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l'Afrique face aux enjeux stratégiques d'aujourd'hui

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par Annassan et Sényon AMEGANVI
Ecole Supérieure Internationale d'Enseignements Technique - Master2 en Développement Local 2007
  

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L'AFRIQUE PEUT-ELLE REDEVENIR UN ENJEU STRATEGIQUE DANS LE MONDE D'AUJOURD'HUI ?

Annassan et Senyon Améganvi

L'AFRIQUE PEUT-ELLE REDEVENIR UN ENJEU STRATEGIQUE
DANS LE MONDE D'AUJOURD'HUI ?

Résumé de l'article

Un vaste territoire de plus de plus de 30 millions de Km2 est au désespoir.

Désespoir, non pas du fait des crises politiques dont il est le théâtre, ni

même en raison des images de désolation qu'on offre de lui. Mais un

désespoir lié à sa présence-absence dans les discussions internationales en

tant qu'acteurs de décisions. Une pareille situation trouve ses fondements à

la fois dans les actions passées et présentes, voire même futures des acteurs

en présence. Elle s'explique également par la définition des ressortissants de ce territoire d'une vision de développement. L'Afrique, ce continent de contradiction, a été un enjeu stratégique pour le monde. Et elle a aujourd'hui le choix de son destin. Ce ne sont pas les réflexions qui manquent au rendez-vous. Mais en toute fin dernière, l'action dans la cohérence, dans la pertinence des besoins intégrés des dirigeants et des populations. L'interrogation ultime, celle de savoir si l'Afrique peut-redevenir un enjeu stratégique dans le monde d'aujourd'hui vise non seulement à interpeller sur la réalité mais formule un plaidoyer pour une « autre Afrique »

Mots-clés : Afrique, enjeu, vision, présence-absence. Summary

A vast territory of more than the most 30 million km2 is with despair. Despair, not because of the political crises of which it is the theatre, nor even because of the images of desolation which one offers of him. But despair related to its presence-absence in the international discussions as actors of decisions. A similar situation finds its bases at the same time in the actions last and present, and even future of the involved actors. She is also explained by the definition of the nationals of this territory of a vision of development. Africa, this continent of contradiction, was an strategic issue for the world. And it has today the choice of its destiny. In fact the reflexion miss with go. But in all fine last, the action in coherence, the relevance of the needs integrated for the leaders and the populations. The ultimate interrogation, that to know if Africa can-to become again an strategic issue in the world of today not only aims at challenging on reality but Formula One a plea for «other Africa»

Key words: Africa, stake, vision, presence-absence.

1ère partie : L'AFRIQUE ENJEU STRATEGIQUE POUR LE MONDE

Introduction

Pour nombre d'auteurs, la question essentielle du choix de modèle de développement traduit non pas une crise d'identité culturelle mais, est le révélateur de la dynamique des cultures, qui se construisent sur fond de rencontres et d'échanges avec d'autres cultures. J. Ki-Zerbo en dira que : « le développement est un phénomène total qu'il faut embrasser dans sa totalité aussi. Et dans cette totalité, les facteurs culture et éducation sont primordiaux. » Et l'histoire des peuples est faite, dans ce cas, d'épopées qui montrent des acteurs soucieux de relever des défis. Pour atteindre leurs objectifs respectifs, pour relever les défis qui se dressent devant eux, ils font un inventaire des potentialités qui sont les leurs. Ensuite, ils inspectent les contrées proches ou lointaines pour en déceler les richesses exploitables.

L'Afrique a été l'un de ces territoires, inspectés et exploités par les européens, les asiatiques, les américains afin de réaliser les défis qui s'imposaient à eux.

Mais depuis l'avènement des indépendances, (dont l'Afrique a constitué le dernier bastion libéré par rapport à l'Asie et à l'Amérique latine) les pays africains prennent une part active aux relations internationales. Une manière de s'inscrire dans le jeu des relations géopolitiques de définition des défis à relever et d'aller, comme les autres Etats, à la conquête des objets et situations favorables à permettre la réalisation des objectifs fondamentaux de développement (Ph. HUGON, 2007).

Quelles sont les chances des Etats africains d'atteindre leurs idéaux ? En d'autres termes, il revient de savoir si l'Afrique peut redevenir un enjeu stratégique dans le monde aujourd'hui ? Il est difficile de se prononcer sur une telle question sans un minimum de retenu. Comprendre ce que recèle chacun des termes utilisés permettra sûrement une meilleure compréhension et une réponse sans ambiguïté.

En attendant que le développement s'appesantisse sur les caractéristiques passées, présentes et futures de l'Afrique, sur les points technologiques, ressources minières, populations, visage politiques, cette introduction s'essayera à poser les bases de la compréhension partagée autour des concepts d'enjeu stratégique et de monde d'aujourd'hui.

La première évidence dans la clarification conceptuelle est que le concept d'enjeu est très
souvent utilisé et son sens traduit l'objet ou la situation que l'on peut gagner ou perdre dans
une compétition, une entreprise (Le Robert, 1977). L'enjeu est la situation ou l'objet que les

acteurs en compétition tentent d'appréhender, de s'approprier, pour satisfaire les besoins qui sont les leurs. Il ne peut y avoir d'enjeu, sans un objet ou une situation pouvant déboucher sur l'élaboration de stratégies de compétition, d'usurpation, de domination. L'enjeu traduit parfois la relation qui s'établit entre les acteurs en compétition autour de l'objet ou de la situation spécifique. Cette situation/objet peut être une ressource minérale, une situation politique. En d'autres termes, l'enjeu est la relation qui suscite l'intérêt. L'aspect stratégique de l'enjeu découle de l'amplitude des besoins à satisfaire par la compétition. Quand ces besoins sont vitaux pour les acteurs en jeu, alors l'enjeu devient stratégique. Il faut convenir aussi que enjeu implique indubitablement les défis. L'enjeu permet de relever des défis, ce qui fait que dans la littérature, ces deux termes soient toujours utilisés simultanément.

Et le contexte actuel de développement regorge de situations ou d'objets mettant en jeu des acteurs des plus divers. Le monde est en plein processus alchimique où les liaisons névralgiques, des plus impensables, s'établissent autour des situations ou objets vitaux pour la sauvegarde de la paix et le maintient de la stabilité des Etats.

