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La culture de l'igname ( Dioscorea sp ) et sa valeur sociale, culturelle et économique dans le canton de Dimori en pays Bassar au Togo

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par Bassa KPAKPADJA
Université de Lomé Togo - Maitrise en lettres et sciences humaines 2011
  

Disponible en mode multipage

UNIVERSITE DE LOME

FACULTE DES LETTRES ET SCIENCES HUMAINES

DEPARTEMENT DE GEOGRAPHIE

LA CULTURE DE L'IGNAME (DIOSCOREA SP) ET SA VALEUR SOCIALE, CULTURELLE ET ECONOMIQUE DANS LE CANTON DE DIMORI EN PAYS BASSAR AU TOGO

MEMOIRE POUR L'OBTENTION DU DIPLÔME DE MAÎTRISE ès LETTRES ET SCIENCES HUMAINES

Option : Géographie rurale

Sous la direction de :

M. Koudzo SOKEMAWU

Maître Assistant

Département de Géographie

Université de Lomé

Présenté par :

Bassa KPAKPADJA

Décembre 2011

INTRDUCTION GENERALE

L'agriculture est une activité importante aussi bien pour les populations que pour les économies des pays en voie de développement dans leur ensemble. Dans les perspectives de développement amorcées depuis les indépendances, une place de plus en plus importante est accordée surtout en Afrique au Sud du Sahara à l'agriculture. Cependant, le constat alarmant que l'on se fait est qu'en dépit du fort taux d'actifs que ce secteur mobilise en Afrique et malgré les efforts accompagnés de projets d'appui, c'est sur ce continent que la malnutrition, la sous alimentation et la famine sont vécus au quotidien. Il faut le dire, en Afrique, l'agriculture ne nourrit pas son homme.

Le Togo, notre pays, n'en est pas épargné dans la mesure où, au vue des différentes cultures auxquelles les paysans togolais s'adonnent à savoir les céréales (maïs, mil sorgho, etc..), les tubercules (ignames, taro, patates douces, etc..) et autres, aucun de ces produits n'est cultivé à grande échelle. Cela ne permet pas au paysans de vivre convenablement de son métier et d'afficher une image propre d'un agriculteur épanouis comme les paysans des pays développés ; et ce en dépit de la disponibilité des terres de culture et des efforts des paysans et de l'Etat avec l'appuis des partenaires au développement.

C'est dans la même ligne de défauts et d'insuffisances que la préfecture de Bassar et particulièrement le canton de Dimori notre zone d'étude qui s'est spécialisé dans la culture du Dioscorea sp affiche un des tableaux des plus communs des villages des pays d'Afrique subsaharienne. Ainsi, le Dioscorea sp dans ce canton est la principale culture vivrière de part la qualité et la variété des espèces produites, de part les techniques et les superficies.

Cependant, des menaces pèsent lourdement sur cette activité et constituent des handicapes à son développement. Au rang de ceux-ci, nous pouvons citer : les aléas climatiques, l'archaïsme des outils, l'épuisement des sols, le surpâturage et l'exposition des sols à l'érosion. Tous ces éléments constituent pour l'agriculture des goulots d'étranglement, ce qui réduit ou annule tous les efforts déployés par les exploitants pour accroître les superficies cultivées.

Lors du sommet alimentaire qui s'est tenu en juin 2008 à Rome, les dirigeants du monde entier ont promis de débloquer plusieurs milliards de dollars pour le développement de l'agriculture surtout dans les pays en développement notamment en Afrique. En Afrique subsaharienne, l'économie des populations est encore dominée par le secteur agricole qui occupe près de 70% de la population active (FAO, 2008). Pourtant, au cours des dernières décennies, ces mêmes pays d'Afrique sont incessamment menacés par la crise alimentaire. Plus de 100 millions d'africains souffrent d'un approvisionnement irrégulier et insuffisant en denrées alimentaires ; les importations de céréales par exemple se chiffraient à 28 millions de tonnes en 2009 (FAO, 2009).

Ne sont pas épargnés de cette crise alimentaire les pays comme le Togo encore que, même si la majorité de la population active se trouve toujours dans le secteur agricole, la production nationale des denrées alimentaires est très loin de couvrir les besoins, ce qui oblige le pays à constamment recourir aux importations. Au banc des accusés de ce déséquilibre entre la production et les besoins figurent en bonnes place les techniques de production inefficaces, les modes de culture inadéquats conjugués avec l'insuffisance des superficies emblavées, les types de culture et enfin le mode et le train de vie des paysans eux-mêmes. Tous ces facteurs conduisent au fait que le paysan n'arrive pas à tenir un compte d'exploitation et par conséquent il ne peut pas mesurer l'importance de sa production sur son économie, sur sa vie de société et sur sa culture.

Le Dioscorea sp est une plante répandue dans les régions tropicales de tous les continents. C'est en Afrique que la production de Dioscorea sp cultivées est la plus importante : 70 % au Nigeria et 90 % si on ajoute la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Bénin et le Togo. La production africaine a été de 28 477 000 de tonnes en 1997 dont environ 20 % commercialisés. Le Bénin a produit 1,3 millions de tonnes (données FAO, 2008). A part le cas de la Côte d'Ivoire, ce sont les formes cultivées des espèces de Dioscorea sp d'origine africaine qui sont les plus utilisées par l'agriculture africaine.

En effet, la culture du Dioscorea sp dans le canton de Dimori se situe exactement dans cette problématique où la misère, la faiblesse du pouvoir d'achat combinés à l'instabilité économique sont les résultats d'idées préfixées ou d'un manque d'information. Ainsi, le problème inhérent à notre thème de recherche est la place du Dioscorea sp dans la vie sociale, culturelle et économique des paysans du canton de Dimori.

De ce problème découlent les questions dont la principale est : quelle est la valeur sociale, culturelle et économique de la culture du Dioscorea sp dans le canton de Dimori ?

Les questions secondaires qui découlent de la principale sont les suivantes :

- quelle est la part de la production du Dioscorea sp sur le niveau de vie des paysans du canton de Dimori ?

- quelle est la valeur économique du Dioscorea sp dans le développement des marchés de la localité ?

- quels sont les circuits commerciaux du Dioscorea sp à partir du canton de Dimori ?

- quels sont les problèmes inhérents à la culture du Dioscorea sp ?

- quelles sont les approches de solutions ?

C'est pour ne pas rester indifférent aux problèmes du monde rural, sachant bien qu'il peut à sa manière apporter sa pierre à la construction du développement de ce pays, que nous avons choisi ce thème.

Nous voulons par cette étude apporter notre contribution à la recherche des solutions aux problèmes d'amélioration des techniques et modes de culture et des problèmes de gestion des retombés de l'économie du Dioscorea sp.

Sur le plan scientifique, cette étude nous permet de parfaire nos connaissances sur les méthodes et les techniques de recherche en Géographie. Et pour y parvenir il nous fallait des objectifs très précis sur le sujet.

Suite aux questions de recherche posées, et dans le but d'arriver à y trouver des solutions, nous nous sommes fixés des objectifs.

L'objectif général de la dite étude est de mettre en relief la valeur économique, sociale et culturelle de la culture du Dioscorea sp dans le canton de Dimori. De cet objectif découlent les objectifs spécifiques suivants.

Découlant de l'objectif général, cette étude vise dans un premier temps à :

- dégager l'impact de cette importance sur la production de ce tubercule dans le canton de

Dimori ;

- évaluer la part de la production du Dioscorea sp sur le niveau de vie des paysans du canton de Dimori ;

- analyser les circuits commerciaux du Dioscorea sp ;

- identifier les problèmes inhérents à la culture du Dioscorea sp et proposer des approches de solutions.

En vue de répondre aux questions posées, des hypothèses ont été émises dont la principale est que le Dioscorea sp apporte des revenus économiques, un prestiges social et est au centre de la culture des populations du canton de Dimori.

De cette hypothèse centrale découlent les hypothèses dites opérationnelles :

- l'importance de la valeur du Dioscorea sp a générée de profondes mutations positives par la quantité de sa production ;

- les conditions de vie et de travail des paysans du canton de Dimori ont changé avec l'importance de la production du Dioscorea sp ;

- le circuit commerciale du Dioscorea sp suit de multiples itinéraires vers les marchés à fortes demandes ;

- les problèmes climatiques, de transport et de méventes sont les principaux auxquels les paysans sont confrontés.

Ainsi, dans le souci d'analyser simplement et de façon cohérente la question principale posée ci-dessus, nous nous sommes référés aux études et aux recherches menées antérieurement dans le domaine de la culture du Dioscorea sp et son impact sur presque tous les plans. En passant en revue ces diverses études, nous nous sommes rendue compte que des études et recherches ont été réalisées sur le Dioscorea sp, sa production, son importance dans la réalisation de la sécurité alimentaire, sa rentabilité et sa transformation.

Le thème `'la culture du Dioscorea sp et sa valeur sociale, culturelle et économique dans le canton de Dimori en pays Bassar au Togo'' a été abordé en partie et dans différentes localités par d'autres chercheurs comme KPANTE B. (1996) ; TIANKPA Y. (2010) pour ne citer que ceux-là.

Dans l'optique de mieux cerner les contours du thème, nous avons parcouru les documents ou les écrits qui ont traité de l'importance de cette culture. C'est dans ce sens que, dans un rapport de la conférence des Nations Unies sur les applications de la science et de la technique dans les régions peu développées intitulé : `'Le développement par la science et la technique'', publié en 1964, il est précisé dans l'introduction que « quelque soient les fins à attendre en matière de développement, c'est l'amélioration de l'agriculture qui doit avant tout retenir notre attention ».

Certes, cet ouvrage accorde une importance particulière à l'agriculture en matière de développement ; mais il ne met pas en relief les problèmes que l'agriculture rencontre comme ceux concernant les techniques et la commercialisation. Nous utiliserons cette affirmation comme appuis pour relever ces problèmes.

DUMONT R. (1965), dans `'Le Développement agricole africain'', analyse les sols africains et démontre que la grande majorité de ces sols sont pauvres. Un préjugé largement répandu veut que les conditions naturelles en Afrique soient propices à l'agriculture. Une végétation naturelle exubérante, la repousse des brousses et des forêts après défrichage tendent à cacher le fait que la plupart des sols sont pauvres. Les pluies sont si peu abondantes qu'elles rendent précaires les cultures et même l'élevage ou bien elle sont si fortes qu'elles entraînent le lessivage et la et la détérioration des sols qui perdent alors leurs éléments nutritifs et tendent à s'éroder.

BADOUIN R. (1971), dans `'Economie rurale'', identifie les facteurs généraux pouvant expliquer l'adoption d'un système de production donné. Selon l'auteur, la disponibilité de vastes superficies cultivables permettant de faire la jachère et l'abondance de la main d'oeuvre conduisent à l'adoption du système de production extensif. Par contre, si les surfaces cultivables deviennent rares par suite d'une pression démographique et que le système extensif ne permet plus d'obtenir les résultats escomptés, il est substitué par le système de production intensif à base de travail en vue d'augmenter la production et d'améliorer le rendement. L'auteur n'a pas oublié de relever les limites d'ordre technique et économique du système intensif.

En effet, l'utilisation des ressources productives comme les semences sélectionnées, les engrais, l'eau, etc. est fonction du pouvoir d'achat des paysans et du niveau de l'économie nationale. Si ce pouvoir est faible, il est difficile que le système intensif de production à base de consommation intermédiaire soit adopté. Ce document nous permettra de justifier les techniques de production et les modes de culture pour la production de l'igname par les paysans de Dimori.

COMLAN K. A. (1989), dans son mémoire de Maîtrise intitulé : « Les conditions paysannes et le développement : l'impact socioéconomique de la caféiculture dans le village de Kouma Bala (Kloto) », a montré comment l'introduction de la production caféière a apporté une profonde modification dans les conditions de vie des paysans de Bala au Togo. Parlant du déséquilibre vivrier, il a relevé que l'importance de la culture du café ayant supplantée les cultures vivrières dont la production a considérablement chutée par rapport à la croissance démographique, on est arrivé à une situation où les producteurs ne couvrent plus suffisamment leurs besoins. A partir de ce document nous situerons l'impact socioéconomique de la culture de l'igname par rapport à celle d'une culture de rente.

KOSSOU A. (1994), dans son mémoire de Maîtrise titré : « Déséquilibre alimentaire : impact socioéconomique de la pratique à grande échelle de la culture du caféier sélectionné sur les populations en milieu rural : le cas des planteurs de café de Parougbé (préfecture d'Amou) », remarque que les cultures vivrières qui constituent le véritable pilier de l'économie paysanne sont repoussées à la périphérie des sols cultivables provoquant conséquemment une crise alimentaire dans les milieux ruraux. Prenant l'exemple du café et du maïs, il a montré que le café n'est d'aucune utilité pour le paysan s'il n'est pas acheté par rapport au maïs qui sert d'aliment de base pour les population rurales et les animaux. Les cultures vivrières peuvent aussi être vendues et procurer un revenu monétaire au paysan. A travers ce mémoire, nous mesurerons la situation alimentaire de Dimori en rapport avec la culture de l'igname.

CHALEARD J. L. (1996), dans ''Temps des villes temps des vivres, l'essor du vivrier en Côte d'Ivoire'', met schématiquement à découvert quatre formes d'échanges ou de mise à marché des produits agricoles : la première forme nommée « bord champ », l'acheteur se rend au lieu de production (le champ) pour faire les achats ; dans la deuxième forme « l'achat au village », le paysan draine sa récolte jusque chez lui au village, avant de la livrer au commerçant ; la troisième forme de vente est le « marché local » ; dans ce cas de figure, le paysan amène son produit sur une place de marché où viennent acheter les commerçants et les consommateurs. Dans la quatrième et dernier forme de mise au marché, le cultivateur transporte sa récolte directement en ville devant les consommateurs. Toute ces quatre formes présentent chacune des spécificités, mais de façon globale, c'est le paysan producteur qui en sort victime au profit de l'acheteur qui dans la majorité des cas fixe le prix des produits qu'il achète et parfois à crédit.

Quelles sont les conséquences de ces différentes formes de commercialisation pour le paysan ? L'auteur semble passer sous silence cet aspect. Touts en précisant ces conséquences, cette partie de ce document nous permettra d'évaluer les différentes formes de vente d'ignames à Dimori.

DUFUMIER M. (1996) cité par SIMDJANA K. (2004), dans `'Système de production agricole et sécurité alimentaire durable dans le canton de Niamtougou-Koka'', pense pour sa part que c'est la substitution des Etats soucieux d'assurer la sécurité alimentaire à leurs populations, en modifiant leur assolement et en conservant de nouvelles modalités d'association agriculture élevage, qui est à la base de l'inefficacité de ces derniers et par conséquent de l'insécurité alimentaire. Il souhaite que les institutions nationales de développement rural, au lieu de proposer aux paysans des paquets technologiques, interviennent sur les conditions socio-économiques générales de la production agricole en sachant identifier les principaux éléments sur lesquels il importe d'intervenir à bon escient et laisser une plus grande autonomie aux paysans pour la définition et la mise en oeuvre de leur systèmes de production. Il met par ailleurs en garde les agriculteurs contre une simplification exagérée, c'est-à-dire la fragilisation des écosystèmes cultivés. Pour lui, « les systèmes de polyculture élevage qui associent une multitude de systèmes de culture et d'élevage au sein des exploitations agricoles sont généralement ceux qui répondent mieux aux exigences des résultats supérieurs à un seuil minimum quitte à ne pas maximiser l'espérance mathématique de leur revenus ». Ce document nous permettra de voir si l'association de l'élevage à l'agriculture est appliquée à Dimori et quels en sont les impacts sur la production.

MENYAWOSSA K. (1996), dans son mémoire de Maîtrise intitulé : ''Gestion des recettes caféières en milieu rural Akposso : cas du village d'Ezimé'', évalue les recettes de la production de café par producteur en mettant l'accent sur leur gestion. Il est parvenu à prouver que les revenus de café à eux seuls ne peuvent pas suffisamment résoudre les multiples problèmes des paysans. Certains sont incapables de payer leurs dettes à la fin de la campagne et d'autres doutent même du montant de leur revenu parce qu'ils ont plusieurs fois vendu le café au cours d'une même campagne pour tenter de faire face à leurs problèmes. Cet ouvrage nous sera d'une aide particulière pour l'élaboration d'un cahier de compte de la culture de l'igname et la recherche des approches de solutions pour une meilleure gestion des revenus.

KPANTE B. (1998), dans son mémoire de DEA intitulé : « Dynamique paysanne et systèmes agraires en pays N'tcham : le cas du terroir de Bangeli (Nord-ouest du Togo) », énumère les facteurs limitants les systèmes d'exploitation de culture et de production après avoir caractérisé le milieu d'étude et les influences sur les activités agropastorales. Il n'a pas oublié de mettre en exergue les difficultés techniques d'aménagement du sol, de conservation des produits, les techniques de pêche et de chasse, les insuffisances techniques de la culture de l'igname face aux contraintes physiques et socio-demographiques actuelles du canton de Bangeli et pour finir il fait une mise au point des perspectives d'intensification agricole avec de nouvelles techniques de culture de l'igname. Nous pourrons relever ici les problèmes liés à la production de l'igname et les perspectives d'une possible modernisation de cette activité.

BAOULA A. (2000), dans son mémoire de Maîtrise intitulé « Contribution à l'analyse des obstacles de la production vivrière dans la Région des plateaux : cas du terroir d'Ezimé (Préfecture d'Amou) », met en relief deux obstacles majeurs responsables du recul de la production agricole vivrière dans cette zone du Sud du Togo. Les obstacles dépendent de l'environnement agricole et relèvent des exploitations elles mêmes.

Pour ce qui est des obstacles liés à l'environnement agricole, l'auteur s'attaque aux facteurs édapho-climatiques à savoir l'exploitation abusive des sols et leur épuisement, l'absence d'irrigation et les caprices du climat. Quant aux obstacles émanant de l'exploitation elle-même, l'auteur indexe les valeurs et les croyances traditionnelles, l'analphabétisme et les priorités culturales.

MEGNAOSSAN O. (2003), dans son mémoire de Maîtrise titré `'Production et commercialisation du café-cacao et leur impacts sur le niveau de vie de la population dans l'Akposso-plateau (Préfecture de Wawa)'', évoque dans un premier temps les facteurs de production du café-cacao à savoir la terre, le travail, les intrants etc. et les résultats des activités de cette production conformément aux facteurs. Il découvre dans un second temps les conséquences de la commercialisation du café-cacao à travers l'organisation, les circuits commerciaux et ensuite l'impact de cette commercialisation sur le niveau de vie de la population d'Akposso-plateau et c'est dans ce cadre là, qu'il dresse une liste des conséquences qu'il qualifie d' « inféodée les unes aux autres ».

Enfin, il relève les problèmes et les approches de solutions. Mais l'auteur ne précise pas les conséquences de cette commercialisation sur l'économie de la localité. Nous essayerons à partir de ce document d'exploiter surtout les conséquences de la commercialisation d'un produit sur le niveau de vie des populations.

DAGNON A. D. (2008), dans son mémoire de Maîtrise intitulé « L'introduction de la culture du soja et son impact sur l'amélioration des conditions de vie et de travail des populations d'Atitsohoe dans la préfecture de HAHO », décrit le milieu d'Atitsohoe avec ses aptitudes physiques qui se prêtent bien à la culture du soja. Ensuite, l'auteur met en exergue les conditions de l'introduction de cette culture dans les habitudes culturales des populations avant d'énumérer les impacts de l'introduction de cette culture sur l'amélioration des conditions de vie des populations de la localité.

