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Etude linguistique du slogan révolutionnaire égyptien (La révolution d'Egypte du 25 janvier 2011)

( Télécharger le fichier original )
par Yasser Abdelaziz
Université Mentouri de Constantine - Master en science de langage 2011
  

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    REPUBLIQUE ALGERIENNE DEMOCRATIQUE ET POPULAIRE
    MINISTERE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE LA RECHERCHE
    SCIENTIFIQUE
    UNIVERSITE MENTOURI. CONSTANTINE.
    FACULTE DES LETTRES ET DES LANGUES
    DEPARTEMENT DE LANGUE ET LITTERATURE FRANÇAISES

    N° d`ordre : Série :

    Mémoire présenté en vue de l'obtention du diplôme de Master en Sciences du Langage

    TITRE :

    Etude linguistique du slogan révolutionnaire

    égyptien

    (La révolution d'Egypte du 25 janvier 2011)

    Présenté par: ABDELAZIZ Yasser

    Sous la direction du Professeur: Yasmina CHERRAD

    Membres du jury :

    · Président : DERRADJI Yacine MC. Univ. de Constantine.

    · Examinateur : BEN MASAOUD Rida MC. Univ. de Constantine.

    · Rapporteur : CHERRAD Yasmina MC. Univ. de Constantine.

    Année universitaire : 2011/2012

    Remerciements

    Nous présentons notre grand remerciement à notre directrice de

    recherche, Madame la

    professeure Yasmina CHERRAD qui nous a encadré et orientée

    pendant cette

    période pour mener cette recherche et élaborer ce mémoire.

    Nous remercions aussi tous

    les enseignants du département de langue et littérature

    françaises notamment

    ceux de notre spécialité Science de Langage.

    Dédicaces

    A mes parents et toute ma famille.

    A mes amis. A mes collègues les étudiants de Master, Science de

    Langage.

    Sommaire

    Introduction générale . 4

    Chapitre I : Le slogan révolutionnaire dans le contexte sociolinguistique égyptien.

    I- La révolution égyptienne et justification de choix ...........8

    II- Les slogans révolutionnaires égyptiens 10

    1. Citation des principaux slogans de la révolution égyptienne .10

    2. Une grille d`analyse sociolinguistique . 14

    2.1. Le critère sociolinguistique .14

    2.2. Présentation de la grille ...14

    3. Analyse interprétative des données et des résultats 16

    3.1. Bilinguisme et révolution égyptienne 16

    3.2. Le slogan en français « dégage ! » dans le contexte sociolinguistique égyptien 17

    Chapitre II : Le slogan révolutionnaire égyptien entre langage et discours.

    I- Définition du slogan révolutionnaire et ses caractéristiques 20

    1. Essai de définition . 20

    2. Supports et caractéristiques du slogan révolutionnaire.(comparé au slogan publicitaire, politique et au proverbe) ..23

    II- Sémiotique du langage révolutionnaire 27

    1. Processus révolutionnaire égyptien . 27

    2. Genèse du langage révolutionnaire 29

    2.1. Kinésique révolutionnaire égyptienne 30

    2.2. Proxémique révolutionnaire égyptienne ....31

    III- Le cadre général du slogan révolutionnaire égyptien 33

    1. Analyse contextuelle de la révolution égyptienne ..33

    2. Message d`une communication révolutionnaire. (selon le schéma de C.Kerbrat-Orecchioni) . 37

    2.1. La communication révolutionnaire égyptienne 37

    2.2. Le schéma de la communication révolutionnaire 38

    VI- Le slogan révolutionnaire en tant que genre de

    discours 43

    1. Grille d`analyse du discours révolutionnaire ..43

    1.1 . Critère d`élaboration .43

    1.2 . Présentation de la grille .46

    2. Le discours énonciatif révolutionnaire égyptien .51

    Chapitre III : Analyse lexico-sémantique et pragmatique des slogans révolutionnaires égyptiens.

    I- Une grille d`analyse syntaxique-sémantique des slogans révolutionnaires

    égyptiens 55

    1. Le slogan révolutionnaire du point de vue syntaxique 55

    1.1. Présentation de la grille syntaxique .55

    1.2. Description de la composante syntaxique des slogans

    révolutionnaires égyptiens ...57

    2. Le slogan révolutionnaire du point de vue sémantique 58

    3. Présentation de la grille d`analyse sémantique 61

    4. Analyse connotative/dénotative des slogans révolutionnaires ...65

    II- Relations sémantiques entre slogans révolutionnaires .69

    1. Dégage !, Irhal !, Out ! 69

    2. Le peuple veut... : la chute / le départ .72

    3. A bas... : Moubarake / le régime 74

    4. Les slogans de vendredi et des autres .76

    5. Relation sémantique générale. ..77

    III- La fonction pragmatique du dégagisme égyptien 78

    1. Présupposé et sous entendu du slogan révolutionnaire égyptien 79

    1.1. Description sémantique ...79

    1.2. Présupposé et sous entendu 81

    2. Le dégagisme égyptien comme un acte de langage 84

    3. Actes de langage des slogans révolutionnaires égyptiens .....85

    Conclusion générale 91

    Bibliographie.

    Annexe.

    Introduction générale:

    Le printemps arabe? est considéré comme le plus gigantesque mouvement du soulèvement populaire qui a embarrassé le monde arabe de l`océan jusqu`aux pays du golf. C`est tout un geste protestataire de Mohamed Bouazizi qui s`est révolté en s`immolant par le feu, cherchant sa dignité et sa liberté d`expression et de travail. Une action d`un jeune tunisien qui en fait n`a pas seulement parfumé la Tunisie par l`odeur de la révolution du Jasmin?, mais une odeur qui s`est exhalée d`un pays à un autre et qui se sent jusqu`à aujourd`hui en certaines régions comme la Syrie.

    Ce mouvement inattendu le printemps arabe? est considérablement caractérisé par son aspect apolitique, plus ou moins pacifique. Il a été tellement structuré, organisé par des manifestations, des marches collectives géantes et des grèves d`où les manifestants n`ont que la langue et leurs voix pour arme, en attribuant une nouvelle dimension au phénomène de la révolution. Durant ces mobilisations les protestataires se sont basés sur le pouvoir et la puissance des mots en scandant des énoncés très attirants, qui expriment la colère et l`indignation de la population. Des slogans qui indiquent les différentes revendications espérant réaliser et instaurer le changement radical social et/ ou politique comme fondements et objectifs de toute révolution, selon une perspective marxiste, affirme M.Rubel dans son ouvrage : « Marx et la démocratie »1. Une révolution entraînée essentiellement par un ensemble de cris plus proches de ceux de la guerre mais ni publicitaires ni politiques. C`est tout à fait un nouveau type particulier. Ces slogans considérés comme des faits langagiers mêlés d`un évènement social de révolution en témoignant ce rapport exhaustif entre le langage et la société.

    D`une manière générale, la révolution a été souvent mise en question en tant qu`un évènement en plusieurs approches scientifiques, mais pas vraiment dans notre champ disciplinaire dit Science du Langage d`où la créativité et l`originalité de ce travail de recherche. En nous basant sur le rôle de la langue et du langage en général, ce type spécifique du slogan, disons révolutionnaire constitue une masse scientifique et un objet exemplaire à étudier en représentant le fond et la matière primaire de notre analyse

    1 Cité par : S. Bernard-Meyer. Marx et la question de la démocratie?. Thèse de doctorat. 2008, P : 222- 223.

    linguistique concernant la révolution menée sur plusieurs niveaux sociolinguistiques, rhétoriques, sémantiques, pragmatiques, etc.

    L`extension géographique du mouvement printemps arabe?, nous oblige à avoir un corpus de slogans assez représentatifs et bien précis qui se rapportent à une révolution bien déterminée dans une mobilisation connue par une multitude de soulèvements. Ce sont donc les slogans de la révolution égyptienne dont le choix sera explicitement justifié ci-dessous. A cet égard notre analyse tient sa place et son occupation disciplinaire et méthodologique sous l`intitulé de étude linguistique des slogans révolutionnaires égyptiens?. (La révolution d`Egypte du 25 Janvier 2011).

    Pour problématiser notre sujet, il nous convient de percevoir les différents niveaux et les principaux axes sur lesquels cette étude peut être élaborée, grâce à la richesse et l`extension d`une discipline comme la science du langage. Donc, pour qu`il soit méthodologiquement bien fondé et profondément construit, ce travail doit être articulé autour de quelques questions cruciales et précises.

    D`abord, nous nous sommes intéressé à la coprésence des slogans plurilingues, dont le français de Dégage !? fait partie, dans le contexte égyptien. Ensuite à quelques questions essentielles comme: sous quelle entité langagière, se produit le slogan révolutionnaire égyptien ? Quel est le rôle accordé au slogan de la révolution dans une situation de communication exceptionnelle, et de quelle activité discursive relève-t-il ? Enfin quelles relations sémantiques entraînent les slogans d`une même révolution (égyptienne) ? Quelle dimension pragmatique sous tendent-ils ?

    En fait, cet ensemble de questions aboutit à plusieurs autres dites secondaires qui orientent notre réflexion, et organisent le terrain de l`investigation pertinemment aux objectifs visés par ce travail.

    Donc et suivant une réflexion hypothétique, nous admettons d`abord que le plurilinguisme de sloganisation durant la révolution d`Egypte et la confrontation du slogan français, ne peuvent être justifiés que par le phénomène sociolinguistique du bilinguisme égyptien, qui intervient même dans une situation de révolution, et par le rang réservé à la langue française dans la situation linguistique égyptienne.

    Encore et après avoir accepté ce particularisme du slogan à l`évènement de révolution, nous admettons comme des identifiants et déterminants la particularité de son

    contexte d`énonciation avec ses effets perlocutionnaires qui le distinguent de tout autre type de slogan (publicitaire et politique). Ensuite nous présupposons que le slogan révolutionnaire n`est qu`un aspect verbal d`une entité générale et spécifique dite le langage révolutionnaire, dont la mise en scene relève d`un acte de communication représentant l`activité discursive des participants pour engendrer un discours inhérent à la situation avec des caractéristiques d`un discours plus ou moins énonciatif. Pour analyser cette situation nous postulons aussi la contextualisation de ce phénomène de révolution suivant lequel les slogans sont mis en question.

    Appartenant à un même discours révolutionnaire, et en tant qu`énoncés et formules polylexicales dites figées, les slogans de la révolution égyptienne sousentendent le même sens effectif qui indique une relation sémantique paraphrastique d`équivalence entre les différentes séquences qui seront étudiées. Enfin en admettant la fonction pragmatique des slogans qui se caractérisent comme des actes de langage attribués à la révolution. Chacun d`eux représente un acte de langage révolutionnaire sur lequel se base le soulèvement en Egypte.

    Pour le cadre méthodologique, nous nous sommes basé sur la méthode d`étude de document qui nous permet de collecter et de recueillir les informations dont nous avons besoin. Ce sont un ensemble de slogans révolutionnaires scandés pendant la révolution égyptienne, et nous nous référons aux articles d`un journal francophone en Egypte intitulé : AL AHRAM Hebdo (en ligne). D`une manière générale, notre analyse sera portée sur plusieurs niveaux linguistiques déterminés et représentées par trois principaux grands chapitres différents.

    D`abord et dirigé par les questionnements posés et les hypotheses présupposées, le premier chapitre est présenté avec le titre de : « Le slogan révolutionnaire dans le contexte sociolinguistique égyptien ». Il s`agit d`une analyse d`un premier constat sur le corpus. Ce chapitre joue le rôle d`introducteur qui prend en charge le slogan suivant un point de vue sociolinguistique. Donc projeter une lumière sociolinguistique sur notre objet d`étude en mettant en considération le rapport entre le langage (le slogan comme fait langagier) et la révolution comme un évènement social en Egypte, et c`est le premier niveau d`analyse envisagé.

    Le deuxième chapitre porte le titre de : « Le slogan révolutionnaire égyptien entre langage et discours ». Au sein de ce chapitre nous essayerons d`abord de donner une définition au slogan de la révolution en explicitant ses déterminants, ses identifiants, ses différents supports et caractéristiques observées. Ensuite, l`étude sera menée sur un autre niveau linguistique dit sémiotique du langage révolutionnaire présupposé en s`intéressant à sa genèse en analysant l`interaction entre ses divers signaux verbaux et non verbaux (kinésiques et proxémiques), mais, après avoir mentionné brièvement le processus révolutionnaire dans lequel ils sont reliés. Ensuite, nous analyserons le cadre général du slogan révolutionnaire égyptien. Il s`agit d`une analyse contextuelle de la révolution égyptienne : le contexte spécifique dans lequel le langage étudié est mis en scène et est considéré comme un ensemble de messages transmis pendant une communication particulière, qui sera traitée suivant une perspective proposée par C. Kerbrat-Orecchioni.

    Nous étudierons ensuite l`activité discursive ou le discours révolutionnaire égyptien en tant que discours énonciatif pour mettre en relief notamment le rapport d`influence entre les participants de la communication, ce qui nous permettra de comprendre l`effet de sens partagé et commun assigné aux divers messages portés par le slogan.

    Le dernier chapitre est consacré à l`analyse lexico-sémantique et pragmatique des slogans révolutionnaires égyptiens. Il consiste beaucoup plus en l`étude du contenu des slogans suivant ses deux types : nominatif d`une part, d`autre part le contenu communicatif. Dans ce chapitre les slogans seront étudiés d`abord d`un point de vue syntaxique. Il s`agit de rendre compte la composante syntaxique en dégageant les différents modèles et structures distinguées. Alors d`un point de vue sémantique, nous analyserons le sens du contenu des slogans : nominatif et communicatif. Donc nous essayerons dégager les relations lexico-sémantiques entre les énoncés au niveau du sens explicite (direct et indirect), d`une part, d`autre part au niveau du sens implicite (présupposé et sous entendu) grâce à une analyse pragmatique du Dégagisme égyptien comme acte de langage en précisant celui-ci d`un slogan à un autre.

    Chapitre I : Le slogan révolutionnaire dans un contexte sociolinguistique égyptien.

    D`une manière générale, ce chapitre consiste à présenter notre corpus d`étude suivant un cadre méthodologique mené à travers trois principaux volets. D`abord une présentation de la révolution égyptienne, avec une justification de ce choix et de sa mise en question parmi une multitude de mouvements révolutionnaires représentant « le printemps arabe ». Ensuite, nous citons l`ensemble des principaux slogans révolutionnaires égyptiens qui forment et constituent l`objet de notre analyse. Enfin nous étudions cet objet selon une réflexion sociolinguistique.

    I- La révolution égyptienne et justification de choix :

    La révolution égyptienne du « 25 janvier 2011 », appelée aussi la révolution du Nil et des 18 jours, n`est en fait qu`une petite scene faisant partie d`un immense mouvement protestataire connu sous le nom de « le printemps arabe ». Une grande mobilisation populaire qui englobe presque la majorité des pays du monde arabe, du golf à l`océan, qui s`est déclenchée en Tunisie en décembre 2010, passant par l`Egypte, la Lybie, et perpétuée jusqu`à nos jours en Syrie.

    En Egypte, le mouvement s`est enflammé le jour du 25 janvier 2011, en réaction et en répondant à l`appel à une « journée de colère », lancé par un groupe de jeunes activistes, militants de l`opposition du « mouvement du 6 Avril » créé en 2008 (Al-Ahram Hebdo 2011. N° 856).

    D`bord la révolution en Egypte a été commencée au Caire la capitale du pays en s`amplifiant et envahissant toutes les villes et les provinces, avec la participation des différentes catégories et couches sociales.

    D`une manière générale, cette culture et philosophie de la révolution est connue par la rue égyptienne depuis plusieurs années. De temps en temps des marches et des manifestations ont été organisées avec ce nouveau comportement d`occupation des places et des endroits sensibles et significatifs, souvent devant les établissements et les institutions étatiques ; avec aussi, plusieurs grèves annoncées des l`an 2006 dans divers

    secteurs administratifs et socio-économiques. En fait, ce sont des différentes techniques représentant en général « le processus révolutionnaire »2 égyptien.

    « Pourquoi les égyptiens ne se soulèvent-ils pas ?! » se demande Alaa Al Aswany3. Lorsque tous les ingrédients d`une révolte sont présents et fort condensés dans la société, comme il a été invoqué par ce journaliste écrivain, aussi activiste et militant d`opposition, qui a participé à cette révolution des18 jours.

    Les égyptiens se sont révoltés contre la dictature de Moubarak qui monopolise la chaise du pouvoir depuis plus de 30 ans. Sans contester, leur quête est effectivement législative. C`est la démocratie. Alors, l`Egypte à cette époque est arrivée à « une impasse politique » marquée par les dernières législatives falsifiées, notamment avec un projet qui se profile à l'horizon. Il s`agit d`une transmission héréditaire du pouvoir à son fils cadet G. Moubarak4. Ils ont fait la révolution contre l`injustice, l`inégalité sociale, le chômage et contre la pauvreté (40% de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins de deux dollars par jours) (Al-Ahram Hebdo.2011. N° 856). Ils se sont révoltés surtout contre la torture et l`oppression exercée par l`ordre des forces et de la police.

    En fait, le peuple égyptien est inspiré par « la révolution du jasmin ». Il sort de son mutisme en disant son mot « Dégage ! ». Une révolution qui a fait plus de 864 morts, et environ 6460 blessés, alors que 26 policiers ont été tués (Al-Ahram Hebdo.2011. N°868), en réalisant le changement et obligeant Moubarak à céder sa place le vendredi 11 février 2011.

    ? Pourquoi la révolution égyptienne ?

    D`abord et malgré le fait que « la révolution du jasmin » (tunisienne) joue un rôle primordial et inspirateur du printemps arabe, nous avons constaté que le cadre général ou le processus révolutionnaire en question est plus clair, plus explicite par rapport aux autres. Cette organisation est un élément très avantageux qui est considéré sur plusieurs niveaux : la richesse en matière de production des slogans révolutionnaires permettant de représenter et d`élaborer un corpus fiable et assez authentique pour notre

    2 Sophie Bessis. « Pluralité des causes de la révolution et pluralité des scénarios (post)-révolutionnaires dans le monde arabe ». Conférence présentée le 29 janvier 2011 au centre culturel français à Constantine.

    3 Alaa Al Aswany. Chroniques de la révolution égyptienne, actes sud, 2011. P9.

    4 Y. ElGhazli. « Une lecture de la révolution égyptienne ». avril 2011.

    travail d`une part, d`autre part au niveau d`organisation des manifestations et des marches d`un million, ainsi le sit-in comme phénomène de protestation dont la place Tahrir est maintenant connue partout dans le monde. Ce sont aussi des signes de révolution, comme un ensemble de comportements non verbaux (kinésique, proxémique) en interaction avec le comportement ou des signes linguistiques du langage révolutionnaire. Donc tout ceci nous permet d`étudier et d`indiquer l`organisation et le fonctionnement de ce langage présupposé, et la complémentarité entre ses deux aspects : verbal ; non verbal.

    Enfin, les Égyptiens sont les premiers ayant créé cette habitude de lever et scander chaque vendredi un slogan principal, un appel ou une nomination du jour (vendredi de la colère ; du départ ; ...). Ils inspirent les autres pays et population arabes, et constituer en quelque sorte un modèle suivi, alors un moteur du mouvement «le printemps arabe ».

    II- Les slogans révolutionnaires égyptiens :

    1. Citation des principaux slogans de la révolution égyptienne :

    Tout d`abord -comme nous l`avons déjà affirmé- par le moyen de la méthodologie d`étude de documents, la presse sur laquelle nous nous sommes basé pour le recueil des informations du corpus est intitulée : « Al ahram hebdo (en ligne) »5. C`est un journal égyptien, électronique, hebdomadaire et francophone.

    En fait, la révolution égyptienne est connue par une densité remarquable de slogans révolutionnaires scandés dans les rues. Dont chaque slogan raconte une partie ou toute l`histoire de l`Egypte durant cette période. Il désigne en indiquant les majeures revendications de telle ou telle tendance politique et couche sociale qui s`est révoltée contre le régime et ses institutions étatiques.

    Alors les slogans révolutionnaires, auxquels nous nous sommes intéressé, sont plus particulièrement scandés, directement ou indirectement, contre le régime régissant et, en premier degré, son représentant l`ex-président H.Moubarak, et ceux réclamants la situation socioéconomique du pays.

    Enfin, la liste qui vient par la suite, présente en général l`ensemble des slogans qui nous intéressent dans notre étude. Ils sont puisés dans la presse précitée, tels qu`ils

    5 http://hebdo.ahram.org.eg/ et http://hebdo.ahram.org.eg/Scripts/Hebdo/archive.asp

    ont été évoqués dans les articles. Quelques uns en arabes, comme nous l`avons déjàobservé, sont transcrits littéralement ou ont été traduits fidèlement en français. Alors que

    certains autres en français et anglais, ont été ajoutés tels qu`ils ont été scandés. Remarque :

    Il peut y avoir plusieurs autres slogans, et non seulement ceux que nous citons. Mais en cherchant la fiabilité, l`authenticité et pour mieux cerner notre corpus, nous nous sommes obligé à sélectionner ceux qui sont évoqués par le journal référence « Al ahram hebdo » et répondant aux trois critères de revendication que nous avons précisés.

    Des principaux slogans scandés de la révolution Egyptienne

    La presse référence : « Al Ahram-hebdo » (en ligne).

    1-«Dignité, liberté et justice sociale ». (Semaine du 29 février au 6 mars 2012, n° 911 Dossier. Semaine du 7 au 13 décembre 2011, numéro 899 Nulle part ailleurs).

    2-« Pain, liberté, justice sociale » (Semaine du 9 au 15 mars 2011, n° 861. Semaine du 27 juillet au 2 août 2011, numéro 881).

    3-«Taghyir, horriya et adala egtemaiya», (changement, liberté et justice sociale) Semaine du 16 au 22 mars 2011, numéro 862

    4-« Moubarak, Dégage ! » (9-15 février 2011.n°857. La rubrique de : Egypte et de Semaine du 28 septembre au 4 octobre 2011, n° 890).

    5-« Dégage ! ».(Semaine du 8 au 14 juin 2011, numéro 874Nulle part ailleurs. Semaine du 7 au 13 décembre 2011, numéro 899 Nulle part ailleurs).

    6-« Irhal ! » (9-15 février 2011.n°857. La rubrique de : Société).

    7-« Out !» (9-15 février 2011.n°857. La rubrique de : évènement).

    8-« Game Over Moubarak ! », Semaine du 7 au 13 décembre 2011, numéro 899 Nulle part ailleurs.

    9-« Le peuple veut ». (Semaine du 8 au 14 février 2012, n° 908. Idées)

    « Al chaab youride isquat al-nizam » (le peuple veut le renversement du régime). (2-8 février 2011. N° 856. La rubrique de : évènement).

    10-« Le peuple veut le départ du régime ». (Al chaab youride rahil al-nizam ) (9-15 février 2011.n°857. La rubrique de : évènement).

    11- « Le peuple veut la chute du régime ». (Semaine du 16 au 22 février 2011,

    n°858. Monde Arabe)

    12-« À bas le régime ! » (Yasquot al-nizam) (Semaine du 9 au 15 février 2011, numéro 857 Idées).

    13-« À bas Moubarak ! », (yasquot Moubarak), (Semaine du 1er au 7 février 2012, numéro 907. Dossier).

    14- « Sawra sawra hatta al-nasr, sawra fi kol chawarie Masr», (révolution jusqu`àla victoire, révolution dans toutes les rues de l`Egypte. Semaine du 16 au 22 mars 2011,

    numéro 862)

    15-« Al-Gueich wel chaab eid wahda » (l`armée et le peuple, une seule main. Semaine du 8 au 14 juin 2011, numéro 874Nulle part ailleurs).

    > Des slogans de Vendredi : (entre 25 janvier-11février 2011)

    16-« Vendredi de la colère ». (2-8 février2011. N°856. La rubrique de : évènement / Semaine du 3 au 9 août 2011, n° 882. Enquête).

    17- « Vendredi du départ » (9-15 février 2011.n°857. La rubrique de : Egypte. Et de 2-8 mars 2011. N° 860. La rubrique de : société).

    18- «Vendredi du défi » (2-8 mars 2011. N° 860. La rubrique de : société).

    > Quelques slogans humoristiques et de dérision :

    19-« Va-t-HQC1FICP EICEXCLUN » (9-15 février 2011.n°857. La rubrique de : Nulle part ailleurs).

    20-« ' pTDTH,CATIP HIIINCSrHQGrHCXQHCGRXcKH » (9-15 février 2011.n°857. La rubrique de : Nulle part ailleurs).

    21-« Dehors, ma fiancée me manque » (9-15 février 2011.n°857. La rubrique de : Nulle part ailleurs).

    22-« Pardon monsieur le président, on a tardé à te dire dégage ». (Semaine du 8 au 14 juin 2011, numéro 874.Nulle part ailleurs).

    23-« Je veux voir un autre président avant de mourir ! ». (Semaine du 7 au 13 décembre 2011, numéro 899 Nulle part ailleurs).

    24-« Game Over Moubarak ! ». (Semaine du 7 au 13 décembre 2011, numéro 899 Nulle part ailleurs).

    2- Une grille d'analyse sociolinguistique :

    2.1. Le critère sociolinguistique :

    Selon nos besoins et nos objectifs à travers cette étude, nous pouvons facilement traduire la liste des slogans entre nos mains, à des grilles d`analyses simples, explicites, pour mieux perfectionner et systématiser notre démarche dans un cadre méthodologique bien déterminé.

    En fonction de ces finalités, nous pouvons interpréter nos données en élaborant quelques grilles d`analyses selon plusieurs critères précis, parmi lesquels nous présentons d`abord le critère sociolinguistique. Il ne s`agit en fait, qu`engendrer une sorte de classification des slogans de la révolution suivant les différentes langues dans lesquelles ils ont été énoncés.

    En effet, dès la première observation de notre corpus, nous avons constaté que la population égyptienne a fait scander et réclamer ses revendications en plusieurs langues : arabe égyptien, français et anglais. Donc, ce critère est pertinent d`une différenciation et d`une pluralité de langue de l`énoncé d`un même objectif, et d`une même situation ou contexte social.

    2.2. Présentation de la grille :

    D`une manière générale cette grille résume comme un simple tableau la distribution et la classification des principaux slogans de notre corpus selon le critère sociolinguistique indiqué.

    Donc elle est présentée à travers un tableau de trois colonnes, dont chacune est réservée pour une langue différente. D`abord, la colonne n°1 est pour « l`arabe égyptien ». Ensuite la colonne n°2 est pour les slogans scandés en anglais. Et enfin, la colonne n°3 est pour ceux qui sont en français, comme il indique le tableau-1-.

    Tableau-1- :

    Classification des slogans révolutionnaires selon le critère sociolinguistique:

    8

     

    En Arabe Egyptien

    En Anglais

    En
    Français

    Les

    principaux slogans révolutionnaires

    scandés durant

    la révolution

    égyptienne du

    25 janvier 2011. (25 janvier-
    11février2011).

    Dignité, liberté et justice sociale

    Out !

    Moubara

    ke,

    Dégage !

    Pain, liberté, justice sociale

    Game Over

    Moubarak !

    Dégage !

    1

    Taghyir, horriya et adala

    egtemaiya(changement, liberté et justice sociale)

    irhal ! Dégage !

    Al chaab youride isquat al-nizam (Le peuple veut la chute du régime)

    Al chaab youride rahil al-nizam

    (Le peuple veut le départ du régime)

    À bas Moubarak ! (yasquot Moubarak).

    À bas le régime ! (yasquot al-nizam)

    Sawra sawra hatta al-nasr, sawra fi kol chawarie Masr(révolution jusqu'à la victoire, révolution dans toutes les rues de l'Egypte)

    Al-Gueich wel chaab eid

    wahda(l'armée et le peuple, une seule main).

    Vendredi de la colère

    Vendredi du départ

    Vendredi du défi

    Va-t-en j'ai mal au bras

    Dégage, j'aimerais prendre une

    douche

    Dehors, ma fiancée me manque

    Pardon monsieur le président, on a tardé à te

    dire dégage

    Je veux voir un autre président avant de mourir !

    3- Analyse interprétative des données et des résultats :

    L`interprétation de ces différents constats ne peut être réalisée qu`à travers la mise en considération de la situation sociolinguistique de l`Egypte. En essayant d`abord d`expliciter le phénomène du bilinguisme égyptien caractérisant cette situation contextuelle exceptionnelle de révolution, pour justifier la pluralité linguistique des slogans révolutionnaires. Ensuite, il s`agit de rendre compte du statut accordé à la langue française et sa position dans la politique linguistique égyptienne. En d`autres termes, en essayant de répondre à quelques questions fondamentales qui se posent de façon systématique dès les premières observations du corpus.

    3.1. Bilinguisme et révolution égyptienne :

    La présence de plusieurs langues et variétés pour énoncer et scander les slogans révolutionnaires étudiés, n`est en fait justifiée que par le phénomène de bilinguisme caractérisant la situation sociolinguistique égyptienne. Bien évident, l`Egypte est le pays le plus peuplé dans le monde arabe avec environ 84 millions d`habitats depuis l`an 2010, dispersés entre plus de 27 groupes minoritaires non seulement arabophones mais tout à fait plurilingues6. L`Egypte est un pays bilingue dans la mesure où le bilinguisme est un phénomène mondial, et « dans tous les pays, on trouve des personnes qui utilisent deux ou plusieurs langues à diverses fins et dans divers contextes »7.

    Dans notre cas étudié (la situation de la révolution égyptienne), ce plurilinguisme se présente comme un « bilinguisme de la collectivité ». Chaque individu ou groupe d`individus protestant est libre de s`exprimer et d`exprimer sa colère et son mécontentement, et de se révolter et scander ses revendications dans sa propre langue, ou dans sa langue préférée. Dans ce cas, la majorité des égyptiens protestataires l`a fait en arabe, alors que certains autres en français et en anglais.

    Du point de vue de politique linguistique, l`Egypte a actuellement pour langue officielle, l`arabe classique dit de jure. Le groupe majoritaire (environ 66,7%) parle

    6 http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/afrique/egypte.htm

    7 M.L.Maureau. Sociolinguistique concepts de base. Mardaga.1997, p61.

    l`arabe dialectal égyptien, alors que deux autres langues accordées d`un statut de langue étrangère, sont le français et l`anglais8.

    3.2. Le slogan en français « dégage ! » dans le contexte sociolinguistique égyptien :

    Dalila MORSLY s`est aussi intéressée au mot dégage dès son apparition en tant que slogan révolutionnaire durant la mobilisation tunisienne (révolution du jasmin)9, suivant une réflexion publiée par J.L.Calvet10. Selon D. MORSLY, toute analyse de ce mot dégage doit être menée à travers deux principaux critères : d`une part, au niveau d`un espace d` «un territoire linguistique et sémantique » partagé avec un français d`une norme endogène parlé par les Tunisiens, dont le sens de dégage ne peut être saisi qu`en nous référant à une norme d`un français hexagonal ou standard. Dans le même niveau d`investigation sur le terrain, D. MORSLY après une enquête menée auprès des Tunisiens, elle a constaté que « dégage » existe déjà dans leur dialecte avec certaines distinctions phonétique et morphologique : digage, ydigagi (il dégage). D`autre part, l`autre critère est d`un point de vue contextuel et sociolinguistique dans lequel le français est en contact, et souvent en situation conflictuelle, avec des autres variétés linguistiques.

    Au même titre que les Tunisiens, les Égyptiens ont fait appel à ce « bon vieux mot de la langue française pour se débarrasser d`un tyran »11. Donc et à la lumière de cette réflexion de D. MORSLY, et d`après ce que nous présupposons, même si le mot de dégage ne vient pas d`un arabe dialectal égyptien comme celui tunisien ou algérien, il parvient certainement d`un français particulier parlé en Egypte. Une variété linguistique ayant en commun avec des autres communautés francophones la même norme référentielle : français standard en se caractérisant par son usage particulier soumis à une « norme endogène » égyptienne dans un contexte sociolinguistique plurilingue plus ou moins dominé par l`arabe dialectal égyptien.

    8 http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/afrique/egypte.htm

    9 Dalila MORSLY. Dégage. Blog: langues française (le français dans le monde). Publié par J.L.Calvet le 05/07/2011. http://nathan-cms.customers.artful.net/fdlm-v2/langue-francaise/?p=123

    10 J.L.Calvet. Le couffin de la ménagère et les dates branchées. Blog: langues française (le français dans le monde). 03/10/2011.

    11 Sophie Bessis, Économiste, Secrétaire générale de la FIDH. Cité par Dalila MORSLY. Dégage. Blog: langues française

    A l`instar de l`anglais, le français en Egypte vient aussi d`un héritage socioculturel des époques des mouvements du colonialisme qu`a vécus l`Egypte comme tous les pays du monde arabe, même si les expéditions de Napoléon Bonaparte demeurent des sortes d`occupation d`un territoire étrangère.

    D`ailleurs, le français existe en Egypte bien avant l`anglais depuis

    « l`expédition de Bonaparte en 1798 » jusqu`à 1801, une période durant laquelle il existait plusieurs écoles françaises12. Alors que vers la fin du XIXème siècle (après cette période), le français est considéré comme la langue de toutes les communautés étrangères du pays. A cette époque là, le français a été la langue de l`enseignement et même de la communication familiale (maternelle), et de distinction pour les classes de la bourgeoisie -les classes dominantes dans la société-13.

    Bien que la période entre 1882-1936, est dite « du monopole du français » (D. Gerard, 1996 : 253), le français en Egypte a vécu un stade conflictuel avec des autres langues : l`arabe et notamment l`anglais, à cause d`une autre tendance coloniale britannique qui a dominé le territoire (Doss Madiha.2004. p. 77).

    Vers les années 60, après la révolution de1952, le français a fait complètement changer de statut. En fait non seulement à cause de la politique qui a été imposée par les principes de cette révolution, mais le reflet d`un changement entier de la communauté francophone du pays. Ce changement a fait particulièrement élaborer tout un objet d`étude et de mise question dans les travaux de G.Borelli et R.Ilbert à la fin des années 70. Ces deux professeurs au département de français à l`Université du Caire, ont trouvé que « la clientele de la section de français de l`université du Caire n`est plus essentiellement composée de jeunes filles de l`ancienne bourgeoisie francophone »14.

    Alors que vers les années 90, M.Francis-Saad selon son enquête (1992), le français n`est plus maintenant hérité de « la francophonie traditionnelle », mais est une langue apprise par une nouvelle génération dans un milieu scolaire et formel. Donc une

    12 http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/afrique/egypte.htm

    13 Doss Madiha. Le français en Egypte. Histoire et présence actuelle. In: Cahiers de l'Association internationale des études françaises, 2004, N°56. p. 76.

    14 BORELLI Guy et Ilbert Robert, « Le recrutement des étudiants de français (Université du Caire) signe d'une mutation de la société égyptienne ? », 1980, p 147.

    langue étrangère15. Elle était une langue d`enseignement et enseignée dans des écoles de
    langue, pour une minorité d`étudiants d`une part, d`autre part, elle est seconde pour le

    cycle secondaire. Sans oublier enfin le niveau universitaire, où il existe jusqu`àmaintenant 15 départements de langue et de lettre françaises. Donc « le français est

    aujourd`hui vécu comme un héritage dans le capital des langues étrangères en Egypte » (Doss Madiha. 2004 : 83).

    Donc en plus d`être inspiré par « la révolution du jasmin », les Égyptiens ont scandé « Dégage ! ». Un slogan français qui se relève de la présence de la langue française dans la situation sociolinguistique égyptienne, d`où cette langue est accordée maintenant le statut d`une langue étrangère.

    15 Doss Madiha. Le français en Egypte. Histoire et présence actuelle. 2004. pp. 80-81.

    Chapitre II : Le slogan révolutionnaire égyptien entre langage et discours :

    Au de ce chapitre nous essayons de cerner la définition du slogan révolutionnaire, en dégageant ses déterminants et ses identifiants qui le distinguent des autres types de slogans - publicitaires ou politiques - d`une part, d`autre part en explicitant ses différents supports de sloganisation et ses caractéristiques du point de vue rhétorique. Ensuite, nous mettons en considération la genèse du langage révolutionnaire présupposé dont ce type de slogan constitue son aspect verbal. Enfin, et après d`étudier le cadre général et l`analyse contextuelle de la révolution, après de montrer le rôle du slogan, en tant que message, dans la communication révolutionnaire, nous traitons le discours révolutionnaire en tant qu`énonciatif en précisant les rapports d`influences et les différents points de vues situationnels exprimés par les participants.

