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La loi de la force en politique:l'art de gouverner dans Le Prince de Machiavel

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par Alexandre BATUHOLA MUNKANU
Institut Saint Pierre Canisius/Kimwenza en RDC - G3-PHILOSOPHIE 2008
  

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I.1.6. La loi et la force pour un même but

Pour Machiavel, les armes sont la condition primordiale pour l'existence de bonnes lois. En effet, elles facilitent l'application des lois. Ainsi, après avoir discouru longuement sur le gouvernement par la force, nous voulons réfléchir maintenant sur la force de la loi dans la perspective de Machiavel.

En remontant à l'origine des lois, estime Machiavel, on se rend compte que les hommes ont fait les lois pour prévenir toute exaction et pouvoir établir une certaine justice sociale. Parce que, selon Machiavel, au commencement, « on vit un homme nuire à son bienfaiteur. Pour prévenir de pareils maux, les hommes se déterminèrent à faire des lois, et à ordonner des punitions pour qui y contreviendrait. Telle fut l'origine de la justice ».52(*)

Pour éviter ces déviations, il faut des lois qui coordonnent les activités et les comportements des hommes dans la société. La loi a donc pour but d'éradiquer toute injustice et tout ce qui aliène l'homme. Mais, peut-elle agir efficacement sans la présence à ses côtés de la force de l'ordre ? Cette question constitue maintenant l'objet de notre réflexion.

Sans la force de l'ordre, soutient Machiavel, il n'y a pas de bonnes lois: « Les principaux fondements qu'aient tous les Etats, aussi bien les nouveaux que les anciens et les mixtes, sont les bonnes lois et les bonnes armes. Et comme il n'est pas possible d'avoir de bonnes lois là où les forces ne valent rien, et que si les armes sont bonnes, il est aussi bien raisonnable que les lois y soient bonnes ».53(*) Dans cette perspective, si on admet que les forces sont auxiliatrices de la loi d'un Etat, on ne peut faire abstraction du fait que la réussite de la sécurité favorise le développement d'un pays sur plusieurs plans (politique, économique, etc.).

Dès lors, une armée mal payée et mal équipée ne constitue-t-elle pas un danger et une menace pour la sécurité de l'Etat ? Un militaire voué à la débrouillardise, faute de salaire, ne peut qu'abuser de sa force et vivre de son arme. La loi n'a de force que si elle est soutenue par la force qui se présente alors comme son auxiliaire. Ainsi, dans nos pays d'Afrique, les choses ne peuvent pas fonctionner tant que la police et l'armée ne sont pas au service de la loi et de la nation. Il est impérieux que la question de la sécurité des citoyens soit la première préoccupation de l'autorité politique ou du prince :

 « Car, de l'homme armé à un qui ne l'est point, il n'y a nulle comparaison, et la raison ne veut pas qu'un bien armé obéisse volontiers à celui qui est désarmé, ni qu'un homme désarmé puisse être en sûreté entre ses serviteurs armés ; parce que régnant chez les uns le mépris, chez l'autre la crainte, il n'est pas possible qu'ils s'accordent ensemble ».54(*

Pour défendre et maintenir son pouvoir, le prince doit être capable de créer une armée disciplinée. Parce que, seule une armée disciplinée et bien aguerrie peut vivre de long mois dans le camp adverse pour conquérir un Etat. Dès lors, améliorer le sort même des militaires et les conditions dans lesquelles ils travaillent fait partie de la prudence du prince.

En somme, la loi renvoie au respect des normes dont les forces de l'ordre (l'armée, la police, etc.) sont censées faciliter l'application et le respect. De fait, sans la force de l'ordre, la loi ne serait pas respectée. C'est pourquoi Machiavel estime que la force armée est l'un des meilleurs moyens capables d'instaurer la loi.

* 52 Id., discours de la première décade de Tite-Live, p .385

* 53Id., Le Prince, p. 85-86

* 54Machiavel, Le prince, p.104

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