GNON G. (2010), quant à lui, dans son mémoire de Maîtrise titré « Pratiques foncières et évolution de l'habitat dans une ville secondaire du Togo : Bassar » étudie les conditions historiques et géographiques qui ont amenées les évolutions socioéconomiques dont les mutations foncières dans la ville de Bassar. Il n'a pas oublié de mentionner la typologie de l'habitat dans la ville et les mesures d'assainissement prises pour y vivre mieux avant de relever les problèmes sociaux, économiques et environnementaux et quelques approches de solutions pour y remédier.

DOUSSIMELE S. K. (2010), dans son mémoire de Maîtrise intitulé « Les systèmes de production agricoles et sécurité alimentaire dans le terroir d'Amou-Oblo (Préfecture d'AMOU) », met l'accent sur les systèmes de production agricole dans le terroir d'AMOU-OBLO. Il constate que ces systèmes ne sont pas en adéquation avec le contexte actuel de développement. Son diagnostique de la situation alimentaire et le niveau de vie des paysans révèle que l'offre des produits alimentaires ne comble pas la demande, ce qui a conduit inévitablement à une dégradation progressive de la sécurité alimentaire dans la zone. Mais l'auteur s'est donné le devoir de relever les problèmes auxquels sont confrontés les systèmes de production et de proposer des approches de solutions.

Par rapport aux ouvrages et aux études des diverses organisations que nous avons consultés, nous pouvons affirmer que les paysans de notre zone d'étude sont conscients de la valeur de la culture du Dioscorea sp sur tous les plans.

Quels sont les éléments recherchés dans notre questionnaire et comment l'avons-nous conçu ?

Dans cette étude, il est question de mieux connaître la place de la culture du Dioscorea sp, l'impact de cette culture sur l'amélioration des conditions de vie sociale et économique et la valeur culturelle de tous les acteur entrant dans la production et la commercialisation de ce tubercule. Cette culture parait pour l'heure, être la culture principale des paysans de Dimori. Cependant, nul ne peut ignorer l'apport de la culture des céréales dans l'économie des pays en développement dont le Togo. Il faut aussi noter que la demande en produits vivriers devient de plus en plus croissante d'où la nécessité de relancer l'agriculture des pays sous-développés en l'occurrence dans les pays africains. Cette étude est une contribution à la production d'un document de base pouvant servir aux maillons de la chaîne de l'économie du Dioscorea sp de se mettre face à leurs problèmes et d'y trouver des solutions à leurs difficultés socio-économiques.

Pour atteindre les objectifs fixés, les hypothèses formulées sont vérifiées à partir des données de base disponibles comme le recensement de la population, les statistiques agricoles et les diverses publications intéressant le sujet. Ces informations sont complétées par une enquête sur le terrain, l'interview et des observations du paysage.

Notre approche de la méthodologie de recherche s'articule autour de deux parties.

La première partie s'est faite à travers la recherche bibliographique qui nous a permis de consulter ou de commenter les documents relatifs à notre thème.

La recherche documentaire est menée auprès des institutions de recherche, des projets, en générale tous les services oeuvrant pour la promotion des cultures vivrières.

Il s'agit des services comme :

- la Direction des Statistiques Agricoles de l'Information et de la Documentation (DSID) où nous avons eu accès aux données du recensement agricole de 1996 ;

- la Direction Nationale des Statistiques et de la Comptabilité Nationale qui a pu mettre à notre disposition des informations portant sur la Région de la Kara en général et la Préfecture de Bassar en particulier.

- la Direction de l'ICAT de Bassar

- les bibliothèques de l'Université de Lomé dont la Bibliothèque centrale et celle de la FLESH où nous avons eu à consulter des mémoires et Thèses ;

La documentation à laquelle nous avons eu accès, nous a renseigné sur les productions d'une manière générale et la culture du Dioscorea sp en particulier, son importance et sa valeur dans la vie des producteurs.

- Le centre de documentation de la FAO, où nous avons eu accès aux documents ayants déjà traité des sujets relatifs à la production agricole en générale, les tubercules en particulier et le niveau de vie des producteurs.

Cette recherche au niveau des bibliothèques et au niveau de ces directions, a été complétée par des interviews que les agriculteurs, les commerçants et les transporteurs ont accepter de nous accorder.

Toutefois, il est à noter que la documentation existante nous a permis de cerner au mieux notre thème d'étude dans le temps et dans l'espace et de prendre connaissance des résultats obtenus en lien direct avec la population, l'exploitation agricole, la culture du Dioscorea sp, sa rentabilité, le niveau de vie des producteurs et l'importance de cette denrée.

Les résultats de nos recherches documentaires nous ont permis de faire le constat selon lequel en milieu rural, les agriculteurs ont toujours des pratiques et des savoir-faire paysans, ce qui a un impact sur l'importance de cette culture.

Ainsi, sur la base du sondage dont dispose la Direction National de la Statistique et de la Comptabilité Nationale, la population du canton de Dimori était de 2 432 hbts en 1970 et de 3 490 hbts en 1981. Pour le district sanitaire de Bassar, cette population est passée à 7 700 hbts en 2006 puis de 8 033 hbts à 8 074 hbts de 2007 à 2008. Sur la base de ces données, nous avons essayé de constituer la taille de notre échantillon. C'est-à-dire le nombre de chefs d'exploitation auprès desquels nous allons pouvoir mener notre enquête. Afin d'obtenir des informations plus ou moins fiables, nous avons retenu une fraction représentative de la population cible c'est-à-dire celle qui est directement concernée par le travail de la production du Dioscorea sp à savoir les chefs de ménages, les commerçants et les transporteurs. Cette méthode est appelée enquête par sondage. Elle vise à réduire le coût et le temps. C'est pourquoi nous avons pensé à la taille de l'échantillon.

En considérant la moyenne de 6 à 7 personnes par ménage, nous trouvons 6,5 comme taille approximative d'un ménage. Nous divisons ensuite la population totale du canton par ce quotient, ce qui nous donne N = 1242 ménages. Vue que ce nombre est élevé, nous avons alors pensé à ramener la taille de notre échantillon à une proportion de 12,8 % pour limiter les risques d'erreurs et le ramener aussi au niveau de la valeur de nos moyens ; ce qui nous donne un nombre N' de 150 ménages ou chefs de ménages à interroger que nous avons réparti comme suit : 120 producteurs, 20 commerçants et 10 transporteurs comme l'indique le tableau n°1

Tableau n°1 La répartition des enquêtés selon leurs activités

Enquêtés

Effectifs

Pourcentage

Producteurs

120

80,00

Commerçants

20

13,33

Transporteurs

10

6,67

total

150

100,00

Source : travaux de terrain, 2011

D'après le tableau n°1, 80 % de notre échantillon sont composés de producteurs et les commerçants et les transporteurs se partagent les 20 % restant, soit respectivement 13,33 % et 6,67 %.

La seconde partie de la méthodologie de recherche a porté sur l'administration du questionnaire sur le terrain.

Le questionnaire est un guide d'entretien destiné aux paysans de notre zone d'étude. Il comporte trois parties essentielles à savoir les caractéristiques socio-démographiques, les moyens et techniques de production et l'importance économique et socioculturelle et nous avons clos notre questionnaire par des informations sur la commercialisation et le transport des tubercules de Dioscorea sp.

En effet, la première partie du questionnaire est destinée à l'identification du producteur et de quelques éléments sur la taille du ménage.

En outre, lors de l'élaboration du questionnaire, nous avons sélectionné les variables indépendantes et les variables dépendantes. Au rang de ces variables indépendantes, nous pouvons citer l'âge, le sexe, la situation matrimoniale et les aléas climatiques. Ainsi la tranche d'âge comprise entre 18 et 55 ans et plus a constitué notre population cible parce que c'est à cet âge que les hommes ou les femmes sont plus actifs. De plus, il s'agit de la catégorie la plus entreprenante dans la population agricole. Cette tranche est assimilée à celle des actifs responsables surtout qu'à cet âge, on peut se passer des parents en charge.

Par ailleurs, la variable indépendante « sexe » a toujours joué un rôle prépondérant au niveau de l'exploitation agricole en l'occurrence lors des opérations pré-culturales et post-culturales. Les opérations pré-culturales reviennent aux hommes dans la plupart des cas et les opérations culturales et post-culturales reviennent aux femmes et aux enfants. Dans cette optique, nous avons eu à associer les femmes. Ainsi, dans les milieux ruraux, nous avons constaté que les superficies emblavées par les hommes dépassent largement celles des femmes. Aussi, avons-nous constaté que les femmes s'adonnent très difficilement à la culture du Dioscorea sp.

De plus, le niveau d'instruction représente une variable déterminante dans la mesure où les paysans sont de nos jours tenus d'être aux innovations.

La seconde partie du questionnaire est consacrée à l'exploitation d'un champ de Dioscorea sp. Cette partie comporte des rubriques comme les techniques et les moyens de production et l'organisation du travail. Dans cette partie, il s'avère nécessaire d'énumérer les cultures associées au Dioscorea sp, les moyens et techniques de production, les systèmes de culture.

La troisième partie concerne l'importance sociale, économique et culturelle du Dioscorea sp. Cette partie permettra de relever les raisons de l'adoption de cette culture, sa rentabilité, l'impact de cette culture sur l'amélioration des conditions de vie des producteurs de Dimori et sa valeur culturelle.

Une fois le questionnaire élaboré comment l'administrer ?

Afin de rencontrer les paysans, nous nous sommes mis en rapport avec les autorités de la localité pour solliciter leur appui. Celles-ci nous ont prêté main forte en acceptant de préparer la population à être réceptive à notre présence dans le milieu. Une fois le message passé, le lendemain, nous nous somme fait accompagner du secrétaire du chef pour l'administration du questionnaire. Celui-ci avait pour rôle de nous introduire préalablement dans les ménages afin d'avoir accès aux données dont nous avions besoin. Soulignons qu'en dépit du message du secrétaire de chef, il y a toujours des réticents qui nous ont toujours évité jusqu'à notre départ du village.

En effet, l'enquête a duré 15 jours. Elle a couvert la période du 11 au 25 septembre 2011. Pourquoi ce mois de septembre pour l'administration du questionnaire ? En effet, le mois de septembre est celui des premières récoltes des tubercules de Dioscorea sp et celui des cérémonies précédents la consommation et la vente des tubercules.

Quant à l'observation participante, elle nous a permis de vivre le quotidien des paysans, d'apprécier leur mode d'exploitation et leurs principales cultures. Nous avons aussi participé à la récolte et à la vente des tubercules.

En ce qui concerne les difficultés, notons qu'elles existent partout ailleurs mais à des degrés bien différents. L'environnement d'étude n'étant pas aussi vaste, nous nous sommes déplacés à pied pour parcourir les champs. Notre passage dans les champs, nous a permis d'observer les paysans en train de travailler. Il nous ait arrivés de parcourir plus de 10 km.

Il faut noter aussi que la peur, la méfiance et le doute qui se lisent sur les visages des enquêtés font qu'il nous a été très difficile de recueillir des informations de leur part d'autant plus que ceux qui nous ont précédés dans le milieu avaient fait des promesses aux paysans, promesses qu'ils n'ont jamais tenues.

Il faut souligner que compte tenu du climat qui n'est plus clément et de certains problèmes relatifs à la culture du Dioscorea sp, les paysans étaient réticents à répondre à toutes les questions. Au total, mise à part l'introduction générale qui se compose du cadre conceptuel et du cadre méthodologique, notre travail se présente en trois chapitres.

Dans le premier chapitre, il est question de montrer les conditions physiques, naturelles et humaines qui se prêtent à la culture du Dioscorea sp.

Le deuxième chapitre de notre travail porte sur la production du Dioscorea sp dans le canton de Dimori. À ce niveau, notre approche vise à identifier les techniques et moyens de production, les modes de cultures et les variétés de Dioscorea cultivées dans la zone d'étude.

Le troisième chapitre aborde la valeur sociale, économique et culturelle du Dioscorea sp dans le milieu.

Il s'agit aussi de relever dans cette dernière partie les problèmes auxquels sont confrontés les producteurs de Dioscorea sp et de faire des suggestions qui vont peut être déboucher sur l'analyse des perspectives pour l'agriculture en général et la culture du Dioscorea sp en particulier. Il s'agit là des approches de solutions concernant l'amélioration de l'agriculture face aux enjeux du moment.

Enfin comment se présente alors l'environnement étudié dans ces aspects physiques et humains ? La réponse à cette question est contenue dans le premier chapitre de notre travail.

CHAPITRE 1 : UN ENVIRONNEMENT PHYSIQUE, NATUREL ET HUMAIN FAVORABLE A LA CULTURE DU DIOSCOREA SP

Localisé entre 0°6 et 0°9 de longitude Est puis entre 9°01 et 9°40 de latitude Nord, le canton de Dimori, au Sud-ouest de la ville de Bassar (chef lieu de la Préfecture de Bassar) est l'un des neuf cantons de la Préfecture et y est distant de 24 km. (Carte n°1)

Carte n°1 : Préfecture de Bassar indiquant la zone d'étude

Source : D.S.I.D. modifiée par l'auteur ; 2011.

La Préfecture de Bassar fait partie de la Région de la Kara et a pour chef lieu Bassar. La Préfecture est limité au Nord par les Préfectures de Dankpen et de Doufelgou, au Sud par la Région centrale, à l'Est par les Préfectures de la Koza et d'Assoli et à l'Ouest par la République du GHANA. Elle compte neuf (09) cantons dont Bassar, Kabou, Bangeli, Bitchabé, Sanda kagbanda, Sanda afowou, Kalanga, Baghan et le canton de Dimrori notre zone d'étude. (carte n°2).

Carte n°2 : canotn de Dimori

Source : D.S.I.D. modifiée par l'auteur, 2011.

Le canton de Dimori est situé au Sud-ouest de Bassar. Il est limité au Nord par le canton de Bitchabé, au Sud par la Région centrale, à l'Est par le canton de Bassar et à l'Ouest par la République du GHANA. Il est formé de plusieurs villages et hameaux dont les principaux sont : Taman ; Bikpadjabe ; Linatagbande ; Katcha-losso ; Koutoum ; Yakédji etc. les principaux cours d'eau sont la Katcha et Tankpa.

1.1- Des caractéristiques physiques propices à la culture du Dioscorea sp

La culture du Dioscorea sp qui est l'objet de notre recherche, est pratiquée dans un environnement dont les aspects naturels et physiques méritent d'être analysés afin de faire ressortir leurs interactions sur cette culture.

1.1.1- Un relief peu accidenté favorable à la culture du Dioscorea sp

Dimori est dans son ensemble une zone peu montagneuse avec cependant des collines qui donnent au milieu un aspect faiblement accidenté.

- le mont Dankessi

C'est un prolongement du massif de Bissokpab lequel se localise vers le Sud groupé par de petites dépressions. Le Dankessi culmine à 500 mètres avec un aspect de chapelet entre Bikpadjab au Nord et Yakédji au Sud.

- la plaine de la Katcha

Elle est grossièrement de direction Nord-Sud suivant un axe correspondant au lit de la rivière.

La vallée se présente sous forme de modelé d'aplanissement dégradé aux fortes entailles donnant un relief légèrement accidenté. Ce sont des collines à faibles pentes et des buttes cuirassées. De très faibles altitudes (200 m), elle est limitée à l'Ouest en Est au niveau de Inaba (terroir) alors que le lit prend une direction Nord-Est, Sud-Ouest.

Au total, c'est un relief lié à la géologie du milieu. Sur les hauteurs, les grès et les quartzites fréquemment traversés par des intrusions de quartz donne au paysage une certaine clarté pendant la saison sèche où les feux de brousse mettent à nu les éboulis rocheux et les affleurements de quartz.

Dimori est dans son ensemble une zone peu accidentée. La monotonie du relief des plaines n'est coupée que par la diversité de la couverture végétale.

1.1.2- Des sols relativement riches et propices à la culture du Dioscorea sp

On distingue trois types de sol : les sols ferrugineux tropicaux, des sols peu évolués d'érosion puis des sols hydromorphes.

- les sols ferrugineux tropicaux

Toute la plaine de Dimori est couverte de sols ferrugineux tropicaux sans éléments grossiers. Ces sols se localisent particulièrement au niveau de Kankpal et le Sud-ouest de Dimori.

On y trouve également des sols ferrugineux tropicaux lessivés pauvres contenants des éléments grossiers aux altitudes du piedmont de la colline isolée et dans certaines vallées.

- les sols peu évolués d'érosion

Les sols peu évolués s'observent sur la bordure occidentale de la Katcha et sont développés sur des cuirasses ferrugineuses. Ces sols sont peu profond et offrent de bonnes terres pour la culture du Dioscorea sp.

- les sols hydromorphes

Les sols hydromorphes s'observent dans les dépressions (Kountoum) puis dans les vallées comme Tchébou, Linatagnande, Bikpadjab comme le montre la carte n°3. Ces sols durcissent pendant la saison sèche entraînant l'assèchement des cours d'eau et des ruisseaux.

Carte n°3 : type de sols de la région de Dimori

Source : Extrait de la carte pédologique de la Région de Bassar, 2011.

Dans l'ensemble, Dimori est une zone à sols variés. Cependant, on note une prédominance de sols gravillonnaires de faibles profondeurs qui se situent le long de la zone et principalement au niveau du village de Dimori. On note aussi l'importance des sols sablo argileux avec des horizons appauvris au niveau Bissanbotibe, Linatagbande et autres.

Ces sols sont nourris et arrosés par une végétation et des cours d'eau.

1.1.3- Des cours d'eau avec une végétation de savane

Le réseau hydrographique est relativement lâche. Deux cours d'eau arrosent la localité (la Tankpa et la Katcha). Le plus important est la Katcha qui sert de frontière avec le canton de Bassar. D'orientation Nord-Sud, la Katcha prend sa source dans les monts du Togo à l'Est de Bangeli, traverse la plaine puis se jette un peu plus loin au-delà du canton dans le Mô (un affluent de l'Oti). Compte tenu du régime irrégulier des cours d'eau, la pénurie d'eau est surtout ressentie en saison sèche.

Le reseau hydrographique est lâche, cependant, on note quelques cours d'eau saisonniers de moindre importance, tels Kankassi et Boèdem qui sont des affluents de la rive gauche de la Katcha, puis d'autres comme Nabolé, Yam, Bonim, Yadji-bobeki, Kpaskou etc.

Ces cours d'eau sont couverts par une végétation savanienne. En effet, Bassar et son arrière pays (Dimori) disposent d'une végétation de savane soudanienne.

Autrefois, Dimori avait une végétation de foret dense. Suite aux changements climatiques associés aux effets anthropiques, cette végétation est passée d'une forêt primitive à une savane arborée.

Ainsi à Dimori, le paysage se dégrade suivant la topographie. On passe de la savane boisée depuis les versants de collines à la savane arborée de la plaine. Dans la savane boisée, la densité des arbres est importante (environ 70 % du recouvrement). On parle aussi de forêt claire. Par contre la savane est marquée par un faible taux de recouvrement en arbre (30 % environ).

Quant à la strate herbacée, elle est importante pendant la saison des pluies puis complètement détruite pendant la saison sèche par les feux de brousse. On y rencontre des forêts le long de la Katcha, d'autres cours d'eau puis dans certaines vallées.

Les principales espèces végétales sont : le Néré (Parkia Clappertoniana), le Karité (Vitellaria Paradoxa), le Baobab (Andansonia Digitata), le Teck (Tectona Grandis), le Palmier à Huile (Elaeis Guineensis), le Rônier (Borassus Aethiopum), le Manguier (Manguifera Indica) et le Kapokier (Ceiba Pentendra).

Ces espèces végétales sont protégées par les paysans en raison de leur utilité médecinale et surtout alimentaire. Les sols agricoles par excellence se reconnaissent par le type de végétation qu'il porte ; ainsi, les sols sur lesquels se développe le Vêne (Pterocarpus Erinaccus) sont des sols meubles propices à la confection des buttes.

