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Microfinance et développement: une mise en évidence théorique et empirique de la relation

( Télécharger le fichier original )
par Hermann-Didier TEBILI
Université Paul Cézanne Aix en Provence Faculté d'économie Appliquée - Master Institutions et Développement 2008
  

Disponible en mode multipage

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UNIVERSITÉ PAUL CÉZANNE AIX-MARSEILLE III
Faculté d'Économie Appliquée
Centre d'Analyse Économique

Mémoire de Master II: Institutions et Développement

THEME : MICRO FINANCE ET

DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE:

Une mise en évidence théorique et

empirique de la relation

Réalisépar: sous la direction de:

HermannTebili M. Antoine Gentier

Professeur de Sciences Economiques

Juin 2008

REMERCIEMENTS

Qu'il me soit permis ici de remercier très sincèrement:

-Monsieur. Antoine Gentier, Professeur de Sciences Economiques à l'Université d'Aix en Provence III pour avoir accepté parrainer ce travail, pour sa disponibilité, et enfin pour ses conseils utiles et avisés;

-Messieurs. Michel Lelart et Thierry Montalieu, Professeurs de Sciences Economiques à l'Université d'Orléans pour leur disponibilité intellectuelle et soutien.

-Tous les enseignants qui sont intervenus en Master 2 Institutions et Développement, pour la haute qualité de leur enseignement; particulièrement les Professeurs: Mme Elisabeth Krecké, monsieur Gerard Bramoullé, monsieur Jean Pierre Centi, monsieur Philippe Maître, monsieur Issa Ado.

Mes remerciements s'adressent également à tout le Centre d'Analyse Economique (CAE) Faculté d'Economie Appliquée (FEA) (Université Paul Cézanne Aix-Marseille III).

Tous ceux qui m'ont aidé dans la réalisation du présent travail à savoir: Kodjo Komna, Mendy Armand, Camara Abdoulaye, Eggoh Jude, Diarra Boubacar et Diallo Hawa.

Recevez le témoignage de ma reconnaissance et de ma profonde gratitude !

Listes des sigles et acronymes employés

ADIE : Association pour le Droit à l'Initiative Economique (France). BancoSol: Banco Solidario.

BCEAO: Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest. BRI : Bank Rakyat Indonesia.

CGAP: Groupe Consultatif d'Assistance aux plus Pauvres.

FCFA : Franc de la Communauté Financière africaine (CFA).

FECECAM: Fédération des Caisses d'épargne et de crédit agricole mutuel (Bénin). IMF: Institution de microfinance.

ONG: Organisation non gouvernementale.

PARMEC : Programme d'Appui à la Réglementation des Mutuelles d'épargne et de crédit. PED : Pays en voie de Développement

PME/ PMI: Petite Moyenne entreprise / Petite Moyenne industrie.

PNUD : Programme des Nations-Unies pour le Développement. SFD: Système Financier Décentralisé.

UEMOA: Union Économique et Monétaire des États d'Afrique de l'Ouest. UPI : Unité de production informelle.

USAID : Agence des États-Unis pour le Développement International.

À

La mémoire de ma cousine feue Gnahoré Marie Madeleine décédée en mars 2008 à Paris.

Sommaire

INTRODUCTION GENERALE 7

Chapitre 1: REVUE DE LITTERATURE SUR LA MICROFINANCE ET LE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE 12
Section 1 : Les arguments théoriques et pratiques favorables à l'impact de la micro

intermédiation sur le développement économique. 15

Section 2 : De la théorie à la pratique 37

Section 3 : analyses critiques microfinance et développement économique 54

Section 4 : Revue de littérature des études empiriques sur la microfinance et le développement 59
Chapitre 2: L'INTEGRATION DE LA MICROFINANCE DANS LES SYSTEMES

FINANCIERS 71

Section1 Les IMF partie intégrante de la finance globale des PED 71

Section 2.Difficultés et risques posé par cette intégration 78

Section 3 l'articulation banque et institution de microfinance: l'exemple de l'UEMOA

84
Chapitre 3: EVALUATION EMPIRIQUE DES IMF DANS UNE STRATEGIE DE

DEVELOPPEMENT 98

Section 1 la performance des IMF : une efficacité sujette à question 98

Section 2 : Propositions destinées à améliorer l'efficacité de la microfinance 107

Chapitre 4: PERSPECTIVES: L'ÉTAT ET LES INSTITUTIONS DE MICROFINANCE 110

Section 1. Les bases analytiques de l'intervention de l'État 110

Section 2 analyse de l'action des pouvoir public en faveur des systèmes financiers décentralisés : cas de l'Afrique de l'ouest. 114
Section 3 : les relations à promouvoir entre l'Etat, les Banques et les institutions de

microfinance 120

Conclusion générale 128

INTRODUCTION GENERALE

De nombreux travaux ont été réalisés pour mettre en évidence le rôle de la microfinance dans l'économie des pays. Ceci afin d'identifier la relation qui existe entre la microfinance et le développement économique d'une nation en prenant bien sûr en compte les modifications macro financières liées à la globalisation, notamment dans les PED où les politiques économiques et sociales mises en oeuvre n'ont pas permis d'améliorer de manière significative les conditions de vie des populations les plus démunies, la microfinance semble aujourd'hui un rempart contre les maux dont font face ces PED. En effet, pour réduire la pauvreté, de nombreuses interventions sont possibles.

Cependant, l'un des principaux obstacles à une participation accrue des plus défavorisés au développement économique dans les pays du sud est leur difficulté à accéder à des ressources financières. La majorité des populations du sud n'intéresse pas le secteur bancaire classique. Par exemple, en Afrique, 90% de la population, voire 100% en milieu rural n'ont pas accès aux services financiers des banques [Gentil et Servet 2002]. Cela n'est pas le résultat d'une volonté d'exclusion des banques, mais provient du fait qu'offrir un tel service n'est pas rentable financièrement pour une banque soumise à des contraintes de rentabilité et à certains ratios prudentiels. En effet, du fait de leur pauvreté assez élevée, il leur est difficile voire impossible de donner une garantie matérielle dont la valeur permettrait de couvrir le montant du prêt en cas de défaut. A cela, s'ajoute l'impossibilité de la banque de sanctionner l'emprunteur au-delà de la perte de l'accès au crédit. Car des sanctions supplémentaires engendreraient des coûts supérieurs au montant du prêt. Enfin, les coûts des transactions individuelles de ces prêts de petites tailles sont très élevés pour les banques commerciales. D'où l'émergence de la microfinance qui apparaît comme un secteur intermédiaire pouvant satisfaire les besoins de services financiers pour la majorité de ceux qui n'ont pas accès au secteur bancaire classique.

La microfinance s'est développée en tant qu'approche de développement économique et s'intéresse spécifiquement aux populations à faible revenu. En effet, la plupart des institutions de microfinance sont lancées avec la motivation initiale de réduire la pauvreté et prennent des mesures pour s'assurer que les gens très pauvres soient desservis. En Afrique, la majorité des entrepreneurs est de « petites tailles » et leurs demandes financières ne sont pas satisfaites par les banques classiques. Leur financement pour la plupart du cas, est assuré par la microfinance. Ainsi, la microfinance se justifie d'un double point de vue. D'une part, elle offre des services financiers que les secteurs bancaires ne peuvent pas donner à une large partie de la population pauvre.

D'autre part, elle semble être la seule voie de financement pour les microentreprises du secteur informel. Dans un système financier mal structuré dans la plupart des PED, la micro finance permet une meilleure allocation des ressources.

Les États industrialisés et les institutions financières internationales acceptent à présent les microcrédits comme un instrument de développement à part entière.

Ainsi, l'USAID (United States Agency for International Development) a crée un programme de micro entreprises en Afrique, Asie, Moyen Orient, et en Europe de l'Est, en investissant 138 millions de $ dans une quarantaine de pays en 1996.

Pour sa part, la banque mondiale a octroyé 218 millions de $ en 2005 pour toucher 100 millions de ménages pauvres, dans le cadre des activités de la microfinance.

Toutefois, contrairement à ce que l'on pourrait penser, les microcrédits ne sont pas destinés uniquement aux pays du tiers monde. En effet, la microfinance existe même dans les pays occidentaux. On note la présence d'institutions de microfinance appelées institutions de crédits solidaires en France tel que l'association pour le droit à l'initiative économique (Adie France). Les institutions de microfinance se retrouvent également aux Etats unis. En effet, il existe plus de 400 programmes de micro crédits [Himes and Servon, 1998]. En 1996, ces programmes ont octroyé plus de 44 millions de dollar à 200 000 personnes [Edgcomb, Klein et Clark 1996]. Ainsi, on voit que le phénomène du micro crédit est planétaire.

A l'heure actuelle, la microfinance en est à une phase critique de son développement. Elle a fait ses preuves, à travers différentes approches, de sa capacité à fournir des services financiers à des familles marginalisées économiquement. Le défi actuel de la plupart des institutions de microfinance (IMF) est celui de l'institutionnalisation et de la pérennité. Or, l'histoire récente de la microfinance fournit des exemples de réussites mais reste émaillée aussi de crises et de faillites. La pérennité des IMF requiert non seulement la pérennité financière et l'adaptation aux cadres juridiques existants, mais aussi une vision stratégique claire et une organisation transparente, efficace et acceptée par tous les acteurs directs ou stakeholders (salariés, clients, opérateurs, bailleurs ou actionnaires).

Néanmoins, le contenu du débat n'est pas encore épuisé et de nombreuses interrogations subsistent encore sur le sujet. En effet, il est aujourd'hui difficile d'identifier le niveau de développement micro financier qui va favoriser le développement économique optimal et durable. De même le niveau de développement économique nécessaire pour un développement microfinancier stable reste encore une persistante question.

L'objet de ce projet mémoire est de mesurer l'impact du développement microfinancier sur le développement économique et ses implications sur l'essor économique d'une nation au

cours de ces dernières décennies et définir les seuils optimaux de développement microfinancier et économiques.

Trois orientations possibles seront données à cette recherche:

· Une orientation microfinance et développement économique et;

· Une orientation en termes d'implication de la microfinance sur le développement économique et financier.

· Aspect d'instabilité financière que peut engendrer l'essor de la microfinance dans une économie fragile qui celle pour la plupart des PED.

Pour ce faire, dans la présente recherche nous ferons une étude empirique approfondie avec une analyse du contexte général et la situation de pauvreté, tout en considérant les microcrédits comme instruments de lutte contre la pauvreté en utilisant un certain nombre d'outils économétriques.

C'est dans ce courant de littérature théorique et empirique, qu'il faudra inscrire le présent mémoire qui s'investira à faire une étude minutieuse et approfondie de la relation entre le développement micro financier et le développement économique; un intérêt particulier sera accordé à l'analyse de cette relation dans les PED.

Pour des auteurs tels que Mac Kinnon [1973] et Shaw [1973], le développement financier notamment micro financier est favorable à la croissance économique ; par contre Demirgüç-kunt et Detriagiache [1999], Kaminsky et Reinhart [1999], et Stiglitz [2000] montrent que le développement financier engendre l'instabilité financière qui serait néfaste à la croissance économique surtout dans le cas des économies en développement. A la lumière des résultats que nous allons obtenir, il nous semblerait judicieux d'étendre les investigations à des variables de structurations financières plus larges afin de déterminer d'une part les indicateurs de développement micro financier qui favorisent et ceux qui pénalisent le développement économique et d'autres part les indicateurs dont l'instabilité serait néfaste ou non aux économies. Ce qui permettra de tirer des conclusions tranchées sur la relation entre la microfinance et le développement économique et améliorera l'efficacité les décisions économiques et financières à prendre par les autorités politiques dans ce domaine.

Pour revenir à l'orientation, le présent mémoire sera orienté suivant trois axes principaux de recherche à savoir:

- L'investigation et la contribution des sources possibles au développement économique; - L'impact de la microfinance sur le développement économique et financier;

- L'évaluation empirique approfondie de la relation entre les indicateurs de développement micro financier et du développement économique.

Objectif

L'objectif de ce mémoire est de réaliser une investigation des sources ou facteurs possibles de développement économique à travers une analyse théorique et empirique approfondie de la relation entre la microfinance et le développement économique et d'évaluer les implications financières pour les PED.

Méthodologie

La démarche méthodologique que nous envisageons utiliser au cours de ce mémoire est multiforme:

· D'abord nous aurons recours à une analyse théorique où nous allons présenter un ensemble de concept en matière de développement économique et financier suivi d'une description des systèmes de micro financement et de la clientèle cible.

· Ensuite, une évaluation empirique de la relation entre les indicateurs de la microfinance et du développement économique; nous permettra de confronter les résultats théoriques obtenus dans les premières parties aux faits empiriques. A ce niveau, nous allons accorder un intérêt particulier à l'impact du développement du microcrédit sur le développement économique. Nous réaliserons des tests de causalités de Granger pour appréhender la relation entre le développement microfinancier et le développement économique.

Intérêt du sujet

L'intérêt du sujet est multiple: il se situe au coeur du débat sur les apports de la microfinance et de son utilité dans le processus de développement des PED. Il permettra de répondre à une série d'interrogation à savoir si le système de microcrédit permet ou contribue t'il au développement? Si ces crédits servent effectivement d'outil de développement, ceci dépend de quels facteurs et à quelles conditions? Ce qui constitue quand même un défi compte tenu de la portée des résultats à obtenir et des recommandations de politique économique qui vont découler. A cette date, il faudra toutefois le signaler, très peu de travaux tentent de mettre en lumière la microfinance en tant qu'outil ou instrument de développement économique et se contentent de l'admettre comme un postulat.

Notre souci à nous est de nous interroger sur le contenu et l'efficacité du microcrédit. Est -il vraiment une solution pour le développement et si oui alors à quelles conditions ? De plus, il y a une récupération du microcrédit par les organismes internationaux et grandes banques compte tenu de son facteur rémunérateur, est que cela ne constitue-t-il pas un danger pour les pauvres? Le microcrédit, s'il a un effet positif sur le développement social, est il aussi créateur

d'entreprises, et donc d'emploi, et si oui à quelles conditions? Ce sont quelques-unes des interrogations que notre mémoire se propose d'éclaircir.

Le présent mémoire sera structuré de la façon suivante:

· D'abord, dans un premier chapitre, nous présenterons une revue de littérature théorique et empirique sur le lien entre la microfinance et le développement économique.

· Ensuite, un deuxième chapitre sera consacré à la prise en compte de la microfinance comme partie intégrante de la finance globale dans les PED.

· Le troisième chapitre établira le bilan empirique de la microfinance.

· Enfin, le dernier chapitre traitera lui des perspectives et recommandations en termes de politiques économiques pour promouvoir ce secteur.

Chapitre 1: REVUE DE LITTERATURE SUR LA MICROFINANCE ET LE
DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE

Ce premier chapitre sera divisé en quatre sections. D'abord, nous présenterons les arguments théoriques et pratiques favorables à l'impact positif du développement de la micro intermédiation sur le développement économique et leurs analyses critiques, ensuite nous passerons en revue des études empirique d'impact.... Mais avant, nous allons présenter la définition de quelques concepts indispensables à la compréhension de ce mémoire.

Définition et concept

Le Microcrédit et la Microfinance

Dans la littérature contemporaine, il n'y pas de consensus parmi les professionnels pour définir ce qu'est le microcrédit et de manière plus général la microfinance. En effet, les un sont influencés par les dirigeants du sommet mondial de Washington estiment que tout crédit de plus de 100 dollars n'est plus du microcrédit. Dans cette catégorie se trouvent l'expérience de crédit de la Grameen Bank et les organismes prêtant aux femmes pour le petit commerce ou des microprojets. L'autre catégorie beaucoup plus nombreuse, prêtent des sommes allant de 100 à 5000 voire 10 000 dollars et considèrent leur prêt comme du microcrédit. Cependant, même si chaque acteur tente de définir à sa façon le microcrédit, on peut admettre qu'il s'agit d'un petit crédit, d'un montant peu élevé, sensiblement inférieure au crédit qu'une entreprise ou un ménage peut solliciter auprès d'une banque classique dans un pays donné1. Il peut être demandé pour toutes sortes de raisons, mais il l'est principalement pour développer une activité génératrice de revenus. Le microcrédit est orienté souvent vers le financement d'activités existantes que la création de nouvelles activités. Ce crédit est sollicité par des personnes dont le revenu est relativement bas, c'est pourquoi le microcrédit est considéré comme un crédit pour les pauvres et qu'on le présente comme un moyen de lutte contre la pauvreté. Bien que la distinction dans la littérature n'est pas évidente entre microcrédit et microfinance, la microfinance peut se définir comme étant la mise en pratique de service financiers ou non financiers2, tels que l'épargne, le crédit et autres services financiers de base, à petite échelle, destinés à des personnes à faible revenu et aux plus pauvres notamment pour les PED.

1 Ce montant peut varier dans le portefeuille d'une même institution de microcrédit, à l'intérieur d'un même pays et encore plus entre pays. Dans le cas du Burundi, par exemple, les plus petits montants avoisinent les 10 dollars US et les montants les plus élevés tournent autour de 3000 dollars US.

2 Les services non financiers qui peuvent être proposés par les IMF sont par exemple: la formation aux entrepreneurs, les cours d'éducation à la santé et à l'hygiène.

Les institutions de microfinance représentent un éventail d'organisations (les organismes non gouvernementaux, les coopératives d'épargne et de crédit, les banques privées commerciales, les institutions financières non bancaires, et certaines banques d'État) dont l'objectif est d'offrir ces services aux plus grand nombre de personnes pauvres.

La microfinance, en tant qu'approche du développement économique est partie d'un constat: une majorité de la population est exclue de l'accès au crédit bancaire. On estime, en effet, que près de 500 millions de personnes pauvres et économiquement actives ne peuvent accéder à des services financiers, ce qui représente un frein au développement de leurs activités. On parle de creux bancaire pour désigner cette exclusion du système financier classique. En effet, les petites sommes demandées par les emprunteurs, l'absence de garanties à offrir et la nature souvent risquée du projet rebutent les banques commerciales traditionnelles. De fait, on peut dire que la microfinance est étroitement liée à l'activité des travailleurs du secteur informel, et au processus de libéralisation financière entrepris dans les PED depuis les années 80.

En somme, on peut affirmer que l'émergence et le développement de la micro intermédiation n'est qu'une émanation de la libéralisation financière3 entreprise dans les PED et parfois même une réponse endogène critique à la politique de répression financière et des programmes d'aide qui privilégient une approche subventionnée du crédit par l'État et qui ce sont avéré un échec. La plupart de ces programmes n'ont pas atteint les résultats escomptés et se sont révélés peu durables. C'est pourquoi la microfinance n'est véritablement née que dans les années 80, comme une réponse critique. De nouveaux intermédiaires spécialisées ont émergé dans un contexte de libéralisation financière pour offrir des services financiers de base, aux montants réduits. Ainsi, bien que ce mémoire traite spécialement des effets du développement de la microfinance sur le développement économique, nous ferons souvent référence à la libéralisation financière, chaque fois que le besoin se fera sentir afin d'expliciter certains faits dans les plus ample détails. Ceci pour mieux comprendre pourquoi, où à quelle condition la microfinance, conçue initialement comme une facilité de paiement, les organismes d'aide internationale, mais aussi les banques privées l'utilisent pour en faire un moyen de financement du développement. C'est à dire aujourd'hui comprendre le fait que la microfinance fait partie intégrante des politiques de développement des pays et s'est aussi imposée comme un vecteur efficace de réduction de la pauvreté.

Le développement économique

Pour définir le développement économique, on peut dire que le développement, c'est d'abord un mouvement, et que c'est un mouvement qui ne peut que s'apprécier sur une longue

3 Pour la revue de littérature, cf. B. Venet, 1994.

période en témoigne l'exemple de l'Europe. Cependant, le développement, comme le disait F. Perroux [1969] est : « l'ensemble des changements sociaux et mentaux d'une population qui la rendent apte à accroître cumulativement et durablement son produit réel global». De plus ces changements modifient les objectifs, contraintes et règles du système économique. Dans la littérature économique, le développement est souvent associé à la croissance (PIB en volume).Toutefois, il faut souligner que le développement n'est pas la croissance, bien que celle-ci soit indispensable à son aboutissement. Mais dans la littérature économique beaucoup d'auteurs confondent les deux compte tenu de la liaison entre les deux. Or, il est important de préciser que la croissance porte sur une augmentation quantitative des ressources disponibles d'une économie sur une période donnée, tandis que le développement, comme nous l'avons déjà évoqué recouvre l'ensemble des mutations qui affectent tous les domaines de la vie d'une société de manière positive. Donc, la mesure du développement est multidimensionnelle, et à la croissance du PIB, il convient d'ajouter d'autres indicateurs, notamment les indicateurs composites (IDH4) qui permettent d'aller au delà de la seule donne macroéconomique. Ces indicateurs prennent en compte le développement humain. En effet, on retient essentiellement trois variables : l'espérance de vie, l'éducation et le revenu. A cela s'ajoute d'autres dimensions pas forcément mesurable (exemple, la religion, la culture) et leur impact sur le développement.

En résumé, « le développement est un processus de transformation quantitatif et qualitatif. Il allie progrès économique et transformations sociales. Il ne saurait se réduire à la seule croissance du produit, ni à la seule couverture des besoins biologiques de l'homme. Il implique des changements structurels et l'atteinte d'objectifs clairement exprimés. »5.

Enfin, nous dresserons un bilan empirique des théories économiques qui sous-tendent l'économie du développement en prenant compte le contexte intellectuel et son évolution.

4

IDH correspond au sigle de l'indicateur du développement humain proposé par le PNUD en 1990 qui utilise une moyenne pondéré de l'espérance de vie à la naissance,du niveau d'éducation et du PNB par habitant comme mesure du bien être d'une population

5

L. Abdelmalki, P. Mundler, Economie du développement-Les théories, les expériences, les perspectives, Hachette,

Paris, 1995, p32.

Section 1 : Les arguments théoriques et pratiques favorables à l'impact de la micro intermédiation sur le développement économique.

Cette section nous permettra de faire un large tour d'horizon de la littérature théorique faisant les liens entre l'économie réelle et économie financière dans le processus de développement économique. On s'appuiera sur les travaux réalisés sur le développement financier en prenant en compte la situation particulière des pays pauvres qui tient à l'émergence de la micro intermédiation dans ces pays. Pour mieux visualiser l'impact de la micro intermédiation et sa justification aussi bien d'un point de vue théorique que pratique, il faille tout d'abord de dresser un bilan de la littérature (1), avant d'analyser plus en détail le rôle de la structure du système financier (2), c'est-à-dire l'architecture financière des dits pays pour approfondir la compréhension. On s'intéressera par ailleurs aux préconisations théoriques en termes de politiques de développement (3) et leurs misent en oeuvres ainsi que les conséquences économiques et sociales. Le chapitre traite du financement de l'économie avec un intérêt pour les services financiers dit informelle indispensable à la croissance.

§1-un tour horizon théorique

A/Aux origines des théories du développement

On a l'influence des théories de la croissance sur l'économie du développement qui se traduit par la problématique de l'accumulation. Cette approche originelle envisage le sous développement comme un état de sous accumulation qu'il conviendrait de dépasser. C'est en ce sens que les pionniers du développement de Nurkse à Rostow considèrent un rôle central à détention et à l'accumulation du capital. Pour eux, le sous développement est envisagé comme un état de sous accumulation qu'il convient de dépasser. A ce propos le sous développement est vue comme : « la résultante d'un équilibre suboptimal (cercles vicieux de Nurkse) ou d'un simple retard (étapes de la croissance de Rostow) ».6 Ces auteurs mettent en avant la faiblesse du revenu qui serait à l'origine de blocages qui entretiendrait la situation de sous-développement.

Cette faiblesse de revenu a une incidence sur la capacité d'épargne qui se trouve être réduite qui elle-même à une conséquence sur le financement disponible. Du coup, on constate que cette faiblesse de revenu impacte sur le niveau de demande solvable qui se trouve elle aussi réduite.

6

Cf. Thierry Montalieu [2001, p68].

Nous constatons que les comportements d'offre et de demande de capital contribuent à définir un bas niveau en matière d'investissement. À cela s'ajoute l'étroitesse des marchés qui n'incite pas les entrepreneurs à développer des projets.

La faiblesse de l'investissement ne permet pas un accroissement de la productivité du travail, déjà pénalisée par une sous accumulation de capital humain. Le pays se trouve piégé dans une succession de cercle vicieux qu'il faudra briser. Cependant, pour briser ces cercles, cela nécessite d'accroître les capacités de financements qui passent par des réformes financières et l'attraction des capitaux étrangers par exemple, ainsi que d'un élargissement du marché intérieur. Tout ceci en améliorant les infrastructures du capital humain que sont la santé et l'éduction.

Cette approche constitue la première tendance de l'économie du développement dans laquelle l'accumulation du capital joue un rôle central.

B/Les approches « récentes » du développement économique

1- L'approche néolibérale : libéralisation financière et non intervention de l'état

Pour l'approche néolibérale développé par Mac Kinnon [1973] et Shaw [1973], la promotion de la croissance financière est une composante essentielle de la croissance et donc du développement des PED. De fait ils s'opposent à l'approche d'inspiration libérale traditionnelle (néoclassique et keynésienne), fondé sur une politique d'incitation à l'investissement. Pour rappel, l'approche d'inspiration keynésienne accorde un rôle déterminant à l'investissement en préconisant la faiblesse des taux débiteurs imposée aux entreprises qui limiterait le coût du crédit et garantirait une demande d'investissement élevé. Puisque du point de vue keynésien, l'investissement est une composante de la demande globale et donc de production. Un faible niveau de développement économique est imputable à une insuffisance du taux d'accumulation du capital. Le rôle de la politique monétaire se résumerait à une offre abondante de monnaie afin de faire baisse le taux d'intérêt (coût du crédit) et ainsi encourager la demande de bien d'investissement.

Schématisation de l'approche keynésienne

La consommation Accroissement de L'offre de monnaie

Baisse du taux d'intérêt

Baisse de
l'épargne

Augmentation de l'investissement

augmentation

Réalisation : auteur

2-L'approche d'inspiration néoclassique

Cette approche soutient que la monnaie et le capital sont deux actifs substituables, le maintien de taux d'intérêt réel négatif sur les dépôts monétaires favorisera l'accumulation du capital. Donc, la monnaie est un actif du patrimoine, c'est à dire une forme de richesse, acquise en compétition avec les autres biens (actifs financiers et actifs physiques). La monnaie fait donc partie intégrante de la théorie du portefeuille dont le choix est guidé par l'utilité que sa détention procure. Alors, la détention de monnaie dépend du couple rentabilité-risque. Par conséquent, la demande de monnaie dépend donc du niveau de taux d'intérêt sur les dépôts monétaires comparativement aux autres actifs du portefeuille et du taux d'inflation qui représente sa perte de valeur. Donc pour inciter les agents à détenir moins de monnaie, il est nécessaire de réduire le rendement réel des encaisses monétaires en augmentant la masse monétaire. De cette baisse résultera un excèdent d'encaisse qui sera affecté à l'achat d'actifs physiques ou à l'acquisition d'actifs financiers émis en contrepartie d'investissement réel.

Les agents économiques étant supposé rationnel, donc pour accroître le taux d'accumulation du capital physique, il faudrait rendre les encaisses monétaires moins attrayantes en baissant leur rendement en adoptant une politique du taux d'intérêt bas ou une politique monétaire inflationniste. D'ailleurs, les deux approches (keynésienne et néoclassique) recommandaient en matière de politique monétaire un plafonnement des taux d'intérêt débiteur et créditeur et une taxe inflationniste sur les encaisses monétaires. Ces pratiques financières constituent les pratiques les plus courantes de répression financières suivies par la plupart des PED visant à fournir aux investisseurs des ressources à faibles coûts. Elles débouchent sur un

système financier réglementé avec une forte intervention des pouvoirs publics. Ces derniers interviennent dans la répartition sectorielle du crédit sur la base de critères qui ne sont pas ceux du marché. Les banques sont obligées de financer des projets à rendement faible mais jugés prioritaire par l'État tels que l'agriculture, le tourisme, les entreprises publiques....Avec une obligation faite à celle-ci de constituer des réserves qui servent à financer à moindre coût les déficits publics. C'est justement, ce que rejettent les auteurs néolibéraux, en considérant comme faisant partis de la répression toutes politiques et réglementations qui empêchent les intermédiaires financiers d'opérer en accord avec leur potentiel technologique. De fait, cette approche considère que les politiques de répression financière constituent un obstacle au développement économique et entraînent des coûts que l'on peut classer en quatre catégories:

· Des coûts en termes d'efficience qui sont liés aux distorsions des taux d'intérêt. Les plafonnements des taux créditeurs des banques limitent les dépôts monétaires effectués par les épargnants. Cette réduction de la collecte des dépôts se répercute à son tour sur l'offre de crédit des intermédiaires financiers

· Les politiques de plafonnement de taux d'intérêt bas exercent un effet dissuasif sur l'épargne ce qui compromet les perspectives de croissance et donc de la production qui génère à son tour une baisse de revenu et ainsi de l'épargne.

· Le plafonnement des taux ne permet pas aux banques de tenir compte du risque dans leur tarification du crédit. Du coup, elles sont encouragées à financer des projets peu risqués et peu rentables, ce qui représente un frein au développement des activités. Les banques sont à la solde du gouvernement qui les force à financer des projets à faibles rendements mais jugés prioritaires par l'état.

· Le maintien de taux créditeurs et débiteurs très bas, exercent des effets dissuasifs sur l'épargne financière et la politique de crédit des banques ce qui entraverait le développement financier et par ricochet le développement économique.

§2. Fondements analytique du rationnement du crédit: La microfinance une réponse aux rationnements du crédit

La littérature économique présente le rationnement du crédit sous plusieurs angles. Sans choisir une exclusivement, nous retiendrons deux qui seront exposés à partir des modèles néolibéraux de la répression financière et du comportement de la firme bancaire en situation d'asymétrie informationnel.

A/Libération financière versus répression financière et l'exclusion du marché du crédit

Dans la littérature économique, les travaux sur l'impact du développement financier sur le développement économique par le canal de la croissance sont légions (abondants). A cet effet, on peut dire que Schumpeter [1911,1959] est sans doute l'auteur précurseur dans la mesure où il avançait que les services financiers étaient indispensables à la croissance où ils améliorent la productivité en encourageant l'innovation technologique et en identifiant les entrepreneurs par son processus de sélection des meilleurs projets à financer. On trouve déjà chez lui une analyse substantielle du rôle du crédit dans la mesure où il y a une liaison entre production et crédit. Car la production nécessite du crédit, et son accès n'est pas chose évidente surtout dans les PED. Il déclarait::

« ... Can only become an entrepreneur by previously becoming a debtor... W7hat (the entrepreneur) first wants is
credit. Before he requires any goods, whatever, he requires purchasing power. He is the typical debtor in capitalist
society.» (page 102).

Il faut préciser qu'il place l'activité bancaire au centre de ce processus en déclarant que: «...The banker is not so much primarily the middleman in the commodity (purchasing power) as a producer of this commodity... He is the ephor of the exchange economy.»(p.74). De plus, Schumpeter considérait en effet que l'entrepreneur et le banquier représentaient les deux acteurs clé du processus d'innovation dans la mesure où ils sont complémentaires.

Après lui, il faut dire que les travaux se sont plutôt concentrés sur le rôle de l'entrepreneur. La littérature sur le système financier connaît un renouveau dans la seconde moitié du 20eme siècle, avec d'autres auteurs qui ont tenté de mettre en évidence la relation positive entre le secteur financier et le secteur réel.

A ce sujet on peut évoquer les travaux de Shaw [1960] qui traite du rôle de l'activité d'intermédiation sur la croissance. Il nous explique que l'activité d'intermédiation permet de résoudre la double coïncidence des besoins comme dans une économie de troc. En effet, en absence d'intermédiaire financier, il faudrait que le prêteur rencontre le demandeur de crédit qui puisse être d'accord pour emprunter le montant proposé par le prêteur, au taux d'intérêt et pour la durée qu'il souhaite ; ce qui n'est toutefois pas évident. Les intermédiaires financiers par contre permettent de régler ce problème, en collectant et en centralisant l'épargne des agents excédentaires et en octroyant des crédits aux agents déficitaires.

Goldsmith [1969] consacre une étude importante au rôle de la structure financière dans les PED. Ces pays sont caractérisés par un sous développement financier. AKerlof [1970] estime que

le marché du crédit dans les PED est semblable au marché des «lemons ». Il pense que le développement des intermédiaires financiers pourrait par le biais des contrats révélateurs qu'ils auront proposés aux agents les amèneraient à déclarer les vrais informations sur leur type. Puis arrive Mac Kinnon [1973] et Shaw [1973] qui eux ont travaillés sur la question du développement financier en préconisant avec leur paradigme de «répression financière » que la libéralisation du secteur financier est un moyen efficace pour accélérer la croissance. Cette approche a reçue un écho très favorable auprès de grands organismes internationaux comme la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International qui les prescrivaient pour régler les problèmes de croissance faible dans les PED au début des années80.

Pourtant à cette même époque déjà, des auteurs tels que L. Taylor [1983] et Van Winjbergen [1983] commencent à contester le bien fondé de la libéralisation financière en s'appuyant sur une vision structurelle de l'économie. Tout en estimant que cette politique conduirait à un ralentissement de la croissance économique.

C'est dans ce contexte intellectuelle que les modèles beaucoup plus récents de N. Roubini et Sala-i-Martin [1992] viennent enrichi l'approche initiale de Mac Kinnon et Shaw. L'objectif de leur modèle est de montrer les distorsions exogènes sur les marchés financiers avec pour eux «l'existence d'une répression financière » sur la croissance. En effet, la répression financière se caractérise par la fixation des taux réels en dessous de leur niveau d'équilibre(plafonnement des taux), politique d'allocation sélective du crédit avec obligation faite prioritairement de financer les projets gouvernementaux, très peu rentables. On a un protectionnisme financier et le gouvernement y voit un moyen privilégié d'avoir accès à des ressources bon marché, donc peut avoir un intérêt a empêché le développement du secteur financier dans la mesure rend la perception de l'impôt de l'inflation plus difficile. Donc en somme la répression réduit la formation du capital, biaise les choix techniques au détriment des activités intensives en main d'oeuvre et conduit à des investissements intensifs en capital et de mauvaise qualité.

Selon ces auteurs, c'est ce qui expliquerait les écarts de développement entre les différents pays. De plus, la répression financière va de main mise de l'État sur le système financier à la pure nationalisation des Banques. Une économie réprimée financièrement comme se fut le cas dans les PED avant les libéralisations se caractérisaient par le fait que les « canaux d'épargne » sont souvent sous développés où l'épargne n'assure pas une allocation optimal de celle-ci grâce à des moyens compétitifs; les entreprises sont découragés à investir parce que de mauvaises politiques financières réduisent ou les rendent excessivement instables » comme le souligne Dornbush et Reynoso [1989]. Alors libérer les marchés financiers va permettre la croissance de l'investissement et donc favoriser le développement. Il faut remarquer que l'ensemble de cette

théorie de libéralisation suppose une croissance entre taux d'intérêt réel et épargne. Cette approche prend uniquement en compte que l'effet de substitution qui implique que un accroissement de l'épargne lorsque sa rémunération s'accroît. Il faudra ajouter l'effet revenu qui agit en sens inverse et implique une relation plutôt décroissante entre épargne et taux d'intérêt réel. Du coup on arrive à un résultat ambigu, sauf à considérer comme Mac Kinnon que l'épargne est initialement faible dans les PED que l'augmentation de sa rémunération ne peut qu'avoir un effet positif.

