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Religion et pratique de l'excision en Côte d'Ivoire


par Nguemo Ngueabou Jol et Douala Roméo
Ecole nationale supérieure de statistique et d'économie appliquée Côte d'Ivoire - Diplôme d'ingénieur des travaux statistiques 2012
  

Disponible en mode multipage

REPUBLIQUE DE COTE D'IVOIRE
Union - Discipline - Travail
Ministère d'Etat, Ministère du Plan et du
Développement

Ecole Nationale Supérieure de
Statistique et d'Economie Appliquée

MEMOIRE D'ETUDE DE CAS

THEME

RELIGION ET PRATIQUE DE L'EXCISION EN

COTE D'IVOIRE

Rédigé par :

DOUALA Roméo

NGUEMO NGUEABOU Joel

Elèves Ingénieurs Statisticiens

Sous la direction de :

Monsieur SIKA Lazare

Enseignant-Chercheur à l'ENSEA

Mai 2012

Religion et pratique de l'excision en Côte d'Ivoire ENSEA, Mai 2012

Décharge

Douala Roméo, Nguemo Ngueabou Joel - ITS 2012 1

«L'ENSEA N'ENTEND DONNER AUCUNE APPROBATION, NI IMPROBATION AUX OPINIONS ÉMISES DANS CE MÉMOIRE, ELLES DOIVENT ÊTRE CONSIDÉRÉES COMME PROPRES A LEURS AUTEURS»

Religion et pratique de l'excision en Côte d'Ivoire ENSEA, Mai 2012

Dédicace

A TOUTES LES FILLES DE PAR LE MONDE QUI SONT VICTIMES DE MUTILATIONS GÉNITALES

Douala Roméo, Nguemo Ngueabou Joel - ITS 2012 2

Religion et pratique de l'excision en Côte d'Ivoire ENSEA, Mai 2012

Douala Roméo, Nguemo Ngueabou Joel - ITS 2012 3

Table des matières

Décharge 1

Dédicace 2

Avant-propos 5

Remerciements 7

Liste des sigles et abréviations 8

Résumé / Abstract 11

0 Introduction générale 12

0.1 Contexte et justification du thème 12

0.2 Intérêt du sujet 13

0.3 Méthodologie 14

0.4 Les hypothèses de recherche 14

0.5 Plan du document 14

I CADRE THÉORIQUE ET CONCEPTUEL (GÉNÉRALI-

TÉS) 16

1 Notions de religion et excision 17

1.1 Notion d'excision 18

1.2 Notion de religion 19

1.3 Causes et conséquences de la pratique de l'excsion 19

2 Revue de littérature 22

2.1 Christiannisme et excision 25

2.2 Islam et excision 26

3 Données et sources de données 29

3.1 Présentation des données d'Abidjan 30

3.1.1 Taille d'échantillon et procédures d'échantillonnage 30

3.1.2 Collecte des données 30

3.1.3 Traitements, exploitation des données et méthodes d'analyse . . . 30

3.2 Présentation des données de l'enquête d'intérieur 31

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Douala Roméo, Nguemo Ngueabou Joel - ITS 2012 4

3.2.1 Zone d'enquête 31

3.2.2 Stratification et domaines d'étude 31

3.2.3 Mode de tirage de l'échantillon 31

3.2.4 Base de sondage des unités primaires 32

3.2.5 Documents de collecte 32

3.2.6 Dénombrement des ménages 32

3.2.7 Saisie et traitement des données 33

3.2.8 Analyse des données 33

3.3 Traitements relatifs aux bases de données 34

II CADRE MÉTHODOLOGIQUE ET EMPIRIQUE 36

4 Analyse descriptive et premiers résultats 37

4.1 Caractéristiques de la population des individus enquêtés 37

4.1.1 Caractéristiques de la population des femmes excisées 37

4.1.2 Caractéristiques de la population des femmes non excisées 38

4.1.3 Caractéristiques de la population des individus ayant l'intention

d'exciser leurs filles 39
4.1.4 Caractéristiques de la population des individus n'ayant pas l'inten-

tion d'exciser leur fille 39

4.2 Résumé des principales caractéristiques des populations étudiées 40

4.3 Présentation des résultats de tests d'indépendance effectués 41

5 Analyse multivariée : analyse des correspondances multiples et classifi-

cation 43

5.1 Choix de l'analyse 43

5.1.1 Présentation des variables 43

5.1.2 Choix et interprétation des axes factoriels 44

5.2 Classification 44

5.2.1 Classe 1 44

5.2.2 Classe 2 45

5.2.3 Classe 3 45

5.2.4 Classe 4 45

5.3 Recherche des causes évoquées par les pratiquants de l'excision 45

Conclusion 50

Présentation des résultats de l'étude 50

Limites de l'étude 51

Recommandations 51

Références bibliographiques 53

Annexes 54

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Avant-propos

L'école nationale supérieure de statistique et d'économie Appliquée (ENSEA) est une école publique qui a pour vocation la formation en deux ans de cadres qui reçoivent un enseignement et acquièrent la pratique des techniques leur permettant de diriger l'exécution des travaux statistiques, de participer à la conception des enquêtes et de collaborer à la préparation des programmes économiques. Elle prépare au diplôme d'Ingénieur des Travaux Statistiques qui sanctionne un cycle d'enseignement orienté vers les techniques appliquées de la statistique et de l'économie, sans négliger pour autant l'acquisition de solides bases théoriques.

La 16ieme promotion des Ingénieurs des Travaux Statistiques a commencé sa formation le 26 septembre 2010, formation qui suit son cours à la date de production de ce document. L'objectif de ce travail académique est d'initier les étudiants aux travaux de recherche scientifique et surtout les préparer à la rédaction de leur mémoire de fin de formation qui se fera à l'issue d'un stage d'apprentissage d'une durée de 3 mois.

La rédaction de ce document s'est faite sous la supervision d'un Directeur de Recherche qui nous a suivi tout au long de l'évolution de notre étude dont le thème est «religion et pratique de l'excision en Côte d'Ivoire». L'étude s'est faite sur la base de l'enquête VBG 20071 dont la première phase s'est déroulée à Abidjan suivi de la seconde phase à l'intérieur du pays dans 8 départements 2.

Le but de ce rapport est triple. D'abord, comme dit plus haut, il permet de familiariser l'étudiant à la recherche scientifique ainsi qu'à la préparation de la rédaction de son mémoire. Ensuite, il est un cadre pratique d'application des connaissances acquises par l'ITS3 tout au long de ses deux années de formation. Enfin, le thème de recherche confié à l'étudiant répondant à une préoccupation de la vie de tous les jours que ce soit sur la plan social, économique ou alors démographique le document produit peut aussi servir d'éclairage à la prise de décision au niveau du politique afin d'améliorer le bien-être de la population. Par ailleurs, les générations à venir pourront aussi s'inspirer de la méthodologie, des résultats et des conclusions formulés dans ce document dans le cadre de leur propre recherche.

Si vous tenez ce document entre les mains cela signifie que vous êtes probablement intéressé par la thématique de l'excision. Tout en espérant que ce document contribuera à

1. Violences basées sur le genre

2. Bouaké, Daloa, Danané, Duékoué, Guiglo, Korhogo, Man et Yamoussoukro

3. Ingénieur des Travaux Statistiques

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répondre à un certain nombre de préoccupations qui sont vôtre nous vous souhaitons une agréable lecture.

Les auteurs

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Remerciements

En Afrique, un vieux dicton affirme «une seule main ne peut attacher convenablement un paquet». Ce dicton est d'autant plus vrai dans la mesure où ce document que vous tenez entre les mains, fruit de plusieurs mois de recherche peut être considéré comme ledit paquet. En effet, la rédaction de ce document aurait été difficilement concevable sans les conseils et l'assistance directe ou indirecte de nombreuses personnes

Ainsi, nous tenons à exprimer notre gratitude à l'égard de notre Directeur de Recherche Monsieur SIKA Lazare dont les précieux conseils, l'assistance et le suivi nous ont permis d'arriver au bout de ce challenge. Il a bien voulu nous consacrer de son temps malgré son agenda extrêmement rempli.

Nous remercions également notre Directeur des études Monsieur KOUAKOU N'Goran Jean Arnaud qui nous a inculqué la valeur travail tout au long de notre formation.

Nous remercions le Directeur de l'ENSEA Monsieur KOFFI N'Guessan qui nous a enseigné un nouvel esprit, celui du développement de l'Afrique que nous croyons pouvoir sauver des maux qui minent sont développement.

Nos remerciements vont également à l'endroit de tout le personnel enseignant et administratif de l'ENSEA qui ne cessent d'oeuvrer afin que celle-ci soit un «Centre d'excellence en Afrique de l'Ouest».

Qu'il nous soit permis de remercier ici nos camarades de classe ITS 2 avec qui nous avons traversé ces deux années pas les plus faciles mais d'autant plus passionnantes qu'elles nous ont permis d'échanger tant sur le plan culturel qu'académique. Nous remercions également les camarades qui ont bien voulu relire ce document et faire des remarques afin que nous puissions l'améliorer au quotidien.

Que tous trouvent ici l'expression de toute notre gratitude à leur égard.

Religion et pratique de l'excision en Côte d'Ivoire ENSEA, Mai 2012

Liste des sigles et abréviations

ACM : Analyse des correspondances multiples

CAH : Classification ascendante hiérarchique

CDE : Convention sur les droits de l'enfant

CEDEF : Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination

à l'égard des femmes

CEDIF : Comité élargi de défense des individus et des familles

DR : District de recensement

E/MGF : Excision / Mutilations génitales féminines

ECOSOC : Conseil économiques et social des Nations Unies

EDS: Enquête démographique et santé

EIS : Enquête sur les indicateurs du SIDA

ENSEA : École Nationale Supérieure de Statistique et d'Économie Appliquée

INS : Institut national de la statistique

ITS : Ingénieur des Travaux Statistiques

ITS 2 : Ingénieur des Travaux Statistiques deuxième année

MGF : Mutilations génitales féminines

MICS : Enquête à indicateurs multiples

OMS : Organisation mondiale de la santé

ONG : Organisation non gouvernementale

PNUD : Programme des Nations Unies pour le développement

RCA: République CentrAfricaine

RDC : République Démocratique du Congo

RGPH : Recensement Général de la Population et de l'Habitation

SIDA: Syndrome d'immunodéficience acquise

SPAD : Système portable pour l'analyse des données

SPSS : Statistical package for social science

UNFPA : Fonds des Nations Unies pour la population

UNICEF : Fonds des Nations Unies pour l'enfance UNIFEM 4 : Fonds des Nations Unies pour la femme

VBG : Violences basées sur le genre

VIH : Virus d'immunodéficience humaine

WHO : World health organization

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Table des figures

4.1 Répartition en pourcentage des femmes excisées selon l'appartenance à un

groupe ethnique (Source : Enquête VBG 2007, Côte d'Ivoire) 38
4.2 Répartition en pourcentage des femmes excisées selon l'appartenance à un

groupe religion (Source : Enquête VBG 2007, Côte d'Ivoire) 38
4.3 Répartition en pourcentage des femmes non excisées selon l'appartenance à

un groupe religieux (Source : Enquête VBG 2007, Côte d'Ivoire) 39
4.4 Répartition en pourcentage des femmes non excisées selon le groupe ethnique

(Source : Enquête VBG 2007, Côte d'Ivoire) 39
4.5 Répartition en pourcentage des individus ayant l'intention d'exciser leurs

filles selon la religion (Source : Enquête VBG 2007, Côte d'Ivoire) 39

4.6 Répartition en pourcentage des individus ayant l'intention d'exciser leurs

filles selon le groupe ethnique (Source : Enquête VBG 2007, Côte d'Ivoire) 39

4.7 Répartition en pourcentage de la population des individus n'ayant pas l'intention d'exciser leurs filles selon la religion (Source : Enquête VBG

2007, Côte d'Ivoire) 40
4.8 Répartition en pourcentage de la population des individus n'ayant pas l'intention d'exciser leurs filles selon le groupe ethnique (Source : Enquête

VBG 2007, Côte d'Ivoire) 40
4.9 Résumé des principales caractéristiques de la population des femmes excisées, non excisées et des individus ayant l'intention d'exciser ou non leurs filles (Source : Enquête VBG 2007, Côte d'Ivoire (nos estimations d'après la base

de données)) 41
4.10 Présentation des résultats de p-value des tests d'indépendance effectués entre les variables X et Y (Source : Enquête VBG 2007, nos calculs sous

Stata) 42
4.11 Répartition des femmes selon leur statut d'excision ainsi que celui de leurs

filles (Source : Enquête VBG 2007) 42
4.12 Répartition des femmes selon leur statut d'excision et selon l'intention de

faire exciser leurs filles (Source : Enquête VBG 2007) 42

5.1 Proportion des individus justifiant la pratique de l'excision comme nécessité

religieuse ou non (Source : Enquête VBG 2007) 46
5.2 Proportion des individus justifiant la pratique de l'excision comme bonne

tradition ou non (Source : Enquête VBG 2007) 46
5.3 Répartition en pourcentage des individus selon le groupe ethnique et du motif évoqué pour justifier la pratique de l'excision (Source : Enquête VBG

2007) 46

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5.4 Répartition en pourcentage des individus selon le groupe ethnique et du

motif évoqué pour justifier la pratique de l'excision (Source : Enquête VBG

2007) 46
5.5 Répartition des individus pratiquant l'excision selon la religion ainsi que la

raison évoquée (Source : Enquête VBG 2007, Côte d'Ivoire) 48

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Résumé / Abstract

L'excision est une pratique qui remonte depuis l'Egypte antique et qui n'a cessé de se perpétuer au fil des ans. Les raisons évoquées pour justifier ce phénomène sont nombreuses comme le soulignent les auteurs qui ont travaillé sur la question5. Depuis le motif de préservation de la vie de couple en gardant la femme vierge jusqu'au mariage à la nécessité religieuse en passant par les coutumes et traditions les raisons ne manquent pas. Cette étude dont le thème porte sur la religion et la pratique de l'excision en Côte d'Ivoire, nous a permis de mettre en évidence deux facteurs déterminants dans le cadre de la pratique de l'excision en Côte d'Ivoire. Il s'agit bien entendu de la religion et du groupe ethnique. Ces deux facteurs étant aussi fortement corrélés. La religion musulmane est apparue comme celle où la proportion des femmes excisées est la plus élevée ce qui n'est pas le cas chez les chrétiens et animistes. Les Mande du Nord apparaissent comme le groupe ethnique où l'excision des filles est très fréquente. Ce peuple est par ailleurs, très favorable à la perpétuation de l'excision. A l'opposé, les Akan qui sont un peuple à majorité chrétienne (catholique et protestant) sont moins enclins à exciser leurs filles et présentent une faible prévalence de l'excision.

Female circumcision is a practice dating from ancient Egypt and who has continued to be perpetuated over the years. The reasons given to justify this are many, as the authors point out that worked on the issue. Since the motive of preserving life by keeping the torque virgin until marriage to religious necessity through the customs and traditions the reasons are not lacking. This study focuses on the theme of religion and the practice of female circumcision in Ivory Coast, has allowed us to highlight two key factors in the practice of female circumcision in Côte d'Ivoire. This is of course religion and ethnicity. These two factors are also highly correlated. The Muslim religion has emerged as one where the proportion of circumcised women is the highest which is not the case among Christians and animists. The Northern Mande ethnic group appears as where female circumcision is very common. This people are also very favorable to the perpetuation of female circumcision. In contrast, the Akan people who are predominantly Christian (Catholic and Protestant) are less likely to circumcise their daughters and have a low prevalence of female circumcision.

