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L'impérialisme culture occidental et devenir de la culture africaine: Défis et perspectives


par Bernard ZRA DELI
Grand Séminaire Saint Augustin de Maroua - Fin de cycle de Philosophie (Licence) 2008
  

Disponible en mode multipage

GRAND SEMINAIRE SAINT AUGUSTIN DE MAROUA

EXTREME - NORD CAMEROUN

Année académique 2004/2005

IMPERIALISME CULTURELE OCCIDENTAL

ET DEVENIR DE LA CULTURE AFRICAINE :

DEFIS ET PERSPECTIVES

Mémoire de fin de cycle de PhilosophieCette partie ne fait pas partie du mémoire, mais n'est que comme PRELUDE

Éminents membres du jury

Chers formateurs et professeurs

Chers camarades et amis Séminaristes

Chers invités

Nous vous souhaitons la bienvenue dans cette salle où se déroule les séances de soutenances de mémoire de fin de cycle de Philosophie.

Impérialisme culturel occidental et devenir de la culture africaine : Défis et perspectives. Tel est le thème de soutenance que nous avons choisi pour notre recherche.

Le vertigineux progrès que connaît le monde présent semble avoir pour toile de fond le brassage culturel. Toutes les entreprises humaines se dessinent sur la base de la culture devenue pluridimensionnelle. Toutes fois, dans leurs diversités, les cultures cherchent à se compléter et à se phagocyter les unes les autres. La dimension sociale de la réalisation humaine a fait qu'aujourd'hui aucune culture ne peut vivre en autarcie.

Cependant, au rendez-vous du donner et du recevoir culturel, celle-ci revêt un nouveau visage. Le choc culturel, ce « sentiment de profonde désorientation qu'éprouvent les personnes et les groupes mis soudainement en contact avec un milieu culturel dont les traits se révèlent inconnus, incompréhensibles, menaçants »1(*), a provoqué dans nos sociétés modernes des grandes mutations laissant place à l'érosion des valeurs morales, à la perte d'identité culturelle et au déséquilibre interne.

Au rythme du brassage culturel, on est porté à croire qu'à la longue, la culture des peuples africains risquerait de disparaître du fait de sa marginalisation, de son abandon par la complicité des Africains eux-mêmes au profit d'une culture pseudo occidentale. En effet, le choc cultuel a apporté un déplacement de sens : les Africains ne sont plus eux-mêmes parce que victimes d'une aliénation culturelle causée par un regard tourné vers l'extérieur qui a fini par endormir les consciences et par jouer le rôle de « l'opium du peuple » au point de constater avec Emmanuel MOUNIER que « la plupart des Noirs ont honte d'être noirs, une honte secrète qu'ils ne font pas la leur, mais qui hante jusqu'à leur fierté. »2(*) Ce constat est pertinent à plus d'un titre ; car nombre d'Africains fuient aujourd'hui leur identité, leur réalité culturelle. Nombre sont ceux qui ne savent rien de leur culture, de leur langue maternelle. La société africaine d'aujourd'hui nous fabrique des déracinés, des aliénés et acculturés de toute sorte autant que nous les voudrions.

Dans une Afrique duale qui a encore la nostalgie du passée et qui embrasse le modernisme dans toutes ses dimensions sans esprit critique, avec parfois l'apparition des élites déracinés, assimilés, extraverties, et coupées de leur peuple, plongée dans « une vision déformée et déformante des réalités culturelles du continent »3(*), des inquiétudes planent sur le devenir socio-culturel africain. L'entrée de l'Afrique dans le nouveau village planétaire est perplexe. La rencontre avec la prochaine histoire est un marché où l'Afrique ne sera qu'une pure consommatrice portant sur son dos une culture amoindrie. Dans cette Afrique se dessine un paradoxe qui fait qu'on ne sait plus quelle voie emprunter. Car « à ne pas vouloir sortir des sentiers battus, à ne pas oser plonger dans les eaux profondes, pour y jeter nos filets (Lc5, 4), nous nous contenterons des fretins du rivage et demeurerons des pêcheurs infirmes, tournant sur nous-mêmes, sans jamais affronter les courants contraires et les vents du large. »4(*)

Devant cette crise d'identité culturelle qui jonche nos rapports sociaux, une question attire notre attention. Que deviendra la culture africaine face à cette influence imposante de la culture occidentale ? Faudrait-il rester bouche close devant cette désorientation totale qu'a engendrée le choc culturel dans nos familles ? Comment donc passer les yeux fermés quand, sur nos routes quotidiennes, nous rencontrons nombre d'Africains, tant de jeunes et adultes déracinés et quand nous sommes en face des gens qui ne veulent même pas entendre parler une quelconque langue africaine pour se réclamer d'une culture dont les tenants et les aboutissants leur sont inconnus ? N'est-il pas temps pour le continent noir de réviser sa politique culturelle comme l'ont fait les nouveaux pays industrialisés d'Asie et d'orienter autrement la question de son développement qui ne saurait passer de sa culture ? N'est-il pas temps pour elle de repenser sa culture pour son insertion dans la modernité, de faire une analyse objective de son passé, une critique rigoureuse de son présent pour déterminer la voie de l'avenir, de faire un retour à sa source culturelle pour y puiser les valeurs humaines, ultimes et passer au modernisme sans s'aliéner ? Voici tant de questions qui ont attiré notre attention et qui nous ont orienté vers ce thème inspiré des réalités quotidiennes.

Face à l'assaut direct et brutal des schèmes culturels différents, l'Africain se trouve aujourd'hui pris au piège de tant de pseudo-valeurs qui le dépersonnalisent ; il y a une nécessité de prendre une part importante au réveil des consciences pour une révolution culturelle africaine humanisante. Ce projet vise en effet à détruire les pseudo-valeurs culturelles qui détruisent le tissu culturel du contient noir en saccageant son insertion dans l'histoire de l'humanité. C'est en cela que consiste notre intitulé : Impérialisme culturel occidental et devenir de la culture africaine : Défis et perspectives. Et pour examiner en profondeur cette question, nous nous grimpons sur l'épaule du géant William ETEKI'A MBUMUA dans son oeuvre : Un certain humanisme.

Fin du prélude

INTRODUCTION GENERALE

Le vertigineux progrès que connaît le monde présent semble avoir pour toile de fond le brassage culturel. Toutes les entreprises humaines se dessinent sur la base de la culture à telle enseigne que cette dernière est devenue pluridimensionnelle. Toutefois, dans leurs diversités, les cultures cherchent à se compléter les unes les autres. La dimension sociale de la réalisation de l'homme fait qu'aujourd'hui aucune culture ne peut prétendre vivre en autarcie.

Cependant, au rendez-vous du donner et du recevoir culturel, les choses semblent ne plus marcher comme elles se doivent. Le choc culturel, ce « sentiment de profonde désorientation qu'éprouvent les personnes et les groupes mis soudainement en contact avec un milieu culturel dont les traits se révèlent inconnus, incompréhensibles, menaçants »5(*), a provoqué dans nos sociétés modernes des grandes mutations laissant place soit à l'érosion des valeurs morales, soit au perte d'identité culturelle, à la dépersonnalisation et au déséquilibre interne qui rendent difficilement maîtrisable l'avenir culturel de certains peuples.

Au rythme du brassage culturel, on est porté à croire qu'à la longue, la culture des peuples africains en particulier risquera de disparaître du fait de sa marginalisation, de son abandon par la complicité des Africains eux-mêmes au profit de la culture occidentale. Le choc culturel a apporté un déplacement de sens : les Africains ne sont plus eux-mêmes parce que victimes d'une aliénation culturelle causée par la culture étrangère qui a fini par endormir les consciences et par jouer le rôle de « l'opium du peuple » au point de constater avec Emmanuel MOUNIER que : « La plupart des Noirs ont honte d'être noirs, une honte secrète qu'ils ne font pas leur, mais qui hante jusqu'à leur fierté. »6(*) Ce constat est pertinent ; car nombre d'Africains se réclament Français ou Anglais et fuient leur identité culturelle.

Dans une Afrique duale qui a encore la nostalgie du passé et qui embrasse le modernisme dans toutes ses dimensions sans esprit critique, avec l'apparition des élites assimilées, extraverties et coupées de leur peuple avec « une vision déformée et déformante des réalités culturelles du continent »7(*), des inquiétudes planent sur le devenir socio-culturel africain. L'entrée de l'Afrique dans le nouveau village planétaire est perplexe car l'apparition de ces élites aliénées ne permet pas un dialogue d'égal à égal. La rencontre avec la prochaine histoire est un marché où l'Afrique ne sera qu'une pure consommatrice car portant sur son dos une culture amoindrie. Dans cette Afrique se dessine un paradoxe qui fait qu'on ne sait plus quelle voie emprunter. Car, « à ne pas vouloir sortir des sentiers battus, à ne pas oser plonger dans les eaux profondes, pour y jeter nos filets (Lc 5,4), nous nous contenterons des fretins du rivage et demeurerons des pêcheurs infirmes, tournant sur nous-mêmes, sans jamais affronter les courants contraires et les vents du large. »8(*) Descendant encore plus bas dans nos traditions, nous sommes appelés à confronter nos valeurs traditionnelles avec la modernité et non à les rejeter par un pur snobisme au nom d'une quelconque modernité.

Devant cette crise d'identité culturelle et du sens d'appartenance sociale qui jonchent nos rapports sociaux, une question attire notre attention. Que deviendra la culture africaine ? En d'autres termes, qu'attendons-nous de l'avenir de la culture africaine? En effet, l'Afrique se trouve plus que jamais divisée, désorientée ou alors « mal partie » comme le notait René DUMONT. Il est temps pour elle de repenser sa culture pour son insertion dans la modernité, de faire une analyse objective de son passé, une critique rigoureuse de son présent, de déterminer la voie de l'avenir pour son plein accomplissement, de faire un retour à sa source culturelle pour y puiser les valeurs humaines, ultimes et passer au modernisme sans s'aliéner. L'urgence d'une révolution culturelle aboutissant à l'avènement « d'hommes nouveaux, totalement désaliénés, comprenant la nécessité pour eux de se libérer, de transformer la nature humaine, prêts à participer à la révolution des esprits et à organiser le progrès, par l'accès aux techniques et à la science, pour la maîtrise consciente et total de nos destins »9(*) pour l'avenir des Africains et de leur culture nous interpelle. La promotion de la culture africaine avec ses problèmes d'aujourd'hui s'impose à nous, Africains, pour la sauvegarder des impasses, de l'oubli et pour nous permettre d'être ce que nous sommes et de devenir ce que nous devons être. L'inquiétude que provoque cette situation nous a orienté vers ce thème intitulé : Impérialisme culturel occidental et devenir de la culture africaine : Défi et perspectives. La complexité de ce thème nous conduit à la première partie passera en revue la physionomie d'ensemble des relations interculturelles. La deuxième partie consacrée à la culture africaine, nous fera découvrir ce qu'est la culture africaine, sa nature, son essence et ses caractéristiques, puis les différents problèmes auxquels elle fait face aujourd'hui : aliénation culturelle, l'ethnocentrisme, le phénomène d'acculturation. Enfin, la troisième partie mettra en relief les différentes voies et perspectives pour la promotion de la culture africaine. A la lumière de Un certain Humanisme, oeuvre de William ETEKI'A MBUMUA dans lequel ce dernier saisit avec pertinence la problématique du devenir la culture africaine et suivant une méthode analytico-descriptive, nous cernerons ce thème, aujourd'hui d'actualité et plus que jamais.

I. PARTIE

PHYSIONOMIE D'ENSEMBLE DES RELATIONS CULTURELLES

I-1. Les concepts : Culture et Cultures

La culture touche tous les domaines de la vie humaine. Sa définition est contextuelle. Voilà pourquoi on parle de culture comme connaissance ou sagesse, comme production agricole ou mieux comme civilisation d'un peuple. Instance spirituelle et normative de la société, la culture fait de l'être humain un être historique, le détermine dans son expression fondamentale de l'humain, dans ses actes, sa singularité et dans sa vision du monde. On ne pourrait dans cette dynamique considérée une personne sans culture. Et selon les termes d'Achiel PEELMAN « chacun de nous baigne dans sa culture comme un poisson dans l'eau. »10(*) Et celle-ci, dans ses manifestations que sont la morale, la religion, l'art, la tradition nous suit comme une ombre dans tout notre passé et notre quotidien. Nous ne pouvons en aucun jour nous en séparer puisque regroupant toutes les sphères de notre vie et de notre être. Il y a donc lieu de définir l'homme comme un animal culturel. Ce n'est donc pas surprenant que soucieux de leur avenir, du devenir de leur être, tous les hommes « parlent d'identité culturelle, de dialogue des cultures, de développement culturel, de révolution culturelle, d'évangélisation des cultures. »11(*) Le dynamisme culturel de nos jours n'est que l'expression de la culture comme base fondamentale de tout être humain. La culture est ainsi dans son expression profonde le reflet de tout l'univers de l'homme dans son milieu de vie car elle surgit dans ce que nous sommes, dans nos connaissances, nos Us, nos moeurs, nos traditions et nos croyances. On pourrait dire que nous sommes ce que notre culture a fait de nous. Et rejoignant Achiel PEELMAN, nous disons que « chacun de nous, dès le premier jour de sa vie, a été programmé, éduqué ou endoctriné dans une seule façon d'être humain »12(*) selon les normes et les valeurs de sa société capable de lui procurer vie et liberté en rapport avec son milieu ambiant.

Et si la culture est le signe, la mentalité et l'être vital d'un peuple donné, il y a lieu d'utiliser le mot culture avec diversités des valeurs. Il faut noter ainsi qu'il n'y a pas des peuples sans culture car chaque peuple essaie suivant ses possibilités de se rendre la vie plus facile dans son milieu ambiant en essayant de dominer celui-ci au risque de se faire écraser. Entendons par cultures, la diversité des sociétés ayant chacune sa façon d'être et de résister à la domination de son milieu. Et comme les problèmes ne sont jamais les mêmes pour toutes les sociétés, il y a lieu de parler des diversités culturelles. On emploie ainsi le terme cultures au niveau des groupes, des ethnies et des tribus comme ce qui crée des particularités et des différences les unes des autres. La culture est alors conçue comme la façon de chaque peuple à s'adapter à son environnement. Tous les peuples du monde se différencient par leur façon d'être et de faire. Il est important de dire avec MBUMUA que :

« Les hommes ont inventé des cultures différentes en fonction de leurs préoccupations conjoncturelles, de leur subjectivité, de leurs goûts et de leur tempérament respectifs qui sont par essence, insuperposables. Les cultures humaines sont donc soumises au principe de la relativité et de pluralisme. Et comprendre une culture, c'est trouver le motif prédominant qui l'a fait naître et a pu lui permettre de se développer efficacement. » 13(*)

La culture est comprise dans cette optique comme tout génie du genre humain qui permettra à chaque peuple d'éclairer le jour au jour ses dimensions proprement humanistes tant pour l'individu que pour la société.