Cependant, l'approche de Mac Kinnon et Shaw est fondé sur l'hypothèse implicite que le marché financier est un marché parfait ce qui est loin d'être réaliste. Stiglitz et Weiss [1981] ont montré qu'il pouvait exister un rationnement de crédit, même sur les marchés de crédit compétitifs du crédit. Ce qui induit que la libéralisation peut s'avérer inefficace compte tenu des imperfections du marché de crédit. Stiglitz et Weiss [1981] furent les premiers auteurs à montrer que les déséquilibres des marchés financiers sont la cause de l'échec des politiques de libéralisation financière.

Bien avant, de développer le modèle de Stiglitz et Weiss, il faut rappeler que d'autres auteurs ce sont aussi intéressés à l'échec des politiques de libéralisation financière. Cho [1986] souligne que « les régimes seuls d'intérêt libres ne sont pas suffisants pour assurer une allocation optimale complète du capital lorsqu'il existe des imperfections d'information. Les banques vont éviter de financer de nouveaux groupes d'emprunteurs productifs parce qu'ils seront perçus comme trop risqués, et cela même si les banques sont neutres au risque ou qu'il n'existe pas d'administration des taux d'intérêt»7.Ce qui pose le problème du fonctionnement des banques privées sur un marché libre et justifie l'intervention de l'État comme une réponse aux imperfections des marchés.

Mankiw [1986], considère que l'inefficience dans les mécanismes d'allocation du crédit sur le marché financier due au fait que les emprunteurs disposent de plus information sur leur risque que les prêteurs, peut être améliorée grâce à une intervention étatique.

Enfin, le courant de pensée néo structuralistes, attribue l'échec des politiques de libéralisation financière dans les PED au fait qu'il néglige un des aspects structurels les plus caractéristiques de ces économies qui est l'existence d'un secteur informel. Pour les tenants de l'approche Mac Kinnon/Shaw, ce dualisme financier n'est qu' « avatar de la répression financière et de la fragmentation de l'économie ».8De plus la Banque Mondiale [1989] a adhérée à cette approche en stipulant à cet effet que : « l'existence de marchés informels est souvent un signe de la répression financière ».9 Shaw renchérit en disant : « le secteur informel qui ne constitue qu'un substitut imparfait aux actifsfinanciers

7 1986, pp. 196-197

8

Op. cité par B. Venet (200)

9 1989, p 67

va devoir faire face à la concurrence accrue d'un secteur financier organisé plus libéralisé10 ». Ainsi, il suggère une disparition à terme du secteur informel compte tenu de la substituabilité et la croissance du secteur officiel suite à la libéralisation. Cependant, Jensen [1989] souligne que « l'existence de marché financier non officiel n'estpasforcement la preuve nécessaire de la répression financière, mais plutôt la manifestation d'une organisation particulière de production et de marketing» (op.cité.page 9). En effet, le courant néo structuraliste critique la libéralisation financière en intégrant le secteur informel dans le système financier global.

B/Le courant de pensée néo structuralistes et l'importance des marchés financiers informels

Le courant néo structuralistes, avec pour chef de fil Taylor [1983] rejettent l'argument souvent avancé selon lequel la structure financière des PED serait la cause de leur sous développement. Pour eux, les marchés informels (caractéristiques de sous développement financier) déterminent le taux d'intérêt nominal qui provient de l'égalisation entre l'offre et la demande de crédit serait un facteur de croissance économique, et loin d'être un handicap au développement économique. Ainsi, Fry [1988] stipule formellement les fondements théoriques du courant néo structuraliste en ces termes :

« les modèles structuralistes reposent sur cinq assertions radicalement différentes de celles de Mac Kinnon :(1)Les salaires sont déterminés d'une manière exogène (ou institutionnelle) au travers de conflits entre les classes sociales ;(2)l'inflation est déterminée par les poids relatifs des capitalistes et des travailleurs( qui sont eux-mêmes influencés par l'état de l'économie) ;(3)l'épargne se détermine comme une fraction des profits et non des salaires ;(4)le niveau général des prix est déterminé par des marges fixes sur les coûts du travail,les importations et le financement du capitalproductif(taux d'intérêt) ;(5)les pays en voie de développement dépendent de façon critique de leurs importations de matières premières,des biens d'équipement et des biens intermédiaires ». (op. cité,page 87).

Taylor [1983], souligne le caractère compétitif du secteur informel en expliquant que sur ces marchés, les détenteurs de monnaie servent de banques et jouent le rôle d'intermédiaires financiers entre les épargnants et investisseurs. En effet, dans les modèles néo-structuralistes [inspiré de l'analyse de Tobin]11 les ménages ont accès à trois types d'actifs financiers :


·l'or ou la monnaie,

10

12 op. cité, p85

11 Tobin. J [1947]. Son analyse traite des marchés financiers et de leurs liens avec les décisions des agents économiques en matière de consommation, d'emploi, de productive et des prix. Sa théorie de sélection du portefeuille a pour objectif d'analyser les décisions des agents détenant des actifs réels et financiers et contractant simultanément des emprunts. À la différence du modèle keynésien, Tobin ne considère pas seulement la monnaie mais l'ensemble des actifs et des dettes. En montrant comment les décisions résultent d'un arbitrage entre la prise de risque et le taux de rendement anticipé, il énonce son théorème de séparation.

· les dépôts bancaires,

· les prêts sur les marchés informels.

Par conséquent, les prêts sur ces marchés apparaissent comme une alternative aux, dépôts bancaires dans la mesure où les capitaux sont supposés circuler librement entre les deux secteurs. En terme d'efficacité du secteur non officiel sur le secteur bancaire pour les néo structuralistes, Taylor [1983] et Wijnbergen [1983] avancent trois arguments qui sont spécifiques consécutive à l'échec des politiques de libéralisations financière dans les PED en montrant les avantages que peuvent procurer les économies non organisées:

· L'existence des normes réglementaires en matière de réserves obligatoires peut entraîner une baisse de l'intermédiation financière; par contre, sur le marché financier non organisé, il n'existe pas d'obligation de réserve. Les réserves obligatoires constituées par les banques sont, dans les modèles néo structuralistes, un obstacle à la l'intermédiation financière. En effet, elles réduisent l'offre réelle totale de crédit pour les entreprises.

· L'augmentation du taux d'intérêt sur les dépôts entraîne un changement des actifs du secteur financier informel vers le secteur financier structuré de crédit, elle peut réduire la demande d'encaisses monétaires, ce qui affecterait de fait l'offre de prêts sur les marchés financiers informel, provoquant ainsi une augmentation du taux d'intérêt nominal sur le marché informel.

· La hausse des taux d'intérêt accroît le coût du capital du capital productif, ce qui conduit, à une augmentation du niveau général des prix (inflation par les coûts) et à une baisse de l'investissement et de la demande réelle. De plus, une augmentation de la progression à épargner peut faire baisser davantage la demande effective. Ce qui réduit le taux de croissance de l'économie.

Ainsi, si nous nous referons à Mac Kinnon qui suppose que la libéralisation financière se traduira par une augmentation des taux sur les dépôts, elle aura des effets nocifs sur la croissance selon les néo structuralistes. Ils soulignent le fait qu'un niveau élevé des taux d'intérêt qui vise la rémunération réelle des dépôts bancaires accroît l'inflation à court terme à travers la hausse coûts de production et ralentit la croissance, qui à son tour réduirait le volume de crédit à l'économie.

Par ailleurs pour, les néo structuralistes, c'est l'effet de substitution qui l'emporte sur l'effet revenu puisque l'augmentation des taux d'intérêt servis sur les dépôts consécutive à la libéralisation financière entraînerait une hausse de la demande de biens de consommation, qui à son tour fera monter l'inflation qui affecterait négative la croissance économique.

Bien que Taylor [1983] signale le caractère compétitif des marchés informels : ces marchés sont souvent «complétifs et agiles» (op.cité.page 10), car les modèles structuralistes restent basés sur cette hypothèse ; ce qui ne correspond pas tout à fait à la réalité. En effet, un certain nombre de problèmes se pose vu qu'une autre caractéristique des modèles néo structuralistes est qu'ils ne font pas de différence entre les investissements productifs et les investissements non efficients (non productifs) qui eux accroissent les coûts du crédit. De plus en ce qui concerne l'hypothèse d'efficacité du secteur informel dans l'allocation des ressources et la constitution systématique de réserves obligatoires par le système bancaire elles paraissent peu satisfaisantes. Même si nous convenons avec eux que la contribution du secteur informel à l'augmentation du revenu national reste indéniable dans beaucoup de PED. Il est estimé à près de 40% du PIB du Burkina-Faso par exemple, cependant il n'y pas de secteur financier informel homogène. On parle plutôt d'une multitude de micro-marchés qui force est de le reconnaître on peut de rapport entre eux et prennent diverses formes (tontines, préteurs individuels....). Par conséquent, il parait compliqué de parler de taux d'intérêt unique d'équilibre sur ce secteur non officiel car il n'est pas homogène. G. Christensen [1993] qui tente de montrer que le secteur financier informel n'exerce pas réellement d'activité d'intermédiation financière. Par ailleurs, pour ce qui est de l'intermédiation bancaire, il faut noter qu'elle exerce par le canal de deux fonctions que sont : la mobilisation de l'épargne et le financement de l'activité (prêts d'investissement.). En effet, elle transforme les ressources courtes en emplois long tandis que les intermédiaires du marché informel ne remplissent pas cette condition car les prêts du secteur informel ont une maturité courte et sont d'un faible montants ce qui induirait des coûts de transactions élevés. Cependant, on constate toutefois une relative spécialisation de leur part dans l'activité de collecte de l'épargne et de l'activité de prêts.

Kapur [1992] estime que les réserves détenues par le secteur formel, contrairement aux conclusions des néo structuralistes sont un gage de liquidité à court terme et donc sources de sécurité supplémentaire pour le système officiel. Car lui procurant un avantage de liquidité, et que si le secteur informel souhaite accroître sa sécurité, il doit lui aussi constituer des réserves. Il rajoute qu'en l'absence de réserve, les agents courraient un risquent d'illiquidité élevé qui

expliquerait le haut niveau des taux d'intérêt sur le marché informel. Ce qui le conduit à pensé que dans une économie où le secteur financier formel est déchargé de ses contraintes, les agents vont posséder à la fois des actifs du secteur non officiel (moins liquides mais mieux rémunérés) et des dépôts bancaires. Les idées de Kapur nous semblent judicieuses dans la mesure où elles mettent en évidence la complémentarité entre les secteurs financiers officiels et informels.

Kapur avance trois arguments en faveur du secteur informel qui constitue ses principaux avantages :

· sa bonne implantation géographique dans les zones où il est difficile au secteur bancaire officiel de s'implanter compte tenu des coûts.

· L'absence d'asymétrie d'information entre prêteurs et emprunteurs dans la mesure où les prêts ne sont accordés qu'aux individus membres de la communauté (village, quartier...) où l'information circule très vite.

· Enfin, la faiblesse du risque d'aléa de moralité car le mauvais débiteurs risquent l'exclusion pure et simple de la communauté.

En définitive, au delà des oppositions d'approche entre le courant néolibérale et celui des néo structuralistes sur le bien fondé ou non de la libéralisation financière en tant que facteur accélération de la croissance, il faut convenir avec Cho [1990], que « les deux approches ne s'a~~rontent pas sur la libéralisation, mais sur l'approche de celle-ci »12. Mais plutôt sur le secteur à favoriser le développement compte tenu de l'efficacité qu'ils accordent de manière différente à chaque secteur financier. Les « Mac Kinnoniens » veulent qu'en à eux permettre le développement du secteur bancaire tandis que les néo-structuralistes veulent qu'ils en soient du secteur non-officiel.

Compte tenu de l'application effective de la libéralisation financière, nous aurons ultérieurement l'occasion d'apprécier son impact réel du développement de cette politique dans les pays où elles été mise en place. Car comme nous le signalions, les recommandations de Mac Kinnon et Shaw ont reçu un écho très favorable aux près des institutions internationales tels que le Fmi et la Banque mondiale qui ont vu un moyen efficace de sortir un certains nombre d'économies du sous développement. (Exemple l'argentine dans le milieu des années 70, suivie de la chili pour ne citer que cela).

Cependant, il faut souligner que les nouvelles approches de la libéralisation financière tiennent compte maintenant des imperfections qui règnent sur les marchés financiers

12

1990, p447

(Asymétrie d'information, sélection adverse...), Mac Kinnon « admet donc que l'administration des taux peut avoir lieu même si les taux peut se justifier dans certaines conditions et que le développement économique peut avoir lieu même si les taux sont régulés» (op. cité Demetriades (1993) ,298).

King et Levine [1992,1993] à partir d'un modèle de croissance endogène « schumpétérien »13d'intermédiation financière, soulignent l'importance du facteur financier sur la croissance et le développement.14En somme, avec la libéralisation, on a le principe que le développement financier peut conduit au développement et contrairement à l'approche traditionnelle de celle-ci, la monnaie et le capital puissent être complémentaire que substituables dans une économie peu monétarisé. De plus que le développement du secteur financier puisse accroître le bien être des agents.

Du coup, comment expliquer, sans se référer à la répression financière, la concomitance d'une épargne bancaire nette et d'un rationnement du crédit ?

C/Le modèle de Stiglitz et Weiss et le rationnement du crédit

L'approche de l'école de la répression financière est fondée sur l'hypothèse implicite d'un marché parfait. Et pourtant, avec Stiglitz et Weiss [1981], le rationnement du crédit peut coexister dans un marché du crédit compétitif (Cf. Venet B.1994, p94). L'explication du rationnement du crédit réside dans l'introduction de l'hypothèse de l'asymétrie de l'information dans la théorie de l'équilibre [Arrow G.A, 1970]. Bien avant d'illustrer cette hypothèse, il convient de définir le rationnement du crédit qui désigne le fait que parmi des demandeurs de crédit supposés identiques, certains obtiennent le crédit et d'autres ne l'obtiennent pas, bien que ces derniers soient prêts à payer des taux d'intérêt plus élevés. Le rationnement du crédit fait aussi référence à une situation où certaine catégorie d'individus soient incapables d'accéder au marché du crédit compte tenu du taux d'équilibre du marché. Comme nous l'avons déjà souligné, l'explication pertinente de la persistance du rationnement du crédit réside dans l'asymétrie informationnelle, cette hypothèse s'illustre bien par l'exemple du marché des voitures d'occasion d'AKerlof. Sur ce marché, les prix ne véhiculent pas une information parfaite de l'état ou de la qualité réelle de la voiture vendue. Ils sont le reflet, pour les acheteurs, de la perception de la qualité moyenne des automobiles vendues. Les vendeurs de voitures d'occasion perçoivent une prime aux dépens des

13

Les innovations sont la résultante d'une recherche de profits de monopoles temporaires et les institutions financières sont importantes dans la mesure où elles évaluent et financent les entrepreneurs dans leur activité d'innovation et dans leur apport de produits nouveaux sur le marché.

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Pour plus de précisions sur ces modèles, se reporter à la communication de V. Seltz : « le rôle du système financier dans le développement économique ».

offreurs de biens de qualité supérieure à la qualité moyenne et qui progressivement seront évincés du marché. Dans le cas extrême de ce processus, «les mauvaises transactions, chassent les bonnes transactions » et d'autres termes, «les mauvais projets, chassent les bons projets » et conduisent à l'effondrement du marché.

Cette hypothèse d'asymétrie d'information trouve toute sa justification dans le marché du crédit, surtout par le fait que les bailleurs de fonds n'ont qu'un droit de regard ex-post sur les résultats des investissements réalisés par leurs clients grâce à leur concours. Si nous nous situons de manière à priori, rien ne permet à un bailleur de fonds d'opérer une distinction entre les bons et mauvais emprunteurs. Par conséquent, de manière générale, celui-ci propose un prix moyen des fonds à l'ensemble des clients.

S'agissant du comportement des banques face à cette situation d'asymétrie d'information qui a été décrit par Stiglitz et Weiss [1981] 15, le problème d'asymétrie d'information sur le marché du crédit est à l'origine des phénomènes de sélection adverse et d'incitations adverses. Lorsque le taux d'intérêt augmente, les projets les moins risqués, c'est-à-dire ceux ayant le plus de chance d'aboutir et de supporter des charges accrues d'intérêt, voient leur rentabilité espérée diminuer fortement. Les investisseurs les moins risqués se retirent donc au plus vite du marché et il y a entrée des investisseurs plus risqués insensibles aux variations des taux (sélection adverse), tandis que les investisseurs qui ne quittent pas le marché sont plus incités à choisir des projets risqués (incitation adverse). Alors, l'accroissement des taux va entraîner ainsi un accroissement de la proportion des projets risqués dans le portefeuille de prêts bancaires et une baisse de l'espérance de rentabilité des banques. Cela accroît la fragilité bancaire et donc les risques de faillite. Il existe donc un seuil maximum de taux d'intérêt qui correspond à une meilleure diversification du portefeuille de prêts des banques et à une rentabilité espérée maximale. Du coup, au delà de ce seuil, il y a une baisse de l'espérance de rentabilité du fait de la détérioration de la qualité des emprunteurs. De plus il faut noter que de plus en plus de projets ne sont pas rentable au-delà d'un certain niveau de taux d'intérêt. Si le taux d'intérêt se fixe au dessous de ce seuil maximum, toute augmentation des taux fait augmenter le profit espéré des banques (effet revenu>effet risque). Or on sait que la politique d'augmentation des taux d'intérêt conduit aussi à une modification de la configuration de la structure qualitative des groupes débiteurs. De plus, les acteurs du marché du crédit sont donc sensibles aux taux d'intérêt. Par conséquent, une hausse des taux débiteurs est susceptible de conduire à la dégradation de la situation de l'ensemble des acteurs du marché du crédit.

15 Voir en annexe les graphiques 1et 2 qui décrivent respectivement l'espérance de profit de la banque en fonction du taux d'intérêt et du revenu dégagé par un projet dans un modèle de Stiglitz et Weiss.

Cependant, les banquiers ne sont pas des acteurs passifs dans l'acte de crédit et l'explication du rationnement du crédit par exclusion de certains candidats du crédit peut trouver leur explication dans la stratégie bancaire de maximisation du profit. En effet, le banquier est un preneur de risque qu'il essaye de minimiser en réduisant les asymétries d'information, par conséquent, cela nous conduit à nous interroger de savoir comment les banques réussissent elles à réduire des asymétries information afin de réduire le rationnement du crédit. Avec l'asymétrie d'information, l'agent (l'emprunteur) a des informations sur le niveau du risque de son projet et la rentabilité de celui-ci que le principal ne dispose pas (le préteur). L'agent est incité à profiter de cette avantage informationnel pour mener des actions qui sont contraires aux intérêts du principal et qui maximise son bien être. Dans le cas de relation de prêts, l'emprunteur est incité à tricher sur le niveau des résultats réalisés par son projet en déclarant qu'ils sont faibles afin de ne pas payer les intérêts. L'emprunteur est aussi incité à choisir des projets risqués mais à forte rentabilité en cas de succès parce qu'en cas de mauvais résultat, les pertes sont subies par le prêteur. Comme nous l'avons déjà souligner c'est ce qui engendre la sélection adverse (avant l'octroi du prêt) car les agents sont plus incités à mentir pour être sélectionnés pour l'octroi du prêt. Or on sait que tout accroissement du risque de sélection adverse amène les banques à être plus frileuses dans l'octroi du crédit. Du coup l'impossibilité de discriminer les emprunteurs conduit au rationnement du crédit.

Le second effet est l'aléa moral, se manifeste après l'octroi du prêt, le principal est confronté à cet aléa (hasard) si l'agent modifie les termes du contrat signé exante en menant expost des actions qui ne vont pas dans l'intérêt du principal. Il peut s'agit pour l'emprunteur de s'engager par exemple dans des activités risquées qui réduisent la probabilité du remboursement du prêt.

Toutefois, l'aléa moral ne saurait être associé à l'asymétrie d'information dans la mesure où, le prêteur peut bien être informé sur les agissements de l'emprunteur, mais n'ayant pas les moyens où s'il est coûteux d'empêcher l'emprunteur de nuire à ses intérêts l'agent aura un comportement d'aléa moral qui lui-même dépendra des procédures de faillite.

Les banques ne sont pas soumises au problème de free rider16 parce que une seule banque peut participer toute seule à l'octroi d'un crédit à un client. Elle peut alors profiter pleinement des retombées de l'activité d'information et de monitoring. De fait, cette activité d'inscrit dans un

16 Le problème de free-rider: la collecte d'information sur la qualité des projets ou la surveillance des emprunteurs sont un bien public; tout le monde en profite des effets positifs (réduire le risque de sélection adverse et d'aléa moral), il y a un problème de free-rider si certains agents ne subissent pas les coûts de collecte d'information et de monitoring et ils profitent de cet investissement.

cadre de bien privé. Ce qui permet à la banque de disposer d'information confidentielle sur les entreprises. De plus les banques sont plus aptes à entrer dans une relation de long terme avec des entreprises en leur offrant tout une gamme de services afin de les fidéliser (dépôts, assurance, moyens de paiement, conseil, crédit, ligne de crédit....).Cette relation de long terme réduit les asymétries d'information. Ainsi, la banque connaît le passé du client et ce dernier n'a pas intérêt à avoir un comportement d'aléa moral au prix de perdre la confiance des banques ainsi que les services de celles-ci. Donc, la détention des comptes clients fournir des informations sur la rentabilité des activités des entreprises. Du coup, en cas de problème ou d'aléa moral cela est visible sur le compte il s'agit entre autres : de découvert, hausse des flux de liquidité etc.

Les banques peuvent aussi offrir une multiplicité de contrats de crédit qui ne se différencient pas que par le taux d'intérêt, mais aussi par d'autres caractéristiques telles que le montant des garanties hypothécaires. Par ce mécanisme, les banques permettent aux emprunteurs de révéler leur type, les bons investisseurs accepterons de donner plus de garanties parce qu'ils sont persuadés qu'il y a une forte probabilité que leurs projets réussiront et par conséquent récupérons leurs sûretés tandis que les mauvais n'ont pas intérêt à hypothéquer un montant élevé de garantie parce qu'ils savent qu'il y a une forte chance de perte.

Dans les PED, la difficulté de collecte de l'information sur la qualité des emprunteurs reste médiocre, car beaucoup d'entreprises notamment les PME ne tiennent pas de comptabilité et on a une réglementation laxiste etc.....Ce qui donne aux banques une place importante dans le système financier. Dans ces pays, le contrat de crédit bancaire permet de mieux gérer les problèmes d'asymétrie d'information. Néanmoins, des situations d'incertitudes et de manque de garantie de la part des micro-entrepreneurs ne permettent pas aux banques d'élargir l'offre de crédit c'est ce qui expliquerait le désintéressement des banques classiques pour une telle clientèle dans les PED et c'est justement pour combler à ce besoin que les IMF ont supplées les banques classiques. En effet, le contrat de crédit peut s'interprété de deux manière soit le taux d'intérêt englobe tout, soit il n'est qu'une composante avec d'autres éléments tels que la caution, les fonds propres apportés par le souscripteur ce qui permettent de réduire les défaillances de celui-ci en cas de perte pour la banque. Cette réponse standard au problème d'asymétrie d'information sur le marché de crédit consistant à avoir recours à diverses formes de garanties ne constitue pas une réponse possible en microfinance dans la mesure où les micro-entrepreneurs ne disposent pas de ces garanties. D'où ce secteur a dû développer toute une technologie de crédit différentes contrats standards que nous présenterons par la suite.

Donc, pour revenir au rationnement de crédit, le red-lining terme utilisé par la littérature anglo-saxonne correspond beaucoup plus à la réalité observée dans les PED. Le red-lining consiste à écarter un groupe d'emprunteurs du crédit, quelque soit le taux en vigueur car supposé très risqué par la banque. Dans ce cas, le rationnement ne s'explique pas en termes d'adéquation de l'offre et de la demande par les quantités. C'est tout simplement un refus de prêter à une catégorie d'emprunteur en l'occurrence ici les pauvres, même si les banques disposent de suffisamment de ressources. Le red-lining correspond exactement à ce qui se passe dans les PED.

Ainsi, le rationnement en vigueur dans les PED ne correspond pas à celui décrit par le modèle de Stiglitz et Weiss [1981] mais plutôt à du re-lining. En effet, les banques africaines connaissent une situation de surliquidité du fait notamment des dépôts à vue et des revenus des États liés aux matières premières [Hugon, 2007]. Ce sont ces différents problèmes d'asymétrie d'information, source des imperfections de marché sur lesquelles repose la théorie de la microfinance. Cette théorie considère l'existence des intermédiaires financiers, en particuliers des institutions de microfinance comme l'arrangement institutionnel optimal pour surmonter ou résoudre les divers types d'asymétrie d'informations.

Ainsi, partant de ce constat d'exclusion du système bancaire d'une part importante de la population dans les PED, la microfinance semble jouer un rôle important.

§3. Approfondissement financier dans les PED et l'apport des institutions de microfinance : fondements théoriques

On a vu que d'après Mac Kinnon [1973], la répression financière, est entendue comme : «un interventionnisme étatique sur le système financier qui entraverait le développement » [Adisson. E 1996] 17tient de thèse au modèle néoclassique. Cette approche libérale en matière de stimulation de la croissance mérite d'être rejetée dans la mesure où il n'est pas conforme aux caractéristiques financières des PED. Comme caractéristique nous pouvons évoquer entre autres les faiblesses de la structure financière des PED avec un système financier peu développé et éclaté. De principe ce processus de libération financière devrait conduit à un accroissement de l'épargne intermédiée, et d'autres part celle de l'investissement induite par la précédente, tout ceci grâce à l'accroissement de l'offre de fonds prêtable. Cependant, contrairement aux pays occidentaux, les PED en grande majorité disposent d'un actif unique, la monnaie. Ce qui réduirait par exemple la portée de l'hypothèse de substitution des actifs. La fragmentation des marchés induirait un isolement des agents économiques. Pour ceux qui sont de

17 Voir son article l'approfondissement financier: épargne et crédit bancaire paru dans la revue tiers monde, t.XXXVII, n°145 janvier-mars 1996

la pratique des prix indifférenciés, elle est très répandue. Dans ces conditions, il apparaît difficile d'admettre le postulat néoclassique de marchés parfaits. De fait le cloisonnement rigide des marchés des biens et services induirait d'énormes difficultés de comparaison des rendements des actifs distincts. Ainsi nous pouvons nous interroger sur pertinence de l'hypothèse de substitution des actifs dans les PED. En tenant compte des caractéristiques structurelles spécifiques aux PED, Mac Kinnon introduit, dans son modèle, la notion de complémentarité entre les actifs. Cependant, dans un environnement économique où l'accès au crédit est difficile, où il n'y pas de nette distinction entre les épargnants et investisseurs. Sur ce point, on peut se référer à l'expression « entreprise-ménage » de B. Venet [1994] pour expliciter ce processus. C'est à dire « l'entreprise-ménage » pour réaliser une dépense, devra nécessairement épargner une partie de ses revenus. La monnaie étant l'unique actif, il devra soit l'accumuler les encaisses monétaires, soit accumuler sa propre production du bien désiré. Le niveau d'encaisse monétaire a accumulé sera une fonction croissante du prix du bien, plus la valeur du bien sera grande, plus d'autofinancement. Or dans un contexte d'économie fragmentée comme celle des PED, le ratio des encaisses monétaires est une fonction croissante du taux désiré d'accumulation du capital, ce qui correspond à considérer que l'autofinancement est une condition nécessaire à la réalisation des investissements dans les PED. Du coup, le facteur de l'investissement justifie la demande croissante d'encaisse monétaire réelle. Qu'il s'agisse de la construction d'une maison ou de l'achat d'une voiture le niveau d'encaisse ne sera pas le même.

Concernant le taux d'intérêt, on constate qu'une hausse de celui-ci suffirait à enclencher le processus de monétarisation. De fait la productivité de bien d'équipement par exemple devrait augmenter à la suite de décisions tendant à accroître la demande de monnaie. En ce sens qu'une hausse de rendement de la monnaie aura pour effet de ne pas décourager les investissements mais plutôt de les faciliter. Par conséquent, l'accumulation de l'épargne pourrait donc coïncider avec l'accroissement du capital. Les actifs réels et les actifs financiers, essentiellement représentés par la monnaie, celui-ci devient le canal obligatoire de l'accumulation du capital. On parle e~~et conduit. Dans la même suite d'idée on peut évoquer, Shaw [1973] 18, qui lui raisonne dans le cadre d'une économie monétarisé19. Dans son modèle, il s'intéresse plus au marché du crédit, avec comme indicateur pour appréhender la répression la mauvaise rémunération de l'épargne. Shaw estime que le faible niveau des taux intérêt (fixation administré en dessous de leur niveau d'équilibre) servis par les banques découragent l'épargne, réduit la base de fonds prêtable. C'est ce qui

18

Cf. Shaw [1973] sur son modèle « d'intermédiation de la dette» traitant du marché du crédit.

19 Économie qui se situe déjà à un stade de développement financier (monnaie interne) avec la monnaie interne qui est une avance temporaire c'est-à-dire une dette tandis que la monnaie externe constituée d'or, de devises, de titres publics et étrangers représente selon les néoclassiques la richesse nette.

expliquerait la faiblesse du volume d'épargne drainée par les intermédiaires financiers par rapport aux demandes de fonds prêtables. Cela pénaliserait l'investissement et la croissance. Shaw dans son analyse insiste sur les coûts d'opportunités des investissements dans les PED et met l'accent sur le rôle des intermédiaires financiers, en termes de maximisation du bien être. Il souligne la réduction des coûts avec les économies d'échelle, diversification des risques, meilleur rendement de l'épargne et réduction des coûts du crédit. Son approche sera reprise plus tard par les théoriciens de la croissance endogène que sont: Greenwood et Jovanovik [1990], Bencivenga et Smith [1991]. Ces auteurs expliquent que, les intermédiaires financiers centralisent les liquidités ce qui réduiraient le coût de gestion du risque d'illiquidité. King et Levine [1992,1993] mettent l'accent sur le rôle du banquier dans la réalisation du projet mais présentent surtout le secteur financier à travers les services qu'il rend ceci indépendamment de sa structure en relevant les profits potentiels aux agents souhaitant prendre part aux projets. Et que c'est par ces effets d'externalités que l'intermédiation financière affecterait l'activité économique.

A/La libéralisation financière et les PED

Dans les PED, la libéralisation financière a eu pour principal avantage de restaurer et de privatiser le système bancaire ainsi que d'éliminer l'allocation sectorielle des crédits. De ce fait, l'état n'est plus le seul bénéficiaire des crédits bancaires et n'intervient plus pour créer une classe privilégiée d'entrepreneurs ce qui devait conduit à terme, à un élargissent du crédit à l'ensemble des agents économiques.

Toutefois, même s'il est reconnu que le secteur bancaire est crucial pour les entreprises, les ménages africains ont prouvé eux qu'ils pouvaient se passer du crédit bancaire en s'appuyant sur le réseau de solidarité financière au sein de la famille et des proches. Ces mécanismes d'entraide semblent convenir aux ménages pour subvenir à leur besoin primaire. Cependant, en cas de difficulté, ils trouvent toujours des partenaires pour créer la tontine20 par conséquent, le crédit bancaire est être prioritairement orientés vers les entrepreneurs.

20La tontine est une association de personnes qui, unies par les liens familiaux, d'amitiés, de profession, de clan ou de région,se retrouvent à des périodes d'intervalles plus ou moins variables afin de mettre en commun leur épargne en vue de la solution des problèmes particuliers ou collectifs. La forme la élémentaire de la tontine consiste en une formule mixte d'épargne et de crédit qui fonctionne comme suit. Les participants versent régulièrement des cotisations de montant fixe à un fonds commun qui est distribué tour à tour à chacun des membres, désigné en général par tirage au sort. Quand chaque membre a reçu le fonds une fois, le cycle doit normalement recommencer. Il faut noter que le premier membre à recevoir le fonds bénéficie d'un prêt sans intérêt, tandis que le dernier à recevoir épargne tout au long du cycle sans être rémunéré (voire même un taux d'intérêt négatif si l'inflation est forte) pour toucher à la fin le même montant qu'il aurait accumulé en épargnant régulièrement à titre individuel. Les autres membres se trouvent, selon leur rang d'accès au fonds, en position de débiteur ou de créditeur: leur participation leur permet néanmoins de bénéficier de la somme totale plutôt que s'ils avaient épargné par eux-mêmes.

B/La libéralisation financière et secteur informel

Dans certains PED, le secteur financier informel (tontines en Afrique) s'est développé en réaction aux pratiques de répression financière. Pour certains courants de pensée économique (les néo structuralistes), les marchés financiers informels sont plus efficaces en termes d'allocation des ressources que le secteur formel. Les liens sociaux et la proximité des opérateurs permettent de réduire les problèmes d'information et incitent les agents à respecter leurs engagements. De principe, la libéralisation et le développement financier officiels sont censés faire disparaître à terme l'informel, toutefois juste que là, cela ne s'est pas encore produit et celui-ci persiste.

C/Structure financière et développement

Toute la réflexion sur les déterminants du développement des systèmes financiers prend tout son sens dans les PED, où, précisément, ils sont souvent « rudimentaires ». Ceci s'explique par le fait,que dans la plupart des PED, il y a une absence de cadre légal suffisamment établi, par conséquent le financement s'organise localement et cela autour de pratiques et coutumes que la littérature économique qualifie de secteur informel. Elles coexistent avec un système formel qui se compose le plus souvent d'une banque centrale, de banques commerciales, et d'un trésor public, dans la plupart des PED. On a un dualisme financier dans lequel les intermédiaires financiers informels et les institutions formelles jouent souvent un rôle complémentaire en fournissant des services financiers différents à des groupes socioéconomiques différents. Dans ce dualisme financier, les intermédiaires informels disposent d'un avantage comparatif dans l'acquisition de l'information concernant les «petits » emprunteurs qui sont vulnérable aux chocs de revenu qui sont difficilement observable21. Alors que, le secteur formel lui s'appuie sur un système légal et institutionnel qui fait défaut au premier.

Un développement financier basé uniquement sur le secteur formel ne prendrait pas en compte l'ensemble du système financier des PED d'où l'importance d'y associer le secteur informel. Toutefois, le secteur informel qui constitue une réponse endogène aux problèmes d'information n'est pas à même lui seul de déclencher un processus de croissance durable reposant sur l'entreprise et le financement de l'innovation. Le sous développement financier se traduit par un accès compliqué et coûteux aux financements. À ce stade il faut souligner les progrès notables réalisés par le développement de la microfinance pour répondre aux besoins des ménages notamment ceux à faible revenu. Le constat est que plusieurs activités financer par la microfinance grâce aux soutiens des bailleurs de fonds deviennent viables et permettent à leur

21 (Cf. Jacquet et Pollin [2007]).

promoteur d'accéder au secteur bancaire. En ce sens où la microfinance contribue au développement financier des PED.