    I- Définition du slogan révolutionnaire et ses caractéristiques :

    D`un point de vue étymologique le terme slogan vient du gaëlique « Sluagh- ghairm » qui veut dire : « cri de guerre ». Donc le slogan est en principe un phénomène inhérent aux luttes et aux champs de batailles jusqu` à l`an 1830, où il s`est ajusté une nouvelle signification d`une dimension publicitaire d`une part, d`autre part d`une autre valeur dite politique vers les années 193016

    Notre objectif dans ce petit segment du travail est d`essayer de bien cerner cette notion, et de donner une définition pour le slogan révolutionnaire qui constitue l`objet de notre étude dans un contexte particulier de la révolution égyptienne. En cherchant au fur et à mesure à indiquer ses traits et ses critères identifiants et déterminants, ainsi ses caractéristiques notamment du point de vue rhétorique.

    1. Essai de définition du slogan révolutionnaire :

    D`abord, le concept de « slogan » a connu plusieurs définitions, dont à la lumière de quelques unes proposées, nous tentons d`élaborer une précise pour le slogan révolutionnaire.

    -Parmi les définitions les plus globalisantes et les plus explicites est celle proposée par Q.Reboul (1975) :

    16 Navarro Dominguez Femando. La rhétorique du slogan : Cliché, Idéologie et Communication. In : Bulletin Historique. Tome 107. N°1, 2005. P : 266.

    « J`appelle un slogan une formule concise et frappante, facilement repérable, polémique est le plus souvent anonyme, destinée à faire agir les masses tant par son style que par l`élément d`autojustification, passionnelle ou rationnelle, qu`elle comporte : comme le pouvoir d`incitation du slogan excède toujours son sens explicite, le terme est plus ou moins péjoratif »17

    -Alors que M.J.Jaubert a insisté beaucoup plus sur les traits principaux de tout slogan, en disant : « Ce doit être une formule courte, facile à retenir, si possible pourvue d`un rythme interne, de rimes et d`allitérations »18

    -Enfin pour B.N.Grunig, les slogans d`une manière générale sont des formules : frappantes anonymes et jouent beaucoup plus sur le rôle implicite de leurs significations en incitant par une force et pouvoir persuasif un public visé à réagir. 19

    À la lumière de ces définitions, nous pouvons simplement grâce à leur analyse, avoir accès à déterminer et identifier les critères et les caractéristiques du slogan révolutionnaire, dans la mesure où ses principaux traits sont déjà évoqués et représentés par ces définitions. Dans ce cas et après avoir constaté, en comparant avec d`autres types de slogan connus, nous pouvons a priori affirmer que le slogan révolutionnaire ne peut l`être qu`en se distinguant par deux critères déterminants et identifiants : d`une part un contexte d'énonciation assez particulier en fonction de la particularité d`un contexte discursif spécifique de révolution. D`autre part, ce sont les effets perlocutoires attendus d`atteindre par le slogan révolutionnaire en tant qu`énoncé provenant d`une activité complexe d`énonciation, en tant qu`acte locutionnaire doué d`une force illocutionnaire, ayant ses effets perlocutionnaires visés (John Lyons.1980). (cf. chapitre III. III. 2 et 3).

    En premier lieu et d`une manière générale, si les slogans publicitaires et politiques sont caractérisés chacun d`eux par son contexte et discours, le révolutionnaire le sera aussi. Dans un discours publicitaire le slogan comme énoncé joue un rôle tout à fait différent de celui des autres types. C`est un rôle commercial, économique en mettant en scène et en évidence tel ou tel produit ou service présenté par des compagnies et des sociétés de commerce. Alors qu`un slogan politique en étant utilisé dans « La

    17 Q. Reboul. Le slogan. Paris PUS. 1975 P42.

    18 Marie José Jaubert. Slogan, mon amour. Ed. Bernard Barrault. 1985. P10.

    19 Blanche Noëlle GRUNIG. 1990. Les mots de la publicité. L'architecture du slogan. Paris.

    propagande politique », indique telle ou telle perspective idéologique. Précisons donc que le slogan n`est révolutionnaire que dans son contexte particulier, et d`ailleurs il est le cas des slogans de notre corpus en question. Ils ont été scandés dans des circonstances représentant le cadre général de l`activité discursive de ces énoncés, dont l`énonciation de ces slogans en dehors de ce cadre contextuel peut et risque d`être vouée à l`échec en signifiant et transmettant une autre signification que celle d`une valeur de la philosophie de révolution. Il s`agit aussi de bien maîtriser les coordonnées de la situation spatiotemporel d'actualisation de ces énoncés réels dits slogans révolutionnaires. 20 Pour niveaux expliciter ce point de vue, nous citons l`exemple du slogan « Dégage ! » ou de « Moubarak, dégage ! ». Ces deux énoncés, leurs actualisations, leurs actes d`énonciation ne sont réussis que dans un cadre révolutionnaire déterminé par les coordonnées spatiotemporelles de la situation de révolution reconnue par la révolution égyptienne du 25 janvier 2011. Lorsque « Moubarak » en dehors de ce contexte peut être une autre personne de celle intentionnée, et même « dégage » est souvent utilisé dans des autres situations ordinaires en désignant un simple ordre donné par n`importe quelle personne.

    Un autre slogan de « Dignité, liberté et justice sociale » : hors le contexte d`énonciation de la révolution égyptienne, cet énoncé ou cette formule est beaucoup plus proche de la devise d`un parti ou d`un mouvement sociopolitique, évidemment sans un aucun sens péjoratif au même titre que la célèbre devise de la république française : Liberté, Egalité, Fraternité. Par contre et dans une situation de révolution, le slogan est révolutionnaire par son sens péjoratif en indiquant l`ensemble des revendications et des réclamations sur les quelles s`est fondée la mobilisation.

    En second lieu, le slogan révolutionnaire en tant qu`acte locutoire, est assigné d`un ensemble d`effets perlocutoires spécifiques qui le distinguent de toute autre formule. Lorsque «on désigne l`effet qu`a un énoncé sur les croyances, les attitudes ou le comportement de l`allocutaire et, dans certains cas, ces conséquences sur les quelques états de choses sous le contrôle de ce dernier » (John Lyons. 1980 : 351). Donc il s`agit d`une série d`objectifs et de finalités attendues et sous entendues à l`intention de l`activité d`énonciation. Dans le contexte d`énonciation mis en question dans notre travail de recherche « révolution égyptienne », le slogan révolutionnaire manifeste des effets

    20 John Lyons. Sémantique linguistique. La rousse, 1980. P 197-200.

    perlocutionnaires différents et assez spécifiques en fonction non seulement la particularité de la révolution, mais aussi ses principes, ses revendications et ses objectifs attendus.

    À travers le slogan révolutionnaire le peuple égyptien annonce les revendications et les réclamations majeures de sa mobilisation : le départ du président et son régime en réclamant aussi la situation socioéconomique du pays. Il essaie par une force illocutoire de son acte d`énonciation, à faire réagir son interlocuteur suivant quelques effets perlocutionnaires bien déterminés. D`un côté, pousser le président et son régime à quitter le pouvoir, de l`autre incitant et persuadant les citoyens à se rassembler autour de la révolution pour qu`elle soit réussie.

    2. Supports et caractéristique du slogan révolutionnaire :

    2.1. Les supports du slogan révolutionnaire :

    Tout slogan dans la révolution égyptienne, en plus d`être scandé, a étéprésent dans chaque mécanisme du processus révolutionnaire de l`Egypte, et transmis par

    le moyen de quelques supports particuliers tels que : les banderoles, les pancartes, et même parfois par une technique artistique comme le graffiti.

    D`abord, la banderole est un grand drapeau plus ou moins rectangulaire sur lequel est imprimé ou tissé le message (le slogan) à transmettre durant les événements de mobilisations et de manifestations pour, dans notre cas, se révolter.

    Ensuite la pancarte comme une petite carte levée à la main, ou une petite plaque parfois avec panneau et porte le message transmis, en ayant enfin les mêmes fonctions qu`une banderole dans une situation révolutionnaire.

    Enfin le graffiti, dans la mesure où durant la révolution tout « le Caire s`est transformé en musée ouvert » par ce type « d`acte d`écriture »21 de graffiter.

    Le peuple égyptien grâce à une immense catégorie d`artistes spécialistes, a fait transmettre son message en utilisant même les murs des rues des grandes villes (AL AHRAM. Hebdo.2011. N°899). Dans ce contexte le graffiti comme un art de la rue est tout à fait révolutionnaire avec des images et des dessins qui portent non seulement les slogans de la révolution, mais plusieurs autres reflétant diverses idéologies et tendances

    21 Fraenkel Béatrice, Actes d'écriture : quand écrire c'est faire. Langage et société, 2007.

    sociopolitiques dans la société. En effet les slogans ne se sont pas limités d`être graffités sur les murs, mais aussi sur les chars qui ornent les rues notamment la place Tahrir au Caire.

    2.2. Les caractéristiques du slogan révolutionnaire égyptien :

    Selon les définitions du slogan, précisément celle donnée par Q.Reboul(1975), et les principaux slogans de notre corpus, nous pouvons facilement aboutir aux caractéristiques de tout slogan révolutionnaire.

    - La concision : Comme un trait général, et à l`instar de tout slogan, ceux de la révolution d`Egypte sont des formules concises parfois même limitées et réduites à un seul mot, comme le slogan de « Dégage ! » (Irhal !, out !).

    - Rythme, rime et assonance : Le slogan révolutionnaire égyptien est aussi une formule caractérisée par son style d`énonciation dont la rime, le rythme et l`assonance sont parmi ses traits essentiels. Ils relèvent de la fonction poétique qui est assez riche en arabe notamment égyptien. Ces éléments stylistiques sont fort explicites surtout au niveau des slogans réclamant la situation socioéconomique : « Taghyir, horriya et adala egtemaiya » (Changement, liberté et justice sociale), « dignité, liberté et justice social », « pain, liberté, justice sociale ».

    - Autonomie ou dépendance sémantique : D`une manière générale, les slogans de la révolution égyptienne sont nécessairement dépendants de leur cadre et contexte d`énonciation. Dans ce cas et d`un point de vue référentiel, leur interprétations sont inhérentes aux facteurs et aux paramètres de leur contexte socioculturel. A ce niveau d`attribution, il nous faut préciser en distinguant entre un contexte général dans lequel ils sont énoncés (une situation révolutionnaire), et un autre spécifique qui se découle directement du premier, en précisant donc telle ou telle révolution.

    Quelques slogans révolutionnaires de notre corpus, sont des slogans plus ou moins généralisés, tels que : « Dégage ! », « Irhal !, Out ! ». Ils peuvent être scandés à n`importe quelle situation de révolution. Des autres aussi de : « Al chaab yourid isquat (rahil) al-nizam » tell que aussi le slogan de « À bas le régime » (yasquot al-nizam). Ce sont généralement des slogans qui peuvent être adaptés et scandés par toute population et société dans une révolution ou un mouvement de protestation. Malgré la première apparition de ces slogans était pendant la révolution du Jasmin, ils étaient aussi présents

    dans celle égyptienne. Alors que certains entre eux, n`atteindront leur sens qu`en se référent à leur contexte révolutionnaire spécifié. « Moubarak dégage ! » comme slogan révolutionnaire est intimement lié à son cadre de contextualisation de sorte que « Moubarak » n`est qu`un élément et paramètre essentiel intervenant pour l`interprétation. Cependant, Moubarak est le président de la république, et est la tête du régime contre qui à été entretenue la révolution ou a été scandé ce slogan. Cette dépendance au contexte d`énonciation est parmi les critères déterminants qu`un slogan est dit révolutionnaire. Mais, elle n`empêche pas vraiment son autonomie sémantique, en indiquant sa fonction pragmatique lorsqu`il existe en tant qu`énoncé, il se soumet à l`usage différent d`un usager à un autre. Certains de ces séquences, telle que : « Dignité, liberté, justice sociale », peut être considérée comme une devise dans un autre cadre énonciatif. « Dégage ! » aussi, peut être un simple ordre, une demande sous une forme impérative dans un contexte de communication ordinaire.

    -l'anonymat du slogan révolutionnaire : comme tout autre type de slogan, le révolutionnaire peut aussi être une formule anonyme dans la mesure où ni le locuteur ni son interlocuteur sont explicites ou précisés. Dans « pain, liberté et justice sociale », ni le locuteur (le peuple on le groupe protestataire) ni son interlocuteur (le pouvoir et ses institutions) sont déclarés ou explicités. C`est l`observation qui est signalée au niveau de nombreux autres slogans tels que ceux du vendredi. Mais, cette caractéristique n`empêche pas de contester cette rigueur lorsque la révolution s`inscrit dans une déclaration, elle est basée sur la clarté et la franchise avec des messages sans ambiguïté. Le slogan par exemple de « le peuple veut le départ (la chute) du régime », même s`il est plus ou moins générique et adapté à tout contexte de révolution, les deux paramètres de la confrontation sont indiqués. Alors que pour certains autres slogans, au moins l`un d`eux est en présenta : «Moubarak dégage !, A bas Moubarak, A bas le régime », dont le locuteur est reconnu implicitement (le peuple) et son interlocuteur à qui le message est destiné, est bien précisé (Moubarak, ou le régime).

    - Le figement : le figement lexical est un processus de fixation entre une séquence signifiante et une signification qui aboutit au codage d`un signe polylexical, c'est-à-dire constitué de plusieurs unités à la fois linguistiques et graphiques22 .

    De ce point de vue, nous pouvons constater que les formules principales des slogans révolutionnaires égyptiens telles que «Dégage ! », « le peuple veut le départ du régime », se comportent comme des séquences poly lexicales assignées de la même signification en désignant la révolution de la population. Leur figement est incarné par leur force de « sloganisation »23 . Il s`agit de leur fréquence de répétition d`une mobilisation à une autre dans ce mouvement « le printemps arabe ».En s`inspirant de la révolution du Jasmin, les Égyptiens ont dit « Dégage ! », ils ont scandé aussi « Irhal ! » comme ils ont demandé et exigé « le peuple veut... ». Mais, en effet le slogan de « Dégage ! » a symbolisé tout le mouvement.

    -Dimension humoristique du slogan révolutionnaire égyptien :

    Dans une situation assez paradoxale, un contexte d`énonciation tellement révolutionnaire qui n`a pas empêché le peuple égyptien de perdre son esprit humoristique. Cette dimension a été manifestée et transmise par un ensemble de quelques slogans dans des pancartes levées durant les manifestations (ALAHRAM hebdo.2011.N°859). Certains de ces manifestants ont scandé " Dégage, j'aimerais prendre une douche », quelqu`un d`autre a eu mal à son bras en réclamant " Va -t-en j'ai mal au bras » lorsqu`il levait sa pancarte depuis longtemps. Des autres se moquaient de leur président en lui demandant pardon, lorsqu`ils ont tardé à lui dire dégage en disant " pardon monsieur le président, on a tardé à te dire dégage ». Enfin, ce qui est étonnant pour cette caractéristique, qu`elle est original et n`est connue jusqu`à maintenant que par la révolution et le slogan révolutionnaire égyptien.

    II- La sémiotique du langage révolutionnaire :

    D`une manière générale, le slogan révolutionnaire incarne essentiellement l`aspect verbal de notre langage présupposé, le langage de la révolution. Ce dernier est une entité « multiforme et hétéroclite »24 et constitué selon Charaudeau « d`un ensemble

    22 Marie-Françoise MORTUREUX. La lexicologie entre langue et discours. Ed. Carmand Colin, 2008. P105.

    23 P. Charaudeau et D. Maingueneau. Dictionnaire d'Analyse du Discours. Paris, Seuil. 2002. p :537. 24.F. De Saussure. Cours de linguistique générale. P24.

    structuré de signes formels »25en représentant des codes sémiologique divers (code iconique, code gestuel...) dans la mesure où l`homme se sert non seulement de la parole, mais de tout « un univers de comportements [...] juxtaposé à celui des mots »26.

    Dans ce cadre sémiotique, tout signe langagier entre dans des interactions et des relations proxémiques et kinésique27, dont la mise en question et en considération de ce rapport entre signaux révolutionnaires nous permet d`indiquer et d`analyser la complémentarité, la compatibilité des deux aspects du langage d`une part, d`autre part son organisation et son fonctionnement dans la société.

    1. Le processus révolutionnaire égyptien :

    Pour atteindre les objectifs et les finalités visées par cette analyse sémiotique, il nous faut d`abord comprendre et expliciter les divers mécanismes sur lesquels se fond le processus révolutionnaire égyptien. En d`autres termes, les différents moyens et techniques auxquelles le peuple égyptien a fait appel pour se révolter. Ce processus, comme nous l`avons constaté, s`est répété dans les pays du monde arabe ayant connu des soulèvements de ce mouvement. Ces mécanismes ont été représentés à travers des principaux événements de protestation : les manifestations, le site -in, les grèves et jusqu`à toute forme de violence sociale.

    . Les manifestations :

    C`était la technique la plus rependue durant la révolution des 18 jours. En Égypte, le premier geste pour se protester était la grande mobilisation de manifestations du 25 janvier le jour du déclanchement de la révolte. Cependant, il était une réaction et une repense massive et réussite à un appel à « une journée de colère » lancé par un mouvement de jeunes apolitiques du mouvement 6 avril en collaboration avec d`autres associations et partis politiques d`opposition, comme celui de Kifaya (ALHARAM Hebdo.2011. N°855). Bien évident ce mouvement de manifestations a été tellement organisé en s`amplifiant d`un jour à un autre envahissant toutes les grandes villes et les provinces du pays. En effet ce mouvement a perpétué et orné la rue égyptienne même

    25 P.Charaudeau. Une théorie des sujets du langage. In langage et société. N° 28. 1984 P38.

    26 E.T.Hall. Le langage silencieux. Ponits, 1984. P12.

    27 Joseph Coutés. La sémiotique du langage. Ed.A.C, 2007.P31.

    après le départ du président (le 11 février) avec une nouvelle dimension et valeur de célébration.

    . Les Sit-in :

    Depuis plusieurs années, avant la révolution du 25 janvier, le contestataire égyptien a connu cette nouvelle technique ou mécanisme de protestation. Il s`agit d`organiser des sit-in notamment devant des établissements étatiques concernés, pour réclamer des droits et des revendications perdues. Cette même procédure, philosophie et culture de la révolution a été adoptée durant, et même après, la période du soulèvement populaire.

    Depuis le premier jour de la colère, les manifestants militent pour occuper « la place Tahrir » et plusieurs autres places sensibles et symboliques. La place qui n`a enfin été envahie qu`au vendredi soir le 28 janvier après le retrait inattendu de la police. Cet endroit est devenu ensuite, la place emblématique de la révolution, la place de tous les événements (ALAHRAM Hebdo.2011. N°856).

    . Les grèves :

    Les grèves ont aussi embarrassé plusieurs secteurs socioprofessionnels durant, et même avant, la révolution. Ces mécanismes et techniques de protestation ont fait intervenir pour augmenter la surpression de la révolution.

    Les deux principaux mouvements grévistes signalés pendant le soulèvement sont : d`abord la grève générale qui a été lancée le dimanche soir, le 6eme jour de la révolution, par des dirigeants de l`opposition et des travailleurs des grandes villes (Caire, Alexandrie, Suez...), ensuite dans les derniers jours qui précédaient la démission du président, dont tout le pays était en paralysé totale à cause de désobéissance civil. Une série de grèves levaient la pression du processus révolutionnaire, lancées par la composante ouvrière de tous les secteurs, en rejoignant les militants à la place Tahrir (ALAHRAM. Hebdo. 2011. N°856).

    . La violence sociale :

    Comme tout autre mouvement révolutionnaire, la courbe de la violence égyptienne a été tellement active et contrastée entre scenes terrifiantes et parfois d`un calme prudent sur plusieurs façades :

    D`abord des scenes de violences entre manifestants et forces de l`ordre et de la police qui ont utilisées tant de moyens pour empêcher et réprimer les manifestations notamment durant les 3 premiers jours ( la défaite du 25 janvier), ayant fait au moins 140 morts (ALAHRAM. Hebdo.2011. N°856, N°859).

    Ensuite après le retrait de la police, la violence s`est régressée, mais s`est transformée en une autre scène entre les manifestants, les citoyens et le phénomène de « Baltagui » (hommes de mains et des milliers de prisonniers s`enfuis) (ALAHRAM. Hebdo 2011. N°856). Cette scene a été fortement accompagnée d`une vague de folie, de pillages, de vols, et d`incendier de plusieurs sieges de polices, de gouvernorats et de PND (partie politique du pouvoir : Parti National Démocratique). En revanche, même l`héritage archéologique a été menacé (ALAHRAM. Hebdo 2011. N°859).

    Encore une autre scene a aussi attiré l`attention, est la plus importante qui a mis en enjeux toute la révolution égyptienne. Elle est connue par « La bataille des dromadaires » du 2 février 2011. Des affrontements meurtriers à la place Tahrir entre les anti-Moubarak et ses militants (pro-Moubarak) en faisant des dizaines de morts et des milliers de blessés (environ 1500) (ALAHRAM. Hebdo. 2011. N°861).

    Enfin, la révolution égyptienne a présenté un bilan assez lourd de 864 morts et de 6460 blessés dans les rangs des manifestants et 26 policiers ont été tués (ALAHRAM. Hebdo. 2011.N°868).

    2. Genèse du langage révolutionnaire :

    Le langage révolutionnaire, comme tout autre, peut être représenté à travers ses deux aspects : l`un est verbal, l`autre est non verbal parfois même plus parlant que le premier.

    Le slogan révolutionnaire en tant qu`ensemble de signes linguistiques caractérisant l`aspect verbal entre dans un cadre de relation et d`interaction avec d`autres signaux provenant des autres comportements. Nous citons notamment les comportements Kinésique et proxémique qui sont parmi les plus importants évoqués dans « le tableau des comportements communicatifs » d`A.E.Scheflen (1965,1984). Donc, tenu compte l`organisation du processus révolutionnaire égyptien et son fonctionnement, nous pouvons mettre en question et en considération la complémentarité et la compatibilité du langage présupposé au niveau de ses deux aspects.

    2.1. La Kinésique révolutionnaire égyptienne :

    La Kinésique, d`une manière générale, concerne tout comportement relevant de la mimogestualité, entre autre les mouvements gestuels et de déplacements du corps.

    « La Kinésique en tant que méthodologie traite des aspects communicatifs du comportement appris et structurés du corps en mouvement ». (A.j.Greimas.1968 :55).

    Dans le même volet théorique, l`américain Ray Birdwhistell (1952) est le fondateur de la théorie la plus élaborée de la Kinésique en étudiant le langage gestuel suivant une perspective structurale au même titre qu`un langage verbal, en essayant de trouver des résolutions aux problèmes de sens du comportement des gestes. (A.J.GREIMAS 1968 :55-64).

    Le peuple égyptien, pour se révolter, s`est descendu dans les rues en organisant des gigantesques manifestations et des marches d`un million pour réclamer ses droits de démocratie. Des marches et des manifestations qui ont été violement réprimées par une main de fer d`un régime refusé.

    En effet, le fait de descendre dans la rue pour protester n`est qu`un vrai signe Kinésique (gestuel) de la révolution populaire : la marche est un signe gestuel et collectif et tout autre comportement gestuel présenté par le processus révolutionnaire, entre autres la violence sociale, le sit-in et les grèves. Plus précisément, cet ensemble de formes du code révolutionnaire égyptien représente l`aspect non verbal du langage. Même sans scander des slogans de révolution, ces comportements gestuels sont des messages clairement transmis, facilement reçus et compris avec ou sans parole, affirme Birdwhistell (A.J.Greimas. 1968 :62).

    Nous pouvons même aussi aller plus loin de cette perspective proposée par Birdwhistell, dont ces formes gestuelles notamment de manifestations, marches et de sit-in, peuvent être considérées comme des « présentations ». C`est le 3eme niveau supérieur des constructions Kinésiques proposé par Scheflen (1964). Chacun de ces comportements basé sur le déplacement complet dans l`espace : toute manifestation ou marche a été organisée en se déplaçant d`un départ allant vers une destination souvent bien déterminée.

    Donc, le peuple égyptien a dit « dégage ! » en descendant dans la rue, en organisant des marches et des manifestations où il a battu comme il a été violement battu

    dans un cadre d`interaction extrêmement homogène entre signes verbaux et non verbaux (Kinésique). Ce rapport de compatibilité entre le verbal et le non verbal indique en quelque sorte un fonctionnement régulier et Commun de l`organisation des différents comportements commutatifs mis en ~uvre par la population révolutionnaire égyptienne.

    2.2. La proxémique révolutionnaire égyptienne :

    Le terme de proxémie est un néologisme « créé pour désigner l`ensemble des observations et théories concernant l`usage que l`homme fait de l`espace en tant que produit culturel spécifique ». (E.t.hall. 1978 :13).

    E.T.Hall dans ses travaux sur la proxémique, s`est basé sur le principe de l`expérience commune et universelle entre les individus. S`ils sont soumis à la même expérience, ils retiendront les mêmes informations en les traitants de la même manière. (hall. 1978 :14-15).

    Du point de vue proxémique, nous essayons de comprendre comment le peuple égyptien s`est servi de son environnement, de son espace spatiotemporel et des divers éléments de sa culture protestataire pour se révolter et transmettre son message révolutionnaire. En d`autres termes quel langage silencieux, et quelle dimension est cachée par la philosophie et la culture révolutionnaire égyptienne, en rapport avec son aspect langagier verbal ?

    Les rues pendant la révolution d`Égypte étaient les scenes de tous les évènements de ce mouvement. Cependant, elles étaient envahies de manifestants criant « Moubarak dégage ! ». De toute façon la population a bien maîtrisé ce moyen de territorialité comme système de communication primaire (hall, 1959) pour transmettre son message à un récepteur tout à fait à distance (hall, 1978 :60-62). Ensuite, la spécificité et la valeur qui a été accordée à cet endroit de la place Tahrir en organisant le plus grand sit-in protestataire de ce mouvement. Un endroit choisi délibérément par les manifestants en représentant un véritable signe proxémique pour se révolter. Ils ont donné à ce territoire, en plus de sa dimension historique, une signification de valeur politique, socioculturel et révolutionnaire. Cependant la place a attiré l`attention de tout le monde où campaient des milliers si non des millions de protestataires pendant toute la période du soulèvement. Elle a été même visitée par des hommes de diplomatie et de

    politique venant partout, notamment de l`Europe, pour constater l`endroit le plus démocratique dans le monde arabe.

    D`un autre côté, si l`espace dans ce grand mouvement de soulèvement populaire a dit son mot, le temps aussi a eu l`occasion pour intervenir en tant qu`élément culturel, dans se cas révolutionnaire, et un autre système de communication primaire.

    Enfin, selon la popularisation de la révolution égyptienne, elle n`est ni politique ni religieuse. En fait, ceci ne l`a pas empêché de manifester le chevauchement de sa culture protestataire à une autre plus générale et si dominante dans la société. C`est la culture religieuse musulmane. Ce rapport est déjà déterminé et indiqué par la séquence et la temporalité de quelques manifestations et marches d`un million : après la prière hebdomadaire de chaque vendredi les manifestations ont été organisées et accompagnées d`un slogan spécifique du jour en profitant les circonstances avantageuses pour se rassembler.

    III- le cadre général du slogan révolutionnaire égyptien :

    Le slogan entant que langage révolutionnaire, sa mise en scène à travers une situation de communication nécessite, pour son interprétation, la compréhension et l`explicitement de son cadre ou contexte d`énonciation comme paramètre et critère primordial résumé à un événement de mobilisation populaire ou de révolution.

    1. Analyse contextuelle de la révolution égyptienne :

    Le contexte d`énonciation est un critère essentiel identifiant et déterminant si telle ou telle Formule et séquence est un slogan révolutionnaire. Il s`agit donc, qu`il est déterminé par l`ensemble des facteurs contextuels entre autres : les coordonnées spatiotemporelles de la situation de cet acte d`énonciation, auprès d`autres composants postulés du point de vue d'un plan observationnel (John Lyons, 1980 :197). Suivant cette perspective nous pouvons tout simplement mener une lecture contextuelle de la révolution en question.

    D`abord les slogans objets d`étude ont été énoncés et scandés durant la révolution égyptienne du 25 janvier 2011 qui a durée 18 jours. C`est déjà l`élément spatiotemporel du contexte. Ensuite, cette révolution n`est qu`un soulèvement populaire contre le pouvoir, le régime dictateur et ses différentes institutions en représentant donc

    les participants concernés par ce contexte particulier. Enfin, le slogan lui même est le constituant le plus important de son contexte dont il est scandé en compatibilité avec d`autres événements de proximité comme manifestation et sit-in, et en entraînant le bouleversement total du pays sur plusieurs niveaux.

    En fait, nous ne nous sommes pas intéressé à cette notion théorique de contexte d`énonciation, mais à la contextualisation de la révolution en général en essayant de dégager ses divers principaux facteurs, et de comprendre comment un fait social peut se transformer en un évènement linguistique d`une part, d`autre part son rapport avec l`opération sémantique (sens) du slogan révolutionnaire.

    Le contexte n`est qu`un « ensemble des éléments linguistiques qui entourent un segment quel conque d`énoncé (mot, proposition, phrase) et conditionnent sa compréhension »28. Donc, par rapport à l`importance du contexte pour l`analyse sémantique des slogans il nous faut l`expliciter et le traiter en tant que conditions de production, dont nous nous sommes basé sur l`analyse contextuelle qu`a proposée Scheflen29 et autres penseurs.

    D`abord et selon la perspective de Scheflen et de son classement des cadres constituants tout contexte général, nous pouvons aussi distinguer quatre principaux cadres pour le contexte de la révolution d`Egypte :

    - Le cadre physique révolutionnaire : les évènements de cette révolution ont pour scene les rues, avec l`organisation de plusieurs manifestations, marches d`un million ; et sit-in dans quelques places emblématiques pour la révolution comme la place Tahrir. Ces lieux sociaux ont constitué la scène révolutionnaire où les slogans ont été fortement scandés.

    - Le cadre temporel de la révolution: la temporalité a joué un rôle important pour déterminer et cerner le cadre général du contexte révolutionnaire. La révolution égyptienne s`est déclenchée après celle du jasmin en s`inspirant de ses principes et ses fondements. Encore dans cette mobilisation, le peuple dès le premier jour jusqu`à la dernière minute a scandé un seul mot : « dégage ! » (IRHAR !) et plusieurs autres slogans durant les manifestations quotidiennes, et les marches d`un million

    28 C-Baylen et P.Fabre : la se'mantique. NATHAN .1978 P 135.

    29 Cite' par Mme Gomez-Pescie' . Langage et communication universite' Paul Vale'ry-Montpellier).paris III (2008-2009).P :42-44

    organisée chaque mardi et vendredi (où ils étaient scandé les slogans de vendredi), et même pendant les sit-in notamment celui de la place Tahrir.

    - Le cadre social : d`un point de vue référentiel, la révolution égyptienne n`a pas été accaparée par tel ou tel groupe social, malgré le fait qu`elle a été nommée la révolution des jeunes, mais elle a sous-tendu toutes les catégories et les couches sociales.

    - Le cadre culturel : en fait, la culture révolutionnaire en Egypte détient ses origines d`une autre philosophie protestataire qui embarrassait le pays durant ces dernières années. Ensuite, le cadre culturel de la révolution est perceptible au niveau de l`interaction des trois autres cadres qui donnent au processus révolutionnaire sa dimension culturelle. Suivant une perspective proposée par C.Kerbrat -Orecchioni, le concept de contexte est synonyme de situation 30 dont il se constitue de trois composantes principales affirmées par Kerbrat en s`inspirant du modèle Speaking de Hymes. Ce sont : les participants, le site et les butes, dans la mesure où, ces deux derniers forment la scène comme il est indiqué par le schéma proposé par Brown et Fraser :

    Situation

     
     
     

    Scène

    Participants

     
     

    Site

    Buts

    En fait, en nous référant à cette analyse contextuelle interactionnelle évoquée par C.Kerbrat Oricchioni, nous pouvons non seulement expliciter le contexte situationnel de la révolution égyptienne, mais de mettre aussi en évidence une interaction révolutionnaire qui peut être imaginée avec ses différents paramètres susceptibles d`être analysés.

    Tout d`abord, la scene révolutionnaire égyptienne relève d`un rapport rigide entre le site de la révolution et les participants. En d`autres termes, l`élément spatio-

    30 C. Kerbrat-Orecchioni. Les interactions verbales. Tome I, ed A. Colin. Paris, 1998. P: 76.

    temporel et la présence des participants ne sont jamais coïncidés : c`est-à-dire que la temporalité aussi bien que la territorialité dans cette mobilisation ont été bien choisies en fonction des objectifs et des finalités déterminées. Donc toute cette scène révolutionnaire a été évidement organisée, planifiée suivant des choix stratégiques de temps, d`endroits et de manières, établies et réalisées toujours par la communauté ou le groupe protestataire.

    Ensuite, les participants représentent les deux côtés du conflit : le premier est celui du group ou de la société révolutionnaire représentée à travers ses différentes catégories (manifestants, protestataires anti-Moubarak, représentant aussi des diverses associations, partis et mouvements sociaux ou politiques de l`opposition). Alors d`un autre côté, le régime d`une manière générale avec ses institutions principales dont le président est à la tête ; le gouvernement ; l`assemblée nationale ou populaire ; le parti politique du pouvoir (PND), l`ordre de force et de police.

    Ce qui est nécessaire d`analyser pour expliciter le contexte situationnel révolutionnaire, est donc la scène de la révolution égyptienne qui constitue l'environnement verbal et extralinguistique, et qui est mise en question au niveau de son site et de ses buts visés. Bien évident, les objectifs et les finalités de chaque participant sont clairement exprimés par les actions et les réactions systémiques et stratégiques de chaque côté : le peuple qui veut la révolution, le changement radical politique et social, d`une part, d`autre part, le régime d`une dictature qui cherche à s`enraciner encore et mettre un terme au soulèvement.

    En effet, c`est en fonction de ces buts que fonctionnent et s`interprètent les actions et les réactions des participants par rapport à une mise en place des choix stratégiques du site ou du cadre spatio-temporel de la révolution. Dans un premier espace distingué d`une interaction révolutionnaire, les rues et les places symboliques jouent un rôle primordial où la population comme participant a fait déclarer, énoncer et scander son slogan de « dégage ! »Par le biais d`un processus révolutionnaire très organisé, alors que l`autre participant (le pouvoir) a fait réagir par toute force pour réprimer la révolte. En dehors de la rue, la scène de lutte a été transformée à une discussion en changeant l`espace ou l`élément spatio-temporel. Cependant les interactions sont au niveau

    supérieur politique et diplomatique entre les représentants de chaque participant dans le but de trouver une solution.

    Donc, la révolution comme un événement social assez exceptionnel inattendu, n`est en fait qu`un contexte socioculturel représenté à travers plusieurs niveaux et cadres contextuels. C`est un élément aussi important pour aborder une analyse sémantique des formules séquentielles dites les slogans révolutionnaires pertinents de ce type de contexte d`énonciation exprimé par un cadre général de révolution.

    2. Le message d'une communication révolutionnaire :

    Par le moyen de son activité discursive, le peuple égyptien vise à transmettre son message en scandant le slogan révolutionnaire, il s`agit d`une mise en scene de son langage de révolution à l`intérieur d`un contexte situationnel d`une communication particulière entre population-pouvoir. « Car c`est dans l`acte de communication, dans l`évènement communication, que le signifié retrouve le signifiant »31 et que les slogans prennent leur signification.

    2.1. La communication révolutionnaire égyptienne :

    D`un point de vue linguistique, la communication est définie comme étant « un échange verbal entre un sujet parlant, qui produit un énoncé destiné à un autre sujet parlant, un interlocuteur dont il sollicite l`écoute et /ou une réponse explicite ou implicite (selon le type de l`énoncé). Sur le plan psychologique, c`est le processus au cours duquel la signification qu`un locuteur associe à ces même sons »32.Donc et à la lumière de cette définition, toute communication présente dans son déroulement les trois principaux critères suivants : les participants, la situation de communication, et le statut de la communication, dont ces trois derniers sont aussi présents et évidents dans l`échange révolutionnaire conflictuel entre population et pouvoir en Égypte.

