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Contention et psychomotricité. Intérêt du soin psychomoteur dans une unité de soins intensifs en psychiatrie adulte.


par Louise LOZANO PICCOLO
ISRP Institut Supérieur de Rééducation Psychomotrice - Diplôme d'état de sychomotricien  2019
  

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3.4.3 Prise en charge en psychomotricité

Cette prise en charge psychomotrice s'est faite dans un contexte d'urgence quand l'accès à la parole n'était plus possible. L'objectif étant d'apaiser le patient et d'éviter l'escalade provoquée par l'impuissance de l'équipe soignante face à ce patient, incapable d'exprimer verbalement son mal-être. Ce contact permis par une médiation corporelle est parfois le seul point d'accès au patient. D'où la présence du psychomotricien dans ce contexte pour cette prise de contact, une bonne évaluation de la demande, une stimulation juste tout en évaluant l'impulsivité possible à travers son attitude tonique.

Le 04 Avril 2019, durant la matinée, nous entendons monsieur M., alors en chambre d'isolement, émettre de forts gémissements sans discontinuer. Nous allons le voir, deux infirmiers et moi-même. Son visage crispé, exprime une grande douleur morale, de la tristesse et une expression de son impuissance à maîtriser ce qui lui arrive. Il se tient debout dans une attitude catatonique, nous fait face et parfois se tourne vers le mur où il regarde son reflet dans une vitre opaque, se touchant le visage avec effroi. On peut penser par son attitude catatonique qu'il n'habite plus son corps, qu'il en est prisonnier, qu'il le subit. Son absence de mouvement et son expression faciale font penser à une perte de maîtrise très angoissante. L'attitude de se regarder dans le reflet de la vitre en se touchant le vissage fait penser à la dépersonnalisation, on peut sentir une angoisse dans l'absence de reconnaissance de lui-même. Les infirmiers tentent de lui parler mais il reste inaccessible à la parole, et continue de gémir. Il s'assied au sol, un infirmier lui tend la main lui proposant de s'asseoir sur son lit. S'asseoir au sol c'est aussi aller chercher un appui. Tout en continuant de gémir, il saisit la main et se laisse faire.

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J'ai compris à ce moment que notre présence lui était importante mais ne suffisait pas à le calmer, qu'il était en demande d'aide sans pouvoir l'exprimer verbalement. Il ouvre la possibilité du contact physique, c'est le premier geste qu'il fait envers nous. C'est un choix de sa part de passer par le contact physique. Les infirmiers se tournent vers moi, me demandant du regard si je pouvais intervenir. La demande de l'équipe, même non verbale est importante, c'est une volonté de porter ensemble le patient et d'être coordonnés pour amener au patient ce dont il a besoin au bon moment. C'est aussi connaitre les approches de ses collègues pour que les prises en charge soient soutenues psychiquement par tous. Je hoche la tête et m'approche, lui proposant de s'allonger sur son lit, il participe bien qu'il ait besoin de notre aide pour se placer sur le lit. Je le recouvre d'une couverture et commence une séance de toucher thérapeutique avec des pressions bilatérales en partant des pieds jusqu'à la tête. Il est immobile en décubitus dorsale, se laisse faire tout en continuant de gémir. Lentement je remonte jusqu'à son buste et il commence à s'apaiser peu à peu, ses gémissements cessent. Quand je redescends vers ses pieds pour faire un deuxième passage, ses gémissements reprennent et de la même façon, disparaissent quand j'atteins son buste. Les pressions amènent une notion de contenance, de solidité et augmentent les retours proprioceptifs rassurants dans la « présence » de son corps, ce qui paraissait lui faire défaut devant le miroir. Sans donner d'indications verbales, je ralentis ma respiration et l'amplifie pour qu'il l'entende. Il saisit le rythme de ma respiration et se cale dessus en expirant profondément. La respiration en mimétisme c'est lui donner la possibilité de retrouver rapidement la maîtrise d'une sensation intéroceptive, cette maîtrise est apaisante en plus d'apporter de la détente physiologique (ralentissement du rythme cardiaque). Le mouvement binaire de la respiration quand il est lent permet aussi une rythmicité continue (notion de continuité importante) et de bercement. J'arrive au niveau de sa tête et je sens qu'au contact de mes mains les traits de son visage se détendent. Le contact des mains sur le visage amène la détente en focalisant l'attention du patient sur les ressentis des contractions musculaires du visage et aide à les relâcher. Nous restons un moment avec lui, continuant ce travail de respiration, je garde une main sur son ventre. Travailler le moment de la séparation après un moment d'éprouvé intense, c'est aussi permettre une sensation de continuité, c'est assurer une présence au-delà des manifestations de mal-être, prendre le temps de rester en contact quand le patient va mieux. La séance se finit à l'arrivée du psychiatre pour l'entretien journalier ; monsieur M. est alors calme et accessible au dialogue, il parle avec le psychiatre à l'aide d'un interprète, sans barrage et de manière fluide.

