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La communication participative communautaire au Sénégal


par Sébastien Froger
Universite Stendhal Grenoble 3 - Institu de la communication et des médias - Master 2 communication scientifique et technique 2005
  

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Institut de la Communication et des Médias
Université Stendhal Grenoble 3
UFR des sciences de l'information et de la communication

Mémoire de Master Communication scientifique et technique

La communication participative communautaire au

Sénégal :

Un outil pour faciliter la sensibilisation et le
développement de la culture scientifique?

Préparé par :
Sébastien FROGER

Sous la direction de :

Claudine CARLUER

Remerciements

Je veux tout d?abord exprimer ma reconnaissance au représentant de l?Institut de Recherche pour le Développement au Sénégal, Monsieur Christian Colin, pour avoir permis le déroulement de ce stage.

Je tiens à remercier Madame Jacqueline Thomas pour m?avoir accueilli au sein de son service et pour le temps qu?elle a pu consacrer au suivi de ce stage, ainsi qu?à tout le personnel de l?IRD au Sénégal pour l?aide qui m?a été apportée.

J?aimerais également remercier Monsieur Maurice Fay pour ses conseils précieux, ainsi que toutes les personnes que j?ai rencontrées et qui m ?ont aidé à l?élaboration de ce travail, et plus particulièrement les professeurs et chercheurs participant aux activités des clubs de Jeunes de Recherche et de Développement pour leur disponibilité et leur aimable collaboration.

Enfin, je désire remercier Madame Claudine Carluer pour avoir suivi avec attention le déroulement de ce stage et avoir apporté ses conseils à l?élaboration de ce rapport.

Abréviations et sigles

Structures de recherche :

BRGM : Bureau de Recherches Géologiques et Minières CNRA : Centre National de Recherches Agronomiques CNRS : Centre National de Recherche Scientifique

CRDI : Centre de Recherche pour le Développement International

IFAN : Institut Fondamental d'Afrique Noire

IRD : Institut de Recherche pour le Développement ISRA : Institut Sénégalais de Recherches Agricoles

ORSTOM : Organisme de Recherche Scientifique des Territoires d'Outre Mer

Organismes de développement :

FAO : Food and Agriculture Organization

OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Economiques USAID : United States Agency for International Development

UNESCO : United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization NEPAD : New Partnership for Africa's Development

PNUD : Programme de Nations Unies pour le Développement

Autres abréviations :

CFA (franc) : Franc de la Communauté Française d'Afrique

EPST : Etablissement Public à Caractère Scientifique et Technique

IDH : Indice de Développement Humain

IST: Infection Sexuellement Transmissible

JRD (club) : Club de Jeunes de Recherche et de Développement

MST : Maladie Sexuellement Transmissible

ONG : Organisation Non Gouvernementale

PIB : Produit Intérieur Brut PED : Pays En Développement

PDS : Parti Démocratique Sénégalais PMA : Pays les Moins Avancés PMD : Pays Moins Développés

PVD : Pays en Voie de Développement

RTS : Radiodiffusion Television Senegalaise

SIDA : Syndrome d'Immuno Déficience Acquise

VIH : Virus de l'Immunodéficience Humaine

Sommaire

Remerciements 2

Abréviations et sigles 3

Introduction 6

Présentation du sujet 6

Le contexte : La situation au Sénégal 8

Données générales sur le Sénégal 8

L ?état de la recherche au Sénégal 10

La culture scientifique en Afrique de l?Ouest et au Sénégal : ses enjeux 11

L?éducation 12

Les modes de communication 13

Les systèmes d'information traditionnels 13

Les centres de documentation 14

Les médias de masse 15

Première partie - Présentation du concept de communication participative 16

I. La communication pour le développement 16

I. 1. La communication pour le développement et ses enjeux 16

I. 2. Historique de la communication pour le développement à travers ses différents modèles 18

a. Le paradigme de la modernisation et la théorie de la diffusion 19

b. Le paradigme de dépendance 21

c. Le paradigme d'un autre développement 22

d. Les nouveaux modèles de communication 22

I. 3. Les échecs et lacunes dans le domaine 23

II. La communication participative communautaire 27

II.1. Le modèle participatif 28

a. Les différents niveaux de participation 29

b. Les éléments fondamentaux de la communication participative 30

II.2. Adaptation de la démarche au développement de la culture scientifique 34

a. Entrer en contact avec la communauté et s'informer du contexte local 35

b. Faire participer la communauté 36

c. Choisir les outils de communication appropriés 37

d. Planifier le suivi du projet 38

e. Assurer le suivi du projet en tant que «facilitateur» 39

f. Etablir une méthode d'évaluation et d'exploitation des résultats 40

g. Se retirer de la communauté 40

Deuxième partie - Application de la communication participative et pistes de réflexion pour
améliorer le concept 41