5. Voir chapitre 2, revue de littératuure

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Chapitre 0 : Introduction générale

0.1 Contexte et justification du thème

Les violences basées sur le genre font partie des formes les plus graves d'atteinte aux droits de l'Homme car elles sont dirigées vers des individus en raison de leur appartenance à un groupe spécifique, particulièrement à un genre donné (homme ou femme). Elles font l'objet des enquêtes VBG (violences basées sur le genre) notamment l'enquête VBG 2007 sur laquelle se basera notre étude. L'expression « violences basées sur le genre » englobe bon nombre de pratiques dégradantes qui vont des violences physiques aux mutilations génitales féminines (MGF) en passant par toutes les autres formes de violences psychologiques, verbales et économiques. Comme le souligne bien l'UNICEF dans son rapport « Violences faites aux femmes en Afrique de l'ouest et du centre », les exemples de violences physiques, la forme la plus répandue, atteste de l'universalité du phénomène. Que ce soit au Canada, aux Pays-Bas, au Sri Lanka, en Zambie, en Tanzanie, au Ghana ou en République démocratique du Congo, l'ampleur de ces violences justifie qu'on lui accorde un intérêt particulier. Plus de 130 millions de filles et femmes auraient subi des MGF en 2005 dont une majorité en Afrique6 . En ce qui concerne la Côte d'Ivoire 45% des femmes ont subi une forme de MGF 7.

Les MGF, elles englobent différentes pratiques traditionnelles qui entraînent l'ablation totale ou partielle d'organes génitaux féminins. L'excision qui est parfois utilisée sous le vocable MGF, est une pratique assez répandue à travers le monde particulièrement en Afrique où elle est la cause d'énormes ravages qui vont des simples traumatismes à des problèmes de santé notamment des problèmes de fécondité et de complication d'accouchement. C'est ainsi que le 2 juin 2006 à Genève, l'OMS montre en citant que «les femmes ayant subi une mutilation génitale féminine ont sensiblement plus de risques d'éprouver des difficultés lors de l'accouchement et que leurs bébés sont davantage exposés au risque de mourir. Parmi les complications graves de l'accouchement figurent notamment les risques de césarienne, de forte hémorragie après la naissance et d'hospitalisation prolongée. L'étude en question a montré que la gravité des complications augmentait avec l'étendue et la sévérité de la mutilation». Par ailleurs, les femmes qui souffrent suite à la pratique de l'excision parfois ne savent pas que c'est celle-ci qui est la cause de leur souffrance. Ceci justifie l'intérêt particulier que revêt la lutte contre les MGF dans les pays où elles sont encore pratiquées. Sur le plan international, malgré les nombreuses conventions protégeant la jeune fille et

6. UNICEF 2005

7. UNICEF, EDS 1994, 1998/1999

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la femme de ces pratiques pour le moins dégradantes, force est de constater que l'on est encore loin de son éradication complète. Parmi ces conventions, on peut citer :

- La convention sur les droits de l'enfant (CDE)

- La convention sur l'élimination de toutes les formes de discriminations envers les

femmes (CEDEF)

- La charte africaine sur les droits et le bien-être de l'enfant

- La charte africaine sur les droits humains et ceux des populations

- Le protocole additionnel sur les droits des femmes (protocole de Maputo)

- La convention européenne des droits humains

En ce qui concerne l'Afrique, 28 pays sont concernés8 avec des taux variant de 5% à 98% : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d'Ivoire, Djibouti, Égypte, Érythrée, Éthiopie, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée Bissau, Kenya, Liberia, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Ouganda, Sénégal, Sierra Léone, Somalie, Soudan, Tanzanie, Tchad, Togo, RCA et RDC. Malgré sa pratique assez répandue, l'excision est dans certains pays punie par la législation notamment en Côte d'Ivoire où la loi N°98/757 du 23 décembre 1998 interdit sa pratique. Les contrevenants s'exposent à une peine privative de liberté allant de 1 à 20 ans et d'une amende de 360 000 à 2 000 000 FCFA.

0.2 Intérêt du sujet

Parmi les déterminants les plus cités de la pratique de l'excision, on note l'appartenance à un groupe religieux donné (que nous désignerons dans toute la suite de ce document par « religion »). En Côte d'Ivoire, l'enquête MICS 2006 conduite par l'UNICEF estime à 36% le nombre de femmes excisées dans le pays avec 34% en milieu urbain et 38% en milieu rural. Cette pratique est bien plus fréquente dans la population musulmane avec un taux de 86% que dans la communauté chrétienne où elle n'est que de 16%. Une autre étude menée par l'UNFPA en collaboration avec l'ENSEA dont les résultats sont publiés dans le rapport intitulé « Crise et violences basées sur le genre en Côte d'Ivoire : résultats des études et principaux défis - Octobre 2008 » disponible en téléchargement sur internet, renchérit : « La pratique de l'excision varie considérablement selon l'appartenance religieuse. Les MGF sont dans l'ensemble plus fréquents chez les animistes (74%) et les musulmanes (66%) que chez les catholiques (40%) ou les protestantes (32%). Les femmes des autres religions viennent en dernière position (30%). Ce constat d'ensemble se vérifie également selon le milieu de résidence9 ». Ces deux études à l'instar de bien d'autres qui ont été menées, mettent en évidence à priori l'existence d'une corrélation entre la religion et la pratique de l'excision notamment en ce qui concerne la Côte d'Ivoire.

Cependant, est-il judicieux de considérer l'appartenance à un groupe religieux donné comme facteur explicatif de la pratique de l'excision? De plus, l'existence d'une telle relation est-elle objective ou alors revêt-elle plutôt un caractère fortuit? Le cas échéant, si

8. Amnesty International, 2005

9. Crise et violences basées sur le genre en Côte d'Ivoire : résultats des études et principaux défis - Octobre 2008, page 61

Religion et pratique de l'excision en Côte d'Ivoire ENSEA, Mai 2012

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l'on ne peut pas considérer la religion comme facteur explicatif de la pratique de l'excision, quel(s) est(sont) alors le(s) déterminant(s) réel(s) de ce phénomène qui date depuis la nuit des temps?

Afin d'apporter des éléments de réponse à ce questionnement, nous nous devons d'adopter une démarche scientifique.

0.3 Méthodologie

Pour répondre à ce questionnement, nous adopterons la méthode de travail suivante. Premièrement, nous présenterons les résultats des différentes études et travaux qui ont été faits sur le sujet afin de se situer dans la continuité de ceux-ci. Cette étape consiste à répertorier et relever plus ou moins ce qui s'est dit et ce qui s'est fait en rapport avec le sujet. Ensuite, vu que notre étude se base sur l'enquête VBG 2007, nous allons sur la base de ces données présenter dans un premier temps les caractéristiques générales de la population enquêtée ensuite nous nous intéresseront à la population des femmes excisées. Nous préciserons ses caractéristiques notamment celles en rapport avec le thème. Il s'agira plus précisément d'effectuer une classification à la suite d'une ACM. Par ailleurs, les outils utilisés seront essentiellement descriptifs.

0.4 Les hypothèses de recherche

A la fin de notre étude, nous devons être en mesure dire si objectivement la religion est un déterminant de la pratique de l'excision sur la base des données de l'enquête VBG 2007. Ce qui nous amène à formuler notre hypothèse de recherche.

Hypothèse principale : L'appartenance à un groupe religieux donné détermine l'ampleur de la pratique de l'excision en Côte d'Ivoire.

Hypothèse secondaire : Les données issues de l'enquête VBG 2007 ne souffrent d'aucun biais et par conséquent reflètent bien le phénomène étudié.

Ainsi, il s'agira pour nous tout au long de notre étude, d'affirmer ou d'infirmer ces hypothèses sur lesquelles est basé notre travail de recherche.

0.5 Plan du document

Le présent document est constitué de 6 chapitres regroupés en 2 parties comportant chacune 3 chapitres. Une ébauche des thèmes traités dans chacun des chapitres est présentée ci-après.

Dans le chapitre premier, il sera question de présenter les concepts tels que l'excision,

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la religion, les MGF ainsi que ceux qui leur sont liés tout en mettant en évidence leur évolution au fil du temps. L'objectif visé étant de permettre au lecteur de maîtriser les concepts utilisés dans ce document et leur définition car celle-ci peut varier d'un auteur à un autre et affecter ainsi les résultats de l'étude.

Puisque nous ne sommes pas les premiers à nous pencher sur la question de l'excision et le lien avec la religion, nous présenterons dans le chapitre 2 la vision des auteurs qui nous ont précédés. Il s'agira en clair de présenter les principales conclusions des études menées antérieurement sur le sujet.

Comme mentionné plus haut, notre étude a pour circonscription l'enquête VBG 2007 menée en Côte d'Ivoire et qui a eu deux phases. Une « première phase » qui s'est déroulée à Abidjan et une « seconde phase » qui s'est déroulée à l'intérieur du pays. Ainsi, nous présenterons dans le chapitre 3, les informations relatives aux données issues de ces deux enquêtes ainsi que les méthodes de collecte, de traitement et d'apurement de ces derniers. Enfin nous présenterons les traitements que nous avons effectués sur la base de données afin de la rendre opérationnelle pour notre étude.

Dans le chapitre 4, notre étude sera essentiellement descriptive. Dans ce sens, nous utiliserons les outils de la statistique descriptive uni-variée et bi-variée afin de présenter quelques caractéristiques principales de notre population ainsi que celles de nos unités d'analyse (femmes excisées).

Dans le chapitre 5, nous utiliserons cette fois les outils de l'analyse multivariée en nous aidant du logiciel SPAD. Il s'agira pour nous de faire une ACM suivie s'une CAH10 afin de regrouper les individus selon des groupes homogènes sur la base des données collectées.

Enfin nous passerons en revue les résultats de notre étude, les limites ainsi que quelques recommandations.

10. Classification ascendante hiérarchique

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Première partie

CADRE THÉORIQUE ET

CONCEPTUEL (GÉNÉRALITÉS)

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Chapitre 1

Notions de religion et excision

Comme dit plus haut dans l'introduction, l'excision est un véritable fléau social dans le monde particulièrement dans les pays d'Afrique. Elle préoccupe bien les Organisations Internationales (UNFPA, UNICEF, OMS, ONG) qui ont défini bon nombre de concepts qui lui sont liés. Afin de s'assurer de mesurer le même phénomène, une définition des différents concepts et expressions liés à l'excision sera faite dans ce chapitre premier. Ces définitions proviennent essentiellement de sources qu'à chaque fois nous préciserons.

Avant de commencer, il importe de préciser quelques notions sur le vocabulaire employé dans ce document. Il est à noter que bon nombre de documents que nous avons exploité dans le cadre de cette étude, emploient beaucoup plus l'expression « mutilations génitales féminines » (MGF) à la place d'excision. Cette expression bien que largement employée car faisant « plus révélateur », peut se percevoir comme étant d'un champ plus vaste que celui de l'excision. Cependant, il n'en est rien. La définition des MGF adoptée par l'UNICEF1 cadre avec celle que nous donnons au terme excision qui est la suivante: « L'ablation totale ou partielle des organes génitaux externes ou toute autre atteinte aux organes génitaux féminins pour des raisons culturelles ou pour d'autres raisons d'ordre non thérapeutique ». Ainsi défini, nous utiliserons aussi l'expression MGF pour désigner l'excision à la suite de ce document. Par ailleurs, l'utilisation de l'expression MGF a l'avantage de ressortir le fait que l'excision est une pratique essentiellement dirigée vers la femme et la jeune fille même car on peut être tenté d'inclure la circoncision masculine dans la panier de l'excision. La définition de l'excision donnée par l'UNICEF plus haut nous aide à faire cette distinction. En effet, cette définition précise que l'opération doit être justifiée par toutes raisons autres que thérapeutiques alors que la circoncision masculine est généralement pratiquée pour des nécessités thérapeutiques par des médecins dès la naissance ou parfois à des âges un peu avancés de l'enfant dans les cliniques et hôpitaux modernes. Un facteur à risque souvent relevé dans la pratique de l'excision est l'usage d'instruments non stérilisés, artisanaux et rudimentaires.

Par ailleurs, la terminologie liée à l'excision a connu d'importantes évolutions. Lorsque la pratique commença à s'étendre au-delà des frontières des sociétés auxquelles elles y avaient initialement cours, elle était connue sous la dénomination « circoncision féminine

1. WHO, UNICEF and UNFPA (1997), Female Genital Mutilation: A joint statement, World Health Organization, Geneva, pp. 1-2

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» 2 ce qui laisse transparaître un parallèle avec la circoncision masculine. Dans le cas de la jeune fille et des femmes, le phénomène illustre une inégalité de genre aux racines profondes qui assigne à la femme une position inférieure dans la société, de même qu'il entraîne de graves conséquences physiques et sociales 3. Ce qui n'est pas le cas chez les hommes où la circoncision est pratiquée pour des raisons thérapeutiques notamment pour aider à prévenir la transmission du VIH/SIDA L.

1.1 Notion d'excision

L'OMS en collaboration avec l'UNFPA et l'UNIFEM projette de revoir la typologie des E/MGF qui fait ressortir cinq (05) formes d'excision. Cependant, la typologie la plus utilisée est constituée de 3 grands groupes répartis en fonction de la gravité du phénomène. Comme précisé plus haut, l'excision est aussi bien pratiquée chez la jeune fille que chez la femme adulte. Cependant, c'est le plus souvent à l'âge de l'enfance (4 - 12 ans) que la pratique est la plus fréquente.

D'après le document d'information sur l'excision pour pères et mères5, en règle générale, le clitoris est éliminé partiellement ou totalement. Souvent les petites lèvres sont aussi enlevées. Du point de vue médical, ces formes peuvent être comparées à une élimination totale ou partielle du pénis, pour un garçon. Parfois, en plus du clitoris et des petites lèvres, les grandes lèvres sont amputées également. La peau restante est ensuite cousue de manière à ne laisser qu'une minuscule ouverture, permettant juste à l'urine et aux menstruations de s'écouler. Pour toutes les formes citées, la cicatrisation des tissus peut rendre l'ouverture du vagin si petite qu'il est nécessaire de rouvrir la cicatrice, lors de relations sexuelles et de la naissance d'un enfant.

En 2007, l'OMS a classé les différentes formes de MGF en quatre (04) catégories :

- Le type 1 ou clitoridectomie qui consiste en l'ablation partielle ou totale du clitoris et/ou du prépuce;

- Le type 2 ou excision qui consiste en l'ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou sans excision des grandes lèvres;

- Le type 3 ou infibulation : c'est le rétrécissement de l'orifice vaginal par la création d'une fermeture réalisée en coupant et en repositionnant les lèvres intérieures et parfois extérieures, avec ou sans ablation du clitoris;

- Le type 4 ou non classé : rentre dans cette catégorie toute autre procédure néfaste au niveau des organes génitaux de la femme à des fins non médicales, par exemple,

2. UNICEF, http :// www.unicef-irc.org/publications/pdf/fgm_fr.pdf

3. Yoder, P. Stanley, Noureddine Abderrahim et Arlinda Zhuzhuni, Female Genital Cutting in the Demographic and Health Surveys : A Critical and Comparative Analysis, DHS Comparative Reports N° 7, septembre 2004, ORC Macro

4. Reynolds SJ, Sheperd ME, Risbud AR, Gangakhedkar RR, Brookmeyer RS, Divekar AD, Mehendale SM, Bollinger RC (2004) «Male circumcision and risk of HIV-1 and other sexually transmitted infections in India», The Lancet, 27 mars 2004

5. http :// www.terre-des-femmes.ch/files/FGM_PraeBroschuere_franzoesisch.pdf

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piquer, percer, inciser, racler et cautériser les organes génitaux.

