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Les élections législatives de 1902 en France

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par Lucien MITAIS
Université Paris- Sorbonne - Diplôme d'études supérieures 1967
  

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2 .3 Les socialistes

Ils sont divisés. Ceux qui suivent Jaurés pensent qu'il était en 1899 et qu'il est encore en 1902 de leur devoir de participer a l'ceuvre de « défense républicaine ». Ceux qui suivent Jules Guesde affirment que les socialistes n'ont pas a se mêler aux luttes entre les différents partis « bourgeois ».

Pour les premiers, la réaction menace la République ; les socialistes, co mme les autres républicains, doivent la défendre. Ce faisant, ils ne perdent nulle ment leur originalité, mais ils hâtent, au contraire, l'avéne ment de la dé mocratie socialiste. Jaurés, en effet, déclare : « Vaincus au 24 mai, au 16 mai et sous le boulangisme, la reaction monarchique, clericale et cesarienne a tente il y a quatre ans un nouvel assaut contre la Republique; et cette fois encore, l'experience a demontre que, pour refouler la contre-Revolution l'union de tous les republicains etait necessaire ». Puis il ajoute : « L'union necessaire entre les republicains n'implique pour aucun d'eux aucune abdication. Quand les republicains moderes, radicaux, socialistes votent tous ensemble contre la reaction, les moderes et les radicaux n'adhèrent point pour cela au socialisme ; et les socialistes n'abandonnent pas la moindre parcelle de leurs idees et de leurs revendications, mais ils affirment tous ensemble que la liberte republicaine est le patrimoine commun, et qu'elle est la condition absolue de l'evolution regulière de la democratie »114.

112 Numéro du 6 avril 1902.

113 Numéro du 18 avril 1902.

114 Profession de foi du député de la 2ème circonscription de l'arrondissement d'Albi (Tarn).

De son côté, Gérault-Richard écrit dans « la Petite republique » : « ll y a parfois necessite pour le proletariat d'appuyer, entre les diverses fractions de la bourgeoisie, celle qui, menaçant le moins ses facultes de propagande, d'organisation, est la plus susceptible au contraire de lui conceder de nouvelles garanties et d'ameliorer ses conditions d'existence et de travail »115 (115).

Pour les seconds, en prêtant leur appui a une des fractions de la bourgeoisie, les socialistes ne font que prolonger la vie du régime capitaliste. Le Parti socialiste de France déclare que : « Parti de revolution, et par consequent d'opposition a l'Etat bourgeois, s'il est de son devoir d'arracher toutes les reformes susceptibles d'ameliorer les conditions de lutte de la classe ouvriere, il ne saurait en aucune circonstance, par la participation au pouvoir central, par le vote du budget, par des alliances avec des partis bourgeois, fournir aucun des moyens pouvant prolonger la domination de la chose ennemie »116. Aux yeux des socialistes intransigeants, seule co mpte la question sociale : « Les questions qui, a l'heure presente, occupent les partis politiques [...] ne sont que des trompe-l'ceil pour masquer aux yeux des travailleurs la question sociale, la seule question qui doive les interesser et les passionner »117.

Le but visé par les socialistes, a quelque tendance qu'ils appartiennent, est la transformation de la société capitaliste en une société collectiviste. Pour l'atteindre, au P.S.d.F., on envisage surtout d'avoir recours a des moyens violents, a la révolution. L'avis du P.S.F. est plus nuancé : «1l serait dangereux s'ecarter l'hypothese d'evenements revolutionnaires qui peuvent être suscites ou par la resistance ou même par l'agression criminelle des privilegies. 1l serait funeste, sur la foi du seul mot de Revolution, de negliger les grandes forces d'action legale dont dispose dans la democratie le proletariat conscient et organise »118. Pour sa part, Millerand répudie même toute idée de violence : « Je suis l'adversaire resolu de tous les moyens violents [...]. Je suis le partisan convaincu de la methode reformiste »119. Néanmoins, en attendant, tous les socialistes proposent a peu prês le même programme, três co mplet, de réformes écono miques et sociales.

