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Politique, pauvreté et stabilité. le Sénégal peut-il basculer dans des violences sociales

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par Vivien MANEL
Institut français de géopolitique - Université Paris 8 - Master I géopolitique 2008
  

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SIGLES ET ABREVIATIONS

AMARC : association mondiale des radios communautaires

CNUCED : conférence des nations unies sur le commerce et le

développement

DSRP : document de stratégie de réduction de la pauvreté

ENA : école nationale d'administration

FNUAP : fond des nations unies pour la population JICA : coopération japonaise

OMS : organisation mondiale de la santé

RADDHO : rassemblement africain pour la défense des droits de l'homme RGPH : recensement général de la population et de l'habitat

RSF : reporter sans frontière

RTS : radio télévision du Sénégal

UCAD : université Cheikh Anta Diop de Dakar UED : union des étudiants de Dakar SENELEC : société nationale d'électricité

SGO : sabodola gold opération

WARD : west african radio democracy

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INTRODUCTION

Le pacifique changement de régime et le renouvellement des acteurs politiques survenus à la faveur de la victoire de l'opposition lors des élections présidentielles du 19 mars 2000 avaient suscité un immense espoir pour une grande majorité du peuple sénégalais. L'espoir de lendemains qui chantent, où les dérives politiciennes du régime socialiste devraient disparaître au profit de la bonne gouvernance politique et d'un mieux être socio économique ne semblaient plus inaccessibles. D'autant qu'après la dévaluation du 12 janvier 1994 qui fit perdre à la monnaie régionale, franc CFA, 50% de sa valeur par rapport au Franc français, le pays a connu une croissance économique soutenue qui est passée de 2,9% à 5% entre 1995 et 2000. Aussi, les Sénégalais s'attendaient à ce que, grace à une gestion politique saine et à la répartition équitable des dividendes de la croissance, leurs conditions de vie soient sensiblement améliorées.

Le nouveau Président, Maître Abdoulaye Wade, juriste, économiste et professeur d'Université qui plus est, s'était évertué pendant les différentes campagnes électorales auxquelles il a participé, à promettre, entre autres, le kilogramme de riz à 60 Francs Cfa (environ 0,09 euro), le plein-emploi à une population majoritairement jeune et une rupture d'avec les pratiques politiques du régime socialiste, avait eu le temps, du moins croyait-on au Sénégal, d'analyser et de comprendre « l'homo senegalensis », pour emprunter le mot du professeur Malick Ndiaye, ses aspirations et ses ambitions, son mal-vivre et la précarité de sa condition sociale et économique mais aussi son rejet de la mal gouvernance.

Mais, après un mandat de cinq ans, les résultats atteints sont loin et semblent s'éloigner de plus en plus de l'immense espoir et des attentes placées dans l'alternance. Tout porte à croire que les sentiments les mieux partagés par les populations sont le désenchantement et une grande désillusion. La pauvreté continue de faire des ravages et la mal gouvernance reste érigée en principe de gestion de l'Etat. De telle sorte que, certains analystes et observateurs de la scène sociale et politique sénégalaise comme

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Abdoul Latif Coulibaly en soient au point de craindre que la gestion politique du pays et la dégradation des conditions sociales n'engendrent des troubles sociaux. Pourtant, ni la pauvreté ni la mal gouvernance ne sont nouveaux au Sénégal.

En effet, si cet Etat apparaissait comme une oasis de démocratie dans un Continent en proie à de multiples troubles, ce n'était pas tant que les pratiques démocratiques y étaient exemptes de toute critique, mais plutôt parce que ses premiers dirigeants avaient réussi à fédérer les populations autour de ce que Senghor appelait une « commune volonté de vivre ensemble ». Cependant dans la gestion quotidienne de l'Etat nombre de manquements aux principes de la démocratie étaient relevés. Comme le soutient Antoine Tine : « Léopold Sédar Senghor, qui pourtant donnait l'image d'un homme politique modéré, humaniste et démocrate et d'un intellectuel ouvert au dialogue, exerça le pouvoir politique d'une façon autoritaire. Le régime senghorien reposait sur un exécutif fort, un parti de masse hégémonique, l'UPS, un Etat jacobin et le soutien maraboutique. (...) on peut dire que le Sénégal vivait alors une période autoritaire, où la politique était essentiellement à base de clientélisme, de patronage et d'achat des allégeances. Le système parlementaire fut remplacé par un régime présidentialiste, fortement personnalisé, patrimonialisé et centralisé, dans lequel l'opposition politique était soit tolérée et cooptée soit réprimée... »2. Senghor avait une idée bien précise du rôle que devaient jouer les partis de l'opposition, en particulier en cette période de construction de l'Etat et de la Nation sénégalais. En effet, il estimait que ceux-ci « ne pouvaient être tolérés que s'ils expriment des critiques constructives et cherchent à atteindre le méme but que le parti au pouvoir, c'est-à-dire empêcher que les divers groupes sociaux ne se cristallisent en classes destinées à s'affronter... » (Hesseling, 1985). Confrontée à la confiscation et à la centralisation du pouvoir - Senghor voulant rester seul « maître à bord » - l'opposition était obligée d'évoluer dans

