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La loi de la force en politique: l'art de gouverner dans Le Prince de Machiavel

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par Alex BATUHOLA MUNKANU
Faculté de Philosophie Saint Pierre Canisius/Kimwenza, RDC - Bachelier en Philosophie 2008
  

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III.1.1. La démocratique comme meilleure voie d'accès au pouvoir

Dans le premier chapitre de notre travail, nous avons analysé certaines voies d'accès au pouvoir ; entre autre, les voies naturelle, accidentelle, intentionnelle, etc. Certes, il est possible de trouver de grandes qualités dans un prince parvenu au pouvoir par ces voies que nous propose Machiavel. Cependant, aujourd'hui, tout en reconnaissant les faiblesses100(*) de la démocratie, l'accès au pouvoir est lié à cette dernière voie. Mais, qu'est-ce-que la démocratie ?

Etymologiquement, on peut définir la démocratie comme le pouvoir (cratos) du peuple (démos). En d'autres termes comme « le gouvernement du peuple par et pour le peuple ».101(*) La démocratie est donc le régime de la souveraineté inaliénable du peuple. Ce dernier participe à l'exercice du pouvoir. Et cet idéal démocratique a pour corollaire le refus de l'autoritarisme et du totalitarisme. De fait, au fil de temps, la démocratie a subi plusieurs influences depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours. Mais, aujourd'hui, on distingue deux types de démocratie : la démocratie représentative et de démocratie directe. Le premier modèle se rencontre aux Etats -unies avec le système des grands électeurs que nous avons aux Etats Unies. Dans ce système, le peuple élit les responsables qui vont élire le président. Le second modèle renvoie à l'élection directe du président par le peuple.

En rapport avec l'Afrique, l'accès au pouvoir se fait parfois par la vision machiavélique des coups d'Etat militaires. En effet, plusieurs Etats africains n'ont pas encore adopté la culture démocratique. Pourtant, le pouvoir par la violence conduit inévitablement aux assassinats des dirigeants politiques et à la destruction de tout le système administratif d'un pays. Machiavel parle en termes d'éliminer la classe régnante pour mieux gouverner en les faisant assassiné ou en les exilant. Dès lors, le prince qui vient de la violence tue et est immoral. Voilà pourquoi, celui qui parvient au pouvoir par la violence (crime, cruauté, virtù) est humainement inacceptable. Il est aussi incapable d'assurer un développement durable à sa nation et à chacun de ses citoyens.

De fait, comme nous l'avons analysé, chez Machiavel, on trouve parfois une certaine considération du peuple. Mais, dans la théorie politique de Machiavel, seul le prince est souverain dans la mesure où tous les autres sont ses serviteurs ministres sans autorité réelle. En effet, le prince de Machiavel se sert du peuple non pas pour garantir « la liberté et l'égalité »deux principes de la démocratie mais plutôt pour asseoir son pouvoir.

En ce sens, l'appel qu'adresse notre auteur au prince, en lui demandant de prendre appui sur le peuple, doit être saisi dans la perspective du maintien et de la conservation du pouvoir. Etant donné que le peuple est le meilleur appui qui soit au monde pour bien conserver le pouvoir. A ce propos, Machiavel écrit : «  Le prince naturel n'a pas tant de causes ni de nécessité d'offenser ses sujets, d'où doit suivre qu'il soit plus aimé. Et si des vices trop exorbitants ne le font haïr, la raison veut que le peuple incline en sa faveur ».102(*)

D'ailleurs, affirme t-il, le peuple ne demande pas grand chose au prince. Tout ce qu'il veut, c'est de ne pas être opprimé et de vivre sous la loi pourvu que le prince lui garantisse la protection de ses biens et le respect de son honneur : « Aussi quiconque devient prince par l'aide du peuple, il se le doit toujours maintenir en amitié ; ce qui lui sera très facile à faire, le peuple ne demande autre chose sinon qu'à n'être point opprimé ».103(*)

En outre, on conviendrait sans doute qu'en Afrique, la pratique du pouvoir politique tend vers la corruption, car ceux qui détiennent un quelconque pouvoir, s'en servent moins pour le bien de tous que pour satisfaire leurs intérêts personnels. Ainsi, au fil du temps, surtout dans nos démocraties modernes où les autorités sont choisies sur base de la quantité d'argent qu'elles ont dépensé pour leur élection, l'autorité rationnelle fondée sur la compétence a cédé la place à l'autorité du statut social, mieux, du statut économique.