Au vue de cette classification de l'OMS, il ressort que le terme excision est employé pour désigner un type bien précis de MGF en occurrence le type 2. Cependant dans toute la suite de ce document, nous utiliserons le vocable « excision » pour désigner toutes les autres types de MGF (type 1, type 2, type 3 et type 4). Ces types d'excision sont classés selon leur degré de gravité et de conséquence sur la santé de la jeune fille et de la femme. Par ailleurs, seuls les types 1 et 2 sont assez répandus dans nos pays.

1.2 Notion de religion

Cicéron (consul romain, 63 av. J-C) définit la religion comme « le fait de s'occuper d'une nature supérieure que l'on appelle divine et de lui rendre un culte ». Dans le cadre de notre étude, nous définissons la religion comme étant le fait d'appartenir à un groupe qui vénère une divinité et dont les comportements et croyances sont influencés par celui-ci. Lors de l'enquête VBG qui a été réalisée en 2007, la question qui a été posée aux individus rencontrés sur le terrain afin de cerner l'appartenance à un groupe religieux donné a été la suivante : « Quelle religion pratiquez-vous? ». Les principales religions qui ont été retenues sont : catholique, protestant, musulmane, animiste/traditionnelle. Par ailleurs, non seulement il est important de connaître l'appartenance d'un individu à une religion donnée, mais aussi si celle-ci influence sa vie, son comportement, son mode de pensée et bien d'autres aspects de sa vie privée et sociale. C'est à cette fin qu'une autre question est posée à la suite de la première et consiste à savoir quelle est l'importance de la religion pour l'enquêté. Si ce dernier répond que la religion n'a aucune importance à ces yeux, alors on conclut que l'appartenance à un groupe religieux n'a pas d'influence sur les comportements et attitudes de l'individu notamment en ce qui concerne la pratique de l'excision.

Par ailleurs, les religions catholique, protestante, musulmane et animiste sont essentiellement monothéistes c'est-à-dire qu'elles vénèrent un seul Dieu. Ce qui les distingue notamment c'est le lieu de culte ainsi que l'origine des textes sacrés. Chez les catholiques comme chez les protestants, le culte se déroule à l'église ou dans les temples et les textes sacrés proviennent de la bible tandis que chez les musulmans c'est plutôt dans une mosquée que le culte a lieu et la religion est fondée sur le coran. Par contre, les animistes n'ont pas de lieu de culte fixe; ils offrent des sacrifices aux disparus (qu'ils croient avoir le pouvoir de réincarnation) dans des endroits considérés comme sacrés.

1.3 Causes et conséquences de la pratique de l'exc-sion

Les raisons les plus généralement évoquées pour justifier la pratique de l'excision sont de plusieurs ordres. Selon Amnesty International dans un rapport publié en décembre 2005, les différentes raisons évoquées sont les suivantes :

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- Les raisons psycho-sexuelles : il s'agit ici d'abord de réduire la sensibilité sexuelle du clitoris afin d'atténuer le désir chez la femme pour contrôler sa sexualité dans le but de garantir la virginité avant le mariage et la fidélité pendant le mariage. Ensuite de garantir le mariage car les hommes préfèrent les femmes excisées et enfin, d'accroître le plaisir sexuel masculin.

- Les raisons d'ordre culturel : les défenseurs de l'excision avancent comme autre argument pour défendre la pratique le fait que la tradition ne doit pas être remise en question. A côté de cela, on note aussi que l'excision est un rite d'initiation de la fillette à la condition de femme et à l'intégration sociale.

- Les raisons d'ordre religieux : malgré le fait qu'aucune religion (sauf interprétation

erronée des livres sacrés) ne prescrit formellement la pratique de l'excision, ses

défenseurs évoquent toujours celle-ci comme raison justifiant cette pratique ancienne. - Les raisons d'ordre esthétiques et hygiéniques.

Par ailleurs, l'OMS lors d'une étude menée en 2006, dégage plusieurs conséquences liées à la pratique de l'excision. Parmi ces conséquences, les plus souvent cités sont :

- Les risques de complication à l'accouchement : nombreuses sont les femmes qui après avoir subi l'excision dans l'enfance ont des complications durant l'accouchement. Cependant, bon nombre d'entre elles ne savent la plupart du temps pas que ces complications sont liées au fait qu'elles aient été excisées dans leur jeunesse. L'ampleur de la complication dépend du type d'excision subi par la femme.

- L'augmentation du nombre de décès maternels : la complication de l'accouchement chez les femmes excisées augmente le risque de décès chez celles-ci.

- Les problèmes d'incontinences : les femmes ayant subi une forme d'excision sont souvent exposées à des problèmes d'incontinence qui se traduit par l'incapacité de retenir l'urine.

- Les problèmes d'ordre sexuel (perte de désir, absence d'orgasme)

- Les douleurs atroces, traumatisme, hémorragies intenses : la plupart des femmes ayant été excisées ont souvent des mauvais souvenirs liés à ces moments.

- Autres infections pouvant s'installer par les voies urinaires suite à l'excision

L'évolution des mentalités et attitudes face à l'excision a provoqué un changement majeur en ce qui concerne les groupes d'exciseurs (exciseuses). De nos jours, ce ne sont plus les exciseuses seules qui s'y livrent avec des outils rudimentaires (lames, couteau...) mais on note de plus en plus que les professionnels de la santé s'y mettent également. Ceci peut éventuellement se justifier pour des raisons économiques : la recherche de gain dans la pratique de l'excision. C'est ainsi qu'on peut lire dans le rapport de Amnesty International cité précédemment «les exciseuses ou les barbiers (en Egypte) ainsi que le personnel de santé (pratiquent clandestinement) pourraient trouver dans cette pratique une source de revenus».

Parmi les causes évoquées ci-dessus, nous nous intéresserons de plus près à la religion. L'objectif visé est alors de vérifier à l'aide d'outils scientifiques la significativité de la variable religion dans l'explication du phénomène de pratique de l'excision. Par ailleurs, les autres raisons évoqués n'ont pas été testés par des outils statistiques solides mais plutôt

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sur la base d'une description de la population des excisées.

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Chapitre 2

Revue de littérature

L'excision est parmi les questions qui suscitent de nos jours, beaucoup de débats et controverses. Mais, il est à constater qu'elle est encore mal comprise et mal connue même par les scientifiques. Même si beaucoup de choses ont été écrites dans ce domaine, il n'en demeure pas moins que les discours qui y dominent restent marqués par les idéologies. C'est fort de ce constat que nous avons entrepris, dans le cadre de cette étude de cas, de continuer à explorer cette réalité sociale. A travers la littérature sur la question, nous savons aujourd'hui que ceux qui pratiquent l'excision évoquent plus ou moins la religion pour légitimer leur acte. Plusieurs auteurs ont eu à travailler sur l'excision. Dans l'impossibilité de pouvoir faire une revue exhaustive de tous les écrits sur la question, nous avons choisi de nous référer seulement à quelques-uns d'entre eux en respectant l'ordre chronologique des publications. De ce fait, nous verrons respectivement les ouvrages de Benoîte Groult, Awa Thiam, Fran P. Hosken Renée Saurel, Michel Erlich, Marie et Hubert Prolonge sur l'excision.

Tout d'abord essayons de voir ce qu'en écrit Benoîte Groult. Cette dernière, dans son ouvrage « Ainsi soit-elle », s'est montrée très critique vis-à-vis des MGF. D'après elle, rien ne justifie cette pratique à part la haine du clitoris. Se fondant sur la pensée populaire, elle caractérise «le clitoris» par : «le péché, la source de tout mal, c'est le trou méprisable, l'étui pour l'organe roi qui seul lui confère sa raison d'être. C'est en mot la femme. Par lui-même il n'est rien. Un trou n'est rien. Il est creux, négatif, vide». Pour Groult, le monde reste encore muet pour réprimer cette pratique parce qu'il s'agit des «histoires d'organes féminins». C'est «donc sans importance». Personne n'en parle.

L'auteur n'a même pas de complexe face à la religion. En effet, à ce sujet écrit-elle : «Il est juste de dire que le coran n'est pas l'inventeur de cette mutilation. L'excision comme le voile préexistaient à l'enseignement de Mahomet. Mais il l'a accepté partout où elle était pratiquée mieux, il s'en est réjoui. Les femmes juives peuvent rendre grâce à Moise qui, pour des raisons inconnues, ne ramena pas d'Egypte cette tradition et ne conserva que la circoncision».

Comme son titre l'indique, Awa Thiam dans son ouvrage «la parole aux négresses» 1, donne la parole à celles qui pendant longtemps se sont tues non pas parce qu'elles n'avaient

1. Paris Editions DENOEL, 1978, 189 Pages

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pas des choses à plaindre ou à réclamer, mais parce que le système d'oppression mâle ne leur permettait pas toute prise de parole. L'architecture du livre comprend trois parties : la première est intitulée « Des mots de négresses », la deuxième a pour titre « Des maux de négresses » et la troisième c'est « Féminisme et révolution ».

Dans la première partie l'auteur donne la parole à des femmes qui racontent principalement leurs conditions désastreuses de mariage et de fiançailles.

C'est seulement à partir de la deuxième partie qu'elle prend réellement position contre les maux dont souffrent les femmes noires en particulier. A ce propos, elle souligne que bien que tous les problèmes de femmes se recoupent, les femmes noires indépendamment de toute origine : « ont en commun la condition d'être exploitées et opprimées par le même système phallocratique, (...). Il n'est pas rare de retrouver en Afrique ou en Europe, des femmes battues, des femmes dont les maris sont polygames, institutionnellement ou illégalement ».Concernant la clitoridectomie et l'infibulation, Awa Thiam mentionne que ces pratiques sont présentes chez les musulmans, les chrétiens et les animistes. Partant de cette base, l'auteur récuse la thèse de la source islamique de ces opérations en les faisant remonter au règne du prophète Abraham.

Dans la troisième partie de son ouvrage, Awa Thiam exhorte ses consoeurs négresses à lutter pour la recherche de leur dignité et de la reconnaissance de leur spécificité d'êtres humains. Pour elle, la lutte que doit mener les femmes d'Afrique noire doit se situer à un niveau autre que celui des femmes européennes. En effet, «en Afrique noire sévissent la polygamie institutionnalisée, les pratiques mutilatrices sexuelles, les mariages forcés, les fiançailles d'enfants». Ce qui est commun à toutes les femmes c'est la «violence phallocratique». Or «la violence engendre non pas l'humain mais plutôt sa destruction. Elle a pour nom : fascisme phallocratique. Elle est donc à abolir dans toute société, dans tout groupe social».

Juste à la fin de l'année de publication de «Parole aux négresses», Fran Hosken confie ses longues et vastes recherches sur l'excision sous forme d'un ouvrage. En effet, le «Génital and Sexual Mutilation of Females» est publié en 1978 et un peu avant le Séminaire de l'OMS à Khartoum en février 1979. Quand Fran Hosken a débuté ses investigations, il n'y avait pas beaucoup d'écrits sur les MGF contrairement à la circoncision masculine. C'est ainsi que l'architecte doublée de journaliste va entreprendre des recherches à travers le monde entier. C'est la raison pour laquelle, il n'y a presque pas aujourd'hui un travail qui se fait sur l'excision sans se référer à l'étude de Fran Hosken.

A l'instar d'Awa Thiam, Fran Hosken, journaliste américaine, situe les MGF dans un passé pré-islamique. A ce propos, elle écrit : «It was first recorded in Egypt 2000 years ago»2. Elle avance également que ces pratiques ont tendance à augmenter à cause de la croissance démographique. Selon les types, Fran Hosken localise les MGF dans 41 pays d'Afrique. Pour elle, 110,529 millions de femmes et de filles sont mutilées en Afrique. En dehors, de l'Afrique, les MGF sont pratiquées dans la Péninsule Arabique et tout au long du Golfe Persique. Au niveau de l'Occident aussi, à cause de l'émigration, on note ces pratiques.

2. Traduit par : les MGF ont été enregistrés pour la première fois en Egypte il y a de cela 2000 ans

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Dans la première partie, l'auteur fait une vue d'ensemble sur les conséquences des MGF sur la santé des femmes et rapporte les recommandations du Séminaire de Khartoum. De même, elle fait un historique de ces opérations. La deuxième partie est plus détaillée. En effet, Fran Hosken y revient sur des cas de pays. Elle insiste principalement sur les pays d'Afrique. Et dans la dernière partie, elle revient sur l'ensemble des politiques qui ont été initiées pour estomper les MGF. Dans cette partie, Fran Hosken accuse les institutions internationales, parce que dirigées par des hommes, d'avoir fermé les bouches sur ce mal qui frappe les femmes. C'est ce qu'elle a appelé « The conspiracy of silence ».

A la suite de Fran Hosken, Renée Saurel publie un ouvrage très critique sur les MGF. C'est ainsi qu'elle écrit : « Mon propos se limite à un plaidoyer contre les mutilations qui ne sera pas fondé sur la haine du mâle, mais ne ménagera pas ces messieurs quand ils trouvent leur compte dans une si scandaleuse injustice ». L'ouvrage débute par l'histoire de la petite Oumou, une malienne vivant en France avec ses parents. Cette fille qui faisait à l'époque l'école maternelle a été excisée à l'âge de quatre ans par une femme venue spécialement du Mali pour la circonstance. Madame la directrice de l'école très bouleversée par l'opération, prend l'affaire à bras le corps. Un jour, alors qu'elle sortait de l'école, elle rencontre la mère d'Oumou et lui demande si sa fille ne souffrait plus. Cette dernière répond : «Non, ici ça ne dure qu'un mois, au Mali beaucoup plus longtemps. Ça fait très mal. Oumou n'a pas fait pipi pendant deux jours. On est obligé de le faire. Moi je ne voulais pas. (Pourquoi?) Je ne sais pas. C'est Dieu qui l'a dit. Si on n'est pas coupée, on ne se marie pas. C'est une femme qui vient du Mali, elle le fait avec une lame».

Toujours dans la même logique, Saurel s'intéresse également à une question que se posait la revue Famille et Développement en 1975 : L'excision, base de la stabilité familiale ou rite cruel? Le docteur Taoko de l'hôpital Yalgado, à Ouagadougou avait tenté de répondre à cette question. L'auteur de l'enterrée vive reprend la réponse de Taoko sans la corrompre. Elle écrit : « En Afrique occidentale le terme circoncision prête à confusion : il désigne d'une part l'opération qui prive l'homme de son prépuce et la femme de son clitoris et d'autre part, sous-entend l'initiation proprement dite. Le docteur Taoko estime que si, en Afrique occidentale, la circoncision et l'excision ont relevé surtout du «rite de passage», l'excision n'est plus aujourd'hui qu'une pratique de routine au sujet de laquelle personne ne peut fournir de «justifications convaincante».