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Nous pouvons penser cette prise en charge dans l'urgence comme nécessaire pour ce patient dans ce moment d'angoisse paroxystique. Cette demande d'aide, bien que non verbale, est formulée par le patient et a permis de créer un contact, contact qui à son tour lui a permis de s'apaiser et d'être disponible pour l'entretien de réévaluation des consignes et du projet de soin personnalisé. Il a pu verbaliser que la chambre d'isolement était très angoissante pour lui, ce qui a conduit à son ouverture sur une plus grande plage horaire.

Passer par le corps était le seul moyen de rentrer en contact avec lui. Le moment de crise qu'il vivait a amené monsieur M., à un moment de régression où il ne pouvait plus s'exprimer verbalement et il montrait sa souffrance comme le fait un enfant, en gémissant. Au-delà de la douleur qui était manifeste, cette manifestation était une demande d'aide et de contact. De la même manière qu'un enfant vient à pleurer plus fort quand il voit qu'on le regarde, plus qu'une manifestation physiologique, c'est une demande de contact. Aussi, si l'on prend en compte son inaccessibilité par la parole, on peut comprendre qu'il est préférable d'utiliser des modes de communication correspondant à son état de régression. Le toucher thérapeutique était à ce moment le moyen de communication le plus adapté, il contient une fonction de holding nécessaire quand l'enfant est en souffrance et a besoin d'être porté, rassuré, bercé. Le dialogue tonico-émotionnel permet d'apporter au patient - par l'ajustement tonique du thérapeute - un sentiment de sécurité, un apaisement. Le travail de la respiration en mimétisme donne un support au patient, grâce à la respiration du thérapeute, qui lui permet d'investisse sa propre respiration. C'est dans un premier temps la possibilité de souffler profondément, d'extérioriser sa souffrance, de pouvoir la projeter à l'extérieur du corps, elle a valeur de décharge émotionnelle. Dans un second temps c'est la reprise de la maîtrise d'un facteur, dans un contexte ou le patient est dans l'impossibilité de maîtriser ce qui lui arrive. En contrôlant sa fréquence respiratoire, ce sont tous les paramètres vitaux qui vont être modifiés. Avec l'activation du système parasympathique, la respiration lente et profonde permettra une diminution de la fréquence cardiaque et de la tension artérielle.

La présence du psychomotricien dans l'unité permet des interventions que l'on pourrait qualifier à « chaud ». D'une part, elles servent à faire une évaluation psychomotrice de l'état du patient pour aider au diagnostic, mais également évaluer la sthénicité du patient, la prise en compte de facteurs psychomoteurs comme la proxémie, le dialogue tonique, les réactions de prestances, le discourt infra-verbale. Ces signes cliniques sont difficilement perceptibles pour

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l'équipe aux vues de l'inaccessibilité par le langage qui pourrait être due, dans le cas de monsieur M, uniquement à la « barrière de la langue ». Cependant cette inaccessibilité au langage peut être retrouvé chez beaucoup de patient, en particulier avec la présence d'un mutisme ou d'un discourt non congruent avec leurs émotions. A la suite de ce temps d'évaluation, c'est aussi la possibilité d'entrer en contact avec lui par le dialogue tonico-émotionnel avec des stimulations apaisante et contenante. Ce temps qui pourra être bénéfique pour crée de l'alliance thérapeutique avec l'équipe et permette de faciliter les échanges avec le psychiatre.

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