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Une Algérie fracturée, un enfant en danger

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par Lounis Oukaci
Université Mentouri de Constantine - Doctorat d'état en sciences de l'éducation 2007
  

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1- Une Algérie agonisante.

C'est avec sincérité et sérieux que l'Algérie s'est engagée à assurer toute la protection voulue aux enfants sur son territoire. Le reste du monde n'est cependant pas, sans savoir, qu'elle est confrontée à d'énormes problèmes.

D'ailleurs, certain indicateurs socio-économiques et éducationnels sont parmi les plus alarmants au monde : vieillissement de la population, absence de cellules de proximité d'accueil dans les régions éloignées, manque d'information, des taux de fécondité à partir de 35 ans, la non-maitrise des méthodes de contraception et le manque d'approvisionnement approprié. Ces causes, pour ne citer qu'elles, provoquent chaque année 1000 décès maternels et infantiles. Sur 180.000 décès enregistrés en 1999, 140 femmes sur 1000 meurent (soit 14% l'auteur) suite aux complications et 57 bébés décèdent suite aux malformations génétiques.

Cela étant, 8% des décès sont dus, essentiellement, aux avortements et/ou aux fausses couches ... les observateurs de la santé estiment que le taux de mortalité maternelle et infantile au Sud du pays dépasse les 30% » (2).

Du point de vue économique, la situation demeure alarmante. Le conseil économique et social (CNES) continue à tirer la sonnette d'alarme sur la situation économique et sociale. Quelques indicateurs démontrent clairement cette catastrophe qui pourrait engendrer une explosion sociale : déficit global du trésor à fin Juin 1999 : 80.2 milliards de dinars (03 fois plus important que celui enregistrer à la même période de 1998). Le taux de change afin Juin 1998 : 68.3 1 DA pour 01 Dollar US (contre 60.40 DA pour 01 Dollar US à fin Décembre 1998 et 66.16 DA pour 01 Dollar US à fin Mars 1999).

Le service de la dette à fin 1998 : 05 milliards de Dollars. Le découvert en compte courant des banques : 71.8 milliards de dinars (contre 40.2 milliards à fin 1998)... Plus de 01 million d'enfants souffrent de malnutrition, dont 100.000 de formes sévères.»(3).

Cette crise économique interne et chronique a eu des répercussions sur la société. Ses retombées sont dramatiques et représentent un réel danger sur sa cohésion sociale.

Selon une étude en termes réels du pouvoir d'achat des revenus salariaux entre 1986 et 1994 aurait été de plus de 45% (...). L'appauvrissement d'une partie des salariés est particulièrement sensible, puisque 13 % des chefs de ménages salariés sont classés dans la catégorie « très pauvres ». L'apparition de « nouveaux pauvres » issus des couches moyennes, depuis le début des années 90 est un phénomène inédit qui confère à la pauvreté de nouvelles caractéristiques. Un rapport reprenant des chiffres de l'ONS (office nationale des statistiques) affirme que 33% des salariés ont un revenu inférieur à 6000 dinars.

Bientôt nous aurons deux classes très distinctes les riches, qui représentent l'infime minorité, et les pauvres qui représentent la majorité. Le fossé est grand, très grand même, et de nouvelles moeurs commencent à apparaître et à s'amplifier à une vitesse phénoménale. Cette évolution à deux vitesses engendrera, dans un futur proche, grâce à l'effondrement des valeurs, une nouvelle forme de banditisme et de pression, qui sera exercée sur les «hommes politiques».

Du point de vue éducationnel, la situation n'est guère encourageante. Le 1/4 de la population est analphabète soit plus de 07 millions, dont plus de 04 millions de femmes, la déperdition scolaire est de 500.000 élèves par an. « Les salles de classes sont utilisées à plus de 220 % de leur capacités. Le parc des infrastructures du primaire accuse un déficit qui dépasse les 40.000 salles de classes, ce qui correspond à 12 ans d'investissement à ce niveau. En ce qui concerne la qualification des enseignants dans les deux premiers cycles, on recense prés de 85% des enseignants ne possèdent pas le baccalauréat. Le taux est de 63% dans le troisième cycle. Dans le secondaires en revanche, les enseignants sont majoritairement d'un niveau universitaire 9 7%» (4).

Pour ce qui est des supports pédagogiques, « on note que sur 15200 écoles primaires, réparties sur le territoire national, 4045, soit 26% seulement, sont dotées de bibliothèques scolaires »(5). Enfin pour ce qui est de la santé scolaire, on note que « la couverture sanitaire des écoles atteint à peine les 50% ». (6)

Du point de vue politique : la participation politique des citoyens se trouve fragile, sinon inexistante. Le principe qui guide la démocratie est celui de la citoyenneté. Il implique à la fois le droit pour chaque être humain d'être traité par les autres en égal en ce qui concerne la formation, les choix collectifs et l'obligation

de la part des gouvernants d'être également responsables devant tous les membres de la société politique ; inversement, ce principe impose aussi des obligations aux gouvernés, notamment celle de respecter la légitimité des choix, comme il accorde aussi des droits aux gouvernants, notamment celui d'agir de manière autorisée pour promouvoir l'effectivité de ces choix, et pour protéger la Nation des menaces contre son existence.