2- Antoine TINE dans « Léopold Senghor et Cheikh Anta Diop face au panafricanisme : deux intellectuels, même combat mais conflit des idéologies » in Intellectuels, nationalisme et idéal panafricain. Perspective historique pp. 129-157. Dakar : CODESRIA, 2005.

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la clandestinité car ne pouvant s'exprimer ni librement ni publiquement du fait de brimades et de violences dont elle était victime. Héritier de la pensée politique senghorienne, Abdou Diouf a instauré officiellement le multipartisme. Toutefois, il lui a été reproché, entre autres, pendant les vingt années qu'il a passé à la tête du Sénégal, des processus électoraux tronqués, des opposants emprisonnés une gestion gabegique des deniers publiques et des ressources de l'Etat alors que le pays était en proie à un marasme économique grandissant.

Toutefois, l'économie du pays n'a jamais été réellement florissante, loin s'en faut. La seule période d'embellie économique liée à l'euphorie des années post-indépendance et à une conjoncture favorable pour les monocultures de rente héritées de la période coloniale (arachides) et les phosphates, n'a été que de courte durée. Car « l'Etat providence », comme son nom l'indique, qui subventionnait tous les secteurs productifs, mettait en oeuvre de grands projets d'investissement, des mesures et des facilités sociales, n'avait pas fait illusion pendant longtemps. Dès le début des années 1970, la dégradation des écosystèmes sous l'effet de la sécheresse et d'une forte pression démographique sur les ressources naturelles a entraîné une désarticulation des systèmes agro-pastoraux, aggravant du coup l'insuffisance de la production, la baisse drastique des quantités des produits d'exportation et des revenus des paysans, et l'incapacité croissante de l'Etat à satisfaire les besoins primaires.

L'essoufflement de l'« Etat providence » se traduisit par une dégradation progressive de la trésorerie et des finances publiques. C'est pourquoi à la fin des années 1970, ne pouvant plus faire face aux charges publiques courantes, l'Etat avait fait appel aux Institutions financières internationales, la Banque mondiale (BM) et le Fond monétaire international (FMI) pour financer les déficits de son économie. La mise en oeuvre des politiques de stabilisation suivie des Plans d'ajustement structurels dès 1979 obligeaient l'Etat à se désengager progressivement des secteurs productifs et à lancer leur privatisation. Mais, outre le désengagement de l'Etat, l'inexistence d'un secteur privé capable de se substituer à lui pour conduire

le développement socioéconomique du Sénégal avait renforcé les contraintes financières et aggravé la dégradation des conditions de vie des populations. Le pays connut ainsi une longue période d'austérité, traduite dans les faits par la suppression des subventions aux différents secteurs productifs et l'augmentation des prix des denrées de première nécessité. Ainsi, la pauvreté a continué à sévir au Sénégal comme le montre Momar Coumba Diop dans une étude menée dans la région de Dakar et sa banlieue et publiée en 1997 « seuls 16,7 % des ménages ont accès à l'eau courante, 23 % au réseau électrique. A Dakar, 24,7 % des ménages ont le privilège d'un assainissement convenable, 36 % bénéficient d'un téléviseur, 28,6 % d'un réfrigérateur, 11,8 % d'une voiture »3.