D/Microfinance et développement financier

Les institutions de microfinance composée essentiellement des coopératives d'épargne et de crédit, ainsi que les mutuelles de crédit se situent dans la catégorie institution financière que nous pouvons classer dans le secteur semi « semi formel ». Cela dans la mesure où parfois dans certains PED, sauf des exceptions, ces organismes ne peuvent être considérés comme faisant partie du secteur formel parce qu'ils ne sont pas soumis ni à la législation de l'État ni à la tutelle des autorités réglementaires [Ledgerwood, 1999]. Mais il faut dire qu'ils ne font pas partie aussi du secteur informel et ces mutuelles de crédit qui contribuent énormément aux développements de l'intermédiation financière sont une sorte d'intermédiaire entre le secteur formel et informel, combinant les certains aspects des deux secteurs: comme l'idée de se regrouper pour s'ouvrir l'accès à certains services financiers ce qui trouve son origine dans les pratiques traditionnelles de solidarité22. Ces groupements ainsi constitués sont progressivement entraînés dans le courant des circuits plus «officiels » ou plutôt «semi officiel ». Ces IMF permettent comme le dit Doligez [2002]23la «densification » du système financier, sa profondeur financière, ainsi que la porté (oufreach)en termes démographique. Ces coopératives jouent un rôle important dans la fourniture de services bancaires de proximité notamment en milieu rural, ainsi assurent la couverture bien que partielle des territoires.

Pour mesurer l'impact sur le développement financier, nous nous appuyons sur trois études de cas menés auprès de trois réseaux de Microfinance rurale au Bénin, en Guinée et au Nicaragua. Ce travail a été mené de 1992 à1 999 dans le cadre du travail de thèse de Doligez [2002] sur trois réseaux de microfinance rurale : la FECECAM-Bénin, le Crédit rural de Guinée et le fond de développement local de Nitlapan au Nicaragua. Les trois institutions couvrent la diversité des grandes familles existantes au sein de la microfinance : les coopératives d'épargne et de crédit (FECECAM-Bénin), crédit solidaire inspiré de la Grameen Bank (Crédit rural de Guinée), et des caisses villageoises (Nitlapan au Nicaragua). Il ressort de cette étude que, la microfinance grâce à sa proximité aux populations permet la fourniture de services bancaires,

22 Cf. Soulama .S (2000) «Economie des organismes coopératives et de type coopératif», Publications du CEDRES, Université de Ouagadougou, séries «théories économiques et manuels de cours» CEDRES;

23 Cf. Doligez. (2002) « Microfinance et dynamiques économiques: quels effets après dix ans d'innovations financières ? »CERED-Forum, Université de Paris X Publications dans la revue du tiers Monde, n°172, octobre- décembre 2002;

notamment à un maillage plus dense du territoire24. Les chiffres sont encore plus édifiants pour le Bénin où les caisses villageoises de petite taille permettent de satisfaire en milieu rural cinq ou dix fois les agents économiques par rapport aux banques. Dans les trois pays étudiés, le nombre de guichets de la microfinance en pourcentage d'habitant est largement supérieur à celui du secteur bancaire. (cf. Tableau1 à 4, Doligez 2002).

Comparaison des indicateurs d'impact sur le développement financier

Tableau 1.1 : Nombre de guichets

Bénin Guinée Nicaragua

Secteur bancaire

19 agences Une pour habitant

295000

9 villes couvertes

Si entre 20 et 40

agences une pour 180 à 360 000 habitants

195 Agences Une pour habitants

23 750

Micro finance

270 guichets Un pour habitants

20 000

137 guichets

Un pour 52 500

habitants

234 guichets Un pour habitants

19 800

Rapport

15pourun

 

5pourun

1,2pourune

 
 

Source: Doligez (2002) «Microfinance et dynamiques économiques: quels effets après dix ans d'innovations financières »

Tableau 1.2: Profondeur financière et poids de la microfinance dans les volumes intermédiés

Bénin Guinée Nicaragua

Taux de

monétarisation

M2/PIB=24% (1998)

M2/PIB< 1 0%(1 994)

M2/PIB=1 6%(1 996)

Microfinance

6%dépôt bancaire et 10% du crédit à l'économie

6% dépôt bancaire et 6% crédit bancaire

15% du crédit

bancaire (mais 2/3 en milieu rural)

 

Source: Doligez (2002) «Microfinance et dynamiques économiques: quels effets après dix ans d'innovations financières »

24 Au Nicaragua, la faible différence du nombre de guichets dissimule une concentration très importante des agences bancaires dans les grandes villes, chefs lieux de département et quelques villes secondaires.

Tableau1.3: Portée des secteurs financiers par rapport à la population économique active (PEA)

Bénin Guinée Nicaragua

Secteur bancaire

ND

<1% de la PEA

Autour de 7% de la PEA au niveau national

Moins de 2% des

exploitations agricoles

Microfinance

10%PEA

(4 à 16% PEA au niveau des caisses FECECAM)

4%PEA (10%PEA en moyenne dans les
sous-préfectures touchées par le CRG)

Autour de 13% de la PEA

 

Source: Doligez (2002) «Microfinance et dynamiques économiques: quels effets après dix ans d'innovations financières »

Tableau1.4: Comparaison des niveaux de transaction par rapport au revenu moyen par habitant (RMH)25

Bénin Guinée Nicaragua

Secteur bancaire

Dépôt minimum de 2 foisleRMH

ND

Prêt moyen bancaire de12,3RMH

Microfinance

Dépôt moyen de 0,47

Dépôt moyen du

Prêt moyen des

 

RMH (0,3 pour la

CRG de 0,18 RMH

coopératives de 2,93

 

FECECAM)

Prêt moyen du CRG

RMH

 

Prêt moyen de 0,47

de 0,1 7RMH (contre

Prêt moyen des

 

RMH (0,87 pour la FECECAM)

1,72 pour le CMG)

associations de crédit de 1,08 RMH

 

Source: Doligez (2002) «Microfinance et dynamiques économiques: quels effets après dix ans d'innovations financières »

25 .Respectivement 408 € au Bénin, 548 € en Guinée et 462 € au Nicaragua (Banque mondiale, 2001)

Globalement les montants alloués sont modestes dans la mesure où on a 6% de l'épargne intérieure privée et autour de 10% du crédit à l'économie. Cependant, si on considère les zones rurales ou l'agriculture la proportion augmente. Au niveau des transactions, on observe que le rapport microfinance et le secteur bancaire varie de 1 à 5 suivant les types d'institutions de microfinance, ce qui démontre leur diversité. En Guinée, les coopératives d'épargne crédit ont en moyenne, des niveaux de transactions supérieurs au crédit solidaire et cela en proportion très importante comme l'indique le rapport de 1 à10 du volume des transactions du Crédit rural et celui du Crédit mutuel de Guinée. Pour ce qui est du ratio d'endettement, pour la plupart des institutions de microfinance il est de l'ordre de 20 à 100% ce qui est raisonnable compte tenu du rapport au revenu moyen par habitant.

Section 2 : De la théorie à la pratique

La légitimation de la microfinance en tant qu'un instrument de développement est récente et date du sommet du microcrédit organisé à Washington en 1997 à l'initiative des Nations unies. Ce sommet a constitué un tournant important pour la microfinance en tant qu'approche de développement économique dans la mesure où pour la première fois, les activités de microfinance ont été admises et intégrées officiellement comme instrument de développement économique.

Cette légitimation est née de la conjonction de multiples facteurs économiques et sociaux. Ces facteurs sont les suivants:

· La pauvreté croissante et la progression de l'exclusion sociale à travers le monde.

· Les différents programmes d'aide au développement qui se sont montrés pour la plupart inefficients car n'atteignant pas les groupes cibles, en l'occurrence les populations pauvres.

· L'existence d'un nombre de plus en plus important d'acteurs économiques en manque de financement et porteurs de projet

· L'expérience de la Gramen Bank en tant qu'institution de crédit « révolutionnaire » au Bangladesh, banque s'adressant aux plus pauvres et en particulier aux femmes, a éveillé un intérêt dans le monde entier, et a fait de l'approche du microcrédit le «nouveau paradigme de développement ».


· Un nombre croissant « de succès stories » basés sur des programmes et des modèles de

microcrédits divers, a prouvé que les pauvres sont solvables et que le microcrédit peut

être une excellente stratégie de développement et de lutte contre la pauvreté.

La microfinance a l'avantage d'être un secteur concret qui donne rapidement des résultats notamment faciles à observer en termes de volume accordé, montant d'épargne et taux de remboursement. D'où son grand intérêt, intéressons nous aux raisons de son émergence.

§1. Les raisons du succès de la microfinance

Les IMF interviennent sur un segment de marché financier situé à la frontière du secteur informel et du secteur financier formel. Le secteur informel comme nous l'avons déjà souligné s'est développé en raison de l'incapacité du secteur formel à satisfaire une partie de la demande locale. Toutefois, l'émergence de la microfinance peut aussi être comprise à partir d'éléments majeurs que sont la réussite du secteur informel, les échecs des banques de développement et autres programmes publics de crédits dirigés et subsidiés et d'autre part, les contraintes financières qu'on rencontre dans les PED ainsi que des exemples de réussite de quelques institutions formelles misent en avant et agissant sur des segments de crédit traditionnellement informel.

A / Un système de fonctionnement adapté aux réalités locales

L'une des principales raisons de son émergence tient du fait qu'un des principes fondamental de la microfinance en matière de crédit est que l'objet de crédit est libre, à condition d'être rentable. Cette approche se justifie par le fait que dans les systèmes de Coopérative d'épargne et de crédit l'argent du crédit vient de ses propres membres. De plus, le constat est que dans la plupart de ses coopératives, les emprunteurs ont compris qu'ils doivent mener une activité rentable pour être capables de rembourser sans problème. Il est important de dire que la plupart des institutions de microfinance exigent que les fonds prêtés soient destinés à une activité génératrice de revenu. Toutefois dans la réalité, les crédits peuvent être demandés pour différents mobiles, cependant ils sont octroyés principalement pour développer une activité génératrice de revenus quel soit ancienne ou nouvelle. Ce principe correspond au souhait du public visé, et confère au crédit une certaine souplesse.

En générale, la majorité des crédits vont aux opérations de commercialisation souvent liées à des activités de stockage et de transformation, transformations avec une part non négligeable pour les activités directement productives exemple de l'agriculture, l'élevage, la pèche et l'artisanat.

B/ Les méthodes des institutions de microfinance


1-Le ciblage de la clientèle

À l'origine, le microcrédit était destiné aux plus pauvres vivant dans les campagnes du Bangladesh. Il s'est ensuite développé dans l'ensemble des PED notamment en Afrique, en Asie du Sud Est et en Amérique du Sud. Dans ce contexte, la plupart du temps des particuliers souvent agriculteurs qui n'avaient pas les moyens de développer leur activités faute de moyens.

Aujourd'hui avec l'essor que connaît microfinance dans de nombreux PED dans un contexte de libéralisation et informatisation croissante de l'activité, elle recouvre un large éventail de clients et d'acteurs.

1 -2. Les populations ciblées « aujourd'hui» par les institutions de microfinance

Les institutions de microfinance ciblent dans les PED, en particulier les pauvres, les femmes, les ruraux et les micro-entrepreneurs en besoin de financement notamment pour des opérations d'équipement et de développement d'activité de revenu.

Les femmes constituent la cible prioritaire des institutions de microcrédit. Guérin (2001, p.7) explique cet engouement pour la clientèle féminine par le fait que :

« Aujourd'hui, organismes multilatéraux, gouvernements, baileurs de fonds et ONG partagent tous la même conviction : il n'y a pas de développement possible et durable sans la participation des femmes en qualité d'acteur. On reconnaît qu'elles sont les premières victimes des plans d'ajustement structurel, du fait notamment de l'affaiblissement des infrastructures collectives. On constate également qu'elles affectent leurs revenus davantage au bien-être familial et on en déduit qu'il vaut mieux s'adresser à elles. On reconnaît enfin que les programmes mixtes ont tendance à être détournés et monopolisés par les hommes ».

Une répartition de la proportion de la clientèle féminine des institutions par région du monde nous donne le résultat suivant :

Tableau 1.5 : La proportion de la clientèle féminine des institutions par région du monde

Asie

Maghreb et

Moyen

Orient

Europe de

L'est et Asie centrale

Amérique Latine et
Caraïbes

Afrique

Monde

99%

66%

46,8%

62,6%

57,4%

62,6

 

Source : Microbanking bulletin, 2006, vol.13

Force est de constater qu'en Asie, les pays du Maghreb et du Moyen Orient, les femmes sont les cibles prioritaires et qu'en Europe de l'est et en Afrique les résultats sont beaucoup plus nuancer. Ainsi, si on s'intéresse au cas des institutions les plus célèbres, on note 74% de femmes dans le cas de la BancoSol Bolivie, 75% pour Brac-Bangladesh, et 95% pour la Grameen Bank. En Afrique de l'ouest (UEMOA), la clientèle est majoritairement masculine (60% en 1999). En Asie du sud et de l'Est il y a une clientèle féminine plutôt normale voire marginale, 50% pour la Bank Rakyat Indonesia et moins de 10% pour les banques régionales rurales en Inde.

Pour nuancer ces observations, il convient de noter que de nombreux programmes prévoient des actions exclusivement destinées aux les femmes (programmes Accord en Afrique de l'Est).

Il est important de noter que le ratio hommes/femmes peut varier de façon subite dans le portefeuille d'une IMF.

Le cas du programme du CRENDA en Tunisie en fourni une parfaite illustration significative. Alors qu'il s'agissait d'un programme réservé aux femmes lors de sa création, le ciblage s'est modifié deux fois. En effet, l'accès des microcrédits aux hommes a été admis en 1996 et deux ans près, ils obtenaient 48% des crédits. En 2000 à cause de la dégradation des taux de remboursement, les hommes ne représentaient plus que 12% de la clientèle de la CRENDA [Cracknell M.2000].

1.2. Zone urbaine/Zone rurale

Historiquement les programmes de crédits décentralisés sont apparus dans les zones rurales avec le développement des banques agricoles. A l'époque, l'objectif était de pallier l'absence de banque commerciale en zone rurale par la mise en place de structure généralement étatique. Mais « les programmes d'ajustement structurel et les mouvements migratoires internes ont généré des phénomènes de pauvreté endémique en zone urbaine et accéléré l'informalisation d'une partie de l'activité » [Montalieu 2000].

C'est pourquoi les institutions de microfinance les plus anciennes sont implanté plutôt dans les zones rurales (Grameen Bank, BDK-indonésie, Banques villageoises FINCA en Amérique du Sud, FECECAM et Kafo Jiginew en Afrique de L'ouest). Par contre, la clientèle urbaine est plutôt visée par les programmes récents, BancoSol-Bolivie, K-REP Kenya, CFCMCongo ou CRENDA Tunisie.

La clientèle des institutions de microfinance est exclusivement pauvre. On appelle le microcrédit souvent, le crédit pour les pauvres. Le CGAP définit le marché cible des institutions de microfinance à l'aide du ratio solde moyen des crédits/PNB par habitant. Si ce ratio est inférieur à 20%, alors la cible est une clientèle très pauvre, pour un ratio supérieur à 150% la cible est une clientèle aisée.

2. Innovation financière du prêt de groupe

Le succès croissant des IMF est dû aussi à l'introduction de pratiques bancaires innovantes. On peut retenir cinq éléments essentiels [Guérin 2001, Ghatak et Guinnane 1999 ou Aghion et Morduch2005].

Les IMF accordent des prêts aux emprunteurs organisés en groupe. Généralement des femmes, constituées de groupe de 4 à 6 membres. Chaque membre du groupe reçoit, un prêt à condition d'accepter la responsabilité du remboursement des crédits accordés aux autres membres au cas où ils se relèvent incapables de rembourser eux-mêmes. L'idée principale est de rendre les individus co-responsables pour permettre de transférer les coûts d'agence au niveau du groupe. Alors, la technique du prêt de groupe permet de traiter l'un des problèmes courant des modèles principal-agent avec asymétrie d'information à savoir l'anti sélection et même d'aléa moral. En effet, confronté à des porteurs de projets de qualité hétérogène et ne disposant pas

d'information sur leurs caractéristiques, les institutions financières peuvent être amenées à sélectionner les mauvais emprunteurs en discriminant par le coût du crédit.

Du coup, à cause du coût élevé du crédit, les bons emprunteurs seraient conduits à renoncer au crédit ou à chercher une autre source de financement. Le prêt du groupe est un moyen de forcer l'emprunteur à révéler ses vraies caractéristiques. Alors prêter à des groupes permet de révéler complètement l'information qui est socialement optimal26. Ces modèles reposent sur l'hypothèse que les emprunteurs se connaissent parfaitement.

Les bons emprunteurs se sélectionnent mutuellement, ce qui permet de limiter le phénomène d'antisélection. Ainsi, pour l'institution de microcrédit le fait d'appartenir à un groupe de crédit solidaire est un signal de qualité qui remplace le mécanisme de la caution ou de garantie individuelle.

L'autre avantage des prêts de groupe est qu'ils permettent de réduire le coût de l'aléa moral, et de générer des meilleures conditions de prêts aux emprunteurs. Ceci en rendant co-responsable les emprunteurs, les individus choissent conjointement de faire des efforts, dans le but de diminuer la rente de l'aléa moral à verser comme le souligne Stiglitz [1990] ou Varian [1990].

2-1. Dynamique du contrat de crédit de groupe

Source : Extrait de Léandre Bassolé [2003]

26 Comme modélisé par exemple Ghatak (1999)

Le principe de l'auto sélection utilise l'information locale privé auquel le préteur n'as pas accès ou du moins à un coût pour différencier les types d'emprunteurs. En effet, Hoff et Stiglitz [1990] ont montré que les emprunteurs détenaient assez d'information sur les partenaires et sur l'architecture locale du marché du crédit. De fait comme nous l'avons évoqué cela conduit à la formation de groupes homogènes où tous les membres ont une parfaite connaissance sur les caractéristiques de leurs partenaires, ainsi que le risque projet et le niveau de solvabilité. Si on s'intéresse au prêt, on se rend compte que le rendement du projet dépend de l'action de l'emprunteur lorsque celui-ci est octroyé. En somme, cela dépend du comportement et du niveau d'effort de l'emprunteur. De manière générale on s'attend à ce que l'emprunteur choisisse des actions qui égalisent le bénéfice marginal et le coût marginal. Cependant, en situation d'asymétrie informationnelle se résultat ne se réalise pas nécessairement et cela dans un contrat sans garantie car le prêteur et l'emprunteur non pas les même objectif.

De plus, il faut noter que l'emprunteur n'internalise pas entièrement les coûts d'échec du projet et peut entreprendre des actions qui conduisent à l'échec du projet financé. Alors dans la dynamique du contrat de crédit, on relève deux types de hasard comme le souligne Conning [2000], le hasard ex-ante et le hasard moral ex-post27.

Le hasard moral ex-post apparaît quand, à l'échéance, certains acteurs du groupe ne peuvent pas notamment en cas d'échec du projet ou même refusent carrément de rembourser le prêt de manière volontaire. Le prêteur est ici incapable de savoir si l'échec est dû à des raisons légitimes ou au comportement stratégique de l'emprunteur. Ce que la coresponsabilité permet de résoudre ou même de pallier.

2.2. Responsabilité conjointe

De fait, nous pouvons affirmer que ce mécanisme de prêt de groupe permet de résoudre les problèmes d'aléa de moral. La responsabilité conjointe assure donc au créancier que les débiteurs mettront en oeuvre les actions nécessaires pour rembourser et respecter ainsi leurs engagements.

27 Se référer à la figure sur la dynamique du contrat de groupe

2.3. Les incitations dynamiques

Les mécanismes d'incitations dynamiques permettent d'obtenir des taux de remboursement élevés sur des populations dites à risques. La méthode utilisée est celle du prêt progressif ou par pallier. Ainsi, le remboursement sans incident d'un prêt permet le déblocage d'un second prêt plus important et ainsi de suite.....

Cette action répétée permet au créancier de réduire ses coûts de recherche d'informations et de sélectionner les meilleurs risques pour les opérations plus importantes. D'autre part, ces prêts par pallier ou progressifs permettent de nouer des relations de long terme entre institutions et leurs clients. De plus, le fait de proposer un prêt plus élevé en cas de remboursement dissuade les mauvais emprunteurs d'opter pour une défaillance stratégique. C'est donc un moyen pour l'emprunteur pour réduire ses coûts de transaction ex ante et de bénéficier de meilleures conditions de crédit. Cependant, la portée de ce mécanisme incitatif est limitée par la concurrence que peuvent se livrer les IMF et le degré de mobilité spatiale des emprunteurs [Montalieu 2002].

Les IMF sont reconnues pour leur exploitation des incitations dynamiques. Toutefois dans le cas de crédits individuels, les emprunteurs sont à priori assurés de pouvoir bénéficier assez facilement de crédit d'un montant plus élevé s'ils respectent leur échéancier.

2.4. Calendriers de remboursement

Les calendriers de remboursement sont réguliers et commencent presque immédiatement après l'octroi du prêt. Toutefois, les IMF ont des délais de grâce très élevés et aussi une fréquence élevée des remboursements. Le but est d'évincer les emprunteurs indisciplinés lorsqu'un problème survient. De plus, les avantages de cette méthode sont nombreux et indéniables pour l'IMF. D'une part, comme nous l'avons souligné, il permet de détecter très tôt les problèmes éventuels d'un emprunteur et de l'amener à se corriger avant l'échec total. Et d'autre part, cela confère à l'IMF une liquidité plus forte ceci dans la mesure où les IMF peuvent collecter les rentrées d'argent avant qu'elles ne soient dépensées ou mal utilisées. Cependant, ce système peut être pénalisant pour les emprunteurs dont les revenus sont marqués par la saisonnalité (cas des agriculteurs). Toutefois, il faut préciser que les fréquences des remboursements varient en fonction de la taille du prêt. Ainsi, les échéances à une semaine sont réclamées pour les plus petits prêts tandis que pour les prêts les plus importants, le remboursement peut être effectué de façon bimensuelle ou mensuelle.

2 .5. Les garanties auxiliaires

Bien que nous admettons que la technique du prêt à groupe solidaire avec responsabilité conjointent assure des remboursement très honorable, l'octroi de crédit sans garantie demeure une activité risquée. Face à ce risque, les IMF ont développée des systèmes de substitutions. En effet, ces institutions obligent leurs clients à constituer des fonds d'épargne gérés par l'institution. Chaque emprunteur alimente ce fonds par une cotisation proportionnelle au montant emprunté. En cas de défaut de l'emprunteur l'IMF saisir son épargne. Toutefois, en pratique, bon nombre d'institutions telles que la BRI en Indonésie exigent quand même des garanties traditionnelles surtout lorsque le client est en situation de les offrir. Cependant, cette exigence est souple sauf que l'absence de garantie n'est pas cause d'exclusion du marché du crédit puisque des exceptions aux garanties restent à la discrétion de l'institution.

De même, cette exigence d'épargne a pour objectif aussi de construire une relation de confiance entre le prêteur (IMF) et l'emprunteur (les clients) afin d'évaluer leur capacité de remboursement. Donc, comme la plupart des clients ne disposent pas de garanties bancaires courantes, ce sont souvent les biens matériels qui sont utilisés comme garanties de substitution. Cependant, les groupes de «caution solidaire » demeurent la forme de garantie très courante utilisée par les IMF. De plus, les praticiens accordent une grande importance à la formation des groupes. L'écrémage (screening) est l'une des fonctions les plus importantes de la formation de groupe, et plusieurs études empiriques l'ont souligné. Par exemple, Wenner [1995 pp 270-272] a remarqué que les groupes de la Fundacion Integral Compesina (FINCA). Cette méthode a permis de réduire de façon significative les impayés.

Toutefois, ils existent des programmes dans lesquels les groupes ne s'étaient jamais rencontrés auparavant. C'est le cas du programme crédit et éducation mis en place par le Réseau des Caisses Populaires au Burkina Faso [Kevane, 1996 p 26].

3 Limites de la responsabilité conjointe

3.1. Le problème du défaut stratégique

Le problème du défaut stratégique a été analysé Diagne [1998]; Besley et Coate [1995]. La défaillance stratégique se définit par l'absence de volonté de la part de l'emprunteur de respecter son engagement malgré la réussite de son projet. Besley et Coate [1995] constatent un effet négatif de la responsabilité conjointe sur le niveau de remboursement. Ceci est dû à la défaillance stratégique. En effet, en raison de la défaillance stratégique de certains emprunteurs, les autres membres du groupe refusent de rembourser et ainsi faire jouer le mécanisme de caution solidaire. Donc le défaut stratégique de quelques membres du groupe peut entraîner celui de l'ensemble du groupe.

Ces auteurs ont élaboré un modèle basé sur la théorie des jeux avec deux emprunteurs homogènes au sein d'un groupe ou le choix ne porte pas sur le choix du projet mais sur la volonté de rembourser ou pas l'emprunt. Dans le cadre de ce modèle, le prêteur applique une sanction au(x) membre(s) défaillant(s). Le niveau de la pénalité augmente en fonction de la production mais reste inférieur à cette dernière. L'emprunteur maximise son utilité (lorsqu'il rembourse) par rapport à deux contraintes: l'information sur le choix potentiel de son emprunteur et le niveau de la sanction infligé par le prêteur. Pour un emprunteur dont le projet réussit, si le projet de son partenaire échoue, le premier va choisir de ne pas rembourser son prêt. Par conséquent, tout le groupe (binôme) sera défaillant. Force est de constater que l'élément principal qui occasionne cette défaillance stratégique est le fait de devoir payer pour son partenaire, ce qui est l'essence même de la responsabilité conjointe.

Le modèle de Besley et Coate [1995] démontre qu'en présence de responsabilité conjointe, les emprunteurs peuvent choisir volontairement de ne pas honorer leurs engagements afin d'éviter de venir en aide à leur partenaire.

Diagne [1998] analyse la défaillance stratégique dans une optique totalement différente de celle de Besley et Coate [1995]. Jusqu'à présent toutes les analyses théoriques que nous avons présentées mettent l'accent sur l'avantage informationnel que possèdent les membres du groupe par rapport au prêteur (l'institution de microfinance). Ce qui constitue un avantage au groupe pour la sélection, la surveillance mutuelle et la pression des pairs [Stiglitz 1990; Varian 1990 ; Ghatak 1999]. La réussite du contrat de façon individuelle est cautionnée par la réussite du projet financée [Besley et Coate 1995]. Cependant pour Diagne [1998], la défaillance stratégique est due

d'une autre forme d'asymétrie informationnelle jusqu'à la pas analysé par la théorie économique sur le prêt de groupe. Il s'agit de l'information imparfaite et asymétrique les membres au d'un groupe concernant la volonté de rembourser de leur partenaire. Diagne [1998] que la principale raison défaillance dans le prêt de groupe n'est pas l'incapacité, mais l'absence de volonté de rembourser le crédit. La volonté de rembourser étant une information privée, les membres du groupe ne sont pas sûrs des intentions de remboursement des leurs partenaires. Si un membre accorde peu d'importance aux crédits futurs et qu'il doute de la volonté de rembourser d'au moins un des ses pairs, il est optimal pour lui de ne pas ne pas respecter son contrat. En effet, s'il rembourse sa part et qu'au moins un membre est défaillant sachant que la pression des pairs n'a pas eu d'effets positifs, tout le groupe sera considéré comme défaillant. De ce fait l'utilité de l'emprunteur s'en trouve réduite. Par contre si l'emprunteur décide de ne pas rembourser, il ne bénéficiera pas des crédits futurs, mais dans ce cas son utilité reste intacte. Donc l'emprunteur préfère ce deuxième cas de figure car elle maximise son utilité.

À la différence de Besley et Coate [1995], c'est le fait que les emprunteurs n'accordent pas d'importance aux crédits futurs qui entraîne la défaillance stratégique pour Diagne [1998]. Or, l'accès au crédit futur est une des incitations utilisées dans les prêts de groupe avec caution solidaire pour pousser les emprunteurs à rembourser.

Ces deux papiers montrent que l'incapacité de la responsabilité conjointe à améliorer la performance du prêt du groupe réside même dans les règles qui la fondent.

3.2. Enforcement ou mise en oeuvre des règles

L'enforcement n'est pas dû à l'asymétrie informationnelle. Mais il s'explique par l'incapacité du prêteur à appliquer les sanctions à l'encontre des emprunteurs «délinquants ». Même si le projet de l'emprunteur réussit et qu'il est en mesure de rembourser son prêt; il pourrait refuser de rembourser le prêt. Ceci peut s'expliquer par des faiblesses du système légal ou par l'extrême pauvreté de l'emprunteur qui n'a pas permis une sanction efficace [Ghatak 1999].

Besley et Coate [1995] soulèvent un problème: comment la responsabilité conjointe pousse les récalcitrants à honorer leurs engagements. Ils montrent que le prêt de groupe à deux effets opposés sur le taux de remboursement. L'avantage des groupes, c'est qu'ils permettent à un

membre dont le projet a eu un rendement élevé de s'acquitter de la dette d'un partenaire qui a fait défaut.

Mais le prêt de groupe à caution solidaire a des inconvénients. Prenons l'exemple, d'un emprunteur dont les rendements de son projet sont moyens. Si l'un des ses partenaires fait défaut, l'emprunteur doit faire face aux obligations de son partenaire. Le fardeau que représente le remboursement du prêt de son partenaire peut entraîner la faillite du premier emprunteur.

Cependant, si les liens sociaux sont assez forts, l'effet net est positif. Car n'honorant pas ses engagements, l'emprunteur encourt les sanctions de ses pairs et de l'institution de micro crédits. Ainsi, le système de prêt de groupe à caution solidaire permet des taux de remboursement supérieurs à ceux obtenus avec les prêts individuels.

3.3. Problème du lien social

L'obstacle majeur de la responsabilité conjointe comme mécanisme de prêt survient lorsque les liens sociaux entre les emprunteurs potentiels sont trop faibles pour assurer un sentiment de solidarité. C'est un problème important dans les prêts à responsabilité conjointe surtout dans les tentatives de réplication du modèle de la Grameen Bank dans les pays plus développés.

Mondal et Tune [1993] ont discuté du problème «replicabilité » du système de la caution solidaire du Bangladesh aux compagnes de l'Arkansas.

Les Good Faith Fund crée en 1988 dans l'Arkansas ont adopté le modèle de la Grameen Bank. La responsabilité conjointe si efficace au Bangladesh n'a pas l'air de fonctionner à l'Arkansas. Ceci s'explique par les différences sociales et culturelles qui existent entre les deux pays d'après Mondal et Tune. Les compagnes de l'Arkansas sont beaucoup moins peuplées que celles du Bangladesh. De plus, la population américaine est plus hétérogène du point de vue racial et religieux. Ce qui constitue un véritable frein pour l'esprit de solidarité et la formation de groupes caution solidaire. Mais la faiblesse des liens sociaux à l'Arkansas s'explique par un autre phénomène selon Wydick [1999]. En effet, l'identité des paysans du Bangladesh dérive de celle de la communauté. Alors que les Américains sont plus individualistes.

Pitt et khander [1995] décrivent dans le cas de la Grameen Bank la ferveur presque religieuse qui est manifestée par les membres du groupe lors de réunions. En effet, une pression sociale très forte est exercée sur les membres pour qu'ils assistent à réunion. Lors de ces réunions les emprunteurs prêtent des sermons solennels à l'égard des autres membres et jurent de respecter les principes de fonctionnement de la banque. En outre les emprunteurs sont amenés à éprouver des sentiments de remords, de culpabilité ou de honte à l'égard des actes qui pourraient nuire aux autres membres du groupe. Aussi ils doivent ressentir de la fierté concernant les actions d'entraide.

Par ailleurs, il ne faut pas sous estimer l'importance des prescriptions religieuses et morales. En Malaisie par exemple, l'institution AIM a ajouté à son programme les principes moraux de l'Islam. A savoir l'obligation spirituelle de rembourser les prêts contractés. Ainsi l'islam est un facteur supplémentaire qui augmente les taux de remboursement des institutions de microfinance. [Hulme, 1990 p294].

Toutefois, la responsabilité conjointe se relève inefficace si les individus concerné ne sont pas prêts à appliquer une pression et sanctionner les membres fautifs. Comme le prouve l'échec du système des caisses coopératives en Irlande durant le 1 9eme siècle.

Cependant, l'abondante littérature sur le prêt de groupe considère la pression des pairs et les autres aspects de la responsabilité conjointe comme bénéfiques et utiles. Ceci à l'exception de Montgomery et al [1996 pp. 154-155] qui ont noté que les membres des groupes pouvaient affliger des sanctions agressives et disproportionnées aux fautifs au bangladesh. Dans certain cas, ces sanctions peuvent prendre la forme de saisis des maigres actifs personnels tel que le bétails ou les biens de ménagers. Selon Ghatak et Guinnane [1999], les professionnels doivent garder à l'esprit le risque implicite de ces sanctions sur les liens sociaux. Compte tenu du fait que ces liens sociaux sont essentiels pour le bon fonctionnement des programmes de microcrédit.

Toutefois, il semble pertinent de ne pas considérer les garantie pour elle-même mais plutôt de les intégrer dans une réflexion plus large sur le crédit décentralisé. En effet, le point le plus important nous semble la relation de proximité qu'entretient l'institution de microfinance vis-à- vis de son client. Ce qui nous semble justifié par le fait que les transactions fondées sur les relations de proximités qui minimisent les risques d'aléa moral et d'anti-sélection. De plus, la proximité conditionne en fin de compte les résultats des institutions de microfinance. Cependant, le point le plus crucial est la minimisation du coût de transaction grâce à cette relation de proximité entre l'IMF et son client, élément clé de sa performance économique. En outre, nous

avons que le succès des IMF tient à leur minimisation des coûts de transaction et de fonctionnement. D'un point de vu théorique, on sait que l'effet des coûts de transactions est utilisé comme facteur explicatif des formes institutionnelles [Williamson, 1975,1985]. D'autre part, il ne faudra pas négliger l'importance de la gouvernance. En effet, la gouvernance est un facteur essentiel du succès ou de l'échec des IMF.

52le poids du financement informel

Avant de présenter le niveau et l'importance de l'activité informel, il convient de définir ce que c'est la finance informel qui soutien cette activité. Lelart [2000, 2005] nous donne un excellent aperçu de la finance informel et de son évolution. Avec cet auteur on souligne le fait que les pays développés ont aussi connu à un moment de leur histoire, ces pratiques dites traditionnelles de crédit comme celle observé aujourd'hui dans les PED. De Lima [2004] nous donne une définition de la finance informelle comme suit : « la finance informelle est un processus macro et micro qui conduit en dehors des circuits et des intermédiaires financiers institutionnels à la constitution d'une épargne (stock), monétaire réelle et sa mobilisation (flux de créances et de dettes) sous des formes monétaires ou réelles. Il s'agit donc d'opérations financières légales mais qui ne sontpas officiellement enregistrées et réglementées et qui échappent à l'orbite des institutions officielles, tout en se caractérisant par un phénomène de proximité entre les pourvoyeurs de financement et les emprunteurs».

