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Aspects physionomico-structurauyx de la végétation ligneuse forestière dans les monts de Dhaya et de Tlemcen (Algérie occidentale )

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par Khéloufi BENABDELI
Université Djilali liabes de Sidi Bel Abbes Algérie - Doctorat d'état en sciences 1996
  

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Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique
Université Djilali liabes de Sidi Bel Abbes
Institut de Biologie

Thèse de doctorat es-sciences

Biologie option Ecologie appliquée

Aspects physionomico- structuraux de la végétation

forestière ligneuse face à la pression

anthropozoogène dans les monts de Tlemcen et les

monts de Dhaya (Algérie occidentale)

Présentée par Khéloufi BENABDELI pour obtenir le titre de

docteur es-sciences

Soutenue publiquement le 26 juin 1996 devant le jury composé de :

Pr HARCHE Mériem, université des sciences et technologie d'Oran, Présidente Pr SEMMADI Amar, université d'Annaba, Examinateur

Dr ALATOU Djamel, université de Constantine, Examinateur

Dr LETEREUCH-BELAROUCI Noreddine, université de Tlemcen, Exminateur Pr LOISEL Roger, université d'Aix-marseille III, co-directeur de thèse

Pr KHELIL Mohamed-Anouar, université de Tlemcen, directeur de thèse

Année universitaire 1995-1996

« Aspects physionomico- structuraux de la végétation forestière ligneuse face à la pression anthropozoogène dans les

monts de Tlemcen et les monts de Dhaya (Algérie occidentale)

 

1996

 
 

Curriculum vitae

Né le 2 avril 1951 à Oued Berkèche (Ain Témouchent)

Adresse personnelle : Avenue des Amarnas n°27 bis

SIDI BEL ABBES 22000

Courriel : benabdeli_k@hotmail.com

Adresse professionnelle : Université Djilali Liabes Sidi Bel Abbes 22000 Algérie

Titres et diplômes

1983- Doctorat de 3ème cycle en Ecologie appliquée : »Mise au point d'une méthodologie d'appréciation de la pression anthropozoogène sur la végétation dans la région de Télagh (Algérie) ». 189 pages, Faculté des Sciences et Techniques de St Jérôme, Laboratoire de Botanique et d`Ecologie Méditerranéenne, université d'Aix-Marseille III-Marseille (France)

1980- Diplôme d' Etudes Approfondies en Ecologie méditerranéenne : Incidences de l'action de l'homme et de l'animal sur la végétation. Faculté des Sciences et Techniques de St Jérôme, Laboratoire de Botanique et d`Ecologie Méditerranéenne, université d'Aix-Marseille III-Marseille (France)

1975- Certificat de spécialisation en production forestière Faculté des sciences agronomiques de Gembloux Belgique

1975- Ingéniorat en agronomie appliquée. Institut National de Formation Supérieure en Agronomie Mostaganem (Algérie)

1970- Bac série Sciences Lycée Ben Badis Oran (Algérie)

Activités scientifiques

1991-1996- Membre du conseil scientifique de l'institut de biologie de l'université de Sidi Bel Abbes 1991-1996- Directeur et chargé de cours à l'Institut des Sciences de la Nature, université de Sidi Bel Abbes

1994-1996- Directeur du laboratoire de gestion des écosystèmes, université de Sidi Bel Abbes Expérience professionnelle

1989-91- Directeur Général adjoint de l'Office Régional de Développement de la Région steppique occidentale

1987- 89- Directeur Régional à l'Office National des Travaux Forestiers

1984-87 - Directeur de Grands Projets Forestiers aménagement et mise en valeur

1982- 84 - Directeur régional de l'O.N.T.F

1975-1976 - Ingénieur-Chef de service aménagement et production de la Direction Régionale des Pépinières de l'ouest algérien

1996- Membre du secrétariat du conseil consultatif de l'environnement de la wilaya de Sidi Bel Abbes 1996 : Membre du conseil d'administration de l'Association International des Forêts Méditerranéennes 1996-2002- : Membre du réseau Parcours du CIHEAM Montpellier

Publications

Revues internationales : 4

Revues nationales : 3

Communications dans des sémianires et colloques

Nataionaux : 9

Internationaux : 4

Encadrement en graduation :

DES en biologie : 21

Ingéniorat d'état en foresterie : 15

2

« Aspects physionomico- structuraux de la végétation forestière ligneuse face à la pression anthropozoogène dans les

monts de Tlemcen et les monts de Dhaya (Algérie occidentale)

 

1996

 
 

Aspects physionomico-structuraux de la végétation forestière ligneuse face à la pression
anthropozoogène dans les monts de Tlemcen et les monts de Dhaya (Algérie occidentale).

BENABDELI Khéloufi

Thèse de doctorat d'Etat en Biologie option écologie appliquée

Résumé

L'Algérie est un pays à climat méditerranéen à vocation essentiellement agricole et pastorale ; les formations forestières restent assez peu représentées et en couvre que 3.7 millions d'hectares. Les potentialités sylvicoles même si elles sont peu importantes jouent un rôle écologique, donc économique certain. L'espace forestier reste menacé pour diverses raisons et sa protection ne peut se faire que par une compréhension de son aspect physionomique, sa structure et sa composition floristique qui restent actuellement les facteurs d'identification et de description. Toutes les formations forestières sont dans un stade de dégradation lus ou moins avancé sous l'effet conjugué des facteurs climatiques (longue période de sécheresse, amplitude thermique forte, vents chauds, gelées), de la pression qu'exerce l'homme à travers ses diverses activités (défrichement, coupes de bois, parcours) et les incendies. L'homme utilise encore de nos jours les produits des forets, essentiellement le bois à divers fins mais contribue au même titre que ces troupeaux à la destruction du couvert végétal.

Toutes ces pressions qui s'exercent en permanence sur les écosystèmes forestiers induisent une structure, une physionomie et une composition floristique particulière qui reste encore peu connue de nos jours. Ces deux éléments de dégradation très importants perturbent gravement l'équilibre de ces zones .Effectivement il existe actuellement une disproportion entre les possibilités réelles de production pouvant être utilisées et les prélèvements très intenses et continus. Ce déséquilibre de traduit par une régression visible et constante de la végétation, une destruction continue des potentialités naturelles, la faiblesse de la composition floristique et l'état avancé de la dégradation.

Dans ce volet il y a lieu de signaler l'absence de nomenclature des différentes formations forestières se traduisant par une anarchie dans la dénomination des groupements ou des formations végétales forestières.

Il reste que nous ne sommes pas les premiers à nous intéresser à cette région, de nombreux botanistes, forestiers, agronomes, pédologues. L'ont parcourue afin d'en définir les caractéristiques et les potentialités naturelles remarquables. Notre souci était donc de déterminer les facteurs responsables de la dégradation de la végétation et d'en apprécier l'ampleur dans le temps pour pouvoir agir sans commettre d'erreurs. En quelque sorte nous nous proposons d'établir un constat réel d'une situation, un diagnostic précis et évalué pour déterminer un remède adéquat. Tout cela nous a orienté sur le sens à donner à notre thèse qui se fixe comme objectif :

- Une synthèse sur l'historique et l'état des formations forestières de la région ouest du pays

- Le choix de forêts assez représentatives de la région ouest et de l'Algérie

- La caractérisation écologique de la région d'étude

- Des notions de terminologie et de nomenclature des formations forestières

- Les processus de dégradation de la végétation forestière

- Les aspects physionomiques des écosystèmes forestiers

- La réponse de la végétation ligneuse forestière aux diverses pressions

- Le comportement de quelques essences forestières intéressantes

- Une réflexion sur les possibilités de sauvegarde des écosystèmes forestiers

La problématique centrale reste la méconnaissance des écosystèmes forestiers et de leur dynamique face à la pression anthropozoogène et cette thèse essaye d'y répondre à travers un diagnostic et l'étude du dynamisme de la végétation forestière.

Mots clés : pression anthropozoogène- écosystèmes forestiers- dynamique- Algérie occidentale

« Aspects physionomico- structuraux de la végétation forestière ligneuse face à la pression anthropozoogène dans les

monts de Tlemcen et les monts de Dhaya (Algérie occidentale)

1996

 
 

Remerciements

Après plus d'une dizaine d'anénes d'exercice dans le secteur des forêts et la possibilité d'exploiter des documents et données dans le domaine de la foresterie et surtout de aprcourir les forêts de l'ouest algérien ; l'intitulé de cette thsèe s'est imposé de lui-même. Je devais entamer un travail de rechherche sur la dynamqiue des écosystèmes forestiers face aux diverses pressions d'exerce l'Homme. Traitant des écosystèmes forestiers de l'Oranie où je me sens très attaché d'abord par mes racines et ensuite par sa clémence tant climatique qu'humaine.

Il m'est particulièrement agréable, ressentiment qu'on éprouve à chaque fin d'une tâche qui nous tient à coeur, de citer tous ceux qui à des titres divers m'ont aidé à concrétiser cette thèse. Je ne saurais entamer la rédaction de cette thèse sans remercier plusieurs personnes qui sont à l'origine de la réussite de ce travail mais surtout qui m'ont apris à aimer et connaître l'écologie appliquée et la relation entre les êtres vivants et leur environnement.

Une première pensée va droit à mes premiers professeurs qui m'ont initié aux fonctionnements de l'écosystème en général et forestier en particulier ; que Mr Brunisso du CIHEAM et Mr Stewart qui m'ont enseigné la foresterie et la bioclimatologie trouvent ici une pensée sincère. Je en saurais oublier la référence méditerranéenne en botanqiue et écologie végétale, le Pr Pierre QUEZEL de l'Institut Méditerranéen d'Ecologie et de Paléoécologie de la faculté des sciences et etchnqiues de St jérôme à Marseille et ses collaborateurs Mrs Roger LOISEL et Marcel BARBERO qui m'ont accepté dans leur laboratoire pour préparer un DEA et un doctorat de spécialité en écologie méditerranéeenne.

Comment ne pas citer mon épouse Dalila et mes enfants Hinda, Mohamed-Anouar et Yasser qui ont sûrement souffert en supportant mon désordre et mes sauts d'humeur au moment où je rédigeais. Leurs encouragements et patience ont grandement contribué à la finalisation de ce document, qu'ils en soient remerciés vivement.

Un ami de longue date, notre première rencontre s'est faite en 1974 à la faculté des sciences agronomqiues de Gembloux en Belgique au niveau de la chaire de la foresterie des pays chauds, le Dr LEUTREUCH-BELAROUCI Noreddine qui à travers ses connaissances et son analyse de la foresterie en Algérie m'a souvent éclairé. Qu'il trouve ici une reconnaissance et une amitié sans intérêt et sans limites. Toute ma gratitude et mon respect pour me encadreurs le Pr ROGER Loisel de l»IMEP de l'université d'Aix-marseilel III et le Dr KHELIL Mohamed-Anwar de l'université de tlemcen. Un grand merci et une amitié également indélibile.

Que les mebres du jury le Pr HARCHE Mériem de l'université d'Oran, le Pr SEMADi Ammar de l'université d'Annaba et le Dr ALATOU Djamel de l'université de Constantine soient sensible au respect que je leur doit et à leur dévouement et accord sans conditions pour participer au jury.

Je ne me pardonnerais jamais d'oublier tous ceux qui ont contribué à cet ouvrage et particulièrement des collègues de travail : REBAI Ahmed, MEDERBAL Khalladi, RIAH Ali, DJAHED Benyounes, MOHAMMEDI Halima, BERRICHI Mohamed

4

« Aspects physionomico- structuraux de la végétation forestière ligneuse face à la pression anthropozoogène dans les

monts de Tlemcen et les monts de Dhaya (Algérie occidentale)

 

1996

 
 

SOMMAIRE

 

Intitulé

Page

 

Curriculum vitae de BENABDELI Khéloufi

1

 

Résumé

2

 

Remerciements

3

 

Sommaire

4

 

Liste Des tableaux et figures

6

 

Avant propos

8

 

Introcuction

10

 

Première partie

12

1

Généralités régionales

12

1.1

Cadre géograaphique

12

1.2

Caractéristiques géomorphologiques

13

1.3

Caractéristiques climatiques

14

1.4

Caractéristiques édaphiques

15

1.5

Caractéristiques floristiques

16

1.6

Le milieu humain

19

2

APERCU HISTORIQUE SUR LES FORETS

20

2.1

Situation de la colonisation à l'indépendance

20

2.2

Stuation présente

21

3

METHODOLOGIE D ETUDE

22

3.1

Approche mééthodologique

22

3.2

Problématique

23

3.3

Découpage dde la zone d'étude

26

3.4

Zones homoécologiques retenues

26

3.5

Decsription des ensembles homogènes

28

3.6

Decsription des ensembles

29

3.7

Caractéristiques des forêts retenues

31

4

CARACTERISATION ECOLOGIQUE

34

4.1

Les facteurs climatiques et bioclimatiques

34

4.2

Relation climat-végétation

42

4.3

Les facteurs édaphiques

44

4.4

Les aspects floristiques

49

5

NOTIONS DE TERMINOLOGIE

53

5.1

Situation actuelle

54

5.2

Nouvelle approche

56

 

Deuxième partie

62

6

DEGRADATION DE LA VEGETATION

62

6.1

Historique de la dégradation

62

6.2

Généralités sur la dégradation des formations forestières

64

6.3

Conditions particulières

65

7

Les causes de la dégradation de la végétation foresière

67

7.1

Lesincendies deforêts

68

7.2

Le parcours et le pâturage

76

7.3

L'exploitation forestière

85

7.4

Le défrichement

91

7.5

Les travaux forestiers

91

7.6

Action de l'Homme

93

7.7

Conclusion

95

 

Troisième partie

97

8

ASPECT PHYSIONOMIQUE DE LA VEGETATION.

97

8.1

Généralités

97

8.2

La notion de présence

98

8.3

La notion d'hauteur

100

8.4

La notion de stratification

102

8.5

La notion de stabilité

103

8.6

Similitude entre relevés

106

8.7

Taux d'occupation d el'espace

107

8.8

Notion de recouvrement

108

8.9

Notion d'espace vital

108

« Aspects physionomico- structuraux de la végétation forestière ligneuse face à la pression anthropozoogène dans les

monts de Tlemcen et les monts de Dhaya (Algérie occidentale)

1996

 
 

9

LA STRUCTURE

110

9.1

La densité

111

9.2

La surface terrière

113

9.3

La notion d'espace vital

114

9.4

Relation surface terrière-âge

115

9.5

Le volume

115

10

NOTIONS FODNAMENTALES A RETENIR

118

10.1

La physionomie

119

10.2

La structure

119

10.3

Processus de dégradation

120

11

LA VEGETATION FACE AUX PRESSIONS

126

11.1

Les principaux types de végétation

127

11.2

Les principaux groupements végétaux identifiés

131

11.3

Processus de dégradation identifiés

132

11.4

Types De groupementx régressifs

136

12

COMPORTEMENT DES ESPECES INTERESSANTES

144

12.1

Principales formations végétales

144

12.2

Caractérisation des espèces intéressantes

145

12.3

Caractérisation des espèces principales

147

13

REFLEXION POUR LA SAUVEGARDE DE LA VEGETATION

158

13.1

Actions à entreprendre

158

13.2

Doit-on conserver les formations basses ?

159

13.3

Forêts de protection ou de production ?

160

13.4

Restauration et préservation des écosystèmes forestiers

161

13.5

Contraintes d'ordre organisationnel

162

13.6

Synthèse

163

14

CONCLUSION GENERALE

164

 

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

167

 

ANNEXES

182

6

« Aspects physionomico- structuraux de la végétation forestière ligneuse face à la pression anthropozoogène dans les

monts de Tlemcen et les monts de Dhaya (Algérie occidentale)

 

1996

 
 

Liste des tableaux et figures

Liste des tableaux

 

Intitulé

Page

1

Répartition des pluies en Oranie

16

2

Situation des surfaces en Algérie

23

3

Surface occupée par les espèces forestières en Algérie

24

4

Répartition des placettes par forêt

31

5

Gradients pluviothermique

40

6

Fluctuation de sprécipitations

41

7

Graadients thermiques

41

8

Quelques valeurs ETR et ETP

43

9

Quotient pluviothermique d'Emberger

44

10

Etages bioclimatique et étage de végétation

45

11

Correspondance bioclimat- végétation

46

12

Relation sol-végétation

52

13

Importance des espèces endémiques

53

14

Nouvelle nomenclature selon la hauteur

55

15

Comportement de quelques espèces sface au feu

78

16

Relation pluviométrie-Disponibilité Unités fourragères

84

17

Charge a^storale et temps de parcours

85

18

Production d'UF des formations végétales

86

19

Production et charge idéale par type de formation végétale

86

20

Charge pastorale possible par type de formation

87

21

Mutilation des espèces forestières

90

22

Production de bois

93

23

Relation surface-production

93

24

Possibilités en bois

96

25

Répartition des volumes par âges

97

26

Nombre de délits de prélèvement de bois

97

27

Représentativité des espèces sujettes à coupe

97

28

Présence des espèces par strate étage semi-aride

105

29

Présence des espèces par strate étage subhumide

106

30

Répartition des espèces par heuteur

108

31

Représentativité de la stratification

110

32

Coefficient de stabilité des espèces de la strate arborescente

111

3 3

Coefficient de stabilité des espèces de la strate arbustive

111

34

Classification des espèces selon leur stabilité

112

35

Classification finale selon le coefficient de stabilité

112

36

Importance des strates

113

37

Liste des espèces stables les plus présentes

113

38

Similitude entre les relevés

114

39

Taux de recouvrement par strate et par étage bioclimatique

114

40

Importance des strates

115

41

Synthèse du recouvrement par strate et par étage

115

42

Recouvrement et physionomie

116

43

Espace vital moyen par espèce

117

44

Densité minimale et maximale par espèce

119

45

Densité moyenne de sprinciales espèces

119

46

Densité moyenne par hectare

120

47

Evaluation de la présence des principales espèces

121

48

Surface terrière des principales espèces arborescentes

121

49

Classement en focntion de G

122

50

Relation G et âge

122

51

Caractéristiques dendrométriques et pressions

123

52

Relation Diamètre-Densité-Volume

124

53

Stabilité des principales espèces

127

54

Principaux paramètres de physionomie de la végétation

128

55

Principales réponse de la végétation aux pressions

134

56

Classement selon la résistance à la dégradation

134

57

Superficie par type des formations forestières

135

« Aspects physionomico- structuraux de la végétation forestière ligneuse face à la pression anthropozoogène dans les

monts de Tlemcen et les monts de Dhaya (Algérie occidentale)

1996

 
 

58

Espèces constituant l'ossature des formations forestières

141

59

Processus de dégradation

145

60

Fréquence des espèces par groupement végétal

147

Liste des figures et photos

 

Intitulé

Page

1

Caractéristiques physiques de l'Oranie

13

2

Carte des étages bioclimatiques

15

3

Carte des formations végétales de l'Oranie

19

4

Carte de localisation des forêts étudiées

28

5

Carte de localisation des stations météorologiques de référence

37

6

Carte des isohyètes

38

8

« Aspects physionomico- structuraux de la végétation forestière ligneuse face à la pression anthropozoogène dans les

monts de Tlemcen et les monts de Dhaya (Algérie occidentale)

 

1996

 
 

AVANT PROPOS

Il n'existe plus en Oranie occidentale (monts de Tlemcen et monts de Dhaya) que des lambeaux des vastes massifs forestiers qui occupaient jadis une superficie appréciable permettant un équilibre écologique et agricole. Actuellement les formations végétales ne sont représentées que par des groupements dégradés dans leur ensemble à tel point que sous les multiples et permanentes agressions la couverture végétale est sérieusement menacée de disparition. Ces reliques doivent être sauvées, protégées pour être éventuellement exploitées par la suite et obéir à un plan de gestion rationnel. Toute la couverture végétale est soumise presque en permanence à des agressions d'origine humaine et animale face auxquelles la végétation, malgré ses facultés de résistance, n'arrive plus à riposter et se maintenir. Comprendre la réaction de la végétation dans ses différentes composantes face aux divers facteurs dégradants naturels ou d'origine anthropique constitue une préoccupation permanente pour le forestier et l'écologue que je suis. Mais cette réaction, ce comportement de la végétation ne peut se faire sans l'identification et la classification de toutes les formes de pression qui participent à l'altération des formations végétales dans leur ensemble.

D'année en année la surface forestière diminue fortement malgré le développement industriel, agricole et commercial du pays, les populations campagnardes et riveraines des forêts continuent à exercer de très fortes pressions sur toute la couverture végétale. Il m'était difficile d'envisager une étude scientifique classique de la végétation sans essayer de dévoiler et d'identifier les causes déterminantes de cette situation catastrophique, de définir de nouvelles notions adaptées à nos réalités végétales. Pour cela il est indispensable de comprendre le comportement de la végétation dans son dynamisme et dans sa composition, d'approcher le processus de dégradation et surtout de réhabiliter les espèces ligneuses qui contribuent efficacement à la pérennité des écosystèmes forestiers.

Tous les efforts consentis depuis trente ans se sont avérés vains car la végétation était considérée comme une ressource inépuisable où toutes les interventions étaient permises même celles à teinte politique ou sociale. Le résultat alarmant obtenu trouve son optimum dans la perturbation du régime des eaux, dans l'accentuation de l'érosion et des inondations et dans l'altération des surfaces agricoles. Comment alors, dans de telles conditions, continuer à mener la politique de l'autruche et nier ou reléguer la disparition progressive et rapide de notre couverture végétale avec la bénédiction des pouvoirs publics et des gens du métier?

Pour faire face à cette situation considérée à juste titre de préoccupante, le travail que je me suis attelé à faire se justifie par l'importance de la redéfinition des paramètres de base qui président à la destinée des écosystèmes forestiers. Revoir les cartes maîtresses qui permettent une nouvelle approche de reconstitution de la forêt de l'Oranie occidentale est une priorité. Des bases solides reposant sur des faits écologiques et humains qu'on ne peut en aucun cas négliger quel que soit le motif, doivent constituer la colonne vertébrale de notre approche.

Ce travail m'est apparu comme un passage obligé nécessaire avant d'entreprendre des actions forestières, phytosociologiques, sylvicoles etc.. La couverture végétale pérenne nous parait comme un monument historique que l'on doit entretenir sans cesse, comprendre sa présence, identifier ses agresseurs et protéger son avenir pour éviter tout désarroi aux générations présentes et futures.

La puissance qu'offre la connaissance des écosystèmes forestiers, en particulier axée sur leur structure et leur dynamique, est la seule force qui soit capable d'assurer la conservation et l'amélioration de la couverture végétale. La maîtrise de ces éléments permet le plus souvent, par une simple action de protection, de préserver et de développer une formation végétale même si elle a atteint un stade de dégradation avancé.

« Aspects physionomico- structuraux de la végétation forestière ligneuse face à la pression anthropozoogène dans les

monts de Tlemcen et les monts de Dhaya (Algérie occidentale)

1996

 
 

Nous tenterons, au cours de ce travail, d'analyser la situation actuelle des écosystèmes forestiers des monts de Tlemcen et des monts de Dhaya assez représentatifs de l'ensemble des formations forestières de l'Algérie, en identifiant les principaux facteurs dégradants. Le comportement de ces formations forestières dominantes et des espèces qui les composent dictent une physionomie et une structure vitale à maîtriser pour engager des actions de sauvegarde qui constituent une partie de notre travail de recherche.

La notion de nomenclature qui pose un problème d'identification des différentes formations forestières est également abordé avec une analyse pragmatique ayant permis de propsoer uen classification simple et adapté à la réalité écologique des écosystèmes foresters de l'Algérie occidentale.

10

« Aspects physionomico- structuraux de la végétation forestière ligneuse face à la pression anthropozoogène dans les

monts de Tlemcen et les monts de Dhaya (Algérie occidentale)

 

1996

 
 

INTRODUCTION

Le couvert végétal forestier est en régression constante malgré le développement et la multiplication des matières synthétiques pouvant remplacer le bois dans une gamme variée de ses utilisations. La multiplication et l'intensification des espèces végétales fourragères peuvent également subvenir aux besoins en nourriture des animaux domestiques et épargner l'utilisation des forêts comme terrain de parcours. Dans les pays développés existe déjà une crise assez grave de l'environnement due à plusieurs facteurs dont la destruction de la couverture végétale est significative. Cette crise est présente dans les pays du tiers monde et s'accentue encore plus par le biais de la poussée démographique alarmante car mal maîtrisée. Notre pays ne peut échapper au processus de dégradation du milieu naturel et plus particulièrement des écosystèmes forestiers. Toutes les mesures prises s'avèrent insuffisantes et la végétation est en constante régression et dépréciation sous l'effet conjugué de l'homme et de ses animaux. Quelques exemples à travers le monde montrent la gravité de ce phénomène et alertent les spécialistes sur son importance et les dégâts qu'il peut causer:

- les forêts tropicales ont régressé de 60%,

- le Brésil a perdu plus de 40% de ses forêts,

- le taux de boisement en Chine n'est que de 9%.

Au moment où la forêt dans, son sens le plus large possible, devient une nécessité vitale pour le développement équilibré d'un pays, pour l'homme avec toutes ses contraintes sociales et psychologiques; elle devient de plus en plus menacée dans notre pays. Même en tant que source de vie par ses rôles de poumon à oxygène, lieu de loisirs, protectrice du sol, régulatrice du régime des eaux; le modernisme de l'homme la condamne.

En Algérie la déforestation est importante, un aperçu sur l'évolution des surfaces le confirme:

- la superficie forestière initiale de l'Algérie est estimée par plusieurs auteurs et forestiers à 7

millions d'hectares avant 1800, en 1830 elle n'était que de 4 millions d'hectares, en 1953 seulement 3.298.000 et en 1967 prés de 2.233.000 hectares. En prenant en considération les broussailles et les maquis bas dégradés dont la superficie est estimée à 720.000 hectares notre couverture végétale forestière est de l'ordre de 2.953.000 hectares. Cette situation permet les remarques suivantes:

- sur les 2.380.000 hectares de forêts (chiffre récent) plus de 780.000 sont considérés comme ruinés et à un stade régressif irréversible,

- en 1983 la couverture végétale forestière est estimée à 2.400.000 hectares dont 1.800.000 de maquis.

Les chiffres ne coïncident pas entre eux, ce qui reflète la dynamique régressive et les agressions constantes que supportent les écosystèmes forestiers. Les pressions qui s'y exercent sont toutes dues aux activités humaines volontaires ou planifiées.

L'archéologie confirme, par les gravures rupestres représentant des éléphants et des buffles, que le milieu forestier était à un stade d'évolution remarquable caractérisé par un équilibre proche du climax. La littérature confirme également l'existence de fauves dans nos massifs forestiers il y à peine un siècle! Nos forêts ont subi d'énormes dégâts notamment lors des crises économiques durant les deux guerres mondiales et pendant celle de la libération du pays. ZERAIA (1977) note: " On a accusé l'arabe et la chèvre d'être à l'origine de la dégradation de nos forêts. Cette affirmation mensongère et raciste, est à détruire, aucun troupeau quel que soit son ampleur n'est en mesure de détruire une forêt si celle-ci n'a déjà été largement pillée et dégradée. Quant à l'arabe il s'agit de ce fellah spolié de ses terres, de ses biens, de sa culture que BUGEAUD voulait refouler jusqu'au fond du désert."

La dynamique de la végétation n'a été abordée en Oranie que vers les années 1888 par CLARY dans sa publication intitulée: Le catalogue des plantes observées à Dhaya. Sur ce document ALCARAZ (1982) note: "L'auteur y situe très approximativement les diverses essences forestières

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dont le pin d'Alep, le chêne vert, le genévrier oxycèdre et le thuya, les unes par rapport aux autres."

En 1906, FLAHAUT in ALCARAZ (1982) en analysant ses travaux d'herborisation sur l'Oranie souligne: " J'ai quelque peine à me faire à l'idée que c'est bien le pays où, il y a 22 ans, on ne me permettait d'herboriser qu'armé et que les panthères hantent encore les montagnes voisines." L'évolution de la forêt est quant à elle appréhendée en 1909 par MATHEY dans sa publication: " Un coin de l'Oranie, maquis, broussailles et forêts." Il donne une physionomie de la forêt de pin d'Alep et il y distingua déjà trois étages de végétation superposés. " La forêt se présente sous l'aspect jardiné, et le massif plus ou moins dense offre trois étages de végétation superposés. Le premier est constitué par les pins; le second par le thuya, le chêne vert, l'oxycèdre et la variété de chêne kermès désignée sous le nom de faux kermès; le troisième enfin, par les formes buissonnantes des espèces précédentes, auxquelles s'ajoute l'arbousier, le lentisque, le filaire, le nerprun faux, l'olivier, le calycotome épineux, le baguenaudier, le genêt tricuspide, l'anagyre fétide, le cytise arborescent, la coronille de Valence, le ciste polymorphe et le ciste de Montpellier." Puis il aborde un aspect évolutif ayant trait au dynamisme ".. .. Et nous avons toujours vu la régénération du pin s'opérer sûrement, exclusivement parmi les lentisques, arbousiers, filaires et autres végétaux de sous-bois. En détruisant ce dernier, on détruira forcément la forêt ". Sur la notion de dégradation, à cette époque l'auteur remarque "... l'extension des futaies de pin d'Alep et le retrait des futaies de chêne vert marque une dégradation lente et sûr du climat montagnard...si la dégradation du climat favorise la propagation du pin d'Alep, elle ne suffit cependant point à expliquer la disparition de ces vieilles futaies de chêne vert." La remarque de TRABUT (1949) à ce sujet est intéressante: » Ces massifs de chêne vert s'éclaircissent tous les ans et aucun rejet ne part des souches qui périssent de vieillesse, si bien que ces arbres séculaires parfois très beaux, sont les derniers que doit nourrir un sol brouté à outrance". Pour MATHEY les causes de la disparition de la forêt sont résumées dans cette citation : " les chèvres et les moutons ne se contentent pas de ronger les flancs de l'Oranie et d'envoyer son sol à la mer, ils creusent aussi le gouffre sans fond où s'engloutiront ses revenus et ses ressources. Contre ce fléau un seul remède: substituer, dans le Tell, le gros au petit bétail. "

En 1926 une oeuvre de base remarquable revient au docteur MAIRE, c'est la carte phytogéographique, particulièrement précieuse où les principales formations végétales sont localisées et décrites, il subdivisa l'Algérie en régions, domaines et secteurs qu'il décrit sommairement. En 1926 TINTHOIN avec: - Le tapis végétal du Tell oranais, sa modification par l'homme - aborda directement le problème de l'action de l'homme sur la végétation. Il décrit l'état de la végétation de cette époque tout en essayant de reconstituer les associations primitives à partir de certaines archives. En 1948 avec son ouvrage intitulé: - Les aspects physiques du Tell oranais -, nous retiendrons surtout les précisions historiques sur l'état ancien de la végétation.

L'ouvrage de BOUDY (1948-50): -Economie forestière nord-africaine -; permet d'avoir une monographie forestière assez complète. A ce sujet ALCARAZ (1982) note: " On y relève des remarques intéressantes sur l'écologie, le tempérament, la régénération et les divers types de peuplements végétaux." Des renseignements utiles sont donnés par cet auteur sur les points suivants:

- formation et évolution de la végétation forestière,

- constitution, consistance et volume des peuplements,

- action du milieu humain sur la végétation.

En 1977 QUEZEL aborde le problème de la valeur historique de la flore et de la végétation orophile nord africaine. En 1958 SANTA publie son essai de reconstitution des paysages végétaux quaternaires d'Afrique du Nord. QUEZEL et SANTA (1963) avec la nouvelle flore d'Algérie et des régions désertiques méridionales recensent et localisent les espèces. Les travaux d'ALCARAZ (1982) donnent une description de la végétation de l'ouest algérien. BENABDELI (1983) identifie les facteurs dégradants de la végétation et leur évaluation. KADIK (1983) apporte des informations

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complémentaires sur le pin d'Alep. MEDERBAL (1994) aborde le dynamisme de la végétation en utilisant un outil nouveau pour le pays: la télédétection aérospatiale.

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PREMIERE PARTIE

1- GENERALITES REGIONALES

1-1. CADRE GEOGRAPHIQUE

L'Algérie se distingue du nord au sud par des régions naturelles assez remarquables: le Tell, les Hautes Plaines Steppiques appelées souvent les Hauts Plateaux, l'Atlas Saharien et le Sahara. L'Oranie présente également certaines particularités comme le souligne BOUDY (1948) " ... nous entrons en Oranie, qui est un monde à part, avec un paysage un peu steppique attesté par la présence d'alfa et de lacs salés (sebkha). Le drainage de la plaine est insuffisant. L'érosion y est en lutte avec le soulèvement orogénique; car le pays n'a pas encore acquis son relief définitif, d'où de graves inondations par défectuosité du modèle."

Cette partie occidentale de l'Algérie qu'est l'Oranie se distingue par les points suivants:

- trois types de relief parallèles à la mer avec une altitude ascendante du nord au sud selon la configuration du terrain où on traverse les sahels, l'atlas plissé et l'atlas tabulaire. L'altitude dans ces deux formes orographiques augmente d'est en ouest,

- la liaison entre les hautes et les basses plaines, hautes plaines telliennes et hautes plaines steppiques est présente garce à des brèches facilitant cette communication. Cependant seules les basses plaines communiquent avec la mer,

- les différences géographiques et physiques sont moins marquées entre l'Oranie et le Maroc qu'entre l'Oranie et l'Algérois.

Figure 1 : Caractéristiques physiques de l'Oranie

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THINTOIN divise cette région en cinq parties:

- reliefs littoraux ou sahels, l'altitude oscille entre 250 et 882 mètres,

- les plateaux néogènes situés entre des reliefs littoraux ont une altitude variant entre 100 et 200 mètres. Ils forment avec les basses plaines un seul ensemble, ces dernières communiquent avec le littoral; leur altitude se situe entre 0 et 200 mètres et sont occupées par des marais ou des lacs salés,

- l'atlas plissé constitué d'est en ouest des monts de Béni Chougrane, des Ouled Ali et des monts du Tessala avec des altitudes maximales respectives de 910 , 726 et 1061 mètres avec un fort pourcentage de surface localisée entre 600 et 800 mètres. D'une largeur de 20 à 60 kilomètres il forme une barrière difficilement franchissable à l'exception de quelques brèches qu'empruntent les oueds El Hammam, Mektoub, Mékerra et Isser,

- les hautes plaines telliennes représentées par celle de Sidi Bel Abbes et Sidi Ali Benyoub s'étendant au sud de l'atlas plissé et communiquent avec les basses plaines littorales. Leur altitude oscille entre 400 et 720 mètres, elles sont coincées entre l'atlas plissé et l'atlas tabulaire,

- l'atlas tabulaire comprenant trois groupes de monts d'est en ouest: les monts de Saïda, les monts de Dhaya, les monts de Tlemcen. L'altitude est comprise entre 1000 et 1500 mètres, les points culminants sont Aïn El Hadjar avec 1175 m, djebel Bougib avec 1468 m, djebel Tenouchfi avec 1843 m. Comme l'atlas plissé il constitue une barrière entre les hautes plaines steppiques et les hautes plaines telliennes; il est également entrecoupé de brèches qu'utilisent les rares oueds de Saïda et Taourira à l'est (monts de Saïda), la Mékerra pour les monts de Dhaya et l'oued Tafna pour les monts de Tlemcen.

1-2. CARACTERES GEOMORPHOLOGIQUES

L'Atlas tellien occidental, partie où est localisée notre zone d'étude, est constitué d'une succession de chaînes courtes, bien individualisées dont l'altitude reste relativement faible. Ce sont des montagnes jeunes soumises à une intense érosion. Elles font partie du Tell oranais, qui a subit plusieurs périodes de déformation, il émerge à l'Eocène moyen dans une première phase. Toute sa zone centrale est noyée par une transgression marine au cours de l'Oligocène. Le dispositif structural actuel est mis en place au cours de la phase Alpine, Miocène surtout. Le soulèvement des chaînons et l'affaissement des dépressions se sont poursuivies jusqu'au quaternaire comme le confirment les dépôts de la plaine de l' Habra. (BOUDY, 1948.)

Les chaînons littoraux sont constitués de calcaire du Crétacé et Jurassique alternés avec les marnes; région presque entièrement déboisée à l'exception du massif du Zaccar; vouée à l'agriculture. Les plaines littorales sont essentiellement formées d'alluvions récentes, à vocation essentiellement agricole, elles renferment des dépressions humides et salées qui occupent une place importante en surface. Les chaînes teilleuse médianes où dominent les monts des Traras, du Tessala, d'Ouled Ali, des Beni Chougrane prolongés par l'Ouarsenis. Constituées essentiellement de marnes calcaires du Crétacé. C'est une zone entièrement déboisée avec une orientation purement agricole où la céréaliculture et l'élevage extensif sont les plus représentatifs. Ces chaînes sont sujettes à une érosion intense et violente. Les plaines intérieures, plus élevées et moins sèches que les précédentes, elles sont entourées de montagnes légèrement plus arrosées leur servant d'impluvium. Ce sont d'est en ouest les plaines de Mascara, de Sidi Bel Abbes, de Tlemcen et de Maghnia qui confirment la vocation agricole de la région.

Les causses ou l'Atlas tellien constitué essentiellement par les monts de Frenda, de Saïda, de Dhaya et de Tlemcen sont formés de plateaux calcaires du Jurassique; assez élevés (1100 à 1700 m), elles constituent le rebord nord des hautes plaines. C'est une région à vocation forestière et la seule portant une couverture végétale pérenne.

Les hautes plaines sont formées de dépôts continentaux épais de sable, grès, gypse et calcaire reposant sur des terrains du secondaire. Seules quelques rides montagneuses de structure simple dominent ces hautes plaines de quelques centaines de mètres et sont colonisées par quelques forêts dégradées. C'est le domaine de l'alfa.

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1-3. CARACTERES CLIMATIQUES

La position méridionale de l'Oranie par rapport à la zone climatique méditerranéenne, la sécheresse estivale prolongée et l'irrégularité des pluies sont autant de facteurs écologiques limitants menaçant perpétuellement les régions naturelles. Le milieu climatique n'est favorable pour le développement des formations végétales que sur une portion assez restreinte de cette région.

L'Oranie est caractérisée par une aridité singulière car les perturbations climatiques abordent le Maghreb par l'ouest lorsque l'anticyclone des Acores occupe une position méridionale.

Figure 2 : Etages bioclimatiques de l'Oranie

Ces perturbations ne donnent le plus souvent que des précipitations médiocres pour deux raisons majeures:

- ce sont des perturbations lointaines qui ont traversées l'océan Atlantique où les contrastes thermiques sont atténués par le fait du réchauffement de l'air polaire,

- elles sont bloquées pendant un certain temps par la dorsale du Moyen Atlas et du Rif marocain, et sont le plus souvent occultes après ces barrières naturelles. Le bâti structural de l'Algérie est

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orienté nord-ouest, nord-est; le Tell oranais est à la même latitude que les hautes plaines constantinoises et pourtant la tranche pluviométrique recueillie est totalement différente.

Cette aridité est expliquée par le fait que la dorsale Moyen Atlas-Rif bloque les mouvements ascendants accentués qui redécouvrent une stabilité sur l'Algérie occidentale.

Le climat est relativement sec sur l'ensemble de la région, la pluviométrie est inférieure à 500 mm à l'exception des hauteurs et des monts de Tlemcen où elle atteint 800 mm sur une étendue appréciable. Cette tranche pluviométrique insuffisante est le plus souvent mal répartie. Le régime pluviométrique le plus fréquent est à un maximum hivernal dans la partie septentrionale de la région et automnale dans sa partie méridionale. La période de sécheresse atteint le plus souvent sept mois surtout au sud des chaînes de l'Atlas tellien et varie de cinq à sept mois plus au nord, notamment sur les plaines intérieures et chaînes telliennes.

La hauteur des pluies diminue d'est en ouest, elle baisse également du nord vers le sud et connaît une légère augmentation en exposition nord. Les quelques données chiffrées qui suivent illustrent ces observations:

A juste titre on avance que les végétaux et les animaux ne vivent pas de moyennes pluviométriques mais de réalités quotidiennes. Les hauteurs mensuelles peuvent, tout comme les annuelles s'écarter de leur moyenne et la répartition sur les douze mois de l'année est différente tant d'une année à l'autre que de la moyenne générale. La répartition des pluies en Oranie par saison est de l'ordre de 35% en hiver, 30% en automne, 10% en été et 25% au printemps ce qui confère à la région un régime pluviométrique du type H. A. P. E.

Tableau 1: Répartition des pluies en Oranie.

Stations

P mm

Nombre de
jours

Stations

P mm

Nombre de jours

ORAN

405

59

MAGHNIA

418

50

TLEMCEN

638

52

HAFIR

748

66

S.B.ABBES

395

61

SLISSEN

354

62

DHAYA

487

71

SEBDOU

306

65

1-4. CARACTERES EDAPHIQUES

Les renseignements sur la pédologie sont peu disponibles sur l'entité régionale, seuls quelques travaux localisés et sans importance pour notre étude ont été faits. Les sols de la région peuvent être classés en trois grands groupes: sols calcaires, sols rouges et sols calciques.

1-4.1 Sols calcaires

Formés sur des roches calcaires plus ou moins compactes, ils contiennent une certaine proportion de matière organique qui permet de les diviser en deux sous -type selon l'importance de cet élément. Les zones où ces sols dominent sont le plus souvent caillouteuses, des bancs de roc apparaissent sur les crêtes. C'est des terrains le plus souvent légers, perméables, à humus peu abondant se transformant assez rapidement. Ils occupent une partie assez importante de l'Oranie et sont localisés comme suit:

- sols calcaires typiques: entre le littoral et les versants méridionaux de l'Atlas,

- sols calcaires humifères situés entre l'Atlas plissé et les hautes plaines.

Ces sols se caractérisent par:

- présence de calcaire à un taux en liaison avec la nature de la roche-mère,

- l'horizon superficiel toujours moins riche en calcaire que l'horizon sous-jacent,

- la teneur en argile diminue en profondeur,

- la présence généralement d'un seul horizon différencié.

1-4.2 Sols rouges

On distingue trois types caractérisés généralement par une richesse en fer libre, une texture argilo-limoneuse et une friabilité:

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- terra rossa non calcaire (Ca CO3 inférieur à 1%),

- terra rossa peu calcaire (Ca CO3 inférieur à 10%),

- rendzines rouges.

La terra rossa est une formation rouge se rencontrant dans les régions karstiques (calcaire cristallin et dolomie), c'est des paléosols ayant pris naissance à la fin du tertiaire et ayant poursuivi leur formation au début du quaternaire. En ce temps les processus sur la pédologie étaient gouvernés par le climat tropical. A ce sujet DURAND (1954) soulignait: " les terra rossa servent de roche mère aux sols actuels qui peuvent être calcaires, insaturés, solonetziques et même podzoliques". Le terme de sol rouge méditerranéen est également souvent utilisé, cet auteur propose à juste titre de le réserver à l'association de sols qui se forment sur terra rossa, en zone karstique sous l'influence de microclimats.

Pour les rendzines rouges ALCARAZ en 1982 note: " elles proviennent d'un remaniement de terra rossa et de fragments de roches calcaires. Elles ont pris naissance sur des sols calcifères tendres, comme les marnes, par un processus identique à celui qui a donné naissance aux terra rossa. Les rendzines rouges se caractérisent également par le fait que l'horizon superficiel est plus riche en calcaire que les horizons sous-jacents, mais moins riche en cet élément que la roche mère."

1-4.3 Sols calciques

Concentrés sur les plaines steppiques et parfois sur les dépressions des hautes plaines telliennes ils sont caractérisés par un seul horizon, peu épais, plus ou moins riche en calcaire, avec un pourcentage appréciable de matière organique (entre 5 et 8%). Ce type de sol n'est que rarement colonisé dans notre zone par des formations forestières.

1-4.4 Synthèse

La répartition de ces principaux types de sol en Oranie permet d'avancer les conclusions suivantes quand à leur utilisation ou occupation:

- les sols calcaires non humifères sont colonisés par des formations basses à un stade de dégradation avancé ou par des cultures annuelles le plus souvent après défrichement,

- les sols calcaires humifères sont colonisés par une végétation forestière où dominent pinède et chênaie pures ou mixtes,

- les sols rouges colonisés par des formations assez diversifiées où dominent le chêne vert et son cortège,

- les sols calciques occupés essentiellement par l'alfa.

1-5 CARACTERES FLORISTIQUES

La végétation constitue un élément important du milieu physique, d'ailleurs elle n'est que le reflet de la qualité du sol et bien sur du climat. Sujet assez vaste et partiellement connu, dans cette partie notre prétention est de présenter les grandes caractéristiques floristiques en se limitant à faire ressortir les principaux traits de la seule végétation forestière.

1-5.1 Généralités

La flore nord africaine est très proche de celle du domaine méditerranéen d'Europe avec cependant un caractère nettement xérothermique. A ce sujet BOUDY (1948) notait: " En Algérie, Tunisie on compte 3.000 espèces végétales dont 1900 se retrouvent en Espagne, 1600 en Italie, 1500 en France, avec 700 endémiques...En Afrique du Nord on compte 270 espèces ligneuses dont 68 essences forestières: 17 principales ou sociales et 51 subordonnées. Les essences principales sont des arbres de première grandeur constituant des peuplements soit purs soit en mélange."

Un recensement des espèces principales et subordonnées (en reprenant les termes de BOUDY (1948) en Oranie nous donne la liste suivante:

- espèces principales:

Pinus halepensis, Quercus coccifera, Quercus suber, Quercus rotondifolia, Quercus faginea, Tetraclinis articulata, Pinus pinaster,

- espèces subordonnées

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Juniperus oxycedrus, Olea europea, Laurus nobilis, Rhus pentaphylla, Prunus avium, Pistacia lentiscus, Arbutus unedo, Pistacia therebentus, Erica arborea, Ilex aquifolium, Phillyrea angustifolia, Acer campestris

Les principales plantes ligneuses de l'Oranie ont été répertoriées puis classées selon d'abord un aspect botanique puis physionomique. C'est sur les groupements climaciques que les travaux se sont le plus concentrés. Les formations actuelles ne peuvent que représenter les grandes lignes, cependant même modifiées et perturbées, elles gardent un aspect indicateur important pour la reconstitution de la végétation.

Les principales associations végétales rencontrées sont:

1- Pinetum halepensis: Elle affecte plusieurs faciès, le pin d'Alep qui la caractérise est une espèce typique de l'étage semi-aride, colonisatrice garce à sa rusticité et sa plasticité, elle s'installe rapidement et piétine des essences dans leur milieu lorsque la tranche pluviométrique est faible et la température assez élevée. En Oranie on distingue un faciès littoral et sublittoral où cette association est très faiblement représentée en superficie et un faciès continental tellien de montagne constituant son aire de prédilection.

Elle présente la composition floristique moyenne suivante:

Quercus rotondifolia, Rosmarinus tournefortii, Pistacia lentiscus, Stipa tenassicima, Pistacia terebinthus, Genista tricuspidata, Phillyrea angustifolia, Genista quadriflora, Phillyrea media, Ampelodesma mauritanicum, Juniperus oxycedrus, Cistus villosus, Quercus coccifera, Chamaerops humilies

2-Callitricetum: Association purement xérophile et thermophile se développant cependant dans les mêmes conditions climatiques et édaphiques que le Pinetum halepensis cependant elle est sensible au froid et à l'humidité. Les principales espèces ligneuses constituant cette association sont:

Tetraclinis articulata, Rhamnus alaternus, Pistacia lentiscus, Rosmarinus tournefortii, Quercus coccifera, Ceratonia siliqua, Phillyrea media, Cistus ladaniferus, Arbutus unedo, Cistus villosus, Calycotum intermedia Erica multiflora, Genista quadriflora

3- Quercetum suberis: Association très fragile, en concurrence avec l'Oleo-lenticetum qui l'élimine des sols argileux au même titre que le Pinetum halepensis qui la domine sur sol calcaire; en altitude elle est concurrencée par le chêne zeen et le chêne vert. Sa composition floristique dépend de l'étage bioclimatique, en Algérie occidentale cette association se cantonne essentiellement dans l'étage subhumide où elle se maintient difficilement.

Les principales espèces contribuant à la formation de cette association sont:

Quercus suber, Ampelodesma mauritanicum, Quercus rotondifolia, Genista quadriflora, Quercus faginea, Cistus ladaniferus, Erica arborea, Cistus villosus, Arbutus unedo, Cytisus triflorus, Viburnum tinus, Rhamnus alaternus, Pistacia lentiscus, Phillyrea media

4- Quercetum illicis: C'est l'association la plus importante, robuste et plastique supportant froid et chaleur, végète lorsque les conditions lui sont défavorables et redémarre dés que celle-ci s'améliorent, arrive à s'adapter au couvert en sous-tasse pendant un assez long temps et colonise tout l'espace libre. Eliminée en terrain argileux par l'Oleo-lenticetum et en terrain sec et chaud par le Pinetum halepensis.

Elle présente deux faciès:

- un montagnard très xérophile avec une dominance des espèces suivantes

Quercus rotondifolia, Juniperus oxycedrus, Fraxinus dimorpha, Ephedra altissima, Rosmarinus tournefortii, Phillyrea media, Pistacia atlantica, Pistacia terebenthus

- un de basse altitude d'étage humide et subhumide avec des espèces indicatrices:

Quercus rotondifolia, Pinus halepensis, Quercus faginea, Juniperus oxycedrus, Olea europea, Ceratonia siliqua, Viburnum tinus, Rhamnus alaternus, Genista tricuspidata, Calycotome spinosa, Ruscus aculeatus, Pistacia lentiscus, Cytisus triflorus, Phillyrea media, Cistus salvifolius, Jasminum fruticans, Arbutus unedo, Cistus villosus, Erica multiflora, Rosmarinus tournefortii

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5-Oleo-lenticetum: Association xérophile et thermophile avec plusieurs faciès, généralement très dégradée elle représente l'expression typique de la végétation de la région sur terrain argileux dans l'étage semi-aride. Elle renferme les espèces suivantes:

Olea europea, Pistacia lentiscus, Quercus coccifera, Calycotome spinosa, Chamaerops humilis, Withania frutescens, Phillyrea media, Rhamnus elicoïdes, Ziziphus lotus, Cistus villosus

6-Quercetum faginea: Association dense, fermée et élevée, résiste à la concurrence des autres espèces de son étage bioclimatique, envahissante dés que les conditions écologiques lui sont favorables. Les principales espèces qu'elle renferme sont:

Quercus faginea, Quercus suber, Quercus rotondifolia, Cytisus triflorus, Ilex aquifolium, Ruscus aculeatus, Acer campestris, Viburnum tinus, Erica arborea, Cistus ladaniferus, Arbutus unedo, Ampelodema mauritanicum

1-5.2 Aperçut sur les principales espèces.

EMBERGER (1933) notait en ce qui concerne l'histoire de la végétation nord africaine: " l'histoire de la flore de la Berbérie comporte les étapes suivantes: destruction de la flore tropicale primitive par suite de la formation de la Méditerranée et du refroidissement des pôles, différenciation d'une végétation spécifiquement méditerranéenne pendant laquelle le monde tropical n'a pas cessé de reculer, mais a été compensé par un appel de plantes nordiques et la naissance d'un puissant endémisme."

Figure 3 : Principales formations végétales

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Les principaux éléments ligneux méditerranéens présents en Oranie, région où est située notre zone d'étude sont:

Strate arborescente: Pinus halepensis, Quercus rotondifolia, Juniperus oxycedrus

Tetraclinis articulata, Quercus suber, Quercus faginea, Tamarix gallica, Olea europea, Juniperus communis, Quercus coccifera, Acer monspessulanum, Fraxinus oxyphylla , Fraxinus dimorpha

Strate arbustive: Phillyrea angustifolia, Pistacia lentiscus, Pistacia atlantica, Arbutus unedo, Myrtus communis, Erica arborea

Strate buissonnante: Cytisus triflorus, Cytisus arboreus, Ruscus aculeatus, Viburnum tinus, Withania frutescens, Genista cinerea, Genista quadriflora, Ampelodesma maurianicum, Chamaerops humilis, Stipa tenacissima, Cistus villosus, Cistus salvifolius, Cistus ladaniferus, Rhamnus alaternus, Rhus pentaphylla, Erica multiflora.

1-6 LE MILIEU HUMAIN

En Algérie, depuis le XVI ème siècle, au moment de la domination turque, les courants nord-sud ont été étouffés et l'essentiel de l'activité se concentrait sur la mince frange littorale. Dés lors l'intérieur du pays se figeait socialement et sombrait dans une économie qui se sclérosait et devenait axée principalement sur l'élevage et une agriculture de subsistance. Jusqu'au XVIIIème siècle l'habitant de l'Algérie a utilisé les montagnes et les massifs forestiers comme terrain de parcours. Devant l'abondance des herbages les troupeaux se multipliaient et les besoins en pâturages s'accentuaient.

Ainsi le défrichement pris une allure remarquable et les terrains de parcours s'étendaient. Dés le XIX ème siècle certaines lois, issues de l'autorité coloniale, protégeant le milieu naturel et notamment les forêts furent mises en application et l'éleveur fut obligé de se discipliner, de prendre certaines habitudes et d'abolir ses méthodes de libre utilisation des formations végétales. Cette politique de préservation du milieu forestier s'adressait uniquement aux populations autochtones et ne laissait que deux alternatives aux éleveurs:

- limiter à outrance le nombre de têtes de leur troupeau ou s'en passer, chose difficilement admise et inconcevable puisque ce dernier constitue l'unique moyen de subsistance des familles touchées par l'expropriation des terres,

- soit avoir recours au pâturage illicite sous toutes ses formes et c'est cette solution qui semble être retenue malgré les sanctions aussi lourdes étaient-elles. Ainsi le pacage sur les terrains offrant la moindre ressource fourragère est devenu un droit pour les éleveurs au nom de la survie faisant fi de la répression.

En 1941 la région d'Oran comptait 125.000 usagers permanents de la forêt auxquels s'ajoutent les 90.000 temporaires. La population à laquelle on a imposé la vie pastorale était difficilement dissociable de la forêt. Cette relation permanente a eu pendant longtemps, de nos jours et prochainement pour conséquences les phénomènes de défrichement, de pâturage, de droit d'usage, de délits de coupe, d'incendies etc...

Souvent les conditions géographiques et naturelles suffisent à informer sur les grandes lignes des peuplements humains mais elles n'arrivent pas toujours à expliquer les traits, les caractères et la répartition de la population. L'appel et le recours à des facteurs historiques est nécessaire pour maîtriser certains paramètres fondamentaux tel que la structure, l'organisation et le comportement de cette population.

L'Algérie, pays du bassin méditerranéen où la présence de l'homme est le plus anciennement attestée, en Oranie en particulier. Elle a été depuis longtemps, bien avant d'autres dans l'histoire du Maghreb, peuplée par un mélange de population d'Orient, d'Afrique et d'Europe. La domination romaine a été à l'origine du maintient de la paysannerie du plat pays à l'écart de la possession de la terre et l'archaïsme des structures communautaires refoulées dans les zones montagneuses. L'Islam et l'arabisme apportés par des peuples dont la structure juxtaposant une population rurale organisée en tribus, des marchands caravaniers et des citadins.

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Plus perméable que le reste du pays, l'Oranie a connu une plus grande stabilité due aux diverses invasions qui ont aggravé son sous-peuplement. L'Oranie a été soumise à une forte emprise coloniale où les colons européens ont mis la main sur la majorité des terres cultivables utilisées par une agriculture spécialisée. Les exploitants tiraient l'essentiel de leur revenu de la spéculation ovine associée à la céréaliculture. Les montagnes, refuge des populations rurales refoulées par l'expansionnisme colonial sur les plaines, sont dégradées et où ne subsistent que des terres épuisées et quelques lambeaux de forêts utilisés en permanence par les troupeaux.

L'Oranie a ainsi hérité de la période précoloniale et coloniale avec les particularités suivantes:

- des disparités régionales opposant des montagnes refuges surpeuplées à des plaines intérieures, associant céréaliculture et vie pastorale, sous-peuplées; à des zones plates suburbaines,

- une vie urbaine se maintenant sur des prélèvements permanents surtout alimentaires sur la population productive précédente,

- les bouleversements causés par l'indépendance ont rompu le pseudo-équilibre maintenu par le nomadisme et la transhumance au profit d'une sédentarisation plus destructive. Ainsi les anciens pasteurs sont devenus bergers en étroite dépendance avec l'agriculture,

- céréaliculture, élevage et industrialisation ont agit sur la répartition de la population qui a un impact direct sur le milieu naturel,

- la faiblesse de la densité est compensée par un habitat épars remarquable par sa distribution par rapport à la couverture végétale forestière,

- l'importance des enclaves à l'origine de l'installation et du développement des agglomérations dans les massifs forestiers avec les divers problèmes causés par les populations riveraines.

2-APERÇU HISTORIQUE SUR LES FORETS

L'étude de la végétation n'a de signification que si tous les facteurs qui la conditionnent sont maîtrisés ou du moins identifiés. Le milieu humain et son impact sur et dans le domaine forestier mérite une brève analyse.

2-1 SITUATION DE LA COLONISATION A L'INDEPENDANCE (1830-1962).

Les renseignements avant cette période sont peu nombreux et surtout imprécis donc peu fiables que ce soit dans le domaine de la répartition, de la superficie, de la description ou de l'utilisation des forêts. Pourtant c'est pendant l'époque romaine et musulmane que la couverture végétale du pays et de l'Oranie en particulier a subit des dégradations importantes.

La période coloniale peut être assez bien cernée garce notamment aux travaux de synthèse de BOUDY (1948-1954) que nous n'avons point la prétention de résumer mais plutôt de mettre en relief les faits saillants ayant une incidence directe sur la couverture végétale. Pour résumer la situation des forêts durant cette période trois étapes sont à retenir:

- 1830-1930: déforestation liée à la conquête coloniale, suivie d'une extension des terres agricoles au détriment exclusif des formations forestières en équilibres. Les besoins en bois ont été satisfaits par le biais de défrichements alarmants permettant en même temps l'installation massive des colons. De par les différents objectifs qu'atteignaient ces actions: disponibilité de bois, augmentation de la surface agricole, facilité d'installation et refoulement des populations locales. Le défrichement est la caractéristique principale de cette période. La création de ressources financières imposait une exploitation abusive des subéraies et des nappes alfatières.

- 1939-1946: les besoins en bois de chauffage dans le continent s'accentuaient durant la deuxième guerre mondiale et toutes les forêts vont subir la plus intense et meurtrière exploitation de leur histoire durant plusieurs années de suite. Ceci s'est traduit par une surexploitation dont les conséquences se font sentir même de nos jours car toute la structure de la végétation et la physionomie des formations et des peuplements ont été perturbées en plus du défrichement.

- 1954-1962: suite à une période de défrichement et une autre de surexploitation vient une troisième caractérisée par une volonté manifeste de destruction. Les principales formations

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végétales en place étaient à plus de 6O% des maquis furent soumis à des bombardements et des incendies meurtriers qui anéantirent le restant de forêt.

Cette dégradation du milieu naturel et cette déforestation à outrance menées sur plus d'un siècle ont eu pour conséquence:

- sur le plan humain une déstructuration totale du milieu rural par le refoulement des paysans parés leur dépossession de leur unique et irremplaçable bien qu'est la terre. La subsistance même de cette population versée depuis des millénaires au travail de la terre est remise en cause. Les conditions de vie précaires auxquelles s'affrontait cette population ont eu pour conséquence l'utilisation à outrance de ce qui restait de la végétation ligneuse. Ainsi d'utilisateur rationnel et en harmonie avec les possibilités qu'offrait le milieu forestier, l'homme déstabilisé est devenu un facteur dégradant.

- sur le plan physique en plus de la diminution remarquable du taux de boisement de la région il y a toutes les répercussions qui en découlent et surtout le déclenchement de processus de l'érosion véritable plaie des terrains productifs capables de retenir et subvenir aux besoins tant des populations que de leurs troupeaux.

- sur le plan économique on assiste à un épuisement constant des réserves forestières avec un déséquilibre accentué où un stade irréversible est atteint par endroit ne permettant point un retour à l'équilibre même avec d'énormes sacrifices.

2-2. SITUATION PRESENTE

Malgré la prise de conscience dans le domaine, devant la dégradation accélérée, les actions entreprises malgré l'importance de leur volume financier se caractérisent par une absence de programmation et d'objectifs techniques à atteindre. La cause principale de cette situation résidait et l'est toujours dans une absence de politique forestière à même de répondre aux préoccupations du secteur.

- 1962-1966: le souci majeur durant cette période était de freiner l'exode rural particulièrement important et menaçant les villes, la protection des terres menacées par l'érosion et le reboisement. Devant la précipitation et l'absence de maturation des projets, malgré les moyens humains et financiers mobilisés, les résultats obtenus étaient dérisoires et la couverture végétale pérenne continuait à régresser et se dégrader.

- 1967-1973: les actions entreprises se distinguent par un manque de continuité et d'hétérogénéité dans les objectifs. C'était surtout la solution de problèmes ponctuels et conjoncturels qui étaient pris en charge. Toutes les interventions programmées et concrétisées tant bien que mal ne répondaient nullement aux besoins réels et urgents indispensables aux formations végétales. L'analyse comparative des investissements forestiers avec leur impact sur le milieu forestier est tellement contradictoire qu'on est tenté d'avancer qu'il fallait depuis 1962 seulement et essentiellement protéger.

- 1974-1983: aucune politique forestière ne se dégage, c'est les mêmes actions routinières qui se réalisent chaque année sans objectif ni écologique ni économique. Ce n'est que durant cette période que des études d'aménagement de massifs forestiers sont entreprises.

Cependant un facteur nouveau de dégradation apparaît: l'incendie qui ravage en moyenne annuellement plus que ce qui est planté et dont la probabilité d'échapper au feu est très faible (généralement moins de 20 ans, donc avant l'âge d'exploitabilité). L'utopie des responsables ayant élaboré des textes de protection de la forêt en bureaucratisant les rouages et en axant le tout sur l'interdiction à l'homme d'utiliser le milieu forestier. Les résultats sont connus, une recrudescence des incendies où la moyenne annuelle avoisine les 25 à 30.000 hectares.