1.1.4 - Un climat avec une pluviométrie relativement faible

La Préfecture de Bassar en général et le canton de Dimori en particulier bénéficient d'un climat tropicale humide, caractérisé par deux saisons de durée presque égale, l'une sèche et l'autre pluvieuse.

La saison sèche s'étale sur la période de novembre à avril. Elle marque le début de l'harmattan, vent d'origine sahélien. Vent frais, sec et dynamique, il souffle sur la région pendant 3 à 4 mois. Généralement, il couvre la période de novembre à février et est bien ressenti à Bassar comme dans toute la partie Nord du pays. Pendant la période de l'harmattan, la température moyenne mensuelle avoisine 20°C avec un maximum de 37°C et un minimum de 17°C. Cette période enregistre les plus fortes amplitudes de l'année.

Cela s'explique par l'échauffement diurne et le refroidissement nocturne. Quant à la saison pluvieuse, elle commence en avril et s'étend jusqu'en octobre. Son début est marqué par des pluies fines qui augmentent en quantité progressivement au fil des mois suivant que les pluies sont précoces ou tardives. Le maximum des précipitations se situe entre juillet, août et septembre comme le montre la figure n°1. Ce maximum vari entre 260 mm et 370 mm. Le total annuel des précipitations est assez élevé. Il arrive entre 1 000 mm et 1 700 mm, mais il est mal réparti sur toute l'année.

Figure n°1 : Diagramme ombrothermique de Bassar (1990)

Source : Données de l'ICAT Bassar, 2011

La figure n°1 montre le diagramme ombrothermique de Bassar. En effet, dans cette région, la saison des pluies s'étend d'avril à novembre avec des hauteurs de pluies variant entre 100 mm et 370 mm avec un pique en juillet ou août.

1.2- Une population diversifiée et accrochée à la culture du Dioscorea sp

Comme partout ailleurs, la population du canton de Dimori est composée de plusieurs ethnies et a sa propre histoire.

1.2.1- La composition ethnique et l'évolution de la population

Plusieurs ethnies forment le canton de Dimori ; mais comment se sont ils retrouvés là ?

1.2.1.1- Historique du peuplement

Dimori est une terre d'immigration qui, autre fois s'appelait `'BOTR'' (chefferie chez les Taapu). Progressivement, `'BOTR'' est devenu `'D'MOL'' qui signifie lutte, que l'administration transformera en Dimori.

D'après les sources orales locales, deux groupes de migrants sont à l'origine de la fondation du canton de Dimori. Il s'agit des Dagomba constitués du clan des Dimori (Bikpadjab) et des Konkomba qui regroupent le clan des Bissobibe.

Dimori serait d'abord fondé par les Dagomba venus de Yendi au Ghana ; ils s'installèrent d'abord à Tamane (Nord de Dimori) avant d'immigrer à Dimori où ils fondèrent le quartier de Dimori. Par la suite arrivèrent les Bissobibe venus de Nandouta (Préfecture de Dankpen) ; ils s'installèrent d'abord à Bitchabombé (canton de Bitchabé) puis à Dimori. C'est ainsi que d'autres groupes à l'instar des Tamaong (Tamne) venus de Bidjomamb arrivèrent et constituèrent le troisième groupe : les Natchamba (frontière Togo-Ghana).

Suite à ces mouvements d'immigration vont se créer certains villages tels que Katcha-losso et Kountum peuplés de Lamba et de Peulh et d'autres comme Kankpal, Linatagbande peuplés de Bassar et de Konkomba.

En effet, l'historique du village est mitigé car les Dimori (Bikpadjab). Les Bissobibe déclarent mutuellement avoir un ancêtre fondateur du terroir et c'est ainsi que les terres leur appartiennent.

Pour être chef canton, il faudrait être né d'un père ou d'une mère originaire de Dimori (Bikpadjab). Le premier chef ayant dirigé le canton fut WADJA Nadjaka. Il a été succédé par d'autres chefs à l'exemple de TABONA, TOU, DJAMANE, KOUDJOWOU et de WADJA.

A Dimori, malgré leur diversité d'origine, les populations sont en parfaite symbiose et tissent de bonnes relations de voisinage.

1.2.1.2- Une croissance démographique assez importante

La population du canton de Dimori est en perpétuelle croissance depuis les années 1970 comme le montre le tableau n°2.

Tableau n°2 : Evolution de la population du canton de Dimori

Années

1970

1981

2006

2007

2008

Effectifs de la population

2 432

3 490

7 700

8 033

8 074

Source : District sanitaire de Bassar, 2010

D'après le district sanitaire de Bassar, la population du canton de Dimori est passée de 7 700 hbts en 2006 à 8 033 hbts en 2007 pour atteindre 8 074 hbts en 2008.

La direction de la statistique a estimée cette population à 2 432 hbts en 1970 et à 3 490 hbts en 1981 ; soit une augmentation de 1 058 bhts en 11 ans. 25 ans après c'est-à-dire en 2006 il y a eu 4 210 bhts de plus et deux ans plus tard (2008) la population a augmentée de 374 individus. La population du canton de Dimori s'est donc accrue à raison de 96 individus par an entre 1970 et 1981 puis 134 individus et 187 individus par an successivement entre 1981 et 2006 et entre 2006 et 2008. Cette population est aussi composée des Konkomba, des Bassar, des Taapu qui sont majoritaire et des migrants (Lamba, Kabyè, Peulh). L'activité principale est l'agriculture.

1.2.2- Les aspects professionnels et socioculturels du milieu

1.2.2.1- L'organisation sociale

Le canton de Dimori compte sept villages et une vingtaine de hameaux.

Le chef-lieu du canton de Dimori compte six (06) quartiers dont Bissobibe, Kpapool, D'mol, Nawamon, Binatab et Tamaong. Chaque quartier est dirigé par un chef appelé OUBOR representant le chef canton. C'est au sein des sages que sont nommés le chef quartier et le chef de village. Le chef WADJA Tnankpa, le chef canton représente l'autorité administrative.

Il existe également deux chefs traditionnels appelés « Roi de terre » : NABIKA et ASSOUKOULI. Ceux-ci s'occupent des rites des sacrifices. C'est au sein des familles de ces Rois de terre `'OUTANDAAN'' que se nomment les successeurs par les charlatans.

A Dimori, la vie sociale est d'une part organisée en structures lignagères (ensemble de fils se réclamant d'un même ancêtre), d'autre part, les fils aînés fondent leur famille en dehors de la cellule familiale au cas où la concession devient trop petite pour contenir tout le monde. Chaque cellule familiale est dirigée par un chef appelé `'OUKPL''.

La vie sociale prend en compte les hommes et les femmes, célibataires ou mariés.

Il y a quelques décennies, les femmes n'étaient pas considérées au même titre que les hommes ; aujourd'hui, elles participent aux prises de décisions et à la gestion des biens du village. Quant aux célibataires, ils sont rarement invités aux séances de prise de décisions.

Le mariage qui renforce les liens entre les familles se fait sur présentation de la dot à la famille de la conjointe par le représentant du conjoint. Aujourd'hui, cette dot devient de plus en plus rare à cause des concubinages et du fait de l'exode rural.

1.2.2.2- Une population à majorité paysanne et analphabète

Sur le plan professionnel, la population est composée de fonctionnaires, de paysans, d'ouvriers et de commerçants. Ceux-ci sont inégalement repartis dans la population à cause des penchants pour l'agriculture comme le montre le tableau n°3.

Tableau n°3 : Répartition des 120 producteurs selon la catégorie professionnelle.

Professions

Effectifs

Pourcentages %

Paysans

117

97,50

Ouvriers

2

1,60

Fonctionnaires

1

0,90

Total

120

100,00

Source : Travaux de terrain, 2011

D'après le tableau n°3, les paysans représentent 97,5 %, les ouvriers 1,6 % et les fonctionnaires 0,9 % ; la forte proportion des paysans montre que l'activité principale dans le milieu est l'agriculture, notamment celle du Dioscorea sp. Les fonctionnaires sont principalement les enseignants, les agents de santé et les encadreurs agricoles ; les ouvriers sont les maçons, les tailleurs, les menuisiers. Ces catégories professionnelles pratiquent aussi l'agriculture parallèlement à leur activité principale. Le pourcentage très élevé (97,5 %) de paysans traduit l'existence d'une main d'oeuvre agricole abondante. Cette dernière est relativement jeune, comme le montre la figure suivante.

Figure n°2 : Répartition des producteurs selon l'âge

Source : Travaux de terrain, 2011

Il ressort du diagramme de la figure n°2 que 23,33 % des producteurs ont un âge compris entre 15 et 24 ans, 39,18 % ont entre 25 et 44 ans ; ce qui fait un total de 62,51 % des jeunes. Donc l'âge modal se situe entre 15 et 44 ans. Cela n'implique pas forcément que les moins de 15 ans ne cultivent pas le Dioscorea sp ; car notre questionnaire est principalement destiné aux chefs d'exploitation et qu'à cet âge les enfants travaillent avec leurs pères.

Sur le plan de l'instruction, la population est en majorité analphabète comme le montre le tableau n°4.

Tableau n°4 : Niveau d'instruction des enquêtés

Degré d'instruction

Effectifs

Pourcentage

Analphabètes

105

87,50

Alphabètes

15

12,50

Total

120

100,00

Source : travaux de terrain, 2011

L'analyse du tableau n°4 montre que 87,5 % de notre échantillon sont analphabètes contre seulement 12,5 % qui sont instruits. La forte proportion des analphabètes s'explique par le fait que les populations sont encore réticentes quant à envoyer leurs enfants à l'école. Quant ils le font, ces derniers abandonnent avant d'avoir obtenus le certificat de fin d'étude du premier degré (CEPD). De plus, les travaux des champs occupent les enfants qu'ils n'ont pas la volonté de continuer les études après le CEPD. Jusqu'en 2003, il n'y avait pas de collège dans le canton de Dimori. Pour ceux qui sont alphabètes, nous avons évalué leur niveau d'instruction dans le tableau n°5.

Tableau n°5 : Répartition des producteurs alphabètes selon leur niveau d'instruction

Niveau d'instruction

Effectifs

Pourcentages

1er degré

5

33,33

2e degré

10

66,67

3e degré

0

0,00

Total

15

100,00

Source : Travaux de terrain, 2011

D'après le tableau n°5, plus de la moitié, soit 66,67 % de ceux qui sont instruits ont fait le second degré, mais aucun d'entre eux n'a franchit le cap du BEPC.

1.2.2.3- Une société à dominance animiste

Dimori est une terre cosmopolite à part entière sur laquelle des peuples issus d'horizons différentes se sont retrouver pour former la communauté `'Taapu''. En immigrant, ces peuples ont apportés avec eux leurs divinités qui sont pour la plupart des fétiches adaptés aux modes de vie de ceux qui les adorent. C'est ainsi qu'avant l'implantation des premières écoles par les missionnaires catholiques, toute la population du canton de Dimori était animiste à 100 %.

Ces missionnaires ont apportés avec eux la religion catholique qui, à travers les élèves recrutés de force pour fréquenter ces écoles, a créé et façonné de nouveaux adeptes de la religion catholique.

Ensuite, à la faveur de la laïcité du territoire togolais, et grâce au fond koweitien, la religion musulmane s'est elle aussi implantée à Dimori avec la construction en 2001 de la première et unique mosquée du canton qui se trouve à côté du marché de Dimori.

La population de Dimori est restée depuis longtemps majoritairement animiste comme le montre la figure n°3.

Figure n°3 : Répartition des enquêtés selon la religion

Source : Travaux de terrain, (2011)

Il ressort de l'analyse de la figure n°3 que 76 % des enquêtés sont animistes et décident de le rester pour préserver l'héritage de leurs parents. Les autres religions se partagent les 24 % restant à savoir 13 % de chrétiens et 11 % de musulmans.

1.3- Les circonstances sociohistoriques et les systèmes de culture adoptés

Comme toutes les sociétés, la communauté concernée par notre étude est passée de la chasse à l'agriculture. Cette transition aurait été possible grâce à l'ingéniosité métallurgique de leurs voisins `'Taapu'' du canton de Bitchabé qui sont eux, par nature, travailleurs du fer. C'est donc grâce aux outils achetés à Bitchabé (houes, coupe-coupe, etc.) que l'agriculture est devenue une activité dans laquelle la culture du mil et du millet occupait une large place. La culture du Dioscorea sp ne sera adoptée qu'à la suite d'une crise alimentaire.

1.3.1-De la crise alimentaire à la découverte du Dioscorea sp

La culture du Dioscorea sp trouverait son origine lors d'une famine qui aurait sévi dans le milieu. Cette dernière aurait pour origine une sécheresse doublée d'une invasion des récoltes de céréales par les sauterelles.

En effet, lors de cette calamité, les gens auraient mangé les tubercules d'une plante appelée dans le milieu `'Kpadji'' et en seraient mort. (Il s'agit de Icacina du Sénégal). Cette plante à tiges herbacées annuelles poussant en touffe ; les fruits, légèrement sucrés et peu acides sont consommables ; par contre, le tubercule, d'un goût aigre et plus acide, consommé, donne des maux de ventre et conduit à la mort. On comprend dès lors pourquoi les gens en étaient morts. D'une manière fortuite, les bouviers auraient vu des singes et des gorilles déterrer les tubercules d'une plante sauvage pour en manger ; ayant constaté que ces animaux n'en mouraient pas, ces bouviers auraient imiter les animaux : une nouvelle plante alimentaire venait d'être découverte. Il fallait donc avoir une nourriture en abondance. C'est ainsi qu'est née l'idée de cultiver cette plante. Cette idée répondait à un double impératif :

- domestiquer le Dioscorea sp afin d'avoir cette denrée alimentaire en grande quantité ;

- échapper ou du moins atténuer l'effet néfaste des ravages perpétrés par les criquets sur les céréales. En effet, si ceux-ci peuvent ravager ces dernières, leur passage ne causerait aucun dégât à ce tubercule `'souterrain''.

Cette dernière assertion rejoint celle de DUGAST S. (1984) cité par KPANTE B. (1996) selon laquelle `'les plantes du Dioscorea sp sont régulièrement distribués au Nord de la Préfecture pour limiter le risque que faisaient planer les invasions de sauterelles à cette région de monoculture de sorgho'' (DUGAST S., 1984). Ici, il ne s'agit pas d'une introduction du Dioscorea sp mais d'un renforcement du matériel de plantation par l'administration coloniale.

Le Dioscorea sp n'est donc pas d'origine étrangère comme c'est le cas pour le manioc, un tubercule originaire d'Amérique centrale ; ce que confirme DUGAST S. (1959), dans `'Economie de l'Ouest Africain'', lorsqu'il affirme que « l'igname est une plante certainement africaine ».

Tout compte fait, le Dioscorea sp est une plante des régions chaudes ; dans le cadre de notre étude, c'est la crise alimentaire qui fut à l'origine de sa découverte et de son adoption comme culture. Mais comment la cultive- t on ?

1.3.2- Les systèmes de culture adoptés.

La culture du Dioscorea sp étant découverte, il fallait trouver une technique appropriée à cette culture. C'est ainsi que selon la disponibilité des terres, la technique de buttage inscrit dans les systèmes d'assolement biennale, triennal, quadriennal ou quinquennal et d'association de culture fut adoptée.

1.3.2.1- Les rotations de culture

La rotation permet de faire succéder sur une parcelle (sole) une plante épuisante par une plante enrichissante et vice-versa comme le montre le tableau n°6.

Première année : sur les nouvelles friches, le paysan met en tête d'assolement le Dioscorea sp à cause de ses exigences en éléments minéraux. Dans ce champ de Dioscorea sp, on peut trouver d'autres cultures comme le manioc, le mil et les légumes.

En deuxième année : les buttes sont détruites, l'arachide et le sorgho sont semés sur ce champ plat et non en butte.

La troisième année : le paysan procède cette fois-ci au billonnage de la parcelle et sème selon son gré le sorgho, le mil, le maïs, le niébé etc.

C'est à partir de la quatrième année que commence la jachère dont la durée moyenne est de sept (07) ans. Quelques fois certaines parcelles en quatrième année portent des cultures de maïs ou de soja en pure. Ainsi, pour ces deux cultures en générale et pour le maïs en particulier, l'utilisation des intrants est indispensable.

La rotation constitue à cet effet pour le paysan un moyen de lutté contre l'appauvrissement des sols. Cet appauvrissement est ressenti chez les paysans de Dimori par l'apparition de chiendents (Impérata Cylindrica) sur les parcelles. Dans ce cas les parcelles doivent être mise en jachère.

Tableau n°6 : Rotation des principales cultures

Années de culture

Cultures dominantes

Parcelles

Première année

Igname

Buttes

Deuxième année

Arachide, sorgho

A plat

Troisième année

Sorgho ou maïs (en pure), arachide

Billons

Quatrième année

Maïs, soja en pure ou jachère

Billons

Source : travaux de terrain (2011)

Il ressort de l'analyse du tableau n°6 qu'au cours de cette rotation qui dure quatre ans environs, le paysan fait la première année le Dioscorea sp qui est une plante appauvrissante ; la deuxième année il met l'arachide qui elle est une plante enrichissante parsemé de sorgho dont la récolte aidera pendant la période de soudure. La troisième année, le paysan cultive le maïs ou le sorgho seul ou encore de l'arachide et la quatrième année, lorsque le sol est complètement épuisé il met le soja qui n'est pas trop exigeant avant de laisser le sol au repos pour une durée de sept (07) ans en moyenne.

1.3.2.2- Les associations de culture avec le Dioscorea sp

A l'exception du soja, 90,6 % de nos enquêtés apprécient le système d'association. L'association des cultures en pays Bassar est une pratique très ancienne. En effet, dans cette association, on distingue la culture principale à laquelle l'on associe une autre dite secondaire ou intercalaire. Cette association a plusieurs avantages dans le milieu rural où l'on pratique une culture extensive.

Lorsque l'une des récoltes principales ou secondaire donne de mauvais rendements par suite d'une sécheresse, ce qui est d'ailleurs fréquent, la superficie correspondante n'est pas pour autant perdue ; autrement dit cette association de compensation est une technique culturale qui permet d'obtenir des rendements appréciables.

Conclusion partielle

Le canton de Dimori fait partie de l'unité morphologique de la partie centrale des monts du Togo principalement dans la série de Buèm et sur des couvertures sédimentaires. C'est une succession de collines aux pentes légèrement inclinées qui font descendre des éléments nutritifs aux sols en aval permettant ainsi l'enrichissement des terres et par conséquent la possibilité d'une agriculture, surtout calquée sur la culture du Dioscorea sp.

Une population diversifiée et cosmopolite depuis les origines du village conjuguée aux activités professionnelles et socioculturelles du milieu devraient être des atouts au développement de la culture du Dioscorea sp et des autres denrées alimentaires, mais l'analphabétisme et la dominance de la religion animiste avec ses superstitions, ses tabous et interdits font que, depuis la découverte du tubercule de Dioscorea sp jusqu'à nos jours, les systèmes de culture adoptés n'ont pas évolués pour permettre une augmentation de la production.

CHAPITRE 2 : LA PRODUCTION DU DIOSCOREA SP DANS

LE CANTON DE DIMORI

2.1- Des techniques de production peu efficaces

Comme dans tous les pays en voie de développement, les techniques et le matériel utilisés ne sont pas en adéquation avec les types de cultures ; ce qui conduit d'habitude à des pertes de temps et à des rendements médiocres.