Au-delà de toutes ces diversités culturelles, l'aspiration de toutes les sociétés reste la même : parvenir à créer des conditions d'épanouissement de chaque individu. La culture devient pour tout homme ou toute société « un plan de vie à réaliser qu'un produit déjà fini. »14(*) Elle incorpore la dimension ontologique et anthropologique de l'homme. Elle apparaît ainsi comme force de libération d'un soi transcendant à tout l'ordre du spatio-temporel dans une vision globale de la croissance humaine, une croissance d'un monde vital mis en ses différents membres. Elle est aussi la « réalisation suprême de l'homme, appelé à se dépasser sans cesse intellectuellement, moralement, dans une vie individuelle et communautaire. »15(*)

C'est à ce niveau qu'intervienne la définition moderne de la culture à laquelle tout le monde aspire. La culture se saisit dans ces conditions comme fonction de la réalisation humaine, d'où le devoir de chaque personne d'appartenir à une culture sans laquelle elle ne peut atteindre son plein accomplissement. Il modèlera ainsi sa nature et trouvera sa raison d'être humain dans sa culture. Le sens d'appartenance culturelle se veut un « impératif catégorique » à ne jamais perdre de vue. C'est dans cette dynamique que le pape Jean-Paul II pense qu'être homme, « signifie nécessairement exister dans une culture déterminée. »16(*) Il est donc nécessaire que l'homme soit situé dans le réseau de ses appartenances culturelles. La culture est le propre d'un homme ou d'une société. Edouard HERRIOT l'identifie à l'érudition en affirmant que la culture est « ce qui reste quand on a tout oublié. »17(*) Elle reste ce que nous procure l'éducation. Chez Ralph LINTON elle est « le mode de vie d'une société »18(*) c'est-à-dire la manière d'être et de faire propre à cette société. Loin d'être une connaissance inconsciente, la culture est une transformation consciente de la nature.

La culture, au sens de la pensée africaine, doit contenir une force de libération capable de conduire aux valeurs essentielles. Chez le négro africain, elle est la conscience d'un peuple matérialisée par l'une des activités sociales. Il s'avère donc nécessaire et même indispensable de créer de nouvelles dimensions et de nouveaux critères à la culture humaine dans le processus de la réalisation de l'individu et de toute la communauté planétaire ; car « l'élément moteur de la possibilité même du développement humain d'un peuple pouvant le conduire à un niveau de vie plus digne de sa noblesse ont été, toujours et partout, et demeurent la valeur et la consistance de sa culture. »19(*)

I-2. Historicité des relations interculturelles

Les rencontres des peuples de civilisations différentes au cours de l'histoire ont donné lieu à des mutations profondes sur le marché culturel. Ces contacts ont fait naître aux yeux des différents peuples des besoins de relations culturelles ethniques, nationales et internationales qui, de nos jours, ont abouti au phénomène du village planétaire. De ces relations multiraciales sont nées également des crises sociales générales et les peuples sont désormais appelés à réviser leur façon de faire et d'être. Aucune culture n'est épargnée. Toutes sont interdépendantes et complémentaires car chacune tire dans l'autre des éléments qui l'enrichissent et la revalorisent.

Datant des décennies, ces relations culturelles se sont multipliées de nos jours avec l'éclosion de toutes les structures sociales par le commerce d'idées, d'oeuvres artistiques et littéraires, les voyages et le phénomène de la mondialisation. L'avènement de l'Internet n'est pas à perdre de vue. L'entrée en scène de toutes les valeurs culturelles stimule la pensée et l'ébranlement des esprits. C'est surtout la soif de se compléter, de connaître la culture de l'autre et l'esprit de curiosité qui a donné naissance à de telles relations. Dès lors, « la situation d'autarcie se trouve altérée lorsque les communautés entrent en contact avec d'autres sociétés disposant d'un produit de grande utilité qu'elles ne possèdent pas elles-mêmes. »20(*) La mutation radicale de la structure sociale devient ainsi fonction des nouveaux éléments dans la culture d'accueil. Ces échanges présentent des intérêts aux yeux de toutes les sociétés. Raison pour laquelle une aspiration commune se crée au milieu de tout le genre humain : « développer les échanges culturels entre les peuples, faciliter une connaissance et une compréhension réciproque sur le plan culturel. »21(*) Ainsi, l'isolement culturel n'est plus possible et sur le marché culturel, reculent les frontières des États les unes après les autres. Ces relations culturelles sont des contacts volontiers entre différents peuples sans souci d'annexions des groupes sociales. Ces relations de premières heures demeurent-elles aujourd'hui les mêmes?

De nos jours, ces relations sont tellement développées que la culture est devenue une arme politique, une force d'affirmation de soi. Face à ce nouveau visage, l'identité culturelle devient une question de survie qu'il faut chercher à défendre, à conquérir dans ce métissage de styles, des modes et de croyances enracinées dans des cultures. La multiculturalisation, processus d'une émergence des identités culturelles diverses et prise en considération de celles-ci, se fait sentir. L'identité culturelle, « expression qui déclenche, selon les tempéraments et les tendances, des torrents d'affectivité et de passion, quand ce n'est pas une véritable allergie »22(*), tient une place de choix dans ces relations culturelles. Les relations de coopération, les échanges culturels sont souvent fortement liées et associées à des inégalités sociales, à une exploitation poussée qui fragmente la culture en une pluralité de forteresses. Dans une telle relation, les minorités ont du pain sur la planche. Les particularités spécifiques culturelles ne sont plus respectées. Les échanges, les emprunts et les influences prennent d'autres formes.

L'Afrique n'est pas épargnée de ces rides culturelles. Elle est d'ailleurs la plus concernée vue qu'elle se présente comme le dépotoir de la culture occidentale. Exposée au monde et appelée à rejoindre l'universel, elle a à s'enraciner dans un lieu et dans une histoire pour faire partie de la culture métissée de demain, riche en identités et en appartenances multiples. Mais le pari n'est pas facile. Elle doit se donner sens dans le nouveau village planétaire. Pour y arriver, Jules ATANGANA propose un retour aux sources des valeurs humanistes :

« Sur une planète chaque jour interdépendante, où les peuples ont de plus en plus besoin les uns les autres, l'Afrique a le devoir de faire un retour sur ses valeurs les plus humanistes, qui lui permettent d'apporter au monde sa contribution positive à la recherche d'une paix qui réponde aux aspirations légitimes de tous les hommes à la liberté, au progrès et à la fraternité. »23(*)  

La saisie de soi comme être existant dans le monde doit battre de l'aile au niveau africain. La nécessité de croire en soi et en ses valeurs culturelles pour s'arracher de la psychose qu'on a vis-à-vis de sa culture n'est pas à démontrer. Une invitation du fond du coeur et un vibrant appel sont lancés aux Africains pour faire face aux défis d'être actuel, pour devenir ce qu'ils doivent être, garder à coeur leur dignité anthropologique et faire face à l'histoire.

Pour échapper à cette influence négative des cultures étrangères, les Africains doivent s'inculturer. Ils doivent mettre en valeur leur culture et s'y enraciner pour être identifiés au rendez-vous du donner et du recevoir. Pour ce fait, le retour aux sources est incontournable et l'inculturation est une condition sine qua none.

I.3. LES TYPES DE RELATIONS CULTURELLES

I.3.1. LE DYNAMISME CULTUREL

Les cultures vivent et se « promènent » avec les hommes. Les différentes cultures que nous rencontrons sont des organismes vivants, dynamiques qui se communiquent et se transforment. Lamine DIAKHATE le note fortement : « Ces cultures nationales continuent de vivre et de se développer au sein du peuple... »24(*) Les cultures ne sont jamais statiques, mais par leurs contacts quotidiens et permanents, elles sont en perpétuelle évolution d'enrichissement. De ces contacts naissent des changements intérieurs des cultures.

La transformation culturelle donne d'ailleurs son sens plénier à la culture qui est l'effort d'une personne ou d'une société à sortir du nuage de son ignorance. MBUMUA l'a si bien remarqué, que dans la culture, un dynamisme d'avenir est possible :

« ...même si la culture populaire est le souvenir réconfortant des rêves et des espoirs communs, elle ne peut, ne doit se figer. Elle doit évoluer avec le temps et les transformations que les hommes et les événements impriment au milieu. De se figer elle se momifie en culture de musée, en objet de curiosité, en sous-culture, et ne joue plus le rôle dynamique de dépassement, son rôle de « grande réserve de foi et de force, où les hommes puisent, dans les moments critiques, le courage d'assumer et de forcer l'avenir »25(*)

Ce dynamisme culturel produit aussi des mutations sociales tant positives que négatives car au sens d'Achiel PEELMAN, les cultures naissent et disparaissent, connaissent des périodes d'apogée, de déclin, de stagnation et de renaissance 26(*) dans leurs parcours. L'avènement de nouvelles cultures que connaissent aujourd'hui toutes les sociétés humaines, qui s'encrent dans les mentalités et les moeurs, n'est que le résultat de ce dynamisme culturel auquel aucune société ne peut résister. C'est dans cette situation que prend place le « conflit des générations » où les parents deviennent de plus en plus des étrangers à leurs enfants, des immigrants dans leur propre famille. Dans ce contexte quelques fois, l'anormalité devient la normalité, l'immoralité la morale, phénomène aigu auquel fait face aujourd'hui les sociétés. Dans un tel défi, s'opèrent les mutations. Évidemment, dans leur déplacement et transformation, les cultures s'originalisent, se particularisent les unes envers les autres. Le phénomène des rencontres culturelles reste selon Jules ATANGANA, la capacité intérieure de façonner les données culturelles. Même si la personnalité d'une culture doit se former et s'affermir en fonction des contacts avec les autres : « il faut se rendre compte, en effet, qu'une culture n'atteint sa dimension véritable à l'intérieur de ses frontières nationales. Sa valeur et sa pérennité se mesurent à sa capacité d'expansion, c'est-à-dire à l'importance de ses composantes susceptibles d'avoir un impact dans d'autres pays. »27(*) Ainsi, les cultures mesurent leur puissance dans leur dynamisme.

Bien que permettant de découvrir la richesse de l'histoire, de la joie de vivre, les valeurs nouvelles, les relations culturelles sont souvent source d'incompréhension, de conflit, d'ambiguïté. Dans les contacts et les mutations de la structure sociale se produit une crise générale conduisant soit au progrès, soit à l'oppression de l'un des peuples en présence. C'est de ces relations que prend naissance le phénomène d'impérialisme culturel produit par le contact de deux ou de plusieurs cultures différentes.

I-3.2. L'IMPERIALISME CULTUREL

La rencontre avec « l'autre » n'a jamais été à priori positif. Elle a souvent créé un esprit de domination. Le monde culturel n'est pas épargné de ce phénomène de domination parce que c'est l'homme qui véhicule la culture. Cependant, il n'existe pas jusqu'aujourd'hui un étalon du jugement de valeur. Toutes les cultures se valent dans la mesure où chacune d'elle répond à une des préoccupations d'un peuple donné. Avec la montée vertigineuse de la volonté de puissance de trois mondes aujourd'hui: l'Amérique, l'Europe et l'Asie, l'on ne cesse de s'interroger sur le devenir de la culture des minorités.

En Afrique, l'impérialisme culturel occidental demeure l'opium du peuple28(*). Il impose ses conceptions, ses formes de vie et ses jugements. Cette ambition impérialiste est de plus en plus aiguë et fait de la culture une arme offensive et défensive masquée par l'essor des mass médias, des nouvelles technologies qui séduit de milliers de peuples aux cultures « pauvres ». L'impérialisme culturel occidental en Afrique place dans une incertitude sur l'avenir des peuples minoritaires dans le « village planétaire ». C'est une forme d'asservissement, d'assujettissement des minorités, une pieuvre à mille tentacules qui pénètre allègrement nos âmes.

Ce phénomène de domination s'exprime dans l'abandon de sa propre culture pour s'approprier celle de l'autre. Dans une telle circonstance, on ne cherche plus à être soi-même. Il y a là une fuite de la réalité de soi. Être comme l'autre si on ne peut pas devenir lui, tel est l'idéal ou la pensée qui ne cesse de hanter en ce moment les esprits des minorités. Réfléchir, penser, être, parler, vivre n'est plus le fruit de ce qu'on est, mais celui de l'autre, du dominant qui reste tout de même périlleux. Les médias sensés informer et sensibiliser le peuple sur sa situation l'ont fait plutôt endormir en Afrique. Et comme le dit si bien René DUMONT, l'Africain cherche « à raisonner comme Descartes ou Bacon, se sert des biens de consommation européens. Il vivra bientôt en admiration irraisonnée, et plus que jamais depuis l'indépendance, devant ce qui vient du Royaume-Uni, en Afrique anglophone ; de Belgique, au Zaïre ; de France, en Afrique francophone. »29(*) Ce propos illustre bien notre situation d'hommes africains divisés au-dedans de nous-mêmes et surtout tournés vers l'autre.

Il est vrai que la rencontre avec l'autre peut être enrichissante dans le cas où nous sachions tirer profit de ce qu'il nous présente. À cet effet, nous devons marier la nouvelle façon de faire avec les circonstances de notre milieu social. Pour preuve, le Japon nous en dit mieux à ce niveau. Car ce pays a su s'ouvrir au monde, aux nouvelles valeurs apportées par l'autre sans se nier. La rencontre avec l'autre ne doit pas non plus nous amener à nous recroqueviller sur nous-mêmes, à nous enfermer dans un ghetto culturel ancestral pour nous gaver de l'obscurantisme, de la superstition. Mais elle doit nous amener à nous ouvrir et à coopérer avec l'autre avec sagesse et discernement dans le partage d'expériences culturelles.

Fasciné, ébahi et attiré de part et d'autre, divisé au plus profond de lui-même par la culture étrangère, voici l'homme africain qui embrasse sans scrupule tout ce qui se présente à lui et de nouveau sous les cieux en se reniant. Dans une telle situation inujambiste, il n'est plus question du dialogue et du pluralisme culturel, mais plutôt du génocide culturel. Marcel GONÇALVES n'en dit pas moins quand il pense que « si une culture en « digère » une autre, non seulement il y a destruction d'éléments culturels et même d'un système culturel, mais on tue jusqu'à l'âme d'un peuple, on pratique une certaine forme d'ethnocide. »30(*)

L'impérialisme culturel n'est ainsi qu'une forme d'étouffement, un processus de déracinement et d'étranglement des peuples dominés.

Coupé de sa source, le dominé présente un vide culturel car sa vie ne sera qu'une copie de celle de son maître qui jugera pour lui. Ce type d'homme aura une répugnance vis-à-vis de sa culture. L'expansion des cultures étrangères lui fait endormir la conscience par des nouveautés éblouissantes, fascinantes de loin, mais périlleuses.

Aujourd'hui, dans un monde où les ambitions de l'homme sont de plus en plus démesurées, l'entrée en scène de l'impérialisme culturel est de taille. Démultipliée par les médias, la culture occidentale présente un impact néfaste sur l'Afrique. Et comme la culture se veut une manifestation de soi, affirmation de la différence ontologique, reconnaissance de la puissance de soi à l'étranger, la pensée des pays occidentaux est tournée vers la recherche de la puissance et non plus vers un respect mutuel, un dialogue culturel avec l'autre et la recherche de l'harmonie planétaire. Si bien que bon gré ou mal gré, l'Africain s'est trouvé pris au piège de la nouvelle face du monde. Jules ATANGANA le note si bien :

« Qu'on le veuille ou non, la pensée des pays techniquement plus avancés que nous, tend à faire accepter par des manoeuvres subtiles, et par l'intermédiaire d'objets d'usage courant comme les journaux, la radio ou la télévision, des modes de vie qui, s'ils ne contribuent pas positivement à l'appauvrissement mental de nos peuples, n'en sont pas moins des instruments qui favorisent plus vite que nous le croyons, l'altération progressive de nos cultures nationales. »31(*)

Le cas patent reste celui de nombre d'Africains qui ne jurent que par la culture occidentale en prenant la leur pour dépassée, superstitieuse, pour celle du bon vieux temps qui n'attend qu'à être foulée aux pieds. Nous assistons dans ce contexte, à la naissance d'un phénomène qui est celui d'un nouveau type d'homme incapable de se définir et de se fixer puisque coupé de sa racine. Ce type d'homme est celui d'un Latin, d'un Français ou Anglais renforcé, un Africain déboussolé dont fait mention Frantz FANON dans l'intitulé de son célèbre ouvrage Peau Noire, Masques Blancs32(*).

