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Les mots du sida à  Libreville: métaphores postcoloniales et hétérotopies

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par Yannick ALEKA ILOUGOU
Université Omar Bongo - Master 2012
  

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SECTION 2 : CONSTRUCTION DU MODELE D'ANALYSE

1. Recension des travaux antérieurs

Quand Jean COPANS énonce que « tout apprentissage scientifique commence par la lecture des travaux antérieurs »82, il convoque avec intentionnalité la discussion autour d'une problématique précise. Nous allons discuter le sens des imaginaires ; comprendre le sens des représentations afin d'aboutir sur une grille de lecture qui rend mieux compte de l'objectif de notre étude à savoir : pourquoi les métaphores et les métonymies du Sida au Gabon sont-ils des indicateurs du pouvoir de l'Etat au Gabon ?

a) Position du débat en occident

Nous ouvrons notre discussion avec Pierre MANNONI83 au sujet des représentations sociales. Ce qui nous captive dans cet ouvrage c'est la précision qu'il émet sur le fait que les représentations sociales sont des producteurs de sens. Bien avant cette mise en évidence du sens, il dit ceci : « [les représentations sociales] émaillent aussi les discours politiques et religieux, ainsi que de tous les grands domaines de la pensée sociale : l'idéologie, la mythologie, la démonologie, les contes et les légendes, les fables et les récits folkloriques, la pensée scientifique même, ainsi que les domaines moins nobles comme la superstition, les croyances, les illusions répandues84». Ce qui revient à-dire que le langage, les expressions sont tous sous la « tutelle » des représentations. Tout le discours ou la pensée sociale est

80 Philippe ADAM et Claudine HERZLICH, Sociologie de la maladie et de la médecine, Paris, Nathan université, coll « Sociologie 128 », 1998, p7.

81 Jérôme DAVID, « sociologie imaginative, néomodernisme et réalisme symbolique », Zombies et frontières à l'ère néolibérale. Le cas de l'Afrique du Sud post-apartheid, Paris, Les prairies ordinaires, coll « penser/croiser », 2010, p 14.

82Mesmin - Noël SOUMAHO, Eléments de méthodologie pour une lecture critique, Libreville, Cergep/ L'harmattan, 2002, p 124.

83Pierre MANNONI, Les représentations sociales, Paris, PUF, coll « Que sais-je ? », 1998.

84 Pierre MANNONI, Op cit, p 6.

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codifié et a pour base les représentations sociales. Elles sont douées d'un pouvoir coercitif. On ne les discute pas. Elles sont et s'imposent à nous. Pour lui, « la réalité n'est pas ce qu'elle est, mais qu'elles en font et c'est avec une superbe désinvolture qu'elles se posent pour ce qu'elles paraissent. Ce qui signifie qu'elles n'ont pas besoin de preuves pour être, qu'éventuellement elles tirent les preuves d'elles même, et que, sans se préoccuper d'être elles-mêmes prouvées, elles s'offrent à prouver les choses en dehors85». Mais il y a plus. Pierre MANNONI dit aussi que « l'univers des croyances auxquelles l'homme adhère est, d'une façon générale, immergé dans l'irrationnel. En effet, son besoin de croire est tel qu'il ne se préoccupe guère des justifications scientifiques ni des démonstrations rationnelles susceptibles de rendre compte des contenus desdites croyances86». Nulle n'est besoin de justifier la présence ou l'explication d'une représentation. Elle est là, et s'impose à nous par la force et le pouvoir du sens de l'imaginaire. C'est ce qui permet à l'auteur de dire que « les représentations sociales sont des producteurs de sens87».

La discussion que nous entretenons avec Pierre MANNONI, nous permet de présenter deux idées qui semblent pouvoir nous éclairer le long de notre recherche. Il s'agit des métaphores et des métonymies comme des représentations sociales, et des représentations comme créateur de sens. En effet, les métaphores et les métonymies ont pour effet d'imager des situations. Elles sont des comparaisons qui décrivent des faits du social. Dans le cas de notre recherche, les figures de styles représentent toutes les notions imaginaires qui gravitent autour de la maladie du Sida. Ces images ou ces imaginaires sont en fait des représentations sociales. Et le propre de ces représentations c'est qu'elles sont effectivement productrices de sens. Elles produisent le sens de la maladie du Sida au Gabon. Ce sens est toujours un anathème qui vise autrui. La maladie est toujours une malchance qui est lancée par l'autre. C'est donc des métaphores et des métonymies pourvoyeurs de sens dont nous voulons parler. Des représentations sociales qui pensent la maladie du Sida comme une attaque ou un missile. C'est sous cet aspect que la discussion avec Pierre MANNONI sera utile à notre recherche.