115 La Petite République , n° du 16 mai 1902.

116 Déclaration du P.S.d.F., reproduite au début du Barodet.

117 Le Petit Sou, n° du 28 avril 1902.

118 Déclaration du P.S.F., reproduite au début du Barodet.

119 Profession de foi du député de la 1ère circonscription du 12ème arrondissement de Paris.

On ne peut pas dresser ici une liste exhaustive des mesures ainsi proposées. Contentons-nous d'indiquer les principaux points. En matière fiscale, les socialistes réclament la création d'un i mp8t global, progressif et personnel sur le revenu et celle d'un

i mp8t progressif sur les successions. Dans le do maine écono mique, ils envisagent de no mbreuses nationalisations, en particulier celles des che mins de fer, des mines, des assurances, des grandes industries et de la Banque de France. Au point de vue social, ils préconisent toutes les mesures possibles afin d'améliorer les conditions de travail des salariés, ils de mandent l'établisse ment d'un systè me co mplet d'assurances et de retraites, et ils réclament la liberté co mplète pour les syndicats ainsi que le droit pour les fonctionnaires de se syndiquer.

Les problè mes religieux et scolaires revêtent une importance plus grande pour les socialistes « ministériels » que pour les autres. Toutes les mesures proposées ont un caractère radical : les congrégations doivent toutes être suppri mées et leurs biens confisqués : la séparation de l'Eglise et de l'Etat doit être i mmédiate et suivie de la reprise de tous les biens du clergé et de tous les édifices du culte ; la loi Falloux doit être abrogée et le monopole universitaire rétabli : a 1l faut que l'Etat laique et républicain reprenne sur tout l'enseignement le droit de controle et de direction dont il a été dépouillé »120. La gratuité de l'enseigne ment a tous les échelons est aussi réclamée.

Les socialistes n'ont aucune admiration pour l'armée, pour « toute la ferblanterie nationale »121. Les guesdistes la considèrent co mme un instrument du « grand capital » ; on peut lire dans l'appel du Conseil national du P.O.F. : a Et cette armée, qu'on vous présente comme destinée a défendre le sol national, n'est mise au service que de la grande propriété industrielle, financiére, commerciale et fonciére : tantot pour aller dans les guerres coloniales ouvrir, au prix du sang de vos fils et de vos fréres, de nouveaux débouchés a des marchandises que vous êtes trop pauvres pour consommer ; tantat pour fusiller les travailleurs réclamant un peu de mieuxetre »122.

120 Cf. note 114.

121 La Petite République, n° du 5 avril 1902.

122 Appel du P.O.F. reproduit dans la profession de foi du député de la 2ème circonscription de l'arrondissement de Montluçon (Allier).

Les articles anti militaristes se succèdent toute la durée de la campagne électorale dans les colonnes de La Petite Republique. L'état d'esprit réactionnaire des officiers et les atrocités des co mpagnies disciplinaires d'Afrique du Nord y sont le plus souvent dénoncés.

Ils sont évide mment partisans de la réduction du service militaire a deux ans car ils ne veulent pas laisser «echapper l'occasion qui se presente de liberer la jeunesse française d'une annee de bagne et d'abrutissement K12<. Mais ils ne veulent pas en rester là : a La reduction du service a deux ans ou mime a un an n'est a nos yeux qu'une etape. Ces reductions successives combinees avec un ensemble de mesures democratisant l'armee doivent nous conduire au systeme des milices oil tous les soldats sont en mime temps citoyens et oil l'apprentissage de la guerre defensive se confond avec la vie civile »124.

Les socialistes qui ont accordé leur soutien a Waldeck-Rousseau sont encore prêts, au lende main des élections, non pas a participer a un gouverne ment, mais a appuyer son action s'il s'engage résolu ment dans la voie des réformes. Jaurès affirme que l'union de tous les républicains « se continuera, sans abdication et sans confusion d'aucune sorte, dans la legislature prochaine pour achever la deroute de l'ennemi et pour realiser les reformes urgentes sur lesquelles l'accord immediat de tous les democrates est possible des maintenant »12s

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"Il faudrait pour le bonheur des états que les philosophes fussent roi ou que les rois fussent philosophes"   Platon