Les ouvrages mentionnés ci- dessous ont en commun d'être très radicaux dans la remise en cause de l'excision.

Michel Erlich3 lui est un peu modéré. Médecin et ethnologue à la fois, Erlich minimise les conséquences médicales de l'infibulation, pratique qu'il maîtrise parfaitement pour avoir eu à travailler à Djibouti. En effet, dès l'entame de l'ouvrage il avertit : «Les répercussions médicales de l'infibulation ne m'ont pas paru d'emblée préoccupantes. Les premiers échos des réactions hostiles de la presse occidentale contrastent avec l'absence d'une pathologie gynécologique majeure dans ma clientèle, incitèrent à m'intéresser aux divers aspects de cet étrange coutume»

L'auteur de «La femme blessée » a le mérite d'avoir fait dans son ouvrage, une typologie

3. Dans « La femme blessée », Paris, l'Harmattan, 1986, 321 pages

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de toutes les formes de MGF et d'avoir réparti chacun des types en fonction de la zone où il est en vigueur. Il retrace aussi les différentes campagnes qui ont eu à être menées depuis la colonisation pour arrêter la pratique. Par ailleurs, il fait une revue de la question de l'excision en montrant les nombreux auteurs qui l'ont abordé.

Contrairement à ce que l'on aurait tendance à penser, Hubert Prolongeau montre que l'excision est en expansion. En effet, il montre que : «Cent trente millions de femmes et fillettes sont excisées de par le monde». Ce métier de «réparateur de clitoris», Pierre Foldes le fait gratuitement (du moins pour ce qui concerne les femmes qui ne sont pas couvertes par la sécurité sociale). Le spécialiste qui exerce à la clinique Louis XIV de Saint-Germain-Laye (à l'ouest de Paris), a été influencé par son parcours d'humanitaire qui lui a permis de travailler en Asie d'abord, puis en Afrique. En effet, pour lui, il faut coûte que coûte secourir les opprimés où qu'ils se trouvent.

En gros, ce sont les ouvrages susmentionnés qui nous ont permis de réaliser cet état de la question.Regardons à présent l'avis des deux religions les plus touchées par cette pratique dans le monde.

2.1 Christiannisme et excision

Lorsque les missionnaires jésuites au 16e siècle arrivent en Abyssine (Ethiopie), ils tentent d'abolir l'excision chez les nouveaux convertis. Mais les hommes refusent d'épouser les femmes non excisées et les conversions cessent. Comme le rappelle Benoite Groult, l'église décide, sur injonction du pape Paul III de «Préférer les âmes aux organes sexuels» et de cautionner la pratique car elle est «médicalement nécessaire».

Puis c'est le bras de fer à la fin des années 1930 au Kenya, entre les missionnaires presbytériens écossais opposés aux MGF, qui refusent l'accès à l'église de toute fille excisée et les tribus Kikuyu qui, pour maintenir le rite, fondent des écoles et des églises indépendantes qui accueillent les filles excisées. Tout commence en 1919. Quand les médecins missionnaires émettent une recommandation unanime pour l'abolition de l'excision et des mesures disciplinaires pour les chrétiens qui continueraient à s'y livrer. Mais Jomo Kenyatta s'y opposait fortement car trouvait en l'excision une sorte de résistance nationale à la domination coloniale. Il écrit en 1938 dans Au pied du mont Kenya: «pas de Kikouyou digne de ce nom ne souhaite épouser une fille non excisée. La clitoridectomie est une mutilation corporelle considérée, en quelque sorte comme la condition sine qua non pour recevoir un enseignement religieux et moral complet». L'église d'Ecosse dû se plier devant cette résistance et renoncer à la campagne d'abolition du rite de l'excision. Quant à la pratique, elle perdure jusqu'à nos jours.

En 1952, l'Alliance internationale Jeanne D'Arc se définissant comme association catholique, dépose le premier rapport officiel sur les MGF devant l'ECOSOC '. Ces prises de position visent à faire reconnaitre par le Vatican le caractère irréversible et donc

4. Conseil Economique et Social des Nations Unies

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condamnable des MGF mais en vain. L'église se terre devant cette controverse car elle préfère éviter toute confrontation avec les communautés chrétiennes africaines catholiques. Cependant, les églises africaines confrontées aux MGF prennent clairement position contre cette pratique. Par exemple lors du séminaire sur l'excision : culture et religion organisé à Kolda ( sud du Sénégal) par l'ONG Enda Tiers-Monde en 1993, le Révérend père Lopy a déclaré: «si DIEU a trouvé que ce qu'il a réalisé dans l'homme comme dans la femme était absolument bon, pourquoi la lame, le couteau ou le tesson de bouteille viendraient-il supprimer la merveille du créateur ?»

2.2 Islam et excision

Il y a eu plusieurs controverses autour des mutilations sexuelles en terre d'islam. Rappelons d'abord les deux sources qui rythment la vie des musulmans : le coran et les recueils de la Sunnah (paroles et gestes ou hadith du prophète Mohamed). Elles sont complétées par les fatwas : avis des savants religieux musulmans qui, formulées dans un langage accessible au public soit oralement soit par écrit, indiquent le comportement à suivre pour se conformer à la volonté divine. L'authenticité des hadiths est déterminée par l'indentification du rapporteur qui aurait entendu le prophète le prononcer, et de la chaine de transmission. S'il apparait clairement que le coran ne contient aucune indication quant à l'existence ou à l'obligation de l'excision, ses partisans invoquent des hadiths attribués à Mohamed, qui aurait ainsi interpellé une exciseuse : « Si tu coupes, n'exagère pas car cela rend plus rayonnant le visage et c'est plus agréable pour le mari ». Mohamed aurait dit aussi : que « l'excision est le mérite des filles ».Or précisément, ce hadith est qualifié d'inauthentique au vu et au su des musulmans les plus érudits partisans des MGF. Les hadiths représentent une arme redoutable aux mains de ceux qui la manipulent pour faire obstacle à toute campagne luttant contre les mutilations. Il existe un ensemble de fatwas qui se contredisent les unes les autres sur la question de l'excision. Ce contexte encourage les adeptes de la pratique et participe au maintien et à l'ancrage des mutilations sexuelles féminines au sein de la société musulmane. C'est ainsi que les médecins, gynécologues et obstétriciens, des spécialistes de la loi islamique et certains conférenciers en droit musulman, des grandes universités, proches des milieux traditionnalistes religieux, continuent à justifier la pratique de l'excision par l'existence de hadiths défenseurs de cette pratique. Certains d'entre eux affirment même que « l'excision est source de pudeur, d'honneur et d'équilibre psychologique ». D'autres encore avancent des arguments médicaux recommandant l'excision comme étant bénéfique à la santé et à l'hygiène, les femmes pouvant procéder à « leur hygiène intime plus facilement en l'absence d'une partie de leurs organes génitaux». Cette coutume s'est transmise de génération en génération. Avec le temps, elle a été associée abusivement à la religion pour finalement se confondre, dans l'imaginaire à un commandement du prophète voire, une règle. Une règle selon laquelle tout ce qui n'est pas interdit est permis. Les MGF n'étant pas interdites de façon explicite dans le coran, elles restent donc permises et sont en général une norme en milieu musulman.

De façon générale, les études sur les violences basées sur le genre ont montré une prédominance de cette pratique dans les sociétés musulmanes. Le tableau ci-dessous donne

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la prévalence (en %) de l'excision par âge dans certains pays à majorité musulmane et les sources des données.

 

Sources de données

15-49 ans

15-19 ans

35-39 ans

Burkina Faso

EDS 2003

76 ,6

65,0

81,6

Egypte

EDS 2005

95,8

96,4

95,9

Erythrée

EDS 2002

88,7

78,3

92,6

Ethiopie

EDS 2005

73,3

62,1

81,2

Gambie

MICS 2005

78,3

79,9

79,5

Guinée

EDS 2005

95,6

89,3

98,6

Sierra Leone

MICS 2006

94,0

81,1

97,5

Somalie

MICS 2006

97,9

96,7

98,9

Soudan

MICS 2000

90,0

85,5

91,5

Il parait alors vraisemblable que l'islam ait une corrélation positive avec la pratique de l'excision ou plus généralement, que la religion est un déterminant majeure de la pratique de l'excision.

Cependant plusieurs exceptions semblent mettre en doute cette assertion. En effet, il existe des sociétés ou des pays à majorité musulman où les taux de prévalence de l'excision sont très faible, ou du moins inferieures à ceux observés dans les sociétés chrétiennes. Examinons quelques exemples : Tout d'abord, il convient de noter que l'excision n'est pas pratiquée en Lybie, Tunisie, Algérie et Maroc qui sont des pays arabes. Par ailleurs les EDS réalisées en 2006 au Niger et en Ouganda montrent les taux de prévalence respectifs de 2,2% et 0,6% pour les femmes ayant entre 15 et 49 ans. Les chiffres présentés ci-dessous doivent toutefois être interprétés avec une certaine réserve car ils représentent des taux de prévalence moyen dans les pays considérés et ne prennent pas en compte la ventilation selon les régions d'habitation, le milieu de résidence. Les études de causalité entre la religion et l'excision suivant ces ventilations peuvent apporter plus d'éléments explicatifs que les chiffres agrégés. De pareilles études ont étés réalisées dans certains pays et contribuent fortement à la mise en doute de l'idée selon laquelle la religion islamique a une forte corrélation positive avec la pratique de l'excision. Les dossiers documentaires du CEDIF soulignent que dans le sud du Nigeria, les femmes musulmanes sont moins fréquemment excisées que les chrétiennes; au Ghana, la prévalence de la mutilation est semblable dans les deux communautés. Le rapport de l'enquête VBG réalisée par l'UNICEF en 2008 montre que Les MGF sont plus fréquents chez les animistes (74%) et les musulmans (66%) que chez les catholiques (40%) ou les protestants. La grande prévalence de l'excision chez les animistes est essentiellement liée à la persistance de certaines croyances et habitudes culturelles favorables à cette pratique. Cette étude montre que l'implication de la religion dans cette pratique varie selon les régions. Ainsi, dans les départements de Man (87%) et de Guiglo (77%), le phénomène est plus amplifié chez les animistes, Il est plus prononcé chez les musulmans à Daloa et Duékoué (où plus de 60% des femmes excisées sont musulmanes), et plus fréquent chez les femmes sans religion résidant dans les départements de Danané (79%) et de Korhogo (84%). La conclusion tirée de cette étude est l'absence d'une relation de causalité entre la religion et la pratique de l'excision. Cette multitude de cas isolés semble montrer une absence de corrélation positive entre la religion et la pratique de

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l'excision. L'enquête réalisée par l'ONG ONEF financée par l'UNFPA a d'ailleurs relevé qu'en Côte d'Ivoire «l'excision n'a pas de fondement religieux, elle a tout simplement une origine ancestrale, aussi soumet-on les jeunes filles à la mutilation génitale par respect pour la tradition et dans le but de perpétuer celle-ci. C'est aussi une activité lucrative qui rapporte aux exciseuses 3 à 8 euros par fille excisée».

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Chapitre 3

Données et sources de données

Dans un souci de compréhension de la relation de causalité entre la religion et la pratique de l'excision, nous allons mener des analyses descriptives c'est-à-dire donner les caractéristiques tant sociodémographiques qu'en ce qui concerne l'excision de notre population. Ces études utilisent les données issues d'une enquête qui s'est déroulée en deux phases en Côte d'Ivoire en 2007, dans un contexte particulièrement marqué par une agitation en temps de crise. En effet, du fait de la crise politico-militaire qu'a connu le pays dès 2002, les mouvements de population ont entraîné dans les zones de conflits la désintégration des systèmes de protection sociale traditionnelle, exposant les femmes et les enfants à un haut risque de violences, d'abus sexuels et de paupérisation. Il était donc naturel de la part des différents acteurs de la société d'avoir des informations fiables sur les violences faites aux femmes et aux enfants afin d'effectuer des comparaisons et de procéder à des prises de décisions. C'est dans cette optique qu'en 2007, avec l'appui financier de l'UNFPA, de l'UNICEF, du PNUD et de l'UNIFEM, l'ENSEA a réalisé l'une des deux enquêtes portant sur les violences basées sur le genre. La première s'est déroulé dans la ville d'Abidjan et la seconde dans huit départements de l'intérieur du pays 1. Ces enquêtes ont permis de recueillir des informations sur l'ensemble des violences subies par les femmes (violences physiques, violences sexuelles, violences verbales, violences psychologiques , violences économiques). Les bases de données issues de ces enquêtes ont au total 1 529 variables (dont 704 pour l'enquête d'Abidjan et 825 pour l'enquête des villes de l'intérieur). Ont été enquêtées au total 15 130 personnes dont 2 740 personnes à Abidjan et 12 390 pour les 8 autres départements. En ce qui concerne notre étude, seules les variables ayant un lien direct avec l'excision (Section 4 et 5 des questionnaires de l'enquête d'Abidjan et de l'intérieur respectivement) et la religion (Questionnaires menages) seront utilisées pour rechercher d'éventuelles corrélations entre la religion et l'excision ou pour élucider d'autres facteurs explicatifs de la pratique de l'excision. Pour des raisons de commodité, nous allons fusionner ces deux bases par ajout de variables pour avoir un large éventail d'informations sur l'ensemble des villes et départements sus cités. Les rapports finaux de ces enquêtes (réalisés respectivement en 2007 pour Abidjan et en 2008 pour l'intérieur) nous montrent les différentes étapes qui ont été suivies depuis la collecte des données jusqu'à leur traitement. La partie ci-dessous est une brève présentation des principales conclusions tirées de ces différentes enquêtes. Le lecteur pourra s'adresser à l'UNFPA Côte d'Ivoire pour de plus amples informations concernant les résultats de ces enquêtes.

1. Bouaké, Daloa, Danané, Duekoué, Guiglo, Korhogo, Man et Yamoussoukro

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3.1 Présentation des données d'Abidjan

3.1.1 Taille d'échantillon et procédures d'échantillonnage

L'objectif principal de cette enquête est de fournir des données fiables sur le niveau des différentes formes de violences basées sur le genre en Côte d'Ivoire. Le souci premier de l'UNFPA étant de fournir des effectifs suffisants pour pouvoir faire des analyses correctes et pertinentes par milieu de résidence (milieu urbain, milieu rural), groupe d'âges, sexe et niveau d'instruction. Il a donc été décidé d'interroger 2 000 femmes de 10-49 ans et dans un tiers des ménages sélectionnés, des hommes du même groupe d'âges. L'échantillon des femmes a été reparti de façon équitable entre les deux milieux de résidence (urbain et rural). D'après le rapport de l'enquête, cet échantillon a été tiré à partir de la liste des districts de recensement fournie par l'EIS2 réalisée à Abidjan en 2005 et disponible à l'Institut National de la Statistique de Côte d'Ivoire.

En choisissant d'enquêter 85 femmes de 10-49 ans par districts de recensement, cela correspondait à un total de 24 districts de recensement à sélectionner, soit 40 ménages par districts de recensement pour assurer une bonne couverture de l'ensemble des districts de recensement tirés. Malgré le caractère multidimensionnel de l'étude, il faut noter que seules les violences interpersonnelles étaient prises en compte, les violences institutionnelles et sociales ne faisant pas partie de son champ.

