet acte, qui se veut aussi solennel que peut l'être tout acte religieux, est un serment qui, après celui de la Constitution Civile du Clergé et celui de défendre la liberté et l'égalité, cherche à rendre le prêtre citoyen, à une période de la Révolution qui ne voit en lui qu'un suspect.

Cet arrêté d'Albitte arrive à la fin de la vague déchristianisatrice de l'hiver an II. D'où cette singularité du serment d'Albitte; il se situe au moment où la Convention essaye de stopper la déchristianisation spontanée des mois de brumaire et frimaire an II, initiée par les représentants du peuple comme Fouché ou Dumont. De ce fait, c'est le seul exemple connu qui applique par un arrêté, l'idée déjà développée en frimaire de faire abdiquer les prêtres718(*). Albitte n'est pas l'instaurateur de cette pratique. Dans l'Ain, ces abdications de prêtres existent déjà et constituent jusqu'à l'arrêté d'Albitte, des actes volontaires. Le 21 brumaire an II (11 novembre), le premier curé a abdiquer sa foi, est le citoyen Burtin curé de Jayat. Il est suivit le 25 brumaire an II (15 novembre), par le citoyen Grumet. Le 12 frimaire an II (2 décembre), c'est au tour de l'ex-prieur des bénédictins de Nantua, le citoyen De Lombard, d'abdiquer sa prêtrise en ces termes : "Aujourd'hui, en mon propre et privé nom, je viens déclarer à la face du monde entier que, sans bulle ni pontife, par le seul pouvoir que me donne les droits de l'Homme, je me déprêtrise, et que, purifiant les quatre doigts de mes mains qui ont reçu seuls le fatal caractère du sacerdoce. . .j'abdique solennellement cet état".719(*)

Cette politique d'Albitte est comme pour les suspects, la suite de ce que Javogues a commencé à faire en frimaire720(*) .Gouly, par la suite n'a pas été tendre avec les prêtres721(*). Il répondait en cela, bien aux attentes des Sans-Culottes.

"Qu'est-il besoin de prêtres pour le culte primitif de la raison ? Pourquoi des intermédiaires entre Dieu et nous ? Il parle à nos coeurs, il lit dans nos âmes; cela nous suffit.

Mais voulez-vous voir renaitre les dîmes ? Conservez les prêtres. Voulez-vous voir rétablir le casuel ? Conservez les prêtres. Voulez-vous voir soutirer votre argent par des pratiques absurdes, de faux miracles, des actes de dévotion intérressés ? Conservez les prêtres. Voulez-vous exposer vos femmes et vos filles à la séduction d'une classe d'hommes qui fait profession de contrarier le voeu irrésistible de la nature ? Conservez les prêtres. Enfin, voulez-vous laisser aux intrigants, aux aristocrates, aux ci-devants seigneurs, aux facteurs secret du royalisme, leurs amis, leurs partisans, leurs soutiens naturels, et voir la tyrannie renaitre de ses cendres ? Conservez les prêtres."722(*)

A la lecture de ce réquisitoire si rigoureux de Reydellet contre les prêtres du 25 nivôse an II (14 janvier) et des idées de Dorfeuille sur la religion723(*), il n'est pas étonnant que le 8 pluviôse an II (27 janvier), après une mûre réflexion quant aux termes à employer, Albitte signe l'arrêté systématisant l'abdication, en soumettant les prêtres au serment d'abjuration. Pour Albitte son arrêté à un but précis et répond à une politique claire, il veut montrer au peuple qu'en abjurant leur foi, les religieux sont des victimes de l'Eglise. Pour Albitte, "la vraie manière d'établir la liberté des cultes est d'empêcher que des imposteurs en entretiennent un de privilégié"724(*). Les prêtres du culte catholique, le seul culte dans nos régions, mais aussi tous les représentnts religieux sont donc les hommes à rendre inopérant. "Les prêtres, de quelque culte qu'ils soient, sont dangereux. Il n'en faut ni de l'Emmanuel;, ni du Solei, ni de la Lune, ni de la Raison. Point d'intermédiaire enter l'Eternel et l'homme"725(*). Pour Albitte, comme pour Dorfeuille, le citoyen n'a pas besoin d'un intermédaire parasite, qu'est le représentan du culte, entre lui et Dieu. Albitte n'est donc pas un athé, bien au contraire, mais un homme qui veut mettre la religion au service du citoyen et non plus du prêtre. Cette action rentre dans la ligne d'action du représentant de régénération et de création d'une nouvelle société. Comment parvenir à endre le culte à tous les citoyens ? "En prouvant au peuple qu'il n'en faut point, et en le convainquent que tout prêtre est un homme trompé ou trompeur. . . de reconnaitre parmi les prêtres ceux qui sont vraiment dangereux, et de sauver ceux qui ne sont qu'égarés du sort qui les attend"726(*). Cette vision du renouveau du culte d'Albitte est presque unique à cette époque, quand ses collègues, sont les influences de la Comune de Paris, ne font que déchristianiser à bride abbatues.

Désormais les prêtres doivent abdiquer et prêter serment de fidélité à la République. Cette abdication fait rentrer le prêtre dans le cercle des citoyens.

Albitte dans son arrêté ne donne qu'une extension plus marquante et plus symbolique, au décrêt de la Convention du 23 brumaire an II (13 novembre). Le 21 pluviôse an II (9 février), Albitte prend un nouvel arrêté, complémentaire à celui du 8, qui éclaircit la situation des prêtres qui à la date du 8 pluviôse pas n'avaient abdiqué et qui le font par la suite. Dans cet arrêté, Albitte rend une liberté totale aux prêtres de soixante ans ou marié; tandis que les autres sont obligés de rester dans le chef-lieu du district.

Malgré le soin pris quant au vocabulaire, une faute à l'impression s'est glissée dans le texte. Ce n'est que le 21 pluviôse an II (9 février) seulement, que Darasse prévient Rollet-Marat de cette erreur727(*).

L'arrêté est transmis aux districts dès le 9 pluviôse an II (28 janvier). A l'annonce de sa parution, certains prêtres fuient le serment pour se réfugier au Jura728(*). En effet l'arrêté stipule que les prêtres ont abdiqué "leurs prétendues fonctions, abjuré leurs erreurs et remis leurs lettres de prêtrises sont requis. . .de se rendre dans le délai de trois jours dans le chef lieu du district où ils se trouvent. . .de fixer leur domicile dans le chef lieu. . . .Ils se présenteront tous les cinq jours à la dite municipalité pour certifier de leur bonne ou mauvaise conduite".729(*)

Les prêtres qui n'ont pas abdiqué ou qui sont parjures, doivent "se rendre sur-le-champ sous la surveillance de ladite municipalité dans la maison de sureté qui sera à cet effet préparée".730(*) Les prêtres qui ne prêtent pas le serment sont considérés comme des rebelles à la loi. La suite de l'arrêté se dirige contre les personnes susceptibles d'aider les prêtres insermentés.

Pour beaucoup autorités constituées, l'arrêté du 8 pluviôse n'est pas un acte païen mais un acte salutaire pour la République "il n'y a plus de curés et la République n'en a plus besoin"731(*), dit le comité de surveillance de Lagnieu le 13 ventôse an II (3 mars).

La formule d'abdication est présentée aux prêtres à la municipalité des chefs lieux de districts. Le prêtre, pour se conformer à l'arrêté, doit remettre ses lettres de prêtrise, signer son abdication, puis lors de la décade, abjurer publiquement sa foi.

Ses abjurations publiques ont lieu à Bourg le 20 pluviôse an II (8 février), à Belley le 30 pluviôse an II (18 février), à St Rambert le 9 ventôse an II (25 février), à Gex le 15 ventôse an II (5 mars), à Nantua le 15 ventôse an II (5 mars), à Châtillon-sur-Chalaronne le 15 ventôse (5 mars), à Pont-de-vaux le 16 ventôse an II (6 mars), à Trévoux le 19 ventôse an II (9 mars) et à Montluel le 20 ventôse an II (10 mars). En l'espace d'un mois, 361 prêtres ont abjuré leur foi publiquement732(*) suivant l'arrêté d'Albitte. Il s'agit là d'un nombre approximatif de prêtres ayant abjuré leur foi. Ce chiffre n'est pas arrêté car des abjurations ont pu avoir lieu sans entrer dans le décompte officiel. On peut néanmoins convenir, que le nombre des prêtres ayant abjuré dépasse de plus de la moitié le nombre de prêtres officiant encore dans le département au moment où arrive Albitte.

acte d'azbjuration

Certains prêtres, déjà en maison de détention le 8 pluviôse an II, signent en prison leur abjuration devant Dorfeuille, Millet, Bonnerot et Frilet733(*).

Le serment est aussi présenté à Belley, par deux officiers municipaux, durant la dernière décade de ventôse an II, dans les maisons de détentions où sont retenues des religieuses. Mais aucune d'entres elles ne le signe. Sans doute pour cette raison, elle sont encore détenues au début de l'an III.

L'abbé Mermet est un prêtre abdicatiare. Voici le récit de son abjuration :

"Pendant que j'étais détenu avec beaucoup d'autres prêtres, l'agent national du district de Bourg (Rollet-Marat) et celui de la Municipalité (Blanc-Désisles), suivis de gens en armes, vinrent une nuit dans notre prison, et à la faveur d'une faible lumière qui permettait à peine de distinguer le papier, ils nous firent signer des têtes d'arrêtés qui ressemblaient beaucoup à des états de présence que nous signions tous les soirs. Ces têtes d'arrêtés furent ensuite remplies d'une formule impie."734(*)

Il est possible que quelques prêtres aient signé sans savoir ce dont il s'agissait. Mais tous savaient ce que l'on attendait d'eux, et il n'ait pas faux de penser que seule la peur ait motivé735(*) certains prêtres.

Avant la cérémonie d'abjuration qui à lieu en plublic lors d'une fête décadaire, les prêtres signent le formulaire devant les autorités. A Bourg, les signatures des actes d'abdication ont lieu du 10 au 20 pluviôse an II ( 29 janvier-8 février) à la Maison Commune.

Le 10 pluviôse an II (29 janvier), 3 prêtres abdiquent, (dont un qui se marie736(*)). Le 13 (1er février) un seul prêtre abdique. Le 14 (2 février), trente deux prêtres abdiquent; le 15 pluviôse (3 février) quatre prêtres abdiquent; le 16 (4 février) neuf prêtres abdiquent, le 17 (5 février) cinq prêtres abdiqent; le 18 (6 février) se sont 25 prêtres qui vont à la municipalité pour abdiquer et le 20 (8 février) quatre autres prêtres signent leur abdication.

A Belley, jusqu'au 22 pluviôse an II (10 février) 59 prêtres ont abjuré en exécution du décret du 23 brumaire an II. Les prêtres qui abjurent le 30 pluviôse an II (18 février), ont signé le serment d'Albitte le 27 pluviôse an II (15 février) (pour dix d'entres eux) et le 28 (16 février) (pour cinquante d'entres eux). Le 30 pluviôse an II (18 février), lors de la fête décadaire, Jean-Louis Peysson, viciare cathédral, chanoine et curé de Belley, accompagne son abjuration par un discours qui marque l'adhésion aux nouveaux principes religieux des prêtres du culte catholique. Mais ce discours traduit aussi un volontariat à l'abjuration de certains prêtres (voir annexe).

A Belley, on compte le 30 pluviôse an II (18 février), sur 60 abjurations; 30 curés, 1 sacristain, 15 vicaires, 1 religieux, 1 augustin, 4 chanoines, 2 prêtres, 1 cordelier, 1 recteur de chapelle et 1 joséphiste. La moyenne d'âge est comprise entre 55-65 ans. Le plus jeune à 28 ans et le plus vieux 83 ans.

Le 12 pluviôse an II (31 janvier), la municipalité de Bourg fait enfermer les prêtres abdicateurs à Brou. Même après avoir abdiquer les prêtres restent suspects et certains d'entre eux se retrouvent en prison du fait de leur état de noble ou parce qu'ils n'ont pas la confiance des patriotes.

Des prêtres n'ont pas obéi à l'arrêté d'Albitte et à travers celui-ci, au décret de la Convention. Plusieurs prêtres (surtout les agés), ont refusé de signer la formule. Certains d'entres eux se plaignent que la formule d'Albitte est opposée aux Droits de l'Homme.

En prairial an II, 75 prêtres qui ont refusé de signer le serment d'Albitte sont en maison de détention à Bourg. 22 sont à Brou et 53 à Bicêtre. Rollet-Marat se plaint, le 12 ventôse an II (2 mars) à Albitte des prêtres alors en prison à Bicêtre depuis le 5 ventôse an II (23 février). Le 15 germinal an II (4 avril), Rollet-Marat écrit à nouveau à Albitte au sujet des prêtres détenus : "Tous les prêtres renfermés pour n'avoir pas satisfait à ton arrêté réclament des secours, ils prétendent n'avoir aucune ressource pour vivre ne touchant plus de pension. Décide promptement sur leur sort en les envoyant dans une terre étrangère, n'étant pas digne d'habiter celle de la liberté"737(*)

Beaucoup de prêtres (jureurs ou pas) ont fuit au Jura à l'annonce du serment d'Albitte où ils ont rejoint des réfractaires qui s'y trouvaient déjà.

Rollet-Marat se plaint plusieurs fois à Albitte des prêtres qui se sont retirés dans le Jura738(*). Le serment d'Albitte, malgré sa rigeur, n'empêche pas certains prêtres abdicataires de se rendrent régulièrement dans le Jura à fin de célébrer l'office, de marier et de baptiser. La municipalité de Bourg aussi, se plaint du fanatisme et de l'aristocratie qui règent dans le Jura. Le 8 ventôse an II (26 février) Alban propose au conseil municipal de Bourg de faire une adresse aux représentants Robespierre-le-Jeune et Lejeune, alors au Jura, pour que ces derniers adoptent les arrêtés d'Albitte739(*).

Le 23 ventôse an II (13 mars), alors qu'Albitte promet un arrêté à Rollet-Marat740(*) contre ces prêtres, le directoire du district de Bourg décide que les prêtres du district qui veulent fuir dans le Jura seront arrêtés et conduits à Bicêtre et "que tout prêtre du département du Jura qui osera souiller le sol du district de Bourg, que les arrêtés du représentant Albitte ont purifié, sera saisi et traduit dans la même maison"741(*).

Cette décision du district de Bourg va plus loin, outre le fait d'arrêter tout les ressortissants du département qui iraient dans le Jura pour se marier, entendre la messe et porter des enfants au baptême; elle conduit toutes les religieuses qui se trouvent dans le district de Bourg en prison à la Charité même si ces dernières ont prêter le serment d'Albitte.

Malgré ces résistances, Rollet-Marat écrit le 4 ventôse an II (22 février) au Comité de Salut Public que "depuis l'arrivée d'Albitte, le fanatisme a expiré. La plus part des prêtres ont abjuré leurs erreurs, avoué leur imposture."742(*)

Albitte, par cet arrêté, entend pousser l'éxectuion du décret de la Convention du 23 frimaire. Les Sans-Culottes, avec cet arrêté, entendent se débarasser des prêtres inutiles au nouveau culte. La formule du serment d'Albitte, si elle ravit quelques prêtres poussés dans cette voie par leur famille ou les avantages743(*) qui lui sont liés, affecte le clergé constitutionnel. Ce dernier est durement affecté par la désertion de son personnel. Sur 44 prêtres qui ont abdiqué et prêté le serment d'Albitte dans les districts de Trévoux et de Nantua, 18 seulement se rétractent en l'an III.

C : Albitte et les démolitions

les arrêtés des 7 et 8 pluviôse an II

"Je m'occuperai des bois de marine, des salpêtres,. . ., des moyens d'anéantir la mendicité"744(*) écrit Albitte le 11 pluviôse an II (30 janvier), à ces collègues de Commune-Affranchie. En effet, la guerre est à la frontière du département, et les armés ont un besoin crucial d'équipement.

Le 23 juillet 1793, sous la présidence de Jean Bon-St-André, la Convention prend un décrêt qui n'autorise désormais qu'une seule cloche dans chaque paroisse. "toutes les autres (cloches) seront mises à la disposition du conseil exécutif, qui sera tenu de les faire parvenir aux fonderies les plus voisines dans le délai d'un mois, pour y être fondues en canons."745(*)

Le 6 août 1793, la Convention décrète que toutes les forteresses de l'intérieur doivent être détruites. Le 6 frimaire an II, de Mâcon, Javogues donne au décret de la Convention une première extension. Son arrêté ordonne la démolition des châteaux et maisons de luxe, avec distribution des matériaux aux municipalités pour aider les pauvres à se construire une maison. L'arrêté de Javogues a un caractère social que reprend en partie celui qu'Albitte le 7 pluviôse an II (26 janvier).

Ces deux décrets de la Convention sont mal exécutés dans de département de l'Ain. La crise fédéraliste de juillet 1793 et les préparatifs militaires du siège de Lyon en août, font trainer la mise en oeuvre de ces arrêtés. Il faut en effet attendre le mois de nivôse an II, pour que Baron-Chalier, agent-national du district de Belley, écrive au Comité de Salut Public afin d'annoncer la suspension momentanée des démolitions des quelques châteaux forts en raison du salpêtre qui s'y trouve. A la lecture de son rapport, on peut croire que les forteresses de l'intérieur sont démolies et les cloches envoyées à Pont-de-Vaux.

De fait, les démolitions des châteaux et l'enlèvement des cloches n'ont été que peu ou pas fait jusqu'au 6 frimaire an II (26 novembre), date à laquelle nous l'avons vu, Javogues donne une extension au décret du 6 août 1793. Mais l'arrivée de Gouly suspend l'exécution de cet arrêté. Gouly, lui même à néanmoins encouragé les populations à démolir les châteaux : le 6 nivôse an II (26 décembre) il demande à Rollet-Marat de se rendre à Bohas pour voir si le château est détruit. Albitte n'est donc en aucun cas un précurseur.

Il faut donc voir dans les arrêtés d'Albitte des 7 et 8 pluviôse an II (26-27 janvier), des rappels des décrets de la Convention, doublé de mesures personnelles qui rendent ces décret plus sévères.

Les deux arrêtés répondent à la priorité du moment qui est de conduire la guerre et par la guerre conduire la République à la victoire.

L'arrêté du 7 pluviôse s'attaque aux clochers et aux biens matériels de l'Eglise. L'idée de se servir de cloches est lancée dès le 13 décembre 1790 par Hébert dans le "père Duchèsne", qui veut "vendre au plus tôt ces instruments inutiles (pour) faire de la monnaie et des canons"746(*). Comme nous l'avons vu, Albitte à la Législative obtient que les statues de le place Vendôme et de la place des Victoires soient fondues pour faire des pièces et de l'artillerie. Faut-il aussi peut-être voir dans cet arrêté un moyen de punir la population tentée par le fédéralisme en lui enlevant un bien précieux.

Cet arrêté, comme les précédants, est aussi sans doute pris sur le conseil des commissaires civils. Dorfeuille dans une conversation avec le citoyen Philippe Claude Pochon, maire de Tossiat, lui dit "que c'était lui qui avait engagé Albitte à ordonner l'enlèvement des cloches afin que les communes ne puissent pas s'avertir en cas d'alarme"747(*) Une mesure similaire avait été prise à Lyon.

Le 7 pluviôse an II (26 janvier), c'est dans l'idée de se servir de biens qui sont désormais inutiles aux cultes, mais utiles à la Nation, qu'Albitte décrète :

"Considérant que le peuple français ne reconnait aucun culte privilégié et dominant ; que tous les bâtiments, terrains, matériaux, métaux et ustensiles, ci-devant abandonnés aux usages des différents cultes, appartiennent à la République et sont des propriétés nationales;

Considérant qu'aucun représentant de peuple ne peut, sans crime, cesser de veiller et de travailler au recouvrement, au maintien et à l'accroissement de toutes les parties de la fortune publique, et qu'il est de la plus haute importance de faire rentrer la République dans la jouissance de tous ses biens trop longtemps usurpés et envahis;

Considérant enfin que tout ce qui existe sur le terrirtoire français doit être dévoué et consacré à l'utilité, à la défense et au bonheur de la patrie;

Arrête ce qui suit :

Article 1er : Tous les bâtiments, terrains, matériaux, métaux et ustensiles ayant servi jusqu'à ce jour, soit aux usages, soit à la démonstration publique de quelque culte que ce soit, dans les départements de l'Ain et du Mont Blanc, rentrent dès ce moment sous la main de la Nation, et ne pourront servir qu'à des usages civiques et d'utitlité générale.

Article 2 : Toutes les enseignes et machines religieuses qui peuvent encore se trouver soit dans l'intérieur, soit à l'éxtérieur des dits bâtiments, soit sur les routes et places et dans tous autres lieux publics, seront sans délai enlevées ou anéanties.

Article 3 : Tous les costumes, ornements, linges, vases, ustensiles, matières et métaux oeuvrés ou monnayés de prix, que ces bâtiments renferment, seront dans un délai de quinze jours, par les soins de chaque municipalité, transportés au dépot qui sera indiqué par l'administration de chaque district, à qui la garde en est attribuée jusqu'à nouvel ordre.

Article 4 : Toutes les cloches encore existantes dans les départements de l'Ain et du Mont Blanc, sauf les timbres des horloges, seront incontinent descendues, brisées et envoyées par chaque municipalité au chef lieu du district, les cordes à leurs usages seront soigneusement recueillies et également portées aux dits chefs lieux, dans les dépots provisoires qui seront indiqués par les dits directoires.

Article 5 : La matière des cloches sera sans délai transportée à la plus prochaine fonderie de canons, et les cordes, à la corderie du Port de la Montagne.

Arcticle 6 : Les clochers seront démolis; les bois, cuivres, fers, plombs et autres matériaux provenant, jugés propres à des usages publics, seront déposés provisoirement dans des lieux sûrs, indiqués par les administrateurs des districts.

Article 7 : Ceux des bois et autres matériaux tirés des démolitions, non propres à des usages nationaux, seront vendus à l'enchère, et le produit tournera, par portion égale, au profit des citoyens les plus indigens de la commune.

Article 8 : Chaque municipalité fera passer, dans le délai de trois jours, à l'administration du district, l'état exact et certifié du nombre, quantité et poids des tableaux, cloches, cordes, costumes, linges, statues et autres enseignes ou machines religieuses contenuent dans les ci-devants églises et chapelles de leur arrondissement; toutes soustractions, divertissements ou recèlement déjà fait, ou qui pourrait de faire, sera regardé comme vol à la Nation, et les coupables punis en conséquence, et les dénonciateurs obtiendront le dixième de la valeur des objets soustraits à la présente réquisition.

Article 9 : Les administrateurs et agents nationaux près des districts, les membres et agents nationaux près les municipalités, sont spécialment chargés dans leur commune et arrondissement respectif, sous leur responsabilité et leur comptabilité de la prompte et exacte éxcecution du présent arrêté dont les agents nationaux près chaque district rendront compte par écrit tout les cinq jours aux représentants du peuple."748(*)

Albitte dans cet arrêté redonne à la Nation en armes ce qui lui appartient dans un moment où tout doit être fait pour "vaincre ou mourir". Le décret de la Convention du 23 frimaire, qui attend que tous les prêtres aient abdiqué leur fonction, (et celui qu'il prend aussi dans ce sens le 8 pluviôse ); rend inutile l'usufruit d'ustensiles, linges et batiments, auquels leur fonction donnait droit, ces derniers n'étant plus prêtres. De plus en supprimant les cloches, Albitte rend impossible le recours au tocsin, donc empêche la communication dans les campagnes en cas de soulèvement ou d'invasion : "le son des cloches étaient le signal des sacrés calotins de la Vendée"749(*). Cette idée n'est pas dénuée de sens si on se rappelle que l'arrivée de Rollet-Marat dans les villages de l'est de Bourg, était prédédée du tocsin (voir page 80).

Ce qui est le plus important à ce moment là, c'est que cet arrêté est le seul moyen de trouver de la matière première gratuite pour fournir les bois de marine, les cordage et le bronze pour la fonderie de canons de Pont-de-Vaux750(*) (ouverte et en état de fonctionner depuis le 4 pluviôse an II). Cette ouverture précipite-t-elle et, ou, est-elle à l'origine de l'arrêté ?

La guerre est une des motivation d'Albitte dans les démolitions. En effet, il ne veut pas que l'on détruise les clochers, mais bien qu'on les démonte pour en récupérer les morceaux et les employer au service de la Nation : "toutes les cloches se fondent à Pont-de-Vaux et à Valence. Les fers, les argenteries, les matériaux, les cordages s'accumulent, et vont alimenter nos coffres et nos manufactres d'armes"751(*)

L'aspect social de la politique d'Albitte est aussi mis évidence par l'article VII. Albitte veut aussi montrer aux citoyens un symbole, que des châteaux de l'aristocratie on "formant des chaumières, asile de la vertu et du patriotisme"752(*). Avec cet arrêté, Albitte applique strictement ses idées du 11 pluviôse an II (30 janvier), à ses collègues de Commune-Affranchie.

L'arrêté est mal perçu par la très grande majorité des habitants. Il casse un rythme de vie qui jusque là était ponctué par la cloche. "l'éxecution de cet arrêté enlève d'abord à l'agriculture une multitude de bras précieux, mais ce qu'il faut surtout remarquer, c'est que les habitants des campagnes n'ont plus dès lors aucun moyen pour venir simulanémant dans le Temple de la Raison célébrer les jours décadaires et qu'il leur devient impossible de se réunir promptement"753(*).

L'arrêté est donc mal obéi. De plus le mauvais fonctionement de la poste et le manque de communication retardent l'arrivée de l'arrêté. L'agent national de Villefranche doit se rendre à Bourg, auprès de Rollet-Marat pour s'informer de l'arrêté. Mais plus que pour tous les autres arrêtés, une réelle résistance se fait jour de plusieurs manières.

Confié aux autorités municipales, l'arrêté se voit retarder dans son éxecution souvent par ceux là même qui doivent l'éxecuter. Le 14 pluviôse an II (2 février), Albitte ordonne aux officiers municipaux de Péronnas de démolir la chapelle de Seillon. L'arrêté n'ayant pas été éxecuté le 21 pluviôse an II (9 février), Rollet-Marat fait arrêter l'agent national de la commune jusqu'à exécution de l'arrêté.

Mais il arrive souvent que les habitants du lieu ne veulent pas que leur clocher soit abattu. Le 5 ventôse an II (23 février), les trois mêmes citoyens (qui empêchaient les commissaires de se renseigner), s'opposent à la démolition du clocher de Chazey.

Plus révélateur peut être la peur de soutenir le regard de ses concitoyens. Le 20 pluviôse an II (8 février), l'agent national de Salavre nomme 18 citoyens pour abattre les croix de la place, de Guiria et du cimetière. Le groupe qui doit se charger de la place refuse de travailler le jour, remettant leur besogne au soir quand la nuit sera tombée. Le soir venu, certains d'entre eux se dispersent pour aller boire, en disant qu'ils ont le temps de faire ce travaille plus tard.

A Bourg même, la municipalité pourtant très patriote, se montre peu obéissante. Le 17 pluviôse an II (5 février), Rollet-Marat écrit aux officiers municipaux "de la dite commune (qui) sont encore invité et au besoin requis de faire abattre les clochers, cloches, tours, châteaux, enfin tout signes de féodalités pouvant encore exister dans son arrondissement"754(*). Ce n'est que le 20 pluviôse (8 février) que la démolition des clochers de Brou et de Notre-Dame commencent. Mais une lenteur à l'execution se fait jour et Rollet-Marat, le 27 ventôse an II (17 mars), menace Alban de dénoncer à Albitte le peu de zèle dont il fait preuve. Ainsi les deux clochers sont abattus le 30 germinal an II (19 avril). Le travaille fait en hâte coute la vie à 4 ouvriers755(*) et revient, pour le seul clocher de Notre-Dame, à 22.700 livres.

A Trévoux le directoire du district écrit aux municipalités pour encourager les travaux. Là aussi des municipalités font bloc.

Cette lenteur a exécuter l'arrêté entraine beaucoup de retard dans le commencement des travaux. Le 28 pluviôse an II (16 février), la municipalité de St Julie fait seulement commencer la démolition de son clocher, et ce n'est que le 5 ventôse que les membres de la municipalité et du comité de surveillance peuvent assister à la destruction dudit clocher. Ornex, au 30 pluviôse an II (18 février), n'a toujours pas fait démolir son clocher et à Treffort, pourtant village patriote, ce n'est que le 15 ventôse an II (5 mars), que l'on s'occupe de détruire la croix du clocher, ce n'est encore que le 20 ventôse (10 mars) que les dernières croix de l'églises sont enlevées.

Malgré ces oppositions, le 14 ventôse an II (4 mars), Gallien suppléant de Rollet-Marat écrit au Comité de Salut Public : "les châteaux s'écroulent, les clochers tombent et bientôt tous signes de servitude disparaitront parmi nous"756(*).

Cette inertie pousse Rollet-Marat à écrire le 29 pluviôse an II (17 février) : "combien j'ai d'embarras pour faire exécuter aussi révolutionnairement que je le désirerais tes arrêtés sur la démolition des clochers, châteaux. . .je suis accablé de réclamation et j'ai pris le parti de n'écouter personne."757(*)

Le 27 ventôse an II (17 mars), Rollet-Marat fait un compte rendu de l'exécution des arrêtés d'Albitte. Si les arrêtés concernant les suspects ont un parfait accomplissement, ceux concernant les arrêtés du 7 et 8 pluviôse, sont en cours de réalisation. Baron-Chalier lui, semble voiler la vérité, quand il écrit le 13 pluviôse an II (1er février), aux Comités de Sureté Générale et de Salut Public, que toutes les cloches, argenteries, fers et cuivres sont au district.

Seul le zèle des agent nationaux des districts, soutenu par la vigilence des comités de surveillance758(*), poussent à l'exécution de l'arrêté.

Le 22 pluviôse an II (10 février), Rollet-Marat doit inviter la municipalité de Cuet à faire abattre son clocher. Le 8 germinal an II (28 mars) (deux mois après la parution de l'arrêté), les officiers municipaux de Confrançon sont requis de se conformer à l'arrêté. Et le 19 pluviôse an II (7 février), c'est le comité de surveillance de St Vulbas qui fait abattre le clocherà la place de la municipalité.

Quand les municipalités sont trop réticentes, les districts doivent envoyer des commissaires pour pousser à l'accomplissement de l'arrêté. Juvanon et Royer sont d'ailleurs nommés commissaires à cet effet le 10 ventôse an II (28 février) par le district de Bourg. A Nantua, c'est le 17 germinal an II (6 avril), que le district nomme des commissaires pour vérifier si les arrêtés du 7 et 8 pluviôse ont leur exécution.

Ces commissaires ont dans beaucoup de cas deux fonctions, comme en l'occurence dans le district de Bourg, où Rollet-Marat nomme le 23 pluviôse an II (11 février), les citoyens Truchard et Ravet pour apposer les scellés sur les papiers du citoyen Piquet et vérifier si les démolitions, désignées par Juvanon, du château de la Rivoire se font. Il en est de même pour les citoyens Coureng et Roland qui doivent aller à St Denis les Bourg le 23 pluviôse an II (11 février), pour vérifier si les arrêtés d'Albitte sont obéis (surtout ceux concernant les démolitions) et pour mettre les scellés sur les papiers de Duhamel.

Les commissaires députés par les districts n'ont souvent pas à parcourir un grand chemin pour vérifier que l'arrêté d'Albitte est exécuté. Juvanon n'a qu'à se rendre à St Etienne-du-Bois pour mettre sa mission à exécution.

Dans les rapports des commissaires759(*)du district de Nantua, on peut constater que 16 communes, au moins, ont conservé leurs cloches. 13 autres communes ont conservé des objets de culte, (allant des statues de saints, aux vitraux, ustensiles et autels). Il est à noter que beaucoup des ces commissaires ont donné une certaine extension à l'arrêté d'Albitte. En effet, le flou des articles 2 et 3, laissent une grande envergure d'action et de pensée quant à ce que les commissaires peuvent considérer comme ustensiles et machines du culte.

Toujours dans le district de Nantua, 16 communes n'ont pas démoli leur clocher, 6 ne ne le sont qu'à moitié et 12 communes ont gardé des cloches pour le timbre de l'horloge. Ainis l'arrêté d'Albitte pousse certaines communes à s'équiper d'une horloge, ou a faire réparer celle déjà éxistante.

Ces démolitions ont mis à mal beaucoup d'églises. En effet, les décombres en tombant perçent les toitures ou endommages les voutes; c'est le cas notament de l'église de Maboz760(*). De même beaucoup des débris de démolitions sont abandonnés là où ils sont tombés et restent longtemps dans les rues, au détriment d'une certaine commodité urbaine. Le 25 ventôse an II (15 mars) le comité de surveillance d'Ambutrix ordonne que les matériaux provenant de l'église et qui obstruent le chemin, soit enlevés; tout comme à Lagnieu, où les décombres obstruent, le 8 floréal an II (27 avril), la rue Lepelletier depuis 2 mois. Souvent les démolitions n'ayant été qu'à moitié faites les matéraiux sont laisser sans surveillance et des vols de matériaux provenant des dites démolitions sont commis par les habitants761(*).

Dès le 13 pluviôse an II (1er février) Rollet-Marat nomme le citoyen Curnillon pour envoyer les cloches du district de Bourg à la fonderie de Pont-de-Vaux762(*). Dans le district de Bourg, les cloches sont brisées avant d'ête expédiées763(*). Durant la seconde décade de ventôse an II, le district de Belley fait conduire à Pont-de-Vaux 64.921 livres de matériaux provenant de la descente des cloches et 19.761 livres provenant des fers. Ces expéditions regroupent tous les envois fait depuis 1 mois. A la seconde décade de germinal an II, le district de Belley a envoyé depuis 1 mois, 7079 livres de cloche et 3089 livres de fer. Pour le district de Nantua ce sont 101 cloches pour un total de 59.874 livres, qui sont éxpédiés de pluviôse an II à floréal an II, à Pont-de-Vaux. Un quintal est alors moyenné à 7 livres. Dans le district de Bourg, les 2 milliers (1000 kilos), provenant de la toiture de l'église de Brou sont à Pont de Vaux le 22 pluviôse an II (10 février). Ces quelques chiffres donnent une idée, (en l'absence de compte plus précis, ou inéxistant pour diverses raisons), de l'exécution de l'arrêté du 8 pluviôse an II. De manière générale, les matiéraux n'étant pas déstinés à la fonderie ou à la marine, sont vendus par les municipalités; le 10 ventôse an II (28 février) les décombres provenant du clocher de Lagnieu sont vendus. Beaucoup de citoyens se sont portés acquéreurs de matériaux provenant des démolitions.