2.1.1- Le caractère rudimentaire de l'outillage

Le pays Bassar bénéficie de l'existence des gisements de fer de Bangeli, gisement dont l'exploitation artisanal a fourni pendant longtemps la matière première à la fabrication des outils. `'Les Bassar étaient donc parti favoris pour les activités agricoles car dans leur rangs se trouvaient des métallurgistes. D'eux et d'eux seul dépendait la fourniture d'un outillage de qualité pour cultiver la terre (CORNEVIN R., 1962). Ils ont su s'adapter à leur milieu et se sont très tôt distingués des régions environnantes quant à la fourniture des outils agricoles parmi lesquels on peut citer :

- la grande houe (Dikuntandjal) : elle sert au buttage, au billonnage et à la préparation des champs de sorgho. C'est un outil primordial pour le paysan ;

- la moyenne houe (Kikuntanwayi) : cette houe est fabriqué sur le même modèle que la grande houe, sauf qu'elle est utilisée par les jeunes pour le buttage ; après deux ou trois saisons culturales, Kikuntanwayi sert surtout au sarclage, mais elle peut être utilisée aussi dans les travaux de labour et de défrichement ;

- la petite houe (Bagbékou) : elle est utilisée par les deux sexes pour le sarclage seulement, mais on peut dire qu'elle est plus utilisée par les femmes parce que c'est un outil plus facilement maniable par le sexe féminin ;

A côté de ces principaux outils de culture, il en existe d'autres non moins importants.

- la hache (Kitchoco et Tchéku) : on distingue deux types de haches : la hache féminine et la hache masculine. La hache masculine exclusivement utilisée par les hommes est un outil plurifonctionnel. Elle sert à couper à tailler ou à sculpter. Elle est appelée `'Kitchoco''. Elle sert aussi à déterrer les nouveaux Dioscorea sp, dans ce cas précis les paysans mettent la lame sur un bois vertical.

La hache féminine `'Tchéku'' comme son nom l'indique, les femmes l'utilisent pour chercher du bois de chauffe. Elle intervient aussi dans la culture sur brûlis,

- le coupe-coupe (Kpatcha) : il est le premier outil que le paysan cherche quand il se prépare pour son champ, il est également un outil de défense. Il sert à couper les herbes et les arbustes ;

- `'Taata'' : c'est un outil utilisé pour faire coucher les herbes avant de défricher. Il est formé d'un bâton et d'une corde à dimensions variables. A chaque extrémité du bâton, on attache un bout de la corde. Pour travailler, le paysan tient la corde et met son pied sur le bâton qui est posé sur les herbes. Ainsi il faut coucher les herbes avant de revenir les défrichées avec la moyenne houe (MARTINELLI B.,1984). Ces outils sont très importants pour le paysan car ils ont des utilités différentes comme le montre le tableau n°7.

Tableau n°7 : les outils et leur principales utilités.

Outils

Nom local

Utilités principales

Grande houe

Dikuntandjal

Buttage ; billonnage

Moyenne houe

Kikuntanwayi

Buttage ; billonnage pour les jeunes

Petite houe

Bagbékou

Sarclage

Hache

Kitchoko et tchékou

Coupe ; sculpture ; déterrement des ignames

Coupe-coupe

Kpatcha

Défense ; coupe des herbes et arbustes

Bâton à couché l'herbe

Taata

A coucher l'herbe avant le défrichage

Source : Travaux de terrain, 2011

Le tableau n°7 montre que dans l'ensemble, six (06) outils principales sont utilisés par les paysans de Dimori avec des utilités spécifiques à chacun d'eux. Mais Ceci n'empêche pas que certains de ces outils soient utilisés à défaut de ceux destinés à la tâche principale. C'est le cas par exemple des différents types de houes que le paysan possède et qu'il peut utiliser à sa guise comme le montre la photo n°1.

Photo n° 1 : photo des outils utilisés à Dimori

Source : Cliché de l'auteur ; photo prise en octobre 2011

Ces outils traditionnels sont les seuls moyens qu'utilisent les paysans de Dimori.

Selon l'importance des surfaces cultivées, les outils souvent traditionnels, la nécessité de réaliser certains travaux dans un laps de temps, à une période bien déterminée du cycle cultural, exige des prestations de travail en groupe interne ou externe à l'unité de production.

2.1.2- Une organisation peu dynamisante du travail

2.1.2.1- Le mode d'acquisition des terres agricoles

Les exploitations de Dioscorea sp sont pour la plupart des cas familiales. A Dimori, la terre appartient au roi de terre appelé `'OUTANDAAN''. L'appropriation des terres de culture se fait sans contrat avec les rois de terre ; la terre n'est pas vendue. Elle est acquise soit par héritage car cette dernière est un bien familial ou clanique en pays Bassar, soit par don ou emprunt selon les relations qui lient les deux parties. La figure n°4 montre l'importance relative de chacun de ces modes d'acquisition dans le canton de Dimori.

Figure n° 4 : Mode d'acquisition des terres

Source : travaux de terrain, 2011

La figure n°4 ci-après indique que la majorité, soit 64 % des enquêtés ont acquis les terre par héritage de leurs ancêtres ; 23 % et 13 % respectivement par le don et l'emprunt car ces deux dernières options sont celle des immigrés.

Ceci révèle que la terre n'est pas encore une marchandise et ne fait pas l'objet de spéculation dans le canton de Dimori. Cependant, ce qui est important de remarquer dans ce contexte, c'est que le système foncier est tel que l'on cède la terre à qui veut la mettre en valeur. Les conditions de cession ne sont pas associées au coût et les relations entre les bénéficiaires et le donateur ne sont autres que celles qu'entretiennent les populations autochtones. Le niveau d'intégration des migrants est tel qu'il n'est pas facile, à première vue, de les différencier des autochtones. C'est dans ce contexte social que s'organise le travail.

2.1.2.2- L'organisation du travail

L'organisation des opérations culturales est régit par le chef de ménage qui est en même temps le chef d'exploitation. C'est ainsi qu'il détermine la parcelle à cultiver, sa superficie et la quantité de la production destinée à la vente. Toute la famille travaille sur l'exploitation ; mais d'autres formes collectives de travail s'observent de nos jours dans le milieu à savoir :

- l'entraide : c'est une organisation très ancienne qui repose sur la solidarité du clan ; les paysans travaillent à tour de rôle dans les champs. C'est également une organisation philanthropique puisque les membres peuvent aller travailler dans le champ d'un membre du clan qui est malade ou absent et même dans celui d'un vieux travaillant seul ; il n'y a pas de rémunération à la fin du travail seulement le propriétaire du champ assure la restauration. Cette forme d'organisation porte dans le milieu le nom de `'D'kpaméle''.

- `'N'doboï'' : importée du Ghana, elle est une forme récente d'entraide ; ici, les paysans sont en nombre restreint, généralement 4 à 8 personnes. Ils travaillent aussi à tour de rôle ; mais elle diffère nettement de la première forme.

En effet, elle est plus rigoureuse car il faut être ponctuel pour le travail ; par ailleurs, elle engage moins de frais car les seuls dépenses à effectuer portent sur la nourriture à servir aux membres durant leur prestation. Or, dans la première forme, en plus de cette nourriture, il faut très souvent préparer de la boisson qui sera bue au retour du champ.

- le métayage ou `'Pah'' : c'est une forme d'activité à but lucratif ou salarial ; il présente deux cas de figures :

Dans le premier cas, le chef d'exploitation engage des gens qui travaillent journalièrement selon une redevance financière fixée ; cette dernière est déterminée en fonction de la durée et de la nature du travail à faire. Ce cas de figure importé du Ghana est appelé `'by day''.

Dans le second cas, le prix du travail est fixé selon la superficie et la nature de celui-ci ; actuellement, il s'agit des buttes dont une seule bien confectionnée coûte15 à 25 FCFA. Ce n'est pas un prix fixe mais un prix débattu, c'est-à-dire celui qui est obtenu par consensus après marchandage. Le ou les travailleurs engagés peuvent achever leur tâche au bout d'une journée ou d'une semaine selon la superficie ou le nombre de buttes à confectionner et le salaire est fonction de ce nombre. Le plus souvent, les travailleurs sont des gens venus d'autres villages plus ou moins lointains en quête de travail rémunérateur ; ce deuxième cas de figure tend à disparaître au profit du premier du fait que les travailleurs engagés sont logés ni nourri par le chef d'exploitation. Ceux-ci peuvent faire traîner le travail afin de bénéficier de ces avantages ; or dans le premier cas, le travailleur n'est pas logé et nourri, du moins en dehors du temps de prestation sur l'exploitation, de plus, le travail est vite accompli car le travailleur est payer selon le nombre de buttes fabriquées. Ainsi, plus il travaille vite, plus il édifie un nombre élevé de buttes. Et par conséquent, plus il a une rémunération élevée.

Ces pratiques telles que `'N'doboï'', `'Pah'' et `'By day'' sont importées du Ghana pour deux raisons : d'une part, le canton de Dimori fait frontière avec ce pays ; d'autre part, la plupart des gens du canton ont vécu au Ghana où ils ont travaillé dans les plantations de café et de cacao : fuyant les exactions coloniales et même post-coloniales, certains s'y rendaient, d'autres y allaient pour chercher du numéraire afin de pouvoir payer soit l'impôt de capitation, soit la dot.

Dans l'ensemble, c'est une organisation traditionnelle fondée sur la solidarité, l'union et la cohabitation pacifique du milieu ; seule la troisième forme d'organisation est à but salarial et c'est la plus pratiquée de nos jours comme le montre la figure n°5.

Figure n° 5 : Forme d'organisation du travail

Seul

13%

Avec la famille

23%

Entraide

15%

Métayage

49%

Source : Travaux de terrain, 2011

Il ressort en effet des données de la figure n°5 que près de la moitié, soit 49 % des enquêtés ont recours au métayage pour les raisons suivantes : manque de mains d'oeuvre familiale, car les enfants sont soit partis en ville pour étudier, soit partis en aventure ou encore se sont détachés de l'exploitation familiale. Seulement 23 % travaillent avec la famille ; 13 % travaillent seul et 15 % ont recours à l'entraide.

2.1.2.3- L'efficacité des outils face aux opérations culturales

Que ce soit la houe, le coupe-coupe, la hache, la daba ou le couteau, ces outils sont rudimentaires, comme nous l'avons signalé plus haut, et inefficaces. Cette inefficacité ralentit considérablement la réalisation à temps, des opérations culturales telles que le défrichage, le buttage et le sarclage (tableau n°8), ce qui explique en partie la faiblesse relative des superficies cultivées malgré un long temps passé sur l'exploitation.

Tableau n° 8 : Calendrier des opérations agricoles de la culture du Dioscorea sp

Périodes

mi-Sept à

mi-Nov.

Mi-Nov à mi-Janvier

mi-Janv. à Février

Mars

Avril à mi-Juin

Mi-juin à mi-Juillet

Mi-juillet à mi-Sept

Opérations

culturales

défrisage

Buttage

Grande récolte de la campagne précédente

Préparation des semenceaux

Bouturage ou plantation

Lutte contre la chaleur ou coussinage

Tuteurage

Sarclage

Découssinage

Orientation

Des plantes sur le tuteur

Récoltes

précoces

Source : travaux de terrain ; 2011

Le tableau n°8 illustrent les temps passés sur les exploitations de Dioscorea sp et les opérations culturales qui sont accomplis tout au long de la campagne agricole.

En effet, selon ce tableau, les opérations culturales s'étendent sur toute l'année c'est-à-dire du moi de Septembre au moi de Septembre de l'année suivante, même si le champ n'est que de petite taille.

Figure n° 6 : Diagramme de répartition des enquêtés selon les superficies cultivées

Sources : Travaux de terrain, 2011

Le diagramme de la figure n°6 fait ressortir la répartition des producteurs selon la taille des exploitations. En effet, seulement 7,5 % des producteurs enquêtés emblavent plus de 5 hectares pour la culture du Dioscorea sp, 14,17 % emblavent entre 3 à 5 ha et 49,16 % et 29,17 % en emblavent respectivement entre 1 à 2 ha et moins d'un hectare.

Ainsi, il faut à un paysan environ 1 à 2 semaines pour défricher une parcelle de 0,25 ha, 2 à 3 semaines pour édifier les buttes sur cette même superficie et 3 à 6 jours pour le sarclage. Le tuteurage peut duré environ 2 semaines car, le paysan doit couper des arbustes, les transporter et les piquer un à un sur les buttes. De toutes ces opérations, le buttage prend plus de temps parce que la confection des buttes est plus difficile pour le paysan qui n'a pour outils que la daba, la hache et le coupe-coupe ; il se sert du premier outil pour prendre la motte de terre et des deux derniers pour dessoucher ou couper les arbustes encombrants.

Le tableau n°8, montre par exemple que le défrichage s'étend de mi-septembre à mi-novembre. Mais, au cours de ces différentes périodes inscrites, le paysan peut travailler aussi dans son champ de maïs, d'arachide, de mil ou de soja ; de plus, les opérations agricoles correspondantes peuvent être décalées selon les intempéries ou les aléas climatiques. Mais au fait, en quoi consistent les opérations culturales ?

2.1.3- Le caractère ingénieux des opérations culturales

Le défrichage et le buttage, techniques de préparation du sol, ont très souvent lieu, respectivement en saison sèche et en saison pluvieuse. La première qui consiste à débroussailler une parcelle permet une meilleure aération, un enrichissement du sol en azote et autres éléments fertilisants grâce au pourrissement des herbes ainsi débroussaillées ; par ailleurs, elles recouvrent le sol pour conserver son humidité.

Pour que ces différentes opérations se réalisent bien, il faut des modes de culture adéquats.

2.2- Les modes de culture adoptés

La culture du Dioscorea sp nécessite des procédés délicats et appropriés pour sa bonne réussite.

2.2.1- Les différentes étapes de la culture du Dioscorea sp

Il s'agit en fait de la préparation du champ, de l'entretien et de la récolte.

2.2.1.1- Les préparations des champs, l'entretien et la récolte

De ces activités premières qui débutent des la fin de la saison précédente dépendent la qualité et le rendement de la production. Toute pratique agricole chez les Bassar commence par les préparations des champs.

Ainsi, pour la rotation de base caractérisée par la culture du Dioscorea sp, la préparation du sol se résume au défrichement.

- Le défrichement (N'kpatam)

C'est la première activité quand on veut faire un champ de Dioscorea sp. Elle consiste à l'enlèvement de la couverture végétale sur la parcelle à cultiver. Le défrichement commence avec les dernières pluies. Pour débroussailler, le paysan utilise d'abord un bâton lié à une corde et placé horizontalement ; ce bâton lui permet de faire coucher la friche. Après ce travail préliminaire, le paysan utilise la petite houe pour enlever l'herbe et son faisceau racinaire. Le coupe-coupe est également utilisé pour couper les arbustes qui serviront de tuteurs aux futures boutures. Les feuilles des arbustes et les herbes sont judicieusement étalées sur le sol afin de protéger celui-ci contre l'évaporation de l'humidité des dernières pluies. Les grands arbres pouvant gêner la culture sont brûlés à leur base par les femmes. Ils perdent ainsi leurs feuilles et meurent. Seuls sont conservés le Néré, le Karité et l'Afzélia africana. Si les deux premiers sont utiles pour leurs fruits, le troisième est l'arbre protecteur qui abrite les esprits des génies de la brousse. Après ce défrichement, le paysan passe au buttage.

- Le buttage ou Anopo

C'est le travail le plus dure et par conséquent le plus fatigant. Il se fait avec la grande houe (Dikuntandjal). Avant de commencer ses buttes, le cultivateur brûle les herbes défrichées. Ce brûlis se fait sur une surface qui est proportionnelle à la capacité de son travail quotidien afin d'éviter le durcissement du sol. La parcelle devant servir de buttage se prépare la veille. Les buttes de Dioscorea sp sont de forme conique, la base a généralement un diamètre de 1 à 1,40 mètres alors que la hauteur est d'environ 0,70 mètre. Les buttes se terminent par une motte de terre déposée au sommet. Cette motte joue le rôle protecteur pendant les travaux de paillage. Les buttes ne sont pas désordonnées, elles sont bien disposées et rangées avec de petites allées intercalaires comme le montre la photo n° 2.

Photo n° 2 : Préparation du sol et buttage à Dimori

Source : Cliché de l'auteur, photo prise en octobre 2011

Après le buttage, le Dioscorea sp est plantée entre décembre et avril. Toutes fois, les paysans retardataires sont obligés de butter et planter au cours des premières pluies c'est-à-dire entre Mars et Avril.

- Le bouturage et le paillage ou D'nobukul

Le travail de mise en terre des boutures (Anogbin) est celui des hommes. Après avoir creuser la butte à son sommet, le paysan y met une bouture et ensuite le trou est soigneusement remblayé afin de ne pas exposer la bouture à la chaleur du soleil. Le paillage peut se faire immédiatement après le bouturage ou quelques semaines après. Le paillage consiste à mettre quelques feuilles en dessous de la motte de terre couvrant le sommet de la butte (Photo n°3). Il sert à protéger le jeune plan de Dioscorea sp de la chaleur. Après le paillage, il ne reste plus qu'à mettre les tuteurs et ensuite les travaux d'entretien commencent par le sarclage. Le second sarclage qui coïncide avec la culture du mil associé dans le champ de Dioscorea sp se fait au mois de juillet avec les fines pluies de ce mois.

Photo n° 3 : Nouvelles buttes paillées à Dimori

Source : cliché de l'auteur photo prise en septembre 2011

Le paillage n'exige pas les feuilles d'une plante spécifique. Il se fait avec les feuilles de n'importe quelle plante, sauf qu'il faut s'assurer que la butte est bien protégée et que le jeune plant n'aura pas du mal à pousser.

- le tuteurage ou T'siil

C'est une opération très importante pour un bon rendement et pour une espèce donnée de Dioscorea sp. Selon une étude réalisée au Bénin par Hamon et al (1986), le tuteurage a un effet positif sur le taux de survie des Dioscorea sp et le rendement en tubercules à travers les raisons suivantes :

. les plantes forment facilement des feuilles et sont plus exposées au soleil pour une bonne photosynthèse ;

. après la levée, les jeunes tiges de Dioscorea sp ne s'étalent pas sur le sol où elles risquent de subir des brûlures liées à la sècheresse ;

. le tuteur protège la tige du Dioscorea sp contre les vents forts qui peuvent facilement la casser.

Le tuteurage consiste à planter une tige de bois sur ou à côté de la bute de Dioscorea sp, tige sur laquelle le jeune plant de Dioscorea sp pourra se hisser afin d'éviter les mauvaises herbes qui risquent de l'étouffer s'il rampait sur le sol.

- Le sarclage ou D'cotl

Pour que les plantes de Dioscorea sp puissent se développer, elles ne doivent pas être en contact avec les herbes qui ont une influence négative sur elles et le développement des tubercules.

A cet effet, la période critique d'interférence des mauvaises herbes sur les Dioscorea sp se situe entre 3 et 16 semaines après la plantation des semenceaux. Ainsi, on évalue l'incidence des mauvaises herbes à près de 35 % de réduction du rendement en tubercules. C'est pourquoi il faut désherber deux ou trois fois le champs de Dioscorea sp avant la récolte. Mais à Dimori un seul sarclage suffit et ensuite vient l'association de mil ce qui laisse parfois des champs mal entretenus comme le montre la photo n°4.

Photo n° 4 : Champ de Dioscorea sp mal entretenu

Source : Cliché de l'auteur, photo prise en septembre 2011

Lorsque l'herbe gagne un champ de Dioscorea sp comme sur cette photo, la synthèse chlorophyllienne est mal assurée, les feuilles jaunissent et la croissance des tubercules se ralentie. Et même si le sarclage intervient ensuite comme ici, cela n'empêche pas que la récolte soit mauvaise.

- L'association de mil ou Diyotchétl

Comme nous l'avons signalé plus loin, la culture du Dioscorea sp dans le canton de Dimori se fait soit en pure ou le plus souvent en association avec d'autres plantes. En effet, pour combler le manque de nourritures en Dioscorea sp lorsque les pluies ne sont pas favorables pour permettre le développement des tubercules, les paysans associent la culture du petit mil, une plante des sols arides avec le Dioscorea sp.