Le monde d'aujourd'hui est bien difficile à déterminer. Difficulté qui ne saurait résister au recours à quelques auteurs que sont : F-C. MOUGEL, A. GAZANO, ZIEGLER J., TRAORE A. D., STIGLITZ J. E., MILLET D., J. Ki-Zerbo, etc. Tout en évitant le concept de monde contemporain, on s'accorderait toutefois, sur celui de monde d'aujourd'hui qui prend comme limites temporelles la période allant de la fin de l'ordre bipolaire jusqu'à nos jours. C'est dire donc que le monde d'aujourd'hui est caractérisé par le déclin du bloc soviétique ou socialiste, l'internationalisation des relations étatiques avec, à la clef, l'accroissement des multinationales, le développement des technologies de l'information, de la communication et de la production, la réorganisation des valeurs démocratiques, capitalistes, économiques, culturelles, le développement du terrorisme, etc. En un mot, leur planétarisation avec une teinte de contradiction dans son organisation, ses idéologies et ses acteurs.

C'est dans ce monde d'aujourd'hui que l'Afrique est appelée à opérer son développement. Celui de garantir tant le droit de s'exprimer et de vivre librement à ses populations, que de leur assurer le minimum social commun. Mais comment s'y prendre ?

Répondre à la question de savoir si « l'Afrique peut redevenir un enjeu stratégique dans le monde d'aujourd'hui » reviendrait à démontrer qu'elle a été enjeu stratégique et qu'elle a entre temps perdu cette position. La suite devient intéressant. Doit-elle redevenir enjeu stratégique ? Pour qui ? Et comment ? Aussi, il y a lieu de voir si elle a cessé d'être enjeu stratégique. La réponse à la question n'est pas facile vu les implications et les

enchevêtrements qu'elle nécessite. Elle ne sera pas définitive mais une piste ouverte pour des constructions futures.

Dans les lignes à suivre, nous tenterons de démontrer l'importance de l'Afrique dans les relations internationales depuis le 1 5e siècle pour déboucher sur le choix à opérer par ses filles et fils aujourd'hui. Une tentative de conseils à ne pas confondre avec une attitude de montrer la voie.1

I. La position stratégique de l'Afrique dans le système international au regard du jeu des acteurs

« L'Afrique est une chance pour la France... », proclamait Dominique de VILEPIN devant le parlement français en 2003 lors d'un débat relatif à la politique Africaine de la France. Cette perception de la position stratégique de l'Afrique est mitigée à cause de la diversité et de la multiplicité des acteurs de la société internationale. Ainsi, on distingue des acteurs externes qui soutiennent cette conception et les acteurs internes qui en prennent le contre-pied.

Pour mieux comprendre notre démarche, nous procéderons à l'analyse des stratégies des acteurs externes dans leur rapport avec l'Afrique, puis à celles développées par les acteurs internes dans la relation de l'Afrique avec le monde.

a. Les stratégies des acteurs externes dans leur rapport avec l'Afrique

Les relations entre l'Afrique et le monde remonte bien avant le IVième siècle, mais elles se sont cristallisées au début du XVième siècle selon une approche diachronique (J. Ki- Zerbo), en ce moment où l'Afrique jouissait encore de son âge d'or par le truchement de son rayonnement culturel. Elle avait une organisation politique très enviée, assise sur le commerce avec les arabes. Les empires du Mali, d'Egypte, du Ghana, de Songhaï et de Bornou en étaient les illustrations. Sa décadence est liée particulièrement aux vicissitudes du commerce transsaharien. [Balandier, 1978 ; J. Ki Zerbo, 2003 ; Ilèfe, 1997.] Cette rencontre entre l'Afrique et le monde a engendré d'énormes événements tels que l'esclavage et la traite négrière, la colonisation, les mouvements pour l'indépendance, le paternalisme, les problèmes liés à l'émergence des Etats africains de même que les partenariats et les coopérations multiformes pour le développement de l'Afrique, les mesures d'allègement de la dette, bref toute sorte de mesures d'intéressement de l'Afrique. Ces nombreuses actions engendrées par la rencontre de l'Afrique avec le monde, suscitent des préoccupations. L'une d'entre elles est

1 Car comme le souligne si bien Jean Pliya, « il est bon de donner un conseil à un chef s'il le demande, mais ne cours pas devant lui pour lui montrer la voie. Il peut te reprocher de lui avoir caché la vue »

de savoir : à qui profite la rencontre entre l'Afrique et l'Occident? On peut aussi s'interroger sur l'attractivité qu'offre l'Afrique pour paraître si préoccupante pour les autres.

1. Présentation de l'Afrique dans ses potentiels

Même si, on a attendu 1960 pour lui concéder le statut d'acteur international (Ph. HUGON, 2006), le continent africain a toujours impressionné le reste du monde, de part sa géopolitique, la richesse de son sol et sous-sol. Ses « dynamiques du dedans » comme le qualifie Balandier, transparaissent plus aisément quand on adopte une approche de "bottom up". Ainsi, l'Afrique présente une allure gigantesque et majestueuse géographique de 30 million de Km2. 3ième plus grand continent du monde, elle offre une diversité de sols favorables à une diversité de cultures, d'où l'origine des termes grenier et panier d'Afrique pour faire allusion aux céréales et aux tubercules africains. Le territoire africain est arrosé par de nombreux cours d'eau au nombre desquels le 2ième plus puissant fleuve du monde : le fleuve Congo dont la capacité énergétique peut alimenter tout le continent et le Nil, un des plus long fleuve du monde. Le climat africain est clément avec un relief à forme multiple. La population africaine est jeune et avoisine les 900 millions d'habitants. Sa diversité culturelle rassemble plus de 850 sociétés parlant environ 1500 langues [Murdoch]. L'Afrique est détentrice d'au moins la moitié de toutes les réserves mondiales de ressources minières : 50% de thorium et d'uranium, 50% d'or ; 50% de phosphate ; 55% de manganèse ; 50% de cobalt, 90% de chrome, 85% de platine, 96% des diamants sans parler du fer, du plomb, du nickel, du pétrole, tant de ressources naturelles qui appuient les autres ressources2. Outre ces ressources, l'Afrique a axé ses exportations sur la production des matières premières agricoles dont les principaux sont, le coton, l'arachide, le cacao, le café, le bois, l'huile de palme. Ces nombreuses ressources mettent en exergue le pôle attractif que constitue l'Afrique pour les autres continents. Autrement, l'Afrique, représente un grand marché de matières premières et de consommation ; elle offre une main d'oeuvre qualifiée et moins chère. Il se dégage de cette description que l'Afrique est une opportunité pour les autres continents, ce qui semble justifier les affirmations de Monsieur Dominique de VILEPIN.

Cependant, il ne suffit pas de présenter l'Afrique dans ses potentialités pour se convaincre de l'intérêt qu'elle représentait pour l'Europe voire l'Occident.