    En nous référant à un principe d`échange et de transmission des messages, ceux de la révolution en Egypte sont transmis par plusieurs moyens et supports verbaux et non verbaux dont le slogan est essentiel.

    31 A.J.Greimas. Sémantique structurale. PUF.1986. p : 30.

    32 Jean Dubois, Dictionnaire de linguistique, Larousse, bordas 2002 p 94.

    2.2. Le schéma de la communication révolutionnaire :

    La révolution égyptienne en tant que situation de communication, peut être facilement encadrée et schématisée selon une perspective proposée par C.Kerbrat Orecchioni qui a remis en question le schéma de la communication de Jakobson sur plusieurs niveaux. Elle a élaboré un autre plus évolué en indiquant les différents paramètres intervenants et constituants « l`acte de communication ». Dans son schéma, elle a dépassé le critère de l`idéalisation en insistant sur le rôle de la compétence communicative des participants. Donc elle insiste essentiellement sur la complexité de tout acte de communication et d`interaction linguistique33.

    A la lumière de ce schéma, nous pouvons élaborer tout un autre qui résume notre situation de communication révolutionnaire étudiée : la révolution égyptienne. Comme il peut être représentant de toute révolution dans le mouvement du printemps arabe :

    · L'émetteur du message révolutionnaire : en désignant le je communiquant dans cet acte de communication, des milliers ou plus, des millions de personnes de toutes catégories et couches sociales ont envahi de façon régulière les rues d`Egypte, et scander clairement plusieurs slogans révolutionnaires, parfois contre le président en précisant leur destinataire, ou contre le régime d`une manière générale ou réclamant certaines autres revendications sociales.

    · Le récepteur : à qui le message a été émis, est le régime et ses différentes institutions symbolisées dans la personne du président Moubarak. C`est le tu interprétant à qui s`est adressée la population ou le groupe révolutionnaire égyptien, et contre qui cette révolution a été déclenchée. Par exemple quand les manifestants ont scandé « Dégage Moubarak ! », explicitement, le message révolutionnaire est émis au président, mais en fait, il est aussi adressé à toute une organisation institutionnelle et politique qui dirige le pays sous le règne de Moubarak, du gouvernement jusqu`à l`assemblée nationale, jusqu`à même le parti politique du pouvoir PND.

    · Le message révolutionnaire : est le composant le plus important qui détermine et identifie ce type particulier de communication. D`une manière générale, le sens du

    33 C.Kerbrat-Orecchioni. L'énonciation de la subjectivité dans le langage. Ed A. Colin/VUEF, paris, 2002.

    message révolutionnaire est, comme celui de tout autre message, le résultat d`une combinaison d`éléments linguistiques du slogan révolutionnaire qui a été scandé en plusieurs langues. Donc, même en se servant de plusieurs codes linguistiques, le sens est toujours commun entre les participants : des divers signifiants en langues différentes ayant enfin la même signification ou désignant le même signifié des slogans révolutionnaires voulus. (cf. chapitre III).

    · Le référent : d`un point de vue référentiel, tout message ou slogan révolutionnaire dans notre corpus désigne une révolution. En fait, chaque slogan se renvoie - textuellement ou extratextuellement - à la révolution égyptienne par l`entourage ou l`environnement verbal, donc par le biais de son contexte situationnel dans ce cadre communicationnel.

    · Le canal : est en quelque sorte l`ensemble des supports matériaux qui permettent la transmission du message et slogan de la révolution dont nous avons distingué trois moyens constatés : les banderoles, les pancartes aussi l`art du graffiti.

    Il faut aussi préciser que le message révolutionnaire entant que slogan, a été transmis par voix orale, directement scandé durant les manifestations, comme si l`émetteur s`adresse à un récepteur présent devant lui en représentant une situation de communication de face à face.

    Enfin, le langage reste certainement le moyen efficace et le plus important pour transmettre le message. Un langage spécifique et particulier à la révolution - langage révolutionnaire -.

    · Les compétences de la communication : sont l`ensemble de compétences linguistiques et paralinguistiques constituantes le « stockage » partagé entre les participants. En plus de ces deux types de compétences, C.Kerbrat Orecchioni évoque des compétences idéologiques et culturelles ou encyclopédiques. « c`est l`ensemble des savoirs implicites qu`ils possèdent sur le monde » (C.K-Orecchioni.2002 :20), alors que celles idéologiques sont « des systèmes d`interprétation et d`évolution de l`univers référentiel »34.

    D`abord les compétences linguistiques et paralinguistiques sont certainement partagées entre les participants de la communication révolutionnaire, de sorte qu`ils

    34 Idem.p20.

    appartiennent à la même communauté linguistique et confrontent les même codes et variétés en contact dans le même contexte sociolinguistique Egyptien.

    Encore, le pays connait depuis quelques années une dynamique sociale protestataire remarquable qui enrichit le processus de la révolution par des mécanismes comme : manifestations, marches, sit-in. En plus et en voyant les Égyptiens avec leur insistances, ils se manifestent croyants d`un jour à l`autre à la légitimité de leurs demandes et de leur situation comme révolution. C`est tout un univers de compétences de culture et d`idéologie d`opposition et de mouvement d`une révolution qui sont certainement en rapport avec celles linguistiques et extralinguistiques. Elles sont partagées de façon délibérée entre tous les militants révolutionnaire (émetteurs) et connues par le régime et ses hommes du pouvoir (récepteurs).

    Enfin, toutes ces compétences jouent un rôle primordial dans tout acte de communication de transmission de n`importe quel message (slogan) révolutionnaire à l`intérieur de ce contexte situationnel de révolution en Egypte.

    · Les déterminations « psychologiques et psychanalytiques » : doivent être nécessairement explicites, par rapport à leur importance pour toute opération d`encodage et de décodage d`un message transmis dans une situation conflictuelle aussi violente comme celle de la révolution égyptienne.

    · Les contraintes de l'univers de discours révolutionnaire en Egypte : sont un ensemble de contraintes discursives auxquelles se soumet toute opération d`encodage et de décodage, et qui orientent en quelque sorte tout acte de communication. Ce sont les différents facteurs restrictifs qui contrôlent en aboutissant à l`échec ou à la réussite de la communication. Selon Kerbrat Orecchioni, les contraintes sont des « filtres » pour toute activité de production ou d`interprétation. Elles se manifestent au niveau des données et des conditions concretes situationnelles d`une part, d`autre par au niveau des caractères « thématico-rhétoriques » du discours qui permettent la compatibilité entre le contenu et le genre discursif.

    Par conséquent de la situation révolutionnaire si conflictuelle, les contraintes de son discours jouent un rôle important pour toute production et interprétation du slogan révolutionnaire.

    Chaque slogan ou message dans la révolution égyptienne a conditionné, en tant que thème de cette situation, son aspect rhétorique spécifique. Lorsque le peuple égyptien s`est révolté en énonçant et en exprimant sa colère, son mécontentement, son refus d`un régime dictateur et d`un président tyran, il a fait appel à tout un processus révolutionnaire bien organisé. De toute façon « on ne parle pas de n'importe quoi n'importe comment ».

    Ensuite et d`un point de vue des données et des conditions situationnelles, ce sont les représentations et les images réservées par chaque participant -de lui-même, de la situation et de son partenaire-, qui d`érigent toute l`activité communicative et discussive durant la révolution. Les Egyptiens se sont, et se considèrent comme, des révolutionnaires et non pas des simples protestataires, ils n`ont pas trouvé qu`un seul moyen pour se révolter : le discours révolutionnaire pour s`adresser au pouvoir.

    Enfin et en analysant la situation du point de vue de communication, l`ensemble de ces contraintes ont fortement orienté cette activité entre population et pouvoir. Elles ont joué un rôle de frein pour un autre acte de communication normal et ordinaire entre les participants, voué à l`échec, mais en le filtrant et le renforçant vers un autre niveau de situation de communication spécifique, révolutionnaire, et réussite.


    · Encodage et décodage du message révolutionnaire égyptien : relèvent des modèles de production et d`interprétation des participants, ainsi de l`interaction des différentes compétences communicatives avec l`intervention des contraintes de cet univers de discours d`où le sens du message, du slogan révolutionnaire est parfaitement partagé entre émetteur et récepteur.

    Référent

    Révolution Egyptienne (slogan de la révolution)

    Compétences linguistiques et paralinguistiques

    Compétences linguistiques et paralinguistiques

    Récepteur (le régime

    Emetteur (manifestants

    politique et ses

    protestataires,

    Révolutionnaires)

    encodage Message décodage institutions, le

    président Moubarak)

    Compétences idéologiques et culturelles

    Déterminations

    Psy

    (Propos énoncé du
    slogan révolutionnaire)

    Canal
    (Supports du
    langage
    révolutionnaire)

    Compétences idéologiques et culturelles

    Déterminations

    Psy

    Contraintes de l`univers de

    discours

    Modèle de
    production

    Contraintes de l`univers de

    discours

    Modèle d`interprétation

    IV- Le slogan révolutionnaire en tant que genre de discours :

    Lorsque chaque discours vise généralement à : énoncer, décrire, raconter et à argumenter, P.Charraudeau a fait distinguer quatre types ou modes d`organisation du discours : le discours énonciatif, descriptif, narratif et le discours argumentatif35.

    A travers cette analyse discursive, nous essayons de mettre en question et en évidence les slogans constituants notre corpus en tant que genre de discours énonciatif, d`où les locuteurs (manifestants et protestataires), en plus d`énoncer leur révolution, visent à établir un rapport d`influence avec leurs interlocuteurs, en relevant ainsi leurs points de vue situationnel. Ce sont en fait les fonctions les plus importantes de tout discours énonciatif en plus de témoigner de la parole des interlocuteurs. Pour mieux comprendre notre analyse discursive, il faut d`abord expliciter les critères sur lesquels elle est fondée, les traits et les principes du mode d`organisation d`un discours énonciatif proposés par Charaudeau, et suivant les quels aussi nous nous référons pour élaborer la grille qui sera mise en question.

    1. grille d'analyse du discours révolutionnaire :

    1.1. crit~res d'élaboration :

    Il faut d`abord préciser que, en élaborant notre grille d`analyse, nous nous sommes inspiré par une autre qui a été Proposée par P.Charraudeau concernant le discours énonciatif et ses d'différentes fonctions, en explicitant les relations énonciatives possibles avec leurs diverses spécifications et les catégories de langue auxquelles ces dernières sont sous jacentes.

    D`abord, pour le rapport d`influence entre locuteur et interlocuteur, le premier (l`annonceur), en s`adressant, prend l`un des deux « rôles langagiers » soit de « supériorité » indiquant un rapport de force, soit « d`infériorité » pour un rapport de demande. Donc quel rapport est indiqué ou exprimé par quelles catégories de langue dans chaque slogan révolutionnaire égyptien ?

    Ensuit le propos énoncé de tout discours énonciatif relève de certains points de vue dits
    situationnels et spécifiés des participants, qui sont présentés de leur part aussi par un

    35 P.Charaudeau. Grammaire du sens et de l'expression. Hachette Paris, 1992.P :633.

    autre ensemble de catégories de langue identifiées et déterminées par la grille élaborée par Charaudeau. Alors, dans le discours révolutionnaire égyptien, quels sont les points de vue relevés des slogans ? Et par quelles catégories de langue sont exprimés de façon explicite ou tacite ? Dont il est distingué, toujours selon Charaudeau, entre cinq points de vue différents:

    - point de vue du mode de savoir : comme constat sur le savoir et l`ignorance du propos de l`annonceur, et la façon dont il a eu connaissance (Précise la connaissance d'un propos).

    - Point de vue d`évaluation : qui concerne beaucoup plus la cible ou l`interlocuteur et sa façon dont il évalue et juge en donnant son opinion d`appréciation ou non les propos énoncés.

    - Point de vue de motivation : c`est le but et la raison de l`énoncé.

    - Point de vue d`engagement : concernant le degré d`adhésion de l`interlocuteur au propos énoncé.

    - Point de vue de décision : que prend l`annonceur et cherche à réaléser d`où il détermine son statut (Précise le statut du locuteur et l'effet du propos).

    Les composantes de la construction énonciative : proposés par Charaudeau (1992 :651) :

    Relations énonciatives

    La relation à

    l'interlocuteur.

    La relation au dit

    (point de vue

    situationnel)

    La relation à l'autre tiers

    Spécifications énonciatives

    Rapport de force (locuteur/interlocuteur)

    Rapport de demande (locuteur/interlocuteur)

    Mode de savoir

    Evaluation

    Motivation

    Engagement

    Décision

    Comment s'impose le monde

    Catégories de langue

    Interpellation

    Injonction

    Autorisation

    Suggestion

    Proposition avertissement.

    Interrogation requête

    Constat savoir/ ignorance

    Opinion appréciation

    Obligation Possibilité Vouloir

    Promesse

    Acceptation/ refus Accord/Désaccord Déclaration

    Proclamation

    Assertion

    (témoignage sur le

    monde).

    Comment parie l'autre

    Discours rapporté.

    Les composantes de la construction énonciative : (Charaudeau. Op.cit., p.651)

    1.2. présentation de la grille d'analyse :

    En nous basant sur l`ensemble des critères expliqués, avec la grille des composantes de la construction énonciative de Charaudeau, nous nous sommes censé à élaborer une grille d`analyse d`un mode d`organisation d`un discours révolutionnaire en tant qu`énonciatif en tenant en compte ses deux premier fonction à accomplir, du rapport d`influence entre les participants et les différents points de vue relevés d`un slogan à un autre.

    Donc notre grille sera présentée par un simple tableau de trois colonnes principales :

    - Colonne n? 1 : contient l`ensemble des slogans révolutionnaires constituants notre corpus et l`objet de la recherche, environ 16slogans à étudier (les principaux slogans).

    - Colonne n? 2 : pour le rapport d`influence qui prend deux types possibles entre locuteur /interlocuteur : rapport de force ou de demande. Donc cette colonne n? 2 sous tend deux autres secondaires dont l`une est réservée pour indiquer quel type de rapport dans chaque slogan, alors que l`autre concerne la catégorie de langue exprimant chaque rapport de chaque slogan de façon explicite ou implicite et possible de l`exprimer à travers ce même énoncé par rapport à d`autres contextes d`énonciation.

    - Colonne n? 3: concerne les différents points de vue relevés des propos des slogans. Elle contient aussi deux autres colonnes secondaires, l`une indique les points de vue situationnels sur les quels sont basés ou exprimés les propos (slogans) énoncés, et l`autre pour déterminer les catégories de langue explicites ou implicites qui expriment tel ou tel point de vue par les mêmes propos.

    - Grille pour analyser le discours révolutionnaire égyptien (analyse discursive des slogans révolutionnaires):

    Propos énoncés (les slogans de la Révolution)

    Rapports d`influence entre les participants

    Points de vue situationnels

    types

    Catégories de langue

    types

    Catégories de

    langue

    Dégage !

    Rapport
    de force

    Injonction

    Mode de

    savoir

    savoir

    Evaluation

    Opinion

    Motivation

    Obligation

    Engagement

    Refus,
    Désaccord

    Décision

    Proclamation

    Moubarake, Dégage !

    Rapport
    de force

    Injonction

    Mode de

    savoir

    savoir

    Evaluation

    Opinion

    Motivation

    Obligation

    Engagement

    Refus,
    Désaccord

    Décision

    Proclamation

    Irhal ! (Dégage !)

    Rapport
    de force

    Injonction

    Mode de

    savoir

    savoir

    Evaluation

    Opinion

    Motivation

    Obligation

    Engagement

    Refus,
    Désaccord

    Décision

    Proclamation

    Out ! (Dégage !)

    Rapport
    de force

    Injonction

    Mode de

    savoir

    savoir

    Evaluation

    Opinion

    Motivation

    Obligation

    Engagement

    Refus,
    Désaccord

    Décision

    Proclamation

    Al chaab youride

    isquat al-nizam (Le peuple veut la chute du régime)

    Rapport de

    demande

    requête

    Mode de

    savoir

    savoir

    Evaluation

    Opinion

    Motivation

    Vouloir

    Engagement

    Refus,
    Désaccord

    Décision

    Proclamation

    Al chaab youride rahil al-nizam (Le peuple veut le départ du régime)

    Rapport de

    demande

    requête

    Mode de

    savoir

    savoir

    Evaluation

    Opinion

    Motivation

    Vouloir

    Engagement

    Refus,
    Désaccord

    Décision

    Proclamation

    A bas Moubarak !

    (yasquot Moubarak).

    Rapport
    de force

    Propositio n

    Mode de

    savoir

    savoir

    Evaluation

    Opinion

    Rapport de

    demande

    requête

    Motivation

    Possibilité

    Engagement

    Refus,
    Désaccord

    Décision

    Proclamation

    A bas le régime !

    (yasquot al-nizam)

    Rapport
    de force

    Propositio n

    Mode de

    savoir

    savoir

    Evaluation

    Opinion

    Rapport de

    demande

    requête

    Motivation

    Possibilité

    Engagement

    Refus,
    Désaccord

    Décision

    Proclamation

    Vendredi de la colère

    Rapport
    de force

    Suggestion

    Mode de

    savoir

    savoir

    Evaluation

    Opinion

     

    Rapport de

    demande

    requête

    Motivation

    Possibilité

    Engagement

    Refus,
    Désaccord

    Décision

    Proclamation

    Vendredi du départ

    Rapport
    de force

    Suggestion

    Mode de

    savoir

    savoir

    Evaluation

    Opinion

    Rapport de

    demande

    requête

    Motivation

    Possibilité

    Engagement

    Refus,
    Désaccord

    Décision

    Proclamation

    Vendredi du défi

    Rapport
    de force

    Avertissem ent

    Mode de

    savoir

    savoir

    Evaluation

    Opinion

    Rapport de

    demande

    requête

    Motivation

    Obligation

    Engagement

    Refus,
    Désaccord

    Décision

    Proclamation

    Dignité, liberté et

    justice sociale

    Rapport de

    demande

    requête

    Mode de

    savoir

    savoir

    Evaluation

    Opinion

    Motivation

    Vouloir

    Engagement

    Refus,
    Désaccord

    Décision

    Proclamation

    Pain, liberté, justice

    sociale

    Rapport de

    demande

    requête

    Mode de

    savoir

    Savoir

    Evaluation

    Opinion

    Motivation

    Vouloir

    Engagement

    Refus,
    Désaccord

    Décision

    Proclamation

    Taghyir, horriya et

    adala egtemaiya(changement, liberté et justice sociale)

    Rapport de

    demande

    requête

    Mode de

    savoir

    savoir

    Evaluation

    Vouloir

    Motivation

    Obligation

    Engagement

    Refus,
    Désaccord

    Décision

    Proclamation

    Sawra sawra hatta al- nasr, sawra fi kol chawarie Masr(révolution jusqu`à la victoire, révolution dans toutes les rues de l`Egypte)

    Rapport
    de force

    Avertissem ent

    Mode de

    savoir

    savoir

    Evaluation

    Opinion

    Rapport de

    demande

    requête

    Motivation

    Obligation

    Engagement

    Refus,
    Désaccord

    Décision

    Proclamation

    Al-Gueich wel chaab eid wahda(l`armée et le peuple, une seule main).

    Rapport
    de force

    Avertissem

    ent Suggestion

    Mode de

    savoir

    savoir

    Evaluation

    Opinion

    Rapport de

    demande

    requête

    Motivation

    Possibilité

    Engagement

    Refus,
    Désaccord

    Décision

    Proclamation

    En mettant cette grille sous observation nous trouvons que chaque propos énoncé (slogan révolutionnaire) manifeste un rapport d`influence entre l`annonceur (locuteur : population égyptienne révolutionnaire) et ses interlocuteurs (les cibles). En exprimant ainsi des différents points de vue par des diverses catégories de langue de la part des deux participants dans l`acte de communication révolutionnaire.

    2. Le discours énonciatif révolutionnaire égyptien :

    Par le biais d`une lecture analytique de la grille d`analyse élaborée ci-dessus nous parvenons à expliciter et à indiquer le mode d`organisation du discours révolutionnaire en tant que énonciatif.

    D`abord, dans cette situation de communication spécifique, le peuple égyptien ou les manifestants protestataires ont scandé et annoncé plusieurs slogans dont les propos énoncés ont pris des diverses formes et en premier lieu la forme impérative plurilingue en disant : Dégage !, ou Moubarak Dégage !, Irhal ! et out !, d`où les annonceurs jouent un rôle énonciatif en entraînant un rapport de force et de supériorité en ordonnant leur interlocuteur (la tête du régime le président Moubarak) à céder le pouvoir (par injonction).

    Mais, au niveau des autres formes, le rapport d`influence indiqué est tout à fait différent comme celui dans des propos énoncées de type ou de forme « le peuple veut la chute du régime », « le peuple veut le départ du régime », d`où le peuple expose et exprime sa requête en la demandant explicitement, donc est un rapport de demande. Dans ce cas l`annonceur joue un rôle langagier, énonciatif plus ou moins inférieur par rapport au premier. Ce même rapport a été aussi indiqué par l`acte d`énonciation des autres slogans de formes diverses comme: « Dignité, liberté et justice sociale », « pain, liberté et justice social », « changement, liberté et justice sociale ». À travers ces énoncés, le peuple demande à son interlocuteur (le régime) un ensemble de revendications sur lesquels est basée la révolution. Alors que dans certains autres propos énoncés, nous percevons une sorte de contraste des deux types de rapports pour chacun d`eux, lorsque en scandant « A bas Moubarak » ou « A bas le régime », en plus de requêtes par ce rapport de demande, le peuple annonce des propositions pour résoudre la situation résumées dans le départ et la démission du président et son régime en incitant, par son acte d`énonciation, les révolutionnaires à faire tomber ces derniers. Dans les slogans de

    type de « vendredi de la colère », « du départ » et « du défi », toujours la requête et la demande du départ, même si implicitement dans le premier propos, sont présentes, en indiquant ce rapport de demande. L`autre rapport est aussi exprimé par une catégorie de langue de suggestion dans les deux premiers où le peuple suggère et insiste sur sa requête, mais par beaucoup plus d`un avertissement dans le dernier, « vendredi du défi », en levant ce défi face au pouvoir. Cette même contraste de rapport d`influence est aussi perçue au niveau des deux derniers slogans de la grille : (révolution jusqu`à la victoire, révolution dans toutes les rues de l`Egypte, l`armée est le peuple une seule main) : le rapport de force est exprimé dans le premier par une sorte d`avertissement adressée au régime que la révolution et la mobilisation perpétuera jusqu`à son départ, mais en plus d`avertissement il ya aussi une suggestion dans l`autre slogan pour inciter en se positionnant dans une situation supérieur par rapport au pouvoir. Encore le rapport de demande est toujours exprimé par une requête et une telle demande adressée aux citoyens et aux membres de la société dans le premier slogan, en leur incitant et persuadant à protéger la révolution et à la renforcer. C`était en fait les mêmes traits du rapport de demande évoqués dans le dernier slogan (propos énoncé) mais cette fois-ci en s`adressant aux forces de l`armée.

    Dans un autre niveau d`analyse, en accomplissant cet acte d`énonciation, l`annonceur s`est basé sur quelques points de vue situationnels et spécifiques exprimés de manière explicite ou implicite possibles par ses slogans en tant que propos énoncés.

    D`abord et d`un point de vue du mode de savoir, le peuple égyptien comme annonceur précise la connaissance de ses propos annoncés dans chaque slogan révolutionnaire. Par le biais de cette connaissance et de celle de sa réalité, et des traits de sa situation, il a scandé ses slogans en ayant toute conscience de ses demandes et revendications, il veut les transmettre à ses interlocuteurs pour leur faire savoir que ce sont des propos révolutionnaires, que cette mobilisation est une révolution. Par les slogans de « dégage ! » les protestataires veillent aussi faire savoir qu`il faut faire dégager le président et son régime, et qu`ils ne veuillent plus Moubarak comme président. C`est ce qui à été exprimé clairement par d`autres slogans et compris tacitement dans certains autres même si le slogan réclame des revendications socio-

    économiques comme ceux de : « dignité, liberté et justice sociale » et « pains, liberté et justice sociale ».

    Ensuite et d`un point de vue d`évaluation, de la part de l`interlocuteur, la révolution n`est qu`un résultat d`une évaluation et d`un jugement fondé sur une situation conflictuelle d`opinions. Tout au long de la période du soulèvement, le régime et ses institutions refusent de répondre aux revendications légitimes de la population.

    Alors et d`un point de vue de motivation, les buts les raisons pour lesquelles les propos ont été énoncés, semblent figurativement nuancés d`un slogan à un autre, entre les différents catégories de langues proposées : obligation, possibilité et vouloir, mais ne se coulent en fait que dans un seul cadre, celui de l`obligation et de l`exigence indiquée par la force du contexte situationnel de révolution. Avec le slogan de « dégage ! » et d`autres qui le ressemblent, le peuple vise à obliger le président et son régime à céder le pouvoir. C`est la revendication majeure de toute la révolution.

    Par les slogans de « le peuple veut le départ (la chute) du régime », il exprime tout simplement son vouloir donc ces objectifs voulus, mais une sorte d`obligation par conséquent de la force de la situation (révolution). Comme il est constaté, la motivation peut être aussi nuancée entre divers buts d`énonciation en quelque propos. Si les finalités sont de possibilité dans le slogan de « A bas Moubarak, le régime », d`où le peuple propose ces demandes comme revendications et solutions, dans certains autres slogans les buts sont contrastés entre possibilité, vouloir et obligation. Dans les slogans de vendredi, les buts suggérés qui sont déjà voulus, sont possiblement réalisés mais dans le dernier, « vendredi du défi », par l`avertissement dominant dans le rapport d`influence, le but énonciatif devenu obligation.

    Alors que dans les derniers slogans, le but et la raison du propos de « dignité, liberté et justice sociale » et de ceux qui le ressemblent, est d`un ensemble de vouloirs attendus, tendis que celle de révolution jusqu`à la victoire, révolution dans toutes les rues de l`Egypte, est dite d`obligation en conséquence d`un avertissement sous tendu par le rapport d`influence. Mais indiquant une raison de possibilité lorsqu`il suggère en incitant les force d`armée à accompagner la révolution dans le slogan de « l`armée et le peuple, une seule main ».

    En fait, il faut toujours insister sur l`idée que toutes les raisons d`énonciation sont dites d`obligation même si elles sont de vouloir ou de possibilité. C`est en conséquent de la force obligatoire du contexte situationnel ou de la situation révolutionnaire, tout ce que demande la révolution est une obligation.

    Ensuite et d`un point de vue d`engagement, la cible ou l`interlocuteur (le régime, le pouvoir, ses institutions entre autres le président) est fortement et parfois explicitement visé dans chaque propos énoncé des slogans révolutionnaires, par une position de désaccord et de refus entier des propos et de son locuteur.

    Enfin et d`un point de décision, la société égyptienne a proclamé directement sa décision de révolution à travers ses propos énoncés (slogans) aboutissants et réalisant son soulèvement, en se considérant comme société révolutionnaire, donc l`effet est toujours une révolution.

    En guise de conclusion, le slogan de la révolution égyptienne, n`est qu`un discours d`un mode d`organisation énonciatif, d`où le langage est mis en scene dans une situation de communication spécifique (révolution). En transmettant leur message révolutionnaire, l`annonceur exerce un rapport d`influence de force en accomplissant son acte de sloganisation et en se référant en même temps aux certains points de vue situationnels spécifiques.

    Chapitre III: Analyse Lexico-Sémantique et Pragmatique des slogans révolutionnaires égyptiens :

    Dans cette partie du travail, l`étude des slogans révolutionnaires est menée sur trois principaux axes linguistiques. D`abord, au niveau syntaxique en essayant de mettre en considération la composante syntaxique des slogans comme une réflexion d`introduction pour l`analyse sur un autre niveau dit lexico-sémantique qui consiste à étudier la composante sémantique des slogans et les différentes relations entraînées entre eux et le rôle de la dimension pragmatique sous-tendue par le slogan révolutionnaire pratiqué comme un acte de langage.

    I- 8 CHAXIBBADCCOVIIV QaxBo-sémantique des slogans révolutionnaires

    égyptiens :

    Avant d`aborder l`analyse et l`élaboration d`une grille syntaxico- sémantique, il nous faut d`abord mettre l`accent sur les slogans révolutionnaires du point de vue de leurs composantes syntaxiques. Selon se critère, nous pouvons élaborer une autre grille d`analyse qui nous sert à dégager une sorte de classification des divers modeles et structures syntaxiques selon lesquelles sont formulés les slogans.

    1. Les slogans révolutionnaires du point de vue syntaxique :

    1.1. Présentation de la grille syntaxique :

    Cette grille n`est qu`un simple tableau indiquant et présentant la classification des slogans par rapport à leurs structures et modèles syntaxiques distingués. Un tableau constitué de deux colonnes principales dont la première est consacrée à présenter les modeles syntaxiques qui sont énumérés jusqu`à cinq (5) structures, alors que la deuxième colonne indique la distribution des slogans d`un modèle à un autre.

    . Classification des slogans révolutionnaires selon les modèles syntaxiques:

    modèles
    syntaxiques

     

    Slogans
    révolutionnaires

    Mot d'ordre ou impératif

    Dégage !

    Moubarake, Dégage ! irhal ! (Dégage !)

    Out ! (Dégage !)

    déclaratif et

    affirmatif de type : le peuple veut...

    Al chaab youride isquat al-nizam (Le peuple veut la chute du régime)

    Al chaab youride rahil al-nizam (Le peuple veut le départ du régime)

    Phrase nominale de type : A bas...

    À bas Moubarak ! (yasquot Moubarak). À bas le régime ! (yasquot al-nizam)

    Phrase nominale de type : vendredi de...

    Vendredi de la colère Vendredi du départ Vendredi du défi

    déclaratif structure diverse

    de

    Dignité, liberté et justice sociale

    Pain, liberté, justice sociale

    Taghyir, horriya et adala egtemaiya(changement, liberté et justice sociale)

    Sawra sawra hatta al-nasr, sawra fi kol chawarie

    Masr(révolution jusqu`à la victoire, révolution dans toutes les rues de l`Egypte)

    Al-Gueich wel chaab eid wahda(l`armée et le peuple, une seule main).

    1.2. Description de la composante syntaxique des slogans révolutionnaires :

    A partir d`une lecture de la grille d`analyse syntaxique nous essayons de comprendre comment les révolutionnaires égyptiens se sont servis non seulement de l`arabe égyptien, mais des autres langues pour construire et formuler des slogans et produire des effets réels de sens d`un énoncé de révolution. Enfin, nous avons fait la distinction entre cinq principaux modèles possibles :

    - Le mot d'ordre ou impératif : par le biais de ce modèle le peuple égyptien a scandé presque le même slogan en différentes langues. C`est le slogan de Dégage! ?, en arabe égyptien : IRHAL !? et en anglais : Out ! ?. Cette simple structure d`un mot d`ordre a pris en fait une position primordiale non seulement dans la révolution du Jasmin et celle d`Egypte, mais dans toutes les mobilisations du mouvement « le printemps arabe ». Ce modèle syntaxique n`est qu`une phrase simple exprimée sous une forme impérative. Généralement ce mode est souvent utilisé pour exprimer l`ordre, la défense ou une conseille. Par ce type de slogan, le peuple ou les manifestants en Egypte se sont adressés à Moubarak en lui donnant un simple ordre à la façon des conversations ordinaires en disant : Dégage !?.

    - Le modèle de «Le peuple veut ...» : deux principaux slogans sont distingués suivants ce modèle : Le peuple veut la chute du régime ? et Le peuple veut le départ du régime?. Ce sont presque le même slogan, le même énoncé qui est scandé en réalité en arabe égyptien : Al chaab yourid isquat al- nizam? et Al chaab yourid rahil

    al- nizam?. Ce modèle est aussi une phrase simple d`un type déclaratif et affirmatif d`oüla population égyptienne, en plus d`annoncer ses déclarations, elle exige en précisant ses

    quêtes résumées par le départ et la chute du régime. Cette structure et ce modèle était le plus répondu dans ce mouvement, dont il s`inspire sa force et sa symbolisation de sa sloganisation restée à être entendu même après le mouvement.

    - Le modèle de «-1 lTh... !» : sous cette structure syntaxique nous avons distingué deux slogans qui sont fortement scandés durant la révolution égyptienne : A bas Moubarak? et A bas le régime?. Des phrases aussi simples introduites par une préposition à? suivie par l`adverbe de bas?. Sans même se distinguer comme slogan révolutionnaire, cette construction est utilisée en principe pour exprimer des sentiments

    d`hostilité et d`opposition, en désignant l`action de guerre qui a été déclarée dans ce contexte d`énonciation de révolution contre le régime, et Moubarak le président.

    - Le modèle syntaxique de vendredi : les slogans de ce modèle sont des énoncées connus comme des nominations des jours de vendredi dont nous avons distingué trois slogans des trois principaux jours de vendredi vécus durant cette période du soulèvement : Vendredi de la colère? qui convient au premier vendredi dans cette révolution (28/ 01/ 2011), vendredi du départ? pour le deuxième (04/ 02/ 2011) ,et pour le dernier était :Vendredi du défi? (11/ 02/ 2011). Cette technique ou structure a continué d`être mise en ~uvre même après la révolution en inspirant les autres pays au même titre que le slogan de Dégage ! ?. Le slogan de vendredi est particulièrement approprié par la révolution d`Egypte. Ces énoncés sont tellement signifiants, ils résument et racontent en général la chronologie et l`histoire des évènements.

    - Le dernier modèle est, en fait, un ensemble de phrases de structures diverses qui sont en effet proche d`un autre type que le slogan, dit la devise. Des phrases aussi simples nominales indiquant des revendications essentielles d`un critère socioéconomique, comme : pain, liberté, et justice sociale?, dignité, liberté, et justice sociale ?. Une autre structure aussi spécifique à un slogan en arabe qui est caractérisée par une valeur et dimension très poétique douée d`un rythme sonore et d`une rime assonante comme « Sawra sawra hatta al-nasr, sawra fi kol chawarie Masr » (révolution jusqu`à la victoire, révolution dans toutes les rues de l`Egypte) et une autre structure unique du dernier slogan arabe : Al- Gheich wel chaab eid wahda?.

    2. Le slogan révolutionnaire du point de vue sémantique :

    A ce niveau d`analyse sur l`axe sémantique, nous nous sommes intéressé à comprendre les significations des différentes modèles syntaxiques distingués, avec les diverses relations qu`ils peuvent entraîner entre eux essentiellement par rapport à leur contexte d`énonciation, en rappelant aussi les principaux critères selon lesquels les slogans ont été choisis. Il s`agit d`un ensemble de slogans scandés soit contre le régime, soit contre le président, ou ceux réclamant des revendications socioéconomiques. Ces formules figées sont des séquences polylexicales utilisées en discours énonciatif révolutionnaire pour désigner un référent unique selon leur valeur dénominative ?. Ce sont des slogans qui se réfèrent à la révolution égyptienne. Bien évident, le sens des

    slogans étudiés est souvent global comme toute autre séquence figée mais de façon paradoxale, certains entre eux se comportent autant que des syntagmes réguliers dont le sens est compositionnel, c`est-à-dire dégagé du sens des lexèmes qui le composent (M.F.MORTUREUX. 2008 : 105).

    Pour cerner cette analyse sémantique et atteindre les objectifs visés, il nous faut nous réfugier à élaborer une grille répondante à ces besoins et systématiser notre traitement suivant un cadre méthodologique bien déterminé. Dans ce but, nous nous sommes revenu par le temps à une époque de la sémantique structurale? d`où s`inscrit l`analyse sémique de B. Pottier (1963, 1974) et son grille d`analyse de laquelle nous nous sommes inspiré, et les principes sur lesquels elle est fondée.

    Dans ce cadre de la linguistique structurale, l`analyse sémique vient d`examiner l`une des deux theses du fondement de cette théorie. Un postulat de L`autonomie du langage? dont le signe linguistique reliant non une expression à un référent (objet) mais un signifiant à un signifié. Dans sa grille d`analyse, Pottier résume la répartition d`un ensemble de sèmes qui composent les sémèmes dont le rapport exprime la signification des unités lexicales dites lexèmes appartenant à un même champ lexical des sièges (M.F.MORTUREUX.2008 :78). Le but de son analyse est de dégager et d`expliciter les liens existant entre « le système sémique et la manifestation lexématique » en se servant des concepts opératoires spécifiques de sème, sémème, et lexème. Ce travail sémique consiste à classer les sèmes entre : sème commun et générique déterminant le champ notionnel des sièges, et des sèmes spécifiques, dont les sèmes générique représentent le classème, et les spécifiques pour le sémantème des unités lexicales ou des mots (A.J.Greimas.1986 : 34, et par A.Hénault .1979: 52-55).