3.1.2 Collecte des données

Trois grandes étapes ont été suivies Pour identifier les personnes qui sont éligibles pour répondre aux questionnaires individuels. Premièrement, l'on a procédé à un dénombrement des ménages dans chaque district de recensement. Ensuite, pour chaque ménage sélectionné, toutes les femmes éligibles sont interrogées après avoir obtenu les renseignements d'ordre général auprès du chef de ménage ou de toute autre personne adulte capable de les fournir. Enfin, dans un tiers des ménages sélectionnés, les hommes éligibles ont également été enquêtés de la même façon. Les individus à interviewer devant être des résidents présents.

Au total, 2120 femmes âgées de 10-49 ans et 620 hommes du même groupe d'âge ont été enquêtés.

3.1.3 Traitements, exploitation des données et méthodes d'ana-lyse

Pour le traitement des données quantitatives, un masque de saisie a été réalisé par un informaticien. Après la collecte, les questionnaires ont été codifiés, puis saisis à l'aide du logiciel EPI-INFO.

Après la saisie, les données ont été transférées sous le logiciel EXCEL pour être contrô-

2. Enquête sur les Indicateurs du Sida

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lées qualitativement. La préparation du fichier d'analyse s'est faite par la validation des données et la suppression des individus dupliqués. La validation a consisté à faire des distributions univariées afin de vérifier qu'il n'existe pas de valeurs aberrantes au niveau des modalités des variables et que chaque information comporte une donnée acceptable qui n'est pas contradictoire par rapport à une autre étude menée auparavant. La validation des données a été réalisée en comparant les données de l'enquête aux données sociodémo-graphiques provenant des sources de données les plus récentes. Cette opération a permis d'assurer la cohérence des informations saisies. Les données inexactes ou incomplètes ont été modifiées ou supprimées dans le fichier d'enquête. L'analyse proprement dite des données s'est effectuée ensuite en recourant au logiciel STATA 9.0. Compte tenu des objectifs spécifiques de l'étude, des analyses aussi bien univariées que bivariées, ont été effectuées.

3.2 Présentation des données de l'enquête d'intérieur

3.2.1 Zone d'enquête

La zone d'étude sur les violences basées sur le genre concerne quatre départements de la partie Centre Nord-Ouest et quatre départements de la zone sud du pays. Il s'agit des départements de Bouaké et Yamoussoukro au Centre, Danané, Duékoué, Guiglo et Man à l'Ouest, Daloa au Centre-Ouest et Korhogo au Nord. La collecte des données a été faite au moyen d'une enquête par sondage utilisant les techniques d'estimation probabiliste de sorte que chaque unité primaire et secondaire ait à l'avance une probabilité connue de faire partie de l'échantillon. Les résultats obtenus auprès de l'échantillon enquêté ont ensuite été extrapolés à l'ensemble de la population de la zone d'étude.

3.2.2 Stratification et domaines d'étude

Le niveau ou domaine d'étude de cette enquête est le département désagrégé par milieu de résidence. Chaque milieu de résidence du département constitue de ce fait une strate.

3.2.3 Mode de tirage de l'échantillon

Le mode de tirage de l'échantillon est un tirage à trois degrés :

Au premier degré, des districts de recensement ont été tirés dans chaque strate par un tirage systématique avec une probabilité égale : la taille du DR étant le nombre de ménages.

Au deuxième degré de tirage, un nombre fixe de ménages a été tiré dans chaque DR dénombré de manière systématique à probabilité égale. Un effectif de 32 ménages dans chaque DR a été retenu. Tous les membres des ménages sélectionnés ont été identifiés à l'aide d'un questionnaire ménage.

Au troisième degré, deux femmes âgés de 10 à 49 ans et un homme âgé de 10 à 40 ans d'un ménage sélectionné au deuxième degré ont été tirés et enquêtés à l'aide du questionnaire individuel. La collecte des données s'est faite par interview directe auprès des chefs de ménage ou leurs représentants et les personnes éligibles sélectionnées dans le

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ménage.

3.2.4 Base de sondage des unités primaires

L'INS dispose d'une base de sondage constituée de la liste exhaustive des 3 348 DR utilisées dans le cadre du RGPH3 de 1998. Les DR résultent du morcellement de l'ensemble du territoire national à partir des travaux de la cartographie censitaire réalisés en 1998. La taille moyenne d'un DR est respectivement de l'ordre de 1 000 et 800 habitants dans les zones urbaines et rurales.

Contrairement aux unités primaires, la base de sondage pour la sélection des ménages échantillon nécessite une mise à jour complète de chaque DR tiré au 1er degré par les enquêteurs sur le terrain. Le dénombrement exhaustif des DR échantillons a permis de disposer des informations actualisées sur le nombre de ménages et l'effectif de la population des zones échantillonnées.

3.2.5 Documents de collecte

Deux fiches de collecte et un questionnaire individuel ont été utilisés au cours de cette enquête VBG. Le questionnaire individuel s'est inspiré de celui de l'enquête VBG à Abidjan.

La fiche de dénombrement des ménages a été utilisée pour dénombrer tous les ménages des DR sélectionnés. Et la fiche « liste des membres du ménage » a servi à établir le répertoire de tous les membres d'un ménage sélectionné. Elle permet l'identification des personnes éligibles au questionnaire individuel.

Le questionnaire individuel a été utilisé pour collecter des informations sur les femmes âgées de 10 à 49 ans et les hommes âgés de 10 à 40 ans tirés dans le ménage.

3.2.6 Dénombrement des ménages

Le dénombrement a été précédé par une phase de reconnaissance de l'étendue des DR à l'aide de la cartographie des localités effectuée par l'INS. A l'issue des travaux de dénombrement, une liste de ménages a été constituée pour servir de base de sondage pour le tirage des ménages. Les ménages (32 par grappe) ont été sélectionnés en procédant à un tirage systématique simple. 30 838 individus ont été recensés; parmi ceux-ci, 15 154 résident en milieu urbain et 15 684 sont en milieu rural. La méthodologie utilisée pour déterminer l'échantillon a également permis d'interroger 12 413 individus à partir d'un questionnaire individuel. Cette population est constituée de 4179 hommes âgés de 10 à 40 ans et 8234 femmes de 10 à 49 ans.

3. Recensement Général de la Population et de l'Habitation

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En définitive, un effectif de 15 471 ménages a été visité alors que 4096 ménages étaient prévus. Cette différence relativement importante s'explique par le dédoublement des ménages sur une même adresse plus généralement par la crise militaro-politique qui a occasionné d'importants mouvements de populations.

Les enquêteurs ont eu pour consigne d'interroger l'ensemble des ménages recensés sur la même adresse géographique. L'ampleur de ce phénomène étant inégale selon les départements, chaque équipe s'est efforcée de s'adapter à la nouvelle situation du terrain. De ce fait, la durée des activités de collecte de données s'est effectuée en fonction des difficultés actuelle. Si dans les départements de Yamoussoukro et Danané, le calendrier a été respecté, en revanche à Guiglo, la réticence plus accrue de la population conjuguée à l'insécurité ainsi qu'à l'inaccessibilité des DR, ont constitués des handicapes sérieux.

3.2.7 Saisie et traitement des données

La saisie proprement dite a été faite avec le logiciel EPI Data. Deux masques de saisie ont été élaborés : le premier pour la fiche de dénombrement, et le second pour les deux autres questionnaires (Ménage et Individu) afin de mieux contrôler les identifiants géographiques.

La saisie des données sur micro-ordinateur a débuté le 24 janvier 2008 avec les questionnaires des départements de Bouaké, Danané, Yamoussoukro et Daloa. Elle a été réalisée par une équipe de huit opérateurs de saisie dont cinq femmes. Chaque opérateur de saisie avait à sa charge les questionnaires d'un département. Les questionnaires qui arrivaient du terrain, après codification et vérification, étaient envoyés régulièrement à la salle de saisie de l'ENSEA. Par ailleurs, un programme de contrôle de qualité permettait, pour chaque département, de détecter une fois les données saisies, les éventuelles incohérences et réponses invraisemblables. La saisie et le traitement des données se sont achevés le 26 février 2008.

3.2.8 Analyse des données

A l'issue des travaux de saisie et d'apurement des fichiers, les données ont été exportées sous les logiciels STATA et SPSS pour la tabulation. Les données de l'enquête sont contenues dans trois fichiers :

- Le fichier dénombrement qui contient les informations sur l'ensemble des ménages dénombrés par DR et qui sera utilisé pour l'estimation du volume des ménages dans la zone d'étude.

- Le fichier ménage qui découle des informations contenues dans la fiche ménage et

qui sera utilisé pour la sélection des individus éligibles au questionnaire individuel. - Le fichier individu, qui est celui issu du questionnaire individuel des femmes de 10-49

ans et des hommes de 10-40 ans.

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3.3 Traitements relatifs aux bases de données

La première étape du traitement consiste à sélectionner les variables d'intérêt pour notre étude dans chacune des bases. Le questionnaire de l'enquête de l'intérieur étant inspiré de celui d'Abidjan, on a pu avoir des variables similaires dans les deux bases. Ce sont ces variables qui vont ensuite nous permettre d'effectuer la fusion des bases par ajout des observations .En définitif on a pu avoir trente-deux variables dont dix sont relatives aux caractéristiques sociodémographiques, que nous allons croiser avec les vingt-deux variables de la section « mutilations génitales féminines ». Cependant, il convient de souligner que les concepteurs du questionnaire de l'intérieur ont adopté une codification différente de celle de l'enquête d'Abidjan pour certaines variables. En effet, les modalités de certaines variables ont été codées comme des entiers alors qu'elles étaient des chaines de caractère dans le questionnaire d'Abidjan. La fusion des variables étant impossible si les deux variables sont de types différents, nous avons dû changer le type numérique en chaine de caractère.

La seconde étape du traitement consistait à rendre les noms et les libelles des variables identiques dans les deux bases. En effet, certaines variables qui ne figuraient pas dans le questionnaire d'Abidjan ont été ajoutées dans le questionnaire de l'intérieur c'est ce qui a bouleversé l'ordre des variables par rapport au questionnaire initial.

Après avoir uniformisé les noms et les libellés des variables dans les deux bases, nous les avons enfin fusionné par ajout des observations. A ce niveau, il apparaissait encore les variables où certaines modalités sont les chaines de caractère et d'autres des codes. Nous avons donc fait recours au manuel de codification pour transformer les codes en chaines de caractères. Nous avons également uniformisé certaines variables dichotomiques car la modalité « non » était parfois codée «2 » parfois codée «1».

Après la fusion des deux bases, nous avons procédé à un tri à plat sur toutes les variables retenues. Cette étape nous a permis de déceler la présence d'un grand nombre de valeurs manquantes. Notre objectif fut de savoir si ces valeurs manquantes étaient dues à des sauts ou si celles-ci étaient réellement des valeurs manquantes dans les sens propre du terme. Notre objectif étant d'avoir un taux de valeur manquante par variable inférieur ou égal à 5 pourcent. A ce niveau, nous avons remarqué que la variable groupe ethnique, (Qui sera déterminante pour notre analyse) présentait un très grand nombre de valeurs manquantes, issue principalement de la base de l'intérieur. La technique d'imputation des valeurs manquantes. Était de regrouper les individus dans les mêmes ménages et d'affecter l'ethnie d'un répondant à celui des autres non répondants du même ménage. Cette méthode est fondée sur l'hypothèse selon laquelle les individus d'un même ménage ou à la limite, d'une même concession, appartiendraient au même groupe ethnique. La phase technique consistait à ranger les individus selon le département, puis selon le milieu de résidence, puis la commune, jusqu'au niveau le plus fin qui est le ménage. D'autres technique similaires ont été utilisées pour traiter les valeurs manquantes d'autres variables. Finalement, ces différentes manipulations nous ont permis d'avoir une base prête à être utilisée. Cette base (d'extension SAV) a ensuite été convertie en un format d'extension SBA pour l'analyse multivariée à l'aide du logiciel SPAD.

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Deuxième partie

CADRE MÉTHODOLOGIQUE ET

EMPIRIQUE

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Chapitre 4

Analyse descriptive et premiers

résultats

Ce chapitre a pour but de décrire la population des zones enquêtées selon ses caractéristiques sociodémographiques et aussi selon ses caractéristiques en ce qui concerne les MGF. Il s'agira donc pas de tenter d'expliquer la pratique de l'excision ce qui dans ce cas nécessiterai une approche économétrique. Ainsi, les résultats énoncés dans ce chapitre sont purement descriptifs et ils mettent en évidence les caractéristiques de la population des femmes excisées. Par ailleurs, par pratique de l'excision, nous entendons par là les femmes déjà excisées et l'intention d'excision. Cela permettra de couvrir un aspect plus large de la pratique de l'excision.

Les outils que nous utiliserons sont essentiellement ceux de la statistique descriptive univariée et bivariée. Dans un premier temps, nous adopterons une approche globale sans distinguer le type de pratique d'excision. Dans un second temps nous nous intéresserons aux femmes effectivement puis à l'intention d'exciser. Afin de pouvoir vérifier les observations tirées dans la partie descriptive, des tests statistiques d'hypothèses seront également fait.

4.1 Caractéristiques de la population des individus enquêtés

Avant de se lancer dans la présentation de quelles que statistiques que ce soient, une description de la population s'avère nécessaire afin de comprendre son organisation.

Un coup d'oeil sur les tableaux 1 et 2 en annexes nous permet de donner quelques caractéristiques de la population étudiée.

4.1.1 Caractéristiques de la population des femmes excisées

En ce qui concerne la population des femmes excisées, on constate que la proportion des femmes qui vie en milieu urbain est presque qu'égale à celle vivant en milieu rural. Par ailleurs, on constate que 9 femmes sur 10 sont soit célibataire, soit mariée ou alors vivent avec un partenaire. On note aussi une forte représentativité des musulmanes parmi les femmes excisées (près de la moitié) ce qui laisse croire que l'excision est un trait caractéristique de cette population. Comme on pouvait s'y attendre, l'effectif des femmes

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excisées décroit avec le niveau d'éducation : les femmes ayant le niveau primaires sont les plus nombreuses à avoir été excisées par rapport aux niveaux les plus élevés.

Par ailleurs, chez les groupes ethniques Krou, Gur et Mande du Sud, près d'une femme sur 4 est excisée contre 10% chez les autres groupes ethniques (Mande du Nord et Akan).

*

FIGURE 4.1 - Répartition en pourcentage des femmes excisées selon l'appartenance à un groupe ethnique (Source: Enquête VBG 2007, Côte d'Ivoire)

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FIGURE 4.2 - Répartition en pourcentage des femmes excisées selon l'appartenance à un groupe religion (Source: Enquête VBG 2007, Côte d'Ivoire)

Si parmi les différents groupes ethniques figurent les nationalités malienne et burkinabè c'est en raison de leur effectif non négligeable et s'il s'est avéré nécessaire de les inclure afin de ne pas perdre de l'information. Les analyses qui suivront prendront en compte ces

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deux nationalités au sein des groupes ethniques à cause de leur représentativité.