Nous poursuivons notre discussion avec Pierre BOURDIEU 88. Il dit que « toute situation linguistique fonctionne comme un marché dans lequel quelque chose s'échange. Ces choses sont bien sûr des mots, mais ces mots ne sont pas seulement faits pour être compris ; le rapport de communication n'est pas un simple rapport de communication, c'est aussi un rapport économique où se joue la valeur de celui qui parle89». C'est la situation linguistique qui va intéresser notre auteur. Les mots ont un pouvoir et une dimension économique. Les échanges linguistiques entre locuteur et interlocuteur sont codifiés par des rôles assignés par la communication. Pour lui par exemple, « pour que le discours professoral ordinaire, énoncé et reçu comme allant de soi, fonctionne, il faut un rapport autorité-croyance, un rapport entre un émetteur autorisé et un récepteur prêt à recevoir ce qui est dit, à croire que ce qui est dit mérite d'être dit [...] Pour récapituler de façon abstraite et rapide, la communication en

85 Pierre MANNONI, Les représentations sociales, Paris, PUF, coll « Que sais-je ? », 1998, p 7.

86 Pierre MANNONI, Op cit, p 31.

87 Pierre MANNONI, Op cit, p 115.

88 Pierre BOURDIEU, « Ce que parler veut dire », Question de sociologie, Paris, Les éditions de minuit, 1984.

89 Pierre DOURDIEU, Op cit, p100.

situation d'autorité pédagogique suppose des émetteurs légitimes, des récepteurs légitimes, une situation légitime, un langage légitime90». Les personnes qui vont ou sont dans des lieux où l'on considère la maladie comme un sort lancé par autrui se retrouve dans ce cas de figure. Ils sont des émetteurs et des récepteurs légitimes, et se retrouvent dans un lieu (ou non-lieu) qui impose un langage précis. Ainsi cité, nous proposons d'énoncer une formule de base que BOURDIEU identifie de la sorte : « habitus linguistique + marché linguistique = expression linguistique, discours91». Donc chaque discours ou expression linguistique est nécessairement doté d'habitus linguistique et d'un marché dans lequel peut être échangé ce discours et ces habitus. Par habitus linguistique il entend « qu'il est le produit des conditions sociales et par le fait qu'il n'est pas simple production de discours mais production de discours ajusté à une « situation », ou plutôt à un marché ou à un champ92».

Considérer, la maladie du Sida comme un Mbumba, un fusil nocturne, le Kôhng, une punition divine, un karma, une maladie du siècle et du sexe ou un syndrome inventé pour décourager les amoureux, c'est considérer les métaphores et les métonymies comme habitus linguistique. Ce que pierre BOURDIEU apporte à notre recherche c'est qu'il nous permet d'identifier ce champ ou ce lieu ou s'exerce le pouvoir du discours. Ce lieu est le lieu des représentations sociales, le lieu ou le champ de l'imaginaire. Mais seulement nous pensons que nous ne sommes pas seulement dans un lieu d'un marché linguistique. C'est-à-dire « toutes les fois que quelqu'un produit un discours à l'intention de récepteurs capables de l'évaluer, de l'apprécier et de lui donner un prix, [un sens]93». Nous sommes dans un marché symbolique et un marché de l'imaginaire. Par marché symbolique nous entendons le lieu ou

s'échange les différentes formes de représentations. Le marché de l'imaginaire est le lieu ce qui est irréel devient réel, ou l'allusion et l'illusion se confondent et donne naissance à des

fantasmes et des fantômes. Or, la particularité des métonymies c'est qu'elles participent à rendre indiscernable le réel de l'irréel et c'est certainement l'un des aspects que nous développerons dans cette étude.