    Pour l`élaboration de notre grille d`analyse, en imitant celle proposée par B. Pottier, nous nous sommes trouvé face à une difficulté de choix décisifs, précis et opérationnels des différents sèmes qui sont distribués entre les formules des slogans constituants le corpus, suivant les niveaux des sens déterminés. Dans ce cas nous avons la nécessité de recourir à la définition qui peut être déduite et réservée pour chaque slogan en tant qu`énoncé mais toujours par rapport à son contexte d`énonciation -la révolution égyptienne -, tenus compte les critères et les bases selon lesquelles les slogans ont été choisis.

    Dans chaque définition du slogan comme syntagme, et du point de vue de son « organisation logique » (M.F.MORTUREUX.2008 :84), les éléments et les informations sémantiques (sèmes) s`avèrent distinctifs entre concluants et spécifiant : les sèmes génériques des concluants représentent ce que R. Martin évoque par le concept archisémème (pour une logique du sens.1983), et les sèmes spécifiques pour des autres syntagmes syntaxiques dits spécifiants. L`incluant d`abord consiste à attribuer et à intégrer la classe des référents du propos énoncé de chaque slogan en une autre classe plus vaste celle du slogan révolutionnaire égyptien. Alors que les spécifiants expriment les spécificités distinctives d`un propos énoncés à un autre dans cette classe globalisante de slogans révolutionnaires égyptiens.

    En nous basant sur ces différents traits et fondements syntaxico-sémantique, nous pouvons tracer le syntagme définitoire possible pour le slogan de la révolution par rapport à son contexte situationnel mis en question dans ce travail. Chaque propos énoncé mis en considération dans le corpus, peut être défini comme étant : un slogan révolutionnaire égyptien qui est scandé contre le président ; contre le régime politique régissant; ou réclamant des revendications socioéconomiques perdues sous le règne de ce régime du président Moubarak.

    Cette définition nous sert, comme des données de bases à dégager les informations sémantiques ou les concluants et les spécifiants des slogans, comme il est indiqué par le petit tableau suivant qui exprime l'organisation logique de ces propos énoncés par les slogans étudiés :

    Acceptions

    Incluant

    Sèmes spécifiques

    Propos énoncés des
    divers slogans

    - un slogan

    révolutionnaire égyptien.

    - scandé contre le président Moubarak. - scandé contre le régime.

    - réclamant des revendications socio-

    économique.

    Notre grille d`analyse lexico-sémantique consiste à prendre en charge, suivant une analyse qualitative comparative, la répartition des différents éléments et traits sémantiques explicités par le tableau ci- dessus, entre les slogans ou les propos énoncés d`un slogan à un autre dans le corpus, essentiellement sur deux niveaux de sens explicite direct et indirect du contenu nominatif des slogans : le sens dénoté et le sens connoté à l`intérieur de chaque slogan.

    3. 3 rOAeCAtaYCIUIlaIgraODIMCDSAeIAOP aCtarue :

    C`est un tableau simple qui contient six (6) colonnes principales :

    - La colonne n°1 : consiste à présenter les principaux slogans étudiés classés selon les modèles et les structures syntaxiques distinguées.

    - La colonne n°2 : détermine les niveaux du sens : dénoté et connoté à l`intérieur de chaque slogan, en permettant de faire la distribution et la comparaison sémique.

    - - La colonne n°3 : présente le sème générique commun à tous les propos en constituant leur incluant : slogan révolutionnaire égyptien? : S 1.

    - - La colonne n°4 : pour le premier sème spécifique constaté du spécifiant : scandé contre le président Moubarak? : S 2.

    - La colonne n°5 : pour le deuxième sème spécifique du spécifiant : scandé contre le régime régissant? : S 3.

    - La colonne n°6 : réservée pour le dernier sème spécifique du spécifiant : réclamant des revendications socioéconomiques, ou scandé contre la situation socio- économique vécue? : S 4.

    Dans le but de déterminer et d`indiquer le signifié identique et commun partagé entre les slogans en tant que formules, séquences et structures syntaxiques signifiantes, la procédure effective de cette grille consiste à analyser et à comparer la répartition et la distribution des sèmes présupposés entre sens dénoté et sens connoté d`un slogan à un autre. Il s`agit donc d`une étude qualitative comparative aux niveaux sémantiques dénotatifs et connotatifs des slogans révolutionnaire égyptiens.

    . Grille d'analyse sémantique :

    Modèles

    syntaxiques des slogans

    Sens

    Slogan révolution-

    naire égyptien

    (S1)

    Contre le
    président
    (S2)

    Contre le régime (S3)

    Contre la

    situation socio-

    économique

    (S4)

    Dégage !

    dénoté

    +

     
     
     

    connoté

     

    +

    +

    +

    Moubarake, Dégage !

    dénoté

    +

    +

     
     

    connoté

     
     

    +

    +

    Irhal !
    (Dégage !)

    dénoté

    +

     
     
     

    connoté

     

    +

    +

    +

    Out ! (Dégage !)

    dénoté

    +

     
     
     

    connoté

     

    +

    +

    +

    Al chaab

    youride isquat alnizam (Le peuple veut la chute du régime)

    dénoté

    +

     

    +

     

    connoté

     

    +

     

    +

    Al chaab

    youride rahil al-

    nizam (Le peuple
    veut le départ du

    dénoté

    +

     

    +

     

    connoté

     

    +

     

    +

    régime)

     
     
     
     
     

    A bas Moubarak ! (yasquot Moubarak).

    dénoté

    +

    +

     
     

    connoté

     
     

    +

    +

    A bas le régime ! (yasquot alnizam)

    dénoté

    +

     

    +

     

    connoté

     

    +

     

    +

    Vendredi de la colère

    dénoté

    +

     
     
     

    connoté

     

    +

    +

    +

    Vendredi du

    départ

    dénoté

    +

     
     
     

    connoté

     

    +

    +

    +

    Vendredi du

    défi

    dénoté

    +

     
     
     

    connoté

     

    +

    +

    +

    Dignité, liberté

    et justice sociale

    dénoté

    +

     
     

    +

    connoté

     

    +

    +

     

    Pain, liberté,

    justice sociale

    dénoté

    +

     
     

    +

    connoté

     

    +

    +

     

    Taghyir, horriya

    dénoté

    +

     
     

    +

    et adala

    egtemaiya(change

    ment, liberté et
    justice sociale)

    connoté

     

    +

    +

     

    Sawra sawra

    hatta al-nasr, sawra fi kol chawarie
    Masr(révolution jusqu`à la victoire,

    révolution dans
    toutes les rues de l`Egypte)

    dénoté

    +

     
     
     

    connoté

     

    +

    +

    +

    Al-Gueich wel

    chaab eid wahda (l`armée et le peuple, une seule main).

    dénoté

    +

     
     
     

    connoté

     

    +

    +

    +

    4. Analyse dénotative/ connotative des slogans révolutionnaires :

    Avant d`analyser, il faut préciser que, au même titre que les mots des sieges qui ont été traités en analyse sémique de Pottier, les différentes formules et les séquences (propos énoncés) mises en question par notre grille d`analyse relèvent du même champ notionnel?. Ils s`agissent qu`elles entraînent entre elles des relations sémantiques sous prétexte qu`elles représentent la même réalité ou le même réfèrent (slogans de la révolution égyptienne). (M.F.MORTUREUX, 2008 :78).

    Pour justifier les choix opérationnels des traits perspectifs présupposés et par lesquels nous nous sommes orienté, nous nous sommes trouvé face à un rapport tellement étroit reliant les concepts opératoires de : référence, sens, et dénotation?. Pour cette raison, nous nous soumettons à certaines perspectives évoquées par des approches précises en fonction les besoins et les objectifs visés par cette analyse.

    En principe la dénotation, comme le sens, est une relation qui au contraire s`applique aux lexèmes et reste valable en dehors des contextes d`énonciation ?. (MORTUREUX. 2008 :169).

    Il s`agit donc qu`elle est stable de la signification?, alors que les connotations sont « subjectives et variables selon les contextes de cette même signification »36. A cet égard, en distinguant le référent d`un lexème et sa dénotation n`élimine jamais le lien entre eux dans la mesure où tout référent est généralement inclus dans le sens dénoté d`un ou de plusieurs lexèmes dans une même langue.

    La dénotation, selon Martinet, est « le contenu qui engage toute la communauté linguistique : ce qui dans la valeur d`un terme est commun à l`ensemble des locuteurs de la langue » (C. Baylon a P.Fabre. 1989 : 115). Et d`un autre côté, les connotations sont des associations individuelles : « tout ce que ce terme peut évoquer, suggérer, exciter, impliquer de façon nette ou vague, chez chacun des usagers individuellement ».

    Donc, nous tenons compte l`aspect évolutif du sens des mots dans la communauté, le sens dénoté est aussi déterminé par le rôle et la fonction des lexèmes et de la langue en général dans la société qui la utilise. Tout au long de cette période de

    36 C. Baylon a P. Fabre. La sémantique. Nathan. 1989. P 115.

    révolution, l`ensemble de ces formules et propos énoncés sont connues comme des slogans révolutionnaires égyptiens. Il s`agit d`un sens dénoté d`où leur référent est inclus en tant que messages d`un acte de communication particulière. Ce sont donc des slogans d`une révolution. Cette dénotation est désignée ou résumée par le premier sème (S1) représentant le concluant ou le sème générique commun à touts les propos en question.

    A l`instar du sème générique (S1), les autres constituants les spécifiants (sèmes spécifiques) seront soumis au même traitement dont ils sont distribués entre les énoncés suivant les deux niveaux de sens proposés (dénoté et connoté), précisant que les diverses connotations sont conclues et comprises selon leur contexte d`énonciation révolutionnaire, leurs spécifiants et l`organisation logique analysée ci-dessus.

    D`abord le slogan du premier modèle syntaxique impératif ou du mot d`ordre, son analyse componentielle a révélé le même modèle de distribution des éléments et des informations sémiques, qui est présenté par la formule ou la séquence réduite au lexème de Dégage?. Par conséquent de ce grand mouvement du printemps arabe, dégage? (dégage Moubarak), Irhal?, ainsi out?, sont des slogans révolutionnaires pour tous les membres de la société arabe, et sont spécifiquement égyptiens par la particularité du contexte de la révolution en question. C`est le premier sème d`un rôle de classème? saisi, compris des sens dénotés, et d`ailleurs de celui aussi de tous les autres slogans des divers modèles distingués. Encore, ce ne sont en fait que des mots d`ordres, des verbes ou un seul verbe exprimé en différentes langues, conjuguée au mode de l`impératif, destiné à un seul interlocuteur qui est le président Moubarak. Donc un slogan révolutionnaire égyptien scandé contre le président. C`est le deuxième sème mais plus au moins spécifique à ce modèle, dégagé du sens dénoté de Dégage Moubarak !?, et des sens connotés des autres. Ensuite, le fait d`entretenir une révolution contre le président, elle est en principe contre le régime politique entier représenté par l`organisation de ses institutions dont Moubarak n`est qu`en tête de la liste. C`est le troisième sème comme spécifique ou indiquant le spécifiant des slogans en question, et qui rapporte de leurs sens connotés. Enfin, en se révoltant contre n`importe quel régime et son président, ce n`est qu`en raison d`un ensemble de caractéristiques de l`air socioéconomique du pays ou de la société, lorsque toute révolution est souvent caractérisée de ses deux dimensions, non seulement politique, mais socioéconomique, aux niveaux desquelles le peuple égyptien

    espère réaliser la restauration et le changement radical. Donc un autre sème spécifique compris des sens connotés des propos énoncés à l`intérieur de ce contexte d`énonciation.

    Au niveau du deuxième modèle syntaxique, en suivant la même procédure analytique, la formule de Le peuple veut...? est devenue parmi les moules essentiels de sloganisation oppositionnelle. Elle constitue un slogan principal pour toute révolution dont il est égyptien par rapport à son contexte d`énonciation dans notre corpus étudié, donc le sème générique est aussi présent et exprimé par ce modèle. Ensuite, il est scandé contre le régime entier dont Moubarak fait partie, il s`agit que le (S3) est explicitement ou dénotationnellement exprimé contrairement au (S2), alors que le dernier sème spécifique (S4), confronte aussi la même situation détaillée dans l`analyse du premier modèle syntaxique. Logiquement, scander contre Moubarak et son régime, ça veut dire réclamer la situation ou les revendications socioéconomiques qui sont les raisons et les bases fondatrices du mouvement en caractérisant l`aspect général de la société pendant le règne d`un régime refusé. Alors, c`est un autre sème (S4) spécifique connotationnellement signifié.

    Par la suite un autre modèle a été aussi distingué d`une structure de type : À bas...?, qui peut être traité de la même façon de celui précédent. Le peuple a scandé A bas Moubarak? et A bas le régime? dont il veut explicitement et directement faire tomber tant tôt le président (S1) dans l`un, tant tôt le régime (S2) dans l`autre alors que réclamer les autres revendications (S4) est encore connoté, sans oublier de démontrer que le sème générique (S1) est toujours exprimé au niveau du sens dénoté. Ces deux propos sont aussi des slogans de la révolution d`Egypte.

    Un autre type ou modèle de structure syntaxique est celui des slogans de nomination des jours de Vendredi ayant été vécus pendant cette période de révolution. Ce modèle a considérablement caractérisé le soulèvement égyptien par rapport aux autres arables en les inspirant de l`adopter massivement. Trois propos énoncés correspondants aux jours précis, et connus comme des slogans principaux de la révolution. Il s`agit qu`à travers les trois énoncés le sème générique (S1) de « slogan de la révolution égyptienne » est aussi remarqué au niveau de leurs sens dénotés. Alors que par sens connoté, les divers sèmes spécifiques sont convoqués et marqués par la même répartition entre les slogans. Quand scander « vendredi de la colère », le peuple égyptien exprime sa colère, son

    mécontentement contre le président, contre le régime et même la situation dans laquelle se trouve et vie la population. Quant au « vendredi du départ », en s`agissant le départ de qui?. De Moubarak ou de régime peut import celui de l`un exige celui de l`autre en réclamant non seulement la situation politique mais également celle socio-économique. Encore suivant le même volet perspectif, face à qui le défi a été levé dans « vendredi du défi » ? Un défi quelconque contre quel qu`il soit le président ou le régime, l`un implique l`autre avec réclamation fondamentale concernant la situation et les conditions de vie intolérables. Dans ce cas les différents sèmes spécifiques sont péjorativement les mêmes pour les trois slogans de ce modèle : c`est-à-dire qu`ils partagent le même spécifiant.

    Le dernier modèle de slogan est de structures diverses qui ne se laissent classées à n`importe quel parmi les précédents. Les trois premieres structures de ce modèle sont beaucoup plus proches de la devise, et d`une valeur notamment sociale identifiée par la nature et le critère des requêtes et demandes réclamées. En scandant « Dignité (pain, changement), Liberté, et justice sociale » indique d`abord leur perception et timbre sémantique délibéré entre les égyptiens en tant que slogans de révolution, par la force de leur contexte d`énonciation. C`est le même constat remarqué pour les deux derniers slogans ou propos énoncés de révolution jusqu'à la victoire, révolution dans toutes les rues de l'Egypte?, l'armée et le peuple, une seule main?. En insistant donc, la premiere information sémique (S1) d`un slogan révolutionnaire égyptien est encore détectée au niveau de la dénotation accordée à tous les propos énoncés constituants notre corpus du travail. Si le peuple égyptien a demandé dignité, liberté, et justice, sont essentiellement de requêtes sociales. S`il a aussi scandé pain? ça reflète l`impression économique et les conditions accablantes de vie que confronte l`Égyptien. Cet ensemble de revendications socio-économique réclamées représentant le sème spécifique (S4) dénoté de chaque slogan concerné, en connotant en même temps le rejet du président et de son régime (S2 et S3).

    Pour celui de « révolution jusqu'à la victoire, ... », est une autre sorte d`avertissement et de déclaration de son défi contre le président et le régime entier. Un défi levé en cherchant la réforme et le changement radical. Donc l`ensemble des sèmes spécifiques proposés, même s`ils sont connotés (S2, S3, S4), ils seront quand même possiblement invoqués. Finalement le peuple a aussi scandé « l'armée et le peuple, une seule main » en

    reflétant et explicitant cette relation d`accord entreprise entre l`armée et la population en éliminant le président et son régime. Une élimination qui n`est qu`une expression d`un rejet et d`une situation précise réclamée. Encore le même spécifiant (S2, S3, S4) est toujours évoqué au niveau des sens connotés.

    Donc et d`une manière générale, toutes ces séquences polylexicales de différentes structures syntaxiques d`un modèle à un autre sont connotationnellement comme dénotationnellement équivalentes dans la mesure où elles expriment plus au moins la même dénotation en se partageant au moins un seul sème générique du concluant proposé et présupposé par le moyen du syntagme définitoire des slogans révolutionnaires, en partageant presque le même spécifiant. Donc cet ensemble de propos énoncés étudiés sont des séquences signifiantes ayant le même signifié représenté par le biais d`un même syntagme définitoire. Ce sont des slogans révolutionnaires égyptiens scandés contre le président et son régime politique en réclamant la situation socioéconomique du pays.

    II- Relations sémantiques entre slogans révolutionnaires :

    D`une manière générale, les slogans étudiés se considèrent comme des séquences polylexicales figées dont leur sens peut être global. Il s`agit en fait d`attribuer une seule signification effective à plusieurs unités signifiantes, tel qu`il est indiqué par l`analyse précédente suivant une échelle sémique. Cette relation sémantique entre slogans n`empêche pas d`étudier et de révéler une autre relevant d`une échelle lexico-sémantique, et qui se manifeste au niveau de la relation sémantique entre les différentes unités lexicales (lexèmes) construisant les divers propos énoncés.

    1. Dégage !, Irhal !, Out ! :

    Tenu compte leur contexte d`énonciation, chacun de ces slogans de la révolution de ce modèle se présente par une seule unité lexicale, autant qu`il se comporte. Ce sont le même slogan scandé par les Egyptiens en différentes langues par un principe d`équivalence sémantique, d`où certainement ce contexte d`énonciation joue un rôle principale pour contrôler et orienter le processus de traduction mis en ~uvre. Donc cette sorte de concordance et d`équivalence sémantique entre les lexèmes est essentiellement connotative incarnée au niveau d`un même concluant partagé et d`un spécifiant commun.

    En effet, ce sont des verbes conjugués au même mode et temps dans toutes les langues concernées avec le même pronom personnel, en s`adressant au président (avec le deuxième pronom personnel du singulier : tu) avec un mot d`ordre, un verbe conjugué à l`impératif présent en français en disant : dégage?, en arabe égyptien : IRHAL?, alors qu`on anglais : out? qui est en principe : go out?.

    En nous référant à cet usage et pratique langagière particulière des égyptiens à l`intérieur d`une situation communicationnelle d`un contexte révolutionnaire, l`analyse du sens des trois lexèmes évoqués est sous jacente de celui du lexème en français dégage? dont sa mise en question sémantique ne peut être réaliser, selon Dalila Morsly (Dégage. 2011), qu`en référence à une norme de français dite hexagonale, unique et partagée dans tout le territoire de la communauté francophone.

    Ce mot dégage, est inspiré de la révolution du Jasmin de la Tunisie en étant traduit en plusieurs langues et variétés constituantes le paysage sociolinguistique du pays (arabe égyptien, anglais, etc). C`est un mot qui a fortement voyagé d`une région à une autre pendant ce mouvement protestataire du printemps arabe en bouleversant toutes les sociétés. Un mot qui est choisi et couronné comme le mot de l`année 2011 pendant le festival du mot (Nièvre) qui a eu lieu entre 1er et le 5 Juin et présidé par le linguiste Alain Rey. Selon ce dernier, « Dégage ! signifie à la fois partir, s`en aller, libérer ce qui est coincé, retenu ou encore déblayer, désherber, désencombrer » (le point, le 01/ 06/ 2011).

    Selon le dictionnaire des mots contemporains, Robert, le verbe d`où il vient ce slogan est employé surtout à l`impératif (1989 : 147), et se représente par plusieurs acceptions : (Le petit Larousse, 1975 : 259).

    - Retirer ce qui avait été donné en gage : dégager sa vaisselle, ses bijoux. - Débarrasser de ce qui encombre : dégager un passage.

    - Délivrer, libérer : dégager son doigt d`un engrenage.

    - Rendre plus libre, en parlant d`un vêtement : encolure qui dégage la tête. - Produire une émanation, exhaler : fleur qui dégage un parfum délicieux. - Détacher son arme de celle de son adversaire.

    - Soustraire à une obligation : dégager quelqu`un de sa promesse.

    - Tirer d`un ensemble, mettre en évidence : dégager l`idée essentielle, dont cette dernière acception est présentée en tant que sens figuré dans le dictionnaire de la langue française (éd. De la connaissance 1995 : 135).

    En comparant, aucune parmi ces acceptions, reflète la réalité sémantique que présente le mot : dégage à cette époque révolutionnaire d`où il détient sa nouvelle signification en tant que slogan de révolution. Donc une nouvelle acception est ajoutée et assignée au mot, d`une dimension et d`une valeur politique puis révolutionnaire jusqu`à devenir symbole de la protestation. A l`instar des Tunisiens, les Egyptiens n`ont pas trouvé d`autre expression trop restreinte, extra-rhétorique plus signifiante que celle du mot dégage?, traduit aux autres langues, pour «se débarrasser d`un tyran ».

    Si à un moment donné de l`histoire et de l`évolution morpho-lexicale de la langue, la lexie de dégagement dérivée de ce verbe dégager, aujourd`hui le mot dégagisme est un autre néologisme massivement utilisé. D`abord, dégagement désigne «un ensemble de mesure que prend un Etat pour se libérer de certains contractés envers d`autres», dont ce mot a fait sa première apparition dans le domaine politique entre les

    lignes d`une conférence de presse du général de gaulle en confirmant «la volonté du chef

    de l`Etat de sortir au plus vite d`une situation qui empêche la France d`assumer ses autres missions » (Robert. Dictionnaire des mots contemporains. 1989 : 146- 147).

    Le dégagisme comme néologisme, peut être classé sur les deux types des lexies néologiques : c`est-à-dire un néologisme de langue de façon qu`il est social en vue la socialité du phénomène de la révolution d`une part, d`autre part est un néologisme de discours quand il est produit dans une situation communicationnelle spécifique d`un

    discours révolutionnaire particulier. «C`est dans le discours que naissent les

    néologismes », affirme MORTUREUX37.

    Le mot dégagisme est une unité lexicale néologique formée par la néologie de processus de création, des règles de construction d`affixation : dont le verbe dégager, son radical, ajoute un nouveau suffixe de isme? pour former un autre mot appartient à son champ lexical. Le dégagisme est considéré comme une nouvelle tendance, doctrine ou

    37 M. F. MORTUREUX. La lexicologie entre langue et discours. Sedes, 1997, P : 105.

    catégorie sociopolitique, «pas pour remplacer un chef par un autre, mais pour que le

    peuple, à travers des instances représentatives, s`invente un avenir ». Encore et à l`instar des Tunisiens, les Egyptiens ont cherché à réaliser leur dégagement contre Moubarak, à construire et former leur propre dégagisme en criant : dégage, Moubarak !? dès le 25 Janvier 2011 et pendant 18 jours du soulèvement. Il s`agit que le peuple se mobilise, se proteste pas pour la prise du pouvoir, mais pour l`ôter de celui qui l`accapare, et déloger le dictateur. C`est le trait essentiel qui marque la distinction entre le dégagement d`un dégagisme et la révolution réussite, d`où le révolutionnaire cherche à s`installer au pouvoir après le vider, le dégagisme est donc « la politique de la chaise vidée »38. Les Egyptien dégagistes visent, par leur dégagisme, à obliger le président Moubarak et tous les autres leaders de son régime à se débarrasser, à céder le pouvoir et se démissionner.

    2. «Le peuple veut...» : (La chute et le départ).

    Par le moyen de ce deuxième modèle de slogan, le peuple égyptien a explicitement exprimer ses vouloirs et ses revendications principales, parfois la chute et ensuite le départ du régime régnant la scène politique depuis 30 ans. Deux formules différentes distinguées au niveau de deux unités lexicales de la chute? et le départ?, mais aboutissants à une signification identique. Il s`agit de deux signifiants distincts assignés d`un même signifié.

    D`abord, le mot de chute? est doté de plusieurs acceptions sémantiques. Selon le dictionnaire le : Petit Larousse (1975 : 182), ce substantif féminin exprime l`action de tomber ; une partie où une chose se termine et plusieurs autres informations sémantiques parmi lesquelles celle qui nous intéresse est concernant le sens figuré. C`est une action de s`écrouler, ruine, effondrement : la chute d`un empire?. Alors que le mot de départ? exprime une action de partir ; encore le point du départ et du commencement ; ou aussi, faire le départ de deux choses, les séparer et les distinguer (Dic. P. Larousse : 266), mais sans un aucun sens figuré qui a été doté. Apparemment ces deux unités de chute? et départ? ne disposent aucune relation sémantique d`équivalence possible. Mais cette dernière est dépendante de l`usage et de la pratique que se disposent

    38 Collectif Manifestement. Manifeste du DEGAGISME. Ed : Maelstrom. 2011. P 9- 10.

    les participants, et de l`effet de sens commun partagé au moment de cet acte de communication révolutionnaire. Cette relation sémantique d`équivalence est aussi dépendante du rôle que joue la combinaison syntaxique qu`engendrent ces mots aux autres des énoncés étudiés lorsque les mots ne prennent leur sens qu`en discours. En fait, elle n`est perçue qu`au niveau du sens figuré comme une acception ou un sème spécifique commun partagé entre les deux unités.

    Le sens figuré selon M. F. MORTUREUX (2008 : 100), n`est qu`une acceptation seconde dérivée du sens propre en jouant sur le rôle polysémique du mot et basée sur une relation des traits référentiels de différentes réalités (concret à moins concret) ou une autre relation dite métaphorique entre les catégories d`emplois. Le premier type de relation indique un sens figuré dit lexicalisé qui concerne l`actualisation de la signification des mots, alors que le second, relève d`une originalité particulière de l`énonciateur et de son intention pendant la situation de communication et donc de son activité discursive.

    Pour se débarrasser d`un régime dictateur avec un tyran à sa tête, le peuple

    égyptien a scandé : «le peuple veut la chute du régime ». En d`autres termes, le peuple

    veut faire s`écrouler le régime, il veut aussi ruiner et l`effondrement du régime politique au même titre qu`un empire (exprimé par l`exemple du sens figuré dans le dictionnaire) dans la mesure où ces deux derniers signifiants ont le même signifié par rapport à ce contexte situationnel d`énonciation. Donc, c`est un sens figuré dit lexicalisé plus ou moins évoqué par le dictionnaire.

    Par le moyen d`un exercice de commutation, en substituant le substantif de chute? par départ?, nous passons à exprimer un autre type de sens figuré mais non lexicalisé. C`est un sens figuré métaphorique.

    D`abord, ce mot départ? a fait aussi son apparition dans le dictionnaire des mots contemporains (Robert. 1989 : 154- 155), comme substitut de commencement, de début, d`origine, dont il est souvent pertinent du domaine du sport. Alors par le biais de la technique métaphorique le peuple égyptien veut faire le départ du régime et ses institutions. Cette image métaphorique exprime et aboutie à la même signification de la chute du régime, et donc l`objectif de la réalisation du dégagement de ce dégagisme égyptien.

    3. A bas...!: (Moubarak/ le régime) :

    En plus de dégage !? et le peuple veut... !?, les manifestants pendant cette révolution ont appelé à mener à bas le régime aussi bien son représentant le président Moubarak en scandant : A bas le régime !, A bas Moubarak ! Deux autres signifiants différents ayant la même signification ou signifié en reflétant la même réalité. Ce sont des slogans révolutionnaires particulièrement égyptiens par leur contexte d`énonciation.

    Cette relation d`équivalence plus au moins explicitée peut être relevée des autres relations sémantiques au niveau du lexique des propos énoncés, non seulement de celui relevé de ce modèle syntaxique distingué, mais comparé à celui des autres.

    A bas ! : est déjà parmi plusieurs acceptions proposées par le dictionnaire pour le substantif bas?. Cette expression désigne un cri d`hostilité et de sentiment d`opposition et de guerre, d`où les manifestants réclament et veulent dévaloriser le régime et son président. Alors que le mot de chute? par rapport toujours à son contexte d`énonciation, en plus de désigner l`action de faire tomber le régime, il exprime l`infériorité à laquelle il soit tombé ou ramené qui est représentée par le lexème bas?. D`un point de vue sémique, nous pouvons préciser la relation sémantique entre bas? et chute? par rapport à ce contexte situationnel de la façon suivante : le sens du lexème bas? est inclus dans celui de chute? en représentant une relation de type dit d`inclusion extensionnelle, dans la mesure où le rapport paradigmatique du sens entre ces deux

    lexèmes est d`hyponymie. C`est un rapport qui «lie un lexème plus spécifique, ou

    subordonné, à un lexème plus générale, ou superordonné » (J. Lyons. 1978 :236). Tout simplement bas? est un terme spécifique et hyponyme par rapport au terme chute? qui est superordonné ou hyperonyme, son sens incluant celui du premier. Dans notre contexte d`énonciation en question, «A bas le régime» veut dire la chute du régime, et de le faire tomber à une spécificité inférieure. Donc cette inclusion extensionnelle relève d`un point de vue référentiel, alors que d`un autre point de vue dit sémantique, la relation est certes intentionnelle, lorsque le sens de chute? est inclus dans celui de son hyponyme bas?.

    D`un autre côté, ce même modèle syntaxique de slogans manifeste une autre relation sémantique qui mérite d`être mise en considération, qui est entre deux autres lexèmes de Moubarak et régime.

    L`Egypte en tant que république, son régime est une structure politique représentée à travers quelques institution énumérées et précises, entre autres ces institutions le poste du président dont Moubarak a été nommé depuis 30 ans. (Auprès le gouvernement, l`assemblée populaire et le parlement, sans oublier le parti politique du pouvoir : le PND).

    Le rapport syntagmatique du sens entre Moubarak? (président) et régime? peut être représenté comme une relation d`hyponymie ou d`inclusion hiérarchique ; mais il est beaucoup plus proche d`un autre type de relation dont le fil de distinction est tellement fin pour le percevoir. C`est une relation dite de partie- tout.

    Moubarak ne fait qu`une sorte du régime politique mais, se comporte au même titre qu'un bras dans le corps, c`est l`exemple le plus explicite pour faire et rendre évidente la relation de partie- tout. Moubarak n`est qu`une partie d`un régime politique régissant le pays. Une relation d`un « type particulier de solidarité, fondé sur la nécessité, unit deux termes tels que le référent de l`un est une partie de celui de l`autre » (M. F. MORTUREUX. 2008 : 97) dont le président Moubarak est dit l`unité méronyme d`une autre plus générale dite holonyme qui est le régime.

    4. Les slogans de vendredi :

    Depuis le début de la révolution, jusqu`au 11février date de la démission de Moubarak, la journée du vendredi contrôle l`actualité du mouvement « le printemps arabe ». En Egypte les jours cruciaux de la révolution étaient du vendredi, où il a été organisé les rassemblements les plus grands et les plus importants d`insurrection. Vendredi est un jour très pratique dans le mouvement protestataire, un jour consacré pour la prière collective dans tout le monde musulman. Il marque le début du week-end où tous les citoyens sont libres de tout engagement, ce qui renforce et assure la réussite de n`importe quelle manifestation. Alors en profitant les spécificités et les importances qui ont été accordées a cette journée emblématique, la révolution égyptienne a connu trois principaux vendredi dont chacun d`eux porte son propre nom, appellation ou slogan révolutionnaire : vendredi de la colère, vendredi du départ et enfin vendredi du défi.

    D`abord, ce propos énoncé de « vendredi de la colère » a la même signification des autres énoncés des slogans. Pour n`importe quel égyptien, c`est un slogan révolutionnaire au même titre que dégage Moubarak ! Les manifestants par le

    biais de ce slogan, expriment leur colère et mécontentement contre le régime entier dont Moubarak fait partie, contre aussi la situation dans laquelle ils vivent sur plusieurs niveaux, notamment social et économique. Donc un autre signifiant, comme aussi vendredi du départ et du défi, ayant le même signifié des autres slogans. Ils sont assignés cette signification par le moyen d`un principe de figement et souvent de sens figuré et péjoratif

    Le slogan « vendredi du départ » contient déjà une unité lexicale commune avec un autre de « le peuple veut le départ du régime », ce qui indique et explicite en renforçant la même signification.

    Encore le slogan de « vendredi du défi », le sens de son dernier lexème =`défi« est aussi exprimé précisément dans une autre formule de « révolution jusqu'à la victoire, révolution dans toutes les rues de l'Egypte », dont il est saisi péjorativement. C`est un défi levé contre le pouvoir que la révolution ne cesse pas, que le processus révolutionnaire est encore perpétué jusqu`au départ et changement de régime.

    Le rejet du régime et plus particulièrement du Moubarak a été exprimé par le slogan « l'armée et le peuple une seule main ». Péjorativement aussi, le président est éliminé de ce rapport entre le peuple et une autre institution étatique qui a gardé sa neutralité dans cette lutte entre pouvoir et population. C`est une autre déclaration implicite et appel au changement, au départ du président et son régime.

    5. Relation sémantique générale :

    D`une manière générale, les slogans révolutionnaires étudiés sont des formules de séquences différentes et polylexicales qui relèvent d`un même champ notionnel ou domaine d`une même réalité et d`un référent identique. Des diverses structures signifiantes ayant la même signification et signifié connu comme un effet de sens conventionnel partagé entre les participants d`une situation d`un acte communicationnel révolutionnaire. Dans ce sens elle se caractérise la globalité au niveau de laquelle se stabilise cette relation sémantique entre divers slogans en tant que propos énoncés figés. Par le moyen de cet acte de communication, à travers une activité discursive qui consiste à mettre en scène des slogans comme langage révolutionnaire, les locuteurs font usage des signes concernés pour désigner le même référent, en tenant en compte sa valeur dénominative.

    En effet, cette valeur dénominative n`est pas reliée à une seul unité lexicale (comme les slogans composés d`un seul lexème), mais à un syntagme constitué de plusieurs unités lexicales dépourvues chacune d`elle de sa propre valeur dénominative. Pour cette raison, le sens de la plupart des slogans, lorsqu`ils sont figés, est saisi et compris de façon globale mais non compositionnelle.

    Il faut, dans ce cas, souligné que le figement des slogans de la révolution égyptienne , ou la conventionalité du sens assignée aux propos énoncés, est assurée par le moyen d`une relation sémantique particulière dite paraphrastique (la paraphrase) dont elle est indiquée ou exprimée par le même sens - presque - figuré ou péjoratif d`un slogan à un autre .

    Donc pour préciser, le fond de cette analyse sémantique est de dégager la relation sur laquelle les slogans de la révolution égyptienne sont basés pendant leurs actes d`énonciation. C`est la paraphrase. Elle est considérée parmi les relations les plus importantes auprès l`inférence logique et les rapports intérieurs à un même texte tels que l`anaphore et la coordination sémantique (C.Baylon et P.Fabre .1989 :189). « La paraphrase est une équivalence sémantique. Elle est fonction du contexte et de la situation [...]. elle est utilisée en didactique des langues :quand on comprend une langue, on peut traduire chaque énoncé dans la même langue où il est formulé [...] le réemploi d`éléments déjà maitrisés et la recherche d`équivalences à l`intérieur de la langue, si bien que la paraphrase apparait comme un outil important pour l`explication et la construction du sens en langue seconde ».( C.Baylon et P.Fabre. 1989 :190)

    Les slogans révolutionnaires sont des formules différentes mais équivalentes du point de vue sémantique par rapport à un contexte d`énonciation déterminant et commun, et une situation de communication identique. Tout au long du soulèvement, les manifestants cherchent à se débarrasser du président et son régime, réclamant d`autres revendications essentielles en scandant et énonçant des divers propos ayant ou qui se portent sur la même signification de =`dégage« en plusieurs langues. Ils se sont adressés à leurs interlocuteurs d`une manière directe ou indirecte par le moyen du mot d`ordre (impératif) en disant « IRHAL ! » ou des différentes autres structures paraphrastiques en exprimant leurs demandes et quêtes.

