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Comment les opérateurs Ouest Africains de télécommunications pourraient ils modifier leur statut de filiales des multinationales européennes ?

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par Cheikh Mbengue
Université Blaise Pascal, IUP CI - Master 1 Développement et Promotion des biens et services, mention commerce international 2006
  

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PREMIERE PARTIE : LA REFORME DES TELECOMMUNICATIONS EN AFRIQUE DE L'OUEST

La déclaration en 1997 lors d'une réunion qui avait réunit à Ouagadougou les premiers ministres de plusieurs pays francophones stipulait que la restructuration était « incontournable pour prendre part à la globalisation de l'économie ». Le ton était donné et qu'il était alors tant que l'Afrique subsaharienne s'engage dans un processus de restructuration des télécommunications après avoir pris un retard important par rapport aux autres régions du monde. Les réformes ont eu pour but de redéfinir les modalités de fonctionnement du secteur par la déréglementation, la libéralisation et la privatisation. Cela dit que le secteur va être ouvert à la concurrence en remplaçant les fonds publics par des fonds privés.

Le retard de l'Afrique dans le secteur des télécommunications a été longtemps décrié. En 1996, le contient noir ne représentait que 2% de l'ensemble du parc mondial des lignes téléphoniques avec une télédensité inférieure à l'unité dans 74% des 46 pays de l'Afrique Subsaharienne. Le constat qui découle de cette révélation est que le chemin qui reste à parcourir pour doter l'Afrique d'un système de télécommunications lui permettant d'accéder à la société de l'information est long. L'inefficacité technique des réseaux est alarmante, les tarifs élevés à cause de la nature monopolistique du réseau par les opérateurs publics. Dés lors la révision des prix internationaux à la baisse et la correction de la structure interne des tarifs deviennent des nécessités pour la compatibilité avec un environnement de libéralisation mondiale et de concurrence. Les entreprises publiques sont exposées à une concurrence multidimensionnelle grâce aux nouvelles innovations technologiques et organisationnelles. Grâce à l'évolution de la Recherche et Développement, la convergence de la technologie des télécommunications et de l'information est prometteuse et permet la

baisse du prix de la transmission de la parole. L'évolution de la Recherche de Développement a également permis le développement du cellulaire, ce qui permet une réduction du volume des coûts fixes et les coûts irrécupérables. Le développement de la téléphonie mobile a entraîné une entrée rapide d'opérateurs mobile dans le marché africain, ce qui a engendré forcément une croissance rapide de la concurrence. Dans ce nouvel environnement, les télécommunications africaines ont la possibilité de réaliser des progrès rapides. Toutefois le tassement de ces progrès nécessite des moyens de financement extérieurs. Cette nouvelle donne crée l'exigence d'une ouverture à des opérateurs privés souvent plus disposés à investir.

Dés lors la réforme des télécommunications est entamée de façon plus ou moins lente selon les politiques économiques des pays. Dés le début des années 1990, certains gouvernements des pays africains commencent à prendre conscience des réalités et certains se laissent davantage convaincre par l'idée des solutions jugées durables que constitue la privatisation du service et l'intensification de la concurrence. C'est alors qu'ils commencent à appliquer les nouvelles formes de bonne gouvernance prescrites par les organismes financiers internationales. C'est le début des vagues de privatisation en Afrique. Lors de la première moitié des années 1990, la privatisation s'est réalisée en majorité sous forme de contrat de gestion ou d'assistance technique dans le respect des institutions nationales déjà en vigueur pour d'autres grands services publics. La privatisation n'avait donc pas commencé en réalité d'autant plus que les télécommunications restaient encore un service public sous les contrats de gestion ou d'assistance technique. Ce fut qu'en 1996 que le mouvement de privatisation a réellement commencé sous une forme impliquant une cession du capital. Les premières entreprises africaines à ouvrir le capital public au privé sont la Guinée en 1996, suivie du Ghana la même année, de la Côte d'Ivoire, de l'Afrique du Sud et du Sénégal un an plus tard. Au début de cette première vague de privatisation, les candidats à la reprise n'étaient pas nombreux. Le nombre limité des opérateurs internationaux candidats à la reprise s'explique par plusieurs raisons. D'abord, les candidats devaient remplir certaines conditions ou

critères. Ils devaient avoir les moyens financiers et les capacités techniques pour faire face aux risques liés à la situation économique et politique de l'Afrique. Sur le plan économique, l'Afrique accuse un retard important et par conséquent reste non attractive pour les investisseurs étrangers. La part de l'Afrique dans les investissements directs étrangers (IDE) reste très faible se plafonnant au environ de 3%. Sur le plan politique, certaines régions du continent sont instables à cause des guerres. Ce sont les raisons pour lesquelles le nombre des candidats est réduit. Il se limitait à l'époque au environ de quatre tels que France Télécom, Télécom Portugal, Télécom Malaysia et Vivendi.