I. L'application de la démarche participative au club JRD de Niakhar 41

I.1. Présentation des clubs de Jeunes de Recherche et de Développement de l ?IRD 41

I.2. Le club JRD utilité de l?état civil?? de Niakhar 42

a. Objectifs du club 43

b. Vie du club 43

I.3. Participation au sein du club 44

a. Choix de l'outil de communication 45

b. Réalisation des sketchs 47

c. La mise en scène et les répétitions 48

I.4. Bilan 49

a. Méthodologie 49

b. Bilan avant la mise en place de la communication participative 49

c. Aspects positifs 50

d. Difficultés 51

e. Evaluation de la pertinence de la démarche 52

I.5. Conclusion et perspectives 54

II. Limites de la communication participative et pistes de réflexion pour adapter le concept à la sensibilisation au niveau communautaire 56

II.1. Limites et difficultés : des solutions ? 57

a. Conditions préalables à la mise en place d'une communication participative 57

b. Risques de conflits 57

c. Risques de manipulation 58

d. Apporter des connaissances sans les imposer 59

e. Démarche tributaire des praticiens 60

f. Coût pour les participants 61

g. Contrainte de temps, souplesse 62

h. Spécialisation des ONG 62

II.2. Pistes de réflexion et axes de recherches pour développer le concept 63

a. Evaluation des projets de communication participative 63

b. Complémentarité et concurrence des médias 64

c. Accès à l'information 65

d. Le rôle de facilitateur 66

e. Interdisciplinarité 68

f. Recherches 69

g. Autres pistes 70

Conclusion 71

Bibliographie 73

ANNEXES 77

Introduction

" Former les esprits sans les conformer, Les enrichir sans les endoctriner,

Les aimer sans les enrôler

Leur communiquer une force Dont ils puissent faire leur force

Les séduire par le vrai

Pour les amener à leur propre vérité

Et leur donner le meilleur de soi Sans attendre ce salaire

Qu'est la ressemblance "

Jean Rostand

Présentation du sujet

Au Sénégal, comme sur quasiment tout le continent Africain, cela fait 50 ans que l'on parle de «développement» des pays pauvres.

Pourtant, les inégalités sont toujours plus marquées entre les pays occidentaux et les pays du sud, particulièrement pour ce continent, qui constitue pourtant une «priorité» des organisations internationales de développement.

Ces mêmes organismes, ainsi que tous les acteurs du développement, ou devrait-on dire des développements (économique, social, structurel etc.), s'accordent à dire depuis des années qu'il n'y a pas de développement sans communication.

La communication pour le développement, intimement liée à la notion de développement, a connu une évolution radicale depuis les années 1950-1960, date des premières campagnes qui utilisaient les médias de masse pour faciliter la croissance économique de ces pays.

Après les échecs constatés de cette méthode, différents modèles de communication se sont succédés et ont été améliorés, en lien avec l'évolution même de cette notion.

Aujourd'hui, le caractère endogène du développement influence grandement les modèles de communication. La priorité est à la prise en main par les populations de leur propre développement. Ces 50 dernières années d'études et d'expériences pratiques montrent que la communication pour le développement est plus efficace au niveau interpersonnel ou

communautaire, quand il s'agit de responsabiliser des gens, leur faire adopter un changement de comportement ou encore une innovation.

Mais le quasi consensus s'arrête ici. Les chercheurs et acteurs du domaine y vont tous de leur propre modèle, de leur vision, pour parvenir au développement d'une communauté facilité par la communication.

La complexité et l'importance des enjeux liés à ces notions de développement rendent la tâche complexe. Il faut pouvoir intégrer les dimensions socio-culturelles, environnementales et économiques à l'échelle locale et globale, bref toutes les caractéristiques du milieu.