C'est cela qui conduit l'homme politique à ce que nous appelons la « vaine gloire »  qui implique deux tentations : « ne défendre aucune cause et n'avoir pas de sentiment de sa responsabilité ». Par conséquent, nous avons « d'un côté, la recherche de l'apparence ou de l'éclat du pouvoir au lieu du pouvoir réel ; et de l'autre, à ne jouir du pouvoir que pour lui-même, sans aucun but positif ».104(*) Dans la vie concrète, nombreux sont les politiciens qui détiennent ce symbole d'autorité et qui étouffent toute pensée qui élève l'homme.

* 100 L'attitude réservée de certains auteurs à l'égard de la démocratie se fonde d'abord sur une critique des ses prémisses : «  la liberté et l'égalité ». La liberté démocratique engendre l'anarchie et détruit la communauté politique dans la mesure où l'homme démocratique ne supporte ni ordre ni contrainte dans sa vie. C'est ainsi que, dans sa quête effrénée d'une vie de plaisir, ce dernier est « condamné à tomber d'un excès de liberté dans un excès de servitude ». (Cfr. Jean François KERVEGAN, « Démocratie », Dict. de philosophie politique, p.128-129).Quant à l'égalité, la démocratie en vient à oublier qu'elle ne vaut que pour les égaux, et substitue une égalité arithmétique à l'égalité géométrique ou proportionnelle, principe d'une justice authentique. (Ibid., p.129) C'est pourquoi, Platon, dans La République, estime que la démocratie est un régime condamnable pour trois raisons : Premièrement, la démocratie est une mauvaise forme de gouvernement parce qu'elle ne teint pas compte de différentes catégories sociales dans l'exercice des affaires publiques et elle se fonde aussi sur le tirage au sort pour distribuer certaines fonctions. Le grand danger qui guette un tel choix réside dans le fait de confier le pouvoir à des incompétents et à des corrompus. Deuxièmement, la démocratie repose très souvent sur la lutte entre les pauvres et les riches. Pourtant, le plus important, c'est le maintien de l'unité de la société pour garantir la paix et la sécurité des tous les citoyens. Enfin, la démocratie serait le régime qui privilégie l'incompétence.

Aussi, pense Platon, la démocratie est plus dominée par la majorité. Cette majorité introduit une certaine discrimination par rapport à la minorité. En effet, seuls les intérêts de la majorité doivent être préférés à ceux de a minorité. Une autre difficulté qui découle de la démocratie serait dans l'appréhension de la liberté et de l'égalité. L'avis de la majorité devient la norme à laquelle tout le monde doit se soumettre. Dans ces conditions, la minorité ne peut en aucun cas remettre en question l'opinion de la majorité. Tout ce qu'elle a à faire, c'est de s'inscrire dans la perspective de la majorité. Cela a des conséquences graves car d'après Platon, il y a risque qu'une loi injuste soit votée par les pauvres. Selon Aristote, la démocratie populaire, celle du gouvernement par les masses populaires est très dangereuse dans la mesure où, pour des raisons d'intérêts, elle a occasionnée une plus grande participation des pauvres aux assemblées. Parce que, « c'est la masse des pauvres, et non les lois, qui détient l'autorité souveraine de l'Etat ».

* 101 Cfr. Grand dictionnaire de la philosophie politique, p. 255.

* 102 Machiavel, Le Prince, p.18

* 103 Ibid., p.72

* 104 M. WEBER, le savant et le politique, p.164

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