On peut estimer à près de 800, le nombre de clochers démolis suite à l'arrêté d'Albitte et entre 1500 et 1600 le nombre de cloches portées à Pont-de-Vaux. Ce chiffre ne veut pas dire que tous les clochers ont été détruits (4 ont échappé à la démolition) et toutes les cloches fondues. Certaines d'entres-elles sont récupérées par les communes en l'an V.

Comme nous l'avons vu, ces démolitions touchent aussi les châteaux forts, bâtisses fortes, forteresses, tours et murs à crénaux isolés.

Albitte dans l'arrêté du 8 pluviôse, cherche non seulement à détruire ces"vestiges de la féodalité"764(*), mais surtout à démolir tous les lieux susceptibles de devenir des fortifications en cas de révolte ou d'invasion. Fort des enseignements des révoltes fédéralistes de Lyon et Toulon, Albitte et les commissaires civils appliquent par cet arrêté une solution qui pourrait s'avérée payante en cas d'invasion ou de nouvelles révoltes en liaisons avec l'étranger : "Nos braves frères ne veulent-ils pas comprendre que les tours; les forteresses, les châteaux forts, les crénaux, les machicoulis, les pont-levis ne servent qu'à manigancer la guerre civile"765(*) lancent Millet et Bonnerot. Pour le conventionnel, comme pour les commissaires témoins des évenements fédéralistes de l'été 1793, "les châteaux forts. . .créèent les troubles de la Vendée, de la Lozère, (ils) enhardirent les rebelles du midi, et . . . seront partout tant qu'il y en aura, l'ésperance des conspirateurs, des agitateurs et des séditieux, ainsi que celle des fous qui veulent, à quelque prix que ce soit, la geurre civile et la renaissance de la féodalité"766(*). Pour Albitte, l'abattement des forteresses de l'intérieur est une mesure de Salut Public mais aussi entre dans la politique du tout à la guerre : "avec les fers provenus des démolitions on va faire des fusils et des boulets à Chambéry, à Commune-d'Armes et au Creusot"767(*).

Dans cet arrêté, Albitte retrouve ses premières prérogatives de réprésentant à l'Armée des Alpes qui doit "surveiller la frontières des Alpes, les places fortes ou forts du département de l'Ain"768(*).

Contrairement à l'arrêté sur les clochers, l'arrêté sur les châteaux forts est sans doute moins motivé par la présence de la fonderie de Pont-de-Vaux.

Si certains matériaux (cuivres, bois, fers) sont réutilisés pour satisfaire aux besoins de la guerre, tous les autres sont vendus aux enchères pour que le profit aille aux indigents ou dans la caisse des payements afin de financer d'autres démolitions. Mais à la différence des clochers, les châteaux sont démolis soit au frais des propriétaires, soit au frais de la caisse des payements.

"Considérant que ces repaires furent de tout temps en France, le principal soutien des guerres civiles qui la désolèrent tant de fois et que, tout récemment encore les châteaux forts ont servis de refuge, de point d'appui et de ralliemment aux fanatiques, aux fédéralistes et aux rebelles;

Considérant que ces nids à tyrans ont entretenu, depuis le commencement de la Révolution, les troubles intérieurs et les guerres intestines qui ont déchiré la République, soit dans la Lozère et les Cévènnes, soit sur les rives du Rhône et de la Saône et dans les départements du midi, soit dans la Vendée et les départements de l'ouest;

Considérant enfin que l'existence trop longtemps soufferte de ces odieux vestiges de la féodalité, déshonorent le pays d'un peuple libre, qu'ils retracent sans cesse l'image exécrable de son ancienne servitude, qu'ils nuisent à sa tranquilité, rappelent des souvenirs coupables et raniment les espérances plus coupables encore des aristocrates et des émigrés;

Arrête ce qui suit;

article 1er : Tous les châteaux forts et forteresses de guerre existants dans les départements de l'Ain et du Mont-Blanc (autres que ceux employés par la République pour la défense de ses frontières et comptés parmi les places de différentes lignes et postes militaires), toutes les tours et tourelles y attenantes ou isolées, les murs à créneaux, à meurtrières et à canardières, les portes défenduent par des tours, machicoulis, les pont-levis et toutes autres fortifications desdits châteaux seront abattues et démolies sans délai et leurs fossés comblés.

Article 2 : Seront également abattues et démolies les tours, portes, pont-levis et autres fortifications des communes non exceptées dans le premier article; les démolitions seront faites avec autant d'ordre, d'activité que de surveillance et de zèle pour les intérêts de la République. Les bras des citoyens indigens et privés d'occupations seront préférés pour exécuter ce travail patriotique.

Article 3 : Les matériaux provenant des démolitions desdits châteaux et fortifications seront vendus à l'enchère, à la diligence des agents nationaux des communes respectives.

Article 4 : Les produits desdites ventes, si les dits châteaux ou fortifications appartenaient à des émigrés, seront employés à subvenir aux frais des démolitions, dont les avances seront faites par le payeur du district, à la réquisition et sur le récépissé des agents nationaux près chacun d'eux, à charge de réintégration des sommes avancées dans les caisses desdits payeurs.

article 5 : Dans le cas conrtaire lesdits châteaux et autres fortifications seront abattues et démolies sans retard, aux dépends des propriétaires, et les matériaux provenant des démolitions venduent au profit des citoyens les plus indigens des commnes qui y auront concouru, le tout à la dilignece des agents nationaux près les communes.

Arteicle 6 : Tous les cuivres, plombs, fers et les bois de charpente propres à la marine, proventant des dites démolitions, seront soigneusment réservés et déposés dans les lieux qui seornt indiqués par les administrateurs des districts respectifs, pour être employés au service de la République.

Article 7 : Dans le cours des démolitions ordonnées par le présent arrêté, il sera pris des mesures les plus actives et les mieux combinées pour l'extraction du salpêtre qui doit se trouver dans les caves, souterrains et aux pieds des murs desdits édifices.

Article 8 : Il sera sans délai à ce sujet envoyé aux autorités constituées les instructions publiées par ordre de la Convention Nationale sur les moyens de récolter le salpêtre.

Article 9 : Les produits des différents lessivages seront envoyés et déposés provisoirement dans les magasins qui seront indiqués à cet effet par les administrateurs des districts.

Article 10 : Les démolitions des tours et pont-levis des communes ci-dessus ordonnées seront faites à leurs frais, et les matériaux qui en proviendront, les métaux utiles à la défense de la République exceptés, seront vendus à leur profit.

Article 11 : Les administrateurs, les agents nationaux près les disitrcts, les municipalités et les agents nationaux près d'elles sont spécialement chargés et responsables de la prompte et entière exécution des dispositions du présent, et comptables des dépenses et produits.

Article 12 : L'agent national près chaque district rendra exactement compte à chaque décade au représentant du peuple, de l'éxecution du présent arrêté, qui sera imprimé, publié et affiché dans l'étendue des départements de l'Ain et du Mont-Blanc."769(*)

L'arrêté sur les chateaux forts est accueilli avec beaucoup de ferveur de la part de la population, qui voit le moyen de mettre à bas un symbole et surtout le moyen d'acheter des pierres de tailles et des matériaux pour garnir et, ou, solidifier leurs maisons.

Mais, comme dans l'arrêté du 7 pluviôse, les gens des campagnes sont à nouveau la majorité de la main d'oeuvre de ces démolitions.

C'est donc sans trop de difficultés, que les municipalités abattent leurs tours, murs et fortifications. Ainsi, Bourg fait abattre le 12 pluviôse an II (31 janvier) la Tour de Bourgneuf, ce qui pemet la perçé d'une rue plus saine que l'impasse qui existait. Châtillon-sur -Chalaronne fait disparaitre la plus grande partie de ses murailles et Pérouges, le 21 germinal an II (10 avril), fait tomber sa tour romaine. Lagnieu démantèle ses murailles et réduit au toîts, les tours du château. Si la grande majorité des municipalités est peu soucieuse de la question du patrimoine historique, celle de Bâgé met quelques oppositions à démolir ses portes et les tours du manoir.

Même si les municipalités se font les exécutants volontaires de l'arrêté d'Albitte, le temps que prend les démolitions est beaucoup plus long que celui des clochers. A Bourg, ces travaux se font sous le nom d'ateliers de charité770(*).

Le grand élan volontaire que connaissent les villes est beaucoup plus nuancé dans les campagnes. Si les citoyens voient d'un bon oeil ces démolitions, les propriétaires eux, sont plutôt réservés quant à l'application de cet arrêté.

Dans certains cas de retard d'exécution, il semble que ce soit les municipalités qui mettent du temps à démolir le clocher, qui ont du mal à faire démolir leurs tours et leurs fortifications. C'est le cas de Varambon, où le 29 pluviôse an II (27 février) les officiers municipaux sont requis de faire abattre leurs clochers et châteaux; et à Tossiat où l'agent national de la commune est arrêté pour sa molesse à faire abattre les remparts et les tours de la ville.

Plus rarement ce sont les habitants qui refusent de faire la démolition. Le 19 pluviôse an II (7 février) Rollet-Marat se rend à Corgenon où devant le refus des habitants de faire démolir le château, il fait venir quarante ouvriers de Bourg pour mettre en oeuvre les travaux de démolition.

Les démolitions commencent dans la seconde décade de pluviôse an II. Le 20 pluviôse an II (8 février), débutent les démolitions des châteaux de Crangeat et de Jalamondes. Le 23 pluviôse an II (11 février), c'est le chantier du château de Saix qui est entrepris.

Mais rapidement des cas particuliers apparaissent. En effet, chaque bâtisse vouée à la démolition amène son lot d'intérrogations. En effet, beaucoup de ces demeures sont habitées et constituent le seul lieu de vilégiature de leur propriétaire. Ainsi, durant la seconde décade de pluviôse an II, des commissaires nommés par les autorités de disctrict, parcourent ces derniers pour évaluer le taux de démolition à faire aux batiments tombant sous le coup de l'arrêté du 8 pluviôse. Puis ces commissaires (Juvanon et Ronger dans le district de Bourg) font un rapport à l'agent national du district qui nomme par la suite des commissaires chargés de faire exécuter l'arrêté. Ces derniers sont souvent des entrepreneurs. Le 20 pluviôse an II (8 février), les habitants d'Attignat font appel aux commissaires du district, Juvanon et Ronger, pour organiser les chantiers de démolition des châteaux de Crangeat et de Jalamondes. Ces derniers, le 14 ventôse an II (4 mars), font un rapport à Rollet-Marat et l'invitent à nommer de nouveaux commissaires pour surveiller la démolition des châteaux et faire respecter leurs choix sur l'étendue des démolitions à faire :

"Vu le rapport fait par les citoyens Juvanon et Ronger, commissaires nommés pour inspecter les démolitions des châteaux duquel il résulte qu'il est nécessiare d'envoyer des commissaires pour surveiller les démolitions des châteaux de Crangeat et Attignat, afin que les ouvriers suivent le devis donné par les dits commissaires.

Ouï l'agent national

article 1er. Arrête que les citoyens Pissera et Pellet entrepreneurs sont nommés commissaires à l'effet de se transporter à Crangeat et Attignat pour y diriger les ouvriers dans la démolition qui se fait des châteaux.

2. Ces commissaires observeront le devis de démolition dressé par les dits Juvanon et Ronger, en conséquence au chateau de Crangeat, ils feront démolir les deux ailes qui se trouvent aux deux coté du batiment, et ne conserveront que la partie du centre entre les deux murs de resent. Au château d'Attignat ils feront également démolir les deux ailes de droite et de gauche dans tout leur cour, et en conserveront que la partie du milieu du bâtiment du matin au soir qui se trouve entre les deux murs de resent et porte, une longueur d'environ cinquante cinq pieds(sic)."771(*)

Il arrive quand même que ces commissaires se rendent compte de l'inadéquation qui existe entre une bâtisse qui tombe sous le coup de l'arrêté et la réalité du bâtiment. Dans ce cas, les "châteaux" sont épargnés. C'est le cas du château de Noblens le 4 ventôse ( 22 février) et celui du Villars sur la commune de Treffort le 26 ventôse (16 mars). Certains autres châteaux sont épargnés ou n'ont que leurs tours démolies, à cause du salpêtre ou d'une activité économique qu'ils peuvent abriter. C'est le cas du château de Meillonas, qui est une manufacture de faïence. Sur les plaintes des habitants de se voir sans travail suite à l'éventuelle démolition du château, Rollet-Marat nomme le 16 pluviôse an II (4 février), les citoyens Pellet et Pizzerra pour savoir si le château doit être détruit comme un château fort ou quelles doivent être les tours à démolir et jusqu'à quel niveau.

Le plus souvent, devant les hésitations des villageois ou des propriétaire à effectuer les démolitions, les autorités des districts à la demande des agents nationaux ou des particuliers, de faire venir les commissaires chargés d'évaluer le taux de travaux à faire pour se conformer à l'arrêté. Ces travaux peuvent aller de l'arasement des tours au niveau du toît jusqu'à l'entière démolition de la bâtisse. Le 23 pluviôse an II (11 février), la veuve Genevier, fermière du château de Saix, demande la venue des commissaires pour savoir ce qu'il faut détruire du château; 6 jours plus tard les commissaires ne décident que de l'arasement des tours au niveau du batiment. Il arrive néanmoins que malgré la visite des commissaires les démolitions se fassent mal, car les ouvriers ne veulent pas travailler772(*). A ce moment ce sont les seconds commissaires (comme Pizzera et Pellet) qui sont aussi chargés de veiller que les ouvriers travaillent suivant le devis. Il arrive aussi qu'au sein d'une commune les différentes autorités aient une opinion divergeantes quant à l'aplication de l'arrêté. Ainsi, le 21 pluviôse an II (9 février) le comité de surveillance de Lagnieu, écrit au citoyen Féréol administrateur, pour lui dire que le château de Lagnieu n'a rien d'une forteresse et donc que l'arrêté d'Albitte ne stipule de détruire que les tours, alors que la société populaire de Lagnieu a pris un arrêté qui ordonne la démolition entière de la bâtisse comme château fort.

La majorité des bâtisses sont abattu dans l'indifférence totale. Souvent, les propriétaires se conforment rapidement à l'arrêté d'Albitte, afin de limiter eux mêmes les dégats (comme c'est le cas des châteaux de Dortan, Chenavel et de Confrançon). Pour le château de Genoud, le propriétaire, le comte de Montmort (alors en prison à Macon) donne son accord écrit pour faire la démolition et partager les décombres parmi les pauvres et Loubas de Bohan abandonne la propriété de la Tour de Buenc, à la Nation, alors inhabité.

Les démolitions prennent souvent du retard car les autorités procèdent à des inventaires des biens alors dans les bâtisses avant leur démentèlement total ou partiel (c'est le cas du château de Pommier et de celui de Lateyssonnière).

Comme nous l'avons vu, les chantiers de démolitions confiés aux municipalités et souvent supervisés par les commissaires nommés par les districts, emploient des citoyens des environs ou devant le refus de ceux-ci, font venir des ouvriers de la ville. Mais il arrive aussi que devant la recrudescence de travail, les autorités fassent appel à des travailleurs exeptionnels. Pour la démoliton des tours, du jeu de paume et du pont-levis du château de la Rivoire Rollet-Marat, non seulement nomme le 23 pluviôse an II (11 février) les citoyens Bouget et Pardel comme commissaires à la démolition, mais il demande aussi le 24 pluviôse an II (12 février), au général Lajolais, 25 déserteurs pour qu'ils travaillent sur le chantier dudit château.

Dresser une liste des démolitions est comme pour les clochers plutôt hasardeux. Néanmoins grâce au manuscrit de La Teyssonnière773(*), on peut dénombrer, pour le district de Bourg, que 14 châteaux ont été démoli entièrement ainsi que 9 tours et 4 remparts. 12 châteaux, 1 tour et 1 rempart ont été en partie démantelés. Certains châteaux, (à cause de leur état pitoyable ou de leur solidité face au bras des démolisseurs ou du jugement des commissaires) n'ont pas été touchés; 4 châteaux et 1 tour sont indemnes. Mais ces chiffres ne sont qu'approximatifs. En effet, si certains commissaires, comme Pellet ou Pizzerra (LaTeyssonnière ne donne que l'initiale P.) "n'éxagéraientt pas ses pouvoirs dans ses rapports"774(*), d'autres comme Juvanon, Baron-Challier ou Rollet-Marat, n'hésitent pas à montrer aucune pitié et à donner à l'arrêté d'Albitte une interprétation personnelle775(*). Ainis à St Etienne-du-Bois, Juvanon fait démolir une volière qui appartient au notaire du lieu, car l'agent national du village a quelque ressentiment à l'égard du précedent. D'autre part plusieurs pigeonniers et volières sont abattus car ils sont considérés comme des signes d'aristocratie776(*) alors qu'ils ne sont pas compris dans l'arrêté d'Albitte.

Le problème des vols est là aussi, comme pour les clochers, un fléau. Non seulemnt des vols ont lieu une fois la démolition effectuée mais aussi pendant les travaux. Le 9 germinal an II (29 mars), l'agent national de la commune de Confrançon demande à Rollet-Marat de nommer un garde pour surveiller et prendre soin des meubles du château de Couraton. Une fois démolie en partie ou entièrement, les matériaux des bâtisses sont un butin précieux et beaucoup de portes, de fenêtres et autres matériaux sont subtilisés, parfois même par les employés qui ont démoli le batiment.

Dans la majorité des cas, les matériaux utiles à la Nation arrivent sans trop de problème à Pont-de-Vaux. Ces démolitions sont une aubaine pour les particuliers qui peuvent acheter, à un prix raisonnable, des décombres dans les ventes aux enchères dont le fruit d'icelles sont, comme à Ramasse, donné aux pauvres. Beaucoup de citoyens (comme Alban777(*)) sont acheteurs de matériaux provenant des démolitions. Les ventes des matériaux provenant des démolitions ont lieu assez tardivement. Celle des matériaux des tours de Tossiat et des châteaux de Corgenon et de Saix ont lieu durant la seconde décade de messidor an II.

Ces démolitions rapportent généralement plus qu'elles ne coûtent. La vente des débris provenant de la démolition du château de Corgenon, le 12 prairial an II (31 mai), coûte 6525 livres et rapporte 10528 livres. Celle du château de Saix coûte 2943 livres et rapporte 3610 livres. Mais il arrive que des démolitions ne coûtent plus qu'elles ne rapportent, c'est le cas à Tossiat où la vente des débris rapporte 323 livres alors que les frais pour les quatre ouvriers employés aux travaux de démolitions s'élèvent à 1490 livres.

En général ces démolitions se font avec lenteur et amènent la Caisse des Payments à faire de fortes avances. Les démolitions du château de Saix durent du 29 pluviôse an II au 9 germinal an II (17 février-29 mars). Celles du château de Genoud durent 94 jours et coutent 2457 livres. Pour le château de Verjon et pour la Verjonnière, il faut compter 100 jours pour que les démolitions désirées par les commissaires soient effectuées.

Le 25 ventôse an II (15 mars), Albitte demande aux agents nationaux de faire le recensement de l'or, de l'argent, des cuivres, des fers blancs, des cordes et étoffes provenant des châteaux, des clochers, des églises et des suspects. Le 7 germinal an II (27 mars), le dépot d'argenterie du district de Bourg contient, depuis le 20 frimaire an II (10 décembre) 318 marcs et 3 onces d'argent. Le total de l'argenterie monnayée est de 7206 livres et 8 sols. Parmi cette argenterie beaucoup provient des églises, des nobles et des émigrés. Le 29 ventôse an II (19 mars), le conseil général de la commune de Bourg, fait parvenir à la Convention 202 marcs d'argenterie, 96 marcs de galons et d'étoffes provenant des églises; à cela se joint le résultat des fouilles faites dans les affaires des détenus dans les prisons de Bourg, c'est à dire 144 marcs d'argenterie et 1 marc 4 onces et 7 gros d'or plus 9010 livres en numéraire, dont 165 louis d'or, un saint esprit, deux paires de boucles d'oreilles en diamants et trois croix de St Louis778(*).

III : l'évolution de la politique des Sans-Culottes

le massacre des prisons et les attaques contre

les députés de l'Ain

La présence d'Albitte à Bourg en pluviôse an II, donne les pleins pouvoirs politiques aux Sans-Culottes et stigmatise leurs idées polititques qui étaient jusque là frustrées par Gouly.

Mais l'absence du représentant durant les mois de ventôse et de germinal, de Bourg, pousse les Sans-Culottes dans une politique extrémiste, que la présence d'Albitte aurait sans doute contenue. Le décrêt de la Convention prit sur demande des conventionnels de l'Ain, ne fait qu'attiser le ressentiment des Sans-Culottes pour des hommes qui ne jugent plus bons pour les représentés.

Des visites nocturnes, d'abord, puis l'ouverture du courrier, marquent dès la dernière décade de pluviôse an II l'épanouissement de la pensée des Sans-Culottes au contact d'Albitte. Ce dernier, par ses liens avec Collot d'Herbois, plutôt qu'avec Gauthier-des-Orcières, remet à l'ordre du jour la politique avancée sous Javogues mais stoppée par Gouly. Une certaine évolution se fait néanmoins sentir après le 2 ventôse an II (20 février).

Cette évolution de la pensée politique des Sans-Culottes se fait surtout plus sentir de la part des officiers municipaux de Bourg et de Belley que de la part des membres du district et du département.

Dès le début de pluviôse an II, les officiers municipaux de Bourg se rendent régulièrement dans la maison des Claristes. Dès le 4 pluviôse an II (23 janvier), Alban, accompagné de Lajolais, se rend aux Claristes et "enlève aux détenus, assignats, argent, argenterie, enfin toutes les pièces et mémoires justificatifs qu'il leur trouve, et satisfait de son butin, il déclare en se retirant qu'il a bien employé la nuit."779(*)

Ces visites sont brutales780(*) et ont pour but de découvrir tout ce que les détenus peuvent avoir de monnayable. Ils sont un moyen de revenu.

Ces visites ont aussi pour but de destabiliser les détenus et de les effrayer quant à l'incertitude sur leur sort dans lequel on les laisse.

La haine de Gouly s'étend dès le 21 pluviôse an II (9 février) au député d'Ambérieu Ferrand, remplaçant de Mollet démissionnaire au mois d'août 1793. Ferrand, durant les mois de juin et juillet 1793, avait été député du canton d'Ambérieu auprès des membres du département de l'Ain en vertu de l'arrêté dudit département du 29 juin781(*). C'est donc à un fédéraliste que s'attaquent désormais les Sans-Culottes. Le 21 pluviôse an II (9 février), Juvanon fait accepter par la Société des Sans-Culottes, une dénonciation contre Ferrand.

La nouvelle du décrêt de la Convention du 28 pluviôse an II (16 février) et la confirmation des doutes des Sans-Culottes sur la responsabilité des députés de l'Ain dans cette affaire (lettre de Merle), amènent les Sans-Culottes à s'attaquer à la députation de l'Ain, puis à vouloir que la Convention s'épure. Ce désir des Sans-Culottes de voir la Convention épurée nait quelques jours après un discours de Momoro (24 pluviôse-12 février), aux Cordeliers, contre les Jacobins de Paris et Robespierre.

Les séances de la Société populaire de Bourg et celles de Belley, sont rythmées par les dénonciations contre les députés Ferrand, Gauthier-des-Orcières, Gouly, Merlino, Deydier (Jagot pour lors membre du Comité de Sureté Générale, est un appuit des Sans-Culottes de l'Ain à Paris, il n'est donc pas une cible de dénonciations).

Au contact des Sans-Culottes de Bourg, Albitte prend parti (comme les commissaires civils) pour ces hommes contre Gouly. Le 21 Pluviôse an II, il écrit au Comité de Salut Public : je n'ai que trois mots à vous dire su Gouly. Il a vécu et a fait sa fortune aux Indes, il a fait sourire ici tous les aristocrates et constérné les patriotes"782(*). Pour Albitte la référence aux Indes est un signe d'aristocratie mercantile, Gouly n'est pas un sans-culotte, mais un bourgeois qui s'est enrichit dans le commerce sur le dos des esclaves. Dès lors, la position de Gouly à Paris devient difficile. N'ayant plus la confiance des Comités, par trois fois il voit ses actions dans l'Ain désaprouvé par le Comité de salut Public783(*), alors qu'Albitte garde la confiance de ce dernier.

"Citoyens, depuis trois mois (tonne Duclos en floréal an II; après la montée à Paris auprès des Comités de Sûreté Générale et de Salut Public des officiers municipaux de Bourg), je vous dis qu'il faut faire des dénonciations contre Gauthier, Deydier et autres. Et vous êtes des lâches de ne l'avoir pas fait encore puisque ces députés sont des gueux et des scélérats. Que Gallien pour engager et faciliter les dénonciations enhardi même les sociétaires qui y avaient de la répugnance d'écrire; Citoyens, les membres de la Convnetion nationale ne sont que nos commis à 18 livres par jour et c'est nous qui sommes les négociants, et finit par demander l'extrait mortuaire de toute la députation de l'Ain excepté Jagot"784(*). Gay propose de leur écrire pour dire le mécontentement que fait naître leur conduite. Convers n'hésite pas à dire du député Deydier que les patriotes de Pont-de-Vaux "sont sans qualités et endormis par le style de Deydier"785(*). Merle à Paris "ne veux voir aucun de nos députés. . .(car) ils n'ont pas la confiance des Sans-Culottes de Bourg"786(*). Gouly est même dénoncé aux Jacobins de Paris par Dorfeuille lors d'un scrutin épuratoire en Pluviôse an II. Le 24, Gouly fait appel au Comité de salut Public pour prendre un parti favorable à son égard afin de ne pas être épuré des Jacobins, ce qui signifierait peut-ête la mise en état d'arrestation pour lui787(*).

Les Sans-Culottes et surtout Blanc-Désisles, défendent l'idée d'épurer la Convention. "Suivant lui (nous dit Convers), la Convention n'avait plus d'énergie et le Comité de Salut Public était sans force parce que sa marche était entravée par les modérés. Il fallut. . .renouveler l'un et l'autre.. . . Dans les entretiens particuliers qui se tenaient chez lui, il ne cachait point sa haine implacable contre tous les représentants du département l'exception faite du représentant Jagot"788(*). Les sociétaires n'hésitent pas à parler des crapauds du marais et du petit nombre de patriotes qui compose désormais la Convention.

Pour Alban la Convention est gangrenée, il faut donc l'épurer789(*). Pour Blanc-Désisles la Convention est trop vieille, ll faut la rajeunir790(*). Pour cela l'orateur compte sur les sociétés populaires. Les Sans-Culottes savent que la Convention émane du vote du peuple et par là, ils veulent ramener à eux le pouvoir politique en soumettant la Convention aux sociétés populaires qui sont (pensent-ils) inattaquables : "ce traitre (Alban parle de Gouly) voulait nous dissoudre, mais il n'a pas le droit , ni même la Convention, nous sommes le peuple souverain et c'est nous qui pouvons les dissoudre."791(*)

Les Sans-Culottes rejoignent (volontairement où involotairement ?) le parti de la Commune de Paris.

Depuis quelque temps déjà, la municipalité de Bourg (en accord avec le directeur de la poste) décachetait le courrier qui arrivait à Bourg. Mais à la fin du mois de pluviôse an II, cette activité s'intensifie. Le 29 pluviôse an II (17 février), le comité de surveillance de Bourg écrit à la municipalité pour demander que l'ouverture des paquets se fassent désormais conjointement :

"Les membres du comité aux officiers municipaux de Bourg

Le comité jaloux de faire son devoir et désirant s'aboucher (sic) avec la commune pour l'ouverture des paquets venant de la poste, vous demande de vouloir bien vous réunir à nous et indiquer un de vos membres pour aller à la poste, qui conjointement avec un des nôtres, se trouvera à l'ouverture des paquets avec d'autant plus de raison que depuis quelques temps nous ne recevons aucune correspondance et que nous en ignorons les motifs"792(*). C'est suite à la parution du décret de la Convention du 28 pluviôse (16 février) sur les détenus du département de l'Ain, que ces actions ne font que s'accentuer.

Le 2 ventôse an II (20 février) alors à Belley, Albitte (entouré de Dorfeuille et Blanc-Désisles), prend connaissance du décrêt de la Convention du 28 pluviôse. Il prend aussitôt un arrêté qui vise à réarmer les patriotes de Bourg. Dès lors, les Sans-Culottes, sous l'influence de leurs orateurs, des commissaires civils et de la presse parisienne, vont lentement adopter une opinion politique proche de celle d'Hébert, ou du moins des hommes de la Commune de Paris. Le 4 ventôse an II (22 février) alors qu'Hébert dénonce les Indulgents et les Endormeurs au club des Cordeliers de Paris; les membres du directoire du district de Bourg, décident que toutes les voitures publiques ou privées qui vont ou qui viennent de Lyon, doivent être désormais fouillées, ainsi que toutes les lettres et papiers saisis sur les personnes étant dans ces voitures, devront être amenées au directoire du district.793(*) Cette mesure, prise par des Sans-Culottes, rappelle les actions des fédéralistes de juin 1793 contre les commissaires des ministres, pour lesquels ils ont été arrêtés.

Les attaques d'Hébert et de la Commune contre les Endormeurs et les Indulgents à Paris, trouvent-elles sans doute des échos à Bourg. En effet, Alban maire de Bourg, ainsi que Dorfeuille, dévoilent publiquement à la société populaire de Bourg et au Temple de la Raison, leurs correspondances avec le club des Cordeliers et la Commune de Paris. Alban, se fait un honneur de déclarer, "qu'il venait de reçevoir une lettre de son ami Pache, maire de Paris, par laquelle il lui annoncait qu'il avait rempli ses vues en faisant arrêter le scélérat la Baume-Montrevel"794(*)

Une lutte s'engage donc entre les Sans-Culottes soutenus par les commissaires civils, et une sorte de contre-pouvoir qui réunit des détenus à Bourg et les députés de l'Ain à Paris. Le 10 ventôse an II (28 février), Albitte reçoit une lettre du Comité de Salut Public qui lui annonce que certaines de ses opérations795(*) ont donné lieu à des dénonciations. Le 11 ventôse an II (1er mars) une nouvelle lettre du Comité de Salut Public lui apprend que deux nouvelles dénonciations leur sont parvenues; une sur le serment d'abdication et l'autre sur son entourage796(*). Ces attaques directes contre les Sans-Culottes et la politique mise en place par Albitte, sont l'oeuvre de Gouly, Merlino et Gauthier-des-Orcières. Malgré ces attaques contre la politique d'Albitte, ce dernier n'est pas désaprouvé par le C.S.P. dont il reste un représentant très influent. Mais les Sans-Culottes se rendent vite compte qu'une fuite à lieu à Bourg même. Dès lors les attaques des conventionnels de l'Ain à Paris ne visent plus Albitte, mais à travers ses arrêtés, les Sans-Culottes de Bourg797(*). Mais Albitte prend pour lui ces attaques et dès lors ne cesse de faire rapport de sa démarche au Comité de Salut Public, en rendant compte de ses actions par des lettres longues et justificatrices798(*) mais claires et toujours logiques.

Les visites dans les prisons se font simultanément avec l'ouverture du courrier, dans le but de trouver des correspondances d'émigrés, mais surtout d'arrêter celles qui dénoncent les Sans-Culottes. En effet, tous les jours, un membre de la municipalité de Bourg, accompagné d'un membre du comité de surveillance se rendent à la poste vérifier le courrier. Une de ces visites d'Alban a laissé une trace écrite :

"Citoyen, occupé jour et nuit par le salut de la République avec Albitte représentant du peuple, je t'enverrai le double du p.v ou une décharge; Albitte a fait partir la lettre chargée et les autres à leur destination, tu peux être tranquille, mais par ordre d'Albitte arrête toutes les lettres que l'on mettra à ton bureau pour Paris, aux députés et autres suspects, alors tu auras la confiance du représentant et tu seras un bon Sans-Culotte. Signé Alban maire, le 25 pluviôse an II"799(*)

Ces dénonciations proviennent principalement de Gauthier-Murnans. Le 19 germinal (8 avril) deux de ses lettres, avec le cachet du département (donc passant pour non-suspectes) à l'adresse du Comité de Salut Public et à son parent Gauthier-des-Orcières sont arrêtées à la poste. Il dénonce dans ses courriers ce qu'il se passe dans l'Ain. Cette correspondance part pour Paris sous le couvert du département, grâce à Reydellet, qui est incarcéré à ce titre le 19 ventôse an II. L'arrestation de Reydellet n'empêche pas Gauthier-Murnans de continuer de correspondre avec son oncle à Paris.800(*). Devenant un danger pour les Sans-Culottes, Gauthier-Murnans (qui avait été libéré par Albitte sous la préssion de Gauthier-des-Orcières) est accusé d'insulter les patriotes et est mis en prison par le comité de surveillance de Bourg le 19 germinal an II (8 avril).

Pour la défense des Sans-Culottes face aux contre-attaques de Gouly et Merlino, Baron-Chalier, le 14 ventôse an II (4 mars), écrit à l'attention d'Albitte un réquisitoire sur la conduite de Blanc-Désisles et celle de Gouly. Dans ce mémoire de 7 pages, le patriote bressan est montré comme un homme courageux et dévoué alors que Gouly est à mi-mots traité de modéré.801(*)

Les recherches de courrier ont aussi lieu à Pont d'Ain, où se rendent Alban, Lajolais et Rollet-Marat. La visite de la poste de Pont d'Ain, se fait avec une certaine violence de la part de Rollet-Marat, qui après quelques injonctions, se fait donner le courrier. Les lettres enlevées à la poste de Pont d'Ain et de Bourg, sont retrouvées dans le portefeuille d'Alban, le 18 fructidor an II (4 septembre) lors de la levée des scellés sur les papiers de Blanc-Désisles. Il s'agit de lettres adressées à Gauthier-des-Orcières et à la députation de l'Ain à Paris.

Après l'interdiction de faire guillotiner les prisonniers à Commune-Affranchie et les dénonciations reçu par Albitte, les Sans-Culottes sachant que des fuites ont eu lieu et qu'un parti opposé au leur existe encore, ils s'acharnent encore plus sur les détenus. Des visites aux détenus se font à Belley à la fin du mois de ventôse an II, où l'on confisque tous les papiers des suspects ainsi que tout leurs objets de valeur. Ces prises rapportent 9886 livres et 3 sols.

