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L'organisation de coopération de Shanghai et la politique d'intégration chinoise au Xinjiang

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par Vincent Burguet
Université Laval - L.L.M. Droit international et transnational 2016
  

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3.2. Le cercle vicieux de la répression des ouigours

La politique répressive héritée des années 90 qui faisait suite aux mouvements contestataires (en 1989 en parallèle avec les évènements de la place Tiananmen, il y a eu des manifestations à l'Université du Xinjiang, mais également suite aux émeutes en 1995 et 1997) se caractérise part : des arrestations massives, un usage abusif de la peine de mort et de la torture, ainsi que part une discrimination de l'identité ouïgoure.

Ainsi, les ONG font état d'une répression généralisée de la minorité ouïgoure . Avec en 1997 l'arrestation massive de 100 000 ouïgours, depuis le 11 septembre 2001 avec l'arrestation de plus de 3000 ouigours (Amnesty International), en 2005 avec l'arrestation de 18 000 ouïgours (Reuters qui cite le Xinjiang Daily). Suite aux évènements violents de 2009 à Urumqi des sources non vérifiées font état de l'arrestation de plus de 5000 personnes92, et de 1000 tués (majoritairement ouïgours).

L'usage abusif de la peine de mort au Xinjiang est un indicateur de la politique de répression chinoise. Ainsi, le taux d'exécution est un des plus élevés de la Chine, à peu près 1,8 par semaine93 (depuis le 11 septembre 2001 plus de 200 ouïgours ont été exécutés d'après Amnesty International, et 50 condamnés à mort). Le cas de la torture est également révélateur, le rapporteur spécial de l'ONU sur la torture a déclaré que les minorités ouïgoures et tibétaines sont particulièrement sujettes à la torture : depuis 2000, 190 ouïgours sont morts des suites de la torture. Le cas le plus emblématique est celui de Abdulmejit Abduhalil, leader de la manifestation d'Ili en 1997.

92 Voir sur ce point: http://www.uyghurcongress.org/en/?p=614

93 Christopher Attwood, supra note 71.

Les discriminations portant sur l'identité ouïgoure, notamment la langue et la religion qui sont monnaie courante depuis les années 90 sont extrêmement graves, et pourraient constituer un crime contre l'humanité (CCH) au regard du Statut de Rome de la CPI. En effet, l'article 7§1 h) dispose que la « persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs d'ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste » peut caractériser un CCH si les éléments généraux du crime sont remplis.

Au niveau scolaire ainsi que nous l'avons précisé ci-dessus, la langue ouïgoure est depuis 1990 éliminée « en tant que véhicule d'enseignement supérieur ».

En 2006 des mesures prises par Pékin font du chinois le « principal véhicule de l'enseignement préscolaire ». Cette approche a été condamnée par Le Comité des droits de l'enfant des Nations unies qui a appelé la Chine à « veiller à ce que tout les supports d'enseignement et d'apprentissage pour le primaire et le secondaire soient également disponibles dans les langues des minorités ethniques et que le contenu tienne compte de leurs cultures »94.

La liberté de religion et sa pratique par les ouigours est également remise en question au Xinjiang. A titre d'exemple, au mois de mars 2001, le régime chinois a lancé une campagne assez mal vécue par la population de « rééducation patriotique des imams ».

Les imams sont ainsi obligés de suivre des cours d'éducation patriotique95. Les fonctionnaires et étudiants n'ont pas le droit d'aller prier dans les mosquées et sont interdits de jeûne pendant le ramadan. Le port du niqab est également interdit dans les espaces publics96.

Le musèlement de la presse et de la liberté d'expression, qui est courant en Chine, trouve à jouer au Xinjiang, avec la répression des auteurs de tout article « séparatiste » ou « antipatriotique », ainsi, Amnesty Internationl condamne la détention d'au moins deux prisonniers d'opinion : Nurmuhemmet Yasin et Ablikim Abdiriyim (fils de la défenseure des droits humains et ancienne prisonnière d'opinion Rebiya Kadeer)97.

94 Amnesty international: «L'identité ethnique ouigoure menacée en Chine». Voir également « Report to the UN Commitee on the rights of the Childs» World Uyghur Congress, nov 2012. http://tbinternet.ohchr.org/Treaties/CRC/Shared%20Documents/CHN/INT_CRC_NGO_CHN_13779_E.pdf Voir également les autres rapports du Comité : http://docstore.ohchr.org/SelfServices/FilesHandler.ashx?enc=6QkG1d%2fPPRiCAqhKb7yhso23wCwLcI6miko lpecekJgbpIOXEf%2blNV1nroR0fDk5AJBKuSr1cry2fTk%2f4TWs4sU2KJ5lEpBhDEdDe7BdY3g1hWrPJ%2f 3BGdSICuuP1Rj%2b et http://tbinternet.ohchr.org/Treaties/CRC/Shared%20Documents/CHN/INT_CRC_NGO_CHN_13779_E.pdf

95 Rémi Castets, supra note 13, note de bas de page n°53.

96 Sur ce point voir le Congrès Mondial Ouigour : http://www.uyghurcongress.org/en/?cat=250

97 Amnesty international, supra note 93.

Cette répression se traduit actuellement par un exil d'une partie de la population ouïgoure. Cet exil de la population ouïgoure s'il a toujours existé entre le Xinjiang et les pays d'Asie-Centrale98, prend aujourd'hui un forme différente. En effet, suite au renforcement de la coopération avec les pays d'Asien-Centrale au sein de l'OCS (la Chine présentant systématiquement des demandes d'extradition ou de transfert des nationaux chinois ayant « fui »), les ouigours privilégient une route de l'exil à travers les pays d'Asie du Sud-Est99. Leur destination de choix est la Turquie. Seyit Tumturk (vice-président du Conseil Mondial Ouigour) déclarait que ces deux dernières années entre 8000 et 10 000 ouigours avaient fui la Chine pour rejoindre la Turquie100.

