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La communication participative communautaire au Sénégal

( Télécharger le fichier original )
par Sébastien Froger
Universite Stendhal Grenoble 3 - Institu de la communication et des médias - Master 2 communication scientifique et technique 2005
  

Disponible en mode multipage

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Institut de la Communication et des Médias
Université Stendhal Grenoble 3
UFR des sciences de l'information et de la communication

Mémoire de Master Communication scientifique et technique

La communication participative communautaire au

Sénégal :

Un outil pour faciliter la sensibilisation et le
développement de la culture scientifique?

Préparé par :
Sébastien FROGER

Sous la direction de :

Claudine CARLUER

Remerciements

Je veux tout d?abord exprimer ma reconnaissance au représentant de l?Institut de Recherche pour le Développement au Sénégal, Monsieur Christian Colin, pour avoir permis le déroulement de ce stage.

Je tiens à remercier Madame Jacqueline Thomas pour m?avoir accueilli au sein de son service et pour le temps qu?elle a pu consacrer au suivi de ce stage, ainsi qu?à tout le personnel de l?IRD au Sénégal pour l?aide qui m?a été apportée.

J?aimerais également remercier Monsieur Maurice Fay pour ses conseils précieux, ainsi que toutes les personnes que j?ai rencontrées et qui m ?ont aidé à l?élaboration de ce travail, et plus particulièrement les professeurs et chercheurs participant aux activités des clubs de Jeunes de Recherche et de Développement pour leur disponibilité et leur aimable collaboration.

Enfin, je désire remercier Madame Claudine Carluer pour avoir suivi avec attention le déroulement de ce stage et avoir apporté ses conseils à l?élaboration de ce rapport.

Abréviations et sigles

Structures de recherche :

BRGM : Bureau de Recherches Géologiques et Minières CNRA : Centre National de Recherches Agronomiques CNRS : Centre National de Recherche Scientifique

CRDI : Centre de Recherche pour le Développement International

IFAN : Institut Fondamental d'Afrique Noire

IRD : Institut de Recherche pour le Développement ISRA : Institut Sénégalais de Recherches Agricoles

ORSTOM : Organisme de Recherche Scientifique des Territoires d'Outre Mer

Organismes de développement :

FAO : Food and Agriculture Organization

OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Economiques USAID : United States Agency for International Development

UNESCO : United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization NEPAD : New Partnership for Africa's Development

PNUD : Programme de Nations Unies pour le Développement

Autres abréviations :

CFA (franc) : Franc de la Communauté Française d'Afrique

EPST : Etablissement Public à Caractère Scientifique et Technique

IDH : Indice de Développement Humain

IST: Infection Sexuellement Transmissible

JRD (club) : Club de Jeunes de Recherche et de Développement

MST : Maladie Sexuellement Transmissible

ONG : Organisation Non Gouvernementale

PIB : Produit Intérieur Brut PED : Pays En Développement

PDS : Parti Démocratique Sénégalais PMA : Pays les Moins Avancés PMD : Pays Moins Développés

PVD : Pays en Voie de Développement

RTS : Radiodiffusion Television Senegalaise

SIDA : Syndrome d'Immuno Déficience Acquise

VIH : Virus de l'Immunodéficience Humaine

Sommaire

Remerciements 2

Abréviations et sigles 3

Introduction 6

Présentation du sujet 6

Le contexte : La situation au Sénégal 8

Données générales sur le Sénégal 8

L ?état de la recherche au Sénégal 10

La culture scientifique en Afrique de l?Ouest et au Sénégal : ses enjeux 11

L?éducation 12

Les modes de communication 13

Les systèmes d'information traditionnels 13

Les centres de documentation 14

Les médias de masse 15

Première partie - Présentation du concept de communication participative 16

I. La communication pour le développement 16

I. 1. La communication pour le développement et ses enjeux 16

I. 2. Historique de la communication pour le développement à travers ses différents modèles 18

a. Le paradigme de la modernisation et la théorie de la diffusion 19

b. Le paradigme de dépendance 21

c. Le paradigme d'un autre développement 22

d. Les nouveaux modèles de communication 22

I. 3. Les échecs et lacunes dans le domaine 23

II. La communication participative communautaire 27

II.1. Le modèle participatif 28

a. Les différents niveaux de participation 29

b. Les éléments fondamentaux de la communication participative 30

II.2. Adaptation de la démarche au développement de la culture scientifique 34

a. Entrer en contact avec la communauté et s'informer du contexte local 35

b. Faire participer la communauté 36

c. Choisir les outils de communication appropriés 37

d. Planifier le suivi du projet 38

e. Assurer le suivi du projet en tant que «facilitateur» 39

f. Etablir une méthode d'évaluation et d'exploitation des résultats 40

g. Se retirer de la communauté 40

Deuxième partie - Application de la communication participative et pistes de réflexion pour
améliorer le concept 41

I. L'application de la démarche participative au club JRD de Niakhar 41

I.1. Présentation des clubs de Jeunes de Recherche et de Développement de l ?IRD 41

I.2. Le club JRD utilité de l?état civil?? de Niakhar 42

a. Objectifs du club 43

b. Vie du club 43

I.3. Participation au sein du club 44

a. Choix de l'outil de communication 45

b. Réalisation des sketchs 47

c. La mise en scène et les répétitions 48

I.4. Bilan 49

a. Méthodologie 49

b. Bilan avant la mise en place de la communication participative 49

c. Aspects positifs 50

d. Difficultés 51

e. Evaluation de la pertinence de la démarche 52

I.5. Conclusion et perspectives 54

II. Limites de la communication participative et pistes de réflexion pour adapter le concept à la sensibilisation au niveau communautaire 56

II.1. Limites et difficultés : des solutions ? 57

a. Conditions préalables à la mise en place d'une communication participative 57

b. Risques de conflits 57

c. Risques de manipulation 58

d. Apporter des connaissances sans les imposer 59

e. Démarche tributaire des praticiens 60

f. Coût pour les participants 61

g. Contrainte de temps, souplesse 62

h. Spécialisation des ONG 62

II.2. Pistes de réflexion et axes de recherches pour développer le concept 63

a. Evaluation des projets de communication participative 63

b. Complémentarité et concurrence des médias 64

c. Accès à l'information 65

d. Le rôle de facilitateur 66

e. Interdisciplinarité 68

f. Recherches 69

g. Autres pistes 70

Conclusion 71

Bibliographie 73

ANNEXES 77

Introduction

" Former les esprits sans les conformer, Les enrichir sans les endoctriner,

Les aimer sans les enrôler

Leur communiquer une force Dont ils puissent faire leur force

Les séduire par le vrai

Pour les amener à leur propre vérité

Et leur donner le meilleur de soi Sans attendre ce salaire

Qu'est la ressemblance "

Jean Rostand

Présentation du sujet

Au Sénégal, comme sur quasiment tout le continent Africain, cela fait 50 ans que l'on parle de «développement» des pays pauvres.

Pourtant, les inégalités sont toujours plus marquées entre les pays occidentaux et les pays du sud, particulièrement pour ce continent, qui constitue pourtant une «priorité» des organisations internationales de développement.

Ces mêmes organismes, ainsi que tous les acteurs du développement, ou devrait-on dire des développements (économique, social, structurel etc.), s'accordent à dire depuis des années qu'il n'y a pas de développement sans communication.

La communication pour le développement, intimement liée à la notion de développement, a connu une évolution radicale depuis les années 1950-1960, date des premières campagnes qui utilisaient les médias de masse pour faciliter la croissance économique de ces pays.

Après les échecs constatés de cette méthode, différents modèles de communication se sont succédés et ont été améliorés, en lien avec l'évolution même de cette notion.

Aujourd'hui, le caractère endogène du développement influence grandement les modèles de communication. La priorité est à la prise en main par les populations de leur propre développement. Ces 50 dernières années d'études et d'expériences pratiques montrent que la communication pour le développement est plus efficace au niveau interpersonnel ou

communautaire, quand il s'agit de responsabiliser des gens, leur faire adopter un changement de comportement ou encore une innovation.

Mais le quasi consensus s'arrête ici. Les chercheurs et acteurs du domaine y vont tous de leur propre modèle, de leur vision, pour parvenir au développement d'une communauté facilité par la communication.

La complexité et l'importance des enjeux liés à ces notions de développement rendent la tâche complexe. Il faut pouvoir intégrer les dimensions socio-culturelles, environnementales et économiques à l'échelle locale et globale, bref toutes les caractéristiques du milieu.

La communication ne peut pas alors se contenter de faciliter la mise en place de projets de développement, pour faciliter l'acceptation par les bénéficiaires. Elle doit également permettre la sensibilisation des populations sur des thèmes aussi vastes que la santé publique, l'environnement ou la citoyenneté. Et ce n'est pas tout : la recherche joue également un rôle capital dans le développement, en apportant des innovations techniques notamment. Or la transition recherche/développement pose actuellement d'énormes problèmes, pour des raisons multiples, tels le manque d'acceptation par les bénéficiaires, faute de culture scientifique, ou l'inadéquation des innovations avec les difficultés rencontrées sur le terrain.

Autant de paramètres et de défis auxquels doit répondre la communication pour le développement.

Alors quel modèle de communication adopter ? La question est aussi vaste que complexe. Dans le cadre de ce travail, nous tenterons de répondre à la problématique suivante : Comment valoriser les recherches scientifiques pour le développement au niveau communautaire et faciliter leur application? Quels outils et stratégies de communication adopter ?

Ce mémoire est élaboré dans le cadre d'un stage au sein de l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) du Sénégal, un Etablissement Public à caractère Scientifique et Technique (EPST) Français. Il est implanté dans 48 pays, majoritairement dans des Pays En Développement (PED).

Les missions fondamentales de l'IRD sont de promouvoir la recherche scientifique dans les PED, de faire progresser la recherche pour le développement et l'expertise.

Dans le cadre de la promotion de la recherche scientifique dans les PED, l'IRD a depuis quelques années initié la création de clubs Jeunes Recherche pour le Développement (JRD). C'est au sein de ces clubs au Sénégal que nous sommes intervenus, en tant qu'animateur, pour la réalisation d'outils pédagogiques, et pour établir un bilan des clubs existants.

En s'appuyant sur les recherches menées actuellement en communication pour le développement et sur cette expérience pratique de terrain, nous essaierons de démontrer comment la communication participative peut représenter un modèle de communication efficace pour répondre aux enjeux du développement. Ceci, en s'appuyant sur le caractère endogène du développement, en rendant les populations actrices de leur développement, en les incluant dans le processus de décision dès l'initiative du projet.

Puis, après avoir constaté les limites et lacunes de ce modèle à l'aide d'une expérience menée sur le terrain, nous tenterons de livrer des pistes de réflexion pour améliorer le concept.

Le contexte : La situation au Sénégal Données générales sur le Sénégal

Situé à la pointe occidentale de l'Afrique, le Sénégal est limité à l'Ouest par l'Océan Atlantique, à l'Est par le Mali, au Nord par la Mauritanie et au Sud par la Guinée Bissau et la République de Guinée.

Pour une superficie de 196 722 Km2, la population du Sénégal est estimée à 9,8 Millions d'habitants en 2002, avec un taux d'accroissement de 2,7 % par an, du à la baisse de la mortalité et au niveau élevé de la fécondité. Le pays est en pleine transition démographique, avec une population très jeune (58 % de la population a moins de 20 ans) et largement concentrée dans les grandes villes.

La société sénégalaise est composée de nombreuses ethnies et compte 95 % de musulmans, avec plusieurs confréries religieuses dont les plus importantes sont les Tidianes et les Mourides.

Mais cette Fédération ne tarde pas à éclater et, le 5 septembre 1960, Léopold Sédar Senghor devient le premier Président de la république du Sénégal.

Avec Abdou Diouf, issu, comme Senghor, du parti socialiste, ils resteront à la tête de l'Etat pendant quarante ans. En 2000, Abdoulaye Wade, l'actuel Président de la république, chef du PDS -- parti libéral - leur succède.

D'un point de vue économique, on observe une croissance régulière de 5 % par an, depuis la dévaluation du franc CFA en 1994. Les grands secteurs de l'activité économique sont l'agriculture, la pêche, le tourisme et les sociétés de services.

Malgré ce taux de croissance apparemment important, la grande majorité de la population connaît des difficultés financières.

C'est notamment ce que montre l'Indice de Développement Humain (IDH), créé par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), qui est basé sur l'espérance de vie, le taux de scolarisation et le PIB par habitant (PIB rapporté au pouvoir d'achat). Sur les 177 pays classés selon l'IDH, le Sénégal arrive en 157ème position en 2002, ce qui le met sur la liste des Pays les Moins Développés (PMD) ou Pays les Moins Avancés (PMA)

Taux d'inflation:

0,7%

Taux de croissance:

5,5%

Revenu / habitant (2000) :

500 dollars

PIB / habitant (rapporté au pouvoir d'achat, valeur 2000):

1.510 dollars

Dette extérieure totale (1999):

2,9 milliards de dollars US

Service de la dette par rapport au PIB (2000):

6,7%

Monnaie:

Franc CFA

Classement selon l'IDH (2002):

ème

157

Tableau I : Quelques indications sur l'économie sénégalaise 1

1 Source : http://www.pnud.org (consulté le 01/08/2005).

L'état de la recherche au Sénégal

La recherche scientifique et technologique au Sénégal a hérité en grande partie du système colonial français 2. C'est le cas de :

- l 'IFAN : Institut Français d'Afrique Noire, devenu Institut Fondamental d'Afrique Noire ;

- le CNRA : Centre National de Recherche Agronomique de Bambey, devenu ISRA (Institut Sénégalais de Recherche Agricole) ;

- l'ORSTOM : Office de Recherche Scientifique des Territoires d'Outre Mer, actuel IRD (Institut de Recherche pour le Développement) ;

- le BRGM : Bureau de Recherche Géologique et Minière ;

- et l'Institut Pasteur.

Certains de ces organismes, comme l'IRD, sont toujours français. Une partie importante des chercheurs vient de France.

Comme dans beaucoup de pays africains, en particulier en Afrique de l'Ouest, la recherche, bien que de plus en plus développée, n'a que peu de légitimité au plan international. Les publications restent le plus souvent nationales et n'ont pas de reconnaissance en dehors des frontières du pays, ou de l'Afrique.

La recherche dans le domaine privé est quasiment nulle et la recherche publique souffre d'un manque de structure au niveau administratif.

En effet, depuis 30 ans les remaniements successifs de l'organe directeur de la politique scientifique (d'abord Direction des Affaires Scientifiques et Techniques en 1968, puis Ministère en 1983, puis purement et simplement supprimé trois ans plus tard pour 10 ans, etc.) constituent un des problèmes majeurs du secteur et de son développement, avec un manque de moyens financiers évident 3.

En outre, problème supplémentaire, on constate une fuite des cerveaux vers l'Europe et les Etats-Unis. Les étudiants vont faire leur thèse dans les pays développés et restent souvent dans ceux ci, faute de moyens suffisants dans leur pays.

2 GAILLARD J., La coopération scientifique et technique avec les pays du Sud : peut-on partager la science ?, Karthala, Paris, 1999, p.18. , 345 p.

3 GAILLARD J., WAAST R., L'aide à la recherche en Afrique subsaharienne : comment sortir de la dépendance ? : Le cas du Sénégal et de la Tanzanie, in Autrepart, No 13, France, 2000, p. 71-89.

Sans doute existe-t-il néanmoins un véritable organe de recherche au Sénégal, avec des chercheurs compétents et des résultats. On assiste à une véritable prise de conscience des autorités politiques des enjeux que soulève la recherche scientifique.

Mais ce secteur se heurte à une autre difficulté, située en amont celle-là : la quasi absence de culture scientifique. La population voit les priorités ailleurs que dans ce domaine souvent opaque, aux retombées difficiles à estimer pour des non spécialistes.

La culture scientifique en Afrique de l'Ouest et au Sénégal : ses enjeux

Avant de pouvoir donner un aperçu de la culture scientifique au Sénégal, il faut s'accorder sur la définition du terme, loin d'être évidente.

Le terme culture renvoie à des notions différentes selon le point de vue adopté : celui du linguiste, du sociologue, de l'anthropologue, etc.

Ainsi Edgar Morin a-t-il souligné :

« Au sens anthropologique, la culture est ce qui n'est pas héréditaire. Il y a bien sûr la culture d'une société
nationale ou régionale. La culture peut également être le développement personnel d'un individu (ce que l'on
entend par culture générale). Et enfin, la culture est l'aptitude à pouvoir situer un problème dans un ensemble.»
4

Jean Audouze 5 lui, définit la science comme ce qui peut être contredit.

En rapprochant ces réflexions, la culture scientifique et technique serait la capacité à émettre une opinion ou à porter un regard critique (au sens large) sur le progrès scientifique.

On peut avancer (prudemment) une définition, qui ne pourra que difficilement contenter tous les spécialistes :

« La culture scientifique peut être définie comme la capacité d?utiliser des connaissances scientifiques pour identifier les questions auxquelles la science peut apporter une réponse et pour tirer des conclusions fondées sur des faits en vue de comprendre le monde naturel ainsi que les changements qui y sont apportés par l?activité humaine et de contribuer à prendre des décisions à leur propos » 6

Rapportée au Sénégal, autant dire qu'il n'existe pas de culture scientifique.

De l'aveu même du recteur de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Abdou Salam Sall :

4 M ORIN E., Qu'est-ce que la science apporte à la culture? [en ligne], in Les rencontres CNRS sciences & citoyens disponible sur : http://www.patoche.org/alone/references/cedric/cnrs/refc004.htm (consulté le 04/08/2005).

5 AUDOUZE J., Quest-ce que la science apporte à la culture? [en ligne], in Les rencontres CNRS sciences & citoyens disponible sur : http://www.patoche.org/alone/references/cedric/cnrs/refc004.htm (consulté le 04/08/2005).

6 OCDE, Connaissances et compétences en mathématiques, lecture, sciences, résolution de problèmes, Ocdé, Paris, p.147.

« La culture et la vulgarisation scientifique sont 'un gros problème" au Sénégal. Autant le Sénégal dispose 'd'excellents" scientifiques et chercheurs, autant il y a d'énormes difficultés pour aller au coeur de nos sociétés y introduire la science et donner le goût des filières scientifiques » 7.

Le Ministre Sénégalais de la Recherche, Christian Sina Diatta, semble conscient des enjeux soulevés par la question de la vulgarisation et de la culture scientifique. Dans un entretien paru dans «Le Quotidien» du 27 mars 2003, il confie aux journalistes que les chercheurs se doivent de rendre accessible leurs recherches, de faire comprendre à la population et plus particulièrement aux jeunes les enjeux de la recherche, pour la crédibiliser et la démocratiser. Mais il est également conscient des difficultés rencontrées :

« Les journaux scientifiques passent difficilement, parce que peu de gens les achètent et les journaux en général ont quelques difficultés à maintenir les pages scientifiques pour la vulgarisation scientifique »8.

L'éducation

Bien sûr, l'éducation a son rôle à jouer dans le développement de la culture scientifique. Pourtant, les filières scientifiques à l'université Cheikh Anta Diop sont délaissées au profit des filières littéraires (30% contre 70%).

Nous ne nous attarderons pas à en chercher les multiples raisons. Mais le système éducatif, avec ses nombreuses failles (en particulier aux niveaux primaire et secondaire), a probablement une part de responsabilité.

Le système scolaire d'Etat actuel est l'héritage du modèle colonial Français. Peu d'évolution depuis l'indépendance de 1960, si ce n'est un taux de scolarisation en nette hausse. Ce système très rigide n'est pas bien adapté au contexte local, puisque calqué sur un modèle désuet 9.

Les statistiques attestent que malgré des efforts récents, les résultats ne sont pas satisfaisants :

7 SALAM SALL A., interview publiée le 10 décembre 2004 par l'Agence de Presse Sénégalaise, Dakar.

8 SINA DIATTA C., entretien publiée le 27 mars 2003 dans « Le Quotidien », Dakar, 2003

9 Ministère de l'éducation nationale du Sénégal, le développement de l?éducation rapport national du Sénégal, UNESCO, Avril 2001

Taux d'alphabétisation des adultes, Hommes, (2000)

47

%

Taux d'alphabétisation des adultes, Femmes (2000)

28

%

Taux de scolarisation dans le primaire, net, Hommes (1998-2002)

61

%

Taux de scolarisation dans le primaire, net, Femmes (1998-2002)

54

%

Taux d'enfants entrés en première année et atteignant la cinquième, 1998- 2001

68

%

Taux de scolarisation dans le secondaire, brut, Hommes (1998-2002)

22

%

Taux de scolarisation dans le secondaire, brut, Femmes (1998-2002)

15

%

Tableau 2 : taux de scolarisation au Sénégal 10

Dans ces conditions, des systèmes concurrents ou complémentaires au système scolaire d'Etat ont vu le jour, parmi lesquels les écoles privées, les écoles communautaires et les écoles coraniques (écoles traditionnelles).

Les modes de communication

Pour terminer ce tour d'horizon des données relatives au contexte de cette étude, il faut encore se pencher sur les systèmes de communication dont dispose le Sénégal.

On peut distinguer deux types de modes de communication : les modes traditionnels, encore utilisés, particulièrement en milieu rural ; les médias modernes ou de masse (on peut assimiler les deux au Sénégal, les médias de masse étant apparus récemment, avec la colonisation).

Les systq~mes d'information traditionnels

- Le griot : il était à la fois un messager et le porte-parole des notables. Il arrive encore de nos jours que des griots parcourent les rues pour annoncer des événements. Bien qu'ils fassent plus partie du folklore aujourd'hui, ils conservent un rôle informatif, surtout en milieu rural.