La domination culturelle occidentale dont la mission est d'imposer la civilisation hellénistique à la barbarie nègre est une situation réelle et présente dont il faut chercher à résoudre le plutôt que possible. Mais cela ne peut se faire que par la remise en question de nos valeurs, de nous-mêmes. Même ne sachant sur quel pied danser aujourd'hui du fait de l'influence étrangère et de la dépendance, l'Africain a un devoir urgent de revenir en lui, de prendre conscience de sa situation pour s'élever aux valeurs universelles les plus humanistes de sa culture et en puiser la source de son être. Il est question comme montre TOWA dans Essai sur la problématique philosophique dans l'Afrique actuelle 33(*), de conserver l'essentiel de son être c'est-à-dire ses valeurs culturelles positives. Car pas plus qu'ailleurs, nombre de nous s'abâtardissent, se trouvent dans une situation d'ambiguïté et d'ambivalence sur leur propre culture, leur nature et se sont vidés de l'intérieur d'appartenance culturelle. Pris dans cet assaut d'aliénation, on voit l'Africain dominé « errer, flotter entre la réalité dont il est l'expression et les réalités étrangères auxquelles il voudrait appartenir. Cet effort de superposer au passé authentique, jugé sans valeur, un modèle étranger, jugé prestigieux, donnera lieu à une philosophie de l'histoire elle aussi extraordinaire et complexe, aux antipodes de celle qu'a produite l'Europe. »34(*) Ce phénomène a créé en Afrique une fuite d'identité et de responsabilité aujourd'hui s'exprimant dans un déracinement culturel. Pensons à bon nombre qui se battent nuit et jour pour se trouver en Occident. Pour beaucoup de ces déracinés, l'essentiel de leur vie est de piétiner uniquement le sol occidental, pourvu qu'ils arrivent, même s'ils doivent y mourir. Combien parmi eux se battent encore pour signer telle ou telle nationalité dans un pays occidental ? Qu'on nous comprenne bien. Nous ne sommes pas contre la diversité des peuples, contre le libre choix de déplacement, mais contre le renoncement de sa propre identité, de sa culture, de sa famille et le mépris de son être pour se livrer à certaines pratiques malheureuses et inhumaines. Certains se dénaturalisent. Il serait plus noble et plus heureux d'être ce que nous sommes. Le constat que fait Edward BLYDEN est certain : « toutes nos traditions et nos expériences sont liées à une race étrangère. Nous n'avons ni poésie ni philosophie autre que celles de nos maîtres. Les chants enregistrés par nos oreilles et qui sont souvent sur nos lèvres sont des chants que nous avons entendus chanter par ceux qui criaient de joie pendant que nous gémissions et nous lamentions. »35(*) L'auteur voudrait dire qu'il faut mettre fin à cette aliénation culturelle qui s'exprime par une telle imitation servile.

Soutenu par la loi du plus fort, l'impérialisme culturel devrait être pour nous une aubaine pour une critique sans complaisance de nous-mêmes, de ce qu'apporte l'autre et de notre propre source. Le retour de l'homme africain que nous prônons est non pas un repli sur soi qui engendrera l'ethnocentrisme et le conservatisme, mais une attitude révolutionnaire de sa culture consistant à la purifier par l'emprunt des nouveaux éléments réformateurs et progressistes. Il s'agit de puiser avec raison et intelligence les ressources indispensables à son accomplissement ; car comme le dit le pape Jean-Paul II en 1979, « la route de l'homme c'est la culture. »36(*) Cette affirmation papale montre que l'homme ne peut se réaliser véritablement que par et dans sa culture et ne peut prétendre se réaliser dans celle de l'autre sans risque de s'y perdre ignorant ainsi les tenants et les aboutissants.

L'homme africain doit prendre conscience de sa « duplicité » culturelle. Cet éveil de la conscience doit préoccuper autant les Africains que les Africanistes. À cet effet, Emmanuel MOUNIER constate et souhaite que :

« Beaucoup d'Africains instruits se tournent vers ces sources profondes et lointaines de l'être africain, non pour se gaver du folklore et pour buter ensuite, désorienté sur le monde moderne, mais pour regarder et éprouver les racines africaines de la civilisation eurafricaine de vos enfants et dégager les valeurs permanentes de l'héritage africain, afin que l'élite africaine ne soit pas une élite de déracinés. »37(*)

Ce retour doit permettre à l'Africain du 21ème siècle de retrouver son identité et sa racine culturelle qui ne doivent pas signifier pour lui contradiction, ethnocentrisme, mais saisie de sa réalité. Libéré de cette psychose dans laquelle il a longtemps vécu, debout et non plus courbé sous le poids de l'impérialisme culturel étranger ; l'homme africain contemplera librement et avec fierté sa raison de vivre. Il décidera de ce que sera fait son avenir, organisera sa propre vie en fonction de ses aspirations et sera responsable des actes qu'il posera d'une façon délibérée. C'est par-là que l'Afrique s'affirmera tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de ses frontières. Maîtresse d'elle-même et de son destin, elle forgera avec le reste du monde l'histoire de humanité et participera à la conduite de cette humanité vers sa destination. Elle parlera en son nom, prendra une part importante aux débats quotidiens que mène le monde sur la direction à donner à l'histoire de la planète et au sens à donner à l'humanité. Car, nous sommes conscients que pas plus loin qu'hier, presque tous les pays de l'Afrique ont été taxés des « indécis » dans le grand conflit du siècle (États-Unis et Irak) dans la prise des positions. D'autres ont pris les décisions et la responsabilité de parler en leur nom. Certes, le temps présent est le moment d'un appel sans précédent pour l'Africain dans le processus de son évolution. La mondialisation ne veut pas nécessairement dire progrès, mais dans la plupart des cas, elle exprime régression, dépersonnalisation, déshumanisation se manifestant par un effritement de la morale. La mondialisation reste ainsi une forme moderne d'aliénation car les cultures qu'elle livre aux jeunes africains sont des cultures de dépravation. Les nouvelles techniques d'information culturelle imposent une culture qui transforme les valeurs en vices et les qualités en défauts. Il faut que les jeunes africains sachent utiliser cet outil pour ne pas s'aliéner. Les sites pornographiques et les déviations du sens de l'amour en parlent mieux.

En face d'un tel problème, une action de reconstruction des valeurs humaines de nos cultures gisant sous les décombres des ruines s'impose. Ceci permettra de palier à la grande inquiétude sur le devenir existentiel de l'homme noir. Mais avant tout, une étude critique de la situation actuelle de la culture africaine nous interpelle.

II. PARTIE

LA CULTURE AFRICAINE

La culture africaine sclérosée, marginalisée se trouve aujourd'hui dénudée. Ses valeurs essentielles sont à priori escamotées, taxées d'impureté, du mysticisme, d'obscurantisme et traitées de toutes les maladies. Déprouvue de son identité, la culture africaine est en crise d'orientation car les jeunes africains ne lui font plus confiance parce qu'elle n'apporte plus des solutions à leurs problèmes. Pourtant MBUMUA n'est pas de cet avis que partage Ebénézer NJOH MOUELLE et bien d'autres philosophes. Il pense à cet effet que cette culture est dynamique dans sa manifestation ; harmonie ; globalité de la vie de l'homme38(*). Dans le même ordre d'idée, Alpha SOW pense que cette : « culture négro-africaine, n'est point ce syncrétisme folklorique qu'affectionnent et encouragent les moyens de diffusion de masse des nouveaux États »39(*), elle est vie pour ceux qui se laissent pénétrer par elle, monde d'une existence vertueuse pour la pleine réalisation de la nature humaine.

Nous nous demandons aussi ce qu'elle est effectivement. Notre analyse portera sur la nature de cette culture, les problèmes qu'elle connaît et les nouvelles orientations que nous lui devons pour faire face au nouvel élan mondial et pour épanouir l'Africain contemporain. Une telle culture mérite sans doute qu'on y lève un pan de voile.

II.1.1 Essence et caractéristiques de la culture africaine

Parler de la culture africaine, c'est vouloir pénétrer la vie même de l'homme africain dans son ensemble. Selon la Délégation guinéenne au festival culturel d'Alger (juillet 1969) ; « la culture n'a pas d'autres fondements et n'a pas besoin d'autres fondements que la vie concrète de l'homme africain. Plongeant ses racines dans les couches populaires les plus profondes, elle exprime la vie, le travail, les idéaux, les aspirations des peuples africains. »40(*) Malheureusement, ce fondement reste un mystère à nombre d'étrangers et d'Africains qui ne se limitent qu'à l'aspect folklorique. Et pourtant, elle marque l'avenir et l'histoire d'un continent dans ses réalités tant passées qu'actuelles.

La vérité de cette culture se trouve dans ce qu'elle a d'essentiel et non dans les préjugés. La profondeur d'un tel dynamisme est nouménologique. Elle est « dans la vérité de ce qu'est la culture africaine : un art d'être qui pouvait réunir, sans tension, en une synthèse harmonieuse le travail et la vie, le jeu et la passion »41(*) ; un art de vivre à une seule force téléologique : promouvoir le sens existentiel de l'homme. Ici, est valorisé l'humain qui s'exprime dans la tradition africaine, la représentation et la vie dans la recherche d'harmonie existentielle. Cette culture réside dans le génie créateur de l'Africain à communiquer avec ce qui l'entoure, à avoir un sens de la vie, d'éthique, à faire passer le message par l'usage des images, des fantasmes au point de dire avec MBUMUA que l'enseignement culturel se nourrit du suc le plus précieux de la vie dans l'Afrique42(*). Notons au préalable que l'initiation à la culture en Afrique traditionnelle est primordiale. La manière spécifique de transmission orale et la technique de mémorisation permettent à l'homme de mieux maîtriser sa culture, de cultiver en lui une certaine capacité de rétention et de véhiculer la sève nourricière de la sagesse ancestrale. Cette façon de faire cultive et développe l'esprit, le tient en éveil, détermine la maturité de l'homme, sa capacité de se poser comme être existant. Les initiés sont conviés à percer le mystère de la nature, à s'ouvrir aux forces cosmiques, à la lumière et à communier avec la triple relation : nature, altérité et transcendance.

Au plus profond d'elle-même, la culture africaine se caractérise par la vie qu'elle recèle, l'érotisme, le sens d'abnégation, la joie qu'elle procure, la fierté, l'agilité, l'esprit de solidarité, la sagesse et le sens d'humanisme sans précédant qu'elle offre. La vitalité, le courage et la gaieté devant les souffrances la traduisent. Ces caractéristiques culturelles africaines s'incarnent dans l'art ; la musique ; l'intelligentsia africaine ; la vie quotidienne. Ce constat est pertinent. Les Brésiliens en savent quelque chose. Jorge AMADO n'hésite d'ailleurs à reconnaître que :

« C'est aux Noirs que nous devons quelques unes de nos caractéristiques populaires les plus puissantes, comme notre capacité de résister à la misère et à l'oppression, à survivre aux conditions les plus dures et les plus diverses, à rire et à animer la vie. C'est à eux encore que nous devons cette joie de vivre qui nous pousse à lutter et à vaincre le retard, la misère, le manque de liberté et les innombrables obstacles qui s'opposent à notre développement. Cette capacité de résistance et de lutte, pour ne rien dire de la musique, de la danse et de la tendance artistique générale du Brésilien, nous la devons d'abord à ce sang noir qui circule dans nos veines. »43(*)

C'est dire que cette culture regorge quelque chose de précieux qu'il faut exploiter au maximum pour la réalisation de l'homme. Reste à savoir la valeur qu'elle regorge.

II.1.2 Valeurs de la culture africaine

La valeur d'une culture se reconnaît dans les normes, les institutions, les rites et les coutumes d'un peuple. La culture se fait connaître à travers la constitution et les lois d'un peuple. La diversité des valeurs culturelles est sujette aux modes de vie. Fabien EBOUSSI BOULAGA reconnaît que toutes les cultures ont une valeur spécifique. Ce dernier précise que : « les cultures sont un choix de traits sur le grand are de cercle des possibilités... Chacune s'étant constituée de la sorte, toutes se valent, aucune n'est réductible à une autre... Toute culture est ainsi aveugle à certaines valeurs... Les cultures qui triomphent ne sont pas meilleures que les autres44(*) C'est dire que les valeurs culturelles des uns ne sont pas automatiquement pour les autres. Cependant, la diversité des valeurs n'empêche pas la montée d'une universalité de valeurs communes à toutes les cultures : celle de promouvoir l'épanouissement de l'individu dans son milieu de vie. Du cité de Vatican, le pape JEAN-PAUL II encourage la promotion de ces valeurs culturelles en ces termes : « Il existe des valeurs communes à toutes les cultures, parce qu'elles sont enracinées dans la nature de la personne. Il faut cultiver dans les esprits la conscience de ces valeurs, pour nourrir l'humus culturel de nature universelle qui rend possible le développement fécond d'un dialogue constructif. »45(*) Par ce fait, l'homme doit faire de sa culture le moyen d'épanouissement puisque les valeurs culturelles d'une société ne viennent pas hors de sa culture. Elles imprègnent l'univers social de cette société. Chaque culture présente ainsi une variété des valeurs. Saisi sous cet angle, il y a lieu de dire avec MBENGUE que : « Toutes les cultures se valent et il n'en a pas une qui soit supérieure à l'autre. »46(*) Dans cette optique, la culture africaine présente, elle aussi, un certain nombre de valeurs propres à elle. Celles-ci sont capables de « briser certains liens qui entravaient leur évolution, lui donnant le moyens de faire face à ses besoins nouveaux et l'aidant à mieux comprendre le sens de sa vie et à se remettre en cause dans l'organisation de son quotidien ainsi que dans ses relations avec la société et le cosmos. »47(*)

Dans une approche phénoménologique, la culture africaine présente comme valeur la solidarité fragilisée aujourd'hui par la course à l'individualisme cynique provoqué par l'avènement du capitalisme manoeuvrant et pédant, le sens d'assistance, d'aide et d'attention au frère qui est mis au ban de la société. C'est l'humanisme africain qui reste la seule et unique chance pour le monde entier devant la déshumanisation qui menace l'homme moderne. Cette valeur humaniste de la culture africaine est recherchée par d'autres peuples aveuglés par l'individualisme et le matérialisme aliénant qui réduit désespérément tout être humain en sisyphe. Cependant, la perte de cette valeur en Afrique laisse place aux guerres fratricides déplorables. L'Africain a le devoir urgent de rejoindre cette valeur culturelle et de ne plus considérer son acquis culturel comme manifestation d'un primitivisme aride et arriéré pour éviter le  « génocide des âmes »48(*) dont parle MBUMUA. Mécanisé, aveuglé par les nouvelles valeurs de la culture occidentale, l'homme africain a de quoi retourner à sa source. Face à cette aliénation culturelle sur tous les plans d'une façon subtile, il y a « nécessité impérieuse, urgente, d'une véritable révolution culturelle pour extirper toutes les manifestations du néo-colonialisme culturel nocif, pour secouer la tendance à l'imitation sans discernement ou le passéisme aveugle. Cette révolution implique à la fois révolution de la pensée, de la mentalité, et de l'action. »49(*) C'est l'urgence d'un retour à la source pour percer le mystère de cette valeur culturelle cachée dans les décombres de la ruine, de la crise des valeurs provoquée par la destruction cynique des cultures africaines qu'il prône. Frantz FANON n'est pas le seul à comprendre l'utilité de ces valeurs aujourd'hui quand il pense que : « les Nègres (...) constituent en quelque sorte l'assurance sur l'humanité. Quand les Blancs se sentent par trop mécanisés, ils se tournent vers les hommes de couleur et leur demandent un peu de nourriture humaine50(*) Evidemment, l'Afrique est le creuset des cultures car, toutes, elles partent d'elle et reviennent vers elle. Les recherches de Cheikh ANTA DIOP et de Théophile OBENGA l'attestent. Avec l'avènement de l'Internet, toutes les cultures du monde se trouvent en Afrique. Peuple ensoleillé où naquit la première civilisation, l'Afrique demeure une mosaïque des cultures grâce à la pléiade d'artistes, d'intellectuels et de chercheurs qu'elle met au service des peuples contemporains. Ce n'est pas un mauvais choix pour la France de désigner en 1998 Youssou N'DAW, un des chanteurs africains pour composer une mélodie adaptée à la finale de la Coupe du Monde de football de cette édition.