- 1984-1988: période de réorganisation et de restructuration du secteur forestier dont la résultante s'est limitée à une redynamisation de l'exploitation forestière pour répondre aux besoins en bois de l'industrie. Les études sur lesquelles se basaient les interventions étaient en somme toutes dépassées, certaines n'étaient appliquées que partiellement. Jamais la dégradation

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officielle des forêts n'a été aussi importante, c'est l'ère d'entrée de la forêt algérienne dans l'économie du pays en livrant à l'industrie du bois plus de 100.000 tonnes.

Le rapport de la F.A.O (1990) fixe la couverture végétale à 3.700.000 hectares dont 1.900.000 hectares de formations dégradées. La situation se résume ainsi:

Tableau 2: Situation des surfaces en Algérie.

Couverture végétale

Superficie Ha

% S.T

% le nord

 

3.700.000

1,50

12,3

Forêts

1.800.000

0,75

6,20

Forêts économique

1.200.000

0,50

4,15

Forêts de protection

600.000

0,25

2,10

Formations dégradées

1.900.000

0,79

6,50

Superficie totale

240.000.000

-

-

Superficie du nord

28.885.000

-

-

La répartition des surfaces par espèces dominantes entre les années 1955 et 1984 se récapitule comme suit:

Tableau 3 : Surface occupée par espèce forestière.

Principales

1955

1984

Différence en %

Espèces

Surface

%

Surface

%

 

Pin d'Alep

852.000

25,9

881.000

24

- 1,9

Chêne vert

700.000

21,3

108.000

2,9

-18

Chêne liège

425.000

12,9

229.000

6,2

- 6,2

Genévrier

290.000

8,9

18.000

0,5

- 8

Thuya

157.000

4,8

93.000

2,5

- 6,3

Chêne zeen afares

66.000

2,0

48.000

1,3

- 6,3

Cèdre

30.000

0,9

16.000

0,4

- 0,5

Pin maritime

12.000

0,3

32.000

0,9

+ 0,6

Eucalyptus

-

-

43.000

1,2

+ 1,2

Forêts mixtes

46.000

1,4

302.000

8,2

+ 6,8

Divers

-

-

24.000

0,6

+ 0,6

Total forêt

2.578.000

78,4

1.794.000

48,9

-29

Total maquis

711.000

21,6

1.876.000

48,9

-29

Total général

3.289.000

100

3.670.000

100

 

3-APPROCHE METHODOLOGIQUE

Pour atteindre l'objectif principal recherché par ce travail, à savoir la description et la compréhension de la dynamique de la physionomie et de la structure de la végétation ligneuse face à la pression permanente exercée par l'homme et ses animaux, la démarche a été adoptée.

3-1. APPROCHE METHODOLOGIQUE

Pour maîtriser le comportement et la dynamique de la végétation de la région étudiée deux possibilités intéressantes s'offrent:

- choisir un domaine scientifique limité sur un domaine géographique restreint et mener dans ce cadre une étude phytoécologique ou phytogéographique avec précision suivant des modèles classiques ignorant un facteur important: l'action de l'homme et de l'animal sur cette végétation,

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- prendre globalement le problème du milieu végétal dans son ensemble et essayer de découvrir et comprendre sa liaison et son interaction avec l'élément humain et ses activités pour apprécier le comportement de la végétation face à son environnement réel.

Certes la première solution est tentante, il suffit de transposer sans les changer les méthodes classiques connues sur notre territoire d'étude, les résultats obtenus n'auraient sans aucun doute pas été négligeables ne serait-ce que par la description d'une multitude d'associations végétales, il y va de même pour le sol et les autres paramètres écologiques avec leur interaction sur la végétation. Mais l'arbre aurait tout de même caché la forêt!

La deuxième solution par contre est plus ardue, ce n'est plus une portion de territoire mais une région où plusieurs facteurs interviennent exigeants de nouvelles méthodes et techniques d'investigations puisant à toutes les sources possibles et dans plusieurs disciplines les informations nécessaires. C'est cette seconde voie que nous avons favorisé par goût de synthèse peut être mais surtout par l'utilité et l'intérêt pratique qu'elle offre surtout.

La conception globale du milieu est la base de notre raisonnement, dans un espace où les éléments biotiques, abiotiques et anthropiques sont intimement liés par des relations univoques ou réciproques. Ils les rendent plus ou moins dépendantes les unes des autres et il n'est donc pas logique de restreindre la notion de milieu à une partie seulement de ses composantes.

A ce sujet DOBREMEZ (1970) notait: " C'est une tendance générale, d'ailleurs, d'aller vers une notion de plus en plus synthétique du milieu, tendance qui se développe chez la plupart des botanistes qui ajoutent maintenant au découpage du milieu végétal en associations phytosociologiques ou groupements végétaux les données correspondantes de pédologie, de micro-climatologie et qui arrivent aussi à la notion d'écosystème ou de biotope ". Les éléments du milieu réagissent aussi avec des facteurs biotiques et anthropiques qu'il faut donc inclure dans le milieu. Il est anormal pour de simples raisons de logique d'aborder les problèmes très particuliers d'écologie avant même d'identifier et de comprendre les problèmes généraux qui les gouvernent.

Le milieu est un concept global synthétisant les interactions de nombreux éléments le plus souvent indissociables où il est quasiment impossible de déterminer une limite dans ce concept multidimensionnel sans l'altérer gravement et le dénuder de toute signification synthétique sur laquelle il est basé.

3-2 . PROBLEMATIQUE

Certaines données sont facilement accessibles ou récoltées sur le terrain ou à travers la bibliographie traitant de l'Oranie dans ces aspects précis. Les travaux sur la région sont peu nombreux, le plus souvent localisés et sans importance pour notre travail.

L'interaction entre la forêt, l'homme et son élevage a atteint un stade très avancé où toute modification irréfléchie de ces relations risque d'avoir de lourdes conséquences sur le milieu naturel. Le principal problème réside dans la manière dont l'homme agit avec son troupeau sur le milieu forestier sans interruption. Les résultats obtenus sont alarmants au regard du stade de dégradation atteint pat toutes les formations végétales. Il ne vient plus d'ailleurs à l'idée d'aucun écologue de nier l'importance du facteur humain dans l'écosystème. Ce n'est que par une parfaite maîtrise des manifestations de l'activité humaine qu'il est possible de positionner les activités humaines à leur vraie place dans le milieu.

Ainsi on pourra tendre vers la conception d'un système cohérent dans lequel chaque élément abiotique, biotique et anthropique doit trouver sa place et son activité optimale tout en préservant l'équilibre de l'écosystème.

3-3 .DECOUPAGE DU MILIEU

Les facteurs écologiques ne varient pas systématiquement d'un point à un autre et certaines zones de ce fait présentent une stabilité relative de leurs caractéristiques. C'est sur cette notion de stabilité des facteurs édapho-climatiques et biologiques que se basera le découpage de la région pour pouvoir faire un travail d'analyse, de description et de synthèse efficace.

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La notion de zone isopotentielle définie dés 1963 par OZENDA est un outil de travail intéressant mais devant l'importance de la région d'étude et les objectifs fixés nous retiendrons la notion de zone écologique au sens large.

3-3.1 Critères de découpage

Le critère principal est l'homogénéité qui est la résultante de tous les facteurs; basée sur la répétitivité d'une image. Tous les facteurs n'ont pas la même importance car souvent l'un d'entre eux est prépondérant imposant ses caractères au milieu. Les principales variables à prendre en compte sont:

- les conditions édapho-climatiques,

- le milieu humain,

- la végétation.

C'est la végétation qui est le facteur déterminant et prépondérant car elle set le reflet et la résultante de toutes les autres variables du milieu. Il n'est donc pas étonnant que la végétation soit un facteur privilégié dont l'étude est indispensable. Son seul défaut est qu'elle n'a pas de mémoire et n'arrive pas toujours à renseigner sur le passé (la dendroécologie arrive à lire cette mémoire mais est encore absente dans notre pays). Elle est très sensible à la pression humaine et conserve pendant un laps de temps appréciable les séquelles des agressions dont elle a été victime.

La pauvreté des archives scientifiques et d'études récentes ou anciennes est à l'origine du choix d'une méthode simple et rigoureuse à la fois, basée sur des critères synthétiques capables de palier à l'absence presque totale de données fiables.

Nos travaux de recherches publiés en 1983 sur la mise au point d'une méthodologie d'appréciation de l'action anthropozoogéne sur la végétation ont été utilisés. Les principaux paramètres pris en compte sont:

- le climat (facteur de découpage important),

- le milieu physique (type de sol et orographie déterminants pour un découpage),

- le milieu humain (activités et impact significatifs pour justifier le découpage),

-l'élevage (en liaison avec le milieu humain),

- le végétal (résultante des conditions du milieu).

Le végétal à lui seul permet de synthétiser toutes les interactions et de les comprendre, les particularités de chaque facteur et ses répercussions sur le végétal sont identifiées. C'est sur ce dernier élément que reposent tous nos travaux puisque l'objectif principal est de comprendre et d'identifier le comportement des différentes formations végétales forestières face aux agressions qu'elles subissent. De ce fait et en axant nos investigations sur le végétal nous utiliserons les méthodes classiques de description de la végétation axées essentiellement sur le relevé de végétation selon BRAUN-BLANQUET (1934) et le dynamisme végétal basé sur la succession des formations végétales dont une nomenclature a été définie.

3-3.2 Traitement des données.

Depuis quelques années des méthodes statistiques et mathématiques sont utilisées pour le traitement des données écologiques. Ce procédé sera utilisé pour faire une comparaison avec la démarche classique et apprécier la rigueur et la représentativité de chacune des méthodes.

3-3.2.1 Les analyses factorielles.

Depuis la mise au point de l'Analyse Factorielle des Correspondances (BENZECRI, 1964 et CORDIER, 1965), cette méthode a été utilisée avec succès par de nombreux auteurs spécialisés en phytoécologie (GUINOCHET, 1973; BONIN, 1978 etc...).

L'interprétation des résultats repose sur l'examen des différents renseignements fournis à l'issue du traitement, en particulier:

- Le tableau des valeurs propres:

Inertie du nuage le long de l'axe,

Taux d'inertie (% de chaque valeur propre par rapport à l'inertie totale du nuage)

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Histogramme des valeurs propres qui apprécie la prépondérance des axes les uns sur les

autres.

Si les valeurs propres sont grandes, on observe au niveau des axes, des groupes d'individus bien regroupés.

Le tableau des contributions (C.T.R et C.O.R):

Eléments importants dans l'interprétation. Les contributions absolues (C.T.R) expriment la contribution d'un point dans la constitution d'un axe. Les contributions relatives (C.O.R) expriment la contribution da l'axe dans l'explication de la dispersion d'un point.

Les points ayant les fortes C.T.R ou C.O.R dans les deux pôles c'est à dire du côté négatif et du côté positif sont la base de l'interprétation de l'axe.

- La répartition des points au niveau des axes:

Si les axes ont de fortes valeurs propres, les groupes de point sont bien individualisés. Dans le cas contraire, les points se regroupent au centre des axes qui correspondent à la situation moyenne et il est difficile de délimiter des groupes homogènes. Il est alors préférable de faire recours à la classification hiérarchique ascendante qui présente un intérêt particulier dans le classement des relevés de végétation.

3-3.2.2 Méthode phytoécologique.

Toutes les quantifications et appréciations faites sur la végétation et les interactions avec le milieu ne pouvaient être chiffrées et utilisées par la méthode statistique et mathématique. De plus la démarche adoptée obéissait essentiellement à une perception humaine d'éléments écologiques et de visualisation de l'organisation. Sur ce sujet DOBREMEZ (1972) soulignait: "L'ensemble de ces méthodes a pour finalité d'accélérer le traitement des données et d'ôter toute subjectivité aux études écologiques. Le premier but est louable, le second illusoire...Quand à l'objectivité des méthodes modernes c'est un leurre. Le traitement est effectivement objectif, mais les données choisies, collectées par les chercheurs sensibles à tel caractère plus qu'à tel autre, sont entachées de cette fameuse subjectivité qu'il faudrait arracher à tout prix des études biologiques ". Le chercheur en découvrant sa zone perçoit une foule de données qu'il arrive à synthétiser et résumer par une phrase ou un mot: c'est cela la subjectivité en matière d'écologie! Les méthodes modernes ne traitent que des informations précises codifiées qui sont transmises à la machine. Est-il possible de transmettre à la machine tous les éléments perçus par l'esprit?

On a préféré travailler surtout avec la « méthode traditionnelle » car nous avons jugé qu'elle convenait au mieux à notre travail car tous nos recueils d'information sur le terrain sont basés sur la conceptualisation de la notion de facteur dominant et prépondérant qui est la finalité de la perception.

L'étude de la végétation en vue de connaître sa structure, sa dynamique et sa composition peut être abordée en combinant plusieurs méthodes d'investigations:

-Méthode phytoécologique analytique: cette méthode étudie le comportement de chaque espèce vis à vis de chaque descripteur écologique. Elle devrait aboutir en principe à des groupes espèces ou « groupe écologique » qui ont même affinité vis à vis de chaque facteur écologique. A ce sujet EZZAHIRI (1989) note: " Mais il faut faire remarquer que dans le milieu naturel, les espèces s'associent non pas en fonction d'une variable écologique mais plutôt de la résultante de l'action des différentes composantes du milieu ".

-Méthode phytoécologique globale: elle repose sur l'utilisation conjointe des facteurs du milieu, de la végétation et des peuplements pour définir les groupements végétaux et parvenir ensuite à une description détaillée de la végétation.

Chaque méthode a ses avantages et ses inconvénients et pour palier aux lacunes éventuelles, nous avons adopté une démarche qui combine à la fois les analyses floristiques détaillées par placette et les conditions écologiques (méthode phytoécologique).

Les données ont été codées et traitées sur des bases numériques par l'analyse factorielle des

correspondances et la classification hiérarchique ascendante (C.H.A). Ces deux traitements se

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complètent puisque le premier est une ordination, le second une classification qui opère des césures à l'intérieur de la matrice de base.

-Méthodes d'investigation sur terrain: l'application de l'A.F.C à l'étude des groupements végétaux de même que pour une exploitation classique de l'information phytoécologique passe nécessairement par la récolte de données floristiques. Celle-ci ont été réalisées là où ont été choisies les placettes dendrométriques et descriptives. ces placettes sont de forme carrée, de 400 mètre-carrés de surface, nettement suffisante pour représenter l'aire minimale du groupement végétal et surtout pour pouvoir apprécier la dynamique et la structure comparées entre placette.

Chaque relevé de végétation consiste en un inventaire complet de toutes les espèces ligneuses présentes, en affectant chacune d'elle des deux indices d'abondance-dominance et sociabilité. Le premier exprime l'espace occupé par la projection au sol de l'ensemble des individus d'espèce. L'échelle utilisée est celle de BRAUN-BLANQUET (1961):

+: espèce simplement présente (recouvrement et abondance quelconque

1: espèce abondante et recouvrement faible ou assez peu abondante

2: espèce très abondante avec un recouvrement supérieur à 5%

3: abondance quelconque avec un recouvrement compris entre 25 et 5O%

4: abondance quelconque avec un recouvrement compris entre 5O et 75%

5: abondance quelconque avec un recouvrement supérieur à 75%

La sociabilité traduit quand à elle le mode de distribution des individus de la même espèce les uns par rapport aux autres.

Cinq indices sont définis:

1: individus isolés

2: individus en groupe

3: individus en troupe

4: individus en petites colonies

5: individus en peuplement continu

-Dépouillement des données: une liste de toutes les espèces est dressée en vue de faire une classification par ordre alphabétique et numérotées. Un tableau de correspondance floristique est réalisé avec les données de base sous forme d'une matrice à double entrée où les espèces végétales sont en lignes et les relevés sont disposés en colonnes. A l'intersection des deux lignes figure l'indice de présence d'espèce ou son abondance-dominance.

Pour le premier codage, nous utiliserons le critère ( 0, 1 ) qui correspond à l'absence-présence. Ce type de codage a l'avantage de discriminer les groupements végétaux. VEDRENNE (1982) a conclu que l'apport des analyses numériques ne tenant compte que de la présence-absence des espèces semble être plus grand que celui où les Coefficients d'Abondance Dominance interviennent dans le calcul.

3-4. ZONES HOMOGENES RETENUES

La détermination de l'aspect physionomico-structural de la végétation face à la pression anthropozoogène sera abordée suivant la démarche suivante:

- identification d'ensembles géographiques homogènes par leurs caractères édaphoclimatiques, physionomiques et humains,

- localisation des formations végétales par forêt (entité de gestion)- choix des forêts représentatives des principaux groupements végétaux à différents stade de dégradation.

Cette démarche de zonage repose sur les éléments suivants:

- identification et localisation des différents groupements végétaux,

- approche de la dynamique de la végétation,

- connaissance des principaux paramètres écologiques,

- maîtrise de la quantification des facteurs dégradants,

- représentativité des groupements végétaux.

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Pour chacune des formations végétales déterminée par étage bioclimatique, un échantillonnage, le plus représentatif possible a été réalisé; ce afin de mettre en évidence le comportement des individus végétaux sous toutes les conditions écologiques. Dans chaque placette d'observation des individus représentatifs de l'ensemble des populations ont été sélectionnés en se basant sur un nombre d'arbres proportionnel au total répertorié, et ce dans un rapport le plus proche possible de 1/5 pour que les individus des principaux paramètres évalués soient représentés en fonction de leur nombre. Un arbre moyen représentatif de la placette ou d'un paramètre déterminé a été défini.

Cette démarche a pu être concrétisée grâce à l'appui de la photoaérienne, aux cartes des peuplements, à la carte des étages bioclimatique et aux relevés de végétation descriptifs des différentes forêts. Des études sommaires mais servant de base ont également été utilisées tel que celle de l'aménagement des forêts du massif de Télagh (O.N.T.F. 1975), l'inventaire des terres et des forêts des wilayate de Sidi Bel Abbes et Tlemcen réalisé par le B.N.E.D.E.R en 1982.

Figure 4 : Carte de localisation des forêts retenues

La première approche nous a permis de définir trois grands ensembles géographiques et géobotanique avec six sous-ensembles (Tableau N° 1)

1- Monts de Tlemcen

- versant nord - versant sud

2- Zone intermédiaire

- versant nord - versant sud

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3- Monts de Dhaya - versant nord

- versant sud

Une étude basée sur la composition et la structure grossières de la végétation des six sous-ensembles nous a permis de retenir onze forêts représentatives de la région étudiée à raison de:

- quatre forêts pour le premier ensemble (52.120 hectares)

1- Beni Boussaïd

2- Hafir

3- El Khémis

4- Azails

- trois forêts pour la zone intermédiaire (25.120 hectares)

1- Djebel Ouargla

2- Toumiet

3- Touazizine

-quatre forêts pour le troisième ensemble (74.480 hectares)

1- Beni Mathar

2- Zégla

3- Fénouane

4- Doui Thabet

Soit onze forêts représentatives totalisant une superficie de 151.720 hectares sur une région forestière occupant prés de 600.000 hectares ce qui équivaut à une représentativité de l'ordre de 20%.

3-4.1 Présentation des forêts retenues.

L'ensemble des forêts représentatives retenues sont situées sur les monts de Tlemcen et les monts de Dhaya ((Tableauannexe N° 2) qui accusent le plus fort taux de boisement de la région. Leur végétation se caractérise par une diversité en espèces et en formations végétales, une hétérogénéité des peuplements, une présence remarquable de formations mixtes, une multitude de stades de dégradation et une action humaine diversifiée. A ces particularités intéressantes, puisqu'elles constituent des paramètres faisant partie intégrante de l'évolution de la végétation, s'annexent d'autres critères ayant présidés à la sélection de ces onze forêts: appartenance à l'étage bioclimatique, type de pression à laquelle la forêt est soumise, localisation géographique, composition floristique, superficie occupée, et la localisation dans l'espace régional.

Les surfaces des forêts retenues varient de 2570 à 56.630 hectares avec une répartition de:

1 comprise entre 1.000 et 5.000 ha

6 comprises entre 5.100 et 10.000 ha

2 comprises entre 10.100 et 15.000 ha

1 comprise entre 15.100 et 20.000 ha

1 comprise entre 55.100 et 60.000 ha

Dans la région il y a lieu de noter que: 30 forêts ont une surface comprise entre 1.000 et 5.000 ha, 14 entre 5.100 et 10.000 ha, 5 entre 10.I00 et 15.000 ha, 1 entre 15.100 et 20.000 ha, 2 entre 30.100 et 40.000 ha et 1 entre 50.100 et 60.000 ha. Cette répartition globale confirme que les onze forêts représentatives obéissent à une distribution spatiale sur la région et à la notion de superficie.

3-5. DESCRIPTION DES ENSEMBLES

Les ensembles ont pu facilement être identifiés au regard de l'impact des paramètres tant physiques (géologie, sol, topographie et climat) qui sont assez discriminants. Confortés par un échantillonnage orienté, l'identification d'ensembles homogènes assez représentatifs de la zone d'étude a été réalisée.

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3-5.1. Echantillonnage

C'est la stratégie d'échantillonnage stratifié basé sur plusieurs types de stratificateurs: descripteurs topoclimatiques, descripteurs de peuplements utilisés par de nombreux spécialistes en phytobiologie (GODRON 1971, 1976; GODRON et DAGET 1982; FRONTIER 1983). LECOMPTE (1984) a retenu le gradient climatique comme base d'échantillonnage, c'est un élément important dans la répartition spatiale de la végétation.

Dans chaque forêt des placettes descriptives de 400 mètre-carrés ont été installées pour apprécier l'aspect physionomico-structural et la composition floristique afin de dégager les principaux groupements végétaux. La surface de la placette la plus représentative, celle qui nous permet d'avoir le maximum de renseignements fiable est 350 mètre-carrés que nous avons arrondi à 400 pour une facilité d'installation sur le terrain.

L'installation des placettes descriptives s'est basée sur les éléments suivants:

- l'homogénéité floristique par étage bioclimatique et la structure et composition relativement stable des forêts sélectionnées ont facilité l'installation et la définition du nombre de placettes d'analyse et d'observations,

- chaque forêt a été divisée en zones homogènes où la surface moyenne minimale est de 200 hectares, le risque d'erreur a été minimisé par l'importance de la surface de la placette,

- le nombre de placette installées se chiffrant à 310 ce qui équivaut à une surface de 500 hectares représentée par chaque placette que nous estimons assez représentative, connaissant la composition floristique de nos formations forestières et leur stabilité.

La répartition du nombre de placette par forêt est récapitulée dans le tableau suivant:

Tableau 4 : Répartition des placettes par forêt.

FORETS

LOCALISATION

SUPERFICIE

Nombre

Beni Boussaïd

Monts de Tlemcen

13.280

25

Hafir

Monts de Tlemcen

09.870

20

El Khémis

Monts de Tlemcen

18.980

35

Azaïls

Monts de Tlemcen

08.990

15

S/ Total

Monts de Tlemcen

51.120

95

Djebel Ouargla

Zone Intermédiaire

07.22O

20

Toumiet

Zone Intermédiaire

05.660

10

Touazizine

Zone Intermédiaire

12.240

25

S/ Total

Zone Intermédiaire

25.120

55

Beni Mathar

Monts de Dhaya

09.600

20

Zégla

Monts de Dhaya

56.630

80

Fénouane

Monts de Dhaya

05.680

35

Doui Thabet

Monts de Dhaya

02.570

15

S/ Total

Monts de Dhaya

74.480

150

3-6. DESCRIPTION DES ENSEMBLES

A première vue, basée essentiellement sur les caractéristiques géographiques, la région peut également être découpée en trois grands ensembles où se distinguent:

- une partie méridionale caractérisée par des formations végétales très dégradées où dominent les espèces arbustives et buissonnantes; les espèces adaptées à la sécheresse et résistantes surtout aux agressions de l'homme et de ses troupeaux constituent l'ossature principale de ces formations,

- une zone septentrionale colonisée par des peuplements et des groupements végétaux moins dégradés où les possibilités d'évolution sont présentes. C'est dans cette mince frange du territoire que se concentrent les principales formations végétales où persistent encore localement et dans

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des conditions particulières des stades paraclimaciques qu'il faut à tout prix sauvegarder. C'est des objectifs concrets vers lesquels il est possible de tendre et freiner ainsi le processus de steppisation,

- une zone centrale occupée par les seules forêts de la région présentant une diversification remarquable dans la composition et la structure mais où les facteurs dégradants altèrent déjà cet équilibre. Très hétérogènes et perturbées en permanence ces formations végétales ne seront que des vestiges si rien n'est fait pour les sauver.

Chaque zone présente des particularités imposées par les conditions de milieu et la nature et l'intensité des pressions qui s'y exercent et imposent à la végétation une composition et une structure propre (tableau annexe 2).

3-6.1 Les monts de Tlemcen.

Ils sont divisés en trois ensembles:

- les Hautes plaines steppiques formant un plateau dont l'altitude oscille entre 1000 et 1200 mètres limitées au sud par les djebels de Sidi El Abed (1540 m) et Mékaïdou (1436m). Dominées du point de vue géologique par des dépôts lacustres et alluvions anciens reposant sur une croûte calcaire, entre El Aricha, Ras El Ma et Djebel Sidi El Abed c'est les calcaires et dolomies. Le climat est du type aride froid avec une pluviométrie annuelle de 200 à 600 mm, 66% de la superficie reçoit une tranche inférieure à 400 mm avec un nombre de jour de gelée remarquable, supérieur à 70. Les forêts n'occupent que 13.600 ha soit 6% de la superficie totale, les terres labourables le double.

Toutes les formations végétales intéressantes ne sont pas situées dans cette zone qui est hostile à toute végétation ligneuse à l'exception de quelques taillis de chêne vert qui se maintiennent difficilement c'est l'aire de prédilection du genévrier oxycédre, du lentisque et du thuya. Les conditions de milieu et les pressions anthropozoogènes permanentes sont peu favorables au développement de la végétation ligneuse pouvant donner des formations végétales même de second ordre, seules quelques espèces à très fort pouvoir de rejeter de souche végètent et se maintiennent.

La densité est de 6 habitants au kilomètre-carré caractérisée par un habitat épars, la surface agricole utile par foyer est de l'ordre de 7 ha tandis que le nombre d'équivalent ovin par famille est de 53. La surface forestière par foyer est évaluée à 5 ha ce qui explique la forte et continuelle agression que subissent les formations végétales. La forêt d'El Khémis dans sa partie méridionale se trouve en contact avec les caractéristiques déterminantes de cette zone. Le choix idéal aurait été la forêt d'Ouled Nehar Gheraba mais sa situation en zone militaire nous a contraints à l'éliminer.

- les monts de Tlemcen dans leur versant sud: c'est une succession de plateaux karstiques formés de calcaire jurassique plissé s'élevant en escalier jusqu'à des altitudes de 1800 m sur leur bordure sud dominant les hautes plaines steppiques. Prés de 80% de la superficie est concentrée sur des altitudes de 1000 à 1400 m, 10% entre 1400 et 2000 m où se situent les principaux djebels: Dar Cheikh 1616 m, Assas 1613 m, Tenouchfi 1843 m, Mimouna 1537 m d'où un terrain accidenté avec 52% de la superficie sur des pentes supérieures à 25%. le climat se distingue par une tranche pluviométrique comprise entre 300 et 600 mm sur prés de 60% de la superficie et 600 à 900 mm pour le reste du territoire. Les terres agricoles n'occupent que 16% de la superficie soit 21.000 ha tandis que les formations végétale s s'accaparent 71.000 ha soit 53% où les formations claires et dégradées occupent plus de 70%. Les parcours quand à eux colonisent 34.000 ha soit 26% et ont tendance à prendre de l'ampleur au détriment des autres spéculations car les précipitations sont faibles là où se concentrent les formations végétales.

La densité est de 6 habitants au kilomètre carré avec un habitat épars assez important, une surface agricole utile par habitant de l'ordre de 15 ha et forestière ne dépassant pas 10 ha. Le nombre d'équivalent ovin par habitant est de 20 ce qui pose encore une fois le problème de la surcharge pastorale avec toutes ses conséquences.

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Les deux principales forêts de cet ensemble, en contact direct avec les hautes plaines steppiques où se concentrent la majorité des forêts sont El Khémis et Djebel Ouargla.

- les monts de Tlemcen dans leur versant nord: zone montagneuse occupée de vallées creusées par l'oued El Khémis et l'oued Tafna à l'ouest et l'oued Isser à l'est. Suite de séries de plateaux karstiques formés de calcaire du Jurassique plissé s'élevant rapidement de 400 à 1700 m où 65% de la superficie est dans la tranche 800-1400 m ce qui explique les 60% de la surface sur pente supérieure à 25%.

Les précipitations sont assez importantes, 34% de la superficie reçoit une tranche annuelle comprise entre 700 et 800 mm, 30% entre 600 et 800 mm, 15% entre 800 et 900 mm. La moyenne annuelle est de 748 mm ce qui permet à l'étage bioclimatique subhumide d'occuper prés de 65% de la surface.

L'occupation des sols est dominée par la surface agricole utile et les formations végétales, respectivement 50.000 et 84.000 ha soit 30 et 53% de la surface totale. Les terrains de parcours occupent quand à eux une surface appréciable de 56.000 ha (33%) et les formations forestières dégradées plus de 70%.

La densité est très élevée et témoigne de la forte implantation humaine dans les zones forestières, 45 habitants au kilomètre-carré, la surface agricole utile par foyer n'est que de 5 ha tandis que la surface forestière est de 1' ha.

Le nombre d'équivalent ovin est estimé par famille à 13 ce qui donne une charge importante sur toutes les formations végétales. Comme c'est l'ensemble où se concentrent le plus de forêts grâce à la qualité des facteurs édaphiques et climatiques, les forêts représentatives par leur particularité de structure, de composition, de physionomie et de stades de dégradation, sont au nombre de quatre: Hafir, Azaïls, El Khémis et Béni Boussaïd.

3-6.2 Les monts de Dhaya.

Les formations forestières de cet ensemble naturel et géographique se divisent en deux zones remarquables par leur climat et leur végétation. Elles colonisent les régions naturelles que sont la haute plaine de Sidi Bel Abbes et l'Atlas tabulaire où dominent des cuvettes et des plaines intérieures sous forme de plateaux. Contrée tabulaire jurassique formée de calcaire dolomitique, région assez particulière par sa liaison aux hauts plateaux grâce à son relief et au Tell par son climat, elle montre une grande homogénéité géologique au sud et une variabilité au nord. Les zones plates s'encastrent dans les massifs montagneux représentées par des dépressions remblayées par des dépôts du Miocène, du Pliocène et du Quaternaire. On distingue dans ce vaste ensemble que sont les plaines du nord de Télagh, Moulay Slissen et le couloir de Mérine occupés respectivement par des alluvions du Quaternaire, terrain du Crétacé, grès, pouding et terrasse du Quaternaire.

Les monts sont formés par le plateau de Dhaya constituant une plate forme monoclinale longue de 30 Km et large de 12 à 15 Km, cette formation est à base de grès et de marne et connaît une érosion intense. Les montagnes de Béni Mathar sont un assemblage de massifs gréso-calcareux où les sables, les marnes et les argiles sont mieux représentés que les calcaires.

Les monts de Dhaya sont dans leur ensemble constitués par des sols squelettiques et peu profonds développés sur des substrats du Crétacé. Les dépressions ont été comblées d'épaisses alluvions continentales généralement mal drainées. Les piémonts et les flancs de vallées sont recouverts de dépôts de ruissellement, des sols de glacis généralement caillouteux et souvent encroûtés. Des sols calciques très peu profonds sur dalle calcaire occupent la partie méridionale.

La pluviométrie varie de 300 à 487 mm mais la règle énoncée par certains auteurs de la décroissance pluviométrique du nord vers le sud n'est pas vérifiable dans cette zone. Le régime pluviométrique est du type P.A.H.E permettant une conservation de la végétation même située dans la partie la plus méridionale.

La densité varie de 2 à 43 habitants au kilomètre-carré selon l'hostilité ou la clémence des conditions écologiques naturelles, elle décroît du nord au sud avec une moyenne de 35 au nord, 15 au centre et 10 au sud de cet ensemble. L'habitat épars est très important et représente un

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taux de 20%. La surface agricole utile par habitant est de l'ordre de 2 ha, la surface forestière ne dépasse pas 1,5 ha tandis que la charge pastorale est de 7 équivalents ovins par ha.

L'action de l'homme sur les formations végétales est remarquable puisque les zones dégradées représentent plus de 60% de la surface totale.

3-7. CARACTERISTIQUES DES FORETS RETENUES

Les principales caractéristiques de ces forêts demeurent leur composition floristique et leur structure qui présentent des particularités en liaison avec les facteurs du milieu. Les trois grands ensembles géographiques sont différents par la nature du substrat, le climat, la végétation mais ce qui est remarquable c'est que les formations végétales qui les composent se ressemblent étrangement essentiellement dans leur physionomie qui n'est autre que le reflet et la résultante des agressions que ces formations subissent. Pour chaque forêt nous allons résumer ses principales caractéristiques nous permettant par la suite de comprendre le processus de dégradation des groupements végétaux dans leur ensemble et de déterminer leur réaction par une description de leur aspect physionomico-structural (tableau annexe 4).

Forêt de Béni Boussaïd: assez intéressantes par sa composition floristique où domine le chêne vert, le thuya et le genévrier oxycédre qui concurrence cette dernière grâce à sa forte résistance aux agressions et aux conditions climatiques extrêmes. Elle représente dans son ensemble un stade de dégradation assez avancé d'une forêt climacique de chêne liège et de chêne vert. Le taillis de chêne vert fortement exploité arrive à se maintenir en se régénérant remarquablement et facilement malgré la forte pression anthropozoogène. Le chêne vert au stade de vieille futaie est présent et témoigne de l'importance de cette espèce qui a connu le stade climacique dans des conditions tant climatiques qu'édaphiques très proches des présentes mais sans aucun doute une absence d'agressions.

Forêt de Hafir: sol gréseux et profond, les conditions particulièrement favorables du point de vue climatiques sont à l'origine d'une végétation diversifiée et bien venante à l'exception du groupement végétal de chêne liège qui est menacé de disparition par une absence de régénération naturelle. De ce fait le chêne liège est concurrencé par l'une des trois espèces suivantes: le chêne vert, le chêne zeen et même le thuya dans des conditions particulières. Le chêne zeen occupe totalement toutes les expositions nord et nord-ouest ainsi que les zones fraîches et est arrivé à éliminer le chêne liège et même le chêne vert. Représentative des séries de végétation du chêne liège et du chêne zeen cette forêt est soumise en partie à une agression, est très intéressante pour appréhender le comportement de ces deux dernières espèces.

Forêt d'El Khémis: toujours dans la série du chêne vert mais en présence de conditions climatiques, édaphiques et des activités humaines différentes et surtout moins favorables que les précédentes, cette forêt offre grâce à son vieux taillis de chêne vert accompagné de genévrier oxycédre des stades ultimes de dégradation.

Forêt des Azaïls: située dans des conditions presque similaires à la forêt d'El Khémis, cette forêt se caractérise par sa fragilité puisque même le pin d'Alep a cédé sa place au genévrier oxycédre; l'alfa a entièrement envahi le sous-bois. Le chêne vert demeure encore espèce dominante et témoigne de son adaptation aux conditions écologiques et anthropiques les plus difficiles.

Ces quatre forêts des monts de Tlemcen dans leurs versants nord et sud sont assez représentatives des conditions tant écologiques qu'anthropiques de la zone et permettent de donner des informations crédibles sur la série du chêne vert avec les principaux groupements rencontrés : Chêne vert, Chêne vert et genévrier, oxycédre, Chêne vert et chêne liège, Chêne liège et chêne zeen

Forêt du Djebel Ouargla: avec ses reliques de forêt de chêne vert associé au thuya et ses taillis dégradés, elle présente des formations intéressantes où se développent deux espèces écologiquement adaptées: le chêne vert et le thuya auxquelles s'associe le pin d'Alep. Ensemble s'étant bien que mal adapté aux différentes agressions, il arrive à se maintenir et assurer un rôle écologique convenable.

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Forêt de Toumiet: c'est un amalgame espèces forestières assez bien représentatif de la végétation naturelle de la région; le pin d'Alep demeure espèce dominante, il est accompagné du thuya, du chêne vert et du chêne kermès. La végétation forme des groupements individualisés où la régénération naturelle (semis et rejets) est présente pour toutes les espèces. Malgré les agressions tant humaines qu'animales qui s'exercent en permanence sur cette forêt, les formations végétales présentent une physionomie et une structure remarquables.

Forêt de Touazizine: l'altitude au même titre que l'exposition jouent un rôle déterminant sur la composition floristique, le pin d'Alep est espèce dominante mais éprouve des difficultés à se maintenir face aux conditions climatiques hivernales et à la concurrence du chêne vert. Cette dernière espèce arrive à constituer des formations pures en altitude et en exposition nord et nordouest. Forêt offrant l'avantage d'être exploitée donc permettant d'étudier le comportement de diverses formations après intervention planifiée de l'homme. Elle présente également une multitude de faciès de dégradation pour les principaux groupements: le pin d'Alep, le pin d'Alep et le chêne vert, le pin d'Alep et le genévrier oxycèdre, le chêne vert et le genévrier oxycèdre.

Ces trois forêts représentent la partie mitoyenne, centrale, de transition entre les monts de Tlemcen et les monts de Dhaya; elles sont couvertes par des formations végétales ligneuses intéressantes par leur composition floristique, leur structure et surtout leur physionomie qui répond à une pression quasi-permanente.

Forêt de Béni Mathar: en bordure des hauts plateaux elle est à dominance de pin d'Alep et chêne vert, très dégradée, elle subit les actions conjuguées du climat, du sol et de la pression anthropozoogène. Elle offre un avantage, pour l'étude que nous entreprenons, de présenter les conditions écologiques et anthropiques les plus difficiles. Connaissant un impact intense et permanent du parcours, du défrichement, de l'exploitation et de l'absence totale d'intervention restauratrice, cette forêt est le label représentatif d'un ensemble de formations forestières en voie de disparition.

Forêt de Zégla: c'est la plus grande forêt de la région, aire de prédilection de la pinède où la régénération naturelle est présente sous des conditions particulières assurant une pérennité au pin d'Alep. Située à la limite des hauts plateaux, au même titre que la forêt de Béni Mathar, elle présente une certaine adaptation aux conditions difficiles du milieu où le pin d'Alep, le chêne vert, le thuya et à un degré moindre le chêne kermès constituent avec les espèces secondaires du matorral et de la garrigue une ossature puissante conférant à cette forêt une certaine résistance aux multiples agressions.

Les principaux groupements végétaux présents sont: le pin d'Alep et le thuya, le pin d'Alep et le chêne vert et des formations dégradées (stades de dégradation des formations précédentes).

Forêt de Fenouane: très représentative des groupements thermophiles de l'Oranie dominé par le pin d'Alep et le thuya avec cependant un remarquable sous-bois broussailleux qui joue un rôle non négligeable dans la régénération du pin d'Alep et dans l'atténuation des effets du parcours. Constituée de formation à base essentiellement espèces arborescentes et arbustives très xérophiles et à forte capacité de rejeter, la principale formation rencontrée à différents stades d'évolution régressive ou progressive est le pin d'Alep et le thuya.

Forêt de Doui Thabet: malgré les exploitations, les incendies et le parcours c'est l'aire du pin d'Alep avec le thuya dans des conditions climatiques plus favorables que celle de la forêt de Fénouane. Le taux de recouvrement est appréciable avec une régénération assurant à nos jours une pérennité de la couverture végétale.

III-6.1 Identification de ces forêts (Tableau annexe 2)

Les forêts présentées offrent une diversité représentative de l'Oranie occidentale tellienne et il est possible d'avoir un aperçu sur toutes les formations végétales forestières soumises à diverses conditions écologiques et à une gamme variée d'agressions d'origine animale et humaine. Localisées dans une région qui se distingue par des conditions particulières, la pluviosité est relativement faible et concentrée essentiellement en automne et en hiver, les températures sont basses pendant la saison humide et élevées le reste du temps jouent de ce fait un rôle particulier

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dans la répartition et le développement de la végétation ligneuse, les sols sont superficiels à très faible teneur en matière organique sujets à l'érosion, des activités humaines multiples faisant partie intégrante de la forêt et de son environnement.

Relevant du climat de l'étage méditerranéen semi-aride et aride, la pluviométrie moyenne annuelle oscille entre 300 et 600 mm. Du point de vue géologique et physique, la région appartient à la division occidentale du Tell et en particulier sur la Meseta oranaise, zone peu plissée comme l'Atlas tellien elle se présente sous une contrée tabulaire.

C'est comme le souligne BOUDY (1955):" Une véritable région de Causses appartenant aux Hauts Plateaux par son relief et au Tell par son climat". Cette bande montagneuse colonisée par une végétation naturelle particulière comprend essentiellement les monts de Tlemcen et les monts de Dhaya. Elle offre une grande homogénéité géologique où on observe un parallélisme certain entre les formations géologiques et la localisation et l'étendue des formations végétales.

La zone d'étude où ont été sélectionnées les onze forêts est relativement assez bien boisée, elle a même l'un des plus forts taux du pays: 28%. Elle est suffisamment couverte de forêts, de matorrals, de maquis et de garrigue où dominent tantôt des espèces arborescentes tantôt des espèces arbustives ou buissonnantes. La végétation appartient au domaine Mauritanéen Méditerranéen, secteur oranais, sous-secteur de l'Atlas tellien selon le découpage de QUEZEL (1963). Les principales associations végétales rencontrées et dominantes sont:

- Pinetum halepensis

- Quercetum illicis

- Callitricetum quadrivalvis ( ou Tetraclinetum articulata )

- Juniperetum oxycedrus (à confirmer)

- Quercetum faginea

- Quercetum suberis

Il serait plus correct de parler de séries de végétation pour être en accord avec l'objectif assigné à ce travail; on en distingue cinq:

- Série du chêne vert

- Série du pin d'Alep

- Série du thuya

- Série du chêne liège

- Série des formations mixtes.

4- CARACTERISATION ECOLOGIQUE

Les principaux facteurs écologiques agissant sur la végétation exigeant une approche assez poussée sont sans doute le climat, le sol et la végétation; seulement les deux premiers seront détaillés dans ce chapitre et le troisième fera l'objet d'un chapitre à part. Cependant la relation entre le climat, le sol et la végétation sera traitée assez brièvement dans ce chapitre et développée dans d'autres.

4-1.LES FACTEURS CLIMATIQUES

4-1.1. Approche.

Les travaux de SELTZER (1946), CHAUMONT et PAQUIN (1975) restent les seules références complétés dans le domaine climatique et nous permettent des informations détaillées, assez précises et facilement utilisables en ce qui concerne les précipitations et les températures. Pour les autres éléments climatiques, les données sont partielles, difficilement accessibles et parfois inexistantes .Ce chapitre aura surtout un aspect de support pour expliquer éventuellement le comportement de la végétation, il servira à caractériser globalement le climat et donnera un aperçu quantifié sur chaque paramètre déterminant pour la compréhension de la dynamique végétale dans son ensemble. Préciser les conditions climatiques générales de la région et faire un parallèle entre la répartition des espèces végétales et les facteurs climatiques seraient atteindre l'objectif recherché.

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Avec toutes les carences justifiées par l'absence de données actualisées et fiables, nous nous limitons parfois à définir très sommairement et avec le maximum de fiabilité géobotanique le cadre climatique. Des tableaux, des graphiques et cartes sont jointes en annexe et donnent un aperçu global sur le climat de la région.

4- 1.2. Généralités (Tableaux annexe 6 à 14).

Les monts de Tlemcen et les monts de Dhaya font partie de l'ensemble du relief appartenant à l'Atlas tabulaire relevant du découpage géographique de l'Atlas tellien caractérisé par deux zones climatiques :

- celui de l'Atlas tellien dans la partie septentrionale

- celui des Hautes plaines steppiques dans la partie méridionale

Le climat de cette région relève du régime méditerranéen à deux saisons nuancées par l'humidité et la sécheresse.

Par sa position plus méridionale en latitude et par sa situation géographique d'abri, l'Oranie se trouve à l'écart des perturbations atmosphériques majeures. Du fait de sa position plus occidentale, la région se trouve dans une position de protection à la fois orographique et aérologique se traduisant par un appauvrissement des perturbations (par la Meseta Ibérique et les chaînes de l'Atlas Marocain) et une stabilité atmosphérique qui expliquent la sécheresse de cette région. Cette sécheresse constitue un trait constant qui pèse lourdement sur l'Oranie, aridité, sécheresse estivale prolongée et irrégularité des pluies constituent une menace courante et fréquente sur l'avenir des formations végétales.

Les oppositions climatiques entre les courants froids et humides du nord et une influence méridionale liée à une atmosphère chaude et sèche, et les contrastes de végétations soulignent des caractères intenses de semi- aridité tempérée sur les versants nord, froide ou fraîche sur les autres versants mais en altitude, où persistent des tâches de subhumide. Les données de la paléoclimatologie quantitative (GUIOT, PONS, BAULIEU et REILLE, 1990) montrent que globalement le climat n'a pas changé depuis l'Atlantide, cependant des variations se sont néanmoins produites pour certains paramètres climatiques (amplification de la sécheresse, aridification saisonnière..).

BARBERO (1990) confirme: " Cette tendance serait donc la signature de modifications climatiques saisonnières progressives plus aridifiantes se poursuivant de nos jours. Elle montre que toute approche climatique quantitative doit bien intégrer la variabilité saisonnière des paramètres du climat et en tous cas les possibles changements de leurs fourchettes de variation". De ce fait les modifications climatiques récentes datent de plusieurs millénaires et ne peuvent avoir une influence et un impact sur le comportement de la végétation, c'est pourquoi nous ne nous sommes pas intéressés à une étude détaillée du climat dans sa partie évolution.

4 -1.3. Les précipitations

Le régime pluviométrique de la région est déterminé par les traits géographiques, orographiques, les principaux paramètres climatiques qui varient en fonction de l'altitude, de l'orientation des chaînes de montagnes et de l'exposition. La tranche pluviométrique est dépendante de la position des principaux reliefs par rapport à la mer donc aux vents humides. Elle diminue d'est en ouest et du nord vers le sud, elle est importante sur les versants nord et sur les sommets élevés. L'influence de la mer, le compartimentage du relief imposent des nuances aux rythmes des précipitations.

Le nombre de jours de pluie est insuffisant puisqu'il ne représente que l'équivalent de deux mois (70 jours en moyenne) avec un maximum en période hivernale et automnale correspondant au repos végétatif des principales espèces; la tranche pluviométrique décroît de 700 mm à 300 mm, le maximum atteint 1060 mm dans les djebels à forte altitude dans les monts de Tlemcen tandis que le minimum n'est que de 275 mm à proximité des Hautes plaines steppiques.

Un parallélisme entre tranches pluviométriques et orientation des reliefs justifie et confirme l'origine orographique des pluies dans la région. Les zones à faibles pluviométrie se situent dans les parties sud-est et est des principaux massifs orientés nord -est et sud-ouest.

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Les précipitations sont moyennes et ne deviennent importantes que sur les altitudes des monts de Tlemcen et des monts de Dhaya, la tranche pluviométrique annuelle se reparti à raison de 35% en hiver, 30% en automne, 25% au printemps et 10% en été sous forme d'orage. Il est à noter que les hauteurs mensuelles peuvent, comme les annuelles, s'écarter de leur moyenne d'où une répartition sur les mois de l'année hétérogène selon les années.

Cette mauvaise répartition et son instabilité à une influence sur le comportement de la végétation. La pluviométrie estivale est généralement comprise entre 25 et 31 mm dans la partie septentrionale des monts de Dhaya et des monts de Tlemcen, elle est supérieure et varie de 34 à 62 mm dans les autres parties.

Les monts de Tlemcen sont les plus arrosés avec une moyenne pour les forêts retenues de 560 mm alors qu'elle n'est que de 420 mm pour celles des monts de Dhaya, cette différence appréciable de 140 mm ne peut se justifier que par la position géographique, orographique et l'altitude des monts de Tlemcen.

Figure 5 : Localisation des stations météorologiques de référence

Les précipitations estivales biologiquement intéressantes sont assez faibles et ne représentent pour la région que 6% au maximum de la tranche annuelle et ne peuvent avoir une influence directe sur le comportement de la végétation. Elles varient entre 25 et 42 mm sur les monts de

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Tlemcen et entre 20 et 62 sur les monts de Dhaya ce qui justifie la présence de quelques groupements végétaux de l'étage subhumide. Dans 70% de la surface le régime pluviométrique est du type H.P.A.E à l'exception de la zone de Dhaya ou on rencontre le type P.A.H.E.

L'enneigement est présent sur l'ensemble de la région au delà d'une altitude de 1200 m, le nombre de jour de neige varie de 7 à 25 avec une concentration sur les hauteurs des monts de Dhaya et des monts de Tlemcen avec une couche moyenne de 10 à 20 cm d'épaisseur.

La succession d'années sèches et d'années humides caractérisées par une irrégularité et une instabilité font subir à la végétation des chocs physiologiques à conséquences le plus souvent fatales sur le développement de la régénération naturelle. Souvent la situation frôle le désastre lorsque la pluviosité diminue pendant plusieurs années de suite et que le déficit enregistré dépasse les 25% de la tranche moyenne annuelle.

Figure 6 : Pluviométrie moyenne annuelle (isohyètes)

Les précipitations de la région se caractérisent également par des pluies le plus souvent orageuses et parfois même torrentielles, au printemps surtout les orages augmentent au fur et à mesure que la latitude baisse et que la continentalité est présente. On enregistre entre 40 et 116 pluies orageuses en moyenne par an respectivement à Doualhia (monts de Dhaya) et à Hafir (monts de Tlemcen) avec une intensité remarquable puisque on recueille en moyenne par 24

39

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heures entre 30 et 70 mm. Cette situation a été vécue durant la période de 1980-1986 et toutes les formations végétales ont connu un stress se soldant par des dessèchements et une absence totale de rejets et de semis.

La faiblesse du nombre de stations météorologique dans la région exige des corrections des données faisant appel à un gradient pluviométrique sur lequel plusieurs chercheurs ont travaillé:

Tableau 5 : Gradients pluviométriques

AUTEURS

VALEUR P/100 m

REGION

LE HOUEROU (1959)

25 mm

Tunisie du sud

BALDY (1965)

20 mm

Tunisie est

SELTZER (1946)

50 mm

Algérie du nord

DUBIEF (1963)

27 mm

Algérie du sud

CELLES (1975)

10 mm

Sahara est

GHARZOULI (1977)

25 mm

Algérie ouest

GHARZOULI (1977)

20 mm

Algérie centre

GHARZOULI (1977)

33 mm

Algérie est

DJELLOULI (1981)

25 mm

Oranie du sud

DAHMANI (1984)

30 mm

Région de Tlemcen

En Oranie les précipitations n'ont pas significativement changé de 1913 à 1988 comme le confirme les nombreux travaux dans le domaine et ceux de DJEBBAR (1983), RAHMOUNI (1990), BOUABDALLAH (1992), MEDERBAL (1992) et BALDY (1974) dont les résultats sont récapitulés cidessous:

Tableau 6 : Fluctuations des précipitations.

STATIONS

1913-1938

1913-1961

1968-1988

1930-1984

SEBDOU

326 mm

-

267,5 mm

-

RAS EL MA

301 mm

-

180,2 mm

268 mm

SAÏDA

430 mm

424 mm

-

405 mm

S.BENYOUB

460 mm

438 mm

-

-

TLEMCEN

-

-

-

638 mm

O. MIMOUN

-

-

-

473 mm

HAFIR

664 mm

-

-

-

A. HADJAR

436 mm

438 mm

-

-

4- 1.4. Les températures

Les renseignements de base demeurant ceux de SELTZER (1946) auxquelles viennent s'annexer des éléments fragmentaires par référence aux courbes isothermiques. Pour pallier à la rareté des données il a fallu opérer à certaines interpolations ou les gradients suivants ont été utilisés: - décroissance de 0,4°C pour un accroissement altitudinal de 100 m pour les températures moyennes minimales (m) et décroissance de 0,7°C pour le même accroissement en ce qui concerne M.

Plusieurs auteurs se sont intéressés au gradient thermique dans la région méditerranéenne méridionale et plusieurs valeurs ont été déterminées:

Les valeurs déterminantes car limitant de m et M n'ont pas été perturbées et témoignent d'une stabilité relative du climat n'ayant aucune influence sur la végétation.

Les températures minimales moyennes varient dans la région de 0,8 à + 2,6°C, dans les monts de Tlemcen elles fluctuent entre - 0,8 et + 2,5°C dans les monts de Dhaya entre - 0,5 et + 2,6 °C. Le mois le plus froid correspond à Janvier, l'écart enregistré est faible et est déterminant puisque

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même dans les conditions les plus extrêmes sur les hauteurs des djebels Tenouchfi, Ouargla, Abdelkrim la valeur de m ne descend pas au delà de - 2°C.

Tableau 7 : Gradient thermique.

AUTEURS

VALEUR"m"/100 m

ZONE GEOGRAPHIQUE

SELTZER (1946)

0,40 °C

Algérie

BALDY (1965)

0,50 °C

Algérie

GHARZOULI (1977)

0,63 °C

Ouest algérien

GHARZOULI (1977)

0,41 °C

Centre algérien

GHARZOULI (1977)

0,60 °C

Est algérien

DJELLOULI (1981)

0,30 °C

Steppe sud ouest

DJEBBAR (1983)

0,32 °C

Région de Saïda

 

VALEUR "M"/100 m

 

SELTZER (1938)

0,70 °C

Algérie

DJELLOULI (1981)

0,80 °C

Sud oranais

DJEBBAR (1983)

0,62 °C

Région de Saida

Les températures maximales moyennes (M) oscillent entre 30 et 35°C, écart insignifiant pour la végétation, il devient plus faible en altitude. Elles sont localisées sur le mois d'août et ne semblent pas jouer un rôle déterminant sur la répartition et le comportement de la végétation ligneuse.

L'amplitude thermique (méthode DEBRACH) détermine un climat semi-continental puisque M = 5,5 °C ( 35,7 - 30,2°C ) dans les monts de Tlemcen et est égale à 3,2°C ( 35-31,8°C ) dans les monts de Dhaya.

4-1.5. Les vents

Les plus fréquents arrivent de l'ouest, ceux du sud -ouest et du nord -ouest sont surtout présents en automne et en hiver chargés d'humidité, ces vents s'opposent durant la saison estivale aux vents chauds du sud. Toute la région dans son versant nord est soumise à l'influence de la brise marine ce qui explique la présence de formations végétales remarquables dans ce versant, le versant sud est lui par contre soumis aux vents chauds (ALCARAZ, 1982 ) note à ce sujet: " Ce sont la brise marine et le sirocco qui jouent un rôle prépondérant sur la répartition de la végétation ...contentons nous pour l'instant de préciser qu'en été cette brise peut pénétrer jusqu'à un maximum de 125 Km à l'intérieur du territoire le long de la dépression Macta Saida ». Les vents chauds soufflent entre 16 et 21 jours par an respectivement sur les parties méridionales des monts de Tlemcen et des monts de Dhaya.

L'élévation des vents du nord et la circulation de l'air subtropical occasionnent sur les versants nord et nord-ouest des monts de Tlemcen des zones de basses pressions de direction nord qui favorisent ainsi l'entrée des vents steppiques de direction sud -ouest qui sont à l'origine des étages arides et froids de Sebdou et d'El Haçaïba. Les vents d'ouest rencontrent le versant occidental de la chaîne tabulaire de Dhaya se dressant à 1300 m, s'élèvent et n'affectent que les parties élevées provoquant l'effet orographique d'augmentation des pluies. Cet apport dû aux vents fait toujours des monts de Dhaya une zone relativement sèche même à une altitude que les monts de Tlemcen.

4- 1.6. Indice de sécheresse estivale (Ise).

D'après EMBERGER in ALCARAZ (1982) "... est réputée méditerranéenne du point de vue phytogéographique, la portion de territoire français soumise au régime pluviométrique méditerranéen et dont la sécheresse estivale exprimée PE/M (PE = précipitations estivale, M: température moyenne maximale) est au maximum égal à 7 ".

4 -1.7. Indice xérothermique

41

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D'après BAGNOULS et GAUSSEN (1953) cet indice représente le nombre de jours biologiquement sec pendant la période sèche. Les résultats obtenus pour quelques stations avec extrapolation de quelques données sont de :

79 pour Hafir

84 pour Dhaya

100 pour Saida

125 pour Slissen

135 pour Ras el Ma

143 pour Sebdou

146 pour Marhoum

C'est les types climatiques mésoméditerranéens avec X compris entre les valeurs de 40 et 100 et surtout thermoméditerranéen avec X compris entre 100 et 150 avec une période de 3 à 4 mois pour le premier type et 5 à 6 mois pour le second. Ceci confirme que nous sommes dans une région forestière puisque la période sèche n'est pas assez longue au point de compromettre la pérennité végétale. Les étages bioclimatiques semi-aride supérieur et subhumide inférieur font partie du type climatique mésoméditerranéen tandis que les étages semi-aride supérieur, moyen et inférieur sont rattachés au thermoméditerranéen.

4-1.8. Evapotranspiration réelle et potentielle

Le déficit enregistré est très indicatif pour comprendre le comportement et surtout la dynamique de diverses formations végétales. L'humidité dans le sol reste un élément fondamental à évaluer à travers un bilan hydrique afin d'expliquer cette xénophilie de la végétation forestière. Ce déficit est égal à la différence entre l'E. T. P et l'E. T. R, résumé ci-dessous en mm:

Tableau 8 : Quelques valeurs d'E.T.P et E.T.R.

ZONE

STATIONS

E.T.P

E.T.R

DEFICIT

MONTS DE TLEMCEN

Tlemcen

843

473

37O

MONTS DE TLEMCEN

Hafir

697

412

285

ZONE CENTRALE

Slissen

781

376

4O5

MONTS DE DHAYA

Doualhia

654

341

313

MONTS DE DHAYA

Dhaya

795

487

3O8

4-1.9. Quotient pluviothermique et climagramme d'Emberger

SAUVAGE (1963) notait à propos de la signification de ce quotient utilisé dans toute étude de la végétation à travers la région méditerranéenne: " ...deux stations rigoureusement soumises au même climat sont caractérisées par la même valeur du quotient pluviothermique. Mais, d'une part, cette identité n'est pratiquement jamais réalisée et, surtout, la réciproque n'est pas vraie ". A ce sujet ALCARAZ (1982) précisait: " ..d'autre part, la comparaison demande deux précautions essentielles:- il est absolument nécessaire, lorsqu'on utilise ce quotient, de ne comparer que des climats du même type; - en second lieu, a-t-on le droit de présenter le climat d'une localité par le seul quotient pluviothermique? "

Pour préciser l'importance de l'étage bioclimatique dans des travaux sur la végétation QUEZEL (1976) insistait sur: "... une connaissance précise des bioclimats permet seule de comprendre la répartition et les rapports respectifs des divers types de forêt méditerranéenne. Il faut malheureusement reconnaître que nos informations étant encore le plus souvent fort incomplètes, en raison du faible développement du réseau météorologique, dans certaines régions on est amené à faire des extrapolations, avec le degré d'incertitude qu'elles impliquent ".

Dans la région, la valeur de ce quotient varie de 32 à 123 avec cependant deux tranches de valeur 32 à 88 en basse altitude et 43 à 123 en altitude, ce qui permet de définir deux principaux étages bioclimatique: le semi-aride et le subhumide. Le dernier se rencontre essentiellement en altitude (au delà de 800-1000 m) et dans des zones localisées et de faible importance en étendue,

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il est présent à l'ouest à partir de 800 m et se manifeste à l'est à des altitudes supérieures à 1200 m. Le découpage bioclimatique de la région n'est pas complexe et obéi l'orographie, aux précipitations et à la végétation en place.

Pour justifier cette hypothèse la comparaison de la carte des précipitations de CHAUMONT et PAQUIN (1975), la carte de végétation d'ALCARAZ (1982) et le découpage des régions biogéographiques ( secteurs floristiques ) défini par QUEZEL et SANTA (1963) laisse apparaître des zones dont les contours sont proches ayant les mêmes limites que celles des étages bioclimatiques.

Ce quotient avec le temps a subit des améliorations dans le sens d'une simplification, STEWART (1975) en se basant sur le quotient P/M et sa stabilité mis au point une nouvelle formule: 3,43 P/M-m. LE HOUEROU (1969) et CELLES (1975) considèrent que M-m est peu variable et l'assimilent à une constante K' = 43,6 et proposent la formule Q = P/10. DJEBBAR (1983) dans la région de Saïda considère que M - m = 32,38 et M + m / 2 = 3,43 et arrive à la formule Q = 0,106 P.

Il reste entendu que le quotient pluviothermique d'Emberger n'est qu'un indicateur assez grossier du climat au regard de la plage des valeurs et ne permet que de donner un aperçu sur l'étage bioclimatique de la zone alors que seule la tranche pluviométrique permet de localiser cet étage. Le climagramme avec la l'aire naturelle et culturale des principales espèces forestières est plus indiqué car il donne plus d'informations pratiques et utiles. Devant la fluctuation des précipitions ce quotient est assez instable et une même zone forestière bascule d'une année à l'autre d'un étage bioclimatique à un autre. Seule la végétation pérenne semble être un bioindicateur fiable puisqu'elle est la résultante des conditions du milieu.

Une comparaison entre les formules de calcul du quotient pluviothermique d'EMBERGER selon celle d'EMBERGER, STEWART, LE HOUEROU et DJEBBAR donne les valeurs suivantes:

Tableau 9 : Valeur du quotient pluviothermique.