2. La crise de développement de l'Occident

Une approche de solutions nous est offerte par François-Charles Mougel et Séverine Pacteau
dans leur ouvrage pour qui « l'homme malade de l'Europe tient sa faiblesse de son extension

2 H. Aguessy, communication présentée au forum des peuples à Bamako.

territoriale, de la diversité des peuples qui l'habite comme de l'anarchie interne qu'il connaît. » Le contexte historique de ce texte est le moyen-âge. Cette période en Europe serait caractérisée par une instabilité politique émaillée par des conquêtes territoriales et hégémoniques régionales, une crise sociale jalonnée par la disette généralisée, des maladies endémiques qui décimaient des populations et la paupérisation. Et enfin sur le plan démographique, on notait une croissance incontrôlée de la population. L'inadéquation entre les ressources disponibles qui se raréfient et l'augmentation sans cesse de la population a entraîné des insurrections et troubles sociales.

Au nombre des solutions proposées pour relever les défis aux quels l'Europe était confrontée, figurent l'immigration du nord vers le sud et la conquête de nouvelles terres3. A ces solutions s'ajoutent entre autres les recherches scientifiques qui vont beaucoup apporter à la conquête et au développement de l'Europe.

L'avidité à la résolution des problèmes européens et la découverte de l'Afrique dans ses richesses ont amené les européens à élaborer des stratégies pour réussir leurs ambitions. Ainsi l'Afrique devient un intérêt stratégique pour l'Europe dans sa dynamique de solutionner son défi.

3. Le mode opératoire de la satisfaction des besoins de développement du Nord

Pour capitaliser leur chance dans cette course effrénée à la satisfaction de leurs problèmes, plusieurs théories ont été élaborées assorties de méthodes et de moyens. Les théories marxistes décrivent mieux ce phénomène : « l'exploitation des plus faibles par les plus forts pour la satisfaction de leurs besoins. ». La première méthode pour y arriver est le commerce triangulaire et la traite esclavagiste.

a) Le commerce triangulaire

C'est un commerce atypique qui a mis en interaction trois continents : l'Afrique pourvoyeuse d'esclaves (hommes et femmes jouissant d'une bonne santé et valides) pour travailler dans les plantations en Amérique, deuxième continent fournisseur de métaux précieux, du sucre et des épices. Le troisième continent est l'Europe grand bénéficiaire de ce commerce (Mbokolo, 1986).

b) La traite esclavagiste

Elle représente l'autre pan du commerce triangulaire, elle met plus l'accent sur l'aspect
humain du phénomène et les traitements à lui réservés. Selon une étude commanditée par

3T. HOLO, « grands problèmes politiques contemporaines » cours 2006-2007

l'UNESCO en 1999, l'Afrique a connu plusieurs types de traites esclavagistes. On distingue les traites saharienne, orientale, arabo-musulmane qui ont duré de 650 à 1920 avec 17 millions d'esclaves selon [Pétré-Grenouilleau, 2005] et la traite trans-atlantique ou européenne, elle s'est déroulée entre 1450 et 1869 avec 1 1millions d'esclaves au service du continent européen4.

Pour la résolution de ses besoins, l'occident a puisé dans le patrimoine africain à travers les bras valides et serviles de ses enfants.

c) La colonisation et son système

Une situation analogue s'est faite observée avec la colonisation. D'abord, elle s'entend comme le processus par lequel une population s'empare d'un territoire, l'occupe et l'exploite en soumettant ou en éliminant les habitants.[Ph.HUGON, 2006]. En Afrique, l'occupation a démarré en 1870, elle a oscillé entre la différenciation, la sujétion et l'assimilation et a pris fin véritablement à l'aube des indépendances des Etats africains. C'est un système de ponction plus que de mise en valeur, de rente plus que d'accumulation. C'est aussi la position de L.S. SENGHORE (Senghor, 1964) quand il affirmait que : « l'impérialisme culturel, nous l'oublions trop souvent est la forme la plus dangereuse du colonialisme : il obscurcit la conscience. ». Les causes de la colonisation étaient liées aux conditions économiques, démographiques et idéologiques. Sous l'effet de la reprise économique en Europe, la production industrielle se développe grâce à la découverte du pétrole et de l'électricité ou la mise en oeuvre de techniques élaborées de fabrication (métallurgie et industrie chimique), et le perfectionnement des moyens de transport pour écouler partout les nouveaux produits.

La colonisation est caractérisée par :

· Une administration directe

· Une appropriation des terres

· La domination du capital marchand qui se valorise au dépend du Capital productif

· La mise en place d'un pacte colonial entre la métropole et les colonies.

La colonisation a fait des colonies, des réservoirs des produits de base pour les industries
occidentales créées à la suite de la révolution industrielle en Europe et des déversoirs des
produits manufacturés de ces métropoles5. Une illustration de cette situation est offerte par le

4 Il faut prendre ces chiffres avec réserve quand on sait par exemple que, des centaines de milliers d'esclaves ont préféré la mort à la déportation, d'autres battus à mort ont été jetés aux fauves au cours du trajet, etc. En un mot, pour un esclave qui arrive en terre américaine, dix au moins sont morts.

5 La colonisation est la réplique en terres africaines de la traite ou de l'esclavage. Nul besoin de vendre les « hommes-bétails » mais de les faire travailler leurs terres pour que les produits soient exportés vers l'Europe et revenir en manufacturés avec une valeur ajoutée forte. Travaux forcés, carrières, la culture du cacao, du café et du coton comme produits de rente en sont les exemples.

cas de la France qui entre 1880 et 1895 est passée de 1 million de km2 à 9,5 millions de km2 en matière d'étendue de possession territoriale. Ainsi, la France exploitait systématiquement et allègrement toutes les ressources dont regorgent ces territoires. Les territoires occupés ont beaucoup servi à l'Europe. Pendant les deux guerres mondiales. Les ressources humaines de ces territoires que représentaient les hommes et femmes, ont servi sur les champs d'affrontement entant que combattants (tirailleurs ou anciens combattants aujourd'hui), ou dans les champs de production (les femmes en l'occurrence et les personnes âgées). Les sols et les sous-sols étaient aussi mis en exploitation soit pour fournir des vivres aux populations de la métropole ou aux combattants. Les colonies n'ont moins participé activement à la reconstruction rapide de l'Europe sortie très affaiblie de la guerre.

L'intérêt que l'Afrique présentait pour l'Europe n'est plus à démontrer quand on se réfère à toutes les interférences, conflits internes et toutes les envies belliqueuses et bellicistes qu'a nourris la colonisation dans les rangs des Etats occidentaux. Il convient de reconnaître que les déficits de donnés statistiques ne permettent pas d'apprécier avec certitude les réels avantages générés par la colonisation au profit de l'Europe dans les différents domaines ciblés.

