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Les pouvoirs publics camerounais et la santé des détenus: le cas des prisons de Dschang et de Mantoum, période 1960- 1992

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par Guy Roger Voufo
Université de Dschang Cameroun - Master II en histoire 2009
  

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3. Pendant la maladie

Parce que le détenu, en tant qu'être humain, bénéficie de tous les droits sauf le droit à la liberté, il est soumis à de visites médicales au moment de son incarcération, de même qu'au moment de son transfèrement, à plus forte raison lorsqu'il est malade.

D'après la règle 25 alinéa 1 de l'ERMTD, "le médecin est chargé de surveiller la santé physique et mentale des détenus. Il doit voir chaque jour tous les détenus malades, tous ceux qui se plaignent d'être malades..."59 Cette règle onusienne fait du médecin le garant officiel de la santé des détenus au même titre que l'article 34 du décret de 1973 qui souligne que "Les détenus malades sont conduits à la visite médicale"60. Cette visite peut se dérouler à l'infirmerie de la prison ou à l'hôpital public le plus proche.

Malgré ces dispositions textuelles, quelques faits relevés dans les archives dépouillés au cours de nos multiples descentes sur le terrain nous amènent à penser que les règles relatives à la visite médicale des détenus ne furent pas toujours appliquées aux pénitenciers de Dschang et de Mantoum pendant la

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période indiquée de notre étude. Au pénitencier de Dschang en 1975 et précisément au mois de février, le chef de poste signale "la mise en cellule du prévenu Mbouna Jean...les gardiens ont constaté que ce dernier doit avoir une crise mentale et souhaitent qu'il soit conduit devant le docteur qui pourra déterminer cette inconduite"61. Mais, au mois de mai de la même année, le détenu est toujours gardé en prison alors que les normes onusiennes demandent que "les détenus atteints d'autres affections ou anomalies mentales doivent être observés et traités dans les institutions spécialisées ..."62. Concernant toujours ce détenu déséquilibré mentalement, le chef de poste descendant en date du 1er Juin 1975 se lance dans une fuite en avant en laissant les consignes suivantes au service de garde :

Nous demandons aux gardiens de garde de se méfier du fou qui est en cellule disciplinaire, surtout au moment où il bavarde beaucoup. Il menace les gardiens avec les coups de dents. Lui donner régulièrement la ration. Ne pas entrer seul dans sa cellule car il est dangereux parfois...63.

Malgré ces précautions, ce détenu malade mental ne fut pas interné dans une institution spécialisée comme le prévoient les textes. Il était resté en cellule sans qu'aucune visite médicale ne soit effectuée sur lui, son mal allait grandissant si bien qu'en date du 09 Juin 1975, le paroxysme était atteint. En effet et selon le chef de poste de garde André Wandoum,"...il sème le désordre dans la cellule, il a déchiré les pagnes des autres dans la chambre et boire les urines, se oindre avec les cacas"64. Plus loin encore, le chef de poste de garde du 20 juin Georges Nguti tire la sonnette d'alarme en remarquant: "I fear that he may one day kill some of the prisoners with whom he sleeps"65

61 APD, Guard Book, opened the 09.12.1974.p.42.

62 Règle 82 alinéa 2 de l'ERMTD

63 APD, Guard Book, opened the 09.12.1974, p.43.

64 Ibid, p57

65 APD, Guard Book, opened the 09.12.1974, p.62

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L'absence de visite médicale n'est pas l'apanage unique de la prison de Dschang. Au pénitencier de Mantoum, les mêmes travers ont été constatés. C'est ainsi que lors du service de garde du 11 mars 1978, le chef de poste Désiré Mbassa souligne qu'il "s'avère que le détenu Ombassi se trouve dans un état lamentable et quand à nous hommes de garde, nous avons été obligés de rouvrir la porte centrale de la prison...pour constater les faits dans la cellule de l'intéressé, aucun traitement n'a été donné à celui-ci"66.

Tout comme dans la prison de Dschang, cette situation nous montre que les détenus malades ne sont pas soumis à la visite médicale ; ils ne sont pas généralement consultés par des médecins spécialistes, alors même que la gravité de leur état de santé impose le recours à des spécialistes. N'est-il pas aussi question, à l'article 34 du décret de 1973 de "médecin consultant" ? Or, les détenus, le plus souvent, sont consultés au niveau de la prison par l'infirmier du pénitencier qui n'est pas un médecin. En dehors de la difficulté liée à la crise du personnel soignant, s'ajoute en raison de la surpopulation carcérale, l'impossibilité manifeste à assurer aux détenus des visites médicales telles que prescrites par les textes régissant l'administration pénitentiaire. Au total, le manque à la fois de médecins généralistes et spécialistes n'a pas permis à la prison de Dschang et de Mantoum d'assurer convenablement aux détenus les différentes visites médicales auxquelles ils pouvaient prétendre. Loin de s'apitoyer sur cet état des choses, les diverses législations en la matière mettent un point d'honneur sur l'inspection sanitaire des locaux de détention.

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