L'association se fait à la mi-juillet avec les pluies fines de la mousson. Le semis se fait à la jetée et tout en enlevant les herbes qui ont éventuellement pu repousser après le dernier sarclage. Le paysan racle les flancs des butes pour recouvrir les graines de mil jetées avec le sable. C'est pendant cette opération que le paysan goûte ses premiers tubercules de Dioscorea sp.

- La phase des récoltes

Elle a lieu en juillet si les conditions pluviométriques sont favorables. C'est le chef de ménage qui assure la première récolte car avant de déterrer le premier tubercule, il faut prononcer des incantations à l'endroit de la butte. Il se sert alors d'un coupe-coupe le matin de bonne heure ou l'après midi quant le soleil est à l'horizon puisque selon la tradition, quand le soleil est haut dans le ciel, les tubercules `'partent au marché'' et il ne reste plus que les tubercules de petite taille. Donc, muni d'un coupe-coupe, le paysan s'accroupit devant la butte avec le dos au soleil et commence à creuser. Une fois le tubercule découvert, il coupe le cordon de la tige de la plante, enlève le tubercule avant de refermer la butte tout en prenant soin de replacer le bout du cordon coupé dans la butte.

Figure n°7 : Schéma des différentes étapes de la culture du Dioscorea sp

La culture du Dioscorea sp suit plusieurs étapes dont les principales sont inscrites sur le schéma suivant. Débroussaillage

Buttage

Coupe des arbustes

Bouturage

Paillage

Sarclage

Tuterrage

Récolte

Culture de mil

.

Source : Travaux de terrain, (2011).

D'après la figure n°5, la culture du Dioscorea sp comporte six (06) étapes principales à savoir le débroussage ; le buttage ; le bouturage ; le paillage ; le sarclage et la récolte. Ces étapes sont entrecoupées de certaines étapes subsidiaires comme la coupe des arbustes qui se situe entre le débroussaillement et le buttage, le tuteurage qui se situe entre le paillage et le sarclage te enfin l'association de la culture de mil qui elle se trouve entre le sarclage et la récolte

2.2.2- La disparition progressive de la jachère et l'appauvrissement des sols

Pour un bon rendement, l'igname doit être cultivée dans une zone à précipitations plus ou moins forte caractérisée par une saison sèche ne dépassant pas 5 mois et une saison pluvieuse d'au moins 5 mois pour combler les exigences sur le plan édaphique. Par exemple, le Dioscorea sp donne de bons rendements sur un sol riche en potasse et dont le PH (qui permet de mesure l'acidité, la basicité ou la neutralité du sol) est compris entre 6 et 7. Sa culture nécessite aussi un sol vierge c'est-à-dire non encore exploité car après un ou deux ans d'exploitation, le sol devient pauvre pour la culture du Dioscorea sp. Il faut donc défricher une nouvelle parcelle.

Mais à cause de l'évolution assez rapide de la population et étant donné que presque toute la population de Dimori cultive le Dioscorea sp, le problème de la disponibilité des terres de culture qu'exige le Dioscorea sp se pose. Donc si nous prenons une parcelle d'un paysan qui respecte toutes les opérations culturales en rotation ; il laisse cette parcelle au bout de trois ans en jachère pour qu'elle puisse se reconstituer. Cependant, en moins de deux ans si les conditions pluviométriques sont favorables, un autre paysan viendra l'exploiter à son tour pour une durée de trois ans et progressivement le sol s'appauvris.

La disparition de la jachère s'apprécie sur les plans quantitatif et qualitatif ; sur le plan quantitatif, les jachères sont de moins en moins nombreuses à cause de l'insuffisance des terres. Cela a une incidence négative sur la qualité de la jachère car le cultivateur est obligé d'exploiter une jeune jachère où le sol est à peine reconstitué.

C'est dire que l'appauvrissement du sol consécutif au recul de la jachère suite à l'accroissement de la population, est un fondement édaphique de l'amélioration des techniques de culture du Dioscorea sp.

L'accroissement de la population n'a pas seulement engendré le recule de la jachère, il a aussi suscité des litiges fonciers qui ont conduit à la réduction des exploitations.

2.3- Les crises foncières et l'atomisation des exploitations

Les litiges fonciers n'existaient pas dans le canton de Dimori jusqu'aux années 90. Une cohabitation pacifique existait entre les paysans de toutes ethnies jusqu'à ce que la démocratie et le multipartisme ne viennent changer la donne, car à Dimori, l'on donnait la terre aux nécessiteux. Suite à la pression démographique et aux penchants politiques, ces litiges fonciers ont commencé par surgir et se traduisent par des disputes entre paysans (autochtones et immigrants ; autochtones de différents clans) à propos des terres cultivables.

En effet, les problèmes et les querelles naissent entre les cultivateurs surtout lors des défrichements de nouvelles portions de terres pour les champs de Dioscorea sp, car la culture de cette plante se fait de façon itinérante pour les raisons décrites précédemment. Même si ces litiges ne sont pas très importantes comme ailleurs, le tableau n°9 nous permet d'en mesurer l'ampleur.

Tableau n°9 : Evaluation de l'ampleur des litiges fonciers

Modalité

Effectifs

Pourcentage

Paysans ayants des litiges fonciers

32

26,67

Paysans n'ayants pas de litiges fonciers

88

73,33

Total

120

100,00

Source : travaux de terrain, 2011.

D'après le tableau n°9, le nombre de cultivateurs n'ayant pas connu de litiges fonciers est très important. Ils représentent 73,33 % de nos enquêtés. Mais, ce chiffre ne cache pas pour autant le problème car les cultivateurs qui en ont ne sont négligeables non plus (26,67 %). Le phénomène peut aller en s'amplifiant et à court ou à moyen terme, presque tous les producteurs de Dioscorea sp devront faire face au même problème car la méfiance et l'ethnocentrisme se lisent sur les visages et dans les paroles des autochtones vis-à-vis des immigrés. De ce fait, les paysans ayant connu ces litiges fonciers non résolus, sont dans l'obligation de réduire considérablement la taille de leurs exploitations. Ceci pour ne pas susciter la jalousie ou la convoitise de la part des propriétaires terriens ou des autochtones n'appartenant pas au même clan car selon notre enquête, 53, 12 % de ceux qui ont des litiges fonciers, les ont avec les propriétaires et seulement 21,88 % les ont avec un autre clan.

Pour enrayer ce phénomène ou l'atténuer au cas échéant, il faut envisager une nouvelle technique d'utilisation du sol basée sur son occupation par les plantes, notamment le Dioscorea sp. Cette technique suppose un rapport suffisant de fertilisants ; cela permettrait de cultiver aussi longtemps que possible le Dioscorea sp sur une parcelle donnée. Mais, à cause des variétés de Dioscorea sp cultivées, cela est il possible ?

2.4- Les variétés de Dioscorea sp cultivées

Il existe plusieurs variétés de Dioscorea sp cultivées à Dimori ; mais parfois les mêmes variétés peuvent avoir des noms différents selon le milieu.

En général, nous pouvons distinguer les variétés à foufou qui appartiennent à l'espèce complexe Dioscorea rotundata-cayenensis et les autres qui ne conviennent pas au foufou et dont la plupart appartiennent à l'espèce Dioscorea alata. (ICAT, Bassar, 1989).

L'espèce rotundata-cayenensis regroupe en effet les Dioscorea sp cultivées dont les tubercules pelés et bouillis se prêtent bien au pilage. Nous avons dénombré à Dimori plus de 300 cultivateurs de l'espèce D. rotundata-cayenensis suite à une prospection et collecte réalisées en 1989 par l'INPT. Un effectif de 1 800 accessions de Dioscorea sp cultivées avait été collecté dont 1 500 accessions de D. rotundata-cayenensis. Les principaux éléments de cette espèce cultivés à Dimori sont consignés dans le tableau n°10. Les rendements moyens ont été estimés entre 6 et 12 tonnes par hectare pour le D. rotundata-cayenensis (ICAT, Bassar).

Tableau n°10 : Les variétés de D. rotundata-cayenensis cultivées à Dimori

variétés

Principales caractéristiques

Laboco

Précoces, bon foufou, bonnes frites

Kpitenki

Bon foufou, plusieurs tubercules

Baffor

Bon foufou

Apono

Gros tubercules, bon foufou

Moniya

Gros tubercules

Katala

Bon rendement, bon foufou

Nimon

Gros tubercules, bonne commercialisation

Kplindjou

Bon rendement

Tinofin

Bon rendement

Kéké

Plusieurs tubercules

Atakab

Résistance à la calebasse

Source : Travaux de terrain, 2011

Au total, nous avons 11 éléments de l'espèce D rotundata-cayenensis répertoriés jusqu'à nos jours dans les habitudes culturales des paysans de Dimori. Certains de ces éléments ont des particularités comme le laboco qui est parfait au pilage (foufou) et à la friture, Nimon qui a un bon rendement, Atakab qui est résistant et d'autres particularités encore. Cette espèce est très différente de l'espèce D alata par la forme dont les particularités des variétés sont parfois similaires comme le montre le tableau n°11.

Tableau n°11 : Les variétés de D. alata cultivées à Dimori

Variétés

Principales caractéristiques

Gbendile

Bonne conservation

Lambor

Bon goût

Tchitchiboka

Précoce

Ipodja

Bon rendement

Akaba

Bon rendement

Mantchasse

Gros tubercules, bon rendement

Source : Travaux de terrain, 2011

Le tableau n°11 montre les variétés de l'espèce D alata cultivées à Dimori et leurs principales caractéristiques. En effet, nous avons enregistré six (06) variété de cette espèce au cours de notre enquête avec des particularité comme bonne conservation pour la variété Gbendle ; bon goût pour Lambor ; bon rendement pour Ipodja et Akaba et gros tubercules pour la variété Mantchasse.

2.4.1- Les variétés locales cultivées à Dimori

Ce sont des types de Dioscorea sp appartenant généralement à l'espèce Dioscorea rotundata cayénensis cultivés à Domori et qui sont en relation avec les conditions climatiques et édaphiques du milieu.

En effet, étant donné les exigences en eau et en matières minérales du Dioscorea sp, certaines variétés cultivées spécialement dans la préfecture de Bassar et particulièrement dans le canton de Dimori possèdent des saveurs, des aptitudes à la production et cycles qui sont intimement liés à la composition minéralogique des sols et à la pluviométrie. C'est le cas par exemple du Laboco, Kéké, Nimon, Kinoman, Lambor etc. comme le montre le tableau n°12.

Tableau n°12 : Caractéristiques des variétés locales de Dioscorea sp cultivées à Dimori

variétés

Cycle en mois

Rendements en T/ha

Aptitude à produire

Laboco

6 à 7

8 à 10

Moyenne

Kpitenki

6 à 7

8 à 10

Moyenne

Baffor

6 à 7

8 à 10

Moyenne

Apono

10 à 12

12 à 15

Bonne

Moniya

10 à 12

12 à 15

Bonne

Katala

10 à 12

10 à 15

Bonne

Kplindjou

10 à 12

10 à 14

Bonne

Tinofin

10 à 12

10 à 14

Bonne

Kéké

10 à 12

10 à 13

Bonne

Atakab

10 à 12

10 à 13

Bonne

Source : Travaux de terrain, 2011.

Le tableau n°12 montre les caractéristiques des variétés locales surtout de l'espèce D rotundata-cayenensis cultivées à Dimori. Il faut noter la similitude des caractéristiques de certaines variétés telles que Laboco, Baffor et Kpintenki qui ont le même cycle en mois (6 à 7 mois), le même rendement (8 à 10 T /ha) et les mêmes aptitudes à la production c'est-à-dire moyenne.

Les exigences en sol et en eau donne surtout au Laboco sa saveur sucrée et sa flexibilité quand le tubercule est bouillis et pilé (foufou), à la variété Nimon sa douceur, comme son nom l'indique en vernaculaire.

Ce sont toutes ces particularités qui font que toutes les Dioscorea sp de Bassar en général et le Laboco en particulier sont appréciés sur le plan national au Togo et même à l'étranger.

2.4.2- Les variétés améliorées et importées

Contrairement aux précédentes, les variétés améliorées sont importées d'ailleurs et adaptées aux sols de Dimori.

En effet, les types de Dioscorea sp comme Gnindou, Kratsi, Gnalabou etc. appartiennent à l'espèce Dioscorea Alata et sont introduits dans les habitudes culturales des paysans de Dimori essentiellement pour leur aptitude à la production comme le montre le tableau n°12 (page 48).

Ces variétés sont aussi très appréciées des consommateurs car elles sont moins chères que les autres variétés locales et se prêtent bien aussi au pilage.

Conclusion partielle

Toute activité nécessite des outils, mais des outils qui répondent aux exigences du travail à accomplir et qui le facilitent. A Dimori, les outils utilisés sont encore rudimentaires et consommateurs de temps et d'énergie (houe, daba, coupe-coupe etc.) ; ce qui ne permet pas l'accomplissement des différentes opérations culturales en temps voulu et compromet ainsi la bonne réussite des activités de la campagne agricole même si l'ingéniosité de ces opération ne sont plus à discuter. Mais le dioscorea sp est une plante qui épuise vite les sols, et avec l'accroissement de la population du canton qui est à 98 % paysanne, le producteur n'arrive plus laisser sa terre au repos pendant 5 ans au moins. Résultat, crises foncières et réduction des parcelles d'exploitation apparaissent dans les habitudes des paysans et conduisent même à l'utilisation de l'expression de « paysans sans terre ».

Dans ces conditions, comment continuer par cultiver les espèces locales de Dioscorea sp qui ne connaissent que les terres fertiles de Dimori telle laboco, une espèce locale trop exigeante en matières minérales et qui change de saveur dès que le sol change de composition ? Faut-il alors seulement se calquer sur les espèces améliorées et importées ? Et que fait ont des valeurs de ce tubercule ?

CHAPITRE 3 : LA VALEUR SOCIALE CULTURELLE ET ECONOMIQUES DU DIOSCOREA SP DANS LE CANTON DE DIMORI

3.1- Le Dioscorea sp, une plante à valeur sociale reconnue à Dimori

La valeur sociale du Dioscorea sp n'est plus à démontrée car, que ce soit à Dimori ou partout ailleurs au Togo, le Dioscorea sp tient une place importante dans les comportements sociaux des paysans cultivateurs de cette denrée et dans les habitudes alimentaires des populations consommatrices.

3.1.1-Les comportements sociaux des paysans

A Dimori, le Dioscorea sp a une valeur inexprimable depuis la nuit des temps, c'est-à-dire depuis sa découverte et son adoption comme aliment de base. Dans presque tous les ménages (soit 98 % des enquêtés), se trouve au moins un paysans qui s'adonnent à cette culture. À la question de savoir pourquoi tant d'enthousiasme pour cette culture, les paysans répondent que c'est à cause de sa valeur nutritive et économique.

3.1.1.1- Importance nutritive du Dioscorea sp

Sur le plan alimentaire, le Dioscorea sp occupe une place privilégiée dans les habitudes alimentaires de la population. En effet, selon la taille du ménage et selon l'importance de la production, tous les ménages consomment le Dioscorea sp, surtout pilée, pendant une majeure partie de l'année comme le montre le tableau n°13.

Tableau n°13 : Répartition des enquêtés selon la fréquence de consommation de Dioscorea sp

Modalité

Effectifs

Pourcentages

2 à 4 mois/an

38

31,67

5 à 7 mois/an

24

20,00

Toute l'année

58

48,33

Total

120

100,00

Source : Travaux de terrain ; 2011.

En effet, selon le tableau n°13, près de la moitié des enquêtés soit 48,33 % consomment le Dioscorea sp toute l'année ; 20 % la consomment entre 5 et 7 mois dans l'année et 31,67 % en consomment entre 2 et 4 mois. Cela traduit l'importance de la place que tient le Dioscorea sp dans les habitudes alimentaires des populations de la région.

De plus, la composition nutritive du tubercule justifie cette consommation abusive du Dioscorea sp car, malgré cela, les populations n'ont aucun problème de nutrition. En effet, la composition chimique des tubercules de Dioscorea sp est voisine de celle de la pomme de terre avec environ 25 % d'amidon, mais un peu plus de protéines (environ 7 %, quatre fois plus que le manioc). Ils sont très pauvres en matière grasses et en minéraux et assez riche en vitamine C.

Tableau n°14 : Répartition des enquêtés selon le nombre de repas à base

De Dioscorea sp par jour

Nombre de repas par jour

Effectifs

Pourcentages

1 repas

23

19,17

2 repas

66

55,00

Plus de 2 repas

31

25,83

Total

120

100,00

Source : Travaux de terrain,, 2011.

L'analyse du tableau n° 14 révèle que 55 % des enquêtés consomment le Dioscorea sp en repas au moins deux fois par jour. 25,83 % le prennent plus de deux fois par jour contre seulement 19,17 % qui en consomment une fois par jour. Ils les consomment en tranches cuites le matin avant le départ pour le champ, en pâte pilée (foufou) au déjeuné et au dîné.

- Le revenu issu du Dioscorea sp et la santé des producteurs

Les revenus de la vente de Dioscorea sp ont permis en partie à bon nombre de ménages de retrouver la vitalité, la joie de vivre et de travailler en toute quiétude. Au cours de nos investigations, 9,16 % des enquêtés ont reconnus s'être servis de ces revenus dans les cas extrêmes tels que les césariennes, les opérations d'hernies et les morsures de serpents. D'autres ont affirmés qu'ils ont contractés des dettes à l'USP (Unité de Soins Périphériques) de Dimori et ce n'est qu'après la vente du Dioscorea sp qu'ils ont pu les éponger. Certains même sont allés jusqu'à emprunter de l'argent auprès de la seule institution de micro finance de la place à savoir l'IDH (Investir Dans l'Humain) pour résoudre non seulement les problèmes de capitaux agricoles mais aussi celui de la santé. En un mot, les revenus du Dioscorea sp ont permis dans une certaine mesure aux producteurs de Dioscorea sp de faire face à certains problèmes de santé qui exigeaient des sommes quasi importantes.

- Le revenu issu du Dioscorea sp et l'achat des équipements

Se distraire et être à l'écoute des informations de son pays et du reste du monde est un idéal à atteindre par tout homme soucieux du progrès. Les paysans de Dimori l'ont vite compris en se dotant des appareils électroménagers tels que les poste radios, quelques postes téléviseurs, quatre ou cinq tout au plus disséminés dans tout le village à cause du manque de l'électricité et des téléphones portables.

- Le revenu issu Dioscorea sp et l'habitat

L'habitat amélioré qui a marqué le paysage de la région pendant la période d'avant la libéralisation de cette économie autour des années 1970 est tombé en désuétude. Les murs des bâtiments souvent en banco se fendillent et s'écroulent en partie sous le poids des pailles surannées, vielles et pourris par endroits devant l'incapacité notoire des propriétaires de les moderniser.

Aujourd'hui, ceux qui arrivent à se construire un habitat relativement moderne grâce à la vente des tubercules de Dioscorea sp ou grâce à leurs enfants partis en aventure au Nigeria ou ailleurs (65 sur 120 soit 54,16 % de nos enquêtés), le font souvent en banco couvert de tôles ondulées sans crépissage ni cimentage. (Figure n°8).

Figure n° 8 : Répartition des enquêtés ayant construits selon le type de construction

Source : Travaux de terrain ; 2011

Au regard la figure n°8, parmi les constructions réalisées, 18,46 % sont en dure et 81,54 % sont en banco. Par ailleurs, il faut souligner que la majorité des constructions en dure est essentiellement l'oeuvre des producteurs commerçant ou exerçant une activité parallèle très rentable.

3.2- La valeur culturelle du Dioscorea sp à Dimori

Dans ce milieu fortement animiste, la pratique de certaines cultures est soumise à l'observance des rites et coutumes comme c'est le cas pour la culture du Dioscorea sp, sa vente et sa consommation.