Les valeurs culturelles africaines sont loin d'être exhaustives. Le sens du respect, mis de côté par la perversité de la génération présente ; l'éthique et l'amour du prochain sont des vertus que la tradition africaine considère comme priorité des priorités.

Avons-nous raison de tourner le dos à cette culture qui exprime notre identité ? Non. Sinon nous serons perdus comme SAMBA DIALLO dont parle CHEICK HAMIDOU Kane dans L'Aventure ambiguë51(*). Comment sortir de notre léthargie d'homme aliéné culturellement quand nous savons qu'en Afrique, on méprise encore les richesses culturelles nationales et l'on demeure indifférent à leur égard en attendant que le public occidental reconnaisse certaines d'entre elles et qu'on se hâte alors de consacrer et d'aduler52(*) ? La tâche est longue et difficile, mais croyons d'abord en nous-mêmes et restons ce que nous sommes. Et avec Willon DILLON, disons : Africain, « Deviens ce que tu es »53(*) même si ta culture est menacée par des problèmes actuels dont elle ne peut se passer. L'essentiel est de les maîtriser afin de mieux les contourner.

II - 2 Les problèmes culturels africains

Le contact avec l'extérieur a placé l'Afrique dans un abîme d'aliénation culturelle et a engendré l'incroyable poids de résignation et de fatalisme dans toutes ses sociétés déshéritées. Celle-ci est devenue un creuset où s'affrontent, se fondent et s'effondrent des « valeurs » multiples. Ceci a pour conséquence la perte de repères culturels, personnels, familiaux et sociaux. Étourdi et sourd dans un nuage culturel, l'Africain ne sait plus quelle direction prendre. MUDIMBE décrit cette situation comme une mouche dans une toile d'araignée : 

« Lancée dans la modernité d'une histoire mondiale où elle a brusquement été projetée presque malgré elle, l'Afrique essaie aujourd'hui de relier son passé et son histoire aux impératifs encore obscurs pour elle de la dépendance économique ; cette dépendance qui la relie aux anciens colonisateurs. Des idéologies de développement l'enchaînent à des modèles étrangers dont l'application se fait selon les grilles qui ne tiennent compte ni de ses contradictions propres ni de ses problèmes réels54(*)

L'entrée dans le nouveau mode d'existence, dans la modernité fragilise, fragmente toute la société africaine. Les Africains restent divisés et partagés entre l'ethnocentrisme et le modernisme temporel et nécessaire. Séduits par les avantages de la civilisation occidentale, les Africains cherchent à s'adapter aux nouvelles formes d'existence. Inexpérimentés et ignorants, certains finissent par confondre la modernisation à l'occidentalisation, le progrès à la déculturation. TRAN VAN KHÊ décrit cette situation : « Les peuples colonisés cherchent à imiter ceux qui les ont dominés, persuadés de la supériorité des cultures de ceux qui les ont vaincus par la supériorité de leurs techniques. Ils finissent par confondre le progrès, la modernisation, avec l'occidentalisation. »55(*)

Les mutations que provoque ce contact avec l'extérieur placent les Africains devant une alternative inéluctable et provoquent la montée de trois types d'homme. D'une part, des conservateurs qui ont la nostalgie très poussée du passé ancestral et demeurent accrochés à la culture primitive ; d'autre part, une élite des intellectuels aliénés qui transforment leur culture en un simple objet de musée qu'ils regardent tantôt par curiosité, tantôt par moquerie du dehors et cherchent à la combattre par tous les moyens. Enfin, le troisième type, reste celui de la synthèse, cet Africain qui a su s'ouvrir aux nouvelles valeurs tout en demeurant lui-même sans s'assimiler et sans être assimilé. C'est ce type dont l'Afrique a besoin.

Nous notons, ici et là, que les traumatismes sociaux ont transformé nos mentalités et nous ont livrés à d'innombrables complexes qui sont des principaux symptômes de la myopie intellectuelle et dont souffrent les jeunes africains aujourd'hui. Devant ce phénomène d'acculturation, l'Africain désespère parce qu'il est entraîné et tiraillé par des courants multiples. Il ne rêve plus qu'à devenir  `` civilisé `', à `` s'européaniser''. « Il s'assimile, on l'assimile. »56(*) Les faits sociaux actuels, les besoins et les goûts quotidiens l'expriment mieux. Devant cette fuite d'identité de son être profond, l'Africain a à s'interroger sur son devenir dans le contexte présent pour se façonner une personnalité responsable et frayer des assises culturelles libératrices.

II.2.1. Aliénation culturelle.

Le contact de l'Afrique avec l'extérieur a transformé, déformé et détruit totalement la culture africaine authentique pour laisser place à une culture hybride qualifiée de chauve-souris. La culture à laquelle est lié fortement et étroitement l'avenir de l'Afrique est affectée et fait face à moult problèmes aujourd'hui. Ne pouvant s'en sortir sans une véritable autonomie vis-à-vis de l'extérieur, la culture africaine négocie pour son indépendance parce qu'elle se voit avalée, noyée par les nouvelles valeurs importées.

Devant le déferlement de la culture occidentale, l'homme africain se déculturalise. Cette transformation lui fait perdre son âme et ses origines. Ainsi, les efforts du modernisme et de la mondialisation se présentent chez l'Africain sous forme de complexes et divisent le continent en deux : d'une part l'Afrique des minorités représentée par un groupe de conservateurs qui se réclament gardiens de la tradition africaine. D'autre part, se hisse un groupe de modernistes véreux optant pour le changement radical de la culture africaine. Ce groupe est constitué des intellectuels africains aliénés par l'occidentalisation dans les façons de voir, d'être, de faire et de penser le monde. Ces pensées qui sont si souvent incompatibles avec les réalités africaines. Et là, se joue la crise d'une identité indéfinie.

Cette aliénation est tellement aiguë aujourd'hui qu'il suffit de jeter un regard critique sur nos États et gouvernements en place, sur le comportement de nos prétendues élites intellectuelles et guides du peuple pour s'en rendre compte. Tout reste calqué sur le modèle occidental au point de croire avec Jahn JANHEINZ que « l'Europe fournirait le modèle, l'Afrique une bonne copie ; l'une serait spirituellement dispensatrice, l'autre simple partie prenante. »57(*) Malheureusement, cette copie ne résout pas les problèmes liés à l'univers africain.

Nos chances d'épanouissement et de réalisation doivent être extraites de notre culture car les problèmes auxquels nous faisons face résultent presque tous de notre milieu vital. C'est sans doute cette aberration qui a amené René DUMONT à lancer un cri d'alarme l'Afrique noire est mal partie ; oeuvre dans laquelle il pense que : « copier l'Europe actuelle plus développée, et précisément dans un domaine où elle paraît rarement exemplaire et se cherche péniblement, serait une erreur. »58(*) Dans ces contextes, planent l'inquiétude et l'incertitude sur le devenir culturel de l'Afrique si l'importance n'est pas accordée à ce problème d'aliénation. Dans le cas contraire comme l'a pensée Félix HOUPHOUET-BOIGNY, « nous serons loin d'être à la veille d'une autonomie culturelle tant que les gouvernements n'attacheront pas à la question l'importance nationale qu'elle mérite. »59(*) Cette question n'est pas uniquement celle de nos États, mais de tout Africain. Nous nous interrogeons alors si la résolution de ce problème d'aliénation doit passer par l'ethnocentrisme.

II- 2.2. L'ethnocentrisme

Sentiment de repli sur soi, sur son ethnie, son groupe social, l'ethnocentrisme est l'une des tendances engendrées par le contact avec l'extérieur. Cette attitude de la prise de son ethnie comme centre du monde et de toute vérité n'épargne personne ; car toute rencontre avec ``l'autre'' nécessite une méfiance. Cette doctrine d'égocentrisme qu'organisent les cultures ou mieux les hommes de culture vis-à-vis d'un autre différent d'eux prend de plus en plus d'ampleur dans les sociétés minoritaires. Elle se justifie par la crainte de perdre les habitudes propres à soi.

L'ethnocentrisme se manifeste par les rivalités ethniques et trouve le tribalisme comme force centrifuge. Cet enfermement dans un ghetto culturel ethnique n'épargne pas le monde culturel africain.

Par crainte d'être absorbés par la culture de l'autre, d'abandonner les anciennes pratiques et traditions, nombreux sont ceux qui se plaisent aujourd'hui dans un ghetto culturel en Afrique. Mais comment l'Afrique peut-elle éviter le phénomène de la mondialisation où le monde est devenu un gros village ? Pour combien de temps vivra-t-on dans cet ethnocentrisme très vieux à notre goût et à notre temps si l'on doit participer à la réalisation de l'humanité ? Le repli sur soi appelle l'aliénation par des habitus considérés comme lois immuables. Là, il y a plus de dangers que d'avantages car la monotonie ne permet pas l'élaboration d'un esprit critique et synthétique. Et comme le remarquent LABURTBE-TOLRA et René BUREAU,

« Le risque de stagnation est accru par l'influence de la mentalité traditionnelle qui évite de remettre en question ce que la société a une fois pour toutes admis : La sanction sociale a l'autorité de la chose jugée. Les réputations usurpées, l'importance accordée aux titres, le « fétichisme » des diplômes, mettent et maintiennent ainsi en place de vastes nullités rayonnantes. »60(*)

Il y a ici risque pour l'Afrique traditionnelle de prendre pour idéal sa sagesse traditionnelle en rejetant les techniques nouvelles et la science pour produits étrangers. Le repli sur soi et le refus de toute ouverture aux nouvelles valeurs sont plus des dangers que des voies du progrès. L'enfermement sur soi n'est-il pas risque de mort ? Le risque est trop grand pour un peuple de s'enfermer sur lui. Et comme l'a remarqué Ebénézer NJOH MOUELLE, il y a risque de prendre sa culture comme parole de vérité et qu'« au fond, il y a de naïveté pour un peuple à penser que parce qu'il a toujours été d'une certaine façon, cette façon est bonne éternellement. C'est une attitude qui tourne le dos à l'idéal de créativité. »61(*) Plongé dans l'éternelle contemplation de son groupe d'appartenance, il est difficile à l'homme de s'élever à l'universel, de porter un regard critique et interrogatif tant sur ses coutumes, ses traditions qui pèsent sur lui que sur son devenir. Or l'épanouissement demande une remise quotidienne en question de la manière d'être et de faire de soi vis-à-vis de celle de l'autre. Or la tradition interdit toute critique à l'endroit des moeurs établis par la société. C'est ce qui est contraire au progrès et à la liberté humaine. Lamine DIAKHATE n'en dira pas moins dans ses propos : « S'il n'y a point d'esprit critique, il n'y a pas de progrès. Et l'on se complait facilement dans le confort paresseux de l'opinion, de l'à-peu près. L'on se complaît dans la stagnation. Or la stagnation est contraire à toute vie. Le lot de la vie humaine est le progrès. Or le progrès est contraire de désintégration. »62(*) Le progrès a toujours été le résultat des crises engendrées par le choc des civilisations. L'ethnocentrisme demeure ainsi un frein, voire un obstacle à l'accomplissement total de l'humain. Car, il ne permet pas à l'homme de sortir de son groupe pour contempler, emprunter et intégrer dans ses manières de faire les bonnes habitudes de l'autre. Immergé dans cette situation d'atrophiement, d'avilissement et de soumission aux tabous, l'homme perd les repères du bon sens et de son existence en se complaisant dans la misère objective dont fait état NJOH MOUELLE. Cette tendance égoïste d'ethnocentrisme émiette et particularise les groupes. Dans ces circonstances, l'homme devient prédateur de son semblable. Au lieu que les diversités culturelles demeurent une source d'enrichissement et de progrès des peuples, l'ethnocentrisme les transforme en une organisation tribale. La culture, loin d'être une force libératrice de l'homme devient par-là même une servitude.

De tels systèmes sont appelés à disparaître. Nous ne sommes pas sans ignorer les valeurs culturelles traditionnelles nécessaires à notre épanouissement, à notre devenir existentiel dans ce monde où tout se déshumanise, mais nous nous attaquons aux pratiques asservissantes de nos cultures. Ainsi, l'ethnocentrisme est un mal social que l'Africain doit combattre à tout prix s'il veut entrer de plein pied dans l'histoire du monde et faire route avec le reste de l'humanité. De cette manière, il doit considérer la culture comme un élément réformateur comme l'a pensée Joseph KI-ZERBO : « La culture n'est pas une compte en banque qui serait immobilisée, mais une sorte de tissu vivant qui comporte des éléments qui sont des fleurs et des fruits. Il nous appartient d'ELAGUER ces éléments sclérosés pour mettre en valeur tous les éléments sains qui peuvent être côtés honorablement dans la bourse internationale des valeurs humaines. »63(*) C'est un appel à tous ceux qui considèrent la culture comme une panacée. L'ouverture et la collaboration interculturelles sont une richesse et un gain bénéfique pour les peuples concernés. On ne perd rien à apprendre des autres ni même à leur offrir ce qui nous a déjà servi. La charité est une vertu tandis que l'égoïsme et l'avarice sont des vices. Aucun peuple ne peut prétendre avoir le monopole de la sagesse. Toute culture qui s'enferme sur elle-même est appelée à mourir. Pour survivre, la culture africaine doit se nourrir uniquement des valeurs positives provenant d'elle-même et des autres cultures qu'elle côtoie et admire.

II.2.3. Le phénomène d'acculturation

L'acculturation est l'un des phénomènes engendrés par le contact des cultures évoluant sous l'effet des mutations, des transformations causées ça et là par des emprunts réciproques. Parodiant Achiel PEELMAN, disons que l'acculturation, processus dynamique dans lequel s'engagent les cultures, provoque des conséquences importantes, variées dans nos sociétés avec : emprunts réciproques des éléments nouveaux, imitation, transferts symboliques, nouveaux développements et syncrétisme64(*).

Cependant, ce phénomène laisse malheureusement autant d'impasses ou de déviations des routes fécondes conduisant au génocide culturel et laisse, par ce fait, libre cour à l'ethnocide.

Le fait est présentement réel. Le pape JEAN-PAUL II y voit un phénomène de déracinement, de déstabilisation des structures sociales, de vastes proportions, soutenu par de puissantes campagnes médiatiques véhiculant des styles de vie, des projets sociaux et économiques, une vision d'ensemble de la réalité qui rongent de l'intérieur divers fondements culturels et de très nobles civilisations. Puis en raison de leur forte connotation scientifique et technique, les modèles culturels de l'Occident apparaissent fascinants et séduisants, mais révèlent malheureusement, avec une évidence toujours plus grande, un appauvrissement progressif dans les domaines humaniste, spirituel et moral65(*).