La communication ne peut pas alors se contenter de faciliter la mise en place de projets de développement, pour faciliter l'acceptation par les bénéficiaires. Elle doit également permettre la sensibilisation des populations sur des thèmes aussi vastes que la santé publique, l'environnement ou la citoyenneté. Et ce n'est pas tout : la recherche joue également un rôle capital dans le développement, en apportant des innovations techniques notamment. Or la transition recherche/développement pose actuellement d'énormes problèmes, pour des raisons multiples, tels le manque d'acceptation par les bénéficiaires, faute de culture scientifique, ou l'inadéquation des innovations avec les difficultés rencontrées sur le terrain.

Autant de paramètres et de défis auxquels doit répondre la communication pour le développement.

Alors quel modèle de communication adopter ? La question est aussi vaste que complexe. Dans le cadre de ce travail, nous tenterons de répondre à la problématique suivante : Comment valoriser les recherches scientifiques pour le développement au niveau communautaire et faciliter leur application? Quels outils et stratégies de communication adopter ?

Ce mémoire est élaboré dans le cadre d'un stage au sein de l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) du Sénégal, un Etablissement Public à caractère Scientifique et Technique (EPST) Français. Il est implanté dans 48 pays, majoritairement dans des Pays En Développement (PED).

Les missions fondamentales de l'IRD sont de promouvoir la recherche scientifique dans les PED, de faire progresser la recherche pour le développement et l'expertise.

Dans le cadre de la promotion de la recherche scientifique dans les PED, l'IRD a depuis quelques années initié la création de clubs Jeunes Recherche pour le Développement (JRD). C'est au sein de ces clubs au Sénégal que nous sommes intervenus, en tant qu'animateur, pour la réalisation d'outils pédagogiques, et pour établir un bilan des clubs existants.

En s'appuyant sur les recherches menées actuellement en communication pour le développement et sur cette expérience pratique de terrain, nous essaierons de démontrer comment la communication participative peut représenter un modèle de communication efficace pour répondre aux enjeux du développement. Ceci, en s'appuyant sur le caractère endogène du développement, en rendant les populations actrices de leur développement, en les incluant dans le processus de décision dès l'initiative du projet.

Puis, après avoir constaté les limites et lacunes de ce modèle à l'aide d'une expérience menée sur le terrain, nous tenterons de livrer des pistes de réflexion pour améliorer le concept.

Le contexte : La situation au Sénégal Données générales sur le Sénégal

Situé à la pointe occidentale de l'Afrique, le Sénégal est limité à l'Ouest par l'Océan Atlantique, à l'Est par le Mali, au Nord par la Mauritanie et au Sud par la Guinée Bissau et la République de Guinée.

Pour une superficie de 196 722 Km2, la population du Sénégal est estimée à 9,8 Millions d'habitants en 2002, avec un taux d'accroissement de 2,7 % par an, du à la baisse de la mortalité et au niveau élevé de la fécondité. Le pays est en pleine transition démographique, avec une population très jeune (58 % de la population a moins de 20 ans) et largement concentrée dans les grandes villes.

La société sénégalaise est composée de nombreuses ethnies et compte 95 % de musulmans, avec plusieurs confréries religieuses dont les plus importantes sont les Tidianes et les Mourides.

Mais cette Fédération ne tarde pas à éclater et, le 5 septembre 1960, Léopold Sédar Senghor devient le premier Président de la république du Sénégal.

Avec Abdou Diouf, issu, comme Senghor, du parti socialiste, ils resteront à la tête de l'Etat pendant quarante ans. En 2000, Abdoulaye Wade, l'actuel Président de la république, chef du PDS -- parti libéral - leur succède.

D'un point de vue économique, on observe une croissance régulière de 5 % par an, depuis la dévaluation du franc CFA en 1994. Les grands secteurs de l'activité économique sont l'agriculture, la pêche, le tourisme et les sociétés de services.

Malgré ce taux de croissance apparemment important, la grande majorité de la population connaît des difficultés financières.