Des visites similaires ont aussi lieu, sur la fin de ventôse an II, à Ambronay par Rollet-Marat, Alban et Lajolais. Les trois hommes, après s'être raisonnablement abreuvé, se rendent à la maison de détention et fouillent les détenus où grisés par la boisson ils commettent quelques actes arbitraires :

"Dans le courant du mois de ventôse dernier, Lajolais général de brigade accompagné de Rollet dit Marat agent national du district de Bourg et d'Alban maire dudit lieu; vinrent en poste sans mission ni caractère à Ambronay dans la maison de détention. Ils se firent accompagner par la municipalité dudit lieu, revêtus de leurs écharpes et d'un détachement d'environ cinquante hommes de volontaires de l'Izère, qui étaient en détachement. On les plaça par deux à chaque porte des chambres des détenus pour les empêcher de sortir de leur chambres. Le déclarant assure que Lajolais et ses deux complices étaint saouls comme des coquins.

Ils se permirent de fouiller dans une des des premières chambres, ils rencersèrent les lits par terre ainsi que les malles, déplièrent tous les effets et linges jusqu'aux mouchoirs de poches. L'on fut obliger de retirer presque du feu les livres de géomètrie et de mathématique en disant que c'était des ouvrages fanatiques(sic). Ils firent mettre dans un sac plusieurs effets, livres, rasoirs, boucles d'argent de jartière que l'on dit m'avoir été rendues(sic).

Après avoir été grisé ils se transportèrent dans la chambre d'Yvoley qui dans ce moment était assis sur son lit, il sifflait, Alban et Lajolais lui tinrent des propos très durs en lui disant de sortir de dessus de son lit et de ne pas siffler; il s'ôtat en effet de dessus son lit et continua de siffler. Lajolais en le traitant de scélérat lui dit de se taire, il lui répondit seulement qu'il lui était bien permis de siffler, cela engagea quelques propos et Alban et Lajolais ordronnèrent à un homme de la force armée d'aller chercher des fers et que l'on lui mis au pied et aux mains et que l'on l'entraine à la tour(sic). Le citoyen Guichelet et Divoley furent en effet conduit à la tour, mais on ne trouva point de fers; ils se permirent les mêmes vexations dans toutes les chambres à l'exception de la mienne où ils n'entrèrent pas malgré mes invitations.

Les volontaires et autres gardes nationaux juraient entre eux des vexations qu'ils nous faisaient éprouver en nous disant tout bas de ne pas faire attention, qu'ils étaient saouls.

Le déclarant ajoute. . . que Lajolais mit la main sur la poigné de son sabre et menaça d'en frapper Divoley et lui promit de le faire traduire à Lyon pour y être guillotiné."802(*)

Les visites nocturnes ne cessent pas en germinal. Les Sans-Culottes se rendent dans les prisons avec l'ordre du représentant de récupérer toutes les valeures monnayables des prisonniers. Le 13 germinal an II (2 avril), Alban et Morel vont à Bicêtre, enlever l'argenterie et l'argent des prisonniers. Mais leur préférence reste à la maison des Claristes, d'où ils savent que les dénociations dont ils sont victimes à Paris proviennent. Ces visites se font alors avec encore plus de violence :

"Alban est souvent venu faire des visites nocturnes dans la maison de détention des Claristes. Que dans le courant du mois de mars (vieux style) il en fit une accompagné de Degrusse, alors officier municiapal, Morel notable et Broccard menuisier membre du comité de surveillance, avec un détachement d'un bataillon du Jura qui était alors en garnison à Bourg, que dans cette visite qui dura depuis onze heures du soir jusqu'à six heures du matin, je n'ai pas quitté ces individus un instant. Alban prit au citoyen Jean Chossat Montbaron des couverts d'argent, de même qu'aux citoyens Micond de Chalamont et Favre.

Il prit aussi au citoyen Vernette, notaire à Montrevel, neuf louis en or, et dix huit livres en argent, le tout dans une filoche verte, dans le gousset de côté de sa culotte, il lui demanda à voir son portefeuille, le visita, et sur les observations que lui fit le citoyen Vernette, que s'il lui prenait ce qu'il avait dans son portefeuille, il n'aurait pas de quoi subsister(sic).

Alban ne prit aucun assignat lui rendit son portefeuille en lui disant qu'il était un aristocrate, qu'il baisait sa sevante qu'il avait chez lui une coupe de Louis qu'il ne voulait pas les déclarer, mais qu'il les trouverait bien.

Il prit aussi au citoyen Archimbaud son écritoire et son agrafe le tout en argent, en lui disant mille horreurs ainsi qu'au citoyen Viallat père, il jettait en fouillant les malles, tous les linges ça et là, sans égard aux observations que lui faisaient les détenus à ce sujet.

Comme Alban accompagné de Degrusse dans le même temps, entrèrent dans la chambre du citoyen Guerrin exprêtre. Là ils commirent toutes sortes d'horreurs et de cruautés, lui demandant son argent dans la persuasion qu'il en avait, ils lui dirent que s'il ne lui donnait pas, il lui couperait le col. Ce détenu se lève au même instant tout en chemise, se met à genoux en lui disant qu'il n'en avait pas sur lui, mais que s'ils voulaient attendre au lendemain il leur en donnerait et que tout en tremblant, il les suppliait de ne lui faire aucun mal.

Alban et Dergusse bien loin d'être touchés de ces supplications, n'en furent que plus hardis.

Alban après avoir fouillé longtemps dans les malles, paillasses et matelat dudit Guerrin, répéta que s'il ne lui donnait pas sur le champ son argent, il n'y avait qu'a lui coupé le col.

Degrusse répond : il n'y a qu'a prendre mon sabre, il a le fil.

Enfin après une heure environ de perquisition, n'ayant rien trouvé ils finirent par déchirer tous ses livres.

Ils lui prirent une veste, une culotte, un habit et autres effets qu'ils donnèrent à un détenu et finirent par mettre Guerrin aux barreaux, où il fut confondu avec des gens de la maison de justice qui étaient condamné."803(*)

Une haine méfiante à l'égard des détenus se fait sentir après le 2 ventôse an II (20 février). Le voeu de Coureng, membre du fomité de surveillance, de faire manger de l'herbe aux détenus de Brou est révélatrice de cette réalité804(*).

Cette haine des prisons, divise rapidement les Sans-Culottes. La municipalité effleure le projet de se débarasser de ces derniers rapidement. Les canonades des Brotteaux peuvent donner un modèle aux Sans-Culottes qui, (sur les remontrances de la garde nationale de Bourg d'avoir trop de travail à surveiller les prisons), par l'intermédiaire de Duclos, lance alors l'idée que pour décharger les gardes du poste de Claristes il n'y aurait qu'à " charger un canon à la mitraille et de le tirer contre cette maison"805(*). C'est sans doute dans cette perspectives que le 23 ventôse an II (13 mars), Lajolais donne au citoyen Montbarbon, (capitaine de la compagnie des cannoniers de la garde nationale de Bourg), le mode de rassemblement de la garde nationale sur la place Marat. Montbarbon fait part à ses hommes au Champ-de-Mars de la directive de Lajolais : "les canoniers au moment que l'on battrait la général dans la nuit se retrouveraient au devant du batiment du département"806(*). L'ordre de Lajolais807(*)stipule que le signal d'alarme peut être donné pour n'importe quelles raisons que par lui sur la réquisition des corps administratifs. Le mot d'ordre est Mort, le mot de ralliement Liberté.

Quelques jours plutôt, Alban, à la barre de la société populaire et au Temple de la Raison, lit plusieurs lettres de Dorfeuille aux Cordeliers lui qui demandent "d'être plus révolutionnaire et plus ferme que jamais"808(*) et qui annoncent "que sous peu de jours, arriverait un évènement terrible à Paris, bien plus extraordinaire que celui du 31 mai"809(*), "que les sans-culottes aurait une entière victoire"810(*). Gauthier-Cinciantus rapporte ces paroles d'Alban : "Dans un mois, il arrivera à Paris un évènements semblable à celui du 31 mai; il s'agit d'épurer de nouveau la Convention : un grand nombre de ses membres périront et parmi eux, Gouly et tous les députés du département de l'Ain excepté Jagot"811(*)

et de Dorfeuille : "Citoyens,. . .il s'élève dans le sein de la Convention, un parti puissant qui veut faire périr les sans-culottes; il faut qu'il périsse ou que nous périssions; serrons-nous; nous sommes perdus si nous manquons de courage ou si nous nous désunissons"812(*)

Mais le ressentiment face à Gouly et à Gauthir-des-Orcières unis les Sans-Culottes, l'idée d'une épuration de la Convention d'une partie de ses représentants (dont la députation de l'Ain) divise le parti populaire.

En effet seuls les membres de la municipalité et du comité de surveillance (à l'exception de Convers) suivent l'avis de Dorfeuille, Blanc-Désisles et d'Alban. Rollet-Marat et Gallien (alors au district) ne s'engagent pas dans ces actions. Gauthier-Cincinatus dit d'eux à son oncle : "Le citoyen Rollet, agent national, tâche, autant qu'il est en son pouvoir, d'empêcher l'effet que produisent sur la classe indigeante du peuple de pareils discours813(*). . . Cependant les arrestations continuent. . .Le citoyen Rollet allège autant que sa place peut lui permettre , le poid de ces vexations"814(*).

Depuis la seconde décade de Ventôse an II, des différents opposent d'ailleurs ce dernier à Blanc-Désisles et Alban. En effet, lors d'un passage à Coligny, au début de Ventôse an II, Rollet-Marat à une altercation avec le citoyen Crozet (membre de la société des Sans-Culottes de Coligny) qui se plaint, par la suite, à Blanc-Désisles de la conduite de Rollet-Marat. Ce dernier est immédiatement dénoncé par la municipalité comme un despote. Le 24 ventôse an II (14 mars), Rollet-Marat rédige une lettre à l'attention de Blanc-Désisles pour se justifier. Dès lors, comme pour Convers, l'agent national de Bourg, ne bénéficie plus de la confiance du fougueux comédien et par lui, de la commune. Quelques jours après, le conseil général de la commune de Bourg, interdit à Rollet-Marat l'entrée des maisons de détention de Bourg, à moins d'être accompagné de deux officiers municipaux; car il est accusé par la municipalité et Alban, de n'avoir aucun respect pour les magistrats sans-culottes. Se trouvant dès lors en marge d'un mouvement qui ne tolère pas d'opposition, Rollet-Marat écrit le 27 (17 mars) à Alban et lui "réclame l'union entre les autorités constituées."815(*) Le 15 germinal an II (4 avril), se trouvant déconsidéré par ses amis (isolé peut être même au sein du district), Rollet-Marat se plaint des mesures de la municipalité à son égard dans une lettre à Albitte. Il est désormais mis, ainsi que son substitut Gallien, à l'écart des affaires politique se déroulant sur le territoire de la commune de Bourg part la municipalité. Se sachant désespérement seul, Rollet-Marat ne cesse dans ses lettres à Albitte, durant le mois de germinal, de lui demander son retour.

Convers aussi se détache des nouvelles orientations politiques de ses collègues. Déjà suspect envers la municipalité pour avoir dénoncé Blanc-Désisles lors du pasage de Gouly, Convers est tenu éloigné des grandes décisions (voir page 156). Mais, une intervention inopinée de Convers à la tribune lors d'une fête décadaire, qui sème le trouble parmi l'auditoire, commue en haine la méfiance des officiers municipaux à son égard.

La mission qu'il a effectué avec Vauquoy dans les disitrcts de Pont-de-Vaux et Châtillon-sur-Chalaronne, lui vaut d'être l'objet d'une dénociation anonyme le 14 germinal an II (3 avril). Vauquoy y est accusé d'être un débauché crapuleux et Convers un patriote hypocrite. Tout de suite, Convers pense que les auteurs en sont Blanc-Désisles et Juvanon, qu'il attaque lors de la séance de la société populaire du 14 germinal an II (3 avril). Il traite les deux hommes de scélérats et de fourbes. Juvanon est alors absent, seul Blanc-Désisles est là. Après de grands débats, la lettre dénonciatrice est renvoyé au comité de surveillance. A l'issu de la séance du 15 germinal an II (4 avril), Convers est évincé de la société de Bourg. Le 25 germinal an II (14 avril), Millet et Dorfeille, à la tribune de la société tentent malgré tout de plaider sa cause. Mais ses attaques à l'insu de Blanc-Désisles et de Juvanon sont fatales pour son crédit patriotique.

C'est au début de germinal an II, que le département de l'Ain apprend les évènements du 24 ventôse an II (14 mars), qui conduisent Hébert, Vincent et Ronsin en prison.

L'arrestation d'Hébert, fait tourner court les projets des Sans-Culottes pour se débarraser des détenus et épurer la Convention. Le 5 germinal an II (25 mars), Blanc-Désisles fait paraitre un disours où il dénonce les faux patriotes et qui cherche à donner aux Sans-Culottes un nouveau mot d'ordre.L'ambiguïté de ses propos peuvent lui permettre de se rattacher au camp des vainqueurs, quels qu'ils soient.

Dans son discours Blanc-Sésisles, cherche discréditer et à dénoncer les modérés encore en liberté et présent, pour certains au sein des autoritées constituées. Ces derniers, s'ils avaient accepter les idées ultrarévolutionnaires des orateurs de la société des Sans-Culottes jusqu'à présent, commencent à s'en détacher, conscients peut-êtreque l'époque n'est plus la même que celle qui suivait la chute de Lyon et la déchristianisation de l'hiver 1793. Ces modérés, s'ils ne sont pas tous les mêmes qu'en Juin 1793, sont ceux qui précipiteront la perte des Sans-Culottes.

la chute des Sans-Culottes

La chute d'Hébert et de Danton, entrainent une accélération des évènements dans l'Ain.

Albitte qui était à Bourg le 9 ventôse (27 février) ne reparait pas malgré les lettres de Rollet-Marat.

Les mesures qu'il prend en ventôse an II, cherchent à recentrer des pouvoirs et des liens biens dispersés entre une autoritée centrale (le représentant) et des autoritées qui ont bénéficiées jusque là d'une grande autonomie. C'est dans cet objectif qu'il oblige les agents nationaux (par arrêté le 16 ventôse an II) à lui rendre compte par écrit, toutes les décades, de l'évolution de leurs travaux; comme il resserre le pouvoir de surveillance des comités aux chefs-lieux de canton le 25 ventôse (15 mars), en supprimant les comités municipaux, qu'il juge sevèrement : "il est tel dans ces lieux que j'ai été obligé d'arrêter qu'il n'y aura qu'un comité de surveillance par canton, étant dans l'impossibilité de trouver des hommes pour les composer, et étant efrayé des abus et des maux qui résultent de leur multiplicité, dans les endroits où il y en a un par commune. Il faut être sur les lieux pour bien juger et s'assurer que ces comités municipaux commettent les plus effroyables injustices et peuvent causer les plus grnads malheurs"816(*). Cette dernière mesure est mal acceptée par certains comités frontaliers qui ont leur travail très à coeur à l'exemple du comité de Jujurieux qui lui explique dans une lettre, qu'appliquer cette mesure "se serai entraver l'action du Gouvernement Révolutionnaire"817(*). Quelques comités, malgré l'arrêté, continuent leurs opérations. Le 30 germinal an II (19 avril), le comité de surveillance d'Ambutrix délivre encore des certificats de civisme et qu'il dit avoir reçu l'arrêté du 25 ventôse, que le 25 germinal (14 avril). Le retard du courrier arrange alors bien les comités de surveillance à l'instar de celui de Vieux d'Oiselon qui dit n'avoir reçu l'arrêté que le 10 floréal (29 avril).

Depuis son arrivée dans l'Ain, Albitte s'intéresse beaucoup au trafic frontalier avec Genève notament. Plusieurs fois il écrit au Comité de Salut Public à ce propos et délègue même Dorfeuille et Merle le 21 Pluviôse an II à Paris à ce sujet entre autres. Le Comité l'invite, le 22 Pluviôse an II, à donner son avis vis-à-vis de la politique à utiliser face à la Suisse et plus particulièrement à Genève; tout en restant circonspect dans ses actions : Genéve n'est pas en France. C'est à ce sujet qu'il délègue Baron-Challier le 28 Ventôse an II (voir page 125).

Albitte circule beaucoup sur les frontières et essaye autant qu'il peut d'arrêter les trafics d'exportation que lui a signalé le Comité de Salut Public. Albitte stimule la surveillance des frontières par un arrêté le 28 ventôse an II (18 mars). Le but d'Albitte est atteint puisque, par exemple, le cmité de surveillance de Versoix fait placer des sentinelles tout les jours devant le pont de Versoix, à partir du 20 germinal an II (9 avril) et de germinal à floréal un trafic de faux assignats est découvert par le comité de surveillance de Divonne.

arrêté 28 v

Albitte parcourt les frontières où il encourage les efforts des patriotes. Le 30 germinal (19 avril), il écrit au comité de surveillance de Verny pour les pousser à surveiller au traffic des faux assignat. Il parcourt aussi les frontières du Mont-Blanc, les districts d'Annecy et Cluses. Il agit désormais plus comme s'il était aux armées que dans les départements.

Le 9 floréal an II, apprenant que Santerre est libéré à Grenoble, Albitte s'attaque à lui et le dénonce vivement au Comité de Salut Public.

Pendant ce temps dans l'Ain, les Sans-Culottes ne se rendent pas compte que l'arrestation des Hébertistes peut mettre en péril leur action et leur main mise sur les administrations. Alban, à la nouvelle de l'arrestation d'Hébert, monte à la tribune de le société populaire et s'adresse à l'auditoire : "Citoyens, deux factions puissantes s'entrechoquent à Paris; le moment est critique; il faut que l'une écrase l'autre; serrons nous, et soyons sur nos gardes."818(*)

Le 10 germinal an II (30 mars), le directoire de département de l'Ain envoi une adresse à la Convention pour la féliciter de la découverte du complot d'Hébert, Martine refuse de la signer.

Le 18 germinal (7 avril), c'est le district de Belley qui félicite la Convention et le 19 c'est au tour de celui de Gex. Cette nouvelle, pousse le conseil général de Châtillon-sur-Chalaronne à proposer des libérations et à Bourg, elle relève le parti des modérés. Des pamphlets et des écris qui visent les Sans-Culottes parcours la ville. Une lettre anonyme "où les ennemis de la République donnent aux meilleurs Sans-Culottes des épithètes qui ne conviennent qu'à eux" 819(*) est adressée à Rollet-Marat. A ce moment les principaux Sans-Culottes sont absents de Bourg. Gallien substitut de Rollet-Marat, réclame leur retour à Albitte, pensant sans doute que leur présence calmerait la situation.

A l'annonce de la mort d'Hébert, Gallien chargé de lire le journal à la société populaire le 23 germinal an II (12 avril), ne le fait pas. D'après E.Dubois, la séance de la société ce jour là est très agitée. Quelques jours plustard, Martine, membre de l'administration départementale déplore que le peuple de Paris n'ait pas prit la défense d'Hébert et de Danton. Sans doute travaillés par l'idée que leur conduite durant les décades passées, peut être à présent un moyen de les arrêté, les Sans-Culottes décachètent systématiquement tout le courrier820(*) et plus précisément celui à l'adresse des administrations. C'est comme cela, que le 18 germinal an II (7 avril) Frilet décachette un paquet de courrier venant du Comité de Salut Public adrssé au tribunal civil du district de Bourg. Le 19, le tribunal dresse un procès verbal qu'il dépose à la poste le 20 à destination du Comité de Salut Public. Mais Alban et Broccard, (sans doute rendus soucieux par le contenu de la lettre), se rendent, vêtus de leurs écharpes tricolores, à la poste pour y prendre ce courrier. Le 24 germinal an II (13 avril), Lajolais quitte son poste à Bourg pour rejoindre l'Armée du Rhin. Gallien se plaint de son départ. Lajollais, sentan-il l'hégémonie des Sans-Culottes vaciller et préfère-t-il aller se faire oublier dans le Nord ?

Au même moment à Lyon, les Amis de Chalier dénoncent l'action des "étrangers" de la Commission de Surveillance Temporaire, ce qui abouti à l'arrestation de Vauquoy en Germinal an II. Cer dernier est accusé d'abus de pouvoir dans les districts de la Tour-du-Pin. Albitte reçevant l'ordre de le faire arrêter et traduire devant un tribunal, le fait conduire à Grenoble. Le 19 Germinal an II, il reçoit un courrier du C.S.P. qui lui dit de faire traduire devant le tribunal révolutionnaire le commissaire civil. Le 28 Germinal an II, alors que Vauquoy est en route pour Paris, Albitte "atteste que Vauquoy (lui a). . .toujours paru un bon et loyal patriote. . . il y a bien des aristicrates dans le département de l'Isère, il y a bien des calomnies contre les patriotes"821(*).

Avec la chute d'Hébert, les Sans-culottes, se retrouvant seuls, écrivent à Albitte pour demander son retour à Bourg. Ce dernier, ne semble pas pressé de revenir dans la capital de la Bresse. Peut-ête les Sans-Culottes ne sont-ils pas de pûres apôtres d'Hébert, mais la chute de ce dernier les poussent à se rendre compte de leur attitude de ces dernières décades et sentent que leur parti peut ressortir attérer de cette affaire, envoient sur les recommandations de Dorfeuille, deux commissaires à Paris avec une proclamation qui vise à féliciter la Convention mais surout à se blanchir des accusations dont ils sont victimes; en démontrant que leurs actions n'avaient pas la motivation hébetiste qu'on leur prétaient.

Quand le Comité de Salut Public apprend que son courrier a été ouvert à Bourg, il prend, le 29 germinal an II (18 avril), un arrêté qui ordonne la translation de brigade en brigade, jusqu'à Paris des officiers munipaux de Bourg.

Le décret arrive à Bourg le 1er floréal (20 avril) au soir et le 2 Alban, Blanc-Désisles, Raffet, Degrusse, Morel, Faguet, Pellet, Bon et Baux sont en route pour la capitale. Frilet qui se trouve à Revonnas est arrêter et rejoint ses collègues.

A Bourg, la nouvelle boulverse la ville. Merle se rend immédiatement à Paris pour prendre la défense de ses compagnons.Dorfeuille annonce qu'il va écrire à Robespierre, Couthon et St Just pour demander le retour des officiers municipaux. La société populaire rédige une adresse à la Convention pour prendre leur défense, mais Millet et Dorfeuille reconnaissent quand même, que les officiers municipaux ont commis quelques indélicatesses. Albitte apprend la nouvelle le 3 floréal an II (22 avril), alors qu'il est Cluses. Il écrit son mécontentement de voir les officiers municipaux arrêtés au Comité de Salut Public le jour même.

Le 4 floréal an II (23 avril), ce sont les officiers municipaux de Belley qui sont conduits à Paris. A leur arrivée, ils sont installés dans la maison du Languedoc.

Dès lors les séances de la société populaire devenient houleuses entre le parti Sans-Culottes altéré et le parti modéré qui se montre au grand jour, il devient alors fréquent de voir quelques uns des Sans-Culottes du comité de surveillance ou du district s'en prendre aux tribunes.

Albitte ne reparait pas à Bourg, ni même dans l'Ain. La disrgâce des officiers municipaux, éloigne Albitte du département et le 11 floréal an II (30 avril) le réprésantant du peuple Méaulle est nommé successeur d'Albitte dans l'Ain. Quelques jours avant l'arrivée de ce dernier, Dorfeuille et Gallien vont voir Méaulle à Lyon et affirement que Méaulle "saura bien ne pas s'apitoyer sur les réclamations, et apprécier au contriare, le mérite des Sans-Cullottes"822(*).

Depuis le 22 Germianl an II, Albitte qui est dans le Mont-Blanc, ne s'occupe plus guère de sa mission initiale. Il redevient un homme de guerre. Entre le 22 Germinal an II et le 18 Floreal an II, Albitte n'a plus en tête que les revers militaires du Mont-Cenis et des mesures à prendre pour la défense nationale. Il est tellement occupé à la chose militaire que le 3 Floréal an II, alors que les Sans-Culottes de Bourg vont à Paris, il écrit au C.S.P. qu'il lui est impossible de se rendre à Bourg.

Albitte sur les frontières n'est pas mis au courant du changement d'effectation dont il est le sujet et ce n'est que le 17 floréal an II (6 mai), de Chambéry, qu'il écrit au Comité de Salut Public : "Vous avez cru que l'établissement du Gouvernement Révolutionnaire était facile. . .depuis trois mois, je travaille de jour et de nuit . . .et je n'ai jamais eu tant de mal. Je comptais finir mes opération sous deux décades"823(*). Son changement d'affectation ne semble pas l'émouvoir outre mesure. Sans doute est-il plus content de retrouver son poste aux armées. Le 21 floréal an II (10 mai), Rollet-Marat écritt une lettre pleine de gage d'amitié pou le représentant : "Bonjour, montagnard Albitte, comment te portes-tu ? Conserves toi pour les Sans-Culottes, pour ces fiers républicains dignes de la liberté que tu leur as conquise par ton génie révolutionnaire et par tes sages arrêtés. Loin d'eux tu seras toujours parmi eux; ils te bénissent tous. Continue ta carrière glorieuse; aime-nous, tu as toute notre confiance. Ah ! si tous les membres de la Convention imitaient ton exemple, les vrais patriotes ne seraient pas toujours calomniés, dénoncés aux comités. Les dénociations pleuvent contre moi; n'importe j'irai toujours mon train. Tes arrêtés ont été sacrés pour moi; je les ai fait exécuter avec viguer, avec séverité. Tels sont les reproches qui me sont fait, et que quelques uns de tes collègues, à Paris, receuillent et entassent avec voracité pour me perdre."824(*)

Mais Albitte de retour aux armées, tourne le dos au département de l'Ain, et aux Sans-Culottes qui ont cru pouvoir grâce à lui établir un pouvoir populaire. Méaulle qui arrive dans l'Ain se rend compte qu'a Bourg et à Belley, du fait du grand nombre de détenus, les patriotes sont menacés.

CONCLUSION

Albitte après sa mission dans l'Ain

Le rappel d'Albitte n'entraine pas sa disgrâce. Il continue sa carrière de répresentant en mission auprès de l'Armée des Alpes avec Laporte. Il organise la défense du Mont-Cenis durant la troisième décade de floréal an II. Pour cela, il réquisitionne les gardes nationaux des départements du Mont-Blanc, de l'Ain, de l'Isère, de la Drôme, des Hautes et Basses-Alpes, dans le but de regarnir les fontières. Cinq bataillons sont ainsi levés. Il prend plus de vingt arrêtés entre le 4 floréal an II et le 29 floréal. La confiance du Comité de Salut Public en Albitte ne cesse pas. Ces liens avec Collot d'Herbois lui ont sans doute été utiles, ainsi que la prudence dont il a fait preuve depuis la chute des Sans-Culottes.

Le 13 thermidor an II, Albitte est envoyé à l'Armée d'Italie, où il retrouve Bonaparte. C'est à Nice, le 23 thermidor an II, qu'il apprend sa nommination à l'Armée des Alpes. Carnot lui donne ses fonctions : "Garder les côtes, rendre inutiles toute tentatives de descente ou d'invasion par le territoire de Gênes, détruire Soargio, veiller sur Port-la-Montagne, . . .contenir les malveillants et les fédéralistes, sauver la Corse, perfectionner la discipline,. . ., établir les communications avec l'Armée des Alpes"825(*).

Avec la chute de Robespierre, Albitte n'est en aucun cas atteind. Mais la réaction qui s'en suit, le rend prudent. Il se rallie rapidement au nouveau Comité de Salut Public. L'homme réfléchit n'a pas disparu.

Le 7 fructidor an II, Albitte et Saliceti, font l'éloge du général Bonaparte. Maintenu à l'Armée des Alpes par un avis de ces collègues Prost et Salicetti du 11 fructidor an II826(*), Albitte rétablit la discipline au sein de l'Armée.

A l'issu du combat de Cairo du 2 vendémaire an III, Albitte et Salicetti regagnent Paris. Albitte n'est pas revenu à la Convention depuis le 11 mai 1793.

De retour à Paris il vote la mise en accusation de Carrier. Figurant parmi les derniers montagnrads, il continue de fréquenter le club des Jacobins. Malgré les dénonciations qui fusent contre lui à la Convention, Albitte ne cède pas et ce n'est qu'après les journées de prairial an III qu'il est accusé par le député Delahaye d'avoir voulu remplacer les sercétaires absents au bureau par des représentatns ayant été aux armées. Son frère, Jean-Louis suppléant de Daublet, se rend à la barre de la Convention pour prendre la défense de son aîné. Mais, attaqué par Vernier, il est décrèté en état d'arrestation par Tallien. Accusé avec Bourbotte, Duquesnoy, Duroy, Goujon, Romme, Soubrany, Rhul et Prieur de la Marne, Albitte échappe à la prison le 2 prairail an III (il n'était pas présent à la Convention ce jour là). Le 3 prairial an III, il publi un justificatif de sa conduite lors de la journée du 1er. Poursuivit et condamné à mort par contumace, il échappe à la guillotine jusqu'à la loi d'amnistie du 4 brumaire an IV.

Elu maire de Dieppe en 1796, il est admis capitaine à la suite du 4ième régiment de troupes légères par décret du pouvoir éxecutif du 18 germinal an IV, puis il est détaché par Bernadotte à l'état-major des troupes de la République en Belgique. Albitte n'hésite pas à reprendre du service dans les armées avec un grade subalterne à celui qu'il avait obtenu en aôut 1793.

Faisant sans doute preuve de courage et d'abnégation, Albitte reçoit le grade d'adjudant-général ( alors qu'il est en service à Bâle) le 5 nivôse an VII. Un an plus tard, à Paris, il est nommé chef de bataillon surnuméraire à l'Armée d'observation. C'est après plusieurs demandes qu'il est enfin admis comme sous-inspecteur aux revues le 18 vendémiaire an X et décoré de la Légion d'Honneur.

Sous inspecteur aux re

Le 1er nivôse an X il récupère le grade d'adjudant général. Il retrouve 8 ans plus tard le grade qu'il avait obtenu en 1793. En poste à Mayence, il est attaché au 26ième corps de 1803 à 1808. Le 4 mai 1809, il reçoit l'ordre de se rendre à l'Armée alors en Allemagne sous les ordres de Davout. Mais très malade, il ne supporte pas le climat rhénan. Il écrit en 1811 au comte Dumas dans l'espoir de pouvoir se rendre à Lyon ou Aix-la-Chapelle pour se soigner. C'est à cette époque qu'il se marie et a un fils, Gustave Albitte, (connu plus tard dans la littérature comme auteur dramatique827(*)).

Ne pouvant guérir, il se rend néanmoins à la suite des Armées au sein de la division Desaix pour le début de la campagne en Russie. Il meurt de froid et de fatigue à Rosénié en Pologne, le 25 décembre 1812.

Plusieures fois, après la Révolution, Albitte a eu à parler de sa mission dans l'Ain. Il se confia au général Girod de l'Ain. Ce dernier dit d'Albitte : "Le pauvre homme, à cette époque ou je le retrouvais sous-ispecteur aux revues, était bien revenu des erreurs de sa jeunesse et bien désillusionné du brillant et terrible rôle qu'il avait rempli vingt ans au paravant".828(*). De même quelques années plus tard, Lalande rencontre Albitte. Ce dernier, avoue au bressan : "il faut avoir pitié d'un homme enivré par des hommes plus astucieux que lui, intimidé par des hommes plus furieux, et trompé par de plus scélérats".829(*)

Même si il tente de se disculper, Albitte, de par l'apposition de sa signature en bas des arrêtés, est autant responsable que son entourage de ces actions.

Plus que de juger les faits de ces hommes, il ne faut pas oublier que la mission d'Albitte prend effet à un moment crucial de la Révolution où les armées de la République affichent sur leurs drapeaux le mot d'ordre commun à tout homme de l'an II: La Liberté ou La Mort.

Sa mission dans l'Ain lui vaut d'être, dès l'an III suite aux actions des Thermidoriens sur l'ensemble de la France, dénoncé avec Javogues, Méaulle et Merlino par la commune de Bourg. Loin de lui reprocher la démolition des clochers ou des châteaux, les burgiens et les belleysiens l'accusent plutôt d'avoir aider les Sans-Culottes à tenir les rênes du pouvoir dans l'Ain. Mais ne faut-il pas voir dans ces accusations des tentitives de disculpations de certains patriotes de l'an II, peu désireux de se voir accuser à leur tour ?

Effets de la mission d'Albitte dans l'Ain après son départ

pour les Sans-Culottes

Albitte n'est pas encore parti et Méaulle pas encore arrivé, que le15 floréal an II, Dorfeuille se voit proposer le poste d'administrateur du district de Bourg. Mais le vote des sociétés populaires lui est défavorable car il n'est pas citoyen actif de ce département.

Le 8 prairial an II, Merle écrit de Paris pour annoncer que l'affaire des officiers municipaux sera bientôt terminée. En effet, ces derniers possèdent en Jagot (membre du Comité de Sureté Générale) un puissant appui et Merle connait bien Couthon qui est chargé du dossier. Pour Merle, seul Alban pose un problème. Les réclamations auprès du Comité de Salut Public pour la libération des officiers municipaux parviennent en grand nombre de l'Ain. La société populaire ne cesse d'envoyer des adresses pour réclamer la libération de ces membres détenus. Mais le 14 messidor an II, face aux dénonciations dont ils sont vicitmes, Rollet-Marat et Martine décident de se rendre à Paris pour se disculper des accusations dont ils sont l'objet. Sont députés avec eux Gallien, Ducret, Gay et Baron-Chalier afin d'assurer la défense des patriotes de l'Ain à Paris; à la veille du départ, Chaigneau annonce à la tribune de la société de Bourg : "voilà comment l'on veut nous emmener les uns après les autres, c'est de cette manière que l'on veut désunir les Sans-Culottes, mais il faut nous soutenir, nos frères les officiers municipaux qui sont à Paris, et les deux qui vont partir sont blancs comme neige, ils n'ont rien à craindre". Juvanon ajoute : "si l'un des Sans-Culottes mandés par le Comité de Salut Public venait à périr, l'on verrait couler le sang dans la commune de Bourg"830(*). Dorfeuille renchérit, il "fait des déclamations injurieuses et calomnieuses contre les habitants de cette commune, notamment contre ceux qui ont fait des dénonciations contre les officiers municipaux mandés à Paris par ordre du Comité de Salut Public, ajoutant que si l'un de ces municipaux venait à périr, il fallait couvrir d'un crèpe funèbre la maison d'arrêt des Claristes"831(*).

Le 6 messidor an II, le Comité de Salut Public libère tous les officiers municipaux exceptés Alban, Blanc-Désisles, Frilet, Rollet-Marat et Martine. Le 9 thermidor an II par l'intermédiaire de Jagot (profitant sans doute du désordre causé par la chute de Robespierre), le Comité de Salut Public prend un arrêté qui libère Blanc-Désisles, Rollet-Marat, Frilet et Martine (seul Alban reste à Paris, à la Conciergerie).