Stations

P mm

Emberger

Stewart

Houérou

Djebar

SAIDA

430

43,8

43,9

43,0

45,6

TIARET

622

68,4

68,2

62,2

65,9

MASCARA

511

56,9

57,1

51,1

54,2

DOUALHIA

375

40,1

39,8

37,5

39,8

O. SLISSEN

358

34,5

33,4

35,8

37,9

S.. ABBES

395

43,4

43,3

39,5

41,9

4-1.10. Synthèse (Tableau N° 14)

Les diverses classifications des climats et bioclimats ont retenues l'attention de plusieurs chercheurs et spécialistes en la matière, diverses interprétations sont connues sans pour autant remettre en cause les fondements de cette discipline. Cependant une unanimité semble être obtenue selon QUEZEL (1979): "...la quasi-totalité des bioclimatologistes et des écologistes de l'ancien monde ont actuellement adopté les idées d'EMBERGER (193O-1945) reprises et précisées en particulier par SAUVAGE (1963), AKMAN et DAGET (1971), NAHAL (1977), DAGET (1977) qui rapportent au climat méditerranéen tous les types climatiques à la sécheresse estivale présente ou prépondérante, quelles que soient les valeurs thermiques hivernales ". La façon la plus objective pour caractériser le bioclimat de la région et des zones définies repose sur les stations météorologiques de référence sélectionnées, au nombre de 16 et de les positionner sur un climagramme comme défini par SAUVAGE (1963) en se basant sur les valeurs suivantes:

- bioclimat peraride P inférieur à 1OO mm Q inférieur à 1O

- bioclimat aride P entre 1OO et 4OO mm Q entre 1O et 45

- bioclimat semi-aride P entre 4OO et 6OO mm Q entre 45 et 7O

- bioclimat subhumide P entre 6OO et 8OO mm Q entre 7O et 11O

- bioclimat humide P entre 8OO et 12OO mm Q entre 11O et 15O

43

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- bioclimat perhumide P supérieur à 12OO mm Q supérieur à 15O

QUEZEL (1979) précise à ce sujet:" Il est possible de distinguer cinq étages fondamentaux de végétation forestière qui sont en fonction des altitudes croissantes."

- thermoméditerranéen correspondant aux formations de conifères thermophiles, mais aussi aux formations à olivier, caroubier et lentisque,

- mésoméditerranéen essentiellement constitué par les forêts de chênes sclérophylles,

- supraméditerranéen, domaine électif des chênes caducifoliés,- montagnard méditerranéen, regroupant surtout les forêts à conifères montagnards, cèdre, pin noir.

- oroméditerranéen occupé par les forêts clairsemés à genévrier d'altitude."C'est donc en fait dans le pays du revers méridional de la méditerranée que ce schéma est surtout significatif, notamment au Maghreb"(QUEZEL 1979). Chaque forêt représentative connaît des caractéristiques climatiques que nous avons essayé de résumer dans le tableau N° 14 en plus de divers renseignements utiles joints en annexe.

" Il convient de conseiller la plus grande prudence dans l'application de notions bioclimatiques à des situations dynamiques. Tant que l'on reste dans le cadre statique de la distribution actuelle des plantes, le climagramme d'EMBERGER est un outil remarquable" conseillait avec sagesse STEWART (1976).

Ainsi les valeurs obtenues et la classification retenue ne sont que des notions d'approche pour maîtriser davantage le comportement des diverses formations végétales qui sont soumises à un dynamisme constant.

Chaque étage bioclimatique selon la valeur de m (températures moyennes minimales du mois le plus froid) se subdivise en en variante froide, fraîche, tempérée et chaude respectivement pour des valeurs inférieures à 0°C, comprises entre 0 et 3°C, comprises entre 3 et 7°C et supérieures à 7°C. La correspondance entre étages: végétation et climatique et les valeurs de P et de Q se résume à:

La correspondance entre étage bioclimatique et étage de végétation est récapitulée dans le tableau qui suit.

Tableau 10 : Correspondance Etages bioclimatiques-Etages de végétation (QUEZEL, 1976)

Etage bioclimatique

Etage de végétation

Valeurs de P en mm

Valeur de Q

Semi-aride

Thermoméditerranéen

400 à 600

45 à 70

Subhumide

Mésoméditerranéen

600 à 800

70 à 110

Humide

Supraméditerranéen

800 à 1200

110 à 150

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4-2. RELATION CLIMAT-VEGETATION

Le climat méditerranéen semi-aride, est celui qui est le plus représenté dans la région étudiée dans ses variantes froide et fraîche, permet l'existence de diverses formations végétales allant de la garrigue à la forêt.

Sous des climats continentaux, la tranche pluviométrique que reçoit notre zone, n'autoriserait que des formations basses. Cette faible pluviométrie variant entre 350 et 500 mm en moyenne par an avec des températures moyennes maximales respectives de 36,2 et - 0,8°C suffisent pour permettre l'installation et le développement de forêts à différents stades d'évolution.

Ces formations végétales sont certes fragiles mais adaptées aux conditions édaphoclimatiques locales. Ces conditions écologiques situationnelles se distinguent par une faible évapotranspiration hivernale, une évaporation réduite, des sols généralement perméables permettant la constitution de réserves en eau en profondeur que seules des racines puissantes et pivotantes peuvent atteindre et utiliser. BIROT (1964) expliquait cette particularité: " La solution feuilles toujours vertes et coriaces permet à l'arbre méditerranéen de résister à des conditions de vie médiocres en hiver, pires en été, avec seulement deux saisons favorables non juxtaposées, le printemps et l'automne. Cette deuxième particularité est lourde de conséquence ".

La relation climat-végétation dans tous ses éléments est importante et à l'origine des caractères anatomiques, physiologiques et morphologiques particuliers à la végétation du semi-aride où se distingue l'adaptation du végétal à la sécheresse. Le parallèle entre conditions thermiques et hydriques aux différentes formes de végétation est appréciable pour les diverses informations qu'il synthétise et offre. Cela permet la détermination des principales espèces qui impriment au paysage végétal leur cachet grâce à leur résistance et surtout à leur adaptation aux conditions du milieu. La végétation n'est en somme que la résultante et la représentation fidèle des interactions entre les facteurs climatiques, édaphiques et même anthropozoogènes.

Le climat, surtout dans notre région, joue un rôle important dans la répartition des formations végétales, les différents groupements végétaux enregistrent les variables climatiques et s'expriment par une présence ou une absence, un aspect général et une composition floristique, une physionomie et une structure et enfin une régénération symbole de pérennité. " On conçoit... la possibilité de donner, à chaque groupement végétal, la place naturelle qu'il occupe dans l'ensemble. Par cette méthode, les groupements végétaux sont d'autant plus rapprochés qu'ils croissent dans des conditions de milieu plus sensibles et d'autant plus éloignés que le milieu est plus différent. L'application de ces principes suppose la connaissance au préalable du climat et du sol, du climat surtout ". (EMBERGER, 1930).

La caractérisation d'entité climatique et l'individualisation de séries de végétation décomposées en groupements végétaux selon les variations des paramètres climatiques doit permettre de trouver une relation ou un trait d'union entre le climat et la végétation. Les travaux de QUEZEL (1976) et ALCARAZ (1982) sont assez significatifs et donnent un aperçu global et fidèle de cette relation où figure l'aire de répartition des principales essences par rapport aux valeurs du quotient pluviothermique (Q) et à celles des températures moyennes minimales (m). Le tableau N° I résume ces individualisations et fait la relation végétation-climat. La valeur des températures minimales moyennes est prépondérante dans la présence et la distribution des principales espèces végétales dominantes des différentes séries de végétation. Lorsque m est compris entre + 1 et + 4,2°C dans l'étage bioclimatique semi-aride, il y a une concurrence entre le pin d'Alep et le thuya, cette dernière élimine le pin d'Alep en exposition sud et sur terrain caillouteux et perméable. Dans ces valeurs ALCARAZ (1982) note : " On observe le plus souvent des peuplements mixtes de ces deux essences avec dominance variable. Le pin ne vient que très rarement et très localement en formations pures ". Quand m est compris entre - 0,6 et + 1°C on se trouve en présence de formations mixtes assez représentatives de la zone centrale avec les trois espèces importantes par leur adaptation aux conditions écologiques: le pin d'Alep, le thuya et le chêne vert; rarement une de ces trois espèces peut se rencontrer à l'état pur. Quand m se situe entre - 0,6 et- 1,9°C le thuya

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1996

 
 

disparaît et on se trouve en présence de peuplements purs de pin d'Alep ou mixtes de pin d'Alep et chêne vert.

Pour relier végétation et climat QUEZEL (1976) et dans d'autres de ses travaux a mis au point un découpage en étage de végétation où il distingue trois principaux: le thermo-méditerranéen, le méso-méditerranéen et le supra-méditerranéen. Pour chaque étage une série de végétation est rattachée comme le résume le tableau suivant:

Tableau 11 : Correspondance étage de végétation et étage climatique.

THERMOMED.

MESOMEDITERRANEEN

SUPRAMED.

Oleo-lentiscetum

Quercetum illicis

Quercetum faginea

Oleo-ceratonion

Pinetum halepensis

Quercetum mirbekii

 

Tetraclinetum articulata

Quercetum suberis

Dans le thermoméditerranéen les paysages forestiers sont rares, les matorrals arborés et garrigue y prédominent pour les séries de l'Oléolentisque, de pin d'Alep ou du thuya, des matorrals arborés et des maquis dans la série du chêne liège. Dans le mésoméditerranéen les matorrals se transforment en garrigue, matorrals arborés issus de dégradation de groupement de conifères. Dans le supra méditerranéen la dégradation des fruticées sclérophylles en paysage de pelouses ou d'ermes. Dans le même contexte il souligne:" dans la partie occidentale de la région méditerranéenne, la forêt de thuya est certainement le groupement végétal le plus caractéristique de l'étage méditerranéen semi-aride, il couvre de grandes étendues en Afrique du Nord... Cette étage est aussi le territoire de prédilection du pin d'Alep, du cyprès et du genévrier rouge, du pin pignon".

Il n'est pas douteux dans de telles conditions que certains paysages de maquis et de matorrals doivent représenter des stades paraclimaciques de la végétation, ces formations ne deviendraient plus essentiellement des types de végétation d'origine anthropique.

Dans l'étage semi-aride à hiver froid et frais, le pin d'Alep domine généralement et élimine tous ses concurrents quand la valeur de Q se situe entre 44 et 52 dans la variante froide essentiellement; le pin d'Alep se trouve en antagonisme avec le chêne vert seulement. Dés que m est supérieur à + 1°C on note l'apparition espèces thermophiles et le remplacement du chêne vert par le pin d'Alep et le thuya, la valeur de Q est alors comprise entre 25 et 44.

Dans l'étage subhumide, à hiver froid et lorsque Q est compris entre 66 et 93 le pin d'Alep ne résiste pas au froid et à l'accroissement de l'humidité qui avantagent le chêne vert et à un degré moindre le chêne liège. Ceci explique pourquoi dans des zones le chêne vert parvient à éliminer le pin d'Alep. Plus les valeurs de Q sont élevées plus le pin d'Alep exige des valeurs de m élevées pour se maintenir. Dans la variante fraîche le pin d'Alep, le chêne vert et même le chêne liège se concurrence, cependant quand m est compris entre 0 et + 1°C et Q entre 52 et 66 le chêne liège disparaît.

Pour comprendre la répartition des espèces forestières il serait plus intéressant d'établir un climagramme avec la valeur du bilan hydrique corrélée avec l'aire de répartition des espèces.

La classification dans un ordre décroissant des espèces les plus dominantes et fréquentes dans

les étages bioclimatiques semi-aride et subhumide selon leur amplitude climatique est la suivante:

1-Pinus halepensis 2-Quercus coccifera

3 -Tetraclinis articulata

4-Juniperus oxycedrus 5-Quercus faginea 6-Quercus suber

Pour les espèces ligneuses secondaires

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1-Stipa tenacissima

2-Ampelodema mauritanicum 3-Quercus coccifera

4-Calycotome intermedia 5-Pistacia lentiscus

6-Arbutus unedo

7-Phillyrea angustifolia

8-Cytisus triflorus

4-3. FACTEURS EDAPHIQUES

Exception faite de quelques travaux localisés et assez sommaires la région ne connaît pas de renseignements et d'études pédologiques intéressantes. En 1947 HUGET DEL VILLAR donne un aperçu sur les principales caractéristiques des sols de l'Oranie et leur relation avec la végétation. En 1954 DURAND publie une carte très sommaire des sols d'Algérie.

Les sols y sont classés en trois groupes: calcaire, non calcaire et terres rouges méditerranéenne. Les principales roches à l'origine de la formation des sols peuvent se grouper en roches calcaires compactes constituant des stratifications sans alternance de matériaux meubles. Elles peuvent se présenter sous forme tabulaire ou corrodées en surface.

Elles offrent généralement un matériau de formation et d'évolution des sols très pauvres avec une abondance de cailloux siliceux inaltérables (grès calcaire). Des grès non calcaires se présentant sous des granulométries et des cimentations distinctes, ils forment souvent des masses continues apparaissant sous forme de bandes intercalées avec des argiles, des marnes et des calcaires compactes. Des roches calcaires non compactes comprenant des marnes, des argiles et des formations de calcaire meuble. Assez faiblement représentées elles peuvent donner des sols à évolution remarquable lorsqu'elles sont dans des conditions favorables.

4-3.1. Principaux types de sol

La plupart des sols de la région rentrent dans la catégorie des sols fersialitiques et bruns calcaires, ces sols présentent une liaison entre les oxydes de fer et les argiles. Les profils décrits montrent une diversité dont la répartition se fait sur les cinq principales classes de la classification française C.P.C.S 1967 où on distingue:

-sols minéraux bruts,

-sols peu évolués,

-sols calcimagnésiques,

-sols isohumiques,

-sols fersialitiques.

Une description sommaire des principales classes et sous-classes des sols de la région nous donnent un aperçu sur la gamme des sols rencontrés.

Sols peu évolués colluviaux: occupent les piedmonts des massifs montagneux ou les terrasses anciennes des oueds, de texture sablo-limoneuse, de pH basique, le taux de matière organique est de 1 à 2% assez bien incorporée avec une activité biologique intense. Colonisés par les groupements de pin d'Alep à thuya fortement concurrencés par les espèces secondaires.

Sols fersialitiques faiblement lessivés sur roche non calcaire: de texture limono-argileuse, structure grumeleuse à grenue, le taux de matière organique est élevé et l'humus bien incorporé, de profil A (B) C à B structural à revêtement argileux caractéristique d'un entraînement mécanique des argiles, le pH est proche de la neutralité devenant basique en profondeur. La végétation originelle appartient à l'association du chêne liège à myrte.

Sols fersialitiques faiblement lessivés sur calcaire dur: assez profonds, de texture sableuse à sablo-limoneuse, de structure grumeleuse, le taux d'argile est inférieur à 20%, pauvres en matières organiques et à pH neutre. La végétation est à base de pin d'Alep avec son cortège floristique où dominent Pistacia lentiscus, Phillyrea angustifolia, Chamaerops humilis et Olea europea.

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Sols rouges: proviennent essentiellement des produits de décalcarification quand la roche mère est molasse, elle donne de l'argile rouge. Si la roche mère est un grès la terre rouge qui en résulte est un sable avec très peu d'argile.

Sols bruns calcaires sur marnes et marnes calcaires: à horizon humifère brun foncé, de texture moyennement argileuse, de structure polyédrique, sujets à l'érosion avec entraînement des horizons fertiles dés que la végétation est dégradée, à pH basique, le taux de matière organique est de l'ordre de 1 à 2%, la teneur en argile augmente avec la profondeur. Colonisés par une végétation à base de pin d'Alep accompagné de thuya ou de chêne vert où le pin domine jusqu'à une altitude de 800 m, le chêne vert à partir de 1000 m et en deçà des 600 m c'est le thuya.

Sols bruns calciques sur marnes calcaires: ils ne différent des précédents que par une décalcarification de l'horizon de surface qui reste malgré tout saturé en calcium. Liée à une humidité cette décalcarification peut être accompagnée d'un entraînement d'argile en profondeur et la végétation s'enrichit espèces calcifuges telle l'Erica arborea, Cistus montpeliensis, Lavandula stoeckas et Cistus salvifolius.

Sols bruns calcaires sur calcaires durs: peu profonds à texture limono-argileuse à limonosableuse, de structure grumeleuse en surface évoluant graduellement vers le type polyédrique en profondeur.

D'autres types de sols apparaissent et occupent des surfaces assez appréciables:

Sols lessivés podzoliques: formés sur grès non calcaire, peu profonds où la perméabilité de la roche-mère liée à la présence d'un humus acide favorise le développement du phénomène de lessivage. Sols à profil ABC où l'horizon B est enrichi en argile et en oxyde de fer et d'alumine pouvant se présenter sous forme de granules.

Sols bruns rougeâtre calcaires: peuvent être considérés comme un stade d'évolution paraclimacique, présentent des caractéristiques variées tel que présence de CaCO3 sur tout le profil, accusent souvent un lessivage avancé de carbonates dans la partie supérieure du profil à l'origine d'une absence de calcaire actif. Cette décarbonatation peut être une possibilité d'évolution vers de meilleures potentialités. Ces sols présentent le maximum d'évolution lorsque les précipitations dépassent les 500 mm en altitude et essentiellement dans la partie septentrionale de la région d'étude. Les moins évolués sont légèrement rougeâtres et présentent généralement une croûte calcaire de type zonaire endurcie traçant la limite de la zone biotique.

Sols calcaires humifères: issus de la décomposition de calcaire plus ou moins durs, ils contiennent toujours une certaine proportion de sable et d'argile. Lorsque le calcaire domine les terrains sont caillouteux et des bancs rocheux apparaissent rapidement dés que la couverture végétale est dégradée. Sols à profil AC, peu profonds, caractérisés par un seul horizon riche en humus renfermant souvent de nombreux cailloux calcaires se comportant comme des sols secs. Provenant de calcaires tendres ils présentent des potentialités intéressantes.

Sols rendziniformes: à profil du type AC, calcaires, peu épais, caractérisés par un horizon A de faible profondeur, riche en humus et en calcaire, souvent caillouteux, développés sur calcaires plus ou moins tendres et parfois sur croûte calcaire. Assez riches en matières organiques (supérieure à 2%). Sur calcaire dolomitique ou calcaire gréseux la texture est sableuse et la structure particulaire faute d'argile.

Devant la faiblesse de la couverture végétale, au regard de la composition floristique des différentes formations végétales, avec un climat sec et chaud, une roche-mère dure et généralement affleurante; les principaux types de sols de la région présentent les caractéristiques suivantes:

-une très faible profondeur,

-un nombre d'horizon égal ou inférieur à 3,

-un pourcentage d'argile relativement élevé (10 à 40 %),

- un taux de sable hétérogène (5 à 55%),

-un pH presque toujours basique (supérieur à 7,3),

-un faible taux de matière organique (inférieur à 3%).

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Les tableaux N° 15 à 48 en annexe récapitulent par type de sol et la végétation qui le colonise les principales caractéristiques physico-chimiques.

Une attention particulière doit être accordée aux sols bruns rougeâtres calcaires qui sont les plus représentés dans la région, peuvent sans risque d'erreurs être considérés comme les plus évolués sous les conditions climatiques actuelles. Leurs caractéristiques variables d'ailleurs peuvent se regrouper en une présence de calcaire sur tout le profil, ils peuvent cependant accuser un lessivage avancé é de carbonates dans l'horizon superficiel où le calcaire actif est absent offrant des possibilités d'évolution. Dans les zones froides et arides le climat ne permet pas une décarbonatation, dans toute la région forestière elle est présente et son absence ne peut être attribuée qu'à l'érosion superficielle et aux incendies à l'origine de l'apparition d'une charge caillouteuse en surface. Le profil est plus ou moins évolué, la libération d'oxyde de fer le confirme quand les précipitations dépassent 500 mm.

Les moins évolués apparaissent dans la partie méridionale de la région présentant une croûte calcaire de type zonaire à faible profondeur grossie et endurcie dans la partie inférieure empêchant le passage de l'eau et des racines. La formation de cette croûte est un phénomène ancien, probablement impossible sous les conditions climatiques actuelles, elle s'est faite sans aucun doute en plusieurs phases, durcissement puis cristallisation dues à une dégradation du milieu et de la végétation. Cette croûte cependant ne constitue pas un facteur limitant pour le développement des espèces forestières et végétales en général mais sa partie endurcie trace la limite de la zone biotique du sol et par conséquent de toute vie et activité biologique.

Si cette limite est très superficielle, le développement du végétal se trouve perturbé et une rupture de cette croûte sans bouleversement des horizons du sol permet d'augmenter l'espace et le volume de terre disponible aux racines. Le second point à éviter est la recarbonatation de la couche superficielle qui se traduira par une augmentation du calcaire actif déconseillé pour le développement de tout végétal.

4-3.2. Relation sol-végétation.

Hétérogénéité climatique, édaphique et floristique rend difficile toue tentative de liaison justifiée entre type de sol et type de végétation. Cette relation est perturbée par plusieurs paramètres et facteurs où se distinguent la fréquence des incendies modifiant totalement la composition floristique pendant un assez long temps et certains caractères physico-chimiques et biologiques du sol, le parcours intensif dont l'action sur le sol et la végétation est déterminant et perturbant, la destruction de la couverture végétale par les diverses opérations d'exploitation, l'importante biomasse de racines des espèces herbacées, arbustives et buissonnantes qui parcourent les horizons du sol, les caractéristiques climatiques des étages semi-aride et aride marqués par de fortes amplitudes thermiques et la faible profondeur de l'horizon superficiel très sensible à toutes les formes d'altération (tableaux annexe 15 à 48).

Les types de sols rencontrés se distinguent par une instabilité dans leur évolution, un lessivage intense, le faible taux de matière organique et l'affleurement de la roche-mère ne facilitant point une approche de la relation sol-végétation. L'importance du rôle joué par le substrat confère à ce dernier une part importante dans l'établissement de cette relation. A ce sujet BOUDY (1948) concluait: " Le sol forestier est de peu d'importance et qu'en raison de l'action des racines c'est la roche-mère plus ou moins altérée, le sol géologique en un mot, qui joue le rôle principal au point de vue édaphique, les incendies, le ruissellement ayant détruit le plus souvent le sol forestier ". La liaison relationnelle entre le substrat et la végétation semble être un axe de travail réel justifié par la constance du sol géologique et la végétation pouvant s'y développer. Des contradictions inévitables, naturelles et regrettables font que les zones les plus arrosées portent le plus souvent les plus sensibles et même pauvres parfois. Ces sols se remarquent soit par une abondance soit d'argile, de limon ou de sable avec leur effet néfaste, à forte proportion, sur la végétation.

Dans la région un parallélisme existe entre les formations végétales et les formations géologiques à vocation forestière. Les monts de Tlemcen relèvent essentiellement du Jurassique

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supérieur et moyen, formations couvertes par des groupements végétaux de chêne vert essentiellement, la présence de couches gréseuses par endroits justifie le développement des formations végétales à base de chêne liège et chêne zeen. Les monts de Dhaya constituent des anticlinaux rigides formant deux ensembles: le plateau de Dhaya et la montagne de Beni Mathar où dominent les grès et surtout les calcaires colonisés par le chêne vert pour le premier et le pin d'Alep et le thuya pour le second. Ainsi une homogénéité et un parallélisme existent entre les formations géologiques et les groupements forestiers, en 1955 BOUDY remarquait : "... peut être plus encore dans cette région que dans les autres, il y a lieu de noter un parallélisme remarquable entre les masses principales de boisements et les formations géologiques à vocation forestière, telles que le Jurassique et le Crétacé ".

" La physionomie des groupements végétaux est sous forme de matorral troué clair. La raison de ce faciès de dégradation est sans doute en relation avec le stress pluviométrique mais surtout édaphique intégrant l'ensemble des descripteurs orotopographiques et géomorphologiques et ce sont des caractères comme l'accumulation calcaire: croûte et encroûtement qui représentent la sommité de ce stress édaphique." résumait LATRECHE (1995) le problème de l'action du substrat sur la végétation. Dans la région pratiquement tous les sols colonisés par une végétation ligneuse présentent un encroûtement et/ ou une croûte calcaire.

A propos de la formation des croûtes calcaires dont le rôle est déterminant sur la composition et le dynamisme de la végétation. MONTENAT(1981) précisait à ce sujet: " On peut considérer que la formation des carapaces- croûtes et encroûtements- requiert trois conditions essentielles: des réserves mobilisables de calcaire, un régime climatique contrasté avec des précipitations suffisamment abondantes et des assèchements périodiques accentués et un couvert végétal présentant un système radiculaire dense ".

4-3.2.1. Distribution des sols et leur colonisation végétale.

La distribution des principaux sols étudiés obéi à un découpage basé sur la géologie, le climat et l'orographie; les toposéquences typiques à chaque sous-zone morphologique et bioclimatique faites dans deux orientations significatives nord-sud et est-ouest permet les observations suivantes:

- sur les sommets la roche-mère est souvent apparente, sur les reliefs tabulaires l'assise subhorizontale est souvent recouverte d'un matériau meuble peu épais avec des sols du type rendzine. Généralement c'est des sols peu évolués. Lorsque la pente est abrupte c'est les sols minéraux bruts qui sont présents,

- sur les versants et les replats morphologiques ce n'est pas la même pédogenèse qui a marqué ces zones; généralement les terrasses (souvent c'est des cuvettes colmatées) présentent un horizon vertique en profondeur (fente de dessiccation et structure prismatique) qui confirme la présence de sols bruns calcaires,

- sur les terrasses et reliefs plats, les conditions sont propices au développement des sols fersialitiques, souvent peu lessivés à réserve calcique présentant des formes graduelles vers des sols bruns calcaires lorsque la décalcificationn des horizons A et B est complète. Des sols fersialitiques lessivés sans réserve calcique ce trouvent également dans ce type de morphologie.

Les sols calcaires sont essentiellement colonisés par les groupements mixtes de pin d'Alep, de thuya et de chêne vert auxquels s'associe le genévrier oxycèdre. Les sous-types tels les sols bruns calcaires sur encroûtement supportent généralement une végétation dégradée à base de pin d'Alep évoluant vers un matorral arboré avec lentisque, filaire et kermès.

Cependant les sols bruns calcaires sur marne sont recouverts d'une végétation assez bien venante ne pouvant se justifier que par la profondeur du sol et le volume de terre important exploré par le système radiculaire développé des espèces ligneuses permettant la présence de toutes les strates. Par contre les rendzines sur calcaire fissuré, peu profondes, assez humifères sont peuplées de formations peu développées de pin d'Alep et de chêne vert.

Les sols fersialitiques quand à eux permettent l'installation d'une végétation calcicole à faible recouvrement où dominent toujours le pin d'Alep et le thuya. Sols favorables à la végétation

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forestière mais très sensibles aux effets néfastes du parcours, l'horizon superficiel est sujet à l'érosion par le biais d'une minéralisation rapide de la matière organique (qui ne joue plus son rôle de cimentation des éléments texturaux et de stabilité structurale) due à une déshydratation organique.

Il est possible de synthétiser la relation sol-végétation dans la région par les observations qui suivent et les tableaux N° 49 à 52 joints en annexe:

Tableau 12 : Relation sol-végétation.

TYPE DE SOL

TYPE DE VEGETATION

Sol fersialitique à réserve calcique (grès

calcaire-marne)

Groupement mixte pin d'Alep et thuya à facies de Diss

Sol peu évolué (grès calcaire-marne)

Groupement mixte pin d'Alep et thuya à facies de romarin et d'alfa

Sol brun calcaire (grès calcaire-marne)

Groupement mixte pin d'Alep et chêne vert

Sol fersialitique sans réserve calcaire (grès)

Groupement de chêne zeen et de chêne vert

Rendzine brunifiée

Groupement à pin d'Alep et chêne

On peut résumer cette relation par les caractères suivants:

- la végétation est bien venante quand la décarbonatation est profonde sans calcaire actif sur les 35 cm, lorsque la capacité de rétention en eau est élevée (argile + limon = 60%) et que les précipitations sont supérieures à 500 mm.

- la végétation est assez bien venante quand la décarbonatation est superficielle et sans calcaire actif sur les 20 premiers centimètres et que la proportion de limon et argile avoisine 50% avec des précipitations supérieures à 400 mm.

- la végétation est médiocre lorsqu'il n'y a pas de décarbonatation et que le calcaire actif est présent sur tout le profil.

C'est le pourcentage de calcaire actif, la capacité de rétention la profondeur du sol et les précipitations qui conditionnent la qualité de la végétation.

4- 4. LES FACTEURS FLORISTIQUES

Les monts de Tlemcen et les monts de Dhaya par leur situation géographique est leur orographie surtout, recoin vent une tranche pluviométrique appréciable comparée à la moyenne régionale. Celle-ci permet aux diverses formations végétales de se développer ou du moins de se conserver pourvu que le sol recèle encore des potentialités et essentiellement une capacité de rétention en eau appréciable. Des pressions humaines et animales s'exercent certes, mais la végétation réagit et arrive à se maintenir tant bien que mal sous diverses formes adaptées aux conditions du milieu et de l'environnement qui l'agresse.

De nombreuses espèces végétales forestières sont encore présentes, constituant parfois des peuplements sylvatiques menacés mais résistants offrant une banque de données inestimables pour définir une méthodologie ou une politique de préservation et de multiplication de ces espèces dans le seul but d'identifier la dynamique de la couverture végétale dans la région. Les groupements végétaux qui recouvrent encore cette région présentent une richesse, une variété, une diversité biologique et une particularité de comportement et de résistance intéressants à définir et connaître.

Ces formations végétales par leur complexité et le manque d'intérêt que leur a accordé le forestier font qu'elles demeurent inconnues dans plusieurs de leurs aspects fondamentaux (évolution, structure et physionomie).

Les techniques de préservations et de traitement appliquées à ces formations végétales ne sont dictées par aucun travail de recherche et d'expérimentation sérieux et attestés par des spécialistes en la matière. Ce qui fait que les conditions d'utilisation et de traitement de ces écosystèmes

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conduisent le plus souvent à un déséquilibre biologique et une destruction irréversible encouragés et même accélérés par l'action de l'homme.

En 1976 en analysant la situation des forêts méditerranéennes QUEZEL soulignait: " Situées (les forêts méditerranéennes) dans une zone où les effets de l'activité humaines se sont faits sentir sans répit depuis au moins quatre millénaires, ces forêts ont en effet le plus souvent été pillées, voire détruites, par les civilisations successives qui ont trouvé là des matériaux indispensables à leur survie, ou qui les ont considérées comme un obstacle à leur développement ".

4-4.1. Particularités de la végétation

Selon QUEZEL (1964) le nombre d'espèces endémiques dans la flore algérienne se situe aux environs de 250 sur un total de 2.840 espèces environ, il représente 8,5%. La répartition de ces espèces selon les principales familles donne le résultat suivant:

Ces espèces sont présentes au nombre de 42 sur un total régional de 114 en Oranie exception faite de la partie Hauts Plateaux et Sahara oranais. L'endémisme est une donnée intéressante à considérer pour étudier le comportement des espèces végétales et les préserver en premier.

La végétation se caractérise par une diversité de structure, de physionomie et de composition dans les strates arbustives et buissonnantes grâce à la variété géographique, géologique et climatique qu'offre les monts de Tlemcen et les monts de Dhaya.

Tableau 13 : Importance des espèces endémiques.

Familles

Nombre

Famille

Nombre

Composées

42

Caryophyllées

25

Légumineuses

23

Labiées

22

Scrofulariacées

13

Ombellifères

12

Crucifères

12

Graminées

10

Plumbaginées

10

Liliacées

06

A cette hétérogénéité qui justifie particulièrement une instabilité et une vulnérabilité, s'ajoutent les particularités spécifiques à toute la végétation méditerranéenne: présence espèces endémiques, variations brusques et fréquentes des facteurs climatiques, physionomie et structures instables, complexité des formations végétales, dynamisme permanent et irrégulier, utilisation et traitements sylvicoles inadaptés et dégradation permanente sous les effets conjugués de l'homme et de l'animal.

La région est couverte par une végétation composée de groupements végétaux mixtes à 90% des cas et complexes par leur diversité floristique, leur structure et leur physionomie. A propos de particularité floristique BENABDELI (1983) avançait: " L'impression qui prévaut lorsque l'on parcoure ces formations végétales très hétérogènes et complexes est que celles-ci ne sont pas en équilibre... La composition floristique qualitative des peuplements est très homogène et se justifie par la stabilité des facteurs écologiques ". L'importance des formations mixtes et dégradées où dominent, dans les groupements forestiers des monts de Tlemcen, le chêne vert et sur les monts de Dhaya le pin d'Alep. A ces deux principales espèces dominantes s'associent d'autres selon la nature du sol et le type de climat: le thuya, le chêne liège, le chêne zeen et le genévrier oxycèdre.

Les formations pures sont de faible importance et localisées suivant des conditions situationnelles particulières et de faible contenance, seules les espèces suivantes: pin d'Alep, chêne vert, thuya et chêne zeen arrivent difficilement à s'ériger en peuplement pur. C'est cependant les formations dégradées (matorrals, maquis et garrigue) qui sont les plus représentées et qui s'imposent et impriment de leur physionomie tout le paysage végétal.

4-4.2. Principales associations

Par ordre d'importance basée sur la superficie occupée, l'impact sur la politique forestière, l'aspect écologique et l'intérêt économique; la classification sera:

1-Pinetum halepensis

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2-Quercetum illicis

3-Quercetum faginea

4-Quecetum suberis

4-4.2.1. Pinetum halepensis.

Association éminemment xérophile au sous-bois relativement abondant, caractérisée par le pin d'Alep, arbre et espèce typique de l'étage bioclimatique semi-aride. Rustique elle peut s'étendre sur l'aire d'autres espèces plus exigeantes en humidité et qualité du sol. Dans les zones relativement humides cette association est éliminée sur sol siliceux par le Quercetum suberis, sur sol argileux par le Quercetum illicis et le Quercetum faginea. Elle se cantonne sur les sols les plus secs où elle est le plus souvent en lutte avec le Callicitretum et l'Oleolentisetum sur sol perméable. En altitude elle n'est concurrencée que par le Quercetum illicis, dans les zones méridionales et sèches elle cède sa place au Juniperetum oxycedrus. Malgré sa rusticité cette association n'est présente dans son faciès continental que sur les monts de Dhaya; les conditions climatiques, édaphiques et orographiques ne permettent pas son installation sur les monts de Tlemcen. Son sous-bois est constitué essentiellement par des espèces arbustives et buissonnantes modelées par le climat, la nature du sol et les actions dégradantes de l'homme et de l'animal. Les principales espèces formant son cortège floristique sont (pour le faciès continental): Quercus rotondifolia, Quercus coccifera, Juniperus oxycedrus Pistacia lentiscus, Phillyrea media, Genista quadriflora, Cistus villosus, Ampelodesma mauritanicum, Stipa tenacissima, Rosmarinus tournefortii, Globularia alypum

L'excès d'humidité est défavorable à cette association, elle présente son optimum de développement dans l'étage semi-aride lorsque la tranche pluviométrique varie entre 270 et 530 mm; au-dessous elle est concurrencée par l'Alfa et au-dessus par le chêne vert. D'après ALCARAZ (1965) le Pinetum halepensis se rencontre lorsque M oscille entre 29 et 36,2°C et m entre + 1 et 9°C. Des précipitations estivales supérieures à 30 mm dans la zone septentrionale des monts de Dhaya et supérieures à 60 mm dans les parties méridionales des monts de Tlemcen et des monts de Dhaya ne semblent pas l'accommoder.

Cette association dans son sens phytoécologique ne s'est rencontrée que sur l'ensemble des monts de Dhaya et dans la partie sud des monts de Tlemcen. Elle trouve son optimum et forme des peuplements purs dans l'étage semi-aride froid et frais.

4-4.2.2. Le Quercetum illicis.

Importante par la surface qu'elle couvre et par son adaptation aux conditions écologiques les plus sévères. Indifférente le plus souvent à la nature du sol, xérophile elle ne semble dépendre que des facteurs climatiques. Elle trouve son optimum en altitude (1000 m) où la température moyenne est comprise entre 9 et 14°C et avec des précipitations assez élevées de l'ordre de 600 mm. Association commune dans la région, espèce principale est seule ou en mélange avec le pin d'Alep; les monts de Tlemcen sont la zone de développement de cette association. Espèce s'accommode aux différents types de climat supportant les froids hivernaux et les sécheresses estivales. DAHMANI (1984) note à ce sujet: " Il (le chêne vert) peut supporter un indice xérothermique de 0 à 150 " , il supporte donc des températures allant de - 3 à + 42°C et admet une tranche pluviométrique extrême de 250 à 1450 mm. Se développe dans les étages humide et subhumide dans leurs variantes froide, fraîche et tempérée, l'association est également présente dans le semi-aride supérieur. Sa répartition est conditionnée par l'altitude et le type de sol vis à vis de ses principales concurrentes. A basse altitude elle est éliminée par le Pinetum halepensis, en sol argileux elle est concurrencée par l'Oleolenticetum, sur terrain non calcaire et en zone humide c'est le Quercetum suberis et le Quercetum faginea qui l'éliminent. De ce fait elle se concentre généralement en altitude sur sol calcaire et en versants secs. Association d'altitude, de sol calcaire et adaptée au froid, favorisée par les régimes pluviométriques du type H.P.A.E ou P.A.H.E. Cette association aborde la longue période estivale avec des réserves hydriques appréciables.

Elle présente deux faciès liés aux conditions édaphoclimatiques, celui du semi-aride où le chêne vert est à l'état de taillis bas et clair accompagné de genévrier oxycèdre, dans le faciès subhumide

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c'est le taillis dense et élevé qui domine présentant parfois la forme de futaie et en présence espèces de l'étage subhumide telles que l'arbousier, la bruyère, le chêne zeen etc...

Le chêne vert, espèce spontanée très commune dans le bassin méditerranéen, BARBERO et LOISEL (1980) estiment à juste titre qu'elle joue un rôle important dans la partie occidentale du bassin méditerranéen que dans sa partie orientale. A propos d'utilisation de cette association les deux auteurs précisent: " L'aménagement sylvo-pastoral avec introduction espèces fourragères associées à une mise en défens par rotation, serait alors la meilleure façon d'utiliser la yeuseraie ".

4-4.2.3. Le Caiitricetum.

Relique de la flore tertiaire, trouve son maximum de développement et d'étude dans la région. Essentiellement xérophile et thermophile elle présente des aptitudes remarquables d'adaptation à des conditions écologiques très difficiles et à une pression anthropozoogène importante. Se développe dans les mêmes conditions climatiques et édaphiques que le Pinetum halepensis, seulement elle est plus exigeante que ce dernier du point de vue thermique et sensible au froid humide. Préférant les expositions chaudes, il se maintien et se développe dés que les précipitations dépassent la tranche de 250 mm. Elle accepte des altitudes variant entre 200 et 700 m. Les températures où elle se développe sont représentées par un m supérieur à 0 et un M compris entre 32 et 35°C. Grâce à sa faculté de rejeter de souche il réagit vigoureusement à tous ses concurrents. Si ce n'est sa crainte du froid humide et de la haute altitude la distribution de cette association aurait pris des proportions importantes en surface. Avec le pin d'Alep et le genévrier c'est espèce la plus caractéristique de l'étage semi-aride. La nature du sol influence très peu son développement et sa présence, il semble affectionner les sols squelettiques et caillouteux assez répandus dans la région. Association adaptée aux conditions les plus sévères, rarement éliminée dans son aire par une espèce aussi résistante soit-elle, elle constitue l'un des éléments les plus intéressants de la végétation de l'Algérie occidentale. Elle est généralement présente sous un faciès de dégradation qui exclue pratiquement la forme de futaie. C'est une espèce qui présente des formations pures à l'état régressif grâce aux rejets de souche. Des observations faites sur la régénération du thuya après incendie permettent d'affirmer que l'accroissement moyen annuel en hauteur qualifié de très lent est appréciable puisqu'il se situe entre 15 et 38 cm (BENABDELI, 1992).

La forte agression qu'elle subit, les conditions difficiles où elle se développe et l'absence totale de conduite et de traitements sylvicoles font que cette association n'est présente que sous forme de taillis. Formant des peuplements mixtes sur des proportions de territoire limitées avec surtout le pin d'Alep et rarement ou exceptionnellement le chêne liège et le chêne vert. Sa principale caractéristique est la composition de son sous-bois qui est diversifié et abondant car c'est une association de lumière. Tous les stades de dégradation présentant un aspect de broussaille ne peuvent être que des stades régressifs de la callitraie.

La qualité du bois de thuya et sa forte utilisation pendant la période Ottomane, Romaine et même coloniale ont été à l'origine de la totale destruction de ces formations végétales et spécialement du stade de futaie. Réduite le plus souvent à des maquis clairs cette association joue encore un rôle de protection irremplaçable avec sa strate frutescente où dominent le lentisque, le chêne kermès et la filaire.

4-4.2.4. L'Oleolenticetum.

Association thermophile et xérophile très proche de la callitraie (souvent ce n'est qu'un stade de dégradation de cette dernière), rarement à l'état arborescent, elle se présente souvent sous forme de garrigue sur marnes et argiles profonds. Association de basse altitude (400 à 600 m) de l'étage thermoméditerranéen s'accommodant à une grande amplitude pluviométrique, présente dés que les précipitations sont supérieures à 25O mm, m compris entre 6 et 11°C et M avoisinant les 45°C dans les étages bioclimatiques semi-aride et subhumide dans leur variante tempérée et chaude.

4-4.2.5. Le Quercetum suberis.

Généralement localisée dans des zones à précipitations relativement élevées, un climat tempéré, un sol profond, assez meuble et non calcaire. Association thermophile, d'humidité et de lumière

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elle exige une tranche pluviométrique supérieure à 500 mm. Elle trouve son optimum dans l'étage humide et subhumide où seul le facteur sol est limitant. Les variantes chaude et tempérée lui sont favorables avec un m supérieur à 2°C et un M compris entre 30 et 35°C.

Elle craint les sols calcaires et les sols argileux préférant des sols profonds légèrement siliceux. Ses exigences climatiques et édaphiques particulières font que cette association est sujette à plusieurs concurrences. Envahie par le chêne zeen dans les biotopes très frais et par le chêne vert lorsque l'humidité ne lui est pas suffisante. Cette association se présente sous une forme typique à la région, en relation avec des conditions édaphoclimatiques à la limite de ses exigences, sous forme de futaie basse et claire caractérisée par une absence totale de régénération naturelle. Les semis sont impossibles dans les circonstances actuelles, car menacés par le tassement du sol, le parcours excessif et les caprices climatiques (fluctuation de la période et des tranches de précipitations) ainsi que par la perte des potentialités du sol. Association concurrencée aux faibles altitudes par l'Oleolentcetum, sur sols calcaires secs et superficiels. En altitude élevée et sur sols calcaires elle est éliminée par le chêne vert, lorsque le sol est profond; aux altitudes importantes elle est en lutte permanente avec le chêne zeen dont la régénération est plus facile et l'accroissement rapide.

Présentant deux faciès, semi-aride avec une forêt claire, xérophile pauvre en sous-bois, sans régénération et à avenir incertain. Dans le faciès humide et subhumide le chêne liège trouve son optimum, se présente en formation mixte avec le chêne zeen, le chêne vert, le genévrier oxycèdre et même le chêne kermès avec un sous-bois abondant constitué essentiellement de bruyère, cytise, arbousier, myrte, viorne tin, diss etc...

4-4.2.6. Le Querctum faginea.

Caractérisée par une facilité de régénération et une forme typique de futaie élancée et dense à faible sous-bois cette association n'est pas concurrencée dans son aire par le chêne vert et le chêne liège. La vitalité physiologique et son tempérament particulier caractérisé par une hauteur et un diamètre importants, par un enracinement puissant, par un couvert fermé et sa faculté de rejeter font de cette essence une espèce envahissante dés que les conditions écologiques lui sont favorables. Elle ne se développe qu'en étages humides à des altitudes supérieures à 950 m, sous des précipitations de l'ordre de 700 mm et affectionne les expositions nord et nord-ouest. Les valeurs des températures moyennes minimales et maximales sont respectivement comprises entre 3 et 5 et 25 et 30°C. Indifférente à la constitution physico-chimique du sol elle préfère cependant les sols relativement frais, légèrement perméables et sableux.

4-4.3. Synthèse (Tableaux N° 53 et 54 )

Caractérisées par une dynamique et une instabilité toutes les associations végétales sont en mutation et connaissent une perturbation qui les éloigne de leur optimum de développement se rapprochant le plus d'un équilibre paraclimacique. Cela se traduit par une adaptation de ces associations aux conditions dans lesquelles elles évoluent. Elles s'orientent surtout vers des formations mixtes présentant une composition, une structure et une physionomie différentes de celles qu'elles doivent avoir si elles n'étaient pas soumises à des conditions particulières.

5- NOTION DE TERMINOLOGIE

Les différentes formations végétales de la région comme dans la plupart des formations forestières de l'Algérie ne sont pas en équilibre. Toutes les strates ne sont pas toujours présentes d'où une structure et même une composition floristique différentes sous des conditions écologiques sensiblement identiques. Cette structure particulière est surtout imposée aux diverses formations végétales par les pressions humaines et animales (incendies, coupes, surpâturage) qui s'exercent et qui se sont toujours exercées sur la végétation. Ces dernières impriment sur le paysage végétal des formes qu'on ne peut passer sous silence. Ainsi il est quasiment impossible de dissocier l'action anthropozoogène de la diagnose et de la dynamique de toutes les formations végétales rencontrées. Cela se traduit par une structure et une physionomie particulières imposées par le degré d'artificialisation de la formation en parfaite relation avec

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l'intensité et le type de pression. Souvent même les travaux d'aménagement (ouverture de pistes, de tranchées pare-feu, repeuplement) se traduisent par des dégradations assez importantes induites par une absence d'étude et surtout de savoir faire.

Cette situation particulière nécessite une analyse qui débouchera probablement sur des propositions de correction de certains termes utilisés pour identifier et définir les formations végétales. L'analyse qui sera initiée se justifie puisque nous considérons et, nous le prouverons, que les actions de l'homme dans leur ensemble agissent sur la végétation comme un facteur naturel incontournable du milieu. Depuis toujours les activités humaines et leurs impact sur la végétation de l'Algérie occidentale ont fait partie prenante et intégrante du milieu qu'il est inconcevable de dissocier.

5-1. SITUATION ACTUELLE

Une formation végétale selon REY (1960) est " un groupement botanique caractérisé par sa forme biologique dominante, expression actuelle de conditions de vie déterminés". Les différentes formations pouvant être présentes dans notre région sont:

- la forêt: formation arborescente de hauteur supérieure à 4 m et de densité variable. - la forêt mixte: dominance non spécifique.

- le taillis: intéresse les formations de chêne vert issues de rejets de souche ou de drageons constituées par une juxtaposition de cépées.

- le taillis arboré: taillis avec des arbres isolés d'espèces différentes de celles qui constituent le maquis.

- matorral: toutes les formations intermédiaires entre la forêt, le taillis et la steppe arborée, végétation dont la hauteur est inférieure à 4 m issue de dégradation.

- steppe arborée: formation basse ouverte à xérophytes en touffes dominantes où l'alfa impose sa physionomie. Ponctuée par des arbres ou des arbrisseaux isolés le plus souvent mutilés et une végétation buissonnante latente très basse.

- steppe buissonneuse: absence d'arbres et d'arbustes isolés.

Classiquement on peut distinguer la futaie et le taillis comme mode de traitement utilisé par les forestiers, les termes usuels décrivant la physionomie de la végétation ligneuse seront abordés ultérieurement. Dans des conditions de développement naturelles et optimales on assiste pour les principales espèces aux stades d'évolution suivants:

-semis: jeunes sujets issus de graines dont la hauteur est inférieure à 0,40 cm,

-rejets: jeunes tiges issues d'une souche ou d'une racine après exploitation ou mutilation de la tige principale,

-fourré: ensemble de tiges ligneuses issues de graines, ramifiées, elles ont entre 0,40 et 1,50 cm de hauteur et de 1 à 2 cm de diamètre en moyenne,

-gaulis: jeunes tiges flexibles issues de 2 à 6 m de hauteur et de 2 à 6 cm de diamètre, on assiste à un début de formation de houppier et de fut net de branche grâce à l'élagage naturel,

-perchis: diamètre de la tige individualisée de 6 à 24 cm avec un élagage naturel intense où la section est soit naturelle soit guidée par l'homme,

-futaie: arbre ayant acquis sa forme et son port définitifs, l'accroissement en hauteur est ralenti et en diamètre maintenu.

On peut de cette manière distinguer des formations végétales en se basant essentiellement sur les espèces principales pouvant atteindre le stade arborescent suivant leur stade de développement. Cette formation physionomique dont la détermination est axé essentiellement sur la taille et le diamètre est limitative et ne peut s'appliquer aux espèces arbustives et buissonnantes, les plus prépondérantes dans l'analyse phytoécologique mais ignorées par cette classification. Il est possible de classer toutes ces dernières espèces dans le terme de taillis qui regroupe toute la végétation ligneuse issue de rejet de souche et de semis, mais il y aurait une double identification: une pour les espèces forestières intéressantes (pouvant atteindre la strate arborescente) et une autre pour le reste des espèces. Convenez que ce n'est pas du tout pratique

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et claire et que cette proposition même si elle mérite une attention dans certains cas bien précis ne peut être retenue.

Pour clarifier la description des formations végétales loin de toute spécialisation on de base généralement et exclusivement sur les notions suivantes:

- l'arbre: plante ligneuse à tige unique, dépourvue de branches vers le bas et dont la hauteur dépasse 7 mètres,

- l'arbuste: plante ligneuse à tige unique dépourvue de branche vers le bas et dont la hauteur ne dépasse pas 7 m,

- l'arbrisseau: plante ligneuse, tige ramifiée dés la base, sans tronc distinct, la hauteur se situe entre 1 et 2 m,

- le sous-arbrisseau: plante ligneuse ayant moins de 1 m de hauteur.

En 1963 GAUSSEN, pour apprécier l'aspect général de la végétation et en prenant comme critère la taille du végétal, propose l'échelle de classification suivante:

0

Sol nu

6

Sous-arbrisseaux

1

Pelouse rase

7

Sous-arbrisseaux et arbrisseaux

2

Formation herbacée

8

Formation d'arbrisseaux

3

Arbuste bas

9

Arbrisseaux et arbres

4

Formation ligneuse d'arbustes

10

Formation d'arbres

5

Arbustes et sous arbrisseaux

 
 

Cette classification est trop détaillée et difficilement identifiable sur le terrain par son manque de précision et ne peut être utilisée car elle n'apporte aucune information descriptive supplémentaire.

La classification qui synthétise les différents stades physionomique de la région et qui est utilisée à travers toute la région méditerranéenne est celle d'EMBERGER (1930), SAUVAGE (1961), IONESCO (1962) où six termes sont retenus:

- Steppe: formation naturelle herbacée où les graminées jouent un rôle primordiale et où domine Stipa tenacissima,

- Erme: formation herbacée basse à rythme saisonnier dérivant de la dégradation du matorral,

- Matorral: formation de végétaux ligneux n'excédant pas 4 m de haut et où dominent les espèces arbustives,

- Maquis: matorral dense élevé de pénétration difficile issu de la dégradation d'une forêt,

- Forêt: formation de végétaux ligneux dominés par la strate arborescente où les arbres se concurrencent par leurs racines ou leurs houppiers.

TOMASELLI (1976) donne quelques définitions importantes des types fondamentaux de végétation:

- Forêt méditerranéenne: toutes les formations d'arbre de plus de 2 m de hauteur où se distingue selon le degré de recouvrement des forêts denses des forêts claires et des forêts trouées,

- Matorral: formation de végétaux ligneux nanophanérophytes ou chamephytes dont la taille et le port sont soit naturels soit artificiels et résultant alors de traitements dégradants. Cette définition est de SAUVAGE qui la commente: " Le mot espagnol-matorral- n'a pas d'équivalent en français, bien qu'il corresponde dans les pays méditerranéens à un aspect très répandu. Les auteurs de langue française ne disposent guère que des noms de maquis et de garrigue, qui désignent des types de végétation particuliers auxquels il est souhaitable de conserver leur valeur précise. C'est la raison pour laquelle il a semblé utile d'aborder ici le nom de -matorral-, dont on ne saurait trop recommander l'emploi dans la description physionomique de la végétation méditerranéenne ". RUIZ DE LA TORRE (1971) définit le matorral comme : " Une formation de plantes ligneuses dont la partie aérienne n'arrive pas à se différencier en tronc et en frondaison,

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étant en général très ramifiée dés la base, et pouvant atteindre un port d'arbuste même prostré ". Pour plus de précision TOMASELLI (1972) propose la définition suivante: " Formation de plantes ligneuses xérophiles toujours vertes, dont la partie aérienne n'arrive pas à se différencier nettement en tronc et en frondaison, mais qui se présente en général très ramifiée à la base ".

-Maquis: MOLINIER (1959) l'a défini: " Peuplement d'arbustes et d'arbrisseaux xérophiles à

feuilles persistantes, toujours vertes et généralement très dense, au point de devenir impénétrable ". SAUVAGE (1961) donne le mon de maquis à toute formation de
nanophanérophytes dense et difficilement pénétrable, sur sol dépourvu de calcaire. TOMASELLI (1976) complète par: " Il vaut mieux ne pas prendre cette dernière limitation en considération, et laisser au mot maquis sa signification la plus ample, exclusivement physionomico-structurale ".

- Garrigue: matorral moyen clair sur sol plus sec que celui du maquis, sur substrat calcaire. " Pour

simplifier, il semble préférable de se référer exclusivement à la structure de la végétation, indépendamment du substrat" note TOMASELLI (1972).

Il y a lieu de noter que CELLES (1980) donne une classification plus simple pour les zones à

conditions édapho-climatiques difficiles, axée essentiellement sur la forêt, le matorral et la steppe. 5-1.1. Conclusion.

Les types de formations les plus fréquentes et représentatives de la dynamique des principaux groupements végétaux sont au nombre de trois: la forêt, le maquis et le buisson. Tous les stades de dégradation sont importants mais le plus déterminant c'est la forme d'équilibre où la végétation trouve son optimum face aux conditions où elle est appelée à se développer.

La végétation potentielle para-climacique est dans la majorité des cas représentée par la forêt (aspect physionomico-structural en relation étroite avec les conditions du milieu) qui ne subsiste à l'état optimal qu'exceptionnellement.

La multitude de définitions et d'approches ne simplifie pas la tâche pour celui qui tente de décrire avec précision les formations végétales; il est important de prendre en charge ce volet pour tenter de le simplifier afin de rendre la terminologie utilisable pour notre région et pourquoi pas pour le territoire national. Une nouvelle approche s'impose et est dictée par la nécessité d'uniformiser les termes et de les adapter surtout à la réalité de la végétation.

5-2. NOUVELLE APPROCHE

La formation végétale est une notion importante puisqu'elle permet d'identifier la physionomie qui a un aspect de premier ordre pour comprendre le comportement et la dynamique des divers groupements végétaux. Une formation végétale est un ensemble de plantes ligneuses ayant sa propre physionomie découlant de la fréquence de certaines espèces présentant le même aspect.

Une autre expression est à utiliser et connaître, qui malgré sa précision n'a pas connu un large usage : c'est le type de végétation. En 1955 TROCHAIN donne la définition suivante de cette expression: " Les types de végétation sont les grands ensembles végétaux qui impriment au "paysage une physionomie particulière qui résulte de l'accumulation espèces végétales spécifiquement variées mais appartenant en grande majorité, à une même forme biologique qui est ainsi dominante".

Des difficultés apparaissent lorsque l'on commence à nommer les types de végétation, parce que la langue française set pauvre en terme généraux dans le domaine forestier. Nous faisons allusion aux termes de forêt naturelle, de forêt issue de reboisement, du matorral, du maquis, de la garrigue, de la steppe, de la lande, de l'erme, de la garrigue ; des termes utilisés pour des formations restreintes, particulières et localisées qui se sont vus généralisés dans leur utilisation avec une altération de leur vrai sens. Il convient de se mettre d'accord pour dénommer les principaux types de végétation, il n'y aura ensuite aucun inconvénient à décrire et identifier la végétation. La végétation de l'Algérie occidentale tellienne fait partie intégrante de la végétation méditerranéenne, elle est particulière par son aspect, sa composition, sa structure et sa physionomie. Cette végétation se présente donc sous diverses formes d'où l'importance d'une

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clarification dans les définitions des différentes formations qui ne sont qu'un ensemble de végétaux ligneux dont les formes et le disposition donnent un aspect déterminé.

5-2.1. La forêt

Les définitions sont nombreuses et différent selon les pays et les auteurs; l'absence de travaux précis par zone biogéographique fait que toutes sont acceptables à divers degrés. Généralement on défini la forêt comme une formation arborescente dense, il faut s'entendre sur les qualificatifs d'arborescent et dense. Ce type de végétation est défini sur la base de deux critères: la taille et la densité. Sachant que dans la région les arbres participant massivement à la formation de ce type de végétation n'ont qu'une faible hauteur, généralement entre 5 et 10 m, et que leur peuplement est rarement continu et serré. Cette situation est une résultante des conditions tant climatiques, édaphiques qu'anthropiques. Si on venait à appliquer avec rigueur les critères de classification européens ou d'Afrique inter-tropicale, rares sont les formations végétales de la région qui peuvent être retenus dans la définition de forêt. Les individus végétaux constituant la majorité de nos formations seraient trop bas et de faible densité pour former une forêt au sens des définitions usuelles. Une forêt est un ensemble d'arbres (donc dont la hauteur est supérieure à 7 m) et qui se concurrence soit par leur houppier ou leurs racines.

MOLINIER (1971) précise à ce sujet: " La définition de la forêt répond à un quintuple critère: la taille élevée, forme définie, densité suffisante des éléments qui la constituent, étendue assez grande couverte par l'ensemble et pérennité; c'est un espace à cinq dimensions au moins: hauteur, forme, surface, volume et temps ". Ainsi les paramètres déterminants pour définir une forêt sont:

- la taille: le botaniste GATIN (dictionnaire de Botanique) in MOLINIER (1971) précise: " l'arbre est un végétal ligneux à tige simple et unie dont la taille atteint au moins 7 mètres " alors le domaine de la forêt méditerranéenne s'amenuiserait car peu de peuplements forestiers atteignent cette taille.

- la forme: définie généralement par un tronc simple et dégagé à la base, généralement nos principales espèces présentent une tige souvent rameuse. On rencontre dans le vocabulaire français les termes d'arbrisseaux et d'arbustes. Arbrisseau: végétal ligneux dont la tige est rameuse dés la base et dont les dimensions atteignent 1 à 7 m. Arbuste: végétal ligneux dont la taille n'est pas plus grande que celle d'un arbrisseau mais dont la tige, est à la base unie et simple. Généralement ces deux termes sont confondus dans la strate arbustive.

- l'étendue: à l'idée de forêt s'attache celle d'une grande étendue sans aucune autre précision, le plus souvent c'est au -delà de 100 hectares qu'on considère qu'on est en présence d'une forêt car ses effets peuvent être ressentis (amplitude thermique, microclimat, écosystème etc.)

- la densité: ce paramètre souffre également du manque de précision, c'est la notion de concurrence qui est utilisée soit par les houppiers soit par les racines, donc le sous-bois est déterminant et cette notion devient très subjective et aléatoire.

- la pérennité: la forêt par définition est une formation qui se caractérise par une pérennité car sa durée de vie est normalement illimitée grâce à sa faculté de régénération.

Selon toujours le même auteur, l'un des éminents spécialiste de la forêt méditerranéenne: " Tous ces termes (forêts, bois, arbres, arbustes, arbrisseaux) tendent à exprimer essentiellement des physionomies différentes et des rapports de dimension ou de durée, et n'admettent aucune autre limite dans leur définition, que celle que leur consacre l'usage local ".

De ces faits est exclus du terme de forêt:

- toute formation végétale ligneuse fermée trop basse (hauteur inférieure à 7 m),

- toute formation arborescente trop ouverte dont la densité ne permet pas une des deux concurrences citées précédemment.

Au sujet de la hauteur des différentes strates en Algérie occidentale ALCARAZ (1982) précise:" Précisons cependant que la taille minimale de 7 mètres pour définir les arbres d'une forêt ne nous paraît pas toujours adaptée à l'Oranie". BACHTARZI (1984) dans ses réflexions sur les aménagements dans les forêts du massif de Télagh (monts de Dhaya ) note la présente d'une

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strate arborescente dans la forêt de Khodida de 5 m et une strate arbustive dont la hauteur se situe entre 1 à 2,5 m. DJEBBAR (1983) avance la hauteur de 4 m de hauteur pour la strate arborescente pour la première fois en Oranie quand il a étudié la relation climat série de végétation sans aucune justification mais basée sur des observations. C'est en tout cas la hauteur moyenne la plus fréquente rencontrée dans cette zone assez représentative des conditions écologiques et phytogéographiques de la région étudiée. BENABDELI (1994) notait à propos d' hauteur des strates: "Certains maquis hauts, pouvant dépassés les 4 m à 5 m, ... par leur extrême densité, rendent impossible l'installation à leur niveau d'essences forestières typiques ". JENIK (1979) donne la définition suivante de la forêt:" Le plus souvent le nom de forêt est réservé à un biome dans lequel les arbres dépassent 5 mètres de hauteur, couvre une surface d'au moins un are et occupent de leurs houppiers au moins un tiers de cette surface". Le critère décisif pour déterminer s'il s'agit d'une forêt, selon JENIK (1979) est de savoir si le couvert arborescent forme déjà un milieu particulier (climat local, sol propice à l'existence de plantes et d'animaux typiquement forestiers).

Le terme de forêt serait presque inexistant dans notre région où les conditions écologique particulières font que la strate arborescente est de faible hauteur même si morphologiquement les individus végétaux sont des arbres. Les paramètres déterminants de hauteur et de densité utilisés pour identifier une forêt ne doivent pas s'appliquer dans de telles données de milieu. Un critère morphologique serait plus acceptable et la définition du terme de forêt serait: " toute formation dont les individus ligneux qui la composent se distinguent par un fut et un houppier individualisés avec une hauteur minimale de 4 m, les individus pouvant se concurrencer soit par leur houppier ou leurs racines ". Avec cette définition le type de végétation le plus évolué et en équilibre avec son milieu correspond logiquement au terme le plus optimal qu'est la forêt car il est impossible de dissocier la formation et ses caractéristiques de son environnement et de remettre en cause par une simple restriction l'équilibre que la végétation n'a retrouvé qu' 'après plusieurs dizaines d'années.