10 PNU D, Rapport national sur le développement humain, Sénégal, 2003

- Les mosquées : le Sénégal est un pays fortement islamisé. Sa population compte 95% de musulmans et presque chaque quartier compte une mosquée équipée d'un dispositif sonore. Ce dispositif est utilisé pour appeler les fidèles musulmans à la prière cinq fois par jour. C'est également un instrument de sensibilisation dont on se sert pour annoncer des nouvelles à tout le quartier.

- I PtEteLJ LSPXPEte : les conseillers et autres dignitaires des royaumes du Sénégal avaient pour habitude de se concerter sur une place publique dénommée « arbre à palabre ». Cette place était surtout fréquentée par les notables et personnes âgées. Dans certains villages, la tradition se perpétue, les hommes se réunissant pour prendre les décisions concernant le village, ou simplement discuter, échanger des informations, émettre des opinions.

- Les rites : dans certaines ethnies Sénégalaises, les rites initiatiques ont longtemps marqué le passage de l'enfance à l'age adulte. Au cours du rite, était transmise aux initiés toute la sagesse que requiert la vie d'adulte. Par ce biais, on apprenait aux enfants tout ce qui leur permettait d'assumer leur nouveau rôle dans la société.

Les survivances animistes dans certaines régions enclavées du Sénégal permettent de perpétuer cette tradition, en particulier en Casamance chez les Diolas, et au pays Bassari.

Ces systèmes d'informations, toujours présents aujourd'hui, montrent une tradition de l'oralité profondément ancrée dans la culture ouest africaine.

Avec l'influence occidentale, le développement du pays et des technologies de l'information et de la communication, le Sénégal a adopté de nouveaux systèmes de communication et d'information, tels que les bibliothèques, la poste, la radio, la télévision, la presse écrite, le téléphone, le fax ou encore l'Internet.

Les centres de documentation

- Les centres documentaires sont généralement rattachés à des institutions de recherche ou d'enseignement. Ils occupent une place importante dans le paysage documentaire du Sénégal. Leur public est spécifique, souvent constitué de chercheurs ou d'étudiants du supérieur.

- Les bibliothèques scolaires sont conçues spécialement pour les écoles. Leur public est exclusivement constitué des élèves de l'école dont elles dépendent.

- Les bibliothèques publiques sont ouvertes au grand public et, contrairement aux autres centres documentaires, elles ne sont pas spécialisées. Elles sont rares et souvent mal fournies.

Les médias de masse

De grandes mutations ont eu lieu dans le paysage médiatique Sénégalais, suite à la libéralisation de celui-ci en 1991. Les médias, en particulier les radios communautaires et la presse, se sont développés, laissant davantage d'espace à la liberté d'expression.

- La radio : le Sénégal compte actuellement environ 60 chaînes de radio, dont beaucoup sont communautaires. On peut citer entre autres Manoré, Oxyjeunes, Environnement ou Ndef Leng.

Ces radios communautaires ont l'avantage de prêter la parole aux populations qui peuvent donner leur avis sur la gestion de leur collectivité, émettre des opinions, critiquer etc. La radio au Sénégal est un lieu où se manifeste largement la liberté d'expression.

- La presse écrite : depuis quelques années, la presse écrite a également connu une grande évolution. Elle joue un rôle important dans le renforcement de la démocratie (journaux d'opinion, d'opposition politique, satyriques, etc.). Il existe actuellement un douzaine de quotidiens et de nombreux hebdomadaires.

- La télévision : contrairement à la presse ou la radio, la télévision ne jouit pas de la diversité et de l'espace de discussion dont profitent les autres médias. En dehors de la chaîne de télévision nationale, où le discours est très complaisant à l'égard du pouvoir en place (RTS), il n'existe qu'une chaîne de télévision privée Sénégalaise (RTS2), avec une couverture moins importante du territoire.

Première partie - Présentation du concept de communication participative

I. La communication pour le développement

Au préalable, il faut tenter d'apporter une définition de ce que représente pour nous la notion de développement.

Il ne s'agit pas de développement économique ou social, ni même de développement structurel, mais plutôt de développement humain, comme définit par le PNUD en 1990 :

« Les individus sont la véritable richesse d ?une nation. Le développement a pour objectif fondamental de créer un environnement qui offre aux populations la possibilité de vivre longtemps en bonne santé. Cela peut sembler une évidence. Mais celle ci est souvent oubliée dans la course à l?accumulation de biens et des avoirs financiers [...] Ce que nous appelons développement humain est le processus qui élargit l?éventail des possibilités offertes aux individus » 11

Il n'existe pas « un » mais « des » développements, selon des modes et des objectifs différents, fonction du contexte et de l'environnement des populations concernées.

Nous verrons dans cette partie ce qu'apporte la communication au développement à travers leur histoire commune, pour ensuite présenter plus précisément le modèle qui nous intéresse : la communication participative communautaire.

I. 1. La communication pour le développement et ses enjeux

Selon John Monyo, sous-directeur général pour le développement durable à la FAO (Food and Agriculture Organization) :

«La communication pour le développement est au coeur d?un défi majeur - associer les populations pauvres aux processus de prises de décisions qui influent sur leurs vies. Quand elle atteint ses objectifs, la Communication pour le développement est un outil puissant qui contribue à la réduction de la pauvreté et de la faim tout en encourageant des processus démocratiques et des changements sociaux dans de nombreux pays, particulièrement dans les secteurs de l?agriculture et du développement rural.» 12

11 PNUD, human development report 1990 [en ligne], 1990, PNUD, disponible sur http://hdr.undp.org/reports/global/1990/en/ (consulté le 04/08/2005)

12 MONYO J., Neuvième Table ronde des Nations Unies sur la Communication pour le développement [en ligne], septembre 2004 Rome, Italie, disponible sur http://www.fao.org/sd/dim_kn1/kn1_040701a4_en.htm (consulté le 22/07/2005)

Tout comme la majorité des acteurs du développement, John Monyo voit donc la communication pour le développement comme un outil nécessaire au processus de développement.

Aujourd'hui, le développement d'un pays ne se conçoit pas sans la mise en place d'une politique de communication. Au niveau national, mais aussi local.

Colin Fraser et Jonathan Villet résument ainsi cette vision de la communication pour le développement :

«Si le développement était une étoffe tissée par les activités de millions de personnes, la communication serait le fil qui les relie ensemble...L'utilisation planifiée des techniques et activités de communication et des médias met au service de la population des outils puissants pour faire l'expérience des changements et même pour les diriger. Un échange intense d'idées entre tous les secteurs de la société peut conduire la population à s'engager plus fortement pour une cause commune. C'est un élément fondamental pour un développement approprié et durable.» 13.

Au-delà des formulations générales et du consensus sur l'utilité de la communication pour le développement, cette notion cache des définitions variées et autant de points de vues.

Cette expression est parfois employée pour qualifier la contribution générale de la communication au développement de la société, ou encore pour désigner la discussion des thèmes de développement dans les médias.

Mais comme nous l'avons vu précédemment, et ce sera le cas pour le reste de l'étude, elle renvoie généralement à l'exploitation planifiée de stratégies et de processus de communication visant le développement.

Au sein même de cette dernière définition, il existe un vaste champ d'études recelant plusieurs approches, idéologies et courants de pensées. On peut citer parmi ces différentes approches, l'information, la conscientisation, l'éducation, la vulgarisation, les médias, la communication participative, l'e-learning, le marketing social et bien d'autres encore.

Il est difficile de donner une définition précise de la communication pour le développement, vu la variété des approches méthodologiques. Chacune aura une définition propre.

13 FRASER C. et VILLET J. (1994) cités par DEANE J., Communication: un élément clé du développement humain [en ligne] in 9ème Table ronde des Nations unies sur la communication pour le développement, FAO, Rome, septembre 2004, disponible sur http://www.fao.org/sd/dim_kn1/docs/kn1_040701a10_fr.doc (consulté le 04/08/2005).

Quant à l'expression de «communication pour le développement» même, selon le Clearinghouse for Development Communication, elle aurait d'abord été employée aux Philippines dans les années 1970 par le professeur Nora Quebral pour qualifier les procédés de transmission et de communication des nouvelles connaissances dans le domaine de l'environnement rural. Le champ a ensuite été étendu à tous ceux qui cherchaient à améliorer les conditions de vie des plus pauvres.

Parmi les champs d'application du domaine, certains nous intéresserons particulièrement pour répondre à la problématique.

En effet, la communication pour le développement constitue un outil fondamental pour sensibiliser les populations, corps de métier, communautés sur divers thèmes. Allant du VIH/SIDA, à l'utilité de l'inscription des naissances à l'état civil, en passant par l'acquisition de nouvelles techniques agricoles.

L'autre registre qui nous intéresse particulièrement est de savoir comment la communication pour le développement peut faciliter la transition recherche/développement.

Autant d'enjeux et de défis que tentent de relever avec plus ou moins de succès depuis une cinquantaine d'années, acteurs du développement, communicants spécialisés dans le domaine et hommes politiques.

Au cours de ces décennies sont apparus différents courants de pensée. Les méthodes se sont diversifiées, grâce aux recherches et à l'expérience sur le terrain.

I. 2. Historique de la communication pour le développement à travers ses différents modèles

Jusqu'à aujourd'hui, on peut noter deux grandes tendances qui se sont développées successivement.

La diffusion massive d'informations reposant sur les médias, et la communication à l'échelle communautaire, exploitant plutôt des médias « légers » (affiches, vidéos, diapositives...) ou traditionnels (contes, théâtre...).

a. Le paradigme de la modernisation et la théorie de la diffusion

Dans les années 1950 et suite à la décolonisation, beaucoup de grands organismes de développement comme l'United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization (UNESCO), la FAO, le PNUD ou encore l'Agence américaine pour le développement international (USAID), ont lancé de grands projets reposant sur l'utilisation des médias de masse en vue de faciliter le développement des pays du sud.

Alors que la guerre froide s'annonçait, Etats-Unis et Union Soviétique projetaient de faciliter le développement de ces pays pour accentuer leur influence et imposer leur modèle de société à ces Etats ayant récemment acquis leur indépendance.

C'est dans ce contexte que les travaux de Lerner se sont effectués. Pour lui, seules les attitudes modernes (modèle occidental) sont capables de sortir un pays du sous développement et les moyens de diffusion de l'information de masse sont les plus appropriés pour faciliter ce développement.

Cette approche qui constitue le paradigme de la modernisation (Lerner, The Passing of Traditional Society, 1958) 14, est basé sur un transfert de technologie des pays industrialisés vers les pays pauvres, l'acquisition de ces nouvelles techniques se faisant par l'intermédiaire des médias de masse (presse, radio, télévision).

Dans ce modèle, on considère que le processus de communication se fonde sur des messages allant d'un émetteur vers un récepteur. On se limite à informer la population sur les projets, à illustrer les avantages de ces projets et on incite à les soutenir.

Il s'agit d'un schéma classique de communication verticale, allant de l'émetteur vers le récepteur.

En 1962, Everett Rogers introduit la théorie de la diffusion dans le contexte de développement15. Il considère la modernisation comme un processus de diffusion qui permet aux individus de passer d'un mode de vie traditionnel à un mode de vie différent, plus développé sur le plan technologique et plus adapté aux changements rapides.

14 Daniel L ERN ER, The passing of traditional society. Modernizing the Middle East, New-York, The Free Press cité par SERVA ES J. et MAL IK HAO P., Communication et développement durable [en ligne] in 9ème Table ronde des Nations Unies sur la communication pour le développement, 2004, FAO, Rome, Italie, p. 5 disponible sur http://www.fao.org/sd/dimkn1/docs/kn1040701a1fr.doc `consulté le 04/08/2005.

15 ROGERS E., Communication and Development, Critical Perspectives, Beverly Hi lls, London, Delhi, Sage Publications, 1976 cité par Bessette G., la communication participative communautaire : un agenda ouest-africain, CRD I, 1996, p 9.

Cette théorie prenait en compte trois éléments principaux : le public cible de l'innovation, l'innovation même à transmettre et les sources et canaux de communication.

Ses travaux étaient principalement axés sur la transmission de techniques agricoles vers les pays en développement par l'intermédiaire d'une personne ressource. Rogers a insisté sur le processus d'adoption et de diffusion des innovations culturelles.

Dans cette théorie, les médias de masse jouent un rôle important pour sensibiliser le public sur les nouvelles possibilités et pratiques, mais c'est la communication interpersonnelle qui est considérée comme la plus efficace (cette théorie aura beaucoup évolué au cours du temps).

Ce modèle a vite été critiqué car trop simpliste, ne prenant pas en compte les types de public cible. Il ignorait également le pouvoir de l'influence des structures politiques et économiques, de la culture, bref du contexte sur l'adoption d'une innovation.

Enfin, la diffusion de l'information dans ce modèle se fait toujours de façon verticale, du haut vers le bas, ce qui n'est évidemment pas satisfaisant, car trop réductionniste et autoritaire.

Chin Saik Yoon nous souligne avec humour les aberrations issues de cette approche, ne prenant pas en considération le contexte et la manière dont pouvaient êtres perçues les actions menées ainsi :

« Plusieurs projets de vulgarisation agricole ont échoué parce que les agriculteurs hésitaient à abandonner leurs façons de faire éprouvées en faveur de nouvelles méthodes bizarres. Cela les rendait également inquiets de planter des cultures exotiques qu'ils ne pouvaient manger, mais devaient vendre en échange d'argent avec lequel acheter de la nourriture au marché. Lorsque les gens ont obtenu l'eau courante, ils s'en sont souvent servi pour laver et non pour boire et manger parce qu'ils n'en aimaient pas le goût. On leur a demandé de cesser de croire aux esprits et aux démons et de faire confiance à la science, qui parlait de choses comme les « germes » qu'on ne peut voir, mais auxquels on peut attribuer la plupart des douleurs et des maladies. On leur a également demandé de faire attention à une chose nommée « azote », elle aussi invisible mais ayant des effets sur le rendement des cultures. N'était-ce pas là justement une autre forme de sorcellerie? » 16.

Cependant, malgré les critiques soulevées, ce paradigme de la modernisation reste vivant et continue à influencer le discours des principaux acteurs de la communication pour le développement en matière de politique et de planification sur le plan théorique comme sur le terrain.

16 YOON C. S., La communication participative pour le développement [en ligne] in La communication participative pour le développement, Un agenda ouest-africain CRD I, Montréal, 1996, disponible sur http://www.idrc.ca/fr/ev-30910-201-1- DO_TOPIC.html (consulté le 04/08/2005).

Parallèlement à cette prise de conscience des lacunes du modèle diffusionniste, sont apparus deux paradigmes de développement dont ont découlé de nouveaux modèles de communication.

b. Le paradigme de dépendance

A l'origine ce paradigme est l'idée que les obstacles au développement proviennent de sources externes, le système économique international, ce qui expliquerait cette incapacité des médias à induire des changements.

Si l'on suit le raisonnement de ce paradigme, les médias ne peuvent servir de véhicule de développement puisqu'ils transmettent des messages occidentaux, c'est-à-dire une idéologie basée sur le capitalisme. Appliqué au Sénégal, le panorama télévisuel illustre parfaitement ces propos. En dehors de la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise (RTS) qui diffuse quelques informations locales, les chaînes privées disponibles sont occidentales et inadaptées au contexte local. On peut noter parmi celles-ci Canal horizons ou TV5.

Mais ce paradigme, bien qu'aujourd'hui encore actif, est critiqué pour sa vision uniquement internationale qui néglige les contradictions nationales ou locales.

Suite à la naissance de cette nouvelle vision du développement, Freire 17 présente un modèle de communication pour le développement dans La Pédagogie des opprimés en 1973. Selon ce modèle, on est bien loin de la théorie diffusionniste puisque la communication est considérée comme un outil au service de la population.

En se politisant, la population dégage elle-même les problèmes auxquels elle est confrontée, s'organise et agit contre ces problèmes, propose des solutions et se dote d'outils pour les appliquer.

Mais comme les modèles précédents, il a fait l'objet de critiques, en particulier concernant la politisation des communautés.

En effet, s'il existe de nombreux pays où ce genre d'initiatives populaires par l'intermédiaire
des médias sont tolérées, l'action politique dans certains pays en développement peut mener
au renversement de l'élite gouvernante, sans laisser les moyens aux populations par la suite de

17 FREI RE P., La pédagogie des opprimés, Paris : La Découverte / Maspéro, «Petite Collection Maspéro», 1983, 202 p.

changer la situation. Ces actions menant possiblement au soulèvement populaire se soldent parfois par la répression et le recul des droits démocratiques.

c. Le paradigme d'un autre développement

Contrairement aux précédents, ce dernier paradigme ne porte pas uniquement sur des considérations matérielles ou économiques, voire politiques. Il inclut le développement des valeurs et des cultures.

A l'origine de plusieurs modèles de communication pour le développement, il privilégie les réseaux et les approches de communication à la base (groupements de base et couches sociales les plus défavorisées) à travers les «petits» médias, ou médias «légers» (radio communautaires, affiches, vidéos, etc.)

Dans ces modèles, les adeptes considèrent que la participation aide à faciliter l'adoption d'activités appropriées, puisque issues des cibles de cet objectif de développement.

La méthodologie des médias communautaires est un des modèles se rattachant à ce paradigme.

d. Les nouveaux modèles de communication

D'autres modèles proposent des conceptions issues des différents paradigmes, en combinant l'approche communautaire avec d'autres pratiques.

On peut noter des approches issues du marketing social, combinant des techniques de communication utilisées pour de petits groupes à l'utilisation de médias à grande échelle.

La conscientisation 18 également, qui tente de donner la parole aux plus démunis dans le but de promouvoir la démocratie et la justice sociale.

Il existe encore bien d'autres modèles et pratiques, influencés tout ou partie par ces trois paradigmes du développement.

18 FREI RE P., La pédagogie des opprimés, Paris : La Découverte / Maspéro, «Petite Collection Maspéro», 1983, 202 p.

Mais malgré cette diversité dans les approches de la communication participative, révélant un champ vaste et complexe, tous les acteurs de la communication s'accordent aujourd'hui sur la nécessité d'inciter les populations à participer à leur propre développement.

I. 3. Les échecs et lacunes dans le domaine

Nous venons de voir comment ont évolué les modèles de communication pour le développement, en partie par rapport à l'évolution parallèle de la notion de développement.

Les échecs constatés par les premiers modèles diffusionnistes et 50 ans de recul n'ont pas réussi à combler toutes les lacunes des modèles actuels.

Pour la problématique qui nous concerne, certains obstacles majeurs sont à contourner, des solutions variées peuvent être apportées par la combinaison des différents modèles.

Afin de déterminer le modèle le plus approprié pour répondre au problème posé, à savoir le développement de la culture scientifique au Sénégal principalement, il est fondamental de bien cerner les obstacles à supprimer ou contourner.

Les premiers modèles de développement étaient définis exclusivement selon leurs variables économiques. Comme le mentionne le rapport de la commission MacBride, faisant état des problèmes de communication entre les pays du nord et du sud, pour le compte de l'UNESCO en 1980 :

« Les anciens modèles utilisaient la communication surtout pour la diffusion de l ?information, pour faire comprendre à la population les bénéfices?? que promet le développement et les sacrifices?? qu ?il exige. L ?imitation d?un modèle de développement, fondé sur l?hypothèse que la richesse, une fois née, s ?infiltrera automatiquement dans toutes les couches de la société, comprenait la propagation de pratiques de communication de haut en bas . . . Les effets ont été très éloignés de ce qu?on escomptait » 19

Les modèles suivants, d'avantage centrés sur les populations, sur la communication à la base et l'utilisation de médias légers, n'ont pas pour autant effacé les nombreuses lacunes que représente ce type de communication. Ils sont malgré tout encore très utilisés aujourd'hui en communication pour le développement.

En effet, les modèles de communication comme la diffusion des innovations, l'interactivité
des flux ou les approches de vulgarisation s'inscrivent dans le paradigme de la modernisation.

19 MACBRI DE S., Voix multiples, un seul monde: Rapport de la commission internationale d?étude des problèmes de communication, [en ligne], la documentation française, les nouvelles éditions africaines, UNESCO, Paris, 1980, p.6 disponible sur http://unesdoc.unesco.org/images/0004/000400/040066fb.pdf (consulté le 04/08/2005).

Or cette manière de communiquer à sens unique, du sommet vers la base, se heurte à des difficultés qui rendent ces modèles inadaptés et peu efficaces.

s Manque d'appropriation

Dans ces modèles classiques et même des modèles plus récents de communication à la base, les populations qui reçoivent des informations de manière passive ne s'approprient pas les connaissances.

Or, pour accepter un changement, faire changer des comportements, il est nécessaire - mais pas suffisant - de s'approprier les connaissances nouvelles.

Une communication verticale, quelque soit le média utilisé, laissera toujours l'auditeur passif.

Ensuite il existe certaines méthodes dites participatives, qui font intervenir le public dans la communication, autour de médias déjà élaborés.

Mais là encore, bien que l'appropriation soit plus efficace, on continue d'imposer des connaissances avec des vérités préétablies, sur lesquelles l'auditeur ne peut intervenir.

? Refus de l'autorité des scientifiques ou ONG, autorités qui imposent des savoirs

Quand on impose des connaissances ou des nouvelles techniques, comportements, etc sans que ceux-ci soient issus au moins en partie des cibles de la communication, on risque de se heurter à un conflit d'ordre hiérarchique.