4.1.2 Caractéristiques de la population des femmes non excisées

Les femmes non excisées sont équitablement réparties dans en milieu rural et urbain (respectivement 49% et 51%). A la différence des femmes excisées qui sont en majeure partie mariées qui représentent le mode de la série statistique (38% des femmes), 6 femmes non excisées sur 10 sont célibataires. Dans le même ordre d'idée, elles présentent la caractéristique principale d'être principalement catholiques ou protestantes (respectivement 34% et 30%). Les musulmanes ne viennent qu'en troisième position avec une proportion de moins d'une femme sur 5. On constate ainsi qu'au sein de la population des femmes non excisées, les chrétiennes (catholiques et protestantes) sont les plus nombreuses. En ce qui concerne le niveau d'instruction, la répartition de la population est la même que chez les femmes non excisées. Plus en monte dans le niveau d'étude, plus l'effectif des femmes non excisées diminue jusqu'à atteindre près de 5%. On peut sur la base de ce constat affirmer que le fait d'être excisée ne dépend pas du niveau d'éducation. Ceci peut s'expliquer par le fait que les filles sont excisées très tôt à un âge où la majorité d'entre elles sont encore au niveau primaire et peu d'entre elles atteindront le niveau supérieur. D'où la décroissance de l'effectif avec le niveau croissant de l'instruction.

Si l'on retient comme critère le groupe ethnique, on remarque que près de la moitié (47%) des femmes non excisées sont issues du groupe ethnique Akan avec seulement environ 1 femmes sur 10 qui est excisée toujours pour ce même groupe. Sur la base de ce résultat, on peut dire que le fait d'être excisée n'est pas une caractéristique fondamentale du groupe Akan.

Nous illustrons ces quelques résultats énoncés ci-dessus par des graphiques qui permettent de synthétiser l'information et de permettre par la même occasion une meilleure appréhension de la situation.

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FIGURE 4.3 - Répartition en pourcentage des femmes non excisées selon l'appartenance à un groupe religieux (Source : Enquête VBG 2007, Côte d'Ivoire)

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FIGURE 4.4 - Répartition en pourcentage des femmes non excisées selon le groupe ethnique (Source: Enquête VBG 2007, Côte d'Ivoire)

4.1.3 Caractéristiques de la population des individus ayant l'intention d'exciser leurs filles

Les individus (hommes comme femmes) ayant l'intention d'exciser leurs filles ont ces caractéristiques principales qu'ils vivent avec un partenaire, sont marié(e)s ou alors célibataires : le mode de la série étant constitué des individus vivant avec un partenaire.

En ce qui concerne la religion, on retrouve le même résultat que celui obtenu pour les

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femmes excisées. Près de la moitié des individus ayant l'intention d'exciser leurs filles sont de religion musulmane.

FIGURE 4.5 - Répartition en pourcentage des individus ayant l'intention d'exciser leurs filles selon la religion (Source : Enquête VBG 2007, Côte d'Ivoire)

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FIGURE 4.6 - Répartition en pourcentage des individus ayant l'intention d'exciser leurs filles selon le groupe ethnique (Source : Enquête VBG 2007, Côte d'Ivoire)

Comme pour les cas précédents, on remarque que 9 individus sur 10 qui ont l'intention d'exciser leurs filles ont entre le niveau primaire et secondaire1.

1. Voir annexe 2

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Considérons à présent le groupe ethnique, on remarque que chez les Gur, près d'un individu sur 3 a l'intention d'exciser ses filles suivi par les Krou où ce chiffre est d'un individu sur 4. Les Mande du Sud viennent en troisième position avec environ 20% des personnes interrogées qui ont l'intention d'exciser leurs filles.

Cette répartition ne met pas en évidence des caractéristiques principales à cause des proportions presque similaires d'un groupe d'individus à un autre si l'on exclut les groupes maliens et burkinabè.

4.1.4 Caractéristiques de la population des individus n'ayant pas l'intention d'exciser leur fille

On note que la caractéristique principale des individus qui n'ont pas l'intention d'exciser leurs filles est qu'ils sont à plus de 50% (54%) célibataires. Il convient aussi de souligner que 1 individu sur 4 (24%) au sein de cette population est marié.

En ce qui concerne la religion, aucune spécificité n'est à relever en raison des proportions presqu'identiques des différents groupes religieux au sein de la sous-population. Les catholiques, les protestants, les musulmans et les « sans religion » représentent respectivement 25%, 24%, 27% et 20% de la population totale.

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FIGURE 4.7 - Répartition en pourcentage de la population des individus n'ayant pas l'intention d'exciser leurs filles selon la religion (Source : Enquête VBG 2007, Côte d'Ivoire)

Par ailleurs, au sein de cette même population, 9 individus sur 10 ont le niveau d'instruction primaire ou secondaire (respectivement 48% et 43%).

plus, on remarque que les Akan sont les moins enclins à vouloir faire exciser leurs filles (1 individu sur 3) suivi par les Krou (1 individu sur 5). Une vue de cette répartition est donnée ci-dessous.

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FIGURE 4.8 - Répartition en pourcentage de la population des individus n'ayant pas l'intention d'exciser leurs filles selon le groupe ethnique (Source : Enquête VBG 2007, Côte d'Ivoire)

4.2 Résumé des principales caractéristiques des populations étudiées

L'analyse descriptive effectuée ci-dessous fait ressortir un certain nombre de résultats assez intéressant qu'il convient de confirmer à travers des tests statistiques d'indépendance. Ce qui sera fait à travers la section suivante.

Le tableau ci-après donne les caractéristiques des populations suivantes : les femmes excisées, les femmes non excisées, les individus qui ont l'intention d'exciser leurs filles et ceux qui n'ont pas l'intention d'exciser leurs fille.

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FIGURE 4.9 - Résumé des principales caractéristiques de la population des femmes excisées, non excisées et des individus ayant l'intention d'exciser ou non leurs filles (Source: Enquête VBG 2007, Côte d'Ivoire (nos estimations d'après la base de données))

4.3 Présentation des résultats de tests d'indépendance effectués

Dans le souci de garder une présentation fluide et ne pas égarer nos lecteurs dans une panoplie de chiffres, seuls les résultats de ces tests seront présentés avec les conclusions tirées.

Les tests d'indépendance effectués sont ceux du Khi-deux. Supposons qu'on veuille vérifier la dépendance de deux variables X et Y toutes deux qualitatives . Les hypothèses testées sont alors les suivantes.

Hypothèse nulle H0 : X et Y sont indépendantes

Contre

Hypothèse alternative H1 : X et Y ne sont pas indépendantes

Nous ne présenterons pas ici le mécanisme de ces tests2 mais essentiellement les résultats. Le rejet de l'hypothèse nulle dépend d'une valeur appelée p-value déterminée en fonction des données sur les deux variables. C'est donc sur ce critère que la décision de rejet ou d'acceptation de l'hypothèse nulle sera prise.

2. Le lecteur intéressé peut se référer à l'ouvrage de Michel Lejeune, Statistique : la théorie et ses applications, Springer 2010, 446 pages

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FIGURE 4.10 - Présentation des résultats de p-value des tests d'indépendance effectués entre les variables X et Y (Source : Enquête VBG 2007, nos calculs sous Stata)

Remarque : Les tests ont été effectués avec un risque d'erreur de 5% soit 0.05. Lorsque la p-value est supérieure à ce seuil alors on rejette l'hypothèse d'indépendance entre les variables X et Y.

L'observation du tableau montre que les p-values calculées sont toutes inférieures à 0.05 on conclut donc il existe une dépendance entre l'ensemble des couples de variables (Xi, Yj) avec i=1,2 et j=1,2,3,4,5.

A présent, nous allons nous intéresser au cas particulier de la relation entre le statut d'excision des femmes et celui de leurs filles puis au statut d'excision des femmes et leur intention d'exciser leurs filles (si elles ne le sont pas encore). Les tableaux ci-après donnent les informations croisées respectivement sur chaque couple de ces variables.

FIGURE 4.11 - Répartition des femmes selon leur statut d'excision ainsi que celui de leurs filles (Source : Enquête VBG 2007)

FIGURE 4.12 - Répartition des femmes selon leur statut d'excision et selon l'intention de faire exciser leurs filles (Source : Enquête VBG 2007)

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De ces tableaux on dégage les résultats suivants :

- La probabilité qu'une femme non excisée ait une fille non excisée est égale à 0.996 - La probabilité qu'une femme non excisée ne fasse pas exciser sa fille est de l'ordre de 0.97

- La probabilité qu'une femme excisée ait une fille excisée est de 0.171

- La probabilité qu'une femme excisée fasse exciser ses filles est de 0.373

Ces différents résultats sont d'autant plus importants car ils mettent en évidence le fait que la principale caractéristique des femmes non excisée est celle de ne pas exciser leurs filles.

Ainsi, à l'issu de ce chapitre, on dégage les principaux résultats suivants :

- L'appartenance à la religion musulmane augmente la probabilité d'être excisée pour une femme;

- Les groupes ethniques qui sont enclins à la pratique de l'excision sont les Mande du Nord, les Mande du Sud, les Krou et les Gur;

- Une femme non excisée a de fortes chances de ne pas exciser ses filles par contre, en ce qui concerne les femmes excisées la séparation n'est pas très nette

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Chapitre 5

Analyse multivariée : analyse des

correspondances multiples et

classification

Ce chapitre a pour objectif de tenter de confirmer les résultats qui ont été énoncés dans le chapitre précédent. Pour cela, il procède au moyen d'une analyse multi variée notamment une ACM1 suivi d'une classification (CAH). Le but étant de donner d'une manière plus précise les caractéristiques de la population en les classant en groupes plus ou moins homogènes. Nous allons nous aider du logiciel SPAD 2, logiciel de référence en matière d'analyse des données. Comme pour le chapitre précédent, la méthode utilisée est essentiellement descriptive même si elle procède autrement. Cette manière descriptive de procéder ne nous permet pas d'expliquer encore moins de faire des déductions sur la base des faits observés mais elle a l'avantage de donner les caractéristiques des individus par groupes homogènes.

5.1 Choix de l'analyse

Cette partie porte essentiellement sur la classification des populations des femmes excisées. Cette classification est consécutive à une ACM que nous allons réaliser sur certaines variables sociodémographiques. Le dendrogramme3 nous suggère une classification en quatre classes que nous allons décrire dans la suite du document.

5.1.1 Présentation des variables

Afin de réaliser cette ACM sur la population des femmes excisées, nous avons introduit les variables susceptibles de mieux expliquer la pratique de l'excision. Nous avons retenu six variables actives à savoir :

1. Analyse des correspondances multiples

2. Système portable pour l'analyse des données

3. Figure représentant l'histogramme des valeurs propres après une ACM

Religion et pratique de l'excision en Côte d'Ivoire ENSEA, Mai 2012

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- La religion qui est la véritable variable sur la quelle porte l'analyse

- groupe ethnique qui a un grand pouvoir explicatif au vu de la revue de littérature - nationalité: Elle nous dira si l'excision est une pratique importée ou pas.

- niveau d'instruction pourra nous donner des informations quant à l'éventuelle corrélation entre la pratique de l'excision et la scolarisation

- L'intention de vouloir exciser les filles, qui va nous renseigner sur la proportion des femmes excisées qui ont tendance à perpétuer cette pratique. Il en est de même pour la variable «Pensez-vous que cette pratique doit continuer d'exister ?»

5.1.2 Choix et interprétation des axes factoriels

L'histogramme des valeurs propres nous suggère de retenir les sept ou six premiers axes ces axes restituent environ 60% de l'inertie (quantité d'information présente dans le nuage de points). Mais nous n'interprèterons que les deux premiers axes factoriels.

Interprétation de l'axe 1

Cet axe restitue 11,91% de l'information. Il oppose les femmes qui sont favorables à l'excision (situées sur le coté des valeurs positives de l'axe) et celles qui sont y réticentes (situées du côté des valeurs négatives de l'axe).

Interprétation de l'axe 2

Il restitue 10,29% de l'information et est principalement déterminé par la modalité musulmane située du côté positif de l'axe.

5.2 Classification

L'annexe 2 représente le plan factoriel obtenu après classification des femmes selon les variables citées. Le dendrogramme nous suggère une partition en quatre classes.

5.2.1 Classe 1

C'est la plus petite classe; elle contient 7,14% de la population des femmes excisées. C'est une classe essentiellement formée de musulmans (88% de la population de cette classe est musulmane Avec seulement 5,51% de catholiques). C'est aussi la classe des étrangers dans ce sens qu'elle est constituée à 38% de guinéens, 30,71% de burkinabés et environ 20% de maliens. Les ivoiriens ne constituent que 4% de la population de cette classe. Cette classe contient d'ailleurs tous les guinéens, près du tiers des maliens et des burkinabés et à peine 1% des ivoiriens.

population de cette classe a un faible niveau d'instruction car 24% des personnes ont un niveau primaire tandis que seulement 5,12% ont un niveau secondaire et les autres catégories n'étant pas statistiquement présentes dans cette classe.

Parmi les populations de cette classe, 42,52% de personnes pensent que la pratique de l'excision doit être perpétuée et à peu près 49% de femmes ont l'intention d'exciser leurs filles.

Religion et pratique de l'excision en Côte d'Ivoire ENSEA, Mai 2012

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5.2.2 Classe 2

Elle contient 20,65% de la population totale. Elle est presque composée d'ivoiriens (à 85%). C'est encore une classe essentiellement musulmane car ceux-ci représentent 96,73% de la population de la classe. Cette classe est constituée à près de 60% de Mande du Sud et à environ 29,3% d'Akan. Les Gur et les Mande du Nord ont un pourcentage cumulé de 7,45%.Par ailleurs, presque tous les Mande du Sud y figurent (92,42% de MANDE DU NORD sont dans cette classe). Dans cette classe, 29,97% de personnes pensent que la pratique de l'excision devrait perdurer et cette même proportion de personnes ont l'intention d'exciser leurs filles.

5.2.3 Classe 3

Avec 26,16% de la population totale, cette classe est la classe d'individus ayant une opinion favorable vis-à-vis de la pratique de l'excision. En effet, 94% de personnes présentes dans cette classe pensent que la pratique l'excision devrait être perpétuée et 96,34% des femmes ont l'intention d'exciser leurs filles. Les trois groupes ethniques qui caractérisent cette classe sont les GUR (représentant 41% de la classe) , les Mande du Sud (représentant 24,30% de la classe) et les Krou (qui représentant 29,9% de la population de la classe) cette population est structurée en deux principales religions : les animistes /traditionnel (17,63% de la classe) , les musulmans (28,60% de la classe) et ceux qui n'ont pas de religion (29,03% de la classe). Environ 73% de ceux qui ont l'intention d'exciser leurs filles appartiennent à cette classe et environ 60% d'animistes y figurent également. Elle contient par ailleurs une proportion non négligeable d'étrangers et à peu près 28% d'ivoiriens.

5.2.4 Classe 4

Elle contient 46,05% de la population totale. C'est les classes de ceux qui sont contre la pratique de l'excision. En effet, près 96% des personnes présentes dans cette classe pensent que cette l'excision est néfaste et n'ont pas l'intention d'exciser leurs filles. Elle contient 21,50% de protestants, 22% de catholiques, 20% de musulmans et 26,7% de la population de cette classe n'ont pas de religion .elle est par ailleurs constituée à 37%de KROU, à 26,7% de Mande du Sud, et à 31,15% de GUR. Cette classe contient près de la moitié des ivoiriens, 81% de protestants, 68% des catholiques, 21,34% de de musulmans et 60,69% de ceux qui n'ont pas e religion. Par ailleurs, elle contient 67,3% des Krou, 63,52% des Mande du Sud, près de 60% des Gur et 14,08% des Akan. Les niveaux d'instructions prépondérants dans cette classe sont les niveaux primaires et secondaires.