    III- La fonction pragmatique du dégagisme égyptien :

    Après la chute de Moubarak, la révolution égyptienne a indiqué la performance et la capacité du langage de changer et de se débarrasser d`un régime dictateur d`un tyran dominant depuis plus de trois décennies. Pendant toute la période du soulèvement le peuple oblige le départ du régime symbolisé dans la personne du président en disant et de même en faisant la révolution. Un grand événement sociopolitique fondé sur un simple fait langagier de dire en représentant la dimension et la fonction pragmatique que sous tend le langage révolutionnaire. Plus particulièrement, cette partie du travail consiste à étudier et mettre en question, d`un point de vue pragmatique, le contenu communicatif des énoncées (slogans). Il s`agit de projeter la lumière sur les rapports implicites au niveau des présuppositions et sous-entendus des slogans révolutionnaires et enfin leurs actes de langage rétablis.

    1. Présupposé et sous entendu du slogan révolutionnaire égyptien :

    D`une manière générale tous les messages de la révolution d`Egypte expriment en plus de leurs contenus nominatifs (le dit ou l`explicite), des autres contenus implicites ou communicatifs non dit plus ou moins saisis en fonction du contexte et la situation de communication déterminée. A cet égard, avant d`étudier l`implicite des slogans, il nous convient nécessaire de mettre en évidence leur description sémantique.

    1.1. La description sémantique :

    Le slogan révolutionnaire en tant qu`énoncé se dispose de plusieurs occurrences possibles en se référant à une diversité de circonstances et de contextes situationnels des actes de communication. Cependant les interlocuteurs vont y attribuer une seule signification à partir d`une description sémantique qui se repose sur une hypothèse nécessaire pour le faire.

    D`abord ce que nous pouvons entendre par la description sémantique linguistique « un ensemble de connaissances qui permettent de prévoir, si un énoncé A de L a été prononcé à des circonstances X, le sens que cette occurrence de A a pris dans ce contexte »39.

    39 O. Ducrot. le dire et le dit. Minuit, 1989. P 14.

    Situation
    révolutionnaire

    Enoncé d`un slogan

    Composant linguistique : ensemble des présuppositions et des informations que se disposent les interlocuteurs pendant l`acte de l`énonciation.

    Description et signification de l`énoncé

    Composant rhétorique : rapport entre la signification et les circonstances du contexte.

    Sens ou signification effective de l`énoncé dans la situation de révolution

    Description

    sémantique

    Donc, dans ce même cadre de description sémantique, l`encodage ou l`interprétation des propos énoncés des slogans, se repose sur l`ensemble des présuppositions que propose chacun d`eux d`une part, d`autre part sur une série de connaissances et d`informations que se disposent les interlocuteurs pendant l`acte d`énonciation. Ces deux ensembles assignent à tout propos énoncé du slogan sa signification primaire indépendante de tout contexte situationnel, et constituent le premier composant de la description sémantique, « le composant linguistique ». Alors que le deuxième constituant est le « composant rhétorique » assignant à l`énoncé son sens en tenant compte les différentes circonstances situationnelles (le contexte) particulières de son acte de parole (Ducrot. 1989 :15), comme il est résumé par le schéma suivant :

    Donc l`hypothèse inscrite dans ce schéma indique que les circonstances contextuelles de la situation révolutionnaire s`impliquent pour expliciter le sens effectif et réel d`une occurrence particulière pour chaque énoncé de slogan, après une signification attribuée et indépendante de tout contexte. Ces deux niveaux sémantiques des deux composants (linguistiques et rhétorique) nous incitent à mettre en considération les deux types différents de sens pertinents de chaque composant. Ce sont les présupposés et le sous-entendu des slogans.

    1.2. Présupposé et sous-entendu :

    N`importe quel énoncé est doué en plus d`un sens explicite nominatif, un autre implicite dit communicatif présupposé et sous entendu dont la présupposition « relève de la composante linguistique : assigne à l`énoncé A, indépendamment de toute énonciation, une signification A`, mais par rapport au rôle qu`elle peut jouer dans l`énonciation » ; alors que le sens sous-entendu « relève de la composante rhétorique : prévision de sens effectif de A dans la situation X, et calcul des sous-entendus à partir du contexte » (C.Baylon & P.Fabre. 1989 :96).

    Pour Ducrot (1968) la présupposition est « un mode d`affirmation particulier » dont celle-ci est aussi un acte d`énonciation possible au même titre que l`ordre, l`interrogation, etc. en essayant de « décrire l`acte de présupposer comme un jeu de langage particulier qui a ses règles et institue entre les interlocuteurs un certain type de rapport »40.

    Un autre élément entre en interaction avec la présupposition et le sous-entendu, dit le posé. C`est l`objet de l`affirmation et de l`échange qu`entraîne le locuteur pendant son acte de communication. C`est l`information sur laquelle se porte l`interrogation et la négation et toute autre indication qui rend explicite les informations présupposées au sein de l`énoncé.

    ? Les présuppositions des slogans :

    D`abord en analysant le premier modèle syntaxique du slogan révolutionnaire égyptien, celui le plus important est le mot d`ordre ou l`impératif : Dégage !

    40 O. Ducrot.la description sémantique des énoncés français et la notion de présupposition.In L'Homme 8,1968, p.52.

    En matière de composante linguistique, cet énoncé n`est qu`un verbe conjugué au présent de l`impératif avec le deuxième pronom personnel du singulier (tu). La présupposition relevée de cette composante linguistique tourne évidemment autour de ce verbe (dégager) conjugué, dont sans poser des questions ou former la négation l`information est plausiblement saisie de l`usage ordinaire régulier aussi bien délibéré du verbe dégager dans ce qu`il présuppose. Le peuple égyptien exige et oblige le départ du président. Il veut de toute sa puissance de se libérer et de se débarrasser de lui en s`adressant suivant d`un rapport d`influence de force et de supériorité à Moubarak et son régime. Ce qui présuppose donc que le peuple de l`Egypte ne veut plus et n`accepte plus ce dernier comme président.

    Alors qu`au niveau du deuxième modèle de « le peuple veut... », les informations présupposées sont pertinentes de quelques mots précis constituants chaque énoncé, mais essentiellement du verbe ou du noyau de ces propos étudiés. C`est le verbe vouloir, conjugué au présent de l`indicatif, et de son complément. Parfois le peuple a scandé « le peuple veut le départ du régime » et ensuite « le peuple veut la chute du régime ». Donc l`information présupposée dominante est relevée par une question portée sur le complément : qu`est-ce que le peuple veut ? alors « le peuple veut » changer le régime et ses différentes institutions politiques.

    Encore et au même titre que ce modèle, dans un autre type de « A bas... », la présupposition est aussi dégagée de sa composante sémantique. Elle se considère comme évidente par la présence de l`expression « à bas » qui est le fond des deux slogans : « À bas le régime » et « À bas Moubarak ». Le peuple ou les manifestants veulent dévaloriser le régime et Moubarak. Donc ce que présupposent ces énoncés que le peuple veut se débarrasser d`un régime et d`un président refusés.

    Pour les slogans de vendredi leurs présupposés ne peuvent être saisis qu`en tenant compte le mot complément du vendredi, d`où il nous faut poser la question de quoi ? Vendredi de la colère, vendredi du départ et vendredi du défi. Chacun d`eux est implicite et sous tend sa propre présupposition. Au sein du premier énoncé « vendredi de la colère » la présupposition porte sur le refus et le désaccord rétabli entre la population et le pouvoir. Elle ne veut aussi ni le régime ni Moubarak président. Alors qu`au niveau de l`énoncé « vendredi du départ », ce qui est présupposé aussi est un vendredi pour le

    départ et la démission du président imposée par la pression exercée sur le régime. Enfin le dernier énoncé du vendredi durant la révolution : « vendredi du défi » qui présuppose que la révolution se continue, se perpétue et ne cesse jamais tant que Moubarak et son régime ne quitte pas encore le pouvoir, tant aussi que les revendications du soulèvement ne sont pas encore répondues.

    Ensuite des autres slogans de diverses structures comme ceux de : « Pain, liberté et justice sociale », « Dignité, liberté et justice sociale », etc. la présupposition relève aussi de ce que veut le peuple comme certaines revendications précisées : il veut du pain, donc une vie précieuse ; la dignité ; plus de liberté et de justice dans la société.

    Par l`énoncé « révolution jusqu'à la victoire, révolution dans toutes les rues de l'Egypte », la présupposition est une autre fois l`affirmation de la continuité et de la généralité de la mobilisation protestataire, une autre affirmation d`un défi contre le président et son régime. Alors que par « l'armée et le peuple une seule main », l`énoncé présuppose que l`armée, malgré une institution étatique, assure la sécurité de la population et de la révolution en croyant à la légitimité de ses revendications.

    Enfin, chaque propos énoncé des slogans révolutionnaires étudiés représente plus ou mois son propre présupposé sémantique, bien que ceci n`empêche pas de remarquer que certains entre eux partagent la même présupposition notamment ceux qui sont dirigés sous un même modèle syntaxique.

    ? Le sous-entendu

    Le non dit dans les slogans révolutionnaires relève en effet de l`ensemble des différents paramètres intervenants pendant l`accomplissement de tout acte d`énonciation, en parlant des compétences et de l`intelligence des participants jusqu`aux circonstances contextuelles de la situation révolutionnaire.

    Malgré la nuance sémantique présentée par les présupposés des énoncés, ils sous entendent le même sens effectif sous l`ombre d`un contexte d`énonciation commun aussi bien les mêmes effets perlocutoires attendus. D`un point de vue contextuel, les slogans ont été scandés dans la même dimension spatio-temporelle des le début jusqu`à la fin de la révolution, alors que les effets de leurs actes d`énonciation sont réalisés et incarnés dans l`interprétation de l`interlocuteur ainsi comprise et résumée à l`ensemble des évènements d`actualité sociopolitique.

    En espérant calmer et dépresser la mobilisation, le régime s`engageait dans certains faits de réformes commençant par l`aspect socioéconomique du pays dont ont été réclamées quelques revendications par des slogans tels que « Pain, liberté et justice sociale ». En passant à des réformes politiques comme la résiliation de l`assemblée populaire ; du bureau du PND ; vers des changements gouvernementaux jusqu`à enfin répondre à la demande populaire essentielle de la révolution : la démission du président le 11 février 2011.

    Donc tous les propos énoncés des slogans de la révolution d`Egypte sous tendent le même sous entendu caractérisant le sens effectif de leur contenu communicatif transmis pendant la situation de communication, dans la mesure où tout slogan étudié du corpus, en plus de ce qu`il exprime explicitement, sous entend implicitement les informations sémantiques d`un slogan révolutionnaire égyptien qui réclame le départ du président, du régime en général avec ses cadres et institutions, aussi des réformes socioéconomiques.

    2. Le dégagisme égyptien comme acte de langage :

    Le dégagisme égyptien est considéré comme un événement sociopolitique important dans l`histoire du pays. Il a conduit au dégagement du président, en jouant sur le pouvoir des mots, du langage révolutionnaire particulier en se manifestant et en se considérant comme un fait langagier exceptionnel à étudier.

    Après plus de 30 ans sous le règne d`un régime dictateur, les Egyptiens se sont révoltés pour se débarrasser de lui avec une seule arme : le langage, en disant leurs mots de « dégage, irhal, out » et plusieurs autres slogans simples, plus signifiants et pragmatiques. Donc la révolution d`une manière générale et en tant qu`immense évènement et fait social, est une déclaration et une activité d`énonciation avant d`être une action sociopolitique. Il s`agit qu`elle est basée sur un acte de langage assez spécifique au niveau des slogans du soulèvement. C`est un acte de langage révolutionnaire. Cette notion -acte de langage- est fondamentale pour la théorie d`Austin41 et de la pragmatique. Cette théorie nous permet de confirmer que le langage révolutionnaire postulé dont le slogan constitue l`aspect verbal, ne se sert pas de décrire une réalité sociopolitique qu`est

    41 J.L.Austin. Quand dire c'est faire. Seuil.1991.

    la révolution d`Egypte, mais d`accomplir des actes et d`agir et de réagir sur autrui. En d`autres termes la révolution n`est qu`une action sociale basée sur une déclaration articulée, sur un simple acte d`énonciation. En disant dégage !, toute la société s`est descendue dans les rues pour faire réaliser son dégagisme. Elle a organisé des immenses manifestations et des marches d`un million ; elle a organisé le plus gigantesque sit-in protestataire sur la place qui porte le nom de libération (Tahrir) ; et en revanche elle a battu comme elle a été violement battue par le pouvoir, pour obliger enfin le président et son régime à céder leur place. Donc « quand dire, c`est faire révolution ».

    La réussite de cet acte révolutionnaire se soumet, comme tout acte, aux « diverses conditions de succès » soulignées par Austin et rappelées après par Searle,42 sont : les conditions préliminaires ; les conditions de sincérité ; et les conditions essentielles.

    D`abord préliminairement le peuple égyptien comme toutes les populations du monde entier a le droit de se révolter et de choisir ses représentants, en réalisant et accomplissant cet acte particulier de révolution. Il a le droit de la démocratie et de massacrer la dictature, ce qui justifie la légitimité de l`acte de langage révolutionnaire.

    Ensuite les égyptiens sont tellement conscients de leur situation de révolution dont l`obstination et la persévérance qu`ont présentées témoignent la sincérité de leur action pendant 18 jours de mobilisation.

    Enfin dès le premier jour où les Egyptiens ont pris leur engagement de révolution, ils se sont restés fidèles à leur intention de communication, et c`est la condition nécessaire pour que l`acte de langage soit réussi.

    3. Actes de langage des slogans révolutionnaires :

    Comme il a été indiqué par F.Béatrice (Fraenkel. 2007 :102,103), les slogans révolutionnaires sont au même titre que des slogans de manifestations qui ont été jugés par Austin comme des actes de langage. Il s`agit que ce type de slogan n`est ni simple ni seulement un énoncé, il représente une action (Austin. 1962 :273).

    Pour le premier modèle syntaxique, les slogans sont des énoncés à l`impératif. Des mots d`ordres exprimés en plusieurs langues : dégage ! Irhal ! (go) out ! et celui de

    42 J.R.Searle. Speech Acts, Londres et new York: Cambridge University Press. 1969. PP:5761. (trad. Fr . les actes de langage. Paris, Hermann.1972).

    dégage Moubarak ! Ce sont en effet des énoncés dits performatifs primaires ou implicites, dont Austin classe l`ordre parmi les performatifs. Dans ce cas n`importe quel protestataire manifestant peut s`adresser à Moubarak et lui ordonne directement en disant : « je vous ordonne de vous dégager ».

    En suivant toujours une perspective Austinienne, cet acte de langage révolutionnaire est un acte locutionnaire lorsqu`il se relève d`un acte de dire ou d`articulation d`un énoncé doué d`une signification. Il peut être aussi considéré comme un acte illocutionnaire de sorte qu`en disant dégage !, les manifestants accomplissent leur acte de révolution ou de dégagisme en entraînant des rapports d`influence et de force avec leurs interlocuteurs, ils se distinguent comme révolutionnistes contre le régime. C`est un acte aussi conventionnel, il ne se réalise que par le moyen d`un ensemble de façons et de manières sociales partagées (mécanisme d`un processus révolutionnaire) qui lui assignent sa valeur d`action, d`où il s`inscrit cette compatibilité entre le verbal et le non verbal du langage présupposé.

    Enfin, l`acte perlocutionnaire est aussi accompli dans la mesure où les manifestants cherchent à obliger comme faire persuader Moubarak à céder le pouvoir et se démissionner.

    Par son énoncé, le peuple égyptien ou les manifestants ont réussi à exercer leur acte d`énonciation en comptant sur sa force illocutionnaire pour aboutir enfin à réaliser ses effets perlocutoires. Donc en scandant dégage !, les révolutionnaires se basent sur la force d`un énoncé d`une valeur d`ordre directe ou de requête accompagnée de ses spécificités phonologiques, paralinguistiques. Ils ont réussi finalement à faire réagir son interlocuteur et réalisant les effets perlocutionnaires désirés ou réels, résumés dans la réponse aux différentes réclamations scandées. Ces effets perlocutionnaires déterminent et identifient déjà le slogan révolutionnaire en le distinguant des autres types lorsque « on ne peut pas non plus employer n`importe quelle sorte de phrases pour accomplir n`importe quel acte illocutoire » (Lyons. 1987 :353). C`est cette compatibilité de correspondance entre la structure de l`énoncé et sa force illocutoire qui contrôle et implique la signification commune entre manifestants et les représentants du régime. Il s`agit d`une compréhension, de la part de ces derniers, de l`intention de la

    communication visée par l`énoncé dégage !, que c`est un slogan révolutionnaire que c`est une révolution.

    Il est nécessaire de préciser que cet acte de langage d`une valeur performative impérative, un mot d`ordre, est parmi les types de mandes (Lyons. 1987 :365) au même titre que les requêtes, les exigences, les prières, etc. C`est un énoncé directif, un acte illocutoire dit exercitif de sorte que les manifestants ordonnent le président en lui imposant et proposant « quelque ligne de conduite ou modèle de comportement précisé dont le seul moyen convenable est celui d`un énoncé de mode impératif d`une phrase dite jussive (Lyons. 1987 :367) utilisée pour transmettre les mandes.

    Ensuite un autre modèle de structure a été distingué dont les manifestants ont scandé « Al chaab yourid isquat al-nizam », « Al chaab youride rahil al-nizam » (le peuple veut le départ / la chute du régime). Get énoncé « le peuple veut » est inspiré d`un vers poétique d`un célèbre poète Tunisien Aboulkacem Echebbi, quand il a dit : « Si un jour le peuple veut vivre, le destin se doit de répondre ». Cet acte d`énonciation caractérise sa valeur d`un énoncé performatif « car il prolonge ce vers : si le peuple veut..., en assumant son principe existentialiste » (J.Nabiha. 2011 :47). En fait, c`était le slogan le plus répondu dans ce mouvement le printemps arabe. C`est grace à ce slogan qui est devenu plus ou moins universel, que la langue arabe s`est mondialisée en stabilisant une nouvelle dimension politique assignée au peuple comme leader de la révolution, affirme Nabiha (J.Nabiha. 2011 :47).

    Ges deux énoncés des slogans se caractérisent par une valeur performative explicite contrairement à ceux du mot d`ordre. Ce type de slogans se distingue comme des « exigences », un autre mode de mande grâce à la force de la présence du verbe vouloir, un verbe d`exigence malgré le fait que son énoncé est beaucoup plus proche de la requête. Encore par le moyen de cette phrase jussive le peuple explicite son exigence suivant le modèle « je veux / j`exige (avec insistance) le départ et la chute du régime ».

    Par le fait d`être prononcé, d`être articulé, ce slogan d`un modèle « le peuple veut... » se manifeste comme un acte de dire donc un acte locutoire. Un acte aussi illocutoire accompli au même titre que celui de dégage dont les locuteurs ou les manifestants installent un rapport d`influence, de force qui se relève d`une supériorité entre actants. Il est aussi accompli en prétendant d`atteindre ses effets perlocutoires d`oü

    il détient cette force de la façon et de la manière dont il est conventionnellement articulé et réalisé, ainsi de la force de son insistance, pour se manifester comme un acte exercitif et ,selon Searle, directif. Selon ses conditions et ses effets perlocutoires réalisés, cet acte est aussi réussi comme celui de « dégage ! » et les autres en faisant réagir leurs interlocuteurs.

    En plus, les manifestants ont scandé « A bas le régime » et « A bas Moubarak » avec des énoncés toujours performatifs plus ou moins implicites qui peuvent être traités en tant que déclarations à part, d`autre part des énoncés impératifs qualifiés à : «faites tomber à bas le régime », «faites tomber à bas Moubarak», ou « j`ordonne de faire tomber à bas le régime (Moubarak) ».

    Le peuple égyptien ou les manifestants déclarent leur sentiment d`opposition contre le régime et son premier représentant, le président Moubarak. A cet égard l`acte illocutoire ne peut qu`être déclaratif. Alors que pour l`impératif, l`acte est exercitif, directif.

    Ensuite, chaque slogan de ce modèle est un acte de dire qui veut dire locutoire aussi bien doté d`une force illocutoire ayant les mêmes effets perlocutionnaires. Il est aussi réussi en se soumettant aux mêmes conditions des autres précédemment analysés.

    Pour ce qui concerne les slogans de vendredi, ils sont des énoncés simples qui peuvent être, par leur contexte d`énonciation, dotés et assignés d`une valeur performative implicite et caractérisés comme des actes locutionnaires accomplis.

    « Vendredi de la colère », comme un acte illocutoire, peut être équivalent à un performatif d`avertissement par l`énoncé : « je vous avertis, ce vendredi je suis en colère, ou ce vendredi est de la colère ». Donc un acte promissif partageant les effets perlocutoires avec dégage !

    «Vendredi du départ » : un autre acte locutoire par un énoncé implicitement performatif. C`est un mande d`une valeur d`exigence équivalent à un autre énoncé possible que chaque révolutionnaire peut réaliser en disant « j`exige le départ ce vendredi ». Donc est un acte illocutoire exercitif et directif aboutissant par sa force à des effets identiques dont le même acte perlocutionnaire a été encore accompli.

    Il en va de même pour «Vendredi du défi », est un énoncé implicitement performatif qui se porte sur l`avertissement d`une part, d`autre part sur le défi lui-même,

    et équivalent à des énoncés tels que « je vous défie ce vendredi ; je vous avertis du défi de ce vendredi ». Par ces deux différentes valeurs exprimées, l`énoncé laisse se classer parmi les actes illocutoires promissif avec les mêmes effets perlocutoires.

    Pour le dernier modèle des slogans de structures diverses, une de ces dernières est proche de la devise comme : « pain, liberté, et justice sociale », « dignité, liberté, et justice sociale », « changement, liberté et justice sociale ». Ce sont des slogans implicitement impératifs équivalents à la demande : « je demande dignité, liberté, et justice sociale ». Donc un acte en plus locutoire, il est exercitif directif ayant presque les mêmes effets perlocutoires.

    Les manifestants ont scandé aussi « révolution jusqu'à la victoire, révolution dans toutes les rues de l'Egypte ». Un autre acte illocutoire d`une valeur impérative implicite d`un avertissement et d`un défi énoncés (je vous défie, je vous avertis que la révolution ne s`arrête pas jusqu`à la victoire, dans toute l`Egypte) en indiquant un acte promissif.

    Un autre slogan aussi particulier, celui de « l'armée et le peuple, une seule main » par lequel les manifestants affirment que l`institution importante de l`Etat (l`armée) garde sa neutralité en assurant la protection des manifestants et de la révolution. C`est un acte illocutoire expositif, et représentatif pour Searle.

    Donc en concluant, tous les propos énoncés des slogans révolutionnaires se disposent de leur valeur performative explicite ou implicite exprimée notamment par l`impératif (l`ordre), l`exigence, l`avertissement, le défi et même l`affirmation, ce qui limite l`acte de langage de la révolution entre exercitif, promissif et parfois expositif quand il s`agit d`affirmation.

    Conclusion générale :

    En guise de conclusion, la révolution n`est qu`un phénomène parmi plusieurs autres socioculturels qui interviennent pour tout acte de production et d`interprétation des faits langagiers. La révolution donc relève d`un rapport aussi constant entre le langage et la société, et qui constitue l`objet de recherche de plusieurs disciplines entre autres la scène du langage en corrélation et en collaboration avec plusieurs approches disciplinaires.

    La révolution, en plus d`un fait sociopolitique, se considère comme un évènement langagier et se dispose de son propre moyen d`expression qui est le langage révolutionnaire. Il se caractérise de ses deux aspects dont l`un est non verbal et l`autre verbal incarné essentiellement par un type particulier de slogan scandé durant l`évènement. Le slogan révolutionnaire qui constitue l`objet de notre étude est caractérisé par deux principaux critères déterminants et identifiants sont le contexte particulier de l`énonciation et ses effets perlocutionnaires en tant qu`acte de langage. Alors, au sein d`une même révolution, comme il est le cas étudié dans notre travail concernant le corpus du soulèvement populaire égyptien, les slogans peuvent être scandés en plusieurs langues et variétés. L`activité de sloganisation, lorsque langagière, est profondément inhérente à la situation sociolinguistique, au phénomène du bilinguisme à l`intérieur de la société concernée dans la mesure où elle est multilingue. Chaque groupe révolutionnaire se révolte et s`exprime à sa propre manière en se servant de sa propre langue et variété linguistique.

    D`un point de vue sémantique, le signe linguistique du langage évoqué entre dans un cadre de relation avec plusieurs autres signaux notamment proxémiques et kinésiques en indiquant la genèse du langage, la complémentarité et la compatibilité de ses deux aspects verbal et non verbal. Tout slogan révolutionnaire est toujours scandé et énoncé dans un environnement polaire et collectif doué de ses dimensions spécifiques, celles pertinentes de tout contexte situationnel de révolution, dont généralement sont des évènements représentants les mécanismes de leur processus de mobilisation tels que manifestations et marches, sit-in et des grèves.

    En effet tout slogan de la révolution n`est qu`un message transmis dans une situation de communication révolutionnaire entre population et pouvoir. Ces deux

    participants prétendent à attribuer un effet de sens commun et partagé pour le message et l`énoncé communiqué. Cette situation de communication relève d`une mise en scene du langage révolutionnaire et donc d`une activité discursive basée sur les fondements et les critères de tout discours énonciatif.

    D`un point de vue sémantique, les slogans révolutionnaires en tant que formules et des séquences polylexicales, se considèrent comme des expressions figées assignées d`une même signification effective. Les slogans de notre corpus ont en commun le même sens, le même contenu sous-entendu communiqué. Ce rapport et cette relation sémantique est représentée au niveau notamment de leurs sens péjoratifs et parfois figurés de l`ensemble du lexique qui les construit ; représentée aussi par le moyen de la paraphrase entre eux au même titre que des phrases équivalentes.

    Enfin notre analyse a tellement enraciné la perspective des actions, ou la théorie de la pragmatique proposée par Austin. Quand dire, c`est faire révolution?, un acte de langage aussi révolutionnaire incarné au niveau de tout slogan de la révolution.

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    Annexe

    Corpus : les articles de presse.

    « Al Ahram Hebdo (en ligne) »

    http://hebdo.ahram.org.eg/ et http://hebdo.ahram.org.eg/Scripts/Hebdo/archive.asp

    Semaine du 7 au 13 décembre 2011, numéro 899

    Nulle part ailleurs

    Art De La Rue . Depuis le 25 janvier, les murs du Caire se couvrent de graffitis. Ils varient au gré des événements et des artistes : du simple tag aux fresques complexes, du religieux à l`anti-Conseil militaire. Pourtant, beaucoup de dessins sont effacés par un coup de peinture blanche. Visite guidée.

    Des murs pour s`exprimer

     

    «le caire s`est transformé en musée ouvert », lance Ganzir, un artiste. Comme tous les protestataires, ce dernier préfère ne pas dévoiler son vrai nom. Il dit que dès le déclenchement de la révolution le 25 janvier, la ville s`est transformée en salle d`exposition géante.

    « Tous les murs sont couverts de graffitis politiques qui racontent ou résument les événements des mois passés. Je préfère appeler cela l`art de la rue plutôt que graffiti. Pour nous, cet art est une révolution parallèle qui évolue sur les murs », explique Ganzir. La révolution avec tous ses détails, ses étapes, ses hauts et ses bas est racontée sur les murs du Caire.

    Dès les premiers jours de la révolution, les murs ont servi à transmettre des messages au président, lui demandant de quitter le pouvoir et dénonçant son régime répressif. Ils l`informent que personne ne quittera la place Tahrir avant que l`objectif ne soit réalisé. Des slogans mais aussi des dessins très explicites sont dessinés sur les murs et sur les banderoles que brandissent les révolutionnaires. Des banderoles qui recouvrent bientôt

    les véhicules de l`armée et tapissent la place Tahrir.

    Ces mêmes slogans ont été transposés ailleurs pour couvrir d`inscriptions tous les murs de la ville. Des murs dont on se sert comme d`une feuille de papier pour raconter chaque événement et dénoncer la violence et l`injustice. Le phénomène s`est propagé pour couvrir désormais les murs de tous les quartiers. Des transcriptions pleines d`espoir et d`autres plus amères, sortant des tripes, exprimant la douleur d`un peuple qui a vécu sous l`oppression. Des messages transformés en graffitis et qui veulent dire : « Nous sommes là et nous ne partirons pas ».

    On peut apercevoir le portrait de Khaled Saïd, l`un des symboles de la révolution, et des slogans comme « Game Over Moubarak ! », « Dégage ! », « Je veux voir un autre président avant de mourir ! ». Les aspirations à la liberté ont été les premières à être griffonnées ...

    Variations au gré des événements

    Après le 11 février, date du départ de Moubarak, les slogans ont changé, suivant l`évolution des événements. Les portraits et les noms des martyrs sont peints sur les murs soulignés par des phrases qui rendent hommage à ces héros morts pour la patrie, tout en demandant à ce que les criminels

    soient châtiés. Côte à côte, il y a d`autres portraits, mais cette fois de ceux que l`on

    appelle les traîtres de la révolution, des comédiens, mais aussi des ministres, à l`exemple

    de Habib Al-Adely ou de Adel Imam.

    On demande justice mais aussi un avenir meilleur. Des messages pleins d`espoir comme ce dessin des pyramides et d`une jeune fille portant les couleurs du drapeau national et sur lequel on peut lire « Dignité, liberté et justice sociale ». Des mots qui ont déclenché la révolution ... Ou encore « A présent, le pays nous appartient, on ne doit plus jeter d`ordures dans la rue ». En parcourant les murs, on se fait une idée claire de la

    situation.

    Les slogans islamiques ont, eux aussi, trouvé leur place. Les graffitis sont devenus une arme utilisée entre les courants libéraux et religieux. Les premiers rêvent d`un pays démocratique, le second veut appliquer la charia. Des espaces accaparés par l`un ou par l`autre courant politique selon les quartiers.

    Les dates des manifestations sont mentionnées pour qu`on ne les oublie pas. Chaque courant politique ou religieux cherche à occuper le plus d`espace et c`est le quartier qui donne la priorité à l`un ou à l`autre. Des qu`un conflit ethnique éclate, le graffiti de la croix et du croissant, unis d`une main, va remplacer les autres qui passent en arrière-plan. Des slogans qui rappellent que nous sommes un seul peuple et que l`intolérance religieuse est inacceptable émergent alors de toutes parts. Des portraits de martyrs comme celui de Mina Daniel figurent parmi les autres.

    Comme la période est critique et que les événements se succèdent, le graffiti change de contenu. Le Conseil militaire, décrit par les citoyens comme étant le protecteur et le sauveur du pays, est considéré aujourd`hui comme un adversaire. « Le peuple exige le départ du mouchir (maréchal) », tel est le slogan du moment.

    Un autre point de vue, même s`il se fait rare, est celui des pro-Moubarak, qui griffonnent les murs pour demander des excuses à l`ex-président ou proférer des insultes à l`égard des révolutionnaires. La réaction est immédiate : le lendemain du second discours télévisé de l`ex-président, juste avant la chute du régime, les murs illustraient le portrait du président sous les mentions « Moubarak est un symbole, il ne faut pas l`humilier » ou « Nous demandons pardon à notre président ».

    Mais les révolutionnaires n`ont pas tardé à répliquer en rayant tous ces graffitis en faveur du président déchu : « Ce régime a duré trente ans, c`est assez, il faut le changer ». Un graffiti peut en cacher un autre ...

    Les instruments se développent

    Si ces graffitis changent à chaque fois de contenu, il en est de même pour les outils. Au début, les jeunes révolutionnaires et les artistes utilisaient seulement des bombes aérosols mais, avec l`expérience, ils sont devenus des professionnels en la matière. « Au début, on n`avait besoin que de

    transmettre un message à l`aide d`une bombe aérosol que l`on peut glisser facilement

    dans une poche. On peut s`enfuir à toutes jambes à tout moment au cas où la police

    arriverait », explique Ossama Abdel-Moneim, artiste et membre de l`Union des

    révolutionnaires.

    Avec le temps, les jeunes sont devenus plus habiles sur le terrain. Le graffiti a pris d`autres formes avec des techniques et un sens artistique plus développés. Les jeunes des beaux-arts y participent en grand nombre, la peinture et les pinceaux ont remplacé les bombes aérosol. Les murs d`une école de Ghamra ont été dessinés par les élèves qui ont relaté tous les événements de la révolution. Les mêmes histoires sont portées sur les murs des tunnels à Héliopolis, à Zamalek, des niches pour l`alimentation d`électricité sont recouvertes de portraits et d`hommages à la mémoire des martyrs.

    A Doqqi, les graffitis sont les plus expressifs. Outre le mur qui cerne la faculté de l`agriculture et qui illustre la scene complete de la révolution, il est impossible de passer par la rue Tahrir sans porter son regard sur un long mur entièrement peint. « Ya sawra doqqi » (révolution ... sonne). C`est le slogan de la campagne organisée par un groupe d`artistes ayant décidé de recouvrir les murs de Doqqi par des graffitis racontant leurs expériences personnelles.

    Comme l`affirme l`artiste Ossama Abdel-Moneim, membre du groupe, ils ont l`intention de généraliser l`idée à tous les quartiers du Caire, y compris les plus populaires. « Le graffiti de la révolution aura certainement un effet positif sur les habitants de ces quartiers cernés par des murs sales, autour desquels les citoyens balancent leurs ordures. Ils ont participé à la révolution et donc il faut leur rappeler que

    c`est une conduite incivique que de jeter les ordures n`importe où », indique-t-il.

    D`après Abdel-Moneim, c`est exactement l`objectif de cet art : choquer les gens en décrivant la réalité. Et si jadis les pharaons avaient pour coutume de relater leur histoire sur les murs, aujourd`hui cela se fait toujours mais de façon plus moderne.

    Avant la révolution, personne n`osait s`exprimer de cette façon sur les murs. On s`en servait pour afficher des annonces pour la location d`appartements ou la vente de voitures. Avec le déclenchement de la révolution, cet art qui était condamné par la loi s`est répandu dans les rues du Caire, voire dans tous les gouvernorats d`Egypte. On se sert du graffiti comme d`une arme pour dénoncer un régime oppressant, exprimer ses moments de malheur ou de bonheur, envoyer des messages ou fixer un rendez-vous.

    Effacés !

    Mais de plus en plus, les passants remarquent sans comprendre que beaucoup de graffitis disparaissent. « On est surpris de voir que des portraits de martyrs ont été couverts de peinture blanche, les messages qui demandaient à Moubarak de quitter le pouvoir ont été remplacés par d`autres graffitis qui

    illustrent la nostalgie d`un régime tombé », dit Abdel-Moneim. Par endroits, des pans de

    murs entiers qui ont nécessité des journées de travail à des étudiants en beaux-arts ont été

    tout simplement effacés par une peinture blanche étalée à la va-vite.

    Abdel-Moneim et tous ceux qui s`intéressent à ce phénomène se posent des questions. Est-ce que ce sont les membres du PND et les hommes de l`ancien régime évincés de la vie politique qui veulent faire disparaître les stigmates d`une révolution qui a bouleversé leur vie ? Est-ce que le Conseil militaire ne veut pas humilier l`ex-président, même s`il ne le dit pas ouvertement ? Est-ce que ce sont les islamistes qui interdisent les dessins et les portraits ? Beaucoup de questions sans réponse ... Mais le peuple qui s`est soulevé le 25 janvier a appris à lutter pour obtenir et faire ce qu`il veut. Les internautes commencent

    cependant à jouer le rôle de gardiens des graffitis. Les initiatives se succèdent pour collecter toutes les photos et les rassembler sur plusieurs sites Internet. « La situation en Egypte n`est pas encore stable. Les manifestations et les revendications éclatent de nouveau. Alors les gens vont trouver d`autres supports pour s`exprimer et transmettre leurs messages », conclut Abdel-Moneim. Mais pour lui, la rue égyptienne ne sera plus jamais comme avant.