Demeurant d'une part une occasion pour la purification de la culture africaine à la lumière des nouvelles valeurs, l'acculturation est d'autre part une pieuvre qui a vidé la culture africaine de sa substance grise. Elle a fait que pour l'élite africaine « la référence à la culture nègre, au-delà de l'alibi, l'expression d'un remord sincère, mais c'est aussi, par réaction d'orgueil, la revanche du petit. »66(*) Ce phénomène déstabilisateur des couches sociales africaines traite aujourd'hui la culture africaine de dérobade psychologique et de drogue. Quelques unes de ces instances culturelles dénaturées et vouées à la perdition restent les langues et l'art en Afrique. Au sens d'Alpha SOW, les méthodes occidentales transférées en Afrique et incompatibles avec l'univers social africain font de l'Afrique, « l'esclave d'une pensée et d'une vision étrangère du monde. »67(*) Ce phénomène d'acculturation est manifeste en Afrique parce que nos modes de vie et nos habitudes d'aujourd'hui sont importés. Jetons un regard critique sur l'usage de nos langues afin de comprendre s'il y a lieu d'espérer.

II.2.3.1. Les langues africaines

Élément fondamental, pilier de la culture, la langue reste la manifestation la plus haute de la culture d'un peuple donné. La diversité ethnique et culturelle est d'ordre linguistique car c'est à travers sa langue qu'un peuple ou un ethnie se définit, s'identifie et se reconnaît comme tel par rapport aux autres. Toute diversité humaine se joue à ce niveau élémentaire de la culture.

Avec des forums aujourd'hui démultipliés de la francophonie ou mieux « francophobie » et du Commonwealth, cette dimension linguistique culturelle semble s'effriter de plus en plus en Afrique laissant place à la naissance des petits africains français ou anglais coupés de leur source linguistique. Le constat est réel et passe presque inaperçue. Au milieu d'une mosaïque des peuples africains le phénomène d'extinction des langues est fort palpable. Ce qui entraîne la réduction des Africains dignes de ce nom à l'apathie des peuples en voie d'extinction.

Sous l'effet de la déculturation, l'abandon des langues africaines est inquiétant. Car la disparition des langues s'accompagne de la perte de la vision du monde de tout un peuple c'est-à-dire de sa sagesse. « L'abandon des langues équivaut [...] à une perte de la culture (...). »68(*) Il suffit qu'un regard se promène sur nos jeunes africains pour toucher ce fait du bout de doigt. Les citadins en sont les grandes victimes. Combien d'eux connaissent quelque chose de leur culture, leur langue maternelle ? Combien en parlent, combien de déracinés en fabriquons-nous toutes les fois où nous n'avons pas voulu faire acquérir la connaissance de nos langues à nos enfants?

À l'école, le fait est encore aigu et crucial. L'abandon actuel que subissent nos langues laisse surprises, frustrations et anxiété aux générations futures qui étudieront l'histoire de leur peuple en d'autres langues. La surprise sera grande. V.Y. MUDIMBE constate et souligne que :

« Le jeune africain va apprendre une langue étrangère qui lui permettra, selon les normes intellectuelles consacrées, de communier aux valeurs d'une tradition et d'une culture insigne, certes, mais étrangers. Et lorsqu'un jour, il sortira du Lycée, il s'interroge sur sa propre histoire et le passé de son milieu, c'est avec regard fortement marqué qu'il lira, le plus souvent en langue étrangère, le destin passé des siens, sa propre condition dans le présent et les perspectives futures de sa terre et de sa culture. »69(*)

Et comment leur demandera-t-on d'être ce qu'ils doivent être quand, dans la situation actuelle, nous avons fait d'eux des acculturés, des aliénés et des dépersonnalisés prêts à ingurgiter le patrimoine culturel de l'autre au détriment du leur ?

L'éducation aux langues étrangères à savoir le français, l'anglais, l'allemand ou l'espagnol imposée à nos enfants est un risque pour l'avenir de la culture africaine. Pendant l'enfance, l'acquisition de la langue maternelle et autres langues est d'une grande importance. C'est à partir de là que se formera en lui le sens de son appartenance à un groupe social, l'acquisition de sa racine et de la formation de son identité culturelle. Nul n'ignore en effet que « pour l'enfant, apprendre la langue maternelle, c'est à la fois se constituer comme personne distincte et s'identifier à une culture. »70(*) Connaissant sa langue en profondeur, on serait heureux de pouvoir connaître plus la signification et les extensions de certaines notions philosophiques en les explicitant davantage en sa langue. Savoir que « Abeng » traduit le beau dans toute sa dimension en Ewondo ; « mehele », la morale en kapsiki et « Wud », l'amour vrai en Guiziga, ... est une grande richesse pour les peuples qui liront et comprendront ces notions en leur langue. L'urgence de la reconquête de notre identité culturelle à ce niveau doit passer « par une étude épistémologique et historique de nos langues [...] toutes nos langues font référence à des formes littéraires, des symbolismes et des techniques de production de biens et services. »71(*) L'apprentissage de ce qui constitue le suc culturel est une richesse pour notre devenir ; ce qui éviterait la production des déracinés et des défroqués. Et si aujourd'hui Albert TEVOEDJRE a pu dire avec regret que : « si j'étudie avec intérêt une langue aussi parfaite que le français, je regretterai toujours d'avoir été obligé d'apprendre d'abord le français, de penser en français, d'ignorer ma langue maternelle ; je déplorerai toujours qu'on ait voulu faire de moi, un étranger dans ma propre patrie !»72(*), c'est qu'il a découvert par la suite la richesse de sa langue maternelle et qu'il a trouvé une nécessité d'apprendre cette langue. Dans ces situations, on peut espérer que le génie africain saura s'exprimer librement et imposer sa marque à travers quelque langue que ce soit comme la pensée occidentale a su trouver son originalité à travers la forme latine imposée par le colonisateur romain.73(*) On accédera ainsi à une richesse universelle par ces langues africaines par la saisie en elles de l'universel et à une assise d'envol pour la réalisation de l'homme africain. Car, éléments moteurs et essentiels de notre culture, nos langues africaines nous permettent d'accéder à l'héritage de ce que nous a légué le passé, de ce que compose pour nous le présent et de ce que sera fait notre avenir74(*). La pérennité de nos cultures dépend d'elle. Elle nous lie et reste un fil conducteur sur lequel nous devons nous accrocher pour notre épanouissement total.

La réhabilitation des langues africaines doit interpeller chacun. La révolution culturelle doit avoir pour but principal cette tâche dans l'élaboration de l'homme total, désaliéné, libre de toute contrainte, prêt à participer à la révolution des esprits et capable d'organiser sa vie pour le progrès par l'accès aux techniques. Conscients de cette nécessité de conservation des multiples langues africaines (environ 1500) qui disparaissent sous nos yeux, bon nombre des pays du continent noir, au moyen de l'Internet, se sont évertués à créer des sites d'apprentissage de ces langues : le lingala, le swahili, le wolof,...Certaines universités occidentales en ont fait des filières. Un exemple qu'il faut copier dans nos propres universités. Paradoxalement, c'est en parlant français que nous nous sentons vraiment des Africains75(*).

L'Afrique est appelée sans doute à s'ouvrir, à échanger avec les autres continents sous peine de périr dans l'isolement. Elle doit apprendre aussi d'autres langues qui lui sont étrangères. Cependant, l'apprentissage de ces langues étrangères ne doit pas la conduire au mépris de ses langues maternelles qui, du reste, constituent sa fierté et sa richesse culturelle.

II. 2.3.2. L'art africain

Tout comme la religion et la langue, l'art reste une des expressions les plus hautes de la culture d'un peuple. Il exprime la vie du peuple, sa manière d'être, sa vision du monde.

En Afrique, l'art symbolise la vie concrète de l'univers cosmique. De manière traditionnelle, il excelle dans la musique, la danse et la sculpture sous toutes les formes. Il remplit une fonction symbolique et ne reste pas une simple copie du cosmos. Il est étroitement lié à la vie. L'art africain traditionnel est vie, langage et ne connaît pas tout ce qu'accorde le monde moderne à l'art au sujet du goût, de l'esthétique. La question de son esthétique est une question de vie et non de l'ornement et de la beauté simple ou de divertissement. Il va au-delà des simples représentations. L'essentiel dans l'art africain est non la forme, mais ce qu'il représente et transmet comme message aux yeux des Africains. Comme l'ont remarqué LABURTHE-T. P. et BUREAU René,

« Ce qui est essentiel est le nom ou la fonction que l'on donne à l'objet, son sens, ce qu'il représente; même faite de bois (matière la plus noble parce que vivant) une chose ne peut que désigner un être sans jamais s'identifier à lui. C'est pourquoi l'art africain est éminemment symbolique, bien que l'accent mis sur les symboles le rende en même temps expressionniste. »76(*)

Cette dimension où s'exprime l'essentiel de l'art africain se trouve aujourd'hui escamotée et a rendu cet art incompris.

Dans l'ancienne Afrique, encore pleine de ses richesses, l'art servait de lien entre le sacré et le profane, entre les vivants et les ancêtres, entre l'homme et le Transcendant. Il devient ainsi l'existence générale tant d'ici-bas que de l'au-delà.

Aujourd'hui, considéré comme objet des fétiches, l'art traditionnel telle la sculpture se dénature, perd sa signification profonde. Il s'en va en lambeau avec la vision du monde africain, la sagesse, les langues et les religions. On n'y accorde plus d'importance sinon quelques amateurs touristes venus de l'autre bout du monde. Au plan sculptural, l'art traditionnel est rangé en objets de musée et d'ornement. Et combien d'Africains l'utilisent même pour ces buts ?

Le contact avec l'extérieur a dépouillé l'art africain traditionnel de son prestige, de sa valeur et de ses fonctions. Le fait est très palpable dans nos danses traditionnelles modernisées, nos musiques traditionnelles vidées de leur sens pour laisser place aux bruits pédants. La danse traditionnelle est devenue un simple folklore ou même un classicisme mal assimilé alors qu'il y a quelques laps de temps, elle exprimait la vie quotidienne de l'homme noir. Aujourd'hui, la question de survie a pris le devant sur le génie créateur de l'artiste africain. Or tout ce qui est lié à l'art comme moyens de subsistance le dévalorise davantage lorsqu'il faut créer une oeuvre d'art simplement pour se faire de sous. Le phénomène bat son plein dans tout le Tiers-Monde. Et TRAN VAN KHE l'a si bien remarqué en ce qui concerne la musique :

« L'acculturation, véritable ``épidémie'' pour les traditions musicales des sociétés non industrielles, a provoqué beaucoup de désastres parce que les Asiatiques et les Africains se tournent vers l'occident et y puisent des éléments, non pas nouveaux et constructifs, susceptibles de revigorer leurs propres musiques, mais surtout les éléments incompatibles avec les principes fondamentaux des musiques traditionnelles de l'Asie et de l'Afrique. »77(*)

L'art africain s'abâtardit pour devenir simple exaltation de la subjectivité. Cet art n'est plus engagé. Il est donc nécessaire que nous puissions revenir aux significations les plus profondes de ces arts africains. Avec LABURTHE-T.P. et René BUREAU, l'espoir renaît car « la musique et la danse africaines relayées par l'Amérique du Sud et du Nord, apportent une contribution capitale à la civilisation moderne. Non seulement au niveau populaire, mais aussi dans la musique savante (la création du monde de DARIUS MILHAUD ; recherches polyrythmiques d'Olivier MESSIAEN, etc....). »78(*) Aussi, nombre d'artistes africains ne destinent-ils pas leurs arts tant dans la peinture, la sculpture, la littérature que dans la musique au service du peuple pour la liberté, l'épanouissement de l'univers humain ?

L'oeuvre artistique ne doit nullement demeurer en marge des luttes que mènent les Africains pour leur indépendance culturelle. Artistes de toutes sortes : écrivains, musiciens, sculpteurs doivent exprimer leur génie créateur pour les intérêts du peuple, la conscientisation et la moralisation du peuple. Ces artistes doivent cesser d'être des griots et des mendiants en quête de survie. L'art africain ne doit pas se réduire au plagiat ni même au mimétisme. Pour remédier à cette situation, les artistes africains doivent s'inspirer des réalités africaines et puiser dans leurs traditions ce qu'il y a d'original et de marque. La seule clé du succès d'un artiste est le travail quotidien. Les jeunes talents doivent s'inspirer des anciens tout en cherchant à les dépasser. Un vieil adage africain précise bien « Qui ne sait pas tailler un piquet, doit s'inspirer de l'oreille du chien. »

II-3. Synthétisme culturel

L'homme contemporain tant en Afrique que dans le reste du monde se veut être un produit de synthèse culturel. Il veut être assorti du nihilisme moral de la modernisation. Il doit être l'homme qui sait aller à la rencontre de l'autre. Comment un tel projet est-il réalisable ? Dans la poussée vertigineuse du matérialisme et du scientisme parfois avilissante, en face de laquelle « les consciences sont comme obscurcies, incapables de distinguer le vrai du faux, le juste de l'injuste, le bien du mal »79(*), il appartient à l'homme moderne et surtout à l'Africain de prendre du recul, de se placer sur l'orbite des valeurs culturelles des peuples afin de sélectionner les traits culturels constructifs tant dans sa culture que dans celle de l'autre. Une prise de conscience s'impose alors sur les différentes « valeurs » culturelles de notre temps. C'est conscient de cette nécessité que le pape Pie XII interpelle chacun en ces termes : « Il vous appartient, Messieurs de discerner parmi les influences innombrables et tellement mêlées, qui vont et viennent, entre l'Europe et l'Amérique, celles qui sont vraiment constructives et se révèlent, utiles au progrès moral et spirituel des peuples en présence. »80(*) Un tel esprit de discernement permettra l'avènement d'un visage authentique de l'homme avec l'apparition d'une personnalité vraie et non falsifiée. Sachant les valeurs culturelles dépersonnalisantes et aliénantes, l'homme nouveau cherchera à décoloniser sa mentalité pour aspirer aux valeurs absolues.

Il s'agira ainsi pour l'Africain de reconquérir ses valeurs culturelles perdues, ses attributs niés et perdus pour agir dans la dignité et la confiance en soi. Le respect de sa culture est ainsi pointé mais qui ne doit pas sous aucun prétexte s'ériger en « valeurs-refuges » pour mettre la modernisation de côté. Avec MBUMUA, il est évident que le respect de la culture implique à coup sûr « la valorisation de la personnalité culturelle pour que la société en voie de modernisation n'éprouve pas de déséquilibres traumatisants par des emprunts ou la greffe des modèles culturels dominateurs et aliénateurs. »81(*) C'est l'avènement d'un type d'homme africain enraciné dans sa culture, capable d'emprunter sans complexe les modèles étrangers et les faire siens. Ce nouvel homme saura éviter les déviations et les crises pénibles. Il réinterprétera les traits culturels nouveaux qu'il veut introduire dans sa culture. Il se débarrassera des adjonctions culturelles étrangères inutiles liées à la civilisation rétrograde82(*).

Un vibrant appel est lancé aux dirigeants africains pour qui le développement se résume en un emprunt inconscient des modèles étrangers, modèles qui ne répondent pas dans la plupart des cas à l'accroissement dynamique de nos peuples.