Il est beaucoup plus difficile d'accepter une nouveauté imposée qu'une nouveauté initiée par soit même. Cela parait évident, mais cela pose un problème difficile en communication pour le développement.

Tout simplement parce que la plupart des innovations, messages de prévention et tout autre enjeu de développement nécessitant une communication sont issues des autorités locales, internationales, d'organisations non gouvernementales (ONG), de scientifiques, agents de développement, etc.

Là encore, les modèles dits participatifs, qui n'en sont pas réellement au sens où nous
l'entendons, tentent d'atténuer le problème, en faisant participer les cibles à la
communication. Mais si le message est déjà construit, les rapports d'autorité restent inchangés

et les savoirs imposés - peut-être de façon moins brutale, mais le fond du problème reste inchangé.

s Autres difficultés : accès à l'information, information non ciblée...

L'expérience de ces 50 dernières années en communication pour le développement indique que les modèles utilisés jusqu'à une période très récente, et même encore aujourd'hui pour beaucoup, ne prennent pas suffisamment en compte le contexte dans lequel s'inscrit cette communication.

Ici, et ce sera le cas dans tout ce travail, nous prendrons le terme de contexte comme définissant l'ensemble des paramètres socio-culturels, économiques, environnementaux et politiques, c'est-à-dire les circonstances accompagnant la communication.

Dans la plupart des cas, les médias sont élaborés soit, au mieux, par des professionnels de la communication pour le développement, soit des agents de développement, des ONG, des centres de recherche et tout autre organisme ayant besoin de faire passer un message.

Or, même si une étude du terrain approfondie a été effectuée en amont, tous les paramètres du contexte seront très difficiles à cerner.

D'une part, dans les communications de masse, il est impossible d'adapter le message à toutes les cibles, puisque différentes.

D'autre part, même à l'échelle communautaire voire interpersonnelle, si on ne vit pas dans le même contexte que les cibles, il est très difficile d'adapter parfaitement son message a celle- ci.

Bien que cela ne soit pas impossible, les contraintes liées au temps ou au budget limitent souvent ce travail d'appropriation du contexte de communication.

Mais la difficulté se situe souvent à un autre niveau, non pas dans la manière de communiquer ou d'adapter le message, mais dans l'innovation même.

Les innovations, dans leur immense majorité, sont issues de recherches scientifiques. Les chercheurs ne connaissant pas toujours les applications concrètes de leurs recherches et surtout le contexte dans lequel elles seront appliquées, les résultats de recherche sont parfois inadaptés au terrain.

Les exemples foisonnent, notamment dans le domaine de la recherche agricole, comme le suivant, cité par Niels Röling 20.

Il nous explique qu'une agence de recherche agricole internationale s'est penchée sur la question de la gestion de la fertilité des sols en Afrique de l'Ouest. Au terme d'une recherche importante, elle a démontré qu'une l'amélioration de la fertilité des sols pouvait être obtenue par la culture sous la végétation du haricot de la Floride (Mucuma spec).

« Comme on pouvait s ?y attendre, lors de sa présentation au public, cette idée a quelque peu été critiquée. On a essayé le Mucuma plusieurs fois. Invariablement les agriculteurs se plaignent qu ?ils ne peuvent pas manger les haricots, et qu ?il est dur et fatigant d?incorporer les matières végétales au sol, que les haricots occupent la terre pendant deux saisons durant lesquelles la production alimentaire est impossible, etc. Le Mucuma, comme engrais vert, n ?a été adopté nulle part en Afrique de l?Ouest. Imperturbable, le représentant de l?agence proclama que ce n ?était pas son problème mais celui des agriculteurs et que s ?ils voulaient sortir du cercle vicieux de la dégradation des sols et de la pauvreté, ils devaient planter du Mucuma. C ?est une approche typiquement linéaire. Le chercheur a raison et son manque d?incidence est un problème qui concerne les agriculteurs. »

Cet exemple est typique et révélateur des obstacles que peuvent rencontrer la communication pour le développement.

Les modèles théoriques, aussi poussés soient-ils, sont confrontés à des obstacles dépassant le cadre de la communication (si on considère qu'il existe un cadre de la communication...). Certaines composantes difficiles à maîtriser doivent pourtant être prises en compte. Tel que le transfert de technologie, qui repose actuellement sur un modèle linéaire, comme celui proposé par Kline et Rosenberg, 1986, et Chambers et Jiggins, 1987.

Recherche fondamentale

4

Recherche appliquée

?

Recherche finalisée

9

Experts spécialisés

?

Agents de vulgarisation en première ligne

?

Agriculteurs progressistes
(diffusion)

?

Utilisateurs finaux

Figure 1: Transfert de technologie (appelé aussi `Modèle linéaire') 21

20 RÖL I NG N., La communication pour le développement dans la recherche, la vulgarisation et l?éducation, [en ligne] in 9ème Table ronde des Nations unies sur la communication pour le développement, FAO, Rome, septembre 2004, p.20 disponible sur http://www.fao.org/sd/dim_kn1/docs/kn1_040701a3_fr.doc (consulté le 04/08/2005).

21 ibid, p.13

Dans nombre de cas, ce schéma linéaire pourrait tout aussi bien être appliqué au transfert de connaissances. Cependant, la tendance est à l'implication des populations dans leur propre développement. Il existe un quasi consensus à ce niveau, même si ce n'est pas le cas sur le terrain.

C'est d'ailleurs ce que dénoncent certains chercheurs ou acteurs du développement. Ils vont jusqu'à remettre en cause la légitimité des pratiques de communication de développement, qui au-delà des discours apparemment consensuels sur leur caractère fondamental, seraient loin d'avoir cette reconnaissance sur le terrain.

Missè Missè est un exemple de ce courant de pensée très contemporain :

« La dimension symbolique qui se manifeste par les résistances observées s'explique probablement, du côté des populations africaines, par la contradiction perçue entre les pensées et les pratiques du développement. Ce décalage valide la thèse des arrière-pensées du développement, qui institue une relation de méfiance des "receveurs" vis-à-vis des "donneurs" ou des "donateurs"[...]. Au niveau de leur opérationnalisation, on observe un manque de cohérence, à l'échelle mondiale, des stratégies qui se donnent pour objectif de mettre la communication sociale au service du changement et du développement. Les stratégies de développement mises en oeuvre sont loin de donner aux professionnels de la communication du développement la reconnaissance nécessaire à leur action en faveur du développement à l'échelon national. On observe que la communication du développement n'est, ni plus ni moins, que la roue de secours de la bicyclette. » 22

Cette vision très critique de l'action des acteurs du développement reflète un trouble actuel dans les modèles de communication qui sont loin d'être parfaits. Les chercheurs, même s'ils ont conscience de ces lacunes, n'ont pas forcément de réponse à apporter. En particulier dans un contexte ou les changements politiques et sociaux vont de paire avec une vision du développement bien loin de celle de Ronald Reagan qui «inaugura» le terme en 1949.

II. La communication participative communautaire

Nous restons persuadés, et il existe un consensus sur ce postulat, que la communication pour le développement est un élément fondamental du processus de développement.

Comme le slogan de Balit, popularisé par la FAO, l'exprime : « il n'y a pas de développement sans communication ».

22 MISSE MISSE, L'aporie de la communication sociale pour le développement [en ligne], Séminaire de Misse Misse, chaire Unesco, Université Stendhal de Grenoble, Mars 2004, disponible sur http://www.u-grenoble3.fr/chaire_unesco/Textes/misse/seminaire5.htm (consulté le 04/08/2005)

Alors pour avoir une approche la plus efficace possible, nous tenterons de proposer une stratégie adaptée aux besoins qui nous concernent, à savoir le développement de la culture scientifique au Sénégal, ainsi que la sensibilisation de la population sur des thèmes de santé publique notamment et, enfin, l'adoption d'innovations issues de la recherche pour le développement.

Le but reste ambitieux et les éléments nécessaires pour répondre à une telle problématique ne pourront être étudiés sous tous leurs aspects.

Pour la suite de ce travail, nous nous limiterons à l'étude d'une stratégie de communication la mieux adaptée pour répondre à la problématique. Dans un premier en temps en décrivant celle-ci, puis en testant sa pertinence à travers divers exemples.

Avant d'exposer le modèle retenu, voyons un bref aperçu des différentes approches participatives en communication pour le développement.

II.1. Le modèle participatif

Le modèle participatif tel que nous l'entendons aujourd'hui intègre les concepts issus des expériences, en soulignant l'importance de l'identité culturelle des communautés locales, de la démocratisation et de la participation à tous les niveaux (national, local et individuel). Paulo Freire 23, qui a la largement contribué à cette approche, considère cela comme le droit de tout peuple à s'exprimer individuellement et collectivement :

« Il ne s'agit pas du privilège de quelques personnes, mais du droit de tout homme (et de toute femme) à s'exprimer. En conséquence personne ne peut dire une vérité tout seul - pas plus qu'il ne peut la dire à la place de quelqu'un d'autre, de façon normative, en volant aux autres leur parole ».

Cette approche participative, née dans les années 70, a comme idée centrale la participation active des gens visés par un processus de développement.

Mais il s'agit sûrement de l'unique point commun, tant la participation des populations est vue de différentes manières, et les divergences demeurent nombreuses.

23 FREI RE P., La pédagogie des opprimés, Paris : La Découverte / Maspéro, «Petite Collection Maspéro», 1983, 202 p.

Le paradigme de la modernisation et la théorie de la diffusion, avec Rogers notamment, ont mis en avant les méthodes interpersonnelles après avoir préconisé l'utilisation des médias de masse.

Les premières expériences participatives se sont donc déroulées au niveau communautaire, en utilisant des médias traditionnels et populaires, des activités de groupe, etc. Mais aucun rôle n'avait été laissé aux médias dans cette conception. Les praticiens ont vite innové avec notamment les radios communautaires qui ont rapidement connu un certains succès.

André-Jean Tudesq 24 souligne notamment le rôle de la FAO dans la mise en place de ces radios communautaires, essentiellement rurales.

A ce moment sont nées des émissions basées sur des enjeux locaux, animées par des acteurs locaux.

Cette initiative a permis par la suite de donner aux médias de masse un rôle en communication participative dépassant le niveau de la collectivité, jusqu'à un niveau régional, et même national.

a. Les différents niveaux de participation

Il existe plusieurs types d'approches, non seulement au niveau de l'échelle, mais aussi de la participation.

Selon Uphoff (1984) 25, il existe quatre niveaux de participation, selon l'implication de la population dans le projet de développement :

s Participation à l'exécution

La contribution des gens concernés se tourne vers l'exécution de certaines taches, ils prennent part au projet et ont parfois des responsabilités.

22 TUDESQ André Jean, Les médias en Afrique, ed. Ellipse, 1999, p60-70 et 100-110.

25 Uphoff cité par Guy bessette, Communication et participation communautaire Guide pratique de communication participative pour le développement, Les Presses de l'Université Laval, 2004, 200p.

? Participation à l'évaluation

On demande l'avis à la population sur le déroulement du projet une fois qu'il est arrivé à son terme.

? Participation aux avantages

La population profite des retombées d'un projet, par exemple obtenir de l'eau d'une pompe à main, ou un camion pour transporter leurs produits au marché, etc.

? Participation à la prise de décisions

Les gens prennent part à l'élaboration du projet, émettent des idées, des critiques, décident. Que ce soit sur le plan politique, culturel, religieux ou des projets de développement. Cette forme de participation est sans doute celle qui implique le plus la population et peut dépasser le cadre du développement au sens conventionnel, regroupant des activités communautaires comme l'organisation de fêtes ou tout autre événement.

Les activités de développement peuvent aller jusqu'à l'utilisation de ces quatre niveaux de participation, mais cela reste assez exceptionnel.

D'une part, du fait de l'implication que cela demande de la part de la population ; d'autre part, du fait des moyens que cela nécessite et des problèmes que cela peut poser, par exemple sur un plan politique.

Parmi toutes ces nuances, il est très difficile de faire son choix en tant qu'acteur de développement. Chaque forme possède ses avantages et contraintes, et il faut savoir surtout s'adapter en fonction du contexte.

b. Les éléments fondamentaux de la communication participative

Dans ce que nous appelons communication participative, les quatre niveaux de participation
précédemment cités doivent être présents. En particulier pour la problématique qui nous
intéresse, à savoir l'application de cette approche participative pour le développement de la

culture scientifique au niveau communautaire. Mais également dans toute autre démarche de communication participative.

Dans d'autres domaines, cette démarche participative pourrait s'avérer efficace, dans la communication pour le développement bien sûr, domaine dont elle est issue, mais aussi la sensibilisation des communautés à certains problèmes soulevés par la recherche, et la transition recherche/application par l'adoption d'une innovation, par exemple dans le cadre d'une recherche participative (recherche qui inclut la population à la base dans l'orientation de ses activités de recherches en donnant la parole aux futurs bénéficiaires des résultats de ces recherches).

Certaines méthodologies tentent une approche généraliste, suffisamment souple pour s'adapter au contexte. Toute la difficulté se trouve là, bien conscient qu'il n'existe pas de « recette » à appliquer à la lettre pour chaque situation.

Néanmoins, nous considérons tout comme le souligne Elayne Harris 26, qu'il y a au moins 10 éléments fondamentaux à respecter pour faire de la communication participative.

s La responsabilisation

Le premier intérêt d'adopter une démarche participative est la responsabilisation des personnes concernées par le projet de développement, de sorte qu'elles définissent et analysent les problèmes rencontrés et les mesures à prendre.

On part du postulat qu'il existe un savoir profane issu du milieu de vie, et que les acteurs de développement ou scientifiques ne peuvent avoir une connaissance aussi approfondie du milieu que ceux qui y vivent et y travaillent.

Cependant, certains chercheurs ou acteurs de développement ajoutent que cette responsabilisation n'est pas forcément atteinte, qu'elle n'est possible sans conscience des disparités sociales et économiques. Mais cette conscience est généralement acquise par d'autres médias de masse, comme la télévision qui véhicule une image du monde occidental. Ensuite, cela ne permet pas forcément une vision critique des disparités.

26 HA RRIS E. M., Le rôle de la communication participative pour le développement comme outil d'éducation non formelle à la base [en ligne], in La communication participative pour le développement, Un agenda Ouest-africain CRDI, Montréal, 1996, disponible sur http://web.idrc.ca/fr/ev-30920-201-1-DO_TOPIC.html (consulté le 05/08/2005)

s Public pas seulement auditeur, mais acteur

Le public, qui était auparavant passif, participe au contenu de la communication. Il passe d'un statut d'objet dans la communication, et dans l'apprentissage, à celui de sujet.

s Large éventail de types de communication

Ne pas se contenter de communication interpersonnelle et locale traditionnelle, mais aussi la développer grâce aux médias d' « amplification », permettant de multiplier et élargir le panel de types de communication.

s Libre choix des outils de communication et activités

Une fois les outils de communication adaptés à la situation choisis, il faut créer les conditions nécessaires pour que les personnes concernées par le projet soient dotées de ces outils et puissent décider librement des activités à mener, de leur structuration et des applications.

s Outils de communication appliqués aux problèmes et questions touchant les personnes concernées

Le choix de l'outil de communication est fonction de l'usage auquel on le destine. Par exemple on pourra plus facilement soulever des problèmes à l'aide du thêatre-forum, ou bien un enregistrement audio ou vidéo des points de vue de certains participants peut aider à approfondir un débat.

s Présence d'un animateur pour la mise en place de la communication participative

Il est nécessaire qu'un animateur, agent ou facilitateur soit présent pour lancer le processus de communication participative. Son rôle étant de faciliter la communication, permettre une investigation approfondie et une recherche pertinente. Cela n'implique pas qu'il n'ai pas le même pouvoir que les autres : chacun doit rester sur le même pied d'égalité.

s Choix du facilitateur ou animateur

Pour mettre en oeuvre une communication participative, il faut que l'agent chargé de sa mise en place soit bien sûr initié aux techniques d'utilisation des médias, à la mise en oeuvre pratique de tels projets, qu'il ait une connaissance approfondie du terrain.

Mais il faut veiller à ce que ses connaissances n'influent pas sur le pouvoir de décision des personnes concernées par le processus. Au risque de perdre de son pouvoir de responsabilisation.

La fonction de cet animateur est donc fondamentale, elle nécessite une formation approfondie d'une part et une grande compétence en matière de relations humaines.

Il faut faire attention si on choisit des spécialistes d'un domaine quand il s'agit du «pilote» d'un projet et ce, pour garantir l'initiative de l'appropriation des outils de communication et du pouvoir de décision aux personnes concernées.

s Prohiber toute manipulation

Il n'est pas rare de rencontrer des cas de manipulation des populations à la base dans des projets utilisant - soi-disant - une démarche de communication participative (pas au sens où nous l'entendons, mais à des niveaux de participation moins intégrée que la vision que nous en avons).

Ces manipulations conscientes ou non sont quasiment toujours nuisibles pour les personnes concernées par le projet de développement ou la sensibilisation. Les bénéfices iront plutôt vers les élites.

? Pas de programme préétabli

Si un «carnet de route» est déjà planifié avant le début d'un projet de développement, que ce soit pour s'occuper des problèmes identifiés comme prioritaires par les personnes concernées ou tout autre programme, on risque fortement de passer à coté des véritables priorités, ou bien d'y répondre de manière inadaptée.

Il est primordial d'établir ce programme en partenariat avec la population cible, sous peine de se tromper dans l'identification des objectifs principaux de la communication participative : cerner au mieux les enjeux et, ainsi, les moyens d'y répondre grâce au savoir local.

s Pas de médium ou de méthode miracle dans le déroulement d'un projet

La communication participative se définit par des idées et des postulats comme cités auparavant, mais en aucun cas par une méthode inflexible ou par l'utilisation d'un médium de manière préférentielle.

Certains auteurs vanteront par exemple l'utilisation de la radio communautaire comme moyen le plus efficace.

Nous pensons que chaque situation nécessite bien au contraire une approche, un choix et une utilisation des médias spécifique.

Suite à cet énoncé non exhaustif de principes sur lesquels s'appuie notre vision de ce que nous appelons «communication participative pour le développement», en particulier dans le domaine de l'éducation populaire, nous pouvons tenter de retenir une définition de cette notion.

La définition que donne Guy Bessette 27 nous semble la plus proche de la conception que nous nous en faisons :

« La communication participative pour le développement est une action planifiée, fondée d?une part sur les processus participatifs et d ?autre part sur les médias et la communication interpersonnelle, qui facilite le dialogue entre différents intervenants réunis autour d?un problème de développement ou d?un but commun, afin d?identifier et de mettre en oeuvre une initiative concrète visant à solutionner le problème ou atteindre le but fixé, et qui soutient et accompagne cette initiative. »

II.2. Adaptation de la démarche au développement de la culture scientifique

S'il n'y a pas de méthode à appliquer pour le déroulement d'un projet, on peut tenter de donner une méthodologie de la démarche participative «générique», traitant des différentes étapes, sans donner de chronologie, pour mettre en place un démarche participative au niveau communautaire.

Il s'agit plus de conseils pour mettre en place le projet, dont le programme sera mis en place par la suite avec la communauté sous l'angle communication (au sens large), destinés aux chercheurs et agents de développement devant agir dans un projet participatif.

Ces conseils sont adaptés à une démarche visant le développement de la culture scientifique et la sensibilisation par la même occasion à des sujets en rapport avec des activités de recherche. Mais ils devraient être aussi applicables pour d'autres objectifs, comme faciliter des programmes de recherche participative, ou le transfert d'une innovation à une communauté.

27 BESSETTE Guy, Communication et participation communautaire : Guide pratique de communication participative pour le développement, Les Presses de l'Université Laval, 2004, p 10.

a. Entrer en contact avec la communauté et s'informer du contexte local

Cette première phase est très importante puisqu'elle conditionnera en grande partie les relations futures avec la communauté.

Il faut bien sûr se renseigner avant d'entrer en contact directement avec la communauté, sur le milieu de vie, la culture, les activités, les contraintes, les personnes clés (chef de village, marabout, sous-préfet, instituteurs...).

Ensuite les premiers contacts avec la population peuvent être établis, en corrélation avec la façon de faire locale (aller d'abord voir le chef de village par exemple, ou le maire, le directeur de l'école...).

Après avoir rencontré la communauté, il faut prendre le temps d'identifier les différents groupes et personnes-clés, qui pourront aider à mise en place du projet, par leur statut dans la hiérarchie, ou leur compétence, ou encore leur situation au plus près des enjeux ou problèmes à identifier s'il y a lieu.

Dans le cadre du développement de la culture scientifique, on ira principalement identifier les groupes de personnes susceptibles de s'impliquer le plus dans le projet.

La difficulté dans ce domaine spécifique est que selon le niveau de culture scientifique des personnes, le projet ne sera pas mené du tout de la même manière.

Dans le cas spécifique du développement de la culture scientifique, nous pensons que les cibles privilégiées sont les enfants scolarisés. D'une part, parce qu'ils sont dans une infrastructure qui pourra aider à la mise en oeuvre de la démarche, d'autre part, parce qu'ils possèdent un niveau de connaissance préalable qui facilitera l'acquisition d'une démarche scientifique et d'un esprit critique envers l'activité scientifique. De plus, cette génération prendra le relais des aînés par la suite. En effet, il s'agit d'un processus long à mettre en oeuvre, et des résultats durables ne sont valables que sur le long terme, il nous semble donc plus pertinent de miser sur les jeunes générations.