La démocratie (comme régime), la citoyenneté (comme statut et rôle) et la participation (comme activité) sont trois concepts étroitement reliés. Tous trois posent de sérieux problèmes sémantiques à l'origine d'importants désaccords épistémologiques et idéologiques. De ce fait, la démocratisation désigne les processus par lesquels les règles et les procédures de la citoyenneté sont soit appliquées aux institutions politiques anciennement régies pour d'autres principes (le contrôle coercitif, la tradition social, le jugement des technocrates ou la pratique administrative), soit élargies pour inclure des personnes ou des groupes qui ne jouissaient pas antérieurement de tels droits et obligations, soit enfin étendues pour ouvrir les institutions qui n'étaient pas antérieurement soumises à la participation des citoyens.

Or, il se trouve que, chez nous le concept de citoyenneté, n'est pas pris en considération par la classe politique. Cette dernière cherche à s'imposer comme substitut à ce déficit de citoyenneté, donc à amorcer une fonction de mobilisation politique et d'intégration, tout en risquant d'hypothéquer doublement celle-ci. D'une part, en construisant la citoyenneté sur un monde externe à nos valeurs ancestrales, rendant de la sorte plus difficile la conversion de la citoyenneté en instrument de gouvernement et donc en argument de mobilisation de l'obéissance civile.

D'autre part, cherchant à corriger ce défit de citoyenneté dans un espace politique différencié, en l'associant à la stratégie, de protection ou de promotion d'une classe politique nouvelle ou de notables traditionnels convertis en élite politique, elle risque d'associer la fonction citoyenne moderne à une légitimité fragile.

Les conditions de vie que connaît un grand nombre de familles et d'enfants son telles que l'application des dispositions et articles divers de la convention ne peut se concevoir que dans le cadre d'une démarche tendant à remédier progressivement à la situation ; les désavantages et les privations de droits dont souffrent les enfants sont en effets plus marqués et plus difficiles à surmonter.

A l'heure actuelle, l'Algérie subit comme d'autre pays du monde les effets de certaines évolutions socio-économiques aux retombées défavorables sur la situation de nombreux enfants de moins de 18 ans. Au premier rang d'entre elle, figure la transition rapide d'une économie presque exclusivement agraire à une économie de marché où l'industrie et les services occupent une place grandissante. Ce phénomène est accompagné d'un déplacement de la population des compagnes vers les villes, le gros des migrants appartenants aux groupes sociaux les plus pauvres (la concentration de la population au Nord du pays, due à l'exode, est l'une des délicates contraintes que rencontre l'Etat).

Selon une étude faite par un ingénieur en 1987 : « 65% de la population, soit environ 15 millions d'habitants, était concentré au nord occupant une superficie ne dépassant pas les 4% du territoire national et comporte l'essentiel des terres agricoles, soit 70 %. Dans les autres régions, 25%, soit 5,7 millions d'habitants se trouvent dans les hauts plateaux sur environs 9% du territoire national. Quant au Sud qui représente 87% de la superficie nationale, seulement 10%, soit 2,2 millions d'habitants, y vivaient.

Alger à cette époque comptait 3.663.505 habitants concentrés sur 0,3% de la superficie nationale, soit une densité de 508 h/km2. Ainsi ce phénomène a provoqué une utilisation abusive et anarchique des terres agricoles les plus fertiles. Par ailleurs, la zone tellienne, considérée à grand risque sismique comptera en 2010 plus de 20 millions d'habitants et atteindra un taux d'urbanisation estimé à 70 %. A cela vient s'ajouter l'accroissement anarchique des villes et des activités

économiques et industrielles qui menacent les ressources rares et qui imposent une pollution préoccupante des eaux, des sols et de l'atmosphère » (7). Sans oublier en plus le taux d'accroissement de la population des grandes villes, le manque de terres et la marginalisation croissante de certain groupes (l'urbanisation du pays est à présent estimée à la hauteur d'environ 60% et les bidonvilles accueillent une grande majorité de la population urbaine, cette dernière est en augmentation rapide (...). Les demandes de logement dépassent les 500.000), tout cela contribue à une certaine clochardisation de tous les aspects de la vie, clochardisation qui à un effet négatif sur les moyens de subsistances, la cohésion familiale et la place des enfants.

Un nombre grandissant de ménages est dirigé par une femme seule, dont beaucoup abandonnées temporairement ou définitivement par des maris qui se soustraient à leurs responsabilités familiales.

Les bouleversements de l'économie mondiale dans les années 80, ont eu des répercussions sur l'ensemble des pays. En Algérie, l'augmentation du nombre de femmes devant assumer seules les charges de la famille, souvent sans qualification ou une formation adéquate et suffisante, en fait la catégorie sociale la plus vulnérable. Ceci représente une des symptomatiques de la conjoncture actuelle qui caractérise l'Algérie d'aujourd'hui.

Dans les années fastes, la question du travail de la femme ne se posait pas. En effet, l'épanouissement personnel dans le prolongement d'une scolarité rendu possible par la démocratisation et la gratuité de l'enseignement pour tous favorisait l'insertion socioprofessionnelle de la femme. « Aujourd'hui, cette insertion socioprofessionnelle ne se pose plus dans les mêmes termes, elle se pose beaucoup plus en terme de nécessité économique dont l'enjeu est la valorisation du revenu de la femme ou de sa famille, lorsqu'il n'est pas celui de la création d'un revenu inexistant auparavant. Le taux d'activité féminine est de 16.7%. 8,4% de familles ont une femme comme chef de famille. 3200 femmes, sans emploi, sont chef de famille ou chef de ménage ». (8) Cette situation alarmante ne peut qu'avoir une influence négative sur le devenir de l'enfant.

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