4. Le processus de la décolonisation et la souveraineté

internationales des Etats africains.

Généralement les Etats africains ont accédé à la souveraineté internationale dans les années 1960. Cet état de chose n'est pas que le fait des mouvements nationalistes dans les terres africaines. En effet, ce n'est qu'un épiphénomène des diverses situations qui ont concouru à cette accession à l'indépendance. La colonisation qui a longtemps fait des colonies la chasse gardée des métropoles, prônait des pratiques contraires au libre échange. On notait donc une incapacité d'accessibilité du marché africain par les puissances étrangères (USA, URSS). Cette situation incommodante, qui pénalisait les deux super puissances de la guerre froide, va induire de la part de ces dernières la pression sur les métropoles qui vont finalement céder en accordant les indépendances aux colonies (d'autres raisons peuvent être évoquées : le rapport déséquilibrant coût/avantage colonial). Malgré leur accession à l'indépendance, les métropoles ont élaboré d'autres stratégies (les multiples accords de partenariats) pour pérenniser le contrôle de leurs prés carrés. Il faut attendre la fin de la guerre froide et la création de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en 1995 après l'échec du GATT pour parler d'une ouverture du marché. La dépendance économique longtemps entretenue par les métropoles, malgré la « fausse indépendance » [Marcel Amondji, 1993] politique nominale des Etats africains et tous les efforts (intérêts) des grandes puissances pour

l'atteindre, constitue une fois encore la monstration du grand intérêt (enjeux stratégique) que représentait l'Afrique pour le reste du monde.


· La période post guerre froide donne une autre appréciation de la situation de l'Afrique face aux contingences du moment. C'est ce que semble affirmé Ph. HUGON dans sa géopolitique de l'Afrique parue en 2006 : « l'Afrique apparaît au marge des relations internationales ».

B. Les stratégies des acteurs internes dans le rapport de l'Afrique avec le monde

De la lecture croisée de nombeux textes, il se dégage l'image fébrile d'une Afrique contrastée, artisan de son malheur, pervertie par les intrigues subversives de ses enfants lettrés. Une Afrique endettée et affamée, affaiblie par des guerres fratricides, ethniques ou des génocides. Une Afrique absente ou sous représentée dans le concert des nations. Mais une Afrique qui présente les fleurs d'espoir. C'est aussi la position de [Ki Zerbo, 2003], lorsqu'il affirmait : « Nous sommes les wagons de l'histoire et de la mondialisation... ». Cette position unanime de ces différents auteurs peut être interprétée comme l'expression de la cessation de l'attractivité de l'Afrique vis-à-vis du reste du monde : « l'Afrique n'est plus un enjeu stratégique du monde d'aujourd'hui ». Elle relativise le concept de "enjeux stratégique". D'après P. Houtondji: « les mots changent miraculeusement de sens dès qu'ils passent du contexte occidental au contexte africain,... » Ce changement de prisme ou d'angle d'analyse que l'autre qualifie de "top down" permet d'apprécier les impacts du rapport entre l'Afrique et le monde sur les acteurs internes du continent (populations africaines).

1. L'Afrique hors monde

Si l'on voulait caricaturer l'Afrique d'aujourd'hui, on la présenterait comme un individu qui possède sa vie, son corps et ses biens mais qu'il considère comme des matières extérieures qu'il porte et dont il est le support [Achille M'bembé, 1999]. Il recherche désespérément la mort, car, las de ses souffrances. Mais celle-ci refuse de le délivrer. Alors, son existence n'a plus de sens à ses yeux. Il se résigne à vivre la quotidienneté, "l'ici et le maintenant", une attente irréalisable. Il n'a que la providence pour seule perspective. C'est l'image d'une Afrique qui ne tire aucun profit de ses potentiels très enviés par les autres. Une Afrique de la fatalité qui ne sait pas lutter pour se tirer d'affaire. Un colosse au pied d'argile vulnérable au plus petit projectile. Hegel la considère comme un vaste tumultueux de pulsions et de sensations opaques au point d'être pratiquement infigurable. C'est l'Afrique déclassée géopolitiquement sur l'échiquier international selon Ph. Hugon. Plusieurs éléments caractérisent cette Afrique. Elle est constituée de 33 Etats que compte les 44 du groupe des pays moins avancés et 36 des 45 des pays à indice de développement faible. Sa population

représente la 10% de la population du monde et elle n'apporte que 1% du PIB mondial, 2% de l'investissement direct étranger (IDE) et ne représente que 1,3% du commerce international. Le continent africain compte 180 millions de sous alimenté et environ 30 millions de personnes infectées par le VIH/SIDA. Les foyers de conflit sont estimés à 5 en 2005 selon (Hugon, 2006). Aujourd'hui on peut l'évaluer à 6 si on ajoute le Kenya. C'est à partir de ces indicateurs et d'autres critères de comparaison que les grandes institutions de la société internationale (PNUD, OMC, CNUCED, Banque Mondial et le FMI...) ont classé l'Afrique parmi les derniers de la classe [Albert TUDIESHE]. Le rapport optimiste du PNUD est un exemple flagrant. L'Afrique ne pourrait atteindre les OMD avant 21746. Ce paradoxe de l'Afrique qui offre toute sa richesse aux autres sans en tirer profit a interpellé plus d'un dans une approche systémique, où le disfonctionnement d'un élément met à mal tout le système, va mobiliser la société international à étudier les causes des problèmes de l'Afrique dont les conséquences néfastes (immigration clandestine, violence, grand nombre de réfugiés, terrorisme, enlèvements, xénophobie, les trafics des stupéfiants) se mondialisent. Au-delà de toute élucubration intellectuelle, le poids politique et économique insignifiant de l'Afrique, lui a destiné sa place de wagon, d' "acteur passif" et la rend non figurant, donc dernier.