Donc au regard de cette définition, on peut affirmer que ce que l'on nomme finance informelle préexiste partout. Toutefois, avec des aspects différenciés et que de plus les institutions nationales et internationales aussi bien les chercheurs ont pris conscience de son intérêt et son importance notamment dans les économies en développement.

Lelart [2002] retient trois constations de ce phénomène que sont la diversité des pratiques. Il constate qu'en plus des prêteurs professionnels, des marchands et commerçants vendent souvent du crédit mais aussi la famille et des amis apportent leur soutien financier à un de leurs proches en besoin. De plus, il existe dans la plupart des pays des pratiques financières collectives communément appelés tontines qui peuvent être pratiqués de différentes manières d'une zone à une autre. En effet, Lelart souligne que l'émergence de la microfinance est une manifestation de la vitalité de la finance informelle et de sa prise en considération par les politiques de développement.

A/évolution du financement du développement

La microfinance, initialement conçue comme une forme de solidarité entre les pauvres exclus du système bancaire, s'est développé pour devenir une part importante du financement du développement, et ceci compte tenu des défaillances des modèles de financement du développement dans leur mise en oeuvre. En effet, face à l'imperfection du marché du crédit due à l'existence de l'asymétrie d'information combinée à l'absence de garanties chez une grande partie de la population dans les PED, les banques publiques de développement n'ont pas été en mesure d'enrayer l'exclusion financière. S'appropriant les méthodes ayant fait leurs preuves au sein de la finance informelle, les IMF appuyées par les bailleurs de fonds internationaux ont ouvert des offres de services financiers qui concourent au financement du développement.

B/La microfinance : un palliatif au sous développement financier.

Aujourd'hui, la microfinance et de manière plus générale la micro intermédiation apparaît de plus en plus comme un palliatif au sous développement financier dans les PED. On observe une expansion du secteur de la microfinance qui jouant ici le rôle de réponse à l'exclusion financière essentiellement, mais également de solution au dysfonctionnement du système financier officiel. Dans les PED, comme nous l'avons déjà souligné, on note un rôle de plus en plus important de la finance informelle. A cet effet, les institutions communautaires reposant sur les appartenances culturelles telles que les clans, les lignages, les religions, les organisations tontinières ou les associations de crédit, reposent sur l'adhésion. Hugon [1996] explique que ces circuits sont caractérisés par des transactions où prédominent les espèces, avec une faiblesse ou une absence d'enregistrement et des réglementations, l'échange des actifs se faisant le plus souvent hors des cadres juridiques avec un fort rôle pour les relations personnelles et des solidarités communautaires d'appartenance ou d'adhésion.28

À coté de la finance informelle, la microfinance joue un rôle économique et social de plus en plus croissant dans les PED. Ce rôle découle de l'appui extérieur dont bénéficie la microfinance bénéficie vis-à-vis des bailleurs de fonds, bien que s'appuyant cependant sur des dynamiques endogènes.

28 (Voir les travaux de Lelart M. 2005 qui traite de cette question)

1- Situations en Afrique subsaharienne

On a une évolution économique marquée par l'application des PAS entre les années 80 et 90 par un nombre croissant de pays. Ayant pour résultante une dégradation de la situation économique de ces pays (déséquilibre du budget, de la balance des paiements, ralentissements de l'activité etc.). Comme conséquence la plus grave se situe au niveau social avec des licenciements qui consistent à la réduction des effectifs dans les administrations, causant ainsi la baisse des revenus. Le développement du secteur informel doit être considéré comme une réponse endogène des agents qui réagissent pour faire face à cette précarité.

Ainsi, l'extension et l'adaptation des activités informelles pourraient s'expliquer par la faillite du système bancaire29.Cela s'est entre autre matérialisé par la fermeture de certains établissements bancaires en général étatiques, avec la désertion des guichets des banques encore en activités et la régression des opérations dépôts comme crédits. On a eu aussi un phénomène d'éviction des microentreprises et PME du crédit bancaire qui constituent les principaux signaux de cette faillite.

C'est dans cet environnement que la dynamique de la finance informelle et son succès dans la mobilisation de l'épargne informelle a contribué à une amélioration du financement des microentreprises.

2- La microfinance et la promotion de l'activité entrepreneuriale

Du point de vue de l'activité entrepreneuriat, les PED dans leur coopération au niveau étatique avec les pays du nord n'ont pas été des partenaires efficaces.

On a un constat d'échec des états du tiers monde dans le financement de l'entrepreneuriat, d'où la nécessité de substituer l'aide extérieure30 à un effort national de mobilisation de l'épargne. De ce point de vue, la microfinance s'avère être un partenaire efficace et essentiel de mobilisation et de l'allocation des crédits aux investisseurs.

La microfinance constitue un soutien majeur aux petites et moyennes entreprises (PME). Cela nous conduit à analyser la PME dans son approche fonctionnelle pour mieux appréhender ces besoins en financement. Dans la littérature économique, on a une variété de définition de la PME. Cependant, elle s'appuie sur un certain nombre de critères communs qu'on peut qualifier d'objectifs tels que: le nombre de personnes employées, le chiffre d'affaires réalisé, le capital,

29 (cf. Lelart M.2000 sur le cas du Bénin)

30 Voir en annexe une schématisation de l'aide au développement et théories du développement dans l'histoire.

l'organisation du travail, le niveau d'investissement réalisé etc. Pour le volet financement de la microentreprise ou de la PME, nous allons pouvoir avec Lelart M [1995,445] identifier les spécificités du financement des microentreprises.

Mais, au préalable nous tenons à préciser que nous assimilons la microentreprise à l'entreprise informelle et à la petite entreprise.

Donc avec la faillite des entreprises publiques, il faut dire que dans les pays d'Afrique notamment, la plupart des entrepreneurs locaux sont des «petits » et leurs demandes financières, bien que souvent minimes, ne sont pas satisfaites par les banques officielles. Pour leur financement il est essentiellement assuré par la micro finance. Prescot [1997] souligne à ce propos que la microfinance est «la fourniture des services financiers aux démunis ». Selon sa conception, la microfinance recouvre bien l'aspect de financement alternatif qui consiste à proposer une solution alternative face à la rigidité des systèmes bancaires dans la problématique de création d'entreprise comme le fait remarquer Pierrard M.., [1998].

La problématique de la création d'entreprise nécessite des investissements et des prêts. Or dans les PED, le constat est que les promoteurs d'entreprises ne sont pas crédibles auprès des organismes financiers formel notamment bancaire, d'où ils se tournent vers le secteur de la micro finance qui se trouve etre l'intermédiaire entre le secteur formel et informel.

De fait la microfinance devient alors l'instrument par lequel se réalise la réinsertion des exclus. Si nous considérons par exemple la zone UEMOA, on constate qu'elle est caractérisée par l'existence d'une forte proportion de microentreprises notamment artisanales, ainsi que de petites et moyennes entreprises industrielles et de service. On constate aussi que l'ensemble de ses acteurs économiques éprouve d'énormes difficultés pour le financement de leur activité. Pour ce qui concerne le crédit bancaire il leur est pratiquement inaccessible. De fait, ces entrepreneurs comptent sur leurs propres ressources et ceux de leurs proches ainsi que les techniques de la finance traditionnelle. Tel que la tontine ou les associations rotatives d'épargne et de crédit qui constituent des alternatives de financements de ces opérateurs économiques (Cf. Lelart (1 990,1 999 et 2000).

Dans cette zone les problèmes d'asymétries d'information sont encore plus critiques dans la mesure où l'économie informelle prédomine. Ainsi, on constate que les entreprises de ces PED ne sont pas capables pour la plupart de fournir ou même de produire des informations compatibles avec leur standard en matière d'analyse de dossier, mais surtout de contractualisation et de contrôle. Donc l'aspect de la microfinance en tant qu'appui de l'activité entrepreneuriale

nous parait intéressant en référence à la théorie autrichienne31 de la croissance qui situe l'activité entrepreneuriale au coeur du processus de création de richesse. En effet, cette théorie met l'accent sur l'entrepreneur et le capital32 qui ont un rôle primordial dans le processus de croissance et de développement. Alors, nous pouvons préciser que cette dimension économique prend plus de poids dans les PED où les économies sont marquées par l'absence de redistribution ni protection sociale où prédominent le plus souvent les mécanismes de solidarité due aux aspects culturels et traditionnels. Ces mécanismes de solidarité sont basés sur des réseaux tels que la famille notamment élargi, le village ou la communauté. La microfinance vient dynamiser tout ce processus en constituant une alternative crédible en termes de financement alternatif aux ressources du secteur structuré.

Section 3 : analyses critiques microfinance et développement économique

De manière générale dans la littérature économique, on a un consensus au sujet des institutions politique et économique et en particulier des institutions financières dans le développement économique d'un pays. Le lien entre le développement du secteur financier et la croissance économique a été prouvé empiriquement et nous comptons nous appuyés sur ses travaux pour examiner les différences effets de l'expansion de la microfinance dans les pays en développement notamment ceux de l'Afrique de l'ouest francophone à partir des travaux de Raffinot et Venet [1998]. Il s'agira pour nous de voir si les institutions de microfinance constituent un levier de développement économique dans ces pays ou si elles peuvent l'être et à quelles conditions. En effet, Raffinot et Venet [1998] ont tenté d'établir, à partir d'une analyse en données de panel, une relation qui expliquerait la croissance à partir des déterminants traditionnels (le capital humain et le revenu initial) de la croissance endogène en y rajoutant les variables d'approfondissement financier. Pour étudier cette corrélation, les variables d'approfondissement financières introduites sont:

- le ratio M2/PIB, pour tenir compte du faible nombre d'institutions financières non bancaires dans les pays d'étudiés,

- le ratio quasi-monnaie /PIB, variable destinée à rendre compte des progrès de l'intermédiation
financière dans la mesure où c'est au travers de la croissance des dépôts à terme et d'épargne que

31 Voir la théorie entrepreneuriale de la croissance développée par Kirzner [1986] pour éclairer le processus de croissance économique. Toutefois, voir aussi l'approche smithienne de la création de richesse qui fonde notre démarche mettant l'accent sur la division du travail et la capacité à lever l'étroitesse du marché comme c'est le cas des PED.

32Voir Hayek [1941] la théorie autrichienne du capital.

les intermédiaires financiers sont supposés pouvoir pleinement jouer leur rôle de promoteur de l'accumulation de l'épargne domestique et d'orientation des ressources vers une allocation optimale;

- Crédits au secteur privé /PIB, pour tenir compte des critiques;

- Encours réel de crédit par habitant /PIB.

Globalement, qu'aucune des variables n'était positivement et significativement corrélée avec la croissance. Cependant, ce mauvais résultat est à attribuer à la défaillance des systèmes financiers dans les pays étudiés du fait de la crise bancaire encours dans ces pays sur la période étude considérée. Par conséquent, ce résultat conduit à rejeter toute influence de l'approfondissement financier sur la croissance du PIB des pays de l'UEMOA.33 Toutefois cet effet est a attribué à l'effet de groupe car dans chaque pays les variables d'approfondissement financier sont assez bien corrélés avec croissance. Mais entre pays le résultat est mitigé.

Le coefficient de corrélationR2 entre M2/PIB et le PIB n'est que de 2% tandis que celui du ratio crédit à l'économie/PIB est de bonne qualité estimé à 39% et la variable est largement significative. La faiblesse de cette relation est du à des transferts des déposants entre pays au niveau du système bancaire. Il s'agit essentiellement de l'utilisation par les déposants d'un pays donné du système bancaire de son voisin compte tenu des défaillances du tient. A titre d'exemple, le système bancaire togolais a été utilisé par les déposants des pays voisin que sont: le Bénin, le Niger, le Burkina, et le mali etc.

Pour mieux appréhender les spécificités de chaque pays, les tests de causalité ont été réalisés pour voir si la séquence explicative postulée par King et Levine [1993 op.cit] est valable pour les pays de l'UEMOA. En effet, Spears [1992] montre ainsi, que l'intermédiation financière (mesurée par M2/PIB) est une cause, au sens de Granger [1969]34, de la croissance du PIB par tête au Cameroun, en Côte d'ivoire, au Kenya et au Malawi. Le Burkina Faso lui présente une particularité en ce sens où on a une causalité bidirectionnelle. Pour ce qui concerne l'hypothèse selon laquelle l'approfondissement financier estimé par le rapport quasi-monnaie à M2 qui puisse

33 L'UEMOA est composé :le Bénin, le Burkina Faso, la Cote d'ivoire, Guinée Bissau le Mali, le Niger, le Togo et le Sénégal.

34 L'analyse économétrique de la causalité au sens de Granger est différente de la notion de causalité du langage courant. Les tests de causalité permettent de mettre en évidence plusieurs cas de figure: Une causalité d'une variable vers l'autre, sans que la réciproque ne soit vraie (c'est la causalité unidirectionnelle), une causalité dans les deux sens (bidirectionnelle), ou pas de causalité du tout. «On dira que X cause Y au sens de Granger si le passé de X explique le présent de Y ». Si les deux causalités sont constatées, on considère qu'il existe une causalité en retour (feed back causality) entre les deux variables.

être la cause de la croissance réelle est rejetée. Toutefois, les tests de stationnarité n'ayant pas été effectué, cela nous laisse perplexe sur la qualité des résultats obtenus.

Concernant la zone spécifique des pays francophones de l'UEMOA, Raffinot et Venet (1998, op.cit) ont analysé la stationnarité et la co-intégration des variables deux à deux. Les résultats effectués sur les séries montrent que les séries sont intégrées d'ordre 1, ce qui justifie de l'utilisation de leurs taux de croissance pour avoir des résultats fiables:

Les résultats obtenus sont présentés dans le tableau suivant:

Tableau1.6: Le sens de causalité entre le secteur réel et financier: cas des pays de l'UEMOA

 

Variables impliquées dans

l'analyse de corrélation

Sens de causalité

Bénin

DQUAS cause DPIBRT*

Financier Réel

Burkina Faso

DPIBRT cause DCRED** DPIBRT cause DQUAS***

Réel Financier

Cote d'ivoire

DAPFIN cause DPIBRT*** DCRED cause DPIBRT*** QUASM2C cause DPIBRT*

Financier Réel

Mali

DQUAS cause DPIBRT**

Financier Réel

Niger

Non significatives

Aucun

Sénégal

DPIBRT cause DAPFIN** DPIRT cause DCREDR*

Réel Financier

Togo

*

DPIBRT S cause
CREDIECOC*

Réel Financier

 

*** : seuil de confiance de 1%, ** : seuil de confiance de 5%,* : seuil de confiance de 10% Source : Raffinot Marc, Venet Baptiste (1998)

Avec: DQUAS(le taux de croissance du ratio Quasi monnaie/M2); DPIBRT(le taux de croissance du PIB réel par habitant) ; DCRED(le taux de croissance des crédits nominaux à l'économie); DAPFIN (le taux de croissance du rapport M2/PIB); DCRED (le taux de croissance du montant des crédits réels à l'économie par habitant) ; QUASM2C(le ratio quasimonnaie/M2) et CREDIECOC(les crédits à l'économie).

Au regard des résultats des répressions de panel pour les pays francophones de l'UEMOA entre 1970 et 1995, les tests de causalité de Granger font apparaître une liaison causale entre l'approfondissement financier et la croissance réelle qui n'est pas toujours conforme à l'hypothèse selon laquelle le développement des institutions financières entraînerait le développement réel (représenté par la croissance du PIB) dans les pays à faible revenu.

Cette hypothèse se vérifie pour le Bénin, la Côte d'ivoire, le Mali sur la période étudiée. Cependant, une causalité inverse se vérifie dans les cas du Burkina Faso, du Sénégal et du Togo. En ce qui concerne le Niger, une causalité n'a pu être mise en évidence.

Ces instruments traduisent une approche macroéconomique de l'approfondissement financier très utilisé par la littérature économique. Cependant, nous inscrivons ce mémoire dans une approche microéconomique de l'approfondissement financier35. En effet, il s'agit de l'offre de service au plus grand nombre d'agents économiques. Cette vision de l'approfondissement financier se distingue de la vision macro économique en se sens où elle met l'accent sur les individus plutôt sur les agrégats.

L'approche microéconomique de l'approfondissement financier porte sur la proportion d'individus dans la population qui ont accès aux services d'épargne, la facilité de pouvoir épargner,les faciliter pour obtenir un crédit, avec pour préoccupation essentielle de pouvoir accroître ces proportions ou les facilités. En, effet cette façon d'envisager le développement financier nous permet d'éviter le paradoxe «de la croissance sans développement ». Donc pour mieux appréhender l'apport des institutions de microfinance dans le développement financier nous proposons d'aborder leur apport en termes de crédits à l'économie et d'épargne mobilisé par celle-ci dans le cadre des pays de l'UEMOA. Il s'agit d'une analyse comparative par rapport aux banques commerciales dont les résultats s'établissent comme suit:

Tableau 1.7 : Les IMF, les banques et crédits à l'économie

Années

1996

1997

1998

1999

2000

2001

2002

2003

2004

Crédit bancaire

2044

2208

2425,3

2439,2

2692

2868,4

3041,3

3174,3

2415,4

Crédit IMF

48,4

70,8

89,7

106,4

112,7

142,4

190,6

255,5

233

IMF/Banques

0,024

0,032

0,036

0,043

0,041

0,049

0,062

0,080

0,096

 

Source des données: pour les crédits bancaires (Banque de France, série statistique de la zone franc), pour les crédits IMF (BCEAO).

35Joseph et al [2001] font une étude critique des approches macro économétriques de l'approfondissement financier appliquées à l'Afrique subsaharienne.

On a la proportion de crédits offerts par les IMF qui est extrêmement faible car inférieur à 1% sur chacune des années de la période considérée. En 2004, il est de 0,096 cependant, cette faible proportion ne reflète pas les disparités entre pays.

Les taux de croissance de crédits IMF calculer sur la période 1 996-2004 (taux moyen=0,229) sont supérieurs à ceux des crédits bancaires (taux moyen=0,027).

Pour les données relatives aux volumes des crédits octroyés par les IMF, ils soulignent les insuffisances du secteur de la microfinance dans le financement de l'économie des différents pays d'étudiés par rapport aux banques commerciales présentent dans ces pays.

Tableau1.8 : Epargne des IMF et épargne bancaire

Pays

Bénin

Burkina Faso

Cote d'ivoire

Années

2000

2001

2002

2000

2001

2002

2000

2001

2002

IMF/Banques

0,069

0,068

0,079

0,064

0,062

0,055

0,027

0,031

0,032

Années

1996

1997

1998

1999

2000

2001

2002

2003

 

Placement bancaire des
IMF

0,229

0,148

0,239

0,343

0,400

0,409

0,329

0,294

 
 

Au regard des résultats, on peut affirmer que les IMF représentent une quantité infime lorsqu'on compare les données de crédit et d'épargne avec les banques. Cependant, nous devons noter que toutes les IMF n'effectuent pas des activités de dépôts. C'est souvent le cas des IMF de crédits directs. L'épargne microfinancière est surtout le fait d'institutions mutualistes d'épargne et de crédit. Elle est très faible par rapport à l'épargne bancaire, le rapport (IMF/Banques) est extrêmement inférieur à 1% mais il faut relever que les placements effectués par les IMF sont essentiellement bancaires et prennent soit la formes de marges de dépôts non distribués sous formes de crédits soit la forme d'excédents d'exercice annuel.

Les différents résultats sur les IMF dans la zone UEMOA nous laisse perplexe sur l'incidence de ces institutions sur le développement des institutions financières dans la zone UEMOA. Bien entendu que les IMF ont contribué à la mobilisation de produits financiers de crédits et d'épargne bancaires mais de manière modeste. En revanche, si nous dépassons la

perception du développement économique essentiellement centré sur la variable PIB, nous pouvons apprécier la contribution des IMF en tant que programmes de développement dans les pays francophones de l'UEMOA. En effet, nous convenons avec Kamalan [2006] que l'intérêt de la microfinance est d'être un vecteur d'espérance pour une vie meilleur (vivre mieux) en réduisant la vulnérabilité économique, en accroissant les « capabilités » et l'esprit d'initiative des individus et en fédérant autour d'eux l'impératif du resserrement des liens. Alors pour parler comme lui: nous considérons que la contribution des IMF dans le développement économique se situe à trois niveaux: politique (référence à l'assurance contre la vulnérabilité) et sociale (référence aux capabilités), et que c'est un projet de société.

D'où un examen pratique de la relation méritée d'être mené en tenant compte des autres variables de développement pour saisir le rôle des pratiques de microfinance dans le développement local des PED.

Section 4 : Revue de littérature des études empiriques sur la microfinance et le développement

L'objet de cette revue de littérature empirique est de faire le point de tous les travaux consacré précisément à la microfinance en présentant à chaque fois la méthodologie utilisée et les résultats obtenus par les auteurs.

Sur le plan de l'analyse théorique, les pratiques des groupes solidaires et plus précisément le recours aux réseaux sociaux ont donné lieu à des analyses fécondes par l'application des modèles visant à tester les hypothèses à la base des théories de l'agence36 avec des approches relatives à l'aléa moral, à la sélection adverse ou au type de monitoring. Ces travaux partent du fait que le système financier formel réduit les problèmes d'asymétrie d'information en rationnant le crédit et en exigeant des garanties, consécutifs au travail inaugural de Stiglitz et Weiss [1981]. Ces études n'observent ensuite que la pratique des crédits à des emprunteurs appartenant à des groupes solidaires au sein desquels les membres se cautionnent mutuellement. Ces analyses relèvent de contrat qui applique implicitement les enseignements des modèles d'agence.

Au plan pratique, Zeller [1998] montre sur le plan empirique comment la sélection des membres du groupe par leurs pairs, accroît significativement la qualité des remboursements du fait aussi de la surveillance, de l'entraide et de la pression, une fois les prêts obtenus. En effet, il utilise des informations sur 146 groupes de prêt à Madagascar et fournir des arguments en faveur du prêt groupé.

36La théorie de l'agence essaie de comprendre comment un agent économique, le principal, peut s'assurer qu'un autre agent économique, l'agent respecte ses engagements.

Dans le domaine de l'économie appliquée au développement, les analyses se situent beaucoup plus dans des préoccupations relatives à la réduction de la pauvreté dans ses dimensions «statiques » que dynamiques. Ces analyses traitent de la mesure du développement des services financiers de proximité et leur contribution à l'inclusion de la population pauvre en leur permettant l'accès au crédit mais aussi aux autres services financiers vitaux (micro épargne, micro assurance, transferts de fonds au profit des familles des travailleurs migrant). Au delà des services offerts aux populations ciblées, elles concernent ensuite la stabilisation des revenus, les régimes nutritionnels et de façon plus générale la réduction de la précarité.

D'un point de vue méthodologique, les applications empiriques des concepts théoriques ont donné lieu à des avancées méthodologiques. On note par exemple la définition des échantillons appropriés aux groupes de contrôle en l'absence de données longitudinales pour les études d'impact réalisés par Seep et Mosley [2000], et beaucoup plus récemment, celui relatif à l'application expérimentale.

Marie Godquin et Léandre Bassolé [2004] qui abordent quant eux la microfinance sous l'optique de la pérennité et viabilité des institutions opérant dans ce secteur. Ces auteurs analysent sous des approches différentes les performances du remboursement des prêts, en recourant aux enseignements de la théorie des contrats appliqués au marché du crédit.

Toutefois, Marie Godquin a travaillé sur des données relatives aux clients des trois plus grandes institutions de microfinance au Bangladesh et elle nous fourni une analyse sur les déterminants du remboursement, en focalisant son analyse sur le rôle des innovations dans les procédures des prêts de groupe ainsi que l'accompagnement par le canal des services non financiers et les mécanismes incitations dynamiques. Après qu'elle est corrigée les biais dus à l'endogéneité de la taille des groupes, elle arrive à des résultats dont l'intérêt opérationnel s'avère intéressante. Ceci dans la mesure où elle montre que les innovations dans les procédures d'octroi des prêts doivent être poursuivies vue que l'ancienneté des groupes solidaires agit négativement sur la qualité des remboursements. De plus, les cycles progressifs de prêts finissent par ne plus constituer l'incitation à honorer ses engagements; les sommes plus élevés et l'expérience des membres des groupes interfèrent pour moins faire jouer la caution solidaire. Ainsi, elle conclue à la nécessité de concevoir des incitations spécifiques pour les clients anciens auxquels les institutions veulent accorder des prêts les plus élevés, ainsi, elle rejoint les innovations en cours dans ce secteur par les institutions de microcrédit.

Dans une approche différente, mais complémentaire, Léandre Bassolé traite du rôle de la coresponsabilité du groupe sur la performance de groupe en utilisant des données relatives à la clientèle des IMF au Malawi. L'intérêt de son approche réside dans la distinction entre «défaillance interne » et « défaillance externe » au groupe pour déceler l'occurrence de défaillance stratégique. Il nous faut préciser que ce questionnement est très peu développé dans la littérature37et revient à tester l'existence et à évaluer l'asymétrie d'informatisation entre les membres du groupe eux même et non plus seulement vis-à-vis de l'IMF.

Ce modèle d'un point de vue empirique consiste à tester les deux propositions suivantes:

· Hypothèse 1 : en situation de coresponsabilité dans un contrat de crédit de groupe, l'auto sélection, la surveillance mutuelle, la pression des pairs et l'entraide mutuelle permettent d'améliorer le taux de remboursement.

· Hypothèse 2: la perte de l'accès au crédit futur en cas de défaillance d'au moins un membre augmente les taux de défaillance stratégique, ce qui détériore le taux de remboursement du groupe.

Avec deux types de taux de défaillance, un au niveau interne qui correspond à la défaillance entre les membres du groupe et l'autre externe c'est-à-dire vis-à-vis de l'institution. Ce choix nous permet de mieux appréhender la dynamique du mécanisme de remboursement au sein du groupe. En effet, dans ce modèle nous avons deux niveaux de remboursement, à l'échéance du contrat, le groupe emprunteur, choisit la même stratégie, rembourser ou ne pas rembourser le prêt. Cela permet de savoir si le groupe est défaillant ou pas. Ainsi, si les emprunteurs choisissent des stratégies différentes, on se retrouve à un second niveau de remboursement. Ceux qui remboursent au premier niveau font jouer la pression des pairs afin que les autres respectent leur contrat, ou leur viennent-en aide par la clause de l'entraide mutuelle pour que le groupe ne perde pas la possibilité des crédits futurs. A ce niveau du remboursement, le niveau de la pression des pairs et la possible entraide mutuelle sont fonctions de l'importance que les bons emprunteurs accordent au crédit futur .A ce stade du remboursement, le niveau de pression des pairs et la

37 (Cf. Wenner [1995] qui teste si la sélection par les pairs a un impact sur la performance de 25 groupes de crédit du Costa Rica et s'intéresse à l'utilisation d'information locale des membres des groupes de prêts en vue de la sélection de leurs pairs. Son étude montre que les groupes de prêt utilisent de l'information privée pour sélectionner leurs membres et que ce mécanisme de sélection accroît la performance de remboursement des groupes.)

possible entraide mutuelle sont fonction de l'importance que les bons emprunteurs accordent au crédit futur. Les résultats économétriques de Bassolé confirment le rôle positif des constituants de la coresponsabilité que sont la pression, surveillance et l'entraide mutuelle sur les performances de remboursement. Ils valident aussi l'hypothèse selon laquelle la perte d'accès au crédit futur en cas de défaillance d'au moins un membre, augmente les risques d'occurrence de défaillance stratégique. De fait il en déduit qu'il convient de relâcher une des règles de coresponsabilité qui consiste à exclure des prêts futurs, tous les membres d'un groupe dont un remet en cause le fondement du système des prêts aux groupes solidaires et que cela permettra de réduire le rôle que celui est censé avoir. Ainsi, il recommande une application rigoureuse des procédures qui consiste à la vérification de la qualité des groupes avant l'octroi des prêts pour s'assurer que l'auto sélection des membres a été correctement mise en jeu ainsi que les conditions de « stakeholder ». Alors pour les clients plus anciens et les prêts élevés, les solutions résideraient dans les innovations que les IMF peuvent concevoir comme le suggère Marie Godquin. Il s'agit par exemple d'introduire un système de garanties plus facile à mettre en oeuvre pour les clients ayant une expérience avérée avec l'IMF.

Pour les études d'impact des services offerts aux populations pauvres ciblées par les Institutions de microfinance, nous pouvons nous référer aussi bien au travail de Abdelkhalek Toumani [2004 ] qui a plus un caractère méthodologique et ceux relatifs aux études de Flore Gubert et Francois Roubaud [2004] sur des données d'enquêtes auprès d'unités de productions informelles opérant à Antanarivo (Madagascar) sur la période 2001 et 2003.

Toumani, lui présente les techniques statistiques utiles pour tester l'efficacité du financement des microentreprises dans la lutte contre la pauvreté en revenant sur la question de l'échantillonnage avec les diverses strates réalisables. De plus il rappelle les outils qui peuvent être utilisés pour analyser l'impact des avec des détails sur les indicateurs de pauvreté.

Gubert et Roubaud [2004] quant à eux effectuent une analyse sur l'impact des services offerts par les IMF et choisissent pour critère d'appréciation les gains de productivité. Ils prennent le soin de vérifier au préalable si l'IMF en question touche bien la catégorie d'actifs ciblés, dans leur cas il s'agit des unités productives exclues des systèmes formels de financements. Pour contourner les problèmes d'endogéneité relatifs au risque de biais de sélection, ces auteurs appliquent la méthode des groupes appariés38, sur des données de panel de 2001 et 2003 c'est-à-

38 L'une de ces méthodes consiste à identifier des groupes de non participants (ou groupes-temoins) présentant des caractéristiques analogues à celles des participants (le groupe traité) et à le comparer entre eux. Parmi les critères généralement pris en compte pour l'appariement figurent notamment l'age, le sexe, l'activité professionnelle, la branche d'activité, etc. Sont en revanche exclues, faute d'observation satisfaisante, certaines dimensions pertinentes telles que la motivation ou la confiance en soi. Une autre méthode consiste à comparer la situation des bénéficiaires

dire avant et après la crise politique Malgache. Cette base de données leur permet d'effectuer une analyse fine de l'impact et d'apporter, selon le contexte politique environnant des éclairages originaux sur les effets différenciés des services financiers de proximité.

Il nous semble intéressant de présenter une synthèse de leur étude compte tenu du fait qu'il existe très peu d'étude d'impact, tout particulièrement en Afrique subsaharienne qui permettent à la fois d'identifier avec précisions les caractéristiques des populations bénéficiaires et surtout de mesurer les changements que ces programmes induisent ceci afin de mieux appréhender la porté de leur résultats. L'objectif qu'ils assignent à la microfinance dans leur étude est qu'elle arrive à la fois à fournir des services financiers aux populations exclues des circuits de financement mais surtout à contribuer à la promotion des activités génératrices de revenu au sein des populations. Leur exposé débute par une présentation succincte du mode de financement du secteur informel en Antananarivo. Ceci se poursuit par une description des caractéristiques des clients de L'IMF concerné par l'étude. L'intérêt de cette étude tient à la dimension en panel des données qui autorisent le suivi de l'impact entre 2001 et 2003 soit après les incidents politiques de décembre 2001 .Ainsi concernant le mode de financement, ces auteurs nous expliquent qu'en 2001, plus de 88% du stock de capital dont disposent les unités de production informelles a été financé à partir de fonds propres (épargne, héritages, don). Les résultats se présentent comme suit:

Tableau 1.9.Mode de financement du capital du secteur informel en 2001(%)

 

Epargne, don, héritage

Prêt familial

Prêt auprès

d'usuriers

Prêt bancaire

Autres

Industrie

85,2

0,5

0,0

0,0

14,1

Commerce

93,3

0,6

0,0

0,0

6,1

Services

87,5

2,2

4,9

0,0

7,2

Total

88,3

1,5

3,0

0,0

7,2

Source : Enquête 1-2-339 2001, phase 2, dans le cadre du projet Madio (Rakotomanana et al.2000)

du programme avant et après sa mise en oeuvre. A défaut d'information sur la mise en oeuvre du programme, il est également possible, mais moins satisfaisant, de recourir à une comparaison de leur situation entre deux dates postérieures à la méthode dite de double différence, compare quant à elle la situation d'un groupe de bénéficiaires (première différence), avant et après intervention (seconde différence).

39 L'enquête 1-2-3 est un dispositif de trois enquêtes emboîtées touchant des populations statistiquement différentes, individus, unités de production informelles, ménages. La première phase est une enquête sur l'emploi, le chômage et les conditions d'activité des individus vivant dans les ménages. La deuxième phase est une enquête spécifique auprès des chefs des unités de production informelles (UPI) sur leurs conditions d'activité, leurs performances

économiques, leur mode d'insertion dans le tissu productif et leurs perspectives. La troisième phase, enfin, est une enquête sur la consommation des ménages.

Notes: le réinvestissement des revenus tirés de l'activité informelle est inclus dans la catégorie «Epargne, don et héritage ». La catégorie «Autre » comprend les prêts auprès des clients, des fournisseurs ou des associations de producteurs.

Les résultats du tableau nous montre que le secteur financier, qu'il soit formel ou informel ne joue qu'un faible rôle dans le financement du capital des unités de production informelles (UPI). De plus l'étude révèle que la majorité des chefs d'UPI environ 67% la fait de manière informelle en sollicitant l'aide de membres de sa famille. En effet, cela se justifie par une méconnaissance par ceux-ci de l'offre de service existant. L'étude estime ainsi à seulement 30% les UPI qui déclarent connaître une IMF, et parmi elles, moins de la moitié dit avoir connaissance des financements proposés par ce type d'institution. En conséquence, moins de 3% des UPI d'Antanarivo se déclarent s'être adressées à une IMF pour obtenir un financement. Toutefois, sur cet échantillon déjà minime, seulement 35% ont vu leur demande de prêt satisfaite soit moins de 1% de l'ensemble d'UPI existante sur l'agglomération. Tout ceci en dépit d'une forte expansion de la microfinance. En conséquence, sur un échantillon de 1000 UPI représentatives de l'ensemble du secteur informel, la phase 2 de l'enquête 1-2-3 a été réalisée au cours de la même année 2001 auprès d'un échantillon représentatif de 198 entrepreneurs clients ou anciens clients de l'IMF. La représentativité statistique de leurs univers respectifs peut se décrit comme suit: secteur informel d'une part et clients de l'IMF de l'autre. L'intérêt de ces deux enquêtes est quelles accordent une part importante aux agrégats économiques tels que le chiffre d'affaires, la valeur ajoutée, etc....

En théorie, nous avons souligné que la plupart des IMF n'exige aucune garantie de la part de leurs clients. Mais dans la pratique cela ne se vérifie pas toujours dans les faits .Ainsi donc dans le cas malgache, certaines institutions vont jusqu'à exiger des garanties allant de 60à 130% du montant de crédit accordé. Il s'agit en autre de nantissement de matériels, gage de voiture, caution solidaire, caution sur salaire, et enfin les promesses hypothécaires, etc.