3.2.1-La culture du Dioscorea sp à Dimori

La culture du Dioscorea sp est une activité très complexe dans le canton de Dimori. En effet, avant de planter le Dioscorea sp, le paysan procède par certaines pratiques rituelles en la matière. C'est ainsi qu'il n'est pas rare de voir une croix noire sur un caillou placé dans un coin du champ ou un canari rempli d'eau et de racines caché dans le champ comme le montre la photo n°5 ci dessous.

Photo n° 5 : Un gris-gris à l'extrémité d'un champs de Dioscorea sp à Dimori

Source : Cliché de l'auteur, photo prise en octobre 2011

Ce gris-gris dessiné sur un caillou et placé à l'entrée du champs est une préparation dont seuls les initiés connaissent la composition. Selon les paysans, ce sont des gris-gris dont le rôle est de protéger le champ contre les esprits maléfiques et d'assurer une bonne récolte. Au cours de nos investigations, 73,33 % des enquêtés reconnaissent avoir recours aux rites préalables aux ancêtres et aux gris-gris avant de planter le Dioscorea sp selon les proportions du tableau n° 15.

Tableau n°15 : Répartition des sacrifices selon leur destination

Destination des sacrifices

Effectifs

Pourcentages

Ancêtres

59

68,60

Gris-gris

27

31,40

Total

86

100,00

Source : Travaux de terrain ; 2011.

Il ressort de l'analyse du tableau n°15 que 68,60 % des sacrifices sont destinés aux ancêtres, c'est-à-dire les divinités qui règlent la protection des cultivateurs et de leurs familles et la bonne marche des activités agricoles ; 31,40 % des sacrifices sont destinés aux gris-gris, c'est-à-dire aux idoles des jumeaux car selon la tradition, ces derniers sont des êtres très puissants capable d'agir positivement ou négativement sur les récoltes.

3.2.2- La consommation des nouveaux tubercules de Dioscorea sp

La consommation des nouveaux tubercules de Dioscorea sp fait souvent l'objet de sacrifices aux mânes des ancêtres. La tradition Bassar en général et celle des `'Taapu'' en particulier est très exigeante. Elle stipule que « tout fils bassar, chez lui ou à l'étranger, ne doit pas consommer les nouveaux tubercules de Dioscorea sp avant les cérémonies préalables requises au risque de se sentir malade après ; et que s'il est amené à le faire loin de son village, il devrait mettre une pincée sur le gros orteil (en signe de sacrifice) avant de commencer à en manger ».

Cette consommation fait aussi l'objet de sacrifices aux idoles des jumeaux cités précédemment. En effet, des cérémonies appelées les `'cérémonies des calebasses ou T'youte'' sont faits chaque année en leur honneur avant la consommation de la nouveaux tubercules de Dioscorea sp.

3.2.3- La vente des nouveaux tubercules de Dioscorea sp

Compte tenu des sacrifices généraux adressés aux divinités de toute la région pour demander leur protection, la nouveau tubercule de Dioscorea sp ne peut être vendu sur le marché si le chef coutumier n'en a pas encore donné l'autorisation.

3.2.4-La fête des Dioscorea sp à Dimori

L'apothéose des rites sacrificiels attachés à la culture du Dioscorea sp est la fête du nouveau Dioscorea sp appelée `'D'pontre'' dans la commune de Bassar et dans le canton de Kabou et `'L'Noudjle'' dans la zone `'Taapu'' comme Dimori. Cette fête a lieu tous les premiers samedi de Septembre et est précédée, la veille, par une danse dans et au tour du feu `'T'bol'' par les initiés. C'est au cours de cette danse que sont dévoilés tous les mystères, les dangers qui planent sur toute la Préfecture et les cérémonies pour les écarter. Le lendemain jour de fête même, tout le monde se retrouve sur la place publique pour les réjouissances populaires avec la réception des invités de marque au palais du chef canton.

Le lendemain de la fête est le jour des cérémonies pour tous les fils bassar. C'est l'occasion de remercier les dieux pour leur soutien, leur protection et leur attention à l'égard des récoltes avec des sacrifices de toute sorte et des prières pour l'amélioration des conditions de travail pour la campagne d'après.

3.3- L'impact de la production sur les superficies cultivées

Au cours de nos investigations, seulement 7,5 % de nos enquêtés ont des superficies de champs de Dioscorea sp légèrement supérieures ou égales à 5 hectares ; les autres (soit 92,5 %) ont entre 0,5 et 4 hectares (Figure n°6). Ceci traduit la petitesse des superficies accordées au Dioscorea sp. Mais cela n'est pas un phénomène figé d'autant plus que 47 des 120 producteurs enquêtés (soit 39,16 %) affirment épargner une partie de l'argent issu de la vente des Dioscorea sp pour agrandir leurs champs comme le montre la Figure n°11 (page 67).

Ainsi, l'importance de la production du Dioscorea sp confirme le fait que, hormis les dépenses pour les cérémonies traditionnelles (achat de bêtes), pour l'achat de quelques produits manufacturés de première nécessité et pour les engins (motocyclette), le reste du revenu annuel du paysan ne peut servir qu'à engager une main-d'oeuvre plus importante sur une superficie plus grande ce qui vise des techniques nouvelles de production.

3.4- L'impact de la production sur les techniques de production

Il s'agit ici des influences de la production sur l'outillage, les opérations culturales, la conservation et la commercialisation.

3.4.1- La rigidité des opérations culturales face à l'augmentation des superficies

Compte tenu des techniques héritées de leurs ancêtres, les paysans de Dimori ne veulent en aucun cas changer leurs habitudes culturales malgré l'augmentation des superficies et de la production du Dioscorea sp car, disent ils `'il n'y a pas d'autres moyens plus efficaces que ceux que nos parents nous ont légués depuis la nuit des temps''.

Somme toute, les opérations culturales n'ont pas changé d'un pouce et les techniques comme le débroussaillage à la petite houe, le buttage à la grande houe et consommateur d'énergies et de temps avec toutes les opérations d'entretien ont encore de longues années à vivre à Dimori.

3.4.2- Impact de la production sur les moyens de conservation

La conservation des tubercules de Dioscorea sp est très délicate et très risquée. A Dimori, les méthodes traditionnelles de conservation des tubercules de Dioscorea sp sont encore d'actualité surtout dans les champs.

En effet, les paysans de Dimori utilisent les méthodes telles que :

- la conservation en buttes

Les tubercules à maturité complète sont gardés dans les buttes pendant 1 à 4 mois selon les variétés et la récolte se fait au fur et à mesure que les besoins se font sentir. Cette méthode est économique puisqu'elle ne nécessite pas des dispositions particulières mais les tubercules sont exposés aux nématodes, aux insectes, aux rongeurs et aux voleurs.

- la conservation en tas au sol sous arbre à feuilles persistantes

Les tubercules sont stockés à même le sol ou sous un tapis de lianes sèches de Dioscorea sp sous un arbre à feuilles persistantes. Ils sont recouverts d'une couche de lianes. D'une part, cette méthode est économique parce qu'elle ne nécessite aucun investissement ; cependant les tubercules manquent d'aération. D'autre part ; le contact avec le sol favorise l'attaque des parasites et la contamination d'un tubercule par un autre.

- la conservation dans un abri conique à chaume de sorgho

Cet abri est constitué en général de branches disposées autour d'un tronc d'arbre à feuilles persistantes que l'on recouvre avec les tiges de sorgho de façon à obtenir un cône.

3.4.3- Impact de la production sur la commercialisation

La commercialisation du Dioscorea sp se fait selon le circuit Dimori-Bassar-Lomé. L'impact de l'importance de la production sur la commercialisation se fait ressentir au niveau de l'évolution des prix et au niveau des moyens de transport.

En effet, avant l'expansion de cette culture, un tas de 100 tubercules de Dioscorea sp à Dimori coûtait entre 6 000 et 10 000 F CFA ; de nos jours, le même tas est estimé entre 12 000 et 15 000 F CFA soit une augmentation de 100 à 150 %.

S'agissant des moyens de transport, les seuls véhicules qui assuraient le transport des tubercules de Dioscorea sp de Dimori à Bassar étaient les minis Bus de 15 places qui ne transportaient que 4 à 6 tas de 100 tubercules au maximum. De nos jours, au moins une dizaine de gros camions de 15 à 20 tonnes défilent tous les mardi et vendredi sur les routes de Bassar pour charger les Dioscorea sp (photo n°6).

Photo n° 6 : Camions chargés de Dioscorea sp à Bassar

Source : Cliché de l'auteur, photo prise en septembre 2011.

Comme le montre la photo n°6, la quantité de Dioscorea sp produite dans notre zone d'étude est très importante, ce qui traduit le nombre sans cesse croissant de camions gros porteurs qui sont parqués sur la route autour du marché des Dioscorea sp attendant leur tour de chargement. Du point de vue économique, le transport des Dioscorea sp rapporte aux transporteurs 63 % de leurs revenus en plus du transport des produits manufacturés de la capitale vers l'intérieur du pays.

3.5- La commercialisation des tubercules de Dioscorea sp

La commercialisation des produits agricoles constitue la principale source de revenu du paysan. Au cours de la période de l'enquête, la vie économique était florissante car c'était la période des récoles du Dioscorea sp.

En effet, les travaux de terrain se sont déroulés pendant les récoltes, ce qui a permis de faire une analyse des faits économiques observés.

Ces moments d'abondance, où le paysan retrouve son équilibre alimentaire après une difficile traversée de la période de soudure, drainent des milliers d'opérateurs économiques de différents coins de la région. L'importance de l'offre et les difficultés d'accès ne sont pas sans influence sur les prix qui connaissent des baisses considérables ; ainsi, dans les localités telles que Bikpadjab, Tchébon, Yakédji, les paysans sont obligés d'accepter les modestes prix imposés par les commerçantes. La presque totalité de ceux-ci viennent de Bassar mais il faut voir à l'arrière plan le pouvoir financier des commerçantes de Kara et Sokodé.

Le partage des activités dans l'achat des produits est lié au sexe, et le constat général lie le commerce des produits agricoles aux femmes et celui des produits de l'élevage aux hommes.

Quelques commerçants s'achètent des produits agricoles après la vente des produits manufacturés. Toutes ces activités intensifient le trafic routier dont le flux passe du simple (5 camions) au double (10 camions à 8 voir 10 roues). C'est donc un ensemble de paramètres dépendants qui reflètent la vie économique à Dimori qui dépend de la vente du Dioscorea sp.

3.5.1- Le Dioscorea sp et le développement des marchés dans la zone

L'importance du marché de Dimori est intimement liée à la production de Dioscorea sp qui lui vient de sa position dans une zone aux sols fertiles et à haute productivité. Cette importance a été un peu affectée par l'enclavement dont a souffert le milieu pendant des décennies. Son spectaculaire développement a commencé en 1985. Le marché de Dimori couvre une superficie d'environ deux hectares en saison sèche ; ce qui traduit la non occupation totale de l'aire du marché ; le manque d'entretien de tout l'espace provoque l'enherbement d'une partie de cet espace en saison des pluies. Il y a une tentative de zonalisation non précise des produits. Des quatre hangars faits de piliers en béton et couvert de tôles, seuls deux (les plus proches de la route) sont utilisés par les commerçants de produits manufacturés. Quand aux vendeurs de produits agricoles, il devient difficile de les situer dans l'espace car il y a interpénétration des acteurs sans distinction de la nature des produits.

La gestion du marché est assurée par les agents de la municipalité de Bassar. Les taxes sont celles perçus sur les produits de vente. Ces taxes vont de 25 F CFA à 100 F CFA selon la nature et l'importance du produit. Quoique situé en zone frontalière, Dimori est coupé des contacts commerciaux avec les localités voisines du Ghana. La difficulté de tracer des routes à cause du relief accidenté explique cette situation. Cependant quelques produits tels que le pétrole, les lames des houes et les coupe-coupe proviennent des contrées du Ghana (Séndi). L'accès au territoire ghanéen étant très difficile, le transport des produits commerciaux se fait à pied. Le tronçon Dimori-Binadjoub, Dimori-Yakédji et Dimori- Bikpadjab sont les plus utilisés pour les transactions.

Réputé pour son offre en produits agricoles dont les principaux sont le Dioscorea sp et la tomate, le marché de Dimori attire les commerçants des régions environnantes qui agissent surtout par l'intermédiaire des femmes de Bassar. Les prix qui y sont fixés sont généralement inférieurs à ceux de Bassar d'au moins 20 % et atteignent parfois 40 %. Un mécanisme spécial régit le marché de Dimori qui s'anime le mardi. La veille, les femmes du milieu agissant en qualité d'intermédiaires, s'assurent de la disponibilité des produits de leurs clientes agréées. Elles achètent ainsi le produit avant même l'ouverture du marché afin de ne pas mettre leurs clientes devant une situation de pénurie en cas de surplus de commerçants le lendemain. Donc, les produits sont préalablement stockés dans des concessions et l'on attend que l'arrivée des acheteurs, c'est à ce titre que les femmes de paysans vendeuses de premier niveau des produits agricoles privilégient les clientes habituelles par rapport aux nouvelles qui peut-être n'ont besoin que de faibles quantités pour leurs besoins domestiques.

3.5.2- Les acteurs commerciaux de l'économie du Dioscorea sp

Comme pour tout produit agricole, la commercialisation du Dioscorea sp implique plusieurs acteurs à tous les niveaux de son circuit commercial comme le montre la figure n°9.

Figure n° 9 : Schéma des différents acteurs commerciaux du Dioscorea sp

PRODUCTEURS

REVENDEUSES

TRANSPORTEURS

DETAILLANTES

CONSOMMATEURS

CHARGEURS

Source : Travaux de terrain, 2011.

La figure n°9 montre que cinq (05) acteurs principaux entrent dans le circuit commerciale du Dioscorea sp à savoir les producteurs qui apportent les tubercules sur le marché, les commerçantes qui achètent, les transporteurs qui convoient les tubercules dans les centres villes, les revendeuses qui se chargent de la distribution aux consommateurs et enfin les consommateurs eux mêmes. Ensuite viennent les acteurs secondaires comme les chargeurs qui font monté les tubercules de Dioscorea sp dans les camions de transport et aux lieux d'embarcation et qui les déchargent à destination.

Dans la plupart des villages du canton de Dimori, les chefs d'exploitation et leurs femmes, les femmes commerçantes et les agents de la municipalité de Bassar sont les acteurs impliqués dans la vente du Dioscorea sp. Les vendeurs de Dioscorea sp sont les paysans et leurs femmes et les acheteurs sont les commerçantes et les revendeuses venus de Bassar, de Kara ou de Lomé.

Pour vendre, le producteur invite l'acheteur au champ pour acheter si la quantité destinée à la vente est importante. Mais, dans le cas de petites exploitations, la récolte est généralement transportée à la maison avant la vente ou directement au marché. Le transport des tubercules de Dioscorea sp jusqu'au lieu de vende se fait généralement par le portage par les femmes du propriétaire ou des femmes dont le service est loué au village (Photo n°7) ou encore par bicyclette lorsqu'il s'agit de petites quantités.

Ensuite viennent les chargeurs qui vont transportés le Dioscorea sp déjà acheté dans les camions et les conducteurs de camions eux même. Il faut souligner qu'une calebasse de Dioscorea sp (c'est-à-dire un tas de 100 tubercules de Dioscorea sp) transporté du champ au marché de Dimori coûte 1000 F CFA  au paysan ; la même quantité transportée dans le camion coûtera 200 F CFA au commerçant et 500 F CFA pour le transport de Dimori à Bassar.

Photo n° 7 : Femmes transportant les tubercules de Dioscorea sp pour le marché

Source : Cliché de l'auteur, photo prise en octobre, 2011.

Le système de portage que montre la photo n°7 est assuré par les femmes des paysans ou d'autres femmes dont les services sont loués au village moyennant une rémunération en fonction du nombre de tubercules et de la distance. En effet, une seule de ces femmes peut transporter jusqu'à 25 à 30 tubercules dans une bassine sur une distance de 10 à 15 km du champ au village ou du village au marché. Mais une fois au marché, ce sont les véhicules qui se charge du transport jusque dans le centre ville comme le montre la photo n°8.

Photo n°8 : Chargement des tubercules de Dioscorea sp à Dimori pour Bassar

Source : Cliché de l'auteur, photo prise en octobre, 2011.

A Dimori, les tubercules de Dioscorea sp sont chargés un par un et en rangés dans des minis bus ou dans des camions de petits calibres par les conducteurs eux même aidés par les enfants du village avant de les convoyer à Bassar. Ces enfants reçoivent à la fin du chargement une récompense numérative qui les aide à combler les besoins de la semaines jusqu'au jour prochain du marché. Une fois au marché des Dioscorea sp de Bassar, les chargeurs spécialisés et les contrôleurs de chargement prennent le relais dans les gros camions (photo n°9).

Photo n° 9 : Chargement d'un camion à Bassar pour Lomé

Source : Cliché de l'auteur, photo prise en octobre, 2011.

A l'aide de sacs comme sur la photo, les chargeurs font monter les tubercules par vingtaine du lieu d'entassement jusqu'au camion sous la supervision d'un contrôleur qui lui est chargé de ranger et de noter les appartenances des tas afin de pouvoir se retrouver au déchargement.

3.5.3- Les prix et leurs fluctuations sur les marchés du secteur d'étude

La vente des Dioscorea sp à un moment donné de l'année est fonction des besoins financiers du paysan. Que ce soit au niveau de Dimori ou des autres localités du canton, le produit est identique et deux types de variation de prix sont à distinguer.

- les variations spatiales des prix ;

- les variations saisonnières des prix.

3.5.3.1- Les variations spatiales des prix

Les prix des produits agricoles en générale et ceux du Dioscorea sp en particulier varient suivant les marchés et sont en relation avec les conditions d'accès au marché du milieu. En effet, entre Dimori et Kountoum, distant de dix kilomètres (10 km), les prix connaissent des chutes allants de 15 à 20 %. Les localités enclavées et dépourvues de marchés sont les plus défavorisées. Il s'agit par exemple de Bikpadjab, de Tchébou et de Samboutib. Les commerçants qui y accèdent, réalisent des bénéfices très importants. Citons en exemple le prix d'achat d'un tas de 100 tubercules de Dioscorea sp en mars dans trois localités différentes : à Dankessi, il coûte 7 000 F CFA ; à Dimori, le paysan le vend à 12 000 F CFA et à Bassar, sa valeur est de 15 000 F CFA, soit une augmentation de 25 à 114 % de Dankessi à Bassar.

3.5.3.2- Les variations saisonnières des prix

Les prix des produits agricoles sont sujets à d'importantes variations saisonnières : il sont bas en périodes d'abondance (de septembre à février). Les moments de hausse des prix coïncident avec la période de soudure, période au cours de laquelle la spéculation est fortement pratiqué. Les variations les plus étonnantes sont celles qui s'opèrent durant la journée. Pour des tas de Dioscorea sp de qualité et de quantités égales, les prix peuvent varier selon que l'achat est opéré le matin ou l'après midi. Cette variation temporelle est plutôt une conséquence du jeu de la loi de l'offre et de la demande. Les méthodes commerciales restent traditionnelles ; l'unité de mesure du poids n'est pas utilisée et les ventes ne se font qu'en mesures locales, c'est-à-dire un tas de 100 tubercules pour une calebasse de Dioscorea sp.

3.5.4- Les circuits commerciaux des tubercules de Dioscorea sp

Contrairement à la pratique de la culture du Dioscorea sp elle-même, sa commercialisation est une activité rentable surtout à partir du canton de Dimori et de ses environs ce qui attire les commerçants et commerçantes de tous les coins du pays.