Nous considérons la discussion avec Susan SONTAG94 comme fondamentale à notre recherche. Elle est fondamentale par la portée du titre de l'oeuvre : la maladie comme métaphore, le sida et ses métaphores. Il va sans dire que cette oeuvre a pour particularité de faire une présentation du comment la maladie et le sida se représente dans l'univers social occidental. Pour elle, « la maladie intervient en tant que châtiment surnaturel, ou possession démoniaque, ou résultat des causes normales95». Il y a déjà confirmation qu'en occident la maladie est fabulée par l'imaginaire. Mais ce qui est intéressant c'est qu'elle s'intéresse tout aussi aux producteurs de ces métaphores. C'est en cela qu'elle pense que « la société accusée de corruption et d'injustice a toujours eu recours aux métaphores offertes par les maladies

90 Pierre BOURDIEU, Op cit, p 103.

91 Pierre BOURDIEU, « Le marché linguistique », Question de sociologie, Paris, Les éditions de minuit, 1984, p121.

92 Pierre BOURDIEU, Ibid, p 121.

93 Pierre BOURDIEU, Op cit, p 123.

94 Susan SONTAG, La maladie et ses métaphores, le sida et ses métaphores, Paris, Christian Bourgeois éditeur, coll « titre 101 », 1993.

95 Susan SONTAG, Op cit, p 61.

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pour atténuer les soupçons qui pesaient sur elle96». Les causes de manque d'hygiène qui ont amené la peste du 18ème siècle était la véritable cause de la peste. Et la société en était la seul responsable, non pas toutes les suppositions et superstitions qui y donnèrent sens. A travers ce texte nous comprenons pourquoi « la peste est la principale métaphore par laquelle on comprend l'épidémie du sida97". Non seulement le Sida est une maladie incurable, mais elle est aussi un mal qui montre l'impuissance des pouvoirs publics face à cette pandémie. « Le sida devient le cheval de Troie de tous les Etats98». En ce sens qu'il se retrouve partout et dans toutes les individualités composant la société, et par cet effet entre dans la société comme un ennemi par le biais du sexe. Outre cet aspect de « cheval de sexe " ou plutôt cheval de Troie, Susan SONTAG reconnaît qu'en occident il y a un abus des métaphores militaires. Or ces métaphores ont la forte particularité d'être péjoratives pour les malades. « Car elles surmobilisent, elles sur-décrivent et elles contribuent puissamment à l'excommunication et à la stigmatisation des malades [...] Nous ne subissons aucune invasion. Le corps n'est pas un champ de bataille. Les malades ne sont ni des pertes humaines inévitables, ni l'ennemi99".

Ce texte de Susan SONTAG est pertinent en de nombreux points. Le premier c'est qu'elle nous permet de rendre évident la notion que la maladie et la maladie du Sida sont bien aussi traversées par des métaphores en occident. Seulement, dans le cas de l'Afrique centrale, et plus particulièrement dans le cas du Gabon, les métaphores ne sont pas les seuls moyens pour comparer la maladie ou la maladie du Sida à quelque chose. La métonymie au Gabon est utilisée pour comparer une maladie à quelque chose. Seulement, dans le cas de la métonymie, dans le cas du Gabon, le sida par exemple ne sera plus seulement comparer à l'objet mais chosifié, il va devenir cette chose. En fait comme nous l'avons dit quand nous dressions notre constat plus haut, le réel et l'irréel sont confondus par le moyen de la métonymie. Nous ne savons plus ou est l'imaginaire et la réalité. Les fantômes ont envahi la société ! Et c'est cela qui nous intéresse. Car lorsque SONTAG énonce que la société corrompue et injustice commandite les métaphores, nous avons plus ou moins une réponse à notre question de recherche qui est de savoir, pourquoi les métaphores et les métonymies du Sida au Gabon sont-ils des indicateurs du pouvoir de l'Etat au Gabon ? La société est corrompues et injuste, certes. Mais nous pensons que ce n'est pas seulement la corruption dans son sens strict - c'est-à-dire achat de conscience- mais la corruption du sens. La corruption du mot, des expressions qui est commanditée par la violence du sens. Il y a violence du sens chaque fois que dans une discussion la métonymie prend le dessus sur le réel et permet de mettre une paire de lunette imaginaire qui fait voir à un individu en une chose ce qu'elle n'est pas et, surtout, finit pas croire que cette chose est ce qu'elle n'est pas. La violence du sens c'est la puissance que les expressions, les mots et les images exercent sur les individus par laquelle ils arrivent à créer une fabulation du sociale. Pour finir cette discussion avec Susan SONTAG, la métaphore militaire est l'une des caractéristiques fondamentales de la pensée « indigène ". Au Gabon soigner la maladie c'est extraire, lutter, combattre le sorcier qui a envoyé la maladie.