Cette période de privatisation des opérateurs historiques coïncide avec la «vente aux enchères » de licences pour le développement de la téléphonie mobile permettant aux détenteurs d'entrer dans le marché du mobile et se lancer dans la concurrence. Cette ouverture du marché de la téléphonie mobile à la concurrence va entraîner plus tard l'arrivée rapide d'opérateurs étrangers sur le marché africain des télécommunications, le développement de la téléphonie mobile étant plus rapide de celui du fixe. Des ventes de licences ont même ont été réalisées alors que le processus de privatisation du fixe n'était pas encore scellé. C'est le cas du Mali. En outre, les opérateurs africains les plus prometteurs entament leur déploiement dans la région en achetant le capital de certains opérateurs moins compétitifs à l'image du leader africain MTN. Ce développement rapide de la téléphonie mobile s'explique également par la faiblesse des réseaux fixes africains qui, pour la plupart des cas ne couvrent pas les territoires nationaux. Les lignes téléphoniques sont concentrées dans les grandes villes à l'occurrence les capitales laissant les zones rurales désertiques et peu ou pas connectées. Par exemple Dakar abrite prés de 50% des lignes fixes du pays alors qu'il présente moins de 10% du territoire national. Dés lors l'accès au téléphone portable constitue un moyen de substitution du téléphone fixe.

I. L'impact de la réforme des Télécommunications en Afrique de l'Ouest

La réforme des télécommunications a permis la libéralisation et l'ouverture du marché des télécommunications à la concurrence. Cette

nouvelle donne sur le marché, auparavant exclusivement réservé aux opérateurs historiques, va changer les choses. Les opérateurs de tous les pays y compris ceux des pays développés vont devoir affronter cette nouvelle concurrence rapide et atroce. Les multinationales européennes, pour mieux affronter cette nouvelle concurrence vont chercher en Afrique de nouveaux parts de marché leur permettant de compenser les pertes subites sur leurs marchés nationaux. Cette façon de prendre des mesures pour affronter la concurrence internationale et préserver ses parts de marché constitue un moyen efficace de répondre aux aléas du marché mais également de faire face à l'environnement extérieur. Mais faudrait-il avoir les moyens. Les opérateurs des pays développés à l'image des multinationales européennes, peuvent se le permettre dans la mesure ou elles ont les capacités technique et financière. Qui va donc subir les conséquences néfastes de la réforme des télécommunications ? Bien évidemment les opérateurs africains sont les moins bien placés pour affronter la concurrence et tirer profit de la réforme des télécommunications. La déréglementation mondiale des télécommunications a un impact fort sur les opérateurs africains. Il constitue un choc redoutable d'autant plus qu'elle les oblige à affronter une concurrence dans le secteur des télécommunications plus vive que jamais. Une concurrence qui défie même les opérateurs des pays développés. Ils vont devoir changer de stratégies d'approche du marché ou apporter des mesures correctrices à leurs stratégies pour survivre. Le marché devient de plus en plus contestable et le monopole d'état disparaît lentement. L'état désengage de ses fonctions de garant de la gestion publique dans le sens ou la privatisation du secteur public limite ses pouvoirs de contrôle sur le fonctionnement des services publics dans le domaine des télécommunications. En revanche, il a un autre rôle à jouer qui s'avère difficile. Il doit protéger les intérêts des consommateurs tout en garantissant un environnement propice à la concurrence. Il faut entendre par protection des intérêts des consommateurs l'élargissement de l'accès au service universel. Autrement dit tout citoyen doit accéder au téléphone à des conditions de prix et de distance raisonnables. L'harmonisation du paysage des télécommunications revient à l'état dés