2. Tenants et aboutissants du piétinement de l'Afrique

Dans le domaine économique, plusieurs facteurs expliquent l'état de déliquescence de l'Afrique. En effet, l'économie africaine est quasiment dépendante de l'extérieur surtout dans le domaine de l'équipement technologique de première nécessité, etc. Les budgets des Etats africains s'appuient sur les ressources fiscales, avec un recours presque récurrent aux bailleurs de fonds (avec leurs conditionnalités) pour faire face aux fonctions régaliennes. L'Afrique prise dans l'engrenage de l'endettement permanent, dû aux excès de liquidité dans les banques européennes et aux chocs pétroliers, n'arrivent plus à assumer avec efficacité et efficience ses fonctions régaliennes. Ainsi, au regard des chiffres, tels que fournis par Hugon,

6 Et JBB de // bravepatrie.com/+L-Afrique-ira-mieux-en-2 147 de lancer cette boutade. « l'Afrique et ses lassantes populations en constant déplacement, ses multiples guerres, son taux de sida olympique et ses camps de vacance Trigano en déficit répétitif. Mais là encore l'optimisme reste de règle et c'est avec étonnement de magnitude 8 que l'on nous y apprend cette incroyable nouvelle : l'Afrique n'atteindra pas l'objectif de réduction de moitié de la pauvreté avant 2147.[... ] Calcul obtenu en prenant évidemment en compte toutes les variables du cas africain qui reste, je le rappelle un réservoir inépuisable de richesses minérales et pétrolière à bas coût, ainsi que de main d'oeuvre certes peu qualifiée mais très bon marché et corvéable a merci. Tout ceci constituant de très concrètes et solides bases en matière de commerce super pas équitable et donc de développement (Take off prévu pour 5037 à 1 an près). » http://bravepatrie.com/+L-Afrique-ira-mieux-en-2147+ du 12 juil 2008

sur la dette extérieure africaine, on comprend les difficultés du continent à faire face à la réalisation de ses défis. En effet, en 2002, le ratio de la dette sur le PIB était supérieur de 60% et le service de la dette dépassait les 13%. L'endettement permanent de l'Afrique estimée à 200 milliards de dollar n'a pas connu une amélioration nette, même avec, les initiatives PPTE. Mis à part l'endettement qui ne permet plus aux Etats d'opérer une rentrée massive de fonds pour assurer le développement, il faut ajouter dans le domaine économique, les implications ou influences causées par l'agriculture (à orientation rentière), la production de matières premières pour les industries occidentales (extractions des minerais, etc.) qui de leurs interactions appauvrissent davantage les populations africaines et rendent dépendants leurs dirigeants. En effet, il est d'un constat que les contextes de colonisation ont introduit en Afrique des cultures qui ne sauraient être produites en Europe. Le climat et les caractéristiques pédologiques du continent ont permis l'érection des cultures dites de rente. Ainsi, par un processus structuré, l'Afrique produit le café, le cacao, le coton, etc. qui lui assurent des revenus dans l'exportation. Ce comportement sera laissé en héritage aux EtatsNations indépendants. La conséquence directe de cette orientation agricole est le délaissement progressif de la culture des produits vivriers devant permettre l'autosuffisance alimentaire des populations, en raison du revenu financier à moyen terme qu'elle procure pour les populations. Mais, ce revenu sera très tôt dépensé dans l'acquisition des produits manufacturés plus chers, et jamais produits sur place. L'autre versant de ce choix est l'imposition du prix d'achat des produits par les acheteurs étrangers. Procurant 30% des revenus de l'exportation de l'Afrique, les produits de rente connaissent aujourd'hui sur les marchés mondiaux des revers à cause de l'entrée sur le marché de nouveaux acteurs tels que les Dragons d'Asie et quelques pays de l'Océanie.

Tout comme les cultures de rente ne profitent pas aux populations locales africaines, la production et l'exportation des ressources minières (1/3 des exportations du contient) sont de loin des facteurs de développement. Dans un contexte dominé par des exploitations minières et pétrolières contrôlées par des Multinationales, des particuliers ou des groupes mafieux, l'avenir des populations se trouve hypothéqué entre guerre et dette avec à la clef la gabegie et le détournement (la dette odieuse).

Au plan social, il faut noter que les problèmes de développement de l'Afrique ou son piétinement, tiennent entre autres à la croissance démographique, la fuite des cerveaux, les difficultés de l'adéquation formation et besoins d'emploi, la sous alimentation, les conflits ou guerres, l'insécurité, l' "informalisation" de l'économie, le chômage...

Si la croissance démographique constitue un excitateur de développement, il n'en demeure pas moins vrai que dans le cas africain, il s'apparente à un problème intégré de développement. L'Afrique contribue pour très peu au commerce mondial en raison de son insuffisance de production. Cet état de fait ne permet pas une forte mobilisation financière pour résoudre les problèmes d'une population en forte croissance. Les conséquences directes de ces deux éléments (production/croissance démographique) sont la faiblesse ou la détérioration de la formation académique et professionnelle et son corollaire de sous-emploi. Des populations contraintes à la survie, en absence d'un Etat fort, s'organisent pour répondre aux besoins fondamentaux de leurs descendances. Il en découlera des frustrations, la cristallisation des positions politiques, sociales et commerciales dont les formes de manifestations sont : l'informatisation de l'économie, les conflits, l'insécurité des personnes et des biens, etc.

Au plan politique, il faut retenir que l'Afrique des indépendances a été caractérisée par une nécessité d'assimilation des modèles de politiques occidentales. Il en découle une instabilité des régimes, le réseautage des actions politiques, contrôlé surtout par des réseaux de confréries qui développent des relations avec le milieux économique ou par des réseaux mafieux. La démocratie en Afrique rime avec le multipartisme (avec un nombre incalculable de partis politiques) et les élections libres et transparentes. Ces deux fonctions de la démocratie ont engendré de pires conséquences. Les partis politiques africains n'ont pas d'idéal démocratique bien défini, la transhumance politique est monnaie courante. Ils délaissent leur rôle principal d'animateur de la vie politique au service des populations, et se sont inscrits dans l 'ethnicisation des partis dans la perspective de prendre le pouvoir et de le conserver, sans craindre le risque d'un génocide (cas du Rwanda et du Kenyan). Les débats politiques se limitent aux critiques subjectives et discriminatoires. Les contestations électorales sont d'actualité, la transparence électorale demeure un défi à relever. Dans certains pays africains, le jeu des acteurs politiques a encouragé les révisions répétées de la loi fondamentale de ces Etats pour pérenniser certains dictateurs au pouvoir. La notion de l'intérêt général et du peuple est absente dans le débat politique. L'engouement pour la politique en Afrique s'explique par le fait que l'accès au pouvoir donne une emprise sur la richesse, d'où le chevauchement entre le pouvoir politique et le pouvoir économique. La confusion du patrimoine publique et privé des dirigeants politiques a encouragé la gabegie et les détournements des deniers publics. A tout ceci, il faut ajouter le fait que les peuples africains et leurs dirigeants sont entraînés à assimiler, voire maîtriser en quelques années, l'ensemble des acquis culturels de l'occident cumulé pendant plus de 1500 ans.