Liées à la construction de l'Etat du Sénégal contemporain, la pauvreté et la mal gouvernance ont, toutefois depuis 2000, après l'accession du régime libéral au pouvoir, pris de l'ampleur. En effet, face au renchérissement du coût de la vie, la pauvreté et la paupérisation des masses populaires se sont fortement exacerbées en même temps que se sont multipliés les manquements à l'orthodoxie démocratique et à la transparence dans la gestion des affaires publiques. Toumany Mendy dit à ce propos : l'«alternance semble de plus en plus perçue par la grande majorité des Sénégalais comme un désastre total : clientélisme politique inquiétant, politisation des institutions judiciaires (...), scandales financiers, crises de fonctionnement des entreprises nationales, dysfonctionnements administratifs liés aux incessants remaniements ministériels, conflits politiques et idéologiques (...) » (Toumany Mendy, 2006). Aussi, face à ce que les observateurs appellent l'incapacité des nouvelles autorités publiques à proposer une alternative au niveau social, économique et politique et à impulser le changement pour lequel le peuple s'était massivement mobilisé en 2000, une grande déception et une grande désillusion semblent être à l'origine d'un fort mécontentement social. De sorte que, le 23 décembre 2008, un collectif de partis politiques a signé une déclaration appelant au départ du régime du président Abdoulaye Wade, dans laquelle il invitait

4-- Momar Coumba Diop et al, « La lutte contre la pauvreté à Dakar ; programme de gestion urbaine », Dakar, 1995.

tous les segments du peuple, les forces politiques, citoyennes, démocratiques et sociales, pour la constitution de Comités citoyens de résistance (CCR) dans les quartiers, les villages, les lieux de travail, partout. On pouvait lire dans cette déclaration: « Nous avons tous un intérêt commun à nous souder autour de la lutte contre la vie chère, pour l'emploi, le pouvoir d'achat, la réduction du train de vie de l'état, l'allocation efficiente des ressources du pays au profit des plus démunis, la défense du service public de l'éducation et de la santé. (...) L'élaboration d'une nouvelle constitution démocratique et l'instauration d'un authentique Etat républicain (...) pour faire échec aux visées et manoeuvres du pouvoir, lourdes de tous les dangers pour notre pays...»6. Autrement dit, l'effritement généralisé des valeurs éthiques et morales et la banalisation des institutions ajoutés au dénuement croissant des populations qui, en dépit d'une croissance économique soutenue, peinent à s'assurer une alimentation équilibrée, à se loger convenablement, à avoir un accès facile aux soins et à l'éducation, sont autant de phénomènes qui peuvent, semble-t-il, engendrer le chaos.

Dans tous les cas, la multiplication des manifestations sociales et politiques qui se sont presque toutes soldées par des affrontements avec les forces de l'ordre et les élections locales qui se sont déroulées le 22 mars 2009 ont servi de baromètre pour apprécier la profondeur du mécontentement social et mesurer les risques de troubles. Le Président de la République a été accueilli presque partout par des brassards rouges (signes du mécontentement social), des hués et même des jets de pierres. En outre, des cortèges ont été attaqués, des voitures incendiées, bref comme titrait un journal de la place le mercredi 4 mars 2009 : « Sénégal-violences électorales : le règne de la terreur prend forme »7. En outre, la perte des élections locales par la coalition présidentielle a, semble-t-il, montré le rejet par les populations du mode de gestion des affaires publiques, et la non prise en charge par les autorités publiques des priorités du peuple qui se résument à la paix sociale et à la prospérité économique. Car, au niveau de la géopolitique interne, en dehors de la dégradation continue des conditions de

5 - Sud Quotidien du vendredi 26 Décembre 2008 6- Nalla fall in Pressafrik, Mercredi 4 mars 2009

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vie des Sénégalais, les fronts où les luttes de pouvoir donnent lieu à la mise en oeuvre de stratégies qui ne tiennent le plus souvent compte que des intérêts du moment des différents acteurs se sont fortement multipliés. Tandis qu'au niveau externe, les tenaces représentations qui font du Sénégal « le modèle » de démocratie en Afrique, empêchent de penser la réalité de l'évolution ou plutôt de la dégradation de la référence sociopolitique qu'il a longtemps été.

Ainsi posés, les termes de cette étude résument sa problématique en deux principales interrogations :

1. En quoi les conflits de pouvoir et les relations tendues entre les autorités politiques, à la tête du pays depuis 2000, et certaines composantes de la Nation (de l'opposition politique à la jeunesse) pour le gain et le contrôle de la légitimité populaire et territoriale constituent-elles une sérieuse menace pour la stabilité du pays ?