5.3 Recherche des causes évoquées par les pratiquants de l'excision

La classification faite précédemment nous fait ressortir une classe (classe 3) qui contient la majorité des personnes ayant un avis favorable vis-à-vis de la pratique de l'excision. Cette partie s'intéresse aux principales raisons évoquées par les individus de cette classe.

Religion et pratique de l'excision en Côte d'Ivoire ENSEA, Mai 2012

Douala Roméo, Nguemo Ngueabou Joel - ITS 2012 49

FIGURE 5.1 - Proportion des individus justifiant la pratique de l'excision comme nécessité religieuse ou non (Source: Enquête VBG 2007)

Le graphique ci-dessus montre la part de responsabilité qui incombe à la religion dans la pratique de l'excision. La population qui a été retenue pour réaliser ces graphiques est la population qui pense que la pratique de l'excision doit continuer. Les avis recueillis ici portent essentiellement sur les groupes ethniques qui pratiquent le plus l'excision (les Mande du Sud, les Krou, et les Gur) auxquelles on a ajouté les burkinabè et les maliens. Ces graphiques montrent que la religion n'est pas la principale raison évoquée par les pratiquants de l'excision en côte d'ivoire. En effet, seulement 9% des mandé du sud et des GUR qui sont pour la pratique de l'excision justifient leur position par la nécessité religieuse. Cette proportion est de 7% chez les Krou. Cependant, bien que les proportions étant assez faibles chez les étrangers (près de 27% de personnes pensent que la pratique de l'excision est une nécessité religieuse), ceux-ci s'appuient beaucoup plus sur la religion pour légitimer cette pratique.

Plusieurs autres raisons sont évoquées par les populations pour justifier la pratique de l'excision mais la raison la plus évoquée par ces populations reste du moins la tradition et les coutumes 4. Près de la totalité des maliens et des burkinabè pensent que la pratique de l'excision doit perdurer pour des raisons traditionnelles, indépendamment de la religion. Ceci est également valable pour les ivoiriens : 70% de mande du Sud, 95% des Gur et environ 91% de Krou utilisent comme motif principal la tradition. Mis à part la tradition, les autres raisons les plus observés sont la «préservation de la virginité» suivie de «l'accroissement de la chance de se marier», «l'hygiène» et le «plus grand plaisir du mari». Dans ce classement, la nécessité religieuse vient en avant dernière position des raisons évoquées. Les tableaux ci-dessous donnent la répartition de ces principales raison évoquées pour les

4. Voir figures 5.3 et 5.4

Religion et pratique de l'excision en Côte d'Ivoire ENSEA, Mai 2012

Douala Roméo, Nguemo Ngueabou Joel - ITS 2012 50

FIGURE 5.2 - Proportion des individus justifiant la pratique de l'excision comme bonne tradition ou non (Source : Enquête VBG 2007)

différents groupes ethniques sus cités.

FIGURE 5.3 - Répartition en pourcentage des individus selon le groupe ethnique et du motif évoqué pour justifier la pratique de l'excision (Source: Enquête VBG 2007)

Les figures 5.3 et 5.45 mettent en évidence deux raisons principales qu'évoquent les individus qui pratiquent l'excision. Il s'agit de la tradition et de l'hygiène.

5. Figure 5.4 à la page suivante

Religion et pratique de l'excision en Côte d'Ivoire ENSEA, Mai 2012

Douala Roméo, Nguemo Ngueabou Joel - ITS 2012 51

FIGURE 5.4 - Répartition en pourcentage des individus selon le groupe ethnique et du motif évoqué pour justifier la pratique de l'excision (Source: Enquête VBG 2007)

Le graphique ci-dessous (figure 5.5) donne les principales raisons évoquées par les pratiquants de l'excision dans les différents groupes religieux.

FIGURE 5.5 - Répartition des individus pratiquant l'excision selon la religion ainsi que la raison évoquée (Source : Enquête VBG 2007, Côte d'Ivoire)

Religion et pratique de l'excision en Côte d'Ivoire ENSEA, Mai 2012

Douala Roméo, Nguemo Ngueabou Joel - ITS 2012 52

On peut constater que la principale raison évoquée ici reste encore la tradition. En effet, quelque soit la religion considérée, plus du tiers des pratiquants de l'excision s'appuient sur la tradition pour justifier leur position .Ceci reste le cas même dans la population des musulmans. Cependant, malgré les faibles taux (de «nécessité religieuse») observés dans tous les groupes ethniques. Les musulmans sont ceux qui utilisent le plus la religion comme motif de l'excision. 21% de musulmans pensent en effet que la pratique de l'excision est une nécessité religieuse contre seulement 8% chez les catholiques, 5,4% chez les animistes, et seulement 4,5% chez les protestants. Quant à la «bonne tradition», elle présente des taux supérieurs à 80% quelque soit la religion considérée.

Religion et pratique de l'excision en Côte d'Ivoire ENSEA, Mai 2012

Douala Roméo, Nguemo Ngueabou Joel - ITS 2012 53

Conclusion

Présentation des résultats de l'étude

Cette étude nous a permis de ressortir plusieurs réalités dont certaines viennent juste confirmer les études réalisées antérieurement sur la pratique de l'excision en Côte d'Ivoire. Tout d'abord les résultats présentés dans les statistiques descriptives nous révèlent que la pratique de l'excision est plus répandue chez les musulmans. En effet, parmi les femmes excisées de toute notre population étudiée, 44% sont musulmanes. Ensuite viennent ceux qui n'ont pas de religion, puis les catholiques, les protestants et enfin les animistes et les autres religions viennent en dernière position. A ce niveau nos résultats ont mis en évidences que la pratique de l'excision est en majeure partie pratiquée par les musulmans. Cependant, une classification réalisée sur la population des femmes excisées nous a montré que cette population est essentiellement peu scolarisée (les niveaux d'instruction les plus observés sont le primaire et quelques fois le secondaire). Cette classification a fait ressortir quatre grandes classes.

La première classe est celle des étrangers (maliens, burkinabés, nigériens guinéens et autres). C'est une classe dominée par les musulmans dans laquelle près de la moitié des femmes excisées ont une forte propension à vouloir exciser leurs filles.

Le deuxième groupe est quant à lui aussi constitué des musulmans mais de nationalité ivoirienne cette fois ci. C'est le groupe constitué des Mande du Sud et d'une partie des Akan. Près du tiers des femmes présentes dans cette classe ont un avis favorable vis-à-vis de la de l'excision.

La troisième classe est celle des groupes ethniques qui sont pour la pratique de l'excision. Elle est constituée des Mande du Sud, des Krou et des Gur. Cette population est structurée en deux principales religions que sont les animistes/traditionnelles et les musulmans. Ceux qui n'ont pas de religion représentent à peu près le tiers de cette classe.

La dernière classe est quant à elle constituée de détracteurs de l'excision; ce sont les Krou et les Mande du Sud qui sont chrétiens (catholiques et protestants).

Avec cette classification, on constate de nouveau que les groupes ethniques dans lesquels l'excision est plus répandue (Mande du Sud, Krou et Gur) ne sont pas essentiellement totalement constitués de musulmans. Il existe également des peuples de l'ouest de la cote d'ivoire qui sont chrétiens ou animistes, dans lesquels l'excision est également pratiquée. Cette dernière observation devient un contraste avec l'idée selon laquelle l'excision est le fait des peuples musulmans. Même si le test d'indépendance réalisé dans cette étude nous montre une certaine liaison entre la religion et la pratique de l'excision, la recherche

Religion et pratique de l'excision en Côte d'Ivoire ENSEA, Mai 2012

Douala Roméo, Nguemo Ngueabou Joel - ITS 2012 54

des motifs poussant à cette pratique révèle le contraire. En effet, lorsqu'on considère la population des personnes qui veulent que l'excision soit perpétuée, on constate que la nécessité religieuse n'est pas la raison la plus évoquée, et ceci reste valable pour les musulmans et les animistes. En effet, c'est la tradition qui est la raison la plus fréquente parmi les raisons évoquées par les pratiquants de l'excision. La religion n'est pas non plus la deuxième ni même la troisième raison la plus évoquée car après la tradition, viennent successivement, l'espérance d'une meilleur chance de mariage, la préservation de la virginité et l'hygiène corporelle de la femme. Une analyse pareille faite sur les femmes Mande du Sud, Krou et Gur qui ont été excisées conduit à des résultats pareils. Ainsi comme le soulignait le rapport de l'enquête VBG 2007, l'excision n'est pas le fait de la religion, mais ce sont les traditions ancestrales qui persistent au sein des groupes ethniques. Il est donc important de prendre des mesures qui vont pousser les populations (qui sont pour la plupart sous-scolarisées) à mettre de côté leurs conceptions traditionnelles afin d'éradiquer cette pratique qui a des conséquences néfastes aussi bien sur le plan physique que psychologique des femmes qui en sont victimes. Les recommandations proposées à cet effet sont donnés dans le paragraphe suivant.

Limites de l'étude

Le présente étude souffre de quelques insuffisances qu'il convient de souligner. Tout d'abord, il convient de noter que les données qui ont servi à notre analyse sont teintées d'une certaine dose de «genre». En effet, dans le questionnaire d'Abidjan, la section qui a trait à la mutilation sexuelle ne concerne que les femmes âgées de 12 à 49 ans. Ainsi, les avis recueillis sur la question de l'excision sont majoritairement ceux des femmes. Ces données sont donc susceptibles de nous mener à conclure à la réticence des individus vis-à-vis de la pratique de l'excision.

Par ailleurs, notre étude est essentiellement descriptive c'est-à-dire qu'elle ne fait que révéler les caractéristiques des individus ou des groupes d'individus qui pratiquent l'excision. Donc les résultats doivent être interprétés avec prudence. Particulièrement, il faudrait éviter de faire de mener des raisonnements inductifs sur la base des observations.

Recommandations

L'excision étant un véritable fléau social nuisant à la santé des femmes, il convient d'y remédier. Ce qui justifie l'intérêt que porte les organisations internationales pour cette pratique.

En effet, il ressort de notre analyse les recommandations suivantes :

- Les femmes non excisées ayant une forte probabilité de ne pas exciser leurs filles à leur tour, l'accent devrait être mis sur la sensibilisation des mères sur l'aspect néfaste de la pratique afin que celles-ci l'abandonne.

- Ayant remarqué que les musulmans ont une forte propension à exciser leurs filles, la recommandation ne peut pas être directe. Les individus jouissant de la liberté de

Religion et pratique de l'excision en Côte d'Ivoire ENSEA, Mai 2012

religion, on ne peut pas les empêcher de exercer de droit reconnu. Par contre, nous avons soulevé le fait que les musulmans évoquent les hadith afin de justifier la pratique de l'excision, ce qui pour certains auteurs6 découle d'une mauvaise interprétation du coran. Nous recommandons ainsi que l'accent soit mis sur la sensibilisation des chefs religieux.

Douala Roméo, Nguemo Ngueabou Joel - ITS 2012 55

6. Voir chapitre 2

Religion et pratique de l'excision en Côte d'Ivoire ENSEA, Mai 2012

Références bibliographiques

1. Violences faites aux femmes en Afrique de l'Ouest et du Centre, Unicef, Bureau régional d'Afrique de l'Ouest et du Centre

2. Étude de cas : les déterminants de l'excision en Côte d'Ivoire

3. Rapport pour l'examen périodique universel de Côte d'Ivoire - Action Canada for Population and Développent

Douala Roméo, Nguemo Ngueabou Joel - ITS 2012 56

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Annexes

Annexe 1 : Localisation des département d'enquête

Annexe 2 : Répartition de la population des zones enquêtées selon les caractéristiques sociodémographiques

Annexe 3 : Choix des axes

Annexe 4 : Caractérisation par les modalités des classes de la partition Annexe 5 : Tri à plat des variables actives

ANNEXE 1

ANNEXE 2: REPARTITION DE LA POPULATION ENQUETEE SELON LES CARACTERISTIQUES SOCIODEMOGRAPHIQUES

 

Femmes excisées

Femmes non excisées

Intention d'exciser

Intention de ne pas exciser

 

Effectif

Pourcentage

Effectif

Pourcentage

Effectif

Pourcentage

Effectif

Pourcentage

Total

3 555

100,00%

4 776

100,00%

1 942

100,00%

8 981

100,00%

 
 
 
 
 
 
 
 
 

Milieu de résidence

 
 
 
 
 
 
 
 

Urbain

2 075

58,37%

2 351

49,23%

1 022

52,63%

4 774

53,16%

Rural

1 480

41,63%

2 425

50,77%

920

47,37%

4 207

46,84%

Total

3 555

100,00%

4 776

100,00%

1 942

100,00%

8 981

100,00%

 
 
 
 
 
 
 
 
 

Statut matrimonial

 
 
 
 
 
 
 
 

Célibataire

1 136

31,98%

2 926

61,29%

651

33,54%

4 778

53,22%

Vie avec partenaire

725

20,41%

844

17,68%

363

18,70%

1 693

18,86%

Marié(e)

1 383

38,94%

815

17,07%

803

41,37%

2 101

23,40%

Divorcé

56

1,58%

35

0,73%

19

0,98%

80

0,89%

Séparé

54

1,52%

57

1,19%

14

0,72%

110

1,23%

Veuf/veuve

198

5,57%

97

2,03%

91

4,69%

216

2,41%

Total

3 552

100,00%

4 774

100,00%

1 941

100,00%

8 978

100,00%

 
 
 
 
 
 
 
 
 

Religion

 
 
 
 
 
 
 
 

catholique

527

14,88%

1 512

33,10%

237

12,22%

2 165

24,67%

protestante

432

12,20%

1 328

29,07%

136

7,01%

2 085

23,76%

Musulmane

1 528

43,14%

844

18,48%

856

44,15%

2 307

26,29%

Animiste/traditionnelle

285

8,05%

101

2,21%

255

13,15%

391

4,46%

Aucune religion

720

20,33%

683

14,95%

428

22,07%

1 646

18,76%

Autre religion

50

1,41%

100

2,19%

27

1,39%

182

2,07%

Total

3 542

100,00%

4 568

100,00%

1 939

100,00%

8 776

100,00%

 

Femmes excisées

Femmes non excisées

Intention d'exciser

Intention de ne pas exciser

 

Effectif

Pourcentage

Effectif

Pourcentage

Effectif

Pourcentage

Effectif

Pourcentage

Niveau d'instruction

 
 
 
 
 
 
 
 

Primaire

851

61,31%

1 537

49,61%

503

64,32%

2 662

47,85%

Secondaire

453

32,64%

1 189

38,38%

215

27,49%

2 374

42,67%

Supérieur

27

1,95%

174

5,62%

6

0,77%

265

4,76%

Ecole coranique

56

4,03%

197

6,36%

57

7,29%

256

4,60%

Autre

1

0,07%

1

0,03%

1

0,13%

6

0,11%

Total

1 388

100,00%

3 098

100,00%

782

100,00%

5 563

100,00%

 
 
 
 
 
 
 
 
 

Tranche d'âge

 
 
 
 
 
 
 
 