5-2.2. Le matorral

Le deuxième type de végétation très fréquent et découlant de la dégradation de la forêt a été considéré comme un matorral dont la définition classique serait: c'est une formation de végétaux ligneux n'excédant pas 7 m de hauteur dont la taille et le port sont soit naturels soit artificiels. Avec la précision de taille et la notion de stade de dégradation qu'il doit refléter, ce terme demande une grande précaution quand à son emploi. Quand on sait qu'en région méditerranéenne le type de végétation rencontré est toujours plus ou moins en équilibre avec les conditions du milieu et de l'environnement. La restriction admise dans l'utilisation de ce terme est importante puisqu'il représente un stade du dynamisme de la végétation. Les différentes définitions et la convergence physionomique compliquent les notions de terminologie et perturbent une nomenclature déjà assez diversifiée et peu précise. Des difficultés naissent de la définition classique qui englobe toutes les formations végétales rencontrées puisque le matorral regroupe tous les végétaux ligneux: arbustes, arbrisseaux et sous-arbrisseaux soit toute la végétation ligneuses dont la hauteur se situe entre 0,60 et 7 m et devient de ce fait un amalgame de tous les types de végétation pourvu que la notion de dégradation soit présente.

Le matorral est identifié par espèce la plus présente alors que le mérite doit revenir à espèce qui domine et impose au type de végétation sa physionomie et une structure. Que se soit espèce la plus présente ou la plus couvrante ou même dominante, il est alors possible de recenser autant de type de matorral qu'il y a espèces arbustives, d'arbrisseaux et de sous-arbrisseaux.

Englobant des types de végétation d'aspect diversifié tant par la taille, la densité, la structure que par la composition floristique, le terme de matorral est assez imprécis et ne peut être utilisé pour dénommer une formation végétale. Ce terme pourra être utilisé pour désigner des formations basses où la strate sous-arbustive est dominante caractérisée par des espèces forestières indicatrices de conditions de milieu, faisant partie du cortège floristique du groupement végétal

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dégradé ou caractéristique de conditions particulières. Il désignera à juste titre les dissaies, les cistaies, les chamaéropaies etc...

5-2.3. Le maquis

Voilà un terme bien représentatif des types de végétation de l'Algérie occidentale et qui se classe juste après la forêt pour l'importance de la superficie qu'il couvre et la définition qui lui est réservée. C'est un matorral dense élevé constitué d'arbustes et d'arbrisseaux sclérophylles sempervirents où la composition floristique n'est pas déterminante. C'est un type de végétation issu de dégradation ou spontané avec une possibilité, sûrement contestée, de dire qu'il représente l'expression la plus parfaite de développement de la végétation naturelle ligneuse dans des conditions de sol, de climat et d'agressions difficiles et permanentes.

C'est une formation en équilibre avec les conditions du milieu où la concurrence est tellement importante, les possibilités de développement si difficiles que les espèces arborescentes n'arrivent plus à s'installer et le maquis, dans une telle situation, représente le type de végétation le plus évolué.

5-2.3.1. Définition.

La définition du terme de maquis semble être, au regard des diverses approches, une tâche complexe. Plusieurs auteurs ont avancé des définitions aussi proches les unes que les autres, qu'il devient difficile d'opter pour une; on peut citer RUIZ DE LA TORRE (1955), MOLINIER (1959), SAUVAGE (1961), IONESCO et SAUVAGE (1962), LE HOUEROU (1969), RUIZ DE LA TORRE (1971) et TOMASELLI (1976) qui tente de faire une synthèse. La définition de RUIZ DE LA TORRE: " Formation de plantes ligneuses dont la partie aérienne n'arrive pas à ce différencier en tronc et frondaison, étant en général très ramifiée dés la base et pouvant atteindre un port d'arbuste même prostré ", cette formation peut comprendre des espèces ni sempervirentes ni sclérophylles et est basée exclusivement sur l'aspect physionomique faisant penser au matorral.

A ce sujet TOMASELLI (1976) souligne: " Elle (la définition) ne peut donc pas se rapporter de façon spécifique au maquis ". La définition de MOLINIER (1959) est plus réaliste: " Le maquis est un peuplement d'arbustes et d'arbrisseaux xérophiles à feuillage persistant, toujours vert et généralement très dense, au point de devenir impénétrable ". Par contre la définition de SAUVAGE (1961) ne peut être retenue puisqu'elle inclut la notion de type de sol qui ne se justifie pas dans la région. TOMASELLI (1976) insiste pour laisser au mot maquis sa signification la plus ample exclusivement physionomico-structurale.

Le maquis est effectivement une expression physionomique d'une végétation à structure particulière indépendante de la nature du sol. TOMASELLI (1976) propose la définition suivante: " Le maquis est une formation végétale élevée, jusqu'à 2 m à peu prés, généralement dense, c'est à dire une formation de plantes ligneuses, sclérophylles, toujours vertes, dont la partie aérienne n'arrive pas à se différencier nettement en tronc et en frondaison, mais qui se présente en général très ramifié à la base. Donc c'est un matorral élevé, tandis que garrigue et jaral on peut les considérer comme un matorral moyen ou un matorral bas ".

Définition proche de la réalité reflétant la description de ce type de végétation mais qui reste incomplète puisque l'auteur ne considère pas le maquis comme une formation en équilibre avec les conditions du milieu. Le même auteur souligne dans ce contexte: "Le maquis méditerranéen n'est généralement pas considéré comme un climax, car il ne représente pas le plus souvent un type de végétation en équilibre avec le climat et le sol. C'est soit un des stades de dégradation de la forêt sempervirente sclérophylle méditerranéenne (dégradation ayant eu lieu dans le passé, presque toujours par suite de l'intervention humaine), soit un des stades de l'évolution progressive de la végétation vers la même forêt ". Ces précisions ne reflètent pas l'état du maquis son sa dynamique en corrélation avec les paramètres du milieu, dans la région le maquis représente le plus souvent le stade le plus évolué possible, du moins le stade que peut atteindre la végétation en relation avec les potentialités du milieu. Une définition qui prendrait en compte toutes les observations et la réalité du terrain du terme maquis serait: "Le maquis est une formation d'arbustes et d'arbrisseaux ligneux dont la hauteur est supérieure à 1,5O m et n'excède

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pas 4 m, ramifiés dés la base, relativement dense dont la structure et la composition sont en équilibre avec les conditions édapho-climato-anthropozoogènes ".

5-2.3.2. Commentaire

Tous les types de végétation de la région où le terme de maquis leur a été donné (dont nous étudierons la structure et la physionomie dans un autre chapitre) sont constitués espèces caractéristiques de la région méditerranéenne appartenant à la strate arbustive et sous-arbustive à feuilles toujours vertes, coriaces et luisantes. Les buissons, éléments important dans la constitution des formations végétales peuvent être déterminants dans le maquis et peuvent contribuer à sa définition en faisant abstraction du type de sol. Ceci justifie notre proposition de considérer le matorral comme un stade de dégradation du maquis au regard de sa physionomie, de sa structure et de la dominance des espèces appartenant à la catégorie des sous-arbrisseaux. Ce terme peut également désigner une formation en pré-équilibre aux mêmes conditions définies précédemment pour le maquis où le stade d'évolution le plus élevé obéi à la définition de matorral.

Le maquis de par son importance dans la région et du rôle qu'il joue comme dernier rempart contre la déforestation, représente un type de végétation caractéristique qui a fini par s'imposer et est utilisé comme un terme de dialecte local: Khalêj. C'est une formation végétale ligneuse basse dont la hauteur est en moyenne de 1,50 m (hauteurs à poitrine d'un homme) et inférieure à 3 m (taille au-delà de laquelle on est en présence d'une autre formation); constituée espèces ramifiées et difficilement pénétrables présentant une constance dans sa physionomie. La marginalisation de ce type de végétation et son rejet sont à l'origine de l'importante dégradation volontaire qu'il a connu. N'a t-on pas souvent assisté à une destruction mécanique financée de cette formation végétale pour la remplacer par un reboisement dont la réussite et le rôle écologique qu'il jouera sont incertains. On a souvent sous-estimé le rôle que joue ce type de végétation quand au maintien de l'armature végétale et à la résistante à toute forma de dégradation qui confère à juste titre au maquis son grade de stade en parfaite équilibre avec les conditions du milieu.

Ce qualificatif se justifie par le rôle écologique important et irremplaçable que joue le maquis en l'Algérie occidentale et qui est souvent plus intéressant que certaines forêts. Le rôle et l'intérêt économique de cette formation sont importants, ce qui réhabilite à notre sens le maquis et lui permet de retrouver une place de premier ordre.

5-2.4. La garrigue

En se réservant exclusivement à la structure de la végétation indépendamment su substrat, le terme de garrigue (dérivant du mot catalan - garric- qui signifie chêne kermès) est défini par rapport au matorral ce qui complique encore cette terminologie. On a défini la garrigue comme un matorral moyen troué discontinu toujours sur sol calcaire. Formation liée à une espèce, le chêne kermès, et à un type de sol (calcaire ou dolomie) sec, elle ne peut trouver son utilisation que pour identifier des types de végétation issue de la dégradation d'un maquis claire ou d'un matorral sous un étage bioclimatique semi-aride ou aride. De par sa composition floristique la garrigue est pauvre par rapport à la broussaille qui elle dérive d'un maquis. Ces aspects de successions seront étudiés avec le maximum de détail dans le chapitre « dynamique de la végétation ligneuse ».

5-2.5. Le buisson

C'est généralement le terme de broussaille qui est le plus utilisé ainsi que la notion de strate buissonnante. La définition du mot broussaille: végétation touffue des terrains incultes composée d'arbustes et de plantes rabougries, rameuses et épineuses. Le buisson: bouquet , touffe d'arbrisseaux sauvages et rameux dont la hauteur est inférieure à 3 m. BOUDY (1948) a utilisé le terme: " La forêt nord-africaine est, en réalité, de par ses conditions de vie, un complexe d'arbres et de broussailles à divers état de développement, en lutte continuelle contre la sécheresse, l'homme et ses troupeaux ", il poursuit en décrivant la dégradation de la forêt: " ... l'élimination graduelle des essences principales auxquelles se substituent des formations secondaires de dégradation, le maquis d'abord puis la broussaille et en dernière analyse un tapis surbaissé

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espèces de petite taille (chaméphytes)". Dans ses instructions sur l'enquête statistique des forêts en 1935, le Gouverneur Général de l'Algérie répartissait les broussailles en deux catégories: les broussailles proprement dites (terrains où les tâches d'essences secondaires occupent plus de la moitié de la surface) et les terrains de parcours broussailleux (le sol nu est couvert espèces herbacées est dominant). Il souligne que: " La broussaille, même la plus basse, n'est généralement qu'une forme particulière et transitoire de la forêt ". L'importance accordée à cette formation végétale se justifie par la conclusion de la Grande Commission d'Etudes Forestières de 1904 relative à la sauvegarde de la végétation ligneuse même sous la forme de broussaille la plus modeste. Cette conclusion se résumait: " Il suffirait le plus souvent de protéger les broussailles contre l'incendie et la dent du bétail pour voire les boisements se reconstituer et exercer leur action bienfaisante sur la climature et l'hydrologie du pays ".

Utilisé le plus souvent incorrectement, le terme de buisson doit être définit et utilisé correctement pour identifier une strate de la végétation présente dans toutes nos formations végétales. C'est un ensemble de végétaux ligneux ne dépassant pas 1 m de hauteur contribuant à la formation d'une strate particulière constituée espèces secondaires ayant pu atteindre sous l'effet de divers paramètres tant édaphoclimatiques qu'anthropiques une taille leur permettant d'être classées dans la strate arbustive.

En ce qui concerne ces trois dernières formations (maquis, matorral et garrigue) PONS (1984) pense qu'en ce qui concerne leur origine, l'analyse pollinique n'apporte que des informations ponctuelles (la plupart des végétaux constituant les fruticées méditéranéennes produisent un pollen soit très rare: labiées, papilionacées, soit dépourvu d'une particularité suffisante permettant d'identifier les espèces les plus déterminantes), les restes de taxons de fruticées ne croient constamment qu'au cours des périodes récentes par l'alourdissement des interventions anthropiques. Certains spécialistes dans le domaine forestier ont utilisé le terme de buisson dans leur relevé de végétation en identifiant une strate buissonnante, on peut citer BENABDELI (1980- 1983), MEDERBAL (1992).

5-2.6 .Conclusion

Les formations végétales s'incluant dans les paysages végétaux ligneux de l'Oranie centrale sont généralement des forêts plus ou moins dégradées, des maquis denses à clairs peu élevés, des matorrals hauts ou bas, des garrigues plus ou moins denses et des ermes. Tous sont largement présents aux étages subhumide et semi-aride tel que définis par EMBERGER (1930). Si la tranche pluviométrique annuelle de 200 mm est retenue, ces formations sont exclues du sous-étage inférieur de l'étage bioclimatique aride tel que défini par LE HOUEROU 1969 et ALCARAZ 1969. Généralement maquis, matorral et garrigue colonisent les variantes des étages semi-aride à subhumide chaudes (m supérieur à 7 °C), tempérées (m compris entre 3 et 7 °C) et fraîches (m compris entre 0 et 3 °C).

La nomenclature de la végétation à retenir dans la région compte tenu de ce que nous venons d'exposer et de commenter se résume à trois termes dont des définitions corrigées ont été données:

- la forêt: toute formation végétale ligneuse dont les espèces dominantes qui la composent se distinguent par un fut et un houppier individualisés avec une hauteur minimale de 4 m dont la concurrence se fait par les racines ou les frondaisons,

- le maquis: formation d'arbustes et d'arbrisseaux ligneux dont la hauteur est supérieure à 1,50 m et n'excède pas 4 m, ramifiés dés la base, relativement dense et dont la structure est en équilibre avec les conditions du milieu,

- le matorral: formation basse dont la hauteur moyenne est inférieure à 1,50 m où dominent les espèces de la strate sous-arbustive, caractérisée par des espèces forestières et préforestières ligneuses indicatrices de conditions particulières de dégradation.

- la garrigue: formation basse dont la hauteur ne dépasse pas les 2 m composée essentiellement

espèces ligneuses rameuses, issue de la dégradation d'un matorral surtout et représentant un

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stade ultime de régression. Ce terme doit être utilisé dans la dynamique de la végétation ligneuse des étages semi-aride et aride de préférence.

- le buisson: vocable dont la signification est assez particulière, très représentatif de stades de dégradation du maquis essentiellement, il est constitué espèces du maquis n'ayant pu atteindre une hauteur leur permettant de se classer dans cette formation.

De ce fait il n'est plus possible de faire la confusion entre des paysages végétaux et le matorral s'englobera plus le maquis et la garrigue car chacun répond à un stade de dégradation précis sous des conditions particulières. D'autant plus que maquis et garrigue occupent sur le pourtour du bassin méditerranéen au moins 500.000 kilomètres-carrés et peuvent facilement atteindre le million (Tableaux annexe 55 à 58).

Le raisonnement issu d'observations a permis de retenir ces trois termes au détriment d'autres pour définir les différents types de végétation reposait sur trois notions fondamentales:

1- la base de la description et de la classification doit d'abord rester exclusivement physionomique axée sur les espèces forestières et préforestières ligneuses,

2- la dénomination des formations végétales doit exprimer une notion de dynamisme avec référence au stade climacique ou para-climacique pour déterminer l'origine de la formation et surtout le processus de dégradation qui la gouverne,

3- la terminologie doit reposer sur la compréhension de l'action du climat, du sol et de l'homme qui impriment à la formation végétale des particularités.

L'uniformisation et la clarification de cette terminologie nous semble capitale pour dénommer correctement une formation végétale et de maîtriser avec le maximum de précision sa physionomie, sa structure et sa composition. La nomenclature définitive arrêtée en fonction essentiellement de la hauteur et de la morphologie est la suivante:

Tableau 14 : Nouvelle nomenclature selon la hauteur.

INDICE

DESCRIPTION

FORMATION

HAUT. MIN.

HAUT. MAXI.

1

Steppe

Steppe

0,5m

1m

2

Arbuste bas

Buisson bas

0,5 m

1 m

3

Arbuste haut

Buisson haut

1 m

1,5 m

4

Arbrisseau bas

Arbuste bas

1,5 m

2,5 m

5

Arbrisseau haut

Arbuste haut

2,5 m

3,5 m

6

Arbre bas

Arbre bas

3,5 m

5 m

7

Arbre haut

Arbre haut

Plus 5 m

 

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DEUXIEME PARTIE

Ce que nous offre la nature de plus beau nous en faisons des ruines: d'une forêt un maquis de broussailles, d'une mer d'alfa un désert et d'un lac un égout. Par le feu nous abattons les arbres, par la chèvre nous arrachons la chevelure de la terre, par la pollution nous assassinons nos rivières.

Je crois qu'il n'y a rien de plus important que la conservation sauf la survie. Et toutes les deux sont si étroitement liées qu'il est difficile de considérer l'une sans l'autre. (LINDEBERGH)

6- DEGRADATION DE LA VEGETATION

La civilisation moderne guidée par le bien être de l'homme du 20ème siècle s'est traduite essentiellement par l'évolution technologique au détriment de la préservation des conditions environnementales qui menacent sa survie. Nombreux sont les écologistes et les naturalistes qui se sont rendus compte que ce progrès autant constituait-il un acquis important pour l'humanité autant il pesait lourdement sur la qualité de la vie.

SAFI (1978) soulignait dans cet ordre d'idées: " L'implantation sans cesse croissante, de nouveaux attributs technologiques implique un aménagement continu de l'habitat de l'homme, et ceci dans le but de contrebalancer les effets de cette intrusion dans le complexe naturel ".

" Il parait improbable que les hommes qui alors défrichent et utilisent, dans un contexte climatique sans doute proche de celui que nous connaissons, aient été inconscients des dangers que recelait le défrichement sur des versants exposés. Quels qu'aient été leurs rapports physiques à la terre que nous connaissons très mal, on peut difficilement penser qu'ils aient négligé les risques" notait MIOSSER (1982) à propos de l'altération des écosystèmes par les activités humaines. TIHAY (1976) précise quand à lui dans le même raisonnement:" Les écosystèmes ont pu évoluer d'une manière brutale, à certaines époques, soit par suite de défrichement inconsidérés du fait de poussées démographiques par exemple soit du fait d'abandons des secteurs mis en culture sur des versants à cause de l'insécurité".

L'instabilité et la vulnérabilité des formations végétales de la région sous l'action continue de l'homme et de l'animal pèsent lourdement depuis des millénaires sur la végétation. " En méditerranée l'investigation écologique devait prendre en compte l'action de l'homme dont les origines remontent à plusieurs dizaines millénaires...En effet, le processus d'anthropisation a largement façonné tous les complexes de végétation méditerranéenne au point qu'il est difficile sans référence au bioclimat de classer certaines structures de dégradation" reconnait à juste titre BARBERO (1990). Il y a des différences entre végétation potentielle et végétation anthropique qui imposent une distinction en région méditerranéenne entre végétation forestière, pré-forestière et pré-steppique. Une cohabitation provoquée par une évolution régressive et un dynamisme permanent, entre les espèces des forêts, des matorrals et des maquis s'est imposée et doit être d'une manière ou d'une autre prise en charge dans la détermination des groupements forestiers. Il est particulièrement recommandé de bien caractériser les formations arborescentes méditerranéenne fortement anthropisées et soumises régulièrement au jeu des perturbations où dominent des espèces arborescentes expansionnistes (BARBERO et QUEZEL ,1989) appartenant aux genres Pinus, Juniperus, Quercus, Tetraclinis associées à des fabacées, labiées, rosacées, cistaies de la strate arbustive et sous-arbustive. (BARBERO 1990).

6-1.HISTORIQUE DE LA DEGRADATION

Plusieurs auteurs de diverses disciplines ont montré en s'appuyant sur toute une série d'analyses, de textes, de documents et d'études que le climat de l'Oranie ne diffère pas ou guerre dans l'Antiquité du climat actuel. Aucune modification d'ensemble du climat du Tell algérien ne semble perceptible au cours de la période historique ou actuel. Sans exclure les possibilités de légères altérations cycliques locales ou régionales. La dégradation des écosystèmes forestiers semble être un fait résultant essentiellement de l'action de l'homme. Reste à évaluer, apprécier et

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comprendre le mécanisme dans le temps et dans l'espace. Les nombreux travaux à l'origine de cette conclusion reviennent à GSELL(1928), SANTA (1937), ALIMEN (1955), BALOUT (1955), SANTA (1958), DRESH (1960), COURTOIS (1965), BENCHETRIT (1966).

Au postglaciaire la méditerranée du sud à laquelle appartient notre zone d'étude, était probablement un conservatoire de paysage typiquement sclérophylles à Quercus, Olea, Pistacia, Ceratonion, Rhamnus et Juniperus. (BARBERO, 1990). Il faut reconnaitre que l'impact du climat sur la dynamique végétale est certain et de part la modification de la composition floristique le processus de dégradation a été favorisée sans aucun doute. La variabilité bioclimatique a favorisé en tous les cas la mise en place de structures forestières très diversifiées et adaptées aux conditions prédominantes de la période où l'anthropisation a joué un rôle important à l'origine de l'installation et du développement sous l'action d'un dynamisme des structures forestières particulières et typiques d'altération dont l'organisation spatiale et l'évolution sont fonction essentiellement du degré de pression.

6-1.1. Conditions historiques de la dégradation des forêts

Deux raisons rendent complexe l'approche des causes de la dégradation des forêts: l'hypothétique assèchement du climat et le problème historique de la chronologie des dégradations et destructions anthropiques.

-assèchement du climat: cette question est inextricablement mêlée à l'action de l'humaine car un éventuel assèchement du climat a pu résulter des destructions de la végétation forestière provoquée par les hommes.

Ce serait une conséquence autant qu'une cause entraînant en jeu pour accélérer la régression des forêts. La destruction d'importants peuplements forestiers par exploitation intensive pour les besoins de l'industrie en 1917, 1914-1918, 1939-1945 ou d'incendies remarquables 1954-1962 dans des régions climatiquement marginales comme l'Oranie peut provoquer des microclimats plus secs dont les conséquences et la somme agiraient sur le climat régional. Dans ce domaine une étude climatique comparative entre les précipitations durant deux périodes 1940-1980 laisse apparaître un déficit de 100 mm de pluie dans la forêt de Hafir (Monts de Tlemcen).

Beaucoup d'animaux se sont éteints de notre pays sans que le climat ne soit pour quelque chose. Il semble d 'parés toutes les études faites que c'est la dégradation de la couverture végétale ligneuse naturelle qui soit à l'origine des conséquences d'un assèchement du climat. Le dessèchement, l'abaissement du débit, la migration en profondeur de la nappe phréatique sont plutôt dues à l'accentuation du ruissellement découlant de la déforestation. C'est généralement l'action de l'homme qui est à l'origine de la dégradation des forêts et de la disparition de nombreuses espèces animales dont le biotope a tout simplement été perturbé ou détruit. Les thèses des botanistes et des écologues justifiant que les dégradations de la flore méditerranéenne sont d'origine climatique sont abandonnées actuellement. Aucune modification remarquable et globale du climat du Tell oranais n'a été confirmée durant le quaternaire récent. Seule l'action de l'homme peut justifier la régression de l'aire écologique de certaines espèces.

-chronologie de la déforestation: quatre siècles de troubles et d'invasions marquèrent la période post-romaine notamment l'occupation arabe du Maghreb par vagues successives du 7ème au 11ème siècle. Le 11ème siècle s'est distingué par une invasion intense des tribus hillaliennes qu'IBN KHALDOUN décrit: " Comme une armée de sauterelles, détruisant et dévorant tout sur leur passage... ". C'est les conséquences de ces invasions qui altérèrent les forêts par le repli des tribus berbères dans les montagnes boisées, le défrichement en Oranie pour installer des cultures et des vergers, le développement du nomadisme et du semi-nomadisme pastoral associé au brûlis. A ce moment le Tell changea de physionomie, l'invasion française en 1832 accentua la pression des populations autochtones sur les massifs forestiers montagneux. Les colons agrandirent leurs exploitations en défrichant toutes les formations ligneuses où la pente du terrain était presque nulle (plaine de la Mékerra, vallée de Télagh et de Slissen). PIESSE (1862) note: " Enfin dans la troisième zone (monts de Tlemcen et monts de Dhaya), l'on rencontre de vastes forêts offrant des bois immédiatement exploitables. Ces forêts forment la base du Tell algérien et couvrent la chaîne

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de montagnes qui, partant du Maroc, passe par Sebdou, Dhaya, Tiaret. Forêts inexploitées et inexploitables pour le moment du fait de l'éloignement de ces contrées et de l'absence complète de route ".

BENCHETRIT (1966) apporte les précisions suivantes: " La dégradation des forêts du Tell oranais apparaît donc, en dernière analyse, comme un fait récent directement lié au développement de la colonisation: une colonisation de type-colonisation de peuplement- telle qu'elle s'est déployée dans l'ensemble du Tell algérien, et singulièrement oranais, au cours des cent dernières années ".

Les aspects biogéographiques et de géographie humaine ne sauraient être dissociés pour comprendre l'évolution de la couverture végétale qui incarne la réalité géographique qui est un des éléments du paysage résultant d'une convergence de plusieurs séries de facteurs. Compléter ces analyses géographiques par des études phytoécologiques permettrait de prendre en charge la politique à mettre en oeuvre pour sauver ce qui reste.

6-2. GENERALITES SUR LA DEGRADATION DES FORMATIOSN FORESTIERES

Les interactions entre l'homme et les formations végétales datent dans la région depuis plusieurs millénaires, le paysage végétal actuel de l'Oranie caractérisé par des montagnes déboisées et dénudées est le résultat de l'utilisation et de l'exploitation anarchique et irréfléchie de toutes les surfaces boisées. Pendant plusieurs civilisations la couverture végétale est agressée, si durant la civilisation romaine la forêt de la région a fourni d'énormes quantités de bois pour la pêche, la construction et le chauffage, ce n'est qu'à partir du 11ème siècle avec l'invasion des Béni Hillal et leurs troupeaux impressionnants que les signes précurseurs de la dégradation du couvert végétal se font sentir. " Ils (les Béni Hillal) détruisent les villes, incendièrent les forêts, que la pression des troupeaux achevait ensuite " lit-on dans le Bulletin d'information Forestier (1978).

Avant 1830 la littérature spécialisée parle de 7 millions d'hectares de forêts, dés 1835 le chiffre le plus fréquemment avancé est celui de 5 millions. A partir de cette date les forêts étaient considérées comme bien de l'état mais les populations riveraines, pour des raisons politiques, pouvaient au titre du droit d'usage qui leur était exceptionnellement accordé faire paître leur troupeau et prélever une certaine quantité de bois sec. Dés l'installation en force des colons, des lois canalisant et contrôlant ce droit furent promulguées avec cependant des temporisations remarquables dans leur application; dans le souci unique d'éviter des soulèvements ou des incendies volontaires.

Cette période était programmée pour coïncider avec la mise en application, la plus complète possible, de la fameuse loi portant Sénatus Consulte. En 1863 le Sénatus Consulte stipule effectivement dans son article premier le refoulement des populations autochtones:" Les tribus de l'Algérie sont déclarées propriétaires des territoires dont elles ont la jouissance permanente et traditionnelle, à quelque titre que ce soit". Déjà la permanence dans la jouissance élimine d'amblé toutes les surfaces à vocation forestière qui constituaient la principale ressource fourragère. Toutes les délimitations étaient déjà effectuées et cette loi ne faisait que confirmer le partage inégal des terres au profit de la population coloniale qui était minoritaire. Basée sur des études sociologiques ce découpage se fixait comme objectif la désagrégation de l'organisation sociale, familiale et économique des populations locales. Certaines collectivités ne disposaient plus de terrain de parcours et la surface agricole moyenne par famille ne dépassait pas les 5 hectares. Le droit d'usage avec le classement des enclaves et le contrôle de tout prélèvement des forêts, fut réduit progressivement avant de disparaître.

En 1874 une nouvelle loi aussi inhumaine que discriminatoire généralise le principe de la responsabilité collective, le moindre délit constaté est automatiquement et régulièrement suivi de sanction. A titre d'exemple, en 1877 la tribu de Dhaya (sud de Sidi Bel Abbes) voit ses 26 fractions frappées d'une amende de 41.968,13 francs. En plus de cette sanction très lourde, toutes les populations situées dans les zones forestières étaient astreintes à d'autres obligations comme la surveillance et quelques travaux forestiers bénévolement bien sur. Le droit d'usage était ramené à sa plus simple expression et se résumait à l'autorisation de prélever une quantité déterminée de

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bois de chauffage sec et quelques perches pour usage domestique. Ces droits étaient largement compensés par le jeu des amendes dont le volume financier suffisait à donner de l'assurance aux gestionnaires de la forêt. Malgré toutes ces mesures draconiennes la couverture végétale s'amenuisait, vers 1900 elle n'était que de 6 millions d'hectares, en 1950 elle n'atteint à peine que 4 millions dont 3 millions en formation de forêt et 1 million de maquis dégradé. Cette situation ne peut s'expliquer que par le souci de s'accaparer du maximum de terrain plat et fertile à haute potentialités agronomiques au détriment de la forêt par les colons.

Pour arriver à leur fin l'utilisation du défrichement après une exploitation excessive était la technique la plus employée. MONJAUZE (1947) disait: " Il était normal que les premiers forestiers venus de la métropole fussent surtout des techniciens et des gérants. Ils ont appliqué une loi objective occidentale dans un espace vital conçu à l'orientale et n'ont pas tardé à constater combien précaire étaient les résultats de leur activité ". Le temps assez long réservé à l'application des textes justifiait leur inadaptation sur le terrain et les limites juridiques servant une cause et un objectif ont été mises à nu. Le riverain a toujours, quelque soit les sanctions, recherché un espace à la mesure de ses besoins qui seront satisfaits selon la loi du moindre effort au jour le jour et de proche en proche. Cette civilisation de vaine pâture à ambiance familiale a conservé et raffermi son équilibre parce que les conditions s'y sont prêtées naturellement par le passé et artificiellement aujourd'hui. Cette artificielle touche à sa fin aujourd'hui faute de capital à consommer et seuls de nouveaux concepts basés sur des modes d'exploitation adaptés aux conditions du milieu permettent de sauver la couverture végétale.

Limiter les libertés, chères aux hommes, au nom de concepts appuyés par des textes répressifs a été une action vaine. Cette politique assez souvent contradictoire a été à l'origine de la complexité du problème de la conservation de la forêt. MONJAUZE (1947) reconnaît cette situation: " Pourquoi dans des régions qui furent boisées il y a peu de temps encore st sur des pentes relativement fortes, aménager des vergers cultivables en sec au lieu de reconstituer la forêt primitive ".

6-3. CONDITIONS PARTICULIERES

Il est difficile voire même impossible d'isoler l'homme de son environnement surtout dans un milieu rural et forestier. Il n'est qu'un élément d'une communauté fortement organisée où chacun a sa place nettement déterminée. La cellule de base est la famille fortement imprégnée par le regroupement qui a pour souci majeur d'assurer la subsistance de ses membres. Les règles auxquelles tous les organes doivent se plier font que l'élément du groupe n'a pas une vie propre et individuelle. CHELIG (1959) souligne: " Il faut retenir comme un fait intangible que le milieu rural traditionnel fera toujours passer en priorité le problème de la subsistance et sacrifiera s'il le faut tous les autres facteurs (semences, cheptel ...) pour assurer sa nourriture en payant les denrées alimentaires à n'importe quel prix ". Cependant le dernier bien que le paysan conserve est son cheptel car il constitue une source de revenu périodique mais permanent (viande, lait, laine, brebis). L'importance du troupeau est sacrée et son maintien est indispensable en milieu rural puisque c'est la pièce maîtresse qui stabilise la cellule familiale. Le même auteur cite: " L'épargne est utilisée à constituer un petit troupeau familial dont l'apparition ou l'existence dans une famille paysanne est un signe de prospérité. Le petit troupeau familial a une grande importance en milieu rural: c'est le livret de caisse d'épargne de la famille". Ces aspects et ces particularités rendent complexe le règlement du problème d'utilisation des écosystèmes forestiers par des textes à la mesure des voeux du gestionnaire de cet espace qui est en fait la propriété de toute la collectivité.

La forêt joue un rôle important dans la vie sociale et économique du fait de la faiblesse des secteurs vitaux que doivent être l'agriculture et l'industrie. Dans une contrée où la surface agricole utile est faible et mal répartie, l'expansion démographique provoque une pression de la population autochtone sur le domaine forestier. La forêt est indissociable de l'homme, protégée elle devient un no man's land, une portion de territoire inutilisable, improductive où il y a perte d'énergie et de matière.

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BENABDELI (1983) résume cette situation: " Comme au siècles derniers, l'homme continue à exercer sans merci une pression permanente et sans répit sur la couverture végétale. Les moutons et les chèvres continuent à brouter les jeunes pousses et l'homme à -dévorer- des milieux naturels pour satisfaire ses besoins en industrialisant et en urbanisant ... Cette dégradation a vu son rythme accéléré et son effet accentué par la guerre de libération et notamment par la prolifération des incendies, des défrichements et l'installation d'une infrastructure intense. Au lendemain de l'indépendance, un certain relâchement dans la protection des forêts a été observé et a eut pour effet la multiplication des troupeaux puisque les terrains de parcours abondaient et aucune loi ne protège et réglemente l'utilisation des forêts ". Par faute de politique forestière permettant une réhabilitation de la forêt dans la vie sociale et économique du pays au même titre que l'agriculture ou à un degré moindre l'industrie, on a tout fait pour retirer une production des écosystèmes forestiers pour justifier, à tord d'ailleurs, tous les investissements improductifs qu'a absorbé ce secteur.

A ce sujet BENABDELI (1983) précisait: " En plus des actions dégradantes anciennes et pérennes, le forestier essaye maintenant de rentabiliser économiquement le semblant de forêts existantes par une exploitation de bois. Il est à craindre (en plus du pâturage et de l'utilisation de la forêt par l'homme) au regard de la manière dont est réalisée et entreprise cette opération, que commence une nouvelle forme de dégradation plus grave et meurtrière pour la couverture végétale ".

Le climat, comme nous l'avons déjà souligné, ne peut être à lui seul responsable de la dégradation des formations végétales puisque ses principales composantes n'ont pas subit de modifications significatives et ne peuvent en aucun cas être à l'origine de l'état dans lequel se trouve nos écosystèmes forestiers. LE HOUEROU (1968) exclue le climat à juste titre même en zone aride: " La végétation des zones arides de l'Afrique du Nord est en voie de régression rapide depuis quelques décades (1930 environ), cette régression résulte de la pression démographique grandissante qui se traduit par un surpâturage intense, l'extension des cultures céréalières épisodiques et l'arrachage des espèces ligneuses pour le bois de feu. Aucune modification du climat n'est en cause ".

Les espèces intéressantes: chêne vert, thuya, par la qualité de leur bois (résistance et flexibilité) et de leur charbon étaient les plus exploitées pour répondre aux besoins d'une population riveraine de plus en plus nombreuse au lendemain de l'indépendance et pratiquement depuis 1864 -1870. Les prélèvements (bois de chauffage, charbon, piquet, charpente) ont altéré la composition de tous les peuplements et formations bien venantes. Sous l'effet des incendies, des coupes à blanc et d'un pâturage excessif le sol s'est également dégradé; tous ces facteurs et des conditions favorables réunies ont permis et favorisé l'installation et l'extension des espèces résineuses ainsi que des espèces secondaires indésirables mais dotées d'un pouvoir de multiplication remarquable.

6-3.1. Une dégradation remarquable

La forêt était et demeure la source directe d'une gamme très vaste de produits, bois de construction, bois de feu, charbon de bois étaient très recherchés ainsi que des produits accessoires tel que le liège, la résine dont la demande est importante.

MORANDINI (1976) précise à ce sujet: " L'homme considère la forêt comme une source de revenu inépuisable et gratuite". Il résume la situation des causes de dégradation en soulignant: " Il ne faut pas oublier qu'en région méditerranéenne typique la forêt se trouve souvent en équilibre très précaire dans un milieu écologique très difficile: dans ces conditions, toute action nuisible peut entrainer la rupture définitive de l'équilibre et une dégradation très grave de la forêt".

Bien plus qu'ailleurs, la forêt oranaise a depuis longtemps été liée à l'existence même des populations pour lesquelles elle est indispensable pour leur survie. En plus du bois et des produits accessoires qu'elle assure à l'homme riverain surtout, la forêt demeure le seul fournisseur d'unités fourragères. Mais malheureusement pour tirer profit de la forêt et utiliser ses produits, l'homme est intervenu et intervient encore d'une manière irréfléchie par des actions spontanées et des interventions égoïstes où la pérennité de la couverture végétale est reléguée au second plan. Le

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problème en Oranie se pose en termes de survie. La question qui se pose et se posera avec acuité dans les années à venir est de savoir si la partie septentrionale de l'Algérie possède une couverture végétale suffisante pour permettre une pérennité à l'agriculture, pour assurer une alimentation en eau constante à travers la conservation du cycle de l'eau et de favoriser l'épanouissement de notre environnement.

En Algérie, plus peut être que partout ailleurs, la destruction de larges fractions de la couverture forestière des chaînes telliennes fait peser sur la vie rurale du pays une menace d'une gravité exceptionnelle. Citer les conséquences de cette situation si bien résumée par TRABUT (1896) : " Quand les forêts seront ravagées, que le sol sera dénudé et stérile sur les sommets comme dans les plaines, nous aurons à lutter contre une population de malheureux. Nous devons alors les repousser par les armes ou nous ruiner en les secourant ".

Les responsabilités humaines vérifiées par l'histoire dans la destruction de la couverture forestière sont alarmantes car le taux de boisement du pays était de 30% à l'époque romaine et qui n'est que de 11% pour l'Algérie du nord et seulement 9% pour l'Oranie. Une lutte perpétuelle a toujours été engagée et le demeure de nos jours entre les influences humaines et les conditions naturelles. DEPOIS (1965) précisait pour l'Atlas tellien en matière de dégradation: " Aucune région d'Afrique du Nord n'a vu ses forêts régresser et sa végétation naturelle dégradée autant que l'Atlas tellien d'Oranie, celui où la colonisation a le mieux réussi ". L'influence du milieu humain est une cause puissante et profonde de dégradation, cette dernière a eu des proportions alarmantes dans toute la région au même titre, si ce n'est plus, que dans tout le bassin méditerranéen. QUEZEL (1964) récapitulait la situation: " ... cette forêt, qui de l'avis de tous les préhistoriens, recouvrait la quasi-totalité de la région méditerranéenne à l'orée de l'époque néolithique, a constitué un handicap sérieux au développement de ces populations. Elle est en effet incompatible avec l'existence de terrains de pâture... Il a donc fallut détruire la forêt pour assure le maintien et le développement des colonies humaines. C'est à partir de cette date que l'homme... a commencé l'aménagement du paysage végétal ".

Les forêts de la région étaient qualifiées de belles et bien venantes avant la colonisation, mais pour favoriser l'installation des colons dans les plaines et les collines elles furent volontairement saccagées et défrichées par la suite. BOUDY (1953) cite: " Les français y avaient trouvé des montagnes couvertes de belles forêts ou, à défaut, d'un épais maquis protecteur d'essences secondaires, qui ont disparu en partie aujourd'hui ". La situation est estimée alarmante par plusieurs spécialistes et des solutions urgentes, efficaces et radicales doivent être trouvées dans l'immédiat si on ne veut pas assister impuissant à une disparition totale de la couverture végétale ligneuse naturelle. Soumise à une exploitation anarchique (entendre utilisation dans son sens le plus large), la surface forestière est en constante régression. Les conséquences sont alarmantes puisqu'on assiste à la disparition de la régénération naturelle seule garant de la survie des formations forestières, à la rupture des équilibres et à une dislocation de l'espace végétal naturel dans son ensemble.

Sous l'action conjuguée de l'homme et de son animal, tous les groupements végétaux ont été touchés et ne subsistent que sous une forme de dégradation." La végétation protectrice a été détruite en premier lieu par l'homme et ses troupeaux, cette dégradation est favorisée par les éléments du milieu physique qui présentent le plus souvent des conditions favorables à la régression du couvert végétal ou à l'accélération du processus de destruction. La rupture d'équilibre a été provoquée et a conduit irrémédiablement dans les conditions actuelles à l'apparition de formations végétales à pouvoir protecteur très réduit et ne pouvant même pas se régénérer convenablement face aux différentes pressions qui s'y exercent " résumait pour les monts de Dhaya BENABDELI (1983).

7-LES CAUSES DE LA DEGRADATION DE LA VEGETATION FORESTIERE.

Les paysages végétaux actuels de l'Oranie assez particuliers par leur physionomie, leur structure et leur composition ne peuvent trouver une explication à leur état que par l'impact de l'action

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anthropozoogène. L'homme est directement responsable, par ses différentes interventions dans ce milieu, de cette situation puisque la plupart du temps par son imprévoyance et sa méconnaissance de l'écosystème forestier il provoque des altérations souvent irrémédiables. L'action de l'animal n'est pas à négliger comme le confirme GUINIER (1970): " En France l'épidémie de la myxomatose qui a anéanti le lapin de Garenne dans beaucoup de région, rend possible des régénérations forestières inespérées et permet la réapparition espèces dont on attribuait volontiers l'absence à une modification des conditions climatiques ".

Le processus de dégradation des formations végétales est si complexe par la multiplicité des facteurs en présence et des interactions possibles que sa prise en charge nécessite l'analyse de tous ces facteurs, du moins les plus déterminants d'entre eux. Pendant des siècles également, les relations entre sylviculture, pâturage et agriculture ont évolué dans un seul sens imposé essentiellement par une intensification constante et progressive de l'occupation et de l'aménagement de l'espace se traduisant par une agression permanente du milieu forestier. Les formations végétales étaient impuissantes pour faire face au rythme constant de pression qu'elles subissaient pour permettre la survie de deux secteurs vitaux: l'élevage et l'agriculture. Une classification des zones à sauvegarder en priorité était basée sur le concept économique d'où la forêt passait en dernière position bien après l'agriculture, l'élevage, l'industrie, l'urbanisation etc... Cette situation s'est soldée par une prise de position suicidaire des forestiers en voulant rentabiliser les écosystèmes ligneux naturels pour réhabiliter le secteur dans une société où les bilans économiques et financiers étaient d'actualité.

" Les forestiers eux même leur (les forêts) ont trop souvent appliqué les techniques d'exploitation et de conservation mises au point à propos des forêts européennes, techniques qui peuvent se révéler désastreuses en zone méditerranéenne " notait QUEZEL (1976) à propos de rentabilisation des forêts.

L'élevage est encore de nos jours à la base de l'économie locale, l'agriculture traditionnelle est toujours utilisée malgré ses limites ce qui justifie pour encore longtemps les agressions que doit subir le domaine forestier dans son ensemble. L'avenir de l'agriculture, de l'élevage, du tourisme et de l'industrie du bois est à jamais lié aux formations végétales et à leur sauvegarde.

Le rythme de dégradation et la multiplication des facteurs font que toute forme de végétation ligneuse quelque soit son stade de régression continue d'être détruite et rien n'est épargné; les derniers remparts alors de lutte naturelle contre les phénomènes de steppisation et de désertification sont menacés sérieusement. Un à un nous allons tenter d'analyser ces facteurs dégradants.

7-1. LES INCENDIES

Au rythme actuel de destruction du patrimoine végétal par les incendies, dans un siècle au plus la couverture végétale forestière sera anéantie. Annuellement les feux de forêts détruisent en moyenne prés de 2 % de la surface forestière nationale alors que les reboisements ne sont que de l'ordre de 1% soit une perte de l'ordre de 15.000 hectares par an, en supposant que tous les reboisements réussissent mais ce n'est malheureusement pas le cas.

Parmi les agressions que subit la forêt, l'incendie est le plus grave non seulement il peut entraîner la destruction totale de la végétation mais il altère le sol, enlaidit le paysage et compromet souvent la reconstitution végétale. Le feu risque de mettre en cause l'existence même de la forêt lorsqu'il est provoqué avec des objectifs d'extension de terrains agricoles, de zones urbanisables, de terrains de parcours ou tout simplement pour créer des postes de travail temporaires pour les riverains de la formation détruite. L'intensité et la fréquence des feux sont si redoutées que l'on parle dans la région de « la part du feu » pour accepter l'ampleur des dégâts que commet ce fléau. MARC (1916) cite: " Parmi toutes les causes de destruction qui menacent la propriété forestière algérienne, il n'en est certes, pas de plus grave que l'incendie. Etant donné les conditions climatiques du pays, la constitution des boisements, la mentalité et les habitudes des populations indigènes qui vivent à leur contact ".

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Il y a lieu de noter que les forêts initiales de chênes sclérophylles ou à feuilles caduques (et elles ont exceptionnelles dans la région) sont caractérisées par des espèces à exigences écologiques strictes (tant du point de vue microclimat que des caractères du sol) qui contribuent par leur localisation exclusives dans ces forêts à en assurer une diversité floristique maximale (LEPART et ESCARRE, 1983). Ces forêts potentielles et leurs espèces caractéristiques ont été remplacées par des forêts de conifères à croissance rapide et par d'autres espèces favorisées par les feux soit par reproduction par graines (Cistus, Ulex, Rosmarinus, Thymus, Calycotome ) soit par multiplication végétative (Quercus, Phillyrea, Rhamnus, Brachypodium ) soit par les deux processus à la fois (Rhus, Pistacia ).

Quant aux pyrophytes, favorisés par le feu, ils constituent un pool d'espèces très agressives contribuant ainsi par leur puissance d'occupation à uniformiser et banaliser le paysage végétal et à réduire considérablement la diversité floristique des structures de végétation en modifiant notamment le jeu des processus de la concurrence interspécifique.

Dans le domaine de la prévention, les opérations sylvicoles par dépressage, les techniques de feux courants et les parcours contrôlés en forêt, sont autant de moyens pour soustraire au feu de nombreux écosystèmes. Ces particularités sont essentiellement liées aux profondes modifications survenues dans l'utilisation par l'homme des écosystèmes forestiers et en premier lieu à leur sousutilisassions voir à leur abandon.

7-1.1. Causes et importance

" Les principales causes de développement des incendies sont liées entre elles et fortement un ensemble cohérent et synchronisé. On remarque que la composition floristique et notamment la stratification des végétaux jouent un rôle prépondérant " soulignait BENABDELI (1983) sur les causes et les facteurs stimulant les incendies. L'intensité, la fréquence et l'importance de l'incendie sont en rapport avec le milieu physique et végétal qui se caractérise par les facteurs climatiques déterminants, la structure et la composition de la végétation. La naissance et la propagation des incendies est dépendante de la présence et de la réunion de cinq éléments fondamentaux:

- l'imprudence et la malveillance qui sont fonction du taux de fréquentation de la forêt et de l'intensité de l'activité des différents utilisateurs. Concernant la source de chaleur REBAI (1983) souligne: " Elle est produite par l'étincelle qui déclenche le feu; elle a une origine parfois accidentelle, mais elle est presque toujours provoquée par l'homme ",

- les causes biologiques qui accentuent ou atténuent les risques, ils sont fonction de la nature du sous-bois, des débris végétaux, de la teneur en humidité des végétaux, de la stratification de la végétation et des conditions météorologiques qui confèrent à ces paramètres divers degrés de danger et de risque d'inflammation. A ce sujet TRABAUD (1974) propose la classification suivante des combustibles végétaux qui jouent un rôle déterminant dans les incendies de forêt: les espèces végétales dominantes (ont une action sur la dynamique du feu),la répartition spatiale de la végétation (détermine le type de feu et ses possibilités de propagation) et le biovolume (volume de matière végétale susceptible de brûler en cas d'incendie ),

- les facteurs climatiques qui influent sur les risques d'incendie sont le déficit en eau et l'élévation de la température qui favorisent l'éclosion des feux. LAGARD (1973) résume ces paramètres: "Les incendies de forêts sont dus dans leur quasi-totalité à l'inflammation des déchets végétaux du sous-bois. Pour que ces déchets s'enflamment ils doivent avoir atteint un certain degré de sécheresse ",

- le parcours par ses effets de piétinement et de broyage des débris organiques, de défoliation des espèces vivaces entraînant une dessiccation de la strate buissonnante la plus inflammable,

- les travaux forestiers entraînant la destruction totale de la végétation ligneuse et l'installation d'une strate herbacée dense se desséchant pendant l'été, période propice aux incendies.

BARBERO (1988) précise que parmi les causes déterminantes il y a lieu de noter: " L'urbanisation de nombreux écosystèmes forestiers considérés par plusieurs décideurs responsables, il y a quelques années encore, comme un moyen de prévention révèle aujourd'hui ses dangers... Il y a

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donc de nouveaux risques au moment où l'on affiche une volonté de plus en plus grande d'ouvrir aux loisirs la forêt méditerranéenne ".

C'est un fléau assez ancien, depuis la domination turque les incendies en Oranie étaient des événements d'autant plus courants que les populations locales avaient besoin de terre de culture et de renouvellement de leurs terrains de parcours. Le feu a mis en péril nos richesses forestières avec les incendies catastrophiques de 1863-1865, 1873, 1881, 1892-1894 et 1902-1903 qui ont pris des proportions désastreuses. Ce problème ravageur pour toute la couverture végétale a été étudié depuis longtemps sous toutes ses formes et diverses mesures ont également été prises telles que des dispositions législatives et réglementaires dissuasives, des recommandations dans un cadre de sensibilisation, des travaux et des mesures préventives, une répression sélective et souvent injuste. Malgré toutes les mesures autant préventives que dissuasives prises pour la défense et la sauvegarde des formations végétales d'importants sinistres eurent lieu et mis à nu toute la faiblesse et l'impuissance des textes et de la stratégie de lutte tant préventive qu'active. L'association de l'éleveur et de l'agriculteur, riverains de la forêt, au devenir de la forêt a toujours été rejetée pour des raisons injustifiables mais en liaison avec l'incapacité de gérer ce milieu avec les activités humaines qui s'y exercent. C'est sans aucun doute dans cette relation milieu forestierutilisateurs que réside la solution au problème des feux de forêt. Le rapport de la commission d'enquête sur les incendies de forêts en avril 1866 soulignait: " Habitées (les forêts) ou non, toutes étaient alternativement envahies par le feu... La majeure partie de l'étendue parcourue par le feu n'était garnie que de broussailles sans importance, n'ayant de forêt que le nom. L'autre partie était généralement peuplée d'essences à feuilles persistantes, mais non résineuses, lesquelles, douées d'une puissante vitalité, se montrent particulièrement promptes à réparer le mal qui leur est causé. C'est grâce à ces conditions spéciales que les bois ont pu, si non se développer librement en Algérie, du moins s'y maintenir en dépit des incendies systématiquement et de tout temps allumés par les indigènes ".

Un autre rapport de cette commission, 38 ans après (1904) persiste dans des conclusions discriminatoires en notant: " C'est l'application du système agricole et pastorale des Arabes qui ne cessaient de réclamer d'ailleurs le droit de débroussailler par le feu, comme il existait autrefois pour satisfaire leurs besoins coutumiers ". Une nuance était décelable dans ce rapport: " Les incendies ne sont pas systématiquement allumés pour transformer la forêt en maquis ou friche qui seraient par la suite abandonnées comme biens communaux aux gens du pays ". On ne s'est donc jamais intéressé aux causes réelles des incendies, qui obligeaient les ` indigènes' a à allumer les feux et à expliquer pourquoi c'est toujours les mêmes zones qui sont menacées et détruites.

Les causes à l'origine des incendies sont réparties presque de la même manière en 1800 qu'en 1900 et se ventilaient comme suit: 8% à des accidents, 23% intentionnelles et d'intérêt, 32% à l'imprudence et 37% inconnues. Il y a lieu de noter que 70% des incendies ont pris naissance à l'intérieur des massifs forestiers et militent pour la révision à la baisse du pourcentage de causes inconnues au profit de celles intentionnelles. Ce facteur agressif et dégradant est énergiquement présent et le sera encore pour longtemps si le secteur forestier continue à faire du milieu forestier une zone interdite.

7-1.2. COMPORTEMENT DE LA VEGETATION

L'incendie agit sur le dynamisme végétal, c'est un facteur important de perturbation des formations végétales dans la région méditerranéenne. TRABUT, 1970). KUHNHOLTZ-LORDAT (1938-1952-1958) décrit les différents stades des successions régressives ou progressives et avance approximativement le temps qu'il faut pour qu'un taillis de Quercus ilex se reconstitue. Il cite les espèces les plus courantes (Quercus, Arbutus, Cistus, Pinus) reconnues comme pyrophytes et indique les caractéristiques végétatives qui leur permettent de survivre et de coloniser les espaces incendiés. Pour une pinède dont la composition floristique regroupe 50 espèces dont 33 sont vivaces (66%), 9 vivaces à semences (18%), 8 annuelles (16%). Sur les 30 espèces de la garrigue à chêne kermès avec 26 vivaces (86,6%) ,2 à semences (6,7), 2 annuelles (6,7). Dans cette

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gamme 66% d'espèces peuvent donner des rejets dans la pinède et 86% dans la garrigue à chêne kermès.

TRABUT (1970) note:" Le cas de la garrigue à chêne kermès est typique: 86% des espèces recensées peuvent se régénérer immédiatement per rejets de souche; la garrigue se reconstitue donc elle-même, telle qu'elle préexistait, avant le passage du feu".

Les dommages causés par les incendies sur toute formation végétale sont importants, hétérogènes et se manifestent différemment selon le type de végétation où la structure et la composition et le degré de dégradation jouent un rôle déterminant. Les incendies de forêt représentent une des perturbations majeures auxquels sont soumis les écosystèmes méditerranéens. Leur évolution dans le temps a été étudiée par AMOURIC (1985) qui a montré que la modification des usages des écosystèmes ou leurs non-usages a été à l'origine de variations dans les types de formations végétales soumises au feu.

" La connaissance de la structure de la végétation et donc de la densité des différentes espèces dans les formations végétales est capitale pour apprécier les risques d'inflammabilité. Plus l'architecture du tapis végétal et sa stratification est complexe et plus les risques de montée en puissance des feux sont aggravés " conclu BARBERO (1988). Il existe une liaison directe entre l'intensité du feu et les structures et architectures de la végétation, cette liaison est d'autant plus marquée qu'il s'agit d'écosystèmes préforestiers à sclérophylles comme les pinèdes de pin d'Alep. Le même auteur ajoute: " Dans ces forêts appartenant au modèle expansionniste dominent souvent des espèces à stratégie `R' adaptées par sélection géographique et écologiques. Il s'agit de plantes aromatiques colonisant les sous-bois (genévriers, labiées, cistacées) dont les gommes, les résines du tronc, les hydrocarbures s'enflamment successivement et contribuent à l'embrasement général ".

7-1.2.1. Groupement du pin d'Alep dans le semi-aride

Les zones incendiées présentent généralement un état de dégradation avancé où les espèces feuillues ne sont r représentées que faiblement dans les strates sous-arbustive et buissonnante. Les espèces résineuses dominent la composition notamment au niveau de la strate arborescente et arbustive avec un pourcentage relativement élevé dans les autres strates. C'est des formations ouvertes ne présentant aucune faculté naturelle de résister aux incendies. La futaie n'occupe qu'un faible pourcentage, moins de 30% de la surface tandis que les espèces des trois autres strates dominent avec 45% en moyenne.

Après incendie toute la végétation est détruite et ce n'est qu'à la deuxième année que la strate buissonnante commence à se développer avec un taux de recouvrement avoisinant les 20% où dominent les cistes suivis du romarin, de la globulaire et des hélianthèmes. Leur précocité dans l'occupation de l'espace se justifie par le pouvoir de régénération par semis dont elles sont dotées et favorisées par les conditions écologiques parés incendie (lumière, cendre, absence de concurrence, dissémination des graines, recouvrement de semences). Les genêts occupent les vides et les clairières; l'alfa, grâce à sa faculté de rejeter de souche s'impose également sous forme de petites touffes dispersées. L'incendie favorise toutes les espèces feuillues rejetant de souche telle que le chêne kermès, le lentisque, la filaire en plus des espèces se multipliant rapidement par semis après le passage du feu comme le romarin, la globulaire, le genêt, le calycotome et les cistes. Les observations faites confirment que les espèces de la strate buissonnante occupent dés la deuxième année le même coefficient d'abondance-dominance que dans les forêts adultes de référence.

Un aspect important sur lequel une multitude de travaux ont été faits semble de nos jours encore peu maîtrisé: la régénération naturelle. Dans différentes conditions de localisation topographique, climatique, bioclimatique, édaphique et floristique, la régénération naturelle du pin d'Alep à l'année 4 après incendie varie de 1.1 à 4.3 soit une densité moyenne de 20 à 400 par 100 mètres carrés avec une hauteur oscillante entre 15 et 70 cm.

La régénération naturelle se caractérise par une lenteur de croissance, une hétérogénéité dans sa présence et sa densité ainsi que par une fragilité élevée. L'origine de ces causes se retrouve

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dans la densité des espèces colonisant en premier l'espace, la qualité du lit de semence, la nature du sol et son taux de recouvrement par les débris organiques brûlés, les possibilités d'enfouissement naturel des graines et la disponibilité de semences fertiles. A l'inverse les espèces de la strate buissonnante et arbustive, les semis de pin d'Alep n'atteignent leur maximum de densité et d'accroissement qu'à partir de la 5ème année après incendie; une fois les autres strates stabilisées après avoir rejeté et coloniser le terrain.

Cette dynamique est dépendante de plusieurs facteurs le plus souvent non maîtrisables par l'homme, notamment les facteurs climatiques et édaphiques et d'autres anthropiques tel que les travaux forestiers (sylviculture) et le parcours. Dans tous les cas la résistance des espèces aux diverses mutilations est déterminante pour la recolonisation de l'espace et le développement de formations végétales forestières.

Le feu ne modifie pas de façon notable la composition floristique lorsqu'il ne se répète pas au même endroit plusieurs fois de suite, très peu d'espèces sont étrangères au cortège floristique habituel de l'association. Cependant il agit directement sur le coefficient d'abondance-dominance par le biais d'une activation des rejets de souche et de l'accélération du processus de germination des semences de quelques espèces.

Les espèces dont le nombre augmente après le passage du feu dans des temps de 2, 7 et 10 ans sont (Tableau annexe n°53):

Tableau 14 : Comportement de quelques espèces face au feu.

AGE

2 ans

7 ans

10 ans

 

A

B

A

B

A

B

Rosmarinus

21

26

21

27

19

18

Pistacia

13

23

4

8

6

11

Globularia

4

22

15

13

17

15

Cistus

3

19

9

6

15

13

Stipa

3

17

15

24

6

11

Quercus

2

8

10

21

14

22

Ampelodesma

-

-

8

11

11

14

Phillyrea

-

-

7

12

9

16

Tétraclinis

-

-

3

11

6

15

Génista

-

-

7

9

11

12

Chamaerops

-

-

6

11

10

14

A: Végétation non brûlée B: Végétation brûlée

Tous ces éléments permettent une recolonisation rapide de l'espace dés la deuxième année. Les espèces composant le groupement du pin d'Alep dans le semi-aride survivent et un fort pourcentage marque une présence accentuée après le passage du feu. L'effet de l'incendie peut être comparé à une coupe rase qui oblige la végétation à s'adapter à des perturbations temporaires. Les espèces caractérisées par une faculté de rejeter de souche, celles dont quelques semenciers ont été épargnés par le feu envahissent en premier l'espace détruit et transforment la formation végétale en agissant négativement sur la régénération naturelle des espèces principales et secondaires formant l'ossature du groupement végétal initial (Tableau N° 55). Ainsi le feu perturbe essentiellement la structure et la pérennité de la formation.

7-1.2.2. Groupement à pin d'Alep dans le subhumide

Légèrement plus résistant que le précédent par une composition floristique plus diversifiée et caractérisée par une présence appréciable d'espèces feuillues concentrée surtout dans la strate arbustive, celle qui joue un rôle de premier ordre dans le taux de recouvrement global. Le degré d'humidité est assez élevé, l'occupation du sol est importante (supérieur à 60% en moyenne), la litière est de qualité, le sol est profond et arrive à maintenir un taux d'humidité conséquent même

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en période sèche et les conditions climatiques automnales arrivent à favoriser après incendie la régénération d'un fort taux des espèces dont le taux de présence est affecté en baisse tributaire le plus souvent de la faculté de rejet de chaque espèce et de son accroissement. Par strate les espèces qui présentent le maximum de potentialités à recoloniser leur biotope incendié sont:

- strate arborescente: Pinus halepensis, Tetraclinis articulata, Juniperus oxycedrus

- strate arbustive: Quercus rotondifolia, Pistacia terebinthus, Phillyrea angustifolia,

- strate buissonnante: Stipa tenacissima, Ampelodesma mauritanicum, Arbutus unedo,

Cistus salvifolius, Rosmarinus tournefortiiLe feu détruit toutes les espèces résineuses présentant des prédispositions d'inflammabilité,

comme elles n'occupent que la strate arborescente le plus souvent les espèces feuillues sont épargnées lorsque le vent souffle (elles ne sont alors que léchées). De ce fait la régénération est largement supérieure et rapide que dans l'étage semi-aride. Ce groupement végétal présente une certaine résistance au redoutable facteur dégradant qu'est l'incendie grâce à la grande faculté de rejeter de la quasi-totalité des individus végétaux qui constituent le sous-bois. La composition floristique n'est pas modifiée puisque plus de 90% des espèces ligneuses détruites sont présentes dés la deuxième année après incendie. Les conditions de milieu favorables permettent un accroissement remarquable de toutes les espèces où la hauteur minimale moyenne à la 2ème année est de 25 cm et un maximum de 160 cm soit une moyenne pondérée de 90 cm. Le taux de couverture du sol est presque dans tous les cas supérieur à 30% ce qui permet aux espèces exigeant un ombrage pour de régénérer d'être présentes au stade de plantule dés la 3ème année. A la 5ème année on est généralement en présence d'un matorral et, même quelque fois dans des conditions exceptionnelles, en présence d'un maquis bas qui joue un rôle de premier ordre en matière de protection des jeunes semis et rejets assurant une reprise de la végétation. Les espèces suivantes sont déterminantes dans cette dynamique: Quercus rotondifolia, Juniperus oxycedrus, Ampelodesma mauritanicum, Quercus coccifera, Cistus ladaniferus, Arbutus unedo, Rosmarinus tournefortii, Cytisus triflorus

7-1.2.3. Groupement du chêne vert dans l'étage semi-aride

C'est le type de végétation qui semble le moins souffrir de l'action du feu car le chêne vert est reconnu pour sa vitalité, sa résistance à une rapide inflammation, sa faculté de rejeter, son indifférence aux conditions édapho-climatiques, son pouvoir d'adaptation aux diverses agressions qu'il subit. Après le passage du feu c'est l'espèce qui apparaît en premier au même moment si ce n'est avant les autres espèces dotées d'une faculté de régénération rapide et favorisée par le passage du feu tel que le romarin, les cistes etc...Espèce d'ombre le chêne vert presque toujours en sous-bois arrive à dominer les espèces formant habituellement la strate arborescente, dés qu'elles sont détruites par le feu, pendant les premières années (une dizaine au moins).