On note par ailleurs que les clients de l'IMF appartiennent à 99% au secteur informel au sens défini par la phase 2 de l'enquête 1-2-3. Toutefois, sans que cela soit précisément spécifié dans les objectifs de l'IMF, les microentreprises du secteur formel c'est-à-dire celles qui sont enregistrées et tiennent une comptabilité, représentent 3% des unités de production de moins de cinq employés et constituent en somme 15% des emplois, ne font pas partie de la clientèle de l'IMF. Ceci ne peut être interprété faute d'informations sur les demandes d'adhésions rejetées par l'IMF comme provenant d'un processus d'auto sélection de la part des microentreprises formelles qui ne s'adressent pas à l'institution ou si cela découle d'un ciblage volontaire de la part de l'IMF

parmi les microentreprises. Cette spécificité peut être avantageuse si on se situe dans une optique de lutte contre la pauvreté dans la mesure où le secteur informel est de loin le moins rémunérateur40.

Si nous nous situons dans une perspective de performance économique c'est-à-dire l'analyse des chiffres d'affaires et valeur ajoutées par unité de production nous obtenons le résultat suivant :

Tableau 1.10: niveau d'activité des UPI (Valeur moyenne pour le mois précédent l'enquête-en euros)

Industrie Agriculture/élevage

UPI clientes de l'IMF

Ensemble des UPI d'Antananarivo

Adhésion antérieure à

janvier 2000

Adhésion postérieure à

janvier 2000

CA

VA

CA

VA

CA

VA

1 607

551

1 631

1 054

/

 

/

Agro-alimentaire

615

170

3 758

1 628

 

223

77

Confection

2 801

1 435

1 456

861

 

142

71

Autres industries

2 109

1 071

838

341

 

147

87

BTP

/

/

/

/

 

201

138

Commerce

 
 
 
 
 
 
 

Produits primaires

2 885

309

3 070

634

 

559

97

Produits transformés

7 108

1 621

4 066

771

 

499

117

Services

 
 
 
 
 
 
 

Ménages et entreprises

1 491

1 280

315

133

 

142

89

Restauration

1 688

791

1 220

522

 

483

163

Transport

668

398

713

538

 

463

233

Ensemble

2 145

918

1 886

669

 

316

106

Sources : Enquête 1-2-3 2001, phase 2 et enquête quantitative auprès de la clientèle de l'IMF

40

En 2001, le revenu mensuel moyen des travailleurs malgaches du secteur informel était près de deux fois inférieur à celui perçu par les actifs du secteur formel, avec respectivement 224000fmg (monnaie local) et de 404000fmg. De plus l'incidence de pauvreté avec la ligne internationale de un dollar par jour en parité du pouvoir d'achat était de 1,5% pour les ménages dont le chef exerçant dans le secteur public et de 11% lorsqu'il appartenait au secteur privé formel et de 25,6%quand il travaillait dans le secteur informel. On a 70% des pauvres de la capitale malgache qui appartenaient à ce type de ménage.

2001, MADIO.

Notes: CA : chiffre d'affaires. VA : valeur ajoutée. En 2001, le taux de change était de 6 100 FMG pour 1 €.

Sur l'ensemble des secteurs confondus, le volume d'activité des UPI clientes de l'IMF est six à neuf fois supérieur en moyenne à celui de l'ensemble des UPI de l'agglomération, selon l'indicateur retenu et la date d'adhésion à l'institution. Une explication possible est que ce dynamisme relatif des UPI clientes de l'IMF soit consécutif à l'octroi de prêts de la part de l'institution.

En termes de ciblage, l'IMF remplit parfaitement sa mission en touchant une clientèle de petites entreprises urbaines du secteur informel. Toutefois, dans cette frange, celle-ci s'adresse à la catégorie «supérieur » de ce secteur. L'analyse des données nous permet de conclure, en moyenne, les entreprises clientes de l'IMF génèrent plus de chiffres d'affaire ou de valeur ajoutée que la moyenne des unités de production du secteur ceci parce qu'elles disposent de plus de facteurs de production c'est-à-dire du capital et du travail mais aussi surtout d'une production supérieure.

Les auteurs ceux sont aussi intéressés au changement induit par le crédit et la perception qu'à la clientèle de l'IMF de ce changement. Sur un échantillon représentatif de la clientèle de l'institution, 87% de clients interrogés déclarent que les prêts contractés ont induit un changement positif sur leur entreprise. Ainsi les résultats ce présentent comme suit:

Tableau 1.11: Impact perçu des prêts octroyés (%)

Niveau de production

En augmentation/ positif

En

baisse/ négatif

Inchangé

Ne sait pas

76,1

3,9

18,1

1,5

Qualité des produits

67,8

1,5

28,0

2,7

Diversification de la

production

45,8

0,6

53,3

0,3

Niveau des ventes

67,5

5,1

26,8

0,6

Effectifs employés

13,3

1,5

84,6

0,6

Niveau des actifs

42,2

0,3

56,6

0,9

Niveau de trésorerie

74,1

5,1

18,7

1,5

Changement global induit

87,1

3,0

9,3

0,6

Source : Enquête quantitative auprès de la clientèle de l'IMF 2001, MADIO.

Note : Ces statistiques portent sur 198 clients et 332 prêts.

Ce changement est traduit surtout par l'augmentation du niveau de production dans 76% des cas et une amélioration du niveau de production estimé à 68% ou encore une diversification de la production 46%. L'impact perçu des prêts sur la main d'oeuvre est en revanche négligeable. La suite de l'étude, sur la base d'éléments objectifs met en évidence, cela quelque soit l'indicateur de performance retenu, l'impact positif des financements accordés par l'IMF pour les UPI qui en ont bénéficié. Ainsi, il apparaît qu'être client de l'IMF donne lieu à un gain net de chiffre d'affaire de 149% en moyenne. Si l'on se concentre par exemple sur le niveau de production, les UPI clientes obtiennent un supplément de production de l'ordre de 704 euros par mois en moyenne. L'impact sur l'emploi contrairement à la perception des clients bien que négligeable reste également positif puisque les UPI clientes de l'IMF comptent en moyenne un employé de plus que les UPI du groupe témoin, soit une augmentation de 57% qui diffère de l'impact tel que perçu par la clientèle.

Les résultats sont présentés dans le tableau ci-dessous :

Tableau1.12 -Gains nets du projet (%) (sept.2001)

Mode d'appariement

5 UPI ayant le score de propension le plus proche

UPI ayant le score de propension le plus proche

+ 148,7 (***)

+ 144,0 (***)

Outputs

Chiffre d'affaires

+ 134,0 (***)

+ 142,4 (***)

Production

+ 103,7 (***)

+ 125,3 (***)

Valeur ajoutée

+ 112,9 (***)

+ 131,2 (***)

Excédent brut d'exploitation

+ 56,6 (***)

+ 67,2

- 4,6

+ 68,0 (***)

Facteurs de production Nombre actuel d'employés Valeur actuelle du stock de capital

+ 66,9 (***)

+ 61,5 (***)

Productivité VA/L1

+

VA/L2

+ 164,1

182,2 (**)

+ 14,9

+ 21,0

VA/K

Sources : Enquête 1-2-3 2001, phase 2 et enquête quantitative auprès de la clientèle de l'IMF 2001, MADIO.

Notes : Le nombre d'UPI clientes de l'IMF appariées est 168; le nombre d'UPI non clientes de l'IMF et servant de contrôle est 87 (certaines sont utilisées plusieurs fois). VA : Valeur ajoutée; L1 : Nombre de travailleurs; L2 : Nombre d'heures de travail par mois. K : valeur du capital au coût du remplacement; * : significatif au seuil de 1%; ** : significatif au seuil de 5%; *** : significatif au seuil de 1%.

En somme, les mêmes enquêtes ont été effectuées en 2003 sur le même échantillon représentatif pour tenter d'isoler la crise politique de 2002 dans l'analyse d'impact. Les auteurs nous expliquent que bien que les gains se soient fortement érodés, l'impact de l'IMF reste largement positif en 2003. Ainsi pour 82% des clients enquêtés en 2003, les changements induits par les prêts octroyés par l'IMF sont positif, contre moins de 3% qui déclarent le contraire.

L'enquête fournit l'appréciation du client pour chacun des prêts qu'il à obtenu depuis son adhésion à l'IMF qui ce traduisent par le tableau suivant :

Tableau 1.12: Impact perçu des prêts octroyés, sept. 2001 et mars 2003 (solde d'opinion)

 
 

Échantillon complet

 
 
 

Entre

 
 
 

Avant

2001 et

Variations

 
 

2001

2003

 

Niveau de production

 

+ 73,4

+ 80,0

+ 6,6

Qualité des produits

 

+ 59,6

+ 63,8

+ 4,2

Diversification de

production

la

+ 47,1

+ 56,9

+ 9,8

Niveau des ventes

 

+ 65,7

+ 62,3

- 3,4

Effectif employé

 

+ 22,9

+ 29,2

+ 6,3

Niveau des actifs

 

+ 37,8

+ 43,9

+ 6,1

+ 71,0 + 63,4 - 6,6

+ 32,3 + 31,0 - 0,7

+ 45,2 + 52,1 + 6,9

Avant

2001

Entre 2001 et

2003

Variations

Panel

+ 76,9 + 81,7 + 4,8

+ 70,4 + 64,8 - 5,6

+ 55,4 + 56,3 + 0,9

Pour conclure sur cette étude, les auteurs mentionnent que les prêts octroyés sont non seulement perçus comme ayant un impact favorable sur l'activité de l'entreprise, mais surtout jouent aussi sur les conditions de vie de la famille des clients. En fonction des soldes d'opinion, ils estiment l'amélioration du niveau de vie à plus 75,5%, pour la santé à 71% et enfin à plus de 66,5% pour la scolarité. Toutefois, ils précisent que l'impact des financements accordés par l'IMF est plus incertain en période de crise. Nous estimons pour notre part que bien que cette étude n'établisse de lien entre ces résultats et les procédures de l'IMF, elle nous semble enrichissante notamment pour les promoteurs de la microfinance.

Conclusion du chapitre 1

Au terme de ce chapitre, nous pouvons souligner que l'intérêt pour la microfinance découle de l'échec des politiques macro financières et d'aide au développement qui ont eu du mal à s'adapter au réalité local et à résoudre les problèmes. Aujourd'hui, les théories du développement ne nos jours ne s'intéressent pas uniquement au rôle de l'état comme c'était le cas auparavant. Au niveau de la théorie économique, on constate un intérêt pour les problèmes liés à l'information à la participation et encore plus aux questions touchant à l'incitation des acteurs.

On a aussi une évolution de la politique des bailleurs de fonds qui prennent maintenant en compte tous ses aspects. De plus, leur contribution a été indispensable à l'émergence des institutions tout en soulignant leurs intérêts pour les grands projets qui ne sont pas forcements rentables pour les économies locales.

La microfinance suscite aujourd'hui un intérêt croissant parce que des auteurs tels que Stiglitz ont mis en avant le rôle important de ces systèmes financiers dans le développement d'un point de vue théorique dans les années quatre vingt avec une remise en cause de l'État providence. En effet, l'échec de l'État dans la politique de développement qui avait suivi l'exportation du modèle de la grande entreprise a amené à la réflexion sur le développement endogène et à l'émergence du paradigme du développement par « le bas » [Stohr, 1978, 1981,1984]. Ce type de modèle de développement endogène basé sur l'utilisation des ressources locales et le contrôle au niveau local du processus d'accumulation permet d'accroître les interdépendances productives. C'est dans cette dynamique que s'inscrire l'action de la microfinance. Toutefois, la problématique de son intégration dans la finance globale mérite un examen particulier de notre part compte tenu du fait que l'objet de la microfinance reste avant tout économique et financier.

Chapitre 2 : L'INTEGRATION DE LA MICROFINANCE DANS LES SYSTEMES
FINANCIERS

Il s'agira dans ce second chapitre démontrer que la microfinance fait partie intégrante de la finance globale dans les PED. En effet, nous avons vu que dans les PED, on constate une prolifération d'IMF qui occupe une part importante du système financier jusqu'alors délaissé par les banques. Aujourd'hui, dans une perspective de développement économique, il nous parait indispensable d'approfondir l'articulation entre le secteur bancaire et les IMF dans les PED. Il s'agira de présenter les raisons d'une l'articulation entre les banques et les institutions de microfinance compte tenu du dualisme financier qui prévaut dans la plupart des PED. Ceci par une approche en terme d'intermédiation financière tout en définissant les stratégies et modalités pour renforcer cette articulation afin de créer un espace d'intermédiation beaucoup plus dynamique indispensable à la croissance financière dans les PED.

Cependant une analyse financière des IMF s'impose pour mieux prendre en compte leur rentabilité. Enfin, nous examinerons le cas de l'UEMOA en la matière.

Section1 Les IMF partie intégrante de la finance globale des PED

Lelart [2000] souligne que les IMF ont naturellement leur place dans les systèmes financiers nationaux. Ceci dans la mesure où il existe des liens entre les banques et ces institutions. Bien avant d'avancer des arguments qui militent en faveur de cette approche, nous proposons de faire un bref rappel de l'architecture financière des PED qui constitue de notre point vue un second argument pour la prise en compte des IMF comme faisant partie à part entière des systèmes financier nationaux des PED.

Bref rappel de l'architecture financière des PED

Dans les PED, le secteur financier est caractérisé très fréquemment par un dualisme financier et imparfait avec la coexistence du secteur formel et des secteurs informels. Cette situation est moins vraie dans les pays développés mais il faut aujourd'hui constater que la ligne de démarcation entre les deux secteurs n'est plus aussi nette qu'auparavant ceci a cause des interpénétrations des opérations et des participants. En effet, Venet [1997] nous fait remarquer que « les banques africaines et le secteur informel sont complémentaires» ceci dans la mesure où les banques limitent leur soutien aux moyennes et grandes sociétés, tandis que la finance informelle réponds aux besoins des petits et microentreprises. Cette complémentarité est aussi valable avec le secteur de la microfinance. En outre, on a une démarcation de plus en plus réduite entre microfinance et

le secteur financier formel. De plus, la microfinance permet à une catégorie de personnes qui étaient jusqu'à présent exclus du système financier, d'amasser des actifs et d'augmenter leur revenu.

§1. Les raisons qui justifient cette intégration dans le système financier globale

Nous avons vu que pour contourner les défaillances du marché du crédit bancaire et l'exclusion d'un nombre considérable d'entrepreneurs potentiels, divers systèmes de crédit ont été mis en place dans les PED. Or, nous avons démontré au chapitre précédent que le problème fondamental du développement financier dans la plupart des PED reste la mise à contribution de manière institutionnalisée des pratiques de microfinancement pour remédier à la pénurie de crédit à laquelle se trouvent confrontées les PME. Compte tenu du fait qu'elles n'ont pas accès au crédit bancaire et d'autre part qu'elles ont des besoins en financement excédant les plafonds des agents informels et d'un grand nombre de programmes de microfinancement. Par conséquent, il existe aujourd'hui peu de possibilités d'amélioration de l'allocation du crédit de notre point de vue si ce n'est un resserrement des liens entre le secteur bancaire et celui des IMF.

De ce fait pour résoudre le manque de crédit, il faudrait encourager les banques à établir des rapports plus étroits avec les programmes de microcrédit qui ont la possibilité de mobiliser des dépôts et de distribuer du crédit. A ce titre, l'exemple de la Banque Africaine de Développement s'avère intéressant dans la mesure où elle s'est proposée en 1997 d'encourager les banques africaine à offrir des taux préférentiels aux institutions de microcrédit et même aux agents financiers informels pour inciter ces derniers à être des clients réguliers et des partenaires en matière de mobilisation de l'épargne. En effet, ils sont susceptibles de rassembler les petites épargnes à coût relativement faible et de distribuer davantage de crédit s'ils ont accès au crédit bancaire.

Nous savons que selon la théorie, en matière d'allocation de crédit, le meilleur moyen est de développer une relation d'agence. Par conséquent, cela est aussi vrai dans la relation des prêts entre le secteur bancaire et les IMF. Ainsi donc, la banque alloue des crédits aux IMF en fonction des dépôts mobilisés qui les rétrocèdent aux petits entrepreneurs. Cette politique d'acheminement du crédit bancaire vers les IMF ou encore aux prêteurs informels est acceptable que sur la base de l'efficacité et d'une intégration financière plus renforcée.

Auparavant cette absence de liaisons entre le secteur bancaire et les IMF pouvait s'expliquer par
la méfiance, ainsi que les préjugés négatifs des banques vis-à-vis de ce secteur qui leur semblait
trop risqué. Pourtant nous avons pu voir que ces institutions sont en mesure d'établir avec leurs

emprunteurs des relations personnelles qui leur assurent des taux de non remboursement extrêmement faibles. Cette réduction des risques comme nous l'avons vu passe par des garanties coopératives et des mécanismes de contrats innovants, ainsi que d'un suivi systématique des projets et de remboursement des prêts. De plus, nous devons préciser que les IMF ont fondé leur stratégie de réduction de risques sur une analyse minutieuse des capacités de l'entreprise en mettant l'accent sur les aspects immatériels de l'endettement tels que la caractéristique de l'entrepreneur, les antécédents de celui-ci en matière de remboursement et pour finir ses aspirations au succès.

Par conséquent pour réduire leur risque dans le domaine du microfinancement, les banques gagneraient à partager les risques avec ces institutions en s'appuyant sur leurs expériences. De ce fait, il est recommandable aux pouvoirs publics d'apporter leur soutien à ce rapprochement. Il s'agira, entre autre, d'utiliser des mesures incitatives telles que la fiscalité, les systèmes de réglementation et de surveillance pour encourager les banques à traiter avec des intermédiaires crédibles du secteur de la microfinance afin que celles-ci perçoivent une réduction des risques encourus. Toutefois, les réglementations devraient éviter des dispositions restrictives et supprimer les dispositions constituantes des obstacles à l'approfondissement financier entre les deux secteurs. L'objectif pour les pouvoirs publics devrait être d'encourager les institutions bancaires à investir dans les programmes de microfinancement pour permettre que des fonds bancaires subsistants puissent être utilisés dans le but d'encourager le potentiel des entrepreneurs dans les PED.

? Relations entre banques et microfinance

On dénombre aujourd'hui cinq grands types de relation entre les banques et la microfinance à savoir:

· la banque soutient l'IMF sous forme de mécénat

· la banque met à disposition son infrastructure à l'institution

· la banque refinance l'institution de microfinance

· La banque prend une participation dans l'institution de microfinance

· la banque met en place un fonds d'investissement en microfinance

? Des institutions de microcrédit aux banques spécialisées

Depuis quelques années, entraînées par l'expérience de la Grameen Bank du Bangladesh, les grandes fondations et ONG du micro crédit de plusieurs pays du sud ont leur propre banque.

Limitées dans leur financement et souvent par des règles administratives nationales, ces organisations, face à une demande en progression de crédit émanant des petits producteurs et commerçants du secteur informel, mais aussi des petites entreprises naissantes ou en développement, ont développé des instruments financiers qui ont évolués, avec l'accord des pouvoirs publics, vers la création d'institutions financières formelles et de banques spécialisées dans le financement du microcrédit.

Aujourd'hui plusieurs d'entre elles gèrent des portefeuilles de microcrédit supérieurs à 10 millions de dollars à l'image de BancoSol en Bolivie, de Pro Empressa au Pérou, de la Grameen Bank au Bangladesh, de la BRI Bank en Indonésie, de K-REP au Kenya, de Rural Credit Facility d'Afrique du Sud, etc. Ainsi, les promoteurs de la microfinance se sont dotés d'instruments financiers et des banques nécessaires pour attirer et gérer l'épargne des populations et souvent des clients auxquels ils accordent du crédit. En plus, pour bénéficier des lignes de crédit accordées par les banques internationales de développement ou les agences bilatérales de coopération. Il s'agit d'un progrès important vers l'intégration dans le système financier global. Cependant, la problématique du financement demeure une question cruciale pour une intégration parfaite.

§2. Un besoin de financement croissant des IMF

Il est possible de se référer à la théorie du cycle de vie comme cadre d'analyse décrivant à la fois les besoins théoriques et réels des IMF au cours de leur développement. En effet, la théorie du cycle de vie est un concept simple qui décrit l'évolution d'une industrie pendant sa période de croissance et son évolution à la maturité. A chaque stade de leur vie, les entreprises traversent diverses étapes similaires à la vie humaine. Ainsi, à chaque stade de leur vie, les entreprises restent ou disparaissent en fonction de leur capacité à se procurer des ressources adéquates. L'intérêt de la théorie du cycle de vie appliquée à la microfinance est qu'elle permet de décrire les différents stades de développement des IMF auxquelles correspondent différentes sources de financement. Cette théorie suggère que les IMF en voie de développement doivent passer par des ressources en capital à haut risque à une gamme de ressource à moindre risque (Cf. Figure ci-dessous) :

Figure : Les cycles de vie et les besoins de financement correspondants

Naissance Jeunesse Maturité/age adulte

Amis,

Famille,

epargne « Bus iness

 

Capital à haut risque

Titres de dettes Subventionnée Capital risque

Créances et capital

Créances

Capital risque

et nouvelles prises de participation

 

Source : inspiré de l'article de Marc de Sousa-Shields [2005]

Les besoins en financement dans la phase de jeunesse sont relativement modestes bien que cela dépende du type d'entreprise mais les risques demeurent élevés et difficile à maîtriser c'est la raison pour laquelle la plupart des entreprises ont recours aux amis, la famille et à l'épargne. Pendant la phase de croissance les besoins dépassent ce qui peut être apporté par les liens personnels. A la phase adulte, la croissance tend à plafonner et l'entreprise est plus axée sur la réduction des coûts.

Si l'on applique ce raisonnement à l'IMF alors on a dans sa phase de démarrage un besoin de ressources en capital acceptant des prises de risques élevés. Ces ressources proviennent en premier lieu de sources à but non lucratif comme les dons ou les prêts bonifiés apportés par les bailleurs de fonds ou agences de développement. Au cours de la phase de jeunesse, l'IMF a également besoin de ressources financières pour augmenter sa part de marché et réaliser des économies d'échelle. C'est lors de cette phase, que les IMF entrent souvent dans la phase de réglementation bancaire. Ce qui demande en général, l'arrivée de capitaux du type dette mezzanine.

Enfin, en phase adulte les IMF sont semblables aux autres catégories d'institutions financières. Leur financement doit mettre l'accent sur le volume de fonds collectés mais aussi sur leur coût et sur leur flexibilité. Ces ressources proviennent en général des dépôts, des emprunts à moyen terme, des dividendes, et prêts accordés par les banques commerciales ou les organismes nationaux et internationaux. De fait on peut dire que les IMF ont besoin d'un montant significatif pour financer leur croissance. Par conséquent, examinons les outils de financement des IMF.

A/ Outils de financement des IMF

Le secteur de la microfinance a déjà amorcé la commercialisation, et l'inclusion dans le secteur financier est aujourd'hui une réalité dans certains PED. De plus, un lien de financement se crée entre les IMF, les banques. Les besoins financement des IMF ont beaucoup évolué. Si les subventions restent toujours nécessaires surtout dans la phase de construction des institutions en référence à la théorie du cycle de vie, la structuration des IMF plus matures et rentables suscitent l'apparition de nouveaux modes de financement tels que: la prise de participation au capital des IMF sous statut de société ; les prêts commerciaux aux IMF et garanties facilitant ces prêts ; outils de gestion du risque de change, etc.

Ainsi, de nouvelles catégories de financiers sont apparues en parallèle, aux cotés ou en relais des bailleurs de fonds qui avaient dominé la phase de développement du secteur: banques commerciales, investisseurs privés, fonds spécialisés en prêts ou investissements aux IMF. Plus récemment, on a même pu parler de l'émergence d'un marché de capitaux du secteur de la microfinance, au fur et à mesure que se créent des fonds spécialisés et des montages financiers plus complexes. En effet, on assiste à l'émission d'obligations et d'opération de titrisation, ainsi qu'à l'entrée en bourse de « succes stories » du secteur.

Nous avons vu que plusieurs sources de financement peuvent être envisagées en micro finance:

Etudions dans le détail en quoi consistent ces différentes techniques:

B/ Financement par endettement:

Avec les instruments de garantie qu'offrent les bailleurs de fonds, l'IMF peut être en capacité de faire levier sur les ressources des bailleurs et obtenir des emprunts commerciaux d'un montant au moins équivalent à celui des fonds des bailleurs. Les IMF ont deux possibilités pour se financer par endettement, soit elles empruntent directement aux banques commerciales, soit elles émettent des titres sur le marché.

Nous verrons plus loin le rôle joué par les fonds de garantie pour faciliter l'accès des IMF aux capitaux sur les marchés.

C/ L'accès aux marchés de capitaux par l'émission de titres

Cette pratique consiste pour l'institution à remettre aux investisseurs des reconnaissances de dettes en l'échange de leurs fonds. Cette reconnaissance de dette est un titre formel où sont précisés l'échéance et le taux de rendement. Ainsi pour avoir un résultat, l'IMF doit être en mesure de proposer un rendement au moins égal aux autres titres à niveau de risque comparable.

Pour émettre des titres, il n'est pas nécessaire de disposer absolument du statut d'institution financière réglementée. En effet, en 1995, la Fundaction Paraguay de Cooperacion y Desarollo, qui est une ONG a émise des titres à hauteur de 350 millions de gurantis par l'intermédiaire d'une société de bourse nommée Asucion. De plus, il n'est pas recommandé pour les institutions qui souhaitent émettre des titres qu'elles soient autonomes financièrement à 100% bien que cela soit souhaitable. En effet, compte tenu du fait qu'il soit possible de trouver des acheteurs sur les marchés financiers cela risque de poser problème lors du remboursement de la dette si le flux de trésorerie attendu n'est pas au rendez vous.

D/ Participation au capital

Une possibilité qui s'offre à l'IMF est la vente de titre de propriété sur les marchés financiers. Cela consiste pour l'institution à ouvrir son capital à la participation ce qui nécessite toutefois au préalable qu'elle soit une entité formelle et qu'elle ait des actionnaires. A contrario des titres de créance, la participation au capital ne produit pas de rendement fixe et n'a pas d'échéance préétablie. L'objectif consiste pour l'actionnaire à investir dans l'avenir de l'institution en permettant à celle-ci de disposer de fonds tout en permettant à l'actionnaire de percevoir une part sur les bénéfices futurs. C'est-à-dire recevoir des dividendes. Toutefois compte tenu du fait que ce secteur ne soit encore suffisamment développé bon nombre d'investisseurs rechignent encore à s'y aventurer et n'ont pas encore conscience du potentiel des IMF. Pour cela il faudra encore attendre un certain temps afin que ceux-ci jouent un rôle important dans le financement des IMF.

E/ Fonds éthiques et fonds de partage

Les institutions dans le cadre des fonds éthiques sont répertoriées par les responsables des fonds sur la base de critères sociaux. Ainsi, les actionnaires qui ont investir dans ses fonds perçoivent les bénéfices compte tenu du fait qu'ils soutiennent des institutions à caractère social.

Comme exemple nous pouvons évoquer le cas du groupe Calvert où un à trois pourcent des actifs sont investis dans des instruments à fort impact social.

Les fonds de partage sont essentiellement des FCP dont les membres acceptent verser des dividendes aux organisations participantes. Comme exemple on peut citer le cas de la DEVCAP (Development Capital Fund) dans lequel est réunir un consortium d'IMF qui a réuni des capitaux pour constituer la base d'actif du fonds. Les capitaux supplémentaires sont apportés par des investisseurs publics. Les actifs du fonds sont investis dans un portefeuille éthique. Le retour sur investissement est partagé entre l'investisseur et l'institution.

F/ Fonds d'investissement

Ces fonds assurent une prise de participation en fonds propres ou quasi fonds propres (dette de second rang) dans les IMF choisies. On a l'exemple de ProFund pour l'Amérique latine qui a été crée pour faciliter l'investissement des IMF en forte croissance. En Europe, la banque internationale du Luxembourg (BIL) a décidé de créer un fonds spécifique à l'investissement en microfinance, qui offre des prêts à long terme et des investissements en capital.

G/ Titrisation

La titrisation est un procéder qui permet aux IMF d'accéder aux marchés financiers grâce à l'émission d'obligation garanties et qui elles mêmes sont remboursées par le portefeuille de l'IMF. Ce système implique la création d'une société à objet unique qui achète le portefeuille de l'institution et se capitalise en émettant des obligations sur les marchés financiers.

Section 2.Difficultés et risques posépar cette intégration

§ Préliminaire : création d'un intermédiaire formel

Nous avons pu montrer que la microfinance constitue un marché intéressant notamment pour les investisseurs sur les marchés émergents. De plus la réduction de barrières à l'entrée du secteur financier a favorisé son développement commercial cependant, il existe des obstacles à une plus grande intégration dans le système financier global des PED et ils sont nombreux.

En effet, dans le modèle d'intégration comme nous avons pu le voir, une entité fait sa mutation pour s'intégrer à l'ensemble du système financier. Or cette transformation comporte des risques à divers niveaux pour l'entité. Au niveau institutionnel, une modification de la forme institutionnelle peut s'imposer cas de la transformation institutionnelle des ONG de

micro finance en Banque spécialisé que nous verrons par ailleurs. Toutefois, la problématique la plus importante est celle relative à la gouvernance puisqu'une série d'innovations et de changements dans la conduite du management est indispensable. De plus, il faut noter que ce type de changement peut être coûteux au regard de certains échecs. Il y aussi la réticence des investisseurs vis-à-vis du secteur qui a du mal à être dissipée qui peut être un obstacle à leur parfaite intégration au niveau global, nous retrouvons le même type de problèmes d'agence et d'asymétries informationnel étudiés au chapitre précèdent qui peuvent rendre difficile l'accès aux capitaux pour les IMF et rendre difficile leur intégration.

On note aussi la concurrence des banques commerciales de plus en plus forte sur ce secteur d'activité, bien qu'auparavant, ces banques commerciales ne montraient peut d'intérêt pour ce secteur, elles ont commencé à s'intéresser au secteur de la microfinance ce qui n'est pas sans risque pour les IMF traditionnelles. Cela compte tenu de la rentabilité du secteur et des motivations liées à la diversification de leurs activités. Donc depuis quelques années de grandes banques commerciales ont fait leur apparition sur le marché et proposent des microprêts et des produits destinés aux plus petites entreprises. Nous avons les cas de la Banco Pacifico en Equateur, Caja social en Colombie et Banco del Desurolto au Chili qui ont pénétré le marché avec succès. En effet, elles bénéficient d'un avantage sur les IMF puisqu'elles disposent d'une infrastructure physique, comprenant de larges réseaux de succursales et peuvent atteindre rapidement un nombre important de clients. De plus, elles disposent de leurs propres capitaux ce qui leur assurent une pérennité et ne sont pas dépendant des bailleurs de fonds, avec une structure de gouvernance qui contribue à une meilleure rentabilité et efficacité.

Analysons plus en détail les risques et difficultés posés par la transformation d'une IMF qui décident de se transformer pour accéder aux marchés de capitaux mais aussi pour mieux s'intégrer au système financier formel. Prenons le cas d'une ONG de microfinance qui décide de changer de statut et passer à une institution financière formelle.

§1Transformation institutionnelle des ONG de microfinance

Au préalable, il faut rappeler que la plupart des IMF sont constituées sous la forme d'institutions semi-formelles, soit comme ONG, soit comme coopératives d'épargne et de crédit sous une forme ou une autre. Ce qui constitue d'un point de vue structurel, une limite pour leur ressource, dû à l'incapacité pour eux d'étendre leur gamme de produits compte tenu de leur forme institutionnelle. Toutefois, en cas d'habilitation et d'agrément, elles peuvent être habilitées à collecter les dépôts. Cependant, la pérennité financière lui ouvrant l'accès aux marchés de

capitaux n'est toujours pas garantie. De plus en cas de développement croissant, le besoin d'une gouvernance effective se fait pesant et la question liée à la propriété de l'institution se pose.

En effet, la transformation ne conduit pas uniquement à un simple changement de propriétaire ou de gestion, mais aussi implique un élargissement des capacités institutionnelles. Pour les IMF formelles, le problème de la transformation se pose de manière moins aigue dans le cas d'une intégration car elles parviennent à gérer leur croissance, de plus elles peuvent prétendre au statut de banque et bénéficier du public des dépôts et accéder au marché monétaire et offrir à l'instar des banques des montants plus élevés et de maturités plus longues. Alors que pour les institutions semi-formelles la difficulté à gérer leur croissance institutionnelle est beaucoup plus grande. Mais aujourd'hui la tendance est à la transformation d'ONG financières en institutions financières formelles. Ceci tient au fait que pour avoir accès aussi bien à l'épargne et aux ressources commerciales cette transformation s'avère nécessaire voir indispensable. En fait, cette transformation aide les IMF à régler leur problème de financement et à étendre leurs services financiers destinés aux groupes cibles. Toutefois, arriver à un certain niveau de croissance, le besoin de gouvernance effective est d'acuité.

Ce mécanisme consiste à un transfert des activités de l'ONG ou la coopérative dans un nouvel intermédiaire financier, crée à cet effet, et l'entité initial disparaît ou alors continue d'exister parallèlement au nouvel intermédiaire. Mais dans la plupart des cas, les ressources de l'institution initiale c'est-à-dire les actifs, le personnel, méthodologies et systèmes sont transférés dans la nouvelle entité et adaptés de manière à ce qu'elles soient conformes à la réglementation applicable au nouvel intermédiaire. Comme exemple de transformation, l'ONG ProDem dont l'objectif à la base était de dynamiser le secteur informel bolivien à travers la fourniture de services financiers et la formation crée en 1986 dévient en 1992, la BancoSol S.A, qui obtient le statut de banque commerciale soumise à la réglementation nationale. Elle est en outre la première banque commerciale privée occidentale spécialement crée pour fournir des services financiers aux micro-entrepreneurs. La transformation de l'ONG en banque commerciale a permis à l'institution de bénéficier de sources de financement autres que les subventions et dons provenant des bailleurs de fonds et d'atteindre un nombre important de clients. En effet dans le cas de la BancoSol, elle est passée de 76216 client en 1997 contre seulement 25600 en 1992 ce qui parait considérable. Toutefois, cette transformation induit des coûts supplémentaires et des restrictions du fait que l'institution devient soumise à la réglementation et à la supervision.

§2 Coûts de transformation et risques de gouvernance

Les conditions de fonds propres minimums peuvent se révéler coûteuses à moins que l'institution ne soit parvenue à l'autosuffisance financière, car il lui sera difficile dans un premier temps d'attirer les investisseurs et de contracter les emprunts commerciaux juste après sa transformation. A ce titre, les expériences montrent que la transformation résout une partie des problèmes liés au financement mais ne fait pas attention aux problèmes de propriété et de gouvernance qui en découlent ou qui sont sous jacent. De plus, les IMF sont confrontées à des problèmes d'administration liés à leur transformation. En effet, lorsqu'une institution se crée en tant que ONG, on sait que la participation des membres au conseil d'administration ne procède pas à la recherche d'un gain pécuniaire mais plutôt à une volonté d'accroître leur compétence et leur image de marque ou prestige. De fait des conseils sont parfois composés de représentants du secteur privé aminé par une forte volonté de responsabilité sociale à l'égard de la clientèle ciblée ou parce qu'ils se sentent redevable de la société de manière générale.