En effet, à partir d'août, le marché de Dimori est le premier de la préfecture de Bassar où on peut trouver les prémices des récoltes de Dioscorea sp malgré les interdictions des chefs coutumiers. Le village se voit alors envahi par les commerçantes de Bassar et de Kara venues acheter les tubercules de Dioscorea sp. Viennent ensuite à partir de septembre les commerçantes de Lomé et de Dapaong qui, elles, vont directement dans les villages avec des camions loués et parfois directement dans les champs. En général, ce sont les femmes de Bassar qui vont acheter à Dimori pour les revendre au marché des Dioscorea sp de Bassar appelé `'le Togo'' qui s'anime tous les vendredi soir et les samedi matin comme le montre la photo n°10. C'est donc à partir de ce marché que les commerçantes de Lomé, de Kara et de Dapaong viennent en acheter et transporter par camions pour leurs destinations respectives.

Au total, la commercialisation du Dioscorea sp suit quatre itinéraires différents comme le montre la figure n°10 :

- l'itinéraire Dimori - Lomé

- l'itinéraire Dimori - Bassar - Lomé

- l'itinéraire Dimori - Bassar - Kara

- l'itinéraire Dimori - Bassar - Dapaong

Figure n° 10 : Schéma du circuit commercial des ignames

DIMORI

BASSAR

KARA

LOME

DAPAONG

Source : Travaux de terrain, 2011.

La figure n°10 montre le schéma du circuit commerciale du Dioscorea sp à partir du canton de Dimori. En effet, le circuit suit quatre itinéraires différents. Il y a un itinéraire direct Dimori-Lomé et trois autres qui transitent par le marché des Dioscorea sp de Bassar (Photo n°10). Ce sont les itinéraires Dimori-Bassar-Lomé ; Dimori-Bassar-Kara et Dimori-Bassar-Dapong.

Photo n° 10 : Le marché des Dioscorea sp `'le Togo'' à Bassar

Source : Cliché de l'auteur, photo prise en octobre 2011.

La photo n°10 montre les tas de Dioscorea sp en transit au marché des Dioscorea sp « Le Togo » de Bassar. Ainsi, le marché des Dioscorea sp s'anime du vendredi à la tombé de la nuit du samedi. Ces tas en provenance de Dimori et des autres villages de la Préfecture de Bassar arrivent le vendredi, sont vendus dans la journée de vendredi et samedi avant d'être chargés dans des camion gros porteurs qui attendent sur la route.

3.5.5- Les revenus paysans et leur destination

Même si la commercialisation des tubercules de Dioscorea sp par les paysans de Dimori n'est pas trop aisée, elle procure quand même au paysan un minimum de revenu qui lui permet de couvrir relativement ses besoins les plus importants et ceux de sa famille.

En effet, au terme d'une campagne agricole, un paysan de Dimori peu totaliser un revenu annuel supérieur ou égal à 75 000 F CFA après avoir déduit les coûts de production et de commercialisation comme nous pouvons le voir dans le tableau n°16.

Tableau n°16 : Répartition des enquêtés selon le revenu annuel

Revenus en F CFA

Effectifs

Pourcentage

Moins de 50 000

28

23,33

50 000 à 75 000

60

50,00

Plus de 75 000 F

32

26,66

Total

120

100,00

Source : Travaux de terrain (2011)

Au vu du tableau n°16, il ressort que seulement 28 % des enquêtés ont un revenu annuel de moins de 50 000 F CFA ce qui n'est pas toujours le cas, car au cours de notre enquête, certains paysans hésitent à nous révéler les vrais chiffres pour ne pas susciter la jalousie des voisins. La moitié des enquêtés, soit 50 % ont un revenu compris entre 50 000 et 75 000 F CFA et seulement 26,66 % des enquêtés ont plus de 75 000 F CFA par an avec les mêmes obstacles précités. Etant donné la disponibilité en abondance des céréales et des tubercules, le revenu du paysan ne lui sert plus que pour des besoins sociaux non vitaux.

3.5.5.1- Utilisation des revenus pour l'investissement

L'investissement concerne les placements dans des activités qui concourent au développement de la vie du paysan. En effet, les paysans nécessiteux de Dimori utilisent leur revenu annuel soit pour agrandir le champ et amortir les outils agricoles. Les outils tels que la houe, la daba, le coupe-coupe, etc. sont des outils qui s'usent au bout de cinq ans pour un agriculteur travailleur et qu'il faut changer si l'on veut travailler avec plaisir. Ils utilisent aussi leur revenu annuel pour construire de nouvelles maisons ou entretenir celles qui sont en état de délabrement ; payer la scolarité des enfants pour ceux qui ont eu le courage de scolariser leurs enfants à l'école ou encore pour acheter des bêtes à élever. C'est ce que montre la figure n°11.

Figure n° 11 : Répartition des enquêtés selon l'utilisation du revenu annuel

Agrandir le champ

39%

Construire

26%

Scolarité

26%

Elevage

9%

Source : Travaux de terrain (2011).

Il ressort de l'analyse de la figure n°11 que 39 % des enquêtés utilisent leur revenu annuel pour agrandir le champ en perspective de la campagne suivante ; 26 % l'utilisent pour construire une maison ; 26 % pour la scolarité de leurs enfants et seulement 9 % utilisent le revenu pour l'élevage.

3.5.5.2- Utilisation des revenus pour les cérémonies traditionnelles

Dans le canton de Dimori, l'animisme est la religion prédominante. Il n'est donc pas surprenant de voir des fétiches qui sont régulièrement entretenus dans les cours de la plupart des ménages. En effet, les revenus issus de la production et de la vente des tubercules de Dioscorea sp sont à plus de 35 % utilisés par les paysans pour faire des cérémonies dans leur lieu de résidence actuelle ou dans le village natal. Pour faire ces cérémonies, les agriculteurs achètent des produits comme l'alcool, les chèvres, les béliers, les volailles et la bière locale qui coûte souvent chère.

Toujours dans le cadre traditionnel, les paysans de Dimori utilisent leur argent dans le payement des dots pour célébrer des mariages en grande pompe ou pour faire des funérailles dans leurs belles familles.

3.6 -Quelques problèmes inhérents à la culture du Dioscorea sp

Etant donné que dans la majorité des cas, la production agricole est soumise à de multiples contraintes, celle du Dioscorea sp dans le canton de Dimori ne fait pas exception. Pour ce faire analysons les problèmes qui freinent l'expansion de la production du tubercule de Dioscorea sp.

3.6.1- Les problèmes fonciers et climatiques

Dans le canton de Dimroi, certains modes d'appropriation des terres sont sources de litiges. En effet, en ce qui concerne les dons, et les legs de terres, les descendants des propriétaires terriens confrontés à des problèmes de manque de terres remettent en cause les droits de possession sur les terres que leurs parents avaient cédées, ce qui entraîne parfois des conflits entre les donateurs et les bénéficiaires.

S'agissant de la pluviométrie, les cultures sur brûlis des déboisement abusifs et sans control entraînent des irrégularités pluviométriques, ce qui amène souvent les paysans à procéder à des resemis car les graines de céréales et les boutures de Dioscorea sp exigent une certaine quantité d'eau pour bien se développer. Au cours de nos enquêtes, la totalité (soit 100 %) des producteurs se plaignent du manque et de l'irrégularité des pluies.

3.6.2- Les problèmes liés à la commercialisation des Dioscorea sp

A Dimori comme partout ailleurs, les tubercules de Dioscorea sp rencontrent des problèmes de débouchés parce qu'il sont encore peu ou mal transformés en produits finis conservables.

En effet, les prix de vente des Dioscorea sp sont en général fixés par les commerçantes et ne reflètent pas la valeur du produit ce que n'apprécient pas les producteurs comme le montre la figure n°12.

Figure n° 12 : Répartition des enquêtés selon les problèmes rencontrés

Transport

42%

Fixation des prix

46%

Payement

12%

Source : Travaux de terrain (2011).

La figure n°12 ci-après montre que près de la moitié (soit 46 %) des enquêtés ont des problèmes de fixation des prix de vente. Ensuite, 42 % des enquêtés ont des problèmes de transport des ignames du champ jusqu'au marché de Dimori ou de Bassar par manque d'infrastructures routières ou de chemins en piteux état et enfin, 12 % des enquêtés ont des problèmes de payement de l'argent des Dioscorea sp vendus par les commerçantes. Tous ces problèmes sont récurrents et même en cas de mévente, la conservation est difficile.

3.6.3- Les problèmes liés à la conservation des Dioscorea sp

La conservation des tubercules de Dioscorea sp au village en cas de mévente est très difficile. Hormis les méthodes de conservation citées antérieurement à savoir la conservation en buttes, en tas sous arbre à feuilles persistantes et la conservation dans un abri conique, aucune autre n'a été expérimentée à Dimori. Pourtant, ces méthodes de conservation ne sont pas efficaces car dans ces conditions les tubercules de Dioscorea sp ne sont pas en sécurité, parce que constamment attaqués par les nématodes (parasites spécifiques des tubercules), par les rongeurs et par les voleurs ce qui conduit souvent à des pertes allants de quelques tubercules à la totalité du tas.

3.6.4- Les problèmes rencontrés par les paysans sur leurs exploitations

Les problèmes rencontrés par les paysans du point de vue de l'exploitation des champs sont assez nombreux. Selon les statistiques de l'ICAT (Bassar, 2011), au début de la campagne agricole en cours, les problèmes relevés sont importants et se présentent comme tels :

- dévastation des semis par les rongeurs entraînant des resemis et un gardiennage important ;

- manque de crédits de campagne pour prendre une main d'oeuvre agricole supplémentaire ;

- non respect du calendrier agricole ;

- inexistence de semences plus adaptées aux conditions irrégulières de pluviométrie ;

- manque d'infrastructures de stockage, de moyens de production et des produits de la récolte ;

- insuffisance de pistes de dessertes agricoles.

Conclusion partielle

Toute activité commerciale fleurit si les moyens de transport sont en bonne et due forme. A Dimori, ces moyens sont défectueux ou presque inexistants.

En effet, les routes qui conduisent au canton sont toutes impraticables ce qui ne favorise pas la circulation des biens et des services et donc l'écoulement des denrées alimentaires. Ceux qui s'y aventurent le font avec des risques énormes. Par conséquent, les prix des denrées varient selon le lieu, l'état de la route y conduisant et selon la saison. La saison la plus redoutable pour les prix aux producteurs est la saison des pluies, saison au cours de laquelle le Dioscorea sp est à sa plus basse valeur. Et pourtant les circuits de commercialisations sont multiples.

Les revenus sont dilapidés par les paysans pour les besoins les moins importants pour leur vie. Mariages en grandes pompes, funérailles et multiples cérémonies sont les activités extra agricoles qui nécessitent d'énormes dépenses. Et pourtant, la culture du Dioscorea sp est un problème ; problèmes de pluviométrie, de terres cultivables pour les producteurs étrangers, problèmes de commercialisation en l'occurrence le payement et la fixation des prix etc., problèmes auxquels nous avons trouvés quelques approches de solution. En concertation avec les producteurs eux mêmes, nous avons fait des propositions de reformes agraire pour résoudre l'épineux problème de terres de culture.

CONCLUSION GENERALE

Le canton de Dimori est une terre cosmopolite sur laquelle des peuples se sont retrouvés. C'est ainsi que les `'Taapu'', les konkomba, les Dagomba et les Lamba se sont retrouvés sur ce terroir pour former le village `'D'Mol''. En s'installant, ces peuples ont apportés avec eux des divinités telluriques qui au fil des années se sont adaptées aux conditions de vie de tout un peuple au point de rythmer leur vie.

Dans la seconde moitié du XIX ième siècle, une crise alimentaire, résultat des aléas climatiques aurait permis la découverte d'une plante tropicale riche en matières nutritives appelée le Dioscorea sp. Mais, il s'agit à la fois d'une découverte et d'une invention ingénieuse car, avec elle, des techniques nouvelles de culture et des modes d'exploitation du sol en collaboration avec des techniques d'association de culture et de conservation ont vu le jour.

C'est ainsi que, pour des raisons de développement des tubercules, les techniques de buttage, l'assolement et la rotation furent adoptées.

La culture du Dioscorea sp a un double but : il faut tirer de son sol de quoi se nourrir et de quoi vendre pour se procurer des revenus monétaires afin de satisfaire les autres besoins qui ne sont pas forcément en relation avec l'agriculture.

Compte tenu des moyens de production, l'exploitation, du sol, est faite avec le maximum d'efficacité. En effet, contraint de travailler avec des outils rudimentaires (houe, daba, coupe-coupe etc.), l'agriculteur ne peut compter que sur la solidarité de la collectivité à travers des équipes d'entraides (N'daboï), d'invitations (D'kpaméle) et aujourd'hui les métayages (Pâh) pour mener à bien ses différentes opérations culturales.

En somme, contrairement aux autres terroirs qui dans leur ensemble sont caractérisés par la prédominance dans le système de culture extensive avec la différenciation de deux grandes zones de culture à savoir le `'Podja'' ou champ de case cultivé avec beaucoup de soins et le grand champ éloigné du village `'K'ssaou'', le terroir de Dimori est prédominé par le système de production extensive mais avec une seule zone de culture : le grand champ qui se trouve à des heures de marche du village. Cette zone bénéficie d'un aménagement agraire qui permet au paysan de s'auto suffire, mais le recul de la jachère due à l'augmentation de la population et des contraintes climato anthropiques entravent sa bonne réalisation.

Actuellement, la nécessité de revaloriser la culture du Dioscorea sp à Dimori s'impose pour les raisons suivantes : sa valeur nutritive, économique et culturelle.

En effet, la culture du Dioscorea sp est l'activité principale qui rythme la vie des habitants du canton de Dimori. Tout le monde est producteur à temps plein ou à temps partiel car, d'une part, elle constitue la base alimentaire et la seule source de revenus pour les populations et d'autre part elle est le pilier de la culture de la population du Grand Bassar et du canton de Dimori en particulier. Mais, pour des raisons économiques urgentes, les paysans sont dans l'obligation de vendre des prémices de tubercules de Dioscorea sp aux pris dérisoires à des commerçantes sans scrupules qui s'enrichissent sur le dos des paysans sans défenses. Pour tout dire, le paysan est le plus lésé dans cette affaire. Mais, ce qui fait son attachement à cette culture du Dioscorea sp est que c'est la seule activité qui lui rend sa fierté si elle est bien réussi et qui rythme sa vie sur tous les plans : sociale lorsqu'elle lui permet de vivre, économique quand elle lui permet de marchander et de tirer un revenu et culturel à cause des rites, cérémonies et fêtes traditionnelles. Mais c'est sans compter tout le mal qu'il s'est donné pour réaliser ces travaux.

Les atouts à la culture du Dioscorea sp sont multiples, mais il ne faut pas perdre de vue les entraves qui ne sont pas négligeables notamment dans le canton de Dimori. Ce sont d'une part l'abondance et le dynamisme de la main d'oeuvre agricole et le désir manifeste des producteurs en faveur du développement de cette économie ; d'autre part, l'enclavement relatif du milieu, l'irrégularité de la pluviométrie face à l'impuissance des paysans et les mythes et coutumes qui ne facilitent pas l'activité à Dimori.

Ce ne sont pas des handicapes insurmontables pour peu que l'on ait la volonté et le désir d'agir efficacement. Des sacrifices énormes sont à consentir par les responsables politiques et les partenaires au développement afin de trouver des approches de solutions.

- Quelques approches de solutions aux problèmes

Comme pour tout problèmes liés à la production d'une plante, ceux de la culture du Dioscorea sp méritent des approches de solutions pour permettre la vulgarisation de sa culture sur le plan national.

En effet, au cours de nos travaux de terrain, les paysans ont envisagés des approches de solutions suivantes.

Pour les reformes agraires, 9,17 % des enquêtés ont envisagés une redistribution des terres agricoles afin de mettre fin au problèmes de manque de terres et aux litiges fonciers ; 25 % se sont prononcés pour la révision et la surveillance des prix des produits agricoles en général et ceux des Dioscorea sp en particulier pour permettre la rentabilité de leur activités. En suite, l'aide de l'Etat a été aussi envisagé par les paysans en vue d'augmenter la production et satisfaire les besoins du marché. Et enfin, les paysans se sont prononcés à 40,83% sur une possible transformation du Dioscorea sp en farine par exemple.

- Des approches de solutions aux contraintes foncières et de pluviométrie

Pour diminuer ou enrayer les inconvénients qui entourent les modes d'appropriation des terres agricoles, les paysans immigrants et sans terres de Dimori ont proposé que l'Etat prenne la gestion foncière de toutes les terres du pays. Ainsi, les agriculteurs ont souhaités une nouvelle reforme agraire car pour eux, sans l'intervention de l'Etat, les conflits intra lignagères ou inter lignagères ne cesseront jamais.

En outre, pour éviter les resemis des boutures de Dioscorea sp, il faut que les paysans sèment au cours des mois pendant lesquels la chaleur n'est pas excessive (novembre à janvier). Pour le problème de la pluviométrie, les paysans doivent abandonnés les cultures sur brûlis, éviter les coupes anarchiques des arbres et les feux de brousse tardifs, reboiser fortement le terroir.

- Les approches de solutions pour une bonne commercialisation du Dioscorea sp

La commercialisation de tout produit agricole a des effets induits sur la sa production et sur son développement. A cet effet, les paysans de notre zone d'étude souhaiteraient que l'Etat mette en place une structure qui donnera des conseils et pourquoi pas des intrants et qui va acheter les tubercules de Dioscorea sp récoltés comme c'est le cas pour certaines cultures vivrières et de rente. Ils ont aussi envisagés des subventions aux producteurs de la part de l'Etat.

- Une bonne gestion des revenus issus de la vente du Dioscorea sp

Les sommes obtenus grâce à la vente des tubercules de Dioscorea sp doivent leur servir à amortir les outils voir acheter le matériel agricole comme les boeufs attelés pour la traction, les motoculteurs ou s'associer pour acheter des tracteurs.

Pour pallier aux dépenses injustifiées dans la célébration des mariages, cérémonies et funérailles, les ONG et le gouvernement doivent sérieusement sensibiliser les producteurs sur les comptes d'exploitation pour qu'ils aient des idées économiques et non purement traditionnelles. Toujours dans cet ordre d'idées, les responsables religieux de toutes confessions doivent évangéliser cette masse rurale qui est enracinées dans les rites coutumiers qui freinent le développement de l'agriculture et de la société.

L'orientation des paysans vers une organisation des producteurs de Dioscorea sp en coopératives pour faciliter l'accès aux crédits et prêts ; la formation des techniciens agricoles pour sensibiliser les paysans sur les nouvelles techniques de production en vigueur dans certains pays seraient un bon début.

Mais la question est de savoir ; au vue de l'attachement des producteurs de Dioscorea sp du Grand Bassar et du canton de Dimori en particulier à leurs valeurs culturelles, la modernisation de l'économie du Dioscorea sp est-elle possible à court terme ?