Le feu agit sur la composition floristique durant les trois premières années avec le développement d'espèces résistantes et adaptées à des conditions difficiles caractéristiques d'un faciès aride, les espèces les plus présentes sont: Juniperus oxycedrus, Rosmarinus tournefortii, Pistacia lentiscus Stipa tenacissima, Tetraclinis articulata, Phillyrea media et qui rapprochent ce groupement du pin d'Alep; le chêne vert étant relégué comme espèce secondaire. En plus de la perturbation de la constance floristique le feu agit sur la structure et par conséquent sur le type de formation végétale. La formation la plus fréquente imposée ou dictée par les incendies est un matorral le plus souvent dense où dominent des espèces assez étrangères au groupement du chêne vert encouragées par des conditions de milieu nouvelles qui leurs sont favorables.

Chêne vert et thuya appartiennent à deux familles différentes mais présentent des caractéristiques forestières très semblables qui font que leur écologie est analogue. Mais si le chêne vert est très répandue sur l'ensemble du bassin méditerranéen, le thuya est pratiquement endémique au Maghreb et s'y cantonne presque dans la région occidentale: l'Oranie et le Maroc comptent à eux seuls 95% des 930.000 hectares que couvre au total la callitraie nord-africaine. Pour la seule région du Tell oranais-Maroc oriental elle couvre 305.000 hectares. Les deux

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essences ont considérablement reculé par rapport à leur aire botanique de 1.807.000 hectares pour le chêne vert en Algérie à 600.000 hectares soit un déchet de 67%; de 521.000 hectares pour le thuya algérien à 130.000 actuellement soit un déchet de 75%. (PEYERIMHOFF, 1928). Le sousbois généralement faiblement développé, permet de lutter contre les incendies. Dans les taillis de 10 à 20 ans (très représentés) où les cépées sont touffues et encombrées d'un tapis de 5 à 10 cm de feuilles sèches le feu peu causer des dégâts importants. Cependant les souches ne sont pas atteintes et rejettent rapidement de nombreux drageons.

7-1.2.4. Groupement du chêne vert dans l'étage subhumide

Les conditions climatiques et édaphiques où évolue ce groupement végétal font que le tempérament et la vitalité de l'espèce principale sont remarquables. Les espèces secondaires qui accompagnent le chêne vert sont à forte proportion constituées de feuillues jouant un rôle déterminant dans la résistance aux dégâts causés par les feux. Les espèces concurrençant le chêne vert dans cet étage ne sont pas nombreuses exception faite du chêne zeen. Les autres espèces éliminant le chêne vert parés incendie se limitent au genévrier oxycèdre et au pin d'Alep lorsque le chêne vert est totalement éradiqué ce qui est rarement le cas. Le fort recouvrement dû à une densité élevée de la strate arbustive élimine la strate buissonnante la plus sensible au feu. Le rôle déterminant de la strate arbustive qui est composée d'espèces feuillues à fort recouvrement comprend: Arbutus unedo, Pistacia lentiscus, Quercus faginea, Rhamnus alaternus, Quercus rotondifolia, Viburnum tinus

Cette situation ne permet pas une présence remarquable et dangereuse de la strate buissonnante qui constitue un palier indispensable au déclenchement de l'incendie. Le feu n'agit dans ce groupement végétal que sur la structure et sur une période relativement courte puisque dés la dixième année après incendie toutes les espèces de la strate arbustive, la plus déterminante, ont atteint une hauteur appréciable (celle d'un maquis bas) et justifie la présence du groupement de chêne vert par le biais de la stabilité des espèces caractéristiques de l'étage subhumide et liées à la présence du chêne vert.

C'est le groupement végétal qui semble le mieux disposé à résister au feu et le plus rapide à se reconstituer pour atteindre en moins de 15 ans le stade d'équilibre avec les conditions écologiques du milieu.

7-1.2.5. Groupement du chêne liège

Localisé essentiellement dans l'étage subhumide, précisément sur les monts de Tlemcen et le versant nord des monts de Dhaya où cependant l'espèce principale est absente malgré la présence de son cortège floristique et d'espèces caractéristiques et de conditions édapho-climatiques. Groupement très sensible à l'incendie par l'abondance du sous-bois et l'absence totale de régénération naturelle due aux conditions édaphiques (sols trop léger, siliceux) et à une pression animale intense et permanente. Le feu achève généralement le processus de dégradation entamé, l'élimination du sous-bois et la carbonisation des glands et des souches de l'espèce principale entravent à l'extrême toute possibilité de reprise de la végétation après le passage du feu.

La composition floristique moyenne de ce groupement végétal se caractérise par l'abondance d'espèces présentant des facultés de régénération remarquables constituant à court terme une menace pour la présence du chêne liège: Quercus rotondifolia, Viburnum tinus, Quercus faginea, Quercus coccifera, Arbutus unedo, Rhamnus alaternus, Myrtus communis, Juniperus oxycedrus

Ce groupement végétal sous l'effet du feu évolue vers un matorral bas se rapprochant de celui du chêne vert. L'importance de la régénération de toutes les espèces du sous-bois permet d'assurer une pérennité à cette formation où l'espèce principale (le chêne liège) est condamnée à disparaître dans le temps. La composition floristique et la structure sont profondément perturbées sous l'effet de l'incendie. Caractérisé par une sensibilité aux feux, une instabilité et une fragilité le groupement du chêne liège dans de telles conditions est totalement disponible à un envahissement par le chêne vert ou le chêne zeen.

7-1.2.6. Groupement du chêne zeen

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Se présentant généralement sous l'aspect d'une futaie dense et élevée caractérisée par un sousbois peu abondant, ce groupement n'occupe qu'une faible surface et le risque incendie est minime. Il est résistant à la concurrence exercée par les autres espèces par sa grande faculté de rejeter et de coloniser rapidement l'espace là où les conditions écologiques lui sont favorables. Doté d'un accroissement tant en hauteur qu'en diamètre assez élevé par rapport aux autres essences, cette espèce occupe le plus souvent la strate la plus élevée. Après incendie il rejette abondamment de souche et arrive à concurrencer le chêne vert, seule espèce pouvant entraver son expansion. Peu sujet aux feux de forêts au regard des conditions climatiques et de la composition floristique caractérisées par une humidité élevée; le faible taux de recouvrement des strates arbustives et buissonnante surtout et la présence d'espèces difficilement inflammable justifient la faiblesse du risque incendie dans ce groupement végétal.

Le feu endommage le plus souvent la strate arbustive et buissonnante qui sont faiblement représentées, la strate arborescente est généralement à une hauteur importante échappant de ce fait aux feux bas alimentés par la combustion des buissons qui n'offrent qu'une faible biomasse. C'est surtout la modification de la structure parés incendie qui est importante car la vitesse d'accroissement en hauteur naturelle de cette essence est redynamisée par l'élimination de la concurrence et la forte luminosité. La durée moyenne nécessaire à ce groupement pour se réinstaller après le passage du feu (pourvu que des souches soient présentent) n'est en moyenne que de 8 à 10 ans. La résistance au feu et la faculté remarquable de recolonisation de l'espace par le chêne zeen face à des essences principales et secondaires comme le chêne vert, l'arbousier, le viorne tin, font de ce groupement végétal une formation forestière intéressante mais dont l'extension ne peut se faire que dans des zones localisées commandées par des conditions particulières de sol et d'humidité.

7-1.2.7. Groupement du thuya

La callitraie est encore plus robuste et vivace, elle se défend mieux que l'illicaie vis à vis de l'incendie grâce à son exceptionnelle faculté de rejeter et de créer des taillis denses. Ce taillis s'il permet de diminuer le parcours des troupeaux en faisant obstacle par sa forte densité est cependant une source de propagation des incendies. La callitraie a besoin d'une protection de 15 ans au moins pour se régénérer et atteindre l'âge de fructifier, sans cela c'est une régression irréversible qui est engagée et encouragée par la dégradation du sol. Très tolérant vis à vis des conditions édaphiques le thuya accepte des sols secs et pauvres et cette résistance physiologique lui permettent de surmonter des épreuves que d'autres espèces.

Dans les conditions extrêmement difficiles de sol et de climat le thuya constitue souvent la seule armature végétale encore capable de coloniser l'espace. Dotée d'une faculté de rejeter, après incendie aussi intéressante que celle du chêne vert, le thuya demeure dans son aire une essence irremplaçable pour se réinstaller après le passage du feu. Malgré la faiblesse de son accroissement, qui n'est pas toujours aussi faible que l'on pense comme le confirment les travaux de BENABDELI (1992), ce groupement végétal doit mériter plus d'attention car son comportement après incendie est intéressant.

Après incendie on observe une abondance de rejets de souche dont le nombre diffère et est proportionnel à l'importance en diamètre et à l'âge de la souche-mère. Au bout de la 6ème année parés incendie le diamètre minimal des rejets est de 1 cm et le maximum avoisine les 3 cm avec des hauteurs correspondantes de 40 et 120 cm. Ces mensurations moyennes classent le thuya parmi les essences à accroissement intéressant si on prend en considération sa résistance au feu et aux diverses agressions et sa reprise végétative. La strate buissonnante est dominée par souvent par l'espèce principale (Tetraclinis articulata), les autres espèces fidèles sont: Stipa tenacissima, Quercus coccifera, Rosmarinus tournefortii, Pistacia lentiscus, Cistus villosus Phillyrea angustifolia

Le feu malgré son intensité ne perturbe pas la composition floristique puisque dés la 6ème année

on retrouve toutes les espèces ligneuses de la formation initiale où dominent dans un ordre

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décroissant : Tetraclinis articulata, Cistus villosus, Quercus coccifera, Rosmarinus tournefortii, Pistacia lentiscus, Stipa tenacissima, Phillyrea angustifolia

La modification structurale est remarquable puisqu'on passe d'une futaie claire à fort sous-bois xérophile et dense à une formation se rapprochant d'un matorral clair vers la 10ème année après incendie. C'est Tetraclinis articulata suivi de Pistacia lentiscus, de Phillyrea angustifolia et de Quercus coccifera qui sont déterminantes dans la nouvelle composition et structure.

7-2. LE PARCOURS ET LE PATURAGE

L'un des plus importants facteurs de dégradation de toutes les formations végétales forestières est le parcours qui a été, depuis que l'homme a pratiqué l'élevage pour sa nourriture et sa survie, un point de discorde entre l'éleveur et le forestier. Les populations riveraines vivant en permanence au contact de la forêt utilisent encore de nos jours des méthodes traditionnelles de conduite des troupeaux. Ce contact et cette utilisation datent depuis des millénaires et il est de nos jours impensable de vouloir dissocier l'homme de l'animal et les deux de la forêt. Cet ensemble logique et naturel paraît dans pratiquement tous les cas de figure en parfaite harmonie avec le fonctionnement de l'écosystème forestier, rompre cette liaison c'est nier la complémentarité et l'équilibre naturel et la disponibilité de biomasses utilisables. Cette situation ne peut que nous mettre en accord avec la conclusion de KUNHOLTZ-LORDAT (1930): " Le destruction des forêts a été faite, le plus souvent, tant en vue de la culture qu'en vue de l'élevage. Il est bien difficile d'établir la part qui revient à l'une ou à l'autre de ces deux branches de l'agriculture dans la déforestation".

7-2.1. Généralités sur le parcours.

L'origine forestière du parcours est une réalité à prendre en charge car l'extension du pâturage se faisait et se fait encore sentir directement aux dépens de la forêt d'autant plus que cette action a été autorisée et considéré comme un droit d'usage qui 'est transformé avec le temps en un droit tout court. Ainsi les populations coloniales et rurales ont détruit par le biais du parcours ce qu'elles ne pouvaient défricher. Toutes les formations végétales exception faite des jeunes plantations étaient utilisées par le parcours avec la complicité de l'administration forestière pour des raisons stratégiques mais surtout politiques. Cette facilité d'utilisation des écosystèmes forestiers trouvait sa justification dans les habitudes des populations locales. L'autorisation accordée aux riverains à faire parcourir leurs troupeaux en forêt a favorisé l'apparition de techniques permettant la régénération des parcours: les éclaircies et les incendies localisées.

" Le troupeau doit cesser d'être une caisse d'épargne pour devenir un moyen de mise en valeur agricole. Cela implique forcément que la nourriture soit à tout moment disponible, que l'ordonnance et l'aménagement des terres d'élevage ou de culture soit prévu à l'effet de fournir à tout moment toutes rations utiles" notait MONJAUZE (1960). Le terrain de parcours par la force de la réalité a été défini en 1939 par KUHNOLTZ-LORDAT comme un terrain de pacage dans le sens le plus général se rapportant aussi bien à la lande découverte qu'à la garrigue ou au bois. LONG (1960) le considère comme "...un terrain de parcours peut aussi être constitué par toute l'étendue d'un territoire sur lequel le bétail consomme l'herbe de toutes sortes de groupements végétaux librement et sans contrôle". Les faits réels dans la région justifient cette approche et font de la forêt un terrain de parcours par excellence, cela se confirme par le relâchement de surveillance, l'incapacité d'organiser cette activité, l'incompétence d'ouvrir les peuplements forestiers au parcours surveillé découlant d'études et de la complicité parfois du forestier. L'élevage constitue l'une des principales ressources des populations forestières (40% des revenus agricoles) en Tunisie et presque autant si ce n'est plus pour notre région. L'équation est simple: dans la forêt, il n'est de richesse que d'arbres, si l'homme vit dans la forêt, il vit soit de l'arbre qu'il a abattu pour avoir sa parcelle de culture ou de parcours soit de l'arbre qu'il abattra pour se chauffer ou fabriquer du charbon; or l'arbre appartient à l'état donc le riverain ou le montagnard vit en clandestin comme le souligne également ZAMITI (1993).

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Malgré la disponibilité des terrains agricoles pouvant servir pour une période appréciable (entre 3 et 5 mois) de parcours c'est généralement vers les formations forestières que sont concentrés les troupeaux; même s'il est agriculteur, l'éleveur se considère toujours comme pasteur. BENABDELI (1983) confirme ce constat:" Il ne donne pas une valeur réelle à la terre et il fait tout pour que son troupeau subsiste et se développe. Bien que dépourvu le plus souvent de terre, l'éleveur ne rencontre aucun problème puisqu'il fait parcourir son troupeau sur des terres qui ne lui appartiennent pas et par conséquent sa tâche est facilitée puisqu'il n'aura pas à prévoir, planifier et calculer la manière dont il doit procurer la nourriture à son troupeau".

Cela complète et va dans le sens de LEROY (1965):" D'une manière générale, on peut dire que dans les pays méditerranéens les agriculteurs sont rarement des éleveurs, ce qui est fâcheux, car la conséquence est qu'ils ne font aucun effort pour obtenir des produits fourragers, alors qu'ils réservent une large part des terrains qu'ils exploitent à la jachère. La suppression de la jachère pour obtenir des fourrages précoces à conserver en saison sèche par ensilage leur permettrait aisément de faire vivre sur place un troupeau correctement alimenté".

Le parcours dans la région est généralisé sur toutes les formations forestières ce qui explique sa complexité et la particularité par laquelle se distingue son environnement et qui se résument à la vocation pastorale d'une terre ou d'un écosystème est fonction de son herbage et lorsque l'espace n'est pas un facteur limitant, comme c'est le cas dans les formations végétales de la zone étudiée, l'homme se contente de suivre son troupeau. Cette technique trouve ses limites et les troupeaux sont obligés de se stabiliser dans une zone; cela se traduit irrémédiablement par une dégradation accentuée de la végétation dans un premier temps puis du sol par la suite.

-Aucune méthode ou technique de pâturage et d'utilisation des herbages disponibles n'est pratiquée pour assurer la pérennité de l'équilibre et la préservation de l'écosystème productif. La règle de bas étant de mettre à la disposition du troupeau une nourriture qu'elle qu'en soit les conséquences. Après une destruction quasi-totale de la végétation l'éleveur est dans l'obligation d'utiliser la flamme qui permet d'avoir de jeunes pousses dont sont friands les herbivores.

-Le problème pastorale dans la région ne date pas de ce millénaire et il prend de l'ampleur avec le temps." Au milieu du 19ème siècle c'est au moins les trois quart des forêts méditerranéennes qui avaient disparu. Cette hécatombe a été rendue encore plus lourde par le développement de populations de pasteurs, dont les troupeaux, chèvres et moutons surtout, se sont progressivement répandus sur les forêts encore en place, et en particulier les massifs montagneux. La forêt a alors été brûlée pour faire apparaître des pâturages, dont le sol s'est dégradé sous l'influence de l'érosion, la régénération des essences sylvatiques étant rendue par ailleurs aléatoire, voire impossible, par un pâturage intensif...Il s'agit surtout de la présence de l'homme et des animaux domestiques, qui pèsent d'un très lourd poids en région méditerranéenne depuis plusieurs millénaires" résume ce problème QUEZEL (1976) en cinq points:

- il n'y a aucune relation entre l'occupation des terres et l'élevage, cette situation se traduit par une rupture d'équilibre entre ces deux activités qui ne sont plus complémentaires débouchant sur une utilisation irréfléchie de l'espace. Dans ce contexte TOMASELLI (1976) note:" L'agriculture méditerranéenne a été caractérisée par la séparation presque totale entre la production végétale et la production animale". Les éleveurs dans plus de 85% des cas ne possèdent pas leur propre terrain et la production animale présente dépend exclusivement des formations forestières et des terrains domaniaux où tout l'apport fourrager nécessaire doit être prélevé.

- le climat par ses facteurs limitant, en plus des méthodes et coutumes d'élevage, joue un rôle déterminant dans la faiblesse de la disponibilité d'une biomasse herbacée consommable abondante comme le souligne LE HOUEROU (1971): " Les hivers méditerranéens sont généralement plus ou moins doux et la neige couvre rarement le sol, de sorte que la végétation n'est pas protégée contre le bétail durant cette saison. Sous climat méditerranéen la saison défavorable aux végétaux est l'été, en raison de la sécheresse. Les animaux restent donc au pâturage généralisé. Il en résulte aussi que les éleveurs ne voient pas la nécessité de constituer des réserves fourragères en vue de la saison défavorable. Il nous semble que les conséquences du

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climat sont à l'origine de l'un des mécanismes essentiels de dégradation de la végétation méditerranéenne en général".

- la structure ouverte, clairiérée, facilement pénétrable des formations forestières sont autant de facteurs favorables au pâturage car ils favorisent l'installation abondante d'une strate herbacée. Selon sa composition floristique le taux de recouvrement des différentes strates et l'étage bioclimatique, la concentration des troupeaux en est proportionnelle.

- les jachères, avec les écosystèmes forestiers, constituent les principales prairies temporaires ou permanentes mis à la disposition des troupeaux pendant un laps de temps réduit. Ces jachères n'appartiennent généralement pas aux éleveurs et n'offrent aux troupeaux qu'une quantité négligeable de ressources fourragères pendant un mois au maximum puisque la technique du brûlis des chaumes est encore utilisée malgré ses effets néfastes, juste parés les moissons.

- le pâturage forestier assuré par l'ensemble des formations doit faire face, essentiellement pendant la période estivale et automnale, aux besoins de plus de 85% du cheptel. Le constat de BENABDELI (1980) se confirme:" Point n'est nécessaire de développer ce sujet puisque la seule source d'alimentation pour le troupeau du secteur privé reste le parcours en milieu naturel avec toutes les conséquences néfastes qui en découlent.

Le secteur ne peut donc subvenir totalement aux besoins alimentaires de son cheptel et se trouve dans l'obligation d'avoir recours au pacage en forêt, légal ou illégal". Ce type de parcours est utilisé d'une manière continue et permanente à l'inverse des parcours agricoles qui ne peuvent être exploités que pendant un temps bien déterminé en fonction du cycle de la culture pratiquée.

7-2.2. Les possibilités fourragères

L'appréciation de la charge pastorale possible par formation végétale et la charge réelle constatée permettent d'appréhender la notion de surcharge et de pression conduisant à une dégradation. Ces éléments nécessitent en premier lieu une évaluation des possibilités fourragères offertes.

Le parcours et son incidence sur la dynamique des formations végétales ne semble pas avoir intéressé les forestiers dans la région, seuls des renseignements superficiels et sans utilité ont pu être retrouvés dans la bibliographie consultée. EL HAMROUNI (1978) a établi une relation entre la pluviométrie, la production moyenne en unités fourragères par hectare et la charge pastorale possible dans la pineraie de l'étage semi-aride en Tunisie et qui se rapproche de notre région d'étude.

Tableau 15 ; Relation pluviométrie-Disponibilité en U.F

Etage bioclimatique

Pluviométrie annuelle

Possibilités
en U.F/ Ha

Charge possible
en UPB

Subhumide inférieur

550 mm

270

2,25

Semi-aride supérieur

450 mm

180

1,50

Semi-aride inférieur

350 mm

140

1,16

Aride supérieur

250 mm

120

1,00

UPB: Unité Petit Bétail UF: Unité Fourragère

Les données éparses mais fiables calculées dans des zones de l'Afrique septentrionale dans les étages bioclimatiques semi-aride et subhumide peuvent se résumer pour LE HOUEROU (1964, 1974) à 1,5 à 3 kilogrammes de matière sèche par millimètre de pluie soit 0,5 à 1 U.F. ZIANI (1971) quand à lui a évalué les possibilités fourragères de deux zones écologiques (chêne vert et pin d'Alep) avec leur types de formations végétales et a obtenu les résultats suivants:

Tableau 16 : Production d'U.F des formations.

Type de végétation

CHENE VERT

PIN D'ALEP

 

(Production UF/Ha)

(Production UF/Ha)

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Futaie dense de pin d'Alep

-

150

Futaie claire de pin d'Alep

-

200

Futaie claire de chêne vert

250

-

Taillis dense de chêne vert

200

200

Taillis claire de chêne vert

250

250

Jeune taillis dense de chêne vert

200

200

Peu ou pas de régénération

500

400

Garrigue

150

150

Pelouse

500

400

Jachère

200

150

Moyenne

280

230

Selon l'étage bioclimatique, paramètre peu représentatif, mais déterminant pour apprécier la production de biomasse consommable moyenne des différentes formations végétales; cette dernière oscille dans le semi-aride entre 80 et 260 unités fourragères avec un écart de plus ou moins 15 et dans le subhumide entre 110 et 320 avec un écart de plus ou moins 25.

Les principaux résultats obtenus dans la région d'étude sur les principaux écosystèmes forestiers représentatifs des formations végétales ligneuses les plus importantes varient entre 100 et 320 Unité Fourragères. C'est la formation buissonnante et la futaie de pin d'Alep à chêne vert qui offrent la plus grande production d'U.F. La moyenne est de 150 et 200 U.F par hectare respectivement pour l'étage semi-aride et subhumide.

LE HOUEROU, ZIANI et MONJAUZE dans diverses publications citées précédemment ont abordé la notion de charge pastorale dans des zones écologiques similaires à la notre, les résultats obtenus se résument à:

Tableau 17: Charge pastorale et temps d eparcours

Etage bioclimatique

Formation végétale

Charge possible/Ha

Temps de parcours

Aride

Pelouse

0,6 à 0,8

6 mois

Semi-aride

Maquis

0,8 à 1,0

6

Semi-aride

Jachère travaillée

8,0 à 9,0

2

Semi-aride

Terrain abandonné

0,5 à 1,0

12

Subhumide

Maquis

1,5 à 1,8

8

Subhumide

Pelouse

2,3 à 2,5

4

La charge pastorale possible par type de formation, en prenant en considération les possibilités fourragères disponibles et les besoins moyen des troupeaux (évalués par ZIANI en 1971 à 300 UF/an pour les ovins, 1200 pour les bovins et 1000 pour les équins) peut être calculée pour les différents écosystèmes forestiers.

Les résultats détaillés obtenus sont récapitulés comme suit:

Tableau 18 : Production d'U.F des formations

ETAGE BIOCLIMAT.

SEMI-ARIDE

SUBHUMIDE

TYPE VEGETATION

Min.
UF/Ha

Max.
UF/Ha

Min.
UF / Ha

Max.
UF / Ha

Futaie de pin d'Alep

100

140

140

200

Futaie pin d'Alep et chêne vert

150

200

250

320

Futaie pin d'Alep et thuya

120

180

-

-

Futaie chêne liège et chêne zeen

-

-

230

280

Futaie chêne zeen

-

-

260

310

Taillis de chêne vert

180

260

230

300

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Taillis de thuya

150

200

-

-

Maquis dense

80

100

110

130

Maquis clair

160

180

180

250

Buisson

180

220

230

320

L'hétérogénéité des formations végétales se justifient par la gamme diversifiée de production où on enregistre un taux de fluctuation de 44% dans le semi-aride pour les valeurs minimales et de 38% dans les valeurs maximales. Pour le subhumide ce taux est de 42% et 40% respectivement pour les valeurs minimales et maximales.

La marge d'erreur moyenne est de 20% confirmant la dynamique, la complexité et la diversité des groupements végétaux dues tant à l'action de l'homme qu'aux caprices du climat.

La pression animale sur la végétation se justifie par un parcours permanent (plus de 9 mois dans l'année) et excessif n'obéissant à aucune norme. La charge réelle est supérieure de 10 à 20 fois la charge permise en fonction des potentialités fourragère offertes annuellement. L'impact fortement dégradant du parcours est certain et demeure catastrophique.

Cependant la réalité est toute autre puisqu'aucune étude n'est faite pour utiliser les diverses formations végétales, le recensement pendant 8 ans de l'effectif ovin pâturant en forêt nous donne les résultats suivants, indicatifs certes mais significatifs. Toutes les formations forestières quelque soit leur âge sont exploitées par les troupeaux entre 4 et 10 mois par an. Cela se traduit par une pression quasi-permanente comme el confirme les résultats consignés dans le tableau qui suit :

Tableau 19 : Production et charge idéale par type de formation végétale

Type De

formation végétale

temps
d'utilisation

OFFRE EN U.F

Charge
idéale

Charge réelle

Futaie de pin d'Alep

8/12

120

0,4

8

Pin d'Alep et thuya

10/12

280

0,9

9

Matorral chêne vert

8/12

320

1,1

10

Jeune futaie Pin d'Alep

4/12

20

0,0

4

Pin Alep dégradée

10/12

30

0,0

4

Taillis de chêne vert

11/12

380

1,5

10

La charge pastorale minimale et maximale offerte se résume à: Tableau 20 : Charge pastorale possible par type de formation.

Etage bioclimatique

Semi-aride

Semi-aride

Subhumide

Subhumide

formation végétale

Minimum

Maximum

Minimum

Maximum

Futaie de pin d'Alep

0,3

0,5

0,5

0,7

Futaie de chêne zeen

-

-

0,8

1,0

Taillis de chêne vert

0,6

1,0

0,8

1,2

Taillis de thuya

0,5

0,7

0,6

0,9

Maquis

0,6

0,7

0,7

0,9

Buisson

0,6

0,8

0,8

1,1

Moyenne

0,52

0,74

0,70

0,96

7-2.3. Dégradation causée aux formations

Le parcours en formation forestière constitue un facteur très dégradant par son agressivité et les dégâts qu'il cause à la végétation et au sol. Source de suppression partielle ou totale du couvert végétal le parcours non réglementé impose le processus de dégradation suivant:

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monts de Tlemcen et les monts de Dhaya (Algérie occidentale)

 

1996

 
 

- exploitation totale de la strate herbacée,

- consommation des jeunes pousses, semis et rejets,

- broutage de la strate buissonnante palatable,

- émondage de la strate arbustive.

C'est une régression constante où ne persiste que la strate arborescente ainsi que quelques espèces xérophytes, épineuses et vénéneuses qui forment la strate buissonnante, armature solide garante d'une pérennité de la couverture végétale régressive. FERLIN (1971) étudiant les problèmes sylvicoles dans la forêt de pin d'Alep souligne: " On devait donc avoir, a une époque où l'homme et ses troupeaux n'avaient encore que très peu pénétrer la forêt, une répartition normale des âges et des diamètres, que la dégradation progressive des conditions de la régénération a fortement perturbée, entraînant un tassement de plus en plus accentué vers les classes les plus âgées, en même temps qu'une diminution plus ou moins marquée de la densité du peuplement". De ce fait le parcours est un problème fondamental dans la gestion forestière, son indissociabilité de la forêt est certaine. Il est pris partiellement en charge dans la région depuis 1872 juste après les incendies de 1866 où TASSY in BOUDY (1948) dénonce le parcours comme:" la grande, l'immense plaie de l'Algérie". La situation n'a pas changé depuis et on se heurte toujours à des intérêts opposés où aucune concession n'est permise. Les dégâts causés par le parcours ont toujours été jugés de très importants et souvent catastrophiques comme en témoigne BOUDY (1948): " Leurs ravages sont toujours considérables, surtout dans les régions sèches, c'est à dire les plus nombreuses".

Le pâturage en forêt demeure un problème social et humain intervenant pour une large part dans la politique forestière. C'est un facteur de destruction redoutable qui a réduit presque toutes les formations végétales à des stades avancés de régression.

Plusieurs auteurs et spécialiste en la matière ont mis à la une le rôle destructeur de l'animal comme la célèbre phrase de PINON in BOUDY (1953) : " La chèvre a tué l'arbre, chassé l'homme, détruit la vie. C'est l'un des plus dangereux ennemis de l'humanité. Il ne s'agit pas de détruire la race caprine mais il est essentiel de la discipliner, la parquer, de limiter son domaine". Mais le pâturage en forêt est si ancien dans les moeurs des populations qu'il est impossible de ne pas penser à le valoriser pour nettoyer le sol des strates à l'origine du déclenchement et de la propagation des feux; mais le problème qui se pose est comment éduquer la chèvre ou les espèces pour concilier les deux.

L'analyse des périodes agricoles dans la région et au regard des vestiges de la végétation encore en place nous enseignent que les principales formations végétales qui colonisaient l'espace étaient: le pin d'Alep et le chêne vert, le thuya, le thuya et le pin d'Alep dans le semi-aride. Dans l'étage subhumide c'est toujours le pin d'Alep avec le chêne vert, le chêne vert et le chêne liège, le chêne liège et le chêne zeen. Bien sur l'agriculture et l'élevage ont évolué sur l'espace sylvicole après sa destruction. La première période de la région est sans la moindre hésitation forestière.

Le terme de parcours dans la région doit être compris comme étant un facteur de prélèvement permanent de biomasse verte ou sèche issu de terrain couvert par une végétation se développant naturellement est quasi-impossible de dissocier l'élevage et la forêt puisqu'un fort pourcentage de la population est rural (le plus souvent riverain de la forêt) vit d'élevage et ne possède pas de terres. Pour cette frange de population toutes les formations végétales sans exception sont des terrains de parcours.

Dans la région la conclusion émise par TOMASELLI (1976) est vérifiable puisque effectivement la population locale raisonne encore comme à l'époque romaine: " L'économie romaine considérait que le pâturage rapportait davantage que les cultures; d'ou la nécessité de l'étendre de plus en plus au détriment des forêts d'abord, puis du maquis et de toute forme de végétation limitant la nutrition et le passage des troupeaux".

La surexploitation des terrains de parcours n'est pas un fait nouveau, elle existe depuis le VIIIème siècle la création du tribulum (plateau en bois que hérissaient à sa surface inférieure des rangées de pointes de silex, remplacées par la suite par des pointes en fer) est une innovation assez

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monts de Tlemcen et les monts de Dhaya (Algérie occidentale)

 

1996

 
 

considérable qui permettait de hacher les végétaux et faciliter leur utilisation par les troupeaux. Le surpâturage découle de la surexploitation, phénomène courant à l'origine de la dégradation de la végétation à cause d'une charge pastorale excessive qui prélève une biomasse supérieure à la production annuelle. Le surpâturage est une pratique usuelle généralisée dans la région se justifiant par un déficit permanent en unités fourragères qu'il faut combler dans les formations forestières d'autant plus que les autres terrains sont occupés durant plus de 8 mois par des cultures vivrières notamment la céréaliculture.

Les agressions du bétail sur la végétation proviennent de la répétition trop rapide de la tonte de l'herbe et des individus végétaux jeunes et de la surcharge par le piétinement. En prenant en considération la répartition de l'habitat par rapport aux forêts et la distance moyenne que peut parcourir un troupeau quotidiennement à la recherche de nourriture on peut affirmer que toutes les formations végétales de la région sont soumises à un parcours permanent (plus de 8 mois sur 12) et intense (en moyenne 7 ovins par hectare).

7-2.3.1. Impact chiffré de la pression animale.

Les facteurs agissants et déterminants sur l'intensité de l'agression sont nombreux et n'agissent indépendamment l'un de l'autre que rarement, très fluctuants et en étroite dépendance des conditions climatiques et du type de formation végétale, ils peuvent se résumer à:

- la période d'utilisation des formations comme terrain de parcours,

- la production d'unités fourragères par hectare,

- la charge pastorale moyenne acceptable et la charge réelle,

- le piétinement et la perte de biomasse consommable,

- la distance moyenne parcourue à la recherche de nourriture,

- la pénétrabilité de la formation végétale,

- l'appétence des espèces,

- le taux de mutilation des espèces après le passage du troupeau,

- le comportement de la végétation (aspect physionomico-structural).

- Période de parcours: difficile à déterminer avec précision puisque les formations végétales sont utilisées épisodiquement selon les saisons, la pluviométrie et le tempérament des gestionnaires. Généralement les formations sont utilisées quelque soit le cas de figure au moins 6 mois par an durant les périodes de septembre à novembre et avril à juin. Les jachères quand à elles soulagent les formations forestières durant 3 mois, de juillet à septembre. Ainsi la concentration des troupeaux en terrain forestier se situe de septembre à mai. C'est donc la politique de production agricole qui pousse l'élevage à utiliser les formations forestières car les spéculations pouvant retenir et offrir une alimentation appréciable aux troupeaux ne sont que très faiblement représentées dans l'occupation du sol. La solution de ce problème ne peut être trouvée que par une prise en charge au moins partiel de la production fourragère par le secteur agricole et les productions forestières ne doivent servir que d'appoint.

- Production fourragère forestière: comme nous l'avons vu précédemment cette production est tributaire du type de formation, de l'étage bioclimatique et du type de sol; les quantités moyennes d'unités fourragères produites dans le semi-aride sont de 140 à 155 et dans le subhumide de 200 à 260.

- Charge pastorale: c'est un élément fondamental pour déterminer si le type de parcours pratiqué est destructeur par une simple comparaison entre la charge réelle et la charge théorique possible. Le déplacement minimal observé chez les troupeaux à la recherche de nourriture est de 5.000 mètres exclusion faite de la distance parcourue au moment du pacage. La charge théorique minimale offerte par les diverses formations végétales de la région est de 0,4 et maximale de 6 ovins par hectare alors que la charge réelle observée est surprenante car elle se situe entre 5 et 23.

- Pertes de possibilités fourragères. La méthode de conduite des troupeaux et la carence en matière de prise ne charge des animaux font qu'une quantité appréciable (évaluée entre 20 et

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monts de Tlemcen et les monts de Dhaya (Algérie occidentale)

 

1996

 
 

30% des disponibilités) est dépréciée. Cette perte est due essentiellement au piétinement, à l'émondage et à l'arrachage. La surface piétinée par ovin et par jour dépend de la structure de la formation végétale, de la pente du terrain, de la nature du sol, de la saison et de l'importance du troupeau. Cette surface a été évaluée entre 5 et 8 mètres carrés dans des conditions situationnelles difficiles et 7 à 13 dans des conditions moyennes et supérieure à 10 dans de bonnes conditions (terrain plat, formation ouverte etc..). La surface moyenne piétinée annuellement est estimée à 2500 mètres carrés soit plus de 50 U.F au minimum, cette surface est d'autant plus grande que le terrain se prête au parcours; elle peut atteindre jusqu'à 3500 mètres carrés.

- Distance parcourue à la recherche de nourriture: notion intéressante puisqu'elle permet de situer la sensibilité des différentes formations au risque de parcours. La distance minimale observée sur un troupeau représentatif pendant une semaine par saison est de 5.000 m et un maximum de 12. L'habitat épars abondant dans la région fait que pratiquement toutes les formations végétales sont soumises à un risque élevé de parcours car elles peuvent être atteintes par les troupeaux. La surface broutée est un paramètre de quantification important à maîtriser; elle est estimée entre 29 et 87 mètres carrés ce qui représente par année une surface de l'ordre de 1,5 hectare.

- Ouverture de la formation végétale: l'intensité et l'importance du parcours sont conditionnées en forêt par la structure de végétation et le taux de recouvrement des différentes strates. Le parcours est extrême quand la formation végétale ne présente que la strate arborescente à très faible densité (hypothèse vérifiée dans 87% des cas observés), il est moyen quand la végétation comporte une strate buissonnante ou arbustive et dont le taux de recouvrement est compris entre 30 et 45%, il est presque nul lorsqu'on est en présence d'une formation présentant toutes les strates avec un taux de recouvrement global supérieur à 70% (hypothèse vérifiée dans 67% des cas observés). Plus les espèces à forte présente ont une densité élevée plus le parcours est faible car la pénétrabilité est entravée.

- Appétence des espèces: les animaux imposent à la biomasse consommable une action sélective remarquable par ses conséquences sur la dynamique et la composition de la végétation. Toutes les espèces ne sont pas broutées de la même manière, différemment recherchées donc par les animaux, les espèces sont broutées à différents degrés ce qui perturbent leur fréquence et leur présence. Ainsi les espèces de forte appétence deviennent de plus en plus rares et sont remplacées par les espèces indésirables. On assiste à un phénomène d'éradication d'espèces connu dans ce domaine et qui impose une composition floristique particulière aux formations parcourues en permanence par les herbivores. Dans le semi-aride prés de 35% des espèces recensées sont broutées alors que dans le subhumide plus de 43% sont broutées, cela se traduit par une dégradation de la strate herbacée et buissonnante respectivement de l'ordre de 65 et 15%.

- Mutilation des espèces: c'est la résultante de tous les paramètres analysés précédemment dont les conséquences se répercutent sur la destruction à divers degré des espèces ligneuses participant activement à la structure te à la composition des formations végétales. Les espèces mutilées sont présentes dans les strates herbacée, buissonnante et arbustives ce qui fait du parcours un facteur dégradant redoutable qu'il ne faut en aucun cas négliger ou sous-estimer. Dans l'ordre de sensibilité aux actions de parcours et de l'importance de la mutilation susceptible d'être occasionnée on a pu classer les espèces ligneuses comme suit:

Tableau 21 : Mutilation des espèces forestières

Strates

Genre et espèce

Observations

Arborescente

Quercus rotondifolia

Faiblement dégradée

 

Juniperus oxycedrus

Très faiblement dégradée

 

Quercus suber

Fortement dégradée

 

Quercus faginea

Moyennement dégradée

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1996

 
 
 

Ceratonia siliqua

Faiblement dégradée

Arbustive

Quercus rotondifolia

Moyennement dégradée

 

Pistacia lentiscus

Faiblement dégradée

 

Quercus coccifera

Fortement dégradée

 

Phillyrea angustifolia

Faiblement dégradée

 

Arbutus unedo

Fortement dégradée

Buissonnante

Stipa tenacissima

Fortement dégradée

 

Ampelodesma mauritaicum.

Moyennement dégradée

 

Cytisus triflorus

Non dégradée

 

Calycotome villosa

Non dégradée

 

Genista quadriflora

Non dégradée

 

Ruscus aculeatus

Très faiblement dégradée

Plus l'espèce est sclérophylle, xérophyte et épineuse moins elle est mutilée, plus le stade de dégradation est avancé dans l'aspect qualitatif de la composition floristique plus l'adaptation des espèces présentes aux agressions du troupeau est élevée.

- Comportement de la végétation: la pression du parcours sur la végétation est fonction du type de formation végétale, on retiendra pour toutes les formations de la région les conclusions suivantes:

- l'agression sur la végétation est extrême dans toutes les formations ouvertes, facilement pénétrables où ne subsiste que la strate arborescente avec une densité moyenne inférieure à 800 sujets par hectare. Les strates arbustives et buissonnantes sont totalement dégradées exception faite de quelques espèces très résistantes: Chamaerops humilis, Genista quadriflora, Calycotome villosa, Rosmarinus tournefortii, Cistus villosus dans l'étage semi-aride et Erica arborea, Astragalus lusitanicus, Cytisus arboreus, Genista erioclada, Viburnum tinus, Ampelodesma mauritanicum, Chamaerops humilis, Calycotome intermedia dans l'étage subhumide. Dés que le sous- bois disparaît, est absent ou son recouvrement ne dépasse pas les 20- 25%, la présence de la strate herbacée est importante offrant une biomasse consommable appréciable. Le sous-bois lorsqu'il existe n'est constitué que d'espèces buissonnantes, épineuses, non palatables sous forme de coussinet. Les jeunes pousses de printemps ne sont pas épargnées pour l'ensemble des espèces dés que le biovolume des espèces consommables est épuisé. C'est ce qui explique le maintien de la strate buissonnante à une faible présence et à une hauteur basse. Il faut retenir que la pression du parcours est extrême sur la végétation à tel point qu'elle n'est présente que par une strate arborescente moyennement représentée et une strate buissonnante très réduite.

- l'agression sur la végétation est forte quand la formation est facilement pénétrable et qu'on soit en présence au moins d'une strate (soit buissonnante soit arbustive) dont le recouvrement n'est pas inférieur à 30%. La strate arborescente est toujours présente par les espèces principales avec une densité supérieure à 600 sujets à l'hectare.

- l'agression est moyenne quand les trois principales strates sont présentes mais leur recouvrement global n'excède pas 60% ce qui diminue la facilité de pénétration, la strate arbustive bien représentée joue un rôle déterminant et entrave la libre circulation des animaux. L'absence de lumière contribue également à la diminution de la biomasse herbacée qui attire les troupeaux.

- l'agression est faible quand le taux global de recouvrement des strates arbustives et buissonnantes dépasse les 70% entraînant une pénétrabilité difficile entravant totalement tout mouvement de troupeaux, c'est une forme de lutte naturelle contre le parcours. Cette situation ne se rencontre que dans les maquis denses qu'on qualifie souvent de stade évolutif en équilibre avec les conditions écologiques du milieu. La diminution remarquable de la biomasse de la strate herbacée est le facteur déterminant à l'origine de l'atténuation de l'agression de la végétation par les animaux. Ces types de formations ne sont soumis à l'impact du parcours que lorsque les réserves fourragères facilement exploitables des autres formations ont été épuisées.

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1996

 
 

Généralement l'action du parcours sur le couvert végétal se traduit selon la progression suivante:

1- destruction de la strate herbacée palatable,

2- mutilation partielle de la strate herbacée non palatable,

3- dégradation des espèces buissonnantes palatables accessibles,

4- destruction partielle des espèces buissonnantes non palatables,

5- mutilation totale des espèces palatables accessibles,

6- dégradation des espèces forestières au stade de semis,

7- destruction partielle des parties accessibles des arbustes,

8- limitation de la régénération par consommation des semences.

Les conclusions générales permettent d'avancer que c'est dans l'étage semi-aride que l'agression du parcours sur les formations végétales est la plus intense car la majorité des peuplements sont ouverts et la biomasse consommable se concentre à 80% dans la strate herbacée. Dans l'étage subhumide les formations dans leur ensemble présentent un taux de recouvrement global assez élevé, supérieur à 60% agissant sur la biomasse consommable par les animaux de la strate herbacée qui ne représente que 35% des possibilités offertes, c'est dans les strates buissonnante et arbustive que les prélèvements doivent être faits.

7-3. L'EXPLOITATION FORESTIERE

Nous considérons que cette activité forestière peut être, au regard de la réalité de sa pratique, considérée comme un facteur de dégradation des peuplements exploités car dans la plupart des cas le fonctionnement des écosystèmes forestiers est totalement méconnu et toutes intervention n'a pour conséquence qu'une perturbation d'un équilibre déjà précaire. L'homme avant d'inventer l'outil, a toujours utilisé la forêt en prélevant le bois d'abord pour se chauffer, pour se nourrir puis pour se servir de cette matière première qu'est le bois. Ces prélèvements deviennent avec le temps de plus en plus importants et touchent toutes les catégories de bois dans leurs divers diamètres sans distinction aucune si ce n'est l'usage. La notion de gestion des peuplements et des forêts en général devient complexe avec ce paramètre significatif mais imprévisible et difficile à maîtriser.

La production de bois a de tout temps marqué la gestion forestière de tous les pays du Maghreb par une contradiction entre les potentialités et le volume de bois retiré ou prévu. Sur une superficie de 9 millions d'hectares répartis à raison de 5 millions au Maroc, 3 en Algérie et 600.000 en Tunisie. Plus des deux tiers est dégradé et sans aucune valeur économique malgré que la production de bois rond industriel est passé de 400.000 mètres cubes en 1960 à 1 million de mètres cubes en 1986 soit une hausse de 171%. (BUTTOUD 1986).

7-3.1. Historique sur les exploitations

Différents rapports sur la région, le plus souvent anonyme (rapport administratif), datant de la période 1800-1850 donnent un aperçu sur les exploitations moyennes programmées annuellement et dont le produit à retirer était chiffré entre 70.000 et 90.000 stères. En deux ans seulement (1840-1842) l'exploitation rapporta à l'état prés de 4 millions de francs ce qui correspondait à un prélèvement de l'ordre de 400.000 stères (le stère avait une valeur commerciale de 10 francs).

Les forêts de la région étudiée ont fourni durant la période 1840-1850 (chiffres recensés de diverses statistiques et fascicules de gestion):

- 75.000 mètres cubes de bois d'oeuvre,

- 250.000 poteaux de mine,

- 600.000 stères de bois de chauffage,

- 420.000 quintaux de charbon,

- 1.000 quintaux de liège.

Cela se traduit par une exploitation assez remarquable car le prélèvement moyen par hectare et par an est de l'ordre de:

- 0,501 mètre cube de bois d'oeuvre,

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1996

 
 

- 1,6 poteau de mine soit 0,003 mètre cube,

- 4,1 stères soit 1,306 mètres cubes de bois de chauffage,

- 2 stères pour le charbon soit 0,653 mètre cube.

Ce qui représente un prélèvement moyen confondu de 2,4 mètres cubes par hectare et par an en dehors des coupes sanitaires et surtout des coupes et exploitations illicites évaluées à 0,300 mètre cube par hectare et par an ce qui porte le total à 2,7. Sachant que seules 60% des forêts étaient exploitables (1.800.000 hectares sur 3.400.000), les prélèvements réels par hectare sont donc le double soit 4,5 mètres cubes par hectare et par an. Ce rythme d'exploitation semble être maintenu sur toutes les formations forestières jusqu'en 1948, la fin de la deuxième guerre mondiale, et les 3 années de relance de l'activité industrielle qui suivirent. Le bois quelque soit sont diamètre était utilisé comme source principale d'énergie. La surexploitation durant une assez longue période sans tenir compte de possibilités des peuplements constituait une agression exceptionnelle dont les conséquences persistent de nos jours encore.

La production de bois issue d'exploitation des forêts de l'Oranie selon MARC (1916) n'est pas

maîtrisée et est sujette à discussion au regard des contradictions entre l'exploitation et les prévisions. L'exploitation de ce fait n'était ni réglementée ni suivie convenablement, laissée le plus souvent à l'initiative des responsables locaux dont le niveau technique laisser à désirer dans le domaine. Les chiffres avancés par MARC (1916) ne reflètent pas la réalité en matière d'exploitation; entre 1899 et 1915 c'est seulement 19.875 arbres moyens par an qui étaient abattus soit un volume de 1.430 mètres cubes, quantité inacceptable en comparaison avec d'autres statistiques et surtout des possibilités qu'offraient les formations ligneuses. En se basant sur ces chiffres le volume moyen de l'arbre exploité était de 0,072 mètre cube soit un diamètre inférieur à 18 cm et une hauteur maximale de 3 mètres. L'arbre moyen abattu ne répondait en aucune manière aux normes sylvicoles et dendrométriques acceptées et autorisant une exploitation. Toujours d'après MARC (1916) en comparant le volume de bois retiré d'une surface donnée, l'exploitation par hectare devenait de plus en plus importante en volume et témoigne d'une surexploitation. Le volume moyen retiré par hectare à travers les années était de:

- 0,71 mètre cube en 1890,

- 0,93 entre 1891 et 1895,

- 1,39 entre 1896 et 1900,

- 2,48 entre 1901 et 1905 et 2,51 entre 1906 et 1910,

- 2,86 entre 1911 et 1913.

Soit une augmentation de l'ordre de 200% en 20 ans ce qui confirme que l'exploitation n'obéissait qu'à l'atteinte d'un objectif fixé au préalable pour répondre à des besoins économiques.

La période 1978-1979 a connu une production de 60 à 78.000 mètres cubes de bois d'oeuvre, celle de 1981-1984 prés de 100.000 mètres cubes et c'est la plus élevée (à cause d'une surexploitation pour répondre à des besoins précis dictés par une politique de rentabilisation des écosystèmes forestiers dont les investissements improductifs commençaient à peser lourdement sur le budget de l'état).

Entre 1981 et 1989 la forêt algérienne a produit: (YADI, 1995).

Tableau 22 : Production de bois

Années

Type de bois

Volume moyen

Unité de mesure

1982-1985

Bois d'oeuvre

10.000 à 35.000

mètres cubes

1981-1987

Bois trituration

17.000 à 134.000

stères

1981-1989

Bois de chauffage

10.000 à 70.000

stères

1980 - 1985

Perches

35.000 à 705.000

mètres linéaires

1981-1985

Poteaux de mine

6.000 à 56.000

unités (2,20 m)

89

« Aspects physionomico- structuraux de la végétation forestière ligneuse face à la pression anthropozoogène dans les

monts de Tlemcen et les monts de Dhaya (Algérie occidentale)

 

1996

 
 

Ce qui est sur c'est que durant la décennie 1980-1990 la mobilisation de matière ligneuse a atteint son maximum comme le confirme les chiffres suivants retirés du rapport de la F.A.O (1990): entre 1985 et 1990 les formations forestières ont fourni en moyenne 145.000 mètres cubes par an (35.000 mètres cubes de bois d'oeuvre et 150.000 stères), entre 1980 et 1990 le bois d'oeuvre retiré est estimé entre 20 et 35.000 mètres cubes alors que le bois de trituration est passé de 18.000 stères en 1981 à 134.000 stères en 1987. Les possibilités de production de matière ligneuse (inventaire national des forêts) sont évaluées à 1.275.000 mètres cubes par an répartis entre le pin d'Alep (850.000), Eucalyptus (145.000) et chêne zeen (125.000). L'E.N.A.E.B (1993) estime ces possibilités à 704.000 mètres cubes alors que BENABDELI (1994) les situe à 250.000. Les possibilités annuelles selon la F.A.O (1990) seraient de:

Tableau 23 : Relation surface-production

Espèces

Surface
en HA

OFFRE
M3/an

OFFRE
M3/ ha

Pin d'Alep

881.000

856.000

1,1

Chênes

48.000

127.000

2,5

Eucalyptus

43.000

145.000

3,4

Pin maritime

32.000

28.000

1,0

Cèdre

16.000

67.000

0,2

Thuya et chêne vert

108.000

52.000

2,0

Total

1.128.000

1.275.000

1,7

7-3.2. Organisation de l'exploitation

Pratiquement aucune exploitation basée sur des études n'a été faite dans la région jusque en 1970, exception faite de quelques interventions localisées et très peu significatives. L'exploitation forestière est une opération sylvicole qui doit découler d'un plan d'aménagement dont l'ossature est la mise en place d'une gestion de l'espace et de la biocénose dans le temps. Toutes les formations végétales accusent un retard considérable en matière d'étude d'aménagement pouvant permettre l'exploitation, de ce fait c'est essentiellement pour un besoin précis ou une opération ponctuelle d'utilité soit économique ou écologique que des peuplements ont été exploités. L'anarchie qui a prévalu en matière de prélèvement de matière ligneuse s'étale sur deux périodes: 1800-1948 et 1964-1989. Au sujet de la première période BOUDY (1948) notait: " Cette période, durant laquelle les principes sylvicoles les plus élémentaires ont été méprisés par l'autorité supérieure, pourraient être justement qualifiés d'anti-sylvatique". Cette méthode d'utilisation des forêts à des fins purement économiques, stratégiques et même politiques dura de 1830 à nos jours avec cependant une décennie de répit: 1950-1960. Les principaux paramètres qui commandaient cette exploitation étaient la densité, le taux de recouvrement et la présence d'une pseudo-régénération naturelle.

Faute de statistiques précises et fiables par forêt, faute d'inventaire du matériel végétal sur pied par année, par carence de maîtrise de l'accroissement moyen annuel des peuplements et la méconnaissance des techniques sylvicoles adaptées aux types de végétation, c'est l'improvisation qui a prévalu avec la mise en application d'opérations aussi inappropriées les unes que les autres (nettoiement, assainissement, correction biologique, coupe sanitaire, coupe par bande, etc...). Les formations végétales malgré leur résistance et adaptation aux conditions de milieu et d'environnement ne pouvaient faire face aux mutilations programmées et fiancées à travers des actions d'aménagement improvisées. Le bois à prélever par parcelle était fixé par une étude le plus souvent dépassée par le temps et sans actualisation (aménagement des forêts du massif de Télagh avec un retard de 5 ans sur les échéanciers fixés par l'étude et avec exécution des actions d'exploitation seulement). Dans tous les cas le volume de bois retiré des unités d'aménagement est supérieur d'au moins 3 fois les possibilités réelles, ce qui se traduit par une altération du capital

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ligneux aboutissant à une modification de la structure puis à une perturbation de l'équilibre de l'écosystème.

Ce n'est qu'à partir de 1967 (plan triennal 1967-1969) que la prise en main de l'aspect fondamental de la régénération des forêts avec comme objectif une amélioration de la production de matière ligneuse fut inscrite dans les préoccupations majeures du secteur. Quelques études d'aménagement ont été lancées en absence de toute méthodologie d'approche propre à nos peuplements forestiers. Seuls 64.000 hectares de peuplements de pin d'Alep furent étudiés dans les monts de Dhaya durant le premier plan quadriennal 1970-1973. Jusqu'en 1990 seuls 190.000 hectares sont concernés par des études d'aménagement où il y a lieu de signaler l'absence totale de prise en charge du volet sylvicole qui constitue la charpente de toute intervention dans un milieu forestier. Sur le volet exploitation de matière ligneuse ressortait dans tout projet d'aménagement afin de détruire l'image de secteur budgétivore et sans intérêt économique de l'administration forestière. Sans maîtriser la productivité des différents écosystèmes forestiers, de mettre au point des techniques d'intervention adaptées à nos formations végétales et nos espèces et d'opter pour une politique forestière claire et constante il est impossible ne serait-ce que de parler d'aménagement.

L'exploitation forestière comme elle est pratiquée actuellement est perçue comme un facteur dégradant car elle ne repose sur aucune méthode ayant fait ses preuves ni sur des techniques appropriées aux conditions tant biologiques, écologiques que sylvicoles de nos espèces forestières et pré-forestières. Elle peut être classée comme elle est pratiquée actuellement comme un incendie ou un pâturage. En 1976 QUEZEL attirait déjà l'attention: Il serait hasardeux d'envisager l'exploitation de toutes les forêts méditerranéennes, la notion de rentabilité forestière doit passer bien souvent parés les problèmes de conservation". Les moyens et les techniques d'utilisation de notre patrimoine sylvicole demeurent encore imprécis, le même auteur précise: " Du point de vue de la foresterie et de la sylviculture, il conviendrait également de préciser les techniques appropriées d'utilisation et de sauvegarde des forêts méditerranéennes".

Les sciences forestières et la logistique qui leur est indispensable (stations météorologiques, centres de surveillance, expérimentation et recherche, fonctionnement des "écosystèmes etc...) n'ont pas connu l'essor qu'elles méritent eu égard à l'agression que subissent les formations végétales et leur rôle irremplaçable dans un monde condamné à vivre avec une pollution de plus en plus inquiétante. La foresterie fondamentale et pure n'a jamais fait de confusion entre les techniques sylvicoles et l'intensification de l'exploitation qui constitue de nos jours un paramètre de performance des valeurs techniques des gestionnaires des forêts. L'exploitation des formations végétales de quel type qu'elles soient constitue un acte d'agression officialisé sur lequel l'état débourse des sommes faramineuses.

7-3.3. Impact de l'exploitation

L'exploitation de matière ligneuse a été maximale à travers de longues décennies et le demeure encore, c'est les groupements de pin d'Alep qui sont les plus touchés suivis par ceux du chêne zeen, du chêne liège et du chêne vert. Les peuplements de pin d'Alep, localisés essentiellement dans l'étage semi-aride, constituent la principale ressource de matière ligneuse, les futaies présentent un volume de bois sur pied appréciable et facilement exploitable car les conditions d'accès s'y prêtent. Le relief relativement plat, le faible taux de recouvrement des strates en sousétage, la présence d'un réseau d'infrastructure sont autant de paramètres qui justifient et encouragent la surexploitation de ces peuplements. Ces derniers sont souvent détruits par le feu, la chenille processionnaire, le dessèchement, les coupes illicites; l'exploitation programmée ne fait souvent que condamner ces formations à disparaître surtout sous des conditions écologiques aléatoires ne permettant que rarement une reprise de la végétation (cas du sud de la forêt de Touazizine). La futaie de chêne vert et même celle du thuya ont connu le même sort, lorsqu'elles se présentaient dans un état bien venant elles connurent au même titre que le pin d'Alep actuellement une surexploitation à tel point qu'elles ne sont présentes que sous une forme de

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relique à un stade de dégradation avancé ne leur permettant pas d'atteindre le stade de futaie, malgré qu'elles soient dotées d'un pouvoir de rejet remarquable.

A ce rythme les formations de pin d'Alep connaîtront dans un proche avenir, si les pressions d'exploitation actuelles se poursuivent, la même destinée que celle du chêne vert et du thuya. La qualité du bois et ses diverses utilisation possibles de ces deux dernières espèces les ont condamné, c'est ce qui va se passer pour le pin d'Alep. Des études sommaires et peu fiables sur la productivité du pin d'Alep en Oranie ont permis l'installation d'une unité de transformation de bois à Télagh d'une capacité de 30.000 tonnes par an soit l'équivalent de 100.000 mètres cubes. La base de calcul était une productivité annuelle moyenne de 1,3 à 2,5 mètres cubes par hectare. Malgré une surexploitation la matière ligneuse mobilisée à travers toute l'Oranie n'arrive à satisfaire l'unité de bois qu'à 50%, cela remet en cause toute l'étude de faisabilité de l'investissement et l'accroissement moyen annuel en volume sur lequel tout s'est basé.

L'impact de l'exploitation non réglementée se traduit sur toute la couverture végétale ligneuse et

non pas uniquement sur les peuplements forestiers. La technique avec laquelle est pratiquée cette exploitation peut sans risque d'erreur être comparée à un défrichement se traduisant par:

- une destruction sans sélection de la strate arborescente car les coupes pratiquées sont soit par

bande ou par placette mais des coupes rases, cette technique est utilisée dans plus de 80% des cas car simple,

- un piétinement humain et un écrasement mécanique de la strate buissonnante et de la régénération naturelle évalués à 20% de la surface traitée,

- une mutilation assez importante estimée à 30% de la strate arbustive, découlant de l'ouverture de passage pour se rapprocher des sujets à abattre,

- une dégradation extrême de la végétation en place lors de l'opération de récupération du bois coupé, plus de 25% de la surface est concernée par cette opération.

Malgré l'agressivité des méthodes et des techniques d'exploitation utilisées (coupes rases

partielles se soldant par une élimination de la strate arborescente sur 30% de la surface), le volume moyen de matière ligneuse récupéré est faible comme le confirme les chiffres qui suivent: - entre 9 et 25 mètres cubes par hectare dans le semi-aride: 9 à 15 dans des conditions défavorables, 16 à 21 dans des conditions moyennes et 22 à 25 dans de bonnes conditions,

- entre 13 et 36 mètres cube dans l'étage subhumide: 13 à 18 en conditions difficiles, 19 à 26 quand elles sont moyennes et 27 à 36 quand elles sont bonnes,

Il y a lieu de noter qu'après une coupe rase on ne peut retirer une seconde fois du bois que dans au moins 70 à 100 ans.

Le volume moyen de bois sur pied par type de peuplement pour le pin d'Alep permet d'apprécier l'exploitation et ses conséquences.(en mètre cube par hectare).

Tous ces chiffres avancés et calculés confirment l'agression de l'exploitation et ses conséquences sur la structure des peuplements, cette opération meurtrière quand elle ne découle pas d'une approche scientifique et technique, perturbe l'évolution, la structure et même la composition floristique des formations végétales. L'écosystème ainsi modifié ne répond plus à ses objectifs qu'ils soient de protection ou de production.

Tableau 24 : Possibilités en bois

Type de peuplement

Etage bioclimatique

volume min.

volume max.

volume moy.

Vieille futaie

S.aride

29,3

43,8

36,5

Vieille futaie dense

S.aride

36,4

55,6

46,0

Jeune futaie

S.aride

41,5

62,7

52,1

Vieille futaie

Shumide

59,9

83,1

71,5

Vieille futaie dense

Shumide

74,8

103,5

89,1

Jeune futaie

Shumide

80,6

121,3

100

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La répartition moyenne des volumes par âge des peuplements à base de pin d'Alep en pourcentage se présente:

Tableau 25 : Répartition des volumes par âge.

