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Une Algérie fracturée, un enfant en danger

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par Lounis Oukaci
Université Mentouri de Constantine - Doctorat d'état en sciences de l'éducation 2007
  

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5-2- L'enfant et sa famille.

« Il est d'usage assez courant de décrier la famille et de la rendre responsable d'innombrables maux, en quoi on a simplement tort de ne pas souligner assez que ce n'est pas « la » famille qui est en cause, mais bien la carence de la famille, son insuffisance psychologique, pédagogique et morale. C'est la « mauvaise famille » insuffisante, qui est à l'origine de tant de vies manquées et de misère, de névrose, d'inadaptation et de troubles de toute sorte. Il serait juste de se souvenir parfois que les vies saines, équilibrées, heureuses ont aussi commencé dans une famille, il est injuste de ne mettre que nos défauts et nos insuffisances, et d'insinuer ainsi que nos caractéristiques valables et positives auraient une autre origine... probablement situées en nous-mêmes »(19).

Ainsi, comme nous le constatons, tous les parents ne peuvent être des boucs émissaires, tous les enfants ne sont pas des saints ou des martyrs. Ainsi, Reich, peut-il accuser la famille d'être « une fabrique d'idéologie, autoritaire et de structure mentale conservatrice » (20). Mais vouloir reformer les structures familiales sans y substituer de nouvelles formes admises par les mentalités relève de l'utopie.

En Algérie, vouloir abroger quelques amendements que contient le code de la famille, pour remettre la société sur le diapason de la modernité, suscite une polémique et une effervescence politique d'une intensité extraordinaire. Tout changement, parce qu'il remet en question les valeurs traditionnelles, parfois archaïques, suscite toujours inquiétude et regret.

Dans les événements sanglants de 1988, on voit un refus catégorique de l'autorité. La famille n'est pas seule à être mise en cause. Toute autorité en tant que pouvoir impliquant la soumission et l'acceptation passive, se voit l'objet d'un refus qui se généralise. Dans son analyse de l'autorité Gérard Mendel critique « Tout le système de valeur antérieur fondé sur le principe de l'autorité a tendance à disparaître au profit de ces règles d'or de l'ère industrielle fondées, elles sur les principes d'efficacité » (21). Il rajoute : « Principe d'efficacité par une éducation libérale semble à la base de cette démystification de l'autorité dont l'image passait dans l'esprit de l'enfant par celle du père. La société des adultes n'apparaît plus comme sécurisante aux yeux des jeunes, mais plutôt comme dangereuse. Et pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, le fils ne veut plus ressemblé au père ».

.L'enfant refuse l'héritage, il préfère accéder à l'état d'adulte sans perdre son état d'enfance. Quoi qu'il en soit dorénavant, rien ne sera jamais plus pareil. Nous assistons à la naissance d'une nouvelle vision de la relation parents-enfants, qui exclut d'avantage la soumission.

Le sociologue Boukhabza, en analysant les causes et les origines des événements d'Octobre 88, a démontré avec brio le marasme de la famille algérienne et sa soumission totale à l'autorité, d'où sa marginalisation dans le processus éducatif : « proclamée dans les textes fondamentaux du pays comme cellule de base de l'organisation sociale, la famille en Algérie cesse progressivement d'être un instrument d'éducation, d'acculturation et de socialisation. Une telle situation est dû au fait qu'elle est elle-même soumise à un processus de destruction favorisée par sa soumission quasi permanente aux idéologies et aux cultures venues d'ailleurs et à la dévalorisation des valeurs et des normes dont elle tient sa raison d'être ».

Au seul plan qui intéresse cette réflexion. Il faut relever l'impact parfois dérisoire de la famille sur la prima d'éducation de l'enfant. Ce dernier est théoriquement pris en charge par l'école des l'âge de six ans. En fait ni le contenu culturel du message scolaire, ni les conditions de scolarisation, ne favorisent une éducation de l'enfant en adéquation avec le projet de société proclamé. Ajoutons à cela le décalage entre les valeurs étudiées au sein de l'établissement et celles développées par le milieu familial, ou le système audiovisuel ou tout simplement l'environnement, et l'on abouti à un processus d'acculturation de l'enfant, où prédomine un amalgame de valeurs souvent incohérentes, en dysharmonie et par rapport aux objectifs proclamés et par rapport à la simple cohésion sociale. La famille amoindrie par la précarité de son existence, les tensions quasi permanentes qu'elle n'a ni à résorber ni à assumer, par une contestation continue des valeurs les plus intimes censées représenter le socle invariable qui donne un sens à tout son fonctionnement, se laisse entraîner dans une certaine dérive culturelle.

Les dispositifs légales pris à ce sujet ou encore les proclamations faites la concernant ne peuvent rien à la poursuite de la dynamique qui l'érode et la ronge.

Il faut dire que le fondement essentiel de la famille ne se limite pas à la reproduction biologique, mais doit porter sur une dimension à la fois culturelle, sociale, économique.

Culturelle dans la mesure où c'est au sein de la famille que l'enfant est d'abord « cultivé », que les rapports à la société y sont appris, que cette cellule de base constitue l'instrument fondamental de la solidarité sociale. Et qu'au plan économique, elle a un rôle des plus importants à jouer. Or l'organisation institutionnelle en place se traduit dans les faits, même si elle nie ou occulte toujours cette réalité, par une marginalisation des fonctions familiales au profits des institutions, même si ces dernières ne les assument pas convenablement ». (22)

Voilà donc l'expérience que vit aujourd'hui beaucoup de familles Algériennes, où les jeunes ayant une culture différente veulent, parfois par le conflit, faire admettre leurs propres valeurs. C'est de l'attitude parentale active, de la réponse que les adultes donneront aux enfants considérés comme interlocuteurs valables que viendra la solution, désormais fille du dialogue.

Il faudra donc que les parents prennent conscience qu'une autorité inconditionnelle ne peut que « déstabiliser » l'enfant et aggraver son inconfort dans la famille. Force est de constater que malgré la marginalisation de la famille, par les pouvoirs publics, dans le processus d'éducation. L'adaptation de l'enfant dans la famille et la société est tributaire de la fonction maternelle.

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"L'ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit"   Aristote