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La loi de la force et la force de la loi

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par Alex BATUHOLA
St Pierre Canisius - Graduat 2008
  

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b) Le point de rencontre entre éthique et politique

Pour nous, l'éthique (du politique) permet de minimiser la malice intrinsèque de la politique en lui donnant une sphère d'exercice. Elle prolonge en quelque sorte l'exigence constitutive de l'intention éthique, l'exigence de la reconnaissance mutuelle ; cette exigence qui nous donne d'accepter la liberté de l'autre comme étant égale à la nôtre. Or, l'éthique du politique vise à créer des espaces de libertés. Et comme organisation de la communauté, l'Etat donne forme juridique à ce qui nous parait constituer « le tiers-neutre » dans l'intention éthique à savoir, la règle. En ce sens, l'Etat de droit est la réalisation de l'intention éthique dans la sphère politique, c'est-à-dire une reconnaissance de l'égalité de droit de chacun devant la loi.

En effet, « la base éthique d'une communauté politique se borne aux valeurs sur lesquelles existe un certain consensus ».91(*) De fait, la morale se divise en deux : d'une part une morale de conviction que Paul Ricoeur définit par l'excellence du préférable, et d'autre part, une morale de responsabilité qu'il définit par la réalisation dans un contexte historique donné de l'usage modéré de la force.92(*) Pour Ricoeur, « c'est parce que la morale de conviction et la morale de responsabilité ne peuvent pas fusionner que l'éthique et la politique constituent deux sphères distinctes, même si elles sont en intersection ».93(*) En ce sens, la force apparait dans la reconnaissance de l'abime qui sépare l'idéalisme moral du réalisme politique. Parce que même l'Etat le plus démocratique et le plus respectueux des droits humain aujourd'hui, doit utiliser la force, pour mettre les malfaiteurs en prison, réprimer certaines manifestations et faire respecter la loi pour permettre aux hommes de vivre dans une harmonie sociale entre eux. Cette force est à distinguer de la violence ou de la « cruauté bonne ou mauvaise » dont nous avons parlé chez Machiavel.

Dès lors, la politique doit avoir un rapport d'intersection avec la morale. Une politique qui ne se baserait que sur le seul aspect pratique ou pragmatique conduirait à l'établissement du mal. Elle justifierait les gouvernements dictatoriaux et oppressifs. C'est ce à quoi a conduit une certaine compréhension de la pensée de Machiavel. Comment peut-on opter pour l'usage de la cruauté, du mensonge, de la ruse, etc. dans certaines circonstances comme si l'on avait plus d'autres moyens ou possibilités plus humaines ?

La finalité de l'Etat n'est-elle pas le bonheur des citoyens ? Machiavel considère la politique du point de vue de l'efficacité du prince. Il se pose la question du fondement de l'Etat à sa manière. Pour lui, un Etat doit être fort pour survivre. L'histoire montre qu'aucun Etat ne peut survivre sans le recours à la force. Pourtant, nous savons que l'Etat n'est pas une fin en soi, mais le « résultat d'un contrat social » ayant pour finalité de veiller au bien-être de tous ses membres. C'est ainsi qu'on écarte à tout prix l'usage de la cruauté et le règne d'un seul prince qui détiendrait à lui seul le monopole du pouvoir.

Pour sa part, Nicolas Tenzer, pense qu' « il n'y a pas de séparation absolue entre la morale et la politique, car il n'existe pas de coupure entre la vie intérieure de l'individu et son existence au sein d'une collectivité. La conscience ne se divise pas suivant une ligne de partage simple en fonction de l'activité à laquelle elle s'applique ».94(*) C'est ainsi que la politique moderne est fondée sur le sujet. Dans cette perspective, « la sauvegarde d'une zone de conscience libre où s'expriment des choix moraux est la condition de son existence ».95(*)

Selon Kant, le règne de la moralité serait une des fins ultimes de la politique. Il illustre cela en prenant l'exemple de la publicité. Pour lui, les seuls principes qui peuvent faire l'objet d'une publicité et ne sont perçus en contradiction, sont les principes moraux. En ce sens, l'intersection dont nous avons parlé devient possible lorsque le prince adopte la maxime suivante : «agis de telle sorte que tu puisses vouloir que ta maxime devienne une loi générale (quelque soit d'ailleurs le but de ton action) ».96(*)

Ainsi, Kant concevait la politique en accord objectif avec la morale. Il n'admettait d'autres principes politiques que ceux que la morale peut avouer, et qui requiert nécessairement une publicité. Cependant, il n'est pas resté là. Il pousse sa réflexion plus loin, mais cette fois avec la notion du droit. Pour lui, il estime qu'en droit 

« La morale est un modèle qui doit diriger le droit. Il ne peut contredire la morale. S'il est faux de prétendre que le droit réconcilie la morale et la politique, l'idée de droit, tout entière gouvernée par un objectif moral, permettrait à la politique de se rapprocher des réquisitions de la morale ».97(*) 

Toutefois, il est vrai que les objectifs poursuivis par la morale et la politique sont dissemblables, mais la morale est « absolue et non transgressable ». Les principes moraux sont obligatoires et ne peuvent faire l'objet d'une discussion. C'est pourquoi Tenzer affirme que « la morale pour celui qui la pense, est irréfragable et ne tolère aucun compromis. On est ou on n'est pas moral ; on n'est pas un peu moral mais on l'est complètement ou pas du tout (...). Dans ce contexte, la morale ne peut être fondée sur l'intérêt ».98(*)Par contre, la politique est le règne de l'utilité. Les propos essentiel de la politique est la conservation du pouvoir.99(*) C'est ainsi que l'absence de la cité politique chez Hobbes se traduit en guerre de chacun contre chacun.

* 91 P. Ricoeur, « Ethique et politique », p.10

* 92 Ibid., p.11

* 93 Ibid., p.11

* 94 N. TENZER, Philosophie politique, p.85

* 95 Ibid., p.86

* 96 E.KANT, Cité par N. TENZER, p.87

* 97 N. TENZER, La philosophie politique, p.87

* 98 Ibid., p.94

* 99 Ibid.

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"Là où il n'y a pas d'espoir, nous devons l'inventer"   Albert Camus