A peine les Sans-Culottes sont-ils libérés que les représentants de l'Ain se présentent au Comité de Salut Public pour contester cette décision. Le 12 thermidor an II, le Comité de Salut Public prend un arrêté demandant à Méaulle de maintenir incarcéré les Sans-Culottes jusqu'à l'arrivée de Boisset. Le choix de ce dernier par le Comité montre bien la nouvelle orientation politique de modération. En effet, Boisset, arrive dans l'Ain pour faire cesser l'agitation des Sans-Culottes, taire le parti démocrate pour remettre au pouvoir des hommes de Juillet 1793.

Mis en détention à leur retour de Paris, les Sans-Culottes demandent à bénéficier d'une semi-liberté dans la ville de Bourg. Méaulle accède à leur requête; le 19 thermidor an II Méaulle fait retenir en arrêt domicilaire Blanc-Désisles, Rollet-Marat, Frilet et Martine. Le 22 thermidor an II, Baron-Chalier démissionne; mais le 24 il est mis en état d'arrestation et rejoint ses camarades qui sont conduits aux Claristes à la suite d'un autre arrêté. Ces arrestations se font à la plus grande surprise des Sans-Culottes. Broccard s'enfuit. Devant ce brusque retour en arrière des évênements, les patriotes prennent vite conscience qu'ils vont remlacer les détenus et que ces derniers vont retrouver les places administratives; dès lors leur sort sera précaire. Le 19 Thermidor an II, les Sans-Culottes commandent la venue sur Bourg d'une troupe de 300 gardes nationaux de Gex, Ferney et Châtillon-en-Michaille, commandé par 16 officiers dans le but de faire tenir les prisonniers tranquille et ainsi supprimer toute tentative de réveillent des modérés. La troupe arrive le 20 thermidor an II, mais le 24, Boisset qui vient d'arriver fait remplacer ces hommes par ceux de la garde nationale de Bourg. Avec Boisset, le modérantisme triophe, l'heure n'est plus à la mobilisation des masses mais bien à la victoire de la bourgeoisie révolutionnaire. Les fédéralistes sortent de détention et les sansn-culottes les remplacent.

De la même manière que les détenus qu'ils avaient fait mettre en prison, les Sans-Culottes essaient à leur tour de communiquer avec l'extérieur par tous les moyens. Alors qu'ils doivent être jugés par le tribunal criminel de l'Ain, les autorités se rendent vite compte que leur cas ne relève pas de ce dernier. Le 25 fructidor arrive un courrier du Comité de Sureté Générale interdisant toutes poursuites contre les Sans-Culottes. Lalande reproche à Méaulle de vouloir les faire juger afin de les faire remettre en liberté832(*). Les Sans-Culottes restent aux arrêts.

Convers est mis en liberté le 4ème jour complémentaire de l'an II, après avoir chargé de griefs son ancien compagnon Blanc-Désisles. Après vendémaire an III, Convers prend la fuite comme Martine, Broccard, Ravet, et Dorfeuille l'ont fait avant lui. Convers se réfugi à Nancy et Dorfeuille à Lyon où, par deux fois, des hommes de Bourg viennent voir sa femme afin que le comédien les suivent à Bourg pour se faire Juger, malgré l'illégalitée de cette démarche (les administrateurs n'ont de pouvoir que dans l'étendue de leur circonscription).

Les épouses des Sans-Culottes sont également mises en détention suite à des manifestations de soutien envers leurs époux et la politique de l'an II; elles sont libérées sur ordre de Boisset.

Le 18 brumaire an III, certains des détenus tentent de s'évader. Pour empêcher cela, une mesure similaire à l'arrêté d'Albitte du 2 pluviôse an II, est prise par la municipalté de Bourg.

Dans plusieurs pétitons, les détenus se plaignent de leur condition de détention et de leur manque de nourriture. Mais comment pourraient-ils être mieux traités alors que l'agent national de la commune de Bourg, le citoyen Rousset, est un ancien détenu, abhorre Blanc-Désisles833(*). Il en est de même entre Braconnier (juge de paix du canton de Ceyzériat destitué par Albitte) actuellement membre du directoire du district de Bourg et Rollet-Marat.

Les Sans-Culottes ne désarment pas et par les liaisons qu'ils entetiennent malgré tout avec l'extérieur, arrivent à stimuler une résistance. Leurs femmes en sont les premières instigatrices. Du courrier adressé à Méaulle et Jagot834(*) où ils dénoncent Boisset est intercepté par les membres de la municipalité.

Les prisonniers deviennent désormais trop dangereux et trop encombrants. En effet, certains administrateurs craignent que l'on vienne les assasiner et d'autres ont peur que l'influence des détenus sur une grande partie de la population les amène à être libérés. Les autorités constituées délèguent Braconnier et Rousset pour se rendent à Lyon le 24 germinal an III. Sur place, ils obtiennent des représentants Borel, Richard et Boisset de faire traduire les détenus de Bourg à Lons-le-Saulnier et ceux du Jura à Bourg. Le 26 germinal an III, Rousset fait part à la population, rue Simonneau, de l'arrêté des représentants à Lyon. Le 29, il remet l'arrêté à l'accusateur public avec ordre de le faire exécuter. Sans doute conscient de son sort, Thévenin se suicide par strangulation en prison. Abandonnés à leur sort, les Sans-Culottes le sont aussi par leurs seuls appuis à Paris : Jagot ( qui n'est guère plus écouté), Méaulle et Albitte (qui évitent de se compromettre). Albitte, plutôt que de secourir ces hommes qui n'avaient pas hésité à le soutenir à la Convention par leurs adresses, fait la sourde oreille, sans doute plus soucieux de garder son poste que d'aider ceux qui pensaient être ces frères.

Le 29, les terroristes jurassiens arrivent de Lons-le-Saulnier; ils sont conduits par Beffroy sur la place Marat où Montbarbon les fait mettre à genoux afin de les humilier. C'est dans cette ambiance que l'ordre de transfert des 36 Sans-Culottes est donné par Boisset sur demande d'administrateurs burgiens, pour le lendemain, 30 germinal an III. Boisset n'ignore pas que les dénonciations fusent contre lui et que la vie des sans-culottes est menacée, mais comme à Lyon, son inaction coupable à protéger les détenus, favorise l'enclanchement de la répression violente contre les hommes de l'an II.

A 7 heures du matin, l'accusateur public écrit au district pour que deux de ses membres se joignent à la municipalité afin de veiller à ce qu'il n'y ait pas d'accident.

La nouvelle du transfert des Sans-Culottes circule dans la ville rapidement . "Sur les neuf à dix heures du matin, les gendarmes et la compagnie de canonniers, commandés pour les escorter, se rendirent aux prisons. Beffroy et autres particuliers qui s'y étaient rendus aussi, commencèrent par ôter la cocarde nationale et les boutons de l'habit des détenus, les enchainant deux à deux et de trois en trois. Les chaines de fer, n'étant pas suffisantes, Beffroy fit chercher des cordes de puits pour les attacher. On les fit monter de suite sur trois voitures. Blanc-Désisles, Ducret, Rollet, Juvanon fils, Merle et Frilet furent forcés de monter sur la première voiture. . . Cet arrangement de voitures avait été prémédité. Quelques uns de ceux qui étaient sur les voitures suivantes avaient été prévenus par le geôlier que la première voiture serait la plus maltraitée."835(*)

Les voitures se mettent en route et au niveau de la place du greffe, "au moment où les regards du peuple se posèrent sur ses oppresseurs l'on entendait chanter le réveil du peuple par dessus les huées et des cris d'indignation"836(*). Des citoyens de la ville de Bourg au nombre d'une quarantaine se ruent sur la première voiture et distribuent des coups de bâtons mais, ils sont repoussés par la garde nationale et par les invectives de l'accusateur public. Arrivés en dehors de la commune de Bourg, au faubourg du Jura, Montbarbon, des hommes de la garde nationale et une douzaine de citoyens de la ville de Bourg attaquent de nouveau la première voiture. "En sortant de Bourg cinq furent assassinés à coup de bâton dans la première voiture, qu'il (Benoit Ravet) vit aussi qu'on leur tira plusieurs coups de pistolet, que Dubreuil, Beffroy, Vuy fils, Duhamel fils déserteur, les deux fils Bonnardel drapier, Montbarbon donna le premier coup de sabre sur le poignet de Merle accusateur public, que le fils Juvanon qui était le sixième de la première voiture, ne fut pas tué, n'ayant reçu que deux coups de sabre qui lui avaient croisé la figure, s'étant caché sous des matelats; qu'a la sortie de la ville, Chaigneau fut assassiné entre ses bras sur la seconde voiture où ils étaient du nombre de dix"837(*). Crozet de Coligny, profite de l'agitation pour s'enfuir avec l'aide d'un gendarme et rejoint Coligny.

Après ce massacre, les corps sont emmenés à St Etienne-du-Bois, où meurt Juvanon. Mais la tuerie n'est pas finie; une fois arrivés dans la prison de Lons-le-Saulnier, Frilet et Laymant sont mis à mort le 6 prairial an III par des jurassiens.

L'annonce du massacre des Sans-Culottes semble horrifier Boisset qui en fait part à ses collègues du Comité de Sureté Générale, comme d'un"évènement affreux"838(*); à ses collègues du Comité de Salut Public, il leur annonce "qu'il est douleureux pour mon coeur d'avoir a vous faire part, citoyens collègues, d'un évènement affligeant pour l'humanité"839(*).

Suite à l'assassinat de leurs collègues, Gay, Degrusse, Baron-Chalier, Broccard, Ravet, Duclos, et Maret-Ychard le 13 prairial an III, font un repentir solennel. Le même jour, Baron abjure son nom de Chalier. Le 17 Boisset ordonne qu'une enquête soit ouverte et que les charges contre les Sans-Culottes survivants soient délaissées.

Ce coup de semonce bressans n'alerte pas Boisset, pour qui ces règlement de compte rentre dans l'action politique du temps, qu'il entend laisser faire vis-à-vis des hommes de 1793. En effet, sa molle complaisance dans l'Ain, mais aussi à Lyon du fait de son rattachement à un réseau royaliste et contre-révolutinnaire drômois en relation avec Imbert-Colomès840(*) amène aux actions violentes des muscadins841(*) bressans contre leurs opprésseurs d'hier.

C'est dans la même logique que Dorfeuille, alors emprisonné à la maison de Roanne à Lyon, est défenestré du deuxième étage de la prison de Roanne le 16 prairial an III. Le massacre de Lyon qui coute la vie à 96 citoyens se fait sous l'inaction totale de la municipalité et de Boisset. Si à Lyon ces agissements sont le fait du travail des agents royalistes, à Bourg, le massacre des sans-culottes est une revanche préparé par d'anciens détenus de l'an II (seuls les chefs du mouvement sans-culotte sont éliminés) et plus ou moins occulté par le district et la municipalité qui ont confié la sauvegarde des détenus à un de leur bourreaux. A la peur légal de l'an II répond la fureur populaire de l'an III842(*).

En aucun cas, les assassins des Sans-Culottes ne sont des compagnons de Jéhu même si le "Réveil du Peuple" est chanté par la foule. En effet, loin d'être royaliste, le peuple marque avec le "Réveil du Peuple", son opposition à l'an II et l'avant Thermidor. Les assassins sont des gens connus par leurs victimes. Il y a d'anciens détenus, comme Montbarbon et Joly, des fils de détenus comme Dubost et des fils de suppliciés comme Vuy et Perret. La mission d'Albitte est pour ces hommes un moment crucial de leur vie, car elle a fait d'eux des suppliciés ou des criminels. Seul Joly, l'époux de la femme à laquelle Alban montrait des estampes obscènes afin d'obtenir ses faveurs, est poursuivi en l'An IV comme compagnon de Jéhu puis guillotiné dans le Puy-de-Dôme à ce titre.

Pas tous les sans-culottes ont périt lors de cet effroyable revanche des muscadins. Alban, lui est à Paris, où il travaille par réquisition du Comité de Salut Public, à l'Atelier de Précision. Grâce à Merlino et Gauthier-des-Orcières, il trouve un emploi à la forge du Mont-Cenis; mais il préfère revenir à Bourg où il est dénoncé, le 8 prairial an IV, avec Gay comme un agent de Babeuf. Seul Alban est traduit à la Haute Cour de Justice de Vendôme; Gay étant mort en l'an V. Alban est jugé avec Babeuf mais il est acquitté. Il meurt pauvrement à Mâcon en 1798.

Baron, amnistié, rentre à St Rambert. Mais la chasse aux hommes de l'an II le poursuit jusque dans son pays natale , ou il est victime d'une tentative d'assassinat. Jugé en l'an X pour ses actions pendant la Terreur, il est acquitté. Il a 41 ans. Baron se suicide en 1835 à l'âge de 80 ans, partisan d'une monarchie constitutionnelle.

Le destin du général Lajolais est, pour un homme ayant cotoyé pendant trois mois des révolutionnaires avertis, plutôt singulier. Il est donc possible de se demander si l'action de Lajolais dans l'Ain durant la mission d'Albitte, ne tient pas plus du défoulement et de livresse des évênements que de motivations d'ordre politique.

Le général Lajolais, en décembre 1794, fait la connaissance de Pichegru à Strasbourg et participe à son plan pour rétablir la royauté. Suspect au yeux de la Convention, il est suspendu de ses fonctions pour avoir entretenu des relations avec le milieu royaliste puis est mis en réforme le 13 avril 1796. Compromis par des pièces trouvées dans le fourgon de Mr. de Klingin, il est emprisonné en septembre 1797. Non compris dans l'organisation de 1801, il rejoint Londres en l'an XI où il fait des préparatifs pour reçevoir Pichegru et Cadoudal. Il est arrêté en 1804 pour avoir pris part avec Cadoudal à une conspiration contre Bonaparte; il est enfermé pour 4 ans au fort de Bellegarde où il meurt quelques jours avant sa libération.

La mission d'Albitte dans l'Ain est une accélération pour le mouvement révolutionnaire. En effet, c'est elle qui ouvre le pas aux Sans-Culottes et qui leur donne l'illusion que leur pouvoir et le Gouvernement Révolutionnaire est à ancrer pour l'éternité même s'il faut pour cela tyraniser une portion du peuple qui les a portés au pouvoir.

Albitte, loin d'être un moteur des évènements, agit plus sous la pression de son entourage que par décision personnelle. Sans doute, s'il avait fait preuve de plus de force de caractère, le dérapage de la fin de pluviôse an II et des deux mois suivants aurait pu être évité. Mais plutôt que de faire face à ces hommes, le représentant a préferé leur donner le champ libre en partant pour les frontières. Il est à supposer que sa présence à Bourg en germinal an II, comme le demandait Rollet-Marat, aurait été un facteur non négligeable quant à la suite des évênements.

Plus que tout autre moment de l'histoire de la Révolution dans l'Ain, la mission d'Albitte marque l'apogée du mouvement sans-culotte dans ce département; période où le personnel politique n'est plus celui de l'Ancien-Régime et n'est pas celui de l'Empire.

ANNEXE 1

Lettre du 11 pluviôse an II (30 janvier 1794), d'Albitte

aux représentants du peuple à Commune-Affranchie.

A.D.R. 1L208

"Bourg

11 pluviôse

Albitte représentant du peuple à ses collègues et amis à Commune Affranchie.

Mes chers amis j'ai une besogne très laborieuse ici. J'espère cependant la remplir par la copie de mes principaux arrêtés que je vous envoie, vous jugerez de mes intentions, elles tendent à détruire le fanatisme, à écraser les prêtres, à dompter mrs les cydevants et surtout à les rendre des Sans-Culottes dans toute la force du terme, supposition faite qu'ils ne soient pas coupables d'autres crimes que de celui de leur naissance. Je m'occuperai des bois de marine, des salpêtres, des grands ...ttes, des moyens d'anéantir la mendicité et de pressurer les égoïstes et de punir les fédéralistes. Au sujet de ces derniers, j'aurais bien voulu votre avis. Vous n'avez pu à ce qu'il parait vous occuper de soit d'examiner les pièces que je vous ai envoyée. Je ferai d'après ma conscience. Un point très important que je vous ........ c'est de maitt.... de vos projets sur les subsistances de vos départements.

De tout côté on vient ici. Je n'ai pu encore m'occuper des recensements. Il faudrait m'envoyer le tableau général de vos réquisitions dans l'Ain, et les noms des commissaires. Surtout il faut qu'il n'y en ait que d'une espèce. Faites moi connaître au total vos le... et vos espérances sur mon département, et je pourrai prendre des mesures promptes et en connaissances de cause. Faites moi aussi envoyer les listes de tous les justicés à Commune-Affranchie afin de pouvoir saisir et faire vendre leurs biens sans délai dans les districts que j'ai à visiter, soit dans l'Ain, soit dans le Mont-Blanc.

Envoyez aussi à Paris, au Comité de Salut Public, aux Jacobins, à La municipalité et aux cordeliers une collections complète de nos arrêtés et de ceux que vous avez pris depuis. Nous avons fait hier la décade. Ca ira.

Salut et fraternité Albitte

ANNEXE 2

Lettre du 17 ventôse an II (7 mars 1794),

de Blanc-Désisles à Albitte.

A.D.A. 2L56

"Egalité Liberté

Bourg-Régénéré le 17 ventôse an 2

de la République une indivisible et démocratique

Albitte, ça va bien, nous pensons toujours à toi,

c'est le vrai moyen de bien marcher

amitié et fraternité

B.Désisles

agent national"

ANNEXE 2bis

Lettre du 26 germinal an II (15 avril 1794)

de Blanc-Désisles à Albitte

"Epidor-cy devant Bourg- le 26 germinal an 2 de la République une indivisible et démocratique

Brave Albitte

Tu recevras par ce courrier l'état des détenus proposés

pour sortir et l'état de leur fortune.

Tu verras dans la note que nous t'avons déjà

envoyée, à te guider pour la tache.

Je te souhaite meilleur santé et t'invite fortement à

te ménager pour le bonheur des patriotes

B.Désisles

agent national"

ANNEXE 6

Lettre du 15 germinal an II (4 avril 1794)

de Rollet-Marat à Albitte

A.D.A.2L49

"Epidor cidevant Bourg-Régénéré le 15 germinal an II de la République française une indivisible

L'agent national du district de Bourg

au représentant du peuple Albitte

Je t'envoie la liste de tous les citoyens proposés pour composer les autorités constitués de ce district, elle est le résultat du travail fait par des Sans-Culottes par moi choisis en exécution de ton arrêté.

J'ai été obligé de me transporter dans les chefs-lieux de canton pour réparer des erreurs et des omissions faites par ces commissaires et il s'en rencontre encore de ces omissions dans d'autres communes, car dans plusieurs ils ont oublié de désigner des assesseurs des juges de paix et il serait à propos qu'après que tu auras examiné cet ouvrage, tu me chargera de le parachever en m'autorisant à procéder à l'installation des autorités constitués et à faire tous changements nécessaire pour le bien public;

Je t'observe que les citoyens désignés pour composer les comités de surveillance n'ont été pris que dans les municipalités chefs-lieux, il me semble qu'il conviendrait qu'ils fussent choisis dans toutes les communes du canton, cela remplirait sans doute tes intentions surtout d'après ton arrêté du 25 ventôse qui supprime tous les comités de surveillance à l'exception de ceux des chefs-lieux, il en résulterait au surplus un très bon effet en cas que les ennemis de la République serraient surveillés de plus près.

Lorsque j'ai reçu ta lettre qui me prescrivait de suspendre mes opérations sur la réunion des communes; l'ouvrage était fait en partie, je pense qu'il pourra servir dans la su....

Je t'envoie la liste des municipalités de mon arrondissement qui ont changé de nom et qui m'ont adressées leurs délibérations à cet égard.

Le nommé Groscassand Dorimond ex-vicaire épiscopal que tu m'avais ordonné de faire arrêter a adressé ces jours derniers un mémoire à la commune de Treffort lieu de son dernier domicile et une carte de la section de Paris ou il réside actuellement aux fins de lever les scellés et séquestres apposés sur ses biens; cette carte et ce mémoire sont parvenus à l'administration avec les observations de la commune et j'ai de suite envoyé au maire de Paris copie de la dite carte pour le faire arrêter et traduire à Bourg; j'ai aussi fait mettre en état d'arrestation le nommé Bouveyron beau-frère dudit Groscassand et porter au district lesdites pièces a fin d'empêcher entre eux toutes correspondances.

Je t'envoie copie de ces deux pièces. Il existait encore audit Treffort un nommé Bouveyron ex-constituant du coté droit, homme dangereux et de la trempe de Piquet son collègue, je l'ai aussi fait arrêter avec un nommé Folliet, ayant d'après sa sollicitation un fils émigré et tous deux sont détenus aux ci-devant Claristes.

J'espère que tu approuveras toutes ces mesures qui tendent à la sûreté générale et au salut de la République.

Je te fais passer deux copies de lettres du citoyen Gauthier député à la Convention nationale et de son père relatives à leur parent ex-vicaire cathédrale et non abdicataire détenu à Bicêtre, j'y joins un certificat d'officier de santé qui m'a été remis.

Tous les prêtres renfermés pour n'avoir pas satisfait à ton arrêter réclament des secours, ils prétendent n'avoir aucune ressource pour vivre ne touchant plus de pensions, décide promptement sur leur sort en les envoyant dans une terre étrangère n'étant pas dignes d'habiter celle de la liberté.

Les détenus dans la maison des cydevants Claristes lèvent la tête, il m'a été rapporté qu'ils tenaient des propos très inciviques, qu'ils avaient formé parmi eux une société populaire un conseil général de commune, un district un tribunal révolutionnaire et qu'ils osaient dire que les patriotes attendaient la maladie et qu'eux étaient en convalescence.

Je ne puis te rendre compte exact de ce qui se passe dans cette maison et des abus qui y règnent ni par conséquent y remédier, la commune de Bourg par un arrêté m'ayant interdit l'entrée a moins que je me fasse accompagner de deux officiers municipaux, ce qui retarde mes opérations et fait que ma surveillance ne peut pas être aussi active que je le désirerai; je te laisse a décider si la commune avait ce droit et si je ne dois pas rentrer dans toutes les maisons de sûreté générale quand bon me semble étant charger de te faire connaître leur situation intérieure.

Le salut public demande de veiller scrupuleusement les détenus, rappelons-nous de ces paroles de St Just dans son rapport sur les incarcérés : aux détentions tient la perte ou le triomphe de nos ennemis.

Ton arrêté du 23 ventôse sur l'arrestation des ci-devant nobles a son exécution, ils se rendent au chef lieu du district et viennent déposer au directoire leurs titres, papiers et baux à ferme.

Les hommes ou les femmes non nobles et qui cependant sont mariés avec des ci-devant, sont-ils dans le cas de l'arrestation; c'est une question que je te pris de résoudre le plutôt possible.

Je t'ai envoyé dans les six jours le compte que tu me devais de mes opérations, j'ignore s'il remplit tes intentions c'est ce que je désirerai savoir.

J'ai reçu de ta part un arrêté qui ordonne l'élargissement d'une partie des détenus de Marboz cultivateurs et depuis de temps je t'ai fais parvenir une seconde liste des autres détenus de la dite commune mis provisoirement en liberté afin que tu m'envoies un arrêté semblable au premier, je t'invite a t'en occuper et a y comprendre plusieurs cultivateurs de Rignat détenus depuis cinq mois par vengeance particulière ou mauvaises instructions, il est temps que ces citoyens dont je t'envoie le nom soient rendus a leurs travaux; je te rappelle dans la liste ceux de Marboz à élargir.

Conformément a ton arrêté du 12 ventôse, je me suis adressé à la commune d'Epidor afin qu'elle désigna des instituteurs et institutrices pour l'éducation des enfants des ci-devants nobles détenus et elle n'a pas encore satisfait à ma demande.

Les membres du comité de surveillance de la commune d'Epidor demandent leur traitement et sur quelle caisse ils doivent être payés. Ce sont des ouvriers pour la plus part chargés de famille et sans fortune vivant des fruits de leurs travaux, qui sont obligés d'abandonner pour la chose public.

Par l'article 19 de ton arrêté du 19 pluviôse, il est dit qu'il sera pourvu par un arrêté particulier au mode de liquidation et acquittement des dettes des détenus, les créanciers de ceux-ci réclament l'exécution de cet article; ne serait-il pas aussi a propos de faire imprimer la liste générale de tous les détenus pour que ceux qui ont des réclamations à former puissent le faire.

L'auteur de la lettre au Comité de Salut Public et qui t'a été envoyée a été découvert, on te fera parvenir la preuve de cette découverte.

Enfin le sol du district de Bourg est purifié, les châteaux et clochers, signes de la tyrannie et de la superstition, se sont écroulés; les citoyens ont apportés à cette mesure révolutionnaire toute l'ardeur et l'activité qu'elle exigeait. Malheureusement quatre pères de famille ont été victimes de leur grand zèle à détruire ces monuments odieux qui insultaient à la Raison; leurs femmes réclament des secours, je t'invite a m'autoriser à leur accorder en désignant sur quels fonds il faut les prendre; il a déjà été donné a une d'elle une somme de 1200 livres par le propriétaire du cidevant château ou son mari s'est tué et 400 livres a son enfant. Je te fais parvenir un mémoire de ce propriétaire, ex-noble, nommé Duport, il s'est empressé a faire abattre son château très fort très difficile à démolir. Il a employé à cette démolition une somme considérable, tu verras par ce mémoire qu'elle a été sa conduite et tu y auras tel égard que tu jugeras convenable.

Les clochers de cette commune tombent lentement, je ne sais si c'est le défaut des bras ou la difficulté de l'ouvrage.

Nos marché sont peu approvisionnés, ce qui occasionne de grandes réclamations. Pour remédier à cet inconvénient, l'administration vient de prendre un arrêté vigoureux dont je t'envoie extrait.

Tu avais promis de m'envoyer un arrêté pour qu'il fut donné des permissions aux ci-devant prêtres abdicataires de s'absenter pendant quelques temps pour affaires de famille. J'ai cru qu'il n'y avait point d'inconvénient a en accorder quelques unes pour un bref délai à plusieurs d'entre eux, et sous caution, attendu surtout qu'ensuite d'arrêté de l'administration l'on procède à l'amodiation des ci-devant presbytères et qu'il est essentiel que ces citoyens enlèvent leurs meubles et effets existant dans les dits bâtiments. J'espère que tu approuveras ma conduite à cette égard.

L'administration a aussi pris un arrêté pour l'approvisionnement des bois de chauffage pour la commune d'Epidor. Je t'envoie des exemplaires.

Je t'ai envoyé depuis plusieurs jours la liste des prêtres qui n'ont pas prêté le serment de liberté et d'égalité et sujets à la déportation afin que tu prennes une décision a leur égard. Je t'invite a me répondre sur cet objet afin que je puisse les faire partir avec deux autres condamnés par les tribunaux.

La commune d'Epidor a toujours en sa possession les 60050 livres par toit accordés au district. Il me parait qu'elle aurait du déposer cette somme entre les mains de l'administration qui lui a déjà avancée 15000 livres dont la dite commune ne lui a pas tenu compte, je t'avais déjà parlé de cet objet auquel tu ne m'as pas répondu.

Je te rappelle aussi le mémoire que je t'ai adressé relatif aux titres féodaux trouvés au cidevant château de la Teyssonnière afin que tu décides si les biens en dépendant son dans le cas de la confiscation.

Convert est arrivé à Bourg et s'est présenté à la tribune de la Société populaire où il a témoigné une vive indignation de s'être vu dénoncé par les citoyens Juvanon et Désisles; il a fait lecture d'une soit disante lettre à toi écrite. Il a ensuite déclamé avec chaleur pour prouver la pureté de sa conduite, enfin la discussion s'est échauffée au plus haut degré, il s'en est peu fallut qu'une désunion fut le résultat de cette scène orageuse. Déjà l'aristocratie qui sait profiter des moindres instants qui peuvent lui être favorables commençait à lever sa tête audacieuse et jouissait du plaisir de voir opérer une discorde parmi les patriotes, Convert dans les discours s'adressait et semblait même mander les suffrages de cette classe infernale, maudite ect...

Mais les Sans-Culottes savent que dans un moment de crise, dans un moment ou le vaisseau de l'Etat est battu par une affreuse tempête, ils doivent surveiller avec plus d'activité, se serrer des plus fort et redoubler de courage; ils savent que s'est par l'union que l'on parviendra à consolider l'édifice de notre liberté. Au surplus il est prouvé que des discussions orageuses sort la vérité et que l'on y puise cette énergie propre à terrasser ces chancres pestilentielles qui cherchent a corrompre tout ce qui les environne.

Citoyen représentant, je travaille sans relâche a donner dans mon arrondissement une marche rapide au gouvernement révolutionnaire; je fais exécuter avec célérité tes arrêtés.

Je prends toutes les mesures qu'exigent les circonstances pour découvrir les ennemis de la République, tous mes moments, toutes mes actions sont à la patrie, j'ai juré de tout lui sacrifier ma vie même, telle doit être la conduite d'un véritable sans-culotte. Telle est la mienne; heureux si pour prix de mes travaux j'obtiens ton approbation et celle des patriotes.

Je désire bien te voir le plus tôt possible il me tarde de jouir de ce plaisir; si tu le juges à propos lorsque tu seras à Gex je me rendrai auprès de toi.

Je t'envoie copie d'une lettre du ministre de la guerre en date du 7 germinal qui approuve ma conduite sur la confiscation d'une jument saisie chez le citoyen Chicot.

Convert est rejeté de la société des Sans-Culottes.

Vive la République

Vive la Montagne

Vive les Sans-Culottes

Salut et Fraternité

Rollet

agent national"

ANNEXE 7

Lettre du 17 germinal an II (6 avril 1794)

du citoyen Ruffin fils à Albitte

A.D.A.série L fonds non classé

"Albitte, je t'écris, je viens de lire ton arrêté, tu sommes tous les ci-devant de se rendre en prison. J'en suis un. Je n'ajoute ni restrictions ni modifications. Je n'ai pas assisté au moment de ma création, cela doit te suffire. Tu me sommes de me rendre en arrestation : ou tu es un homme, ou tu es un tigre. Si tu es un homme, je te sommes toi-même au tribunal de la Raison, au tribunal de la justice, au tribunal de l'humanité. J'ai une femme, elle a trois enfants, elle les a nourrie; elle est jeune sensible et vertueuse. Nous avons 29 ans. Je demeure depuis près de six ans dans un domaine que je fais valoir moi-même. Je suis étranger à tous les partis; on ne peut me faire aucun reproche dans aucun genre. Je suis patriote dans toute l'étendue du terme, si tu le connais le patriote, je t'en dis assez. J'ai a peine de quoi vivre, je suis cultivateur, j'élève mes enfants à la charrue, c'est le premier des états. Si tu es marié, si tu es époux, si tu es père, as-tu pu rendre de sang froid un pareil arrêté; ton coeur et tes entrailles n'ont pas palpités. Arracher un père une mère à trois enfants dont le plus jeune n'a pas quatre ans. Une famille entière dans les larmes et le désespoir, un père depuis deux mois en arrestation, calcules tous mes maux si tu as une âme, rétracte toi, envoie des ordres, ou tu n'es plus à mes yeux qu'un homme sans sentiments. Adieu. Rends moi justice.

Je suis un homme comme toi.

A Arbigny, district de Pont-de-Vaux, dep. de l'Ain

ce 17 germinal l'an 2ième de la République française une et indivisible."

ANNEXE 5

Lettre du 24 ventôse an II (14 mars 1794)

de Rollet-Marat à Blanc-Désisles

A.D.A.2L57

"14 mars 1794

Bourg régénéré le 24 ventôse de l'an 2

de la République une et indivisible

Rollet

à Désisles

Je suis Républicain et ma conduite a du te le prouver. La qualité de despote que tu m'as donné (...) ainsi qu'à mon collègue Gallien et le reproche que tu nous fait d'avoir opéré dans la commune de Coligny une réunion à la Goutine (...).

Ta religion a été trompée comme celle de Juvanon par l'intriguant Crozet connu par des faits intriguants et malhonnêtes a lui imputés et constatés par le procès verbal auxquels tu n'as pas daigné faire attention lorsqu'ils t'ont été présentés au comité de surveillance. C'est sur les actions qu'il faut juger l'homme et non sur les paroles.

Si tu rendais justice à nos sentiments tu nous croirais au moins aussi patriotes que toi et pour t'en donner une preuve je viens de requérir le citoyen Cabuchet dudit Coligny de se transporter sur le champ au directoire du district pour rendre compte de sa conduite et je t'invite de vouloir bien assister à son interrogatoire. Je te connais Républicain et c'est en cette qualité que je te convoques afin que tu puisses reconnaître la vérité que tu as égaré jusqu'à ce moment relativement à la dite commune de Coligny.

paix union Salut et fraternité

le dit jour écrit à Cabuchet

de venir à Bourg demain 25."

ANNEXE 8

compte rendu des exécution des arrêtés d'Albitte

par Rollet-Marat. (début floréal an II)

A.D.A.série L fonds non classé

1er

arrêté du 2 pluviôse portant qu'il sera pris les mesures les plus promptes pour assurer l'état d'arrestation des personnes détenues.

2

arrêté du 7 dudit concernant la destruction des enseignes et machines religieuses, le transport au district des costumes, ornements, linges, vases, ustensiles ect existants dans les cydevants églises, la démolition des clochers et l'envoi des cloches à la fonderie de canons la plus proche.

3.

arrêté du 8 pluviôse relatif aux prêtres

4.

arrêté du 8 pluviôse concernant la démolition des châteaux forts ect

5.

arrêtés des 11 et 13 pluviôse portant que les personnes qui avaient été détenus par ordre des représentants Amar, Merlino, Bernard, Bassal et Javogues et élargis par arrêté du représentant Gouly seraient réintégrées dans les maisons d'arrêts.

6.

arrêté relatif aux gens riches domiciliés en 1789 ou 1790 dans les communes ci-devant villes du département de l'Ain du 15 pluviôse.

7.

arrêté du 19 pluviôse relatif aux gens suspects.

8.

arrêté relatif aux prêtres du 21 pluviôse.

9.

autorisation donnée le 24 pluviôse à l'agent national pour nommer des commissaires chargés de prendre des renseignements pour épurer les autorités constitués.

10.

arrêté du 12 ventôse concernant les gens suspects.

12.

du 15 ventôse relatif à l'envoi dans la commune de Lorient des prêtres sujets à la déportation.

13.

arrêtés des 23 ventôse et 12 germinal relatifs aux devants nobles.