La transformation en intermédiaire financier implique pour le conseil d'assumer de nouvelles responsabilités juridiques. Nous pouvons nous interroger si les membres du conseil ont les compétences requises pour administrer une institution financière plus sophistiquée ? Sont- ils en adéquation avec les nouveaux objectifs du nouvel établissement qui combine mission sociale et la recherche du profit?

De façon générale, cela pose d'énormes difficultés aux membres du conseil qui comprennent mal la nécessité de concilier les deux objectifs. Ainsi, la composition globale du conseil doit refléter un équilibre entre ces deux objectifs.

§3 Gouvernance et propriété

A/notion de gouvernance

Le terme gouvernance est d'un usage récent dans le monde du développement. La gouvernance au-delà des effets de mode ou de nouveauté est devenue un concept incontournable depuis des années 90 pour traiter des problèmes de développement économique et social. A l'échelle d'un pays, une bonne gouvernance conduisant à une gestion efficace des organisations et activités, repose sur un certain nombre de principes de droit, de participation directe (par le biais d'institutions légitimes et démocratiques), de transparence (libre circulation de l'information et possibilités d'y accéder pour le plus grand nombre), d'équité, de responsabilisation, de décentralisation et de légitimité.

Les aspects théoriques de la gouvernance s'appuient essentiellement sur les notions de la théorie néo-institutionnelle. En effet, la séparation entre la gestion de l'entreprise et sa propriété entraîne un problème d'agence et des conflits d'intérêts possibles entre les dirigeants et un actionnariat dispersé ou entre actionnaires exerçant le contrôle. En outre, en l'absence de mécanismes de régulation, la séparation de la propriété et du pouvoir laisse aux dirigeants salariés responsables de la gestion une grande latitude pour poursuivre leurs objectifs spécifiques indépendamment de ceux de l'entreprise. Le but sera alors d'identifier les risques de comportements opportunistes (moral hasard), d'encourager les mécanismes de régularisation c'est-à-dire de marché et le contrôle interne exercé par différentes parties prenantes, ainsi que de réduire les asymétries d'information dont jouissent les managers internes et enfin de compte de favoriser la mise en place de systèmes d'incitations et de rémunérations conduisant ces derniers à poursuivre les objectifs de l'entreprise.

L'étude de la gouvernance en microfinance est encore récente, et s'inscrit dans un cadre de réflexion large de rapports de pouvoir et d'intérêts au sein de projet de développement. Dans les écrits de la microfinance, le terme gouvernance, popularisé à partir de 1996[Clarkson, Deck, 1996] se concentre sur le rôle et le mode de fonctionnement du conseil d'administration des IMF. La gouvernance est définie comme « le processus utilisé par le conseil d'administration pour aider une institution à remplir sa mission et protéger l'actif de cette institution au fil des années» [Rock et al. 1998] .Or le « bon fonctionnement » du conseil d'administration n'est pas lui seul le garant de la mission et des actifs d'une IMF. L'étude sur la gouvernance dans le cadre des IMF nécessite d'être élargir pour prendre en compte l'ensemble des acteurs enjeu (salariés, dirigeants, clients, bailleurs, banques partenaires, Etat etc.) et des formes d'organisations destinées à « gouverner » (systèmes comptables et d'information, mode de prise de décision et modes d'organisation, capacité d'exécution, systèmes de contrôles, etc.).

Il s'agit alors de comprendre comment ces éléments peuvent être combinés dans des contextes socio-économiques différents. Comment les IMF étendent leur portée, augmentent leurs actifs, à travers une gestion claire, transparente et surtout efficace. La gouvernance est alors une préoccupation forte pour les IMF. Par ailleurs, la gouvernance est identifiée comme une cause majeure des crises récentes des IMF et constitue une priorité dans leur réussite. En outre, les critères de performance de la gouvernance jugent alors des capacités à définir les grandes orientations, à tenir le cap (notamment pour la microfinance public concerné, les produits financés et le type d'institution), à s'adapter rapidement aux modifications de l'environnement et surmonter les crises.

Toutefois, les auteurs évoquent cependant les responsabilités insuffisantes des acteurs, la confusion de la propriété ou encore le flou et la complexité des processus de décisions comme des facteurs qui amplifient les crises des IMF. En effet, les études de cas font apparaître, à partir des échecs, des crises et aussi des réussites, un socle commun de la gouvernance, condition sine qua non d'un bon pilotage de l'institution. Ce socle commun s'identifie au niveau des « techniques d'information » et des « principes d'organisation ». Pour ce qui concerne les techniques d'information, on peut relever qu'aucune IMF ne fonctionne convenablement sans une comptabilité efficace, rapide, fiable et un système de suivi-évaluation, de contrôle interne et externe qui valide la qualité des informations. Les principes d'organisation sont assez classiques et ne sont pas spécifiques à la microfinance. Comme nous l'avons déjà souligné il s'agit en autres de la clarté des objectifs ou des missions à moyen terme, de la cohérence entre les objectifs, activités et moyens avec une claire répartition des taches et des responsabilités (organigramme, degré de dégradation, décentralisation, profil de postes, etc.), la politique de ressources humaines (niveau adéquat de recrutement, formation, niveau de salaire, etc.), système d'incitations positives (promotion, prime etc.) et négatives(sanctions, licenciement, etc.), modes de coordinations, modes de contrôles. Tout existe dans la littérature du management mais est peu adapté ou peu enseigné dans la réalité des IMF en Afrique car souvent centré sur les grandes entreprises américaines et européennes.

B/Problèmes de gouvernances liées à la transformation de l'ONG

Pour revenir à notre problématique, les ONG n'ont pas d'actionnaires à proprement parler contrairement aux banques commerciales qui ont décidé de s'intéresser au marché de la microentreprise pour des raisons stratégiques. Ces dernières ont un type d'actionnaires qu'ont peut qualifier de « classiques » essentiellement motivés par la recherche du profit pour qui la microfinance est seulement un marché « connexe ».

Dans les ONG de microfinance, c'est généralement à la direction que revient la charge d'élire les membres du conseil d'administration. Or lorsqu'une IMF entreprend de se formaliser, et commence à accéder à des ressources autres que celles des bailleurs de fonds, les propriétaires c'est-à-dire ceux qui ont un intérêt financier dans l'institution peuvent changer. Donc après la transformation, les propriétaires de l'institution peuvent être : une ONG, des investisseurs privés, des organes publics ou des fonds d'investissement spécialisés. Après transformation, lorsque l'ONG demeure en tant qu'entité distincte, elle détient souvent la majorité des parts de l'institution. Quelque soit le type d'actionnaires après transformation, tous souhaitent un retour positif sur leur investissement. Les actionnaires ont un profil « mixte » à la fois mus par la

recherche de profit mais très souvent largement préoccupés par la mission sociale de l'institution. Ce qui peut conduire à une incohérence dans les priorités qui seront données à l'organisation. Enfin, il existe deux autres types de gouvernance importante qu'il faut mentionner: les structures gouvernementales et les coopératives de crédit. Toutefois on retiendra que la gouvernance ou l'art de gouverner est un phénomène complexe, multiforme qui dépasse donc de loin le seul problème des rapports entre conseil d'administration et managers ou de la transparence de la comptabilité et la qualité des audits. Concernant précisément la microfinance, la gouvernance comporte au moins cinq aspect liées entre eux mais qui ne peuvent être distingués : la qualité et la fiabilité des techniques d'information comme nous l'avons déjà suggérer, la clarté des principes d'organisation, une vision stratégique claire et acceptée de vous, la légitimité et l'adaptation des formes de pouvoir au fonctionnement de l'institution et une insertion positive dans la société globale.

Section 3l'articulation banque et institution de microfinance: l'exemple de l'UEMOA

Nous savons que la relation entre les institutions financières peut prendre soit la forme de l'articulation soit de l'intégration [Lelart, 2000]. Cependant, nous avons vu avec le modèle de l'intégration que cela pouvait nécessiter des changements institutionnels qui peuvent être parfois coûteux voir même risqués. Alors l'articulation nous parait être le modèle le plus évident dans la mesure où dans ce modèle, les deux entités (ici IMF et la banque) restent distinctes mais entretiennent des relations clients fournisseurs et cela dans les deux sens. En effet, Lanha [2005 ] nous fait remarquer par exemple, que les IMF utilisent le service de caisse des banques pour encaisser les remboursements de leurs clients. Ainsi, cela permet à la banque de connaître l'IMF comme toute banque suit le compte de son client et éventuellement de lui faire des crédits. De plus la banque peut passer avec l'IMF des accords de partenariat comme celui qui existe entre la plupart des donateurs et les IMF.

Toutefois, il existe plusieurs modèles d'articulation, par exemple, dans le modèle de Colin [1999] relatif aux Etats et au Canada, les entrepreneurs passent par le stade des IMF qui leur apportent l'empowermen~91 nécessaire pour être bancable. Les entrepreneurs qui auront remboursé convenablement au bout d'un certain nombre de cycle peuvent accéder directement au crédit

41 Le concept d'empowerment en langue française est associé à l'automatisation défini comme «le processus par lequel une personne, ou un groupe social, acquiert la maîtrise des moyens qui lui permettent de se conscientiser, de renforcer son potentiel et de se transformer dans une perspective de développement, d'amélioration de ses conditions de vie et de son environnement» selon le grandictionnaire.com.

bancaire. Cependant nous avons choisi de nous intéresser particulièrement à celle pratiquer dans la zone UEMOA.

§1 .Banques et IMF : vers un système mixte dans l'UEMOA42

L'union économique et monétaire Ouest Africain est constituée de sept pays francophones et d'un pays lusophone. Les pays de l'union sont pour la plupart des pays à dominante bancaire. Les faillites bancaires dans les années 80 ainsi que les plans d'ajustement structurel qui ont suivi et leur accompagnement ont favorisé l'émergence des IMF. En effet, les institutions de microfinance se situent entre les banques et la finance informelle et dénote bien de l'intermédiation. Toutefois, les IMF n'ont pas un pouvoir de création monétaire contrairement aux banques de l'Union. Cependant, leur émergence résulte de la forte asymétrie d'information entre les banques et micro-entrepeneurs dans l'Union, mais aussi du faible degré d'alphabétisation de la population et des difficultés de procédures bancaires. Les IMF sont spécialisées dans la sélection de micro-projets et la clientèle non accessible à la technologie standard des banques tandis que les banques opèrent sur un segment de clientèle constitué de grandes entreprises, citadins et fonctionnaires. A priori, le marché du crédit semble être segmenté dans l'union.

Par ailleurs, Haudeville et Cado [2002] montrent que le paysage financier de l'UEMOA bien que composé de trois parties différentes (banques commerciales, IMF, organisations informelles) demeurent complémentaires. Ceci dans la mesure où entre ces trois parties, une nouvelle relation c'est mise en place. Pour illustrer leur propos, ils font remarquer que les excédents des IMF sont déposés temporairement dans les banques classiques ou encore le refinancement d'un banquier ambulant peut être effectué par une caisse locale de crédit mutuel. Tout ceci concourt à croire effectivement que le système financier ouest Africain est de type mixte. En effet, le système financier de l'UEMOA regroupant des institutions de nature différente, et ces entités différentes arrivent à établir entre elles des relations connexes et complémentaires.

En outre, dans la zone UEMOA, il existe de nombreuses relations de partenariat entre les IMF et les banques, ou ceci pour gérer d'une part les excédents de ressources et d'autre part de mettre à disposition des réseaux mutualistes les ressources pour refinancer leurs crédits. A titre d'exemple, on peut évoquer le cas de l'IMF malienne Kafo Jiginew et de la Banque nationale de développement agricole du Mali où précisément l'IMF dispose auprès de la banque d'une ligne de crédit lui permettant de répondre aux besoins de crédit d'équipement qui se trouve être en forte croissance. Par ailleurs, cette relation de partenariat, inclus aussi l'appui dans le domaine du

42Titre inspiré de l'article de Haudeville et Cado (2002) «vers un système financier de type mixte dans l'UEMOA ».

contrôle et de la formation etc. A cet effet, on peut citer les cas de la Caisse Nationale de Crédit Agricole du Burkina Faso et la Caisse Nationale du Crédit Agricole du Sénégal qui ont des relations de ce type avec quelques SFD [cf. Ndiaye F., 1998].

§2. L'étude des systèmes financiers décentralisés de la zone UEMOA

A/ Les formes institutionnelles des SFD dans la zone UEMOA

Les expressions désignant ou qualifiant les divers services sous l'appellation microfinance sont multiples, cependant on retiendra le terme de services financiers décentralisés (SFD) compte tenu de la définition donnée par la BCEAO pour désigner l'ensemble du secteur. En effet, suivant la définition de la BCEAO, les systèmes financiers décentralisés sont : « un ensemble regroupant une variété d'expériences d'épargne et ou de crédit, diverses par la taille, le degré de structuration, la philosophie, les objectifs, les moyens techniques, financiers et humains, mis en oeuvre pour les populations à la base, avec ou sans le soutien de partenaires extérieurs en vue d'assurer l'auto promotion économique et sociale de ces populations. »[UEMOA-BCEAO, 1997]. Au regard de cette définition, nous pouvons affirmer que les SFD sont des organisations qui ont non seulement une fonction d'intermédiation financière en offrant des services d'épargne et de crédit,mais aussi on une mission d'intermédiation socio- économique à travers leur prestation.

Dans la zone UEMOA, il existe de nombreuses institutions de financement décentralisées et la BCEAO distinguent principalement trois catégories de structures : les coopératives d'épargne et de crédit, les modèles de crédit solidaires, les projets à volet crédit.

Exemples de coopératives et mutuelles d'épargnes et de crédit dans l'espace UEMOA

Les plus significatives dans l'espace UEMOA, notamment en nombre de membre sont la Fédération des Caisses d'Epargne et de Crédit Agricole Mutuelle (FECECAM) au Bénin, la Fédération Nationale des COOPEC (FENACOOP) de Côte d'ivoire, le Réseau des Caisses Populaires du Burkina (RCPB) au Burkina Faso. Sur l'ensemble des 15 institutions les plus importantes en taille de membres dans l'Union, ces trois institutions regroupent à elles seules plus de 43% de part du marché du secteur avec respectivement 17,5 pour la FECECAM, 13,8% pour la FENACOOP et 11,8% pour le FCPB [Cf. Soulama, 2005, pp60-61]. Dans la zone ce type institution est la forme la plus dominante et à celle seule détient plus de 80% de part de marché.

Exemples d'organisations de crédit solidaire dans l'espace UEMOA

Ce type d'institution à pour principale caractéristique d'avoir comme activité principale l'octroi du crédit. Ainsi, dans la zone UEMOA, les principales institutions de crédit solidaire ou direct sont: Le PADME et le PAPME au Bénin, le PAPME et le FAARF au Burkina Faso, le CANEF au Mali, le PAME/AGETIP au Sénégal et WAGES au Togo.


· Les organisations à volet crédit

Ce sont les organisations pour lesquelles l'activité de crédit est une activité annexe voir accessoire. Toutefois, il faut noter que dans la réalité, cette catégorie ne se différencie pas de manière significative des deux autres. En effet, ces organisations à volet crédit créent des services relativement indépendants des autres activités menés et mettent en place des institutions d'épargne et de crédit au niveau local ce qui correspond tout à fait à ce qu'entreprend la première catégorie d'institution. Cette pratique ce fait soit par l'intermédiaire d'une autre SFD ou une institution adaptée, généralement une Caisse Nationale de Crédit Agricole comme par exemple au Burkina avec la CNCA-B. Ce système qui consiste à une délégation du crédit s'accompagne le plus souvent de la mise en place de fonds de garanties ou d'une ligne de crédit. Par conséquent, pour des raisons de simplification, on peut donc retenir uniquement les deux premières catégories.

B/Quelques données sur le développement des SFD dans les pays de l'UEMOA

1. Indicateurs d'accès et d'intermédiation financière

Tableau 2.1: évolution des principaux indicateurs

 

1993

2005

2006

Variations
2005-2006

Taux de
croissance
Moyen par an

Nombre de SFD

107

673

706

4,67%

19,00%

Nombre de points de services

1136

3 500

4200

16,67%

12,00%

Nombre de bénéficiaires

312 425

6 420 247

7 108 468

9,68%

24,00%

Dépôts (millions FCFA)

12 764

284 600

327 200

13,02%

2900%

Crédits accordés dans l'année (millions FCFA)

Nd

346700

372 000

6,80%

30,00%

Encours de crédits

17 941

305 200

335 900

9,14%

27,00%

Taux de dégradation du portefeuille

Nd

6,10%

6,50%

6,15%

-

 

Source : BCEAO-UEMOA 2007

Sur l'ensemble de la zone, au plan quantitatif, on constate un développement impressionnant du nombre d'institution, avec l'année 2005 qui confirme le développement continu du secteur. En effet, entre 1993 et 2005, le nombre d'institution est passé de 107 à 673 soit un coefficient multiplicateur de 6 et en termes de point 4200fin 2006 contre 1136 en 1993. Un autre facteur du dynamisme des SFD est l'accroissement du nombre de bénéficiaires qui lui connaît un taux de croissance moyen se situant à 24% par an ce qui est très considérable. A titre exemple, entre 1993 à 2007, la clientèle des SFD de la zone UEMOA est passée de 312425 à 7 108 468 soit un coefficient multiplicateur de 22,75. Il y a aussi l'accroissement du nombre de guichets ouverts sur la période 1993-2006 le nombre à augmenté de l'ordre de 12% en moyenne par an passant de 1136 en 1993 à4200 en 2006. Les résultats des estimations sur l'évolution du secteur nous permettent de conclure à la viabilité du secteur des SFD. En effet, ce dynamisme se traduit aussi par croissance des dépôts et crédit accordés. En effet, au titre de l'année 2006, ces institutions ont collecté 327200milliards de CFA et disposent d'encours de crédit de 335 900milliards de CFA. Le ratio de qualité du portefeuille (des créances en souffrance sur l'encours de crédit) ressort à 6,5% en dégradation par rapport à celui de 6,10 relevé en 2005. Ce ratio demeure au delà de la norme communément admise dans le secteur.

Graphique 1 : évolution du nombre de bénéficiaires directs

Source BCEAO-UEMOA 2007

Les services ont été offerts à 7,1millions de bénéficiaires directs (environ 45% des bénéficiaires des services offerts par les SFD sont des femmes). Le nombre de bénéficiaires (y compris les membres des groupements) représente près de 7% de la population totale de la zone et 15% de la population active.

Graphique 2: intermédiation financière des SFD

Source : BCEAO-UEMOA, 2007

Tableau 2.2: Proportions des crédits et des dépôts des SFD par rapports à ceux des banques

Pays

Crédits des SFD sur Crédits des banques (%)

Dépôts des SFD sur Dépôts des banques (%)

Bénin

16,7

8,6

Burkina

7,1

7, 9

Côte d'ivoire

2,4

4,9

Mali

8,8

6,5

Niger

3,2

2,2

Sénégal

7,6

5,6

Togo

7, 1

6,1

UEMOA*

7,1

6,1

 

(*)Non-comprise la Guinée-Bissau Source : BCEAO-UEMOA, 2007

Le Bénin est le pays qui connaît le développement le plus important dans le secteur de la microfinance. En effet, il ressort du rapport crédit des SFD sur les crédits bancaires, que le Bénin a le taux le plus élevé, ce qui traduit un accroissement de ce secteur. Le Burkina et le Mali connaissent aussi un développement soutenu de la microfinance au regard des différents ratios du tableau. Ces institutions occupent une place importante dans la collecte de l'épargne comme le montre les parts de marchés des SFD par rapport aux banques. Toutefois, les SFD ont un poids relatifs encore faible par rapport au secteur bancaire car représentant moins de 8% de l'ensemble des transactions portant sur l'épargne et de crédit. En effet, les flux financiers générés par les SFD dans l'espace UEMAO n'ont guère été comparativement à ceux du secteur bancaire, que de l'ordre de 7,1% pour les crédits et de 6,1% pour les dépôts sur la même année 2006. Mais il faut convenir que l'importance des SFD n'est pas seulement quantitative, mais également et surtout qualitative car en termes d'impact et d'accès à des services financiers adaptés pour les populations non bancarisées, les SFD font preuve d'une bonne performance comme en témoigne les chiffres sur le nombre de bénéficiaires qui eux sont en nette progression.

Tableau 2.3 : Montants moyens des prêts des SFD (en CFA)

 

2000

2001

2002

2003

2004

Bénin

228000

279300

407000

446000

513000

Burkina

274000

222000

96000

104000

120000

Côte d'ivoire

651 000

656 500

470 000

799 000

1100000

Mali

143000

129200

95000

111000

154000

Niger

238000

189350

185000

172000

178000

Sénégal

403000

233 000

284000

382 000

294 000

Togo

361 000

298 300

243 000

418 000

360 000

UEMOA*

291 000

300 000

254 000

347 000

390 000

 

*UEMOA Non comprise la Guinée-Bissau

Source : BCEAO-UEMOA, 2007

On constate que le montant moyen des prêts est en nette progression sur l'ensemble sur
l'ensemble de la zone. En effet, de 2000 à 2004, le niveau moyen des prêts a doublé dans les cas
du Bénin et de la Côte d'ivoire, il se situait respectivement à 228 000CFA et 651000CFA en 2000
contre 513000CFA et 1100000CFA en fin 2004. Sur l'ensemble de la zone il se situe à
390000CFA en 2004 contre 291 000 CFA ce qui nous donne une progression d'environ 13%.

Graphique 3: répartition sectorielle des crédits offerts par les SFD

Secteur
primaire

19%

Habitat
2%

Autres
services
24%

Commerce
55%

Secteur primaire Habitat

Commerce Autres services

Source : BCEAO-UEMOA, 2007

Les crédits sont principalement orientés vers le commerce avec une proportion de 55% de l'ensemble des encours. Toutefois, les parts de crédit aux autres secteurs ne paraissent pas négligeables notamment dans le secteur primaire et l'activité de service. Cependant, concernant le domaine de l'habitat, il est pratiquement négligeable et se situe à seulement deux pourcents de l'ensemble des encours. Cela peut être aisément compris compte tenu du fait que ce secteur nécessite des prêts à maturité longue. Or les SFD, se situent généralement dans des prêts à court et moyen terme.

Graphique 4: concentration du secteur (part des TOP3 dans le crédit)

100

40

90

80

60

50

30

20

70

10

0

concentration du secteur ( part des TOP3 dans le crédit)

Bénin Burkina Côte

d'ivoire

Mali Niger Sénégal Togo

pays

Source : BCEAO-UEMOA, 2007

Sur l'ensemble de l'union, on relève une forte concentration du secteur de la microfinance, toutefois en nous appuyant sur les analyses de Sabrina Djefal43 et du graphique ci-dessus, on remarque que le Burkina, le Mali et le Togo diffèrent de pays comme la Cote d'ivoire. En effet, dans les trois premiers pays cités, la microfinance offre un grand nombre de caisses ou d'organisations tandis qu'elle ne connaît pas la même diffusion dans les deux derniers pays.

En Côte d'ivoire, l'activité du microcrédit est du ressort d'un nombre limité d'institutions qui jouissent d'un quasi-monopole [J-M. Servet, 2005]44. A titre d'exemple, la FENACOOPEC-CI, fédération nationale des coopératives d'épargne et de crédit réunit 88% de l'ensemble des membres des IMF. Le taux de concentration de 90,2% illustre bien cette tendance. De même, au Bénin, la FECECAM a longtemps bénéficié d'une situation de quasi monopole et bénéficie toujours d'une part de marché considérable estimée à environ 88% des clients des IMF. Au titre de l'année 2006, elle avait un portefeuille de prêt de 13,7 milliards de CFA. (Source: mix market soit 27 626 102 US$ sur la base de un dollar égal 497CFA).

Les taux de concentration du Mali, Sénégal et du Niger respectivement de 55,2%; 54,3% et 31,8% sont faibles comparativement à l'ensemble de la zone avec un taux moyen qui se situe à 66,97%. En effet, la microfinance parait beaucoup plus éclatée au Mali et au Sénégal. Au Mali, les principaux intervenants du secteur sont: Kafo Jiginew45, Nyesigiso, jemeni et Kondo Jigima

43 Sabrina Djebel, thèse de doctorat 2004 sur la microfinance en Afrique de l'Ouest pour les années 1980-2000, université Lumière Lyon-II.

44 Cf. ServetJ.M, «Banquiers aux pieds nus p.232 », Odile, Jacob.

45 Pour une analyse beaucoup plus approfondie sur l'institution Kafo Jiginew, confère l'excellent article de M. Haudeville. B sur la portée et les limites d'une expérience de crédit et d'épargne solidaires paru dans le rapport du centre Walras 2001.

représentent ensemble que plus de 70% du marché de microcrédit national (source: planet rating rapport, 2006 sur le secteur d'institution de microfinance Kafo Jiginew). Les caisses villageoises du pays dogon représentent une catégorie beaucoup plus petite mais nombreuses. Au Sénégal, l'ACEP, Alliance de Crédit mutuel du Sénégal, le CMS, Crédit mutuel du Sénégal et l'UMPamecas, les trois plus grandes IMF du pays détiennent les trois quarts du marché du secteur de la microfinance du pays.

Au Burkina, les principales institutions sont le RCB, Réseau des caisses populaires du Burkina Faso, suivie du fonds d'appui aux activités génératrices de revenus des femmes (FAAF) et la promotion du développement industriel et agricole. Ces trois institutions captent la grande part du secteur de microcrédit du Burkina Faso et traduit ce fort taux de concentration de TOP 3 dans le crédit qui se situe 83,3%. Toutefois, la concentration de la microfinance à l'intérieur d'un pays ou d'une zone par un certain nombre d'institutions n'empêche pas la concurrence entre les différentes institutions pour une même clientèle [cf. S. Djefal 2004.p1 93].

2. Indicateurs de performance financière

Excédent d'exploitation

La performance des institutions, mesurée par l'excédent d'exploitation a été de 7,3 milliards de milliards de FCFA (4788,5euros) contre 6,1 milliards de FCFA (4001,3) en 2003(20%): Un résultat excédentaire observé dans tous les pays de la zone à l'exception de la Côte d'ivoire. L'accroissement des excédents constatés dans tous les pays, à l'exception du Burkina et de la Côte d'ivoire où une diminution a été enregistrée.

Fonds propres

Les fonds propres de 70milliards de FCFA (45,9millions d'euros) contre 60 milliards de CFA (39,3 millions d'euros) en 2003 (16,7millions d'euros). On a une consolidation des fonds propres dans tous les pays, à l'exception du Burkina et de la Côte d'ivoire où une contradiction a été enregistrée.

Graphique5: Indicateurs de rentabilité

Source BCEAO-UEMOA, 2007

Graphique 6: capitalisation-ratio fonds propres sur actif (%)

Source : BCEAO-UEMOA, 2007

Graphique7: évolution du taux brut de dégradation du portefeuille des SFD

Source BCEAO-UEMOA, 2007

Graphique8: Taux de couverture de risque : Provisions pour prêts
irrécouvrables, ajustée Par> 30 jours

140

120

100

40

80

60

20

0

70

Taux de couverture de risque

51

zone géographique

90,1

121,1

95,2

85,3

Série1

Source : Microfinance information Exchange, Inc, 2006 Benchmarks

Le faible taux de couverture de risque de 51 pourcents contre 70 pourcents pour le reste de l'Afrique illustré par le graphique est représentatif de l'insuffisance prudentielle énoncée par le cadre législatif Parmec. En comparaison aux autres régions du monde, le taux de couverture reste faible ne permettant pas aux IMF de se prémunir pleinement contre leur portefeuille à risque. En effet, contrairement à l'approche conservatrice du CGAP qui établit un provisionnement pour créances douteuses dès le premier mois de retard, le cadre réglementaire régit par la loi Parmec prévoit une dotation aux provisions seulement au bout de trois mois.

C/ dysfonctionnements constatés dans le secteur

1. Du coté des autorités de tutelle

Nous avons une forte augmentation du nombre d'autorisations d'exercice accordées à des institutions non-viables, insuffisances, tant au plan qualitatif et des contrôles effectués.

Des difficultés dans la prise et l'application de sanctions en cas de non respect des prescriptions réglementaires et aussi l'insuffisance dans la collecte et l'exploitation de l'information financière sur le secteur.

2. Au niveau des SFD

Au niveau des SFD, on note pour la plupart du temps un non respect de dispositions législatives et réglementaires en vigueur et la faiblesse du contrôle interne au sein des institutions. De cette insuffisance résulte, en partie, les problèmes de gouvernance d'entreprise et la non- disponibilité, dans certains cas de manuels de procédures administrative, comptable et de crédit. Les défaillances des systèmes d'information de gestion résultant, en partie, de l'absence, dans la plupart des institutions, d'un schéma directeur informatique et des charges pour les logiciels utilisés. On relève par ailleurs, des difficultés liées à l'activité d'intermédiation financière des SFD, notamment la faiblesse des procédures d'analyse des dossiers de crédit. Il y aussi le niveau élevé des charges d'exploitation des SFD qui se traduit par des coûts élevés d'offre de service de microfinance.

Tableau 2.4: conséquences des dysfonctionnements

 

%SFD ayant

taux de

dégradation portefeuille supérieur à 5%

%SFD ayant

fonds propres

négatifs

% SFD ayant

total actif

inférieur à 10
millions FCFA

% SFD ayant

enregistré un

résultat net

négatif

Bénin

34, 6

8, 6

19,8

24,7

Burkina

26,8

12,2

2,4

41,5

Côte d'ivoire

52,6

36,8

5,3

63,2

Mali

37,6

9,7

30,1

23,7

Niger

47,5

16,4

26,2

37,7

Sénégal

28,6

3,4

16,9

14,1

Togo

39,7

20,7

8,6

39,7

UEMOA

34,1

9,3

18,0

24,6

 

Source BCEAO-UEMOAnon comprise Guinée-Bissau

Au total, la situation de la micro finance laisse apparaître une évolution favorable des principaux indicateurs de suivi. Toutefois les efforts sont à poursuivre pour préserver l'intégrité et la stabilité du secteur et élargir davantage l'accès des populations aux services financiers de qualité et répondant à leurs besoins.

CONCLUSION DU CHAPITRE 2

Nous noterons que les IMF de la zone UEMOA, depuis leur avènement ont permis à un nombre considérable de personne exclu du marché formel du crédit d'avoir accès au crédit. En effet, les résultats statistiques attestent de la croissance sans cesse grandissante du nombre de bénéficiaires malgré quelques ralentissements [Montalieu 2002] .Toutefois, malgré leur difficulté pour atteindre l'autonomie financière qui leur permettrait de pérenniser leur activité, ces institutions touchent un nombre toujours croissant de micro-entrepreneurs leur offrant ainsi l'opportunité de développer leur activité. Néanmoins, jusque là dans la zone UEMOA, aucune IMF ne s'est encore transformée en Banque contrairement aux autres parties du monde. A titre d'exemple nous pouvons évoquer de la BancoSol en Bolivie, créé initialement comme une ONG, elle est devenue une banque [Mosley, 1996]. Par contre dans le cas de l'UEMOA, l'articulation entre le secteur bancaire et les IMF nous semble judicieuse compte tenu des bénéfices qu'il procure aux deux secteurs et contribue à un approfondissement financier de l'union.

Chapitre 3: EVALUATION EMPIRIQUE DES IMF DANS UNE
STRATEGIE DE DEVELOPPEMENT

Dans ce chapitre il s'agit de dresser un bilan empirique de la microfinance en mettant en évidence son efficacité et les contraintes auxquelles elle doit faire face. On fera un examen des politiques en faveur de la microfinance pour établir un modèle de développement micro financier permettant de concilier soulagement de la pauvreté et octroi de crédits à des conditions de marché, comme outil de développement.

Section 1laperformance des IMF: une efficacité sujette à question

§1 l'efficacité de la microfinance

On constate aujourd'hui une nette progression de la microfinance. Il y a notamment un progrès qualitatif et quantitatif. Ce progrès est dû à une application efficace des pratiques et des moyens de fonctionnement des différents organismes.

A/ Indicateurs d'efficacité de la microfinance

Le premier indicateur est : le constat de développement dans différents pays.

La microfinance touche surtout les PED dont le niveau de bancarisation est souvent faible et estimé entre 10 à 15% de la population mais aussi des pays émergent à revenus intermédiaires disposant pourtant d'un système bancaire relativement développé (Afrique du sud, Asie, Europe de l'est, Amérique centrale du sud) ainsi que plus marginalement certains pays développés où le niveaux de chômage est devenu préoccupant socialement.

Le deuxième indicateur que nous pouvons identifier est: la croissance soutenue du nombre d'institutions et de leur activité. A cet effet, il est fréquent de constater des taux de croissance de l'ordre de 30% par an sur une période de dix ans. Cette croissance soutenue dénote une indéniable réussite commerciale et un fort développement des initiatives et des acteurs qui les soutiennent. Dans de nombreux pays, surtout après une quinzaine d'années de développement, les taux de pénétration dans la population peuvent être déjà élevés (20 à 30%). Les marges de

progression sont certes encore importantes mais cette situation appelle à une nouvelle étape de développement qui se doit d'être plus tourné vers une diversification.

Le troisième indicateur est la réussite dans les contextes économiques, démographiques et sociaux divers. La microfinance se développe plus facilement dans un contexte économique et démographique favorable. Pour autant, après de nombreux tâtonnements, les stratégies développées par certaines institutions permettent d'envisager de servir des géographies peu denses et des zones économiquement moins favorisées dès lors que leur rentabilité ne repose pas entièrement sur cette activité. Quant au contexte social, la microfinance a également démontré qu'elle pouvait s'accommoder d'un large éventail de situations et qu'il n'existait pas véritablement de contextes prédisposés et d'autres qui ne l'étaient pas. Mieux encore, la microfinance a prouvé qu'elle pouvait constituer un outil stable et robuste même en période de crise profonde par exemple les cas du Congo, de la Centrafrique ou même de Madagascar et aujourd'hui de la Côte d'ivoire sont là pour l'illustrer, alors même que le système financier « classique » vacillait ou s'effondrait.

Le quatrième indicateur est la large gamme de bénéficiaires en termes de conditions économiques et sociales.

Ceci dit, en diversifiant ses produits c'est-à-dire épargne, allongement de la durée des crédits, et en adoptant des stratégies prudentes de développement, les IMF ont prouvé qu'elles pouvaient atteindre un grand nombre d'exclus du système bancaire. Bien entendu en considérant que ces exclus, pauvres ou moins pauvres, familles ou petites entreprises, groupes sociaux minoritaires ou non, utilisent et valorisent diversement les services proposés. Malgré l'espoir suscité par la microfinance, il est évident pour tout le monde que la microfinance ne peut desservir toutes les populations en grande précarité et souvent même quand c'est le cas répondre à toute leur attente. En revanche, la microfinance peut atténuer par l'épargne l'impact des chocs notamment externes.

Enfin, le cinquième et dernier indicateur est la possibilité de bâtir des institutions pérennes et viables et gérées de manière professionnelle.