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ANNEXES

LISTE DES PHOTOGRAPHIES

Photo n°1 : Les outils utilisés à Dimori......................................................34

Photo n°2 : Préparation du sol et buttage à Dimori.........................................41

Photo n°3 : Nouvelles buttes paillées à Dimori.............................................42

Photo n°4 : Champ de Dioscorea sp mal entretenu.................................................43

Photo n°5 : Un gris-gris à l'extrémité d'un champ de Dioscorea sp à Dimori..........54

Photo n°6 : Camion en chargés de Dioscorea sp à Bassar pour Lomé...................58

Photo n°7 : Femmes transportant les Dioscorea sp pour le marché................................61

Photo n°8 : Chargement des Dioscorea sp à Dimori pour Bassar..............................62

Photo n°9 : Chargement d'un camion à Bassar pour Lomé................................62

Photo n°10 : Le marché des Dioscorea sp `'Le Togo'' à Bassar..............................65

LISTE DES TABLEAUX

Tableau n°1 : Répartition des enquêtés selon leurs activités.................................10

Tableau n°2 : Evolution de la population du canton de Dimori..............................23

Tableau n°3 : Répartition des 120 producteurs selon les catégories professionnelles....25

Tableau n°4 : Degré d'instruction................................................................26

Tableau n°5 : Répartition des producteurs lettrés selon le niveau d'instruction............26

Tableau n°6 : Rotation des principales cultures................................................29

Tableau n°7 : Les outils et leur principales utilités.............................................33

Tableau n°8 : Calendrier des opérations agricoles de la culture du Dioscorea sp.............38

Tableau n°9 : Evaluation de l'ampleur des litiges fonciers.................................46

Tableau n°10 : Les variétés D. rotundata-cayenensis cultivées au Togo..................47

Tableau n°11 : Les variétés D. alata cultivée au Togo.......................................47

Tableau n°12 : Caractéristiques des variétés locales de Dioscorea sp cultivées à Bassar......48

Tableau n°13 : Répartition des enquêtés selon la fréquence de consommation

De Dioscorea sp.....................................................................51

Tableau n°14 : Répartition des enquêtés selon le nombre de repas par jour...............52

Tableau n°15 : Répartition des sacrifices selon la destination...............................54

Tableau n°16 : Répartition des enquêtés selon le revenu annuel............................66

LISTE DES CARTES

Carte n°1 : La Préfecture de Bassar indiquant la zone d'étude........................15

Carte n°2 : Le canton de Dimori...........................................................16

Carte n°3 : Types de sols de la région de Dimori..............................................18

LISTE DES FIGURES

Figure n°1 : Diagramme de la pluviométrie de Bassar......................................22

Figure n°2:Répartition des producteurs selon l'âge......................25

Figure n°3 : Répartition des enquêtés selon la religion.....................................27

Figure n°4 : Mode d'acquisition des terres...................................................35

Figure n°5 : Forme d'organisation du travail.................................................37

Figure n°6 : Répartition des enquêtés selon les superficies cultivées................................38

Figure n°7 : Schéma des étapes de la culture du Dioscorea sp..................................44

Figure n°8 : Répartition des enquêtés selon le type de construction..............53

Figure n°9 : Schéma des différents acteurs commerciaux du Dioscorea sp................60

Figure n°10 : Schéma du circuit commerciale des Dioscorea sp............................64

Figure n°11 : Répartition des enquêtés selon l'utilisation du revenu annuel..........................67

Figure n°12 : Répartition des enquêtés selon les problèmes rencontrés..............................68

QUESTIONNAIRE ET GUIDE D'ENTRETIENT

UNIVERSITE DE LOME

DEPARTEMENT DE GEOGRAPHIE

THEME : LA CULTURE DE L'IGNAME (DIOSCOREA SP) ET SA VALEUR SOCIALE, CULTURELLE ET ECONOMIQUE DANS LE CANTON DE DIMORI EN PAYS BASSAR AU TOGO

QUESTIONNAIRE D'ENQUETE

Nom de l'enquêteur :.....................................................................

Date l'enquête :...........................................................................

Zone de production ou localité :........................................................

Nom du quartier ou hameau :.........................................................

Nom de l'enquêté :......................................................................

N° de concession :.....................................................................

Sexe de l'enquêté :..................................................................

QUESTIONNAIRE POUR LES PRODUCTEURS

I- IDENTIFICATION

Questions

Variables

Passer à

Codes

 

Code d'identification

 
 
 

Q1

Quel âge avez-vous ?

-15-24 ans 1

-25-34 ans 2

-35-44 ans 3

-45-54 ans 4

-55 ans et plus 5

 
 

Q2

Quel est votre état matrimonial ?

-Marié à une femme 1

-Marié à 2 femmes 2

-Veuf/ ve 3

-Divorcé 4

 
 

Q3

Quel est votre niveau d'instruction ?

-Jamais aller à l'école 1

-Primaire CP1-CE1 2

- CE2- 3

-2ème degré et plus 4

 
 

Q4

A quelle ethnie appartenez-vous ?

-Bassar 1

-Kabyè 2

-Lamba 3

-Autres à préciser 4

 
 

Q5

Où êtes-vous ne ?

-Dimori 1

-Lakpal 2

-Dinatangbanl 3

-Bikpadjab 4

-Nagmal 5

-Kountoum 6

-Katcha-losso 7

-Autre village ou à l'étranger

(à préciser) 8

 
 

Q6

Quelle est votre religion ?

-Chrétien 1

-Musulman 2

-Animiste 3

 
 

Q7

Lieu de résidence habituel

-Dimori 1

-Lakpal 2

-Dinatangban 3

-Bikpadjab 4

-Nagmal 5

 
 

Q8

Combien de personnes vivent sous

votre toit ?

-Enfants 1

-Epouses 2

 
 

II-LA PRODUCTION DIOSCOREA SP

Q9

Comment avez-vous acquis vos terres ?

-Héritage 1

-Don 2

-Emprunt 3

-Location 4

-Autre à préciser 5

 
 

Q10

Avez-vous des litiges fonciers ?

-Oui 1

-Non 2

 
 

Q11

Si oui, avec qui ?

-le propriétaire 1

-un autre clan 2

-un autre village 3

-autre à préciser 4

 
 

Q12

A quand remonte la culture du Dioscorea sp dans

votre milieu ?

 
 
 

Q13

Quelles techniques de production

Utilisez-vous ?

-buttage 1

-billonnage 2

-labour à plat 3

-autres à préciser 4

 
 

Q14

Quels modes de culture vous utilisez ?

-la jachère 1

-l'assolement 2

 
 

Q15

Quelle est la superficie de votre

votre champ de Dioscorea sp ?

-moins d'un ha 1

-1 à 2 ha 2

-3 à 5 ha 3

-plus de 5 ha 4

 
 

Q16

Varie t-elle avec le temps ?

-Oui 1

-Non 2

Si non

Passer à

 

Q17

Si oui

-En hausse 1

-En baisse 2

 
 

Q18

Si non pourquoi ?

-manque de moyens 1

-manque de temps 2

-autres à préciser 3

 
 

Q19

Quelle sorte d'outils utilisez-vous ?

-Traditionnels 1

-Moderne 2

 
 

Q20

Si c'est 1, ces outils vous permettent

il de vite travailler ?

-Oui 1

-Non 2

 
 

Q21

Comment travaillez-vous ?

-Seul 1

-Avec la famille 2

-Par entraide 3

-Par métayage 4

 
 

Q22

Quels sont les types de

Dioscorea sp

que vous produisez ?

-Laboko 1

-Lambor 2

-kroukrou 3

-Kéké 4

-Apono 5

-Tchangbalou 6

-Autres à préciser 7

 
 

Q23

Quelle est la taille de votre

exploitation ?

-Moins de 1 ha 1

-1 à 2 ha 2

-2 ha et plus 3

 
 

Q24

Quel est le rendement à l'ha ?

-Mois d'une calebasse 1

-1 à 2 calebasses 2

-2 à 5 calebasses 3

-Plus de 5 calebasses 4

 
 

Q25

Y a-t-il une augmentation de la

production avec le temps ?

-Oui 1

-Non 2

 
 

Q26

Si oui, pourquoi ?

-Utilisation des intrants 1

-Autres à préciser 2

 
 

Q27

Si non pourquoi ?

-Epuisement des sols 1

-Manque de pluies 2

-Autres à préciser 3

 
 

III-IMPORTANCE DE LA PRODUCTION DU DIOSCOREA SP

3.1- Importance économique

Q28

A quelle période de l'année vendez

-vous vos Dioscorea sp ?

-Pendant la récolte 1

-Après la récolte 2

-Lors des semis 3

 
 

Q29

Où vendez-vous vos Dioscorea sp ?

-Au champs 1

-A la maison 2

-Au marché local 3

-En ville 4

 
 

Q30

Quels sont vos marchés ?

-Dimori 1

-Bassar 2

-Kara 3

-Lomé 4

 
 

Q31

A qui vendez-vous vos

Dioscorea sp ?

-A une société 1

-Aux commerçants 2

-Aux consommateurs 3

-Autres à préciser 4

 
 

Q32

Combien de calebasses de

Dioscorea sp

pouvez-vous vendre dans l'année ?

-1 à 2 1

-3 à 5 2

-6 et plus 3

 
 

Q33

Quel est le prix moyen d'une

calebasse à la récolte?

-Moins de 10 000 FCFA 1

-15 000 à 20 000FCFA 2

-Plus de 20 000 FCFA 3

 
 

Q34

Quel est le prix moyen d'une

calebasse après la récolte ?

-Moins de 20 000FCFA 1

-25 000 à 50 000FCFA 2

-Plus de 50 000 FCFA 3

 
 

Q35

Trouvez-vous ces prix satisfaisants

par rapport au coût de production ?

-Oui 1

-Non 2

 
 

Q36

Quels problèmes rencontrez-vous

dans la vente de vos produits ?

-Problème de transport 1

-Problème de prix 2

-Problème de payement 3

-Autres à préciser 4

 
 

Q37

Quelles solutions envisagez vous ?

-Reforme agraire 1

-Révision des prix 2

-Aide de l'Etat 3

-Usine de transformation 4

 
 

3.2-Importance sociale

Q38

Quel est le revenu annuel de la

culture de Dioscorea sp ?

-Moins de 50 000 FCFA 1

-Plus de 50 000 FCFA 2

-Autre à préciser 3

 
 

Q39

Arrivez-vous à épargner ?

-Oui 1

-Non 2

 
 

Q40

Que faite-vous de cet argent ?

-Agrandir le champ 1

-Construire 2

-Scolarité des enfants 3

-Autre à préciser 4

 
 

Q41

Avez-vous pu construire une maison ?

-Oui 1

-Non 2

Si 2 passer à

Q43

 

Q42

Si oui, combien de pièce ?

-1 pièce 1

-2 pièces 2

-3 pièces et plus 3

 
 

Q43

La maison est-elle

-En dure 1

-En banco 2

 
 

Q44

A quel moment de l'année consom-

mez-vous suffisamment de

Dioscorea sp ?

-Période de récolte 1

-Période de soudure 2

 
 

Q45

Pendant combien de temps

consommez-vous le Dioscorea sp ?

-2 à 4 mois 1

-5 à 7 mois 2

-toute l'année 3

 
 

Q46

Combien de repas à base de

Dioscorea sp

prenez-vous par jour ?

-1 repas 1

-2 repas 2

-Plus de 2 repas 3

 
 

Q47

Comment vous sentez-vous quand

vous avez assez de Dioscorea sp ?

-Fière 1

-Aisé 2

-Considéré 3

 
 

3.3-Importance culturelle

Q48

La culture de l'igname exige-t-elle

des cérémonies préalables ?

-Oui 1

-Non 2

 
 

Q49

Si oui, lesquelles ?

-Sacrifices et offrandes aux

mânes des ancêtres 1

-Des gris-gris protecteurs

des champs 2

-Autres à préciser 3

 
 

Q50

Pourquoi faite vous les cérémonies ?

-Pour avoir une bonne

récolte 1

-Pour le plaisir 2

-Autre à préciser 3

 
 

Q51

Organisez-vous une fête des

Dioscorea sp ?

-Oui 1

-Non 2

 
 

Q52

Si oui, à quel moment l'organisez-

vous ?

-A la récolte 1

-A la fin de la récolte 2

 
 

Q53

Pourquoi ?

-Pour remercier les

ancêtres 1

-Pour se réjouir 2

-Autre à préciser 3

 
 

QUESTIONNAIRE POUR LES COMMERCANTS

Q54

Depuis quand commercez-vous

Le Dioscorea sp ?

-Moins d'un an 1

-2 à 3 ans 2

-4 à 6 ans 3

-Plus de 8 ans 4

 
 

Q55

Où achetez-vous les Dioscorea sp ?

-Au champ 1

-Au marché de Dimori 2

-Autre à préciser 3

 
 

Q56

A quels prix achetez-vous la

La calebasse de Dioscorea sp ?

-moins de 10 000 F 1

-12 000 à 15 000 F 2

-plus de 15 000 F 3

 
 

Q57

Où vendez-vous les Dioscorea sp

-à Bassar 1

-à Kara 2

-à Dapaong 3

-à Lomé 4

-autres à préciser 5

 
 

Q58

A quels prix les revendez-vous ?

-aux prix achetés 1

-à plus 20 % 2

-à plus 30-50 % 3

-à plus 50% et plus 4

 
 

Q59

Quel moyen de transport utilisez-

vous ?

-taxi 1

-camion 2

-autre à préciser 3

 
 

Q60

En êtes-vous propriétaire ?

Oui 1

Non 2

 
 

Q61

Si oui, comment vous l'êtes-vous

procurez ?

-par achat 1

-par don 2

Autre à préciser 3

 
 

Q62

Si non, qui fixe alors les prix de

transport ?

-le commerçant 1

-le chauffeur 2

-le propriétaire 3

 
 

Q63

Que faite-vous des bénéfices ?

-augmenter le capital 1

-subvenir aux besoins de

la famille 2

-construire une maison 3

-autre à préciser 4

 
 

QUESTIONNAIRE POUR LES TRANSPORTEURS

Q64

Quel est le lieu d'embarquement ?

-Dimori 1

-Tchapossi 2

-Bitchabé 3

-Banjeli 4

-Autres à préciser 5

 
 

Q65

Quelle est la destination ?

-Bassar 1

-Kara 2

-Dapaong 3

-Lomé 4

-autres à préciser 5

 
 

Q66

Quel est le tonnage du véhicule ?

-moins de 10 t 1

-10 à 20 t 2

-plus de 20 t 3

 
 

Q67

Qui est le propriétaire du véhicule ?

-propriétaire de l'igname 1

-propriétaire particulier 2

-chauffeur 3

-autre à préciser 4

 
 

Q68

Qui fixe les prix de transport ?

-le chauffeur 1

-le propriétaire 2

-le commerçant 3

 
 

Q69

Que faite-vous des retombés du

Transport du Dioscorea sp ?

-économiser pour acheter

un véhicule 1

-subvenir aux besoins de

la famille 2

-construire une maison 3

-autre à préciser 4

 
 

TABLE DES MATIERES

DEDICACE..........................................................................................i

SOMMAIRE.........................................................................................ii

REMERCIEMENT..................................................................................iii

LISTE DES SIGLES UTILISES...................................................................iv

RESUME..............................................................................................v

I- INTRODUCTION GENERALE................................................................1

CHAPITRE 1 : UN ENVIRONNEMENT PHYSIQUE, NATUREL ET HUMAIN

FAVORABLE A LA CULTURE DU DIOSCOREA SP...........................14

1.1- DES CARACTERISTIQUES PHYSIQUES PROPICES

A LA CULTUREDU DIOSCOREA SP..........................................................17

1.1.1- Un relief peu accidenté...................................................................17

1.1.2- Des sols relativement riches.............................................................17

1.1.3- Les cours d'eau avec une végétation de savane......................................20

1.2- UNE POPULATION DIVERSIFIEE ET ACCROCHEE A CETTE CULTURE....22

1.2.1-La composition ethnique et l'évolution de la population............................22

1.2.1.1- Historique du peuplement.......................................................22

1.2.1.2- Une croissance démographique assez importante............................23

1.2.2- Les aspects professionnels et socioculturel du milieu..............................24

1.2.2.1- L'organisation sociale...........................................................24

1.2.2.2- Une population à majorité paysanne et analphabète........................24

1.2.2.3- Une société à dominance animiste.............................................26

1.3- LES CIRCONSTANCES SOCIO-HITORIQUES ET LE SYSTEME

DE CULTURE ADOPTE..........................................................................27

1.3.1- De la crise alimentaire et la découverte du Dioscorea sp...............................28

1.3.2- Les systèmes de culture adoptés......................................................29

1.3.2.1- La rotation de culture............................................................29

1.3.2.2- Les associations de culture.....................................................30

Conclusion partielle...................................................................30

CHAPITRE 2 : LA PRODUCTION DU DIOSCOREA SP DANS LE

CANTON DE DIMORI..................................................................31

2.1- DES TECHNIQUES DE PRODUCTION PEU EFFICACES.....................32

2.1.1- Le caractère rudimentaire de l'outillage..........................................32

2.1.2- Une organisation peu dynamisante du travail....................................34

2.1.2.1- Le mode d'acquisition des parcelles.......................................34

2.1.2.2- L'organisation du travail...................................................35

2.1.2.3- Le comportement des outils face aux opérations culturales............37

2.1.3- Le caractère ingénieux des opérations culturales.................................39

2.2- LES MODES DE CULTURES ADOPTES...........................................39

2.2.1- Les différentes étapes de la culture du Dioscorea sp.................................39

2.2.1.1- Les préparations des champs, l'entretien et la récolte....................39

2.2.2- La disparition progressive de la jachère et l'appauvrissement des sols.......44

2.3- LES CRISES FONCIERES ET L'ATOMISATION

DES EXPLOITATIONS..............................................................................45

2.4- LES VARIETES DE DIOSCOREA SP CULTIVEES.......................................46

2.4.1- Les variétés locales cultivées à Dimori...........................................48

2.4.2- Les variétés améliorées et importées..............................................49

Conclusion partielle................................................................49

CHAPITRE 3 : LES VALEURS SOCIALES, CULTURELLES ET ECONOMIQUES

DU DIOSCOREA SP DANS LE CANTON DE DIMORI..................50

3.1- LES VALEURS SOCIALES DU DIOSCOREA SP A DIMORI........................51

3.1.1- Les comportements sociaux des paysans..........................................51

3.2- LES VALEURS CULTURELLES DE LA PRODUCTION.......................53

3.2.1- La culture du Dioscorea sp à Dimori...................................................54

3.2.2- La consommation des nouvelles tubercules de Dioscorea sp ...........................55

3.2.3- La vente des nouvelles ignames...................................................55

3.2.4- La fête des Dioscorea sp à Bassar......................................................55

3.3- L'IMPACT DE LA PRODUCTION SUR LES

SUPERFICIES CULTIVEES........................................................................56

3.4- L'IMPACT DE LA PRODUCTION SUR LES

TECHNIQUES DE PRODUCTION...............................................................56

3.4.1- Impact de la production sur l'outillage...........................................56

3.4.2- La rigidité des opérations culturales face à l'augmentation des superficies....56

3.4.3- Impact de la production sur les moyens de conservation........................57

3.4.4- Impact de la production sur la commercialisation................................57

3.5- LA COMMERCIALISATION DES TUBERCULES DE DIOSCOREA SP.............58

3.5.1- L'igname et le développement des marchés de la zone......................59

3.5.2- Les acteurs commerciaux de l'économie du Dioscorea sp........................60

3.5.3- Les prix et leurs fluctuations sur les marchés du secteur d'étude...........63

3.5.3.1- Les variations spatiales des prix.........................................63

3.5.3.2- Les variations saisonnières des prix....................................63

3.5.4- Les circuits commerciaux des tubercules de Dioscorea sp.........................63

3.5.5- Les revenus paysans et leur destination........................................65

3.5.5.1- Utilisation des revenus pour l'investissement........................66

3.5.5.2- Utilisation des revenus pour les cérémonies traditionnelles........67

3.6- QUELQUES PROBLEMES INHERENTS A LA

CULTURE DU DIOSCOREA SP.....................................................................67

3.6.1- Les problèmes fonciers et climatiques........................................68

3.6.2- Les problèmes liés à la commercialisation des Dioscorea sp...................68

3.6.3- Les problèmes liés à la conservation des tubercules de Dioscorea sp...........69

3.6.4- Les problèmes rencontrés par les paysans sur leurs exploitations........69

Conclusion partielle..........................................................69

CONCLUSION GENERALE.........................................................71

Bibliographie..............................................................................75

Liste des photographies..................................................................78

Liste des tableaux.........................................................................78

Liste des cartes ............................................................................79

Liste des figures...........................................................................79

Questionnaire de recherche............ ..................................................80

Table des matières..................................................................87











9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.