14

il a eu son exécution

a été exécuté et les fers et matières de cloches provenant des démolitions ont été conduit à la fonderie de Pont-de-Vaux dép. de l'Ain

a été exécuté et les prêtres qui n'ont pas voulu abjurer leurs erreurs sont renfermés à Bourg la maison dite Bicêtre

a été exécuté avec exactitude et célérité

a eu son entière exécution

quelques riches sont rentrés, d'autres ont fourni des mémoires pour prouver qu'ils ne possédaient pas 2000 livres de rente

il a été mis en exécution (voir l'arrêté du district du 3 ventôse)

a son exécution

cette commission a été remplie

les articles 1 et 2 de cet arrêté ont été exécuté on s'occupe de l'exécution des autres articles

11.

arrêté du 16 ventôse concernant un compte à rendre par les agents nationaux.

12.

arrêté du 15 ventôse relatif à l'envoi dans la commune de Lorient des prêtres sujets à la déportation.

13.

arrêtés des 23 ventôse et 12 germinal relatifs aux devants nobles.

14.

arrêté du 25 ventôse relatif aux comités de surveillance.

15.

arrêté du 25 ventôse relatif à l'emploi à faire de tous les linges, étoffes et autres meubles provenant des cydevants églises et dons patriotiques, cuivres, fers, plombs, étains, fers blancs, ect, recueillis lors de la démolition des clochers et châteaux.

16.

arrêté du 28 ventôse relatif à l'exportation de numéraire.

17.

commission donnée à l'agent national le 22 germinal pour procéder à l'installation des autorités constitués de ce district.

l'agent national du district de Bourg a rendu son compte au représentant du peuple Albitte

L'on s'occupe à mettre à exécution cet arrêté et des recherches sont faites pour découvrir les prêtres qui sont dans le cas d'être déportés

tous les cy devants nobles sont détenus et l'on travaille dans ce moment aux tableaux et renseignements demandés

a son exécution

on s'occupe à mettre à exécution cet arrêté

extrait de cet arrêté a été envoyé à la commune de Bourg pour qu'elle veille à son exécution dans son arrondissement; au surplus il regarde les districts des frontières

il s'acquitte dans ce moment de cette commission déjà 24 communes du district sont installées et sous peut de termes elle sera achevée

 
 

ANNEXE 9

tableau des arrêtés d'Albitte

nombre d'arrêtés par décades, avec dates et lieux

intéressant le département de l'Ain, à partir du registre des représentants en mission, des arrêtés en liasse et des différents ouvrages sur la Révolutions dans l'Ain

DECADES

1ère décade de pluviôse an II

___________________

2ième décade de pluviôse an II

___________________

3ième décade de pluviôse an II

___________________

1ère décade de ventôse an II

___________________

2ième décade de ventôse an II

___________________

3ième décade de ventôse an II

___________________

1ière décade de germinal an II

ARRETES

14 arrêtés

_____________________

8 arrêtés

___________________

14 arrêtés

___________________

8 arrêtés

___________________

10 arrêtés

___________________

4 arrêtés

___________________

0

DATES

un le 1er

un le 2nd

deux le 3

trois le 5

un le 6

trois le 7

deux le 8

un le 10

___________________

un le 11

un le 12

un le 13

un le 15

deux le 19

deux le 20

___________________

six le 24

deux le 26

un le 27

un le 27

un le 28

un le 29

un le 30

___________________

un le 2

quatre le 3

un le 5

un le 6

un le 7

___________________

deux le 12

un le 14

un le 15

un le 16

quatre le 17

___________________

un le 23

deux le 25

un le 28

___________________

---

LIEUX

Bourg Régénéré

___________________

Bourg Régénéré

___________________

Bourg Régénéré

Nantua

St Rambert

Belley Régénéré

___________________

Belley Régénéré

Trévoux

Pont-de-Vaux

___________________

Chambéry (dép. du Mont-Blanc)

___________________

Chambéry (dép. du Mont-Blanc)

___________________

Chambéry (dép. du Mont-Blanc)

2ième décade de germinal an II

___________________

3ième décade de germinal en II

___________________

1ière décade de floréal an II

1 arrêté

___________________

1 arrêté

___________________

0

un le 12

___________________

un le 22

___________________

---

Chambéry

___________________

Carrouges

___________________

ANNEXE 4

Lettre du 18 ventôse an II (8 mars 1794)

d'Albitte à Rollet-Marat

A.D.A.série L fonds non classé

"Chambéry le 18 ventôse l'an 2ième

de la République une indivisible et démocratique

Citoyen

j'approuve la conduite que tu as tenue relativement à l'élargissement des détenus, il faut autant que l'on peut rendre à la liberté le pauvre, le malheureux et l'agriculteur, qui, pour l'ordinaire ne font des fautes que par les conseils et les instigations perfides des riches, des intriguants et des ci-devant nobles.

Quant à la question que tu me fais, si l'on peut donner des permission de s'absenter aux prêtres qui ont abdiqué, dans peu je ferai parvenir aux différents districts du département de l'Ain, un arrêté que je viens de prendre, par lequel je les autorise à accorder de semblables permissions à ceux qu'ils en croiront dignes et sous leur responsabilité.

Il est du devoir du district de soulager la famille du malheureux ouvrier qui vient de périr au château de Rochens.

La poudre est trop précieuse pour l'employer à la démolition des châteaux. Je confirme ces mesures que tu as prises pour faire arrêter à Paris les nommés Dorimond, ainsi que l'arrestation de Baland.

Je connais la conduite des prêtres qui se sont retirés dans le Jura et je vais prendre un arrêté vigoureux contre les importuns par lequel je les déclarerai émigrés, s'il ne rentre dans un terme fixe dans le département de l'Ain.

Va toujours ton train, c'est à dire au pas et compte sur l'ami des vrais patriotes.

Albitte

Salut et fraternité"

ANNEXE 3

Les Sociétés Populaires dans le district de St Rambert

Tableau au 1er germinal an II (21 mars)

A.D.A 8L99

Sociétés Populaires

------------------------------------------

Ambérieu-en-Bugey

Saint Rambert

Lagnieu

Poncin

Cerdon

Ambronay

Villebois

St Jean-le-Vieux

Jujurieux

Tenay

Aran

Dates de création

-------------------------------------------

août 1790

10 avril 1792

13 brumaire an II

(3 novembre 1793)

14 avril 1793

13 novembre 1793

9 brumaire an II

(30 octobre 1793)

21 brumaire an II

(11 novembre 1793)

2 frimaire an II

(22 novembre 1793)

5 frimaire an II

(25 novembre)

20 frimaire an II

(10 décembre 1793)

20 nivôse an II

(9 janvier)

Affiliation

------------------------------------------

affiliée aux Jacobins de Paris le 27 novembre 1790

Amis de la Liberté et de l'Egalité

existait en 1791 sous la forme d'une société littéraire

Amis de la Liberté et de l'Egalité

---

Société des Sans-Culottes

Société des Sans-Culottes

Société des Sans-Culottes

---

---

Société des Sans-Culottes

* 1P-J.G la maladie secrète d'Albitte, in Visages de l'Ain n°76.

* 2D.Varaschin Albitte l'image en héritage in images et héritages de la Révolution dans l'Ain, colloques de Bourg-en-Bresse des 6 et 7 octobre 1989. Imprimerie du Conseil Général de l'Ain.

* 3C'est ici le cas de Philibert le Duc, qui non contemporain d'Albitte ne se contente que de juger négativement et avec un parti prit évident Albitte et sa mission dans l'Ain, tout comme beaucoup d'auteurs et érudits qui ne font que colporter les dénigrations datant de la réaction thermidorienne.

* 4Ceci marque bien une limite culturelle. A Louhans, capitale de la Bresse-Louhanaise, les maisons sont en brique rouge, les toîts en ardoise et le patois plutôt "nordique".

* 5H.Plagne, M.Péronnet in La Révolution dans l'Ain 1789-1799 Ed. Horvath, 135 pages, Le Coteau 1989, page 81

* 6Ibid page 82

* 7Ibid page 82

* 8Ibid page 84

* 9E.Dubois in l'Histoire de la Révolution dans l'Ain, 6 tomes Librairie Brochot Bourg de 1931 à 1935, réédition Ed. Verso, imp.Marchoise Aubusson, 1988. Tome 1

* 10Le 9 août 1789, des habitants de Nantua brisent la clôture de l'aumônier pour aller vider sa cave.

* 11Le pays de Gex ne veut pas être rattaché avec le Bugey. Le Bugey veut être un département dans lequel Nantua serait souverain sur Belley.

* 12Le citoyen Benoît Ravet, futur sans-culotte, est élu procureur de la commune de Bourg en 1790.

* 13Se voit écrit aussi Blanq-Désile. Mais aussi très souvent Désisles ou B-Désisles comme signait le révolutionnaire.

* 14Séance de la société populaire des Sans-Culottes de Bourg-Régénéré du 13 Messidor an II, "rapport au Comitéde Salut Public, sur la conduite de Blanc-Désisles, Alban et Frilet". Registre de la société populaire, dit "livre rouge" page 40. A.D.A fonds non classé. Cité aussi par E.Dubois in La Société populaire des Amis de la Constitution et des Sans-Culottes de Bourg 1791-1794, imp. Victor Berthod, 85 pages, Bourg 1930, page 76 "en 89, il(B.Désisles) a été un des premiers fondateurs de la société siégeant aux Feuillants."

* 15H.Plagne, M.Péronnet in la Révolution dans l'Ain 1789-1799, page 102

* 16Cité par E.Dubois in La Société populaire. . . , page 6

* 17"un roi jusqu'ici l'idole des français, vient de s'échapper furtivement du palais de ses pères. . . Vivre libres ou mourir" Proclamation de la société de Bourg aux citoyens du département de l'Ain cité par E.Dubois in La Société populaire . . ., page 7

* 18Blanc-Désisles est président de la société populaire au moment de la scission des Feuillants.

* 19Cité par E.Dubois in La Société populaire. . ., page 7

* 20Cité par E.Dubois in La Société populaire. . ., page 8

* 21"un seul homme, par son génie et ses vertus peut illustrer la patrie et la sauver de 1000 dangers" cité par E.Dubois in La Société populaire. . . page 8

* 22Dupont-de-Nemours, in La Révolution Française 1789-1799 de M.Vovelle, page 26.

* 23Jean-Antoine de Rostaing, né le 15 mars 1764. Il est, avec les citoyens Duparc et Sibuet, le rédacteur du journal du département de l'Ain, paraissant le vendredi, format in°8, qui durera à peu près 6 mois et qui est le "père" de l'actuel Voix de l'Ain. Engagé dasn un des batailolons de volontaire de l'Ain, il est nommé officier payeur à l'Armée des Alpes, puis commissaiers des guerres. Suspendu de ses fonctions, il est arrêté et emprisonné à Lyon le 8 décembre 1793.

* 24"noue l'adjurons(l'assemblé Législative)de se former en Convention nationale à l'effet de changer ou modifier la Constitution" Pétition manuscrite, portant trois cent signatures environ en date du 24 juin 1792, cité par E.Dubois in La Société populaire. . . , page 14

* 25Pétition du 24 juin 1792 citée par E.Dubois in La Société populaire. . . , page 13

* 26"Nous avons vu la Société acceuillir les volontaires à leur passage; elle accueillait volontiers aussi les élèves du collège " E.Dubois in La Société populaire. . . , page 11

* 27Cité pae E.Dubois in La Société populaire. . . , page 15

* 28Ibid page 16

* 29E.Dubois La société populaire. . . , page 18

* 30Ibid page 18

* 31Ibid page 18

* 32Ibid page 18

* 33Les 4 Marseillais, commissaires aux armées "pour déjouer les trahisons"(E.Dubois in La Société populaire. . . , page 18) sont les citoyens Laugier, chef de légion de la Garde Nationale, Regnier, Maillet juge de paix et Luler homme de loi.

* 34E.Dubois in Histoire de la Révolution dans l'Ain, tome 2, page 349

* 35E.Dubois in La Révolution. . ., tome 3 page 73

* 36Cité par E.Dubois in La Société populaire. . . , page 3, page 20

* 37Voir le mémoire de maitrise d'histoire de L.Jacquet, sous la direction de S.Chassagne : Le Journal de Lyon, ou moniteur RTRTRT Université Lumière Lyon II. Lyon 1996.

* 38E.Dubois in La Révolution . . ., tome 3 page 25

* 39Ph.le Duc in Histoire de la Révolution dans l'Ain,Bourg Martin-Bottier éditeur. 6 tomes. tome 1 1879. Tome 2 1880. Tome 3 1881. Tome 4 1882. Tome 5 1883 et tome 6 1884. tome 3, page 162-163

* 40"On précise : sont suspects : 1° les ex-nobles; 2° les ex-religieux; 3°les prêtres qui n'ont pas voulu prêter serment à la Constitution civile du clergé, ou qui ont rétracté leur serment; 4°les prêtres qui, non astreints à ce serment, se refuseraient à prêter celui de maintenir la liberté et l'égalité; 5° les pères, mères, femmes enfants d'émigrés" Archives municipale de Bourg, Registre de délibération

* 41E.Dubois in La Révolution . . ., page 73

* 42A.M.Guillot in Les conventionnels de l'Ain, Regain 1989, Bourg imp.atelier graphiques bressan, page 51

* 43Thomas Riboud cité par E.Dubois in La Révolution. . . , tome 3 page 87

* 44Le 21 mars le directoire du département écrit aux districts pour que "la réquisition des citoyens commissaires soit exécutées suivant leur forme et teneur". In La Révolution . . ., de E.Dubois, tome 3, page 73

* 45Cité par E.Dubois in La Révolution. . ., tome 3, page 88

* 46E.Dubois in Histoire de la Révolution . . ., tome 3, page 179

* 47Moniteur Universel n° 141 du 21 mai 1793

* 48Moniteur Universelle,

* 49"Les citoyens du département de l'Ain respectaient la Convention. . . lorsque vos commissaires, Amar et Merlino, y sont arrivés" Ibid

* 50"3° que vous soumettiez à une responsabilité les commissaires de la Convention qui abuseraient du pouvoir qui leur est délégué" Ibid

* 51extrait du procès verbal des séances du conseil permanent du département de l'Ain, manuscrit de 4 pages, A.D.A L269

* 52"2° que vous déterminiez d'une manière claire et précise ce qu'il faut entendre par gens suspects" Pétition du 19 mai 1793 in le Moniteur universel n° 141 du 21 mai 1793

* 53E.Dubois in Histoire de la Révolution. . . , tome 3 page 225

* 54arrêté du conseil général du département de l'Ain, portant q'il sera député des commissaires près la Convention nationale, du 2 juin 1793 l'an 2 de la république française, 4 pages in°8 de l'imprimerie Bottier Legrand à Bourg. A.D.A L269

* 55A.D.A L270

* 56Ibid

* 57E.Dubois in l'Histoire de la révolution. . ., tome 3 page 218

* 58E.Dubois in La Société populaire. . . , page 30

* 59Ibid, page 30

* 60Déclaration des autorités de Belley aux bugistes du 13 juin 1793, cité par E.Dubois in l'Histoire de la Révolution. . . , tome 3 page 249

* 61arrêté du département de l'Ain ; extrait du procès verbal des séances publiques du directoire du département du 6 juin 1793, A. D. A L269

* 62A.D.A L269

* 63"Il (Blanc-Désisles) a fait les adresses de la municipalité pour l'abolition de la royauté; la félicitations de la Convention sur le jugement du tyran" (in Registre de la société populaire, page 40 séance du 13 messidor an II, A.D.A fonds non classé)Pourquoi n'aurait-il pas fait cette proclamation, lui qui est un ancien comédien et un orateur écouté depuis le début de la Révolution.

* 64"ce n'est ni par des haines, ni par des calomnies, ni en adoptant des partis qu'on peut sauver la République" cité par E.Dubois in Histoire de la Révolution. . ., tome 3 page 251

* 65E.Dubois Histoire de la Révolution dans l'Ain, tome 3 page 270

* 66E.Dubois, Ibid, page 277

* 67Récit de Rollet dit Marat en réponse à une demande du district de Lons-le-Saulnier, du 6 germinal an II, cité par E.Dubois in Histoire de la Révolution. . ., page 278

* 68Tableau analythique des manoeuvres et des crimes des principaux intriguants de la commune de Bourg chef lieu du département de l'Ain 44 pages manuscrites. Etablit à la société populaire de Bourg le 5 vendémiaire an II, A.D.A ancien L219, page 5

* 69"Récit de Rollet. . ." Ibid

* 70 Cité par Ph.le Duc in "Histoire de la Révolution dans l'Ain" Op.cit, tome 3 page 337; et E.Dubois in "Histoire de la Révolution. . ." tome 3 page 278

* 71in "Registre de la société populaire des sans-culottes de Bourg-Régénéré" dit Livre Rouge, séance du 13 messidor an II, page 40, A.D.A fonds non classé série L

* 72E.Dubois in "Histoire de la Révolution dans l'Ain", tome 3 page 291

* 73Livre Rouge, Ibid

* 74E.Dubois in "Histoire de la Révolution. . . " tome 3 page 312

* 75Nom qui apparaît le 6 juillet 1793, en tête des minutes du conseil général du département de l'Ain. A.D.A L269

* 76 in "Tableau analytique. . . ", page 16

* 77"le Conseil général du département de l'Ain à ses concitoyens" proclamation imprimée de 4 pages format in°8 du 5 juillet 1793, sans nom d'imprimeur. A.D.A L269.

* 78Ibid

* 79E.Dubois in "Histoire de la Révolution. . . " tome 3 page 195

* 80Déclaration de Convers du 1er vendémiaire an III.

* 81R.Cobb in "l'Armée Révolutionnaire Parisienne à Lyon et dans la Région Lyonnaise. Frimaire-Prairial an II. 3 Tomes. Albums du Crocodile, 1951-1952.

* 82Les auteurs de ce tableau analytique parlent, lors de la visite de Blanc-Désisles et Convers à Paris, des rencontres qu'ont pu faire les deux burgiens avec ces "maîtres dont ils reçurent des leçons. . . (ces) ennemis du peuple. . . avec qui ils devaient concerter leur vengeance." "Tableau analytique . . ." page 7

* 83Ph;le Duc in "Histoire de la Révolution. . . ", tome 3 page 416

* 84E.Dubois in "Histoire de la Révolution. . .", tome 3 page 313

* 85"Tableau analytique. . . ", page 5

* 86Cité par E.Dubois in "Histoire de la Révolution. . .", tome 3 page316

* 87"le regret que nous éprouvons en voyant que votre administration continue de s'entendre avec les révoltés de Lyon" Lettre de Dubois-Crancé, Nioche et Gauthier des Orcières du 18 juillet 1793 de Grenoble, A.D.A L269

* 88"Bourg est toujours infestée d'aristocrates. . . ils sont à la tête de la municipalité, du club, et des assemblées de section" Lettre de Merle à Blanc-Désisles 24 juillet 1793. "Il ne faut pas pardonner à l'aristocratie, car son combat est la mort" Lettre d'Alban à Blanc-Désisles du 2 août 1793, citées par E.Dubois in "Histoire de la Révolution. . . ", tome 3 page 325 et 332

* 89Lettre du citoyen Billion au district de Nantua du 26 juin 1793, citée par E.Dubois in "Histoire de la Révolution. . .", tome 3 page 274

* 90Lettre du conseil général de l'Ain à la Convention du 25 juillet 1793, A.D.A L269

* 91Devant la réquisition faite à 84 gardes nationaux de Bourg de marcher sur Lyon, 43 échappent à la réquisition et 41 ne s'y soumettent que de force.

* 92" La Société, profondément indigné, allait s'occuper des moyens de détruire l'impression qu'auraient pu faire naître à la Convention ces bruits calomnieux. proclamation de la société populaire de Bourg citée par E.Dubois in "Histoire de la Révolution. . .", tome 3 page 334

* 93Cité par E.Dubois in "La Société populaire. . . ", page 39

* 94in "Tableau analythique. . . ", page 7

* 95in "Tableau analythique. . ." , page 8

* 96Le premier registre de la société des Sans-Culottes de Bourg ayant disparu, l'historien ne peut donc pas connaître le règlement de la dite société. Mais heureusement, lors de sa visite à la société populaire de Chatillon en Dombes, le 23 octobre 1793, Rollet-Marat promet "de vous instruire des règlements de la Société des Sans-Culottes de Bourg" (Cité par E.Dubois in l'article "La Société populaire des Amis de la Constitution de Chatillon-sur-Chalaronne" page183 à 224 in Bulletin de la société des Naturalistes et des Archéologues de l'Ain, n°46 de janvier 1932 imp.Victor Berthod à Bourg). Effectivement à la séance du 4 frimaire an II, la société adopte un nouveau règlement, on peut donc penser que ce dernier est très proche de celui de la société des Sans-Culottes de Bourg.

* 97E.Dubois in "La Société populaire. . . ", page 43

* 98in "Tableau anlithyque. . . ", page 9

* 99in "tableau anlithyque. . ." Ibid

* 100C.f A.Soboul in "Les Sans-Culottes" Paris éditions du Seuil 1968 réed. 1979.

* 101Voir E.Dubois in "Histoire de la Révolution. . . ", tome 3, page 346 à 350.

* 102in "Tableau analytique. . . ", page 8

* 103Pour les sans-culottes se terme regroupe tout ceux qui ne sont pas "politiquement correct", qui peuvent être à même de former un obstacle à la politique qu'ils désirent promouvoir. "Frappons sur l'homme instruit, ses écarts sont des crimes" (circulaire du Comité Central de Surveillance du département de l'Ain, aux comités du département, du 9 brumaire an II, signée Blanc-Désisles et Juvanon. Cité par E.Dubois in "Histoire de la Révolution. . ." Ibid, tome 4 page 41-42). Le sans-culotte devenant la norme du nouvel homme que la Révolution doit engendrer.

* 104"Avis, citoyens dans peu un grand massacre. Assemblez la Commune." cité par E.Dubois in"Histoire de la Révolution. . ." tome 4 page 38. "le sang va couler" A.D.A ancien L219

* 105Baron est déjà administrateur au département, Rollet est officier municipal, Duclos est notable, Alban est officier municipal, Convers agent national de la comunne de Bourg et Blanc-Désisles est maire.

* 106Sont mit en arrestation, Populus ex-constituant, Duhamel, Barquet.

* 107in "Tableau analytique. . .", page 12

* 108"Nos ennemis intérieurs sont abattus, mais ils ne sont pas détruits; ils calculent encore peut-être. . . une circonstance(qui saura)mieux ouvreur le tombeau de la République." Circulaire cu Comité Central de Surveillance du 9 brumaire an II.

* 109 témoignage de Benoît Grillet, marchand coutelier, du 8 fructidor an II, Cahier de témoignage A; A.D.A ancien L219

* 110in "Tableau analytique. . .", page 15

* 111Des officiers municipaux notamment Degrusse et Marey-Ichard, enlèvent du café et du sucre. Témoignage n°34 et n°42 du cahier de dénonciation 5 de thermidor an II.

* 112Aucun artisans, boutiquiers, ouvriers ou agriculteurs ne se manifeste en thermidor an II pour dénoncer des exactions commises à ce moment là.

* 113"qu'ils sachent ces vils égoïstes, ces vils satellites des despotes, qu'il n'y a de propriété que les individus de la société; que là où la société souffre, elle doit voir dans ces prétendus propriétaires, que d'exécrables usurpateurs, que de cruels vautours qu'il faut retrancher du sol de la liberté" in "Discours de Javogues" in°4, de 4 pages sans nom d'imprimeur.

* 114Ibid

* 115Ibid

* 116in "Tableau analytique. . ." page 8, page 15 et cahier de dénonciation témoignage n°5

* 117"Baron prit dans l'arrêté de Javogues le surnom de Challier, et Rollet qui. . .avait. . .avili Marat. . .adopta son nom" in"Tableau analytique. . .", page 12. Ce changement de nom montre bien la coupure d'avec le passé(la crise fédéraliste) et la naissance du nouveau citoyen chez qui l'adoration des martyrs républicains devient un culte.

* 118Benoit-Marie Gouly est né le 7 novembre 1753 à St Martin-du-Mont, dans l'Ain. Après avoir été au collège à Bourg et avoir suivit des études de médecine à Paris, il part à l'Ile-de-France comme médecin. Mais c'est comme planteur qu'il fait fortune. élu député à la Convention avec Sevre, il ne débarque à la Rochelle que le 16 septembre 1793, son navire ayant été capturé par les anglais.

* 119Rivail "juge de paix militaire. . .gendre du fédéraliste Duhamel. . .connu parmi les vrais sans-culottes pour un homme suspect dans son patriotisme". in "Conduite du Représentant Gouly dans les districts de Bourg et de Belley", manuscrit de 11 page format in 8° de Baron-Challier du 14 ventôse an II. A.D.A série L fonds non classé

* 120"Comme tant d'auters, souligne-t-il, il a alors cru de bonne foi dans le républicanisme sincère de la Montagne. Ensuite de furent le pragmatisme et la prudence qui autaient dicté sonb attitude : ayant pu constater que la Convention était dominée par la commune et les sociétés populaires de Paris et qu'il en était de même en province, il a jugé impossible de parler un autre langage et de pratiquer d'auters maximes à: moins de vouloir se faire arrêter et périr sur l'échaffaud" Claude Wanquet "La place des questions coloniales dans la réaction de l'an III.

* 121Lettre de Gouly au Comité de Salut Public du 23 frimaire an II, cité par E.Dubois in "Histoire dela Révolution . . ." tome 4 page 88

* 122Lettre de Gouly au Comité de Salut Public du 23 frimaire an II.

* 123"Conduite du représentant Gouly dans les districts de Bourg et de Belley".

* 124"Gouly destitua Désisles de sa place de maire à Bourg où il était réellement utile, contenant les aristocrates et les fédéralistes avec vigueur et le place à celle d'administrateur au département où il devenait inutile" Manuscrit de Baron-Challier du 14 ventôse an II. Ibid

* 125Cité par E.Dubois in" Histoire de la Révolution. . .", tome 4 page 99

* 126. Gouly trouvant qu' "une grande partie des arrestations faite par les comités de surveillance dans le district de Belley, l'ont été par des interprétations forcées de la loi du 17 septembre et par suite des haines personnelles"(cité par E.Dubois in "Histoire de la révolution. . . ", tome 4 page 111). Carrier, Bonnet et Thorombert étaient membres du comité de surveillance de la commune de Belley, d'où les inculpations de Gouly à leur égare.

* 127Cité par E.Dubois in "La Société populaire des . . .", page 46

* 128 Brochure de 16 pages in 8°, imprimée à Paris à l'Imprimerie des Sans-Culottes, rue de Loppe; cité par E.Dubois in "Histoire de la Révolution. . .", tome 4 page 123

* 129Claude Wanquet "La place des questions coloniales dans la réaction de l'an III"

* 130E.Dubois in "Histoire de la Révolution. . ." tome 4 page 135

* 131Cahier de témoignage A, de l'AN III. Témoignage page 2, 25, 31, 40, 48, 51, 61, A.D.A ancien l219

* 132Cahier de témoignage A, témoignage page 35

* 133E.Dubois in "Histoire de la Révolution. . .", tome 4 page 131. Les commissaires sont Vauquoy et

* 134Lettre du Comité de Salut Public du 14 nivôse an II, Archives Nationale, AF-II-84, citée par E.Dubois in "Histoire de la Révolution. . .", tome 4 page 131

* 135Lettre d'Albitte, AF II carton 185, vendémiaire, pièce 8, citée par H.Wallon, tome 3 page 412-412.

* 136Lettre de représentants à Commune-Affranchie du 16 nivôse an II, Archives Nationales AF-II-37, cité par E.Dubois in "Histoire de la Révolution. . .", tome 4 page 132

* 137"Extrait des registres du Comité de Salut Public de la Convention Nationale du 9ième jour de nivôse l'an 2ième dela République Française une et indivisible" Manuscrit de 1 page, signé au registre Billaud-Varenne, Barère, Carnot et Collot d'Herbois et pour copie conforme signé Albitte. A.D.A série L fonds non classé.

* 138"Tableau analytique. . . ", page 15

* 139Cité par E.Dubois in "Histoire de la Révolution. . .", tome 4 page 134

* 140Lettre du Comité de Salut Public du 14 nivôse an II.

* 141Archives municipales de Dieppe, citées par V.Courtine in "L'itinéraire révolutionnaire d'un représentant du peuple dieppois : Antoine-Louis Albitte" mémoire de maîtrise sous la direction de C.Mazauric, U.E.R "lettres et sciences humaines" Université de Rouen 1989, page 19.

* 142A.Soboul in "Dictionnaire de la Révolution Française" P.U.F, Paris 1989, page 14

* 143Voir les arrêtés du Représentant Albitte, qui son construit suivant la même rigueur, comme une déclinaison ou un plaidoyer d'avocat : considérants, puis arrêté composé de plusieurs articles.

* 144Ibid, page 20

* 145J.Noury in " Souvenir Révolutionnaires, Albitte, député de Dieppe, son frère, son neveu" dans le "Patriote de Normandie" du 10 septembre 1894, cité par V.Courtine, page 20

* 146V.Courtine, Ibid, page 20

* 147A.Kuscinski in Dictionnaire des Conventionnels, fascicule A-C, Paris librairie F.Rieder, 1916 page 2 à 4

* 148A.Boudier in Albitte Antoine-Louis, notice bibliographique, Rouen 1931, cité par V.Courtine, page 22

* 149J.Balteau-M.Barroux-M.Prévost in Dictionnaire de Biographie Française, tome 1 Paris librairie LeTouzey et Ané, 1933, page 1254

* 150"Je voudrais avoir une éloquence assez forte pour vous persuader. . .je sens la vérité, mais je n'ai pas les moyens de l'exprimer" cité par A.Boudier in Albitte Antoine-Louis notice bibliographique, Rouen 1931, page 8; cité par V.Courtine, page 27

* 151V.Courtine Op.cit, page 28

* 152A.Robert-E.Bouloton-L.Cougny in Dictionnaire des parlementaires français tome 1, Bourloton éditeur Paris 1891, page 32

* 153M.Biard in Collot d'Herbois, légendes noires et Révolution, Presse Universitaire de Lyon, Lyon 1995, page 91

* 154Ibid, page 97

* 155A.Kuscinski, page 2

* 156A.Boudier in Albitte Antoine-Louis, cité par V.Courtine, page 33

* 157V.Courtine Ibid page 32

* 158A.Boudier, cité par V.Courtine page 32

* 159J.Balteau-M.Barroux-M.Prévost in Dictionnaire de biographie française, Paris 1933, page 1253

* 160V.Courtine, Op.cit, page 34

* 161Cité par V.Courtine, page 32

* 162C.F.L de Montjoye in l'Histoire de la conjuration de Louis-Philippe-Joseph d'Orléans surnommé Egalité, sans nom d'imprimeur, Paris 1796, page 175

* 163Dr.Hoeffe in la Nouvelle biographie universelle, Firmin Didot frère éditeur, Paris 1852, page 638.

* 164V.Courtine, page 37. V.Courtine, s'appuit sur la correspondance du représentant, mais ;cette présence n'est corroborée par aucun témoignage, ni par aucune biographie. Il est donc possible de penser, qu'Albitte, comme proche de la Commune et de la sans-culotterie parisienne, est participé à l'occupation des bâtiments, et non à l'assaut.

* 165Archives Parlementaires, juillet 1792, cité par V.Courtine, page 35.

* 166Moniteur du 3 septembre 1792, cité par V.Courtine, page 39.

* 167Cité par V.Courtine, page 41.

* 168M. de la Rocheterie in Le 16 octobre 1793, librairie de la Société Bibliographique 35 rue de Grenelle, Paris 1876, page 11

* 169J.Tulard-J.F.Fayard-A.Fierro in l'Histoire et dictionnaire de la Révolution Française 1789-1799, éditions Robert Laffont, collection Bouquins, Paris 1987, page 941.

* 170V.Courtine, page 43

* 171Dr. Hoeffe, page 638

* 172J.Balteau-M.Barroux-M.Prévost, page 1255

* 173Ibid page 1255

* 174V.Courtine, page 45

* 175A.Robert-E.Bourloton-L.Cougny in le Dictionnaire des Parlementaires Français, Bourloton éditeur, Paris 1891, page 32.

* 176J.Balteau-M.Barroux-M.Prévost, Op.cit, page 1255. Il en obtiendra l'arrestation dans le comté de Nice, quand il sera représentant du peuple à l'Armée des Alpes; et fera traduire Brunet au Tribunal Révolutionnaire.

* 177Ibid page 1255

* 178V.Courtine, page 47.

* 179Robespierre "sur le jugement de Louis XVI" du 3 décembre 1792, in Discours et rapports à la Convention, Union Générale d'Editions, 8 rue Garancière Paris, 1965, réedition de 1988, page 79.

* 180M.de la Rocheterie in Le 21 janvier 1793, librairie de la Société Bibliographique, 35 rue de Grenelle, paris, 1876, page 23

* 181Dr.Hoeffe, page 638

* 182B.Benoit-R.Saussac in le Guide Historique de la Révolution à Lyon 1789-1799, éditions de Trévoux, Lyon 1988, page 128

* 183A.Boudier, cité par V.Courtine, page 50.

* 184V.Courtine, page 50

* 185A.Robert-E.Bourloton-G.Cougny, page 32.

* 186Moniteur Universel, tome 18 page 303, cité par V.Courtine, page 54.

* 187"Le Comité de Salut Public te fait passer, citoyen collègue, une note relative aux opérations des quatres commissaires envoyés dans le département de l'Ain par les représentants qui sont à Ville-Affranchie. Ce département est confié à ta vigilence, le Comité a cru devoir te faire part de ses renseignements. Toutes les fois que tu croiras utile de te déplacer, tu instruiras le Comité du lieu actuel de tes opérations." Lettre du C.S.P à Albitte du 14 nivôse an II, citée par E.Dubois in Histoire de la Révoltuion. . ., tome 4, page 131.

* 188Antoine-François Gauthier dit des Orcières, né à Bourg en 1752 dans une des plus anciennes familles bourgeoises de Bourg. En 1785, il est recteur de l'école des Pauvres de Bourg. En 1788, il s'attire la colère de la noblesse, en publiant des différents mémoires : considérations sur l'état actuel de l'administration de la Province de Bresse, et réflexions contre les religieuses de St Claire. Elu député aux Etats Généraux par le Tiers du baillage de Bourg, il est considéré comme un éxalté par la noblesse et le clergé. Durant la Législative, il est procureur général syndic du département. Elu à la Convention, il vote la mort du roi. Ami de Dubois-Crancé ( in Les Conventionnels de l'Ain,, page 32), il en sera pour beaucoup, dans l'appel à Paris par les Comités, des sans-culottes de Bourg en prairial an II.