Pour tout dire, l'Afrique a besoin aujourd'hui d'un homme de synthèse. Pour cela, la révolution culturelle avec MBUMUA doit nous permettre de « réinventer l'homme et son comportement devant la vie, de créer des rapports plus harmonieux, plus libres, plus confiants avec la jeunesse dont l'intégration au processus de la quête collective d'un meilleur avenir doit être un souci constant. »83(*) Pour l'élaboration d'une jeunesse qui soit capable de prendre en compte son passé, son présent et son futur dans son épanouissement quotidien, il faut que du passé au présent, un fil conducteur soit établi ; lien grâce auquel elle reconnaîtra toujours son identité et celle de la réalité mouvante et changeante84(*). Dans ce cas, elle fera un tri des valeurs traditionnelles et modernes propices à l'éclosion de son être, à son accomplissement. Cette réalisation porteuse d'espérance nécessite la promotion de la culture africaine basée sur des réalités concrètes africaines. Le synthétisme culturel avec la mise en oeuvre des différentes valeurs culturelles donnera lieu à l'avènement d'un développement efficace et sincère de l'Afrique contemporaine. Ces différentes valeurs doivent être en étroite relation avec les réalités endogènes du continent.

III. PARTIE

VOIES ET PERSPECTIVES DE LA PROMOTION

DE LA CULTURE AFRICAINE

L'évolution des cultures laisse présager un enjeu décisif pour l'avenir du monde et de toute l'humanité. La culture semble orienter les projets de l'homme. Mais force est de constater que ces cultures se dégradent et se vident de leur sens, de leur contenu moelleux et de leurs valeurs chez beaucoup de peuples africains. Provoquée par les médias qui ont endormis les consciences, cette dépendance inquiète quant à l'avenir culturel de l'Afrique et l'évolution morale. En ce sens, le constat de Hervé CARRIER est pertinent : « L'une des inquiétudes les plus fréquemment exprimées est le fait que l'importation continuelle des programmes audio-visuels finit par créer une véritable dépendance culturelle, engendrant une grande aliénation de la culture propre, souvent aussi une sérieuse dégradation des valeurs morales et un ébranlement des institutions traditionnelles, surtout dans la famille. »85(*) Face à un tel danger, la nécessité pour l'Afrique de promouvoir sa culture, d'orienter autrement sa politique culturelle n'est pas à démontrer. Cette promotion culturelle donnera lieu à une redéfinition de notre politique culturelle et à diffuser cette culture par le moyen de l'éducation permanente des jeunes et des adultes. Ceci permettra aux jeunes africains de s'imprégner des valeurs humaines et ultimes de leur culture pour éviter la situation actuelle de nos élites où un séjour en France donne lieu à une affectation à la capitale ou la situation d'un moniteur du Nord-Congo qui, après un seul stage ne fait plus de tournées en brousse, ne quitte plus ni bureau, ni veste, ni cravate qui sont gardées par des ministres et des membres du cabinet, même quand la chaleur d'étuve les rend insupportable86(*).

Somme toute, avec le temps, cette diffusion des cultures par les Etats conduira probablement vers l'imprévisible qui se dessine sous le nom d'une homogénéisation culturelle. L'attention à ce qui constitue la matrice humaine (la culture) permettra à l'Afrique de s'intégrer, de s'adapter comme telle, belle créature divine ; ce qui évitera sa duplicité honteuse, sa tendance à prostituer sa culture. Par ailleurs, l'intégration culturelle constituera pour le continent noir une source de valeurs où peuvent s'abreuver des nations aujourd'hui étourdies et sans humanité, des nations perverties et que l'amour, l'hospitalité, la contemplation, le sens de l'humain et du divin encore présents en Afrique peuvent guérir. L'intérêt accordé à sa culture démasquera sans doute l'homogénéisation culturelle que prône la mondialisation.

III- 1. La nouvelle orientation de la politique culturelle africaine

La configuration mondiale actuelle suscite de nombreuses inquiétudes : terrorisme, homosexualité, guerre, lesbienisme, pédophilie, surexploitation des enfants, corruption, misère morale et dépravation de toutes sortes. Cette nouvelle face du monde doit nous amener à veiller aux grains, à redéfinir notre politique culturelle suivant les problèmes prioritaires de notre milieu. Cette redéfinition doit signifier pour nous d'abord un renoncement à nos intérêts égoïstes. Et dans ce sens, le rôle de l'Etat sera de faciliter la créativité et la croissance culturelle de toutes les composantes de la société sans exclusion ou préjudice. Cette orientation donnera à notre culture l'occasion de se mondialiser, de trouver à travers chacun de nous « une identité rayonnante, une identité attrayante »87(*) aux yeux des autres. Dans cette perspective, la politique culturelle gagnerait de vastes secteurs gouvernementaux où se revèle la culture. Cette politique touchera ainsi à toutes les dimensions de la vie en mettant l'être humain au centre comme valeur à réaliser et à épanouir. La promotion de la culture africaine passera par la nôtre qui doit témoigner de la valeur et de l'importance que nous accordons à cette culture. C'est dans ce sens que Marcien TOWA affirme que : « notre mode d'être, c'est nous-mêmes en tant que nous voulons nous affirmer et nous faire reconnaître par nos oeuvres. »88(*) La politique culturelle doit avoir pour objectif l'encadrement des jeunes, encouragement et multiplication des rencontres, des forums culturels des jeunes, des échanges culturels. Mais le constat actuel est pertinent avec les gouvernements ambigus de l'Afrique. Les démagogies quotidiennes, le détournement permanent des deniers publics, sans perdre de vue les campagnes électorales et les élections truquées, témoignent de la mauvaise politique de la gestion de la chose publique. Vieux ou jeunes, nous sommes tous responsables. Fascinés et absorbés par l'Occident, nos élites et dirigeants doivent se vêtir de l'africanité pour promouvoir cette culture. Félix HOUPOUET-BOIGNY dénonce ce fait en ces termes : « Nulle part en Afrique on a encore une structure politique tirée des réserves traditionnelles ; tout fut calqué sur l'organisation du colonisateur. A ce jeu, on reste intellectuellement colonisé et on peut dire que `'l'oiseau noir n'a fait qu'occuper le nid abandonné par l'oiseau blanc''. »89(*) Pour combler ce vide, une voie se fraye avec Alpha SOW, pour qui « nos autorités gouvernementales devront définir une politique culturelle et élaborer une charte nationale de la culture garantissant le respect, la dignité, l'égalité et la promotion des langues et cultures de toutes les communautés nationales et précisant les modalités de mise en valeurs de ces principes. »90(*) Mais comment y parvenir concrètement ?

Pour cela, l'école reste le lieu du jeu. Elle est le lieu où se développe la pépinière des élites africaines de demain. Nous proposons qu'il y ait dans nos écoles une refonte du système éducatif et une nouvelle élaboration des programmes adaptés aux réalités africaines. Ceci permettra de sortir, de libérer les jeunes africains abrutis par une mentalité figée, occultée et aveuglés par des normes d'enseignement occidental contraires à nos réalités et que nous prenons pour idéal et seul tremplin pour notre réalisation.

Dans l'enseignement, des valeurs culturelles telle l'hospitalité, la sagesse et l'humanisme donneront l'occasion aux jeunes d'exprimer librement leur génie. La refonte de la pédagogie du système actuel d'enseignement évitera que les jeunes soient « en face d'un enseignement trop général, trop désincarné, trop livresque, n'intégrant pas suffisamment la technique, la technologie, le scientifique et se développant sans réellement tenir compte des réalités du milieu. »91(*) Cela donnera libre cour à une jeunesse prête aux innovations et culturellement libérée des complexes. De cette manière, l'art deviendra ainsi l'expression fondée de la culture locale. Les jeunes relèveront alors le défi, incarneront ce qui nous a échappé. CHEICK Hamidou KANE nous apprend dans ce sens que : « nos meilleures graines et nos champs les plus chers ce sont nos enfants. »92(*) La réalisation de ce rêve dépend de la révolution de nos mentalités et de nos cultures.

III-2. Des voies inéluctables

III-2.1. L'Education permanente

L'éducation joue un rôle important dans la réalisation de l'espèce humaine. Elle nous arrache à des formes d'asservissement, de l'animalité et d'agressivité pour nous donner le sens réel du pourquoi de notre existence. L'homme est ainsi fruit de l'éducation. C'est pourquoi il faut inviter les jeunes dès le bas âge à une véritable formation de leur personnalité sur les valeurs essentielles de l'humanité : élever à un haut degré le sens de l'être sur les ``valeurs'' illusoires. L'acquisition d'un esprit éclairé est un remède à la course au matérialisme qui classe l'humain au garage au profit d'un égoïsme exacerbé et insignifiant. Mais comment faire pour promouvoir ces valeurs galvaudées aujourd'hui ?

La promotion culturelle passe par une éducation permanente tant des jeunes que des adultes. C'est la raison pour laquelle MBUMUA W. pense que : « la révolution culturelle se confond avec la révolution éducative, c'est-à-dire elle aboutit nécessairement à une refonte radicale de la philosophie et du système éducatif. »93(*) Il y a urgence de l'action éducative pour ne pas se trouver avec des jeunes acculturés, déracinés, coupés de leur source et emportés totalement par la culture étrangère qui n'offre pas toujours des valeurs dignes de ce nom. L'objectif de cette action n'est pas de préserver l'Africain traditionnel, ni d'en faire un ``Européen'', mais de créer l'Africain moderne capable d'intégrer tous les éléments occidentaux qui répondent aux exigences de la vie contemporaine dans la tradition autochtone rationnellement thématisée au sens de JANHEINZ J.94(*). La promotion de notre culture et l'élaboration d'un Africain digne doivent avoir pour base l'éducation de nous-mêmes et des jeunes africains plongés pour la plupart dans les imitations serviles, dans les errements et le dédoublement. L'éducation culturelle doit ainsi nous permettre de nous enraciner dans notre culture, de nous moderniser sans nous renier. Ainsi, avec l'éveil de la conscience se formera une jeunesse africaine moderne digne qui ne sera plus « une jeunesse falsifiée, déracinée, dédoublée. »95(*) Seule l'éducation fera de nous ce que nous serons, ce que sera notre culture.

Malheureusement, cette éducation est très minée en Afrique. Le système éducatif ne répond pas aux exigences africaines. C. HAYFORT l'a remarqué en notant que : « Le vrai problème de l'Africain consiste à développer ses possibilités entant qu'Africain... Les méthodes qui sont jusqu'ici utilisées sont absurdes parce qu'elles ont été transplantées sur le terrain sans tenir compte de l'homme noir. »96(*) Il faut l'introduction des valeurs culturelles humanistes dans l'enseignement scolaire. Nos systèmes éducatifs doivent tenir compte de ces valeurs culturelles pour répondre aux besoins et aux réalités africaines. Cette façon arracherait le jeune africain du « ``bovarysme'' culturel qui conduit une société à perdre confiance en elle-même et à chercher ailleurs les éléments de son accomplissement. »97(*)

L'éducation se veut d'abord familiale. Les parents doivent être des pionniers de l'éducation de leurs enfants. Au sens de Hervé CARRIER, la famille doit « dans chaque projet de politique culturelle, être considérée comme le fondement privilégié où se communique et s'enrichit la sagesse populaire, où se cultivent les valeurs éthiques et spirituelles qui confèrent toute sa dignité à la culture vivante. »98(*) L'accent doit être mis sur l'éducation de base qui commande et qui est responsable de notre devenir existentiel. Car la personne dès sa naissance acquiert et intériorise les aspects de sa culture dans sa société qui le moule.

La situation des jeunes dans nos sociétés urbaines déstructurées, dépassées et décontenancées par le rythme de la mondialisation nous laisse voir une jeunesse médiocre, désorientée et éprise d'une éducation pauvre en valeurs humaines. Cette situation doit nous interpeller. Il y a intérêt pour toutes les sociétés africaines à réviser leur politique culturelle pour l'élaboration d'un type d'homme qui saura conduire l'Afrique vers sa destinée. Lié étroitement à la culture, le développement en Afrique a besoin de la culture africaine pour se réaliser. Cela implique une mise à jour des valeurs culturelles tant africaines qu'étrangères correspondant aux exigences de l'univers africain. C'est pourquoi dans la révision de sa politique culturelle intérieure et extérieure, l'Afrique ne doit pas seulement promouvoir ses valeurs traditionnelles, mais aussi les nouvelles valeurs. Il faut alors initier les jeunes africains à leur culture dès leur jeune âge.

Dans le processus de réalisation de ce noble projet de société, les philosophes africains doivent jouer le rôle d'éclaireurs et d'éveilleurs de conscience et inviter la masse à un regard critique sur les anciennes et nouvelles ``valeurs''. Pour y parvenir, nos philosophes doivent se libérer d'abord du griotisme encouragé par nos gouvernements malades du culte de la personnalité. La culture cessera alors d'être un simple outil de divertissement pour devenir la condition sine qua none de l'épanouissement totale comme pense Hervé CARRIER : « la culture donne à l'homme la capacité de réflexion sur lui-même. C'est elle qui fait de nous des êtres spécifiquement humains, rationnels, critiques et éthiquement engagés. »99(*) C'est par la culture que l'homme se libère de toute frustration et s'hominise réellement. En effet, il ne faut jamais l'oublier, les jeunes sont les fers de lance, la sève de chaque peuple. Ce sont eux qui prendront en main la destinée de l'Afrique. La nécessité d'une réflexion profonde sur les problèmes socio-culturels que connaît aujourd'hui ce continent conduira à une jeunesse réussie, aguerrie face aux enjeux du monde à venir. Cette jeunesse éclairée et mature comprendra aisément que la science et la technologie ne sont que fille d'un environnement donné et qu'il faut les domestiquer comme facteurs du progrès et non d'autodestruction.

III-2.2. L'Internet comme moyen de diffusion de la culture africaine

A l'échelle mondiale, la culture africaine pour sa promotion demande l'engagement de tout africain. Mondialiser cette culture pour faire connaître aux autres la richesse qu'elle renferme se veut la vocation de nous tous. Pour que cette culture soit fonctionnelle, elle doit être l'apanage premier de nous tous. La culture africaine doit avoir pour ambition réelle et pour vocation d'offrir aux autres un complément des valeurs qu'ils ne possèdent pas. De ce fait, à travers l'Internet, l'Afrique doit se tourner vers les autres continents pour recevoir et donner ce qu'elle a de meilleur. Félix HOUPHOUET-BOIGNY pense qu'« elle a à apporter comme tous les autres continents, ses valeurs propres : un certain sens de la communauté, un humanisme africain, une sagesse, ce sont là des valeurs qui manqueraient au monde, et dont il a besoin. »100(*)

Les Africains doivent opter pour une grande production culturelle d'où émergera le génie africain. L'effort de certains pays tels la Côte d'Ivoire, la République Démocratique du Congo, le Cameroun par leurs multiples productions artistiques des réalités du continent est encourageant. La diffusion rapide des valeurs culturelles africaines à l'échelle mondiale doit se faire par l'usage de l'Internet. Cet outil nous offre une seconde chance. C'est un réseau propice pour la vulgarisation de la culture africaine, une réelle emprise pour l'Afrique de montrer et de présenter au monde sa vraie culture. L'Internet, même s'il a quelques zones d'ombre, demeure un outil de promotion de la culture. C'est pour nous Africains, une opportunité (à bon usage rationnel) d'user de cet outil pour rejoindre sur la table de dialogue les autres cultures pour une autocritique.

