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Le FMI et la crise financière internationale depuis les années 80

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par Jean Bruno RAKOTOMALALA
Université Montesquieu Bordeaux IV - DEA 2004
  

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5. La crise argentine de 2001 :

Le cas de ce pays est très révélateur car réuni tous les facteurs déclencheurs d'une crise de troisième génération. Tous comme dans les autres pays, se trouvent au centre du déclenchement de la crise un taux de change fixe devenu progressivement irréaliste et un endettement extérieur insoutenable qu'il s'agisse des emprunts obligatoires du gouvernement, des lignes de crédits interbancaires ou des dettes contractées par les entreprises. La particularité de l'Argentine est le Currency Board, un système monétaire gageant chaque Peso sur un dollar américain. Dans un tel système, la monnaie locale est aussi bonne que la devise étrangère puisque chaque Peso émis par la Banque centrale corresponde à un dollar qu'elle détient en réserve.

Examinons alors la genèse et le manifeste de la crise. Afin de sortir du marasme économique et de l'hyper-inflation, l'Argentine avait opté dès 1991, pour un régime de Currency Board couplé à une libéralisation financière totale afin de voir les capitaux étrangers revenir alimenter l'activité économique. Le système de Currency Board permet de contrôler l'inflation et d'attirer des capitaux étrangers en offrant une garantie contre le risque de change. En outre, ce système retire toute latitude à la politique monétaire : ainsi toute entrée de capitaux entraîne une expansion de la masse monétaire et inversement.

Ces mesures, accompagnées d'un ensemble de privatisation apportent des recettes supplémentaires à l'Etat, connurent un vrai succès jusqu'en 1996. Malheureusement, les évènements qui suivent infligent au système politique argentin des pressions insoutenables.

Quatre choses externes surviennent successivement : les prix des produits primaires exportés par l'Argentine arrête de monter, la croissance américaine fait que le dollar américain s'apprécie à l'ensemble des monnaies, le coût du capital emprunté par les économies émergentes s'élève à la suite la crise asiatique, le premier partenaire commercial de l'Argentine, le Brésil dévalue le Real en 1999. [Gerard Mary Henry, 2003, p211].

Ayant été élu par un second mandat présidentiel en 1996, M.CARLOS MENEM qui s'est séparé de M.CAVALHO cherche à obtenir les soutiens politiques nécessaires pour un troisième mandat, pourtant proscrit par la constitution. Mais le système de Currency Board ne lui permet pas de faire « tourner la planète à billets » face à un déficit publique insoutenable (6% du PIB en 1996) et la hausse rapide des finances publiques s'explique par la progression du service de la dette, la montée du chômage, la reforme ambitieuse du système des retraites mais aussi pour l'augmentation des effectifs des fonctionnaires provinciaux et par la corruption. Dans le même temps, les recettes de l'Etat stagnent. Carlos Menem ne réussit pas à faire modifier les règles constitutionnelles en sa faveur, et fin 1999, il laisse la place à Fernand de la Rua, le candidat non péroniste de l'alliance qui ne bénéficie pas la majorité parlementaire au Congrès. M. De la Rua promet de réduire le déficit budgétaire, pour avoir le soutien du FMI alors que le pays est en récession.

Le 12 janvier 2001, le FMI annonce qu'il accepte d'augmenter la ligne de crédit de l'Argentine de 6,7milliards de dollars à 14milliards de dollars. Mais le rejet du congrès à majorité péroniste du programme budgétaire présenté par le Ministre de l'Economie, M. Lopez va faire disparaître la dernière chance de sauvetage de la crise d'émission.

M De la Rua, fait appel alors à Domingo Cavalho, l'artisan du miracle des années 1990. Il va prendre des mesures hétérodoxes pour relancer la croissance. Ainsi en dépit des règles de Mercosur , il augmente les tarifs douaniers pour protéger l'économie argentine, de son voisin brésilien10(*). Plus grave encore, il annonce le 19 juin 2001 que le Peso est désormais fixé par rapport à deux monnaies, le dollar et l'Euro, ce qui revient à détacher le Peso du dollar. Les investisseurs demandent ainsi une prime de risque élevée pour détenir des obligations argentines, ce qui fait monter les taux argentins à plus de 10 %. Ce n'est que le début de l'envolée des spreads de taux, au-dessus des taux américains correspondant ce qui aggrave encore la récession.

Les mesures dangereuses de D. Cavalho ne s'arrêtent pas là. Après l'éviction de Pedro Pou, le Gouverneur de la banque centrale a pris des mesures draconiennes.

Ainsi désormais, les banques sont contraintes d'échanger les obligations d'Etat qu'elles détiennent et qui rapportent en théorie, des taux d'intérêt élevé contre de nouvelles obligations dont le taux est fixé à niveau beaucoup plus faible. Les caisses de retraites sont également obligées d'acheter prioritairement les obligations d'Etat dont ne veulent plus les banques d'investissements étrangers.

Le FMI a décidé d'accroître le crédit stand-by de l'Argentine de 21,5 milliards de dollars et autorise un tirage immédiat de 6,3milliards de dollars. En décembre 2001, la convertibilité est suspendue, l'Argentine suspend le remboursement de sa dette et le gouvernement doit démissionner. La monnaie est dévaluée quelques semaines plus tard.Comme le suggère Kenneth ROGOFF, l'économiste en chef de FMI, dans le cas de l' Argentine, « le mixe de politique budgétaire, endettement et régime de change n'est pas soutenable ». D. Coher et Richard Portes poursuivent l'analyse : en maintenant obstinément le système du Currency Board durant ces années de récession tout en voulant faire face à ses contraintes de remboursement, le gouvernement fut finalement contraint de contingenter les retraits des dépôts bancaires des particuliers en décembre 2001, provoquant une crise sociale et politique qui n'est pas encore résolue. [ Richard Portes et D Cohen, 2003, p117]

La publication du «  Risque pays 2004 » du COFACE montre que l'Argentine présente encore un risque très élevé dans l'ensemble.

Si telle était la manifestation des crises multiformes depuis les années 90, quelles étaient leurs principales caractéristiques ?

* 10 L'Argentine a connu une forte baisse de la compétitivité, prix de ses exportations, à destinations du Brésil (qui en absorbait 30%) mais également les pays du Mercosur et l'Europe.

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