10-14

246

6,93%

747

15,67%

179

9,22%

999

11,13%

15-19

642

18,07%

1 238

25,96%

367

18,90%

2 062

22,98%

20-24

552

15,54%

869

18,23%

265

13,65%

1 586

17,68%

25-29

669

18,83%

803

16,84%

332

17,10%

1 605

17,89%

30-34

484

13,63%

451

9,46%

257

13,23%

1 044

11,63%

35-39

393

11,06%

318

6,67%

267

13,75%

892

9,94%

40-44

308

8,67%

189

3,96%

168

8,65%

489

5,45%

45-49

258

7,26%

153

3,21%

107

5,51%

296

3,30%

Ensemble

3 552

100,00%

4 768

100,00%

1 942

100,00%

8 973

100,00%

 
 
 
 
 
 
 
 
 

Groupe ethnique

 
 
 
 
 
 
 
 

Akan

277

8,20%

2 174

46,93%

181

9,89%

2 800

32,24%

Krou

905

26,78%

659

14,23%

447

24,41%

1 655

19,05%

Mande du Nord

462

13,67%

262

5,66%

214

11,69%

710

8,17%

Mande du Sud

677

20,04%

490

10,58%

329

17,97%

1 334

15,36%

Gur

947

28,03%

753

16,26%

619

33,81%

1 764

20,31%

Malien

57

1,69%

80

1,73%

28

1,53%

117

1,35%

Burkinabe

54

1,60%

214

4,62%

13

0,71%

306

3,52%

Total

3 379

100,00%

4 632

100,00%

1 831

100,00%

8 686

100,00%

ANNEXE 3: CHOIX DES AXES

Tableau des valeurs propres

Trace de la matrice: 3.00000

Numéro

Valeur
propre

Pourcentage

Pourcentage cumulé

1

0,3573

11,91

11,91

2

0,3087

10,29

22,20

3

0,2217

7,39

29,59

4

0,2087

6,96

36,55

5

0,1885

6,28

42,83

6

0,1841

6,14

48,97

7

0,1784

5,95

54,91

8

0,1724

5,75

60,66

9

0,1616

5,39

66,05

10

0,1608

5,36

71,41

11

0,1543

5,14

76,55

12

0,1529

5,10

81,64

13

0,1413

4,71

86,35

14

0,1261

4,20

90,56

15

0,1155

3,85

94,41

16

0,0774

2,58

96,99

17

0,0710

2,37

99,35

18

0,0194

0,65

100,00

ANNEXE 4: Caractérisation par les modalités des classes de la partition Coupure 'b' de l'arbre en 4 classes

Classe: CLASSE 1 / 4 (Effectif: 254 - Pourcentage: 7.14)

Libellés des variables

Modalités

caractéristiques

% de la modalité dans la classe

% de la
modalité
dans
l'échantillon

% de la
classe dans
la modalité

Valeur-Test

Probabilité

Poids

NATIONALITE

C11=GUINEENNE

38,58

2,76

100,00

23,43

0,000

98

RELIGION

C12=musulman

88,98

42,98

14,79

15,85

0,000

1528

NATIONALITE

C11=BURKINABE

30,71

6,16

35,62

12,84

0,000

219

NATIONALITE

C11=MALIENNE

20,08

4,14

34,69

9,99

0,000

147

PERPETUER L'EXCISION?

C10=NE SAIT PAS

8,66

4,14

14,97

3,24

0,001

147

PERPETUER L'EXCISION?

C10=OUI

42,52

34,21

8,88

2,79

0,003

1216

 
 
 
 
 
 
 
 

GROUPE ETHNIQUE

=AKAN

2,76

7,79

2,53

-3,33

0,000

277

NIVEAU D'INSTRUCTION

C5=PRIMAIRE

14,57

23,94

4,35

-3,72

0,000

851

PERPETUER L'EXCISION?

C10=NON

48,82

60,93

5,72

-3,99

0,000

2166

NIVEAU D'INSTRUCTION

C5=SECONDAIRE

5,12

12,74

2,87

-4,06

0,000

453

RELIGION

C12=Catholique

5,51

14,82

2,66

-4,70

0,000

527

RELIGION

Animiste/Traditionne

1,18

8,02

1,05

-4,83

0,000

285

INTENTION D'EXCISER LA FILLE ?

C9=NON

42,52

58,12

5,23

-5,12

0,000

2066

GROUPE ETHNIQUE

=MANDE DU NORD

2,36

13,00

1,30

-6,04

0,000

462

RELIGION

C12=Protestante

0,39

12,15

0,23

-7,44

0,000

432

RELIGION

Pas de religion/Aucu

3,94

20,25

1,39

-7,69

0,000

720

GROUPE ETHNIQUE

=GUR

5,12

26,64

1,37

-9,14

0,000

947

GROUPE ETHNIQUE

=MANDE DU SUD

1,18

19,04

0,44

-9,17

0,000

677

GROUPE ETHNIQUE

=KROU

3,94

25,46

1,10

-9,42

0,000

905

NATIONALITE

C11=IVOIRIENNE

3,54

85,65

0,30

-31,55

0,000

3045

Classe: CLASSE 2 / 4 (Effectif: 734 - Pourcentage: 20.65)

Libellés des variables

Modalités

caractéristiques

% de la modalité dans la classe

% de la
modalité
dans
l'échantillon

% de la
classe dans
la modalité

Valeur-Test

Probabilité

Poids

GROUPE ETHNIQUE

=MANDE DU NORD

58,17

13,00

92,42

36,97

0,000

462

RELIGION

C12=musulman

96,73

42,98

46,47

35,29

0,000

1528

GROUPE ETHNIQUE

=AKAN

29,29

7,79

77,62

21,43

0,000

277

PERPETUER L'EXCISION?

C10=NE SAIT PAS

11,17

4,14

55,78

9,51

0,000

147

NATIONALITE

C11=MALIENNE

9,26

4,14

46,26

7,05

0,000

147

 
 
 
 
 
 
 
 

PERPETUER L'EXCISION?

C10=OUI

29,97

34,21

18,09

-2,69

0,004

1216

INTENTION D'EXCISER LA FILLE ?

C9=OUI

28,61

34,51

17,11

-3,77

0,000

1227

NIVEAU D'INSTRUCTION

C5=PRIMAIRE

18,26

23,94

15,75

-4,09

0,000

851

INTENTION D'EXCISER LA FILLE ?

C9=NON

51,36

58,12

18,25

-4,10

0,000

2066

NATIONALITE

C11=IVOIRIENNE

80,65

85,65

19,44

-4,16

0,000

3045

NATIONALITE

C11=GUINEENNE

0,00

2,76

0,00

-6,37

0,000

98

RELIGION

Animiste/Traditionne

0,00

8,02

0,00

-11,47

0,000

285

RELIGION

C12=Protestante

0,95

12,15

1,62

-12,52

0,000

432

RELIGION

C12=Catholique

1,63

14,82

2,28

-13,30

0,000

527

GROUPE ETHNIQUE

=MANDE DU SUD

2,45

19,04

2,66

-14,93

0,000

677

GROUPE ETHNIQUE

=GUR

4,90

26,64

3,80

-16,80

0,000

947

RELIGION

Pas de religion/Aucu

0,41

20,25

0,42

-18,46

0,000

720

GROUPE ETHNIQUE

=KROU

1,09

25,46

0,88

-20,33

0,000

905

Classe: CLASSE 3 / 4 (Effectif: 930 - Pourcentage: 26.16)

Libellés des variables

Modalités

caractéristiques

% de la modalité dans la classe

% de la
modalité
dans
l'échantillon

% de la
classe dans
la modalité

Valeur-Test

Probabilité

Poids

INTENTION D'EXCISER LA FILLE ?

C9=OUI

96,34

34,51

73,02

47,91

0,000

1227

PERPETUER L'EXCISION?

C10=OUI

94,09

34,21

71,96

46,01

0,000

1216

GROUPE ETHNIQUE

=GUR

41,72

26,64

40,97

11,75

0,000

947

RELIGION

Animiste/Traditionne

17,63

8,02

57,54

11,67

0,000

285

RELIGION

Pas de religion/Aucu

29,03

20,25

37,50

7,50

0,000

720

NATIONALITE

C11=IVOIRIENNE

92,26

85,65

28,18

6,99

0,000

3045

GROUPE ETHNIQUE

=MANDE DU SUD

24,30

19,04

33,38

4,62

0,000

677

GROUPE ETHNIQUE

=KROU

29,89

25,46

30,72

3,53

0,000

905

 
 
 
 
 
 
 
 

NATIONALITE

C11=MALIENNE

2,80

4,14

17,69

-2,36

0,009

147

NATIONALITE

C11=BURKINABE

4,52

6,16

19,18

-2,41

0,008

219

RELIGION

C12=Protestante

7,74

12,15

16,67

-4,92

0,000

432

NIVEAU D'INSTRUCTION

C5=SECONDAIRE

8,17

12,74

16,78

-5,00

0,000

453

PERPETUER L'EXCISION?

C10=NE SAIT PAS

1,40

4,14

8,84

-5,27

0,000

147

NATIONALITE

C11=GUINEENNE

0,00

2,76

0,00

-7,39

0,000

98

GROUPE ETHNIQUE

=AKAN

1,72

7,79

5,78

-9,05

0,000

277

RELIGION

C12=musulman

28,60

42,98

17,41

-10,43

0,000

1528

GROUPE ETHNIQUE

=MANDE DU NORD

0,75

13,00

1,52

-15,48

0,000

462

INTENTION D'EXCISER LA FILLE ?

C9=NON

1,72

58,12

0,77

-43,67

0,000

2066

PERPETUER L'EXCISION?

C10=NON

3,44

60,93

1,48

-44,09

0,000

2166

Classe: CLASSE 4 / 4 (Effectif: 1637 - Pourcentage: 46.05)

Libellés des variables

Modalités

caractéristiques

% de la modalité dans la classe

% de la
modalité
dans
l'échantillon

% de la
classe dans
la modalité

Valeur-Test

Probabilité

Poids

INTENTION D'EXCISER LA FILLE ?

C9=NON

95,60

58,12

75,75

45,13

0,000

2066

PERPETUER L'EXCISION?

C10=NON

96,82

60,93

73,18

44,03

0,000

2166

NATIONALITE

C11=IVOIRIENNE

96,88

85,65

52,09

18,87

0,000

3045

RELIGION

C12=Protestante

21,50

12,15

81,48

16,10

0,000

432

GROUPE ETHNIQUE

=KROU

37,20

25,46

67,29

14,88

0,000

905

RELIGION

C12=Catholique

21,99

14,82

68,31

11,11

0,000

527

GROUPE ETHNIQUE

=MANDE DU SUD

26,27

19,04

63,52

10,10

0,000

677

RELIGION

Pas de religion/Aucu

26,70

20,25

60,69

8,79

0,000

720

NIVEAU D'INSTRUCTION

C5=PRIMAIRE

29,02

23,94

55,82

6,51

0,000

851

NIVEAU D'INSTRUCTION

C5=SECONDAIRE

16,37

12,74

59,16

5,94

0,000

453

GROUPE ETHNIQUE

=GUR

31,15

26,64

53,85

5,58

0,000

947

 
 
 
 
 
 
 
 

PERPETUER L'EXCISION?

C10=NE SAIT PAS

1,83

4,14

20,41

-6,52

0,000

147

NATIONALITE

C11=BURKINABE

2,50

6,16

18,72

-8,66

0,000

219

NATIONALITE

C11=GUINEENNE

0,00

2,76

0,00

-10,81

0,000

98

GROUPE ETHNIQUE

=AKAN

2,38

7,79

14,08

-11,70

0,000

277

NATIONALITE

C11=MALIENNE

0,12

4,14

1,36

-12,71

0,000

147

GROUPE ETHNIQUE

=MANDE DU NORD

1,34

13,00

4,76

-21,08

0,000

462

RELIGION

C12=musulman

19,91

42,98

21,34

-26,21

0,000

1528

INTENTION D'EXCISER LA FILLE ?

C9=OUI

1,41

34,51

1,87

-42,46

0,000

1227

PERPETUER L'EXCISION?

C10=OUI

0,79

34,21

1,07

-43,32

0,000

1216

Annexe 5: Tris à plat des variables actives (Seuil: 2.0 %)

ROUPE ETHNIQUE

Libellé des modalités

Effectif
avant
apurement

Poids avant apurement

Effectif
après
apurement

Poids après apurement

=8

22

22,00

Ventilée

 

=AKAN

277

277,00

296

296,00

=BURKINABE

54

54,00

Ventilée

 

=GUR

947

947,00

974

974,00

=KROU

905

905,00

935

935,00

=MALIEN

57

57,00

Ventilée

 

=MANDE DU NORD

462

462,00

480

480,00

=MANDE DU SUD

677

677,00

695

695,00

*Reponse manquante*

154

154,00

175

175,00

NIVEAU D'INSTRUCTION

Libellé des modalités

Effectif
avant
apurement

Poids avant apurement

Effectif
après
apurement

Poids après apurement

C5=AUTRE

1

1,00

Ventilée

 

C5=ECOLE CORANIQUE

56

56,00

Ventilée

 

C5=PRIMAIRE

851

851,00

878

878,00

C5=SECONDAIRE

453

453,00

480

480,00

C5=SUPERIEUR

27

27,00

Ventilée

 

*Reponse manquante*

2167

2167,00

2197

2197,00

INTENTION D'EXCISER LA FILLE ?

Libellé des modalités

Effectif
avant
apurement

Poids avant apurement

Effectif
après
apurement

Poids après apurement

C9=NA SAIT PAS

70

70,00

Ventilée

 

C9=NON

2066

2066,00

2085

2085,00

C9=OUI

1227

1227,00

1254

1254,00

*Reponse manquante*

192

192,00

216

216,00

L'EXCISION DEVRAIT ELLE ETRE PERPETUEE?

Libellé des modalités

Effectif
avant
apurement

Poids avant apurement

Effectif
après
apurement

Poids après apurement

C10=NE SAIT PAS

147

147,00

154

154,00

C10=NON

2166

2166,00

2176

2176,00

C10=OUI

1216

1216,00

1225

1225,00

*Reponse manquante*

26

26,00

Ventilée

 

NATIONALITE

Libellé des modalités

Effectif
avant
apurement

Poids avant apurement

Effectif
après
apurement

Poids après apurement

C11=AUTRES AFRICAINS

4

4,00

Ventilée

 

C11=BENINOISE

3

3,00

Ventilée

 

C11=BURKINABE

219

219,00

233

233,00

C11=GHANENNE

8

8,00

Ventilée

 

C11=GUINEENNE

98

98,00

107

107,00

C11=IVOIRIENNE

3045

3045,00

3059

3059,00

C11=LIBERIENNE

6

6,00

Ventilée

 

C11=MALIENNE

147

147,00

156

156,00

C11=NIGERIANE

2

2,00

Ventilée

 

C11=NIGERIENNE

13

13,00

Ventilée

 

C11=TOGOLAISE

9

9,00

Ventilée

 

*Reponse manquante*

1

1,00

Ventilée

 

RELIGION

Libellé des modalités

Effectif
avant
apurement

Poids avant apurement

Effectif
après
apurement

Poids après apurement

C12=6

7

7,00

Ventilée

 

C12=AUTRE

50

50,00

Ventilée

 

Animiste/Traditionne

285

285,00

296

296,00

C12=Catholique

527

527,00

541

541,00

Pas de religion/Aucu

720

720,00

732

732,00

C12=Protestante

432

432,00

450

450,00

C12=musulman

1528

1528,00

1536

1536,00

*Reponse manquante*

6

6,00

Ventilée