Il faut souligner que c'est probablement l'indicateur le moins évident au démarrage mais certainement le plus déterminant pour la dynamique d'ensemble du secteur. Cette dimension a mis du temps à être admise par les différentes parties. Elle est désormais l'objectif principal des «bonnes pratiques »mises en avant internationalement. A ce sujet, la micro finance connaît une réussite réelle mais qu'on peut qualifier tout de même de timide dans ce domaine qui reste un enjeu prioritaire du secteur. Ce sont cependant des réussites variées (méthodes, activités, contexte

économique et social...) qui offrent l'espoir de concilier cette indispensable dimension avec le vaste objectif d'impact que s'est fixé la microfinance.

B/ Quelques résultats empiriques sur la performance des IMF

Les résultats empiriques de la microfinance dans les PED peuvent être appréhendés à deux niveaux aussi bien en termes de performances sociales que financières. Ceci mérite une succincte revue de la littérature sur la performance sociale des IMF.

Dans la littérature économique, la microfinance est admise comme une méthode très efficace contre la pauvreté. En effet, elle a permis de sortir de la pauvreté, en moins de 10 ans, un tiers des clients de la Grameen Bank est parvenu à sortir de la pauvreté et un second tiers s'est hissé à un niveau proche du seuil de pauvreté. Par ailleurs, les prêts ont eu pour effet indirect de permettre l'accès à l'éducation par exemple. D'une manière générale, la microfinance participe à l'accroissement de la production et de la consommation de produits locaux. Toutefois, Haley et Morduch [2003] ont aussi pu montrer que dans les PED, la capacité des IMF à atteindre des populations était extrêmement variable, les unes ne ciblant que les ménages à faible revenu ;les autres finançant de manière effective les personnes en situation de réelle pauvreté. Néanmoins, un consensus semble exister à l'échelle internationale pour considérer que les programmes de microfinance ne ciblent pas les plus pauvres des pauvres, mais ceux qui demeurent proches du seuil de pauvreté. Gonzalez-Vega et alii [2000] montrent par exemple dans le cas Bolivien que 5 IMF considérées dans l'étude ne touchent que les pauvres situés juste au dessous et en dessus du seuil de pauvreté.46

Elle ne peut, bien sur changer totalement à elle seule la donne dans les pays les plus démunis, mais elle permet d'améliorer la dignité des personnes, avec une efficacité en termes d'épanouissement personnel, de confiance et d'estime de soi, renforcement de son réseau relationnel, etc.

De plus la pauvreté entraîne une détérioration des conditions de vie. Or on sait qu'il n'y pas de santé sans lutte contre la pauvreté où la microfinance joue un rôle crucial. En effet, les emprunteurs malades peuvent puiser dans leur budget pour financer les soins. De plus, elle permet aux ménages d'investir dans l'éducation de leurs enfants, la microfinance permet la diffusion de pratiques saines et une prévention des principales pathologies. Certaines banques des

46 Basée sur un échantillon de 588 clients de la micro finance provenant de 5 IMF (Bancosol, Caja Los Andes, FIE Sartawi et Prodem), cette étude compare le niveau de pauvreté de ces clients à celui d'un groupe de référence pris au sein de la population de La Paz.

pauvres proposent même, conscientes de l'importance du sujet, des programmes de sensibilisation à l'hygiène.

Si on s'intéresse maintenant à l'efficacité en termes de revenu, la microfinance permet d'augmenter les revenus des emprunteurs lorsqu'ils sont utilisés efficacement. La microfinance permet de créer de la richesse bien que les prêts dans les PED, n'excèdent pas 100 dollars. Ces microcrédits permettent une augmentation de revenu et une amélioration des conditions des pauvres.

En Asie, le programme de microcrédit de Bri a pu sortir 178000 ménages qui étaient en extrême pauvreté avec une augmentation de revenu de 76% par rapport à 12% pour le reste de la zone indonésien. Afrique malgré que le développement du microcrédit reste faible, on constate quand même une amélioration du bien être.

En termes de création et de promotion de l'entrepreneuriat, la microfinance a permis aux pauvres de développer des petits projets de métiers qui ont permis une amélioration des conditions de vie des plus démunis. La microfinance constitue un puissant instrument d'émancipation en permettant aux pauvres et en particulier aux femmes, de devenir des agents économiques de changement. Car il faut rappeler que les femmes ne bénéficient pas du même accès aux ressources que les hommes, alors même que leur potentiel de production est considérable. Par exemple, elles produisent entre 70 et 75% des cultures vivrières de l'Afrique subsaharienne. Alors, en tirant profit du gain potentiel de productive généré par les femmes, et grâce à l'amélioration de leur situation et notamment de celle des femmes agriculteurs, il serait possible d'augmenter fortement la production vivrière de l'Afrique subsaharienne par exemple pour réduire sensiblement l'insécurité alimentaire dans la région et ceci à l'accès au crédit.

En définitive, en termes d'efficacité, la microfinance permet une amélioration, et une stabilisation des revenus pour aboutir ainsi à l'autonomie financière.

C/ L'impact du microcrédit sur le développement

La réflexion sur l'évaluation de l'impact des microcrédits sur le processus de développement se situe au niveau des micro-actions [cf. Soulama, 2005, p105]. Il s'agit pour nous de savoir si ces actions à la base ont un impact significatif sur le développement économique? A cette interrogation nous pouvons répondre par l'affirmatif si l'on admet que le développement économique est optimal si l'ensemble des différentes composantes de la société participe pleinement au processus de production et à la prise de décision. Ainsi, l'accroissement de la base

de la population participant à la richesse nationale, le microcrédit contribue énormément au processus de production par une mobilisation de l'énergie créatrice de la population pauvre. Les différentes analysent présentées dans ce mémoire ont permis de montrer que le microcrédit impact le développement à travers ces effets induits et externalités. Il s'agit en autre des effets sur le revenu, la consommation et l'emploi etc. En effet, on constate que les crédits octroyés jouent un rôle sur l'économie locale notamment en permettant un renforcement des artisans locaux (maçons, charpentiers, petits commerces, fabricant de briques, etc.) et une redistribution de revenus non négligeable.

Ces externalités et effets se déclinent en quatre points que sont:

· Les effets sur les circuits commerciaux et les filières

Ces effets sont variables et dépendent du degré d'organisation des circuits commerciaux et de leur capacité à absorber le surplus de production. Doligez [2002] montre que les différents effets induits au niveau «méso-économique » ont pu être mis en évidence au niveau des filières coton au Bénin et cela grâce au développement des services financiers de la FECECAM. De plus que l'acquisition de charrues grâce au complément du crédit intrant de la FECECAM a participé à l'essor de la filière au cours des années 1990. Ces crédits ont permis dans le cas de la filière coton du Bénin de surmonter les obstacles financiers qui empêchaient le recours à la mécanisation et à une main d'oeuvre salariée pour lever les facteurs limitant tels que l'augmentation des surfaces: préparation des terres et sarclages pour l'essentiel.

· Les effets sur le marché du travail, la construction et l'habitat

Une augmentation des embauches salariées par les emprunteurs notamment pour les travaux agricoles comme l'illustre, en Guinée l'ouverture d'un «second guichet » [Condé et al., 2001] par l'embauche salariée de main d'oeuvre pour travaux agricole. Toutefois, on ne semble pas observer une augmentation sur les salaires. Cependant, les enquêtes montrent que près de 30% des revenus induits par le crédit seraient alloués à l'amélioration de l'habitat.

· Les effets sur le marché foncier

On n'enregistre pas directement un effet entre la microfinance et l'acquisition de marché foncier. Cependant, en dehors du milieu agricole, on constate dans le prolongement des effets induits par la microfinance sur l'habitat et la construction, une demande accrue sur l'acquisition de lots constructibles et une augmentation du prix du foncier urbain.

· Les effets induits liés à l'investissement

On constate une amélioration du capital humain et un renforcement des capabilités qu'on associe au développement de la microfinance. Toutefois, cette amélioration dépend des priorités que l'emprunteur accorde à la reproduction de la force de travail familiale il s'agit entre autre de dépenses de consommation et de santé, mais surtout à l'éducation. Morduch [1999] illustre ce propos à travers l'éducation des filles dans le cas des emprunteuses de microcrédits au Bangladesh.

Néanmoins, il est important de faire la part entre les crédits qui permettent un investissement productif et ceux en vue d'améliorer les conditions de vie des personnes [Djefal, 2004, p633]. En effet, les crédits inférieurs à 100 dollars, accordés principalement aux femmes, ne créent que très rarement (moins de 3%) de petites entreprises ou des emplois nouveaux. Ces crédits améliorent la situation sociale des bénéficiaires qui peuvent ainsi trouver les fonds nécessaire pour satisfaire des besoins de première nécessite (santé, nourriture, logement, écolage, etc.). Il y a une amélioration rare sont les bénéficiaires qui dépassent le seuil de pauvreté. Ces microcrédits ont toutefois un rôle essentiel qui est avant tout un plus social et en cela, ils doivent être développés.

Les crédits entre 100 et 1000 dollars sont du même ordre, ils améliorent cependant nettement le pourcentage (7 à 12% selon les pays et les cas) de création d'emplois et de petites entreprises nouvelles. Ce sont les crédits de 5000 dollars et plus qui déclenchent un processus de croissance par l'investissement dans de nouvelles unités de production, l'amélioration de la productivité et l'ouverture sur de nouveaux marchés. Un exemple intéressant de gestion du microcrédit nous est donné par les activités d'IDES/PRO EMPRESSA au Pérou. Cette organisation d'appui a créé son institution financière qui gère plus de 50 000 dossiers de microcrédits en zone urbaine et rurale et est devenue un instrument efficace de développement économique du pays.

Pour illustrer la diversité de prêt par institutions les institutions de microfinance, il suffit de référer à la pyramide de prêt ci-dessous: cas de l'Afrique de l'Ouest

Pyramide du secteur de la microfinance : Cas (en CFA)

Source : Extrait de Djefal [2004]

Les montants vont de quelques milliers de franc CFA à des prêts de deux millions de francs CFA47.

§2 : Les contraintes de la microfinance

La microfinance à une histoire derrière elle, celle d'un succès planétaire. Un succès de terrain avec des institutions qui apportent aujourd'hui des services financiers diversifiés à des dizaines de millions de clients qui n'y avaient pas accès. Mais également un succès de mobilisation, d'une part de la population et d'autre part des opérateurs, des organisations non gouvernementaux, et de la communauté internationale et des États, enfin de plus en plus du

47 Cf. S. Djefal thèse p.355.

secteur privé. Toutefois la microfinance ne peut prétendre avoir atteint la maturité car le secteur reste confronté à d'importantes difficultés consécutives à sa réussite.

C'est surtout au niveau du crédit que la microfinance montre ces limites. En effet, tel qu'il est pratiqué aujourd'hui, le microcrédit comme tout crédit d'ailleurs se doit d'être remboursé. Il nécessite donc au niveau de l'emprunteur une bonne capacité de remboursement or on sait que cette aptitude s'amoindrit quand la personne est extrêmement pauvre, sans revenu préalable pour lui permettre de remboursement un prêt. Donc octroyer un prêt à de tels individus risque d'aggraver leur situation de pauvreté et d'endettement.

De plus, fournir des services financiers à des personnes à revenus modestes revient cher, donc la microfinance a tendance pour pallier au coût de crédit à appliquer des taux d'intérêts élevés à sa clientèle. Dès lors on se rend compte que la microfinance n'est pas un remède magique qui conduit automatiquement les populations pauvres à sortir de l'état de pauvreté. Bien que la définition de la pauvreté reste difficile selon que l'on utilise l'approche basée sur le revenu ou sur le niveau de consommation, est considérée comme pauvre, chaque personne dont le revenu ou sa consommation se situant en dessous d'un certain niveau de vie minimum des mesures d'impact plus avancées sont donc nécessaire. Ceci rend très difficile la distinction entre pauvres et très pauvres. Cependant, le client type de la microfinance est une personne dont les revenus sont faibles,et qui n'a pas accès aux institutions financières formelles qui mène généralement une petite activité génératrice de revenus dans un cadre souvent familial. En conséquence ont peut affirmer que l'autre catégorie des pauvres est exclue.

Le secteur présente aussi des risques structurels dus à la forte expansion de sa clientèle. Dans plusieurs pays, le nombre de clients qui se chiffre à plusieurs centaines de milliers a largement dépassé celui de la clientèle gérée par le secteur bancaire. Ainsi, si on peut penser que l'impact économique de la faillite d'une institution resterait relativement faible, son impact financier et surtout social pourrait s'avérer plus considérable. Deux éléments sont à considérer: Le risque porté individuellement par une institution qui est acceptable, dès lors qu'une gestion professionnelle est exercée et que les procédures internes de maîtrise et de contrôle des risques financiers sont respectées. Il s'agit entre autre de la solvabilité et de la liquidité. Toutefois nous devons souligner que la microfinance évolue le plus souvent dans des contextes peu favorables, avec des difficultés logistiques et des compétences techniques relatives au niveau humain. Avec pour caractéristique d'être soumise de la part de sa clientèle à une forte demande croissante.

Le second risque est celui induit par la multiplication des intervenants qui à notre sens constitue le risque majeur actuel. Cela peut être traduit comme la contrepartie de microfinance comme outil efficace de réduction de la pauvreté qui suscite un intérêt grandissant pour ce secteur avec le développement dans les PED d'un nombre considérable d'institutions et d'expérimentation. A ce titre on peut citer le cas du Sénégal où on dénombre actuellement près de 600 institutions. Un tel phénomène est amplifié par la relative facilitée à démarrer des opérations de microfinance que l'on suppose peu coûteuses en investissement, ce qui dénote d'une mauvaise analyse.

De manière générale le fait est que seules quelques institutions ont les moyens de mettre en place une gestion professionnelle compatible avec les obligations d'une activité financière. Nombreuses sont les institutions qui ne respectent pas la réglementation adaptée au secteur, jusqu'à présent un grand nombre eux ne dispose toujours pas d'outils permettant leur mise en oeuvre.

Nous devons faire remarquer que dans le secteur, l'autonomie financière est rarement poursuivie, l'échelle d'intervention et le coût de l'accompagnement rendent cette autonomie financière difficilement envisageable.

Un autre point à relever est le fait que les États sont peu équipés pour encadrer cette activité. Les États au démarrage de cette activité étaient peu ou pas du tout préparés pour accompagner ce secteur. Au niveau législatif et réglementaire, peu d'entre eux disposent du cadre nécessaire à l'intégration rapide des structures en cours d'implantation.

Il y aussi les difficultés de collecte de l'épargne qui reste aussi peu développé dans ce secteur. Et sans épargne une institution ne joue qu'à moitié son rôle d'intermédiaire financier. Si on part du principe que tous les ménages épargnent, y compris les plus pauvres, cette épargne peut être mobilisée quand les institutions de microfinance jouissent de la confiance de leurs clients. De plus que les modalités de retrait demeurent souples et garantissent une liquidité permanente, et que les coûts de transaction sont faibles.

Ainsi, si une institution est capable d'offrir ces conditions, il peut être avantageux pour elle de mobiliser cette épargne qui constitue pour elle une ressource stable et moins coûteuse que le refinancement apurés des banques commerciales. Cependant, on se rend compte que dans la réalité, la mobilisation de l'épargne n'est pas toujours possible, voire même souhaitable. Les raisons qui s'opposent à la collecte de l'épargne sont les suivantes, un contexte politique et économique instable, dans lequel l'État réglemente les taux. L'inflation très élevée qui ne permet pas une rémunération positive de l'épargne ou tout simplement le manque de confiance. Il y a

aussi l'absence d'un cadre réglementaire spécifique aux IMF s'impose pour pouvoir collecter l'épargne et transformer en établissements bancaires formels.

Il faudra enfin prendre le risque posé par ce métier spécifique, rendu complexe par la nécessité d'assurer une sécurité absolue de gestion pour le compte des épargnants, ainsi que les coûts associés à la collecte. Cette situation a donné lieu à une prise de conscience et conduit les Etats à faire évoluer leur cadre réglementaire ou même à créer de nouveaux cadres spécifiques. Toutefois il faut dire que le contrôle et la surveillance des institutions n'étaient pas souvent assurés convenablement, au regard de la diversité des institutions et leur nombre croissant, les états sont confrontés à un double problème de compétences et de moyens pour assurer ce suivi, mais des solutions sont envisageables et leurs implications s'avèrent indispensables.

Section 2: Propositions destinées à améliorer l'efficacité de la microfinance

Ainsi, la phase de développement de la microfinance révèle de nouveaux besoins plus complexes et diversifiés. Ces besoins sont importants et ont attrait aussi bien à l'insertion de la microfinance dans le secteur financier, au financement de la croissance du secteur qu'à sa diversification ainsi qu'un accroissement de son impact. Cela se traduit sur le plan financier par un besoin de ressources financières accru, plus longues et plus stables et sur le plan technique par des compétences et des outils de plus en plus sophistiqués.

Les interrogations qui s'imposent sont celles du refinancement aussi bien sur le marché bancaire que financier. Or nous savons que ces institutions sont soumises à des contraintes fortes d'accès et que ces contraintes résulteraient d'une part à l'appréciation du risque de l'institution par le marché et d'autre part des aspects juridiques liés à son statut. Bien qu'il existe de nombreux cas de refinancement par les banques, toutefois très peu d'institutions remplissent les critères d'accès aux marchés financiers. Ces derniers, pourtant ont l'avantage de pouvoir apporter des ressources longues et théoriquement à moindre coût.

Le développement des offres de garanties externes peu être une réponse intéressante mais onéreuse. En outre, les marchés financiers ont le souci de préserver leurs investisseurs. Cependant d'autres pistes existent tels la mise en place de notations comparées (rating) des institutions par un organisme indépendant et crédible, la prise de participation par une institution tiers plus à même de répondre aux critères d'accès aux marchés ou encore l'ouverture de l'institution à des investisseurs extérieures susceptibles d'apporter des garanties financières et la réputation attendues par les marchés. La principale difficulté pour les institutions est le coût des transactions, renchéri par celui des intermédiaires et des garanties. Sans une réflexion globale

pour atténuer ce coût, ce type de transactions risque de rester marginal. Cependant, la problématique la plus importante posée aux institutions de microfinance demeure l'accès à des ressources stables. Cette question devient cruciale au fur et à mesure du développement de l'institution c'est-à-dire l'effet taille joue considérable dans le besoin en refinancement de l'IMF. En effet, l'augmentation de la taille de l'institution affecte plus particulièrement sur la structure financière et de coût. Les normes employées dans le secteur bancaire correspondent à un niveau de ressources stables constitué par le ratio fonds propres sur le bilan situé entre 6 et 8%48 du bilan. Ces normes correspondent d'une part au taux planché, souvent réglementaire, permettant de garantir une structure financière adaptée au risque du secteur. S'agissant des normes de risque, il serait plus judicieux de mettre en oeuvre une réglementation adaptée aux réalités du secteur de la microfinance. Le type de clientèle, la géographie d'intervention, l'organisation de la microfinance pourrait sans doute permettre à établir des normes de ressources stables plus élevées que celles du secteur bancaire. De manière empirique, on constate que certaines institutions maintiennent des niveaux de ressources stables de l'ordre de 20 à 30% du total de leur bilan.

Notre étude empirique montre que les systèmes financiers de microfinance parviennent généralement à maîtriser l'interface entre eux et les clients, de manière générale, enregistrant des taux de participation et de remboursement honorable. Toutefois, lorsque leur taille augmente, ils ne peuvent rester hors du cadre réglementaire c'est-à-dire à la frontière de l'informel. Par conséquent, la question de la régulation du secteur ne se pose pas en termes macroéconomique compte tenu de la part minime qu'ils représentent, au niveau des agrégats économiques. Cependant, il n'en reste pas moins nécessaire d'assurer la protection des déposants et de l'offre de services financiers durables aux populations exclues des systèmes financiers classiques. Donc les questions les plus importantes devraient être portées sur la place de ces systèmes de proximité et leur institutionnalisation. Cette notion institutionnalisation est large et porte à la fois à l'adaptation à l'environnement économique, politique et juridique, la maîtrise des coûts de l'institution, la viabilité sociale et l'établissement de relations stables avec les différents partenaires [Doligez, 1996]. De manière générale, la principale difficulté dans les PED réside dans la gestion de l'extension de ces systèmes à une échelle significative pour le développement et dans leur intégration à la finance globale.

48Ce ratio constitue le ratio de solvabilité dans le cadre la réglementation de bale, elle a une dimension universelle : la norme minimale de 8% s'est rapidement imposée comme la référence centrale en matière de mesure et de contrôle du risque de crédit, non seulement pour les autorités de contrôle bancaire nationales et les établissements de crédit, mais aussi pour les investisseurs, les agences de notation et plus globalement l'ensemble des acteurs financiers.

La question de l'intégration au système financier globale se décline à la fois en termes de durabilité et d'adaptation à un environnement institutionnel formalisé [Gloser, 1994]. Cette durabilité outre la maîtrise des coûts repose sur la recherche d'un équilibre financier indispensable. Celui-ci passe par la maîtrise des coûts de fonctionnement et de la ressource financière. Cependant, cette augmentation des ressources nécessite souvent des arbitrages entre le ciblage de la population pauvre et la rentabilité de l'institution à moyen terme.

CONCLUSION DU CHAPITRE 3

Au terme de ce bilan, on doit reconnaître que des efforts impressionnants ont été réalisés dans le secteur de la microfinance. Toutefois, il faut souligner qu'une infinité d'organisations de microfinance existantes sont susceptibles de répondre aux demandes exprimées tout en s'inscrivant dans un schéma de pérennité. En outre, si le nombre de micro-entrepreneurs appuyés par ce dispositif est sans cesse en augmentation, le taux de couverture demeure toujours faible dans la plupart des pays. En effet, l'accessibilité dans les zones peu densément peuplées reste encore nettement insuffisante. Il s'agit entre autre des zones rurales où les populations ont encore difficilement accès à la ressource. Il y aussi la problématique des taux d'intérêt qui demeurent encore élevés et ne permettent pas aux micro-entrepreneurs d'entrée dans une phase d'accumulation. Cependant on ne peut nier les avancées importantes réalisées par le secteur de la microfinance. Que ce soit en matière de gestion opérationnelle ou de développement institutionnel, les IMF du secteur continuent sans cesse de se professionnaliser en améliorant non seulement leur gestion financière mais aussi l'ensemble de leurs pratiques et outils de gestion. Il y a aussi une panoplie d'actions menées en parallèle qui favorise le développement du secteur et contribue à son renforcement. Les agences de notation, les fonds de placements et associations professionnelles contribuent énormément au renforcement du secteur. Les gouvernements jouent également un rôle clé en se montrant de plus en plus disposé à la nécessité de penser et de mettre en place des cadres légaux et institutionnels adaptés. Nous étudierons plus loin la nécessité d'une mise en place d'un environnement favorable au développement de la microfinance et la part de l'État dans l'approfondissement de ce cadre.

Enfin, même si certains échecs existent, qu'il ne faut sous évaluer il apparaît nettement que la microfinance à toute sa place dans les politiques d'appui aux micro-entrepreneurs des PED.

Chapitre 4 : PERSPECTIVES: L'ÉTAT ET LES INSTITUTIONS DE MICROFINANCE

Nous avons montré que les institutions de microfinance dans les PED peuvent contribuer à la réduction de la pauvreté et aux développements des économies de celle-ci. Cependant, elles n'ont pas encore pu rompre complètement le vide institutionnel en matière de financement de la microentreprise et des populations pauvres. A cet effet, on a remarqué que pour viabiliser et pérenniser leur soutien à la microentreprise, l'institutionnalisation du crédit solidaire s'imposait ainsi qu'une politique de promotion au niveau étatique de la micro intermédiation.

L'objectif ultime est d'aboutir à la généralisation du crédit solidaire à grande échelle ce qui passe nécessaire par l'implication de la société civile et surtout des pouvoirs public. Dans un souci de promotion de l'auto emploi en oeuvrant à la mise en place de structures coopératives aussi bien financière ou sociales. Les pouvoirs publics auront pour mission d'assurer la reconnaissance des institutions. Cette reconnaissance s'avère indispensable dans la mesure où elle permettra de mettre en liaison les dites structures avec des partenaires extérieurs (banques, bailleurs de fonds et tout organismes d'appui) indispensables à leur développement et pérennité.

Ces considérations nous conduisent à faire un rappel des fondements de l'intervention de l'État dans l'économie notamment dans la sphère financière (section1). Ce qui nous permettra d'analyser et d'approfondir l'action des pouvoirs publics dans le domaine de la microfinance dans les PED (section2). Enfin, scrutera les perspectives d'évolution aussi de la microfinance d'un point de vue globale dans une stratégie de développement des PED.

Section 1. Les bases analytiques de l'intervention de l'État

De manière générale les fondements analytiques dans cette section font référence aussi bien aux analyses de la nouvelle économie institutionnelle (NEI) et à la théorie des choix publics. De quoi s'agit-il exactement :

Le courant institutionnaliste peut être considéré comme le souligne B. Chavance [2007] : « comme
une famille de théories, qui partagent la thèse que les institutions comptent dans l'étude de l'économie, voire qu'elles

constituent un objet essentiel de la réflexion »49. Celle de la théorie des choix public relève de l'école du public choice.

Intéressons nous au rôle de l'État dans ces deux courants pour justifier son intervention dans un souci d'approfondissement microfinancier par le canal des institutions de microfinance indispensable aux processus de développement des PED.

§1 La nouvelle économie institutionnelle et le rôle le l'État dans le processus de développement

Sur le rôle de l'État les économistes sont divisés en deux blocs. D'un coté les libéraux et de l'autre les interventionnistes. Bien que le débat sur le rôle de l'État ne soit pas encore épuisé le constat est que l'État intervient très souvent dans la vie économique et sociale ceci avec pour objectif d'assurer l'efficacité et la stabilité.

En matière de développement économique, la théorie économique, comme nous avons pu le constaté sur les décennies 1950-1970 a été dominée par les partisans de l'interventionnisme ceci en raison de leur appréciation pessimiste sur la capacité du marché à impulser les mutations structurelles de l'économie. Avec une approche dominée par le concept d'État développeur. En ce sens où l'État joue un rôle important voir même principale dans la production des biens et services. L'État a une influence considérable sur l'orientation de l'activité industrielle avec les industries d'État. Au niveau de la formation et de l'éducation des populations l'État joue un rôle prépondérant aussi bien dans les domaines de la santé, de la protection sociale etc. Nous nous situons dans un système de planification indicative ou dirigiste qui constitue des moyens pour les gouvernements occidentaux de pallier aux insuffisances du marché et d'orienter l'économie vers des objectifs précis.

Cependant dans les PED, les théoriciens vont encore plus loin en stipulant que l'État est le seul acteur susceptible d'agir pour l'intérêt général tandis que le secteur privé n'avait que pour unique objectif la maximisation du profit. Par conséquent, elles ne peuvent agir dans l'intérêt général d'où sa marginalisation dans le processus de développement. De fait l'État devient l'unique entrepreneur susceptible de parvenir au développement des PED. Avec pour mission aux entreprises publiques d'être les instruments et canaux de développement.50

49 cf. Bernard Chavance, 2007.

50 Cf. Dirat J-R, 1985 Exemple du Congo

Du coup, l'État se trouve être le principal entrepreneur dans les PED. Il fallu attendre les années 80 pour avoir le retour des arguments et théories prônant un État minimum. Ainsi donc l'État devrait se retirer de la production industrielle et laisse l'entière place au secteur privé et se recentrer sur les activités régaliennes qui lui son dévolu. Il s'agit en autres des activités de réglementation principalement. Cette tendance découle de ce que les économistes ont qualifié de néoclassique, donc l'analyse préconise la liberté d'entreprendre qui est source d'efficacité économique et l'échange par le marché est garant d'une allocation optimale des ressources. Le marché est présenté comme le lieu de la rencontre de l'offre et de la demande. Et que le mécanisme de marché conduit à une situation optimale au sens de Pareto.

Toutefois, en dépit de cette argumentation force est de reconnaître qu'il existe des défaillances de marché qui entraînent une divergence entre les allocations optimale et celles de l'équilibre. Ces écart justifie de remanié l'analyse néoclassique avec la théorie de l'économie du bien être. Car dans la théorie du bien être s'il y a échec du marché, l'intervention étatique est justifié. Avec pour mission pour l'État de rapprocher l'équilibre et l'optimum. L'échec des marchés résulte de l'existence d'invisibilité des biens à la consommation, d'externalité (positive ou négative) ou d'un monopole naturel. En soulignant que «ces défaillances » sont bien sur des exceptions à la norme qui demeure être le marché. Cette conception de l'intervention de l'État se veut restrictive dans la mesure aucune place n'est laissé à l'intérêt général. De plus L'État est un agent non doté d'une spécificité particulière par rapport aux autres agents économiques dont il est le reflet. Les théories et partisans de la NEI s'appuient sur les critères énoncés par l'économie du bien être de l'intervention de l'État en y ajoutant l'absence d'un certain nombre de marché et surtout l'incomplétude informationnelle pour justifier l'intervention étatique pour parer aux défaillances de marchés.


· L'État en tant que organisation

Stiglitz (1989) nous montrent les caractéristiques de l'État en tant que organisation. A ce propos, il explique que l'État est caractérisé par le pouvoir de contrainte et de participation universelle de tous à cette organisation. Par conséquent en référence à ces caractéristiques elle présente deux avantages certains par rapport aux autres organisations dans la mesure où le gouvernement est une organisation pré établie tandis que le pouvoir de contrainte fait de lui un instrument d'orientation de la politiques et de surveillance des activités de manière plus efficace qu'une organisation privée.

Le fait que le gouvernement soit pré établir fait qu'il peut intervenir en subissant des coûts de transaction inférieurs à ceux d'autres des nouvelles organisations. Il est aussi bien placé pour réduire les coûts de transaction dans les cas où il y a absence de certains marchés et information incomplète. Donc, il est bien placé pour aider les institutions de microfinance car leurs activités sont fortement liées à l'existence de coût de transaction et de manque d'information que constitue le marché du microcrédit.51

Compte tenu de l'échec des entreprises publiques (de collecte, distributions et d'affectations de ressources), les pouvoirs publics misent sur les PME et la microfinance pour assurer aussi bien la croissance que l'emploi dans les PED. Ceci grâce aux proximités sociologiques52 que celle-ci a avec le secteur informel qui occupe une place considérable dans leur économie. Les IMF constituent le maillon indispensable de soutien à la microentreprise. Leurs activités se doivent d'être protégées par un cadre réglementaire adapté à leur spécificité53. En raison du caractère récent de leur émergence, les IMF méritent, un soutien en formation, et des aides au démarrage de l'activité de la part de l'Etat et de ses partenaires extérieurs en l'occurrence les organismes aide au développement.54

D'autre part, du fait des incertitudes qui prévaut sur ce type de marché, pour protéger les transactions, il est indispensable que l'état intervienne pour fixer les règles de bonne conduite. Toutefois cette analyse mérite d'être compléter du fait qu'elle est trop normative et néglige les intérêts particuliers par rapport à l'intérêt général. En effet, la théorie des choix publics nous fournir des éléments complémentaires sur le comportement de l'état et des arguments en faveur de son soutien aux IMF.

§2.La théorie du « public choice » et le rôle de l'État

Cette théorie vise à expliquer le processus de décision politique [Gentier, 2003p151 -154]. En effet, la théorie du public fait référence aux règles de décision vote, du comportement des votants, la politique des parties politiques, la bureaucratie etc. [Dirat, 2001, p238]. Cependant, nous nous intéresserons aux décisions qui permettent à l'état de contribuer au développement des IMF. Toutefois, nous devons fait référence à l'approche positive de l'action des pouvoirs publics, en soulignant par ailleurs le scepticisme des économistes du public choice à l'égard de cette intervention. En effet, ceux-ci font remarqué que l'État n'est pas seulement un acteur

51 Cf. Prescot, 1997

52 Part proximité sociologique on entend les proximités ethniques, géographiques, culturelles, etc....

53 Les microfinances Ouest Africaines avec la réglementation Parmec.

54 Sur les 50 milliards d'aide aux développements annuels on a moins de un milliard qui sont consacré à la microfinance source Planet finance.

«bienveillant » dont l'unique objectif serait la recherche du bien être collectif optimal. Néanmoins, ils suggèrent quelques moyens pour corriger ces problèmes. Ainsi, la mise en oeuvre de décision gouvernementale doit se faire à la base c'est-à-dire au niveau local. Par conséquent, toute décision visant à accélérer le développement des IMF doit être mise en oeuvre au niveau local.

Concernant la réglementation de la microfinance, elle fait référence à l'approche initiée par Georges Stigler [1971, p3-21]55, et est considéré comme l'application effective de la théorie du public choice aux industries réglementées. Cette analyse repose, contrairement à la vision courante des autorités de réglementation soucieuses de l'intérêt générale sur une analyse plutôt fondé entre l'offreur et le demandeur de réglementation mus par des intérêts personnels. Nous monterons cependant, toutes les actions entreprises en la matière par les autorités publiques pour concourir à une régulation du secteur en nous appuyant sur le cas de l'Afrique de l'ouest (UEMOA).

Section 2 analyse de l'action des pouvoir public en faveur des systèmes financiers décentralisés: cas de l'Afrique de l'ouest.

Nous ne pouvons ignorer le rôle de l'État dans le processus de décentralisation du système financiers entrepris depuis des décennies en Afrique. Donc il ne parait pas surprenant de se pencher sur le rôle de l'état dans le domaine de la microfinance. Dans cette région d'Afrique, la loi Parmec56 régis l'action des IMF et constitue une innovation majeure dont les forces et les faiblesses peuvent servir d'exemple dans le cadre une amélioration des législations dans d'autres régions d'Afrique en matière de réglementation du marché des IMF.

§1. La légalisation des SFD en Afrique de l'ouest : la loi Parmec

En Afrique de l'ouest les systèmes financiers décentralisés sont régis par la loi régionale Parmec.

55 Stigler G, [1971], «The Theory of Economic Regulation», Bell Journal of Economic and Management Science, n°2 , page 3-21.

56Programme d'appui à la réglementation des mutuelles d'épargne et de crédit.

· A/ les objectifs de la loi Parmec

Premier constat, les banques africaines sont inadaptées au contexte africain. On reproche à celles-ci la non prise en compte des valeurs locales surtout en matière d'épargne et de crédit. La prolifération des informalités est pleinement justifiée par les carences du système financier formel à jouer pleinement son rôle d'intermédiaire financier. Ainsi on assiste à une floraison d'associations d'épargne et de crédit sans statut précis dans quasiment tout les pays de la zone étudié. L'objectif de la loi Parmec est de structurer ces organisations afin de:

· Assurer la protection des déposants et la sécurité des opérations. Ce qui se traduit par des contrôles tant internes qu'externes: la présentation des rapports d'activité, des états comptables et financiers qui garantissent un bon fonctionnement des institutions. Le bon fonctionnement préserve les intérêts de la clientèle et renforce la crédibilité des institutions. Celle ci à un impact positif sur leur capacité à accroître la mobilisation de l'épargne.