La longue liste des plaies de l'Afrique ainsi défilées renforce la position de ceux qui pensent que l'Afrique a cessé d'être un enjeu stratégique du monde.

Toutefois, à s'y pencher de plus près, l'on se rend compte que l'affirmation de Hugon parait très contrastée au regard des nombreuses situations prégnantes qui suscitent chez l'analyste une interprétation contraire.

Si l'auteur de cette phrase avait raison, on interrogerait les raisons qui motivent la Chine dans sa politique extérieure axée sur une diplomatie offensive qui l'amène à octroyer des aides sans conditionnement à tout Etat africain qui lui tend la main ; et l'Union Européenne prête à toutes sortes de concession (invite de R. Mugabe et M. Kadhafi au dernier sommet Afrique/UE au grand dame de la Grande Bretagne et des autre pays à cheval sur les droits de l'homme) pour obtenir de la part des Africains, la signature des nouveaux accords de partenariat économique ; et qu'en dira-t-on de la politique messianique de l'hyper puissance américaine qui, dans son élan de promotion des valeurs démocratiques (droit de l'homme, lutte contre le terrorisme, ouverture des marchés), a fait une tournée en Afrique par la personne de son leader G W. BUSH. L'analyse ne peut s'écarter des théories des relations internationales. Pour cause, la fameuse phrase, du président français De Gaule : « les Etats n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts ». Cette reprise de la pensée réaliste développée par d'éminents auteurs tels que N. Machiavel, T. Hobbes, Morgenthau ou R. Aron, révèle l'intérêt (enjeu stratégique) que l'Afrique continue d'être, aujourd'hui, pour ces Etats du monde. Un article de C. Kaminsky, paru dans une revue de géopolitique, prédisait que les prochains conflits entre grandes puissances sur le contrôle de l'énergie se feront autour de l'Afrique. C'est ce qui explique d'ailleurs toute l'importance qu'ils lui accordent. Selon Ph .Hugon, dans le domaine énergétique (Pétrole) l'Afrique reste et demeure un enjeu stratégique pour les grandes puissances telles que la Chine, les Etats-Unis, l'Inde et la France. En participant à 15% et 10% des exportations mondiales de pétrole et de gaz, « l'Afrique a acquis une position centrale dans la géopolitique pétrolière du fait de la révolution technique de l'offshore et de la nécessité pour les acteurs de diversifier les sources d'approvisionnement. ». Cette manne pétrolière « n'apparaît pas comme un facteur de développement mais, plutôt un facteur de destruction des sociétés et de gaspillage, générateur d'effets pervers » (Ph. Hugon, 2007).

A la vue d'un tableau si peu reluisant, il est impérieux de reposer la question autrement à
savoir : « est-il utile pour les Africains que l'Afrique reste un enjeux stratégique dans le
monde d'aujourd'hui au regard des implications sociopolitiques et économiques de cette

position ? » La réponse se dégage d'elle-même. Ce qui est nécessaire et urgent voire extrêmement primordial pour les Africains aujourd'hui, c'est de voire une Afrique ayant voix au chapitre dans le développement par la contextualisation des axes essentiels et actuels de développement.

2ième partie: L'AFRIQUE ENJEU STRATEGIQUE POUR SES FILLES ET FILS

Introduction partielle

Bien d'autres points de vue peuvent être portés sur cette description de la situation de l'Afrique. Cela est redevable au caractère de la discussion et des éléments d'analyse des uns et des autres.

Pour nous, c'est un angle d'analyse qui justifie qu'un plaidoyer soit fait pour l'Afrique. Un plaidoyer qui appelle à la redéfinition des défis de l'Afrique par ses filles et fils.

II. Plaidoyer pour un meilleur repositionnement de l'Afrique dans le nouvel ordre

international

Il s'avère vrai que l'Afrique reste un enjeu stratégique, même dans le monde d'aujourd'hui. Même avec le déplacement des intérêts, on se rend compte avec amertume que ses difficultés à pouvoir s'octroyer une marge dans les échanges multipolaires démontrent l'intérêt qu'elle constitue pour les autres nations du monde. Ph. Hugon en dira que si elle ne fait rien, elle restera le déversoir et le dépotoir pour les produits du monde entier. En un mot, l'Afrique reste un marché potentiel de consommation de tous les produits manufacturés, de toutes les technologies ; un pion stratégique d'accès aux ressources premières dans un cadre élaboré de division de travail à l'échelle mondiale. Dans une vision même partielle de la maîtrise de l'évolution des idées, l'on se rend compte que l'Afrique risque beaucoup tel un homme riche qui du jour au lendemain devient pauvre. Pauvre non pas du fait qu'il a perdu ses biens mais, pauvre parce que ses biens n'ont plus la valeur nécessaire. Si hier et encore aujourd'hui la matière première est la principale donne, faisant de l'Afrique un enjeu stratégique, le développement des sciences et la découverte des alliages et des composés complexes, l'information intelligente, etc. supplanteront d'ici peu l'Afrique, la reléguant au dernier rang des acteurs de la mondialisation. N'ayant rien à offrir et ayant tout à consommer, elle risque son avenir et celui de ses enfants. Elle se doit donc d'opérer un choix. Celui de maintenir son

statut d'objet de convoitise pour les autres nations tout en s'appuyant sur des valeurs et des stratégies essentielles. Elle doit apprendre à créer et intéresser les autres et non créer ce que les autres voudraient qu'elle créé. C'est difficile mais ultime. Plusieurs défis s'imposent donc à l'Afrique du monde d'aujourd'hui et de demain. Si elle ne veut pas avoir un «avenir muet» continuum d'un «passé aveugle et d'un présent sourd», il importe pour elle de relever entre autres défis : le choix de son modèle de développement, de redéfinir les rôles des dirigeants africains pour l'atteinte de l'émancipation des peuples, ...

A. Entre mimétisme et authenticité : l'Afrique du choix opéré

L'un des premiers défis de l'Afrique pour redevenir un enjeu stratégique, est de définir quel objet elle entend être. Nous référant à la clarification opérée plus haut, on comprend que la situation d'enjeu n'est souvent pas profitable pour les acteurs internes du système. Les théories réalistes nous ont permis de comprendre que les acteurs en jeu tirent des profits de leurs différentes actions (que ces profits soient insignifiants ou non). Les Africains eux, se sont toujours retrouvés en situation de lésés, si ce n'est que quelques chefs d'Etats et de gouvernements s'en sont tirés à bon compte7. L'Afrique a besoin de dire si elle veut être objet de convoitise d'où l'on tire les ressources nécessaires pour satisfaire les besoins d'autonomie et de dominations énergétique, la caisse de résonance des idéologies éducatives, le dépotoir des articles manufacturés du monde mais, dont les peuples restent des consommateurs d'articles non produits, incapables « d 'infrastructurer ses cultures ».