C'est notamment ce que montre l'Indice de Développement Humain (IDH), créé par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), qui est basé sur l'espérance de vie, le taux de scolarisation et le PIB par habitant (PIB rapporté au pouvoir d'achat). Sur les 177 pays classés selon l'IDH, le Sénégal arrive en 157ème position en 2002, ce qui le met sur la liste des Pays les Moins Développés (PMD) ou Pays les Moins Avancés (PMA)

Taux d'inflation:

0,7%

Taux de croissance:

5,5%

Revenu / habitant (2000) :

500 dollars

PIB / habitant (rapporté au pouvoir d'achat, valeur 2000):

1.510 dollars

Dette extérieure totale (1999):

2,9 milliards de dollars US

Service de la dette par rapport au PIB (2000):

6,7%

Monnaie:

Franc CFA

Classement selon l'IDH (2002):

ème

157

Tableau I : Quelques indications sur l'économie sénégalaise 1

1 Source : http://www.pnud.org (consulté le 01/08/2005).

L'état de la recherche au Sénégal

La recherche scientifique et technologique au Sénégal a hérité en grande partie du système colonial français 2. C'est le cas de :

- l 'IFAN : Institut Français d'Afrique Noire, devenu Institut Fondamental d'Afrique Noire ;

- le CNRA : Centre National de Recherche Agronomique de Bambey, devenu ISRA (Institut Sénégalais de Recherche Agricole) ;

- l'ORSTOM : Office de Recherche Scientifique des Territoires d'Outre Mer, actuel IRD (Institut de Recherche pour le Développement) ;

- le BRGM : Bureau de Recherche Géologique et Minière ;

- et l'Institut Pasteur.

Certains de ces organismes, comme l'IRD, sont toujours français. Une partie importante des chercheurs vient de France.

Comme dans beaucoup de pays africains, en particulier en Afrique de l'Ouest, la recherche, bien que de plus en plus développée, n'a que peu de légitimité au plan international. Les publications restent le plus souvent nationales et n'ont pas de reconnaissance en dehors des frontières du pays, ou de l'Afrique.

La recherche dans le domaine privé est quasiment nulle et la recherche publique souffre d'un manque de structure au niveau administratif.

En effet, depuis 30 ans les remaniements successifs de l'organe directeur de la politique scientifique (d'abord Direction des Affaires Scientifiques et Techniques en 1968, puis Ministère en 1983, puis purement et simplement supprimé trois ans plus tard pour 10 ans, etc.) constituent un des problèmes majeurs du secteur et de son développement, avec un manque de moyens financiers évident 3.

En outre, problème supplémentaire, on constate une fuite des cerveaux vers l'Europe et les Etats-Unis. Les étudiants vont faire leur thèse dans les pays développés et restent souvent dans ceux ci, faute de moyens suffisants dans leur pays.

2 GAILLARD J., La coopération scientifique et technique avec les pays du Sud : peut-on partager la science ?, Karthala, Paris, 1999, p.18. , 345 p.

3 GAILLARD J., WAAST R., L'aide à la recherche en Afrique subsaharienne : comment sortir de la dépendance ? : Le cas du Sénégal et de la Tanzanie, in Autrepart, No 13, France, 2000, p. 71-89.

Sans doute existe-t-il néanmoins un véritable organe de recherche au Sénégal, avec des chercheurs compétents et des résultats. On assiste à une véritable prise de conscience des autorités politiques des enjeux que soulève la recherche scientifique.

Mais ce secteur se heurte à une autre difficulté, située en amont celle-là : la quasi absence de culture scientifique. La population voit les priorités ailleurs que dans ce domaine souvent opaque, aux retombées difficiles à estimer pour des non spécialistes.

La culture scientifique en Afrique de l'Ouest et au Sénégal : ses enjeux

Avant de pouvoir donner un aperçu de la culture scientifique au Sénégal, il faut s'accorder sur la définition du terme, loin d'être évidente.

Le terme culture renvoie à des notions différentes selon le point de vue adopté : celui du linguiste, du sociologue, de l'anthropologue, etc.

Ainsi Edgar Morin a-t-il souligné :

« Au sens anthropologique, la culture est ce qui n'est pas héréditaire. Il y a bien sûr la culture d'une société
nationale ou régionale. La culture peut également être le développement personnel d'un individu (ce que l'on
entend par culture générale). Et enfin, la culture est l'aptitude à pouvoir situer un problème dans un ensemble.»
4

Jean Audouze 5 lui, définit la science comme ce qui peut être contredit.