    Hanaa Al-Mekkawi

    Semaine du 29 février au 6 mars 2012, numéro 911

    Dossier

    Développement . Un éminent membre des Frères musulmans dit être d`accord avec le rapport du PNUD, mais dans ces propos, la dimension sociale du rôle de l`Etat n`est pas très présente.

    Un rapport conforme aux idées des Frères

    « La vision du développement dans le rapport, comme un moyen de satisfaire les aspirations socio-économiques des révolutions du Printemps arabe, correspond à la vision du Parti Liberté et Justice (PLJ) »,a dit Hassan Malek, homme d`affaires et membre éminent du PLJ, le bras politique des Frères musulmans, lors du lancement du rapport sur les défis du développement arabe 2011, du Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD). Malek n`a cependant pas beaucoup insisté sur les

    réformes de nature sociale ni les mécanismes de distribution de revenus dont se soucie le

    rapport.

    « Les révolutionnaires criaient : Dignité, liberté et justice sociale, non Pain, liberté et justice sociale », a dit Malek au début de sa prise de parole, suite à l`introduction faite par l`animateur de la session, Ayman Al-Sayed, directeur en chef du magazine Weghat nazar (point de vue). Celui-ci avait commencé par rappeler le premier slogan de la révolution « Pain, liberté et justice sociale » en montrant des vidéos de protestations ouvrières qui avaient précédé la révolution du 25 janvier. « Al-Bouaziz en Tunisie, par exemple, s`est immolé par le feu parce que sa dignité a été offensée », insiste Malek en donnant moins d`importance à l`influence du « pain » dans les révolutions arabes. Malek a aussi exclu les possibilités d`une « révolution de la faim » en commentaire aux prévisions de certains observateurs au cas où la justice sociale ne serait pas rapidement mise en place. Il a estimé que cela était trop pessimiste, disant que « l`éthique, les croyances culturelles et religieuses » permettraient d`éviter un tel résultat.

    Une clé de la réforme

    Pour Malek, l`indépendance de la magistrature est une clé de la réforme. Il a également souligné l`importance du rôle du secteur privé dans le processus de développement. Allant de pair avec la vision libérale de son parti, Malek n`a pas mentionné l`application d`impôts progressifs, d`un salaire minimum ou l`élargissement et l`approfondissement du réseau d`assurance sociale, des points-clés du point de vue des auteurs du rapport.

    En revanche, il a insisté sur le rôle que l`éthique et les murs peuvent jouer sur le plan socio-économique. Il estime donc que la solidarité sociale entre les personnes, qui, dit-il, était un facteur-clé pour la survie des pauvres en Egypte, devrait contribuer à redresser la situation. Les propos de Hassan Malek ont provoqué beaucoup de questions dans l`assistance, notamment sur le rôle de l`Etat en faveur des classes les plus démunies. Des questions auxquelles Malek, pressé, n`a pas donné des réponses précises. « On peut être tous d`accord sur le contexte général, mais l`organisation des priorités peut faire une différence. L`éthique est une question très importante mais c`est la hausse du niveau de vie qui va mener à une meilleure éthique et pas le contraire », a commenté Galal Amine, professeur d`économie à l`Université du Caire, également présent à la conférence. Malek s`est satisfait d`approuver ces paroles en opinant du chef.

    Il a par ailleurs fait une synthèse du programme économique de son parti détenant 45 % des sièges au Parlement. « L`Egypte souffre d`un déficit de la balance des paiements, d`un déficit budgétaire, et d`autres problèmes macroéconomiques -- ceux-ci doivent être résolus à court terme, soit dans deux ans », a-t-il dit. « Nous devons également compléter le processus politique pour être en mesure de forger une nouvelle Constitution. Après la réalisation de ces objectifs, nous devons nous concentrer sur l`amélioration de l`éducation et d`autres réformes qui devraient être réalisées au cours des cinq prochaines années », a ajouté Malek. Et de conclure : « Notre objectif primordial est la renaissance de l`Egypte à plusieurs niveaux, et cela pourrait prendre entre 20 et 30 ans » .

    Dossier réalisé par Marwa Hussein

    Semaine du 27 juillet au 2 août 2011, numéro 881

    Egypte

    Nouveau gouvernement . Les manifestants de la place Tahrir poursuivent leur mouvement, jugeant insuffisant le remaniement ministériel annoncé en fin de semaine dernière, après plusieurs jours de tractations.

    Peut mieux faire, dit Tahrir

    Pour la 2e fois en moins de six mois, le gouvernement du premier ministre Essam Charaf a subi, jeudi dernier, un nouveau remaniement. Touchant plus de la moitié des portefeuilles, cet important remaniement ministériel est considéré comme le résultat direct de la pression des manifestants, qui campent depuis le 7 juillet sur la place Tahrir, pour réclamer, entre autres, le départ des personnalités liées à l`ancien régime. Bien que le remaniement soit l`une des demandes des manifestants depuis le 7 juillet, une partie des manifestants reste toutefois insatisfaite de la composition du nouveau cabinet.

    En faisant le tour de la place Tahrir vendredi dernier pour connaître les avis des manifestants, il semblerait que le fait que le nouveau cabinet soit dominé par des libéraux partisans de l`économie de marché ne semble pas inquiéter outre mesure les protestataires. Ces derniers sont complètement focalisés autour d`une même et seule obsession, voir disparaître tout ce qui risque d`évoquer, de près ou de loin, l`ère Moubarak, que l`on veut révolue. La place Tahrir ne désemplit pas après ce remaniement, considéré par beaucoup en-deçà de leurs attentes. « Aucun nom proposé par les différents mouvements et formations politiques n`a été pris en compte par le premier ministre. La plupart des nouveaux ministres sont inconnus pour nous », affirme Mahmoud Al-Noubi, jeune manifestant. Celui-ci a marqué sur son t-shirt « Je suis baltagui », pour se moquer de certaines voix dans les médias gouvernementaux qui affirment que ceux qui sont à Tahrir ne sont autres que des baltaguis (hommes de main). Même humour chez ses amis qui campent avec lui sous une tente où il est inscrit

    « Le parti des baltaguis ». Al-Noubi explique qu`il espérait que Charaf choisirait des ministres « à l`esprit révolutionnaire. Le conseiller Hicham Al-Bastawissi, l`un des honnêtes hommes de justice et candidat à la présidentielle, s`est entretenu avec nous avant le remaniement et nous a affirmé qu`il était prêt à accepter le poste de ministre de la Justice, mais personne ne l`a appelé ».

    Les manifestants critiquent le fait que des personnalités « proches du régime Moubarak » conservent leur poste, en particulier le ministre de la Justice, Abdel-Aziz Al-Guindi, à qui est reprochée sa lenteur à traduire en justice les responsables de la mort de manifestants pendant la révolution du 25 janvier, ainsi que le clan Moubarak et les caciques de l`ancien régime, et dans une moindre mesure, celui de l`Intérieur, Mansour Essawi, à l`égard duquel l`opinion populaire demeure partagée après la purge de l`appareil policier qu`il a récemment décrétée. « Pourquoi les deux ministères les plus importants en cette période n`ont pas subi de changements, malgré les fortes critiques qui les visent ? », se demande Aymane Abdel-Hay, du mouvement du 6 Avril, en expliquant que la lenteur judiciaire constatée était suffisante pour justifier un changement du ministre de la Justice. Quant à Essawi, Abdel-Hay pense qu`il n`a pas de personnalité assez forte et qu`il n`a pas réussi à réinstaurer la sécurité dans les rues égyptiennes. C`est pourquoi il aurait fallu également le limoger, selon lui.

    Réformes au compte-goutte

    D`autres manifestants disent leur ras-le-bol de ces réformes au compte-goutte. Ils estiment qu`aujourd`hui, le changement de personnes n`est plus l`essentiel. « Ce que nous voulons, c`est un changement des politiques et des stratégies. Nous voulons un gouvernement qui mette en place un calendrier précis pour les réformes à adopter. Sinon, même un remaniement ministériel hebdomadaire ne servirait à rien », explique Ahmad Mohamad, ingénieur d`une trentaine d`années, déplorant que le slogan de la révolution « Pain, liberté et justice sociale » n`ait pas encore été concrétisé. « Le remaniement n`est pas notre premiere demande. C`est le procès immédiat des membres du régime Moubarak et de tous les responsables du massacre des manifestants durant la révolution du 25 janvier qui est notre revendication essentielle », indique Ahmad Ali,

    jeune comptable, qui a décidé de poursuivre son sit-in, seul moyen, selon lui, pour obtenir ce qu`il demande. « L`expérience nous montre que nos demandes ne sont satisfaites que sous la pression des manifestations », constate-t-il. Camper à Tahrir est aussi, pour certains, un moyen pour soutenir le gouvernement face au Conseil suprême des forces armées. « Nous sommes conscients que le premier ministre n`a pas carte blanche pour choisir son équipe comme il l`entend, et qu`il doit composer avec le Conseil militaire. Je pense que nous devrions patienter un peu avant d`émettre des jugements sur le nouveau cabinet », affirme Ali.

    Dans son premier discours télévisé après le remaniement, M. Charaf a expliqué avoir chargé son gouvernement de préparer un plan d`action, avec comme « but premier la réalisation des objectifs de la révolution et la préservation de ses acquis », promettant de « répondre » aux exigences des manifestants. Il a précisé que sa priorité était de faire juger les responsables de l`ancien régime soupçonnés de corruption et d`exactions. Le gouvernement de transition est censé rester en place jusqu`à l`organisation d`élections législatives, prévues à l`automne. Qu`ils acceptent ou non le nouveau remaniement, une bonne partie des mouvements et forces politiques sont d`accord pour accorder une dernière occasion au gouvernement, afin qu`il prouve sa bonne volonté.

    Sabah Sabet Nicolas Devreese

    Semaine du 9 au 15 mars 2011, numéro 861

    Opinion

    L`économie au menu

    Dr Hicham Mourad

    « Pain, liberté, justice sociale », réclamait la foule en colère sur la place Tahrir, lors des manifestations qui ont abouti au renversement du président Hosni Moubarak. C`est dire que les questions économiques occupaient une place centrale dans les revendications de la population.

    Or, les 18 jours du soulèvement populaire ont, sur le court

    terme, fait fuir quelque 18 milliards de dollars de capitaux

    étrangers. La perte totale de l`économie égyptienne est évaluée à

    plus de 30 milliards de dollars, notamment dans le secteur du tourisme, qui représente 13 % du PIB et 10 % des emplois (plus de 2,5 millions d`Egyptiens). Conséquence : le taux de croissance du PIB en 2011, qui devait s`établir entre 5 et 6 %, ne devrait pas dépasser les 1-2 %.

    La tâche est donc énorme pour l`actuel gouvernement intérimaire et celui qui le succédera après les élections législatives et présidentielle, prévues cette année. Car il ne s`agit pas seulement de remédier aux conséquences graves des récents événements, qui se poursuivent sous forme de grèves, sit-in etc., mais aussi et surtout de répondre aux aspirations d`ordre économique exprimées par le soulèvement populaire et par divers groupes socioprofessionnels : amélioration des conditions de vie, lutte contre le chômage, la corruption et l`inégalité sociale.

    Le gouvernement a à son actif plusieurs réalisations accomplies sous l`ère Moubarak, mais qui méritaient rectifications et corrections. La croissance égyptienne, comprise entre 6 et 8 %, était soutenue ces dernières années, faisant quadrupler le PIB. Mais les fruits de cette croissance étaient très inégalement répartis entre les couches de la population, bénéficiant à une minorité d`hommes d`affaires et de caciques du régime,

    laissant quelque 40 % de la population en dessous du seuil de pauvreté, avec moins de 2 dollars par jour, dont la moitié dans l`agriculture. Le taux de ceux qui souffraient d`une extrême pauvreté (moins d`un dollar par jour) est passé de 17 % en 2000 à 20 % en 2005.

    Certes, la corruption était pour beaucoup dans cette injustice sociale. Mais des mesures à moyen et long termes doivent être entreprises pour la corriger. Il s`agit notamment de relever le salaire minimum, revoir les règles de taxation, renforcer les mesures contre l`évasion fiscale et reconsidérer le système des subventions afin de s`assurer que seuls les ayants-droit en bénéficieront.

    Le chômage est sans doute un défi majeur que doit relever le gouvernement. Avec un taux de chômage de 15 % de la force de travail, dont plus de 90 % sont des jeunes de moins de 30 ans, la question exige des mesures radicales. L`économie égyptienne souffre dans ce domaine de faiblesses structurelles, notamment le déséquilibre créé ces dernières années au profit du secteur tertiaire et aux dépens de l`agriculture et de l`industrie, plus à même de générer davantage d`emplois. La part de ces dernières dans l`emploi est tombée respectivement de 40 % à 30 % et de 14 % à 11 % entre 1990 et 2003. En revanche, la part du secteur des services est passée de 22 % à 27 % durant la même période.

    Pour y remédier, le gouvernement doit notamment s`intéresser aux projets intensifs en main-d`~uvre, comme ceux des infrastructures et de l`éducation, mais aussi à lier le système éducatif aux besoins du marché du travail.

    Semaine du 9 au 15 février 2011, numéro 857

    Nulle part ailleurs

    Place Tahrir . Des milliers de manifestants, de toutes les couches sociales, ont transformé les lieux en une oasis de liberté. Une radio locale, des vendeurs ambulants, et surtout de vraies discussions sur l`avenir du pays. Reportage.

    La nouvelle « République de la liberté »

    « Vous êtes les bienvenus dans l`endroit le

    plus honnête et le plus sécurisé d`Egypte ».

    C`est par ces mots que les jeunes de la place

    Tahrir accueillent tous les participants ou

    visiteurs. Après un contrôle minutieux

    effectué par les jeunes devant les nombreux

    accès à partir des différentes rues de Ramsès,

    de Talaat Harb, de Bab Al-Louq ou de Qasr Al-Aïni, ils accueillent les gens le sourire aux lèvres. L`ambiance est euphorique, digne d`une Egypte qui a brisé son silence à jamais et a entamé une période de changement, comme l`affirment les jeunes du 25 Janvier. Des chants patriotiques fusent de la radio locale créée par le peuple de la « République indépendante de Tahrir », comme ils la surnomment. Des chansons qui rappellent des moments glorieux d`une Egypte qui a toujours été la soupape de sécurité pour le monde arabe et le Moyen-Orient. Des chants, des appels à des citoyens disparus, des discours de jeunes diffusant des nouvelles de la place et de l`extérieur, et des conseils pour démentir les rumeurs qui déforment l`image des manifestants ainsi que ce mouvement de révolution. Des jeunes s`occupent du nettoyage, ne laissant aucun papier par terre, d`autres vendent des drapeaux. Des médecins et des pharmaciens montent sur pied des hôpitaux pour traiter les blessés et les malades. Des vendeurs ambulants ont trouvé dans ce monde exceptionnel leur gagne-pain, perdu dans leurs quartiers. C`est une patrie idéale que les manifestants ont créée avec ses codes, ses propres mesures de sécurité, ses disciplines, ses médias et aussi ses moyens de vivre. C`est l`Egypte à laquelle ils rêvent. Tous les gens sont là, riches et pauvres, jeunes et âgés, musulmans et

    chrétiens, des gauchistes et des Frères musulmans et beaucoup d`autres qui n`appartiennent pas à des partis politiques. Des milliers et parfois des millions réclament plus de liberté, d`égalité, de dignité et de démocratie même s`ils sont divisés encore sur les moyens d`application. Après deux semaines de la révolution du 25 Janvier, des banderoles portant des slogans très humoristiques sont hissées : « Va t`en, j`ai mal au bras », « Dégage, j`aimerais prendre une douche », « Dehors, ma fiancée me manque », des slogans qui demandent au président Moubarak de quitter le pouvoir. Chaque jour, la place, devenue épicentre des événements, témoigne des scènes exceptionnelles : un nouveau couple vient y célébrer son mariage, des familles ordinaires accompagnent leurs enfants pour qu`ils soient témoins de scenes importantes de l`histoire de l`Egypte. Une messe du dimanche rassemble des chrétiens protégés par des musulmans en présence de cheikhs, des prières de l`absent pour commémorer les martyrs de la révolution en présence de leurs familles. Des martyrs que les membres de la révolution à Tahrir considèrent négligés par le président de la République qui ne les a cités dans aucun de ses discours. « Nous n`avons pas confiance en un président qui a passé sous silence la mort de nos enfants », dit un homme âgé à Tahrir.

    Réclamer mon droit à la vie

    Et les histoires qui ont mené ces
    manifestants à la place n`en finissent pas,
    chacun tient à raconter la sienne. Mohamad
    Abdel-Aziz, chauffeur, raconte : « Je
    n`arrivais ni à travailler ni à vivre à cause des
    pots-de-vin que je devais payer chaque jour
    aux agents de police pour me laisser
    travailler. Je suis venu ici pour réclamer mon droit à la vie ». Ahmad Chams, plombier,
    poursuit : « J`ai essayé plusieurs fois d`avoir un crédit du Fonds social pour le
    développement, mais ils me demandaient toujours beaucoup de garanties, tandis que le
    régime laisse les grands s`enfuir avec des sommes énormes ». Amir, jeune comptable, 32
    ans, se plaint : « Je n`arrive pas à me marier à cause du régime de Moubarak. Nous
    voulons avoir notre part dans les revenus du Canal de Suez, du tourisme et du gaz naturel

    ». Ossama Abdel-Moneim, avocat, affirme : « J`ai essayé de me présenter comme candidat dans les élections législatives en 2005 devant le ministre du Logement Ibrahim Solimane. Je détenais des documents prouvant sa corruption. J`ai été menacé et les résultats ont été falsifiés. J`ai fait un appel à la Cour de cassation qui n`a pas donné son verdict jusqu`à nos jours ». « Je suis l`imam d`une mosquée au Caire dépendant du ministère des Waqfs, et en même temps, je suis obligé de vendre du foul pour arrondir les fins de mois et subvenir aux besoins de ma famille », dit Amr de sa part.

    Des droits au travail, au mariage, à une bonne éducation, à un traitement médical ... à une vie plus humaine, comme le répète tout le monde.

    Khaled, Mohab, Amr et Tareq, de jeunes étudiants dans des écoles et des universités américaines et britanniques au Caire, expliquent qu`ils sont là afin de participer à la révolution bien qu`ils soient issus des classes qui profitent de la présence du régime. « Nous sommes riches. Je n`ai jamais mis les pieds dans un commissariat ou une administration. Je suis venu pour revendiquer la justice sociale, la liberté et la démocratie à tous les Egyptiens », dit le jeune, qui n`a jamais participé à la vie politique, une activité soumise à la loi de l`argent, des intérêts, du pouvoir et des baltaguis (hommes de main) dont ils refusent de faire part. « La dignité est beaucoup plus importante que la nourriture », dit Réda Moussa, homme d`affaires qui, malgré sa vie aisée, exprime sa ranc~ur et sa colère à l`égard du régime de Moubarak comme il le dit. « Nous avons passé deux semaines sans enregistrer un seul cas d`harcèlement ou d`attaque contre une église, ce qui prouve que c`est le régime qui créait ces genres de problèmes », assure-t-il.

    Avoir de vrais changements

    Des manifestants qui sont déterminés à rester à Tahrir jusqu`à ce que leurs revendications soient réalisées. Certains pensent qu`il faut que le président s`en aille, d`autres pensent qu`il faut avoir de vrais changements, pas seulement des visages qui changent. « Il n`a pas annulé la loi d`urgence,

    n`a pas dissout le Parlement », dit Walid, comptable le matin et vendeur de kochari le

    112

    soir. Il ajoute que le président pense que la population va se lasser avec le temps, mais ce
    n`est pas le cas. « Nous sommes ici en permanence, et chaque jour, nous gagnons plus de

    Semaine du 9 au 15 février 2011, numéro 857

    Société

    Enfants . Ils sont sur tous les fronts. Qu`ils soient parmi les manifestants à la place Tahrir, membres des comités populaires pour défendre leurs quartiers, ou tout simplement braqués devant les écrans de télés, ces petits vivent les événements à leur manière. Tour d`horizon.

    Ces bouts de choux font la révolution !

    « Le peuple veut faire tomber le régime », scande Khaled, un jeune protestataire âgé de six ans, tout en tenant une pancarte à la main et placé sur les épaules de son père présent ici à la place Tahrir. Comme des centaines de milliers d`Egyptiens se rassemblant depuis une dizaine de jours au centre-ville, Khaled manifeste avec son père, Yasser, et réclame comme lui plus de justice, d`égalité sociale et de démocratie. Bien qu`il ne sache pas vraiment ce que signifie ces mots, Khaled ne cesse de scander des slogans réclamant le départ du président, tels que « Irhal, irhal (dégage, dégage) » et « Celui qui aime l`Egypte ne détruit pas l`Egypte », des

    slogans qui sont répétés ces derniers jours par les enfants comme par les adultes. Dès le premier jour, nombreux sont les parents présents à la place Tahrir qui ont tenu à emmener leurs gosses sur scène et ce pour contribuer et surtout pour être témoins de cet événement historique et le raconter par suite à leurs enfants. Une vraie alliance des générations est visible dans la rue égyptienne. « Ce n`est pas un simple mouvement de protestation, mais une révolution populaire. Nous avons été passifs pendant des années. Il est temps de dire non. Nous en avons assez », lance Yasser, un fonctionnaire qui tient à expliquer les détails de ce mouvement populaire à ses enfants. « Si nos jeunes ont réussi à changer l`histoire du pays, ce sont nos enfants qui dessineront les traits de

    l`avenir de cette nouvelle Egypte », ajoute Yasser. Hassan, un élève en sixième primaire, a campé pendant toute une semaine avec sa mère et son père à la place Tahrir. Ses parents appartenant à la classe défavorisée partagent les souffrances de milliers d`Egyptiens. Hassan comprend qu`il s`agit d`une colère populaire, mais il ne connaît pas les raisons. Ici, il manifeste et est sur la même longueur d`onde avec les jeunes. « Tant que ma maison est en danger et que mes parents n`arrivent pas à boucler les fins de mois, je ne quitterai pas les lieux », lance cet élève d`un ton ferme et déterminé.

    En effet, le déclenchement de cette révolte populaire a coïncidé avec les vacances de mi-année dans les écoles. Emprisonnés chez eux à cause du couvre-feu, tous les enfants suivent ce qui se passe sur les écrans. Mêmes scènes, mêmes images et mêmes slogans. Les foyers égyptiens vivent aujourd`hui dans une ambiance électrique. Du matin au soir, la famille vit le même rythme, les enfants aussi. Dans les foyers, les enfants vivent difficilement cet état d`urgence. Dans de telles conditions, il est souvent difficile de les rassurer. Car les images diffusées et le bruit des tirs de balles qui retentit le soir dans leurs quartiers sont capables de les effrayer. Et le fait de leur parler de sécurité n`arrive pas à les persuader ni à les calmer. Un sentiment de terreur accentué par la présence de ces chars de l`armée à l`entrée de leur quartier et ces hélicoptères qui ne cessent de faire le tour au-dessus de leurs immeubles. « Nous étions habitués à voir ces scènes au panorama du 6 Octobre ou à la télé lorsqu`on nous parlait de la guerre de 1973. On pensait que ces scenes ne se déroulent qu`en Iraq ou en Palestine. Jamais je ne pensais que j`allais voir de telles scenes de guerre en Egypte », dit Dalia, 12 ans, demandant à sa mère si on était en train de vivre un véritable état de guerre.

    « Est-ce que je serai emprisonné chez moi encore pour longtemps ? Ce couvre-feu va-t-il durer ? J`ai envie de reprendre ma liberté et mon rythme de vie normal. Cela fait presque deux semaines que je n`ai pas vu mes amis, ni assisté à mes entraînements de football. C`est une situation difficile. La journée est longue et je m`ennuie beaucoup. Tout est interdit. Ma mère ne me laisse pas regarder la télé parce qu`elle suit les nouvelles », se plaint Fadia, une fille de six ans.

    Déjà politisés

    Nasma, sa sur aînée, a un autre regard des choses. Elle suit de près les événements et a sa propre analyse politique. « Je suis triste pour les morts et j`étais encore plus triste quand j`ai entendu qu`ils ont utilisé des gaz lacrymogène et des balles pour les disperser », confie-t-elle. La panique de Nasma s`est accentuée lorsque son père avait décidé de joindre les rangs des manifestants. Elle apprend par cur les noms des jours décisifs qui ont marqué cette révolte populaire.

    « Le vendredi de la colère », « le vendredi du départ », « le dimanche du silence ». Dans sa maison située dans le quartier de Maadi, Fadia ressent la panique et l`angoisse de sa mère même si cette dernière fait tout pour dissimuler ses sentiments. « Ma mère ne cesse d`invoquer Dieu et de réciter des versets du Coran pour que tout se passe calmement et que ces longs jours d`attente se terminent bientôt », confie Nasma.

    Angoisse, dépression, troubles du sommeil, vomissement et rétention d`urine, tel est l`état de Dalia, 8 ans. Cette fille tient à passer les quelques heures de sommeil sur le même lit, entourée de sa mere et ses deux surs. Et avant d`aller au lit, elle demande à sa mère quelques conseils pratiques pour ne pas faire de cauchemars. « Faut-il que je récite les quelques versets de Coran que j`apprends par cur ? Puis-je penser un peu aux derniers films comiques que j`ai regardés à la télé ? », demande Dalia.

    Une inquiétude que partage Karim (11 ans) qui vit un quotidien chamboulé depuis le début de cette crise. « Les premiers jours ont été les plus forts. J`avais un fort sentiment que ces prisonniers qui ont fui vont venir nous agresser et attaquer nos maisons », dit-il. Aujourd`hui, ce qui le préoccupe le plus c`est de s`assurer que sa maison est bien protégée. Chaque nuit, il ne va au lit qu`après avoir vérifié que les portes et fenêtres sont bien fermées.

    Jour après jour, il s`adapte de plus en plus et s`intéresse plus aux nouvelles politiques. « J`ai suivi avec beaucoup d`intérêt le nouveau gouvernement. Mais, ce qui m`intéresse le plus c`est de savoir qui sera le prochain ministre de l`Education ? Pourquoi ne l`ont-ils pas nommé jusqu`à présent ? Les vacances vont bientôt se terminer. Allons-nous retourner aux écoles sans ministre de l`Education », s`interroge

    Karim. Dina est mère de deux enfants : Mohamad et Nour, âgés de 9 et 11 ans. Elle est fière de constater que ses deux enfants sont très politisés en ce moment. Leurs yeux sont braqués sur les écrans et suivent les nouvelles diffusées dans les chaînes satellites. Ils connaissent les noms du vice-président récemment nommé, ainsi que le premier ministre et sont curieux d`apprendre leurs CV. « Ces derniers événements semblent les stimuler et les introduire dans le monde des grands. Ils étaient habitués à entendre leurs parents discuter de politique. Aujourd`hui, ils ont des dizaines de questions à poser », dit Dina, la mère. Ses enfants lui demandent : « Qui est ElBaradei, est-ce qu`il sera un jour notre futur président ? Est-ce que nous pourrions choisir notre président parmi de nombreux candidats ? ».

    Chez Dina, quelques enfants de l`immeuble se rassemblent pour jouer, se divertir et oublier le traumatisme et les scènes de violence qui se déroulent à la télé. Une façon de passer ces heures de couvre-feu dont la durée change d`un jour à l`autre. « J`ai emmené mes enfants hier pour faire quelques courses. C`était leur premiere sortie depuis le déclenchement des manifestations et l`application du couvre-feu. Ils étaient choqués de voir comment est devenu notre quartier qui ressemble à un champ de guerre », raconte Heba, femme au foyer et mere de trois enfants. « Ce n`était plus notre quartier, magasins complètement pillés et voitures cassées. L`armée est déployée dans les rues et il n`y a plus de police », confie Chéhab, 14 ans. Même les jeux d`enfants s`inspirent de la situation. Doudou, 5 ans, dit à sa sur : « On va jouer à la guerre : moi, proMoubarak et toi contre ».

    Dans le rôle de miliciens

    Une fois le couvre-feu instauré, le rythme de la ville tombe d`un coup et là, c`est le cortège de barrières et de contrôles dirigés par les civils. Ces derniers dans les quartiers sont organisés en patrouille portant des brassards blancs et font siège toute la nuit dans les différents quartiers dans un climat bienveillant et permettent aux personnes de mieux se connaître. Tenant un bâton en bois en main, Akram, un enfant de 9 ans, passe la nuit debout devant son immeuble avec son père. Il fait partie de ces comités populaires créés pour protéger les foyers, les familles et les biens publics. Il est 4h du

    matin, Akram fait tout pour rester éveillé et se rappelle des paroles de sa mere qui l`a mobilisé. « Tu dois descendre dans la rue pour nous défendre, moi et ta sur. Si tu laisses les cambrioleurs, ils pilleront notre maison et menaceront notre sécurité », lui at-elle dit. Des instructions qui ont renforcé chez le jeune Akram ce sentiment de responsabilité et de devoir envers sa patrie. « Si nous ne réussirons pas à défendre notre quartier et nos voisins, nous ne serons pas des hommes dignes de ce pays et nous ne mériterons pas de porter le titre Egyptiens », confie ce jeune garçon.

    Vivre sa vie

    Si le sentiment de patriotisme pèse chez le jeune Akram et dirige ses actes, son frère de cinq ans n`a qu`un seul rêve : reprendre son train de vie normal. « J`aspire à aller au club pour jouer et j`attends avec impatience que les restaurants de fast-food rouvrent leurs portes pour faire une commande ».

    Les événements continuent et la scène politique change assez vite. Et les enfants ne sont qu`un élément de cette scene. Chose évidente : ils rêvent tous que ces jours de tension se terminent et qu`ils puissent de nouveau s`amuser et jouer « en sécurité ». Un terme dont la vraie valeur a été assimilée, ces derniers jours, par enfants et adultes à la fois.

    Chahinaz Gheith

    Semaine du 9 au 15 février 2011, numéro 857

    Egypte

    Frères Musulmans . Ils exploitent les manifestations en cours pour occuper le devant de la scène politique, niant toutes aspirations à accéder au pouvoir. Des affirmations qui laissent dubitatif. Décryptage.

    Sincérité ou calculs politiques ?

    Après avoir observé avec prudence la première manifestation contre le régime Moubarak, les Frères musulmans ont pris part de manière plus active au mouvement de protestation. Ils sont maintenant aux premières loges des manifestations, se mêlent à des opposants laïcs, des gauchistes et de jeunes adeptes des réseaux sociaux sur Internet.

    En fait, si les Frères musulmans ont été toujours présents sur la scène politique, ils ne l`ont jamais été avec une telle force. Ils sont désormais moins réservés qu`ils ne l`étaient au début de la contestation. « Moubarak dégage », ne cessent de scander depuis « le vendredi du départ » plus d`un million de manifestants.

    Et pourquoi pas alors que pour la première fois, le régime leur tend la main ? Le nouveau vice-président Omar Soliman a ouvertement appelé cette semaine la confrérie des Frères musulmans à participer au dialogue entamé entre le régime et les forces d`opposition. Une concession sans précédent envers un mouvement islamiste que le régime a interdit en 1954. Depuis sa création en 1928, par Hassan Al-Banna, la relation de cette confrérie avec le régime a toujours vacillé entre intransigeance et tolérance (une tolérance qui n`est jamais allée jusqu`à sa reconnaissance officielle en tant que force politique). « Cette reconnaissance ne rajoute rien aux Frères musulmans qui ont toujours tiré leur légitimité de la rue et non pas d`un régime corrompu », estime AbdelMoneim Aboul-Fotouh, responsable à la confrérie. Selon lui, il faut remettre la

    révolution des jeunes dans son contexte. « Il s`agit de manifestations patriotiques contre un régime autoritaire. Les Frères musulmans, en tant que force politique organisée et capable de mobiliser, prennent part à ce mouvement comme le font les autres forces d`opposition », s`exprime Aboul-Fotouh. Il rejette également toutes les accusations de vouloir s`emparer de la victoire des jeunes. « Nous étions présents dès le 25 janvier mais si maintenant notre présence est plus accentuée sur la scene, c`est pour soutenir ces jeunes et faire face à l`obstination du régime qui veut défigurer leur sainte révolution et contourner leurs revendications légitimes », poursuit Aboul-Fotouh qui pense que le régime n`a répondu jusqu`à présent qu`au minimum de leurs demandes. « Le limogeage du gouvernement ou le changement de figures à la tête du PND ne concernent pas les jeunes qui les considèrent comme des manuvres. Si le régime était sérieux pour une véritable réforme, pourquoi n`a-t-il pas évoqué des questions comme la dissolution du Parlement, la suppression de l`état d`urgence, la liberté de créer des partis et une nouvelle Constitution ? », s`insurge Aboul-Fotouh qui assure que les Frères soutiendront cette révolution jusqu`au bout.

    Mais alors quels sont les fruits que pourrait récolter la confrérie dans un scénario d`après-Moubarak ? Cette question préoccupe les Egyptiens, elle est aussi redoutée par les Occidentaux et Israël.

    Leurs grandes ambitions

    Selon les observateurs, c`est la révolution des jeunes internautes secouant l`Egypte depuis plus de dix jours qui offrent maintenant aux Frères musulmans une chance d`atteindre l`une de leurs grandes ambitions : avoir ouvertement un rôle reconnu dans la politique du pays. Même si le but ultime et discret non révélé des Frères musulmans reste l`instauration d`un Etat islamique, pour l`heure, les dirigeants ménagent leur fragile alliance avec les activistes laïques.

    « Nous sommes très clairs : nous sommes là, mais uniquement pour répondre aux besoins de la nation, pour protéger et soutenir la révolution des jeunes. Notre but commun est de renverser le régime corrompu et despotique de Moubarak », souligne

    Mahdi Akef, ex-guide suprême de la Confrérie. Ne niant pas le fait que ce mouvement soit le mieux implanté et organisé, des analystes pensent que la confrérie pourrait jouer un rôle politique majeur dans l`Egypte d`après-Moubarak. Surtout qu`ils sont très présents dans de nombreuses institutions caritatives ou syndicales. Des services sociaux qui pallient l`inefficacité de ceux du gouvernement. Mais toujours discret, Mahdi Akef refuse d`évoquer pour le moment l`agenda politique du groupe. « Tous les efforts sont actuellement consacrés à ce but saint. Il n`est pas question de parler d`aspirations ou d`intérêts partisans », indique Akef.

    Ils jurent tous ne souhaiter qu`une seule chose : un système politique juste garantissant des élections libres. Mohamed Al-Beltagui, membre du bureau politique de la confrérie, a assuré que les Frères musulmans n`ont pas l`intention de briguer la présidence lors des élections prévues en septembre prochain. Ils ne participeront pas à un gouvernement de coalition prochain. « Le régime veut donner un caractère islamique à cette révolution afin de la réprimer davantage », ajoute-t-il. Pour Ammar Ali Hassan, politologue, les Frères musulmans ont un ancrage dans la société. Il ne redoute pas qu`ils soient la force majeure de la scene politique pluraliste et démocratique de l`aprèsMoubarak vu leur potentiel politique et social. Toutefois, selon lui, les pressions étrangères ainsi que les tentatives du gouvernement de promouvoir l`idée d`une islamisation de l`Egypte les obligent à remettre leurs ambitions politiques. Ainsi, la confrérie se contente pour l`instant d`être à l`arrière-plan. « La confrérie sait que cette perspective inquiète à la fois les autres pays arabes et occidentaux, en particulier le voisin israélien. En choisissant de se ranger derriere l`Association nationale pour le changement, fondée par Mohamed ElBaradei, elle veut envoyer un message rassurant au monde entier », explique Hassan.

    En fait, l`arrivée des islamistes au pouvoir n`est pas exclue, même si elle reste lointaine. Mais le plus important est de savoir si la structure idéologique et politique de la confrérie est capable d`assimiler la notion civile et laïque de l`Etat. « Tout le monde est d`accord pour un Etat de droit et démocratique. Nous ne voulons pas l`instauration d`un Etat islamique mais un Etat qui se base sur la charia. Il n`y a aucune contradiction dans ce que nous avançons. L`islam est pour la diversité, la démocratie, le respect et la

    protection de la liberté de culte », réitère Abdel-Moneim Aboul-Fotouh. Il rappelle que le mouvement a formellement renoncé à la violence dans les années 1950 et s`efforce depuis lors d`obtenir une représentation politique par la voie des urnes.