En d'autres termes, en s'aliénant, la société civile, l'opposition, la majorité des organes de presse, la jeunesse (élèves, étudiants, chômeurs...), les paysans et la quasi-totalité des régions périphériques à la capitale du fait d'une gestion solitaire et patrimoniale du pouvoir où la concertation et le dialogue ne sont pas les bienvenus, la majorité présidentielle n'est-elle pas en train de créer elle-même des conditions favorables à la déstabilisation sociopolitique du Sénégal ? De plus, vue l'importance, la richesse et les capacités de mobilisation des confréries dans ce pays, est-ce que le fait de privilégier une confrérie au détriment des autres, une politique mise en oeuvre par le régime libéral n'est pas un terreau fertile d'où peuvent surgir dissensions, querelles voire affrontements ?

2. Est-ce que l'absence d'une véritable prise en charge de la lutte contre la pauvreté, pour le relèvement du niveau de vie de la grande majorité des Sénégalais et la réduction des inégalités sociales au détriment de l'enrichissement et de la satisfaction des intérêts d'une minorité qui gouverne et de ses soutiens peut engendrer le chaos sociopolitique ?

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Autrement dit, en se rendant compte de plus en plus que les hommes politiques qu'ils ont contribué à faire élire, croyant en leur capacité d'impulser le sopi (changement) en particulier au niveau social, semblent plus préoccupés par leurs intérêts personnels que par la résolution de la crise économique que connaît le pays ou à tout le moins, la réduction de ces méfaits, les Sénégalais sont-ils prêts à les démettre du pouvoir de façon violente et non démocratique ?

Il apparaît clairement que l'essentiel de ce mémoire constituera d'une part à chercher à élucider les différentes rivalités de pouvoir engendrées par les agissements politiques et/ou politiciens des autorités publiques au centre desquelles se trouve le Président Abdoulaye Wade et les impacts de la pauvreté sur les populations et d'autre part à déterminer les risques et les menaces qu'ils peuvent susciter.

Vue sous cet angle, cette problématique amène à envisager l'analyse géopolitique à deux différentes échelles parfaitement imbriquées : nationale et locale (régions). La première permettra d'aborder cette étude en tenant compte de l'ensemble du territoire national et de l'ensemble des acteurs qui y sont concernés par les rivalités et les conflits de pouvoir cristallisés par la multiplication des manifestations sociales susceptibles d'engendrer des troubles sociaux et/ou politiques qui pourraient bouleverser durablement, ou pas, la stabilité du Sénégal. En revanche l'échelle locale elle, permettra de faire la comparaison entre le petit territoire (550 km2) de la capitale Dakar qui a la particularité de concentrer les principaux centres administratifs (palais présidentiel, ministères, ambassades, organisations internationales...), les principaux pôles économiques du pays (port, aéroport, industries...), d'avoir le plus fort taux d'urbanisation (52,6 %) et enfin d'être la plus peuplée de toutes les régions (2 167 793 hts, en 2007, soit une densité de plus de 4 000 hts/km2) et la vaste région de Tambacounda, qui couvrait jusqu'au dernier découpage administratif (2008) qui l'a amputé d'un département, une superficie de 59 602 km2, soit 30 % du territoire national. Elle a, en dépit de ses nombreuses potentialités (forêts luxuriantes, terre arables étendues, or, fer, marbre...) le plus faible taux d'urbanisation du

pays (seulement 2,6 %) et abrite seulement 612 288 hts (soit 10 hts/km2). Cette comparaison qui se focalisera sur les disparités au niveau du système sanitaire, sur la dépendance alimentaire (agriculture) et sur les mesures mises en oeuvre par les autorités publiques dans ces territoires. Elle permettra de cerner les inégalités entre une région fortement urbanisée et une autre marquée par sa ruralité. L'objectif final étant de déterminer les menaces que peuvent engendrer les inégalités sociales et spatiales, les conflits dans et pour les territoires dans deux régions aux extrémités de l'échelle sociale sur la stabilité du pays.

MANIFESTATIONS ET TROUBLES SOCIAUX :

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"Il faudrait pour le bonheur des états que les philosophes fussent roi ou que les rois fussent philosophes"   Platon