Type de peuplement

Stade de développement

Représentation en

%

Vieille futaie (18%)

Futaie

52

 

Perchis

10

 

Gaulis

33

 

Semis fourré

5

Vieille futaie (6%)

Futaie

71

 

Gaulis

27

 

Semis fourré

2

Jeune futaie (23%)

Futaie

12

 

Perchis

11

 

Gaulis

59

 

Semis fourré

8

Régénération (31%)

Futaie

1

 

Gaulis

54

7-3.3.1. Prélèvements incontrôlés.

Les délits de coupe pour les besoins domestiques des populations riveraines ne sont pas négligeables et constituent une pression constante. Des observations ponctuelles faites dans ces forêts, selon notre présence pour le suivi de nos placettes expérimentales, nous ont permis d'avoir quelques chiffres pour apprécier le nombre de délits de coupe qui s'exerce sur les forêts de la région:

Tableau 26 : Nombre de délits de prélèvement de bois

Saison

Formations du semi-aride

Formations du subhumide

 

Min.

Max.

Moy.

Min.

Max.

Moy.

E

1793

2955

2.374

546

1279

912

A

17.705

23.123

20.414

8.040

9.413

8.726

H

4.917

9.160

7.038

1.862

3.621

2.741

P

5.881

13.268

9.574

2.083

3.049

2.566

Total

30.296

48.506

39.400

12.531

17.362

14.945

E: Eté

A: Automne

H: Hiver

P: Printemps

Le volume moyen prélevé par délit est de 2,63 stères, pour les 55.000 délits susceptibles d'avoir lieu sur toute la surface forestière, d'où une quantité issue de coupes délictueuses de l'ordre de 144.650 stères. Cela représente une exploitation incontrôlée de 1,8 stère par hectare et par an (en prenant comme surface d'impact 80.000 ha sur 150.000 soit 60%, pourcentage réaliste selon la localisation des populations riveraines par rapport aux formations végétales).

La composition de ces prélèvements est très diversifiée, toutes les espèces y passent et la proportion moyenne des principales sont:

Tableau 27 : Représentativité des espèces sujettes à coupe

ESPECES PRINCIPALES COUPEES

REPRESENTATIVITE

CLASSEMENT

Chêne vert (arbuste)

40-70

1

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Chêne zeen (arborescent et arbustive)

30-50

3

Thuya (arbustive)

30-60

2

Lentisque

10-30

7

Filaire

5-10

9

Genévrier

20-35

4

Arbousier

10-15

8

Bruyère

15-30

5

Pin d'Alep

25-35

6

C'est les espèces les plus agressées qui présentent le plus fort taux de présence dans les prélèvements illicites car elles offrent des qualités de combustion intéressantes (dessèchement rapide, diamètre d'utilisation aisée, disponibilité sur un rayon faible).

7-3.4. Conséquences

Tous les chiffres avancés font de l'opération exploitation forestière réglementée ou illégale un facteur de dégradation dangereux car en plus de son action destructrice sur la végétation elle perturbe la structure et la physionomie des formations provoquant un déséquilibre souvent difficile à rétablir. Cela se traduit également par une mutilation du sous-bois et une altération de la régénération naturelle très sensible à la moindre perturbation. Toutes les branches et biomasses sans valeur commerciales laissées à même le sol constitue un paramètre qui augmente les probabilités de déclenchement et de propagation des incendies une fois sèches et broyées par le piétinement et les facteurs climatiques.

Les délits de coupe restent liés au parcours en forêt qui est généralement admis et agit négativement sur tous le stravaux forestiers entrepis dans l'écosystème forestier.

7-4. LE DEFRICHEMENT

C'est une action de destruction totale et irrémédiable de la végétation en place, c'est une disparition définitive de l'état boisé pour un autre usage. Les principales causes à l'origine du défrichement remontent, dans la région, à la période de sédentarisation des populations, donc bien avant la colonisation qui n'a fait qu'accentuer ce phénomène. C'est essentiellement pour satisfaire en terrain les besoins de l'agriculture et de l'élevage que tous les défrichements opérés à l'intérieur des formations végétales peuvent se justifier. La colonisation a été à l'origine de l'accélération du phénomène pour permettre l'installation massive des colons ou tout simplement augmenter la surface des domaines et propriétés agricoles en place. Cette action a connu un impact particulier en Oranie grâce à l'orographie et à la prédisposition naturelle de la région à une certaine agriculture notamment vignoble et céréaliculture. La sylviculture passait bien parés: BOUDY (1948) l'affirme: " En Oranie, où le taux de boisement n'est que de 9%, la déforestation par défrichement a sévi avec une intensité particulière et toutes les chaînes côtières sont actuellement dénudées". Tous les terrains dont la pente n'excédait pas 10% ont connu un défrichement accéléré pour l'installation de la céréaliculture et le vignoble surtout.

Entre 1892 et 1915 l'Oranie a connu 35.735 hectares de terres issues de la distraction du secteur forestier au profit de l'agriculture par un défrichement sauvage et irrationnel soit 1560 ha par an. Entre 1875 et 1945 cette région a perdu plus du tiers de son armature forestière où le taux de boisement était estimé à 25%, en 1950 il n'était que de 12% pour chuter à 7% en 1989. Seuil alarmant où l'équilibre naturel est rompu, et l'agriculture pour laquelle tant de sacrifices ont été faits, menacée. En 75 ans prés de 450.000 ha de formations forestières ont été détruites et reconverties par défrichement ce qui représente un chiffre moyen de 6.000 par an. La période 1963-1987 se caractérise par un relâchement de la surveillance, une révision partielle des textes, une répression épisodique, une association hasardeuse et précipitée des riverains à l'utilisation des terrains forestiers nus relança le défrichement. L'exploitation du recule des limites forestières en contact avec les terrains de culture sur les photos aériennes dans un intervalle de temps de 10

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ans permet d'avancer une régression de l'ordre de 15.000 hectares soit 2% de la superficie couverte étudiée, ce qui représente des tranches annuelles de 1350 ha.

Le défrichement a existé, existe et existera toujours tant que ses facteurs causaux ne sont pas

pris en charge et que les riverains de la forêt ne bénéficient pas d'un programme de développement rural ou d'un emploi quasi-permanent en forêt. Son impact sur la végétation est une transformation radicale suivie d'une reconversion d'utilisation d'un terrain forestier.

Actuellment il est favorisé indirectement par l'administration forestière à travers les

autorisations d'exploitation des parefeu et les projets de confier le stravaux forestiers à des netrepreneurs privés qui ne maîtrisent aucune technqiue forestière.

7-5. LES TRAVAUX FORESTIERS

Presque tous les travaux réalisés ne sont pas en harmonie avec les conditions du milieu et le type de formations végétales. Souvent ils sont ordonnés au vu d'un projet d'exécution très sommaire fait à partir du bureau et de données dépassées. Une analyse bilan des travaux entrepris dans la région laisse apparaître un constat d'échec qu'on ne peut plus cacher, les dégâts occasionnés sont importants et les résultats obtenus souvent totalement absents.

C'est ce qui nous a permis d'assimiler un fort pourcentage des travaux forestiers (rootage, débroussaillement,,démaquisation, dépressage etc..) à des actions de dégradation, de perturbation et de déstabilisation d'un équilibre dégât largement entamé. Les travaux pouvant être classés dans comme facteur dégradant selon le lieu, la technique et l'objectif d'utilisation sont les suivants:

- travaux préparatoire du sol,

- le reboisement et le repeuplement,

- les coupes sylvicoles,

- les travaux de conservation des sols,

- l'infrastructure temporaire.

7-5.1. Le reboisement

Un listing de toutes les opérations entreprises basé sur l'importance en volume fait ressortir que c'est le reboisement qui se taille la part du lion. BENABDELI (1976) soulignait à ce sujet: " C'est l'unique moyen sur lequel tout est misé pour accroître notre surface forestière. Est-ce une bonne solution? Surtout vu la cadence avec laquelle il est entrepris". Faute d'application de mesures efficaces contre les différents délits qui dégradent en permanence les forêts à un rythme alarmant n'a t-on pas le plus souvent entendu répondre: " Peu importe, on réparera le tout en reboisant". Mais un reboisement quelque soit sa rigueur et son taux de réussite ne peut remplacer dans toutes ses composantes écologiques une formation végétale naturelle aussi dégradée soit-elle. En plus, la surface reboisée est toujours inférieure à celle détruite et le déséquilibre prend de l'ampleur avec le temps. Sur les 2.000 ha perdus en moyenne annuellement (calcul fait sur 100 ans), le reboisement ne restaure (également sur une moyenne d'un siècle) que 1500 ha avec un taux de réussite ne dépassant pas 40% soit un manque à gagner annuel de 1200 ha. Le reboisement a été à l'ordre du jour de toutes les préoccupations du secteur depuis 1850, la loi du 7 avril 1902 l'officialisa au même titre que la mise en valeur des forêts. On accorda ainsi beaucoup d'importance à cette nouvelle opération de sauvegarde de la végétation en ignorant une autre forme de préservation des peuplements végétaux par la régénération naturelle moins coûteuse et plus sure. Le reboisement n'était en fait qu'un moyen pour réparer temporairement les dégâts causés et le plus souvent autorisés dans la plupart des formations végétales. Dans ce contexte BENABDELI (1976) notait: " Pour beaucoup le reboisement est la véritable clé de tous les problèmes forestiers et il apportera le remède à la déforestation dont on commence à mesurer et sentir l'ampleur et les conséquences... Il ne faut point dissimuler que la faveur dont jouit ainsi le reboisement n'est pas innocente, c'est un mot magique qui est arrivé à entretenir fortement dans l'esprit même des forestiers un miracle pour la forêt et son extension".

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En réalité le reboisement dans la forme où il s'effectue n'est que leurre car il a été de tout temps sujet aux critiques et aux réformes ce qui justifie son inefficacité (BENABDELI, 1976). Il y a eu certes un désir de réhabiliter techniquement cette action pour en faire le cheval de bataille de la reforestation, les travaux de PUDOD (1948), SACCARDY (1950), MONJAUZE (1960), GRECO (1966), BENABDELI (1976), STEWART (1976), BENABDELI (1983), LEUTREUCH-BELAROUCI (1992) le confirment mais ne le réhabilite pas totalement. Les travaux du dernier auteur cité posent les véritables problèmes que rencontre le reboisement en Algérie. Il note: " Il apparaît difficile de mesurer et d'interpréter aujourd'hui les succès et les erreurs des tentatives de reboisement du passé...Les premières tentatives de restauration forestière entreprise de 1810 à 1910 furent surtout et très peu scientifiques. Parés cette période, le reboisement se poursuivit avec plus d'activité, mais tous les forestiers de l'époque étaient d'accord pour dire que la sylviculture algérienne manquait de connaissances dans les techniques et l'acclimatation des essences exotiques".

Malgré qu'il soit une nécessité le reboisement n'obéissait pas toujours aux règles élémentaires lui permettant d'atteindre les objectifs et les espoirs qui lui étaient assignés. Toute la reforestation, au regard des conditions climatiques, édaphiques et des facteurs anthropiques; du pays reposait sur cette action où on ne maîtriser convenablement aucun élément permettant de faire face avec le maximum de chances de réussite. Les procédés très simples de réintroduction d'une végétation disparue d'une région étaient dépassés car les échecs enregistrés inquiétaient les spécialistes. Le plus souvent le reboisement se soldait à une action de défrichement partielle, parés la destruction de la végétation en place par les travaux mécaniques de préparation du sol, le taux de réussite n'est que de 10 à 30% au maximum. Une multitude de carences font que le reboisement même quand il est réussit à un taux acceptable ne pourra jamais remplacer la formation détruite par l'installation d'un écosystème. Dans la région l'artificiel n'a jamais pu remplacer ou suppléer le naturel et c'est pour cela qu'il est considéré comme un délit.

La mécanisation a été la principale source de dépréciation du reboisement et du boisement; doté de moyens puissants et rapides le forestier les a utilisés sans discernement. Que de maquis et de matorrals ont été totalement rasés pour installer une plantation à base de résineux dont la réussite était tributaire d'une série de facteurs et de paramètres aussi inconnus les uns que les autres. Avec cette technique qui a pris de l'ampleur dans les décennies 1960-1990, nos évaluations arrivent à une surface de 45.000 hectares déboisés et remplacés par une plantation dont le taux de chance de réussite est très faible et dont la durée d'échapper aux incendies n'est que de 20 ans. Les formations végétales détruites pour installer un reboisement se répartissaient en 7.200 ha de forêts claires et dégradées, 14.700 ha de maquis et 16.600 ha de matorral. Le rootage malgré son prix de revient élevé est devenu monnaie courante, généralisé avant toute action de reboisement, il causait pourtant des dégâts considérables car il détruisait une végétation ligneuse en place souvent en équilibre avec les conditions du milieu. Il perturbait également l'évolution du sol et bouleversait les horizons rendant ainsi difficile la reprise des jeunes plants installés.

Le suivi de quelques reboisements parés la destruction de la végétation en place suivie d'un rootage, sur une période de 10 ans aboutit aux résultats suivants:

- le taux de réussite varie entre 23 et 61%,

- l'accroissement annuel ne présente aucune particularité et se situe dans la norme admise dans la région, 45 cm par an,

- la végétation détruite est présente et fidèle à son état initial à 75%,

- la densité moyenne de l'espèce introduite est de 550 plants à l'hectare alors que la densité de plantation était de l'ordre de 1600.

7-5.2. Les interventions sylvicoles.

Le peu d'intérêt accordé à la sylviculture est son application aux principales essences locales ainsi que l'utilisation des méthodes et des techniques européennes sans adaptation aux particularités locales sont à l'origine des perturbations importantes causées aux peuplements. La carence dans les techniques de prise en charge de formations dégradées et soumises à des pressions

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permanentes constitue un handicap majeur pour la mise en valeur, la protection et la préservation des écosystèmes forestiers dans leur ensemble. De ce fait c'est le tâtonnement et le transfert de méthodes aussi destructrices les unes que les autres qui ont été appliquées. Il est presque impossible de nos jours de dire: Quelle technique utiliser pour tel type de peuplement? Quelle densité laisser pour un stade de gaulis pour avoir le meilleur accroissement possible?

Le layonnage, le cloisonnement, l'exploitation par bande, le quadrillage, la parcelle géographique, géométrique, topographique ... tout est passé pour mettre au point un modèle de prise en charge de nos formations végétales sans y parvenir.

A défaut de maîtrise et de mise au point de techniques appropriées les formations végétales toutes configurations confondues sont livrées à elles même avec des essais limités dans le temps et dans l'espace. Les erreurs d'application de techniques sylvicoles inadaptées aux peuplements sont nombreuses, elles permettent de cibler au moins les causes de cette situation se résumant à une méconnaissance:

- des conditions du milieu et de l'écologie des espèces ainsi que de la relation sol-climatvégétation,

- des productivités selon les âges et les conditions écologiques,

- des techniques à appliquer permettant d'avoir les meilleurs résultats.

De 1980 à 1990, sur une surface de 150.000 hectares, les opérations sylvicoles basées sur la suppression totale de la végétation avec des moyens mécaniques ont détruit prés de 23.000 ha ce qui représente 15% de la surface couverte soit 2300 ha par an.

7-6. ACTION DE L'HOMME

Les formations végétales situées à proximité des agglomérations sont sans cesse altérées puis reconverties en terrain urbanisable, toutes les manifestations de l'urbanisation et de ses conséquences se traduisent par une transformation radicale de la formation végétale touchée. L'Oranie connaît les effets de l'urbanisation à partir du 16ème siècle avec la naissance des petites agglomérations induites par la sédentarisation de la population. Ce phénomène commence à devenir inquiétant dés le 19ème siècle avec l'installation massive des colons, de leur regroupement et de la politique de l'occupation de l'espace qui font naître l'intensification du réseau de liaison. En 1847 seuls 15% des colons étaient agriculteurs, en 1863 le taux passe à 25%, de tout temps la population urbaine était supérieure à la population rurale et l'urbanisation s'imposait de plus en plus.

C'est le type d'habitat qui a un impact certain sur la végétation, la dispersion et l'expansion (ou extension) sont la source des effets néfastes de l'urbanisation. " L'habitat épars est le facteur de trouble, de désorganisation de l'occupation de l'espace et de dégradation de la végétation naturelle. Il se développe et a atteint un stade où une réelle maîtrise devient indispensable si on espère y remédier" avons nous souligner en 1983. Dans la région, le pourcentage d'habitat épars augmente en allant du nord vers le sud et généralement les habitations isolées constituent le point de départ de la constitution d'agglomérations situées le plus souvent à l'intérieur des grands massifs forestiers dans des enclaves. Il représente plus de 15% de la population de la région et constitue une menace pour le milieu naturel. Plus de 47% des agglomérations et de l'habitat épars sont situés à proximité où à l'intérieur des terrains forestiers avec une action certaine sur ce milieu.

L'urbanisation se traduit sur les formations végétales par l'action que causent les pistes, les routes, les constructions autant de facteurs de défrichement et d'altération de la végétation. Sur les 150.000 hectares l'urbanisation détruit en moyenne 26.000 ha soit 18% se traduisant par une perte annuelle de l'ordre 2.600 ha.

7-6.1. La population

Les particularités de la population de la région sont marquées par les conditions naturelles qui justifient les ordres de grandeur de la densité qui varie de 2 à 28 habitants au kilomètre carré en moyenne avec un maximum de 43. Les conditions écologiques, le type de végétation et la vocation

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de chaque zone n'ont aucune influence sur la répartition de la population, seules la localisation des terres cultivables et l'infrastructure de liaison agissent directement sur la population. Cette dernière a sensiblement doublé en Oranie en l'espace de 25 ans, cela confirme dans la région étudiée, sa répartition par activité donne:

- 37% sans occupation,

- 23% éleveurs,

- 19% travailleurs agricoles,

- 11% employés de l'administration,

- 10% commerçants.

L'analyse de ces chiffres laisse apparaître un ensemble à dominante rurale caractérisé par une population de faible importance, une forte natalité et un habitat épars remarquable. Les principales occupations sont des travaux agricoles et forestiers connus pour être saisonniers. L'élevage traditionnel occupe une frange importante de la population rurale. Cet ensemble est en liaison permanente avec la végétation car c'est là que se prélève le bois de chauffage et de cuisson, c'est là que le chef de famille travaille quelques mois par an et c'est là que le troupeau de la famille retire sa nourriture au moins pendant plus de 8 mois sur 12. Le second ensemble est à dominante semi-urbaine où la densité est nettement plus élevée, l'habitat épars faible et un taux d'occupation de la main d'oeuvre assez élevé. Dés que l'agglomération devient assez importante et que le mode de vie change, la forêt est exclue de la participation à l'économie et les troupeaux disparaissent. Cet ensemble n'exerce que rarement une pression sur les formations végétales.

7-6.2. L'agriculture

Les caprices du climat (précipitations faibles et irrégulières), la tendance à l'aridité, la faible teneur en matière organique des sols, la sécheresse estivale prolongée et la fragilité de la couverture végétale constituent des facteurs limitant à l'extension de l'agriculture. Les espaces agricoles ne représentent que 40% de la surface, presque autant que les formations végétales. L'agriculture demeure la principale activité dans la région avec une dominance de la céréaliculture, la jachère et les terrains de parcours. L'importance de la céréaliculture se justifie par l'apport d'aliment qu'elle offre durant plusieurs mois aux troupeaux, le rendement obtenu importe peu puisqu'il n'y a aucune technique de production, la rotation et l'assolement pratiqués sont simples reposant surtout sur les céréales suivies de jachère. Chaque hectare produit entre 100 et 200 unités fourragères en dehors des 7 à 10 quintaux de céréales. La jachère qui n'est que l'abandon d'un terrain pendant une année constitue un terrain de parcours de choix par l'importante biomasse verte et sèche qu'il procure aux éleveurs. La valeur fourragère de la jachère est de l'ordre de 50 à 100 U.F par hectare.

L'agriculture pratiquée ne repose pas sur une association céréaliculture-élevage seule possibilité pour diminuer la pression des troupeaux qui s'exerce sur le domaine forestier. La production fourragère du secteur agricole est loin de répondre aux besoins en aliments de l'élevage pratiqué, plus de 57% de l'effectif des troupeaux trouvent son alimentation dans les formations végétales soit 285.000 ovins.

7-7 CONCLUSION

Pendant des siècles les rapports entre l'élevage, l'agriculture et la sylviculture ont évolué dans un seul sens caractérisé par une augmentation permanente de la pression humaine sur le milieu forestier. Cette pression, sous diverses formes, est présente encore de nos jours car le parcours constitue la base de l'économie familiale de toute la population rurale. La dégradation extrême des principales formations végétales est due à deux facteurs principaux: l'extension des terrains agricoles et le parcours pour entretenir les troupeaux.

L'Oranie bien que naturellement la moins arrosée et la moins boisée de toute l'Algérie septentrionale connaît la déforestation la plus intense par ses conséquences. Il y a à peine un siècle des rapports attestent que cette région possédait une armature végétale ligneuse honorable de nature à assurer l'équilibre écologique et même économique car le taux de boisement

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1996

 
 

avoisinait les 40%. L'importance du tribu payé par la couverture végétale des monts de Tlemcen et des monts de Dhaya au cours des différentes colonisations qu'a connu cette région se justifie par le classement officiel des formations forestières en terres agricoles grâce aux défrichements et la transformation en terrain de parcours de toutes les forêts dégradées et situées en terrain accidenté inutilisables par l'agriculture où les populations locales ont été refoulées.

Les incendies, les travaux forestiers et les diverses opérations sylvicoles entreprises ont achevé les restes des formations végétales en rupture d'équilibre, se régénérant difficilement. La végétation malgré sa résistance et son adaptation souffre de l'action destructrice de l'homme et ses agressions permanentes et multiples. Toutes les formations ont été modifiées dans leur composition et dans leur structure ce que confirme leur physionomie.

A la lumière de l'analyse des conséquences et de l'importance de l'impact dégradant de tous les facteurs appréciés on retiendra les faits suivants:

- la couverture végétale régresse à un taux impressionnant,

- c'est le facteur de dégradation humain qui vient en tête,

- les techniques d'intervention sont indéfinies,

- la sylviculture est absente,

- les formations végétales sont très hétérogènes,

- aucune association agriculture- sylviculture et élevage.

Toutes les formations végétales sont en lutte perpétuelle avec plusieurs facteurs dégradants, en conflit avec le climat, l'homme et son environnement, elles réagissent biologiquement. Malgré cela elles ont perdu de leur vitalité, de leur pouvoir de rejeter et elles se rapprochent d'une rupture d'équilibre avec les conditions qui leurs sont imposées.

" La situation est, il faut le reconnaître, plus que dramatique, et seules des méthodes draconiennes permettront de sauver les lambeaux de forêts qui subsistent, ou de préserver quelques zones qui sont encore restées miraculeusement à l'abri de ces destructions" résume la situation QUEZEL (1976).

Toutes les forêts représentatives, retenues, des différentes formations végétales présentes dans la région sont agressées à diverses intensités par tous les facteurs dégradants identifiés. Le degré d'intensité et d'agressivité de ces facteurs est variable et conditionné par le type de végétation, sa structure, sa composition et la nature de son environnement (climat, sol, population ...).

En fonction de leur degré d'agression et de leur impact sur les paysages végétaux, les facteurs de dégradation identifiés et analysés peuvent être classés comme suit:

1- le parcours,

2- les incendies,

3- l'exploitation,

4- les opérations sylvicoles,

5- les travaux forestiers,

6- les défrichements,

7- les attaques parasitaires,

8- les effets de l'urbanisation.

99

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TROISIEME PARTIE

INTRODUCTION

L'étude des écosystèmes forestiers transite nécessairement par une connaissance de leur composition, physionomie et de leur structure pour apprécier leur dynamisme. Devant les nombreuses approches dans ce domaine il est utile de faire un bref rappel de la terminologie employée. Devant la multitude d'école dans la notion de description et de succession des formations végétales une mise au point est indispensable et constituera le premier volet de ce chapitre.

8- ASPECT PHYSIONOMIQUE DE LA VEGETATION.

8-1.GENERALITES.

Les termes de physionomie et de structure sont employés par les phytogéographes, les phytoécologues et surtout les forestiers pour désigner avec précision les aspects des diverses formations végétales. PAYETTE et GAUTHIER (1972) définissent ces deux termes: " La physionomie définit le contenant ou l'aspect global de la végétation, la structure concerne, plus particulièrement le système aérien différencié de la masse végétale. La physionomie correspond à l'expression de la structure." BOUCHON (1979) précise: " La structure existe indépendamment de l'observateur alors que la morphologie n'est que la formalisation, par l'intermédiaire d'un modèle de la structure existante". GALMICHE in KADIK (1983) considère la structure: "...comme un tout organisé, et est la conséquence des effets du traitement ou de l'absence de traitement qui ont été appliqués aux peuplements forestiers". On peut affirmer que physionomie et structure sont étroitement liées, dans le sens où, la morphologie et la physionomie ne sont que l'expression fidèle de la structure qui elle même n'est que la résultante de l'agencement, de la distribution et de l'interdépendance de certains facteurs à une échelle donnée.

A propos d'utilité de la connaissance de la structure des formations végétales BARBERO et al (1988) note: " La connaissance de la structure de la végétation et donc de la densité respective des différentes espèces dans les formations végétales est capitale pour apprécier les risques d'inflammabilité. Plus l'architecture du tapis végétal et sa stratification est complexe plus les risques de montée en puissance des feux sont aggravés". Nature des espèces, recouvrement et stratification sont des caractéristiques majeures pour identifier des modèles de résistance et des modèles de stabilité soit façonnés par l'action de l'homme volontairement ou par les facteurs dégradants ou tout simplement par une évolution naturelle qu'elle soit progressive ou régressive.

"Le développement des formations végétales depuis le sol nu jusqu'au climax, qui est l'état mature et stable de la phytocénose, est analogue à la croissance d'un organisme." Note CLEMENTS in LEPART et ESCARRE (1983). L'étude de la physionomie et de la structure de la végétation passe nécessairement par une approche de la nature permettant de mieux la connaître. DASNIAS (1987) note qu'il y a "trois manières d'aborder l'étude de la nature, et associer à chacune d'elle une tendance de l'écologie." Il y aurait donc les néoclémentsiens qui considèrent que la nature est merveilleuse et complexe et qu'elle est à admirer, les réductionnistes qui se base sur le détail et la compréhension pour comprendre la nature et en dernier les sociologues qui se basent sur la classification, l'organisation et la systématique.

Les résultats écologiques et biologiques de l'action qui s'exerce sur les formations végétales sont représentés fidèlement par la physionomie et la structure. Donner l'image, la plus juste et la plus fidèle avec le maximum de clarté, des principaux groupements végétaux font que la description basée sur la physionomie et la structure avec la composante floristique ligneuse revêt un caractère capital. Les objectifs assignés à cette identification et description correcte de la végétation se résument à une maîtrise des paramètres pouvant identifier les différentes formes de structure et de physionomie que connaissent les groupements végétaux en contact de leur environnement.

La structure de la végétation est nécessaire pour comprendre la dynamique et identifier les

interventions, le problème est certes complexe mais abordable car la physionomie dans un

100

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premier temps est facilement identifiable et permet de préciser des critères de sélection structuraux.

Cet élément définit précédemment ne peut être cerné qu'en se basant sur quelques paramètres propres aux espèces arborescentes, arbustives et buissonnantes prépondérantes dans la détermination de la physionomie.

8-2. LA PRESENCE.

Dans une région où l'aridité est un paramètre déterminant, la présence des espèces constitue un indicateur incontournable ; plus la présence d'une espèce végétale est forte plus elle est adaptée aux conditions écologiques et mêmes anthropiques du milieu.

Cette notion de présence peut être appréciée à travers un recensement des espèces par strate en conférant à chaque espèce un coefficient de présence dans les relevés, le nombre de fois où l'espèce est présente donne un pourcentage permettant d'apprécier la présence. Cette évaluation du degré de présence permet de faire une classification de ces espèces, opération déterminante pour apprécier la physionomie.(Tableau56). L'analyse des relevés effectués sur les placettes représentatives de la végétation de la région par ensemble bioclimatique donne les résultats suivants (Tableau annex n°54):

Tableau 28 : Présence des espèces par strate dans l'étage semi-aride

Strates

Genre et espèces

%
Présence

Fréquenc
e

Arborescente

Pinus halepensis

80%

V

 

Tetraclinis articulata

34%

II

 

Quercus rotondifolia

33%

II

 

Juniperus oxycedrus

30%

II

 

Quercus coccifera

13%

I

 

Olea europea

8%

I

Arbustive

Phillyrea angustifolia

64%

IV

 

Quercus rotondifolia

62%

IV

 

Quercus coccifera

61%

IV

 

Pistacia lentiscus

59%

III

 

Pinus halepensis

44%

III

 

Tetraclinis articulata

34%

III

 

Juniperus oxycedrus

20%

II

 

Arbutus unedo

11%

I

Buissonnante

Rosmarinus tournefortii

65%

IV

 

Stipa tenacissima

49%

III

 

Cistus villosus

47%

III

 

Ampelodesma mauritanicum

36%

II

 

Chamaerops humilis

31%

II

 

Quercus rotondifolia

3O%

II

 

Quercus coccifera

29%

II

 

Calycotome villosa

28%

II

 

Genista quadriflora

26%

II

 

Pistacia lentiscus

25%

II

 

Cistus sericeus

23%

II

 

Phillyrea angustifolia

17%

I

 

Cytisus triflorus

16%

I

 

Pinus halepensis

14%

I

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Juniperus oxycedrus

10%

I

Tableau 29 : Présence des espèces par strate dans l'étage subhumide

Strates

Genres et espèces

% Présence

Fréquence

Arborescente

Pinus halepensis

31%

II

 

Quercus faginea

22%

II

 

Juniperus oxycedrus

15%

I

 

Tetraclinis articulata

13%

I

 

Quercus suber

5%

I

 

Quercus rotundifolia

7%

I

 

Quercus coccifera

3%

I

 

Phillyrea angustifolia

42%

III

 

Arbutus unedo

37%

II

 

Pistacia lentiscus

24%

I

 

Quercus faginea

23%

II

 

Juniperus oxycedrus

22%

II

 

Quercus coccifera

20%

II

 

Pinus halepensis

16%

I

 

Tetraclinis articulata

13%

I

 

Olea europea

7%

I

Buissonnante

Ampelodesma mauritanicum

64%

IV

 

Quercus rotundifolia

42%

III

 

Cistus villosus

34%

II

 

Chamaerops humilis

27%

II

 

Cytisus triflorus

26%

II

 

Calycotome villosa

24%

II

 

Genista quadriflora

21%

II

 

Cistus ladaniferus

20%

II

 

Viburnum tinus

19%

I

 

Quercus faginea

15%

I

 

Cistus salvifolius

13%

I

 

Phillyrea angustifolia

12%

I

 

Erica arborea

11%

I

La présence joue un rôle important dans la physionomie puisque les espèces dominantes imposent une morphologie et surtout une structure aux différents groupements ou aux formations végétales.

8-2.1. Les espèces arborescentes.

Dés que leur présence est supérieures à 10%, elles jouent un rôle important dans la définition de la physionomie et permettent souvent d'identifier la formation végétale. Dans l'étage semi-aride les principales espèces pouvant participées à la détermination de la physionomie sont: Pinus halepensis, Quercus rotondifolia, Tetraclinis articula, Juniperus oxycedrus

Dans l'étage bioclimatique subhumide, les espèces participant activement à la construction d'une physionomie sont au nombre de quatre: Pinus halepensis, Juniperus oxycedrus, Quercus suber Quercus faginea

8-2.2. Les espèces arbustives.

Dés que leur présence est supérieure à 20% dans le semi-aride elles participent à la

détermination de la physionomie notamment avec sept espèces: Phillyrea angustifolia, Quercus

102

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rotondifolia, Quercus coccifera, Pistacia lentiscus, Pinus halepensis, Tetraclinis articulata, Juniperus oxycedrus

Dans l'étage subhumide sept espèces également sont déterminantes pour la physionomie: Quercus rotondifolia, Phillyrea angustifolia, Arbutus unedo, Pistacia lentiscus, Quercus faginea Juniperus oxycedrus, Quercus coccifera

8-2.3. Strate buissonnante.

Dans l'étage bioclimatique semi-aride les principales espèces qui s'imposent pour participer à la physionomie dés que leur taux de présence dépasse les 50% sont: Rosmarinus tournefortii, Stipa tenacissima, Cistus villosus, Ampelodesma mauritanicum, Chamaerops humilis, Quercus rotondifolia

Cependant dans l'étage subhumide, avec un taux de présence supérieur à 30% c'est seulement quatre espèces qui se distinguent: Ampelodesma mauritanicum, Quercus rotundifolia, Cistus salvifolius, Chamaerops humilis

8-2.4. Synthèse.

Le degré de présence est un paramètre important à connaître pour utiliser le terme de physionomie puisque c'est généralement l'espèce dominante du point de vue présence qui contribue à divers degrés à la définition et à la dénomination de la physionomie d'une formation végétale. Ce paramètre est variable et ne peut être apprécié que par son taux.

Les principales espèces constantes dans les deux premières strates participant en premier lieu à la qualification et à la détermination d'une physionomie sont: pour l'étage semi-aride: Pinus halepensis, Quercus rotundifolia, Tetraclinis articulata, Juniperus oxycedrus, Phillyrea angustifolia, Quercus coccifera et Pistacia lentiscus.

Pour le subhumide: Quercus faginea, Quercus suber, Quercus rotondifolia, Pinus halepensis, Juniperus oxycedrus, Quercus coccifera et Tetraclinis articulata.

8-3. LA HAUTEUR.

Le degré de présence n'est pas suffisant pour identifier une physionomie végétale, la hauteur est un paramètre aussi important que la notion de présence si ce n'est plus. La hauteur est un élément de description physionomique prépondérant utilisé plus couramment que les autres pour dénommer les formations végétales. Cette notion de hauteur a déjà été abordée (Tableaux annex 55 à 61).

8-3.1. Hauteur de la strate arborescente.

L'analyse des données recueillies sur ce paramètre laisse apparaître par ensemble bioclimatique et par espèce des fréquences de hauteur où les valeurs de 4 et 7 mètres sont déterminantes car elles sont significatives dans la physionomie des formations décrites. (Tableaux 57 à 59). Dés que le taux de fréquence d'une hauteur dépasse les 50% pour une espèce on considère que c'est la hauteur optimale et représentative pouvant constituer un point de repère important dans notre analyse.

Les valeurs obtenues par strate et par espèce sont intéressantes et vont permettre de reconsidérer la nomenclature utilisée pour la classification des strates. Cette notion a été abordée dans le chapitre V-2 et sera complétée et justifiée par ce qui suit.

Les résultats des mensurations de la hauteur des principales espèces pouvant atteindre la strate arborescente sont très significatifs et permettent d'appréhender une nouvelle approche.

Tableau 30 : Répartition des hauteurs par espèce

Hauteurs

% hauteur inférieures à 7 m

% hauteurs supérieures à 4 m

Espèces

Semi aride

Subhumide

Semi aride

Subhumide

Pinus halepensis

55

35

88

93

Tetraclinis articulata

92

100

83

88

Juniperus oxycedrus

100

98

82

89

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Quercus rotondifolia

100

76

87

67

Quercus coccifera

100

100

58

33

Quercus faginea

-

25

-

85

Quercus suber

-

92

-

81

Toutes les espèces arborescentes (troncs individualisé dont la hauteur est au moins supérieure à 1,50 m) présentent des taux variables entre 35 et 100% de hauteurs inférieures à 7 m et entre 25 et 93% de hauteurs supérieures à 4 m. La moyenne pondérée de la hauteur de toutes les espèces dominantes (de la strate arborescente) est significative et se présente comme suit:

- Ensemble semi-aride:

89% des hauteurs sont inférieures à 7 m

79% des hauteurs sont supérieures à 4 m

- Ensemble subhumide:

75% des hauteurs sont inférieures à 7 m

76% des hauteurs sont supérieures à 4 m

Si on exclue Pinus halepensis et Quercus faginea dont le taux de hauteurs supérieures à 7 m est de l'ordre de 70%, toutes les autres espèces n'arrivent qu'exceptionnellement à cette hauteur. En dehors de Quercus coccifera, qui dans la région ne peut atteindre la strate arborescente, toutes les autres espèces présentant un tronc individualisé et dépassant les 4 m sont représentées à plus de 83%. Ce constat permet d'affirmer que la strate arborescente définie par référence à la hauteur de 7 mètres n'a aucune relation avec la réalité des individus végétaux dont le taux par rapport à cette hauteur vient d'être examiné. En retenant la valeur de 7 m comme limite inférieure permettant de classer les individus végétaux ligneux dans la classe arborescente, seul 11% en moyenne des individus végétaux peuvent être assimilés à cette strate dans le semi-aride et 25% seulement dans le subhumide. Ainsi le terme de forêt ne sera pratiquement pas présent dans la région étudiée ce qui est en inadéquation avec la réalité et la définition biologique d'un arbre et avec le développement des végétaux en relation avec les conditions du milieu. La valeur de 7 mètres si elle est retenue pour déterminer la strate arborescente exclura plus de 82% du taux de présence des espèces qui contribuent à la formation de la strate arborescente et à la forêt dans l'Oranie.

La hauteur de 4 m, au regard des résultats obtenus et des conditions écologiques stationelles, peut remplacer celle de 7 m car le pourcentage d'espèces dont la hauteur est supérieures à 4 m est de 79% pour l'étage semi-aride et 76% pour le subhumide. Dans le paragraphe V-2 cette hauteur de référence représentative et reflétant la réalité de la structure de la végétation ligneuse arborescente a été justifiée. Dés qu'un végétal ligneux présente un tronc individualisé de 1,50 m de hauteur au moins et dont la hauteur totale est supérieure à 4 m, il peut être classé dans la strate arborescente puisqu'il répond parfaitement à la définition morphologique et biologique d'un arbre.

8-3.2. Hauteur de la strate arbustive.

L'importance que revêt cette strate dans toutes les formations végétales et forestières en particulier nécessite une approche d'identification et de description. Dans plus de 73% des groupements définis c'est la strate arbustive qui domine et imprime au paysage végétal une physionomie. La permanence de l'agression anthropozoogène et son intensité font que cette strate constitue une phase et une catégorie remarquable dans le comportement et l'évolution de toutes les formations végétales rencontrées. La strate arbustive est déterminante pour la constitution de maquis ou de matorrals, formations très fréquentes. Les mensurations de la hauteur (paramètre déterminant de la physionomie) obtenues dans les différentes formations végétales décrites dans les parcelles d'observation, s'écartent largement au même titre que celles de la strate arborescente, des valeurs de la nomenclature de classification européenne couramment utilisées dans le bassin méditerranéen. Les valeurs obtenues (Tableaux 60 et 61) confirment que la strate arborescente se situe au delà de 4 m de hauteur puisque plus de 75% des espèces arbustives ne dépassent pas cette hauteur. Le taux de hauteurs inférieures à 4 m oscille

104

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1996

 
 

entre 84 et 100%, seules trois espèces: Quercus rotondifolia, Tetraclinis articulata et Juniperus oxycedrus n'obéissent pas à cette règle (c'est des espèces qui évoluent vers la strate arborescente normalement). Ces trois espèces contribuent à la formation de la strate arbustive à plus de 35%.

La hauteur de 4 m peut être retenue comme limite supérieure de la strate arbustive, quand à la limite inférieure les différentes hauteurs mesurées convergent vers 1,50 m puisque sur les 84% des espèces constituant la strate arbustive cette valeur est présente à un taux de 75%, assez dominant pour être retenue.

8-3.3. Hauteur de la strate sous-arbustive ou buissonnante.

C'est la strate où se concentrent un maximum d'espèces jouant un rôle écologique déterminant et important, c'est le dernier rempart végétal face aux facteurs dégradants par le biais de la robustesse, de la résistivité et de l'adaptation des espèces qui la composent. L'analyse de la distribution des principales espèces de cette strate par classe de hauteur permet de fixer les valeurs maximales et minimales définissant la strate buissonnante. De cette analyse il faut retenir que plus de 75% des hauteurs des espèces évaluées se concentrent dans la tranche 0,50 à 1 m. Plus de 98% des espèces se localisent dans une hauteur inférieure à 1,50 m, cela permet de classer la strate sous-arbustive dans la gamme des hauteurs comprises entre 0,50 et 1,50 m. (Voir détail dans les tableaux 62 et 63).

8-3.4. Synthèse.

Les hauteurs identifiées et justifiées permettant de classer les espèces rencontrées dans les différentes strates sont conformes aux conditions de développement et à la physionomie des formations végétales testées. Le taux de hauteurs le plus fréquent a permis de déterminer des fourchettes de valeur permettant d'identifier les strates selon les conditions édaphiques, climatiques, anthropiques et environnementales de l'Oranie. Les valeurs suivantes seront retenues:

- Strate arborescente: 4 mètres et plus,

- Strate arbustive: entre 1,50 et 4 m,

- Strate sous-arbustive: entre 0,50 et 1,50 m.

8-4. LA STRATIFICATION.

Elle est en étroite relation avec la hauteur, pour les végétaux ligneux forestiers seules trois strates peuvent être retenues: arborescente, arbustive et buissonnante ou sous-arbustive. Identifier l'appartenance de chaque espèce à une strate permet de mieux appréhender la notion de physionomie.

8-4.1. Espèces de la strate arborescente.

En fonction de l'importance du taux de fréquence de la hauteur la plus importante et du taux de présence on retiendra les espèces suivantes dans un ordre décroissant:

- Semi-aride: Pinus halepensis, Tetraclinis articulata, Juniperus oxycedrus, Quercus rotundifolia, Quercus coccifera

- Subhumide: Pinus halepensis, Quercus faginea, Quercus rotundifolia, Quercus suber, Tetraclinis articulata, Juniperus oxycedrus

8-4.2. Espèces de la strate arbustive.

La classification des espèces par ordre d'importance aboutit à:

- Semi-aride: Pistacia lentiscus, Phillyrea angustifolia, Olea europea, Quercus coccifera, Juniperus oxycedrus, Quercus rotundifolia, Tetraclinis articulata

- Subhumide: Quercus rotundifolia, Arbutus unedo, Phillyrea media, Juniperus oxycedrus, Quercus coccifera, Myrtus communis, Cytisus triflorus, Erica arborea, Pistacia lentiscus

8-4.3. Espèces de la strate buissonnante.

Dans cette strate il est difficile de scinder les espèces par ensemble bioclimatique car la composition floristique à quelques exceptions est similaire et constitue le reflet des conditions écologiques assez proches, d'autant plus que cette strate constitue un stade de dégradation. La classification des espèces recensées donne les deux ensembles suivants:

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1996

 
 

- Semi-aride: Cistus villosus, Stipa tenacissima, Ampelodesma mauritanicum, Rosmarinus tournefortii, Calycotome villosa, Genista cinerea, Genista quadriflora, Chamaerops humilis

- Subhumide: Cistus ladaniferus, Ampelodesma mauritanicum, Chamaerops humilis, Stipa tenacissima, Genista tricuspidata, Erica multiflora, Viburnum tinus, Asparagus acutifolius, Calycotome intermedia, Rosmarinus tournefortii, Cytisus triflorus

8-4.4. Synthèse.

Seules les espèces contribuant efficacement à la constitution physionomique des formations végétales et ayant un rôle significatif ont été retenues pour cette classification; leur présence active et permanente ont été déterminantes pour ce choix. La particularité des espèces constituant ou appartenant à chaque strate réside dans leur physionomie remarquable car imposée par les conditions du milieu et de l'environnement. Cette physionomie est singulière et facilement identifiable pour préciser les types de végétation rencontrés. Seul le taux de présence dans la strate est important car le recouvrement et la fréquence sont fluctuant et dépendent de plusieurs facteurs. Quelque soit l'étage bioclimatique, le nombre d'espèces par strate est assez stable et reflète un certain équilibre dans la régression qui sera analysé ultérieurement. Le nombre d'espèces par strate à retenir est de pour les strates arborescente, arbustive et buissonnante respectivement de 7, 12 et 14 . La dernière strate peut comporter jusqu'à 26 espèces car certaines espèces de la strate arbustive peuvent séjourner pendant un assez long temps dans cette strate sous l'effet de pressions.

La stratification retenue donne un aperçu sur la physionomie des formations végétales qui est reflétée et récapitulée dans le tableau qui suit:

Tableau 31: Représentativité de la stratification.

Type de stratification

% présence

Surface Ha

Arborescente + Arbustive + Buissonnante

17%

25.500

Arborescente + Arbustive

09%

13.500

Arborescente + Buissonnante

24%

36.500

Arbustive + Buissonnante

14%

21.000

Arborescente

06%

9.000

Arbustive

18%

27.500

Buissonnante

12%

18.000

Total

100%

150.000

Selon leur importance dans la constitution des formations végétales les strates peuvent être classées comme suit:

1- Strate arbustive avec un taux de 47%

2- Strate arborescente avec un taux de 29%

3- Strate buissonnante avec un taux de 24%.

8-5. LE COEFFICIENT DE STABILITE.

C'est une notion de constance qu'il exprime, DASNIAS (1987) la définit comme: " il s'agit de la forme triviale de la stabilité, c'est à dire l'absence de changement dans la composition de la communauté. La stabilité se mesure par la résistance à l'envahissement, c'est à dire à la modification du cortège". Le même auteur dans ses travaux sur la succession végétale souligne la notion de métastabilité qui est une stabilité relative ne changeant qu'au-delà d'un certain seuil de perturbation.

Il permet grâce à la fréquence des espèces, d'apprécier le rôle de chaque espèce dans sa participation à la physionomie de la formation ligneuse. Les résultats obtenus pour chaque espèce (Tableau 64) par étage bioclimatique laisse apparaître une instabilité de la strate arborescente

106

« Aspects physionomico- structuraux de la végétation forestière ligneuse face à la pression anthropozoogène dans les

monts de Tlemcen et les monts de Dhaya (Algérie occidentale)

 

1996

 
 

dans l'étage subhumide. Seules Quercus faginea, Pinus halepensis et Juniperus oxycedrus peuvent être classées comme stables avec un taux supérieur à 50%. Les espèces caractéristiques de l'étage subhumide tel que Quercus rotondifolia et Quercus suber sont faiblement représentées. Par contre dans l'étage semi-aride une plus grande stabilité se manifeste au niveau de la strate arborescente avec quatre espèces qui constituent plus de 90% de cette strate: Pinus halepensis, Tetraclinis articulata, Juniperus oxycedrus et Quercus rotondifolia.

Le rapport surface terrière sur la hauteur utilisé par certains auteurs dans des études de comparaison de structures de peuplements (DEVEAUX, LAMOUTTE, 1976) renseigne sur la nature de la croissance en fonction de tronc, du houppier, de la surface terrière et du volume qui sont des éléments agissant sur la stabilité des arbres dans leur développement. Ce rapport est d'autant plus élevé que les arbres sont résistants (Tableaux annex n°64 à 68).

8-5.1. Espèces déterminantes.

La physionomie est déterminée par les espèces suivantes de la strate arborescente selon leur importance en relation avec leur degré de stabilité:

Tableau 32 : Coefficient de stabilité des espèces de la strate arborescente

Espèces de l'étage semi aride

Stabilité

Espèces de l'étage subhumide

Stabilité

Pinus halepensis

90

Quercus faginea

50

Tetraclinis articulata

50

Pinus halepensis

50

Juniperus oxycedrus

40

Juniperus oxycedrus

25

Quercus rotondifolia

40

Quercus rotondifolia

20

Olea europea

20

Quercus suber

20

La strate arbustive se caractérise par une représentativité de l'ordre de 80% des espèces de la strate arborescente auxquelles s'ajoutent les espèces constituant à plus de 60% cette strate. Dans les deux étages bioclimatiques on enregistre un coefficient de stabilité très proche confirmant l'importance de cette strate dans la région.

Les principales espèces présentant un coefficient de stabilité élevé sont:

Tableau 33 : Coefficient de stabilité des espèces de la strate arbustive

Espèces de l'étage semi aride

Stabilité

Espèces de l'étage subhumide

Stabilité

Pistacia lentiscus

60

Quercus rotundifolia

85

Phillyrea angustifolia

60

Phillyrea intermedia

50

Quercus rotondifolia

55

Arbutus unedo

35

Quercus coccifera

50

Juniperus oxycedrus

35

Pinus halepensis

45

Pinus halepensis

30

Juniperus oxycedrus

35

 
 

La strate buissonnante présente une stabilité plus importante dans l'étage bioclimatique subhumide mais avec des taux par espèce assez faibles comparés à ceux de l'étage semi-aride (Tableaux 65 et 66). Aucune ressemblance n'est décelable dans cette strate avec les autres en ce qui concerne la composition floristique.

C'est généralement les espèces les plus xérophytes et les plus résistantes aux mutilations et diverses pressions et se régénérant facilement qui ont les plus forts taux de stabilité, comme le confirme les évaluations faites:

Tableau 34 : Classification des espèces selon leur coefficient de stabilité

Espèces de l'étage semi aride

Stabilité

Espèces de l'étage subhumide

Stabilité

Stipa tenacissima

70

Ampelodesma mauritanicum

70

Rosmarinus tournefortii

60

Cistus ladaniferus

50

Cistus villosus

40

Cytisus triflorus

45

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1996

 
 

Genista tricuspidata

40

Quercus rotondifolia

40

Quercus coccifera

40

Stipa tenacissima

40

Calycotome villosa

35

Genista quadriflora

40

Pistacia lentiscus

35

Quercus faginea

30

Chamaerops humilis

30

Pinus halepensis

30

Ampelodesma mauritanicum

30

 
 

8-5.2. Représentativité des espèces.

Les espèces présentant, toutes strates confondues, le plus fort coefficient de stabilité donc à forte constance, sont les suivantes:

Tableau 35 : Classement finale des espèces selon leur stabilité

Genre et espèces

Indice stabilité

Genre et espèces

Indice stabilité

1-Pinus halepensis

90

8-Quercus faginea

55

2-Quercus rotondifolia

85

9-Quercus rotondifolia

55

3-Stipa tenacissima

70

10-Quercus coccifera

55

4-Ampelodesma mauritanicum

70

11-Pinus halepensis(2)

50

5-Pistacia lentiscus

60

12-Cistus villosus

50

6-Phillyrea angustifolia

65

13-Quercus rotondifolia

45

7-Rosmarinus tournefortii

60

14-Juniperus oxycedrus

45

Les espèces les plus déterminantes pour identifier la physionomie sont en faisant abstraction de leur position dans la stratification:

1-Quercus rotondifolia ,2-Pinus halepensis, 3-Stipa tenacissima, 4-Ampelodesma mauritanicum, 5-Phillyrea angustifolia, 6-Pistacia lentiscus, 7-Rosmarinus tournefortii, 8-Quercus faginea, 9- Quercus coccifera, 10-Juniperus oxycedrus. C'est les espèces les plus stables et qui jouent naturellement un rôle important et déterminant dans l'identification et la définition de la physionomie, ce ne sont généralement pas les espèces dominantes habituellement pris en compte.

8-5.3. Synthèse.

Le coefficient de stabilité moyen calculé pour toutes les espèces permet également de situer le rôle de chacune d'elle dans la physionomie, la stratification, la production, la dynamique et la composition floristique. Les strates déterminantes par ensemble bioclimatique obéissent au classement suivant (Tableau annex n°69):

Tableau 36 : Importance des strates

Etage semi-aride

Etage subhumide

Classement

Strates

Taux

Classement

Strates

Taux

1

Arborescente

38

1

Arbustive

53

2

Arbustive

35

2

Arborescente

26

3

Buissonnante

27

3

Buissonnante

21

La caractérisation de la physionomie peut se faire avec la hauteur qui demeure le paramètre principal car il permet d'identifier à quelle type de formation appartiennent les groupements végétaux.

Pour affiner cette identification on utilisera les espèces caractéristiques les plus présentes et stables (voir tableaux 68 et 69). Le tableau suivant en donne les principales:

108

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1996

 
 

Tableau 37 : Liste des espèces stables et les plus présentes

STRATES

Espèces du semi-aride

Espèces du subhumide

Arborescente

Pinus halepensis

Quercus faginea

 

Tetraclinis articulata

Pinus halepensis

 

Quercus rotondifolia

Juniperus oxycedrus

 

Juniperus oxycedrus

Quercus rotondifolia

 

Olea europea

Quercus suber

Arbustive

Pistacia lentiscus

Quercus rotondifolia

 

Phillyrea angustifolia

Phillyrea intermedia

 

Quercus rotondifolia

Arbutus unedo

 

Quercus coccifera

Juniperus oxycedrus

 

Pinus halepensis

Pinus halepensis

 

Juniperus oxycedrus

Quercus faginea

Buissonnante

Stipa tenacissima

Ampelodesma mauritanicum

 

Rosmarinus tournefortii

Cistus ladaniferus

 

Cistus villosus

Quercus rotondifolia

 

Genista tricuspidata

Cytisus triflorus

 

Calycotome villosa

Stipa tenacissima

 

Pistacia lentiscus

Genista quadriflora

 

Chamaerops humilis

Quercus faginea

 

Ampelodesma mauritnicum

Pinus halepensis

8-6. SIMILITUDE ENTRE LES RELEVES.

La dynamique de la végétation est caractérisée dans des conditions écologiques (sol-climat) assez marginales par une certaine stabilité qui est confirmée par le calcul du coefficient de similitude de SORENSEN C = 2 c / a + b 100. c: nombre d'espèces communes aux deux relevés comparés, a: nombre d'espèces du premier relevé, b: nombre d'espèces du deuxième relevé.

Les résultats obtenus (tableaux N° 88a-96a et 97a-103a) permettent de confirmer une certaine stabilité de la composition donc de la présence des espèces. Dans les groupements végétaux de l'étage semi-aride le coefficient de similitude moyen est de 56,1% et de 54,3% pour ceux de l'étage subhumide.

Le tableau suivant résume le coefficient moyen de similitude par groupement végétal.

Tableau 38 : Similitude entre relevé

Etage semi-aride

Etage subhumide

Groupement végétal

Stabilité

Clas.

Groupement

Stabilité

Clas

S.A.1

Pin d'Alep et thuya

68,7

1

S.H.1

Chêne vert et thuya

67,5

1

S.A.4

Pin d'Alep et lentisque

60,2

2

S.H.4

Chênevert et

calycotome

55,5

2

S.A.7

Chêne vert et

genévrier

60,1

3

S.H.6

Chêne vert et diss

55,5

3

S.A.6

Pin d'Alep et

genévrier

59,2

4

S.H.7

Chêne vert et

genévrier

52,5

4

S.A.5

Pin d'Alep et chêne

vert

58,7

5

S.H.2

Chêne vert et pin

d'Alep

50,1

5

S.A.2

Thuya et pin d'Alep

57,7

6

S.H.5

Chêne zeen et chêne vert

54,0

6

S.A.3

Thuya et chêne vert

56,7

7

S.H.3

Chêne liège et chêne vert

45,2

7

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1996

 
 

S.A.8

Pin d'Alep et alfa

50,2

8

-

-

-

-

S.A.9

Pin d'Alep et

calycotome

33,7

9

-

-

-

-

 

MOYENNE

56,1

-

-

MOYENNE

54,3

-

L'analyse de la similitude entre les divers groupements végétaux par étage bioclimatique laisse apparaître une hétérogénéité et un comportement particulier à chaque cas. Dans le semi-aride c'est le groupement végétal pin d'Alep et thuya qui présente le plus fort taux témoignant d'une stabilité, suivi par le groupement pin d'Alep et lentisque et pin d'Alep et genévrier;

La composition floristique notamment dans la strate arbustive et buissonnante est déterminante. Chaque fois que la présence d'espèces à large spectre écologique et résistantes grâce à une biologie et une physionomie est importante, elle imprime une stabilité élevée au groupement végétal. La stabilité des différents groupements végétaux est en étroite relation avec leur composition floristique et la structure.

8-7. TAUX D'OCCUPATION DE L'ESPACE.

C'est le dernier paramètre identifié pouvant agir sur la détermination de la physionomie, il se traduit par une évaluation du taux de recouvrement de chaque espèce et de chaque strate. Cet élément permettra de confirmer l'impact des autres paramètres sur l'identification et la détermination de la physionomie. Il complétera les notions de présence, hauteur, stabilité ou constance et de strate.

Quelque soit le groupement végétal et l'ensemble bioclimatique auquel il appartient le taux d'occupation du sol moyen toutes strates confondues varie entre 45 et 65% avec cependant un minimum de 25% et un maximum de 85%.(détail dans le tableau 70).

Le pourcentage moyen d'occupation de l'espace ou de recouvrement de chaque strate se récapitule ainsi (Tableau annex n°70):

Tableau 39 : Taux de recouvrement moyen par strate et par étage bioclimatique

Taux de

recouvrement

Taux maximal moyen

Taux minimal moyen

Strates

Etage Semi-aride

Etage subhumide

Arborescente

17% à 7%

28% à 13%

Arbustive

23% à 8%

31% à 23%

Buissonnante

25% à 10%

26% à 9%

Total

65% à 25%

85% à 45%

Quelque soit le type de formation végétale et quelque soit le type de pression qui s'y exerce c'est toujours les groupements forestiers de l'étage bioclimatique subhumide qui présente le meilleur taux d'occupation de l'espace pour toutes les strates. Cela s'explique par l'importance de la tranche pluviométrique moyenne annuelle reçue et par la qualité des sols (profondeur, taux de matière organique, composition floristique).

Les valeurs obtenues confirment encore une fois le rôle important que jouent les strates arbustives et buissonnantes en matière de lutte contre l'érosion, de stabilité de la couverture végétale et de protection de la phytocénose malgré les agressions qu'elle subit et les conditions édapho-climatiques souvent défavorables sur plus de 80% de la région pendant prés de 9 mois sur 12.

L'importante des strates en fonction du taux d'occupation de l'espace et leur prépondérance pour la description de la physionomie est dictée par le classement suivant:

Tableau 40 : Importance des strates

110

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1996

 
 

Cla sse

Etage semi-aride

Classe

Etage subhumide

1

Strate buissonnante

1

Strate arbustive

2

Strate arbustive

2

Strate arborescente

3

Strate arborescente

3

Strate buissonnante

L'importance de la strate buissonnante dans le semi-aride s'explique par le faible recouvrement de la strate arborescente découlant d'une faible densité et de l'ouverture de ce type de formation qui facilite l'action des facteurs dégradants.

La résistance et la faculté de rejeter ou de se multiplier rapidement par semences reconnues à un fort pourcentage (60%) des espèces de la strate buissonnante font qu'elle présente un taux d'occupation de l'espace élevé.

Dans l'étage bioclimatique subhumide la strate buissonnante est presque totalement éliminée par le taux d'occupation du sol remarquable des deux autres strates. La strate arbustive est en tête car les individus qui la composent sont très couvrants et à accroissement rapide.

8-8. LE RECOUVREMENT.

Cet indice ne fait pas un double emploi avec le précédent puisqu'il représente la projection de la biomasse de toutes les espèces sur le sol et peut dépasser les 100% car il y a un chevauchement entre les espèces appartenant à différentes strates. Le taux d'occupation de l'espace quand à lui se limite à l'occupation du sol et ne peut en aucun cas dépasser les 100%. Par strate ou toutes strates confondues ce taux exprime la dominance d'une strate ou des espèces qui la composent sur les autres et contribuent à imposer une physionomie particulière à une formation végétale selon leur fluctuation.(le tableau 70 donne des informations détaillées).

Les résultats obtenus laissent apparaître la dominance de la strate arborescente dans le semiaride et la strate arbustive dans le subhumide; le tableau qui suit en donne une synthèse (Tableau annexe n°71):

Tableau 41 : Synthèse du recouvrement par strate et par étage bioclimatique

Strates

Etage semi-aride

Etage subhumide

Moyenne

Arborescente

42

à

94%

33

à

97%

65

à

68%

Arbustive

11

à

43%

51

à

127%

45

à

89%

Buissonnante

22

à

67%

7

à

15%

11

à

27%

Total

76

à

204%

91

à

239%

140

à

165%

L'importance du taux de recouvrement à l'identification et la dénomination de la physionomie se classe par strate comme suit:

Tableau 42 : Recouvrement et physionomie

Class

Etage semi-aride

Class

Etage subhumide

1

Strate arborescente

1

Strate arbustive

2

Strate buissonnante

2

Strate arborescente

3

Strate arbustive

3

Strate buissonnante

La caractérisation de la physionomie diffère entre les deux étages pour des raisons de facteurs écologiques différents, généralement il y a une concurrence entre la strate arborescente et buissonnante dans le semi-aride et entre la strate arborescente et arbustive dans le subhumide. L'architecture structurale de la végétation dans l'espace et verticalement impose cette

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monts de Tlemcen et les monts de Dhaya (Algérie occidentale)

 

1996

 
 

concurrence entre les différentes strates. C'est le reflet réel de la physionomie qui n'est que la résultante biologique des conditions du milieu et de l'environnement en général.

8.9. NOTION D'ESPACE VITAL.

C'est un paramètre important car jeunes tous les individus végétaux ont des chances égales de se développer mais rapidement ils entrent en concurrence pour l'espace (sol, eau). La lutte pour la vie va être déterminante, sur une surface quelconque une population grandit jusqu'au maximum autorisé par la densité, l'espace laissé par des individus qui disparaissent va être utilisé. Le poids moyen d'une population de végétaux serait lié par une relation mathématique précise à leur densité de peuplement sur une aire donnée. C'est ce qui ressort des travaux de HARDER (1983) où une droite intitulée " droite d'éclaircissage": log W = - 1,5 logd + logk soit W= kd-1,3. Avec W: poids moyen en matière sèche d'un individu qui occuperait 1 mètre carré (poids virtuel d'un individu, rare ceux qui ont une circonférence d'un mètre), d: la densité au mètre carré. Seule l'intensité de la lumière est capable de modifier la position de la droite, toute modification des autres facteurs n'entraîne qu'un changement de la vitesse dans la progression de la droite. De ce fait l'espace vital est une donnée fondamentale qu'il faut maîtriser pour comprendre le développement des individus de chaque groupement végétal.