Pour y parvenir, il est judicieux de mettre en place des sites de promotion culturelle, des vitrines culturelles qui ouvriront l'Afrique à d'autres cultures, lui permettront d'exposer sa « Weltanschaung » et d'entrer en contact permanent avec d'autres sensibilités. Ces sites serviront également des marchés de vente des produits culturels, d'exposition d'artistes africains et de galeries culturelles. Un service est rendu ainsi à nos frères de la diaspora. L'humanité tout entière entrera en contact avec la richesse des vestiges culturels africains. Beaucoup d'Etats en sont déjà conscients et ont fait quelque chose dans ce sens. Grâce à leur esprit d'initiative, des sites comme AFRINET, « NDEUP 1 », « TOUROU 2 », « GOUMBE 3 » donnent un panorama et un background de l'Afrique. Ces sites rendent facile l'apprentissage des langues africaines. Certains sites d'apprentissage des langues africaines suscitent d'ailleurs de plus en plus un intérêt chez les Africains de la diaspora. Ils sont fiers d'appartenir à un peuple au passé glorieux et qui a su conserver ses langues malgré une histoire assombrie par la traite négrière et de la colonisation. Grâce au progrès technologique, on trouve sur l'Internet des dictionnaires français wolof, des sites Web en Swahili. On lit avec gaieté sur le Web du swahili du Xosa, de l'Ikan à côté du français et de l'anglais. MBENGUE constate à cet effet que : « de plus en plus les langues africaines sont enseignées dans les grandes Universités américaines et européennes et l'Internet y est grandement pour quelque chose. »101(*) Il reste encore beaucoup à faire car combien de nos pays en ont pris conscience ? Combien de nos langues autochtones sont enseignées dans nos écoles, dans nos Universités d'Etat et combien d'entre nous, connaissons notre culture et parler couramment notre langue maternelle ?

Malgré ce constat douloureux, il n'est pas tard. Car, l'Internet nous offre une chance pour la promotion de nos langues, de nos arts, bref de notre culture. Nous devons nous en réjouir et l'utiliser à bon escient. De notre sagesse et engagement dépendra son rôle. Car, son mauvais usage conduit à des perversions et à la dépersonnalisation. Nombre sont ceux qui l'usent à des fins lamentables telle la pornographie, à l'écoulement des drogues des réseaux mafieux, certaines y apprennent le crime, la violence et le vol. D'autres y cherchent des contacts virtuels qui aboutissent très souvent au mariage. Le cas flagrant de nos soeurs africaines est fortement souligné. Pour Charles ATEBA EYENE : « nos soeurs qui, sur la base de simples photos vont en Belgique, en France, en Suisse ou aux USA sont souvent surprises de constater quelles doivent servir de femmes aux chiens et aux autres chevaux. D'autres sont obligées d'épouser leur ancêtre parce que les photos reçues datent de la jeunesse. »102(*)

III-3. L'idée d'une homogénéisation culturelle

Les relations et les brassages internes des cultures ont donné lieu au phénomène de l'homogénéisation culturelle. Cette nouvelle forme culturelle semble construire une nouvelle société humaine calquée sur l'uniformisation des traits culturels suite aux influences des cultures les unes sur les autres. Ainsi, les cultures se mondialisent et provoquent l'avènement d'une nouvelle société. Les moyens de communication, les techniques modernes de production et de distribution ont rendu plausible ce degré évolutif de la culture. Le métissage culturel constaté dans les comportements est autant de traits d'union entre une culture ancienne et une culture moderne. Les aspirations sont presque les mêmes aujourd'hui : les mêmes travaux, les mêmes règles de comportement, les mêmes quêtes de liberté. Pour preuve, les modes vestimentaires, les loisirs, les goûts et l'esthétique sont copiés et produits sur les mêmes modèles.

Le surgissement de cette nouvelle société avec une nouvelle culture mondiale, universelle n'est pas épargné des complexes, des crises et des déviations importantes, mais au-delà, se dessine une communauté enrichie avec des nouvelles valeurs culturelles propices à la réalisation de l'homme. C'est une chance pour l'épanouissement humain, un rapprochement des hommes dans leurs diversités culturelles. Ceci entraînera une véritable solidarité du genre humain dans la recherche du bien commun, le dialogue social et la réalisation de la vocation humaine. Cela s'est concrétisé dans la mobilisation mondiale contre la guerre d'Irak et la solidarité mondiale envers les victimes des Tsunami survenus en Asie méridionale, il y a de cela quelques jours.

L'unité homogène des cultures, surgie du brassage culturel, permettra la révision de beaucoup des cultures. Pour ce qui est de la culture africaine, elle lui permettra de relever ses valeurs ultimes et ses limites dans l'invitation de « nos peuples à envisager la culture non comme un acquis, mais comme projet qui se réalise avec d'autres peuples, engagés dans une histoire toujours en projet. »103(*) Engagés ainsi, les peuples du monde trouveront ensemble les chemins de leur réalisation car ``l'union fait la force''. L'élaboration de cette nouvelle génération dans un synthétisme culturel n'est pas synonyme de la mort des diversités dans leur richesse. Emile KENMOGNE le note si bien en passant que : « l'accès à la civilisation de l'universel ne signifie pas la fin des particularismes culturels, au contraire, elle implique une plus grande authentification des cultures. »104(*) Cette authenticité des cultures combinées en une seule sera une chance pour le développement de la société humaine. Ces nouvelles valeurs culturelles permettront à la nouvelle génération de croître et de s'enrichir dans une diversité uniformisée, mondialisée et humanisée.

CONCLUSION GENERALE

Face à l'assaut direct et brutal des schèmes culturels différents, l'Africain se trouve pris au piège de tant de pseudo-valeurs d'une culture étrangère qui dépersonnalisent l'être africain ; il y a nécessité de prendre une part importante au réveil des consciences pour une révolution culturelle africaine humanisante. Ce projet vise en effet à contrer l'impérialisme culturel occidental devenu plus complexe, plus tentaculaire et plus agressif que jamais, détruisant par le fait même la culture du continent noir, en saccageant son incarnation dans l'histoire de l'humanité. C'est en cela qu'a consisté notre réflexion intitulée Impérialisme culturel occidental et devenir de la culture africaine : Défi et perspectives. Pour examiner en profondeur cette question et fixer notre regard sur un avenir prometteur, nous nous sommes grimpé sur l'épaule du géant qu'est William Eteki'a MBUMUA dans son oeuvre Un certain humanisme. La méthode analytico-descriptive nous a semblé propice à cet effet.

L'enjeu est la redéfinition de l'identité africaine dont « la tradition ne doit pas être ni un élément d'oppression, une espèce de refuge de refoulement, une espèce de corset dont les dominants seraient heureux de se servir, ni un alibi à l'usage de certaines bonnes volontés néanmoins paternalistes ; comme dans le cas de l'apartheid »105(*), mais comme atout de réalisation de la nature humaine mis au service de l'humanité.

Au-delà de ces pseudo-valeurs, la culture deviendra alors force de libération et d'accomplissement de l'homme. Les diversités culturelles, nées avec les hommes suivant le temps et l'espace, doivent aboutir à la culture, celle à laquelle aspire toute l'humanité, celle faite des valeurs les plus essentielles et les plus actives dans le processus de l'accomplissement parfait de l'espèce humaine. Car c'est elle qui doit réaliser le projet de l'humanité en vue de donner à l'homme le sens de sa liberté, de sa dignité et de sa juste place d'être humain au milieu du matérialisme envahissant.

Face à ce phénomène, on constate avec anxiété et tristesse que l'historicité des relations interculturelles a provoqué des mutations sociales importantes : aliénation, acculturation, ethnocentrisme, assimilation. C'est dans ce contexte d'impérialisme que nombre ne savent plus aujourd'hui sur quel pied danser. Les appels lancés de toute part pour la sauvegarde de l'identité de soi, surtout dans le Tiers-Monde dont la culture se trouve menacée et placée au garage folklorique sont de plus en plus aigus. L'inquiétude est grande et il faut en appeler à la conscience universelle. Gilberto FREYRE souligne pour déplorer la situation des Africains et des Brésiliens : « Il ne faut pas que la modernisation les fasse entrer en lutte contre leur environnement, soit qu'elle les coupe de leurs sources culturelles, soit qu'elle rende artificielles les manifestations nationales de leur culture. »106(*) La culture africaine ne peut échapper à cet enlisement que par la révolution. Malgré la multitude de ses valeurs capables d'assurer son avenir, elle a encore besoin de l'apport extérieur pour s'enrichir davantage. Ce progrès ne peut se réaliser que par le changement de mentalité et de l'éducation. L'autocritique et le dynamisme constituent les critères de développement de la culture africaine. La crise des valeurs suite à la dégradation de la culture africaine constitue le fond de notre travail de recherche. Face à ce problème, William E. MBUMUA propose un retour aux sources pour recenser les valeurs nécessaires à la réalisation de l'homme aboutissant à l'avènement d'un homme synthétique dont l'Afrique a besoin aujourd'hui. C'est pour nous, Africains, un impératif catégorique d'intégrer dans notre propre culture sans nous renier la rationalisation de nos modes de vie et de nos styles avec un esprit critique et aussi de notre dynamisme culturel aux contacts avec les autres. Pour cela, il y a lieu de revenir sur notre passé afin de mieux nous projeter dans l'avenir. Ce retour est une prise de base d'envol et non une exhibition de nos pseudo-valeurs culturelles toutes faites. C'est un retour en vue d'un saut de qualité qui soit capable de redorer l'image de celui que l'histoire a terni.

Seule une révolution culturelle en profondeur nous permettra de réaliser l'homme total dont a besoin le continent. Et cette « révolution culturelle ne sera pas l'avènement d'un ghetto culturel, d'un factice retour à l'état d'un monde de rêve et de folklore »107(*), mais l'incarnation d'une Afrique digne d'elle-même, la réinvention d'hommes nouveaux libres, fiers d'appartenir à leur peuple, prêts à oeuvrer pour la réalisation du genre humain. Ainsi, on assistera à l'avènement d'une nouvelle élite qui jouira de son identité et non plus à celle d'aujourd'hui falsifiée, dépersonnalisée, déracinée et aliénée par une mentalité abrutie et colonisée. Tâche difficile car si rien n'est fait, « l'âme africaine achèvera de se dissoudre si les élites du continent persistent à refuser leur propre passé, à craindre l'immersion dans la masse et à prêcher l'exode culturel. »108(*)

En réalité, l'éducation permanente des jeunes et des adultes dans le réveil des consciences, des âmes est capable de donner à l'Afrique son image d'antan où ses fruits dodus miroitaient au soleil et attiraient les abeilles des déserts lointains. Elle prendra la famille comme cellule de base et le philosophe comme éveilleur de conscience. L'éducation à la langue maternelle et aux langues nationales sera l'élément moteur en partant des réalités propres à nos peuples pour transformer leur milieu. Et « c'est pour cette raison qu'il faut utiliser les langues africaines par lesquelles on peut instruire les masses et leur communiquer les méthodes culturelles et les techniques culturelles. »109(*) Il s'avère alors nécessaire d'apprendre nos langues à l'école et d'orienter autrement notre politique culturelle.

Et pour un accès à un très grand nombre à cette culture africaine, il faut procéder à sa promotion, à sa diffusion et à la volonté d'offrir aux autres univers sociaux ce que nous avons de plus précieux et de particulier. Et nous l'avions remarqué que l'Internet s'est proposé aujourd'hui pour la diffusion de cette culture. Mais dont l'usage doit dépendre de notre bon sens. Il est important à tout Africain de promouvoir sa culture, d'entamer une révolution culturelle pour se libérer des contraintes des pseudo-valeurs et ne pas se laisser occire par la nostalgie du passé ou par la mondialisation. Il est donc nécessaire de procéder à une décolonisation de nos mentalités arrêtées sur notre propre culture et d'être ce que nous sommes. Et avec PINDARE, un appel est lancé à tout Africain : « Deviens ce que tu es »110(*) tout en sachant que : « Un goût trop fort, c'est toujours du poison. »111(*)

Nos cultures pourront nous éclairer dans la recherche du bonheur dont tout le monde a besoin. La révolution culturelle africaine sera-t-elle ou ne sera-t-elle pas ?

BIBLIOGRAPHIE

OEuvre de l'auteur

1- Un certain Humanisme, Yaoundé, Clé, 1970.

2- Démocratiser la culture, Yaoundé, Clé, 1974.

Revues

1- AMADO J., « Nous peuples de Métis », in Unesco, Le courrier, Août-Septembre, 1977, pp. 18-20.

2- CARRIER Hervé, « Evangile et Mission », in Omnis Terra, n° 406, novembre 2004, pp.387-402.

3- DIAKATE Lamine, « Le processus d'acculturation en Afrique Noire », in Présence africaine, 4ème trimestre, 1965, pp. 68-81.

4- GONÇALVES M., « Angola : une culture métissée », in Spiritus, Paris, n° 93, 1983, pp. 387-402.

5- JEAN-PAUL II, « Diversité de cultures et respect réciproque », in DC, n° 2239, janvier 2001.

6- KEVIN WATKINS, « Identité culturelle », Site Internet (AFRINET).

7- MBENGUE, « Internet et enjeux culturels en Afrique », Site Internet (AFRINET).

8- POUCOUTA Paulin, « Afrique, quelles alternatives à la modernisation ? », in Spiritus, n° 166, mars 2002, pp. 40-53.

9- TOWA Marcien, « Le concept d'identité culturelle », in L'identité culturelle camerounaise, Yaoundé, mai 1985.

10- TRAN VAN KHE, « Les musiques d'Orient malades du Juke-Box », in Unesco, le courrier, juin 1973, pp. 6-12.

11- ZEA L., « Amérique latine, une mosaïque de cultures », in Unesco, Août-Septembre, 1977, pp. 4-7.

Dictionnaires et collections

1. ATANGANA Jules Chemins d'Afrique, Coll. « Point de vue », n°13, Yaoundé, Clé, 1973.

2. Dictionnaire de la civilisation africaine, Paris, Fernand Hazan, 1968

3. DOLLOT Louis, Les relations culturelles internationales, Coll. « QSJ. », Paris, PUF, 1968.

4. FANON F., Peau Noire, Masques Blancs, Paris, Maspero, 1962.

Autres ouvrages

1- ATEBA EYENE Charles, Comprendre l'éthique. Du discours à la pratique, A.M.M.-nov. 2001.

2- BLYDEN Edward, Christianity, Islam and Negro Race, Edinburgh University Press, 1967.

3- CARRIER Hervé, Lexique de la culture. Pour l'analyse culturelle et l'Inculturation, Bruxelles, Desclée, 1992.

4- CHEIKH HAMIDOU Kane, L'Aventure ambiguë, Paris, Juliard, 1961.

5- DUMONT René, L'Afrique étranglée, Paris, Seuil, 1980.

6- DUMONT René, L'Afrique noire est mal partie, Paris, Seuil, 1962.

7- EBOUSSI BOULAGA Fabien, La crise du Muntu, Paris, Présence africaine, 1977.

8- HOUPHOUET-BOIGNY Félix, Tradition et Modernisme en Afrique Noire, rencontre internationale de Bouaké, Paris, Seuil, 1965.

9- JANHEINZ Jahn, Muntu, L'homme africain et la culture néo-africaine, Paris, Seuil, 1958.

10- KENMENGUE E., Comprendre la philosophie, tome I, Presses Universitaires de Yaoundé, 2000.

11- LABURTH-TOLRA P. et BUREAU René, Initiation africaine, Supplément de philosophie et de sociologie à l'usage de l'Afrique noire, Yaoundé, Clé, 1971.

12- LANTIER Jacques, L'Afrique déchirée. De l'anarchie à la dictature, de la magie à la technologie, Paris, Planète, 1967.