lors que la concurrence s'installe dans la téléphonie mobile. Les modalités d'attribution des licences d'exploitation doit respecter des normes de concurrence pure et parfaite et ne doivent donc pas être établies selon des choix publics purement délibérés. La vente des licences d'exploitation doit en effet refléter le niveau de la concurrence pure et parfaite où tous les agents du marché sont traités de façon égale sans favoritisme ni clientélisme. De façon plus générale, le rôle de l'état doit être de promouvoir une réglementation efficace qui reflète l'objectif de la maximisation de l'utilité sociale. Dans cette perspective, les agences de réglementation mises en place par l'état doivent être gérées de façon efficace et efficiente. La gestion de ces agences n'est pas donc une tâche facile étant donné que le degré d'autonomie peut conditionner les résultats attendus. Elles doivent avoir suffisamment d'autonomie pour définir les modalités d'attribution des licences par appel d'offre. Cela dit qu'elles ne doivent pas subir beaucoup d'influence de l'extérieur leur obligeant à attribuer les licences sous des conditions qui violent les lois du marché en favorisant certains agents au détriments des autres. Les modalités d'attribution des licences sont très importantes d'autant plus qu'elles conditionnent la crédibilité du processus et l'intensité de la concurrence. Le manque d'expérience pour certains pays africains dans ce domaine fait que les qualités de transparence et d'impartialité font défaut à quelques uns d'entre un. Une autre tâche qui s'avère lourde pour les états africains vu la difficulté de l'exécution reste l'établissement des règles d'interconnexion susceptibles de faciliter la concurrence et de développer les effets de club. Si la montée de la concurrence conditionne la formation des tarifs, l'état doit tout de même procéder à un réajustement des prix afin de protéger l'intérêt des consommateurs.

Toutes ses tâches dont les états doivent faire face constituent une partie des retombées de réforme des télécommunications. Les réformes ne sont donc pas sans conséquences sur les télécommunications en Afrique. Les objectifs visés ont-ils été atteints ? Le secteur se porte-t-il mieux qu'avant? Les opérateurs ouest africains sont-ils devenus plus rentables? Quel est l'impact réel de ce phénomène sur le fonctionnement des entreprises ouest africaines de télécommunications. La réponse ou alors

une tentative de réponse à ces questions permet d'évaluer l'impact de la réforme des télécommunications sur les entreprises ouest africaines de télécommunications. Des questions qu'il serait nécessaire de trouver des réponses pour mieux percevoir l'impact des réformes sur le secteur. Rappelons que les déterminants de la réforme peuvent être résumés en quatre facteurs. Une meilleure efficacité des réseaux africains qui épousent un retard notable par rapport aux autres réseaux du monde. Donc, la réforme permettrait une meilleure connectivité, des prestations de service de meilleure qualité. En un mot un réseau africain qui serait capable d'affronter la concurrence internationale. Cet objectif a été mis en avant par l'Union Internationale des Télécommunications (UIT). Dans le rapport de la Commission Maitland en 1984, l'UIT prenait la mesure technique des défaillances africaines en observant des délais de raccordements de plus de trois ans et des perturbations sur le réseau.

Les organismes financiers internationaux ont obtenu ce qu'ils voulaient. Leur forte pression sur les gouvernements africains pour une restructuration des télécommunications a fini par porter ses fruits. Cette démarche qui a longtemps rencontré des obstacles politiques car les gouvernements africains ne s'étaient toujours pas convaincus de la nécessité de s'engager dans un effort de restructuration des télécommunications. L'Afrique y adhère aujourd'hui avec quelques réticences ce qui explique les lenteurs d'exécution et les difficultés d'application. La réticence des gouvernements africains s'explique par le fait que le secteur des télécommunications est généralement rentable malgré le retard qu'il accuse par rapport aux autres régions du monde. Il est d'ailleurs l'un des secteurs les plus rentables du continent. Les gouvernements africains ne voulaient pas transformer l'environnement économique et institutionnel du secteur. La peur du changement faisait qu'ils ne voulaient pas affronter cette nouvelle réalité du marché. Pourtant le discours politique laissait présager qu'ils ont convaincu de la nécessité de tels changements mais ont peur des conséquences qui pourraient en découler et qu'ils ne pourraient pas maîtriser. Ces discours politiques avaient pour objectifs de préparer les populations qui n'étaient pas encore prêtes pour s'engager dans de telles réformes. Les populations locales