La maîtrise de l'espace vital permet de commander les éclaircies qui permettent de récolter intelligemment de la matière ligneuse pouvant valoriser des formations végétales tout en augmentant l'accroissement en diamètre donc en volume des individus végétaux. Le nombre de sujet à supprimer dépend des potentialités écologiques locales, de l'essence, de l'âge du peuplement, de la densité en place et de l'objectif fixé. DEVAUX (1971) défini l'éclaircie, c'est rendre moins serré un peuplement forestier par l'élimination de sujets des essences principales, en laissant les arbres assez serrés pour garnir le bois et assez espacés pour que chacun puisse bien croître. La gestion de cet espace vital obéi à des paramètres fondamentaux que sont: la nature, le type, le poids, le caractère, la rotation et le matériel ligneux en place. La nature peut être quantitative ou qualitative, le type c'est le rapport entre le volume de l'arbre moyen récolté sur le volume de l'arbre moyen avant la coupe, le poids c'est le volume prélevé à l'unité de surface au cours d'une seule intervention soit le rapport entre le volume prélevé en une fois et le volume sur pied avant l'intervention, le caractère regroupe la nature, le poids et le type, la coupe représente la succession ou l'expression du traitement, la rotation c'est la périodicité des coupes, le matériel sur pied représente le nombre de tige en fonction de la hauteur dominante et l'intensité c'est le rapport entre le volume annuel moyen prélevé pendant la durée des coupes et l'accroissement total annuel moyen maximum en volume.

Il renseigne sur la densité, la structure et même la physionomie. Plus l'espèce a sa disposition un espace vital important plus le végétal a des paramètres biométriques (hauteur et diamètre surtout) intéressants. DEVAUX (1976) en étudiant la structure comparée de peuplement de pin d'Alep note que l'espace vital dont dispose le pin d'Alep se situe en moyenne entre 19,7 et 8,2 mètres carrés. PARDE (1957) précise que pour permettre une production ligneuse optimale les éclaircies sont nécessaires avec comme objectif l'augmentation de l'espace vital et évalue la densité à 200 sujets par hectare vers un âge de 70 ans soit l'équivalent de 50 mètres carrés par arbre. MAACHOU (1993) en étudiant les éclaircies à appliquer dans un peuplement de pin d'Alep dans la forêt de Nesmoth ( Mascara ) recommande pour des âges de 50, 60, 70 et 80 ans respectivement des densités de 420, 350, 275 et 120 sujets par hectare.

Dans notre région les espèces de la strate arborescente disposent dans l'étage semi-aride et subhumide de:

Tableau 43 : Espace vital moyen par espèce

Etage bioclimatique

Espèce principale

Espace vital

M2

Etage bioclimatique

Espèce principale

Espace vital M2

S.aride

Pin d'Alep

28,65 m2

S.humide

Pin d'Alep

35,71

112

« Aspects physionomico- structuraux de la végétation forestière ligneuse face à la pression anthropozoogène dans les

monts de Tlemcen et les monts de Dhaya (Algérie occidentale)

 

1996

 
 
 

Thuya

112,35

 

Thuya

222,22

 

Genévrier

181,81

 

Genévrier

140,84

 

Chêne vert

185,18

 

Chêne vert

111,11

 

Chêne kermes

200,00

 

Chêne kermes

 
 
 
 
 

Chêne zeen

18,34

 
 
 
 

Chêne liège

57,14

La strate arbustive dispose d'un espace vital plus réduit car la densité est élevée et diffère très peu d'une essence à l'autre, à titre d'exemple (voir détail Tableau N° 70) une comparaison entre les chiffres dans les deux étages de végétation donne les chiffres suivants: pin d'Alep (10,33 à 11,76 m2), Thuya (46,61 à 33,33 m2), Genévrier (72,99 à 55,24 m2), Chêne vert ( 2,87 à 1,44 m2 ), Chêne kermès (12,34 à 10,35 m2) Lentisque (5,55 à 9,02 m2), Filaire (4,00 à 5,00 m2).

9- LA STRUCTURE.

La notion de structure d'un écosystème est une propriété qui reste stable et hors d'atteinte car elle n'est que difficilement perturbable complètement. Pour apprécier la notion de structure utilisant ce paragraphe à MARGALEF (1963): " Les écosystèmes ont une structure, en ce sens qu'ils sont composés de différents éléments ou parties, ceux ci arrangés en une configuration déterminée. Les interrelations entre les éléments constituants sont la base de la structure. Dans le même sens DUVIGNEAUD (1980) note: "La communauté a aussi une structure définie; les organismes sont distribués dans l'espace de manière à utiliser au mieux les conditions offertes par le milieu abiotique...Au sein de strates s'établit une division du travail où chaque espèce remplit une fonction déterminée." PIGNATI (1980) quand a lui formule deux énoncés sur l'uniformité floristique et structurale:"- les communautés sont identifiables grâce à des combinaisons d'espèces-une combinaison définie d'espèces dépend des conditions écologiques actuelles et de l'évolution floristique à long terme".

Les structures floristiques sur l'ensemble du pourtour méditerranéen des forêts, des matorrals, des maquis et des garrigues sont très diversifiées même si elles obéissent à un schéma relativement identique. L'hétérogénéité des facteurs climatiques sur des surfaces relativement restreintes comme pour les facteurs édaphiques commandent des structures très mobiles et donc peu stables. C'est des formations essentiellement sempervirentes issues de stades de dégradation de forêts, elles sont pauvres en diversité d'où une dominance de l'uniformité caractérisée par la présence d'espèces résistantes aux pressions anthropiques et aux aléas climatiques. Ces espèces stables que nous aurons à identifier constituent des stades régressifs qu'il faut maîtriser.

Selon THIEBAUT (1976) l'observation des plants le long d'une ligne montre que la structure horizontale est d'autant plus accentuée que la répartition des espèces et des individus est irrégulière ou hétérogène. En calculant la quantité d'information liée à cette hétérogénéité la structure horizontale peut être estimée et chiffrée. Le même auteur précise en 1884:" Quand on arrive à établir un parallèle entre le climat et le comportement de la végétation, il ne faut pas conclure trop hâtivement à une relation de cause à effet. D'autres facteurs du milieu peuvent intervenir dans le même sens que le climat et avoir un rôle important (histoire, action humaine ...)".

La structure floristique sur l'ensemble du pourtour méditerranéen est concentrée essentiellement sur des formations sempervirentes issues de stades de dégradation de forêts jadis en équilibre. Pauvres en diversité d'où une dominance de l'uniformité caractérisée par la présence d'espèces résistantes aux pressions anthropiques et aux aléas climatiques.

La structure d'une formation végétale, au même titre que la physionomie, permet de comprendre son comportement dynamique et surtout d'apprécier l'agencement de toutes les espèces et les strates la composent. Quelque soit les paramètres et les qualificatifs utilisés pour décrire une formation végétale, la disposition des espèces les unes par rapport aux autres est

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1996

 
 

ignorée. Souvent l'utilisation d'indice de description de la végétation tel que le taux de recouvrement, le coefficient d'abondance-dominance et sociabilité, la vitalité, la périodicité ne permet pas de donner des informations précises en matière de structure, de physionomie et d'arrangements spatiaux et la prépondérance de certaines espèces. Pour faire face à cette carence dans le domaine architectural de la végétation ligneuse certains paramètres permettent de quantifier la structure, les plus déterminants à notre sens sont : la densité et l'espacement, la hauteur et le diamètre, la surface terrière, l'âge et ses relations avec la biomasse et le volume.

DEVAUX et al (1976) pour étudier la structure comparée de peuplements de pin d'Alep dans l'île de Port-Cros a fait appel aux paramètres suivants: densité des sujets selon leur forme, la surface de la placette, nombre d'arbres par hectare, surface terrière à l'hectare, surface terrière de la placette et la circonférence moyenne. En analysant les indices dendrométriques, il a retenu l'âge, la densité, la hauteur, la circonférence et le volume. GODRON (1976) note dans son ouvrage relatif à l'échantillonnage phytoécologique l'importance de la stratification dans la structure de la végétation et qui se base sur les éléments suivants: type physionomique de la végétation, la première espèce dominante, la deuxième et la troisième.

9-1. LA DENSITE.

C'est un paramètre en liaison directe avec la structure, la densité est en étroite relation avec les conditions du milieu. Elle agit directement sur la hauteur et le diamètre des sujets et contribue à la fluctuation du volume de bois comme l'ont démontré plusieurs chercheurs spécialisés en dendrométrie (PARDE, 1988).

La densité est dépendante de la qualité du sol, de la pluviométrie, des opérations sylvicoles entreprises, du type de formation végétale et de la composition floristique (type d'espèces principales). C'est une notion fondamentale qui permet de comprendre l'action d'une espèce dans une phytocénose, son agencement et sa distribution dans l'espace.

Selon l'âge et les autres facteurs déterminants énumérés précédemment agissant sur la densité, des mesures ont été effectuées sur les placettes d'observations représentant les divers types de formations nous a permis d'avoir des données essentiellement pour la strate arborescente (Tableax annexe n°72 et 73).

Tableau 44 : Densité maximale et minimale des principales espèces

 

Etage semi-aride

Etage subhumide

Genre et espèce

Densité min.

Densité max.

Densité min.

Densité max.

Pinus halepensis

118

7.100

281

5.100

Tetraclinis articulata

54

217

28

295

Juniperus oxycedrus

17

109

56

113

Quercus rotondifolia

18

221

63

471

Quercus coccifera

2

34

7

89

Quercus faginea

=

=

217

1.226

Quercus suber

=

=

66

375

C'est les espèces qui atteignent facilement la hauteur de 4 m et un tronc individualisé de plus de 1,50 m qui présentent les densités les plus élevées. Ces densités confirment l'hétérogénéité des formations où la strate arborescente joue un rôle déterminant sur la structure et sur la physionomie. En fonction de la densité moyenne la plus fréquente par espèce le classement suivant a été fait et priorise leur impact sur la structure (détail dans le Tableau 73):

Tableau 45 : Densité moyenne des principales espèces

Espèces

Densité

Espèces

Densité

 

SEMI-ARIDE

 

SUBHUMIDE

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Pinus halepensis

349

Quercus faginea

545

Tetraclinis articulata

89

Pinus halepensis

394

Juniperus oxycedrus

55

Quercus suber

175

Quercus rotondifolia

54

Quercus rotondifolia

90

Quercus coccifera

50

Juniperus oxycedrus

71

 
 

Tetraclinis articulata

45

 
 

Quercus coccifera

30

Selon le type de végétation, la densité varie dans l'étage semi-aride de 320 à 665 et dans le subhumide de 445 à 870 sujets par hectare en moyenne toutes espèces arborescente confondues. La densité est un facteur déterminant pour la structure, dés qu'une espèce a la plus forte densité (si elle présente des capacités morphologiques pour atteindre les dimensions requises de la strate arborescente) elle arrive à façonner d'abord la physionomie en agissant sur la hauteur, sur la stratification, la stabilité et le taux d'occupation du sol. La densité agit directement sur la structure car elle imprime à la formation végétale un agencement particulier et guide la répartition des espèces dans l'espace et influe sur le volume.

9-1.1. La strate arbustive.

Elle a un impact certain sur la structure et la physionomie au regard de sa diversité et de son taux élevé d'occupation de l'espace. Elle est constituée à plus de 60% d'espèces de la strate arborescente qui transitent par cette strate obligatoirement et souvent elles séjournent pendant un temps assez long, induit par des conditions écologiques et anthropiques souvent rudes, entravant un passage normal d'une strate à une autre.

L'importance de cette strate est déterminante car elle constitue une ossature permanente jouant un rôle clef dans la physionomie, la structure et la composition des écosystèmes forestiers. Toutes les espèces qui constituent cette strate sont dotées d'une faculté de rejeter et de résister aux changements de conditions édaphoclimatiques et aux multitudes pressions qui s'y exercent induisant des perturbations.

La densité moyenne par hectare qu'occupe chaque espèce dans les différentes formations étudiées permet de faire la hiérarchisation suivante:

Tableau 46 : Densité moyenne par hectare

Etage semi-aride

Etage subhumide

Genre et espèce

Densité

Genre et espèce

Densité

Quercus rotondifolia

3.483

Quercus rotondifolia

6.914

Phillyrea angustifolia

2.500

Phillyrea angustifolia

2.000

Pistacia lentiscus

1.800

Pistacia lentiscus

1.100

Pinus halepensis

968

Quercus faginea

1.050

Quercus coccifera

810

Quercus coccifera

966

Tetraclinis articulata

215

Pinus halepensis

850

Arbutus unedo

150

Arbutus unedo

378

Cytisus triflorus

146

Tetraclinis articulata

300

Juniperus oxycedrus

137

Juniperus oxycedrus

181

 
 

Cytisus triflorus

173

 
 

Erica arborea

24

En dehors des espèces qui évoluent naturellement vers la strate arborescente et qui sont en prééquilibre avec les conditions du milieu à savoir: Quercus rotundifolia, Quercus faginea et Pinus halepensis dans l'étage subhumide et Pinus halepensis, Tetraclinis articulata et Quercus rotundifolia dans le semi-aride, la densité des autres espèces arbustives diffère sensiblement d'un

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étage à l'autre. Ces valeurs expliquent l'évolution comparée et similaire de toutes les espèces quelque soit les conditions écologiques puisque les pressions qu'elles subissent sont sensiblement identiques.

Dans la structure de la végétation analysée, hormis la densité de la strate arborescente, les paramètres de la strate arbustive ne peuvent être déterminants à cause de leur ressemblance tant numérique que physionomique. Les mêmes espèces caractéristiques des types de végétation rencontrés reviennent dans une constance presque permanente (Quercus rotundifolia, Pinus halepensis, Arbutus unedo, Phillyrea angustifolia et Pistacia lentiscus) et ne peuvent être retenus comme éléments significatifs.

9-1.2. La strate buissonnante.

L'hétérogénéité et la fluctuation des espèces composant cette strate ne permettent pas de calculer une densité moyenne caractérisée par une certaine fiabilité confirmée par une constance. Seules pour les principales espèces, dont la présence est remarquable et déterminante, une approche quantitative a été faite basée sur le nombre moyen de touffes par unité de surface et la superficie qu'elles occupent. Les valeurs moyennes indicatives obtenues sont:

Du point de vue densité, les espèces qui sont déterminantes sur la structure végétale sont dans l'étage semi-aride: Stipa tenacissima, Calycotome villosa et Genista tricuspidata avec des taux de présence respectifs de 7,6 et 5%. Dans l'étage subhumide c'est Ampelodesma mauritanicum, Calycotome intermedia et Chamaerops humilis avec des taux de 16, 15 et 10% qui sont déterminantes.

Encore une fois c'est les espèces adaptées aux conditions écologiques et présentant des prédispositions à la résistance à des facteurs environnementaux qui se distinguent et impriment une certaine physionomie dans la composition et dans l'hétérogénéité.

Tableau 47 : Evaluation de la présence des principales espèces.

Clas

Genre et espèce

N.T

D.T.

S. c

%

1 S.A

Stipa tenacissima

2.380

0,60

670

7

2

Calycotome villosus

950

0,90

600

6

3

Genista tricuspidata

970

0,80

490

5

4

Rosmarinus tourne.

2.360

0,40

300

3

5

Chamaerops humilis

310

0,70

120

1

6

Cistus villosus

910

0,40

110

1

1 S.H

Ampelodesma mauritanicum

2.62O

0,90

1.660

16

2

Calycotome intermedia

490

1,00

1.540

15

3

Chamaerops humilis

1.720

0,90

1.090

10

4

Stipa tenacissima

1.040

0,70

400

4

5

Genista cinerea

780

0,80

390

3

6

Cistus ladaniferus

1.930

0,40

240

2

N.B: S.A: Etage semi-aride et S.B: Etage subhumide.

N.T: Nombre de touffe. D.T: Diamètre de la touffe S.c: Surface couverte

9-2. LA SURFACE TERRIERE.

Pour apprécier la structure la surface terrière est une valeur intéressante puisqu'elle permet de déterminer l'importance des espèces par le biais de leur volume, de leur accroissement et de leur stabilité qui sont des paramètres économiques et écologiques non négligeables. La connaissance de la surface terrière de l'arbre moyen de chaque espèce permettra, après avoir fait l'inventaire, de définir la structure moyenne de chaque formation végétale étudiée.

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C'est un indicateur eprtient en matière d'impact économqiue des différentes formations forestières, il permet également de classer les peuplements selon leur intérêt écologique et économique afin de leur adapter les technqiues sylvicoles appropriées

La surface terrière de l'arbre moyen de chaque type de végétation et par étage bioclimatique montre une variabilité conditionnée par l'hétérogénéité et la fluctuation des paramètres stationnels (sol et climat). Elle varie de 0,0202 à 0,1382 m2 dans le semi-aride et de 0,0702 à 0,1744 m2 dans le subhumide pour l'arbre moyen toutes espèces confondues. Selon la densité moyenne retenue par hectare, la surface terrière moyenne minimale par hectare est de 7,77 m2 et maximale de 28,86 m2 dans le semi-aride alors qu'elle oscille entre 19,19 et 38,30 m2 dans le subhumide. (Tableaux annexe 74 à 76).

La surface moyenne par arbre, par espèce, par étage et par hectare est récapitulée dans le tableau suivant:

Tableau 48 : Surface terrière des principales espèces arborescentes

Espèces et G

Etage semi-aride

Etage subhumide

 

G/ arbre

G/ ha

G/ arbre

G/ ha

Pinus halepensis

0,0355

10,87

0,0786

28,99

Tetraclinis articulata

0,0193

1,56

0,0415

1,86

Juniperus oxycedrus

0,0310

2,25

0,0403

2,72

Quercus rotundifolia

0,0230

1,24

0,0493

4,47

Quercus coccifera

0,0132

0,66

0,0254

0,76

Quercus faginea

-

-

0,0206

6,45

Quercus suber

-

-

0,0493

8,67

Moyenne

0,0244

 

0,0435

 

On constate que quelque soit le paramètre d'appréciation et d'évaluation retenu, le résultat de la classification est très proche et souvent identique avec une marge de diversité de l'ordre de 25% acceptable dans le domaine végétal. Il est intéressant de relever après exploitation des valeurs calculées (tableaux 75 et 76) que la valeur de G (surface terrière) est 1,8 fois supérieure dans le subhumide que dans le semi-aride.

Le classement en fonction de la surface terrière moyenne par hectare des espèces principales donne ce qui suit:

Tableau 49 : Classement en fonction de G

ORDRE

Etage semi-aride

ORDRE

Etage subhumide

1

Pinus halepensis

1

Pinus halepensis

2

Juniperus oxycedrus

2

Quercus suber

3

Tetraclinis articulata

3

Quercus faginea

4

Quercus rotondifolia

4

Quercus rotondifolia

 
 

5

Juniperus oxycedrus

Il y a lieu de souligner que les formations végétales sous l'effet conjugué des diverses pressions se trouvent très proche du point de vue composition et consistance (volume) et évoluent vers une certaine stabilité imposée par les facteurs du milieu.

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9-3. LA NOTION D'ESPACE VITAL.

La structuration des formations obéi le plus souvent à une hiérarchisation des espèces en fonction de leur distribution et de la surface que se réserve, ou qui est réservée par l'homme lors des travaux sylvicoles, chaque espèce. Les résultats obtenus (voir tableau 77) sont différents et contribuent à expliquer la structure et la physionomie des formations végétales. Dans le semiaride la surface moyenne dont dispose chaque arbre est de 16 m2 alors qu'elle n'est que de 7 m2 dans le subhumide, cette notion d'espace vital varie dans le semi-aride de 7 à 25 m2 et de 3 à 11 m2 dans le subhumide par individu végétal au stade arbre.

L'espace vital disponible par espèce est une valeur déterminante car elle permet d'apprécier les potentialités de la station et donner des informations sur la structure des formations végétales. Tout l'aspect économique et même écologique des principales espèces végétales est conditionné par la densité qui est le reflet de l'espace vital mis à la disposition naturellement ou artificiellement de chaque individu végétal 5Tableau annexe n°77).

9-4. RELATION SURFACE TERRIERE-AGE.

Cette relation permet d'évaluer le comportement des espèces par une comparaison de leur productivité qui est déterminante pour la rentabilité économique d'un écosystème forestier. En fonction de l'âge moyen des espèces arborescentes, leur surface terrière moyenne a été calculée selon l'intensité des pressions qui s'y exercent, des valeurs maximales, moyennes et minimales ont été prises en compte.

Tableau 50 : Relation de G et âge

Age moy.

G min.

G moy.

G max.

ECART

G min.

G moy.

G max.

Ecart

20 ans

6,38

8,34

11,05

4,67

7,61

9,74

15,12

7,51

50

11,31

16,36

24,11

12,80

15,04

22,91

27,64

12,60

80

17,83

22,74

30,91

13,08

20,38

29,05

38,44

18,06

110

22,15

28,06

35,09

12,94

24,81

33,27

43,10

18,29

140

25,06

30,13

37,36

12,30

27,49

36,72

47,23

19,74

Les agressions sont concentrées dans la tranche d'âge comprise entre 20 et 80 ans dans les étages bioclimatiques, la surface terrière réagit négativement puisque le taux moyen de perte en valeur de G est de 45% pour le semi-aride et de 47% pour le subhumide soit respectivement 11,15 et 15,24 m2 par hectare.

Ces valeurs confirment les précédentes et précisent que les agressions naturelles ou artificielles perturbent l'accroissement en volume comme le reflète la surface terrière à travers ses fluctuations intenses.

9-5. LE VOLUME.

Dans le cadre du développement économico-écologique d'une région il est important avant de proposer un aménagement de connaître les aptitudes de production potentielle de biomasse des formations ligneuses, pour cela plusieurs méthodes et formules sont utilisées, simples puis faisant appel à des paramètres de plus en plus variés et précis. (PARDE, 1964; PATERSON, 1956; DAGNELIE, 1957; DECOURT, 1973).

On peut lister brièvement: Indice de PATERSON (1956), de WECH (1960), EMBERGER (1934), CALVET (1982), M'HIRIT (1982). Une formule très simple et la plus usuelle pour des calculs sommaires d'étude phytoécologiques de PARDE (1964 ) a été utilisée et recorrigée selon les conditions locales: V= 0,45 g h où V représente le volume de bois fort (jusqu'à 18 cm de circonférence) de l'arbre mesuré, g étant la surface terrière, h la hauteur totale et 0,45 le coefficient de forme supposé constant. La formule utilisée et adaptée aux conditions régionales (forme des arbres surtout) est: V = 0,37 g h. Selon DAGNELIE (1956) la loi de EICHHORN élargie

118

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admet que la production d'une station reste étroitement liée à la hauteur des arbres quelque soient les éclaircies pratiquées. Cependant une densité excessive interdit une production ligneuse normale, malgré leur hauteur importante les fûts doivent se contenter de volumes nettement inférieurs à ceux où la densité est plus faible; DEVAUX (1976) en étudiant un peuplement de pin d'Alep arrive à cette conclusion.

C'est le paramètre qui regroupe plusieurs éléments déjà étudiés tel que la hauteur, le diamètre, la surface terrière; il permet d'apprécier la production commerciale moyenne de matière ligneuse de chaque espèce à différents âges et sous diverses conditions. Seules les principales espèces dont l'âge dépasse les 70-80 ans, stade économiquement intéressant, ont été évaluées toujours sous l'effet de pression forte, moyenne et faible (Tableaux annexe n°78 à 81).

9-5.1. Groupement à Pinus halepensis.

Les résultats obtenus ont été récapitulés (voir détail dans les tableaux 78 et 79) et renseigne sur l'arbre moyen:

Tableau 51 : Caractéristiques dendrométriques et pressions

Caractéristiques

Etage semi-aride

Etage subhumide

Types de pressions

Faible

Moy.

Forte

Faible

Moy.

Forte

Diamètre à 1,30 m

24,5

27

33

27

29

30

Densité à l'hectare

206

158

77

470

413

359

Volume de l'arbre moyen en m3

0,31

0,33

0,56

0,40

0,46

0,54

Volume à l'hectare en m3

56,13

53,12

41,73

196,93

193,69

182,25

Accroissement arbre moyen m3

0,0031

0,0034

0,0044

0,0045

0,0037

0,0035

Accroissement moyen/ Ha m3

0,70

0,57

0,40

2,13

1,56

1,25

Ces chiffres reflètent les conditions réelles et permettent d'avancer les remarques suivantes:

- plus la pression est forte plus la densité diminue, le diamètre augmente alors que le volume à

l'hectare chute tandis que l'accroissement de l'arbre moyen est le plus élevé. L'espace vital par individu est élevé et la concurrence est moindre. Ces observations ne sont valables que pour l'étage semi-aride.

- dans le subhumide, plus la pression augmente plus le diamètre de l'arbre moyen augmente densité diminue alors que l'accroissement de l'arbre moyen diminue au même titre que le volume par hectare.

L'impact des pressions sur le pin d'Alep est plus négatif dans l'étage bioclimatique subhumide que dans le semi-aride où l'espèce semble résister et s'accommoder des agressions. Le paramètre volume se déprécie sous les meilleures conditions. L'accroissement de l'arbre moyen est relativement constant quelque soit le type de la pression ou l'étage bioclimatique d'où une stabilisation des formations végétales du point de vue dynamique. Les principaux paramètres déterminants (diamètre, volume et accroissement) sont assez proches et seule la densité joue un rôle déterminant et arrive à faire une différence de la productivité. Dans des conditions d'agression intenses les formations de pin d'Alep présentent des valeurs de volume remarquables par individu grâce à une faible densité et une surface disponible par sujet importante. Plus l'espace vital disponible par sujet est grand plus le volume de l'arbre moyen est élevé, il en est de même pour l'accroissement moyen annuel qui est lié à l'arbre moyen. Dans l'étage subhumide c'est les caractéristiques dendrométriques qui sont favorisées par la concurrence qui s'exerce et qui se traduit par des hauteurs élevées où l'élagage est appréciable se soldant par un diamètre remarquable. Pour comparer les données précédentes avec celles d'une formation en prééquilibre et ne souffrant d'aucune agression, les valeurs suivantes ont été estimées dans des conditions optimales de développement du pin d'Alep.

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La relation entre les données dendrométriques et les intensités de pression est récapitulée dans le tableau suivant:

Tableau 52 : Relation diamètre, densité et volume.

Etages bioclimatiques

semi-aride

subhumide

Caractéristiques Pression

Faible

Moyenn
e

Forte

Faible

Moyenne

Forte

Diamètre à 1,30 m

33

34

36

38

35,5

32,5

Densité à l'hectare

241

118

71

265

281

318

Volume de l'arbre moyen en m3

0,58

0,52

0,67

1,00

0,84

0,61

Volume à l'hectare en m3

116,27

66,10

43,25

265,46

235,25

195,7

Accroissement de l'arbre moyen m3

0,0052

0,0051

0,0059

0,0068

0,0060

0,006

Accroissement par hectare en m3

1,29

0,70

0,44

1,78

1,43

1,23

Même dans des conditions optimales l'accroissement moyen par hectare ne dépasse pas 1,29 m3 dans l'étage semi-aride et 1,78 m3 dans le subhumide, cette situation comparée aux accroissements moyens cités par plusieurs auteurs et qui se rapprochent des 3 m3 par hectare et par an (KADIK, 1983). Les pertes en accroissement dues à l'impact des pressions sont assez significatif et se situent entre 0,31 et 0,72 respectivement dans le semi-aride et le subhumide.

D'autres auteurs ont calculé la production ligneuse du pin d'Alep et les valeurs qu'ils avancent sont intéressantes à citer pour situer nos peuplements. SOUCERES (1969) en Tunisie donne les productivités moyennes suivantes: étage subhumide: 0,86 m3, semi-aride supérieur: 0,38 à 0,65 m3, semi-aride inférieur: 0,32 à 0,43 m3. MERIOUA (1992) avance pour les monts de Dhaya une productivité entre 0,32 et 2,77 m3. MAACHOU (1993) pour la région de Mascara évalue la productivité moyenne par hectare et par an de 1,73 à 2,61 m3.

9-5.2. Groupement à Quercus faginea. (Tableau N° 80).

Dans ce groupement végétal, l'un des moins représenté dans la région, les valeurs obtenus mettent en évidence que plus la densité diminue et se rapproche de 400 sujets par hectare plus le volume de bois par hectare est élevé et l'arbre moyen représente des potentialités remarquables. Plus l'intensité des agressions est élevée plus les potentialités dendrométriques diminuent et l'écart de volume entre les arbres de différents diamètres est faible. L'impact des actions dégradantes sur le chêne zeen se traduit par une homogénéisation de l'accroissement et tend vers un peuplement stable. Le peuplement de chêne zeen présente une structure intéressante dés que le diamètre des sujets dépasse 15 cm, c'est à partir de cette valeur qu'on observe les meilleurs résultats en volume. L'accroissement moyen par arbre n'est pas perturbé par les différents pressions puisque l'accroissement constaté entre les peuplements en équilibre et ceux dégradés ne présente qu'un écart de 0,0010 m3. Dans l'étage subhumide c'est l'espèce, lorsqu'elle trouve des conditions qui lui sont favorables, qui présente la meilleure structure et permet avec un âge relativement bas, une densité moyenne et un diamètre faible d'avoir une production appréciable et surtout une bonne occupation de l'espace. BERGUI (1992) pour le Barrage Vert arrive à des résultats intéressant car ils concernent les plantations de pin d'Alep de 8 à 12 ans, un accroissement annuel moyen de 0,265 à 0,182 m3 par hectare.

9-5.3. Groupement à Juniperus oxycedrus. (Tableau N° 81).

Espèce ne formant qu'exceptionnellement une formation végétale mais sa résistance et la place remarquable qu'elle a occupé dans tous les classements précédents mérite une attention particulière surtout dans les zones méridionales où les conditions écologiques sont aléatoires. La contribution de cette dans la composition floristique de toutes les formations végétales de la

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région du semi-aride en fait une espèce jouant un rôle déterminant dans le maintien d'une couverture végétale quand toutes les espèces ligneuses ont tendance à disparaître. Quelque soit le type et l'intensité des pressions qui s'exercent, le volume de l'arbre moyen ne dépend que du diamètre et de la hauteur. A diamètre égale le volume qui lui est rattaché face à une pression faible, moyenne ou forte ne diffère que de 0,05 et 0,03 m3.

Cette espèce malgré sa faible densité, d'ailleurs assez remarquable, au regard des conditions où elle évolue, pouvant cependant atteindre 115 sujets par hectare joue un rôle important dans la structure des formations végétales. L'arbre moyen atteint un volume de 0,022 m3 et un accroissement moyen annuel de 0,0015 m3 dans des conditions moyennes ce qui représente, comparé au pin d'Alep, une performance appréciable. Juniperus oxycedrus s'impose dans toutes les formations dégradées et contribue activement à la détermination de la physionomie et de la structure.

9-5.4. Groupement à Tetraclinis articulata. (Tableau N° 82).

Avec sa faculté de rejeter, la structure des formations à base de thuya axée sur le volume ne peut être évaluée que par touffe avec le calcul du volume moyen par hectare selon que la pression à laquelle la formation est soumise est forte, moyenne ou faible. Dans le semi-aride le volume varie de 0,23 à 12,44 m3 par hectare alors que dans le subhumide il se situe entre 19,20 et 32,81 m3. Ces chiffres classent cette espèce au même titre que le chêne vert et la rapprochent du pin d'Alep.

Ces paramètres sont assez intéressants et justifient la capacité d'adaptation de cette espèce aux conditions du milieu et surtout à sa résistante et à son occupation permanente de l'espace quelque soit la pression qui la dégrade.

Les résultats de productivité obtenus au Maroc où il y a sensiblement les mêmes conditions écologiques sont pour les groupements dégradés de 0,67 à 0,99 m3, les groupements à Olea et Pistacia de 0,72 à 1,38 m3 et les groupements à Quercus ilex de 1,13 à 1,64 m3 par hectare et par an, selon BENABID (1983).

9-5.5 Groupement à Quercus rotondifolia.

Cette espèce malgré sa robustesse offre les meilleurs résultats dans l'étage subhumide où sa présence est importante. Sujette à une multitude de pressions cette espèce présente des volumes très hétérogènes où les écarts sont assez significatifs puisque le volume moyen par hectare varie de 0,66 m3 dans des conditions défavorables à 56,51 m3 dans l'étage semi-aride et de 8,88 à 221,55 m3 par hectare dans le subhumide soit un écart respectif de l'ordre de 98 et 96%. Ces écarts si importants ne peuvent être justifiés que par la grande hétérogénéité de ces formations végétales à base de chêne vert, de l'importance des pressions qui s'y exercent et de la vulnérabilité de cette espèce dans sa concurrence avec les autres espèces.

Les paramètres moyens retenus pour apprécier la structure sont:

- nombre de cépée par hectare: 180 à 630,

- nombre de brins par cépée: 8 à 28,

- densité moyenne par hectare: 1700 à 12600 brins

- circonférence moyenne de la touffe: 5,5 à 12 m,

- volume moyen par hectare: 0,66 à 221,55 m3.

Dans les monts de Tlemcen MANKOURI (1991) arrive à une productivité par hectare et par an de 0,35 à 1,05 m3 pour des âges respectifs de 24 et 35 ans; pour un taillis de chêne vert dégradé la production moyenne annuelle est de 0,68 m3. QUEZEL (1979) donne un chiffre moyen pour la région méditerranéenne de 1m3, ACHHAL (1979) pour le Maroc situe la productivité entre 0,73 et 1,04 m3; pour l'Italie, MIGLIORETTI (1983) avance les valeurs de 1,9 à 4,3 m3 pour une cépée de 25-30 ans. La biomasse en matière sèche par hectare d'un taillis de chêne vert pour la région de Saïda est de 3,26 tonnes.

9-6. SYNTHESE.

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Pour comprendre et identifier une structure d'une formation végétale les paramètres prépondérants et caractéristiques à prendre en considération sont dans l'ordre d'importance:

- la densité,

- la surface terrière,

- le volume

- l'espace vital.

La structure des formations forestière reste une donnée capitale pour toute intervention. Les espèces déterminantes identifiées et déterminantes dans l'appréciation de la structure sont présentes dans les trois strates.

10. NOTIONS FONDAMENTALES A RETENIR.

L'aspect physionomique et structural de la végétation ligneuse est une notion importante à connaître, pour cela la définition d'une méthodologie d'approche que nous avons essayé de mettre au point par la détermination des principaux paramètres à prendre en considération, afin de comprendre le comportement et l'évolution des formations végétales.

A travers les analyses faites nous pouvons retenir les éléments de base qu'il faut maîtriser avec des valeurs de référence pour apprécier le plus fidèlement possible à la réalité les notions de physionomie et de structure.

10.1. LA PHYSIONOMIE

La notion de présence des espèces nous parait capitale, les résultats obtenus attestent de l'importance de ce paramètre qui participe à la détermination et à l'identification de la physionomie. Plus l'espèce est présente plus elle est déterminante pour qualifier une physionomie. Dés que la présence est supérieure à 30% dans la strate arborescente elle doit être prise en considération puisqu'elle agit sur la physionomie; pour la strate arbustive son impact n'est significatif qu'à partir d'une présence supérieure à 60% tandis que pour la strate arbustive c'est le taux de 40% qui est le repère caractéristique pour l'étage bioclimatique semi-aride. Pour le subhumide les taux de présence de référence sont 20% et plus pour la strate arborescente, 30% pour la strate arbustive et 30% pour la strate buissonnante.

La hauteur joue un rôle important et complet la présence pour identifier la physionomie par le biais des strates qui sont une référence importante. Les valeurs minimales des hauteurs permettant de classer les trois principales strates arborescente, arbustive et buissonnante sont respectivement 4, 1,50 et 0,50 mètre.

La stratification est une notion complémentaire aux deux précédentes où les principales espèces par strate sont déterminantes pour définir une physionomie. Les espèces à prendre en considération dans la région sont par étage et par strate:

La notion de stabilité est déterminante pour la physionomie, plus une strate ou les espèces qui la composent sont stables plus la physionomie présente un aspect constant facilement identifiable. Dans le semi-aride les strates les plus stables sont la strate arborescente et arbustive, pour le subhumide c'est la strate arbustive et arborescente.

La plus grande stabilité est localisée dans la strate arbustive de l'étage subhumide où dominent: Quercus rotondifolia, Phillyrea intermedia, Arbutus unedo, Juniperus oxycedrus et Quercus faginea. Elle est suivie par la strate arborescente de l'étage semi-aride avec Pinus halepensis, Tetraclinis articulata, Quercus rotondifolia et Juniperus oxycedrus.

Tableau 53 : Stabilité des principales espèces

Etage

Strate arborescente

Strate arbustive

Strate buissonnante

SEMI-ARIDE

Pinus halepensis

Phillyrea angustifolia

Rosmarinus tournefortii

 

Tetraclinis articulata

Quercus rotondifolia

Stipa tenacissima

 

Quercus rotondifolia

Quercus coccifera

Cistus villosus

 

Juniperus oxycedrus

Pistacia lentiscus

 

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SUBHUMIDE

Pinus halepensis

Quercus rotondifolia

Ampelodesma mauritanicum.

 

Quercus faginea

Phillyrea angustifolia

Quercus rotondifolia

 

Juniperus oxycedrus

Arbutus unedo

Chamaerops humilis

10.2. LA STRUCTURE.

La densité, la surface terrière et le volume de l'arbre moyen sont déterminants pour cerner la notion de structure mais c'est le premier paramètre qui est prépondérant et utilisable pour toutes les strates quand aux deux autres ils ne concernent que la strate arborescente. La notion d'espace vital est importante pour la structure afin d'expliquer la distribution des principales espèces les unes par rapport aux autres.

Les principaux paramètres descripteurs de la physionomie et de la structure sont :

Tableau 54 : Principaux paramètres de physionomie et de structure

Paramètres physionomiques

Paramètres structuraux

1- Présence

1- Densité

2- Hauteurs: dominante et moyenne

2- Surface terrière (par arbre, hectare)

3- Stratification

3- Espace vital (pour les principales espèces)

 

4- Constance floristique

4- Volume (par arbre, hectare, accroissement moyen)

5- Taux de recouvrement

5- Forme (port, élagage, relation houppier-racines)

10.3- PROCESSUS DE DEGRADATION

Le processus de dégradation dépend de la nature et de l'intensité des différentes pressions qui s'exercent individuellement ou simultanément sur les groupements végétaux. La description de ce mécanisme et la structuration de sa forme sont des notions indispensables pour mettre au point des techniques de préservation, de conservation et de traitement des peuplements forestiers ou tout simplement pour dicter des mesures permettant d'enrayer ce mécanisme, de tenter de le stopper ou arriver à renverser le processus pour sauver les formations végétales menacées.

10-3.1. LE DYNAMISME VEGETAL.

C'est une notion primaire car étant le reflet de tout être vivant, dicté par le principe de l'évolution qui est le propre de toute population, une fois cernée et ses paramètres et son mécanisme identifié et schématisé il est alors possible de comprendre les interactions positives ou négatives entre les individus composant les groupements végétaux étudiés.

OZENDA (1982) cite à propos du dynamisme végétal: " Les associations végétales ne sont pas des états indéfiniment stables; à moins qu'une cause particulière (érosion permanente du sol, vent, surpâturage, action de l'homme) ne contrarie leur évolution, elles présentent en général une transformation spontanée et lente, au cours de laquelle des groupements végétaux différents se succèdent en chaque point: cette transformation a été appelée dynamisme de la végétation". C'est de cette notion de dynamisme qu'est née la série de végétation qui est l'ensemble d'un climax, des groupements végétaux qui y conduisent par évolution progressive et de ceux qui en dérivent par dégradation. Il ne faut pas confondre ce dynamisme avec les changements de végétation provoqués par des modifications de milieu dues à d'autres causes. GODRON (1984) quand à lui envisage la notion de succession comme une suite de stades, qui s'éloignent de plus en plus de la plus grande stabilité possible.

L'évolution progressive ou régressive, paramètre déterminant du dynamisme, des formations végétales dans la région centrale tellienne occidentale comme sur l'ensemble du bassin méditerranéen est régie par deux éléments majeurs:

- la lutte pour la survie (concurrence pour l'eau et la lumière),

- l'intensité et le type de pression qui s'exerce.

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Face à la première contrainte qui est naturelle et à laquelle le végétal est adapté par une morphologie et une physiologie lui permettant de supporter des conditions climatiques et édaphiques peu favorables. Ce comportement naturel fait que les espèces à tempérament vigoureux, à croissance plus ou moins rapide et à régénération plus ou moins facile et possible imposent à la formation végétale une composition floristique et une structure qui leur est propre. Cependant face à la pression anthropozoogène et à son impact les espèces végétales les plus coriaces n'ont pu développer un comportement physiologique et physionomique nouveaux leur permettant de faire face à ce redoutable facteur de dégradation. Cela entrave davantage la compréhension du processus évolutif rendu complexe également par une hétérogénéité et une instabilité de la présence des espèces dominantes et déterminantes dans les formations végétales.

Quoique l'homme ait déjà existé au cours de la période glaciaire, son impact sur son environnement par ses diverses activités dont l'agriculture et l'élevage ne s'imposent qu'à partir du Néolithique. Le dynamisme végétal a été mis au point par la palynologie où des successions de formations végétales ont été identifiées. Le paysan du néolithique défrichait la forêt et y laissait courir son bétail, ces deux faits favorisaient la croissance de plantes herbacées, la forêt étant éclaircie. L'activité agricole de cette époque, sans engrais et sans jachère épuisait rapidement le sol conquis par le défrichement. Le défrichement par le feu et abandon des terres épuisées étaient également la règle générale d'exploitation des zones à faible densité de population, hors d'Europe jusqu'au siècle actuel. (KUHNELT, 1969).

Le dynamisme de la végétation est imposé par la notion de succession des espèces et des groupements végétaux sous l'effet de divers facteurs. Il est souvent difficile de définir cette notion, c'est CLEMENS (1973) qui définit assez clairement ce concept. L'étude de la végétation selon DEBUSSCHE (1978) sous l'angle de son dynamisme qui doit exprimer l'organisation spatiotemporelle des espèces végétales les unes par rapport aux autres est l'un des meilleurs préalables à l'analyse de la structure et du fonctionnement des écosystèmes. Dans ce concept le milieu est ou sera modifié ou perturbé et chaque espèce montre vis à vis des modifications du milieu un comportement propre déterminé par son autoécologie.

Différentes conception du dynamisme s'affrontent et il est difficile d'opter pour une définition claire. La seule réalité sur le phénomène des successions qui semble acceptable par toutes les écoles est qu'elle concerne la modification de la végétation. Ces modifications, ce dynamisme, sont orientés et l'on passe d'un certain état de la végétation à un autre. L'ensemble de ces passages au cours d'une succession, dénommés" mécanismes de successions", fait l'objet, également, de nombreuses théories résume MEDERBAL (1992) sur ce point.

CLEMENS (1973), OZENDA (1982), GODRON (1984) parmi ceux qui se sont intéressés au dynamisme de la végétation en Afrique septentrionale sont tous d'accord que pour connaître la dynamique de la végétation, il faut aller au delà de la description et chercher les forces qui gouvernent cette évolution. La force qui guide et oriente la succession est la modification des facteurs déterminants du milieu par les communautés végétales qui facilitent l'implantation et la croissance de successeurs. Chaque espèce a des effets particuliers sur son habitat et sont de ce fait des espèces successionnelles ou climatiques capables de se développer et de maintenir dans l'environnement qu'elles façonnent.

Les règles fondamentales du dynamisme de la végétation impliquant une succession de groupements ou d'espèces sont selon OZENDA (1982):

- une sélection écologique (adaptation),

- une sélectivité sociologique (concurrence),

- une sélection géographique.

Un facteur important est à signaler, c'est un élément du dynamisme déterminant car dans un temps relativement réduit il arrive à créer des successions suite à des perturbations: c'est les facteurs dégradants d'origine anthropique. (BENABDELI, 1980, 1983). GRIME (1977) parle de "stress" et de "perturbation", le premier vise les contraintes extérieures (température, eau, sol, lumière ...) et le second des mécanismes limitant la biomasse par sa destruction (incendies,

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coupes, pâturage ...). LEPPART et ESCARRE (1983) considèrent qu'une succession s'enclenche dés qu'un facteur dégradant perturbe partiellement ou totalement un écosystème préexistant. PICKETT (1980) quand à lui atteste que la perturbation est un fait continu faisant partie intégrante de la biosphère à l'origine de la dynamique des communautés végétales.

PONS et al (1990) montrent à travers des analyses de spectres des restes des anciens groupements végétaux que c'est l'action de l'homme qui est à l'origine de la perturbation puis de la modification de la composition floristique et de l'appauvrissement des écosystèmes et leur remplacement par des espèces plus résistantes depuis 15 à 25.000 ans.

Les groupements végétaux subissent en général une transformation lente et spontanée entraînant une succession de groupements végétaux différents. L'action de l'homme et celles de ses animaux domestiques ainsi que les engins mécaniques et certains travaux sylvicoles inadaptés ou mal faits ont le plus souvent pour effet de perturber cette évolution et parfois de provoquer un retour de la végétation à un stade antérieur entraînant le groupement végétal dans une évolution régressive où la finalité peut se concrétiser par une disparition totale de toute végétation ligneuse.

En plus de l'intérêt théorique évident, l'étude de l'évolution de la végétation a un intérêt pratique certain car elle permet de prévoir l'état probable de la végétation au bout d'un certain temps et de déterminer judicieusement le traitement à appliquer pour obtenir des résultats donnés ou fixés.

10-4.2. Méthode d'observation du dynamisme.

Pour l'étude quantitative de la succession en milieu terrestre des formations végétales, on part fréquemment de l'observation et de l'échantillonnage, à un moment donné, des zones du territoire les plus proches possibles les unes des autres, mais qui représentent différente étapes de la succession. Ces dernières exprimeraient la réponse de l'écosystème à un même type de perturbation qui est survenu à différentes dates connues. A partir de l'information recueillie dans ces stations, on peut déduire des tendances de la succession, à conditions que les caractéristiques du milieu soient assez proches. " La série de données spatio-temporelles possède l'avantage de pouvoir considérer un large intervalle de temps. Les variations dues à des fluctuations météorologiques s'atténuent aussi."(DRUDY, 1973). Toutes les études écologiques partent d'une approche statique pour comprendre le phénomène de succession. Il y a aussi l'approche dynamique consistant à réaliser des observations dans des parcelles permanentes à des dates successives. (AUSTIN, 1981).

L'évolution de la végétation est généralement très lente et les cas d'observation directe sont naturellement rares. Le dynamisme le plus souvent se déduit indirectement sur la base de comparaison entre les groupements végétaux se développant sur des zones homoécologiques pour rechercher des intermédiaires entre les différents stades d'une série. Pour cela il est possible selon OZENDA (1982):

- de faire une observation directe lorsque la succession des groupements est rapide,

- d'étudier les cartes anciennes (description floristique) et leur comparaison avec des récentes, - la reconstitution des paysages végétaux (palynologie, anthracnologie ...).,

- la description des successions à l'intérieur d'une série,

- l'étude comparée des groupements vivants côte à côte.

Généralement c'est l'étude comparée de groupements vivants dans une zone homoécologique et isopotentielle qui permet de reconnaître le dynamisme. On peut rechercher s'ils sont reliés entre eux par des états intermédiaires, et après l'examen du degré de développement ou de la vitalité de certaines espèces on peut reconnaître si celles- ci représentent les restes d'un groupement précédent ou bien annoncent l'évolution vers le stade suivant.

La méthodologie d'approche repose essentiellement sur les séries de végétation où des groupements ont été identifiés à différents stades de dégradation. Dans chaque série de végétation reconnue dans les différents étages bioclimatiques et étages de végétation des placettes d'observations ont servi de base d'approche du processus de dégradation ou une

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description floristique a été faite et par comparaison dans des mêmes conditions de milieu et d'environnement il a été possible d'identifier le mécanisme et le processus.

La végétation dans toutes ses composantes et ses formes peut être caractérisée par les aspects suivants ayant un impact certain sur le dynamisme: une physionomie irrégulière, une stratification hétérogène, une composition complexe, une structure particulière, une régénération aléatoire, une faible productivité et production, un impact constant d'une agression humaine et animale et un déséquilibre avancé souvent irrémédiable. A toute cette instabilité s'ajoute les interventions programmées par l'homme pour rentabiliser les formations végétales et qui le plus souvent ne font qu'accentuer leur fragilité se traduisant par une accélération du processus de dynamisme.

Les caprices climatiques, les conditions édaphiques défavorables, les interventions antiévolutives, les agressions et la fragilité de toutes les formations végétales font que le dynamisme végétal est très puissant et actif et n'obéit à aucune règle particulière ou ordonnée pouvant être définie et schématisé avec facilité et fiabilité. Il est quasiment impossible de domestiquer la nature et donc de prévoir car tous les paramètres intervenants ne sont pas quantifiables. A ce sujet HARROY (1967) soulignait: " ... se rend-on toujours assez compte de ce qu'il ne faudrait en principe jamais demander à des innovations technologiques en matière de développement agricole de produire d'éphémères fruits immédiats s'ils doivent le faire au prix d'un appauvrissement du potentiel naturel fondamental, en ouvrant la voie même indirectement à une érosion des sols ou une désorganisation des régimes hydrographiques, ou en entraînant la destruction d'habitats de vie sauvage".

Le dynamisme fondamental guidant et président la destinée des formations végétales est régressif car toutes les formations végétales connaissent une dégradation qui leur imprime un faciès remarquable par une composition, une physionomie et une structure le plus souvent particulières. Il est tributaire de plusieurs paramètres dont les plus déterminants sont la composition floristique, la constance des espèces, le taux d'occupation de l'espace, la densité, l'espace vital réservée aux principales espèces et l'importance de ou des pressions qui s'exercent. Plus l'impact de l'homme et de ses activités est important plus on assiste à une artificialisation des groupements végétaux qui se traduit par une disparition graduelle des espèces selon leur sensibilité. L'occupation des sols est le reflet schématique du dynamisme de l'espèce où luttent évolution régressive et évolution progressive. Cette mobilité dans l'occupation de l'espace est dépendante des activités exercées par l'homme qui sont soit dominantes soit effacées et qui impriment de leur passage les formations qu'elles touchent.

" L'évolution de la végétation est le résultat de l'action de deux mouvements antagonistes: l'un tendant à appauvrir la végétation en place, l'autre, au contraire l'enrichissant en espèces nouvelles exigeant des conditions écologiques plus stables. Suivant que l'un ou l'autre de ces mouvements l'emporte on assistera soit à un dépeuplement végétal de la région, soit, ce qui est plus rare sur le territoire étudié à la réalisation progressive d'un groupement forestier en équilibre avec les conditions écologiques" récapitule LOISEL (1975) les résultats de l'action de l'homme sur la végétation dans le sud-ouest français.

La mise en évidence de cette mobilité doit être faite pour apprécier à leur juste valeur la résistance et la stabilité des groupements végétaux face à l'action anthropozoogène. L'identification des espèces les plus menacées et leur comportement seront déterminants pour toute tentative d'intervention dont l'objectif est la remontée biologique seule garante de l'évolution. C'est sur les espèces dominantes, déterminantes et contribuant activement à la formation des groupements végétaux et à leur identification qu'il convient d'axer le dynamisme dans un premier temps pour apprécier et comprendre les transformations et leurs causes.

Les systèmes forestiers se succèdent selon le degré d'anthropisation, au système forestier potentiel à caducifoliés (modèle de stabilisation) a succédé par anthropisation des systèmes forestiers à chêne vert résistant aux perturbations humaines et des systèmes préforestiers arbustifs dont les espèces elles même appartenaient au modèle de résistance, comme le font remarquer BARBERO, QUEZEL et LOISEL (1990). Les modelés de stabilisation et de résistance se

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confirment en Algérie occidentale, ce dynamisme se poursuit de nos jours par le remplacement d'ensembles forestiers par des ensembles caractéristiques de dégradation provoquée par des altérations de divers paramètres (biologiques, biomasse, sol, climat). Le modèle d'expansionnisme actuel est provoqué par la disparition d'espèces caractéristiques de milieu et leur remplacement par des espèces ubiquistes à forte faculté de régénération et de colonisation de l'espace.

La faible dynamique naturelle de la végétation en zone aride, voire semi-aride, a déjà été soulignée par LE HOUEROU (1969). SHREVE (1972) a même affirmé que l'on ne pouvait parler de successions sous ces bioclimats, cependant les travaux les plus récents (KASSAS, 1976 et FLORET et al, 1981) concluent tout de même à l'existence de successions.

Mc CORMIK (1968) souligne: " Le remplacement de communautés végétales par d'autres dans le même espace a lieu au cours du temps. Cette substitution est pratiquement continue et résulte de la variation des abondances des plantes en réponse à des changements dans les conditions de milieu". AUSTIN (1977) a mis au point une méthodologie "dynamique" consistant à réaliser des observations dans des parcelles permanentes à des dates successives, où on dispose de séquences plus courtes.

10-4.3. Fidélité des espèces.

Plusieurs espèces formant l'ossature de la composition floristique des principales formations forestières admettent de très larges amplitudes écologiques et supportent sans s'altérer sérieusement les fluctuations climatiques cycliques qui restent sans effet perturbateur sur l'aire écologique des espèces et leur comportement. Cela se traduit sur une constance relative de la couverture végétale si l'action humaine, qui demeure la seule source de perturbation, n'est pas importante et mal planifiée.

Les types physionomiques rencontrés représentent différents stades de dégradation issus du dynamisme naturel ou anthropique d'espèces qui permet de les classer par groupement végétal en espèces préférentielles, fréquentes ou des maquis et matorrals. Selon l'étage bioclimatique et le type de végétation l'évolution des espèces commandées par leur dynamisme imposé lui même par des paramètres écologiques obéit à la répartition suivante:

-Etage semi-aride: Groupement du chêne vert (Quercetum illicis).

Espèces préférentielles : Quercus rotondifolia, Juniperus oxycedrus, Pistacia lentiscus et Genista tricuspidata.

Espèces fréquentes : Genista cinerea, Cistus villosus et Genista quadriflora.

Espèces des maquis: Pistacia lentiscus, Phillyrea angustifolia, Arbutus unedo et Cytisus arboreus. Espèces des matorrals: Stipa tenacissima, Ampelodesma mauritanicum, Rosmarinus tournefortii, Calycotome villosa et Chamaerops humilis.

- Etage subhumide: Groupement du chêne vert (Quercetum illicis).

Espèces préférentielles : Quercus rotondifolia, Pistacia terebinthus, Juniperus oxycedrus et Genista tricuspidata.

Espèces fréquentes: Cistus villosus, Genista quadriflora et Quercus rotondifolia.

Espèces du maquis: Arbutus unedo, Quercus rotondifolia, Cytisus triflorus et Rhamnus alaternus. Espèces des matorrals: Jasminum fruticans, Stipa tenacissima, Ampelodesma mauritanicum, Calycotome villosa, Chamaerops humilis, Cistus salvifolius et Rosmarinus tournefortii.

- Semi-aride: Groupement du pin d'Alep et du thuya (Pinetum halepensis).

Espèces préférentielles: Pinus halepensis, Genista quadriflora, Cistus villosus, Rosmarinus tournefortii et Cistus sericeus.

Espèces fréquentes: Tetraclinis articulata, Quercus coccifera, Quercus rotondifolia, Pistacia lentiscus, Calycotome villosa et Genista cinerea.

Espèces des matorrals: Stipa tenacissima, Ampelodesma mauritanicum et Cytisus triflorus. Espèces des maquis; Pistacia lentiscus, Phillyrea angustifolia, Pinus halepensis, Tetraclinis articulata et Quercus coccifera.

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- Subhumide: Groupement du Chêne vert et du chêne zeen:(Quercetum illicis et Quercetum faginea).

Espèces préférentielles: Quercus rotondifolia, Quercus faginea, Pistacia terebinthus, Genista tricuspidata, Ruscus aculeatus, Viburnum tinus et Rhamnus alaternus.

Espèces fréquentes: Juniperus oxycedrus, Genista cinerea, Cistus villosus et Genista erioclada. Espèces des maquis: Quercus coccifera, Quercus rotondifolia, Pistacia lentiscus, Phillyrea angustifolia, Arbutus unedo et Cytisus arboreus.

Espèces des matorrals: Jasminum fruticans, Rhamnus alaternus, Stipa tenacissima, Calycotome villosa, Chamaerops humilis et Ampelodesma mauritanicum.

Le dynamisme végétal est remarquables et concerne les espèces qui contribuent le plus à la composition et à la physionomie des formations végétales, 25 espèces font partie intégrante de ce dynamisme, elles participent et sont déterminantes pour comprendre l'évolution de la végétation et maîtriser les mécanismes de transformation du tapis végétal permanent.

"Les groupements ont subi un impact humain très élevé depuis de longues années, impact qui a contribué à appauvrir considérablement le cortège significatif, et à étendre actuellement le recouvrement des thérophytes, phénomène maintenant général dans d'autres parties des montagnes, en particulier à la suite des années de sécheresse qu'a récemment subi le pays". (QUEZEL et al 1987).

Ce phénomène a déjà été signalé par QARRO (1985) dans le Moyen Atlas et ACHHAL (1986) dans le revers septentrional du Haut Atlas central. Sous l'effet des actions humaines et du pâturage en particulier ce qui explique l'appauvrissement des groupements végétaux correspondant à des formations plutôt préforestières que forestières.

A côté des espèces significatives apparaissent d'assez nombreux représentant des matorrals Ononido-rosmarinétéa. Le cortège floristique significatif est généralement peu important et inégalement réparti, les Quercetea illicis sont essentiellement représentés par Quercus rotondifolia, Juniperus oxycedrus, Cistus et Jasminum. Le Junipero-oxycedri-quercetum rotondifolia avancé par QUEZEL (1987) trouve sa place dans la région (subhumide inférieur et semi-aride supérieur). La banalité du cortège floristique ne permet pas d'identifier des espèces caractéristiques. Le Phillyretosum s'impose dans la région et est de même composition que celui défini par ACHHAL (1986) au Maroc: Pistacia, Jasminum, Asparagus, Phillyrea, Cytisus.

10-4.4. Fragilité et résistivité des espèces.

L'évolution des formations végétales est conditionnée par la sensibilité des espèces aux agressions qui caractérisent leur fidélité aux formations auxquelles elles appartiennent. Cette notion est importante puisqu'elle permet de classer les espèces en fragile et résistantes. Pour cela la classification repose sur l'appréciation des principaux facteurs de destruction en comparaison avec les facultés de réaction des espèces qui peuvent être récapitulées comme suit: (Tableau annexe N° 84).

Pour faciliter la quantification de l'agression des facteurs de destruction et les comparer à la force qu'opposent les espèces végétales pour leur maintien, la classification globale suivante a été obtenue:

- 3 principaux facteurs de dégradation: incendie, parcours et mutilation

- 3 formes de résistance: rejets rapides, semis abondants et forme de lutte.

Tableau 55 : Principales réponse de la végétation aux pressions

Facteurs de dégradation

Résistance des espèces

Incendie (carbonisation totale ou partielle)

Rejets de souche ou drageonnement

Parcours (utilisation comme prairie)

Semis direct abondant

Exploitation (retrait de bois, aménagement)

Résistance à la combustion

Coupe illicite (utilisation de la matière ligneuse)

Forme buissonnante

Travaux sylvicoles (éclaircie, assainissement)

Longue conservation de la semence

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Travaux forestiers (reboisement, infrastructure)

Longévité importante

Destruction globale de la végétation (défrichement)

Forme épineuse et en coussinet

Pour chaque espèce caractéristique des formations végétales analysées on attribue une valeur pour apprécier la destruction que lui imposent chaque facteur et une valeur de la forme de résistance qu'elle oppose. Les résultats obtenus permettent de classer par strate et par degré de résistance à l'agression décroissant les espèces. (Tableau N° 85).

Tableau 56 : Classement en fonction de la résistance à la dégradation

Strate arborescente

Strate arbustive

Strate buissonnante

Juniperus oxycedrus

Phillyrea angustifolia

Ampelodesma mauritanicum

Tetraclinis articulata

Pistacia lentiscus

Stipa tenacissima

Quercus faginea

Quercus coccifera

Calycotome villosa

Quercus rotondifolia

Arbutus unedo

Génista tricuspidata

Pinus halepensis

Pistacia atlantica

Genista quadriflora

Quercus suber

Erica arborea

Rosmarinus tournefor.

 

Viburnum tinus

Cistus villosus

10-4.5. Variation de la composition.

La comparaison entre les différents groupements végétaux identifiés dans leur phytodynamisme et en fonction de la résistivité et de l'adaptation des espèces permet de déterminer les espèces préférentielles, les espèces fréquentes, les espèces des maquis et les espèces des matorrals (espèces de dégradation en liaison avec la classification basée sur la résistance aux facteurs de destruction). Une comparaison de la composition floristique quantitative d'un groupement végétal à deux dates différentes espacées de 12 ans a permis d'identifier la régression de quelques espèces qui se traduisent par un appauvrissement de la diversité floristique.

L'analyse des relevés de végétation permettant de faire cette comparaison (Tableaux N°86 et 87) pousse à avancer que dans 97% des cas le nombre d'espèces diminue. Les résultats obtenus sont en étroite relation avec la classification des espèces selon leur résistance aux facteurs dégradants par groupement végétal. Ils confirment toutes les conclusions précédentes quand au comportement des espèces ligneuses face à la pression anthropozoogène. Il est à noter que tous les groupements végétaux connaissent une dégradation qui se traduit par une baisse de la fréquence des espèces déterminantes, une réduction de la densité pour les espèces de la strate arborescente et arbustives et une augmentation sensible (de l'ordre de 7 à 11%) de la fréquence des espèces xérophytes, épineuses et sclérophylles adaptées à des conditions de milieu peu favorables, formant généralement la strate buissonnante. La physionomie, la structure et le comportement des espèces sont sujet à des modifications et des perturbations proportionnelles à l'intensité des pressions qu'elles subissent et au degré de résistance qu'opposent les espèces naturellement. Dans l'étage semi-aride pour tous les groupements c'est la strate arborescente te arbustive qui connaissent une régression de la présence des espèces qui les constituent du coefficient III (50%) à II (25%) alors que les espèces de la strate buissonnante présentent un taux de présence en augmentation d 'un taux de II à III en moyenne. Dans les groupements végétaux de l'étage subhumide les connaissent une augmentation du taux de leur présence du coefficient II à III en moyenne dans la strate arborescente et une diminution dans la strate buissonnante de II à I permettant aux espèces de la strate arbustive de connaître un développement justifié par un taux moyen de présence de II à III.