96 Susan SONTAG, Op cit, p 97.

97 Susan SONTAG, Op cit, p 169.

98 Susan SONTAG, La maladie comme métaphore, le sida et ses métaphores, Op cit, p 215.

99 Susan SONTAG, Op cit, p 232.

En ce sens nous sommes dans une société de guerre, de chasse. Ceci justifie l'utilisation des métaphores et les métonymies de guerre.

Ce sont ces métaphores ou métonymies relatives à la guerre qui nous amène à nous entretenir avec Grégoire CHAMAYOU100. Dans son livre il dresse le procès plus ou moins détaillé des différentes chasses à l'homme dans l'histoire. Mais nous retenons certains aspects qui semblent intéressant pour nous. Pour lui, « le pouvoir pastorales s'était défini comme une anti-chasse. Pourtant [...] il développa à son tour des pratiques cynégétiques, ses propres chasses à l'homme, des chasses pastorales101». Cela peut être interprété de façon à ce que les campagnes d'évangélisation ne sont que de vastes campagnes de chasses. Il chasse les fidèles qui en fait ne sont que des proies. Mais ce n'est pas une chasse compris dans son sens premier. Entre autre persécution d'un prédateur sur une proie dans le but de le tuer. Il s'agit plutôt d'une chasse qualifié d'exclusion du mal. Il dit qu' « on est plus ici comme précédemment dans une logique de prélèvement prédateur mais dans une rationalité de l'ablation salutaire ou de l'exclusion bienfaisante102». Il faut extirper les fidèles d'un lieu de la tentation qui les pervertissent et les égarent du chemin de Dieu. Pour cela les tactiques sont de plusieurs ordres. « L'image favorite des chasses pastorales d'exclusion est sanitaire : métaphores de la maladie, de la gangrène ou de l'épidémie103». En effet c'est plus par les métaphores sur les épidémies telle que le Sida est une punition divine (ou un Mbumba) que les pasteurs (mais aussi les nganga) capturent des fidèles en leur faisant croire que la maladie a des causes surnaturelles que seul l'église (ou les MHSB) peuvent guérir. Le pasteur devient un prédateur tout comme le nganga et le moyen de séduction pour avoir les fidèles n'est autre que la transformation d'une maladie biomédicale en maladie surnaturelle encore nommée psychosomatique. Nous retenons que nous sommes dans une forme de chasse quand nous regardons les métaphores religieuses et de la MHSB. Une sorte de guerre que les pasteurs et nganga livrent à une maladie qui est la maladie du Sida dans le seul but de conquérir des « âmes ». Mais nous poursuivrons la discussion un peu plus loin avec un africaniste nommée Joseph TONDA.

Nous avons entrepris une discussion avec Raymond ARON104 sur sa lecture de Max WEBER dans L'éthique protestante ou l'esprit du capitalisme. La première chose est que selon ARON, « WEBER à voulu prouver que les conceptions religieuses sont effectivement un déterminant des conduites économiques et, par conséquent, une des causes des transformations économiques des sociétés105». Marx WEBER dit qu'il cherche de comprendre « la naissance de la classe bourgeoise occidentale avec ses traits distinctif106». Mais ce qui nous intéresse c'est lorsque Raymond ARON dit que Max WEBER définit le charisme

100 Grégoire CHAMAYOU, Les chasses a l'homme. Histoire et philosophie du pouvoir cynégétique, Paris, La fabrique éditions, 2010.

101 Grégoire CHAMAYOU, Les chasses a l'homme. Histoire et philosophie du pouvoir cynégétique, Paris, La fabrique éditions, 2010, p 34.

102 Grégoire CHAMAYOU, Ibid, p 34.

103 Grégoire CHAMAYOU, Op cit, p 35.

104 Raymond ARON, Les étapes de la pensée sociologiques, Paris, Tel Gallimard, 1967

105 Raymond ARON, Op cit, p 530.

106 Max WEBER, l'éthique protestante ou l'esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1970, p 17

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comme « une qualité de ce qui est (...) hors du quotidien107». C'est donc croire en des choses ou en des personnes qui prétendent avoir des pouvoirs de se transformer en bêtes, d'avoir des dons de guérisons divines ou en la présence d'une dette karmique. En fait c'est ce point qui est intéressant pour notre analyse. En fait, notre social est possédé par la présence de charisme qui se conceptualise à travers les métaphores et les métonymies du Sida. Car en fait, toutes les représentations sociales sont des imaginations, des leurres, des charismes pour reprendre WEBER. Chaque acteur qui produit les métaphores et les métonymies est possédé par le charisme. Et c'est la foi en ceux qui détiennent le pouvoir du charisme qui crée une nouvelle forme d'économie : une économie des mots et du sens.