13- MOUNIER Emmanuel, Les oeuvres complètes, Paris, Seuil, 1962

14- MUDIMBE V.Y., L'Odeur du Père. Essai sur des limites de la science et de la vie en Afrique Noire, Paris, Présence africaine, 1982.

15- NJOH-MOUELLE Ebénézer, De la médiocrité à l'excellence, Yaoundé, Mont Cameroun, 1988.

16- PEELMAN Achiel, L'inculturation. L'Église et les cultures, Paris, Desclée, 1988.

17- PENOUKOU EFOUE-Julien, Eglise d'Afrique, Propositions pour l'avenir, Paris, Karthala, 1984.

18- PIE XII, L'éducation, la science et la culture, Paris, Fleurus, 1956.

19- SOWA I Alpha, Introduction à la culture africaine, Paris, Union générale d'éditions, 1977.

20- TOWA M., Essai sur la problématique philosophique dans l'Afrique actuelle, Yaoundé, Clé, 1981.

21- VERGUEZ André et HUISMAN Denise, Nouveaux Cours de Philosophie, tome II, Paris, Fernand Nathan, 1980.

Table des matières

INTRODUCTION GENERALE 5

I. PARTIE 8

PHYSIONOMIE D'ENSEMBLE DES RELATIONS CULTURELLES 8

I-1. Les concepts : Culture et Cultures 8

I-2. Historicité des relations interculturelles 11

I.3. LES TYPES DE RELATIONS CULTURELLES 13

I.3.1. LE DYNAMISME CULTUREL 13

I-3.2. L'IMPERIALISME CULTUREL 15

II. PARTIE 21

LA CULTURE AFRICAINE 21

II.1.1 Essence et caractéristiques de la culture africaine 21

II.1.2 Valeurs de la culture africaine 23

II - 2 Les problèmes culturels africains 26

II.2.1. Aliénation culturelle. 27

II- 2.2. L'ethnocentrisme 29

II.2.3. Le phénomène d'acculturation 32

II.2.3.1. Les langues africaines 33

II. 2.3.2. L'art africain 36

II-3. Synthétisme culturel 38

III. PARTIE 41

VOIES ET PERSPECTIVES DE LA PROMOTION 41

DE LA CULTURE AFRICAINE 41

III- 1. La nouvelle orientation de la politique culturelle africaine 42

III-2. Des voies inéluctables 44

III-2.1. L'Education permanente 44

III-2.2. L'Internet comme moyen de diffusion de la culture africaine 47

III-3. L'idée d'une homogénéisation culturelle 49

CONCLUSION GENERALE 51

BIBLIOGRAPHIE 55

Table des matières 57

* 1 CARRIER H., Lexique de la culture. Pour l'analyse culturelle et l'inculturation, Paris, Desclée, 1992, p. 70

* 2 MOUNIER E., Les oeuvres, tome3, Paris, Seuil, 1944-1950, p. 268.

* 3 MBUMUA W. E., Démocratiser la culture, Yaoundé, Clé, 1974, p. 9.

* 4 POUNOUKOU E. J., Église d'Afrique, Propositions pour l'avenir, Paris, Karthala, 1984, p. 158.

* 5 CARRIER H., Lexique de la culture. Pour l'analyse culturelle et l'inculturation, Paris, Desclée, 1992, p. 70.

* 6 MOUNIER E., Les oeuvres, tome 3, Paris, Seuil, 1944-1950, p. 268.

* 7 MBUMUA W.E., Démocratiser la culture, Yaoundé, Clé, 1974, p. 9.

* 8 POUNOUKOU E.J., Eglise d'Afrique, Propositions pour l'avenir, Paris, Karthala, 1984, p.158.

* 9 MBUMUA W.E., Un certain humanisme, Yaoundé, Clé, 1970, p. 17.

* 10 PEELMAN A., L'inculturation. L'Église et les cultures, Paris, Desclée,1988, p. 42.

* 11 CARRIER H., Lexique de la culture. Pour l'analyse culturelle et l'inculturation, Paris, Desclée, 1992, page Couverture.

* 12 PEELMAN A., Op. Cit., p. 42.

* 13 MBUMUA W.E., Démocratiser la culture, Clé, Yaoundé, 1974, p. 7.

* 14 PEELMAN A., Op. Cit., p. 46.

* 15 CARRIER H., Lexique de la culture. Pour l'analyse culturelle et l'inculturation, Paris, Desclée, p. 106.

* 16 JEAN-PAUL II, « Diversité des cultures et respect réciproque » in DC 2239, (2001), p. 2.

* 17 HERRIOT É., cité par KENMOGNE E., Comprendre la philosophie, Tome I, Presses Universitaires de Yaoundé, 2000, p. 93.

* 18 LINTON R., cité par VERGEZ A., - HUISMAN D., Nouveaux Cours de philosophie, tome II, Paris, Fernand/Nathan, 1980, p. 5.

* 19 GALBIATI F., « Globalisation et mission à travers l'éducation » in Omnis Terra 406, (2004), pp .370.

* 20 LABOURTHE-T.P., BUREAU R., Initiation africaine, Supplément de philosophie et de sociologie à l'usage de l'Afrique noire, Yaoundé, Clé, 1971, p. 121.

* 21 DOLLOT L., Les relations culturelles internationales, Coll. «  Que sais-je », Paris, PUF, 1968, p. 15.

* 22 MBUMUA W. E., Op. Cit., p. 14.

* 23 ATANGANA J., Chemins d'Afrique, Coll. « Point de vue », Yaoundé, Clé, 1973, p.41.

* 24 DIAKHATE L. et Al., « Le processus d'acculturation en Afrique Noire », in Présence africaine, 1965, p. 73.

* 25 MBUMUA, Op. Cit., p. 56.

* 26 PEELMAN A., Op. Cit., p. 49.

* 27 ATANGANA J., Chemins d'Afrique, Coll. «Point de vue», Yaoundé, Clé, 1973, p. 32.

* 28 JANHEINZ J., Muntu, l'homme africain et la culture néo-africaine, Paris, Seuil, 1961, pp. 173-174.

* 29 Idem, L'Afrique étranglée, Paris, Seuil, 1980, p. 33.

* 30 GONÇALVES M., « Angola, Métissage culturel » in Spiritus, n° 93, Paris, 1983, p. 387.

* 31 ATANGANA J., Op. Cit., p.30.

* 32 FANON F., Peau Noire, Masques Blancs, Maspero, Paris, 1952.

* 33 TOWA M., Essai sur la problématique philosophique dans l'Afrique actuelle, Yaoundé, Clé, 1981.

* 34 ZEA L., « Vers l'imprévisible, Amérique latine, immense mosaïque de cultures », in Unesco, Le Courrier, Août septembre, 1977, p.6.

* 35 BLYDEN E., Christianity, Islam and Negro Race, Edinburgh University Press, 1967, pp. 91-92.

* 36 CARRIER H., « Évangile, mission et inculturation », in Omnis Terra 406, (2004), pp. 387-402.

* 37 MOUNIER E., Les oeuvres complètes, Tome II, Paris, Seuil, 1962, p. 334.

* 38 Cf. MBUMUA W. E., Un certain humanisme, Clé, Yaoundé, 1970, p. 19.

* 39 SOW I. A., Op. Cit., p. 33.

* 40 Intervention de la Délégation guinéenne au festival culturel d'Alger (juillet 1969) citée par MBUMUA W. E., Démocratiser la culture, Yaoundé, Clé, 1974, p. 7.

* 41 MUDIMBE V.Y., L'Odeur du Père. Essai sur des limites de la science et de la vie en Afrique Noire, Paris, Présence africaine, 1982, p. 96.

* 42 Cf. MBUMUA W. E., Un certain humanisme, Yaoundé, Clé, 1970, p. 32.

* 43 AMADO J., « Nous, peuple de métis. Amérique latine, immense mosaïque de cultures », in Unesco, Courrier, Août-septembre 1977, pp. 18-20.

* 44 EBOUSSI B. F., La crise du Muntu, Paris, Présence africaine, 1977, pp. 77-78.

* 45 JEAN-PAUL II, « Diversité culturelle et respect réciproque », in DC 2239, ( 2001), p. 5.

* 46 MBENGUE, « Internet et enjeux culturels en Afrique », (AFRINET), Site Internet.

* 47 SOW I. A., Op. Cit., pp. 31- 32.

* 48 Cf. MBUMUA W.E, Op. Cit., p. 9.

* 49 Idem, p. 11.

* 50 FANON F., cité par JANHEINZ J., Muntu, L'homme africain et la culture néo-africaine, Paris, Seuil, 1958, pp. 130-131.

* 51 CHEIKH H. K., L'Aventure ambiguë, Paris, Juliard, 1961.

* 52 Cf. SOW I A., Op. Cit., p. 37.

* 53 DILLON W., cité par HOUPHOUET-BOIGNY F., Tradition et Modernisme en Afrique noire, Rencontre internationale de Bouaké, Paris, Seuil, 1965, p. 313.

* 54 MUDIMBE, L'Odeur du Père. Essai sur des limites de la science et de la vie en Afrique Noire, Paris, Présence africaine, 1982, p. 118.

* 55 TRAN VAN KHÊ, « les musiques d'orient malades du JULE-BOX », in Unesco, le courrier, Juin 1973, pp. 6-13.

* 56 JANHEINZ J., Op. Cit., p. 7.

* 57 JANHEINZ J., Op. Cit., p. 7.

* 58 DUMONT R., L'Afrique noire est mal partie, Paris, Seuil, 1962, p.210.

* 59HOUPHOUET-BOIGNY F., Op. Cit., p. 43.

* 60 LABURTHE-T. P., -BUREAU R., Initiation africaine, Supplément de philosophie et de sociologie à l'usage de l'Afrique noire, Yaoundé, Clé, 1971, p.257.

* 61 MOUELLE N.E., De la médiocrité à l'Excellence. Essai sur la signification humaine de développement, Yaoundé, Clé, 1972, p. 150.

* 62 DIAKHATE L., « Le processus d'acculturation en Afrique Noire », in Présence africaine, 4ème trimestre, 1965, pp. 68-81.

* 63 KI-ZERBO J., cité par LABURTHE-T. P., -BUREAU R., Op. Cit., p. 281.

* 64 PEELMAN A., Op. Cit., p. 114.

* 65 JEAN-PAUL II, « Diversité de cultures et respect réciproque » in DC, janvier 2001, n° 2239, p. 3.

* 66 LANTIER J., L'Afrique déchirée. De l'anarchie à la dictature de la magie à la technologie, Paris, Planète, 1961, p. 64.

* 67 SOW A., Op. Cit., p. 253.

* 68LABURTHE-T.P., -BUREAU R, Op. Cit., p. 112.

* 69 MUDIMHE V. Y., Op. Cit., pp. 110-111.

* 70 PAULME D., Dictionnaire de la philosophie africaine, Paris, Fernand Hazan, 1968, p. 218.

* 71 KEVIN WATKINS, « Identité culturelle », (PNUD), Site Internet

* 72 TEVOEDJRE A., cité par SOW I A., Op. Cit., p. 45.

* 73 Cf.LABURTHE-T.P, -BUREAU R., Op. Cit., p. 113.

* 74 Cf. SEYDOU B. K., cité par KEVIN WATKINS, (PNUD), Site Internet

* 75 Cf. HOUPHET-BOIGNY F., Op. Cit. , p.135.

* 76 LABURTHE -T. P., -BUREAU R., Op. Cit., p. 109.

* 77 TRAN VAN KHÊ, Op. Cit., p.11.

* 78 LABURTHE-T. P., -BUREAU R ., Op. Cit., p. 110.

* 79 AMADOU E., Théisme dans la conscience de l'homme Guiziga, GSSAM, inédit, MP 2001/2002, p. 92.

* 80 Pie XII, L'Éducation, la science et la culture, Fleurus, Paris, 1956, p. 169.

* 81 MBUMUA W.E., Démocratiser la culture, Yaoundé, Clé, 1974, p. 20.

* 82 Cf., LABOURTHE-T. P., -BUREAU R., Op. Cit., p. 240.

* 83 MBUMUA W.E., Un certain humanisme, Yaoundé, Clé, 1970, p. 26.

* 84 Cf. NJOH MOUELLE E., Op. Cit., p. 61.

* 85 CARRIER H., Lexique de la culture. Pour l'analyse culturelle et l'inculturation, Belgique, Desclée, 1992, p. 81.

* 86 Cf. DUMONT R., L'Afrique noire est mal partie, Paris, Seuil, 1962, p. 76.

* 87 TOWA M., « Le concept d'identité culturelle », in L'identité culturelle camerounaise, Yaoundé, 1985, p. 38.

* 88 TOWA M., Op. Cit., p. 38.

* 89 HOUPOUET-BOIGNY F., Tradition et Modernisme en Afrique Noire, rencontre internationale de Bouaké, Paris, Seuil, 1965, p. 42.

* 90Alpha SOW I A., Introduction à la culture africaine, Paris, Union générale d'éditions, 1977, p. 37.

* 91 MBUMA W.E., Démocratiser la culture, Yaoundé, Clé, 1974, p. 57.

* 92 CHEICK H. K., L'aventure ambiguë, Paris, Juliard, 1961, p. 41.

* 93 MBUMUA W.E., Un certain humanisme, Yaoundé, Clé, 1970, p. 26.

* 94 Cf. JANHEINZ J, Op. Cit., p. 13.

* 95 NJOH MOUELLE E., De la médiocrité à l'excellence, Yaoundé, Mont Cameroun, 1988, p. 50.

* 96 HAYFORT C., cité par SOW I. A., Op. Cit., p. 254.

* 97 MBUMUA W., Démocratiser la culture, Yaoundé, Clé, 1974, p. 7.

* 98 CARRIER H., Op. Cit., pp. 264-265.

* 99 CARRIER H., Lexique de la culture. Pour l'analyse culturelle et l'Inculturation, Bruxelles, Desclée, 1992,

p. 268.

* 100 HOUPHOUET-BOIGNY F., Tradition et Modernisme en Afrique Noire, rencontre internationale de Bouaké, Paris, Seuil, 1965, p. 313.

* 101 MBENGUE, « Internet et enjeux culturels en Afrique », Site Internet (AFRINET).

* 102 ATEBA E. C., Comprendre l'éthique. Du discours à la pratique, Sl, éd. A.M.M.-nov. 2001, p.80.

* 103 POUCOUTA P., « Afrique, quelles alternatives à la mondialisation ? », in Spiritus, 66, (mars 2002), p. 40-53.

* 104 KENMOGNE E., Comprendre la philosophie, Tome I, Presses universitaires de Yaoundé, 2000, p. 95.

* 105 MBUMUA W.E., Un certain humanisme, Yaoundé, Clé, 1970, p. 23.

* 106 FREYRE G., « L'expérience afro-brésilienne », in Unesco. Le courrier, Août-sept., 1977, p. 18.

* 107 MBUMUA W., Op. Cit., p. 22.

* 108 KI-ZERBO J., cité par MUDIMBE V., L'Odeur du Père, Essai sur des limites de la science et de la vie en Afrique Noire, Présence africaine, Paris, 1982, p. 102.

* 109 MBUMUA W., Op.Cit., p. 25.

* 110 PINDARE, cité par LABURTHE-T.P., -BUREAU R., Initiation africaine. Supplément de philosophie et de sociologie à l'usage de l'Afrique noire, Yaoundé, Clé, p. 283.

* 111 ATEBA E. C., Comprendre l'éthique. Du discours à la pratique, A.M.M.-nov., 2001, p. 86.