Enfin, ils peuvent constituer des relais efficaces vers leurs familles, leurs amis. Dans quasiment toutes les familles au Sénégal, que ce soit dans un milieu rural ou urbain, au moins un enfant par famille est scolarisé. Les espoirs d'ascension sociale reposent souvent sur lui, et cette place au sein de la famille en fait un membre à qui l'on accorde plus de crédit qu'un autre, en dehors du chef de famille bien sûr.

Les personnes clés seront alors le directeur de l'école, éventuellement l'inspecteur d'académie, les professeurs, le maire ou le chef de village, et bien sur les écoliers.

Dans ce cas précis, on pourra considérer que l'école constitue la communauté, avec les familles des membres de cette école par extension.

Cette façon de cibler peut poser problème dans le sens où elle s'adresse à une frange quelque peu privilégiée de la population, laissant de côté les analphabètes, qui représentent la majorité de la population. Ce ciblage peut sembler aller à l'encontre des principes de la démarche participative énoncées auparavant, sauf si on considère l'école comme base de la communauté.

Mais rien n'empêche d'initier un projet au niveau de la communauté au sens large, s'adressant aux adultes également.

Les personnes ressources ne seront bien sûr pas les mêmes dans ce cas.

On peut même imaginer que les acteurs les plus impliqués dans cette démarche soient les enfants scolarisés, mais qu'ils ne laissent pas pour autant de côté les autres membres de la communauté, qui auront un rôle peut être moins participatif.

Toutefois comme le rappelle Chin Saik Yoon 28 :

« Si on se réfère à un public très général en parlant de «la communauté », ou « des habitants de tel village », il est peu probable que les gens se sentent concernés par le processus de communication. Chaque groupe qui forme la communauté - qu?on les classe selon l?âge, le sexe, l?origine ethnique, la langue maternelle,

l?occupation ou les conditions sociales et économiques - présente ses propres caractéristiques, son propre point de vue sur un problème et ses solutions et sa propre façon de passer à l?action.

La communication participative pour le développement vise à rejoindre certains groupes particuliers dans la communauté.»

Mais il faut surtout garder à l'esprit qu'il n'y a pas de règle préétablie, et que ces problèmes sont à élucider en fonction de chaque communauté, avec les membres de celle-ci. Une communauté s'orientera naturellement vers un travail avec les enfants scolarisés, une autre vers les adultes analphabètes.

b. Faire participer la communauté

Cette deuxième étape intervient une fois la relation de confiance établie entre les intervenants et la communauté, les mécanismes de collaboration mis en place, et les rôles et responsabilités négociés.

28 YOON C. S., La communication participative pour le développement [en ligne] in La communication participative pour le développement, Un agenda ouest-africain CRD I, Montréal, 1996, disponible sur http://www.idrc.ca/fr/ev-30910-201-1- DO_TOPIC.html (consulté le 04/08/2005).

Dans cette deuxième étape, le ou les intervenants ou animateurs, qu'ils soient agent de développement, chercheur ou autre, feront participer la communauté en fonction des personnes ou groupes ciblés.

C'est à ce moment que la communauté doit cerner le ou les problèmes, en discuter les causes et trouver des solutions potentielles.

Dans les cas où l'intervention ne procède pas de l'identification d'un problème, mais d'un but collectif, ce qui est le cas dans le développement de la culture scientifique, le processus est similaire : la communauté participe au choix de cet objectif, des activités et des conditions nécessaires à sa réalisation et à la prise de décision visant à mettre en oeuvre cette initiative.

S'il s'agit de développer la culture scientifique au sein d'une communauté, on déterminera en partenariat les besoins, les objectifs et les activités de communication.

Par exemple, une communauté décidera de traiter d'un sujet qui est en relation avec des préoccupations liées à son environnement. Dans un village de pêcheurs, on s'intéressera peut- être aux ressources halieutiques et leur gestion. Dans un village de brousse enclavé, c'est le recours aux soins qui intéressera les membres de la communauté.

Ensuite, il faudra décider avec ces derniers de quelle façon répondre à ces objectifs. Par exemple, comment acquérir des connaissances sur ces sujets, comment acquérir une démarche scientifique, en fonction des moyens potentiellement disponibles, tant au niveau matériel que humain.

Ce peut être par exemple en menant une enquête auprès de la population, en participant à une activité de recherche, ou encore en faisant des manipulations en laboratoire si les moyens le permettent.

c. Choisir les outils de communication appropriés

Ces activités choisies et planifiées, il faut choisir les outils de communication. Ceux-ci doivent bien sûr être appropriés à la démarche participative, c'est-à-dire être facilement manipulables par la communauté.

En effet, l'outil de communication aura ici une nature instrumentale : le but des médias utilisés n'est pas de diffuser l'information, mais bien de soutenir le processus de communication participative.

Par exemple, la production d'une vidéo n'aura pas pour but de diffuser une information sur tel avantage à adopter une attitude ou une innovation, mais plutôt de provoquer le débat, d'inciter à la discussion au sein de la communauté, pour soulever des questions.

Comme nous venons de l'évoquer, il est préférable d'utiliser des outils déjà connus par la communauté et auxquels ses membres ont souvent recours. Cela permettra une utilisation plus aisée et une appropriation de l'outil plus rapide.

Il faut garder à l'esprit que le but poursuivi est de faciliter la réalisation d'une initiative communautaire que les habitants ont eux-mêmes choisie. Développer la culture scientifique en ce qui nous concerne.

Par exemple, si nous choisissons de faire des sketchs pour sensibiliser à un problème particulier, le but premier ne sera pas le message avant tout, mais d'abord de sensibiliser ceux qui auront participé à sa réalisation, puis susciter le débat au sein de la communauté.

Le choix de cet outil sera fonction des habitudes de la communauté.

Bien sûr il faut prendre en compte les considérations techniques et le coût de tels médias. Si le choix retenu nécessite des compétences que les gens n'ont pas, ou que les lieux ne sont pas appropriés, un tel outil ne pourra pas être retenu.

Enfin, le choix de cet outil devra être déterminé par son usage. En effet, si on utilise le théatre-débat comme outil de communication, celui-ci pourra être efficace pour soulever les problèmes de la communauté par exemple. L'utilisation de médias de ce type permet d'inciter à la discussion. Dans le cas présent, l'avantage du théâtre est de présenter des situations et des personnages fictifs. Il sera alors plus facile de soulever de mauvaises attitudes, des scènes délicates que dans des situations réelles.

d. Planifier le suivi du projet

Il est préférable d'organiser les activités en fonction des disponibilités des participants, en rappelant les rôles et responsabilités de chacun.

Mener de telles activités n'est sûrement pas dans les habitudes de la communauté, le fait de planifier de façon formelle, de travailler en collaboration avec des partenaires inhabituels, nécessite une organisation concertée, sous peine de difficultés probables.

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Une fois la stratégie mise en place, le planning défini et les rôles distribués, l'animateur ou intervenant pourra garder un rôle moins important, consistant à faciliter la communication entre les partenaires, à réviser la planification si nécessaire, et suivre le bon déroulement des activités.

Moins l'intervenant aura à agir, mieux ce sera : c'est que la communauté aura pris en main son projet, en autonomie quasi complète dans l'idéal.

Mais encore une fois, cela dépend beaucoup du type de projet. Par exemple, pour reprendre notre projet fictif de développement de la culture scientifique auprès d'une communauté, l'intervenant pourra être un scientifique, épaulé ou non par un animateur.

Celui-ci devra directement intervenir dans le déroulement des activités, surtout s'il s'agit de permettre aux gens d'acquérir une démarche scientifique et/ou d'être sensibilisés à un thème en lien avec les recherches de ce scientifique.

Ces interventions peuvent revêtir plusieurs formes, en fonction des objectifs, des outils et des activités décidées par les partenaires, tenant compte des objectifs et enjeux soulevés.

Il pourra par exemple aider à la mise en place d'un protocole expérimental, à l'élaboration d'un questionnaire, à la réalisation d'affiches de sensibilisation, etc.

Dans ce cas, le rôle du chercheur est assez complexe. En effet, il doit sans imposer le contenu du médium ni la manière de l'utiliser, initier à une démarche scientifique.

Cela requiert de la pédagogie, et de ne pas intervenir dans le rendu final, même si celui-ci n'est pas de grande qualité.

Le piège étant de retomber dans un schéma vertical de type diffusionniste, le chercheur imposant au final ses idées. Sa méthode sera peut être la plus rigoureuse, mais coupera court à l'initiative des autres partenaires.

f. Etablir une méthode d'évaluation et d'exploitation des résultats

Le projet une fois lancé, il y aura inévitablement des ajustements, des améliorations à apporter, pour atteindre au mieux les objectifs. Il est très important d'élaborer des outils d'évaluation qui permettront d'améliorer le déroulement du projet.

S'il s'agit d'un projet à courte échéance, cette évaluation servira à la communauté pour savoir où étaient les lacunes.

S'il s'agit d'un projet à plus long terme, elle servira à améliorer en continu le processus.

De plus, cela permettra aux intervenants de faire leur auto critique et d'améliorer leur savoir faire pour d'éventuels futurs projets.

g. Se retirer de la communauté

Suite à l'évaluation et à l'exploitation des résultats, les intervenants pourront se retirer progressivement de la communauté.

S'il s'agit d'un projet voué à l'autonomie et mené à long terme, ce qui est le but premier de la démarche participative, les intervenants pourront garder un contact avec les différents partenaires de la communauté, de l'extérieur.

Il est préférable que ce retrait se fasse de manière progressive, pour être assuré du suivi et de la reprise du rôle de l'intervenant par la collectivité.

Deuxième partie - Application de la communication participative et pistes de réflexion pour améliorer le concept

 

. L'application de la démarche participative au club JRD de Niakhar

I.1. Présentation des clubs de Jeunes de Recherche et de Développement de l'IRD

Depuis la création d'un premier club de Jeunes de Recherche et de Développement (JRD) en 1999 à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, l'IRD propose à des jeunes, de 15 à 25 ans, d'entreprendre une étude scientifique.

Les activités de ces Clubs s'articulent autour de thématiques correspondant aux principaux domaines de recherche de l'Institut : alimentation et nutrition, santé, évolution des climats, gestion de la ressource en eau, gestion des sols, éducation et développement durable...

Bien que très différentes dans leurs thématiques et leur fonctionnement, ces initiatives ont en commun leur volonté de faire découvrir à des jeunes ce qu'est le monde scientifique, et leur donner le goût des sciences.

En plus de les sensibiliser à un thème de recherche pour le développement mené par les scientifiques de l'IRD, les jeunes deviennent acteurs de cette recherche.

Le fonctionnement de ces clubs se base sur un partenariat entre chercheurs de l'IRD et jeunes. Les quatre étapes essentielles de la vie d'un club peuvent être résumées ainsi :

· Choix d'un sujet d'investigation réaliste, en concertation avec le ou les scientifiques volontaires

· Étude de la documentation existante sur le sujet

· Suivi d'un programme d'activités pour une ou deux années

· Restitution de la synthèse des travaux et résultats

Les missions réalisées lors de ce stage étaient d'établir un historique des clubs JRD du Sénégal passés et présents, et de réaliser un site Internet à ce sujet. Il s'agissait également de faire un bilan des activités de ces clubs et de faire des propositions pour améliorer leur fonctionnement, tant au niveau logistique que pédagogique.

A cela s'ajoutait naturellement un travail d'animateur des trois clubs de Niakhar.

Ces différentes missions nous ont permis de tenter d'appliquer la démarche participative au sein des clubs, et ainsi valider ou infirmer par la pratique les hypothèses énoncées auparavant. En particulier, nous avons adopté une démarche participative au sein du club «utilité de l'état civil» de Niakhar.

I.2. Le club JRD «utilité de l'état civil» de Niakhar

L'IRD effectue depuis plus de 40 ans des études démographiques et épidémiologiques sur une zone regroupant 22 villages et environ 30 000 habitants près de Niakhar, un village non loin de Fatick dans la région du Saloum 29.

Cette présence de l'IRD depuis si longtemps auprès de la population de la zone a permis la création d'un club JRD en partenariat avec le jeune lycée de Niakhar.

Les élèves du club ont donc été consultés pour choisir les thèmes de travail des futurs clubs (parmi 5 ou 6 propositions), dont un émanait des professeurs et élèves.

Ils ont à ce moment émis le désir de travailler sur le thème de la nutrition, au plus près de leurs préoccupations. Malheureusement, les ressources humaines à l'IRD n'ont pas permis de retenir ce thème.

Au final, les choix retenus étaient : l'utilité de l'état civil et l'accès aux soins en milieu rural. Par la suite, un troisième club a vu le jour, sur le thème de l'adolescent face au SIDA.

Ces trois clubs ont pu démarrer leurs activités début 2005, ce qui fait d'eux de très jeunes clubs, mais néanmoins très actifs.

a. Objectifs du club

L'état civil au Sénégal, particulièrement en zone rurale, en est encore à son balbutiement et se heurte à de nombreuses difficultés, en particulier pour ce qui concerne l'inscription des naissances sur les registres d'état civil.

Pour des raisons diverses (culturelles, manque d'information, manque d'infrastructures, enregistrement payant ...), seule une minorité des naissances est déclarée (17%) 30. Cet acte est pourtant fondamental puisqu'il ouvre droit à la scolarisation, au mariage, donne une identité, le droit de vote, etc

C'est sur cet aspect que se sont concentrées les activités du club état civil.

Les objectifs annoncés étaient de réaliser une enquête auprès de la population afin de faire l'état des connaissances sur l'état civil, ainsi que sur les obstacles à la déclaration des naissances, ceci après avoir rencontré les autorités et personnes intervenant dans ce domaine. Il s'agissait aussi de diffuser l'information sur l'importance de l'inscription des enfants sur les registres d'état civil et sur la manière de procéder. Ce dernier objectif émanait directement de la volonté des membres du club.

On voit bien ici tout l'intérêt de la communication participative. Alors que le projet initial était plutôt axé sur un recensement des connaissances sur l'état civil, l'échange avec la communauté concernée a permis de compléter cet outil avec un objectif complémentaire répondant directement à ses préoccupations.

b. Vie du club

Comme les autres clubs, le fonctionnement repose sur la présence, d'une part, d'un scientifique de l'IRD qui apporte ses connaissances sur le domaine et la démarche scientifique et, d'autre part, d'un professeur du lycée responsable de l'animation et la coordination.

Ce qui diffère des autres clubs, c'est l'implication du chercheur. En effet, depuis le début de l'année 2005 et jusqu'à la fin de l'année scolaire, celui-ci est intervenu à une dizaine de reprises, ce qui est exceptionnel en terme de fréquence.

A chaque séance, le mercredi après-midi, les élèves assistaient aux explications du chercheur sur ce qu'est l'état civil, comment mener une enquête, comment élaborer un questionnaire et traiter les résultats.

Les élèves ont également eu l'occasion de suivre une initiation à l'informatique et de rencontrer divers acteurs impliqués dans leur domaine d'étude (sous-préfet, chef de village, chef religieux).

Mais les activités du club ne se sont pas arrêtées là pour cette année scolaire 2004-2005.

Les élèves du club JRD état-civil ont écrit et interprété des sketchs de sensibilisation sur l'état civil.

C'est à cette occasion que nous sommes intervenus, en prenant le relais au niveau de l'animation du club.

I.3. Participation au sein du club

Les élèves avaient précédemment fait par de leur volonté de transmettre les savoirs acquis lors des séances avec le chercheur de l'IRD et de leur recherche d'information.

L'initiative partant des élèves, les conditions étaient réunies pour mettre en place une communication participative.

On peut considérer que cette démarche était déjà amorcée avant notre arrivée. D'abord, le contact avec le lycée, que l'on pourra considérer comme une communauté, était déjà établi depuis deux ans. Ensuite, le groupe d'élèves était déjà formé (membres du club, tous volontaires) et certaines activités débutées.

Par contre, le choix du thème du club n'était que relatif, puisque choisi parmi 5 ou 6 thèmes possibles, mais fonction des moyens disponibles.

Mais nous tenons à préciser que si la démarche globale du club n'est pas participative au sens où nous la définissons, nous avons tenté dans cette partie du travail, d'appliquer les principes théoriques énoncés auparavant.

La première phase de la mise en oeuvre de la démarche était déjà réalisée, ainsi que le problème soulevé, à savoir comment sensibiliser la population sur la nécessiter de s'inscrire sur les registres d'état civil.

Arrivant en cours de projet, nous avons tenté de nous imprégner du contexte le plus rapidement et complètement possible, par une étude documentaire dans un premier temps, grâce aux nombreuses recherches menées par l'IRD sur cette zone notamment, mais aussi sur la culture Serrer (ethnie locale), son histoire.

Nous avons ensuite complété cette étude sur le terrain, avant de rencontrer les élèves.

Nous avons d'abord rencontré le proviseur, puis les professeurs coordinateurs des clubs, avant de faire connaissance avec les élèves, présentés de manière officielle par le proviseur et le chercheur de l'IRD, comme il est de coutume.

Suite à ce premier contact, nous avons pu fixer un premier entretien, afin de faire plus ample connaissance, sans la présence d'autre autorité du lycée ou de l'IRD.

Dans le même temps, nous avons pu passer beaucoup de temps avec les professeurs, en dehors de tout réunion formelle, pour apprendre à connaître les lieux et les personnes du village.

a. Choix de l'outil de communication

Au cours des séances suivantes, qui avaient lieu en dehors du lycée pour éviter le côté formel et parce que les élèves le souhaitaient (locaux du lycée inconfortables, envie de sortir du cadre scolaire...), nous avons pris le rôle d'animateur «facilitateur».

En fait, le but était, conformément à la philosophie de la communication participative, d'aider les élèves à choisir l'outil de communication qu'ils souhaitaient utiliser.

Pour faciliter le déroulement des activités, nous avons utilisé comme outil de communication participative les discussions de groupe et les débats.

Cet outil très efficace pour des petits groupes permet les échanges entre les membres, afin de confronter les différentes opinions en vue, dans l'idéal, d'obtenir un consensus général.

Les discussions se déroulaient d'après un «guide de discussion» préparé à l'avance, mais dont les questions restaient évidemment ouvertes. Concrètement, cela revenait à aider les

membres du club à se poser des questions sur leurs objectifs, les moyens à disposition et l'efficacité potentielle des outils dont ils pouvaient disposer.

Au cours de ces réunions, les élèves ont d'abord recensé des problèmes que pouvaient soulever l'absence d'état civil, comme l'accès à la scolarité, le droit à la nationalité, les droits de l'enfant, l'accès aux soins, l'héritage, le droit de vote ou encore le droit de voyager.

Puis les moyens de résoudre ces problèmes.

Au Sénégal, l'inscription à l'état civil se fait normalement à la naissance, par l'intermédiaire du registre des naissances. Cette déclaration peut se faire auprès de différentes autorités. En pratique, pour la région de Niakhar, elle se fait principalement auprès du chef de village.

Et il est possible de déclarer tardivement une naissance, grâce à d'autres dispositifs réglementaires (jugement supplétif et audiences foraines) 31.

Conscients que ces démarches administratives ne sont pas une panacée, que la population est très peu informée sur les enjeux de l'inscription des naissances à l'état civils et les modalités pour y parvenir, les jeunes ont d'abord choisi un outil de communication, le mieux adapté possible au contexte.

Au cours de leur scolarité, les élèves ont pu assister à quelques séances de sensibilisation, notamment sur le thème du VIH/SIDA. La forme qui leur semblait la plus efficace était le théâtre, avec en plus des conférenciers venus expliquer les dangers que représente la maladie et les attitudes à adopter.

Ils étaient donc familiarisés avec ce média et se sont directement tournés vers lui. Postérieurement, après discussion avec les différents partenaires, la nécessité d'inclure une dimension interactive est apparue.

Les élèves ont alors décidé de faire du «porte à porte», plus efficace selon eux, car permettant un contact direct avec les personnes, ouvrant ainsi une possibilité de débattre. Seulement, les contraintes d'une telle démarche ont mis en attente ce projet, le nombre de personnes touchées leur ayant alors paru trop restreint.

Le choix s'est donc redirigé vers du théâtre, qui s'insérerait dans le cadre d'une journée de
sensibilisation. En effet, le motif pour lequel les élèves ne voulaient pas faire uniquement du

31 Cf. annexe VII : L'état civil au Sénégal

théâtre tenait à ce qu'ils estimaient que ce média n'attire que les enfants, si du moins il n'est pas inclus dans un cadre plus «sérieux».

Mais inséré dans le cadre d'une journée de prévention, les avantages de ce média leur ont paru nombreux : facilité à mettre en place les conditions pour pouvoir réaliser les pièces ; possibilité de se déplacer dans les villages de la zone ; format reproductible et adapté au public - support oral (traditionnel), pour une population en majeure partie analphabète, en langue locale.

Bien que le média choisi ne permette pas vraiment une communication participative par la suite avec la population, nous ne sommes que peu intervenu. Rappelons à cet égard que le but prioritaire ici n'était pas de créer un support de prévention pour la diffusion auprès de la population, mais bien d'initier les concepteurs de ce projet à une démarche participative pour les sensibiliser aux thèmes qu'ils étudiaient.

Les jeunes ont ainsi pu se rendre compte que les outils de communication participative ne se s'adaptaient pas à tous les contextes. Le choix du support s'est finalement arrêté sur le format «sketchs» d'une dizaine de minutes, en lien avec un thème lié aux enjeux que représente l'inscription des naissances.

b. Réalisation des sketchs

Pour écrire les sketchs, nous avons aidé quelque peu les jeunes dans la méthodologie. C'est en fait surtout à ce niveau qu'il a fallu faciliter la démarche des jeunes, ainsi que dans la coordination avec le lycée et la logistique.

