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L'expression de la Liberté dans "sous le jasmin la nuit " de Maà¯ssa Bey

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par Abdelkader Belkhiter
Université de Saida Algérie - Magister 2009
  

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2. L'horizon d'attente :

Tout acte de lecture suppose un acte d'écriture, ainsi le lecteur construit la réalité que fabrique l'auteur dans sa création de l'oeuvre, il construit une histoire qui est le mentir vrai du roman. La première lecture est une lecture d'évasion « lecture naïve ». Cette lecture éveille l'aspect psychologique chez le lecteur, aussi l'aspect imaginaire qui va faire appel à un code dit «  code dramatique ».

L'acte de lecture de tout texte littéraire préexiste une attente du lecteur, une conception préalable, des préjugés et des présupposés qui orientent la compréhension du texte et lui permettent une réception appréciative tout en le classant dans le genre dont il fait partie. Cet espace a été l'objet de nombreuses investigations et est nommé, depuis les travaux de Hans Robert Jauss, L'esthétique de la réception. En effet il écrivait :

« L'esthétique de la réception ne permet pas seulement de saisir le sens et la forme de l'oeuvre littéraire tels ont été compris de façon évolutive à travers l'histoire. Elle exige aussi que chaque oeuvre soit placée dans la série littéraire dont elle fait partie, afin qu'on puisse déterminer sa situation historique, son rôle et son importance dans le contexte général de l'expérience littéraire »57(*).

L'ensemble de ces éléments qui conditionnent cette réception de l'oeuvre d'art correspond, selon une terminologie que Hans Robert Jauss empruntée à l'épistémologue Karl Popper, à « l'horizon d'attente » du récepteur :

« Selon Popper, la démarche de la science de l'expérience pré-scientifique ont en commun le fait que toute hypothèse, de même que toute observation, présuppose certaines attentes, « celles qui constituent l'horizon d'attente sans lequel les observations n'auraient aucun sens et qui leur confère donc précisément la valeur d'observation »58(*).

Ce concept constitue une des notions clef de l'esthétique le la réception, mais il ne doit cependant pas être perçu comme une forme de déterminisme figé. Jauss conçoit cet horizon d'attente comme un code esthétique des lecteurs : tout lecteur doit mobiliser des savoirs culturels, des connaissances du genre, une familiarité avec la forme et le thème et le contraste entre langue littéraire et langue pratique, bref, c'est la somme des éléments plus ou moins conscients dont il dispose et qu'il est prêt à réinvestir dans le texte pour mieux le comprendre. Dans le cadre d'une étude de l'oeuvre d'art, la prise en compte de cet horizon d'attente apparaît comme essentielle, car dès son origine :

« L'oeuvre [...] nouvelle est reçue et jugée non seulement par contraste avec un arrière-plan d'autres formes artistiques, mais aussi par rapport à l'arrière-plan de l'expérience de la vie quotidienne. La composante éthique de sa fonction sociale doit être elle aussi appréhendée par l'esthétique de la réception en termes de question et de réponse, de problème et de solution, tels qu'ils se présentent dans le contexte historique, en fonction de l'horizon où s'inscrit son action » 59(*).

Ainsi, pour toute étude littéraire, il faut prendre en considération la question de la réception de l'oeuvre afin de mieux cerner l'ensemble des choix effectués par l'auteur servant à son élaboration.

Selon Sartre : « la lecture est une création dirigée », c'est-à-dire que tout lecteur, quand il lit un livre le crée, mais il le crée au sein d'un cadre fourni par l'auteur. Ce dernier aspire à communiquer du nouveau, mais il est contraint, pour tenir compte de la réception et de la situation de discours, à intégrer son texte dans une tradition formelle. Par conséquent, son choix de l'écriture doit-il rester limité afin de satisfaire le lectorat, et rester fidèle à son horizon d'attente ?

Les écrits de Maïssa bey s'inscrivent dans le cadre de la littérature maghrébine d'expression française. Par ailleurs, ses lecteurs sont loin d'être limités par une zone géographique prédéterminée, ne dépassant pas les lisières de la méditerranée ; bien au contraire, le champ est plus vaste que cela, s'étendant aux lecteurs de toutes les communautés francophones. Cette appartenance particulière à une littérature spécifiée, limite par contre leur horizon d'attente qui se trouve conditionné par les évènements sanglants que vit l'Algérie depuis plus de dix ans et par l'écriture de l'urgence qui marque les dernières productions littéraires algériennes.