    Mais pour Ammar Ali Hassan, il est difficile de prédire quelle voie la confrérie pourrait emprunter si elle était à nouveau légalisée et autorisée à présenter des candidats sous sa propre bannière. Gharia ou pas ? Quel sera le statut des chrétiens? Quels seront les droits des femmes ? Quelles seront les relations avec Israël? Des questions fondamentales que les responsables des Frères préfèrent éluder selon Ammar.

    « A titre d`exemple, les Frères musulmans s`opposent au traité de paix avec Israël et revendiquent le droit à la résistance armée contre l`Etat hébreu mais ils affirment qu`ils ne reviendront pas sur le traité. Ils veulent imposer la charia mais assurent qu`ils n`obligeront pas les femmes à porter le voile en public », conclut Hassan.

    May Al-Maghrabi

    Semaine du 28 septembre au 4 octobre 2011, numéro 890

    Dossier

    Expositions . Les murs de Townhouse sont pour quelque temps dédiés aux graffeurs, libres de s`approprier l`espace. L`idée n`est pas nouvelle mais aura en Egypte des conséquences importantes sur les autres formes d`art et leur public.

    Le graffiti : désinhibiteur de l`art traditionnel

    Ils sont présents partout et possèdent un message éminemment politique. Sous les ponts, sur des murs ou des bâtiments, les couleurs arrivent, les images apparaissent. En quelques mois, le graffiti a acquis une maturité de plusieurs années. Le responsable de cette envolée significative ? La révolution, seulement la révolution.

    Les débuts furent cependant difficiles et un certain nombre de tags ou de graffs furent effacés par des citoyens aux « bonnes intentions » douteuses. Trouver un « Moubarak, dégage » écrit sur un mur qui entoure Tahrir relève désormais de l`impossible. Seules les inscriptions peu en vue subsistent. C`est dommage, l`Histoire mériterait d`en conserver quelques-uns. Mais la nature du tag ou du graffiti n`est-elle pas d`être éphémère ? D`autres apparaissent sur les façades fraîchement repeintes de blanc et le cycle continue.

    La galerie Townhouse, toujours en quête de nouvelles formes d`expression, a cette fois réussi son pari : donner un cadre à la hauteur de la qualité des graffitis. Car résumer cette forme de création en un simple « art de rue » provenant de jeunes sans éducation artistique serait se situer bien loin du phénomène. Banksy, célèbre graffeur anglo-saxon connu notamment pour ses dessins sur le mur qui sépare Israël de la Palestine, a prouvé que le graffiti pouvait rivaliser sans honte avec les formes d`art plus traditionnelles.

    En Egypte, un dénommé Keiser est désormais un artiste en vogue connu pour ses pandas qui rappellent l`attitude de l`ancien président. Présent à Townhouse, il réussit une fois de plus à fondre son dessin dans le contexte. C`est toute la force du graffiti : s`adapter à la disposition des lieux, en l`occurrence une usine désaffectée.

    Keiser n`est qu`un exemple parmi d`autres et les graffs ont de belles chances de devenir une des formes d`art les plus populaires du pays. Faciles à comprendre, souvent ludiques, moqueurs ou cyniques, ils interpellent le regard par leur présence inattendue d`une rue à l`autre. Aux Etats-Unis, les graffs ont rapidement été intégrés à d`autres formes d`art et sont rentrés avec force dans les galeries. L`Egypte suivra-t-elle le même chemin ? En proposant au regard du plus grand nombre des expressions de qualité, le graff ne peut avoir qu`un impact positif sur l`intérêt du public pour des formes plus classiques comme la peinture ou la sculpture. Il est une porte d`entrée pour ceux qui n`osent pas franchir les pas qui les séparent du monde de l`art.

    En brisant les frontières et en rentrant dans les galeries, le graff deviendra une forme d`inspiration privilégiée pour les peintres des dernières générations. Alors que les nouvelles formes d`expression comme les vidéo-montages ou les installations ne parviennent pas à se bâtir une personnalité affirmée en Egypte, le graff, plus récent encore, a déjà fait ses preuves. Un détour par Townhouse s`impose à ceux qui veulent savoir ce que sera l`art en Egypte lors des années à venir.

    Alban de Ménonville

    Semaine du 8 au 14 février 2012, numéro 908

    Idées

    Edition . Al-Nouri Ebeid, président de l`Union des éditeurs tunisiens, préside la délégation tunisienne au Salon international du livre du Caire. Il livre son point de vue sur cette 43e édition. Entretien.

    « Après les révolutions arabes

    vient le printemps du livre »

    Al-Ahram Hebdo : Comment évaluezvous la 43e édition du Salon international du livre du Caire dont la clôture est prévue le 10 février et dont votre pays est l`invité d`honneur ?

    Al-Nouri Ebeid : En dépit de tout le

    désordre dans la rue égyptienne, j`apprécie

    l`organisation de cette manifestation culturelle. Le Salon a maintenu la diversité des livres cette année malgré la difficulté de la situation en Egypte. Cela fait vingt ans que je participe au Salon du livre du Caire. En tant qu`observateur, je peux affirmer qu`il n`y a eu aucune interdiction de livre durant cette édition par rapport aux années passées. Des homologues et collègues de quelques pays arabes et étrangers n`ont pas pu venir cette année à cause de la confusion et du changement des dates d`ouverture. Nul doute qu`il y a eu beaucoup d`efforts déployés pour tenir un Salon pareil, notamment pour ce qui est des pavillons. L`inauguration était beaucoup plus simple que lors des éditions précédentes. Il n`y a pas eu cette présence intensive des forces de l`ordre. Je pense que l`inauguration cette année avait une bonne influence sur tous les participants. En fait, cette édition en janvier m`a permis de participer à l`anniversaire de la révolution du 25 janvier.

    -- Vous-êtes vous rendus à Tahrir le 25 janvier, puisque le Salon a fermé ses portes ce jour-là ?

    -- Le Salon international du livre du Caire cette année était une bonne occasion pour moi parce que j`ai participé à la manifestation qui est partie du quartier de Doqqi vers Tahrir. J`étais avec les gens dans cette manifestation qui visait à ne pas oublier les victimes et les martyrs de tous les incidents depuis le 25 janvier 2011. La manifestation a commencé à Doqqi avec des cercueils représentant les martyrs, traversant la rue Tahrir et l`Opéra pour finir à la place Tahrir. J`étais très content de voir la participation des gens et des jeunes. Même les personnes âgées qui n`ont pas pu descendre ont participé à partir de leurs balcons. Je remercie les circonstances qui m`ont permis de venir en Egypte pour le Salon du livre et l`anniversaire de la révolution égyptienne.

    -- Pensez-vous que la participation de la Tunisie au Salon cette année ait reflété la diversité des maisons d`édition tunisiennes ?

    -- La Tunisie cette année, en tant qu`invitée d`honneur, était soucieuse d`avoir une présence particulière, notamment après la révolution dans ce pays. Nous avons organisé des colloques sur les nouvelles publications, le cinéma et le théâtre. 35 maisons d`édition ont participé à cette 43e édition. Elles ont présenté au public égyptien des publications sur la révolution tunisienne. Nous parlons de 200 titres ou presque. Le slogan de notre pays était « Le livre porte les révolutions arabes ». Les intellectuels tunisiens ont essayé de jeter la lumière sur la révolution de leur pays dans leurs publications et le rôle de l`intellectuel tunisien depuis le XIXe siècle. Le slogan de cette révolution était « Le peuple veut » qui est inspiré d`un vers du grand poète tunisien Aboul-Qassem El Chebbi. 40 personnalités parmi les poètes, les spécialistes du cinéma et de la musique ont assisté à cette édition. Nous avons visé la coopération culturelle entre les deux pays.

    -- Dans le contexte de la coopération culturelle, deux protocoles ont été signés entre l`Egypte et la Tunisie. Quels sont les points essentiels de ces protocoles ?

    -- Nous avons réussi durant cette édition du Salon international du livre du Caire à signer deux protocoles. Le premier est professionnel entre les deux Unions des éditeurs tunisiens et égyptiens. Il s`agit de faciliter la circulation du livre entre les deux pays, d`intensifier l`action entre les éditeurs, d`encourager les bourses d`études et l`échange entre les étudiants des universités des deux pays dans les facultés de journalisme, notamment en édition et en impression, ainsi que les instituts des beaux-arts. Selon ce protocole, les éditeurs dans les deux pays prendront en charge la formation des étudiants. Le second protocole est signé avec le GEBO (l`Organisme général égyptien du livre). Il s`agit de surmonter toutes les difficultés concernant la diffusion du livre dans les deux pays et de soutenir la diffusion du livre dans les expositions locales et internationales.

    -- Quel est, selon vous, l`avenir de l`édition numérique pour les maisons d`édition arabes ?

    -- Pour ce qui est de l`édition numérique, il existe jusqu`aujourd`hui des difficultés techniques qu`il faudra surmonter, sinon les éditeurs et les écrivains arabes vont se retrouver à l`extérieur de ce système d`ici cinq ans. Il est temps, après le Printemps des révolutions arabes, qu`il y ait un printemps du livre.

    Propos recueillis par Rasha Hanafy

    Semaine du 1er au 7 février 2012, numéro 907

    Dossier

    Révolution .Le bâtiment de la Radiotélévision, Maspero, est la cible de manifestations depuis le 25 janvier. Les slogans demandent l`épuration des médias gouvernementaux, accusés de faire de la propagande pro-armée.

    La censure continue

    « Voici les menteurs ! Ils sont là ! ». Des

    cris de colère qui ont fait vibrer les vitres du

    bâtiment de la Radiotélévision. Devant cet

    immense bâtiment, appelé Maspero, plus de

    5 000 manifestants se sont rassemblés et

    l`ont encerclé depuis le 25 janvier,

    brandissant une même revendication : la

    purification des médias égyptiens. Là aussi,

    comme sur la place Tahrir, c`est le Conseil

    militaire qui est critiqué. Si, depuis quelques

    mois, les révolutionnaires et l`armée ne cessent de s`affronter, cette fois-ci, la bataille s`est déplacée sur le terrain de l`information dirigée par l`armée. Des appels et des slogans qui ont provoqué les sentiments d`un bon nombre de personnes qui travaillent au sein du bâtiment et qui ont décidé de rejoindre la manifestation pour revendiquer eux aussi des changements. « C`est l`armée qui contrôle tout notre travail. Tout comme le faisait le régime de Moubarak », criaient-ils.

    Il y a de quoi se révolter. Il suffisait de suivre les chaînes publiques durant la journée du 25 janvier dernier, ou encore celle du vendredi de « la dignité » pour ressentir le grand écart qui existe toujours entre la couverture de ces chaînes publiques et la réalité. Les présentateurs, comme pendant l`ère Moubarak, évitent de critiquer le Conseil des forces armées. Bien au contraire, la télévision égyptienne est un instrument de propagande favorable aux militaires.

    Une couverture partiale

    En effet, sur les différentes chaînes publiques, les présentateurs insistaient dès le début de la journée sur la notion de « fête », alors que sur la place Tahrir, les manifestants criaient fort : « Ce n`est pas une célébration, c`est une révolution ». Des slogans auxquels les chaînes publiques ne semblaient pas vouloir prêter attention. En plus des animateurs, au fil de la journée, n`ont pas cessé de souhaiter une bonne fête à tous les Egyptiens. En outre, ils n`ont pas hésité en fin de journée à diffuser une soirée de célébration qui a lieu à l`Opéra pour fêter le 25 janvier.

    La propagande pro-armée n`en finissait pas : des films documentaires sur la révolution du 25 janvier qui montrent le maréchal Tantawi entre les manifestants, des

    chars sur lesquels sont inscrits « A bas Moubarak ! », et d`autres sur lesquels aient rassemblés des dizaines de manifestants en faisant le signe de la victoire.

    Les informations qui passaient tout le temps en boucle affirmaient : « A l`occasion des festivités du 25 janvier, le maréchal Tantawi a décidé de lever l`état d`urgence ; le maréchal Tantawi a décidé de libérer plus de 3 000 détenus », ou encore : « Le maréchal Tantawi rappelle qu`il a l`intention de transmettre le pouvoir vers la fin du mois de juin ». Une panoplie d`informations qui ne visent qu`à rassurer non pas les manifestants, mais les Egyptiens restés chez eux.

    Pour Ahmad Moustapha, réalisateur à la 2e chaîne publique, il ne faut pas toujours voir les choses d`un ~il négatif : « Quelques présentateurs à la télévision tentent non pas de soutenir le Conseil militaire, mais voudraient plutôt ne pas être provocateurs pour ne pas aggraver les choses ».

    Que ce soit vrai ou pas, les résultats sont les mêmes. On peut bien le dire : pour ces chaînes de télévision publique, critiquer l`armée reste toujours la ligne à ne pas franchir. S`agit-il d`une instruction militaire ? Est-ce que l`armée impose ces limites ? Ou ce sont simplement ces présentateurs qui ont besoin d`évoluer ?

    Ahmad Moustapha insiste sur le fait que les journalistes responsables des journaux télévisés ont besoin de longs mois de formation pour que les mentalités changent et qu`ils comprennent le vrai sens du service public. « Ces personnes ont été formées selon des principes dont ils ne pourront pas se départir en un jour et une nuit. Même s`ils ne reçoivent pas d`ordres directs de la part de l`armée, ils se sont habitués à s`imposer des lignes rouges à ne pas franchir », explique-t-il.

    N`empêche que le Conseil militaire impose un monopole exclusif de l`information, car elle reste un enjeu-clé du pouvoir en Egypte. La preuve : le Conseil suprême des forces armées a récemment créé un comité des médias, composé de 11 généraux, sorte d`attachés de presse, chargés de fournir des informations aux médias pour éviter les couvertures, selon eux, « fallacieuses ».

    C`est ce qui explique aussi le fait que les vidéos de violences perpétrées par l`armée, largement relayées sur le Web, restent absentes des écrans de la télévision gouvernementale, notamment la fameuse vidéo de la fille torturée par les soldats. Pendant la manifestation de vendredi dernier, l`activiste Alaa Abdel-Fattah, accusé d`attaques contre les militaires, est invité sur une chaîne publique. Une première. Lorsque la présentatrice évoque l`affaire de cette fille torturée, il l`interrompt : « Vous êtes en train de parler d`une affaire que vous avez carrément occultée. Comment voulez-vous en parler maintenant ? ». Le lendemain de cette émission, des vidéos des « militaires sont des menteurs », montrant les violations commises par l`armée, sont reprises en partie sur cette chaîne. Une percée inimaginable jusque-là. Cela dit, il est encore trop tôt pour parler d`une réelle et concrète évolution des chaînes publiques, même si quelques journalistes tentent eux-mêmes de prouver le contraire l.

    Chaïmaa Abdel-Hamid

    Semaine du 9 au 15 février 2011, numéro 857

    Evénement

    Révolte Populaire . Les manifestations se poursuivent à la place Tahrir face à un gouvernement qui fait des concessions sans parvenir à convaincre. Etat des lieux.

    La résistance a la vie dure

    « Le peuple veut le départ du régime ». En plein centre de place Tahrir, le slogan scandé par les manifestants est désormais peint en grandes lettres blanches sur l`asphalte de cette « terre libérée ».

    Les manifestants appelant au départ du chef de l`Etat ne lâchent pas du lest en entamant leur 3e semaine de protestation.

    La semaine dernière a commencé par une scène digne du Moyen Age. Montés sur des chevaux et des dromadaires, des partisans du président Moubarak, armés de fouets, de bâtons, de pierres et de cocktails Molotov, ont attaqué les anti-Moubarak. Une semaine qui s`est achevée sur un chant religieux. Une messe et une prière musulmane sur la place de la Libération à la mémoire des martyrs tombés lors de cette révolution populaire.

    Depuis deux jours, la pluie défie les campeurs sur la place autant que le régime qui a entamé un dit « dialogue » avec l'opposition pour pousser les jeunes à évacuer la place et permettre un retour à la normale dans la capitale.

    Le nouveau vice-président Omar Soliman s`est ainsi entretenu avec une partie de l'opposition, dont pour la première fois les Frères musulmans. Aucune avancée palpable d`ailleurs. Le régime a une nouvelle fois redit que Moubarak ne démissionnerait pas, qu`il ne déléguera pas non plus ses fonctions à son vice-président comme le propose un « groupe de sages ».

    C`est le débat aujourd`hui. Plusieurs politiciens et juristes proposent, comme compromis, que le président délègue ses pouvoirs à Soliman en fonction de l`article 139 de la Constitution. Moubarak, lui, serait un président honoraire mais ira au terme de son mandat. Soliman dirigera de facto le pays et pourrait ainsi entamer une révision de la Constitution pour permettre de nouvelles élections présidentielles, libres surtout, au début de l`automne. Une « transition immédiate » qui permet un respect de la Constitution et évite le scénario du chaos que fait propager le régime.

    Des propos rassurants

    Ce dernier multiplie les déclarations pacificatrices et les promesses de réformes, mais sans véritable action concrete. La machine de la manipulation de l`opinion est déjà

    en marche. Les mêmes vieilles politiques, mais avec de nouveaux visages, tel est le jeu politique.

    Une inflexion du discours officiel se dessine. La télévision publique a commencé à montrer pour la première fois des images de la place et la presse gouvernementale parle de plusieurs centaines de milliers alors qu`ils n`étaient que 5 000 la semaine dernière aux yeux des journalistes de l`Etat. Mais parallèlement, plusieurs journalistes égyptiens et étrangers ont été agressés par les « baltaguis », les hommes de main du régime, ou arrêtés par la police en civil ou par l`armée. Certains ont trouvé la mort. Des locaux de télévision satellitaire ont été mis à sac et des matériels confisqués des hôtels où sont logés les journalistes autour de la place Tahrir. Des journaux indépendants ont même reçu des « remarques » pour faire « baisser le ton » anti-Moubarak.

    Symbole du changement de forme, Moubarak, en tant que chef du Parti National Démocrate, a limogé le comité exécutif du parti, dont son fils Gamal Moubarak et le secrétaire général du parti, le redouté Safouat Al-Chérif. Ils restent pourtant membres du parti et parmi leurs successeurs dans le bureau influent deux hommes très proches de Moubarak fils et fervents d`une succession dynastique. Le président reste toujours à la tête du parti, malgré des rumeurs de démission démenties par la suite.

    Un premier ministre au calme éloquent

    Le nouveau premier ministre lui aussi est resté au niveau des promesses. Il promet d`ouvrir une enquête sur le retrait bizarre des policiers le 28 janvier, et une enquête similaire sur la « conquête des chameaux » sur la place Tahrir. Mais il reste là. Aucune démarche n`est entreprise, aucune personne n`est interpellée dans le cadre de cette promesse. Même le ministre de l`Intérieur, pointé du doigt dans ce chaos sécuritaire, est soumis à une investigation du Parquet dans le cadre d`une autre affaire : sa présumée implication dans l`attentat de l`église des Deux saints à Alexandrie au début de l`année.

    Des changements progressifs de façon à faire croire qu`il continue à céder pour apaiser les manifestants et absorber la colère de la rue, mais aussi pour pousser ces Egyptiens campant chez eux à se retourner contre les manifestants. « Le gouvernement a tout fait », croit-on.

    Les propos des sages

    Des penseurs et politiciens demandent ainsi aux forces armées d`être le garant de ces promesses, surtout de la non représentation de Moubarak aux prochaines présidentielles ni celle de son fils. Ils ont tendance à croire que si les manifestants rentrent chez eux, Moubarak finira par faire marche arrière en organisant des manifestations de soutien en sa faveur pour qu`il reste au pouvoir. Une hypothèse pessimiste mais qui n`est pas à écarter complètement, surtout que les Occidentaux, avec en tête Washington, commencent à lâcher leur pression sur le régime.

    Moubarak a réussi à convaincre l`Occident que la seule alternative à son départ est la confrérie des Frères musulmans. Obama, les yeux fermés, le croit et omet que ceux qui

    sont rassemblés sur la place ne sont pas en majorité des islamistes.

    L`écrivain Mohamad Hassanein Heykal, ex-conseiller politique du président Nasser, estime que le régime ressemble à un blessé et aspire à la vengeance plus qu`il ne se soucie d'une grande dislocation du pays.

    « Nous sommes confrontés à un régime qui ne veut pas partir et ses restes, à l`instar des mafias, manipulent en coupant uniquement leur queues ». Il suggère un départ de la scene du président Moubarak et le début d`une phase transitoire « pour un dialogue sérieux », laquelle serait dirigée par un gouvernement d`union et un conseil juridique jusqu`à l`élaboration d`une nouvelle Constitution. « Pour tous ceux qui veulent voir, entendre et comprendre, qu`ils sachent que les revendications du peuple ont été entendues, dont la première demande est la destitution du président Moubarak », ajoute Heykal.

    Au palais Al-Orouba, et plus de deux semaines après la révolte, la voix de la rue est loin d`arriver en dépit de ces jeunes reçus par le vice-président. Celui-ci ne manque pas de les décrire comme des jeunes idéalistes manipulés par « une main étrangère ». Le chef de la diplomatie accuse, sans les nommer, des diplomates étrangers d'avoir tenté de faire entrer des armes et des appareils de télécommunications dans des valises diplomatiques. Dans le même temps, une nouvelle bribe est jetée aux Egyptiens. Le gouvernement annonce une prime salariale de 15 %.

    Samar Al-Gamal

    Semaine du 2 au 8 février 2011, numéro 856

    Evénement

    Manifestations . Vendredi 28 janvier, des milliers de manifestants ont envahi le centre-ville, venus de tous les coins du Caire pour exprimer leur contestation du régime. Une vraie bataille rangée entre policiers et citoyens qui ont accueilli avec soulagement l`armée. Mais ils restent décidés à réaliser leurs objectifs.

    La colère gronde place Tahrir

    L`appel de la prière de midi du vendredi était le signe du rassemblement de tous les manifestants qui ne se reconnaissent pas d`avance, d`ailleurs, dans les mosquées d`Egypte. Dans une mosquée située dans la ruelle intitulée « le prince Qadadar dans le quartier Bab Al-Louq, la situation était calme à tel point que les policiers qui se trouvaient sur place sont allés pour prier eux aussi en laissant leurs prononcé dans les micros « Al-Salmou alikom wa rahmet Allah », signe de la fin de la prière, des centaines de citoyens ont surgi, donnant l`impression d`être venus de nulle part, paraissent dans quatre les coins de la rue en criant « Ah » (signe de douleur). Il a suffi de deux cris de ce genre, et avant le troisième ils se sont tous arrêtés. Ce qui n`a pas empêché la foule des manifestants d`affluer et de lancer à plusieurs reprises le principal slogan de cette vague de protestation, voire de révolution « Al-Chaab youride isqat al-nezam (le peuple veut le renversement du régime) », criait même Doha, une jeune fille de 12 ans accompagnée par sa famille et qui serrait dans de ses bras le drapeau égyptien tandis que l`autre main, elle portait une bouteille de Coca. Des dizaines, voire des centaines de milliers de manifestants arrivaient chaque minute en passant par de nouvelles rues. Tous avaient le même but, arriver à la place Tahrir, lieu de rassemblement de tous les manifestants. Mais c`était impossible de dépasser les barrières humaines formées par la police antiémeutes dont le chef essayait d`encourager ces gendarmes en criant : « Allez les hommes pour réaliser la victoire », comme si c`était une guerre entre Egyptiens et Israéliens.

    Le temps passe et le nombre de manifestants augmente. Ils sont tous encerclés et bloqués par la police qui faisait tout son possible pour les empêcher d`arriver à la place Tahrir mais sans pouvoir les décourager. Soudain, et vers 14h, un bon nombre de bombes lacrymogènes commencent à tomber sur les têtes des gens. Brûlures aux yeux, des larmes involontaires et difficultés de respiration. Certains lancent des cris. « Tenez du coca et versez-le sur les yeux », lance Amina, qui paraît une femme aisée selon sa tenue et explique à haut voix qu`il ne faut jamais mettre de l`eau sur les yeux. « Ce sont des précautions, c`est nos frères de Tunisie qui nous les ont envoyées, sur facebook, comme mesures de protection contre ces bombes ». Elle fait sortir aussi de son sac de l`oignon et du citron en les distribuant aux gens qui ont des problèmes de respiration pour les sentir. Des moyens simples mais qui ont aidé beaucoup les gens à continuer

    leurs manifs. Un chaos pour quelques minutes, tout le monde s`occupe de soigner les manifestants atteints. Ils sont vraiment la main dans la main, les femmes du haut des balcons jettent des bouteilles d`eau et des boissons, la seule pharmacie ouverte distribue des masques, Am Moustapha, propriétaire d`un kiosque, encourage les jeunes et distribue des boissons gratuites en criant : « Allez les jeunes, les Egyptiens sont capables de réaliser le changement comme nous l`avons déjà réalisé pendant la Révolution de 1952 », des paroles qui ont enflammé ces révolutionnaires. Des milliers ont couru courageusement vers les barrières humaines policières, un assaut quasiment révolutionnaire qui oblige les policiers à reculer. Les manifestants avancent mais le scénario se répète, des bombes de plus en plus bruyantes et étouffantes qui ont cette fois blessé un policier et cinq gendarmes responsables de sécuriser une église.

    L`Etat chahuté

    Mais à cause de la haine et de l`antagonisme qui existent entre citoyens et policiers, personne n`a eu pitié d`eux et en plus, les manifestants ont essayé de les frapper. Mais certains, plus raisonnables, ont essayé de les faire échapper des mains des jeunes qui étaient au comble de la colère. Le seul endroit sûr pour cacher et sauver ces policiers était le siege de l`agence de presse nationale MENA. Mais même les journalistes et les fonctionnaires de cette agence officielle n`ont pas pu fuir des insultes, les manifestants les considérant comme des partisans du régime. Des querelles, des insultes et des moqueries envers cette fondation afin de faire sortir les policiers, mais ces derniers étaient en un état très grave. Car ils étaient de faction dès le début de la journée et ils ont aspiré une grande quantité de gaz lacrymogènes. « Je ne sais pas pourquoi toute cette violence ; les manifestants ne portent pas d`armes, pourquoi on tire contre eux ? », se demande Naguib, un gendarme qui vient de la Haute-Egypte en pleurant. Il se demande « Pourquoi les gens voulaient nous attaquer ? Je suis debout depuis 5h du matin pour protéger l`église, qu`est-ce que j`ai commis comme faute contre ces gens ? Mon travail est de les protéger, est-ce que c`est normal ? Les gens savent que je reçois des ordres que je dois exécuter ». Enfin, il crie à haute voix, enlève sa veste et jette son arme par terre et crie : je suis libéré et je vais participer avec ces manifestants, et il sort en criant : Tahia Masr, Tahia Masr (vive l`Egypte).

    L`armée arrive

    C`est ce cri qu`ont lancé les manifestants avec
    d`autres slogans lorsqu`ils ont pu finalement
    investir la place Tahrir. Et là, ce fut un brai forum
    politique marqué de chants. Des intellectuels et des
    membres des mouvements de la société civile
    étaient là. On relevait aussi une présence très
    marquée, dont de très jeunes filles. Voilées et non
    voilées se côtoyaient. Les jeunes liaient
    connaissance. Etudiants, jeunes fonctionnaires au
    revenu limité et des universitaires occupant des
    emplois subalternes, un licencié ès lettres françaises est vendeur dans un magasin. Les

    cris vont avec l`idée qu`il faut résister jusqu`au bout. La police s`est retirée, laissant la place à un plus grand nombre de manifestations. C`était une sorte d`intermède absurde. Dans les ruelles, on voyait les policiers à la recherche de sandwiches et de thé. Un répit qui n`a pas trop duré et la brigade anti-émeutes a lancé sa campagne ; bombes lacrymogènes, balles caoutchoutées, sons assourdissants. Les cris s`élèvent ici et là. C`est un vrai champ de bataille. Les manifestants résistent et semblent déterminés à rester sur place.

    A mesure que le temps passe, la violence augmente. Des gens affirment qu`il y a eu des tirs à balles réelles. Et puis on a vu la police reculer. Une annonce diffusée par la radio fait état d`une prise en charge de la situation par l`armée. Une premiere en quelque sorte. Les forces de sécurité tentent de se venger, ressentant de la ranc~ur pour cette prise en charge de l`armée. Une sorte d`affrontement a eu lieu entre les deux et l`armée est venue avec ses chars, acclamée par la foule, distribution des cartons de nourriture et des bouteilles d`eau. Et les échanges se poursuivirent jusqu`à la dernière minute et en présence de l`armée, la police a continué à tirer. L`armée a manifesté du sang-froid. Entre-temps, dans la mosquée rue Qadadar, les blessés qui y ont été évacués étaient soignés. Au micro, le cheikh lançait un appel pour que les médecins arrivent. Les choses se calment et les manifestants reprennent souffle, ils maintiennent leur position. Ils veulent un changement de régime et ils resteront jusqu`au bout sur la place.

    Chérine Abdel-Azim Ahmed Loutfi

    Semaine du 2 au 8 février 2011, numéro 856

    Evénement

    Manifestations . Les manifestations contre le régime ont été marquées par des scènes de pillage

    Le désordre

    Tout au long des manifestations, un état d`angoisse régnait sur tous les gouvernorats d`Egypte depuis le « Vendredi de la colère ». Ce vendredi qui a secoué non seulement les piliers du régime mais aussi la sécurité des Egyptiens. La crainte des pillages et des crimes était lisible sur tous les visages.

    C`est vendredi, à minuit, suite à une journée sanglante qui a vu s`affronter police et manifestants, que les habitants du quartier de Helmiya, au sud du Caire, ont entendu des coups de feux, des cris et ils voyaient, sans vraiment comprendre, des jeunes courir dans tous les sens.

    « Qu`est-ce qui se passe ? Le couvre-feu est-il en place ? », se demandent les habitants qui ne peuvent trouver le sommeil. Une demi-heure après, les tirs s`intensifient et le bruit monte. Mais ce n`est qu`avec la premiere lueur de l`aube que les choses commencent à s`éclaircir. Sur terrain, la scene est chaotique : 9 voitures incendiées, une odeur de fumée omniprésente et des foules d`habitants qui se précipitent pour découvrir les faits. Les gens parlent de ce qui s`est passé le soir. « J`étais ici lorsque le commissaire et ses policiers sont sortis, menaçant une centaine de manifestants rassemblés devant la station de police. Face à leur refus de se disperser, la police a ouvert aveuglement le feux sur eux, faisant quatre morts », raconte Tareq, un jeune ouvrier. Son ami intervient en affirmant que, sous l`étonnement de la foule, en quelques minutes, les gens ont répondu à la violence par la violence en jetant des pierres et des cocktails Molotov sur la station. « Ces policiers ont fuit face à la colère des gens et le feu s`est étendu à la rue à côté, brülant une dizaine de voitures », racontet-il.

    Au bout de la rue, les pompiers sont présents devant la station de police d`Al-Darb Al-Ahmar, qui est partie en fumée. Des dizaines de jeunes hommes et femmes se tapent les mains pour déplorer ce qui s`est passé. « Ce n`est pas possible, qu`est-ce qui se passe ? C`est dans l`intérêt de qui ? », se demande une femme sur un ton de stupéfaction mêlé de colère. Les pompiers ont déjà terminé leur mission, et des gamins envahissent le bâtiment saboté pour finir de le piller. Des chaises, des ventilateurs, des tiroirs mais aussi des dossiers, des registres et des vestes de policiers sont dérobés. « Arrêtez, c`est notre Egypte, au nom de Dieu, il ne faut pas la voler ou lui nuire ! », crie un

    134

    homme d`environ 40 ans. Mais en vain : ils prennent tout
    ce qui leur tombe sous la main. Furieux, un homme
    agrippe par le bras un de ces gamins qui se servent sur les décombres. Ce dernier lui

    Semaine du 3 au 9 août 2011, numéro 882

    Enquête

    Blessés de la révolution . Plus de 6 mois après les violents affrontements qui ont fait chuter Moubarak, ils souffrent encore de l`indifférence des autorités égyptiennes pour se faire soigner. Et se contentent des belles promesses sans lendemain. Enquête.

    L`autre révolte pour la dignité

    Moustapha Ahmad Hassan est le dernier martyr de la révolution du 25 janvier. Il a passé plus de six mois dans le coma à l`hôpital Qasr Al-Aïni du Caire après avoir reçu une balle en pleine tête, lors du « vendredi de la colère », le 28 janvier dernier. Complètement paralysé, il était dans le coma depuis un mois. Pendant six mois, sa famille a frappé à la porte de tous les responsables, les suppliant d`envoyer leur fils à l`étranger. C`était, d`après les

    médecins, la seule chance qui lui restait pour survivre à ses blessures. Mais face à une indifférence devenue générale, Moustapha vient de mourir. En silence. « Je viens d`enterrer Moustapha à Alexandrie. Mais je ne resterai pas les bras croisés et n`attendrai pas que nous subissions le même sort », confie Rabie, son ami proche et l`un des autres blessés de la révolution.

    Quelques heures après les funérailles, Rabie a organisé un sit-in devant le siège du Conseil des ministres. Déçu par leur silence, il s`est adressé à la place Tahrir et ne compte pas en partir avant d`obtenir les droits des blessés. « Ces héros comme Moustapha ne méritent pas d`être traités ainsi. Moustapha n`a pas obtenu son droit le plus élémentaire, celui d`être soigné. Nous sommes là et continuerons à revendiquer les droits de tous les blessés avant de mourir comme lui », martèle-t-il.

    Il y a quelques semaines, le 27 juin, il y a Mahmoud Khaled Qotb, protestataire de 24 ans, qui est décédé des suites de ses blessures causées le 28 janvier. Il est resté dans le coma 5 mois après avoir reçu une balle dans l`il tirée par la police, puis avoir été écrasé par une voiture du corps diplomatique près de la place Tahrir lors des manifestations du « vendredi de la colère ». Pendant cinq mois, la famille de Qotb avait adressé au Conseil des ministres des demandes pour le faire transférer de l`hôpital Qasr Al-Aïni à un autre hôpital privé et mieux équipé. En vain. « Nous avons mené une noble révolution dont tout le monde parle. Nous avons sacrifié nos fils pour le mieux de notre patrie. Pourtant, personne ne semble s`en rendre compte. A ce jour, nous n`avons pas eu droit aux soins médicaux gratuits », confie Gaballah, lui aussi blessé. Il est resté 18 jours sur la place Tahrir, a reçu une balle dans l`il. Et depuis, il est dans un état critique. A l`hôpital où il a été traité, les médecins l`ont obligé à céder sa place à d`autres blessés. Aujourd`hui, Gaballah commence à désespérer. D`un bureau à l`autre,

    il ne croit plus en ces belles promesses non tenues du gouvernement. « C`est soi-disant le gouvernement de la révolution », ironise-t-il. Avant de poursuivre : « Ils ont déclaré cette semaine que l`hôpital de Agouza sera consacré au traitement des blessés de la révolution. Je m`y suis rendu ce matin. Personne n`est au courant de cette décision. Ils prétendent que la nomination d`un nouveau ministre de la Santé est la raison de ce retard ». Pour ajouter au sarcasme, Gaballah a décidé d`écrire une lettre à l`ex-président Moubarak et de la publier sur Facebook. « Monsieur le président déchu ... J`ai besoin de votre aide ... Je commence à douter de la chute de l`ancien régime. Si vous êtes toujours président de l`Egypte, je vous supplie de donner des ordres pour que les blessés de la révolution du 25 janvier puissent être traités aux frais de l`Etat. Les médecins sont au courant de notre situation, mais n`ont pas remué le petit doigt pour nous aider. Les hôpitaux ne veulent pas nous accueillir et nous demandent de présenter des documents qui prouvent que nous avons été blessés lors de la révolution ... ». Il a intitulé cette lettre : « Appel à une aide urgente pour sauver la vie des blessés de la révolution ».

    Procédures compliquées

    Car, en effet, les blessés de la révolution partagent tous ce sentiment de frustration. La lenteur des jugements et les procédures compliquées ont en fait accentué chez ces héros le sentiment d`être marginalisés. Pour sa part, le premier ministre, Essam Charaf, a désigné une personne de son cabinet pour présider le fonds des blessés, créé il y a plus d`un mois. Sa mission sera de faire un « recensement complet » des personnes tuées ou blessées durant la révolution, et de leur consacrer les indemnités ou le traitement nécessaires.