En rapprochant ces réflexions, la culture scientifique et technique serait la capacité à émettre une opinion ou à porter un regard critique (au sens large) sur le progrès scientifique.

On peut avancer (prudemment) une définition, qui ne pourra que difficilement contenter tous les spécialistes :

« La culture scientifique peut être définie comme la capacité d?utiliser des connaissances scientifiques pour identifier les questions auxquelles la science peut apporter une réponse et pour tirer des conclusions fondées sur des faits en vue de comprendre le monde naturel ainsi que les changements qui y sont apportés par l?activité humaine et de contribuer à prendre des décisions à leur propos » 6

Rapportée au Sénégal, autant dire qu'il n'existe pas de culture scientifique.

De l'aveu même du recteur de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Abdou Salam Sall :

4 M ORIN E., Qu'est-ce que la science apporte à la culture? [en ligne], in Les rencontres CNRS sciences & citoyens disponible sur : http://www.patoche.org/alone/references/cedric/cnrs/refc004.htm (consulté le 04/08/2005).

5 AUDOUZE J., Quest-ce que la science apporte à la culture? [en ligne], in Les rencontres CNRS sciences & citoyens disponible sur : http://www.patoche.org/alone/references/cedric/cnrs/refc004.htm (consulté le 04/08/2005).

6 OCDE, Connaissances et compétences en mathématiques, lecture, sciences, résolution de problèmes, Ocdé, Paris, p.147.

« La culture et la vulgarisation scientifique sont 'un gros problème" au Sénégal. Autant le Sénégal dispose 'd'excellents" scientifiques et chercheurs, autant il y a d'énormes difficultés pour aller au coeur de nos sociétés y introduire la science et donner le goût des filières scientifiques » 7.

Le Ministre Sénégalais de la Recherche, Christian Sina Diatta, semble conscient des enjeux soulevés par la question de la vulgarisation et de la culture scientifique. Dans un entretien paru dans «Le Quotidien» du 27 mars 2003, il confie aux journalistes que les chercheurs se doivent de rendre accessible leurs recherches, de faire comprendre à la population et plus particulièrement aux jeunes les enjeux de la recherche, pour la crédibiliser et la démocratiser. Mais il est également conscient des difficultés rencontrées :

« Les journaux scientifiques passent difficilement, parce que peu de gens les achètent et les journaux en général ont quelques difficultés à maintenir les pages scientifiques pour la vulgarisation scientifique »8.

L'éducation

Bien sûr, l'éducation a son rôle à jouer dans le développement de la culture scientifique. Pourtant, les filières scientifiques à l'université Cheikh Anta Diop sont délaissées au profit des filières littéraires (30% contre 70%).

Nous ne nous attarderons pas à en chercher les multiples raisons. Mais le système éducatif, avec ses nombreuses failles (en particulier aux niveaux primaire et secondaire), a probablement une part de responsabilité.

Le système scolaire d'Etat actuel est l'héritage du modèle colonial Français. Peu d'évolution depuis l'indépendance de 1960, si ce n'est un taux de scolarisation en nette hausse. Ce système très rigide n'est pas bien adapté au contexte local, puisque calqué sur un modèle désuet 9.

Les statistiques attestent que malgré des efforts récents, les résultats ne sont pas satisfaisants :

7 SALAM SALL A., interview publiée le 10 décembre 2004 par l'Agence de Presse Sénégalaise, Dakar.

8 SINA DIATTA C., entretien publiée le 27 mars 2003 dans « Le Quotidien », Dakar, 2003

9 Ministère de l'éducation nationale du Sénégal, le développement de l?éducation rapport national du Sénégal, UNESCO, Avril 2001

Taux d'alphabétisation des adultes, Hommes, (2000)

47

%

Taux d'alphabétisation des adultes, Femmes (2000)

28

%

Taux de scolarisation dans le primaire, net, Hommes (1998-2002)

61

%

Taux de scolarisation dans le primaire, net, Femmes (1998-2002)

54

%

Taux d'enfants entrés en première année et atteignant la cinquième, 1998- 2001

68

%

Taux de scolarisation dans le secondaire, brut, Hommes (1998-2002)

22

%

Taux de scolarisation dans le secondaire, brut, Femmes (1998-2002)

15

%

Tableau 2 : taux de scolarisation au Sénégal 10

Dans ces conditions, des systèmes concurrents ou complémentaires au système scolaire d'Etat ont vu le jour, parmi lesquels les écoles privées, les écoles communautaires et les écoles coraniques (écoles traditionnelles).