* 189E.Herroit in Lyon n'est plus tome 1 "Jacobins et modérés", librairie Hachette, 1937, page 333

* 190Ibid, page 322.

* 191"Etats de service du sous-inspecteur aux revues Albitte Antoine-Louis", archives de l'Armée, dossier Albitte, sans côte. Albitte devient capitaine au 19 régiment de chasseurs à cheval le 10 juin 1793, adjudant-général chef de bataillon le 16 août 1793.

* 192Ancien garde du corps du Roi et ancien aide de camp de Wimpfen et du ppreince de Hesse, Dubois-Crancé, est le vecteur des haines lyonnaises durant la crise fédéralistes. En juillet 1793, il est considéré par L.N Carrier, dans le "Journal de Lyon" ( mémoire de maitrise de L.Jacquet, Le Journal de Lyon 1791-1793, Sous la direction de S.Chassagne, Université Lyon 2, 1996) comme le "tyran de l'Armée des Alpes". Ce qui prouve son importance face à ses collègues, qui sont toalement occultés.

* 193B.Benoit-R.Saussac, page 77.

* 194Cité par B.Benoit-R.Saussac, page 25.,

* 195Voir page 19.

* 196M.Biard in Collot d'Herbois, légendes noires et Révolution, Presse Universitaire de Lyon, Lyon 1995, page 129.

* 197A.Aulard in" recueil des actes du Comités de Salut Public" tome 3, page 432, cité par V.Courtine, page 58.

* 198"Le peuple de Paris vient de faire un mouvement spontané qui peut sauver la France". Correspondance d'Albitte (A.D.R ms 6629), citée par V.Courtine, page 60

* 199Ibid

* 200"Nous vous écrivons et vous ne répondez pas. . .aucune de nos lettres n'est connues par l'Assemblée, aucune de nos demandes sur les besoins et les subsistances de l'armée n'entraine de décision. . .vous devez seconder notre zèle et notre dévouement et ne pas nous oublier ainsi." Lettre cité par V.Courtine, page 65.

* 201Lettre de Dubois-Crancé et d'Albitte du 23 juin 1793. Citée par V.Courtine, page 62.

* 202Lettre d'Albitte au ministre de la guerre, citée par E.Herriot, tome 2, page 234.

* 203Ibid.

* 204"A l'armée,. . .on respecte l'officier quand il fait son devoir." Correspondance d'Albitte, citée par V.Courtine, page 50.

* 205A.Kuscinski, page 2.

* 206Ibid

* 207Ibid.

* 208"Les citoyens de la commune deBelley, réunis en société populaire, à la Convention Nationale. Tableau succinct de la conduite publique et privée qu'ont tenu les représentants du peuple en mission dans le district de Belley." Imprimerie Kindelem, Belley an III, fonds Coste, côte n° 114964, B.M.L.

* 209M.Biard, Op.cit, page 137.

* 210M.Biard, Ibid, page 129.

* 211A.Kuscinski, Op.cit

* 212En effet, lors du rappel de ses fonctions, par la lettre du Comité de Salut Public le 14 nivôse, le Comité l'informe des "opérations des quatres commissaires envoyés dans le département de l'Ain par les représentants qui sont à Ville-Affranchie."( Op.cit); comme si Albitte n'était pas à Commune-Affranchie. Ce qui prouve un certain détachement d'Albitte pour les affaires lyonnaises.

* 213M.Biard, Ibid, page 129.

* 214V.Courtine, Op.cit, page 75.

* 215Les missions des représentants dans les départements, (voir l' ouvrage de C.Lucas sur la Mission de Javogues dans la Loire, l'ouvrage de M.Biard sur Collot d'Herbois) sont régies toutes suivant un modèle quasiment identique : 1-contact avec les autorités locales et les sociétés populaires. 2- renseignement sur les prisonniers, par des visites oppérés par des agents du représentant. 3-épuration des administrations, avec appuit sur les sociétés populaires, elles aussi épurées si il le faut; afin de disposer d'une base sûr pour établir la politique révolutionnaire.4-phase de déchristianisation, souvent suivit d'arrestations "d'aristocrates" et d'ennemis de la Révolution. Pour cela les représentants s'appuient sur des agents du Gouvernement Révolutionnaire, les commissaires nationaux et les agents nationaux.

* 216C.Lucas in La Structure de la Terreur - l'exemple de Javogues dans le département de la Loire", Oxford University Press 1973, traduction française de G.Palluau, éditions du CIEREC travaux LXIX, Université Jean Monnet, St Etienne 1990, page 59.

* 217Voir Mathiez Albert : La vie chère et le mouvement social sous la Terreur. Tome 2 , page 49 et 50.

* 218Lettre d'Albitte citée par H.Wallon, Op.cit.

* 219"Certificat de maladie fait à Vienne le 16 juillet 1806" Archives adminstratives du Ministère de la Guerre, dossier Antoine-Louis Albitte, sans côte.

* 220Lettre du citoyen Tissot, officier de santé, commissaire inspecteur des hopitaux militaires, à Albitte, du 1er pluviôse an II. Citée par P.J.G in "La maladie secrète d'Albitte" in Visages de l'Ain n°76, décembre 1964, page 25.

* 221"Tu as paru désirer toi-même un changement de position et la destination que nous t'indiquons te conviendra d'autant mieux qu'il y aura moins de fatigue que dans celle des Pyrénées que tu nous indiquais, et que tu nous a dit que ta santé n'était point encore tout à fait rétablie" Lettre du Comité de Salut Public à Albitte, du 19 nivôse an II, écrite de la main de Robespierre, citée par E.Dubois in Histoire de la Révolution. . ., Op.cit, tome 4 page 142.

* 222"Le Comité de Salut Public a pensé qu'avant de quitter le poste que tu occupes et de rentrer à la Convention, tu pourrais, en visitant les départements du Mont-Blanc et de l'Ain, y mettre en vigueur le gouvernements révolutionnaire." Ibid.

* 223Fouché dit des amis de Chalier, qu'ils sont de faux patriotes, leur paréférant donc les "paracchutés" parisiens. B.Benoit-R.Saussac, Op.cit, page 36.

* 224Dorfeuille et Millet se présentent comme des "commissaires nationaux nommés par Fouché, Collot d'Herbois, Albitte et Laporte". (in "Le Père Duchèsne la cadet" l'arrivé du père Duchèsne à Bourg, cité par Ph.le Duc, Op.cit, tome 4, page 338.

* 225B.Benoit-R.Saussac, Ibid, page 128.

* 226J.Balteau-M.Barroux-M.Prévost, Op.cit, page 574.

* 227Ph.Bourdin in Des lieux, des mots, les révolutionnaires. Le Puy-de-Dôme 1789-1799. Clermont Ferrand 1995.

* 228J.Balteau-M.Barroux-M.Prévost, Op.cit, page 574.

* 229F.Braesch in Le Père Duchèsne d'Hébert, réimpréssion avec note, siège de la Société de l'Histoire de la Révolution Française, librairie F.Rieder et Cie éditeur, Paris 1922, page 85.

* 230J.balteau-M.Barroux-M.Prévost Ibid, page 575.

* 231G.Cabourdin-G.Viard, Op.cit, page 307.

* 232Le Miracle de la Saint Aumelette, imprimée à Bourg en 1790, puis réimprimée à Bourg en l'an II, auquelle il rajoute des passages sur les évènements survenus depuis.

* 233Passeprot de Philippe-Antoine Dorfeuille, daté du 11 avril 1792 de Toulouse. A.D.R 1L208.

* 234C.Peyeard in Les Jacobins de l'Ouest, thèse, Paris I, 1993, 4 volumes, volume 1 page 78.

* 235M.Taillefer, lettre du 29 mars 1996. Collection de l'auteur.

* 236J.Balteau-M.Barroux-M.Prévost, Op.cit, page 574.

* 237Témoignage n°15, fructidor an II, cahier A . Liasse : "procès de Blanc-Désisles et consors". A.D.A ancien L219.

* 238Passeport de Dorfeuille du 11 arvil 1792, Op.cit.

* 239"Brevet d'aide de camp de Dorfeuille" fait à Paris, le 14 janvier 1792, signé de Pache et Garat. A.D.R 2L208.

* 240Grégoire-Marie Jagot est né le 21 mai 1750 à Nantua. Durant la mission d'Albitte dasn l'Ain et même après, Jagot demeure le seul soutien des Sans-Culottes de Bourg à la Convention. il est l'un des artisan de la chute de Robespierre. Mais son soutien envers les sans-culottes de l'Ain, lui vaut en prairial an III, d'êter dénoncé par Gouly et Merlino et décrèté d'arrestaion par Gouly le 14 prairial an III avec Carnot. sans doute la rencontre de Jagot et Dorfeuille en février 1793 a-t-elle certaines conséquences lors de la présence d'Albitte dans l'Ain.

* 241Lettre de Dubois-Crancé à Dorfeuille. A.D.R 2L208.

* 242C.Lucas, Op.cit, page 43.

* 243Ibid page 60.

* 244Ibid page 56.

* 245Ibid, page 56.

* 246Ibid page 64.

* 247M.Vovelle in La Révolution contre l'Eglise, de la Raison à l'Etre Suprême, Editions Complexe, Bruxelles 1988, page 24.

* 248J.Balteau-M.Barroux-M.Prévost, Op.cit, page 575.

* 249M.Glover in Collection Compète des Jugements rendus par la Commission Révolutionnaire établie à Lyon par les représentants du peuple en 1793-1794. Imprimerie du Salut Public, Bellon, Lyon 1869, page 10.

* 250Dr.Hoeffe Op.cit, page 604.

* 251Lettre citée par M.Biard, Op.cit, page 140.

* 252B.Benoit-R.Saussac, Op.cit, page 128.

* 253Cité par M.Biard, Ibid, page 141.

* 254Cité par L.Ténard in La Révolution Française dans la région Rhône-Alpes, Librairie Académique Perrin, Paris 1992, page 433.

* 255Lettre du 30 pluviôse an II, de Merle à Blanc-Désisles. A.D.A série L fonds non classé.

* 256C.Lucas, Op.cit, page 138.

* 257Collection de l'auteur.

* 258D'après M.Vovelle,( Op.cit page 36), Vauquoy dans les district de la Tour-du-Pin, serait à la tête d'un "commando" d'hommes de l'armée révolutionnaire. (page 210). Vauquoy est-il un de leur officiers ? ou un commissaire civil accompagnant cette Armée Révolutionnaire parisienne ?

* 259L.Trénard, Op.cit, page 584.

* 260M.Vovelle, Ibid, page 224.

* 261"Extrait des minutes des dénonciations du Comité Révolutionnaire et de Surveillance du district de Bourg". Témoignage du citoyen Claude Chappui, cuisinier, liasse Procès Blanc-Désisles et consors, A.D.A ancien L219.

* 262Ibid.

* 263"Pont de Vaux, arrêté de Convers et Vauquoy pour l'arrestation de huit individus". Lettre manuscrite du 4 ventôse an II. A.D.A 2L49.

* 264Témoignage de Claude Chappui, Ibid;

* 265M.Vovelle, Op.cit, page 225.

* 266Ils rédigent et publient ensemble dans l'Ain, durant la mission d'Albitte, plusieurs brochures patriotiques.

* 267C.Lucas, Op.cit, page 138.

* 268C.Lucas, Ibid page 138.

* 269Lettre manuscrite de Millet et de Bonnerot sur la "conduite des membres de l'administration du district de Trévoux pendant le fédéralisme". A.D.A L269.

* 270Le 20 pluviôse, le même Bonnerot se dit attaché à la Commission Temporaire. Arrêté d'Albitte du 20 pluviôse an II, série L fonds non classé.

* 271A.D.A série L fonds non classé.

* 272Tableau Analithyque. . ., Op.cit, page 18.

* 273"Ci qui ne fait plaisir nonplus aux citoyen cest quil saproprie le nom de san culote nom enénérale qui apatien a tous les bon citoyens republiquins ils se glorifies de ce nom (sic)". "Dénonciation contre Désisles, Alban, Laymant, Gallien et autres scélérats (sic)". Lettre anonyme d"un homme de 72 ans". A.D.A ancien L219.

* 274"Societe. . .compose tous douvrier et dartisans (sic)" Ibid.

* 275Tableau analythique. . ., Op.cit, page12.

* 276Le prénom de Blanc-Désisles est bien Pierre ,(voir le discours de "P.B.Désisles, officier municipal à Bourg" du 22 août 1792. Bibliothèque de la Société d'Emulation, A.D.A), et non Jean comme l'affirme Duffay dans sa Galerie Civile de l'Ain, Martin-Bottier, Bourg 1882; et plus récement M.Broccard dans son livre : Bourg de A à Z, éditions de la Taillanderie, Attignat, 1986.

* 277Blanc-Désisles, en l'an II, devient l'héritier de la maison de campagne d'un de ses oncles. Témoignage de Benoit Reignier, 1er cahier de dénonciation. A.D.A ancien L219.

* 278D'après le frère de Blanc-Désisles, ce dernier, aurait été accusé d'abus de confiance, tant et si bien que "si il ne se fut pas sauvé. . .(il) aurait infaiblement été mis en prison". Conversation rapportée par Convers, dans un témoignage déposé aux minutes de la Municipalité de Bourg, le quatrième sans-culottide an II. A.D.A ancine L219.

* 279Convers, dans sa déclaration, accuse Blanc-Désisles d'être pédéraste ( "il a dit très souvent, que sa plus forte passion était pour les filles de 10 à 12 ans, et qu'il avait pour les corrompre et les séduires un talent particulier." Témoignage de Convers, Ibid). Cette accusation diffamatoires (aucun autres témoignages des 5 cahiers de dénonciations ne font état des moeurs particuliers de Blanc-Désisles) montre que Blanc-Désisles aime les femmes. De même, il aime le vin, car il est accusé en thermidor an II, d'avoir fait prendre 50 bouteilles chez un suspect, pour arroser un repas.

* 280Témoignage de Convers, Ibid.

* 281M.Biard, Op.cit, page 19.

* 282Op.cit, tome 3 page 92.

* 283Grammont, ami de Ronsin et Vincent, comme nous l'avons vu page 11, est aussi celui, qui le jour de l'éxecution de Marie-Antoinette, "caracole autour de la charette donnant le signal des outrages." M. de la Rocheterie in le 13 ocotbre 1793, Brochure populaire sur la Révolution Française, édité par la Librairie de la Société Bibliographique, Paris 1876, page 32.

* 284Témoignage de Convers, Ibid.

* 285"Réponse du citoyen Favélas, employé à la commission des Relations extérieures, aux inculpations contenues dans la dénonciations faite contre Gouly par les meneurs de la société populaire de Bourg". Cité par Ph.le Duc, Ibid, tome 3 page 418.

* 286Blanc-Désisles est accusé après thermidor an II, de vendre dans sa boutique, de l'or faux pour de l'or vrai. Comme il est accusé par Convers, d'agiotage, en 1791, sur les pièces d'or, qu'il échange contre des assignats.

* 287"je connais bien le caractère lâche des Bressans" Lettre d'Alban à Pellet du 24 brumaire an III. A.D.A ancien L219.

* 288C'est elle qui incarne, lors des différentes fêtes décadaires à l'eglise Notre-Dame de Bourg, les alléguories de la Liberté, la Raison ou la Vertu. In Visages de l'Ain n° 58, novembre-décembre 1961, page 16.

* 289Ph. le Duc, Op.cit, tome 3, page 98.

* 290"Désisles. . .après avoir électrisé tous les cerveaux et exaltés toutes les têtes" in Tableau analithyque. . . ", Op.cit page 9, page8

* 291Ph.le Duc, Op.cit, tome 3 page 257.

* 292Procès verbal de reconnaissance et de levée de six cadavres arrivés de Bourg à St Etienne-du-Bois, dressé par le juge de paix du canton de Treffort le 30 germinal an III. A.D.A 2J23.

* 293Discours de P. B. Désisles, officier municipal à Bourg, à ses concitoyens. 7 pages in 8°, sans nom d'imprimeur. A.D.A bibliothèque de la Société d'Emulation de l'Ain.

* 294Séance de la Société des Sans-culottes de Bourg, du treize messidor an II, Op.cit.

* 295Ibid.

* 296Réponse du citoyen Favélas, Op.cit, page 417.

* 297"Désisles dit à Convers à Paris, sur la répugnance qu'avait ce dernier à voir guillotiner, qu'il fallait qur tout républicains s'accoutumme à voir, de sang froid, verser le sang des aristocrates."Déclaration de Convers, Op.cit.

* 298Témoinage de Benoit Régnier, 1er cahier de dénonciation. Op.cit.

* 299Témoignage de Convers, Ibid

* 300"Leurs regards farouches menacent tout ceux qui peuvent les pénétrer. . .ils annoncent que les citoyens doivent trembler et qu'il se prépare contre la commune une vengeance terrible dont ils seraient les régulateurs" In Tableau analythique. . . , Op.cit, page 7.

* 301"Cependant, soit que la boisson, du vin et des liqueurs, eût échauffés la querelle. . .la dispute devint si violente enre Désisles et debost, qu'ils prirent des couteaux et menacèrent de se poignarder." Réponse du citoyen Favélas, Ibid.

"Désisles étant à diner avec son frère, et après avoir échauffé son imagination de quelques bouteilles de vin, dit qu'il ne pouvait se figurer qu'il fut son frère, qu'il ne sentait rien pour lui" Témoignage de Convers, Ibid.

* 302"Conduite du Représentant Gouly dans les districts de Bourg et dans celui de Belley". Op.cit, page 1.

* 303Lettre d'Alban à Blanc-Désisles, du 2 août 1793, citée par E.Dubois in Histoire de la Révolution. . ., Op.cit, tome 3 page 332.

* 304Témoignage de Convers, Op.cit.

* 305Collection de l'auteur.

* 306"Rollet est ub père de famille qui peut espérer 80.000 livres de son père. A coup sur, son interêt n'est pas la loi agraire" Rapport fait au Comité de Salut Public par Baron-Chalier le 23 floréal an II. A.D.A ancien L219.

* 307Il est trésorier de la société en novembre 1791. E.Dubois La Société Populaire . . ., Op.cit, page 20.

* 308Alban, Chaigneau, Reydellet et Duhamel signent aussi cette protestation. E.Dubois in Histoire dela Révolution. . ., Ibid, tome 3 page 314.

* 309Tableau analithyque. . ., Op.cit, page 6.

* 310Ibid, page 7.

* 311Cité par E.Dubois "La Société populaire des Amis de la Constitution de Châtillon-sur-Chalaronne" in Bulletin de la Société desNaturalistes et des Archéologues de l'Ain, imprimerie Victor Berthod, Bourg 1932, page 183 à 218.

* 312"Tout est foutu, language du père Duchèsne". E.Dubois La société populaire des Amis de la Constitution de Châtillon-sur-Chalaronne, Op.cit .

* 313Ibid.

* 314E.Dubois in Histoire dela Révolution. . ., Op.cit, tome 4 page 51.

* 315"Mémoire justificatif de Rollet-Marat à Albitte" du 1er pluviôse an II. A.D.A 2L57.

* 316Ibid.

* 317"Meillonas, dénonciation contre Duclos, Thévenin, Chaigneau et Rollet" du 27 thermidor an II. A.D.A 2L55.

* 318Ibid

* 319Ibid

* 320"Dénonciation de la société populaire du canton de Ceyzériat contre Rollet-Marat", du 6 vendémiaire an III. A.D.A ancien L219.

* 321D'après des témoins, Rollet jeune, laisait expolser son mauvais caractère, au détriment de son père, qu'il frappait. Témoignage du 5 fructidor an II, cahier A. A.D.A ancien L219.

* 322Quand il est à Meillonas et qu'il fait rentrer les hussards dans l'Eglise, "les femmes, les vieillards et les enfants faisiaent les hauts cris". "Meillonas, dénonciation contre Duclos, Thévenin, Chaigneau et Rollet". Ibid.

* 323"Mémoire de Rollet, ex-agent national du district de Bourg, détenu par ordre du représentant Boisset, à la Convention Nationale." De pluviôse an II, sans nom d'imprimeur. 7 pages format in 4°. A.D.A ancien L219.

* 324"Cahier des Sans-culottes de Treffort" du 14 octobre 1793 au 20 pluviôse an III. Manuscrit de 191 pages de format in 4°.Collection privé M.Berger. Séance du 15 pluviôse an II page 61.

* 325"Mémoire justificatif de Rollet-Marat à Albitte" Op.cit..

* 326"Mémoire justificatif de Rollet-Marat à Albitte". Ibid.

* 327Ibid.

* 328Ibid.

* 329"Rollet ex agent national du district de Bourg, détenu par ordre du représentant Boisset. . .". Op.cit.

* 330Victime d'une chute de cheval le 12 ventôse an II, qui le maintient au lit, il part pour Coligny le 23 ventôse an II et écirt à Albitte : "je suis toujours infirme mais mon infirmité ne m'empêche pas d'agir révolutionnairement". Registre de correspondance du directoire du district de Bourg-Régénéré. A.D.A 2L28.

* 331"Rollet ex agent national du district de Bourg, détenu par ordre du représentant Boisset. . .". Ibid.

* 332Lettre de Rollet-Marat à Blanc-Désisles du 24 ventôse an II. A.D.A 2L57.

* 333Le Comité pour la commémoration de la Révolution à Coligny in Coligny sous la Révolution, imprimerie du Suran St Amour, édition du Suran Coligny, 1992, page 106.

* 334Lettre de Rollet-Marat à Blanc-Désisles, Ibid.

* 335"Rollet se présente à l'assemblée avec deux pistolets" "Dénonciation de la société populaire du canton de Cézeyriat contre Rollet-Marat". Op.cit.

* 336"A.M Alban, maire de la commune de Bourg, chef lieu du département de l'Ain, à ses concitoyens". Mémoire justificatif imprimerie de l'Ami du peuple, 72 rue Zacharie, quartier du Pont Michel à Paris, de 18 pages format in 4°. Brumaire an III. A.D.A ancien L219.

* 337Ibid.

* 338"quoique simple ouvrier, j'ai toujours pensé que les hommes étaient nés égaux". Ibid.

* 339Dénonciation contre Désisles, Alban, Laymant, Gallien et autres scélérats.Op.cit.

* 340"Alban l'ainé et Duclos, se qualifiaient aussi du titre de Père Duchèsne le cadet". Témoignage de Sébastien Convers, du 7 fructodor an II. Cahier de dénonciation A, A.D.A ancien L219.

* 341Lors dela mise sous scéllés des biens du citoyen Lateyssonnière, Alban et Lajolais " me proposèrent de prendre un verre de vin; j'acceptai, je trouvai le vin excellent, Vauquoy qui yétait le trouva aussi bon et dit à Alban maire : ayez soin de mettre la clef du caveau en réquisition; à quoi Alban répondit : ne t'embarasse pas." Témoignage de Bernard Bichel, ébéniste, du 3 thermidor an III. Chaier de dénonciation 1. A.D.A ancien L219.

* 342Durant la présence d'Albitte dans l'Ain, Alban propose à des femmes de détenus, de monnayer la libérations de leurs époux, conttre des faveurs en nature.

* 343"Distinguez toujours l'affaire d'Alban dans tout temps cet homme nous a donné bien de l'inquiétude par sa mauvaise conduite et ses éxtravagances". Lettre de Juvanon "à ses frères et amis" de Bourg, de messidor an II. A.D.A ancien L219.

* 344Séance du 13 méssidor an II. Op.cit.

* 345Lettre de Blanc-Désisles à Rollet du 10 pluviôse an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 346Cité par Ph.le Duc, Op.cit.Tome 6 page 15.

* 347Quand Rollet-Marat est arrêté, le 17 nivôse an II, par ordre de Gouly, Rollet-Marat demande pourquoi "le procureur Barn-Chalier est libre et Rollet-Marat incarcéré". Mémoire justificatif de Rollet-Marat à Albitte. Op.cit.

* 348"nous avons agit ensemble, nous n'avons rien fait l'un sans l'autre, nous avons cherché à détruire le fanatisme, préché les maximes de la Raison et de la Vérité; pourquoi de la part de Gouly cette préférence et cette générosité ? " Ibid.

* 349R.Curtet in Cahiers du Rhône numéro 14, page 15.

* 350in Images et héritages de la Révolution Française dans l'Ain. Colloque de Bourg-en-Bresse des 6 et 7 octobre 1989, imprimerie du Conseil Général. page 225.

* 351"seul Rollet, Gallien et Juvanon apportaient les décisions motivés et arrêtés et les présentaient à sugner, se répandaient en propos durs et violents lorsque les autres administrateurs refusaient de signer". Témoignage de François Chérel, président du directoire du district de Bourg. Cahier de témoignage A. A.D.A ancien L219.

* 352Tableau analithyque. . .Op.cit. Page 11.

* 353Sa famille est rattachée à celle de Gauthier-des-Orcières.

* 354F.Furet in "la Terreur", Dictionnaire critique de la Révolution Française évènements, sous la direction de F.Furet et M.Ozouf Paris Flammarion 1992 page 293.

* 355Comme Fouché, Collot d'Herbois ou Laplanche.

* 356M.Ozouf in "Déchristianisation" Dictionnaire critique de la Révolution Française. Ibid. page 92-93.

* 357D.Varaschin in Cahiers du Rhône n°9, 1991, page 3 à 10.

* 358"Commissaires nationaux nommés par Fouché, Collot d'Herbois, Albitte et Laporte" in le Père Duchèsne le cadet, l'arrivé du père Duchèsne à Bourg, brochure in 8°de 8 pages sans nom d'imprimeur sans date.

* 359L.Meunier in Albitte, conventionnel en mission les Annales Historiques de la Révolution Française, 1986 page 238.

* 360"célébration de la seconde décade de pluviôse à Bourg-Régénéré, chef lieu du départment de l'Ain". 4 pages de format in 4°, de l'imprimerie Philippon et compagnie à Bourg du 20 pluviôse an II. A.D.A 2J40.

* 361C.Lucas Op.cit page 183.

* 362Tout les représentants issu de la Convention, sont membres du club des Jacobins de Paris, et tous ( à l'exeption de Gouly, par exemple), ont votés la mort de Louis XVI.

* 363Décret de la Convention National du 9 mars 1793, "portant nomination des commissaires chargés d'accélerer le recrutement dans les départements". 4 pages format in 4°, imprimerie national d'Hoener à Epinal. Collection de l'auteur.

* 364 C.Lucas, Ibid page 185.

* 365"éxtrait des registres du Comité de Salut Public de la Convention national du 9 ième jour de nivôse l'an deuxième de la République française une et indivisible". A.D.A série L fonds non classé.

* 366"Décret de la Convention National du 7 septembre 1793 "relatif aux arrêtés des représentants du peuple près les armées et les départements". 4 pages format in 4°, imprimerie national d'Hoener à Epinal. Collection de l'auteur.

* 367C.Lucas, Ibid page 184.

* 368Décret de la Convention Nationale du 5 jour du 2 mois de l'aun second de la République "relatif à l'intitulé des arrêtés et actes des autorités constituées". 2 pages in 4°. De l'imprimerie Bouchard à Chaumont. Collection de l'auteur..

* 369Dans son décret du 9 nivôse, le Comité de Salut Public agit "en éxécution de l'article 1er section 4ième du décret du 14 frimaire an II, qui autorise le Comité de Salut Public à prendre toutes les mesures nécessaire pour procéder au changement des autorités constitués". Extrait des registres du Comité de salut Public, Op.cit.

* 370F.Furet "Gouvernement Révolutionnaire" in Dictionnaire critique de la Révolution Française. Institutions et créations. Editions Flammarion, collection champs, 1992. Page 240.

* 371"il fallait exécuter sous Albitte, ce qui avait échoué sous Javogues". Tableau Analithyque . . . Op.cit, page 22

* 372Mémoire de Reydellet pour que Blanc-Désisles, Rollet et Convers ses amis soient mis en liberté. 1er pluviôse an II. A.D.A 2L56

* 373Témoignage du citoyen Favélas, secrétaire de Gouly. Cahier numéro 1 page 75.

* 374Baron-Chalier voit Albitte comme l'impuslion qui manquait "au char révolutionnaire". A.D.A 1L98

* 375Adresse de la Société des Sans-Culottes de Bourg à le Convention nationale, du 4 ventôse an II, citée par E.Dubois in la Société populaire. . ., Op.cit, page 53.

* 376"je désire bien te voir le plutôt possible, il me tarde de jouir de ce plaisir" Lettre de Rollet-Marat à Albitte du 15 germinal an II. A.D.A 2L49.

"Je ne te rappelle pas le besoin indispensable de ta présence auprès de nous; tu es Républicain, tu connais l'esprit de noter cité et les patriotes te réclament avec instance, au nom de l'amitié dont tu nous a donné des preuves." Lettre de Gallien à Albitte du 24 germinal an II. A.D.A 2L28.

* 377Le 18 ventôse an II, Albitte dans une lettre à Blanc-Désisles, lui annonce qu'il peut "compter sur l'ami des vrais patriotes". Lettre d'Albitte à Blanc-Désisles, A.D.A série L fonds non classé.

* 378Lettre de Blanc-Désisles à Albitte, du 26 germinal an II. A.D.A 2L56.

* 379Dans ses correspondances avec Albitte, Rollet-Marat lui donne le bonjour de sa femme, comme il demande au représentant, dans certaines de ces lettres, d'embrasser pour lui Dorfeuille, Millet et Darasse.

* 380"les représentants sont les pères du peuple". Dénonciation contre Désisles, Alban, Laymant, Gallien et autres scélérats. Op.cit.

* 381Lettre anonyme du 11 germinal an II, Op.cit.

* 382Lettre du 8 avril 1794, du citoyen Michelli de genève. A.D.A L278.

* 383Lettre de Ruffin fils de Pont-de-Vaux à Albitte, du 17 germinal an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 384Témoignage page 25 du cahier de témoignage A. Op.cit.

* 385Mémoire justificatif de Rollet-Marat du 1er pluviôse an II. Op.cit.

* 386E.Dubois, Ibid page 351.

* 387Proclamation du 6 frimaire an II cité par Ph.le Duc, Op.cit, tome 4 page 132.

* 388Mémoire justificatif de Rollet-Marat à Albitte du 1er pluviôse an II. Op.cit.

* 389E.Dubois Op.cit, tome 4 page 117.

* 390Le 8 pluviôse an II, le curé de Grand Corent est suspecté de faire la messe. A.D.A 2L26

* 391Cahier de dénonciation n°1, Op.cit, page 77

* 392Cahier des Sans-Culottes de Treffort. Op.cit.

* 393Registre de la Société populaire de Montleul, cité par Ph le Duc, Op.cit, tome 4 page 324.

* 394Registre de délibérations du directoires du départemnts de l'Ain, scéance du 23 nivose an II, A.D.A L87

* 395Ibid.

* 396compte rendu de l'agent national de district de Belley du 22 nivôse an II. A.D.A 1L98.

* 397Requête du Conseil général de Polliat au représentant Albitte. A.D.A fonds non classé;

* 398compte rendu de l'agent national du district de Belley, Ibid.

* 399"j'ai vu Rollet et Juvanon. . .maltraiter sans cesse, soit par des menacs, soit par des propos injurieux, ironiques et railleurs, les habitants des campagnes qui venaient leur demander des instructions". Témoignages de François-Marie Charron, comis en chef des contributions du district de Bourg. Cahier de dénonciation 1, Op.cit.

* 400Meillonnas, dénonciation contre Duclos, Thevenin, Chaigneau et Rollet. Op.cit.

* 401Registre du comité révolutionnaire de la société des sans-culottes de Bourg, levé contre le fédéralisme de la cité et du département. A.D.A série L, fonds non classé.

* 402Lettre du comité de surveillance de Bourg à celui de Coligny, du 16 nivôse an II. Registre du comité de surveillance de la commune de Bourg-Régénéré. A.D.A série L fonds non classé.

* 403E.Dubois in Histoire de la Révolution. . .. Op.cit, tome 4 page 45.

* 404Registre du comité de surveillance révolutionnaire de Bourg, cité par E.Dubois in Histoire de la Révolution . . . , Op.cit, tome 4 page 51.

* 405Scéance du 11 jour du 2ième mois de la République. Registre du Comité Révolutionnaire de Bourg. A.D.A série L fonds non classé.

* 406Cette incompréhension des campagnes, est constante durant toute la période de la Terreur. En effet, le 23 ventose an II, Rollet-Marat, se plaint à Albitte, que les administrations du district de Montrevel on contestés ses ordres concernant l'éxecution des arrêtés d'Albitte. Registre de correspondance du directoire du district de Bourg-Régénéré, A.D.A 2L28

* 407"Frères et amis. Nous ne le cèderons jamais en patriotisme à qui que ce soit. . .nous n'avons jamais oubliés les patriotes opprimés et nous n'aspirons qu'au moment de les voir rentrer dans notre sein et de les serrer dans nos bras". Lettre des sans-culottes belleysiens à ceux de Bourg du 13 pluviôse an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 408Lettre de la société populaire de Belley à un sans culotte de Bourg. A.D.A série L fonds non classé.

* 409"Désignation des membres des autorités constituéesde Bourg". A.D.A série L fonds non classé.

* 410Dans son arrêté du 6 pluviôse an II, réorganisant l'administration du département de l'Ain, Albitte reconnait "avoir pris les renseignements les plus scrupuleux et les plus précis, et consulté l'opinion de la société populaire de Bourg-Régénéré". Registre du directoire du département de l'Ain. A.D.A L45.

* 411E.Dubois in Histoire de la Révolution. . ., Op.cit, tome 4 page 41

* 412Discours de Rollet-Marat à la société populaire de Châtillon-sur-Chalaronne, du 23 octobre 1793, cité par E.Dubois in "La Société populaire des Amis de la Constitution de Châtillon-sur-Calaronne, Op.cit.

* 413Lettre de la société des Sans-Culottes de Bourg à la société des Sans-Culottes de Treffort, du 24 brumaier an II, signée Convers président et Anselme secrétaire. Collection privée M.Berger.

* 414"Désisles prétendait que les sociétés populaires ne devaient être composées que d'un petit nombre d'individus, qui tous de vaient être révolutionnaires". Témoignage de Convers, Op.cit.