Toute la difficulté était de ne pas imposer une façon de faire, de manière directe ou détournée. Mais pour autant, il était nécessaire de faire progresser les travaux.

Dans la partie précédente, où les jeunes ont eu à soulever les problèmes à résoudre et choisir un support, nous ne sommes que peu intervenus, pour rappeler quelques contraintes à ne pas oublier, et souligner quelques questions à se poser. Toujours en utilisant comme outil de communication le groupe de discussion.

Trois sketchs ont entièrement été rédigés par les jeunes, sans aucune aide (à notre connaissance). Nous avons simplement corrigé quelques fautes de français. Tous les élèves n'ont pas participé à la rédaction, ils étaient trop nombreux (une vingtaine), mais chaque texte est une oeuvre collective (au moins trois jeunes par texte).

c. La mise en scène et les répétitions

Au cours des séances suivantes, les membres du club se sont attribués les rôles, sur une base de volontariat, ce qui a eu pour effet de faire jouer quelques acteurs sur deux sketchs, tandis que d'autres n'ont pas eu de rôle. Mais plus de la moitié des élèves en ont eu au moins un.

A partir de ce moment, les séances ont étés consacrées aux répétitions et à la mise en scène. Les jeunes n'avaient pas vraiment de notions de mise en scène, ni du jeu de théâtre. Malgré cela, le résultat s'est avéré très satisfaisant.

Ils ont présenté leurs sketchs en conditions réelles pour la première fois devant le personnel de l'IRD de Dakar le 6 juillet 2005, ainsi que devant les élèves des autres clubs de Niakhar alors en visite des locaux de l'IRD.

Pour donner quelques repères, voici la chronologie de ces différentes étapes, sachant que les premières séances ont eu lieu début mai, et les dernières début juillet (chaque séance durait une demi-journée).

· Premier contact, présentations - 1 séance

· Rappel des enjeux et définition des objectifs - 1 séance

· Choix de l'outil de communication - 2 séances

· Ecriture des sketchs - 2 séances (fait en grande partie en dehors de ces réunions)

· Répétitions et mise en scène - 5 séances (plus les répétitions en autonomie) Ces séances étaient plus ou moins rapprochées dans le temps. Les contraintes de temps et de distance ne nous permettaient pas de venir de façon tout à fait régulière.

I.4. Bilan

a. Méthodologie

Pour réaliser le bilan de ces activités, en plus des observations de terrain, nous avons conduit une série d'entretien de deux types principalement :

- des entretiens non formels, lors de discussions libres pendant ou en dehors de la journée de travail

- des entretiens formels de type semi directif fonctions de la personne interrogée et de la problématique (guide d'entretien répertoriant des thèmes et sous thèmes, évitant de cadenasser l'entretien comme peut le faire un questionnaire rigide, mais permettant de garder le contrôle de la discussion).

Enfin, pour les élèves, en plus des entretiens, vu leur nombre, nous leur avons soumis un questionnaire avec des questions ouvertes. 32

Pour le traitement des données, nous avons fait une analyse thématique du contenu, en repérant les thèmes communs et transversaux à l'ensemble des entretiens recueillis.

Même réalisés de manière rigoureuse, ces questionnaires et entretiens restent totalement subjectifs, et l'échantillon interrogé étant faible, un traitement statistique ne serait pas pertinent.

Il faut donc prendre en compte ces aspects en lisant les résultats du bilan.

b. Bilan avant la mise en place de la communication participative

Avant de faire un bilan des activités du club pour la partie sketchs, voici d'une manière générale les points positifs issus du bilan des activités du club :

- Travail régulier et fréquent

- Solides connaissances théoriques apportées

- Investissement personnel du chercheur de l'IRD très important - Cours d'informatique réguliers et utiles au travail des clubs

32 Questionnaire soumis à chaque élève des clubs, voir annexe IV

Pour ce qui est des points négatifs :

- Manque de pratique en dehors des cours d'informatique et des sketchs

- Peu ou pas d'investissement des professeurs

- Attitude très « scolaire » du chercheur (communication verticale de l'émetteur vers le récepteur), avec tout de même un certain nombre de rencontres de professionnels de l'état civil

- Aucune initiative laissée aux élèves

- Compréhension des objectifs et enjeux du club pas toujours claire, que ce soit pour les membres du club ou les professeurs

- Travail d'enquête et de prévention dans le même temps (ajoute à cette confusion) - Pas d'activité en dehors des interventions de l'IRD au sein des clubs

- Cours très théoriques et trop simples selon le résultat de l'enquête menée auprès des élèves

- Manque de matériel en informatique : trois PC pour parfois trente jeunes par cours.

c. Aspects positifs

Après ce bref aperçu des forces et faiblesses des clubs, important pour préciser dans quel contexte se sont déroulées les activités qui nous concernent, nous pouvons voir le bilan de la partie à laquelle nous avons directement participé.

Si on se restreint à l'action que nous avons menée, on peut considérer que la démarche adoptée était participative, avec une quasi autonomie des jeunes dans l'élaboration de leur support de communication. Ils étaient réellement acteurs de leur projet.

La démarche adoptée était des plus rigoureuse bien que non imposée (dans le contexte), avec un réel travail de recherche du meilleur moyen pour réaliser les objectifs, à savoir la sensibilisation de la population aux questions concernant l'état civil. Considérant les différents paramètres du contexte, les avantages et inconvénients des différents supports de communication, ils ont finalement pris la décision eux-mêmes de faire des sketchs.

La réalisation de ceux-ci s'est également faite de façon rigoureuse, malgré leur inexpérience et le manque de temps certains.

Ils ont donc pu mener leur projet de bout à bout, sans qu'il ne leur soit imposé de contraintes autres que des contraintes de temps et de moyens. Ils ont travaillé en commun, pris les décisions et réalisé ce projet.

Les sketchs, même s'ils n'ont pas encore été testés auprès de la population, ont reçu un avis très favorable de la part du personnel de l'IRD ainsi que des élèves des autres clubs de Niakhar. Mais il faudra attendre de voir les résultats auprès des cibles (population de la zone de Niakhar) pour connaître leur réelle efficacité.

Enfin, un dernier aspect très positif, les élèves étaient très motivés, impliqués dans les activités, présents jusqu'à la fin. Or en fin de projet (pour cette année), les activités ont continué malgré l'achèvement de l'année scolaire. De plus, la fermeture du lycée correspond au début de l'hivernage, synonyme de travaux dans les champs pour ces jeunes qui doivent aider leurs parents. Il s'agit peut être d'une conséquence de l'appropriation du projet par les jeunes.

Toutefois, l'absence de recul rend aléatoire une évaluation rigoureuse de l'efficacité de la démarche.

d. Difficultés

Bien qu'a partir de la décision des membres du club de faire de la sensibilisation auprès des habitants de la région, une démarche participative a été entreprise avec succès, les activités antérieures n'avaient pas ce caractère.

Or, il serait intéressant de savoir si il est possible d'adopter cette démarche dès l'initiative de création d'un club JRD.

En effet, ils n'ont pas entièrement choisi la thématique du club, bien qu'ils aient eu le choix parmi plusieurs thèmes. Mais on peut considérer que cette restriction dans le choix du thème fait partie des contraintes du milieu, de part la disponibilité limitées des ressources de l'IRD (au niveau matériel et humain).

Le deuxième point pouvant nuancer la part de participation réelle dans le projet concerne les connaissances préalables nécessaires à l'élaboration des messages des supports de communication. Or cette acquisition des connaissances s'est faite de manière classique, le chercheur se substituant au professeur et donnant des cours, sans interactivité réelle.

On peut donc se poser des questions sur ce préalable : savoir s'il était indispensable d'une part, et surtout s'il ne peut être dispensé d'une autre manière, moins verticale, d'autre part.

En dehors de ces questions par rapport au contexte périphérique aux activités qui nous intéressent, nous avons relevé quelques difficultés dans le déroulement du projet.

Au niveau de l'organisation, il était parfois difficile de fixer des rendez-vous. Nous fixions rendez-vous directement avec les élèves, puis confirmions avec les professeurs, ou inversement. Mais il arrivait parfois qu'au dernier moment, les horaires soient changés sans que nous en soyons avertis, ni que tous les élèves soient prévenus.

Compte tenu des contraintes dues au peu de temps disponible pour faire avancer le projet et des contraintes géographiques (nous étions basés à Dakar, à 3 heures de route de Niakhar), le moindre retard était pénalisant pour l'avancée du projet.

Cette contrainte a quelque peu précipité l'écriture et la mise en scène des sketchs. Il y a fort à parier que le résultat aurait été encore meilleur avec plus de temps. Mais le travail devrait reprendre dès la rentrée.

Enfin, un dernier point a peut-être eu une influence sur le déroulement des activités. Le fait que ce soit un français (avec toute l'image que cela véhicule au Sénégal) qui facilite et anime les activités, et que les élèves n'aient pas l'habitude d'avoir l'initiative dans le cadre scolaire ont sûrement retardé l'établissement de bons contacts entre les partenaires.

Cette retenue s'est heureusement assez vite dissipée, peut-être grâce au caractère non autoritaire de la communication participative.

e. Evaluation de la pertinence de la démarche

Le bilan de cette expérience soulève plus de questions que de réponses, car d'une part il est difficile d'évaluer sur une seule démarche de ce type, d'autre part nous ne disposons pas de suffisamment de recul.

Les activités sont amenées à se poursuivre. Il faut voir si les élèves continueront sur la voie
qu'ils se sont tracés sans animateur. Nous pensons qu'ils pourront très certainement
interpréter leurs sketchs, mais les faire évoluer, les inscrire dans une démarche plus globale,

ce qui implique la création de partenariats et l'acquisition de nouvelles compétences semble plus difficile.

En outre il est très délicat de s'auto évaluer, pour un problème d'objectivité évident. Nous ne pouvons donc nous reposer que sur des critères qualitatifs.

De nombreuses questions découlent de l'étude de l'efficacité de cette démarche. En effet, y aurait-il eu la même efficacité sans les connaissances apportées au préalable par le chercheur ? Sûrement pas, vu la pertinence des informations contenues dans le message. A moins qu'ils aient cherché eux-mêmes les informations (ce qu'ils ont fait en partie). Mais est- ce que la qualité du contenu était vraiment importante ? Sans aller dans des considérations théoriques sur l'importance du contenu par rapport au medium, le but recherché n'était tant pas tant l'efficacité du message pour la qualité de ses informations, mais plus sur la réalisation de celui-ci par les jeunes pour les sensibiliser en priorité.

Ce qui revient à une question beaucoup plus large et délicate : est-il nécessaire de posséder des connaissances avant de pouvoir faire ce type de communication participative ? Et cet apprentissage peut-il se faire de manière interactive, tout comme l'expérience en éducation des adultes nous le montre ?

Toutefois, s'il est impossible de comparer avec un autre cas en tous points similaire en dehors de l'utilisation de la communication participative, on peut toujours s'en tenir aux faits.

Le problème étant plus dans la généralisation, à savoir si les remarques valables ici le seront dans d'autres cas.

La motivation et l'appropriation de la thématique par les élèves se sont révélées excellentes, puisque qu'ils ont mené le projet du début jusqu'à une première représentation alors qu'ils n'y étaient pas obligés.

Ensuite, les jeunes étaient acteurs de leur propre «développement», ou plutôt de leur propre apprentissage, puisqu'en quasi autonomie.

Enfin, l'adoption d'une démarche participative dans cette partie des activités du club n'a pas nuit à la qualité du travail effectué. De l'avis des chercheurs, professeurs et autres personnes ayant assisté à la représentation (dont le secrétaire de l'association Sénégalaise Kaddu Yaraax, organisant des festivals de théâtre-forum sur des thèmes de prévention), affiliés ou non aux

clubs JRD, le résultat était «excellent», de par son interprétation inventive et dynamique, ainsi que par la pertinence des informations véhiculées et les arguments utilisés.

Au-delà d'une efficacité potentielle de ce support, cette qualité pourrait être le signe d'une acquisition et d'une appropriation de connaissances sur la thématique, ainsi que de la pertinence de la méthodologie employée par les jeunes.

I. 5. Conclusion et perspectives

Le but ici était avant tout de sensibiliser les élèves du club. Nous avons utilisé un outil de communication interpersonnelle, à savoir les discussions de groupes et débats pour responsabiliser les jeunes et faciliter leur démarche de développement.

Au niveau du groupe, la communication participative a responsabilisé les jeunes. Mais reste à savoir si l'objectif qu'ils se sont fixés peut être atteint par cette démarche participative.

Si l'objectif premier des clubs n'est pas d'aboutir à une sensibilisation massive de la population, pour valider l'hypothèse que la communication participative peut permettre l'adoption de nouveaux comportements, ou d'innovations, il faut aller plus loin.

Il n'est pas concevable d'utiliser ce genre d'outils de communication interpersonnelle uniquement pour sensibiliser toute une population, cela demanderai trop de moyens financiers humains, ou trop de temps, vu la masse de gens à toucher.

D'ailleurs, le travail effectué par ces élèves illustre bien ce constat. Sans mettre le terme approprié sur leur démarche, ils ont débuté la mise en place d'une stratégie de communication pour le développement, appuyant un projet de développement, qui n'est autre que d'inciter la population à inscrire les naissances des enfants à l'état civil.

En nous détachant des objectifs et du cadre des clubs JRD, on peut penser que cette expérience pourrait constituer une bonne base pour poursuivre et élargir la démarche à un niveau supérieur, en utilisant des outils de communication participative.

Le concept de théâtre-débat (où après la pièce est provoqué un débat avec les spectateurs) et le théâtre-forum (où certaines parties de la pièce sont jouées par les spectateurs, habituellement pour tenter de convaincre un personnage de changer son comportement) sont très efficaces pour soulever la discussion sur les problèmes du milieu. Par contre, ils doivent s'insérer à l'intérieur d'une stratégie de développement qui accompagne l'initiative à long terme.

Dans le cas présent, l'inexpérience des élèves posera (si l'expérience continue l'année prochaine) sûrement problème dans la partie interactive tout au moins.

En revanche, le fait de partir de l'expérience de ces jeunes, qui ont dans leur entourage direct ou eux-mêmes rencontré des problèmes liés à l'inscription des naissances, rend la stratégie de communication d'autant plus pertinente. En effet, nous avons appris du domaine de l'éducation des adultes que partir de l'expérience des individus pour concevoir et mettre en oeuvre une expérience d'apprentissage interactif est une stratégie efficace.

Ensuite, le rôle de l'intervenant «facilitateur» reste indispensable pour aider à continuer sur une voie participative, par son expérience et son rôle en matière de coordination et partenariat. Bien sûr il ne s'agit encore ici que de suppositions, qui demandent à être vérifiées par la poursuite de l'expérience sur le terrain. Et seule l'augmentation significative à long terme du nombre d'inscription des enfants à la naissance pourrait montrer l'efficacité de la démarche dans cette zone.

Quand bien même, quelque soit l'efficacité apportée par l'utilisation de la communication participative comme outil de facilitation à la démarche participative pour le développement, il n'est pas évident que ce soit généralisable à d'autres domaines ou d'autres circonstances.

Nous avons vu à travers cet exemple, réalisé pour un petit groupe relativement homogène, pour une courte durée, dans des conditions favorables pour l'utilisation de la communication participative, qu'il y avait tout de même des difficultés et que la théorie ne suffit pas à régler tous les problèmes.

II. Limites de la communication participative et pistes de réflexion pour adapter le concept à la sensibilisation au niveau communautaire

L'utilisation de la communication participative au niveau communautaire se heurte à de nombreuses difficultés et comporte même certaines limites, comme le montre cette expérience réalisée au sein du club JRD de Niakhar, mais aussi d'autres réalisées par diverses ONG comme Enda tiers-monde, ou des organismes comme la FAO.

Malgré tout, comparée aux autres modèles de communication utilisés pour le développement en Afrique et plus particulièrement en sensibilisation, elle présente de nombreux avantages. Tout dépend du contexte, des moyens, et des objectifs de la sensibilisation.

Dans le cas d'une information de sensibilisation à faire passer d'urgence auprès d'une population importante, la communication participative ne sera d'aucun secours, ou alors pour pérenniser une action de diffusion de masse déjà mise en place.

Mais si les conditions sont favorables, la communication participative se révèle être un outil puissant pour responsabiliser la population et la rendre actrice de son propre développement (que ce soit pour un projet de développement ou faire de la sensibilisation et même de la recherche participative).

Les autres modèles, en particulier ceux fondés sur le modèle diffusionniste, ne permettent pas cette appropriation de savoir, ou cette responsabilisation. Or, c'est le principal reproche qui est fait dans les projets de développement : le manque de pérennité de ces projets, ou d'impact des campagnes de sensibilisation. Et cet échec sur le long terme, de l'avis des spécialistes quasi unanimes sur la question : la non responsabilisation et la non implication des bénéficiaires en seraient la cause principale, puisque vecteur de changement des comportements.

Pour adopter un nouveau comportement, il faut accepter et intégrer l'innovation, et cette intégration peut passer par la responsabilisation des populations devant, soit bénéficier de l'innovation, soit éviter un comportement à risque.

Dans la pratique, tout n'est pas si clair, mais certaines des difficultés rencontrées peuvent sans doute être contournées, et la poursuite des recherches dans ce domaine pourraient permettre d'améliorer le concept.

II.1. Limites et difficultés : des solutions ?

Cette expérience menée au sein du club JRD de Niakhar révèle donc de nombreuses difficultés, confirmées par d'autres expériences menées dans des situations différentes, qui peuvent être imputées à la communication participative ou sa mauvaise application.

Nous pouvons désormais tenter d'apporter des pistes de réflexion pour résoudre ces difficultés ou les contourner.

a. Conditions préalables à la mise en place d'une communication participative

Les caractéristiques de la collectivité peuvent être déterminantes pour la réussite de l'utilisation de la communication participative communautaire.

En effet, l'efficacité du processus n'est possible que sous certaines conditions, notamment au niveau des ressources financières et matérielles, et de la situation politique du pays.

De plus, la communication participative s'inscrit souvent dans un continuum à long terme et ne sera pas toujours, voire rarement, adaptée à une situation d'urgence.

Au niveau des agences et ministères de développement, la durée de ces projets est parfois prohibitive, préférant des projets à court terme avec des retombées immédiates afin de justifier le bon emploi de fonds publics.

b. Risques de conflits

En donnant la parole aux plus démunis, en faisant participer les populations les plus touchées par la pauvreté, ou soumises à des problèmes de développement, on remet parfois en cause les rapports de pouvoir établis.

En effet, les plus touchés sont la plupart du temps justement ceux qui n'ont jamais de pouvoir décisionnel, car en bas de l'échelle sociale.

Cette adaptation des relations de pouvoir peut créer des conflits à deux niveaux.

Premièrement au niveau de la communauté. Pour rester dans le cadre de notre étude, au Sénégal, la légitimité du chef de village ne peut être remise en cause. Si un paysan va à l'encontre de ce qu'ordonne le chef de village ou qu'on lui ôte son pouvoir de parole, cela

peut aboutir à des conflits. On peut retrouver la même situation entre diverses familles ou encore entre classes sociales.

Ce genre de problèmes s'est présenté dans de nombreux projets. On peut citer à titre d'exemple le projet de développement agro-sylvo-pastoral de quatre villages pilotes et d'une zone d'élevage au Sénégal piloté par le PNUD et la FAO 33. Des difficultés ont été relevées par rapport à la hiérarchie très forte au sein de la communauté. Certaines catégories socioprofessionnelles ont peu ou pas accès aux ressources naturelles, les femmes, les jeunes et les migrants notamment. Dans le cas présent, l'intervention a renforcé le pouvoir des catégories dominantes en leur fournissant des moyens nouveaux pour asseoir leur autorité, puisque ces «dominants» étaient les interlocuteurs privilégiés des acteurs de développement.

Ensuite au niveau de la gouvernance. Dans les pays où le contrôle de l'État est très fort, ce qui est le cas dans beaucoup d'états d'Afrique de l'Ouest, les gens peuvent souhaiter la participation mais s'exposer par là même à des risques de représailles. Cette prise en charge de la communauté de son propre développement peut être considérée comme en défi envers le pouvoir établi.

Mais on peut noter aussi l'influence croissante des entreprises privées. Elles vont parfois employer certaines personnes de la communauté, et si les intérêts de la communauté vont à l'encontre de cette entreprise, il y a risque de conflits. C'est le cas notamment des industries d'exploitation forestière.

Dans les cas de conflit au sein de la communauté, la priorité est bien sûr à la négociation. Inutile d'essayer de renverser des rapports de pouvoir ancrés depuis des générations, le but de la communication participative n'est pas ici.

c. Risques de manipulation

Les formes dites de pseudo participations, qui ne sont que des formes de participation
partielles, où les gens concernés ne prennent pas toutes les décisions sont souvent dénoncées

33 BONNAL J., Participation et risques d'exclusion : réflexions à partir de quelques exemples sahéliens [en ligne], FAO, 1995 disponible sur : http://www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=/docrep/003/v5370f/v5370f00.htm (consulté le 03/08/2005)

par les adeptes de la communication participative «totale» comme une forme de manipulation. Le fait de laisser une partie seulement du pouvoir décisionnel ne donnerait que l'illusion de participation, les stratégies et objectifs étant déjà fixés.