11. LA VEGETATION FACE AUX PRESSIONS.

Toute la couverture végétale sans exception est soumise à une pression due aux activités humaines, constante cette dernière doit être considérée comme un facteur paraécologique

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permanent indissociable de l'évolution des formations végétales. Ainsi les groupements végétaux les plus évolués ne représentent en fait qu'un stade d'équilibre entre la végétation et les conditions du milieu où elle évolue. Tous les groupements végétaux ne reflètent que des stades de dégradation de niveau plus ou moins inquiétant en liaison avec la gravité des conséquences et des possibilités d'amélioration. Le plus souvent le stade de dégradation atteint par la végétation ne peut pas s'expliquer par les conditions écologiques. (Tableaux 104 à 110). La connaissance superficielle de la végétation de la région ne nous permet pas d'expliquer par référence à des études anciennes le comportement des groupements végétaux et des principales espèces déterminantes dans leur évolution. L'importance, l'intensité remarquable avec laquelle s'exercent les divers facteurs dégradants et l'hétérogénéité des formations végétales ont complètement métamorphosé et perturbé la composition et la structure de la végétation ligneuse à tel point que souvent, il est difficile d'identifier un groupement végétal. L'intensité et l'impact des facteurs dégradants ont été si catastrophiques qu'ils sont arrivés à effacer toutes les caractéristiques et les compositions floristiques déterminantes source d'identification d'unités floristiques. Les valeurs suivantes témoignent de la gravité de la dégradation que connaît la couverture végétale:

Tableau 57 : Superficie par type de formation forestière

Type de formation

Superficie occupée/Ha

% de la surface totale

Forêts denses

75.000

12,5

Forêts claires

130.000

21,5

Maquis denses

25.000

4,0

Maquis clairs

110.000

18,5

Matorrals

120.000

20,0

Formations basses

140.000

23,5

Les formations denses représentent 16% de la surface totale alors que les formations claires dégradées occupent 40% auxquelles s'ajoutent 44% de formations basses, relique d'une végétation bien venante ou stades de dégradation avancée. Plus de 80% des formations végétales sont dégradées à différents degré et un fort pourcentage (plus de 45%) ont atteint un stade de rupture d'équilibre souvent irréversible.

11-.1. Principaux types de végétation.

Sur les 800.000 hectares de forêts d'il y a un siècle, plus ou moins évoluées et en para-équilibre avec les conditions du milieu, seuls 600.000 hectares persistent dont 80% sont à un stade de dégradation relativement avancé dont 40% pratiquement irrécupérables. Il y a peine un siècle les monts de Tlemcen et les monts de Dhaya, comme le confirment les reliques de végétation (conservées à cause de conditions particulières de localisation surtout ou de protection), étaient couvertes de superbes forêts de pin d'Alep, de pin d'Alep et thuya, de chêne vert, de chêne vert et pin d'Alep, de chêne vert et chêne zeen et de chêne liège dont le sous-bois assez bien représenté rendait la pénétrabilité difficile et assurait une régénération naturelle permettant une pérennité de la formation. La situation actuelle est inquiétante, la régression de la couverture végétale est remarquable comme le souligne BENABDELI (1983): " L'impression qui prévaut lorsque l'on parcourt ces formations végétales très hétérogènes et complexes est que celles-ci ne sont pas en équilibre. La faible importance du stade gaulis est remarquable: ce stade est d'ordinaire extrêmement important dans un massif appelé à alimenter une industrie du bois".

La complexité de la structure et de la composition de la végétation face à la multitude de facteurs dégradants difficilement maîtrisables rendent presque impossible la mise au point d'une méthodologie d'approche permettant de définir avec une certaine précision les différents type de végétation et les traitements à appliquer. Les variations floristiques remarquables sont le reflet du changement d'une variable écologique déterminante ou sous l'influence d'une pression. A ce sujet

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DOBREMEZ (1972) note: " Elles ( les variables floristiques) dévoilent les relations milieu-végétation bien plus clairement que la comparaison systématique des éléments floristiques et écologiques en un point donné".

Le type de végétation se définit par sa structure et sa composition qui se traduisent par une physionomie. Il existe un cortège de plantes liées à un groupement, ce dernier se reconnaît souvent à des espèces dominantes qui forment l'essentiel de la masse végétale et qui peuvent jouer le rôle déterminant d'espèces formatrices en participant à l'écologie de la station. Il peut aussi se reconnaître à des espèces plus discrètes mais caractéristiques. Les groupements végétaux sont désignés ou identifiés par différents termes. En parlant de groupement on veut indiquer que les espèces se trouvent réunies en " lots" de même affinité écologique: fait d'observation indiscutable. Le groupement végétal, base des travaux de notre thèse se défini: c'est un ensemble formé de plantes réunies dans une même station, par suite d'exigences écologiques identiques ou voisines. La composition floristique en est relativement constante, quand on compare entre elles des stations semblables. Cet ensemble est organisé d'une manière assez précise dans l'espace (distribution verticale et horizontale) et dans le temps (périodicité annuelle). Il se transforme progressivement et plusieurs groupements peuvent se succéder en un même lieu, suivant un processus dont le déroulement dépend en partie des conditions du milieu et en partie d'une évolution des groupements eux-mêmes. Il est possible de distinguer des groupements types appelés association végétales, utilisables comme base de référence dans la description de la végétation (OZENDA 1981-1982). Pour un autre spécialiste le type de végétation c'est: " Grands ensembles végétaux qui impriment au paysage une physionomie particulière parce qu'ils résultent de l'accumulation d'espèces végétales spécifiquement variées mais appartenant en grande majorité à une même forme biologique qui est ainsi dominante". TROCHAIN (1955) in SAUVAGE et IONESCO (1962).

La forêt méditerranéenne par excellence, formation à dominance de Quercus ilex et Pinus halepensis est remplacée sur de très vastes étendues par des maquis de composition typiquement polyphyte, avec des structures relativement simples. Ce maquis, traité dans le passé en taillis pour la production de charbon de bois, pourrait être utilisé pour la fabrication de pâte à papier ou de panneaux de particules. Ainsi il ne parait ni logique ni économique de détruire ou laisser pour compte ces formations végétales dont le dynamisme régressif peut être inversé.

C'est la notion de séries de végétation, déjà analysées précédemment, qui semblent répondre le mieux à la physionomie découlant de la perturbation et de la dégradation des formations végétales. Pour REY (1967) la série de végétation est " Une succession des stades végétaux, qui en un même lieu et dans les conditions écologiques de celui-ci, traduisent l'évolution naturelle de la végétation, depuis un stade initial (sol nu, culture) jusqu'à un stade terminal ou climax". OZENDA (1964) quand à lui la défini : " On appelle série l'ensemble d'un climax des groupements qui y conduisent par évolution progressive ou qui en découlent par dégradation". Le Centre de Recherche en Biologie Terrestre (1981) défini la série comme: " ensemble d'états physionomiques de végétation et de combinaison floristiques issus de la dégradation de la forêt (défrichement, incendie) ou de la remontée biologique." Les séries de végétation sont désignées par le nom de l'espèce dominante et des espèces co-dominantes. Chacune de ces séries est définie par plusieurs stades physionomiques qui se succèdent (steppe, matorral, forêt) et par ses caractères floristiques partiels.

Les états physionomiques de la végétation sont liés entre eux par une parenté floristique imposant une dynamique dépendante de l'évolution de plusieurs facteurs. Identifier les différents caractères floristiques, structuraux et dynamiques des séries de végétation permet de comprendre l'évolution et d'y apporter les remèdes.

11-2.1.1. Les formations pures.

C'est des formations relativement peut représentées et localisées sur des surfaces de faible importance, toutes les espèces principales arborescentes peuvent constituer des formations pures si elles arrivent à éliminer leur concurrents, si elles trouvent des conditions qui le lui permettent et

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si l'homme intervient en faveur d'une espèce par des opérations sylvicoles. On distingue dans la région 5 types de formations pures possibles:

1-Pinus halepensis, 2- Quercus rotundifolia, 3- Tetraclinis articulata, 4-Quercus faginea, 5- Quercus suber.

Exception faite du pin d'Alep et du chêne vert les autres espèces ne forment que rarement des formations pures et n'occupent que des surfaces de très faible superficie. C'est les formations mixtes qui dominent le plus souvent, DJEBAILI (1983) précise: "Dans les monts de Dhaya, le chêne vert et le pin d'Alep forment parfois un véritable mixtum de feuillus et de résineux apparemment en équilibre. Là, sur les versants et jusque dans les plaines, genévrier, thuya, diss, romarin et cistes, constituent les espèces les plus marquantes des différents faciès".

- Formation pure de pin d'Alep.

Localisée dans une partie des monts de Dhaya sur toutes les expositions à l'exception du nord et du nord-ouest, cette formation est essentiellement constituée de forêts au stade de futaie âgée, dégradée. Soumise, grâce à sa grande pénétrabilité due à l'absence presque totale du sous-bois, à une pression animale et humaine très intense (incendie, coupe, exploitation, travaux sylvicoles, parcours, piétinement...) ces vieilles futaies ne constituent que des formations fossiles sans utilité économique et à très faible impact écologique. C'est une série régressive qui est graduellement remplacée par des formations mixtes, sa superficie actuelle ne dépasse pas 100.000 hectares dans la région au lieu des 300.000 il y a un siècle. Détruite totalement ou partiellement, cette formation, lorsque des semenciers existent et que les conditions locales le permettent, se régénère grâce à une régénération naturelle difficile et souvent impossible dans les conditions actuelles. Même si les potentialités existent la germination des graines est aléatoire par absence de travaux d'aide à la régénération comme nous l'avons démontré dans la forêt de Touazizine. Avec une simple opération de crochetage du sol afin d'enfouir les semences, dés les premières pluies d'automne et si la zone est mise en défens, la germination est possible à un taux dépassant les 60%.

KADIK (1983) souligne les espèces de haute fréquence dans la pineraie pure où les espèces les plus significatives sont: Rosmarinus, Globularia, Pistacia, Stipa, Quercus coccifera, Phillyrea, Calycotome. Cette dernière espèce montre une certaine dégradation de la formation alors que la constance de Stipa indique une xéricité de la région. L'analyse de la composante floristique moyenne de 50 relevés phytoécologiques a mis en évidence les espèces forestières et préforestières de cette formation:

Espèces stables: Pinus halepensis, Rosmarinus tournefortii, Cistus villosus, Cistus sericeus et Genista quadriflora.

Espèces à grande fréquence: Pistacia lentiscus, Tetraclinis articulata, Quercus coccifera et Calycotome villosa.

Espèces des stades de dégradation: Stipa tenacissima, Ampelodesma mauritanicum, Chamaerops humilis et Calycotome villosa..

Espèces anthropozoïques: Asphodelus microcarpus, Calycotome villosa.

- Formation pure de thuya.

Très localisée, de très faible importance en surface, on ne compte que quelques centaines d'hectares dans les monts de Tlemcen notamment prés d'Ouled Mimoun et dans les monts de Dhaya aux environs de Youb prés de Saïda. Le mépris qu'a connu, sans raisons écologiques ni sylvicoles, le forestier envers cette espèce demeure inexplicable et justifie la tendance de disparition de cette espèce sous l'effet du feu et des coupes (bois de très grande qualité). Les seules formations pures de thuya qui persistent dans la région sont dans un état de dégradation très avancé, le plus souvent irréversible malgré la faculté de rejeter de souche et la vigueur de cette espèce. Les 30.000 hectares qu'occupe cette espèce sont colonisés par une forêt très claire où la densité est inférieure à 150 sujets par hectare, par des matorrals bas, moyens et élevés à faciès de Stipa tenacissima et Quercus coccifera. Les pressions qui se sont exercées sur cette formation ont détruits les potentialités édaphiques ce qui rend quasiment impossible toute action

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d'installation d'une évolution par une remontée biologique assistée. Les espèces intéressantes pouvant être ciblées sont:

Espèces stables: Rosmarinus tournefortii, Genista tricuspidata et Tetraclinis articulata.

Espèces de stade de dégradation: Stipa tenacissima, Calycotome villosa, Chamaerops humilis, Ampelodesma mauritanicum, Cistus sericeus, Genista tricuspidata et Rosmarinus tournefortii.

- Formation pure de chêne vert.

La grande faculté de rejeter et la résistance de cette espèce aux différentes formes de dégradation justifient l'importance de cette formation dans les monts de Dhaya et les monts de Tlemcen. Elle se maintient et colonise le sol plus que toutes les autres espèces et présente une physionomie et surtout une structure intéressante permettant d'assurer une pérennité de la couverture végétale si recherchée dans la région. L'analyse de la composition floristique d'un certain nombre de relevé permet de désigner les espèces déterminantes de cette formation:

Espèces stables: Quercus rotondifolia, Pistacia terebinthus, Cytisus triflorus, Genista quadriflora et Juniperus oxycedrus.

Espèces de stade de dégradation: Stipa tenacissima, Calycotome villosa, Chamaerops humilis, Cistus salvifolius, Ampelodesma mauritanicum et Rosmarinus tournefortii.

Espèces anthropozoïques: Asphodelus microcarpus, Ferula communis, Ampelodesma mauritanicum et Genista tricuspidata.

Espèces à grande fréquence: Cistus villosus et Genista quadriflora.

- Formation pure de chêne liège.

Présente uniquement dans les monts de Tlemcen, plus précisément dans la forêt de Hafir sur prés de 200 hectares seulement, cette formation se distingue par une absence totale de régénération naturelle. Condamnée à disparaître dans un proche avenir cette formation cédera le terrain au chêne zeen et au chêne vert essentiellement. Malgré des conditions de milieu appréciables cette espèce tend à disparaître à cause d'une pression animale et humaine remarquables entravant toute possibilité de régénération.

Les espèces intéressantes de cette formation sont:

Espèces stables: Quercus rotondifolia, Quercus faginea, Juniperus oxycedrus, Genista tricuspidata, Cytisus triflorus et Viburnum tinus;

Espèces de dégradation: Ampelodesma mauritanicum, Stipa tencissima, Chamaerops humilis, Calycotome villosa et Rosmarinus tournefortii.

Espèces anthropozoïques: Erica multiflora, Calycotome villosa et Chamaerops humilis. - Les formations mixtes.

L'importance de ces formations végétales est justifiée dans la région par les hétérogénéités climatiques, édaphiques, floristiques et des facteurs dégradants ainsi que la résistance et l'adaptation des principales espèces à leur environnement. La description physionomique et floristique de toutes les formations végétales de la région auxquelles on peut attribuer le qualificatif de mixte permet de les classer en quatre groupes: les formations mixtes de pin d'Alep, du chêne vert, du chêne liège et du thuya.

Leur composition floristique ne diffère pas tellement des formations pures, seules les strates arborescentes et arbustives comportent des espèces supplémentaires ou différentes qui impriment à la physionomie et à la structure des particularités. Dés que les espèces principales sont supérieures à un, la formation présente des facultés de résistance et de pérennité remarquables dues essentiellement à l'écologie de ces espèces.

Les principales formations mixtes rencontrées dans les deux étages bioclimatiques sont pour le semi-aride:

- dans la série du pin d'Alep: pin d'Alep et chêne vert, pin d'Alep et thuya, pin d'Alep et genévrier, pin d'Alep, chêne vert et thuya.

- dans la série du chêne vert: chêne vert et genévrier, chêne vert et chêne afares, chêne vert et chêne kermès.

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- dans la série du chêne liège: chêne liège et chêne vert, chêne liège et chêne zeen, chêne liège et genévrier;

- dans la série du thuya: thuya et chêne kermès, thuya et chêne vert.

KADIK (1983) et ALCARAZ (1982) notent des espèces de haute fréquence dans les formations mixtes qui peuvent être résumées comme suit:

- Pin d'Alep, chêne vert et thuya: Quercus rotondifolia, Pinus halepensis, Tetraclinis articulata, Rosmarinus, Genista, Quercus coccifera.

- Pin d'Alep et chêne vert: avec une dominance de la strate arbustive, Juniperus oxycedrus, Asparagus, Phillyrea, Genista, Ampelodesma et Stipa, Cistus, Rosmarinus.

- Pin d'Alep et thuya: Rosmarinus, Globularia, Pistacia, Stipa, Quercus rotondifolia, Phillyrea, Cistus

Diminution de l'importance des espèces forestières et préforestières des Quercetea illicis du nord vers le sud et augmentation des espèces caractéristiques des Ononido-Rosmarinetea. Plus la station est fertile plus les espèces qui suivent sont présentes avec un coefficient d'abondance- dominance élevé: Quercus coccifera, Tetraclinis articulata, Pistacia lentiscus, Juniperus oxycedrus, Asparagus, Ampelodesma, dés que la station est moins fertile et que les conditions de milieu deviennent plus ou moins hostiles les espèces suivantes abondent: Rosmarinus, Globularia, Stipa.

L'interprétation de telles formations n'est pas simple car le cortège floristique est banal et n'est pas riche en espèces significatives comme le soulignent QUEZEL et RIVAS-MARTINEZ (1992), QUEZEL et al (1992), BARBERO (1989) et DAHMANI (1989).

L'importance des espèces les plus présentes dans les pineraies des monts de Dhaya selon LATRECHE (1995) après l'A.F.C qu'il a faite sont dans un ordre décroissant: Pinus halepensis, Stipa tenacissima, Genista quadriflora, Rosmarinus tournefortii. " Ces espèces occupent une place centrale vu leur importance dans de telles formations pré-steppiques et leur présence dans tous les relevés confèrent à ces espèces des caractères d'espèces -constantes-". La classification des espèces de la forêt de Touazizine (monts de Dhaya) selon leur résistance après LATRECHE (1995) est: Stipa tenacissima, Pinus halepensis, Rosmarinus tournefortii, Cistus villosus, Genista quadriflora. C'est les groupements de chêne kermès, pin d'Alep, genévrier et alfa, pineraie pure qui sont les plus résistants après le même auteur.

11-2. Les principaux groupements végétaux identifiés.

Le nombre de groupement végétaux est important, cela se répond à la diversité des conditions écologiques et des actions humaines. La rusticité des espèces arborescentes, arbustives et même buissonnante face aux pressions qui s'exercent sur elles est également à l'origine de la multitude de groupements végétaux identifiés. La synthèse des différents groupements végétaux déterminés basée sur l'affinité et la ressemblance qui reposent sur la composition floristique et les espèces prépondérantes permet de dégager seulement 16, ce chiffre peut être considéré comme un nombre minimal admis dans la région sans prendre en considération ni la physionomie imposée par les pressions ni les espèces imprimant un faciès particulier. (Tableaux annexe N° 111 à 124).

Les principaux groupements appartenant à la série du pin d'Alep et à la série du chêne vert, souvent il est difficile de faire une séparation entre des groupements appartenant à l'une ou l'autre série. Dans ces cas il faut faire appel à une troisième espèce dominante et déterminante si possible qui permettra d'affiner la dénomination et d'identifier avec précision le groupement végétal. Ces espèces sont celles définies dans le sous-chapitre traitant des principales espèces déterminantes dans l'appréciation de la physionomie et surtout la structure. Par étage bioclimatique et par strate les espèces pouvant caractériser les groupements végétaux sont:

Etage semi-aride:

Pinus halepensis, Quercus rotondifolia, Quercus coccifera, Phillyrea angustifolia, Rosmarinus tournefortii, Cistus villosus, Stipa tenacissima.

Etage subhumide:

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Quercus rotondifolia, Quercus faginea, Arbutus unedo, Ampelodesma mauritanicum, Chamaerops humilis, Cistus salvifolius.

Toutes les espèces qu'elles soient arborescentes ou arbustives forment des groupements végétaux mixtes dans presque toutes les conditions édapho-climatiques et souvent grâce à l'intervention irréfléchie de l'homme. La dégradation des conditions édaphiques sous l'effet conjugué de plusieurs et de la dégradation partielle de la composition floristique justifient l'abondance des groupements mixtes par les possibilités offertes aux espèces ligneuses à pouvoir coloniser l'espace libéré par les espèces détruites totalement ou mutilées avec des potentialités donc amoindries. C'est les espèces à forte capacité de résistance et de colonisation du milieu qui arrivent à jouer un rôle déterminant dans la physionomie et la structure même de ces groupements. Les espèces colonisatrices contribuant à la formation de ces groupements sont: Pinus halepensis, Quercus rotundifolia, Juniperus oxycedrus et Quercus faginea.

11-2.1.Les formations végétales.

Les systèmes forestiers se succèdent selon le degré d'anthropisation comme le font remarquer BARBERO et QUEZEL (1989), au système forestier potentiel à caducifoliés (modèle de stabilisation) a succédé par anthropisation des systèmes forestiers à chêne vert résistant aux perturbations humaines et des systèmes préforestiers arbustifs dont les espèces elles même appartenant au modèle de résistance. (BARBERO et LOISEL, 1990). Les formations végétales sont le reflet de la dynamique de la végétation essentiellement ligneuse dans la détermination d'une physionomie et d'une évolution. REY (1960) définie les formations végétales comme: " Groupement botanique caractérisé par sa forme biologique dominante, expression actuelle de conditions de vie déterminées". Les principales formations, déjà définies précédemment, sont: la forêt, la forêt mixte, le perchis, le taillis, le taillis arboré, le matorral, la steppe arborée, la steppe auxquelles il faut ajouter le maquis, le buisson et la garrigue.

Le nombre de formations végétales identifiées est largement supérieur par rapport au nombre de groupements végétaux, c'est la composition et la hauteur qui sont des paramètres déterminants facilitant l'identification des principales formations végétales. Le comportement des principales espèces face aux pressions est souvent pris en considération pour cette identification qui devient complexe; on dénombre plus de 70 formations végétales sur les 16 groupements, ce qui témoigne d'une diversité physionomique élevée et d'une pression diversifiée :

- Les formations pures: le type de formation dans cette classe est relativement simple à identifier puisque les principales espèces pouvant contribuer à construire une formation ne sont qu'au nombre de 26 mais très rarement que ces espèces sont seules. Les formations végétales pures sont constituées essentiellement par strate des espèces suivantes:

Tableau 58 : Espèces constituant l'ossature des formations forestières

Strate arborescente

Strate arbustive

Strate buissonnante

Pinus halepensis

Quercus rotondifolia

Ampelodesma mauritanicum

Quercus faginea

Quercus faginea

Stipa tenacissima

Quercus suber

Tetraclinis articulata

Calycotome villosa

Tetraclinis articulata

Pinus halepensis

Quercus rotondifolia

Quercus rotondifolia

Arbutus unedo

Chamaerops humilis

Seules 14 types de formations végétales pures ont été localisés dans la région où dominent la forêt, le maquis et le matorral.

- Les formations mixtes : la situation est plus complexe car presque toutes les espèces entrent

en compétition,, 20 espèces dans le semi-aride et 18 dans le subhumide. Toutes ces espèces

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s'agencent par strate pour former 83 formations mixtes dont les plus présentes (taux de présence supérieur à 25%) sont par ordre d'importance:

- Forêt de pin d'Alep et chêne vert, et alfa, et genévrier, et chêne vert et genévrier, et thuya, et calycotome et romarin, et chêne vert et thuya, et lentisque et filaire.

Maquis de pin d'Alep et lentisque, et thuya, et genévrier.

Matorral de pin d'Alep et romarin, et alfa, et chêne vert, et thuya.

- Forêt de chêne vert et genévrier, et chêne kermès, et lentisque, et diss.

Maquis de chêne vert sur genêt, et alfa, et chamaerops, et genévrier.

Matorral chêne vert et chêne kermès, et calycotome, et ciste, et diss, et romarin. - Forêt de thuya sur alfa, et genêt, et chamaerops,

Maquis de thuya sur lentisque, et lentisque et filaire, et chêne kermès, et alfa.

Matorral de thuya sur calycotome et genêt, et romarin et ciste.

- Forêt de chêne liège sur bruyère, et chêne vert, et chêne zeen.

- Forêt de chêne zeen sur chêne vert, et viorrnetin, et bruyère.

Maquis de chêne zeen sur chêne vert, et genêt.

Matorral de chêne zeen sur diss et chêne vert, et chêne vert, et ciste.

Soit 4 formations mixtes identifiées, les plus représentatives où maquis et matorral dominent ce qui confirme le stade de dégradation atteint par les diverses formations. Toutes les formations connaissent une évolution régressive, plus de 50% de ces formations sont dégradées, maquis et matorral dominent avec une prédominance d'espèces caractéristiques des stades de dégradation.

11-3. Processus de dégradation.

La règle générale qui préside les phases successives de la dégradation de toutes les formations végétales réside dans la capacité de résistance qu'offrent les espèces composant les différentes strates face aux facteurs de dégradants. Chaque facteur, selon la composition floristique, la structure, la physionomie et le type de formation végétale contribuent chacun selon son impact au processus de dégradation.

11-3.1. Processus classique.

Généralement le processus de dégradation se défini par la modification de la composition floristique par la disparition ou la diminution des espèces, les plus sensibles sont les plus touchées, une perturbation de la structure se traduisant par une altération partielle ou totale de la stratification et une diminution de la fréquence des espèces.

Ce processus est conditionné par la disparition d'espèces constantes de la formation végétale et leur remplacement par d'espèces de second ordre et sans intérêt prépondérant sur la structure et la physionomie qui sont les paramètres déterminants pour apprécier ce processus.

LONG (1960) résume le mécanisme de dégradation classique: " L'homme qui supprime les espèces ligneuses pour se constituer une réserve de bois de chauffage et qui, de temps en temps, pratique le système si bien connu des cultures occasionnelles (schifting cultivation ) est, avant l'animal herbivore, le principal responsable de l'état de désolation dans lequel se trouve la végétation des terrains semi-arides de la région méditerranéenne".

L'utilisation abusive simultanée par l'homme et par l'animal des formations végétales conduit selon la qualité des conditions édapho-climatiques à différents stades de dégradation allant de la simple altération partielle de la composition floristique à une perturbation totale de la structure, de la physionomie et de la composition floristique à tel point que toute dégradation devient aléatoire.

Le schéma de dégradation le plus fréquent identifié dans la région comporte six phases ou stades facilement décelables:

Phases

Description du mécanisme

 

I

Stade en pré-équilibre représenté par une forêt plus ou moins dense avec espèces para-climaciques, présence des trois strates. C'est une forêt dense.

des

136

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monts de Tlemcen et les monts de Dhaya (Algérie occidentale)

 

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II

Stade légèrement en déséquilibre, généralement une strate est faiblement

représentée se traduisant par une diminution de la présence de certaines espèces très sensibles. C'est une forêt claire.

III

Altération importante de la strate arborescente ou arbustive. Même si la composition floristique semble constante la physionomie est perturbée par la dégradation d'espèces déterminantes. C'est un maquis arboré ou haut.

IV

Formation ouverte caractérisée par une absence totale ou partielle remarquable d'une des deux strates arborescente ou arbustive. Les espèces buissonnantes sont assez bien représentées et impriment au paysage végétal une physionomie particulière. Il s'agit d'un matorral haut.

V

Seule la strate buissonnante est présente, les deux autres strates ne sont présentes que par des reliques ou des espèces regroupées en bouquet isolé. C'est généralement les espèces qui rejettent fortement de souche qui forment cette phase. C'est un matorral bas.

VI

Disparition quasi totale de la végétation ligneuse où persistent cependant quelques espèces éparses de la strate buissonnante sous forme de coussinet. Forme ultime de dégradation représentée par l'erme.

Un autre processus de dégradation souvent identifié est présent et diffère de celui décrit, processus dont l'action débute par la disparition des strates inférieures et des espèces secondaires. Assez présent dans la région ce mécanisme peut être schématisé comme suit:

Phases

Mécanisme de transformation

I

Disparition partielle ou totale de la strate arbustive constituée d'espèces feuillues et de jeunes sujets des espèces arborescentes fragiles et facilement destructibles.

II

Destruction partielle ou totale des espèces déterminantes de la strate

buissonnante avec une faible présence de la strate arbustive;

III

Dégradation de la strate arborescente où toutes les espèces peu résistantes physiologiquement et morphologiquement sont éliminées.

IV

Formation très dégradée, claire où toutes les strates quand elles arrivent à se maintenir ne sont que très faiblement représentées.

Le dernier processus assez fréquent se distingue par le type de formation finale obtenue issue d'une pression très intense axée essentiellement sur la strate arbustive et la strate buissonnante. Ce mécanisme n'est représenté que par trois phases car le stade de dégradation atteint est extrême et seule la strate arborescente joue encore un rôle de couverture végétale.

Phases

Mécanisme de transformation

I

Elimination quasi totale de la strate buissonnante qui n'est représentée que

faiblement par quelques espèces rejetant de souche.

II

Destruction presque totale de la strate arbustive, seules quelques espèces

persistent et n'arrivent pas à reconstituer cette strate à cause d'une forte pression permanente;

III

Présence d'une strate arborescente de très faible densité sans sous-bois, forêt fossile ou prairie, dés disparition de la strate arborescente c'est un terrain nu qui suit.

11-3.2. Facteurs à l'origine de ces processus.

Pour les raisons évoquées tout au long de ce travail et notamment dans le chapitre réservé aux facteurs dégradants, rares sont les formations en équilibre tant écologique que biologique (les peuplements se maintiennent homogènes et ne sont l'objet que de substitution d'essences). Généralement, et malheureusement, dans notre région cet équilibre est rompu car l'action de

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l'homme ne se limite pas à l'orientation des peuplements dans un but strictement sylvicole. L'homme sans s'assure de la fiabilité de ses interventions et des résultats contribue à la dégradation de la végétation ligneuse par une élimination d'espèces déterminantes et d'une action certaine pour l'avenir de cette formation végétale. La prolifération d'espèces de moindre importance est alors encouragée (ces dernières profitent des conditions temporaires provoquées par l'action de l'homme ou de l'animal) et contribuent à la formation de groupements végétaux indésirables, symbole de dégradation constituant le point de départ d'un processus de transformation. Le rôle économique que jouaient les formations végétales a également contribué à accentuer le processus de dégradation par une forte exploitation sans commune mesure avec les possibilités et les potentialités du peuplement. MARC (1916) justifie cette situation: " Avant l'occupation française les immenses boisements de l'Algérie tenaient dans la vie économique du pays, la place qui leur est réservée dans les sociétés de civilisation rudimentaire et de moeurs simples; ils servaient surtout de terrain de parcours pour l'entretien d'un bétail qui constituait la principale si non la seule richesse du pays, ils fournissaient, d'autre part, le combustible strictement nécessaire à la préparation des aliments, ainsi qu'au chauffage des habitants pendant la période de froid - relativement courte - d'un climat peu rigoureux. Le bois, le liège même, dont le commerce était à peu prés inconnu, se rangeaient, comme une foule de menu produits divers, utilisés par les populations pour leurs besoins où dont elles tiraient de petits profits, dans la catégorie des produits accessoires".

Hélas cette situation n'a pu être conservée, la colonisation provoqua une modification totale et profonde de la société qui se répercuta sur une utilisation économique de la forêt et même stratégique (répondre aux besoins en combustible de l'industrie). Dés 1892 dans le budget annuel le rapporteur de la commission du projet de loi (après MARC 1916), la notion de rentabilisation de la forêt était à l'ordre du jour puisqu'on comparait déjà les rendements insignifiants de la forêt aux charges de gestion qu'elle engendrait. Cette notion existait bien avant, en 1872 TASSY in MARC (1916) relevait que les produits à retirer des forêts ne pouvaient être intéressants qu'à longue échéance. On reprochait à l'administration de n'avoir pas su tirer profit du domaine forestier. Malgré que certaines personnes attirent l'attention sur une exploitation rationnelle des forêts algériennes, cela supposait qu'il y avait une exploitation abusive et irrationnelle.

Les forêts de la région au regard de leur situation géographique et orographique étaient et demeurent les plus exposées aux diverses agressions qui persistent depuis plus de deux siècles. Des spécialistes avertis tiraient la sonnette d'alarme en 1827 lors de l'élaboration du code forestier. " Ce n'est pas seulement par les richesses qu'offre l'exploitation des forêts sagement combinée qu'il faut juger de leur utilité: leur existence même est un bien fort inappréciable pour le pays qui les possède, soit qu'elles protègent et alimentent les sources et rivières, soit qu'elles soutiennent et raffermissent le sol des montagnes, soit qu'elles exercent sur l'atmosphère une heureuse et salutaire influence" notait un forestier anonyme. Malgré cela, l'attrait de l'intérêt à retirer des forêts, souvent gratuitement, les conséquences sont catastrophiques pour les formations végétales. On a toujours affirmé durant plus d'un siècle que les forêts de la colonie renferment, tant en bois d'oeuvre qu'en bois de chauffage de larges ressources susceptibles de fournir des revenus intéressants. Face à ces idées agressives et aux différentes dégradations, dés 1916 MARC notait:"...la végétation ligneuse se montre généralement en Algérie d'une ténacité, parfois même d'une vigueur remarquable: c'est ce qui a permis à nombre de boisements de survivre aux causes de destruction qui menacent leur existence. Mais les conditions climatiques des régions méridionales, considérées aussi bien au nord qu'au sud de la Méditerranée, en Provence qu'en Algérie ne sont pas, d'une façon générale, favorable à la production des bois de grandes dimensions; la constitution des forêts qu'on y rencontre et que peuplent en majorité des essences de deuxième ou troisième grandeur, ou des espèces simplement buissonnantes".

Selon la faculté des espèces à supporter la sécheresse, la concurrence, les agressions et le couvert végétal arrivent à imprimer aux peuplements leur structure et une composition floristique définitives. Dans l'étage semi-aride où la concurrence des racines se fait à longueur d'année par

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l'insuffisance d'eau, la densité et le recouvrement en sont liés. De ce fait la composition de la formation se limite à une ou deux espèces principales aux faibles exigences hygrométriques. La concurrence, les actions de dégradation, l'aire de répartition, les zones de transition, la résistance aux pressions, le comportement des espèces sont à l'origine de la composition, de la structure et de la physionomie des diverses formations végétales. Ainsi par l'élimination graduelle des espèces principales on obtient leur substitution par des formations secondaires de dégradation le maquis, le matorral et la broussaille.

On reviendra que la ruine de la couverture ne se limite pas à son appauvrissement ou à sa disparition partielle le plus souvent superficiel et périodique mais à la destruction du capital régénérateur que sont les potentialités édaphiques et les facultés de régénération de quelques espèces fondamentales dans la constitution des formations végétales. Tous les stades de dégradation ne sont en général qu'une forme d'évolution transitoire des types de végétation liée au temps et aux facteurs de l'environnement. Les stades régressifs peuvent évoluer le plus souvent dés disparition ou atténuation du facteur dégradant. Il est difficile de situer la ligne de démarcation entre les différents stades de dégradation tellement la végétation est en symbiose avec les conditions du milieu et les autres paramètres l'influençant. Une étude comparative des stades de dégradation avec les potentialités existantes laisse supposer que dans un pourcentage de cas appréciables il y a possibilité d'évolution.

11-3.3. Schématisation du processus.

Généralement en région méditerranéenne le processus de dégradation a été schématisé par plusieurs spécialistes, dans tous les cas le point de départ était la forêt, plusieurs autres stades intermédiaires permettaient d'atteindre le sol nu. Le schéma le plus fidèle à la réalité a été mis au point par les quatre auteurs POLUNIN et HUXLEY (1967), LE HOUEROU (1969), KUHNHOLTZ (1939) et TOMASELLI (1976)

Tous les processus de dégradation se ressemblent et présentent des phases identiques qui se distinguent par une élimination progressive de la strate arborescente, de la strate arbustive et de la strate buissonnante puis de la strate herbacée. Les notions de physionomie et de structure avec leur paramètre sont déterminantes pour cerner et comprendre ce processus de dégradation où le type de physionomie de la végétation est prépondérant et caractéristique.

Tableau 59 : Processus de dégradation

KUHNHOLTZ
(1939)

TOMASELLI
(1976)

LEHOUEROU
(1969)

LEHOUEROU
(1969)

HUXLEY
(1967)

Forêt

Forêt

Forêt

Forêt

Forêt

Maquis

Maquis

Garrigue dégradée

Forêt dégradée

Maquis

Buisson

Garrigue

Steppe mixte

Matorral

Garrigue

Pelouse

Pelouse

Steppe alfa

Erme

Steppe

Sol nu

Sol nu

Steppe dégradée

Pâturage

Champ

Le processus de dégradation le plus rencontré dans la région et par étage bioclimatique se

résume à:

- semi-aride: Forêt-Matorral-Garrigue-Steppe-Sol nu - subhumide: Forêt-Maquis-Broussaille-Erme-Sol nu - Mécanisme de dégradation.

Le mécanisme de dégradation es formations forestières dans la zone d'étude se récapitule

comme suit :

- Dégradation de la couverture végétale

- Diminution du taux de matière organique dans le sol - Dégradation de la stabilité structurale du sol

- Diminution de la capacité de rétention en eau du sol

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- Accroissement du ruissellement

- Accentuation de la sécheresse

- Risque incendie accru

- Augmentation de la sensibilité à la dégradation

11-4.TYPES DE GROUPEMENTS VEGETAUX REGRESSIFS.

Pour comprendre la réaction de la végétation face aux diverses pressions concrètement il a été retenu 27 groupements végétaux représentatifs de toutes les formations végétales identifiées dans la région. Dans l'étage bioclimatique semi-aride 9 groupements végétaux ont été analysés pour définir dans le détail le processus de transformation, dans le subhumide qui n'occupe pas la même surface seuls 5 groupements ont été retenus.

10-4.1. Principaux groupements analysés.

Les neuf groupements végétaux sélectionnés sur la base de leur représentativité dans l'étage bioclimatique semi-aride se distinguent par l'importance d'espèces xérophiles et la présence importantes d'espèces dans les trois strates. Pour l'étage bioclimatique subhumide cinq groupements végétaux ont été analysés dans leur comportement face à diverses pressions.

Les groupements végétaux ayant servi de base d'appréciation du processus de dégradation sont par étage bioclimatique (Tableaux annexe N° 86 à 103):

Etage bioclimatique

Principaux groupements

Semi-aride

Pinus halepensis et Tetraclinis articulata

 

Tetraclinis articulata et Pinus halepensis

 

Tetraclinis articulata et Quercus rotondifolia

 

Pinus halepensis et Pistacia lentiscus

 

Pinus halepensis et Quercus rotondifolia

 

Pinus halepensis et Juniperus oxycedrus

 

Quercus rotondifolia et Juniperus oxycedrus

 

Pinus halepensis et Stipa tenacissima

 

Pinus halepensis et Calycotome villosa

Subhumide

Quercus rotondifolia et Tetraclinis articulata

 

Quercus suber et Quercus rotondifolia

 

Quercus faginea et Quercus rotondifolia

 

Quercus rotondifolia et Ampelodesma mauritanicum

 

Quercus suber et Quercus Faginea

La méthodologie d'approche permettant de décrire l'évolution régressive de tous ces groupements repose sur:

- la sélection de groupements végétaux représentatifs des différentes séries de végétation identifiées,

- la recherche dans chaque série une suite de cinq groupements végétaux issus par la dégradation du groupement le plus évolué,

- l'évaluation de l'intensité de l'agression et la réaction des espèces du groupement végétal,

- le respect des cinq phases de dégradation qui ont été définis précédemment et qui reflètent le processus classique le plus usuel découvert dans la région.

11-4.1.1. Analyse de la présence.

La synthèse du nombre d'espèce par groupement végétal, par strate et par stade de dégradation récapitulée dans les tableaux annexe N° 86 à 103 permet d'avancer les observations suivantes:

- le plus grand nombre d'espèces se localise dans la strate buissonnante et varie dans le semiaride dans le maximum entre 4 et 11 et dans le minimum entre 0 et 4,

140

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- le nombre d'espèces arborescentes ne dépasse qu'exceptionnellement 4 quelque soit l'étage bioclimatique,

- la diminution du nombre d'espèces dues aux agressions est différente selon l'étage bioclimatique et surtout la strate, dans le semi-aride c'est la strate arbustive qui est la plus dégradée alors que dans le subhumide c'est la strate buissonnante,

- une ressemblance remarquable est perceptible dans le nombre d'espèces par strate dans les deux étages bioclimatiques quelque soit la strate,

- l'appauvrissement des groupements végétaux en espèces, à travers leur cinq phases de dégradation identifiées en fonction de l'intensité des agressions et du processus évolutif de destruction des formations végétales, est remarquable puisqu'il varie entre 38 et 67% dans le semi-aride et 33 à 56% dans le subhumide pour les phases de dégradation 3 et 5 (moyenne et maximale),

- plus la composition floristique du groupement végétal est composée d'espèces variées plus l'appauvrissement est faible car les probabilités d'espèces résistantes aux agressions sont grandes.

Le tableau suivant résume la fréquence des espèces par groupement en phase 1 (groupement le plus évolué rencontré), en phase 3 (groupement moyennement dégradé) et en phase 5 (groupement extrêmement dégradé) :

Tableau 60: Fréquence des espèces par groupement

Etage bioclim.

Groupements végétaux

Fréquence des espèces

% de diminution

Semi-aride

 

Maxi.

Moy.

Min.

Stade 3

Stade 5

 

Pin d'Alep et thuya

21

10

04

53

81

 

Thuya et Pin d'Alep

22

13

08

41

64

 

Thuya et Chêne vert

18

09

04

50

78

 

Pin d'Alep et Lentisque

16

10

05

38

69

 

Pin d'Alep et Chêne vert

13

10

07

24

47

 

Pin d'Alep et Genevrier

13

10

05

24

62

 

Chêne vert et Genévrier

16

11

06

32

63

 

Pin d'Alep et Alfa

14

09

05

36

65

 

Pin d'Alep et Calycotome

08

04

02

50

75

 

MOYENNE

15

09

05

38

67

Subhumide

 
 
 
 
 
 
 

Chêne vert et Thuya

20

13

08

35

60

 

Chêne liège et Chêne vert

17

10

06

42

65

 

Chêne zeen et Chêne vert

17

11

09

36

48

 

Chêne vert et Diss

17

10

06

42

65

 

MOYENNE

16

10

07

33

56

Les groupements végétaux de l'étage semi-aride présentent une moyenne minimale d'espèces ligneuses de 5 quand les facteurs dégradants sont extrêmes et 15 quand ces derniers sont faibles. Pour l'étage subhumide la moyenne minimale est de 7 et maximale de 16 sous les mêmes appréciations des facteurs dégradants. Les groupements végétaux de l'étage subhumide sont plus résistants à l'agression que ceux du semi-aride à l'analyse de la présence des espèces et surtout du taux de disparition des espèces qui est en moyenne de 38 et 33% respectivement dans le semiaride et dans le subhumide face à une pression moyenne et un taux de disparition d'espèces maximal face à une forte pression de 67% pour le premier étage et de 56% pour le second.

Dans le semi-aride les quatre groupements les plus importants du point de vue résistance aux facteurs dégradants sont dans l'ordre:

- Pinus halepensis sur Quercus rotondifolia

- Quercus rotondifolia et Juniperus oxycedrus

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- Pinus halepensis et Juniperus oxycedrus

- Tetraclinis articulata et Pinus halepensis

Dans le subhumide les groupements les plus résistants sont: - Quercus suber et Quercus faginea

- Quercus faginea sur Quercus rotondifolia

- Quercus rotondifolia et Tetraclinis articulata.

En faisant le classement général de ces groupements végétaux basé sur la résistance (évaluée sur

le taux de disparition) des espèces à l'action exercée par l'homme et l'animal sans distinction

d'étage l'ordre est le suivant:

1-Quercus suber et Quercus faginea 2-Quercus faginea et Quercus rotondifolia 3-Pinus halepensis et Quercus rotondifolia 4-Quercus rotondifolia et Tetraclinis articulata 5-Pinus halepensis et Juniperus oxycedrus 6-Quercus rotondifolia et Juniperus oxycedrus 7-Tetraclinis articulata et Pinus halepensis 8-Pinus halepensis sur Stipa tenacissima.

Face aux multiples et constantes agressions chaque formation végétale réagit différemment et se comporte suivant l'importance de la présence des espèces résistantes?

11-4.2.Processus de dégradation imposée par les pressions.

Suivant le type de facteur dégradant la végétation réagit et suit un processus qui n'est ni identique ni uniforme pour chaque type de formation peut être rattaché un mécanisme particulier ou propre cependant le schéma peut être semblable. La végétation potentielle, paraclimacique est représentée par la forêt qui ne subsiste que sous une forme physionomique et structurale adaptée aux conditions du milieu.

La dynamique de la végétation dans la région repose sur le stade fondamental qu'est la forêt; c'est le point de départ à partir duquel apparaissent tous les stades de dégradation. Face à diverses agressions toutes les formations végétales subissent des transformations et la description du stade de végétation le plus évolué rencontré par groupement végétal est nécessaire pour identifier et pour déterminer les différents stades régressifs qu'imposent les pressions exercées.

BOUDY (1953) note à ce sujet: " Du point de vue écologique ou plus exactement physionomique, la forêt nord africaine offre assez souvent, par suite d'incendies, l'aspect d'une formation régressive tournant au maquis. Mais cette formation régressive est réversible en tant que représentant, à la fois le dernier terme de l'organisme forestier et le premier lors de sa reconstitution par le jeu des forces naturelles, ce qui est du reste rare".

Les formations étudiées sous l'effet conjugué des facteurs climatiques et des pressions anthropozoogènes ne répondent pas aux types de formations classiques caractérisés par une régularité, une homogénéité et une intervention positive de l'homme.

De ce fait la dénomination de peuplement principal n'est plus une notion importante car le rôle entre ce dernier et le sous-bois se confond le plus souvent à tel point qu'il est difficile de les dissocier.

Le sous-bois est constitué par toutes les espèces principales, par une puissante biomasse d'espèces secondaires parmi lesquelles certaines peuvent atteindre une hauteur équivalente à plus du tiers de celle de l'espèce principale.

11-4.2.1. Imposé par les incendies.

Le feu détruit totalement les formations végétales de l'étage bioclimatique semi-aride quelque soit la composition floristique. Toutes les strates sont éliminées car l'incendie trouve les stades de départ et de propagation (strates herbacée et buissonnante xérophytes) qui lui sont très favorable. Seule la strate arborescente est quelque fois épargnée lorsque la formation végétale ne comporte

142

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1996

 
 

qu'une strate buissonnante. Selon la force et la direction des vents des îlots de végétation constituées d'espèces pyrorésistantes (feuillues au stade buissonnant ou arbustif). Dans l'étage subhumide la composition floristique des formations végétales sont assez diversifiée avec un fort pourcentage d'espèces feuillues concentrées surtout dans la strate arbustive et la strate buissonnante offrent une certaine résistance au feu qui éprouve des difficultés de départ (fort pourcentage d'humidité). Dans de telles formations le degré d'humidité est élevé grâce à la forte densité, au taux de recouvrement et à la morphologie des principales espèces constituantes des formations végétales. La propagation du feu se fait difficilement du moins lentement et il peut être maîtrisé si l'intervention est rapide. Dans ces cas la destruction n'est pas totale et des îlots pyrorésistants sont épargnés ou simplement léchés par les flammes qui se déplacent vers des endroits où la matière est plus sèche donc plus facilement inflammable.

Les stades de dégradation des différents groupements végétaux touchés par l'incendie peuvent être résumés ainsi:

Etage bioclimatique

Groupement végétal

Différents stades de dégradation observés

Semi-aride

Pinetum halepensis

Maquis de lentisque ou matorral à calycotome

 
 

Maquis à filaire ou matorral à chêne kermès

 
 

Matorral à alfa ou matorral à ciste

 
 

Maquis à lentisque, filaire et chêne kermès

 
 

Matorral à calycotome, ciste et alfa

Subhumide

Pinetum halepensis

Maquis de chêne vert et lentisque

 
 

Matorral de chêne vert et chêne kermès

 
 

Maquis de lentisque et chêne kermès

 
 

Matorral de diss et d'alfa

 
 

Maquis de chêne vert et filaire

 
 

Matorral d'arbousier et de genet

 
 

Maquis de lentisque et filaire

 
 

Matorral de genet et diss

Semi-aride

Quercetum illicis

Maquis à lentisque et thuya

 
 

Matorral à chêne kermès

 
 

Maquis à filaire et lentisque

 
 

Matorral à romarin et alfa

 
 

Maquis à kermès et chêne vert

 
 

Matorral à calycotome et chêne vert

 
 

Maquis à chêne vert et lentisque

 
 

Matorral à alfa et calycotome

Subhumide

Quercetum illicis

Maquis à chêne vert

 
 

Matorral à chêne vert

 
 

Maquis à chêne vert et lentisque

 
 

Matorral à gent et diss

 
 

Maquis à chêne vert et chêne kermès

 
 

Maquis à chêne kermès et diss

 
 

Maquis à chêne vert et arbousier

 
 

matorral à ciste et romarin

Subhumide

Quercetum suberis

Maquis à myrte et arbousier

 
 

Matorral à bruyère et ciste

 
 

Maquis à chêne vert

 
 

Matorral à bruyère

 
 

Maquis à arbousier

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Matorral à diss et ciste

Subhumide

Quercetum faginea

Maquis à chêne zeen et chêne vert

 
 

Matorral à arbousier

 
 

Maquis à chêne vert

 
 

Matorral à genet et diss

 
 

Maquis à chêne zeen

 
 

Matorral à chêne vert et myrte

Semi-aride

Tetraclinetum articulata

Maquis à filaire et lentisque

 
 

Matorral à calycotome

 
 

Maquis à chêne kermès et filaire

 
 

Maquis à alfa et genet

 
 

Maquis à thuya et chêne kermès

 
 

Matorral à romarin et ciste

11-4.2.2. Imposé par le parcours.

Le parcours agit sur toutes les formations végétales et perturbe leur composition et leur structure suivant un processus uniforme. C'est les espèces consommables qui sont les plus détruites et menacées de disparition, cela se traduit par un appauvrissement de la composition floristique qui se traduit par une nouvelle physionomie et une structure particulière.

Le mécanisme de transformation classique observé s'articule le plus souvent autour de trois phases bien distinctes ce traduisant par un nombre moins élevé de type de formation issu de dégradation que sous les précédents facteurs dégradants.

Etage bioclimatique

Groupement végétal

Différents stades de dégradation observés

Semi-aride

Pinetum halepensis

Matorral à calycotome et ciste

 
 

Matorral à romarin et alfa

 

+ Thuya

Maquis de chêne kermès, filaire et lentisque

 
 

Matorral de gent, romarin, calycotome et ciste

 
 

Matorral à alfa

 

+ Chêne vert

Maquis de chêne vert et genévrier

 
 

Maquis de filaire, chêne vert et chêne kermès

 
 

Matorral de romarin, ciste, calycotome et alfa

 

+ Thuya et Chêne vert

Maquis de chêne vert, thuya et genévrier

 
 

Maquis de filaire, lentisque et chêne vert

 
 

Matorral de chêne vert et calycotome

 
 

Matorral de romarin, alfa et ciste

 

Quercetum illicis

Maquis de chêne vert et genévrier

 
 

Maquis d'arbousier et cytise

 
 

Matorral de chêne vert et genet

 
 

Matorral de diss et chamaerops

 
 

Matorral de diss et ciste

 

Tetraclinetum articulata

Maquis à lentisque et filaire

 
 

Matorral à calycotome et diss

 
 

Matorral à chamaerops, romarin et alfa

Subhumide

Quercetum suberis

Maquis à arbousier et bruyère

 
 

Maquis à chêne vert

 
 

Matorral à diss et bruyère

Subhumide

Quercetum faginea

Maquis à chêne vert et chêne zeen

1996

« Aspects physionomico- structuraux de la végétation forestière ligneuse face à la pression anthropozoogène dans les

monts de Tlemcen et les monts de Dhaya (Algérie occidentale)

Maquis à chêne zeen et arbousier

Matorral à chêne vert et arbousier

Matorral à viorne tin et ciste

Matorral à diss et genêt

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11-4.2.3. Imposé par le reboisement.

La phase préparation du sol est souvent meurtrière pour la végétation basse ligneuse en place, GRECO (1966) souligne dans un paragraphe intitulé" suppression de la végétation préexistante": " La végétation préexistante, profondément fixée au sol, serait d'une concurrence redoutable pour les jeunes plants. L'extraction de simple bande de végétation n'est pas suffisante, il faut tout enlever". Cette technique de remplacement de la végétation dégradée par une nouvelle plantation dont la réussite est incertaine à un fort pourcentage (plus de 60%) a été encouragée grâce à l'utilisation d'engins puissants.

La destruction de la végétation en place mais ayant atteint un stade de dégradation avancé ne se justifie pas, combien d'hectares de maquis et d'erme a t-on détruit dans la région au nom de la concurrence pour installer du pin d'Alep dont le taux de réussite est aléatoire?

Combien d'hectares de matorral a t-on saccagé mécaniquement pour introduire des espèces dont l'avenir est incertain et qui ne joueront aucun rôle écologique ni économique car les études sont absentes. La surface détruite dans ce contexte entre 1965 et 1985 est de l'ordre de 80.000 hectares. Plus de 85% des surfaces reboisées étaient occupées par une végétation ligneuse dégradée à un stade surtout de matorral et parfois même de maquis mais dont le recouvrement global était faible aux environs de 30 à 40%.

La phase mécanique de préparation du reboisement reposant sur le routage après débroussaillement est à l'origine de la destruction des formations suivantes:

- matorral de chêne kermès

- matorral à calycotome, alfa et romarin,

- maquis à bruyère et arbousier,

- matorral à genêt et chamaerops,

- maquis à chêne vert,

- maquis à thuya et chêne kermès.

Analysant l'importance des formations basses dans la sauvegarde de la couverture végétale BENABDELI, 1994 précise: " La strate buissonnante est présente dans les différents types de formations de dégradation. C'est l'ossature rigide et pérenne dans toutes les formes de régression". Le caractère influant des formations basses et notamment la strate buissonnante souligné par BENABDELI (1994) : " C'est une strate de par sa diversité en espèces pérennes animées d'un pouvoir de rejet de croissance, et sa composition, qui constitue l'ossature de la végétation dans la région".

Quelque soit l'étage de végétation et le type de formation végétale le processus de dégradation est total dans le premier temps et toutes les espèces des strates arbustives et buissonnantes sont détruites. Le plus souvent c'est le matorral bas qui constitue le stade de dégradation le plus fréquent issue généralement du mécanisme de transformation suivant:

Maquis de chêne vert, chêne kermès, bruyère et arbousier

Maquis de chêne vert, lentisque, filaire et thuya

Maquis de chêne vert et chêne zeen

Maquis de chêne vert et genévrier

Matorral de genet et de chêne vert

Matorral de calycotome et alfa

Matorral de diss et ciste

Matorral de genet et romarin

Matorral de chamaerops et diss

« Aspects physionomico- structuraux de la végétation forestière ligneuse face à la pression anthropozoogène dans les

monts de Tlemcen et les monts de Dhaya (Algérie occidentale)

 

1996

 
 

11-4.2.4. Imposé par l'exploitation..

L'impact de cette dégradation est présent sur toutes les formations végétales et le mécanisme est rapide car la disparition des espèces principales ou déterminantes de physionomie et de structure est perceptible. Pour les exploitations programmées, les formations végétales pouvant fournir du bois reçoivent des coupes rases, par bandes, des dépressages, des éclaircies et des coupes d'assainissement. Ces opérations sylvicoles se traduisent directement par une destruction d'une strate totalement ou partiellement, ce processus considéré comme une dégradation au regard de la manière et de la méthode d'exécution (qui ont été détaillées précédemment) peut se schématiser comme suit si tous les végétaux ligneux venaient à être coupés:

Forêt Maquis Matorral Garrigue Erme Pelouse

Généralement dans plus de 80% des cas c'est les espèces principales constituant la strate arborescente qui sont supprimés en premier suivies plus rarement par les espèces de la strate arbustive où le chêne vert, le thuya et le genévrier sont fortement exploités pour la qualité de leur bois ou du charbon qui peut être tiré.

Pour les coupes illicites, elles sont également appréciables puisqu'il a été estimé qu'une famille de 5 personnes utilise en moyenne une biomasse ligneuse verte ou sèche de l'ordre de 100 stères soit 3.000 kilogrammes par an ce qui équivaut à la destruction de plus de 2500 mètre carrés en moyenne. Les prélèvements de matière ligneuse concernent toutes les espèces et toutes les strates, le pourcentage de localisation de ces prélèvements par strate est de : 7 à 13% dans la strate arborescente, 51 à 76% pour l'arbustive et 22 à 34% dans la buissonnante.

Le mécanisme de dégradation se résume à une destruction de la strate arbustive puis buissonnante essentiellement ce qui se traduit par des formations végétales déséquilibrées et sans avenir car toute notion de pérennité est compromise. Le type de végétation, dans cette situation, le plus courant est la forêt avec à un long terme une forêt fossile sur un maquis ou un matorral d'espèces indésirables et sans utilité ni pour l'homme ni pour ses animaux.

11-4.3. Conclusion.

Les formations végétales les plus caractéristiques des étages de végétation semi-aride et subhumide sous l'influence des différentes formes de pression et d'agression se distinguent par une prédominance dans leur composition floristique d'espèces peu intéressantes économiquement et même écologiquement (croissance lente, matière organique dégagée faible). Les strates les plus représentatives par leur présence et fréquence sont dans un ordre décroissant: la strate buissonnante, arbustive puis arborescente confirmées par l'importance de l'occupation de l'espace qui obéi au classement décroissant également suivant: buisson, matorral, maquis et forêt.

Les déprédations répétées de la couverture végétale aboutissent à une formation de buissons et de broussailles qui conduisent fatalement à la disparition radicale dans un proche avenir des surfaces boisées. Même du point de vue géologique et pédologique toutes les contrées broussailleuses occupent des terrains du domaine forestier, donc irrémédiablement issu de formations forestières.

La broussaille constitue le stade ultime de dégradation avant la disparition totale de la couverture végétale, cette broussaille joue un rôle de protection efficace sur le maintien des terres et sur l'infiltration faisant obstacle à l'érosion et à l'évaporation. Notons que DE LA LITARDIERE et MALCUIT (1925) attribuaient déjà le terme de buisson aux formations à base de romarin et d'alfa. Devant l'imprécision du terme de "broussaille" qui dans son acceptation large et commune, a été appliqué à une bonne partie des formations végétales dégradées plus ou moins rabougries ne dépassant pas 4 mètres de hauteur. Souvent on qualifiait même un maquis, un taillis, un boisement de broussailles, ce terme a pris de l'ampleur et doit se limiter au stade de dégradation le plus poussé où ne subsistent que les espèces de la strate buissonnante où dominent

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« Aspects physionomico- structuraux de la végétation forestière ligneuse face à la pression anthropozoogène dans les

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essentiellement: Genista, Chamaerops, Stipa, Ampelodesma, Calycotome, Asparagus, Erica, Rosmarinus, Ruscus ...

Le feu, l'animal et le fer (utilisé par l'homme) créent et étendent les vides et les clairières, ils dégradent et font disparaître totalement ou partiellement la végétation; la dent du bétail a brouté les espèces, les véritables formations végétales s'affaiblissent et font place à des groupements végétaux fragiles où les espèces résistantes végètent et se concentrent dans une strate buissonnante ou arbustive basse.

Lorsque les facteurs dégradants ne sont pas intenses on est en présence d'un matorral ou d'un maquis dominés par les espèces suivantes: Pistacia, Phillyrea, Erica, Quercus, Juniperus, Arbutus, Tetraclinis en plus des espèces dominantes de la strate buissonnante. Les effets des agents destructeurs sur la végétation sont autant plus marqués que l'on se rapproche davantage des lieux habités ou tout simplement anthropisés.

Tous les massifs se dégradent visiblement par la périphérie et s'entourent d'une zone de profondeur variable dont l'appauvrissement s'accroît avec la nature et l'intensité des facteurs dégradants. Ainsi la broussaille, le matorral et le maquis ne sont que des formes particulières transitoires ou pérennes de la forêt, les formes inférieures et déchues mais qui, par des mesures appropriées et la suppression des causes qui ont produit la régression dont ils résultent, sont susceptibles de s'améliorer et de reprendre, ans un délai variable, la forme supérieure dont elles dérivent.

Le plus souvent il est difficile d'établir une distinction entre le maquis, le matorral et la broussaille qui représentent toutes les formes de transition. Cependant avec les paramètres définis notamment la composition et la hauteur on peut identifier ces formations transitoires sans difficultés. Ainsi le premier stade de dégradation de la forêt est le maquis, ce terme ne s'applique pas uniquement dans l'association du chêne liège. Le stade qui suit est celui du matorral composé essentiellement des espèces arbustives, dégradées où à une faible hauteur, et d'espèces buissonnantes non altérées. Le dernier stade de dégradation est la broussaille représentée par toutes les espèces de la strate buissonnante, du matorral et même du maquis soumises à une forte agression.

Le processus de dégradation est simple lorsque les facteurs dégradants déterminants sont l'incendie ou le défrichement. Ce processus devient variable et dépendant de plusieurs paramètres lorsqu'il est provoqué par le parcours, les coupes et l'action de l'homme.

Pour chaque stade de dégradation en fonction du type de pression et de la composition floristique des strates présentes il a été identifié un processus de dégradation qui est propre à chaque formation végétale.

La résistance des espèces aux facteurs dégradants, conditionnée par leur faculté de régénération et d'adaptation aux formes et conditions de développement qui leur sont imposées par l'homme et ses animaux engendre une composition et une physionomie particulière. Cette composition floristique actuelle de toutes les formations végétales de la région reflète qu'elles sont toutes soumises à une pression assez remarquable où il a été possible dans plus de 80% des cas de définir le processus de dégradation.

12- COMPORTEMENT DES ESPECES INTERESSANTES.

Le froid, la sécheresse et l'action dévastatrice de l'homme et de l'animal sont à l'origine des formations végétales à structure et physionomie particulière. Les différents groupements individualisés se caractérisent en plus de leur aspect physionomico-structural par les variantes et faciès issus de leur composition floristique. Ces éléments se distinguent par la présence ou l'absence d'espèces arborescentes, arbustives ou buissonnantes pour qualifier les variantes alors que le faciès est plutôt significatif du recouvrement très élevé d'une espèce ligneuse basse par rapport aux autres.

12-1. PRINCIPALES FORMATIONS.

« Aspects physionomico- structuraux de la végétation forestière ligneuse face à la pression anthropozoogène dans les

monts de Tlemcen et les monts de Dhaya (Algérie occidentale)

1996