Passant par les provinces du Yunnan, Guanxi ou Guandong, ces « exilés » rejoignent la Thailande, la Brimanie et le Viet-Nam avec pour but d'arriver en Malaisie pour rejoindre la Turquie101. Ainsi, en Thailande il y aurait au moins 400 ouigours présents dans les camps de refugiés à la frontière avec la Malaisie.

La Malaisie, joue un rôle particulier dans cet exil ouigour, en effet, de 2012 à 2014 elle aurait envoyé plus de 3000 ouigours en Turquie102. L'article103 fait état d'un accord entre la Turquie et la Malaisie pour ne pas renvoyer les exilés ouigours en Chine, ce malgré les demandent insistantes de transferts et d'extraditions de la part des autorités chinoises.

La Turquie est pointée du doigt par la Chine, elle est accusée de « participer à l'évasion des ouigours »104.

Cet exil, souvent poussé par la répression de l'identité ouigoure par les autorités chinoises, et notamment de la religion musulmane, est problématique aujourd'hui au regard du conflit syrien. En effet, une part importante des « exilés » ouigours aurait pris partie au conflit syrien sous la bannière de l'Etat Islamique. Le ministre de l'intérieur de la Malaisie aurait déclaré

98 Elisabeth Allès, supra note 4.

99 Voir sur ce point, l'article de Courrier International « Ouigours, la tentation de l'Etat Islamique ». 17/04/2016, http://www.courrierinternational.com/article/enqueteouigourslatentationdeletatislamique . Voir également les autres articles de CI

100 Ibid.

101 Voir sur ce point la carte « Les nouvelles routes de l'exil », par Courrier international, source :

www.theinitium.com

102 Courrier international, supra note 98.

103 Ibid

104 Ibid.

dans une interview105 qu'au moins « 300 ouigours » envoyés en Turquie par la Malaisie auraient rejoint l'Etat Islamique.

L'article, fait état de 4000 ouigours impliqués dans la guerre syrienne, dont une large majorité au sein de l'Etat Islamique (500 ouigours auraient déjà trouvé la mort dans ce conflit)106.

Cette problématique à laquelle se trouve confrontée la Chine aujourd'hui, est révélatrice de sa politique d'intégration avec les Ouigours. Le fait est, la Chine a instrumentalisé l'OCS pour stabiliser le Xinjiang d'un point de vue externe et interne. Si on ne peut nier la stabilisation externe avec la coopération accrue des pays d'Asie Centrale, le but poursuivi de stabilisation interne n'est pas atteint. L'inefficacité de la politique répressive est pointée du doigt : des mouvements de résistance existent toujours malgré l'encadrement de plus en plus strict du pouvoir chinois (j'en prends pour exemple les émeutes de juillet 2009 à Urumqi), l'expression de l'identité des minorités prend d'autre formes, comme l'exil ou la radicalisation. Ainsi, comme le déclarent l'Oxford Analytical et le Starr Volume, les politiques chinoises n'ont que contribué à exacerber les tensions au Xinjiang au lieu de le stabiliser107 :

Distinguishing between genuine counter-terrorism and repression of minority rights is difficult and the Uighur case points to a lack of international guidelines for doing so. In any case, Chinese policies, not foreign-sponsored terrorism, are the cause of Uighur unrest. China's development and control policy in Xinjiang is unlikely to stabilize the region as long as development benefits remain so unevenly distributed (Oxford Analytica 20 December 2002: 2).

L'Organisation de Coopération de Shanghai, si elle a permis de façonner un cadre d'entente et de coopération avec les pays d'Asie Centrale d'un point de vue économique, reste assez faible d'un point de vue politique. En effet, la rivalité entre la Chine et la Russie au sein de l'Organisation de Coopération de Shanghai ne fait que s'accentuer, ces deux pays membres ne partagent pas la même vision de l'OCS. La Chine ainsi que nous l'avons précisé veut s'orienter vers une Zone de libre échange et a terme vers une Union Douanière. Or la Russie voit d'un oeil méfiant l'accroissement de la sphère d'influence économique chinoise dans son ancien « pré carré soviétique ». Il est difficile de prévoir la future marche à suivre de cette organisation multiforme, face à son évolution compliquée, coincée entre coopération sécuritaire et économique, certains auteurs la caractérisent d'organisation purement politique, essentiellement antioccidentale108, le futur de l'OCS est dès lors incertain.

105 Ibid.

106 Ibid.

107 Oxford Analytica 20 December 2002: 2, et Starr 2004: 6, Chapter IX. 108Analyse sur l'OCS, supra note 34.

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