1. La nécessité de la contextualisation de la mondialisation

Depuis les années 1990, un nouveau paradigme régie la vie des populations du monde ; c'est bien celui de la mondialisation. Pour les uns, c'est le règne du capital financier qui transforme chaque Etat en un simple site économique avec des ouvertures sur le monde aux contrées et sphères arriérées et retardataires mais, dans une vision d'exploitation extrême. Pour d'autres, elle est le cadre de la nouvelle économie où l'action doit être à la prise de conscience des forces, des faiblesses, des atouts pour saisir les opportunités. En tout état de cause, la mondialisation est l'aboutissement logique du système capitaliste de production avec une sortie du cadre purement national pour adopter des dimensions planétaires, voire cosmiques. (Ki-Zerbo, 2003). Le capitalisme financier dans cette perspective procède par destruction des forces collectives, sans distinction des lieux géographiques. Il offre l'illusion aux pays du Sud, par les processus de délocalisation, que la mondialisation tue l'emploi au Nord et

7 Pour EKWENSI, dans un village où chacun a son champ d'ignames, hommes, femmes, enfants ont le coeur heureux, mais là où un seul homme possède tous les champs d'ignames, il n'y a qu'envie et colère et à la moindre provocation, le conflit éclate.

procure du travail au Sud avec la descente massive des capitaux. (J. -M. SINDAYIGAYA, 2000) 8

Ce contexte de contradiction amène donc à ce que les Etats opèrent un choix raisonné. La mondialisation et l'impérialisme qui s'y profile par les objets manufacturés, qui nous viennent des pays industrialisés du Nord, porte une charge culturelle qui nous forge, nous moule et donc nous transforme. La mondialisation devient un cadre d'échange culturel inégal où tous ceux qui y viennent sans valeur ajoutée se retrouvent absorbés et totalement transformés (KiZerbo, 2003). Dans le contexte africain où la culture est difficile à diffuser, il y a lieu de participer autrement à la culture mondiale en posant des bases structurelles à la culture. KiZerbo parlera d 'infrastructurer la culture, lui conférer une base matérielle et logistique sans lesquelles elle ne serait que du vent. Quels que soient les domaines : politique, culturel, artistique, environnemental, économique, technologique, social, les peuples et les dirigeants africains ont besoin de redéfinir leurs besoins et la manière de les satisfaire. Deux voies s'offrent. La première, celle de l'isolationnisme, du protectionnisme ou de la déconnexion, est la moins possible en raison des accords multilatéraux dans lesquels ils se sont empêtrés. La seconde encore possible est celle de l'appropriation des concepts de la mondialisation. En effet, si les Etats-Unis constituent un attrait pour les étudiants chinois et indiens dans les domaines de la technologie, ou un eldorado pour les hispaniques (Alain MIC, 2004), c'est bien dans un but ultime ; celui de permettre au capitalisme financier de régionaliser et de spécialiser des pays ou des zones régionales englobant de nombreux pays pour les constituer les uns en pourvoyeurs de matières premières, les autres des transformateurs et producteurs de biens finis (NOUNDJENOUMIN, 2004). Les pays asiatiques offrent un climat et un environnement technique et professionnel favorables à la délocalisation des entreprises occidentales. La disponibilité de la main d'oeuvre qualifiée, sortie des grandes universités et centres de formations professionnelles d'Europe et d'Amérique, reste la preuve d'une politique globale. Les pays africains doivent également réaliser ce choix. Il s'agit pour eux de créer ce qui sera utile pour l'occident et l'orient dans les décennies à venir. D'où la nécessité d'actions stratégiques visant à l'acquisition de compétences technologiques. Il faut aller chercher la compétence là où elle est. C'est le « moindre et le meilleur»9 que l'on peut prendre chez les autres. Mais, cette réalisation doit prendre ses marques dans le monde

8 Cité par Adrien Huannou dans 350 citations d'auteurs africains, CAAREC, Cotonou, 2007

9 Cheikh Hamidou Kane, 1973, Les gardiens du temple. : « L'Afrique ne devrait prendre de l'Occident que le "le moindre et le meilleur".le moindre, c'est le savoir le plus strict, le plus dépouillé, le plus proche de la raison, celui qui laisserait dans l'entendement des Africains sa place entière à leur propre... Ainsi restreint, ce savoir est ce qu'il y a de meilleur dans le patrimoine intellectuel du genre humain... » cité par A. Huannou

politique avant de se diffuser au sein des populations (entreprises, organisations sociales, enseignants, hommes de métiers...).

B. Le rôle des dirigeants africains dans l'émancipation des peuples

Le monde d'hier, c'est-à-dire de la période des indépendances jusqu'à l'orée des années 90, a habitué le paysage mental des populations à des stéréotypes de gouvernants. Pour la plupart ces gouvernants sont des chefs épris de convictions de faire souffrir et de mettre en prison les acteurs ayant des opinions contraires aux leurs, méprisant la dignité des peuples, soumettant la justice à la politique, prenant pour noblesse la domination, faisant d'eux le rythme de leur coeur, les sacrifiant sur l'autel des dieux qu'ils se constituent eux-mêmes. L'Afrique des traditions fait donc place à des Afriques des chefs de guerres, des chefs devenus des adversaires à abattre. Mais, soucieux de la paix, quelques uns de ces gouvernants feront exceptions. Ils élaboreront des plans stratégiques de développement. Plan d'actions de Lagos, NEPAD, etc. en sont des exemples, même avec leurs imperfections. C'est donc l'action politique qui est déterminante. L'outil de gouvernance qu'est le mécanisme africain d'évaluation par les pairs en apporte la preuve car, il met un accent particulier sur le rôle primordial de la gouvernance politique dans l'atteinte des objectifs de gouvernance dans les autres domaines de la gouvernance (économique, des entreprises, développement socioéconomique).