voyaient dans la privatisation un retour du néocolonialisme et donc une dépendance économique. Elles avaient peur notamment de perdre leur statut de fonctionnaire qui leur donnait plus de sécurité. Dans beaucoup de pays africains des salariés ont farouchement contesté les privatisations soutenues par les syndicats nationaux. Dans certains pays comme le Sénégal les salariés ont réussi à imposer des conditions pour que la privatisation soit acceptée. Cela résulte à un accord leur permettant de détenir 10% du capital de la nouvelle société. Les pays africains convaincus de la nécessité des réformes et désireux de tenter le coût s'engagent dans la préparation des réformes en mettant l'accent sur la mobilisation des populations. C'est dans cette perspective que les ministres des télécommunications de plusieurs pays francophones se sont réunit à Ouagadougou en octobre 1997 pour parler de la nécessité de restructurer le secteur des télécommunications dans la région. Ils avaient déclaré que la restructuration était « incontournable pour prendre part à la globalisation de l'économie et que le processus de libéralisation et de privatisation était à réaliser même si les sensibilités nationales étaient à prendre en compte ».

1. Privatisation, déréglementation et libéralisation

Il est important ici de rappeler les origines des privatisations qui ont découlé de l'accord de l'OMC sur la libéralisation des

télécommunications signé en 1987. Cet accord a entériné l'ouverture des marchés européens. Les opérateurs historiques sont contraints de partager leurs marchés locaux sur lesquels ils étaient en situation de monopole. Par conséquent les multinationales des pays développés se préparent à la concurrence due à l'ouverture des marchés. Au début des années 1990 ils s'adonnent à des réformes nationales et adoptent des stratégies de conquête de nouveaux marchés en dehors des marchés nationaux pour compenser les pertes subies sur leurs territoires.

Du côté des pays africains le Fond Monétaire International (FMI) fait pression pour l'ouverture du marché des télécommunications, condition pour obtenir les prêts d'ajustement structurel pour les pays africains. La privatisation des opérateurs publics n'a jamais été un choix national sauf

quelques exceptions. Le Sénégal est souvent cité comme exemple. Les Offices et Postes des Télécommunications (OPT) cédés par les anciennes colonies après les indépendances constituent un moyen de financement public non négligeable même si la qualité des services n'était pas à la hauteur. Ils étaient des sources de financement mais ils étaient dans une situation difficile à cause des faiblesses du réseau mais également des problèmes financiers liés aux endettements. Beaucoup de pays africains se trouvent alors contraints de coopérer pour l'ouverture des marchés. Les opérateurs africains se trouvent dans une situation difficile caractérisée par la pression pour le remboursement des dettes, et les réseaux faiblement développés. En outre, l'indépendance des pays africains témoigne de la séparation entre les exploitations des réseaux nationaux et internationaux. Office des Postes et Télécommunications (opérateur historiques des anciennes colonies françaises) et France Câble radio, filiale de France Télécom prennent en mains cette séparation en contrôlant les communications internationales, la surveillance des politiques et des revenus.

Le début de la deuxième moitié des années 1990 marque le début des premières privatisations. En 1996, le processus des premières

privatisations est entamé. Il s'est fait en trois étapes. Lors de la première étape les opérateurs historiques des anciennes colonies prennent une part du capital des opérateurs nationaux africains sans appel d'offre à l'image de Portugal Telecom (allié à l'international de Telefonica l'opérateur espagnol) au Cap Vert, Sao Tomé et Guinée Bissau et France Telecom en Centrafrique et Madagascar. Les opérateurs les plus prometteurs ont été partiellement privatisés avec appel d'offre comme le Ghana, l'Afrique du Sud, la Côte d'ivoire et le Sénégal. Le processus de privatisation a rencontré des réticences dans des pays comme le Sénégal et la Côte d'Ivoire où les salariés s'y opposaient avec détermination. Ils ont finalement réussi à obtenir 10% du capital de la nouvelle société. Il faut noter que le choix de France Télécom au Sénégal s'est fait après un échec de ne pas pouvoir trouver un accord avec l'opérateur américano-suédois Télia qui proposait une offre aussi intéressante que celle proposée par France Télécom sauf sur la cession du capital sur une durée de 7 ans pour

Télia et 20 ans pour France Télécom. En Côte d'Ivoire le choix de France Télécom a été vivement contesté par la presse. A l'époque les agences de régulation n'étaient pas encore mises en place ce qui rendait la tâche plus difficile.