    En effet, la décision de créer un tel fonds est venue suite à une vague de protestations de la part des familles des martyrs et des blessés qui se sont plaintes de la négligence des responsables à leur égard. Deux semaines plus tard, le Conseil suprême des forces armées a consacré une somme de 100 millions de L.E. à ce fonds. « Personne n`a expliqué aux blessés quels sont les règles de versement des indemnités ou les dossiers et documents nécessaires, ni même le lieu où ils peuvent retirer les formulaires à remplir », explique Khaled Aly, activiste au Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux. Ce n`est pas tout, puisqu`en réalité, prouver que ces blessures proviennent de la révolution et de la cruauté de la police est une mission quasi impossible. « On m`a demandé un tas de papiers pour pouvoir être traité et toucher les indemnités. Mais comment prouver que je suis un blessé de la révolution ? Aucun hôpital n`a accepté de nous donner un certificat médical. Peut-être fallait-il que je demande aux manifestants de me prendre en photo quand la police tirait contre nous ! », s`exclame-t-il amèrement. Aujourd`hui, ce citoyen commence à se dire qu`il a tout sacrifié pour rien. « Nous avons voulu chasser le dictateur. Nous étions des révolutionnaires pacifiques qui ne réclamaient qu`une vie humaine et digne. Nous avons scandé le slogan : Pain, liberté et dignité pour tout Egyptien. Méritons-nous d`être punis après tous ces sacrifices ? », s`indigne-t-il.

    Mahmoud Al-Sayed a, lui, reçu des balles en caoutchouc aux bras et aux jambes. Il

    devait subir plusieurs interventions chirurgicales. Mais rien n`a été fait. « C`est une honte et un vrai scandale que les blessés de la révolution soient traités de la sorte. Au même moment, l`ex-président est en train de recevoir les meilleurs soins dans une chambre climatisée de l`hôpital de Charm Al-Gheikh et toute une équipe est à sa disposition », avance-t-il en colère. Ges laissés-pour-compte ne peuvent s`empêcher de faire cette comparaison qui est pour eux synonyme d`une injustice flagrante. D`après le Dr Mohamad Charaf, professeur à l`Université américaine et président d`une ONG qui s`occupe de la revendication des droits des blessés, « un hôpital comme l`Institut Nasser demandait à chaque blessé une caution de 10 000 à 20 000 L.E. alors que la majorité des blessés sont des gens modestes ». D`après un recensement officiel effectué en avril dernier, le nombre des blessés est estimé à plus de 16 000, sans compter les officiers et agents de police. Mais les associations des droits de l`homme considèrent ce nombre bien plus élevé.

    Remplir un formulaire

    Face au siège du fonds récemment créé pour venir en aide aux blessés, Mohamad Abdel-Aal attend son tour. Il vient d`apprendre qu`il n`était obligé ni de se déplacer, ni de faire le trajet de sa ville de Damanhour jusqu`au Caire. Il suffit de remplir un formulaire publié sur le site Internet du fonds pour s`enregistrer et présenter ses doléances. Une nouvelle qui ne semble pas consoler ce simple villageois qui ne connaît rien au monde d`Internet. Abdel-Aal a souffert d`une hémorragie à l`il gauche et d`un décollement de la rétine. « Le cas de Abdel-Aal est très délicat et ne peut pas être traité en Egypte, faute d`équipement. Il risque d`être aveugle d`un ~il et doit partir le plus vite possible en Allemagne pour se faire opérer », explique l`ophtalmologue Samir AlBahaa qui suit son cas. Pourtant, ce fonds est la seule lueur d`espoir qui lui reste.

    Medhat est un autre blessé, mais plus chanceux. Get originaire de la ville de Suez a reçu l`offre d`une Egyptienne qui réside en Arabie saoudite : elle propose de prendre en charge les frais de son traitement à l`hôpital Saint-Louis, à Paris (France). Il doit en effet subir une transplantation de la cornée. Gette femme a appris le cas de Medhat sur la page Facebook « Mossabi sawret yanayer » (le forum des blessés de la révolution de janvier), qui publie les nouvelles des blessés et leurs numéros de portable pour ceux qui voudraient entrer en contact avec eux.

    Il y a aussi des associations étrangères qui se penchent sur le dossier des blessés de la révolution, comme la très active ADFE (Association Démocratique des Français à l`Etranger), en collaboration avec l`Association égyptienne Masreyoun madelioun, qui ont assuré à ce jour plus de 70 cas médicaux. « Une goutte d`eau par rapport aux besoins », disent-elles. D`après un bilan de l`ADFE en date du 24 juin, 15 jeunes patients blessés aux yeux étaient en mesure de partir bientôt en Suède, pris en charge par le gouvernement suédois. L`Association des médecins égyptiens d`Allemagne envisage aussi de financer un centre de physiothérapie pour les paralysés de la révolution. L`ADFE attendait de même les missions échelonnées de 40 chirurgiens volontaires allemands de toutes spécialités. Sans compter que le ministre français des Affaires étrangères a accepté, lors de sa visite sur la place Tahrir le 6 mars dernier,

    d`embarquer dans son avion plusieurs blessés graves vers Paris.

    Mais il n`en reste pas moins que « le traitement des blessés est la responsabilité du gouvernement égyptien et non des donateurs étrangers ou des ONG. On est obligé de mendier pour être traité ! », lâche Magdi, gravement brûlé au visage et aux bras par un cocktail molotov. Ce chauffeur venu de Suez a appris par la radio que des experts russes et allemands se rendront en Egypte pour consulter et traiter gratuitement les blessés de la révolution. Il s`est alors précipité à l`hôpital Qasr Al-Aïni pour rencontrer ces experts. Là, 24 autres blessés attendaient leur tour. « A 22h30, un jeune médecin égyptien nous a demandé de dormir de bonne heure pour l`opération du lendemain par les médecins de la délégation russe. Mais nous avons attendu jusqu`à 16h et en fin de journée, les responsables de l`hôpital nous ont dit que les Russes étaient partis et que c`était une simple visite d`échange d`expérience », se rappelle Magdi.

    Mais tout récemment, le premier ministre, Essam Charaf, a tenu la première réunion avec le conseil représentant les blessés de la révolution, qui visait à recenser leurs problèmes et tenter de les régler. Peut-être enfin une première étape pour les blessés, avant qu`ils n`accèdent enfin à leurs droits .

    Manar Attiya

    Semaine du 2 au 8 mars 2011, numéro 860

    Société

    Recherches . Depuis le 25 janvier, institutions et individus prennent en charge la responsabilité de rassembler la documentation disponible sur la révolution. Les sources sont variées et nombreuses, mais certains points resteront dans l`ombre pour de nombreuses années.

    Une révolution, différents récits

    Les facettes de la révolution du 25

    janvier sont innombrables. A commencer

    par les slogans scandés sur la place Tahrir,

    en passant par les réactions arabes et

    internationales, jusqu`au rôle joué par les

    médias ou les syndicats, la vie quotidienne

    pendant les troubles, l`impact sur

    l`économie, la réaction de l`Eglise ou d`Al-

    Azhar, le rôle des différents ministères,

    particulièrement celui de l`Intérieur, et de

    l`armée, ou l`absence de participation des

    partis politiques. Les sujets sur lesquels se penche actuellement le Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d`Al-Ahram sont pour le moins variés. Une équipe tente actuellement de collecter tout article, document ou information concernant la révolution de 25 janvier. Une trentaine de chercheurs travaillent sur le sujet, se répartissant des thèmes différents afin de constituer une documentation de cet événement historique. « 18 jours : c`est la durée du soulèvement populaire et des manifestations, jusqu`à l`annonce de la chute du régime le 11 février. Une période assez courte, mais qui comprend un enchaînement d`événements et de détails qui méritent d`être signalés. Ces événements ont bouleversé l`histoire du pays et marqueront son avenir. Il fallait commencer rapidement à enregistrer tous les détails et les faits », explique Hani Al-Aassar. Chercheur au centre d`Al-Ahram, il est responsable du dossier des partis politiques : leur rôle et leurs réactions avant, pendant et après la révolution. Le résultat de ces recherches sera publié dans quelques jours à travers un livre, déjà considéré comme l`une des premieres publications sur la révolution égyptienne. L`équipe du centre a décidé de se lancer au plus tôt dans cette initiative afin que les mémoires restent fraîches.

    D`autres institutions ont aussi décidé de se lancer dans des initiatives similaires. Le projet « La mémoire de l`Egypte moderne », de la Bibliothèque d`Alexandrie, a aussi commencé à regrouper de la documentation sur la révolution. Mahmoud Ezzat, responsable de l`unité des recherches à la bibliothèque, a lancé un appel aux citoyens leur demandant de lui remettre tout document pouvant aider à la compréhension des faits qui se sont déroulés depuis le 25. « On travaille sur tous les gouvernorats et on enregistre tous les noms des martyrs dans les provinces en se basant sur les témoignages des amis des victimes, du voisinage et des journaux », explique Ezzat.

    S`il est vrai que les grandes lignes ont déjà été déchiffrées, les détails locaux ou de seconde importance sont loin d`avoir tous été dévoilés. L`ensemble de ces données est pourtant capital pour une compréhension globale des événements.

    Une révolution à l`ère numérique

    Dès le mardi 25 janvier, jour de la fête de la police, quelques manifestants présents dans la rue prennent l`initiative de filmer avec leurs caméras ou téléphones chaque détail de l`événement. De nombreux artistes, acteurs ou metteurs en scene présents sur la place Tahrir ont aussi souhaité immortaliser l`événement. Certains réalisateurs filmaient d`ailleurs les scenes avec l`intention de pouvoir en faire, un jour, un documentaire. De plus, le 25 est l`une des rares révolutions qui a autant profité de la technologie et des chaînes satellites qui diffusaient les images au monde entier à la minute même.

    Depuis le déclenchement des manifestations -- et jusqu`au jour où la Télévision a annoncé le départ de Moubarak --, une mise à jour était effectuée sur Internet ne laissant passer aucun détail (comme les tirs en l`air à l`arme réelle ou les cartes d`identité des policiers impliqués dans les scenes de violence).

    Après le 11 février, plusieurs organismes ont décidé de collecter toutes les informations qui ont été publiées dans le but de les analyser et de commencer à constituer une documentation approfondie de la révolution.

    Les slogans, les caricatures, les vidéos, les photos, les rapports médicaux des hôpitaux, les certificats de décès des martyrs, les témoignages et même les chansons et les programmes télévisés ... bref, tout ce qui a trait à l`événement est répertorié. D`après Abir Saadi, responsable d`une commission d`investigation au syndicat des Journalistes, un centre de presse a été créé par le syndicat sur la place Tahrir dès le premier jour, pour servir de point de départ à cette documentation.

    « Nous avons collecté tous les articles de presse et les témoignages des journalistes qui ont participé aux manifestations. Nous avons signalé tous les actes et violences à leur égard -- y compris les kidnappings. Nous faisons également notre enquête à propos du décès d`un homme qui, de son balcon, voulait filmer la manifestation qui avait lieu devant le ministère de l`Intérieur », confie Saadi. Elle sait que cette mission prendra du temps et réclamera un nombre impressionnant d`enquêtes. « Il faut avoir de la patience car, avec le temps, certains secrets vont être dévoilés », ajoute-t-elle.

    Des ONG, qui travaillent dans le domaine des droits de l`homme, et des groupes d`amis ont pris la décision de rassembler la documentation nécessaire sur l`événement en restant dix jours d`affilée sur la place Tahrir. Le mercredi noir, le vendredi de la haine, le vendredi du défi ou du départ, suivi par le vendredi de la liberté ..., autant de noms donnés aux jours décisifs des manifestations sur lesquelles la documentation repose.

    Une pièce de théâtre, réalisée par le metteur en scène Magdi Al-Hawwari, raconte les

    jours marquants de cette révolution. Le poète Abdel-Rahman Al-Abnoudi écrit un poème qui sera chanté par Mohamad Mounir, considéré par les manifestants comme le « chanteur de la révolution ».

    Amr Kamal est étudiant à la faculté des lettres et bénévole dans un projet lancé par Dar Al-Kotob. « La documentation se fait avec l`aide de fonctionnaires et de bénévoles qui réunissent toute information utile pour permettre aux prochaines générations de tout savoir sur cet événement exceptionnel », estime-t-il. Celui-ci pense que son rôle ne doit pas s`arrêter au fait de participer aux manifestations mais doit aussi contribuer à recueillir chaque détail d`importance.

    Un fait mais différents points de vue

    Les sources sont peut-être les mêmes et les événements connus par tout le monde, mais chaque institution possède sa propre manière de voir les choses. « Cette variété va permettre d`avoir des points de vue différents et à chacun d`aborder certains themes de façon plus approfondie que d`autres groupes. Ainsi, nous aurons différents points de vue indépendants sur l`événement », affirme Al-Aassar.

    « Un site Internet sera aussi créé sur la première révolution déclenchée par des jeunes qui n`appartiennent à aucun parti ni idéologie », annonce le groupe du 25 Janvier. Ils attendent encore recevoir des vidéos ou des articles pouvant les éclairer davantage sur le déroulement précis des événements. « Il est logique de concevoir un tel site sur Internet puisque la révolution est partie du Facebook », affirme Ahmad Gamal, l`un des responsables du site.

    Ces jeunes, comme tant d`autres, tentent de collecter toutes les données possibles concernant la révolution. Mais l`élément qui les intéresse le plus ce sont les informations et documents rassemblés par les artistes. Gamal a en effet été choqué par la position de certains artistes qui ont retourné leur veste du jour au lendemain.

    Aujourd`hui, il reste encore beaucoup de points d`interrogation et de mystères sur certains faits délicats comme le rôle de la police ou les actes de violence. L`ex-ministre de l`Intérieur a-t-il donné l`ordre à la police de tirer sur les manifestants ? L`exprésident est-il impliqué dans cette affaire ? Qui est responsable de l`ouverture des prisons, de la fuite des prisonniers, des actes de pillage et de violence et du retrait inexplicable de la police ? Des questions qui demeurent sans réponse et que chaque citoyen tente d`élucider.

    Par ailleurs, certaines rumeurs circulent affirmant que des documents importants ont été brûlés ou détruits au siège du Parti national ou dans les tribunaux.

    Hani Al-Aassar est un jeune chercheur. Il est clair, pour lui, que des organismes comme la police, l`armée ou les services secrets ne sont jamais les premiers à divulguer les informations qu`ils possèdent. Un jour viendra pourtant où ces documents apparaîtront. Ahmad Yehia Abdel-Hamid, sociologue, considère qu`il est encore trop tôt pour construire la documentation de la révolution. Jusqu`à présent, la documentation

    de la guerre du 6 Octobre n`est pas terminée et on est encore en train de voir des gens recherchant des documents sur la Révolution de 1952. Tous les jours, de nouvelles choses sont découvertes.

    « Ce qui se passe en ce moment c`est ce qu`on appelle une documentation primaire de la révolution, une première étape. Pour que la documentation soit crédible, il faut la remettre dans le contexte des conditions politiques, économiques et sociales du moment. Il faut étudier le pouvoir des forces de pression -- telles que l`armée -- qui ont fait bouger les choses. Des facteurs qui peuvent durer des années avant de s`éclaircir véritablement. Ce n`est que petit à petit que l`Histoire sera écrite », conclut Abdel-Hamid.

    Hanaa Al-Mékkawi

    Semaine du 8 au 14 juin 2011, numéro 874

    Nulle part ailleurs

    Société . De la place Tahrir à la place Moustapha Mahmoud en passant par Maspero. Depuis la révolution du 25 janvier, les Egyptiens choisissent leurs lieux de manifestation en fonction de leurs revendications. C`est une véritable carte des lieux de protestation qui prend forme. Tel endroit ...

    Tel endroit ... Telle manifestion

    « Notre regard sur certains endroits a changé tout comme bien de choses ont changé depuis le 25 janvier », dit Nadia, une jeune révolutionnaire présente à toutes les manifestations dont les slogans conviennent à ses convictions politiques ou religieuses. Depuis le 11 février, date de la chute du régime de Moubarak, cette dernière, comme beaucoup de milliers de citoyens égyptiens, se dirige selon l`actualité vers un endroit connu

    pour manifester. Le lieu change d`une manifestation à une autre et chacun est libre de choisir l`endroit où il veut se rendre. En fait, une carte des lieux de manifestation a été élaborée durant les premiers mois de la révolution et que tout le monde respecte jusqu`à maintenant. Il suffit de prononcer le nom de l`endroit pour connaître le slogan de la manif et c`est aux contestataires de se diriger vers le lieu qui convient à leurs revendications.

    La place Tahrir est devenue le haut lieu de la résistance, l`esplanade la plus fameuse et dont la réputation a dépassé les frontières durant la révolution. C`est là où les manifestants ont passé 18 jours à exprimer à haute voix leurs revendications jusqu`à les voir se réaliser devant leurs yeux avec la chute du régime de Moubarak. Depuis, la place Tahrir continue de connaître chaque vendredi une nouvelle manifestation. Vendredi de la colère, vendredi du départ, de la fête de la victoire, de la loyauté, chaque rassemblement porte une appellation différente mais le message est le même puisqu`il sort de Tahrir. C`est l`endroit qui reflète tout ce qui est en opposition avec l`ancien régime et ses hommes. Ce fut d`abord l`appel à Moubarak de quitter le pouvoir ; par la suite, c`était la fête de la victoire, et depuis, chaque semaine c`est selon l`actualité que se précise le but de la manifestation. Mais la place continue à porter les mêmes slogans : contre le gouvernement, le Conseil militaire ou la police, bref, contre tout ce qui représente le pouvoir. « Les manifestations à la place Tahrir font partie intégrante de ma vie », commente Fares, étudiant de 21 ans. Et d`ajouter : « Avant d`y prendre part, je dois connaître le but de la manifestation et ses organisateurs. Par exemple, la seule fois où j`étais absent, c`est quand j`ai senti que les Frères musulmans allaient voler la vedette aux révolutionnaires et j`avais raison car ils avaient détourné le slogan en faveur de la cause palestinienne ». Fares, tout comme beaucoup d`autres, est devenu un habitué de la place Tahrir. Il refuse de quitter le lieu tant que le but n`est pas atteint.

    Au fil des vendredis, si la scene paraît la même, quelques détails different d`une manifestation à l`autre, de par les slogans, les tables rondes et parfois les débats. Les premiers jours, on voyait des volontaires arrivés avec des couvertures, des médicaments et de la nourriture aux contestataires. Connaissant la date de chaque manifestation, des marchands ambulants viennent écouler leurs marchandises. Ils arrivent avant la foule pour s`installer dans des coins stratégiques et vendre du pois chiche, des galettes de pain, des boissons et même des drapeaux et autres pacotilles portant les photos des martyrs. Les voleurs aussi se sont infiltrés parmi la foule. Là, on diffuse les chansons patriotiques les plus anciennes, celles de Abdel-Halim et de Mohamad Abdou, et on voit des artistes qui viennent exposer leurs arts. C`est réellement tout un Etat, comme on l`a surnommé « l`Etat de la place Tahrir ».

    « Nous sommes sortis de nos maisons pour mourir ici », « Nos poitrines sont prêtes à recevoir les balles jusqu`à ce que justice soit faite », et d`autres slogans révolutionnaires parfois forts et parfois pleins de dérision comme celui de « Pardon monsieur le président, on a tardé à te dire dégage ».

    Devant la mosquée Moustapha Mahmoud

    située au quartier de Mohandessine à Guiza,

    les manifestants ne portent pas les mêmes

    slogans. Cet édifice, qui porte le nom d`un

    grand savant qui l`a construit en 1979, a été

    l`un des endroits stratégiques de

    rassemblement le 25 janvier. Après le 11

    février, cette mosquée a été le point de

    rencontre de ceux qui ont voulu rendre

    hommage à l`ex-président et tous ceux qui s`opposent aux revendications de la place Tahrir. Ces manifestants arrivent par petits nombres, réclamant la dignité pour Moubarak, n`acceptent pas son départ et rejettent toutes les accusations dont il est victime et font tout pour qu`il ne soit pas jugé. Ces manifs n`entraînent pas des foules. « Ce sont les hommes du Parti national (celui de l`exprésident) et quelques individus payés par les hommes d`affaires à qui profitait l`ancien régime », commente Ali qui vit à Mohandessine et fait ses prières à la mosquée de Moustapha Mahmoud, mais qui préfère aller à la place Tahrir pour manifester.

    « Tu es avec ceux de Tahrir ou de Moustapha Mahmoud ? », une question qui revient souvent sur la bouche des gens et qui résume la tendance de chacun selon l`endroit où il va manifester.

    Devant cette même mosquée, les Libyens résidant en Egypte et soutenant le régime de Kadhafi se rassemblent aussi. « Il paraît que ce lieu est devenu l`endroit de rencontre de ceux qui soutiennent des dictateurs et sont contre les révolutions menées par les peuples », confie Chadi, un manifestant de la place Tahrir.

    Au lieu de répéter des slogans révolutionnaires pour qu`on accélère les procès de ceux qui sont impliqués dans des affaires de corruption ou demander à modifier des lois, il

    suffit de dire « Al-Tahrir ».

    Et lorsqu`on veut parler de compassion à l`égard de l`ancien régime, il suffit de prononcer « Moustapha Mahmoud ». Deux endroits qui représentent deux mondes tout à fait contradictoires. Une situation qui n`a pas empêché certains de changer de veste.

    C`est le cas de Chérine, poussée par son amour pour Moubarak et qui était présente à toutes les manifestations qui ont eu lieu devant la mosquée Moustapha Mahmoud. « A mes yeux, il était comme un père et je n`ai jamais cru qu`il pouvait être responsable de tous ces problèmes que connaît l`Egypte », dit Chérine en se rappelant le jour de son départ. D`ailleurs, elle a même versé des larmes pour ce père déchu de ses fonctions de président. Mais cette même personne a changé d`avis en lisant la suite des enquêtes qui ont dévoilé l`importance de la corruption durant son régime, et même si elle ne parvient pas à le détester, elle a décidé dernièrement de participer aux manifestations de la place Tahrir pour réclamer un vrai changement.

    Un autre endroit star, c`est Maspero, et c`est là où les coptes ont choisi de se rendre pour se faire entendre et protester. En fait, quelques semaines après la chute du régime, plusieurs incidents ont eu lieu entre musulmans et coptes. Ces derniers, qui ont senti une certaine lenteur face aux procédures d`enquête, ont décidé de protester.

    Beaucoup participent aussi aux manifestations qui ont lieu à la place Tahrir étant donné que l`objectif est le même, seulement Tahrir c`est pour les revendications politiques et Maspero pour tout ce qui concerne la religion. « Je participe aux manifs devant Maspero pour réclamer plus de justice pour les coptes, mais le vendredi, je me dirige vers Tahrir car c`est là où on revendique nos droits politiques en tant que citoyens », explique Chahir.

    « Al-Gueich wel chaab eid wahda » (l`armée et le peuple, une seule main) est le slogan porté par les manifestants rassemblés devant Al-Manassa, dans le quartier de Madinet Nasr. Tous les messages adressés au Conseil militaire sont véhiculés à partir de cet endroit où se retrouvent des citoyens que l`on rencontre aussi à la place Tahrir, Maspero et parfois à Moustapha Mahmoud selon le message à transmettre. Que les militaires accèdent au pouvoir ou pas, que l`on demande à reporter la date des élections parlementaires ou à faire pression sur les médias pour ne pas divulguer certaines informations, tous les regards suivent attentivement ce qui se passe dans ces quatre points stratégiques du Caire. Il ne faut pas oublier un autre endroit, loin du Caire et précisément à Charm Al-Cheikh. C`est là où l`ex-président est hospitalisé. Rares sont les jours où le terrain qui cerne l`établissement hospitalier connaît le calme. Des commerçants, des fonctionnaires ou des citoyens y arrivent des quatre coins de l`Egypte pour manifester, et dernièrement même, les bédouins se sont lancés dans ce genre de protestation même s`ils sont en petit nombre. « Dégage » est le slogan porté haut et fort par les habitants de Charm Al-Cheikh qui ne veulent plus que Moubarak séjourne dans cet hôpital. Ils demandent à ce qu`il aille en prison tout comme n`importe quel citoyen condamné pour des fautes graves. En fait, si tous ces endroits sont des points vers lesquels se dirigent les manifestants depuis le 25 janvier, il y en a d`autres dans tous les gouvernorats et qui sont

    devenus des points de rassemblement : la mosquée d`Al-Qaïd Ibrahim à Alexandrie, Midane Al-Arbéine à Suez, les bâtiments du gouvernorat à Mansoura et Gharbiya, la rue Talatini à Ismaïliya et la place Port-Saïd à Kafr Al-Cheikh.

    En fait, personne ne sait quelle est la raison du choix de ces endroits. Pour la place Tahrir, il est normal de voir des gens s`y rendre, cela ne semble pas nouveau. Cette place, fondée par le khédive Ismaïl sous le nom de Ismaïliya, a connu au fil des années les plus importants soulèvements populaires. L`événement le plus fameux, c`est la révolution de 1919, c`est à partir de ce moment-là que la place a porté son nom actuel et qui veut dire « libération ». Alors, ce n`est pas bizarre de voir des millions d`Egyptiens y venir pour déclencher leur révolution en 2011. Et probablement le choix d`Al-Manassa est dû à la relation qu`a l`armée avec cet endroit où se trouve le tombeau du soldat inconnu et où a eu lieu l`assassinat de Sadate. Quant à Maspero, c`est un choix intelligent comme affirme Chahir, car c`est un point très sensible de la capitale devant le bâtiment de la Radiotélévision et sur la corniche. Les manifestants là-bas savent qu`ils vont attirer l`attention des médias. Et ce n`est pas tout, chaque jour, selon l`actualité on voit de nouveaux endroits s`ajouter aux précédents. La mosquée d`Al-Hussein au quartier d`AlAzhar a connu pour la première fois une manifestation la semaine dernière organisée par les Frères musulmans qui voulaient exprimer leur refus quant à la manifestation organisée à Tahrir le même jour. Et chaque vendredi les gens se sont habitués à suivre le flot de manifestants, ce qu`ils vont dire de nouveau et à quel endroit.

    Hanaa Al-Mekkawi

    Semaine du 16 au 22 février 2011, numéro 858

    Monde Arabe

    Soulèvements . Les répliques de la révolte en Egypte sont attendues partout dans le monde arabe. Au Yémen comme en Algérie, les turbulences se font déjà sentir. Même Bahreïn, petit pays du Golfe, sent le chaud venir.

    Quelle direction prendra le vent ?

    Avec les révoltes tunisienne et égyptienne, le président yéménite, confronté à une contestation croissante, a annoncé le 2 février le gel des amendements
    constitutionnels qui lui auraient permis de se présenter à nouveau à l`expiration de son mandat en 2013. Il a aussi annoncé le report des élections législatives prévues pour le 27 avril et dont la tenue, en l`absence de réforme politique, était contestée par

    l`opposition. Mais celle-ci a quand même réuni des dizaines de milliers de personnes pour réclamer un changement de régime.

    Il s`agissait du plus grand rassemblement jamais connu contre le régime du président Saleh, dont le pays est l`un des Etats arabes les plus pauvres. Plusieurs milliers de manifestants, dont des députés de l`opposition et des militants des droits de l`Homme, avaient déjà manifesté vendredi 11 février le soir à Sanaa pour célébrer le départ du président Moubarak et réclamer la chute du régime du président Saleh. Mais quelques milliers de partisans du Congrès populaire général (CGP) avaient fini par les déloger de la place, sans violence.

    Le 12 février, des milliers d`autres ont manifesté pour le départ du président Ali Abdallah Saleh. La manifestation a été dispersée par des partisans du parti au pouvoir, le CGP, armés de bâtons et de gourdins mais aussi d`armes blanches.

    « Après Moubarak, c`est le tour de Ali », ont scandé quelque 4 000 protestataires, pour la majorité des étudiants, en réclamant le départ du président au pouvoir depuis 32 ans. Aux cris de « Dégage Ali ! », ou encore « La révolution yéménite après celle de l`Egypte », les manifestants ont défilé de l`Université de Sanaa vers le centre de la capitale. Ils sont parvenus jusqu`à la place Tahrir (la libération), où les partisans du parti au pouvoir ont réussi à les disperser. Une nouvelle manifestation le 14 février, tout comme celles qui se sont tenues au cours des jours précédents, a été organisée à l`initiative d`étudiants et de composantes de la société civile. L`opposition parlementaire n`y était pas associée. « Le peuple veut la chute du régime », répétaient les manifestants, reprenant le principal slogan du soulèvement en Egypte. Raison pour laquelle le président yéménite, Ali Abdallah Saleh, a reporté une visite aux Etats-Unis prévue fin février.

    Après une série de consultations, l`opposition parlementaire yéménite a annoncé qu`elle acceptait de reprendre le dialogue avec le pouvoir, suspendu fin 2010, après les promesses de réformes annoncées par le chef de l`Etat. De sa part, le Forum commun, une alliance de l`opposition parlementaire, s`est déclaré prêt à signer cette semaine un accord-cadre sur la reprise du dialogue national à tel point qu`il s`était arrêté le 31 octobre dans le cadre du comité du dialogue et à accepter les réformes annoncées récemment par le président Ali Abdallah Saleh. En gage de bonne foi, le Forum demande au président de limoger tous les membres de sa famille et ses proches parents des postes de responsabilité qu`ils occupent dans l`armée, la police, le gouvernement ou dans les conseils régionaux.

    Formidable dispositif de sécurité

    De leur côté, les Algériens semblent renouer avec leur tradition révolutionnaire. Une marche pour un changement du système politique, organisée par l`opposition, s`est cependant heurtée samedi à un formidable dispositif de sécurité. Hasard de l`Histoire, cette manifestation annoncée le 21 janvier lors de la création d`un large mouvement d`opposition, la Coordination Nationale pour le Changement et la Démocratie (CNCD), s`est tenue au lendemain de la chute du président égyptien Hosni Moubarak. les manifestants ont bravé les forces de l`ordre pour défier le pouvoir dans le centre d`Alger et ils ne cachaient par leur fierté. « Nous avons brisé le mur de la peur », a assuré Fodil Boumala, l`un des fondateurs de la CNCD. « Ce n`est qu`un début ». Et si le mouvement d`Alger, le plus important du pays, n`a rassemblé que quelques centaines de manifestants, il n`en a pas moins été historique, a relevé la presse. « C`est parti pour le changement », titrait le quotidien libéral Liberté.

    En Algérie, les contestataires insistent plus sur le changement du système que sur le départ du président Bouteflika, au pouvoir depuis 12 ans. Les lycéens réfutent un programme scolaire trop chargé, les universitaires un enseignement inadapté à l`évolution technologique, des milliers de familles crient leur mal-logement, les jeunes réclament du travail car, diplômés ou non, plus de 20 % d`entre eux sont chômeurs, tandis que les employés veulent des augmentations pour faire face à la flambée des prix.

    L`Algérie est gouvernée depuis l`indépendance en 1962 par un régime largement soutenu par les militaires malgré de timides ouvertures à une démocratisation. Et les Algériens restent par-dessus tout traumatisés par plus de dix ans de violences islamiques qui ont fait plus de 150 000 morts.

    Toutefois les monarchies du Golfe semblent plus rassurées par le vent de changement en cours, étant donné la spécificité de leurs sociétés, beaucoup plus conservatrices que l`Egypte et la Tunisie. Mais Bahreïn, un petit pays du Golfe à majorité chiite et dirigé par une dynastie sunnite, a été secoué dans les années 1990 par une vague de troubles initiés par l`opposition chiite et qui a conduit en 2001 au rétablissement du Parlement élu, dissous en 1975, et à l`instauration d`une monarchie constitutionnelle. Plusieurs dizaines de manifestants se sont rassemblés à Nouidrat, un

    village à l`est de Bahreïn, où un rassemblement était prévu le 14 février dans l`aprèsmidi à l`initiative d`internautes. La police bahreïnie les a dispersés en faisant usage de gaz lacrymogènes. « C`est votre chance d`ouvrir la voie à des réformes politiques et sociales, notamment dans la ligne des changements en cours au Moyen-Orient. Nous allons scander tous ensemble le 14 février : le peuple veut une réforme du régime », selon un texte mis en ligne sur le réseau social Facebook.

    Inès Eissa

    Semaine du 16 au 22 mars 2011, numéro 862

    Arts

    Musique . Utopia est le nouveau projet du groupe The Choir (la chorale). Inspiré de la place Tahrir, ce projet est né pour chanter les slogans de la révolution du 25 janvier.

    La révolution en ch~ur

    Ce n`est ni la République de Platon ni l`Eldorado de Candide. Utopia, ce terme philosophique qui dénote un réel idéal, inadmissible, voire inaccessible, acquiert un nouveau sens. « Avant la révolution, le groupe The Choir (la chorale) avait l`habitude de se réunir pour discuter de la situation du pays. On imaginait une Egypte où tout est idéal et harmonieux. On parlait alors d`utopie. Et la surprise fut que cette utopie dont on rêvait, on l`a vraiment

    trouvée à la place Tahrir durant la révolution. Notre projet a donc bien démarré », explique Salam Yousri, fondateur du groupe, ainsi que la troupe théâtrale Al-Tamye (la boue).

    L`idée du projet émane d`une volonté d`enregistrer les faits et d`une tentative de préserver l`atmosphère de la place Tahrir, telle qu`elle a été vécue par les membres du groupe. Ce, à travers les slogans que l`on répétait sur place. « Nous avons choisi des slogans qui expliquent pourquoi le peuple est sorti à Tahrir, et comment il répétait des slogans vénérant les martyrs d`une part et affirmant leur confiance en l`armée d`autre part. Cela, tout en respectant l`ordre chronologique de leur apparition, car cet ordre souligne sincèrement le cheminement des événements », explique-t-il. Ainsi, des slogans à l`instar de Taghyir, horriya et adala egtemaiya (changement, liberté et justice sociale) ou Sawra sawra hatta al-nasr, sawra fi kol chawarie Masr (révolution jusqu`à la victoire, révolution dans toutes les rues de l`Egypte) sont interprétés par la chorale avec une mélodie qui s`inspire du maître de la chanson égyptienne Sayed Darwich. Le recours à l`A cappella, en outre, enrichit la mélodie, très simple et surtout très égyptienne, et rajoute de l`énergie et de la vivacité à l`interprétation qui se transforme en révolution. Une vraie.

    « Nous avons écarté tout slogan empreint d`hostilité à l`égard de personnalités bien précises : la révolution ne s`est pas déclenchée contre une personne donnée, mais plutôt contre un régime établi depuis près de 30 ans et dont souffrait le peuple », souligne Salam Yousri.

    En effet, Utopia est l`un des projets du groupe The Choir, qui a vu le jour en mai 2010, en commençant par un projet intitulé The Cairo complaints choir (la chorale des plaintes). Une initiative internationale à l`origine et dont le point de départ était en

    Finlande, à travers deux personnes cherchant à appliquer un proverbe finlandais qui veut dire : Au lieu de se plaindre, mieux vaut chanter. Ensuite, c`est The proverbs choir (la chorale des proverbes) qui prend la relève et qui s`est mise à dresser une chronique à travers les proverbes égyptiens à connotation politique ou sociale.

    Vient ensuite le projet Utopia, qui est mis en marche à l`issue d`un atelier qui s`est déroulé durant une semaine de composition et d`improvisation collective, avec une vingtaine de personnes en février dernier (juste après la révolution). Deux chansons ont été créées : Utopia, qui décrit une Egypte désirée et attendue après la révolution, et Hayat al-midan (la vie sur la place) qui reflète, via les slogans, l`atmosphère de la révolution et les revendications du peuple. « C`est une invitation à ce que les gens se partagent les rêves, les sentiments, mais aussi les idées », selon Yousri, qui s`est produit récemment en groupe au Caire (au centre Rawabet).

    Ce qui distingue Utopia des autres projets, c`est l`état d`âme que partagent les membres de la chorale. N`est-ce pas une opportunité permettant à toute une génération de s`exprimer ? Il s`agit notamment d`une génération qui a connu le sens de la révolution à travers les livres. Ce sens prend corps grâce à une initiative artistique. On exprime désormais la révolution comme on l`a connue et vécue.

    Lamiaa Al-Sadaty






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"Il y a des temps ou l'on doit dispenser son mépris qu'avec économie à cause du grand nombre de nécessiteux"   Chateaubriand