Ainsi, on apprend parfois plus sur le lecteur que sur l'oeuvre, selon Sartre : « tous les ouvrages de l'esprit contiennent en eux même l'image du lecteur auquel ils sont destinés ». En effet, si le livre est destiné à un lecteur non concerné il n'aura désormais aucun intérêt ; néanmoins, l'attente du lecteur ne transparaît pas nécessairement dans la lecture qu'il en fera. Le lecteur en lisant Comme un bruit d'abeilles s'attend à lire des témoignages, à lire un texte qui peint avec fidélité la société algérienne de ces dernières années en proie au terrorisme et où la réalité est présentée sans aucun fard. En somme, il s'apprête à lire une des formes de cette écriture de l'urgence. L'horizon d'attente qu'il développe, n'est pas, selon Jauss, strictement individuel, mais aussi historique, c'est-à-dire trans-individuel. Cette attitude d'attente influence la lecture, mais pas obligatoirement dans un sens déterminé. Afin de susciter encore plus l'intérêt de ses lecteurs et de mettre en branle leur imagination, Maïssa bey demeure indocile et va à l'encontre de cette attente en insistant sur tous les aspects imprévisibles et susceptibles de les choquer et de créer chez eux une insatisfaction qui ne peut-être assouvie qu'une fois l'oeuvre est lue et relue. Selon Charles Bonn :

« L'échec d'une littérature trop fidèle à l'horizon d'attente qui l'accueille, ou aux directives idéologiques d'un discours culturel, provient de sa sollicitation d'un lebel de conformité », et il ajoute que « la répétition ne produit que des épigones insignifiants, même si dans l'instant de leur première lecture ils comblent une lecture qui ne sait pas qu'elle n'attend plus ce déjà connu, tout en le réclamant ».60(*)

Le lecteur s'attend à lire une série de nouvelles fictives et imaginaires, mais le texte proposé par Maïssa Bey ne répond plus à cette attente. Ces textes constituent ce que Jauss appelle « l'écart esthétique », qui est la deuxième notion clef de son esthétique de la réception. Il considère que plus cet écart esthétique est important, meilleur est le livre. Pour « bien lire le roman » il ne faut donc rien en attendre parce qu'attendre quelque chose, c'est se préparer à être déçu. Cet écart rend l'oeuvre sapide malgré qu'il contrecarre parfois l'attente du lecteur avec tout ce que cela peut entraîner comme conséquences indésirables à savoir le risque de produire l'effet contraire : lasser et blaser le lecteur et compromettre l'approbation du public.

Afin d'atteindre son objectif, Maïssa Bey met en oeuvre différentes méthodes qui concourent à l'élaboration de cet écart. Elle procède par le plan thématique et narratif, pour passer ensuite au plan formel et technique.

Les divers thèmes abordés par l'auteure convergent tous vers cette même idée de liberté qu'elle tend à exprimer et à observer au travers de son écriture. Mais sont-ce ces thèmes que tout lecteur s'attend à lire ? Selon l'esthétique de la réception, l'oeuvre littéraire est reçue et jugée aussi par rapport à l'arrière-plan de l'expérience de la vie quotidienne, ainsi, le terrorisme en Algérie reste au coeur de cette attente qui se réfère toujours à ce statut d'écrivain-témoin.

La première partie de notre étude nous a permis de voir les différents thèmes traités par l'auteur et de constater que le thème du terrorisme y figure mais qui n'est cependant pas prédominant - il n'est abordé que dans un récit : Nuit et silence. D'autre part, le récit d'ouverture et celui qui scande le reste des récits n'est aucunement en rapport, ni avec ce thème attendu, ni avec l'Algérie, ce pays sensé hanter les romans des écrivains Algériens. A l'encontre de toute attente, il s'agit des thèmes de la polygamie, l'intégrisme et de la liberté de la femme.

Selon Glaudes et Reuter 61(*) les modalités de lecture permettent de spécifier les types de relations que lecteur établit avec le texte narratif. Il distingue trois modalités possibles, applicables à tous les textes, or si on en cherchait la correspondance avec la lecture de notre texte on en dégagera deux, au lieu d'une :

 1- La modalité phénoménale - descriptive ou factuelle : selon laquelle le lecteur, se sentant extérieur à l'histoire, enregistrerait les faits rapportés sans en chercher les causes ni prendre parti.