* 415Le chiffre de 900 membres avancé par L.Trénard semble énorme. La société populaire de Bourg au 11 prairial an II, ne compte tout au lus que 136 memebres. Malgré l'épuration conseillée par Albitte, au début de pluviôse an II, il est fort improbable que la société ait comptée autant d'adhérent. Le chiffre qui serait le plus admissible est d'environs 300 sociétaires et spéctateurs "assidus" des tribunes. Debost, détenu à Lyon à partir du 30 nivose an II, donne comme nombre de membre 163 personnes divisées en quatre classes :

"Dans la première, les chefs terroristes de Bourg, correspondant avec les Jacobins de paris, au nombre de 21

dans la deuxième, les patriotes se prêtant volontiers aux mesures de rigueur, au nombre de 15

dans la troisième, les gens instruits et peureux, servants par faiblesse le parti dominant, au nombre de 32

dans la quatrième, les gens de la classe ouvrièere et besogneuse, devenus par intérêts les ageens et les aboyeurs des chefs, au nmbre de 95" Debost, cité par Ph. le Duc, Op.cit, tome 5 page 57.

* 416Décalaration de Convers, Op.cit.

* 417Voir J.Croyet : Les comités de surveillance dans l'Ain, 1793-an III.

* 418C.Lucas, Op.cit, page 163.

* 419J.Tulard-J.F Fayard-A.Fierro in Histoire et dictionnaire de la Révulotion Française.Editons Robert Laffnt, Paris 1987, paage 510.

* 420"il (Albitte) me charge de plus, de te faire passer un extrait dudit arrêté pour chacun des agents nationaux des différents districts du dé partement de l'Ain, auxquels tu voudras bien le leur faire parvenir sans retard". Lettre du 11 pluviôse an II, de Darasse à Rollet-Marat. A.D.A série L fonds non classé.

* 421Discours pronocé par Javogues, représentant dud peuple, dans la séance de la Société des Sans-Culottes républicains de Bourg, du 21 frimaire an II. Op.cit.

* 422Ibid.

* 423A. Soboul, nous décrit la sans-culotterie parisienne comme hostile aux "honnêtes gens" (le terme apparit le 2 juin 1793), c'est à dire ceux qui possède la richesse, l'instruction, la culture et l'aisance. Les sans-culottes parisiens en l'an II, ibid, page 26-27.

* 424C.Lucas, Op.cit, page 64.

* 425Mémoire justificatif de Rollet-Marat à Albitte, du 1er pluviôse an II, Op.cit.

* 426Principes Républicains et Révolutionnaires pour les vrais sans-culottes.

1er : Nécessité d'éxécuter les lois avec vigueur et justice

2° : Punir les méchants dans toutes les places où ils puvent se trouver

3° : nécessité de se surveiller les une les autres

4° : La dénonciation est une vertu chez un Républicain; mais elle n'est vertu qu'autant qu'elle est motivée, signée par le dénonciateur, ou faite par devant des témoins

5° : Un dénonciateur Républicain doit s'exposer à la peine du talion

6° : Le vrai patriotisme est fondé sur les moeurs, sur la probité et l'humanité

7° : Défiez-vous d'un patriote qui parle d'une façon et qui agit d'une autre

8° : La partialité et toute espèce de considération doivent se taire chez un dénonciateur

9° : Un individu n'est rien devant la chose publique

10° : Le Législateur, l'Adminnistrateuret tous fonctionnaires publics doivent être impassibles comme la Loi

11° : Le républicain doit combattre à outrance l'égoïsme des riches, les sophismes et la rapine des avocats et des procureurs

12° : Les ci-devants tribunaux judiciaires n'étaient qu'un ramas de gens qui vivaient de la sueur de tous, principalement de celle du laboureur

13° : Les tribunaux de paix, de conciliation et les Arbitres sont les soutien des fortunes, l'appui des malheureux et le bourreau des chicaneurs

14° : La noblesse n'était qu'un fantôme; sa déstruction était nécessaire, parcequ'il faisait peur à tous le monde

15° : Son orgueil et son avarice, et même sa prodigalité ne faisaient que des malheureux et des fainéants

16° : Le clergé était une hydre à cent têtes, qui terrassait ses peuples au dedans et au dehors

17° : Il enlevait nos richesses et nous ötait nos forces, en accaparant tous nos biens

18° : Il abrutissait notre âme en l'enchainant par des mystères grotesques, des momeris et des cérémonies inutiles, et par des terreurs paniques qui ne faisaient peur qu'aux imbéciles et aux enfants

19° : La liberté des cultes est néessaire pour contenter tous les gouts; mais celui qui en suit un autre que celui de la Raison est digne de pitié

20° : La croyance d'un Dieu seul est prouvée par la nature entière. Un scélérat seul peut en douter

21° : L'homme libre et vraiment patriote n'a pas besoin d'intermédiaire pour offrir ses prières à l'Etre suprême

22° : Pour être libre, il ne faut ni rois, ni prêtres

23° : Les mystères et les miracles sont des momeries de toutes les religions

24° : Les prêtres, dans tous les pays et dans tous les temps, en ont toujours fait le plus ferme soutien de leurs bourses et de leur domination

25° : L'ignorance des peuples les a fait adopter; l'instruction et la vérité doivent les renverser

26° : La supersittion et l'ignorance ont tenu tous les peuples dans la servitude

27° : La liberté doit se distinguer de la licence

28° : Dans un état libre, les Lis doivent être sévères et éxécutées sévèrement

29° : Les voleurs et les gens à mauvais propos doivent être punis

30° : Les vertus sociales sont le soutien de la Liberté et les ennemis de l'Anarchie

31° : L'agriculture conserve l'innocence et la fraternité, et le trop grand commerce détruit l'un et l'autre

32° : Un peuple de marchands tombera tôt ou tard dans la servitude

33° : Dans un état libre, le riche ne doit pas l'être assez pour acheter le pauvre, et le pauvre ne doit pas l'être assez pour se vendre

34° : La mendicité doit etre abolie; et pour le faire, ilf faut obliger le riche de payer, et le pauvre de travailler

MESURES REVOLUTIONNAIRES

35° : L'aurore d'un beau jour est celui de la Liberté; il sera pur dès que l'aristocratie sera mise à la raison

36° : Que les patriotes soient fermes, qu'ils ne tremblent pas, qu'ils ne se laissent pas séduire, et alors seulement les aristocrates rentreront dans la poussière, et se trouveront heureux d'épouser une Constitution basée sur la Liberté et l'Egalité

37° : Dans les mouvements révolutionnairs, nécessité par l'opiniatreté des malveillants, la rigeur et le vigeur doivent marcher avc la justice

38° : Si vous trouvez un homme pusilllanime, laissez le chez lui

39° : Si vous trouvez un homme injuste, punissez le

40° : Les mesures révolutionnaires doivent s'éxercer rapidement; si elles étaient de longues durées, les passions réagiraient avec une telles violence, qu'un volcan éclaterait et pourrait embraser la République entière

41° : Pressons nous donc autour de la Constitution, écrasons tous les aristocrates en très peu de temps

42° : Administrateurs, mrchez d'un pas égal et rapide dazns le sentier d'ungouvernement révolutionnaure

43° : Recevez les plaintes de tous, mais avec fermeté

44° : Administrés, respectez les autorités constituées; elles sont les seul appui de votre liberté

45° : Pères, mèes enseignez à vos enfants les vertus républicaines; faites leurs connaitre leur devoir, en les éclairant sur leurs droits

46° : Enfants, que votre principale vertu soit l'amour de la petrie, de vos pères et mères et ddes vieilards

47° : Riches, ne vous faites pass tirer l'oreille pour dénouer vos bourses, lorsque l'état est en danger et que le pauvre souffre

48° : Peuple, ne croit ps au patriotisme de tes prêtres constitutionnels; il peut y en envoire de bons ; mais la très grande majorité n'avait en vue que son intér^$et particulier, et la pluspart correspondait avec les émigrés

49° : Peuple, bénis la loi du maximum; elle fait rendre gorge aux agioteurs, et tue les accapareurs

50° : Peuple, souvient toi que la sureté des personnes et des pripriétés sera toujours la base dela liberté

Imprimé de 4 pages format in 8°. Imprimerie J.B Kindelem à Belley, le 1er nivôse an II. Bibliothèque de la société d'Emilation de l'Ain, A.D.A

* 427Principe républicains et révolutionnaire pour les vrais sans-culottes, de Rollet-Marat, Op.cit.

* 428Avis aux ouvriers et braves gens de la campagne, discours pronocé par Baron-Chalier à la société des Sans-Culottes de Belley-Régénéré, cité par Ph.le Duc, Op.cit, tome 5 page 21.

* 429Ibid.

* 430A.D.A ancien L219

* 431Principes républicains et révolutionnaire pour les vrais sansculottes, Ibid

* 432A.Soboul in Les Sans-Culkottes parisiens en l'an IIéditions de Seuil, Paris 1968 page 23 et 24.

* 433Ph;le Duc,tome 5 page 31

* 434Dénonciation contre Désisles, Alban, Layamant, Gallien et autres scélérats. Op.cit.

* 435"Profession de foi de la société des sans-culottes de Bourg-régénéré". Discours de Thévenin fils le 28 nivôse an II. Imprimé chez Philipon et compagnie à Bourg. 6 pages format in 8°. Bibliothèque de la Société d'Emulation A.D.A.

* 436Mémoire justificatif de Rollet-Marat à Albitte du 1er pluviôse an II. Op.cit.

* 437"L'aristocratie constitue à ce point l'ennemi essentiel des sans-culottes qu'ils en arrivèrent à englober sous cce terme tous leurs adversaires". A.Souboul, Ibid, page 25

* 438discours de Rollet-Marat à la société de chatillon-sur-chalaronne. Op.cit, page 203.

* 439Témoignage de Sébastien Convers, caffetier, Cahier de témoignage A, Op.cit.

* 440Adresse de la Société des Sans Culottes de Bourg à la Convention, du 4 ventose an II, Op.cit.

* 441"Alban maire (disait) qu'il ne fallait pas s'embarrasser du traitre Gouly, en disant, ce traitre voulait nous dissoudre, mais il n'en a pas le droi, ni même la Convention, nous sommes le peuple souverain, et c'est nous qui pouvon la dissoudre". Témoignage de Claude-Marie Gayet. Cahier de témoignage 1, Op.cit. Ces propos d'Alban sont soutenus par plusieurs témoignages.

* 442Déclaration de Convers, op.cit.

* 443En pluviôse an II, Alban se rend avec Vauquoy à la société populaire de Pont-de-Veyle, armé de deux pistolets, pour dénoncer Gouly.

* 444Le 21 Pluviôse an II, Albitte écrit au Comité de Salut Public sa déception d'apprendre que Gouly est membre du Comité de Marine. « Je n'ai que trois mots à vous dire sur Gouly. Il a vécu et a fait sa fortune aux Indes, il a fait sourire ici tous les aristocrates et constérnés les patriotes. » A.Aulard, receuil des actes du Comité de Salut Public, tome 11, page 29. Deux lettres désavouant Gouly et son action dans l'Ain sont adressés par le Comité de Salut Public à Albitte, une le 26 Pluviôse an II et une seconde le 27 Pluviôse an II.

* 445Témoignage page 22 du cahier de témoignage A. Op.cit.

* 446Copie de la lettre de Merle aux citoyennes Désisles. Du 30 pluviôse an II. A.D.A série L fonds non classé

* 447Témoignage de Sébastein Convers. Cahier de témoignage A, Op.cit.

* 448Témoignage de Joseph Bayet, cahier de témoignage A, Ibid.

* 449Témoignage page 23 du cahier de témoignage A. Ibid.

* 450"C'est avec douleur que nous apprenons que plusieurs paroisses de votre commune, travaillées par des prêtres fanatiques et incendiaires, mettent tout en mouvement pour exiter, parmis nous, le trouble et la discorde et amener la guerre civile, l'espoir des tyrans"Lettre du comité de surveillance de Bourg à celui de Coligny, du 16 nivôse an II. Registre du comité de surveillance de la commune de Bourg. A.D.A série L fonds non classé.

* 451Proclamation des administrateurs du district de Mont-Ferme du 6 frimare an II. Op.cit.

* 452Ibid.

* 453Avis aux ouvriers et braves gens de la campagne, de Baron-Chalier, Op.cit.

* 454Célébration de la seconde décade de pluviôse à Bourg-Régénéré, chef lieu du départemnt de l'Ain. Imrimerie Philipon et compagnie à Bourg, du 20 pluviôse an II. A.D.A 2J40.

* 455Principes républicains. . .Op.cit, article 18.

* 456"La croyance d'un Dieu seul est prouvé par la nature entière. Un scélérat seul peut en douter."Principes Républicains. . .Ibid, article 30

* 457Ibid, atricle 25

* 458Principes républicains. . .Op.cit, article 14

* 459Avis aux ouvriers et braves gens de la campagne de Baron-Chalier. . .

* 460Discours de Blanc-Désisles du 5 germinal an II, Op.cit.

* 461Discours du citoyen Blanc-Désisles à la société populaire de Bourg-Régénéré, du 5 germinal an II. Impriméà Arles, chez Gaspard Mesnier fils, an II. 9 pages format in 8°.

* 462"L'oeil vigilant du sans-culotte les suit partout; partout ils seront découvert, partout leur complot avorteront". Profession de foi de la société des sans-culottes de Bourg. Op.cit.

* 463"L'aurore d'un beau jour est celui de la Liberté : il sera pur dès que l'aristocratie sera mise à la raison". Principes républicains. . .Op.cit, arcticle 35. "si j'avais un conseil à donner aux aristocrates, et sur-tout aux modérés, ce serait de ne plus penser à aucn retour en arrière dans cette révolution et de devenir bons maratistes; autement je leur prédis qu'ils seront pris dans la souricière des sans-culottes et jusqu'aux derniers." Discours de Blanc-Désisles du 5 germinal an II. Op.cit.

* 464Profession de foi. . .Op.cit.

* 465"enfin le glaive de la loi tombera sur vos têtes conspiratrices et purgera de tous les crimes le sol de la liberté". Profession de foi. . .Op.cit.

* 466Déjà, lors de la mise en place de la Commission Populaire par Javogues en frimaire an II, certains Sans-cuottes avaient refusée des places au sein de cette derbière : "Convert étant absent fut désigné pour accusateur public, mais Javogues ne voulut pas, . . Chaigneau refusa d'accepter la place d'accusateur public en disant que le sang répugnait à son coeur". Cahier de dénonciation Op.cit, page 5. De même Convert, comme nous le verrone dans la troisième partie, n'est pas un partiasan de la guillotinne.

* 467"Désisles a dit souvent à Convers que les détenus mettaient un grand obstacle à la marche révolutionnaire, qu'il s'était proposé que tant qu'ils en extisteraient, ils intriguerauent et chercheraient à perdre la République, qu'il faudrait que la Convention adopta une meusre générale pour s'en débarasser". Déclaration de Convers, Op.cit.

* 468Lettre de Rollet-Marat à Albitte du 15 germinal an II, Op.cit.

* 469Lors d'une fête civique donnée en l'honneur de la réception pa la société populaire de Bourg, des bustes de Marat et de lepeletier, le 20 brumaire an II, une statue représentant le fédéralisme est "précipitée dans les flammes empestées qui s'éxalaient de vieux terriers et du restes impurs des vestiges de la féodalité". Récit de la fête civique donnée en l'honneur de Marat du 20 brumaire an II. Imprimerie Philipon et compagnie à Bourg. 11 pages, format in 8° à Bourg. Bibliothèque de la société d'Emulation de l'Ain. A.D.A

* 470Avis aux ouvriers et braves gens de la campagne de Baron-Chalier. Op.cit.

* 471"Maret-Ychard (qui était venu aposer les scéllés chez la citoyenne Perret-Chareziat). . .dit qu'il avait bu du bon vin de Bourgogne et pris du sucre qu'il avait apporté à la municipalité. . . .Un autre jour le même ychard étant venu chez la déclarante lui dit en se frottant le ventre d'un air de contentement qu'il venait de poser les scéllés chez le citoyen Badon où il avait bu d'excellente liqueurs". Témoignage de Pierrette George, cahier de dénonciation 1, Op.cit.

* 472Blanc-Désisles, cité par E.Dubois in histoire de la Révolution. . ., Op.cit, tome 4 page 42.

* 473Principes républicains. . .Op.cit, article 40.

* 474"La liberté doit se distinguer de la licence". Principes républicains. . .Op.cit, article 27.

* 475"qu'ils sachent que lkes sans-culottes, en entrant dans la carrière de la révolution, on déjà fait le sacrifice de leurs vie". Profession de foi . . .Op.cit.

* 476Déclaration de Convers. Op.cit.

* 477lettre de Rollet-Marat à Albitte, du 15 germinal an II. A.D.A 2L49

* 478Registre de correspondance de l'agent national du district de Belley. .A.D.A 1L98

* 479Cité par L.Trénard in la Révolution française dans la région Rhône-Alpes, éditions Perrin, 12 avenue d'Italie Paris 1992, page 433

* 480Tableau analithyque. . . Op.cit, page 25.

* 481Déclaration de Convers, Op.cit.

* 482Témoignage de Marguerite Aimard, cahier de témoignage A, Op.cit.

* 483lettre d'Albitte à ses collègues de Commune-Affranchie du 11 pluviôse an II. A.D.R 1L208.

* 484Lettre d'Albitte à ses collègues de Commune-Affarnchie du 11 pluviôse an II. A.D.R 1L208.

* 485Ibid

* 486Arrêtés des 3, 5, 24 pluviôse an II et des 3 et 5 ventôse an II. cette confiance qu'accorde Albitte aux sociétés populaires, est constante durant le premeier mois de sa mission.

* 487Le 5 pluviôse an II, dans son arrêté de réorganisation du district, Albitte motive sa décision "après avoir pris les renseignements les plus scrupuleux et les plus précis et consulté l'opinion de la société populaire de Bourg-Régénéré." A.D.A série L fonds non classé.

* 488 »j'atteste que Vauquoy m'a toujours paru un bon et loyal patriote » Lettre d'Albite au Comité de Salut Public, A.Aulard Receuil des Actes du Comité de Salut Poublic tome 12 page 657. Voir aussi A.Aulard, Ibid, tome 12 page 774.

* 489Arrêté du 5 pluviôse an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 490Registre du directoire du départemnt de l'Ain. A.D.A L88.

* 491Lettre citée par J.Gaudechot in les institutions de la France sous l'empire et la Révolution, Presse Universitaire de France, Vendôme 1985, page 293-294.

* 492Arrêyté du 3 pluviôse an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 493lettre citée par E.Dubois in Histoire de la Révolution. . .Op.cit, tome 4 pâge 150

* 494arrêté du 3 pluviôse an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 495Lettre d'Albitte au Comité de salut Public du 11 pluviôse an II, Ibid

* 496Le 16 pluviôse an II, Javogues écrit à Collot d'Herbois et lui demande "Pourquoi faut-il que le Comité de Salut Public envoie l'infâme Gouly pour établir la guerre civile, dans un département que j'avais mis au pas?. . .Le Comité n'est-il pas en pleine contrerévolution lorqu'il envoie le traitre Gouly pour casser tout ce que j'ai fait, pour incarcérer tous les patriotes et pour faire triompher l'aristocratie". Lettre cité par E.Dubois in Histoire de la Révolution. . ., Op.cit, tome 4 page 139.

* 497Arrêté du 1er pluviôse an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 498Arrêté du 2 pluviôse an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 499Lettre de reydellet pour que Désisles, Rollet et Convers , ses amis, soient mis en liberté. A.D.A 2L56.

* 500" Cette incarcération a frappée de terreur les patriotes et relevé l'éspérance de l'aristocratie et du modérantisme".(Arrêté du 3 pluviôse an II, A.D.A série L fonds nn clazssé) "Leur incarcération fatigue les patriotes et relève trop la joie et l'éspérance des malveillants". Lettre de Reydellet, Ibid.

* 501Arrêté du 10 pluviôse an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 502Ibid

* 503Arrêté du 13 pluviôse an II.A.D.A série L fonds non classé.

* 504"l se trouve des individus aux quels on ne peut attribuer que des fautes et des erreurs qui n'ont pas eu de suite malfisantes, que plusieurs cultivateurs et vignerons n'ont été coupables qu'un moment que par une crédulité". Arrêté d'Albitte du 20 pluviôse an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 505Lettre d'Albitte à Rollet-Marat, du 18 ventose an II. A.D.A série L fonds non classé

* 506Principes révolutionnaires. . .Op.cit, article 36

* 507Arrêté du 8 pluviôse an II. registre du directoire du département de l'Ain, A.D.A L45

* 508Arrêté du 8 pluviôse an II. Registre du directoire du département de l'Ain. A.D.A L45.

* 509"considérant leurs constants efforts pour arrêter l'élan sublime du peuple vers la liberté pour perpétuer ses maux et l'ignorance profonde dans laquelle il avait su le replonger" Ibid.

* 510Arrêté du 10 pluviôse an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 511cité par E.Dubois in Histoire de la Révolution.. . ., Op.cit, tome 4 page 348.

* 512Arrêté du 8 pluviôse an II, Ibid.

* 513"La croyance d'un Dieu seul est prouvée par la nature entière. Un scélérat seul peut en douter". Rollet-Marat Principes Républicains. . .. Op.cit.

* 514Arrêté du 7 pluviôse an II. Registre des représentzants en mission. A.D.A L98.

* 515Ibid

* 516Arrêté du 8 pluviôse an II. Registre des représentant en mision A.D.A L98.

* 517Arrêté du 19 pluviôse an II. Registre des représentnts en mission, A.D.A L 98.

* 518Ibid

* 519Arrêté du 23 ventose an II. A.D.A registre des représentants en mission.A.D.A L98.

* 520Ibid

* 521Ibid

* 522"l'infame usage qu'ils en font (de leur richesse) pour détruire la liberté et anéantir l'égalité qu'ils ont en horreur". Arrêté du 19 pluviôse an II.

* 523Ibid

* 524Arrêté du 15 pluviôse an II, cité par E.Dubois in Histoire de la révulotuion . . ., Op.cit, tome 4 page 257.

* 525Arrêté du 15 pluviôse an II, cité par E.Dubois in Histoire de la Révolution. . ., Op.cit, tome 4 page 257.

* 526Ibid.

* 527Arrêté d'Albitte du 19 pluviôse an II, registe des représentants en mission, op.cit.

* 528A.D.R 1L208.

* 529A.D.R 1L208

* 530Lettre d'Albitte à ses collègues de Commune-Affranchie, du 11 pluviôse an II. A.D.R 1L208

* 531"Il est important que la force du gouvernement révolutionnaire soit également sentie de tous les points de la République. Elle doit avoir une activité plus énergique sur ceux qui ont été boulversé par les factions royalistes ou fédéralistes". Lettre du comité de Salut Public du 10 pluviôse an II, citée par E.Dubois in Histoire de la Révolution dans l'Ain, Op.cit, tome 4 page 159.

* 532Lettre d'Albitte aux représentants à Commune-Affarnchie, du 22 pluviôse an II. Cité par E.Dubois in Histoire de la Révolkution dans l'Ain op.cit, tome 4 page 264.

* 533Thomas Riboud est en 1789 avocat au parlement de Dijon et est le subdélégué de l'intendant de Bourgogne dans la Bresse. Il est sous l'Empire magistrat et président de la cour à Lyon.

Jean Athelme Brillat-Savarin est avocat à Dijon en 1776 et exerce au baillage du Bugey les fonctions de lieutenant général civil. Sous l'Empire, il est membre de la Cour de cassation.

* 534Le terme de Bourg-Régénéré, apparait après que Gouly ait épuré les aministrations.

* 535Ce batiment construit entre 1730 et 1740, sur trois edifices successifs, donne sur la place d'armes. C'est la résidence des Barons de Bohan.

* 536Une grande partie du régiment a désertée avec Dumouriez, le 5 avril 1793.

* 537Rollet-Marat a obtenu le 15 nivôse an II, une escorte de hussards.

* 538C.Lucas, Op.cit, page 134.

* 539Ibid.

* 540Témoignage d'Etienne Bazard, cahier de témoignage C. A.D.A ancine L219.

* 541"Le déclarant ajoute que le maire Alban, lui donnait une réquisition pour donner un cabriolet pour Dorfeuille et Vauquoy, commissaires du représentant Albitte. Ils lui ont cassé le cabriolet sans l'avoir indemnisé en aucune manière." Témoignage du citoyen Mathieu Royer. Extrait des dénonciation du comité révolutionnaire du district de Bourg. Du 8 nivose an III. A.D.A ancien L219.

* 542Conduite des memmbres du disitrict de trévous pendant le fédéralisme. A.D.A L269.

* 543Rapport de vauquoy et Convers, du 4 ventôse an II. A.D.A 2L49.

* 544A.D.A 2L56. Ces arrêtés, ne comportent pas de signazture, pas de cachet et pas de date. Vauquoy et Convers auraiebt-ils travailler pour leur compte ?

* 545Vauquoy parti seul dans trois communes des environ de Pont-de-Vaux, en compagnie de 4 sans-culottes de la dite ville, "détruit les autels, brule les saints, dégarnie les acristies et met en arrestation u maire qui s'avisait de blamer sa conduite. . .il a aussi arrêté une ancienne religieuse qui s'était retiré dans une des communes et qui faisait le métier d'institutrice, c'est à dire de fanatiiser la juenesse". Lettre de Conver set de Vauquoy à Albitte du 4 ventose an II. A.D.A 2L49.

* 546Lettre de Convers et Vauquoy du 4 ventôse an II. Op.cit.

* 547rapport de baron-Chalier. A.D.A ancien L219.

* 548Lettre de Convers et Vauquoy du 4 ventôse an II. Ibid.

* 549Tableau Analithyque. . . Op.cit page, page 19. Cette pratique, commune aux sans-culottes, n'est pas réservée à Albitte. En effet, les sans-culottes, maitres des autorités, ses ervent de leur pouvoir pour faire mener au représentant la politique qu'ils désirent : "si il arrive un représetant en mission à Bourg, ils font leur possible pour le prevenir à leur faveur, ils lui font entendre tout ce qu'ils peuvent". Dénonciation contre Désisles, Alban, Laymant, Gallien et autres scélérats. Op.cit.

* 550C.Lucas Op.cit, page 60.

* 551Déclaration de Convers, op.cit.

* 552"dirigé par les hyppocrites qui l'entourent" Tableau analythique. . . Op.cit, page 21

* 553Déclaration de Convers; Op.cit.

* 554Lettre d'Albitte à Blanc-Désisles, du 18 ventôse an II. Op.cit.

* 555Rollet-Marat, le 15 germinal an II, dit à Albitte "après que tu auras examiné cet ouvrage, tu me chargeras de le parachever en m'autorisant à procéder à l'instalation dez autoritées constituées et à faire tous les changements nécessaire pour le bien public". A.D.A 2L49.

* 556Lettre d'Albitte à Bléanc-Désisles du 18 ventose an II. Ibid

* 557Ibid.

* 558Témoignage du citoyen B.Gurry, cahier de dénonciation A. Op.cit.

* 559Registrez des arrêtés du directoire du district de Belley. .A.D.A 1L32.

* 560Lettre du 11 germinal an II.Op.cit.

* 561Témoignage de la citoyenne Temporal, cahier de témoignage A. A.D.A ancien L219.

* 562Rollet et Juvanon "menaçaient de dénoncer, de. . .faire incarcérer et guillotiner (leur collègues) . . .parcequ'ils ne voulaient pas adopter leurs projets" Cahier de dénonciation 1Ibid, page 12.

* 563Témoignage de Benoit Regnier, ex maire de Bourg, cahier de témoignage B de messidor an II.

* 564Cahier de dénociation, page 47. Op.cit.

* 565Cahier de dénonciation n°1, page 42, Ibid.

* 566Témoignage du citoyen Grilliet, cahier de témoignage A. A.D.A ancien L219

* 567Ibid, page 21.

* 568Extrait des minutes des dénonciations du comité révolutionnaire et de surveillance du district de Bourg. Dénonciation contre Dorfeuille, Lajolais et autres de Claude Chappon, cuisinier du citoyen Marron. Du 8 nivose an III. A.D.A ancien L219.

* 569"plusieurs hussards étaient venus boire chez lui de la bière venant de Challes, dirent, tout est donc au pillage dans ce pays cy, ils dirent qu'ils avaient vu l'aide-de-camp de Lajplaid, prendre une couverture de Catalogne des plus fine, la donner à son domestique en disant emporte cela, c'est bon pour mettre sur mon cheval, dont les hussards étaient dignes". Témoignage de Andé Fillod, cabaretier, du 8 nivose an II. A.D.A ancine L 219.

* 570"On m'avait dit qu'il n'y avait, calcul fait, qu'une centaine de patriotes dans tout le département de l'Ain, et que la contre-révolution s'y mitonnait". Le père Duchèsne le cadet, l'arrivée du père Duchèsne à Bourg, Op.cit.

* 571Témoignage de Mathieu Chemitt, marcahnd, du 8 nivose an III. A.D.A ancien L219.

* 572Beaucoup de témoignages en l'an III, font état de conciliabules nocturnes; tenus chez les uns ou les auters.

* 573Dorfeuille est un homme reconnu par les représentants à Commune-Affranchie, ainsi que sans doute par des ténors parisiens. "Dorfeuille. . .adoptait tout les principes d'Hébert son ami et parent, et qu'il était en relation intime avec Robespierre, Couthon t St Just". Cahier de dénonciation 1, page 23. Op.cit/

* 574P.Rétat in la Révolution du journal, 1988, page 302

* 575P.Rétat in la révolution du journal, 1988, page 302.

* 576Ibid, page 305

* 577B.Benoit-R.Saussac Op.cit, page 128

* 578"Alban maire et Duclos se qualifiaent aussi du titre de père Duchèsne le cadet" Cahier de témoignage A, page 8, Op.cit.

* 579Déclaration de Convers. Op.cit.

* 580Tableau analithyque . . .Op.cit, page 25

* 581Dans l'envoi de correspondance officielle du district de Belley au municipalitésdu 17 pluviôse, se trouve des exemplaires du père duchène le cadet, ainsi que dans l'envoi du 1er ventose. A.D.A 1L91

* 582"Duclos . . .accompagné d'un nommé Thevenin. . .firent différent discours à la Hébert, aussi absurdes qu'indécent." Meillonnas dénonciation contre Duclos, Thévenin, Chaigneau et Rollet. Op.cit.

* 583Ibid

* 584Dénonciation contre Désisles, Alban, Laymant, Gallien et autres scélérats, Op.cit.

* 585Cahier de témoignage A, page 8. Op.cit.

* 586Dans les envois du district de Belley du 17 pluviôse an II et du 1er ventose on trouve des exemplaires du miracle de la Ste Aumelette. A.D.A 1L91, ,Op.cit.

* 587Le pamphlet de la Ste Aumellete, imprimé en 1790 à Bourg, comporte à la fin de son édition de l'an II, le rajout suivant "Plus de capucin, plus de calotin, plus de roi, vive la République! vive la Raison.!"Ce qui est tout à fait inconsevable en 1790.

* 588Cité par Ph. le Duc, Op.cit, tome 2 page 210

* 589C.Lucas, Op.cit, page 54.

* 590Meillonas dénonciation contre Duclos, Thévénin, Chaigneau et Rollet. Op.cit.

* 591En effet, il convient de ne pas prendre en compte tout les arrêtés qu'Albitte délivre par ses commisssaires pour la réorganisation des autorités du départment de l'Ain, en germinal an II, ce qui montrait à quelques 600 les arrêtés du représentant.

* 592Beaucoup sont écrit par Darasse, quelques uns par Dorfeuille et peut-être certains par Blanc-Désisles ou Convers.

* 593Les copies de deux lettres du Comité de Sureté Général à Albitte en date du 22 pluviôse an II et du 1er ventôse an II, sont colationnée conforme par Dorfeuille. Convers et Vauquoy lors de leurs missions dans les districts de Châtillon-sur-chalaronne et Pont-de-Vaux, utilisent des lettres en tête d'Albitte pour libérer des détenus. De même Blanc-Désisles lors de son passage à Belley, le 29 pluviôse an II, se sert d'une lettre entête d'Albitte pour, faire passer à Rollet-Marat de la part du représentant un arrêté du comité de Sureté Général, mais aussi pour donner des consignes quand au comportement d'Alban, maire de Bourg. A.D.A série L fonds non classé.

* 594Arrêté d'Albitte du 24 pluviôse an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 595Arrêté du 3 pluviôse an II imprimé à Bourg sans nom, format in 4°. Collection de l'auteur.

* 596"il me charge de plus, de te faire passer un extrait dudit arrêté pour chacun des agents nationaux des différents districts du département de l'Ain, auxquels tu voudras bien le leur faire parvenir sans retatrd". Lettre de Darasse à Rollet-Marat du 13 pluviôse an II.

* 597Le 13 pluviôse an II Rollet-Marat, fait parvenir au département du Mont Blanc les arrêtés d'Albitte, comme il fait parvenir le même jour des exemplaires en placards de la proclamation d'Albitte du 5 pluviôse, de l'arrêté du 7 pluviôse, de celui du 8 pluviôse; des arrêtés en format in 4° de l'arrêté relatif aux prêters du 8 pluviôse, ainsi que des modèles d'abdication et des exemplaires de la grnde joie du père Duchèsne. Registre de corresepondance du directoire du district de Bourg, A.D.A 2L28.

* 598Accusé de reception des pièces envoyées pour le district de Belley. A.D.A 1L91.

* 599Les envois du district de Belley sont pour la période qui nous intéresse, du 17 pluviôse an II, du 22 pluviôse an II, du 1er ventose an II, du 10 vetose an II et du 20 vetose an II. Tous sont reçu par les diverses administrations à qui ils sont déstinés, entre 1 et 5 jours lus tard.

* 600A.D.A 1L115

* 601Tableau analytique. . ., Op.cit, page 19.

* 602Imprimé de 6 pages de l'imprimerie de Philipon et compagnie, foramt in 8°. Bibliothèque de la Société d'Emulation, A.D.A

* 603Imprimé chez P.F.Bottier à Bourg. Format in 8° de 48 pages. Bibliothèque de la Société d'Emulation A.D.A

* 604A.Aulard : receuil des actes du Comité de Salut Public avec la correspndance officielle des représentants en mission. Tome 11 page 30.

* 605A.Aulard, Ibid, page183.

* 606"Je suis aidé par des collaborateurs zélés, tels qu'il me les faut; vous les connaissez tous; ils sont jacobins, entre autres Dorfeuille, Millet, Vauquoy, Bonnerot Darasse et autres. Ils me secondent bien et poussent avec moi le char révolutionnaire". Lettre d'Albitte à ses collègues de Commune-Affranchie, du 22 pluviôse an II; citée par E.Dubois in Histoire de la Révolution. . ., Op.cit page RRR, tome 4 page 265.

* 607E.Herroit in Lyon n'est plus tome 3, page 108

* 608Arrêté du 1er pluviôse an II, A.D.A série L fonds non classé.

* 609A.D.A 2L28

* 610Registre de transcriprtion des arr^éts du directoire du district, du directoire du département et des arrêtés des représentants en misssion, concernant les mesures de Salut Public. A.D.A 1L44

* 611Arrêté d'Alnitte du 2 pluviôse an II sur les prions. A.D.A série L fonds non classé.