Même dans la forme de communication participative que nous avons exposée, ce risque est bien présent. Il se peut que le communicateur entre dans un village en ayant une idée bien précise de sa réalité et de ses valeurs et qu'il espère que les gens perçoivent leurs problèmes de la manière dont il la voit. Il pourrait alors être tenter d'influer sur la communauté dans le sens de ses convictions, ce qui peut être considéré comme de la manipulation.

L'expérience d'un projet de lutte contre l'ensablement des terres de cultures dans les départements de Zinder et de Diffa (Niger/PNUD/FAO) 34 montre bien le genre de difficultés auxquelles peuvent être soumis ces agents de développements manquant d'expérience et/ou de formation. Ceux-ci se sont notamment trouvés confrontés à des difficultés pour identifier les situations initiales des projets. L'effet constaté est une gestion faite sans avoir réellement cerné la situation, ce qui a entraîné une certaine dérive dans l'orientation du projet (mauvaise gestion des outils d'évaluation, donc mauvaise évaluation et choix pris en conséquence mal adaptés).

Il n'y a pas vraiment de moyen de s'affranchir de ce risque de manipulation. Seule une formation adéquate de l'intervenant et une connaissance poussée du milieu où il doit intervenir peuvent atténuer ce risque sans l'annihiler.

d. Apporter des connaissances sans les imposer

Dans le cas de la sensibilisation en particulier, l'apport de certaines connaissances est indispensable à la compréhension des enjeux.

Or, la philosophie de la communication participative repose sur un principe d'échanges horizontaux, sans rapports hiérarchiques entre les partenaires, que ce soit entre les membres de la communauté participant au projet ou l'animateur, le scientifique, etc.

On se heurte dès lors à un problème majeur : comment ne pas imposer des savoirs, pour qu'ils soient acceptés comme des vérités établies, et à partir de là pouvoir continuer la démarche participative.

Soit il faut aussi faciliter les apprentissages, sans jouer au maître d'école ni avoir recours à une pédagogie directive (se référer à l'expérience de l'éducation des adultes). Il faut rechercher dans le milieu les personnes-ressources qui peuvent aider à faciliter ces apprentissages et acquisitions.

Soit il n'est pas nécessaire d'apporter ces connaissances, ce qui nous parait difficile dans le domaine de la sensibilisation et encore d'avantage dans le domaine de la prévention.

Par exemple, comment prévenir une épidémie de choléra sans informer un minimum sur les mécanismes de transmission de la maladie, les règles d'hygiène à respecter en conséquence et les symptômes à dépister ?

Mais nous pouvons retourner également le problème dans l'autre sens, une épidémie a lieu au moment où nous écrivons ces lignes, dans la région de Niakhar. La prévention faite par les autorités est de type diffusionniste : message de prévention dans les médias de masse, distribution de T-shirts « luttons ensembles contre le choléra ». Les retombées sont quasi nulles et l'épidémie, qui n'est pas très importante, dure depuis maintenant six mois.

Nous pouvons alors nous demander dans ce cas précis, si la communication participative communautaire, en complément de cet apport d'information sur l'épidémie et sa prévention, n'aurait pas permit de lutter plus efficacement contre l'épidémie en aidant à changer les comportements.

e. Démarche tributaire des praticiens

En plus des risques de manipulation, le rôle du facilitateur animateur est ambiguë et délicat. Les qualités requises pour faciliter la communication participative sont très pointues, et pourtant fondamentales. Il sera parfois le seul partenaire extérieur à la communauté en lien permanent avec celle-ci, et pourtant il sera chargé d'aider les participants à mettre en place la démarche du début jusqu'à la fin.

Il sera même parfois l'intermédiaire par qui arrivent les fonds et le matériel nécessaire à la mise en oeuvre du projet.

Il est difficile d'imaginer une démarche à 100% participative, au sens théorique. L'animateur aura forcément une influence sur les prises de décision, que ce soit de manière volontaire ou non, ne serait-ce qu'en orientant ses questions, en ajoutant des commentaires mêmes neutres ou, par exemple encore, en donnant plus facilement la parole à certains partenaires.

Ce qui peut nous faire croire qu'il est bien rare de trouver des démarches participatives «idéales», sans que l'influence de l'extérieur intervienne dans la gestion du projet ou de la sensibilisation. Ce serait utopiste de le croire, mais tout l'enjeu est de diminuer au maximum l'influence de ce ou ces «facilitateur(s)».

Pour cela, seul le choix pertinent de ces intervenants au rôle si important, accompagné d'une formation très solide, peut augmenter les chances d'obtenir une communication participative de qualité.

Reste à déterminer ces qualités requises, le profil du facilitateur en fonction du type de projet, et surtout la formation à dispenser à ces intervenants.

Par exemple, le rapport de la FAO sur la situation de la communication pour le développement au Burkina Faso 35 révèle que pour l'utilisation de médias de proximité les acteurs de développement n'avaient pas de formation suffisante. De même pour l'utilisation de médias traditionnels, la connaissance du milieu faisait souvent défaut. Donc même si ce rapport souligne la pertinence de l'utilisation de ces médias, des améliorations sont nécessaires pour profiter pleinement des avantages qu'ils peuvent représenter.

f. Coût pour les participants

Il ne faut pas perdre de vue que la participation peut être synonyme de coût pour prendre part au processus participatif. Même si à terme le participant devrait y trouver un bénéfice, le temps consacré à la participation est autant de temps qu'il perd à exercer son activité habituelle lui permettant de se faire rémunérer ou de se nourrir.

Le communicateur doit en tenir compte lorsqu'il se présente dans un village ou dans un quartier pauvre.

35 FAO, Situation de la communication pour le développement au Burkina Faso tome1, FAO, Rome, 2001 http://www.delgi.gov.bf/Tic/Plans%20de%20d%C3%A9veloppement/Burkina1.pdf (consulté le 04/08/2005)

g. Contrainte de temps, souplesse

La démarche participative demande le plus souvent beaucoup de temps. Dans la phase d'approche, dans la prise de décision, la mise en oeuvre... Et les retombées ne se voient pas forcément tout de suite, ce qui peut décourager rapidement une communauté.

En effet, en multipliant les interlocuteurs, en donnant la parole à tous ou presque, en prenant les décisions en commun, en essayant au maximum de parvenir au consensus, on rallonge d'autant la longueur pour mettre en oeuvre le projet et son déroulement.

Les contraintes - et l'inertie du projet avec - sont donc d'autant plus importantes qu'on voudra faire participer le plus de personnes possible.

De plus, le fait de laisser le pouvoir décisionnel rend le déroulement des activités plus aléatoires. Si on a une démarche planifiée d'avance, avec des professionnels, les calendriers seront plus ou moins respectés ainsi que le budget. Mais si on confie ces tâches à des gens inexpérimentés, il y a plus d'aléas, de tâtonnements.

Il est donc indispensable de garder une certaine souplesse dans la gestion des projet par les ONG ou autres «pilotes», afin de ne pas se retrouver dans une impasse faute de budget suffisant ou de temps.

h. Spécialisation des ONG

Les ONG dans le domaine du développement, de la sensibilisation ou autre sont de plus en plus spécialisées. Les organismes de recherche pour le développement comme l'IRD sont également spécialisés, de manière générale, tous les acteurs de développement le sont, en dehors des très grosses structures comme l'Etat ou des organismes internationaux tels l'UNESCO, le NEPAD ou le l'USAID.

Ce constat peut causer des difficultés dans le sens où la communication participative amène à soulever des problèmes complexes, multidisciplinaires, pouvant dépasser les domaines de compétence d'une structure spécialisée.

La solution envisageable pour le moment semble être l'établissement d'un réseau d'ONG pour mettre en commun les expériences de ces spécialistes pour répondre au mieux aux besoins soulevés par la communauté concernée.

II.2. Pistes de réflexion et axes de recherches pour développer le concept

En dehors de ces difficultés et limites rencontrées et les débuts de solutions qui s'y rapportent, on peut émettre des pistes de réflexion pour développer et améliorer le concept, pour plus d'efficacité et de pertinence dans la communication participative.

a. Evaluation des projets de communication participative

La nécessité de mettre en oeuvre des outils d'évaluation en cours de projet pour les expériences elles-mêmes est une idée communément admise, et largement employée.

Mais pour ce qui est de l'évaluation des résultats de ces expériences, très peu de recherches ont été menées dans ce domaine. Il existe bien sûr des comptes rendus, des bilans plus ou moins poussés, mais qui restent le plus souvent qualitatifs et faits par les acteurs de développement inclus dans le projet, ce qui pose un problème de subjectivité.

Or, si on veut connaître réellement la pertinence de ces méthodes, les points à améliorer, l'influence du milieu sur les stratégies adoptées, les changements induits... Une évaluation rigoureuse à l'aide d'outils adaptés est primordiale.

Sans quoi, le retour d'expérience, si important dans ce type de stratégies, ne peut se faire.

Et quand bien même cette évaluation serait faite, il faut ensuite pouvoir partager cette expérience, au sein d'un même organisme (ce qui est fait en général), mais aussi entre les différents organismes.

D'autant plus dans le contexte de spécialisation des ONG.

Il nous semble indispensable, pour progresser dans la manière d'aborder cette communication participative, de se nourrir des pratiques issues du terrain, au risque de répéter sans cesse les mêmes erreurs et de ne pas progresser en laissant de côté des expériences, positives comme négatives.

b. Complémentarité et concurrence des médias

La communication participative communautaire peut se révéler très efficace, mais les communautés sont rarement coupées du monde. Or, si on reçoit des messages contradictoires de l'extérieur d'autres médias à plus large diffusion, ou même de niveau équivalent, il y a un risque de concurrence.

De plus, il existe des médias participatifs au niveau régional ou même national, qui possèdent des avantages certains par rapport à la communication au niveau communautaire, ne serait-ce que d'un point de vue économique. Mais souvent ces niveaux sont pensés séparément, alors qu'une complémentarité entre ces divers médias serait sûrement bénéfique. Les chercheurs dans le domaine le pressentent déjà, mais aucune ou très peu de recherches sont faites sur la complémentarité de ces approches, leur conjugaison, leur synchronisation, etc.

On admet que ces actions à différentes échelles sont complémentaires le plus souvent, en particulier dans le domaine de l'éducation à la santé. Mais il s'agit plus d'un postulat que d'un sujet d'étude. Les médias de masse agiraient sur les changements sociaux avec plus ou moins d'efficacité et les outils interpersonnels plus en profondeur au niveau individuel.

Mais attention au contexte, car en Afrique de l'Ouest, en milieu rural plus particulièrement, l'accès aux médias est difficile pour de multiples causes. Prenons l'exemple de la région d'Agadez au Niger. Dans leur rapport 36 sur la situation de la communication pour le développement, les agents de développement de la FAO de cette région recensent quelques besoins au regard des nombreuses contraintes dues au milieu. Le rapport mentionne des besoins notamment de modernisation, d'extension et d'accessibilité aux réseaux de télécommunication; l'extension de la couverture TV; la valorisation des langues nationales; la dotation des radios en matériels de production adéquats; la consolidation de la liberté de la presse; une plus grande autonomie à la radio régionale en matière de gestion, de production et de diffusion; la revitalisation de la presse rurale; le renforcement de l'environnement lettré; la création d'unités de production des outils de communication de proximité...

On voit bien par l'expression de ces besoins l'ampleur des besoins en infrastructures, mais
aussi des problèmes d'ordre plus politiques et culturels. Il ne faut pas oublier que l'emploi de

36 FAO, Situation de la communication pour le développement au Niger tome1 [en ligne], FAO, Rome, 2003, p 119 disponible sur : ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/006/Y4957F/Y4957F00.pdf (consulté le 04/08/2205)

médias de masse est problématique dans un contexte multilinguistique, avec une population en majorité analphabète qui ne connaît bien souvent que son dialecte local.

c. Accès à l'inO1LP D.ioL

Si on désire développer ce principe d'autonomisation des communautés pour agir pour leur propre développement, il est impératif qu'elles puissent avoir un accès facile à l'information. Sans sources d'information, on voit mal comment une communauté pourrait se développer en autonomie.

Or il suffit de lire les rapports 37 faisant état de la communication pour le développement dans les divers pays d'Afrique de l'Ouest pour se rendre compte de l'ampleur des besoins.

Les politiques de développement des pays de la sous région vont dans le sens de l'utilisation des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC) pour combler ces lacunes.

Mais en dehors des centres urbains, l'accès au réseau Internet par exemple est quasi inexistant. De plus, il nous semble utopiste de miser sur ce genre de technologie qui nécessite de lourds investissements en matériel ainsi qu'en formation.

Comme le souligne Annie Chéneau-Loquay :

« Comment relier différents points du Sénégal importe plus aux associations rurales que de naviguer à l'international sur la toile. Alors qu'en Afrique l'oralité est privilégiée, Internet fait appel d'abord à une bonne maîtrise de l'écrit ; les commerçants rencontrés à Saint Louis, désireux de connaître et éventuellement d'utiliser Internet, mais largement illettrés, ont bien perçu cet obstacle » 38.

Elle affirme également que bien que le développement de ces NTIC permet de désenclaver les pays africains dans certains domaines, tel que celui de la recherche, au niveau de la population en général, on est loin d'avoir les conditions nécessaires pour assurer un accès au plus grand nombre (pour elle le désenclavement par le réseau filaire au niveau rural n'est pas possible car demandant trop d'investissements coûteux et non rentables pour les opérateurs). 39

37 Voir notes de bas de page n° 35 et 36

38 CHENEAU-LOQUAY A., DIOUF P. N., LE RENARD T., Disponibilités et usages des technologies de la communication dans les espaces de l?échange au Sénégal in CH EN EA U-LOQUAY A., Enjeux des technologies de la communication en Afrique : du téléphone à Internet [en ligne], Editions Karthala, 2000, 105 p. disponible sur : http://www.africanti.org/resultats/Livre_enjeux/Annied.pdf (consulté le 05/08/2005)

39 CHENEAU-LOQUAY A., entre leurre et miracle, in CHENEAU-LOQUAY A., Enjeux des technologies de la communication en Afrique : du téléphone à Internet [en ligne], Editions Karthala, 2000, 105 p. disponible sur : http://www.africanti.org/resultats/documents/enjeux.htm#intro (consulté le 05/08/2005)

d. Le rôle de facilitateur

Les intervenants ou acteurs de développement devant faciliter la démarche participative en utilisant des outils de communication participative ont un rôle très délicat. C'est une fonction clé dans ce genre de démarche. Il est nécessaire que ce «facilitateur» ait un profil et une formation bien adaptés à sa mission.

Or, nous avons pu voir à quel point ce rôle était complexe, demandait de multiples compétences et à quel point il pouvait influer sur le déroulement d'un projet.

L'expérience montre que la formation de ces agents est le plus souvent insuffisante. De fait, ils sont confrontés à des difficultés pour assurer leur mission.

Ils doivent être à la fois compétents dans leur domaine de base, mais aussi connaître parfaitement le milieu où ils auront à intervenir, savoir manipuler les outils de communication traditionnels et populaires, gérer des conflits, faciliter le consensus, planifier, évaluer, écouter etc.

s Profil

En plus des compétences déjà énumérées précédemment, le praticien doit être crédible aux yeux de la communauté.

Pour acquérir cette légitimité, ce facilitateur doit afficher une compétence reconnue dans le domaine où se situe le projet.

Par exemple, pour un programme de lutte contre la désertification, on fera plutôt appel à un agent forestier, pour un programme de prévention en IST/SIDA, à un médecin ou autre personnel médical.

Ensuite, pour accroître cette légitimité et rendre le dialogue entre les partenaires et la communauté plus facile, il est préférable que les praticiens soient, sinon issus de ces communautés, proches de celles-ci.

La connaissance de la langue est indispensable par exemple. De même, il sera plus facile d'accepter l'intervention d'une personne avec la même culture que celle d'un occidental.

Ce facilitateur est donc une personne ressource possédant les compétences dans un domaine technique en rapport avec le thème du projet, les compétences nécessaires à la mise en oeuvre de la communication participative. Et il est proche du milieu où il doit intervenir.

Ces conditions, bien que nécessaires, sont difficiles à toutes réunir. Beaucoup d'enjeux reposent sur une ou quelques personnes, selon la taille du projet.

Néanmoins, on peut accroître les chances de réussite d'une telle entreprise par une formation accrue des praticiens.

? Accentuer et revoir la formation des praticiens

Les domaines de compétence auxquels doivent être formés ces «facilitateurs» sont déjà connus, nous les avons déjà évoqués. Ils se rapportent aux diverses étapes de la mise en oeuvre de la communication participative.

Cette formation peut s'effectuer de façon non structurée, dans le cadre d'activités organisées par la collectivité (sur le terrain) ou au moyen de cours structurés.

Jusqu'à maintenant, ce sont des professionnels de la communication en tant qu'experts en formation qui assurent ces formations structurées aux personnels des ONG ou autres organismes devant intervenir dans une communauté.

Une formation est donc dispensée par des formateurs «extérieurs», pour des gens extérieurs à une communauté pour travailler au sein de celle-ci.

Si cette formation est nécessaire, il apparaît clairement qu'elle ne prend pas en compte le milieu d'intervention.

La communication participative apprend à favoriser les échanges horizontaux, en se servant des médias traditionnels en particulier, alors que les formateurs ne sont pas initiés à ces médias et sont très rarement en contact avec les communautés pour lesquelles ils forment du personnel.

Il nous semble important que les communicateurs soient formés aux méthodes indigènes de communication de façon à pouvoir mieux participer aux pratiques de communication de la collectivité.

D'une part, il semble pertinent d'utiliser les moyens de communication traditionnels des communautés concernées, car c'est la communication de tous les jours qui nourrit l'identité d'une collectivité.

D'autre part, il semble aberrant d'enseigner uniquement des moyens de communication externes à une communauté, alors qu'on parle de communication participative ; ou bien de former à des moyens de communication indigènes sans y avoir été soit même formé.

Nous pensons donc que ce serait une erreur de baser les formations sur des méthodes descendantes selon lesquelles le savoir est transmis du maître à l'étudiant, mais plutôt s'accorder avec les principes de la participation, chacun apprenant de l'autre.

Ensuite, il existe certaines qualités qu'il n'est pas possible d'acquérir par la formation. Du moins elles nous échappent pour le moment. Certaines personnes semblent posséder des qualités particulières, comme le «charisme» qui font qu'elles peuvent grandement faciliter le processus.

e. Interdisciplinarité

On a vu que la communication participative appelait un échange de savoirs Or il ne faut pas que les savoirs transmis influent sur le pouvoir de décision de la communauté, pour rester dans cette relation d'échange. On a souvent tendance à négliger la manière de transmettre ces savoirs qui sont pourtant fondamentaux. Il ne s'agit pas seulement de rendre la population actrice en communication participative, mais que chacun apprenne de l'autre pour aller dans le sens du développement ou de l'intérêt commun.

L'expérience de l'éducation des adultes possède beaucoup de similitudes avec la communication participative. Pourtant ces deux interdisciplines sont très cloisonnées. Il y aurait tout intérêt à aller vers ces domaines pour apprendre des expériences de chacun, tout comme la communication prône de le faire dans son domaine.

Plus généralement, les chercheurs en communication pour le développement auraient tout intérêt à se servir des expériences des autres domaines qui se rapportent de près ou de loin aux activités de communication participative, pour compenser les lacunes du concept.

f. Recherches

Comme beaucoup d'auteurs spécialistes de la communication participative pour le développement le soulignent, la recherche participative possède de nombreux avantages, dans le domaine du développement en particulier.

En effet, l'idée repose sur le principe de la communication participative toujours, mais appliquée au domaine spécifique de la recherche scientifique.

En incluant les bénéficiaires potentiels de l'application de la recherche, on espère ainsi éliminer les énormes problèmes rencontrés dans la transition recherche/développement.

Si les programmes de recherche sont élaborés à l'aide des futurs bénéficiaires, on espère ainsi d'une part impliquer ces derniers dans la recherche et l'appropriation future de l'innovation, mais surtout adapter les recherches pour le développement aux besoins réels des populations.

Reste à savoir si la communication participative peut également être bénéfique dans ce domaine, qui se heurte à beaucoup de résistances, en particulier pour les sciences dites « exactes ». Il faudrait pour cela que les scientifiques en ressentent le besoin, ainsi que les bénéficiaires, ce qui peut passer par le développement de la culture scientifique pour ces derniers.

Pour en revenir à la communication participative, les chercheurs du domaine auraient sans doute tout intérêt à s'appliquer leurs préconisations.

C'est d'ailleurs ce qu'ont fait des chercheurs du CRDI (Centre de Recherche pour le Développement International), un institut Canadien, dans un programme de communication pour le développement, afin de témoigner de l'importance des interrelations entre la Communication à la base, l'échange d'Information, l'utilisation à double voie des Médias et l'Education non formelle (CIME) 40, établi en collaboration avec une centaine d'ONG de neuf pays d'Afrique de l'Ouest.

40 Programme détaillé sur le site Internet du CRDI à l'adresse suivante : http://www.crdi.ca/fr/ev-9302-201-1- DO_TOPIC.html (consulté le 02/08/2005).

g. Autres pistes

On peut noter encore d'autres pistes de recherches issues des recommandations de chercheurs et d'acteurs de développement qui seraient certainement bénéfiques pour faire avancer l'interdiscipline, par exemple :

· S'appuyer d'avantage sur les femmes pour le développement communautaire en milieu rural

· Réexaminer la pertinence des contenus

· Organiser davantage de programmes de recherches au niveau politique

Le champ des pistes qui restent à explorer est encore très vaste, et on peut considérer que la communication participative n'en est encore qu'à ses balbutiements. Issue de la communication pour le développement, l'énorme avantage que constitue ce principe, c'est son adaptabilité aux conditions spécifiques du milieu. Cet avantage sur les autres formes de communication, de type diffusionniste, est modéré par les difficultés à mettre en oeuvre une telle démarche.