2 - La modalité identifico-émotionnelle : le lecteur, se sentant impliqué dans l'histoire - qu'il s'identifie aux personnages ou qu'il les rejette par des jugements et des manifestations émotionnelles - tenterait d'expliquer la conduite des protagonistes par leur caractère et la dynamique de leurs rapports réciproques.61(*)

Ainsi tout lecteur, quelque soit sa nationalité, peut s'identifier au texte. Il adoptera deux types de relations : il se sentira concerné à plus d'un titre dans quelques uns des récits tandis que pour d'autres, il aura une vision extérieure plus limitée et moins impliquée. Finalement, et malgré cet écart historico-esthétique, Maïssa Bey tente de contenter tous ses lecteurs et de satisfaire tous les goûts.

Maïssa Bey a fait référence aux textes antiques et à la mythologie grecque qui est assez courante chez les écrivains littéraires ; Le mythe d'Ariane, de Phèdre et d'Antigone. Ce dernier est l'un des plus connu, et qui a fait l'objet de nombreuses études littéraires, sociologiques et psychologiques, ce qui a permis aux lecteurs d'en savoir et d'en connaître un minimum. De ce fait Maïssa les intègre dans les deux récits « Improvisation » et « La petite fille de la cité sans nom ». il n'est pas sans savoir que son lectorat connaît bien les points cardinaux de ce mythe. Par conséquent, tout changement ou rectification effectué à ce niveau serait d'emblée repéré. Or il ne s'accommode pas de l'utiliser sous sa forme originaire et l'introduit sous une nouvelle forme conforme avec le rôle de l'un de ses personnages : la petite fillette de « La petite fille de la cité sans nom  ». Ce qui nous mène à considérer cet acte comme une violation attentatoire à l'horizon d'attente.

La petite fillette s'identifie à Ariane dans sa recherche d'un amour perdu et d'une liberté enchantée. Mais l'identification à ce personnage mythique reste partielle et la comparaison faite des deux personnages reste diffuse du fait que dans l'incipit Maïssa bey compare cette fille à Ariane qui a aidé Thésée pour sortir du labyrinthe : « Elle aurait pu s'appeler Ariane. Pourquoi Ariane ? A cause de son nom, et aussi des labyrinthes. De ceux qu'on doit parcourir dès l'enfance, pendant longtemps, jusqu'à ce qu'on trouve la lumière » P.149

Mais on assiste une certaine infidélité de l'auteur vis-à-vis du mythe voire à sa démythification. Ainsi, ce personnage comparé à Ariane, se trouve confondu avec Thésée, quand elle cherche la sortie et la lumière du jour :

« Elle non plus ne sait pas pourquoi elle rêve souvent de labyrinthes. D'immenses galeries sombres et humides, inlassablement parcourues en allers et en retours inutiles. Toutes les nuits, elle court, s'égare dans inextricables dédales, parce que personne n'a tendu de fil pour elle pour l'aider à déboucher sur la lumière » Pp. 151/152

N'est-ce pas une mise en question de tout le mythe ? Le lecteur en lisant : « « Elle aurait pu s'appeler Ariane. Pourquoi Ariane ? A cause de son nom, et aussi des labyrinthes [...] » P. 149, s'attend à une certaine concordance entre les deux personnages, mais l'auteur s'arrange toujours pour passer outre cette attente, ce qui perturbe les connaissances préalables du lecteur et met davantage son imagination en éveil.

* 57 - Jauss H.R., Pour une esthétique de la réception, Paris, Gallimard, 1978, p. 69

* 58 - Ibid. p. 82

* 59 - Jauss H.R., Pour une esthétique de la réception, Paris, Gallimard, 1978, p. 83

* 60 - Glaudes Pierre et Reuter Yves, Le personnage, Paris, PUF, Collection « Que sais-je ? », 1998.

* 61 - Glaudes Pierre et Reuter Yves, Le personnage, Paris, PUF, Collection « Que sais-je ? », 1998.   p. 115.

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"Enrichissons-nous de nos différences mutuelles "   Paul Valery