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L'Union européenne et Chypre: autopsie d'un succès inachevé


par Meriem JAMMALI
Université Paris IV Sorbonne - Master Enjeux, conflits, systèmes internatinaux à l'époque moderne et contemporaine 2006
  

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Chapitre 2: Les différents protagonistes de la crise chypriote

Il s'agit essentiellement de donner une idée brève des stratégies superposées des différents acteurs impliqués dans l'affaire chypriote avant sa candidature à l'Union européenne. Chypre est non seulement un pays insulaire divisé occupant une position géostratégique exceptionnelle en Méditerranée orientale, mais aussi un objet d'enjeux -parfois sanglants- entre trois puissances : le Royaume-Uni, la Grèce et la Turquie53(*). Le déséquilibre des parties décrivant les jeux complexes de ces politiques s'explique par le poids de chaque acteur.

I. La Grande Bretagne

Chypre constitue une pièce maîtresse de la politique britannique en Méditerranée orientale. Elle jouit d'une position stratégique permettant aux Britanniques d'oeuvrer dans cette région et dans celle du Moyen-Orient. Même après l'indépendance en 1960, la Grande Bretagne a conservé ses deux bases militaires dans l'île. Tout ceci, bien évidemment, au prix d'inévitables hostilités interétatiques surtout gréco-turques et des quelques affrontements entre les deux communautés. Grâce à sa politique « diviser pour mieux régner », la couronne britannique a toujours su exploiter en sa faveur les conflits ethnico-religieux. Elle a ainsi adopté une politique d'étapes pour arriver à ses fins géostratégiques. En effet, après l'éviction des Ottomans et l'annexion de Chypre en 1925 lorsque la Turquie renonce définitivement à l'île avec le traité de Sèvres et plus tard par celui de Lausanne. Néanmoins, la Grande-Bretagne n'a pas fini avec la Turquie. Elle utilise Chypre comme monnaie d'échange pour former des coalitions ou obtenir des faveurs de tel pays ou tel autre. Ainsi, à titre d'exemple, la Grande-Bretagne n'a pas hésité à promettre Chypre au roi Constantin de Grèce à condition que ce dernier entre en guerre à côtés des Alliés. Mais devant le refus de ce dernier, l'espoir de voir Chypre et la Grèce réunies a été avorté. Lorsque Vénizelos renverse le roi Constantin et la Grèce entre en guerre à côté des Alliés, l'Angleterre fait la sourde oreille et oublie ses promesses.

A partir de 1955, l'île connaît les affres de la décolonisation. Ainsi, entre 1955 et 1959, afin de réaliser l'Enosis, les nationalistes grecs de l'EOKA ont-ils livré une guérilla sans merci aux troupes britanniques. Soucieuse de sauvegarder ses intérêts stratégiques, Londres rejette ces revendications et fait appel à la Turquie. A ce propos, Henry Kessinger affirme que « paradoxalement, la soumission à un adversaire extérieur plus puissant s'est souvent révélée plus tolérable que l'autorité d'un adversaire ethnique abhorré occupant le même territoire. »54(*).

* 53 THEOPHYLACTOU (D) A., Security Identity and Nation Building, Vermont, USA, 1995, p. 3.

* 54 KESSINGER (H), Loc.cit., p.172

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