Mais s'il est nécessaire d'accentuer les recherches et les échanges entre praticiens pour améliorer le concept, la communication semble être ce qui se fait de mieux en terme d'impact sur la communauté, que ce soit pour responsabiliser les gens, les sensibiliser ou adopter une innovation.

Conclusion

Le terme de communication participative ne se suffit pas en lui-même. Il cache beaucoup de visions, de points de vue et de questions qui restent en suspens.

Issue de la communication pour le développement, cette philosophie possède tout de même des caractéristiques que tous les auteurs et pratiquants s'accordent à lui attribuer. Née de l'expérience des premiers modèles de communication pour le développement trop restrictifs et simplistes, la nécessité de placer la population au coeur des stratégies de développement apparaît désormais comme évidente.

Evidente pour les chercheurs et beaucoup de praticiens, mais sur le terrain, on est bien souvent loin de ce principe de donner le pouvoir de décision à la population grâce à l'utilisation de la communication participative, qui veut faciliter les échanges entre les différents intervenants (membres d'une communauté, ONG, autorités...).

Alors si l'utilisation de la communication participative est présentée comme la solution, du moins théoriquement, pour responsabiliser les populations, les rendre actrices de la résolution de leurs problèmes, pourquoi subsiste-t-il encore tous ces difficultés et réticences constatées dans la pratique ?

La communication participative, bien que séduisante dans sa philosophie, soulève de nombreuses questions et pose des obstacles différents des autres modèles de communication. Alors remplace-t-on pour autant des difficultés inhérentes à un modèle par d'autres ?

Dans les modèles diffusionnistes, l'impact des campagnes de sensibilisation constaté est faible, la responsabilisation des populations sur un projet de désertification par exemple, empêchera sa pérennisation.

Tandis que la communication participative au niveau communautaire pourra soulever des conflits, coûter cher, n'avoir que peu de retombées à court terme...

Mais deux raisons majeures font pencher la balance en faveur de la communication participative.

Premièrement, la pratique montre que les actions entreprises à l'aide de la communication participatives se sont avérées bien plus efficaces.

Deuxièmement, les difficultés rencontrées dans le domaine ne sont pas incontournables, seulement, il reste beaucoup à développer, améliorer, rechercher, échanger, pour arriver à un résultat meilleur.

On pourrait ajouter à cela que la communication participative est également possible à un niveau plus large que celui de la communauté, mais il ne s'agissait pas du sujet de l'étude nous concernant.

Si la communication participative reste cantonnée actuellement à certains domaines du développement (social, structurel, économique, environnemental principalement), elle gagnerait tout à s'étendre vers d'autres aspects, comme celui exploré en particulier, à savoir le développement de la culture scientifique.

En effet, une des causes des difficultés rencontrées dans la recherche au Sénégal, mais aussi ailleurs, est le manque de vision des enjeux que soulève la recherche scientifique. Dans un contexte où les innovations scientifiques sont un des moteurs possible du développement, par de nouvelles techniques agricoles par exemple, de réduction de la pauvreté, de lutte contre les endémies, le soutien de la population est quasi indispensable. Car elle permet l'acceptation des innovations bien sûr, mais aussi parce qu'elle joue son rôle critique, indispensable pour adapter les programmes de recherche aux enjeux réels.

C'est ce que tend à faire la recherche participative, qui tente d'inclure des représentants de la population dans l'élaboration de ses programmes, pour en finir avec ces innovations laissées à l'abandon car incomprises ou totalement inadaptées.

Actuellement, nous ne pensons pas que la communication participative soit une solution miraculeuse, applicable à tous les domaines de la communication. En revanche, elle constitue ce qui se révèle être le plus efficace au niveau communautaire, le niveau de la vie quotidienne en société. L'atout majeur des principes issus de la communication participative, c'est son adaptabilité. Comment rendre une communication efficace si ce n'est en l'adaptant au mieux au contexte ? Reste à continuer de chercher les meilleurs moyens d'y parvenir.

C'est cette même adaptabilité, grâce à l'implication des premiers concernés, qui laisse supposer que le concept est généralisable à d'autres domaines et à d'autres lieux certainement. Cela reste à vérifier par la pratique.

Bibliographie

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- TUDESQ André Jean, Les médias en Afrique, Ellipse, 1999, pages 60-70 et 100-110

Multimédia, presse :

- Emission radiophonique, les mondes changent : les clubs JRD du Sénégal, RFI, 20 minutes, 2004

- Visioconférence entre les clubs JRD de Dakar et Montpellier, débat autour du SIDA et les adolescents, dispo. enda santé (projet sid@pi lote), 2004

- SALAM SALL A., interview publiée le 10 décembre 2004 par l'Agence de Presse Sénégalaise, Dakar

- SINA DIATTA C., entretien publiée le 27 mars 2003 dans « Le Quotidien », Dakar, 2003

ANNEXES

Sommaire

Annexe I : Données statistiques générales de développement du Sénégal 78

Annexe II : Données socio-démographiques générales sur la zone d'étude de Niakhar

(source :IRD) 79

Annexe III : Sketchs de sensibilisation à l'utilité de l'état civil écrits par le club JRD de Niakhar 81

Annexe IV : Questionnaire soumis aux élèves des clubs JRD 88

Annexe V : Bilan des clubs JRD du Sénégal 89

Annexe VI : Evolution de la communication pour le développement 94

Annexe VII : L'état civil au Sénégal et l'inscription des naissances 95

Annexe I : Données statistiques générales de développement du Sénégal

Annexe II : Données socio-démographiques générales sur la zone d'étude de Niakhar (source : IRD)

Structure de la population :

· 45,4% ont moins de 15 ans

· 64,6% ont moins de 25 ans

· Dans le groupe d'âges 10-19 ans, il y a 15% de garçons de plus que de filles (migrations des petites filles)

· Le groupe 5-14 ans représente 9000 jeunes (proche de l'effectif à scolariser)Pyramide des âges au 1er janvier 2002

· Taux de natalité voisin de 40 pour mille soit environ 1200 naissances par an

· Taux de fécondité en 2001, 6,7 enfant par femme (équivalent à la moyenne nationale rurale)

· Taux de la mortalité infantile en 2001 : 20 pour mille

· Espérance de vie : 28,6 ans en 1963, 58,1 ans en 2001

Scolarisation :

· 20 écoles privées ou publiques en 2003 (+17 écoles coraniques)

· Parmi la population âgée de 25 à 34 ans, ce sont environ 70% des individus qui ne sont jamais allés à l'école

· Chez les jeunes de 6 à 14 ans, plus de 50% des enfants vont à l'école

· Absentéisme important (40% des élèves sont absents plus de 4 fois dans l'année)

Autosuffisance alimentaire :

· Plus de 50% des ménages atteignent le seuil d'autosuffisance alimentaire

· Par le biais des migrations, ce sont alors 60% des ménages qui l'atteignent

· Et grâce aux entraides, ce seuil est atteint par 83% des ménages

Niveaux de vie, niveaux de pauvreté :

· Les plus aioes (habitat en dur, gaz, latrines), 14% des ménages

· Classe moyenne (matériel agricole, animaux de trait, eau du puits), 57% des ménages

· Les plus démunis (habitat précaire, peu de bétail...), 29% des ménages

· 60% des ménages ont accès à une borne fontaine

· 43% des ménages ont au moins un toit en tôle ondulé

· 22% des ménages ont accès à des latrines

Annexe III : Sketchs de sensibilisation à l'utilité de l'état civil écrits par le club JRD de Niakhar

Club JRD « état civil » de Niakhar Juin 2005

Sketch de sensibilisation sur l'utilité de l'état civil

Thème : le droit de vote

Le pari

Les personnages

Modou : partisan du PS

Ousmane : partisan du PS Moussa : commissaire de vote Saliou : partisan du PDS

Fatou : partisane du PDS

Situation : A l?ombre d?un tamarinier discutent des partisans du PS et du PDS à propos des prochaines élections présidentielles...

MODOU : Nous allons faire une campagne électorale pour avoir beaucoup de votes pour notre candidat.

OUSMANE : Nous allons aussi organiser des meetings, des conférences et distribuer des habits neufs du PS pour qu'ils soient nombreux à voter pour nous.

SALIOU (à FATOU) : Est-ce que pourrons voter ?

FATOU : Bien sûr, à condition de remplir les critères pour avoir le droit de voter. SALIOU : Tu veux dire qu'il faut que j'aie une pièce d'identité ?

FATOU (étonnée) : Quoi ?! Tu ne vas pas me dire que tu n'as pas de pièce d'identité...

SALIOU : Non je n'en ai pas, mon père ne pas déclaré à la naissance, par négligence. Mais ce n'est pas grave, je vais voter de toute façon.

Les partisans du PS interviennent

MODOU : Hé ! Si tu n'as pas de pièce d'identité, tu ne pourras pas voter !

SALIOU : C'est ce qu'on va voir. Je paris ma maison que je voterai ! Et vous, qu'est-ce que vous donnez ?

MODOU : Moi aussi je donne ma maison. Si l'un de nous perd, il n'aura qu'à tenir sa parole.

Le jour tant attendu arrive. Ousmane et Modou se rendent au lieu de vote et trouvent Saliou, Moussa et le commissaire de vote en train de se disputer.

OUSMANE : Qu'est-ce qu'il y a ?

SALIOU : Il dit que je ne peut pas voter parce que je n'ai pas de carte d'identité.

LE COMMISSAIRE : Sans pièce d'identité, on peut pas voter ! Tu n'es même pas reconnu comme étant Sénégalais, si tu n'es pas inscrit à l'état civil, tu n'as aucun droit.

OUSMANE : Mais c'est vrai ce que le commissaire dit, c'est la vérité. Tu as de la chance qu'il n'appelle pas la police !

MODOU : Je te l'avais dit. Tu as perdu !

MOUSSA : Il ne reste qu'une semaine et une seule chance. Si tu la rate, tu en subiras les conséquences. Une audience foraine va être organisée dans le village. A ce moment tu pourras t'inscrire à l'état civil et avoir des papiers d'identité. Tu pourras alors voter.

SALIOU : Je m'en fiche puisque notre parti va gagner les élections, ce n'est pas la peine que j'aille chercher une pièce d'identité.

MOUSSA : Va en chercher ! Ca te servira une autre fois.

Saliou ne l?écoutant même plus, s?en va.

Une semaine plus tard, les résultats sont annoncés : le PS remporte les élections. Ousmane et Modou écoutent les résultats à la radio quand Saliou arrive chez eux, furieux.

SALIOU (crie): Vous avez triché !

MODOU: Ce n'est pas vrai. Comment oses-tu nous accuser de tricherie ! Ils se mettent à se battre, le commissaire de vote intervient alors

LE COMMISSAIRE : Saliou, c'est toi qui as tord, tu es venu dans leur maison pour te battre avec eux. Ce n'est pas juste ! Je vais te faire arrêter et le juge va te faire emprisonner pendant un mois ! C'est tout ce que tu mérites.

Club JRD « état civil » de Niakhar Juin 2005

Sketch de sensibilisation sur l'utilité de l'état civil

Thème : inscription des naissances, droit à l'héritage

L'héritDH1 d1 Mou\\D

Les personnages

Ablaye Diouf: le père

Ndeye : première femme d'Ablaye

Néné : deuxième femme d'Ablaye

Moussa : ainé de la famille Abdou : ainé de Néné

Situation : Ablaye avant de mourir réunit toute sa famille à son chevet

ABLAYE : Mes enfants, je vous ai laissé de quoi bâtir votre aveni r.Sur mon compte en banque à la B.C.E.A.O., il y a 24 millions de Francs CFA.

J'espère que vous en ferez bon usage. Surtout n'oubliez pas le sang qui vous uni.

MOUSSA : Père vous pouvez aller en paix. Tout sera fait selon votre volonté.

ABDOU : Père pour l'instant il ne faut pas penser au pire. Surtout essayez de reprendre des forces.

ABLAYE : Je te remercie Abdou, mais c'est trop tard

Après avoir poussé son dernier soupir, Ablaye Diouf rendit l?âme, laissant derrière un problème auquel il n ?avait pas pensé. En effet, après les obsèques, place au partage des biens.

MOUSSA : Mon frère, j'étais chez le notaire qui m'a signifié que le retrait de l'argent à la banque risque d'être difficile car les procédures judiciaires compliquent les choses.

ABDOU : Sois plus explicite. Il faut fournir pour chacun de nous un acte de naissance et il paraît que seul les détenteurs de papiers en règle peuvent accéder à l'argent du vieux.

MOUSSA : Et moi dans tout çà ?! Je suis l'aîné tout de même !

ABDOU : Mère m'a confié que tu n'avais pas d'acte de naissance alors que j 'en possède un. Je serais donc le bénéficiaire de l'héritage.

Les femmes d?Ablaye interviennent alors, la situation devenant de plus en plus périlleuse.

NDEYE : Ca ne se passera pas comme çà ! Je suis la première femme d'Ablaye, et Moussa est l'aîné, il doit donc recevoir l'héritage, c'est la tradition. J'irai voir mon frère qui est commissaire et sinon je ferais appel à mon marabout !

NENE : Mon fils, ne l'écoute pas, nous sommes riches ! ABDOU : Oui, grâce à vous.

Abdou repense aux paroles de son père et décide finalement de faire le nécessaire pour l?aider

ABDOU : Cher frère, je pense qu'il peut y avoir une solution a ce problème délicat. SALIOU : Il dit que je ne peut pas voter parce que je n'ai pas de carte d'identité.

LE COMMISSAIRE : Sans pièce d'identité, on peut pas voter ! Tu n'es même pas reconnu comme étant Sénégalais, si tu n'es pas inscrit à l'état civil, tu n'as aucun droit.

OUSMANE : Mais c'est vrai ce que le commissaire dit, c'est la vérité. Tu as de la chance qu'il n'appelle pas la police !

MOUSSA (reconnaissant) : Je n'ai pas les mots qu'il faut pour traduire ma pensée, petit frère.

ABDOU : J'ai entendu dire qu'il était possible de t'inscrire à l'état civil par un juge, malgré ton age. Mais pour cela allons à la mairie pour plus de renseignements.

Ils partent donc ensembles à la mairie pour savoir comment faire obtenir des papiers à Moussa, sans que leurs mères respectives ne soient au courant.

Ndeye qui n ?est pas au courant à préparé un mauvais coup à l?aide de son marabout pour récupérer l?héritage.

NDEYE : Moussa, j'ai vu le marabout qui m'a assuré que si Moussa prend tout l'argent pour lui, il deviendra fou...

MOUSSA : Je suis désolé mère, mais il faudra revoir ton cher marabout pour qu'il arrête tout. NDEYE: Dis moi, quelle mouche t'as piqué ?

MOUSSA (rie): Pour une raison mystérieuse, Abdou m'a aidé à me procurer un acte de naissance pour ensuite le déposer chez le notaire. On attend juste le rendez vous avec la banque pour retirer l'argent.

NDEYE (s'évanouie) : ahhhhh...

Une fois remise de ses émotions, Ndeye part retrouver Abdou et Néné

NDEYE (émue): Chère co-épouse, cher fils. Par où commencer ? Non, sincèrement je ne sais quoi dire, je suis très élue !

NENE : Mais de quoi s'agit-il ? Dis moi quelque chose fils !

ABDOU : Je suis désolé de m'être tu pendant tout ce temps mais j 'ai accompli une chose que je ne regrette nullement. Je veux rendre à César ce qui appartient à César et donc j 'ai fait le nécessaire pour que Moussa puisse bénéficier de sa part de l'héritage.

NENE (bouche bée, reste un moment silencieuse, puis dit) : Tu as très bien agit mon fils, je suis fière de toi. Beaucoup d'autres à ta place n'auraient pas été aussi honnête et seraient parti avec tout l'argent, laissant leur frère sans un sou.

Club JRD « état civil » de Niakhar Juin 2005

Sketch de sensibilisation sur l'utilité de l'état civil

Thème : scolarisation

Moustapha n'ira plus à l'école

Les personnages

Le père:

L'ami :

Le fils : Moustapha Diouf Le maitre : monsieur Mbodji Le directeur de l'école :

Situation : Un père heureux vient annoncer à un ami la naissance de son fils, le premier avec sa seconde femme.

PERE : Ha ! Mon ami, je suis venu vous faire part du baptême du fils de ma seconde femme. AMI : Quelle bonne nouvelle ! Que décidez vous de faire maintenant ?

PERE : J'aimerai faire un baptême extraordinaire.

AMI : Formidable, mais as tu déjà déclaré ton fils auprès du chef de village qu'il puisse être reconnu officiellement ?

PERE : Pour quoi faire ? Peu importe.

AMI : Il m'est arrivé la même chose avec mon fils Ndiougour, j'ai négligé de le déclarer à la naissance et çà m'a coûté très cher. J'ai du aller jusqu'au tribunal pour réparer cette erreur.

PERE : Tout cela m'est égal ! Je vais baptiser mon fils ainé et dès demain, je vais tuer un gros taureau comme personne n'a jamais et n'aura jamais vu !

AMI : Et bien je t'aurais prévenu, mais tu es mon ami avant tout, alors je participerai volontiers au baptême de ton fils.

Six ans plus tard, son fils à l?age d ?entrer à l?école

PERE : Bonjour monsieur le directeur, je suis venu pour inscrire mon fils Moustapha dans votre école.

DIRECTEUR : C'est le moment des inscriptions, vous arrivez au bon moment. C'est possible

PERE : Que dois-je faire maintenant ?

DIRECTEUR : L'essentiel est de fournir un acte de naissance, ce qui va montrer qu'il a une nationalité et donc droit à l'éducation.

PERE : Monsieur, il va falloir patienter un peu car au moment où je vous parle les papiers ne sont pas encore disponibles.

DIRECTEUR : D'accord, je le laisse étudier pour le moment. Mais il faudra absolument avoir ces papiers pour qu'il puisse passer ses examens d'entrée au collège. Sans identification, il ne pourra pas entrer au collège, même s'il est bon élève.

DIRECTEUR (se retournant et s'adressant aux professeurs) : Vous pouvez commencer les cours maintenant !

Quelques années plus tard

MAITRE MBODJI : J'aimerai avoir la classe qui se présente à l'examen d'entrée en sixième DIRECTEUR : Oui, il va être temps, il ne reste pratiquement plus de cours.

MAITRE : Oui, il ne reste plus qu'un cours d'éducation civique sur les droits et devoirs.

DIRECTEUR : C'est une leçon d'actualité, il faudra tout faire pour terminer cette leçon avant l'examen, on en parle beaucoup à la radio et a la télévision, surtout les droits des enfants.

MAITRE : Oui, à ce propos, vous avez déjà déposé les actes de naissance à l'inspection ? DIRECTEUR : Pas encore, il reste un élève qui n'a pas fourni le sien.

MAITRE : Mais de qui s'agit-il ?

DIRECTEUR : C'est Moustapha Diouf

MAITRE : Moustapha ! Ce n'est pas possible, pourtant lorsqu'on faisait la leçon sur l'état civil, il était le premier à répondre correctement !

DIRECTEUR : Malheureusement je n'ai pas le choix, je dois le renvoyer chez ses parents, je l'avais pourtant prédit à son père.

MAITRE : Hélas ! Quel excellent élève !

Moustapha rentre chez lui, renvoyé par le directeur...

MOUSTAPHA : Le directeur m'a renvoyé parce que je n'ai pas d'extrait d'acte de naissance. PERE (affolé) : Comment ?

AMI : Ne dit rien, je t'avais prévenu dès la naissance de Moustapha, mais tu étais entêté et maintenant voilà le résultat : il ne peut pas passer son examen alors que c'est un très bon élève ! Tout çà parce que tu as négligé de le déclarer à la naissance, il ne pourra plus continuer à étudier.

PERE : Oh ! Comment je vais faire ?

AMI : Allons voir le directeur tous les deux.

Ils rendent alors à l?école voir le directeur

PERE et AMI : Bonjour monsieur le directeur.

DIRECTEUR : Bonjour chers parents.

PERE : Mon fils Moustapha est venu me dire que vous l'avez renvoyé.

DIRECTEUR : Oui je l'ai renvoyé parce qu'il est temps de déposer les extraits de naissance au niveau de l'inspection pour que les élèves puissent passer leur examen.

PERE : Et alors ? Quelle peut être la solution ?

DIRECTEUR : Le débat est clos, personne n'entrera sans extrait de naissance. AMI : Pourtant ce n'est pas une nouvelle, je l'avais prévenu !

PERE : Monsieur, aidez moi, je n'ai que ce garcon d'instruit et j'ai misé tous mes espoirs sur lui.

DIRECTEUR : La seule solution qu'il vous reste, c'est d'aller à l'audience foraine qui se tiendra demain dans votre village.

PERE : Très bien ! Mais que dois-je faire là bas ?

DIRECTEUR : Vous pourrez aller voir le juge avec deux témoins et votre fils pour l'inscrire à l'état civil.

PERE : Ah, merci mille fois monsieur le directeur ! Je ne savais pas que l'état civil avait une si grande importance pour la scolarisation de nos enfants ! Je ne me laisserai plus piéger et j'inscrirais mes enfants à l'état civil dès la naissance en allant voir le chef de village.

