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Un champ scientifique à l'épreuve de la Seconde guerre mondiale les revues de géographie françaises de 1936 à 1945


par Laurent Beauguitte
Université Paris 7 - Master 1 2007
  

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Le choix du corpus

Le sujet de cette recherche est la production des revues de géographie française entre 1940 et 1944. Cette étude porte sur deux aspects complémentaires : les difficultés de fonctionnement des revues en temps de guerre, la perméabilité éventuelle du champ scientifique aux idéologies vichyssoises. Aussi, n'étant a priori pas concernés par le deuxième aspect, les bulletins de géographie physique n'ont pas été étudiés. Les principales revues scientifiques continuant à paraître pendant la période considérée ont été prises en compte. Le corpus constitué comprend, par ordre alphabétique :

- les Annales de géographie (noté AG dans la suite du texte)

- le Bulletin de la Société Languedocienne de Géographie (BSLG)

- le Bulletin de l'Association de Géographes Français (BAGF)

- les Études Rhodaniennes (ER)

- la Revue de Géographie Alpine (RGA)

- la Revue de Géographie des Pyrénées et du Sud-Ouest (RGPSO).

Sur ces six revues, deux seulement (AG et BAGF) ont vocation à couvrir l'ensemble du champ disciplinaire et la totalité de l'espace géographique. Les quatre autres mettent au centre de leurs préoccupations les recherches de géographie régionale.

L'éditorial du BSLG affirme en 1930 que le bulletin reste fidèle au programme défini dès 1878 : « encourager par tous les moyens possibles la vulgarisation et le développement des études géographiques, servir les intérêts commerciaux, industriels et agricoles de la région » (Thomas4(*), 1930, p.5). Si le BSLG est au départ largement ouvert aux récits d'explorateurs, il se replie sur l'étude régionale après la première guerre mondiale (Faidutti, 1990, p.311). Les Études rhodaniennes affirment leur « limitation fondamentale à l'étude des régions du Rhône » (Allix, 1935, p.10). La RGA, dès le départ, entend se consacrer « presque exclusivement à l'étude géographique du Sud-Est de la France » (Recueil des travaux de l'Institut de Géographie Alpine5(*), 1913, tome I, p.1). Les exceptions concernent des travaux portant sur des montagnes étrangères, et les travaux réalisés à l'étranger par Raoul Blanchard, au Canada notamment, et par ses élèves (Jacques Richard-Molard). Daniel Faucher, directeur de la RGPSO, se félicite en 1936 car « peu à peu, nous couvrons d'études diverses tout le Sud-Ouest » (Faucher, 1936, p.401). Pour éviter autant que faire se peut les répétitions, AG et BAGF seront parfois appelées les revues parisiennes, les quatre autres seront souvent nommées revues régionales.

L'information géographique n'a pas été prise en compte. Le régime de Vichy a montré un vif intérêt pour les questions pédagogiques (Giolitto, 1991 ; Lefort, 1992, p.35-37) mais en évaluer l'impact éventuel sur le contenu de la revue nécessiterait une étude à part entière. L'argument principal justifiant cette exclusion est donné par André Cholley lui-même :

« nous laisserons systématiquement de côté la publication de travaux géographiques originaux. La recherche scientifique reste en dehors de notre domaine. Nos préoccupations sont d'ordre essentiellement pédagogiques : l'enseignement de la géographie seul nous intéresse » (Cholley, 1936, p.1).

De plus, la revue interrompt sa parution d'avril 1942 à juin 1945. Si d'autres revues étudiées ont, elles aussi, connu des interruptions de publication (ER, un seul tome pour les années 1940-1941, pas d'AG en 1944, pas de RGPSO en 1945), jamais elles ne furent aussi longues.

Le Bulletin de la Société de Géographie de Lille n'a pas été étudié. Malgré la présence dans les tables des matières de noms prestigieux (en 1939, Max Sorre, André Siegfried), et la présence, parmi les collaborateurs, de Pierre Deffontaines et de Roger Dion, ce bulletin juxtapose des contributions beaucoup trop hétérogènes pour pouvoir être considéré comme une publication scientifique. Ainsi, en 1938, un article présente la christianisation comme solution au conflit sino-japonais, et l'auteur de conclure que :

« pour sortir du bouleversement actuel - les événements d'Extrême-Orient n'en sont qu'un épisode - il faut dire : obéissez d'abord à la loi de Dieu et le reste, paix et prospérité s'ensuivra. Ce sera vrai en Extrême-Orient comme c'est vrai partout !» (Bernard, 1938, p.140).

Le Bulletin de la Société de géographie et d'études coloniales de la ville de Marseille, co-dirigé par Ernest Bénévent, n'a pas été étudié. Il s'agit en effet d'une revue dont les articles concernent principalement l'histoire de la conquête de l'Empire français.

Le Bulletin de l'IFAN (Institut Français d'Afrique Noire) comprend de nombreux articles géographiques. Il a cependant été écarté du corpus. Si les géographes y apportent une contribution non négligeable, les ethnologues, instituteurs, administrateurs des colonies et autres militaires forment une grande partie des auteurs. La revue est ainsi classée dans la catégorie ethnographie dans la « liste des périodiques nécessaires aux études scientifiques » établie en mai 1942 (Duclert, 1997, p.195). Mais la raison principale justifiant son exclusion est que, si les numéros 1 et 2 de 1940 sont imprimés en décembre 1941, les numéros 3 et 4 de la même année le sont en octobre 1946. Les numéros de 1941 et 1942 sont imprimés en mars 1947. Il est donc illusoire d'espérer y trouver autre chose que les stéréotypes raciaux et la vulgate coloniale en vogue à l'époque.

* 4 Les noms placés entre parenthèses et en italique renvoient à la liste des articles cités placée en annexe.

* 5 Le changement de nom intervient en 1920, sans qu'il y ait modification de contenu ou de présentation

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