* 612Registre de correspondance du district de Belley. A.D.A 1L80

* 613Rollet-Marat à Albitte cité par E.Dubois in Histoired ela Révolution dans l'Ain, OP.cit page RRR, tome 4 page 281.

* 614Register de correspondance du district de Belley avec les cantons et municipalités. A.D.A 1L81.

* 615"Désisles a dit très souvent à Convers, que les détenus mettaient un grand obstacle à la marche révolutionnaire, qu'il s'était proposé que tant qu'ils extisterainet, ils intrigueraient et chercherainent à perdre la République, qu'il faudrait que la convention adopta une mesure générale pour s'en débarasser". Déclaration de Convers. Op.cit page RRR. De même Rollet-Marat montre sont inquiétude de voir "les détenus dans la maisondes cy-devants Claristes lèvent la tête; il m'a été rapporté qu'ils tenaient des propos très inciviques, qu'ils avaient formé parmi eux une société populaire,,un conseil général de Commune, undistrict, un tribunnal révolutionniare". Lettre de Rollet-Marat à Albitte du 15 germinal an II. OP.cit page RRR.

* 616Arrêté d'Albitte du 12 ventose an II. A .D.A série L fonds non classé.

* 617A Gex, sont confiés à François Pernet et à Marie-Josephe Poncet l'éducation de plusieurs enfants, comme sont confiés au citoeyn Bouzon les enfants du suspect Deveyle.

* 618Lettre du 1er pluviôse an II, des membres du comité de surveillance de Bourg à Albitte. Registre du comité de surveillance de Bourg. A.D.A série L fonds non classé.

* 619"ont-ils signés un arrêté ? S'ils l'on fait ce n'est que par soumission à une autirité supérieur qui peut les avoir induit en erreur" Lettre des membres du comité de surveillance de Bourg à Albitte du 1er pluviôse an II, Ibid.

* 620"leur incarcération fatigue les patriotes et relève trop la joie et l'éspérance des malveillants". Lettre de Reydellet à Albitte. A.D.A 2L56.

* 621Arrêté d'Albitte du 3 pluviôse an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 622"Aujourd'hui nous respirons un peu, Gouly rappellé; le brave Albittes'occupe de réparer ses fautes, ou plutôt ses crimes. Il vient d'ordonner l'élargissement des patriotes incarcérés; mais ce n'est pas assez" Dénonciation de Gouly par les sans-culottes de Bourg adressée au club des Jacobins. Citée par E.Dubois in La Société populaire. . ., Op.cit, page 50.

* 623Témoignage de Claude Renaud, cazhier de témoignage A. Op.cit.

* 624Témoignage du citoyen Joly, cahier de dénonciation n°1. Op.cit.

* 625numéro 1 du père Duchèsne le cadet: dans les maisons de détentions de Bourg. Sa grande joie d'avoir é

té fait juge par le représentant du peuple, et d'en avoir bien rempli les fonctions. Ibid

* 626Témoignage de Louis Hyacinthe Goyffon, imprimeur, . Extrait des minutes des dénociations du Comité Révolutionnaire et de Surveillance du district de Bourg.du 9 nivose an III.A.D.A ancien L219.

* 627Dans le numéro 1 du père Duchèsne la cadet, le représentant dit au père Duchèsne " Père Duchèsne, fais ce que je te dis, va aux prisons, examine bien, descend dans ton coeur, et tu liras bien vite l'innoncence ou le crime sur le front du détenu" Op.cit

* 628Tableau analytique. . .Op.cit, page 22

* 629Lettre du 6 pluviôse an II, de Dorfeuille aux membres du comité de surveillance de Bourg. A.D.A série L fonds nonclassé.

* 630Sur les 94 détenus interrogés par Dorfeuille, Millet, Bonnerot et Frilet, on peut dénombrer 11 fédéralistes; 3 agents de nobles ou personnes en relations avec des émigrés; 2 marcahnds, 14 agriculteurs, 22 prêtres ou curés, 6 artisans, 8 anciens adminiistraterus, 13 nobles, 1 instituteur, 6 soldats de la gerda national, 1commissaire national, 1 géomètre, 1 libraire, 1 chirurgien, 1 imprimeur, 1 gedarme mit en détention sur ordre d'Albitte, et Blanc-Désisles.

* 631Lettre du 8 pluviôse an II de Dorfeuille, Millet et Bonnerot au comité de surveillance de Bourg. A.D.A série L fonds non classé.

* 632Détenus district de Bourg, A.D.A 2L53.

* 633Lettre du 6 pluviôse an II, de Dorfeuille, Millet, Bonnerot et Frilet au comité de surveillance de Bourg. A.D.A série L fonds non classés.

* 634A.D.A 2L57

* 635Le 10 pluviôse an II, le comité de surveillance de Montferme, envoye la liste sur les causes des arrestations.

* 636"Que Frilet ait convenu au déclarant que l'unique cause et le véritable secret pour lesquelq on retenait les détenus dans la captivité, était le danger de ressentiment et de la vengeance que ces détenus une fois en liberté pouvaient execé, et que lui Frilet ne pouvait s'empêcher de croire que ces citoyens se chargaraient à détruire ceux qui les avaient incarcérer.". Témoignage n°30. Cahier de témoignage B, A.D.A ancien L219.

* 637Déclaration de Convers, Op.cit.

* 638Arrête d'Albitte du 7 pluviôse an II, registre des représentants en mission. A.D.A L98

* 639Registre du comité de surveillance de Bourg. A.D.A série L fonds non classé.

* 640Arrêté d'Albitte du 20 pluviôse an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 641Lettre d'Albitte à Rollet de Chambéry, du 18 ventôse an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 642Registe de l'agent national du ditrict de Bourg. A.D.A 2L26.

* 643Arrêté d'Albitte du 17 ventôse an II cité par E.Dubpois in Histoire de la Révolution. . ., Op.cit tome 4 page 253.

* 644Arrêté d'Albitte du 6 ventôse an II, A.D.A 2L44.

* 645E.Herroit Lyon n'est plus, 3 tomes 1937-1939 Paris Librairie Hachette. Tome 3 page 110.

* 646Arrêté d'Albitte du 17 ventôse an II, cité par E.Dubois in Histoire de la Révolution dans l'Ain,, Op.cit, tome 4 page 251.

* 647Lettre de Blanc-Désisles à Albitte du 26 germnal an II. A.D.A 2L56.

* 648A.Aulaurd : receuil des actes du Comité de Salut Public. Tome 12 page 12.

* 649Albitte fait ici sans aucun doute allusion aux fédéralistes de Bourg, qui pour certains ont des relations à Paris, avec certains députés de l'Ain notement. Ces attaques, ne peuvent pas être le fruit de la penser d'Albitte et l'on peut reconnaitre ici le travail de dénigration des fédéralites par les Sans-Culottes.

* 650A.Aulard, ibid, page12.

* 651Ph.le Duc Op.cit, tome 4,page 347

* 652Lettre de Darassa à Rollet-MArat, du 11 pluviôse an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 653Arrêté du 13 luviose an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 654Ibid

* 655Dans les ariclts 11, 14, 15, 16, 17 et 18, Rollet-Marat s'attaque aux hommes de loi, aux aristocrates et aux prêtres.

* 656Thévenin fils, attaque administrateurs fédéralistes et aux aristocrates.

* 657E.Herroit Op.cit, tome 3, page 108

* 658A.D.A 2L26.

* 659Registre des arrêtés du directoire du district de Belley, A.D.A 1L32.

* 6609 des ces religieuses sont encore en prison à la 3ième sans-culottide de l'an II. A.D.A 1L309.

* 661Ibid.

* 662Registre de correspondance de l'agent national du district de Belley avec les Comités de Sureté Générale et de Salut Public. A.D.A 1L98.

* 663Cahier de dénonciation page 24, Op.cit.

* 664Registre de l'agent national du district de Bourg. A.D.A 2L26.

* 665Registre du conseile municipal de Bourg, cité par E.Dubois in Histoire de la Révolution. .., Op.cit, tome 4 page 273 à275.

* 666A.D.A 2L53.

* 667Il est aussi très difficile de savoir le nombrer de prêters non abjuraterus qui se retrouvent en prison pour cette faute. en effet, certains prêtes, même si ils ont abjuré, peuvent se retrouver en prison pour cause de noblesse (arrêté du 23 ventôse) ou tout autre motif.

* 668Général de brigade, il est décoré de l'ordre de Cincinatus, créé par Washington, lors de la guerre d'indépendance d'Amérique.

* 669Lettre du Comité de Sureté Général. .A.D.R 1L203.

* 670Lettre de Blanc-Désisles à Rollet-Marat, du 29 pluviôse an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 671Lettre de Merle du 30 pluviôse an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 672"Convers. . .demanda lors de leur départ quels était les motifs, Alban maire lui répondit hautement qu'on les ignorait et que c'était la commission Temporaire qui les avait fait traduire". Déclaration de Convers. Op.cit

* 673Voir page 150.

* 674Tous sauf Duhamel, sont les auteurs d'une proclamation de la société populaire de Bourg, qui félicitait les sections de Lyon d'avoir vaincu le parti des anarchistes le 29 mai 1793. Duhamel est jugé comme procureur général syndic du département, ardent fédéraliste.

* 675Déclaration de Convers, Op.cit.

* 676Convers, en l'an III, dans sa déclaration charge ses ancines camarades du choix entier des suppliciés. Sans doute veut-il se faire disculper des actions qu'il a faite durant la présence d'Albitte. Convers dit s'êter opposé à ces jugements et n'avoir été prévenu de cette réunion que par Darasse et Soubeuran secrétaires d'Albitte. Cela peut sembler véridique (si l'on n'oublie pas qu'il a dénoncé à la société des Sans-Culottes Blanc-Désisles en frimaire an II et que ce dernier peut lui en vouloir et désormais le tenir écarté des affaires de la commune). Sans doute est-ce pour cela qu'il est nommé commissaire civil par Albitte le 24 pluviôse an II, en compagnie de Vauquoy. Le soir où liste de proscription est établie, Convers revient juste d'une mission dans les campagnes; les Sans-culottes pensaient-ils le tenir éloigné suffisament longtemps ?

* 677Déclarations de Convers, Ibid.

* 678Déclaration de Convers, Op.cit.

* 679Ibid.

* 680Déclaration de Convers, Op.cit.

* 681Témoignage de Pieere-Antoine Buget, cahier de dénonciation n°1, Op.cit.

* 682Témoignage de Buget, Ibid.

* 683La citoyenne Gabet, domestique de Dunoyer, un des détenus parti pour Lyon le 24 pluviôse an II, se rend "dès le grand matin chez Alban maire, pour lui demander un passeport afin de pouvoir aller à Commune-Affranchie, servir le dit Dunoyer qui était malade. Alban lui dit : tu n'auras point de passeport, ton maitre ne restera pas longtemps incarcéré,son affaire sera décidée en arrivant à Lyon, c'est moi qui m'en charge, tu ne le trouveras peut être pas à ton arrivée et cela te donnerait de la douleur et du désagrément, parceque je sais que tu ne le trouveras pas à Lyon. Qu'il ajouta à la déclarante que les femmes des autres envoyés à Lyon auraient le mêmedésagrément si elles partaient, que c'était la raison pour laquelle il leur refusait aussi des passeports." Cahier de dénonciation n°1, Op.cit.

* 684E.Dubois in la société Populaire des Amis de la Constitution et des Sans-Culottes de Bourg 1791-1794, Op.cit, page 52.

* 685déclaration de Convers. Op.cit page RRR.

* 686E.Dubois in Histoire de la Révolution dans l'Ain, Op.cit, tome 4 page 313;

* 687déclaration de Convers, Ibid.

* 688lettre des administrateurs du département à Albitte. Collection privée de Debost, citée par Ph. le Duc, Op.cit, tome 5 page 51.

* 689Adresse faite par la Société des Sans-Culottes de Bourg-Régénéré à la Convention Nationale, cité par E.Dubois in La Société populaire. . ., Op.cit, page 55.

* 690A.Aulard : receuil des actes du comité de salut public. Tome 11, page 504.

* 691Voir E.Dubois in Histoire de la Révolution dans l'Ain, Op.cit, tome 4 page 323.

* 692lettre de Merle, op.cit.

* 693"Javogues préfère s'entourer d'hommes dont le patriotisme lui parait digne de confiance. C.Lucas, Op.cit, page 189.

* 694Ibid, page 188.

* 695Désignation des membres dezs autorités constituées à Bourg. A.D.A série L fonds non classé.

* 696Registre du directoire du départelment de l'Ain. A.D.A L 98

* 697"le dit Juvanon pronoça ses dernières paroles avec une si grrande fureur qu'il inspira une horreur générale aux assisttants. Que le dit Juvanon agissait en despote avec ses collègues et que toutes les fois que quelques uns d'entres eux n'étaient pas de son avis, il les traitait de modérés et d'aristocrates". Témoignage du citoeyn Cherel du 7 fructidor an II. Cahier de témoignage A, Op.cit.

* 698Désignations des membres des autoritées constituées de Bourg. A.D.A série L fonds non classé.

* 699arrêté d'Albitte du 5 pluviôse an II. Registre de délibération du comité de surveillance de Bourg-Régénéré. A.D.A série L fonds non classé.

* 700Arrêté d'Albitte du 7 pluviôse an II, cité par E.Dubois in L'histoire dela Révolution dans l'Ain, Op.cit, tome 4 page 158.

* 701Ibid.

* 702Agenda de l'agent national du district de Belley. A.D.A 1L94.

* 703Le 17 ventôse an II, une réquisition est faite à des charpentiers et des maçons pour que la dite maison soit en état afin d'acceuillir le district. Agenda de l'agent national du districtde Belley, Op.cit.

* 704Témoigngae du citoyen Cherel, Op.cit.

* 705arrêté d'Albitte du 24 pluviôse an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 706Registre de correspondance de l'agent national du district de Bourg. A.D.A 2L26.

* 707A.D.A 2L41.

* 708Lettre de Rollet-Marat à Albitte du 15 germianl an II, Op.cit.

* 709Arrêté d'Albitte du 22 germinal an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 710Requête du conseil général de Poliat au représentant Albitte pour des secours leur permettent de celébrés dignement les décades pour extirper la superstition. A.D.A série L fonds non classé.

* 711Fête ordonné au comité révolutionnaire par les commissaires séant en cette commuen délégués par le représantsnt Albitte, pour être célébré à Trévoux. Projet collationné par Millet et Bonnerot. A.D.A série fonds non classé.

* 712Cette fête, otganisée sans doute par Dorfeuille, est une imitation de celle faite à Commune d'Armes le 10 nivôse an II sous la houlette de ce dernier alors commissaire national, et d'une fête donnée à Commune-Affranchie le 17 nivôse an II.

* 713Albitte en demande la diffusion à Rollet-Marat, qui les fait imlprimer chez Phillipon à Bourg. Registre de l'agent national du district de Bourg. A.D.A 2L26

* 714 A Trévoux, le défilé promène des banières, comme il est d'usage dans les processions religieuses.

Inscriptions des bannières à la tête des autoritées cnstituées

Les magisrtats sont les pères des pauvres

A la tête de la société populaire

Avant garde de la Révolution

Avant la troupe des jeunes gens

Espérance de la Patrie

Près des quatres jeunes filles habillées de blanc

La Raison, les Moeurs, La Liberté et l'Egalité.

A la tête des prêtres

Vive la Raison à bas le fanatisme.

F^te ordonnée par le comité révolutionnaire de Trévoux. Op.cit.

* 715Comme nous l'avons vu Dorfeuille n'en est pas à ses premiers essais de propagande révolutionnaire par le moyen du spectacle ou de la fête, et Blanc-Désisle, n'hésite pas là non plus à mettre au service de la cause révolutionnaire, les atouts physique de sa femme. "Madame Blanc-Désisles est belle et on la dit peu farouche, tout simplement peut-être parce que chacun a pu admirer son académie le jour qu'à demi-nue, elle a posée sur l'autel de la vierge noire, coiffé d'un bonnet phrygien". In Visages de l'Ain numéro 58, page 16.

* 716Registre de correspondance du district de Bourg. A.D.A 2L28

* 717Convers et Vauquoy, punition contre les individus qui ne célébrainet pas la décade, rapport du 24 ventôsse an II. A.D.A 2LL49.

* 718Le 23 brumaire an II, la Convention décide que les autorités constituées sont autorisées à reçevoir les abdications des prêtes.

* 719Cité par E.Dubois in Histoire de la révolution dans l'Ain, Op.cit, tome 4 page 337.

* 720"C'est dans la Saône-et-Loire et dans l'Ain que Javogues commence à prendre des mesures punitives contre tous les prêtres sans distinction." C.Lucas, Op.cit, page 186.

* 721Gouly, le 13 nivôse an II,fait mettre en prison tout les prêtes et ex-prêtes des districts de Pont-de-Vaux et Nantua.Le 17 nivôse an II, il fait libérer 15 prêtes à condition qu'ils se marient ou qu'ils adoptent un enfant de sans-culotte.

* 722Adresse de l'agent national provisior du district de Bourg, cité par E.Dubois in Histoire de la Révolution dans l'Ain, Op.cit page, tome 4 page 333.

* 723Pour Dorfeuille, comme nous l'avons vu page 62, il est préférable de prier les astres. Dans le même registre, lors d'une réunion de la société populaire de Lent, Dorfeuille "y prêche ouvertement l'athéisme (ce qui est contraire aux idées de Rollet-Marat), en disant qu'il n'y avait point d'extstence divine, que le paradis et l'enfer étainet des inventions des prêtes; que lorsque nous étions mort, il n'y avait que la mort". Témoignage du citoyen Pochon, maire de Tossiat. Extrait des minutes du secrétariat de la municiaplité de Bourg. 3 vendémaiaire an III. A.D.A ancien L219.

* 724Lettre d'Albitte au C.S.P. du 21 Pluviôse an II. A.Aulard receuildes actes du Comité de Salut Public tome 11 page 30.

* 725Lettre d'Albitte au C.S.P. du 11 Ventôse an II. A.Aulard; Ibid, page 492.

* 726Lettre d'Albitte au C.S.P. du 11 Ventôse an II. A.Aulard, ibid, page492.

* 727"Je te préviens qu'il s'est commis une erreur dans la copie de la rédaction de l'abjuration des prêteres et l'imprimeur au lieu du mot reconnaitre a mis celui de méconnaitre. Tu es invité a la rectifier exactement et à placer une virgule après le mot imposture". Lettre de Darrasse à Rollet-Marat, du 21 pluviôse an II. A.D.A série L fonds nonc lassé.

* 728Lettre de Rollet-Marat à Albitte du 20 pluviôse an II. A.D.A 2L28.

* 729Arrêté du 8 pluviôse an II, A.D.A série L fonds non classé.

* 730Ibid.

* 731registre du comité de surveillance de Lagnieu. A.D.A série L fonds non classé.

* 73283 prêtres à Bourg, 60 à Belley, 47 à St Rambert, 18 à Gex, 36 à Nantua, 31 à Chatillon, 24 à Pont-de-Vaux, 37 à Trévoux et 25 à Montluel.

* 733C'est le cas de Bruno Branche, agé de 58 ans, qui signe son abdiquation sur la liste de prisonnier qu'établissent les commissaires d'Albitte envoyés dans les prisons de Bourg durant la première d"écade de pluviôse an II.

* 734Biographie de l'abbé Mermet, cité par Ph. le Duc, Op.cit, tome 4 page 443.

* 735Parmi les prêtres qui se rétractent en l'an III, quelques uns disent avoir signé sous la préssion des terroristes.

* 736Il s'agit du citoeyn Auger, chanoine à Bourg, qui épouse dans le temple de la Raison, la citoyenne Temporal, ex-visitandine.

* 737lettre de Rollet-Marat à Albitte du 15 germinal an II. Op.cit.

* 738Lettre d'Albitte à Rollet-Marat, du 18 ventôse an II. A.D.A série L fonds non classé.

* 739registre municipal; cité par Ph. le Duc, Op.cit, tome 5 page 67.

* 740"Je connais la conduite des prêtres qui se sont retiré dans le Jura et je vais prendre un arrêté vigoureux contre les imposteurs, par lequel je le décalrerai émigrés, s'il ne rentre dans un terme fixe dans le départemnt de l'Ain.". Lettre d'Albitte à Rollet-Marat, Op.cit.

* 741Registre du directoire du district de Bourg, cité par E.Dubois in histoire de la Révolution dans l'Ain, Op.cit, tome 4 page 415.

* 742Lettre de Rollet-Marat aux Comité de Sureté Général et de Salut Public. A.D.A 2L28.

* 743Plusieurs ex-prêtres s'engagent comme volontaires.

* 744Lettre d'Albitte à ses collègues de Commune-Affranchie. Op.cit.

* 745Décret de la Convention Nationale du 23 juillet 1793, 2 pages in°8, de l'imprimerie J.M.Cuchet à grenoble. Collection de l'auteur.

* 746F.Braesch, Op. cit, page 402.

* 747Secrétariat de la municipalité de Bourg, témoighnage duc tiotyen Pochon, du 3 vendémiaire an III. A.D.A ancien L219.

* 748Arrêté du 7 pluviôse an II. Registre des représentants en mission, Op.cit.

* 749Le cousin du père Duchésne, de Millet et Bonnerot,4 pages in°8 imprimerie P.Bernard aux Halles de la Grennette à Commune-Affranchie an II.

* 750Le 26 Ventôse, Albitte écrit au C.S.P : "toutes les cloches se transforment à présent en canons, soit à Pont-de-Vaux, soit à Valence". A.Aulard receuildes actes du Comité de Salut Public tome 12 , page 11.

* 751Lettre d'Albitte au C.S.P. du 11 Ventôse an II. A.Aulard Ibid, tome 11 page 492.

* 752Lettre d'Albitte, Ibid.

* 753Tableau analithyque. . ., OP.cit, page 21.

* 754Registre de correspondance de l'agent national du district de Bourg. A.D.A 2L26.

* 755"Quatre pères de famille ont été victimes de leurs grand zèle à détruire ces monuments odieux qui insultaient à la Raison". Lettre de Rollet-Marat à Albitte du 15 Germinal an II. Op.cit.

* 756Registre de correspondance du directoire du district de Bourg. OP.cit.

* 757registre de correspondance du directoire du district de Bourg. A.D.A 2L28.

* 758Souvent, des membres des comités de surveillance sont requis d'assister aux démolitions, comme à Salavre.

* 759Cité par E.Dubois in Histoire de la Révolution dans l'Ain, Op.cit, tome 4 page 436.

* 760Voir E.Dubois in Histroire de la Révolution dans l'Ain, Op.cit, tome 4 page 434.

* 761Le comité de surveillance de Lagnieu, fait mention de vols de fer provenant du clocher.

* 762Propriété des citoyens Frèrejean, elle est insdtallée à Pont-de-Vaux par arrêté du Comité de Salut Public le 25 frimaire an II. La première fonderie avait été installé à Lyon en 1793, mais les évènements amènent à la faillite de la fonderie. Dans son arrêté du 25 frimaire an II, le Commité de salut Public prévoit une aide à l'installation de la fonderie de 40.000 livres. Proche de la Sâone, la fonderie s'installe dans l'ancine couvent des Ursulines. La fonderie commence à marcher en pluviôse an II, et arrête sa production en l'an V.

* 763Cette mesure, bien que préconisée dans l'arrêté, n'zst pas toutjours suivit. En l'an VI, quand les restant de matières premières qui reste à la fonderie de pont-de-Vaux sont réexpédiés, certaines cloches sont encore entières.

* 764Arrêté du 8 pluviôse an II, registre des représentants en mission. A.D.A L98.

* 765Millet et Bonnerot dans le cousin du père Duchèsne, du 17 ventôse an II.

* 766Lettre d'Albitte au C.S.P. du 26 Ventôse an II. A.Aulard receuildes acts du Comité de Salut Public, tome 12 page 11.

* 767Lettre d'Albitte, Ibid.

* 768Voir page 29.

* 769Arrêté du 8 plkuviose an II, registre des représentant en mission. A.D.A L98.

* 770Notes de La Teyssonnière, citées par Ph. le Duc, Op.cit, tome 5 page 69.

* 771Démolition des chateaux de Crangeat et Attignat. A.D.A L 359.

* 772Le 25 ventôse an II, la société populaire de Treffort se plaint que les tours du chateau de Villars ne sont pas encore détruite, car les officiers minicipaux n'ont pas trouvé d'ouvriers pour le faire.

* 773Cité par Ph.le Duc, OP.cit, tome 5 page 69-78.

* 774Ibid.

* 775Comme pour l'arrêté du 7 pluviôse an II, le flou des termes enpoyé, donne une certane autonomie aus hommes chargé des l'éxécution de l'arrêté.

* 776il est en effet courant à la fin de l'ancien-régime que des bourgeois pour s'agréer à la noblesse, fassent construire des tours, pigeonniers et volières.

* 777Alban est acheteur d'une porte et de la ferraille provenant d'un château, pour la somme de 110 livres; Ce château est sans doute celui de Lateyssonière.

* 778Le conseil général de la commune de Bourg-Régénéré, à la Convention Nationale, 4 page in° 8 sans nom d'imprimeur. Bibliothèque de la société d'émulationde l'Ain. A.D.A.

* 779Tableau analytique. . ., Op.cit page 22.

* 780Durant une visite, les Sans-Culottes avec Lajollais font enlever tous les paravants qui séparent les détenus dans la salle des notables de la maison des Claristes, pour les faire jeter dans la cour. Lajollais en sabre un, qui appartient au citoyen Bergier car il comportait des insignes maçonniques dessus.

* 781Conseil général du département de l'ain à ses concitoyens. Op.cit.

* 782Lettre d'Albitte. A.Aulard receuil des actes du Comité de Salut Public tome 11 page 29.

* 783Le C.S.P désaprouve les actions de Gouly, le 24 Pluviôse, le 26 Pluviôse et le 27 Pluviôse an II.

* 784Témoignage de Claude-Marie Gayet, cahier de dénonciation 1, Op.cit.

* 785Lettre du 4 ventôse an II, de Vauquoy et Convers Op.cit

* 786Lettre de Merle, OP.cit

* 787Lettre de Gouly au C.S.P. A.N. AF II. 154.

* 788Déclaration de Convers. Op.cit.

* 789Témoignage de Jean Rougemont, cahier de dénonciation 1, Op;cit .

* 790Témoignage de François-Marie Charron Ibid.

* 791Témoignage de Claude-Marie Gayet, Ibid.

* 792registre de correspondance du comité de surveillance de la commune de Bourg. A.D.A série L fonds nonclassé.

* 793E.Dubois in Histoired ella révolution dans l'Ain, Op.cit , tome 4 page 268.

* 794Témoignage de Marie-Charles-Joseph Beffroy, garde magasin du timbre du département de l'Ain. Cahier de dénonciation, Op.cit. Dans les scélloés de Blanc-Désislse, le 18 fructidor an II, plusieurs lettres de Pache pour Alban sont découvertes. A.D.A 2L56

* 795Le C.S.P. informe Albitte que ses arrêtés des 7, 8, 15, 19 et l'envoi du 24 Pluviôse ont été matière à réclamation.

* 796"Parmi tes opérations, citoyen collègues, il en est qui ont donné lieu à quelques dénoncitions; ces dénonciations portent sur ton arrêté du 8 pluviôse qui a paru renfermer des dispositions contraires aux décrets sur les cultes; celui du 7 du même mois qui ordonne l'enlèvement de toutes les cloches; sur la translation à Commune-Affranchie de plusieurs particuliers du départemetn de l'Ain pour être juger par la Commission". Lettre du 10 ventôse an II, cité par E.Dubois, in Histoire dela révolution dans l'Ain, Op.cit tome 5, page 5.

"Il est citoyen collègue, queleus dénocaittions qui ont échappé au comité dans sa précedante lettre : la première porte sur la formule d'abdication des prêtres. . .;la seconde sur les hommes qui t'entourent". Lettre du 11 ventôse an II. Ibid.

* 797Lors de la plainte des convnetionnels de l'Ain le 28 Pluviôse, Gauthier et Merlino disent au C.S.P. d'Albitte "que son coeur dément ce que sa main signe, . . .qu'i a été subjugué par des intriguants qui préfèrent l'anarchie au règne des lois" A.Aulard receuil des actes du Comité de Salut Public tome 11 page 454.

* 798Le 25 Ventôse an II, il écrit au C.S.P. de Chambéry pour répondreaccusations qui sont portées contre lui. De mêm e il écrit encore le 26 au C.S.P. et à la Convnetion. Le silence du Comité face à ses actions lui font craindre le 26 Ventôse, de ne plus avoir la confiance de ce dernier.

* 799témoignage du citoyen Guillemot, cahier de témoignage C, Op.cit.

* 800Voir E.Dubois, in Histoire de la Révolution dans l'Ain, Op.cit tome 5 page 14-17.

* 801Conduite du représentant Gouly dans les districts de Bourg et dans celui de Belley, par Baron-Chalier, manuscrit in°4 de 7 pages.A.D.A série L fonds non classé.

* 802Déclaration du citoyen Joseph Debost, ancien militaire, du 9 nivôse an III. Extrait des minutes des dénonciations du comité révolutionnaire et de sruveillance du district de Bourg. A.D.A ancien L219.

* 803Témoignage de Claude-Marie-François Joly, cahier de dénonciation, Op.cit.

* 804Témoignage de Marie-Claudine Lussy, femme du concierge de la maison d'arrêt de Brou. Cahier de dénonciation, Op.cit.

* 805Témoignage numéro 15, cahier de témoignage A, Op.cit.

* 806Diverses témoignages du cahier de dénonciation, Op.cit.

* 807Voir Ph.leDuc, Op.cit, tome 5 page 102.

* 808Tableau analytique . . .Op.cit, page 26.

* 809Témoignage numéro 15, cahier de témoignage A, Op.cit.

* 810Témoignage de Jean Rougemont. Cahier de dénonciation 1, Op.cit.

* 811Lettre de Gauthier-Cincinatus, du 10 germinal an II, cité par E.Dubois in Histoire de la Révolution dans l'Ain, Op.cit, tome 5 page 14.

* 812Ibid.

* 813Il cite plus haut un discours qu'il a entendu à la société populaire, par Blanc-Désisleset Alabn :"Citoyens. . .Souvenez-vous que vous êtes souverains; souvenez-vous que vous êtes plus puissant que la Convention. Vous pouvez la dissoudre, mais elle ne peut pas vous dissoudre; elle n'en a ni le droit ni le pouvoir. Emparez-vous du bien des riches, ils sont à vous : ces égoîstesont assez jouîs; il est teemps que les sans-culottes, que les pauvres jouissent à leur tour." Letre de Gauthier-Cincinatus à Gauthier-des-Orcières, citée par E.Dubois in Histoire de la Révolution dans l'An, Op.cit, tome 5 page 16.

* 814Ibid.

* 815registre de corresponddance du district de Bourg. A.D.A 2L28.

* 816Lettre d'Albitte au Comité de Salut Pblic du 26 Ventôse an II. A.Aulard receuil des actes du Comité de Salut Public. Tome 12 page 13.

* 817Registre du comité de surveillance de Jujurieux. A.D.A série L fonds non classé.

* 818Lettre de Gauthier-Cincinatus du 10 germinal an II, citée par E.Dubois in Histoire de la Révolution dans l'Ain, Op.cit, tome 5 page 15.

* 819Lettre de Rollet-Marat à Albitte du 19 germinal an II. Registre de correspondance du directoire du district de Bourg, Op.cit.

* 820Le courrier met plus de 7 jours pour parvenir aux intéressés, entre son arrivée à Bourg et sa remise en main propre.

* 821Lettre d'Albitte au C.S.P. du 28 Wgerminal an II. A.Aulard receuil des actes du Comité de Salut Public. Tome 12 page 658.

* 822Cité par E.Dubois in Histoire del aRévolution dans l'Ain, Op.cit, Tome 5 page 28.

* 823Lettre d'Albitte au Comité de Salut Public du 18 floréal an II, citée par E.Dubois, Iibd, page 28.

* 824registe de correspondance du directoire du district de Bourg, Op.cit.

* 825A.Boudier, cité par V.Courtine, Op.cit, page 103.

* 826"Nous avions trouvé indispensable qu'Albitte, l'un de nous prolonge son séjour à l'armée d'Italie pour le temps nécessaire à ette expédition qui ne peut-êter de longue durée." V.Courtine, Op.cit, page 106.

* 827V.Courtine, Op.cit, page 112.

* 828Cité par A.kuscinski, Op.cit.

* 829Eloge de Loubat de Bohan par Lalande page 11, réedité en 1977 par le centre cultuerl de Buenc.

* 830Témoignage de Jean Rougemont, Op.cit page RRR.

* 831Témoignage n°15, cahier de témoignage A, Op.cit page RRR.

* 832Cité par E.Dubois inHistoire de la Révolution Française, Op.cit, tome 5 page 189.

* 833"Blanc-Désiels est le monste dont je veux vous parler. Cet histrion couvert de tous les crimes, dégouttant encore du sang de nos concitoyens, n'a cessé, depuis l'arrestation dont l'a rappé noter vertueux et juste Boisset, de touremnter les autorités constituées". Cité par E.Dubois in Histroire de la Révolution dans l'Ain, Op.cit, tome5 page 197.

* 834E.Dubois, Ibid page 233.

* 835Acte d'accusation rédigé à Yssingeaux le 18 brumaire an VII, cité par E.Dubois in Histoire dela Révolution dans l'Ain, Op.cit, tome5 page 285.

* 836Lettre du procureur syndic du districtd de Bourg à celui de Belley, du 3 floréal an III, suite à l'assassinat de Désisles, Rollet, Merle, Chaigneau, Ducret et Juvanon. A.D.A série L fonds non classé.

* 837Déposition de Benoit Ravet. Dénnciations et insignes calomines faites conte des citoyens de la commune de Bourg. A.D.A 2J23.

* 838Lettre de Boisset au Cmité de Sureté Général, du 5 floréal an III. A.D.R L208.

* 839Lettre de Boisset au Comité de Salut Public du 5 floréal an III. A.D.R L208

* 840B.Benoit in Chasser le mathevon à Lyon en l'an III, le tournant de l'an III, page 505.

* 841Le terme de muscadin regroupe les juenes hommes d'origine bourgeoise, qui ont connu la prison en l'an II, ou qui ont eu un de leur proche emprisonner ou guillotiner. C'est le cas à Bourg avec le fils Joly, les fils Braconnier et Montbarbon.

* 842Voir J.Croyet : le massacre des Sans-Culottes. A paraitre.