NB : Ce sketch initialement écrit ainsi, à subit beaucoup de transformations, tant au niveau des dialogues que la mise en scène. Par exemple, le père part furieux à la fin du sketch, et c'est l'ami qui reste auprès du directeur pour se renseigner, car il espère que Moussa puisse l'envoyer en France quand il sera plus âgé...

De même les autres sketchs ont évolué, principalement au niveau des dialogues, bien plus étoffés, laissant une large place à l'improvisation et à l'humour, tout en restant sérieux dans le message à transmettre.

Annexe IV : Questionnaire soumis aux élèves des clubs JRD Age :

Sexe :

Lycée :

Club JRD :

1. Pourquoi as-tu choisi de faire partie de ce club ?

2. Qu'as tu fait au sein du club ?

3. Es-tu satisfait du travail accompli dans ce club ? Pourquoi ?

4. Penses-tu qu'il vaut mieux faire de la prévention ou être sensibilisé à une démarche scientifique (enquête, expériences de laboratoire, mise en place d'une pépinière etc.) ?

5. L'organisation et le fonctionnement du club t'ont-ils parus satisfaisants (fréquence des interventions, organisation des sorties, retards ou rendez-vous manqués etc.)?

6. Que penses tu des interventions des chercheurs de l'IRD (trop longues, trop théoriques, pratiques, trop compliquées, trop simples, pas assez d'explications, etc...) ?

7. Comment pourrait-on améliorer la qualité des clubs JRD ?

8. Pour toi quel est l'objectif des clubs JRD ?

9. Est-il atteint ? Dans quelle mesure ? Si non que reste-t-il à accomplir ?

10. Remarques, commentaires, suggestions ?

NB : Les élèves ont répondu anonymement à ces questionnaires

Annexe V : Bilan des clubs JRD du Sénégal

1. Difficultés matérielles

s Matériel

Les clubs souffrent d'un manque évident de matériel, en dehors des maristes (Dakar), qui reste un cas à part, vu leurs moyens.

En particulier le matériel de laboratoire dans les lycées, ou informatique (Niakhar). Mais aussi du matériel spécifique aux activités des clubs (enclos contre les chèvres, radeau pour observer les oiseaux).

Les lycées sont généralement mal équipés, en dehors du cours sainte marie de Hann (club de Dakar), qui est un lycée privé avec beaucoup de moyens. Or l'IRD ne dispose pas de suffisamment de moyens à consacrer pour équiper tous les établissements.

? Problèmes de distances

Ces problèmes de matériel sont parfois atténués par la proximité d'infrastructures de l'IRD. Mais c'est insuffisant, et les déplacements vers les régions plus éloignées de Dakar comme Mbour ou Niakhar posent des contraintes aux chercheurs (les chercheurs des clubs de Niakhar profitent de leurs visites de travail à Niakhar parfois, mais y vont souvent juste pour les clubs).

s Financement

Certaines sorties demandent des financements que ne possèdent pas le lycée. Ils sont tributaires de l'IRD. Mais les initiatives du lycée sont rarement financées par l'IRD, ce qui peut se comprendre, mais impose une hiérarchie dans les rapports avec les partenaires.

Autre soucis, les partenaires, encadrants professeurs ou chercheurs recherchent parfois une compensation financière que ne peut accorder l'IRD et encore moins les lycées, ce qui constitue un frein certain au déroulement des activités dans les meilleures conditions. Certaines activités et certains partenariats n'ont pas pu se développer faute de rémunération

des individus devant participer à la vie du club. Par exemple pour le partenariat avec l'APSVT (association des professeurs des sciences de la vie et de la terre).

2. Difficultés dans la communication

s Entre chercheurs et enseignants

De nombreux quiproquos et difficultés ont étés constatés entre les chercheurs et les responsables enseignants des clubs JRD. Ceux-ci sont souvent minimes et rapidement réglés. Mais le manque de communication entre ces deux acteurs fondamentaux que sont le chercheur et l'enseignant est allé jusqu'à l'arrêt quasi complet des activités des clubs des maristes et de Mbour depuis mars/avril 2005.

Les raisons sont difficiles à cerner, sans doute un manque de temps pour le chercheur, les clubs étant assez dépendants de l'IRD, les activités ont alors quasiment cessé.

Il s'agit peut-être également d'un manque d'initiative de la part des lycées, qui ont trop tendance à se reposer sur l'institut. On peut le voir dans les deux sens.

s Le sentiment d'un rapport hiérarchique entre l'IRD et les lycées

Un sentiment commun aux différents clubs actuels au Sénégal s'est révélé au cours de cette enquête: l'IRD adopte une attitude dirigiste selon les différents partenaires de l'IRD, imposant sa vision des choses et inhibant toute initiative des lycéens (qui sont parfois peut-être des professeurs d'ailleurs...). La raison de cette attitude serait que l'institut finance les activités du club. L'IRD finance effectivement quasiment à 100% les activités des clubs, en dehors des salaires des animateurs et différents partenaires, mais ne peut expliquer un tel comportement ou plutôt un tel sentiment.

Ce sentiment, qu'il soit avéré ou non, nui à la qualité des clubs. La motivation n'est évidemment pas la même lorsqu'on a l'impression de travailler sur des thèmes imposés plutôt que choisis.

Ce point est particulièrement important, surtout dans une démarche de l'IRD qui se veut « participative ».

3. Difficultés dans les ressources humaines

· Disponibilité

Il existe certaines difficultés dans le respect des programmes fixés à la création des clubs. Le calendrier est rarement respecté, mais surtout les objectifs ne sont pas tous toujours atteints, Par manque de temps et/ou de moyens.

Ce manque de temps n'est pas dû à l'indisponibilité des professeurs (bien que les professeurs de Niakhar disent ne pas avoir de temps), mais à celle des chercheurs principalement. Il est également du fait que pour diverses raisons, le travail n'est pas poursuivi par les professeurs sans les chercheurs ou autre personnel de l'IRD.

· Engagement des professeurs

Cette difficulté déjà évoquée dans d'autres points est plus spécifique aux trois clubs de Niakhar. Les encadrants des autres clubs s'investissant dans les activités du club sans trop rechercher de compensation, du moins financière, et bien qu'en autonomie très restreinte par rapport à l'IRD, le travail dans les clubs se poursuit de manière plus ou moins régulière (sauf depuis mars2005).

En revanche, pour les clubs de Niakhar, en dehors des interventions de l'IRD, les clubs n'existent pas. Le travail avance donc difficilement, la coordination reste compliquée, et les chercheurs se transforment en professeurs.

· Fonctionnement des clubs avec un chercheur, un enseignant plus la coordination du service communication de l'IRD

On a vu que le fonctionnement des clubs reposait quasiment exclusivement sur un professeur, un chercheur et le soutien logistique de la DIC (délégation à l'information et à la communication).

Or, avec ce mode de fonctionnement, dès qu'il existe des difficultés de communication entre le scientifique et le professeur, ou que l'un des deux « piliers » (professeur ou chercheur) s'en va pour diverses raisons (ce qui est fréquent à l'IRD, c'est le cas de Marc Neyra qui rentre en France cette année), c'est l'existence même du club qui est menacée.

4. Difficultés dans la pédagogie

s Côté pratique parfois négligé, attitude souvent didactique des scientifiques

Comme l'enquête faite auprès des élèves le révèle, les membres des clubs ont le sentiment qu'il y trop de cours théoriques, qu'ils sont trop simples et que c'est au détriment de la pratique (en dehors du club symbiose des maristes). Et s'il n'y a pas trop d'apprentissage théorique, il n'y a pas assez de pratique selon les enseignants.

Il est reproché aux chercheurs, en particulier dans les clubs de Niakhar, d'avoir un rôle de professeur, et non de scientifique. De plus, même s'ils font ces interventions avec beaucoup de bonne volonté, ce ne sont pas des pédagogues. Et les scientifiques ont souvent quelques problèmes à vulgariser leurs recherches.

D'une part parce qu'ils n'ont pas d'expérience généralement dans le domaine, ils s'adressent à un public très spécifique (contexte interculturel qui plus est), d'autre part ils ne connaissent pas le niveau de leur public.

De fait, les interventions si elles sont dispensées de manière classique, c'est-à-dire une communication horizontale de l'apprenant vers l'élève, risquent le plus souvent d'être inadaptées, soit trop simplistes, soit trop complexes.

Cette adaptation très difficile à cerner s'est avérée plus aisée dans d'autres méthodes d'apprentissage.

Lorsque le chercheur adopte une démarche plus souple, en posant des questions, en faisant parler les élèves, en les incitant d'avantage à construire leurs propres connaissances, il s'adapte automatiquement au niveau de l'élève d'une part, et le motive d'avantage d'autre part.

En effet, un élève actif, qui construit ses propres connaissances est d'avantage motivé, attentif, que s'il subit un discours sans interactivité.

? Peu ou pas de place pour le tâtonnement, l'erreur, l'initiative de l'élève

Ce point rejoint le précédent, en effet il est également reproché dans les activités scientifiques des clubs, en dehors des aspects théoriques, de ne pas laisser la place à l'apprentissage par l'erreur.

L'activité scientifique est faite de tâtonnements, d'erreurs, d'initiative. Or il semblerait que les chercheurs aient tendance à diriger les travaux sans laisser les élèves mener réellement des recherches. Une méthodologie leur est donnée, une problématique, des hypothèses. Toutes les étapes d'une démarche scientifique sont enseignées, mais l'élève ne les élabore pas lui-même. Il va simplement appliquer ce qu'on lui propose. Il s'agirait alors, si c'est vraiment le cas, plutôt d' « exercices pratiques » que d'une démarche scientifique.

? Approche partiellement participative

Nul doute que les élèves participent aux activités du club, certaines réalisations sont là pour le montrer.

Mais ces réalisations, bien que finalisées par les élèves, ne sont pour la plupart pas de l'initiative des élèves, de la conception à la réalisation. Mis à part les sketchs de prévention sur l'utilité de l'état civil qui sont imaginés, écrits, réalisés et interprétés entièrement par les élèves, les autres documents produits ont tous la signature d'un professeur ou d'un enseignant. Il suffit de comparer le style d'écriture des élèves et les documents produits pour s'en apercevoir.

Mais ce ne serait pas très grave s'il s'agissait d'une simple « correction », malgré le brio de ces élèves, on peut douter que ces réalisations soient du niveau d'élèves de seconde ou de première. En tout cas pour beaucoup d'entre-elles.

Mais plus généralement, les élèves n'ont pas un rôle d'acteur dans ces clubs, ou alors à une échelle réduite.

Ils n'ont pas le choix des thèmes, en fonction de leurs préoccupations, de leur environnement etc...

Ils n'ont pas le choix des modalités pour atteindre les objectifs, un programme leur est imposé avant même que le thème du club leur soit proposé.

Ils n'ont pas d'initiative possible dans le déroulement des activités, ils doivent suivre un protocole, ce qui est normal, mais auquel ils n'ont que rarement participé (en dehors du club ornithologie).

Tous ces paramètres influent à la fois sur la motivation des élèves et sur l'esprit d'initiative que nécessite une véritable démarche de recherche scientifique.

Annexe VI : Evolution de la communication pour le développement

L'Évolution de la communication pour le développement

Modèle de développement

Modèle de communication

Approche de diffusion

Modernisation/croissance

Diffusion/communication verticale du haut vers le bas

Radio paysanne

Croissance pour satisfaire les besoins fondamentaux et distribution

Horizontal/à la base

Forum radiophonique

Dépendance

« Conscientisation »

Échange d'information

« Autre »

Communication participative

Radio communautaire

Croissance

Marketing social

« Enter-educate »

 

Source : YOON Chin Saik, La communication participative pour le développement, CRDI, Montréal, 1996

Annexe VII : L'état civil au Sénégal et l'inscription des naissances

Source : Aide et action, La non inscription des naissances et son impact sur la scolarité [en ligne], centre de ressources documentaires 2003, 15 p. disponible sur :

http://doc-aea.datapps.com/data/anne/impact_de_la_non_inscription_des_naissances_sur_la_scolarite.doc (consulté le 05/08/2005)

Au Sénégal, la loi N° 72-61 du 12 juillet 1972 portant code de la famille définit l'état civil à travers ses trois composantes : les actes de naissances, les actes de décès et les actes de mariage.

L'inscription des naissances repose sur l'implication des déclarants. En effet, c'est sur les indications de ces derniers que l'officier d'état civil est à même de recevoir la déclaration de toute naissance.

1. Au plan économique

L'arrière-pays du Sénégal est caractérisé par une faible densité démographique, des conditions de vie difficiles, des voies de communications précaires et un analphabétisme généralisé.

L'état civil dans le pays repose sur une organisation qui distingue les centres principaux et ceux secondaires. Son accessibilité par rapport aux populations semble être la première entrave. Il s'y ajoute son coût pour les déclarants dont le pouvoir d'achat est faible.

1.1. L'enclavement

L'organisation de l'état civil en centres principaux et secondaires est à la base de dysfonctionnements réels au niveau géographique.

En effet, les centres principaux implantés dans les chefs-lieux de communes et d'arrondissement de même que les centres secondaires situés aux différents chefs-lieux de communauté rurale se caractérisent par leur inaccessibilité. L'organisation administrative a l'inconvénient majeur, pour un service public aussi particulier, d'ignorer la donnée distance : des villages distants des chefs-lieux de communautés rurales ou d'arrondissement de dizaines de kilomètres sont ainsi complètement enclavés en l'absence de route voire de piste.

Dans ces conditions les populations éprouvent moults difficultés pour accéder à ces centres d'état civil, à fortiori si leur déplacement "n'est justifié que par une déclaration de naissance", démarche pour laquelle la motivation laisse à désirer et qui en outre a un coût.

1.2. Au plan financier

L'état civil a un coût. Ce dernier qui fait l'objet d'une désignation sous le vocable de droit de délivrance des actes d'état civil est souvent décrié.

En effet, cette taxe d'un montant de 200 FCFA par acte est réclamée dans la pratique en cas de déclaration en violation des dispositions du décret N° 89 428 du 22 avril 1989 fixant les droits de délivrance des actes de l'état civil.

En effet la déclaration même si elle est sanctionnée une fois faite par la remise d'un des trois volets prévus aux dispositions de l'article 38 alinéa 4 du code de la famille, n'est pas pour autant assimilable à l'opération consistant à solliciter la copie d'un autre déjà rédigé ou délivrance seule taxée. Il s'y ajoute dans les différents arrondissements et communautés rurales une difficulté à travers la taxe rurale.

En effet, en invoquant cette dernière base la même somme de 200 FCFA est réclamée en plus à tout déclarant. Cette pratique quoique communément répandue constitue une violation de la loi sur l'état civil. Car même s'agissant de la taxe rurale seule la délivrance est taxée et non la déclaration.

Ces charges dans un environnement économique caractérisé, surtout en milieu rural, par une instabilité et une rareté des ressources financières entravent pour beaucoup le déplacement des populations vers les centres d'état

civil. Au chapitre des difficultés de cet ordre il faut ajouter la prise en charge des frais de transport des lieux d'habitation aux sièges des centres d'état civil surtout qu'en matière de déclaration tardive trois personnes sont concernés à savoir, le déclarant et ses deux témoins.

Malgré ces obstacles conjoncturels il serait péremptoire de soutenir qu'ils suffisent pour justifier voire fonder les réticences des populations. Dans les enquêtes à venir, il faudra sans doute interroger les croyances voire l'état d'esprit du monde rural pour comprendre les autres raisons cette attitude attentiste.

2. Au plan sociologique

Avec un taux d'analphabétisme élevé, le constat de ses effets induits sur la perception voire l'implication des populations pour toute action de leur part enfermée dans un formalisme est de loin insatisfaite.

Il s'y ajoute que la connaissance des textes de loi par les populations même lettrées, base de toute action de leur part est marginale, et la perception qu'elles ont de tout acte ou démarche les mettant en relation avec l'administration centrale est biaisé.

2.1 Illettrisme

L'analphabétisme dans le département de Kolda affecte une bonne partie de la population. Cette situation, d'un niveau acceptable en milieu urbain, connaît des proportions dramatiques en milieu rural. Dans certaines localités, on ne trouve aucune personne sachant lire et écrire dans la langue officielle (le français), c'est à dire celle utilisée pour l'établissement des actes officiels.

Même s'il n'est pas ici le lieu de débattre de l'utilisation de langues nationales, cet obstacle majeur qu'est l'illettrisme pourrait être jugulé instamment par des actions de sensibilisation et de vulgarisation dans les différentes langues locales.

Les populations ne sont pas au fait des enjeux de l'état civil en général à fortiori de l'importance des actes de naissances en particulier. Dans ces circonstances, l'engouement des déclarants, ou ne serait ce que leur implication, qui elle-même suppose un sacrifice financier, physique et psychologique, est loin d'atteindre les résultats escomptés.

2.2 Méconnaissance des procédures légales.

La loi, expression de la volonté générale, est, à priori le voeu du peuple mis en oeuvre par ses représentants. Cette abstraction est traduite à travers la maxime combien évocatrice "Nul n'est sensé ignorer la loi". Certes le fondement de cette présomption n'est pas discuté ou remis en question mais son déphasage par rapport à la réalité ne fait non plus l'objet d'aucune contestation.

En effet les lois, de par leur diversité et leur complexité, ne sont souvent connues et comprises que par un public averti, constitué par les professionnels et les praticiens du droit. Dans ces circonstances il est loisible de constater que les populations qui dans la grande majorité ne savent ni lire ni écrire, ignorent non seulement l'existence de la norme à fortiori son contenu.

Même pour les populations alphabétisées, il est difficile de se retrouver dans les arcanes des textes de loi. Une illustration parfaite de cet état de fait symptomatique est décelée chez les préposés à la tenue des registres d'état civil qui à longueur de journée accomplissent les actes matériels de leur office tout en ignorant le contenu de la loi organisant leur métier.

En résumé le constat qui se dégage est que l'application de la loi elle - même pose problème.

1. Au plan juridique

· D'abord ils distinguent la déclaration normale de la naissance qui doit intervenir dans le délai d'un mois et quinze jours pour les déclarants et les chefs de village.

· Ensuite la déclaration tardive enfermée dans le délai d'une année qui ne peut être reçue que sur la foi de deux témoins ou une attestation délivrée par un médecin ou une sage femme.

· Enfin, le jugement d'autorisation d'inscription de naissance au delà de cette durée annale qui fait intervenir les juridictions départementales suivant un formalisme prévu aux dispositions des articles 86 et suivants du code de la famille.

Il est loisible de constater que cette triple distinction à faire suffit elle seule à empêcher la bonne marche de la déclaration des naissances. Cependant il s'y ajoute d'autres difficultés liées à la brièveté du délai annal mais aussi à la complexité de la déclaration tardive.

3.1. La brièveté du délai de déclaration.

A travers la distinction tripartite faite supra, la précision doit être faite que c'est le délai normal de déclaration celui d'un mois et quinze jours qui est incriminé car inapproprié au contexte. Les populations préoccupées par les cérémonies religieuses liées à la naissance, sans oublier les aléas liés à la santé de la parturiente et de l'enfant (rappelons que la région de Kolda détient les tristes records des plus forts taux de mortalité maternelle et de mortalité infantile) et autres, ne peuvent satisfaire aux formalités de la déclaration dans ce bref délai. Pendant cette période l'urgence voire la nécessité à leur niveau d'en posséder ne se pose point.

Dans la Commune de Kolda, l?examen sommaire des registres de l?année en cours du centre principal révèle que seul 1% des déclarations sont faites dans le délai normal. Dans les centres d'état civil des arrondissements et communautés rurales la déclaration normale, dans les délais, est presque inusitée. S'il arrive qu'elle soit faite les populations résidant dans les différents sièges des centres d'état civil en sont les auteurs.

En ce qui concerne les populations des villages, leur éloignement des centres d'état civil s'il est conjugué au délai d'un mois et quinze jours, compromet quasi irrémédiablement leur recours à la procédure de déclaration normale.

De renvoi en renvoi, conséquemment, différents obstacles finissent par se poser.

3.2. Obstacles à la déclaration tardive

La déclaration tardive, rappelons-le, est celle qui intervient au delà du délai d'un mois pour les déclarants et quinze jours en sus pour les délégués de quartiers.

En outre, cette déclaration est enfermée dans un formalisme restrictif en ce qu'elle doit être prouvée soit par une attestation d'un médecin ou sage femme établissant la naissance ou la déposition de deux témoins.

A toutes ces restrictions s'ajoute l'enfermement de la procédure dans un délai d'un an, c'est à dire d'autant d'obstacles pour les déclarants.

Pour ce qui est de l'exigence d'établir la naissance par une attention d'une sage femme ou d'un médecin, il y a lieu de relever la difficulté ainsi créée car en milieu rural rares sont les naissances qui se produisent dans une structure sanitaire : les pesanteurs sociologiques constituent encore un obstacle réel . Il s'y ajoute dans certains villages que les structures de santé sont inexistantes. Dans ces circonstances l'on constate aisément que les conditions primaires de satisfaction des exigences de la loi sont ainsi compromises.

Relativement à la déposition des deux témoins, l'enclavement, l'absence de moyens de transport, de même que les difficultés économiques suffisent pour décourager plus d'un déclarant.

En somme la déclaration tardive, malgré le fait qu'elle s'inscrive dans la durée, ne permet non plus, en raison de difficultés énormes qui l'entachent, de résoudre le problème de la brièveté du délai normal de déclaration sa mission légale première, du moins exclusive.

Cette étude nous aura permis de relever au plan structurel et conjoncturel des obstacles qui amoindrissent voire freinent la marche régulière du procédé de la déclaration des naissances. Cette situation à n'en pas douter produit des effets considérables.






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