La deuxième phase de privatisation n'a pas été facile. Deux cas de figure se présentent. Soit il n'existe qu'un seul candidat comme au Niger, soit plusieurs candidats se présentent l'un après l'autre et que finalement aucun d'entres eux n'arrivent à payer le prix facturé. C'est le cas au Cameroun où plusieurs preneurs ont décliné l'offre à défaut de ne pas pouvoir payer. Dans le cas des opérateurs comme le Ghana c'est le divorce entre le repreneur et les opérateurs récemment privatisés. Pour le Kenya c'est l'impossibilité de privatiser. Ces deux opérateurs préfèrent ou alors mieux sont contraints de signer des contrats de gestion qui viennent prendre la place à la vente de parts de capital. Certains opérateurs comme le Mali ou le Burkina Fasso ont du mal à trouver un repreneur.

La troisième phase est caractérisée par l'ouverture du téléphone fixe à la concurrence. Cette ouverture du téléphone fixe à la concurrence s'est faite selon un schéma préétabli exporté des pays développés. Mais il faut savoir que la privatisation et la levée du monopole dans le secteur des télécommunications ont été possibles qu'après le développement d'un fort service public et une modernisation des réseaux et l'usage du téléphone dans les pays développés. Lors de cette troisième phase le téléphone fixe est officiellement ouvert à la concurrence. Notons cependant le paradoxe de cette ouverture. Au moment de l'ouverture à la concurrence le service public minimum n'est pas garanti dans la majeure partie des pays africains. Beaucoup de villages restent sans être raccordés. Dans le cas du Mali une licence a été attribuée à IKATEL pour concurrencer la SOTELMA, opérateur historique, alors que la privatisation de cette dernière n'était pas encore définitive puisqu'elle traînait depuis prés de quatre ans. Cette lenteur dans les démarches s'explique par la résistance interne à défaut d'un repreneur fiable. Dans beaucoup de pays de la région, malgré l'ouverture officielle de la téléphonie fixe à la concurrence, l'opérateur historique détient encore le monopole, la

concurrence étant plutôt basée sur la téléphonie mobile. La loi tarde à produire ses effets à défaut d'application adéquate.

La privatisation trouve être un désengagement de l'état, une solution imposé de l'extérieur pour sortir du sous-développement. Pourquoi les décideurs locaux veulent t-ils se débarrasser des entreprises les plus rentables et prometteuses? Les privatisations sont perçues comme étant préjudiciables aux pauvres dans la mesure où ces derniers ne bénéficient plus des subventions pour les services publiques de base. Qu'en est-il de la place du citoyen dans la privatisation ? Qui a décidé de la

privatisation? Qui en bénéficie davantage ? Telles sont des questions qu'il faudrait prendre soin de répondre pour éclairer les décisions futures concernant les privatisations.

Comment la privatisation a été planifiée et mise en oeuvre?

Les promoteurs de la privatisation sont convaincus qu'elle permet de transformer des sociétés d'état au bord de la faillite en sociétés privées, modernes, compétitives aussi bien au niveau local qu'international. La nécessité des privatisations si elles permettent une meilleure gestion de l'entreprise africaine, est sans équivoque. Cependant son influence financière et organisationnelle peut être considérée marginale en Afrique du fait de la taille des entreprises privatisées, de leur état lors de la privatisation, des modalités et du contexte de leur cession.

1. Quelle analyse critique de la privatisation des télécommunications en Afrique?

Les privatisations en Afrique s'effectuent le plus souvent dans un contexte de flou juridique et réglementaire, en l'absence de cahiers des charges méthodiques, sans véritable examen de la situation respective des entreprises à privatiser, sans trop de soin apporté à l'information des personnels, avec une opacité certaine sur les modes de rétrocession au privé et une grande indécision sur les objectifs poursuivis. L'exemple du Mali est notable. Une licence pour la privatisation du téléphone fixe a été vendue sans même que le processus de privatisation soit terminé. Après

les indépendances, l'Afrique ne comptait quasiment que sur le secteur public pour stimuler le développement économique en raison de la faiblesse du secteur privé. Mais sous la pression des organismes internationaux tels que la FMI et la Banque Mondiale pour la libéralisation de l'économie, beaucoup de dirigeants africains ont fini par adhérer à la privatisation, malgré eux. Ils n'ont pas le choix. Dans une situation pareille les objectifs poursuivis sont d'une plus grande indécision. Ils ont donc accepté de privatiser espérant bénéficier de nouvelles technologies et de nouvelles sources d'investissements leur permettant de moderniser et d'étendre leurs réseaux. Il faut noter cependant que jusqu'à présent une bonne partie de la population n'a pas été encore connecté au réseau. Donc la défaillance du secteur public est reflétée ici par son remplaçant. Le service minimum n'est toujours pas garanti. Ce qui fait penser que le réseau est étendu que pour la téléphonie mobile.