A l'instar d'une discussion, nous avons suivi une conférence prononcée par Michel FOUCAULT108. Ce qui est utile dans cette conférence c'est que l'auteur déclare qu'il y a des lieux utopiques dans chaque société. Que ces lieux ou espaces sont des contre espaces. Il les identifie comme étant les asiles, les cimetières, les jardins, les maisons closes, les prisons. Il précise aussi que ces lieux sont non plus seulement des contre espaces mais aussi des horslieux. Et ce sont ces hors lieux qu'il nomme hétérotopies. Il continu en affirmant que ces lieux sont des lieux sacrés, privées ou interdits. Et si tels est le cas, nous pensons de fait que les églises, les temples, les Mbandjas, les bars, les marchés, les transport en commun sont des lieux hétérotopiques. Il poursuit son propos en mentionnant que ces lieux hétérotopiques ont la particularité d'être des lieux de ce que l'on peut considérer comme déviant. En effet, ils sont les lieux dans lesquels sont proférés des transgressions envers la morale. Les scandales de pédophilies dans les églises, les profanations de tombes dans les cimetières 109, les sacrifices humains dans les confréries et les Mbandjas, les marchés c'est les ventes de produits avariés ; pour les bars des réseaux de prostitutions et d'incitation à la débauche mineur ; pour les transports en commun des lieux de surcharge donc un lieu d'infractions. Cette conférence nous permet de mieux comprendre la notion d'espace hétérotopique et surtout de la production des discours dans, généralement, ces lieux de la « déviance ».

Il est arrivé que nous rencontrions Florence BERNAULT dans un texte sur la Sirène au Gabon110. Dans ce texte un passage a particulièrement retenu notre attention. Elle écrit que « en tant que fétiche du pouvoir, la Sirène n'appartient pas aux catégories classiques des études du religieux au Gabon et, partant, échappe aux déterminations analytiques de ces dernières. Ni culte anti-sorcier, ni initiative thérapeutique, ni mouvement syncrétique, ni société initiatique ou secrète, elle dévie de l'énorme corpus de solutions spirituelles, du christianisme conventionnel aux mouvements syncrétiques millénaires (Bwiti, églises du réveil), en passant par les groupements associatif (Rose-croix, franc-maçonnerie, Ndjobi) ou la reformulation des stratégies initiatiques inventées en Afrique centrale pour répondre aux

107 Raymond ARON, Op cit, p 545.

108 Michel FOUCAULT, L'art de penser, Paris, Conférences audio MP3, 1966.

109 Lire à ce sujet Lionel Cédrick IKOGOU-RENAMY, L'or blanc : le marché occulte et illégal du corps humain à Libreville, Libreville, UOB, Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, mémoire de DEA, octobre 2010.

110 Florence BERNAULT, « La chair et son secret : transfiguration du fétiche et incertitude symbolique au SudGabon », Fin de règne au Gabon, Paris, Karthala, coll « Politique africaine », N°115, octobre 2009.

défis de la domination coloniale de la modernité (Mwiri, Njembè)111». Ce passage retient
notre attention car notre terrain nous prouve tout à fait le contraire de ce que vient d'énoncer
Florence BERNAULT. Il y a en effet une initiation et des recours thérapeutiques qui mettent

au centre de cette idéologie la Sirène. Nous parlons ici du Mbumba Iyanô. Le Mbumba Iyanôest une société initiatique qui voue un culte à la déesse de l'eau : la Sirène. Et cette soit

disante Sirène peut nuire à une personne et des soins thérapeutiques peuvent intervenir. Dans le cas de notre recherche, les enquêtés nous déclarent qu'elle peut méme donner des symptômes du Sida. Et, bien entendu, elle peut venir en songe donner les soins thérapeutiques appropriés pour soigner l'individu. Ainsi, notre terrain vient présenter une société initiatique peut-être méconnu du public scientifique européen et, nous comprenons que cet auteur ait affirmé un tel propos car la population enquêtée ne lui a pas révéler la présence de cette initiation. Les enquêtés nous font généralement aller dans le sens dans lequel ils veulent que nous allions.

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"Le don sans la technique n'est qu'une maladie"