· Renforcer l'autonomie financière des institutions en les intégrant au sein des réseaux grâce à la mise en place des institutions dites «faîtières ». A terme, les réseaux qui se dotent de leur propre organe financier ou caisse centrale devraient s'affranchir de leur dépendance vis-à-vis des banques et des établissements financiers

· Etendre le contrôle des autorités (monétaires) aux groupements d'épargne et de crédit qui font partie du secteur informel. Les contrôles contribuent à la sécurité des opérations qui vise à garantir la viabilité des institutions. En effet, les contrôles des institutions à travers l'instauration des règles prudentielles et des normes de bonne gestion permettent de prévenir et d'éviter la mauvaise gestion des fonds collectés et des crédits distribués.

Bien avant cette loi, le secteur de la micro-intermédiation financière dans l'UEMOA à longtemps évolué dans l'informel avant de connaître en 1993 cette législation spécifique dénommé loi Parmec ou encore loi sur les systèmes financement décentralisé. Ainsi, ils existaient une multitude d'institutions. D'une part on distinguait des institutions légales régies soit par la loi sur les coopératives et qui dépendaient du Ministère de l'agriculture et d'autre part des institutions régis

par la loi sur les associations et qui eux dépendaient du Ministère de l'intérieure. Toutefois, beaucoup d'institutions échappaient à toute réglementation puisqu'elles révélaient du secteur informel. Ainsi grâce à la loi Parmec, cette dernière catégorie à accéder à la légalité. On peut donc dire que la loi Parmec vise à développer, dans un cadre réglementaire incitatif, un système financier mutualise, privé et autonome, et concourt à une intégration du marché financier au

niveau de chaque pays grâce à la réintermédiation de l'épargne informelle.

La loi Parmec définit les institutions de base comme « des groupements de personnes dotés de personnalité morale, sans but lucratif et à capital variable, fondés sur les principes d'union, solidarité et d'entraide mutuelle et qui ont principalement pour objet de collecter l'épargne de leurs membres et de leur consentir des crédits » (art 2, cité par Lelart M.1996, p.58).Une formalisation de la loi est donnée par la figure suivante selon la nature des institutions :

Figure : Formalisation selon la nature de l'institution

Source extrait de Honlonkou et al. [2003].

De plus, toutes les institutions reconnues par la loi Parmec sont caractérisées par une relation de proximité. Toutefois, la proximité ne suffit pas à garantir toujours la sécurité des opérations. Par conséquent, cette loi a pour principaux objectifs : la protection des déposants, la sécurité des opérations, la recherche d'autonomie financière des SFD, l'intégration de la finance informelle dans le cadre légal et le développement du secteur.

B/ L'organisation en réseau

La loi permet aux institutions de base de se regrouper en union ceci à l'échelon régional, national ou même international. L'objet visé par la loi est de favoriser l'intégration financière régionale. Les institutions dites « faîtières » ont un rôle en matière:

-d'assistance technique, en gestion, comptabilité, finance, formation du personnel et à l'éducation des sociétaires.

-de promotion des institutions de base

Toutefois, une grande souplesse est laissée aux institutions dans l'organisation des réseaux. En effet, une caisse locale peut adhérer sans autorisation préalable à une fédération ou à une confédération. Cependant, cette souplesse n'exclut pas les contrôles et le respect de certaines règles prudentielles.

C/ Modalités de fonctionnement des institutions

Pour garantir la protection des déposants et la sécurité des opérations, un certain contrôle de

la gestion institution ont été institués ainsi que le respect de certaines règles prudentielles. ~ Le contrôle de la gestion

Les institutions subissent au total quatre niveaux de contrôle aussi bien au plan interne qu'externe. Il s'agit entre autre:

-le contrôle interne s'exerce statutairement par le conseil de surveillance. Le conseil est en charge de la régularité des opérations et du contrôle de gestion. Pour assurer sa mission, elle entreprend la vérification ou l'inspection des comptes, des livres et opérations des institutions en faisant appel à une expertise externe. Par ailleurs, il faut souligner qu'au niveau de l'institution elle-même, caisse locale ou institution faîtière, il y a un auto- contrôle. De manière générale, il est du ressort du conseil d'administration qui veille à la bonne gestion des institutions.

-le contrôle externe des institutions est organisé de deux manières. Soit il peut être exercé par les institutions faîtières, qui se charge d'évaluer «les politiques et pratiques financières, la fiabilité de la comptabilité, l'efficacité du contrôle interne, les politiques et les pratiques coopératives » [Lelart M., p.64]. Ou encore, les ministres des finances, la Banque Centrale et la commission bancaire sont aussi en charge d'assurer le contrôle des institutions de crédit.


· Les règles prudentielles

Les règles prudentielles sont fixées par la loi. Elles sont de trois types:

- les règles relatives à la politique du crédit des institutions de microfinance. Elles sont définies par l'Assemblée Générale. Cette instance bénéficie d'une autonomie en matière de promotion de nouveau type de crédit, de leur durée, des garanties exigées, des taux d'intérêt ceci dans le respect des plafonds fixés par la loi sur l'usure.

-Les règles de limitation des risques. Elles concernent le total des risqués supportés par l'institution. Ces institutions ne doivent pas dépasser le double des dépôts de l'ensemble de leur adhérent. Cette disposition à pour but de limiter les emprunts que l'institution pourrait contracter. Un autre aspect que traitent ces règles concerne le risque qu'une institution peut courir sur un seul débiteur. Elles interdisent à une institution d'accorder à un seul membre plus de 10% de l'ensemble des dépôts qu'elle a reçus. Enfin, ces règles traitent des risques qu'une institution de base puisse prendre sur ses dirigeants c'est-à-dire les membres des conseils d'administration, de surveillance ou sur les gérants. Pour les crédits aux membres dirigeant de l'institution, ils doivent être autorisés par le conseil d'administration et ne peuvent dépasser 20% de ses dépôts. Toutefois, ces règles traitent de dispositions relatives au bilan et exigent que les ressources stables soient toujours supérieures au montant des emplois à moyen et long terme. La loi recommande aussi que la valeur disponible, réalisable et mobilisable à moyen terme soit en permanence au moins égal à 80% du passif exigible et des engagements à moyen terme. Cela consiste à considérer que les emplois excèdent les ressources a moyen terme. Cette disposition nous semble excessive.

Les probables prolongements des activités des institutions de microfinance sont réglementés. Les IMF ont la possibilité de créer des sociétés de services pour répondre aux besoins de leurs clientèles. Cependant, ces engagements ne doivent pas excéder les 5% des risques de l'institution sauf autorisation ministérielle. Pour l'affectation des résultats, 15% des excédents nets avant les ristournes doivent être affectés à la consolidation des réserves. Les ristournes ou dividendes sont fixées par chaque institution.

§2 : Les limites de la loi Parmec

Nous révélons deux principales limites à la loi Parmec. Contrairement au but affiché, un nombre important d'institutions financières informelles n'est pas devenu légal. La loi n'a eu que pour intérêt de régulariser des projets d'épargne et crédit soutenus par les bailleurs de fonds étranger et qui avaient des statuts différenciés. La plupart de ces projets n'avaient pas de cadre légal ou étaient sous la tutelle des ministères de l'agriculture ou de l'intérieur. Cette situation ne garantissait pas une exploitation pérenne et le respect de certains nombres de règles de bonne gestion. Les institutions qui prolifèrent et dont la légitimité est incontestable, sont toujours exclues du champ de la loi dans les pays de l'union [cf. Lelart M., 2000].

Les directives en matières de taux d'intérêt débiteurs et créditeurs, ainsi que la limitation de ceux- ci par la loi supprime la liberté de fixation du loyer de l'argent censé traduire les variations de l'offre et la demande, et les coûts réellement supportés par les institutions. Cette limitation des taux débiteurs indexée à la loi sur l'usure est préjudiciable à l'équilibre financier des SFD. En effet, même si certaines institutions parviennent à l'équilibre du compte d'exploitation de manière autonome, l'objectif n'est toujours pas atteint dans la plupart des institutions de l'UEMOA. Cette situation accentue la dépendance des SFD de l'union vis-à-vis des subventions. En effet, la proscription des taux débiteurs supérieurs au taux d'usure fixé à deux fois le taux de l'escompte soit 12,5% en 1998 contre 17% en 1995 a sa part de responsabilité dans cette dépendance. En effet, distribuer des crédits avec des taux débiteurs si faibles pose des problèmes de viabilités financières [cf. Ouedrago A., p79]. Donc, il nous parait légitime de nous interroger si la politique de taux d'intérêt bas ne menace pas la viabilité des SFD régis par la loi Parmec.

Section 3: les relations à promouvoir entre l'Etat, les Banques et les institutions de microfinance

L'institutionnalisation est importante pour promouvoir les activités des SFD. Comme nous l'avons déjà souligné, cette nécessité découle du renforcement des relations de partenariat entre ces institutions dans leurs relations d'affaires avec tous les partenaires. En effet, les relations de partenariat à promouvoir vont du renforcement des liens entre ces institutions et les banques dans un but d'améliorer leur efficacité respective et de nécessité de mise en place de fonds de garantie aux microcrédits.

§1: Institutionnalisation des liens de Partenariat des SFD

Une modalité d'intervention de l'État peut consister à créer une institution qui servant d'interface entre les banques classiques et les SFD. Cette institution sera en charge de la vérification et du respect des règles prudentielles, ainsi que du respect des procédures. Elle sera aussi en charge de veiller à ce que les groupes de crédits ne soient pas fictifs pour favoriser leurs relations de partenariat avec les banques. Dans le cas de l'union, elle institution s'identifie à la commission de la réglementation sur les SFD. Cette institution aura aussi pour mission assurer la formation des animateurs des SFD, groupes de crédit et des cadres des banques classiques pour améliorer leur professionnalisme notamment dans le domaine de la prise de risque, la sélection des groupes de crédit et le montage de petits projets. Toutefois, les liens institutionnels peuvent se faire directement entre les banques et les institutions décentralisés de microcrédit ou même indirectement [cf. Prescott, 1997 ; Lapenu C, 1999].


· Les relations banques et micro emprunteurs

L'état peut contribuer au lien direct entre les banques et les micro-emprunteurs individuels ou à des groupes types tontiniers. Le rôle de l'État pour amener les banques à aller dans ce sens, pourra par exemple, être l'octroi de subvention aux banques pour la formation et le conseil des micro-entrepreneurs ou encore conditionner les subventions à la détention d'un certain pourcentage de microcrédits dans le portefeuille des institutions bancaires classiques.


· Les liaisons indirectes entre les banques et les SFD

Les SFD peuvent servir de relais entre les banques et les emprunteurs pour faciliter l'accès au plus grand nombre de personnes au crédit. En effet, les institutions de microfinance peuvent pleinement jouer le rôle de détaillant du crédit bancaire ceci dans une répartition des rôles entre les deux institutions. Dans cette configuration, la banque commerciale assure la fonction de grossiste et le système financier décentralisé celui de détaillant aux emprunteurs ultimes. Ce mécanisme à pour avantage accroître la part de marché des banques mais surtout d'augmenter l'offre de fonds prêtables. Cette articulation entre les banques et les systèmes financiers décentralisés ou groupes d'entraide devient ainsi avantageuse pour les deux institutions en partenariat. En effet, en assurant le financement ou le refinancement des SFD, les banques accèdent indirectement à une nouvelle clientèle, mais aussi pour les SFD d'assurer leurs viabilités et pérennités grâce à cette articulation. (Voir le chapitre 2)

Ce type de relation à pour avantage pour les banques de réduire leurs coûts de transactions, ainsi que les risquent de crédit improductif et surtout d'améliorer leur profitabilité. Les études montre que lorsque les banques recourent au partenariat avec les organismes de proximité type ONG ou groupe d'auto assistance, que les coûts de transactions ont été moins élevés par rapport à la situation où elles ont prêté directement aux populations pauvres notamment en milieu rural [cf. Puhazhendhi, citée par Mc Guire B et Conroy J.D., 1997]. De plus, cette étude montre l'efficacité des banques en matière de recouvrement lorsqu'elles font intervenir les organismes de proximité dans leur liaison avec le monde rural.

Dans le cas de l'UEMOA, comme nous l'avons précédemment rappelé, le portefeuille de prêt des SFD fait ressortir une part importante de prêt à court terme (inférieur ou égal à un an) estimé à 75% contre 25% de prêt à moyen terme (supérieur à un an et inférieur ou égal à trois ans) qui peut être corrigé par des ressources longues en provenance des banques commerciales. Donc il nous semble nécessaire de créer un cadre de concertation entre ces deux institutions afin qu'elles apprennent à mieux se connaître et à agir de manière complémentaire.

§2 : La promotion de d'autres instruments de développement : les fonds de garanties

La mise en place de fonds de garanties aux microcrédits en appui à l'articulation nous semble nécessaire. Bien que cela puisse paraître paradoxal de recommander ce dispositif compte tenu des échecs passés, toutefois ce mécanisme ne nous semble pas défectueux en lui-même. En effet, ce mécanisme fournir un excellent effet de levier pour réduire le rationnement du crédit aux

microentreprises. De plus, Servet [2005] montre que ce mécanisme peut servir de substitue à l'aide direct au développement57. Pour illustrer son propos, il donne l'exemple du fonds international de garantie (FIG) qui une expérience très originale en ce domaine qui permet de rompre avec la logique de l'apport extérieur de fonds ainsi de valoriser et de dynamiser les ressources locales en s'appuyant sur des partenariats à différents niveaux. De plus, il souligne que la défaillance de ce type de fonds avait conduit à négliger les potentialités que les fonds de garantie offrent pour le financement des petites entreprises et refinancement des organisations locales de microcrédit et d'épargne et de crédit. En effet, ces fonds de garantie peuvent être individuels, dans ce cas, chaque crédit fait l'objet d'une garantie particulière. Néanmoins, le scepticisme à l'égard des fonds de garantie peut être justifié par la mauvaise gestion de celles-ci par le passé. Ces fonds étaient pour la plupart alimenté par des fonds publics, qui dépendaient des budgets des états ou d'appui extérieur, principalement pour les prêts à l'agriculture et n'ont pas fonctionné correctement dû au manque de contrôle et de surveillance des projets financés. Cependant, nous estimons que les fonds doivent être le fruit de la collaboration entre emprunteurs et les institutions financières. Ceci dans la mesure où les fonds cofinancés par les emprunteurs pour réduire le crédit improductif dans le portefeuille des institutions peuvent être un gage de réussite de ce mécanisme. Toutefois, ce dispositif n'est pas une panacée et d'autres mécanismes tels que le crédit bail par exemple peuvent être promus. Ce mécanisme particulier donne la possibilité d'utiliser des biens d'équipements sans les acheter. Il s'agit d'une mise en location, l'organisme de crédit garde la propriété de l'équipement mis à disposition de l'entreprise ou du particulier. Néanmoins, en cas de défaillance de l'utilisateur, le bailleur pourra récupérer son bien. Par ailleurs, un autre avantage de ce dispositif est la possibilité d'avoir accès aux équipements sans nécessairement fournir d'apport préalable en argent. Et enfin, promouvoir la création d'agence de ratings spécialisés dans l'évaluation en microfinance qui pourraient apporter une évaluation professionnelle et objective des IMF. D'autre part, ces dispositions pourront être mises en oeuvre avec l'aide l'état si ces capacités budgétaires le lui permettent pour contribuer à l'essor du microfinancement provenant des IMF.

57 Cf. Servet, J-M. [2005, p253], «Banquiers aux pieds nus », Odile Jacob, Paris, 2005

Enfin, on retiendra comme nous l'avons souligné précédemment que, bien que la société civile fut à l'origine de l'émergence de la de la microfinance, à travers les groupes de militants de filiations diverse, ce qui est valable quel que soient le pays. Il n'en reste pas moins que l'intervention des autorités publiques est irréfutable dans le développement des initiatives, dans leurs formes et dans leur ampleur. En effet, cette intervention publique se joue à différents niveaux (créateur, organismes de microfinance, établissements bancaires, particuliers, épargnants) et prends diverses formes (soutien budgétaire, incitation, réglementation, coordination). Il nous semble difficile de notre point vue d'affirmer que telle modalité d'intervention est supérieure a une autre non seulement leurs objectifs sont différents mais les résultats dépendent étroitement de la manière dont elles sont mises en oeuvre. En revanche, il est possible, pour chacune d'elles de mettre l'accent sur les conditions de leur efficacité. L'institutionnalisation est très importante pour les activités alternatives d'épargne et de crédit. Une typologie des différentes modalités d'intervention de l'État dans le domaine de la microfinance nous est donnée par le graphique suivant :


· Les différentes modalités de l'intervention de l'État

Source auteur

§3 : Synthèse et recommandations de politique économique

A/ Quelques recommandations aux IMF

Les procédures d'accès au crédit doivent être simplifiées, mais les règles de fonctionnements rigoureux. Concernant les remboursements, ils doivent toujours être exigés, jamais abandonnés en en raison de la perte de crédibilité que supporterait l'institution. De plus, l'accès au crédit doit être réservé aux seuls membres actifs. Cette condition est indispensable pour maintenir la confiance entre les membres de l'institution. En effet, les institutions doivent axées leur stratégie sur la clientèle et être performants en matière de gestion des coûts et des risques. L'adoption d'une stratégie orientée vers le client doit se traduit par de nouveaux services et produits financiers pour répondre à l'ensemble des besoins de la clientèle. Ces nouveaux services doivent se forcer de combiner d'un coté des incitations et des occasions pour les clients d'améliorer leur situation. Cette démarche axée sur la clientèle et fondée sur le service, exige de la part des IMF d'être en mesure d'identifier des groupes cibles de clients potentiels. Pour parvenir à cet objectif, une intense action de formation doit animer les organismes pour disposer de cadres compétents et pour encourager la prise de responsabilité des membres élus pour diriger les institutions. La participation des intéressés doit être la plus large possible et porter sur toute l'organisation du système: orientation et suivi des décisions, gestion financière, établissement des protocoles de crédit et d'épargne. Plus que les mécanismes financiers eux même, le fonctionnement institutionnel doit relever dès acteurs locaux qui doivent pouvoir l'adapter au sein d'institutions nouvelles qui répondent à leur mode d'organisation sociale propre. Toutefois, la viabilité doit être privilégiée en raison de la nécessité d'avoir des institutions stables, disposant de projets viable au-delà du court terme. Cette viabilité implique l'obligation pour les institutions de couvrir leurs dépenses plus un excédent au moins égal au coût d'opportunité du capital. Nonobstant les subventions, on pourra considérer cette viabilité atteinte lorsque le revenu de l'actif net, hors subventions, est égal ou supérieur au coût d'opportunité des fonds [cf. Yaron, 1994].

De notre point vue, les conditions pour diminuer la dépendance à l'égard des subventions et atteindre l'autonomie financière sont tout simplement la couverture des coûts y compris les coûts d'inflation à l'aide des taux débiteurs et des commissions, de manière à ce que le capital soit maintenu en termes réels, recouvrant les somme dues par les emprunteurs. Il s'agira entre autre, de proposer des taux attrayants de rémunération des dépôts afin de disposer d'une réserve de fonds prêtables suffisante, ainsi que le contrôle des coûts indispensable à l'efficacité des IMF.

Par ailleurs, l'IMF devra identifier et gérer les risques dans tous les types d'opérations qu'elle effectue (prêt, financement et gestion).Toutefois, comme nous l'avons déjà mentionner précédemment, la viabilité peut être posé comme un problème de gouvernance, par conséquent, elle nécessite des stratégies et des structures organisationnelles de long terme. Cependant, nous devons souligner qu'il s'agit d'un investissement important pour s'inscrire dans le long terme. Néanmoins, ce changement structurel lorsqu'il est mis en place de façon volontaire et grâce à l'innovation, est à la fois une source de profit, tant pour l'institution que pour les clients. Toutes tentatives de forcés les IMF à effectuer des opérations qu'ils n'auraient pas faites en tant normal se traduisent généralement par des échecs.

Un dernier point que nous souhaitons abordés en termes de recommandations aux IMF est la nécessité d'une commercialisation de la microfinance. Toutefois, bien que certaine ONG soient frileuse à une approche commerciale de la microfinance, le fait de pousser à cela répond à l'idée suivante: par commerce on peut comprendre compétitivité, allocation optimale des ressources, réduction des coûts, l'efficacité et les bénéfices. Bien que aucun consensus n'ait encore pu émergé sur cette notion, l'approche commerciale de la microfinance, le plus souvent prônée par les pouvoirs publics ou la coopération internationale peut répondre à des intentions intéressantes à savoir:

-de permettre la croissance du secteur (en desservant le plus de personnes exclues du système financier classique perçu comme un outil de lutte contre la pauvreté).

-corollairement, cela assurera une démocratisation de l'accès au financement.

-l'accent est aussi mis sur le fait une micro finance commerciale entraînera à terme une diminution de la dépendance à la coopération internationale.

-elle est aussi vue comme porteuse d'innovation (développement de nouveaux produits et services)

-et enfin permet que la question de la propriété des institutions soit clairement définie, avec une amélioration des mécanismes de gouvernance et de contrôle.

En somme, voici quelques pistes de réflexions qui méritent d'être approfondir par les IMF pour atteindre leur autonomie financière dans une dynamique de développement institutionnel.

B/ Recommandations de politique économique

Au total, il parait important de souligner que l'approfondissement financier des économies des PED peut contribuer au développement réel. Cependant, les conditions d'un succès résident dans la mise en oeuvre de politiques financières moins contraignantes et mieux adaptées aux spécificités des pays en développement. Par conséquent, cette misent en oeuvre ne doit pas se faire nonobstant une amélioration des conditions initiales constituées par l'environnement économique existant. Donc, il faudra tenir compte des éléments permettent une amélioration de cette environnement qui lui-même doit être caractérisé par la stabilité des prix et par un faible niveau de déficit public. Un accent doit être mis sur les réglementations prudentielles et une amélioration du cadre institutionnel et juridique définis par l'État ainsi que leur adoption.

La solution réside aussi dans le développement de certains programmes de microfinance, en l'occurrence, ceux qui permettent aux entrepreneurs d'obtenir des prêts. Vu qu'en dehors de l'état, les entrepreneurs sont les principaux acteurs du développement et doivent pouvoir accroître et financer leurs investissements.

Toutefois, la priorité du développement financier des PED doit être de réhabiliter le secteur bancaire de façon à ce que les activités les plus productives puissent être financées efficacement. En effet, nous estimons qu'une possibilité d'approfondissement de la relation entre les banques et les programmes de microfinancement vont contribuer à améliorer le développement financier et de manière indirect le développement tout court. Par conséquent, l'état se doit de créer les conditions favorables au développement aussi bien des micro-entrepreneurs que des «grands » entrepreneurs. Ce qui doit se traduit par l'instauration d'un climat de confiance qui permet de réduit la probabilité d'échec des projets. Donc, le renforcement de l'état et de son économie passe par mise place un cadre institutionnel efficient traduit par l'amélioration des cadres juridiques existant ainsi que des infrastructures économiques. Cependant ne pas tenir compte d'un investissement en capital humain, serait une erreur. Car une modification des comportements s'impose.

Rappelons aussi que les implications politiques dans notre analyse sont évidentes. Dans la mesure où nous savons que l'effet bénéfique du développement financier dû en partie au développement de la microfinance dans les PED est amoindri par l'instabilité financière qui l'accompagne généralement. Les politiques économiques se doivent de prendre en compte les risques d'instabilité financière. Une croissance excessive de masse monétaire induit l'inflation. Par conséquent une politique visant à accroître l'intermédiation financière doit s'accompagner d'une politique de stabilité macroéconomique, d'une régulation et une supervision du système bancaire.

S'il est utile de promouvoir la microfinance, spécialement impliqué dans des prêts aux pauvres, il est aussi crucial de favoriser et de contrôler le développement de l'ensemble de l'intermédiation financière.

Conclusion générale

En guise de conclusion, comme nous l'avons souligné, la microfinance peut contribuer au développement économique. Cependant, cette contribution pour être optimale nécessite un minimum de cadre favorisant son développement. En effet, l'activité de microcrédit comme tout crédit nécessite un minimum de confiance et de règle indispensable cette confiance entre les différents acteurs.

La microfinance peut être la solution au sous développement des PED. Notamment pour subvenir aux besoins des exclus du système financier. Il convient, cependant d'être prudent, la microfinance doit faire face à de nombreux obstacles pour définitivement briser le cercle vicieux de la pauvreté par un processus de prêts endogène aux pauvres. Ainsi, de permettre aux acteurs locaux d'être les moteurs de leur développement puisqu'il ressort de notre étude que le développement ne ressort pas uniquement des décisions globales mais s'encastre aussi dans les stratégies individuelles et les solidarités familiales et sociales. En effet, les théories du développement ont été pendant longtemps orientée exclusivement vers les effets macro économiques des politiques économiques appuyées par la théorie du développement qui se sont montrées pour la plupart inefficace à résoudre les problèmes concrets de développement. En outre, la microfinance grâce à ces succès empiriques a eu depuis le sommet mondiale du microcrédit la légitimation en tant outil de développement et lui confère une dimension internationalement reconnue.

Par conséquent, toute politique nationale visant à accroître où promouvoir ce secteur dans un souci de renforcement financier doit être une démarche concertée avec l'ensemble des acteurs. En effet, cette stratégie nationale doit également répondre également aux attentes des principaux acteurs que sont les IMF, leur association et leur clientèle, les banques commerciales, les bailleurs de fonds, ONG et autres structures d'appui. Tout ceci dans un cadre où les droits de propriété sont clairement définis et dans un climat de concorde civile.

Par ailleurs, les différents systèmes de financement du développement que leur vocation soit
locale ou nationale ne se concurrencent pas, mais se complète. C'est donc vers l'articulation

des différents dispositifs qu'il faut progresser, plus que la recherche d'une uniformisation qui serait préjudiciable au développement local.

Annexes Annexe1:

Modélisation du comportement de la banque en situation d'asymétrie informationnelle

Graphique 1 : Espérance de profit de la banque en fonction du taux d'intérêt, Stiglitz et Weiss.

Source :inspiré du modèle de Stiglitz et Weiss

Cette relation entre le taux d'intérêt et le profit espéré de la banque s'explique par la différence entre les objectifs de la banque et de l'emprunteur. La banque souhaite que l'emprunteur respecte sa promesse de remboursement, alors que celui-ci cherche à maximiser le rendement de son projet.

Soit B, le montant emprunté, et r le taux d'intérêt. L'emprunteur ne rembourse pas la banque si R, le revenu dégagé par le projet plus C (les collatéraux), sont insuffisants, c'est à dire si C+R < B (1+r).

Le profit de l'emprunteur est:

Ð(R, r*) = Max (R-(1 +r*) B; -C). En cas d'échec, sa perte se limite aux collatéraux. En cas de réussite, son profit n'est pas limité.

Pour un taux d'intérêt donné, le profit de l'entreprise augmente avec le risque.

Il existe donc une valeur critique de è* (plus è est élevé, plus le risque est grand) telle que l'entreprise emprunte à la banque si et seulement si è>è*. La valeur de è* pour laquelle l'entreprise ne dégage pas de profit est telle que : Ð(R, r) = Max (R-(1+r) B ; -C).

Lorsque le taux d'intérêt s'accroît, la valeur critique de è en dessous de laquelle les emprunteurs ne demandent pas de crédit augmente.

Le profit de la banque est Ð(R, r*)=min(R+C ; B (1+r*)), il est égal à la promesse de
remboursement de l'emprunteur. La perte est limitée par le montant prêté (moins les
collatéraux). Contrairement à l'emprunteur, pour la banque, le rendement espéré d'un crédit est

une fonction décroissante du risque.

Graphique 2: Profit de la banque en fonction du revenu dégagé par le projet, Stiglitz et Weiss

Source : inspiré du modèle de Stiglitz et Weiss

La banque cherche à identifier les emprunteurs qui ne respecteront pas leur promesse de remboursement. Elle met en place un mécanisme de filtrage basé sur le taux d'intérêt: dans un contexte d'asymétrie d'informations, plus une entreprise est disposée à payer un taux d'intérêt élevé, plus sa probabilité de défaut est grande.

Annexe 2: Une schématisation de l'aide au développement et théories du développement dans l'histoire

Approche quantitative Ère du volume

Les grandes tendances de l'aide

1950 1960 1964

?

Théorie du big push(impulsion massive) :seul un apport massif de capital peut engendrer le décollage.Théori ciens :rostow,Ro sensteinRodan,Nurske.

Stratégies d'industrialisation par substitution aux importations. Théoricien : Prebisch

Financeme nt des infrastructu res

Spécialisation dans la production de matières pour l'exportation, Théoriciens : Viner, Haberler

Les théories du développement

Financement

des industries industrialisantes

Critiques des isi, adoption par les futurs NPI de stratégies d'industrialisation fondée sur l'exportation (iae).

? ? ? ?

1970 1980 1990

Former les hommes dévient la priorité : il faut lutter contre la pauvreté, et particulièrement rurale.

Théoriciens: Lewis, Crosswel, Adelman.

Priorité à l'éducation et à la santé

1974 1982 1985 1992

ère des besoins fondamentaux

approche qualitative

Stratégie de croissance économique fondée sur l'agriculture comme moteur de croissance. Théoriciens : Mellor, Adelman, Clark

Crise la baule

Montée de l'aide

Réforme des politiques économiques, libéralisme, ouverture. Confiance dans le marché. Les capitaux privés prennent peu à peu le relais de l'aide publique.

Remise

en question

De l'aide

Source : inspiré de courrier de la planète

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Table des matières

Listes des sigles et acronymes employés 4

INTRODUCTION GENERALE 7

Chapitre 1 : REVUE DE LITTERATURE SUR LA MICROFINANCE ET LE

DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE 12

Définition et concept 12

Le Microcrédit et la Microfinance 12

Le développement économique 13

Section 1 : Les arguments théoriques et pratiques favorables à l'impact de la micro intermédiation sur le développement économique. 15

§1-un tour horizon théorique 15

A/Aux origines des théories du développement 15

B/Les approches « récentes » du développement économique 16

1- L'approche néolibérale : libéralisation financière et non intervention de l'état

16

2-L'approche d'inspiration néoclassique 17

§2. Fondements analytique du rationnement du crédit : La microfinance une

réponse aux rationnements du crédit 18
A/Libération financière versus répression financière et l'exclusion du marché du

crédit 19
B/Le courant de pensée néo structuralistes et l'importance des marchés financiers

informels 22

C/Le modèle de Stiglitz et Weiss et le rationnement du crédit 26

§3. Approfondissement financier dans les PED et l'apport des institutions de

microfinance : fondements théoriques 30

A/La libéralisation financière et les PED 32

B/La libéralisation financière et secteur informel 33

C/Structure financière et développement 33

D/Microfinance et développement financier 34

Section 2 : De la théorie à la pratique 37

§1. Les raisons du succès de la microfinance 38

A / Un système de fonctionnement adapté aux réalités locales 38

B/ Les méthodes des institutions de microfinance 39

1-Le ciblage de la clientèle 39

1 -2. Les populations ciblées « aujourd'hui » par les institutions de microfinance 39

1.2. Zone urbaine/Zone rurale 41

2. Innovation financière du prêt de groupe 41

2-1. Dynamique du contrat de crédit de groupe 42

2.2. Responsabilité conjointe 43

2.3. Les incitations dynamiques 44

2.4. Calendriers de remboursement 44

2 .5. Les garanties auxiliaires 45

3. Limites de la responsabilité conjointe 46

3.1. Le problème du défaut stratégique 46

3.2. Enforcement ou mise en oeuvre des règles 47

3.3. Problème du lien social 48

§2le poids du financement informel 50

A/évolution du financement du développement 51

B/La microfinance : un palliatif au sous développement financier. 51

1- Situations en Afrique subsaharienne 52

2- La microfinance et la promotion de l'activité entrepreneuriale 52

Section 3 : analyses critiques microfinance et développement économique 54

Section 4 : Revue de littérature des études empiriques sur la microfinance et le

développement 59

Conclusion du chapitre 1 70

Chapitre 2: L'INTEGRATION DE LA MICROFINANCE DANS LES SYSTEMES

FINANCIERS 71

Section1 Les IMF partie intégrante de la finance globale des PED 71

§1. Les raisons qui justifient cette intégration dans le système financier globale 72

§2. Un besoin de financement croissant des IMF 74

A/ Outils de financement des IMF 76

B/ Financement par endettement : 76

C/ L'accès aux marchés de capitaux par l'émission de titres 77

D/ Participation au capital 77

E/ Fonds éthiques et fonds de partage 77

F/ Fonds d'investissement 78

G/ Titrisation 78

Section 2.Difficultés et risques posé par cette intégration 78

§ Préliminaire : création d'un intermédiaire formel 78

§1Transformation institutionnelle des ONG de microfinance 79

§2 Coûts de transformation et risques de gouvernance 81

§3 Gouvernance et propriété 81

A/notion de gouvernance 81

B/Problèmes de gouvernances liées à la transformation de l'ONG 83

Section 3 l'articulation banque et institution de microfinance: l'exemple de l'UEMOA

84

§1 .Banques et IMF : vers un système mixte dans l'UEMOA 85

§2. L'étude des systèmes financiers décentralisés de la zone UEMOA 86

A/ Les formes institutionnelles des SFD dans la zone UEMOA 86

B/Quelques données sur le développement des SFD dans les pays de l'UEMOA

87

1. Indicateurs d'accès et d'intermédiation financière 87

2. Indicateurs de performance financière 93

C/ dysfonctionnements constatés dans le secteur 96

1. Du coté des autorités de tutelle 96

2. Au niveau des SFD 96

CONCLUSION DU CHAPITRE 2 97

Chapitre 3: EVALUATION EMPIRIQUE DES IMF DANS UNE STRATEGIE DE

DEVELOPPEMENT 98

Section 1 la performance des IMF : une efficacité sujette à question 98

§1 l'efficacité de la microfinance 98

A/ Indicateurs d'efficacité de la microfinance 98

B/ Quelques résultats empiriques sur la performance des IMF 100

C/ L'impact du microcrédit sur le développement 101

§2 : Les contraintes de la microfinance 104

Section 2 : Propositions destinées à améliorer l'efficacité de la microfinance 107

CONCLUSION DU CHAPITRE 3 109

Chapitre 4: PERSPECTIVES: L'ÉTAT ET LES INSTITUTIONS DE MICROFINANCE 110

Section 1. Les bases analytiques de l'intervention de l'État 110

§1 La nouvelle économie institutionnelle et le rôle le l'État dans le processus de

développement 111

§2.La théorie du « public choice » et le rôle de l'État 113

Section 2 analyse de l'action des pouvoir public en faveur des systèmes financiers décentralisés : cas de l'Afrique de l'ouest. 114

§1. La légalisation des SFD en Afrique de l'ouest : la loi Parmec 114

A/ les objectifs de la loi Parmec 115

B/ L'organisation en réseau 117

C/ Modalités de fonctionnement des institutions 117

§2 : Les limites de la loi Parmec 119

Section 3 : les relations à promouvoir entre l'Etat, les Banques et les institutions de microfinance 120

§1: Institutionnalisation des liens de Partenariat des SFD 120

§2 : la promotion de d'autres instruments de développement : les fonds de garanties

121

§3: Synthèse et recommandations de politique économique 125

A/ Quelques recommandations aux IMF 125

B/ Recommandations de politique économique 127

Conclusion générale 128

Annexes 129

Bibliographie 132











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9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.