Si l'ont constate que se sont toujours les mêmes repreneurs, à l'image des multinationales européennes qui gèrent aujourd'hui les anciennes entreprises d'état, l'on ne peut pas s'empêcher de penser au retour du néocolonialisme. En l'espace de 25 ans, la majorité des entreprises publiques africaines a été cédée à des opérateurs privés à majorité étrangère. Les opérations de privatisations, conduites sous l'égide des institutions financières internationales en l'occurrence la FMI et la Banque Mondiale, ont-elles connu le succès escomptait si l'on sait que l'argent généré par les télécommunications n'a pas été investi dans le développement des télécommunications. Une part est rapatriée au pays d'origine du preneur et une autre partie a servi à payer les dettes des états, sous les conseils de la FMI et de la Banque Mondiale. Reste à voir si se sont réellement des conseils ou la persistance des pressions qui ont permis de déclencher le processus de privatisations.

Justifications de la privatisation

Il convient de rappeler ici les deux principales justifications de la privatisation sur le plan économique. Il y a deux sortes de justifications économiques de la privatisation. L'une est d'ordre micro-économique,

l'autre macro-économique. Sur le plan macro-économique, la privatisation contribue à rétablir les grands équilibres, particulièrement au niveau du budget de l'état. Au niveau micro-économique, la privatisation est supposée apporter sur le plan technique une grande efficacité par rapport à la gestion publique. L'entreprise privée du type managériale met en place plusieurs garde-fous et de mécanisme de contrôle et de meilleure circulation d'information à moindre coût. L'entreprise publique quant à elle, crée un environnement défavorable à l'efficacité économique sur au moins quatre aspects : par sa situation de monopole qui lui fait acquérir des comportements de retraités en vacances, face à la concurrence ; par son faible degré de contraintes par rapport à la faillite et à l'insuffisance de trésorerie ; par son anémie envers la notion de risque et l'absence de répartition claire de responsabilité en son sein ainsi que par ses coûts de production exorbitants. Dans le cas de l'Afrique Subsaharienne quelques réserves peuvent être émises à l'encontre de ces deux types de justifications.

Ces deux types de justifications trouvent être controversées pour le cas de l'Afrique Subsaharienne pour plusieurs raisons. Puisque dans les états de l'Afrique Subsaharienne, certaines questions macroéconomiques ne sont pas à l'ordre du jour, il est difficile et même quasiment impossible de trouver réponses à ses questions presque inexistantes. Qu'advient-il des secteurs vitaux pour la population, non attractifs pour les investisseurs privés ? La causalité entre l'entreprise publique et les déséquilibres macro-économiques est-elle systématique ? Il semblerait que non dans la mesure où la spécificité du système et les structures politico-économique en Afrique en général ont été trop vite négligées, notamment l'économie de rente et le comportement des dirigeants d'entreprises publiques. D'autre part, les fondements micro-économiques de la privatisation relatifs à la comparaison entre entreprise privée et entreprise publique, sont-ils adaptés à des pays où le tissu industriel est quelque fois quasi inexistant ou souvent embryonnaire ? Par ailleurs, le raisonnement centré exclusivement sur l'efficacité économique ne dénie t-il pas une redistribution des revenus nécessaires à un équilibre social. Cet équilibre social n'est-il pas nécessaire pour le succès de la privatisation ? Or le

retardement du raccordement téléphonique pour les zones rurales constitue un déséquilibre entre ces zones rurales et les zones urbaines. A cette dernière question, les faits permettent de répondre positivement à court terme, mais la privatisation demeure à long terme un facteur d'équilibre et de régulation optimale. Cependant, au-delà de la nécessité de la privatisation en Afrique, les stratégies adoptées jusqu'ici, sont-elles les plus efficaces et judicieuses ? N'était-il pas prématuré de déclencher le processus de privatisation dans certains pays?

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"Le don sans la technique n'est qu'une maladie"