1. Le panafricanisme et les risques de sa mise en oeuvre

Il n'est pas un rêve du lendemain des indépendances, mais de celui des lendemains de la conférence de Berlin, initié par les pasteurs noirs américains voyant le drame de la balkanisation venir. Après, à travers des colloques et des idéologies, des luttes de revanches de grands noms tels que Marcus Garvey, William Dubois, Kwamé N'krumah, Muhammar Kadhafi, etc. le panafricanisme devient le fil d'Ariane pour les peuples africains. Pour les esprits éveillés, le développement de l'Afrique ne saura commencer qu'à la condition d'un contexte d'indépendance. Pour y arriver les forces sociales ont été associées. Ainsi, à travers d'âpres luttes pour les uns, de conciliabules et négociations pour d'autres, les Etats africains adhèreront à l'indépendance. Aussitôt cette liberté acquise, les inquiétudes et aspirations pour l'unité firent jour. La peur d'être seuls sur l'échiquier politique avait donc alimenté les volontés des uns et des autres pour que les grands ensembles, l'union de l'Afrique, l'abolition de la balkanisation puissent voir le jour. La presque totalité des experts s'accordent pour défendre l'idée selon laquelle le développement de l'Afrique ne serait pas possible tant que l'union ne ferait pas la force, tant que tous les Africains ne feront pas un. Cette condition parait sine qua none et se fait appuyer par la nécessité de former de grands ensembles, de

grands regroupements, des espaces viables économiquement et politiquement. Tout porte à croire que la solution a été déjà proposée et ne reste qu'à être actualisée au regard des enjeux actuels du monde que sont l'énergie, la communication, l'économie, ... Le panafricanisme n'ayant pas encore été expérimenté et ses revers non encore identifiés, il demeure la solution de jouvence pour les populations africaines. Dans un contexte dominé par la divergence des intérêts des chefs d'Etats et de gouvernements par rapport à l'unité de l'Afrique (divergence des stratégies pour atteindre l'unité, gradualisme pour les uns, panafricanisme totalisant pour les autres lors du sommet de l'UA à Accra en 2007), l'avenir du panafricanisme est bien menacé. Un autre risque fondamental, c'est la dissolution des besoins des populations à l'intérieur des agrégats de défis et enjeux stratégiques de développement. En effet, soucieux de sa représentativité dans les échanges mondiaux (économiques, militaires, technologiques) l'Afrique tente de relever des défis d'autonomisation de l'énergie, de défense stratégique du territoire, de consommation de masse, de redéfinition de la division mondiale du travail. Ces défis ne répondent pas toujours aux besoins des peuples. Au mieux, ils forgent d'autres besoins tels que la sécurité (présence du terrorisme et guerres interstitielles), les réfugiés de l'eau (crise de l'accès à l'eau potable), la migration (fuite des bras valides, immigration virtuelle). En tant qu'idéologie, le panafricanisme n'apporte pas aussi une solution efficace aux peuples. C'est donc sa forme pratique qui apporterait la solution. Ainsi, pour Moustapha Sow, la solution aux maux de l'Afrique résiderait dans l'union économique et politique des différents Etats. Cette mesure est bonne si le front commun venait à se positionner pour défendre les intérêts des populations face à ceux des institutions multinationales. A l'état actuel des choses, cette défense des intérêts des populations par l'Etat reste aléatoire et embryonnaire et contient donc autant de risque de contagion par rapport à la forme panafricaine des Etats.

2. Le développement local comme solution à la crise de

développement

La communication, les technologies de l'information et les impositions constituent des pesanteurs qui ne pourront permettre aux Africains d'avoir l'image réelle des pays développés ou des pays émergents. Mais à contrario, la coopération et les appuis techniques des partenaires se révèlent comme un outil pour poser le projecteur sur les poches de pauvreté, passant parfois sous silence les réalités d'amélioration des conditions de vie.

Pour restaurer l'Afrique comme enjeu stratégique ou lui permettre d'avoir voix au chapitre du
développement et de la modélisation de la mondialisation, pour vaincre l'humiliation causée
par les siècles d'exploitation par les autres (occidents et orients), il faut acquérir la culture de

l'excellence. Il est nécessaire de devenir intellectuels en écartant le vice du bavardage et l'effroi de l'action (C.A. NDAO, 1972). Cette excellence se traduit surtout par une revue de la feuille de route des contrats de partenariat, une redéfinition du développement et du modèle d'éducation, les actions de la société civile africaine, la mobilisation des ressources financières par les collectivités locales.

Devant le drame d'un peuple souffrant, l'Afrique est laissée à elle-même dans un monde qui ne lui appartient pas, un monde qu'elle n'a pas fait, un monde où elle ne comprend rien. Les jeunes et les vieux, les hommes et les femmes, les modernistes et les traditionalistes doivent franchir ensemble le seuil des temps nouveaux. Par le choix du développement, ils exprimeront l'harmonie de leurs besoins d'éducation totale. Une éducation qui permettra à la jeune génération, avec l'appui de la vieille, de réaliser l'humain total voulu par la société sans se nier ; de conjuguer technique de production économique, de préparation professionnelle, d'appropriation du savoir-être et de l'apprendre à être. Et s'il est d'un domaine où la redéfinition est attendue c'est bien dans le cadre de la coopération.

La coopération dans le cadre de la décentralisation reste une problématique majeure de développement car mettant en relation des experts de développement qui viennent solutionner des peuples en quête de développement. Des maîtres à penser le développement dont l'action dernière est de constituer les collectivités locales en des bastions d'expérimentation des théories de développement. Au lieu d'amener les populations à identifier les problèmes qui sont les leurs, de proposer les solutions et ensuite les aider à mobiliser les ressources nécessaires à la réalisation de développement, le suivi évaluation de leurs actions et d'obtenir la capacité à continuer l'oeuvre entamée ensemble, les actions de collaboration se mutent en des actions de coopération10. Une coopération qui génère chaque jour, des concepts et outils nouveaux qui embrigadent les co-opérants dans la recherche permanente de la compréhension et de l'internalisation comme le fait déjà la dette.

Enfin un dernier défi pour l'Afrique pour avoir voix au chapitre, est la réorganisation de sa société civile. Pour Anne-Cécile Robert, elle constitue un puissant moyen de domination dans sa forme actuelle. En effet, soumise et dépendante des aides financières internationales et manifestant depuis peu à être acteur à part entière dans les APD (aide publique au développement), la société civile ne présage pas de jours meilleurs pour l'Afrique. Il faut qu'elle se réorganise. Qu'elle intègre favorablement la société civile internationale, apprenant

10 Une « co-opération ». Une opération qui se fait à deux et qui sous-tend que l'une des parties a déjà eu le temps de penser à ce qui doit être fait et la manière dont elle sera conduite. Une « co-opération » qui met le « coopérant » en situation d'accompagnateur, d'ouvrier, d'exécutant, de manoeuvre.

d'elle la façon, la meilleure, pour obtenir des ressources financières sans équivoques et utiles pour assumer efficacement et de façon efficiente, son rôle de contre-pouvoir, afin de propulser les besoins les plus fondamentaux des populations dans les documents stratégiques des Etats.

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9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.