Les modes de communication

Pour terminer ce tour d'horizon des données relatives au contexte de cette étude, il faut encore se pencher sur les systèmes de communication dont dispose le Sénégal.

On peut distinguer deux types de modes de communication : les modes traditionnels, encore utilisés, particulièrement en milieu rural ; les médias modernes ou de masse (on peut assimiler les deux au Sénégal, les médias de masse étant apparus récemment, avec la colonisation).

Les systq~mes d'information traditionnels

- Le griot : il était à la fois un messager et le porte-parole des notables. Il arrive encore de nos jours que des griots parcourent les rues pour annoncer des événements. Bien qu'ils fassent plus partie du folklore aujourd'hui, ils conservent un rôle informatif, surtout en milieu rural.

10 PNU D, Rapport national sur le développement humain, Sénégal, 2003

- Les mosquées : le Sénégal est un pays fortement islamisé. Sa population compte 95% de musulmans et presque chaque quartier compte une mosquée équipée d'un dispositif sonore. Ce dispositif est utilisé pour appeler les fidèles musulmans à la prière cinq fois par jour. C'est également un instrument de sensibilisation dont on se sert pour annoncer des nouvelles à tout le quartier.

- I PtEteLJ LSPXPEte : les conseillers et autres dignitaires des royaumes du Sénégal avaient pour habitude de se concerter sur une place publique dénommée « arbre à palabre ». Cette place était surtout fréquentée par les notables et personnes âgées. Dans certains villages, la tradition se perpétue, les hommes se réunissant pour prendre les décisions concernant le village, ou simplement discuter, échanger des informations, émettre des opinions.

- Les rites : dans certaines ethnies Sénégalaises, les rites initiatiques ont longtemps marqué le passage de l'enfance à l'age adulte. Au cours du rite, était transmise aux initiés toute la sagesse que requiert la vie d'adulte. Par ce biais, on apprenait aux enfants tout ce qui leur permettait d'assumer leur nouveau rôle dans la société.

Les survivances animistes dans certaines régions enclavées du Sénégal permettent de perpétuer cette tradition, en particulier en Casamance chez les Diolas, et au pays Bassari.

Ces systèmes d'informations, toujours présents aujourd'hui, montrent une tradition de l'oralité profondément ancrée dans la culture ouest africaine.

Avec l'influence occidentale, le développement du pays et des technologies de l'information et de la communication, le Sénégal a adopté de nouveaux systèmes de communication et d'information, tels que les bibliothèques, la poste, la radio, la télévision, la presse écrite, le téléphone, le fax ou encore l'Internet.

Les centres de documentation

- Les centres documentaires sont généralement rattachés à des institutions de recherche ou d'enseignement. Ils occupent une place importante dans le paysage documentaire du Sénégal. Leur public est spécifique, souvent constitué de chercheurs ou d'étudiants du supérieur.

- Les bibliothèques scolaires sont conçues spécialement pour les écoles. Leur public est exclusivement constitué des élèves de l'école dont elles dépendent.

- Les bibliothèques publiques sont ouvertes au grand public et, contrairement aux autres centres documentaires, elles ne sont pas spécialisées. Elles sont rares et souvent mal fournies.

Les médias de masse

De grandes mutations ont eu lieu dans le paysage médiatique Sénégalais, suite à la libéralisation de celui-ci en 1991. Les médias, en particulier les radios communautaires et la presse, se sont développés, laissant davantage d'espace à la liberté d'expression.

- La radio : le Sénégal compte actuellement environ 60 chaînes de radio, dont beaucoup sont communautaires. On peut citer entre autres Manoré, Oxyjeunes, Environnement ou Ndef Leng.

Ces radios communautaires ont l'avantage de prêter la parole aux populations qui peuvent donner leur avis sur la gestion de leur collectivité, émettre des opinions, critiquer etc. La radio au Sénégal est un lieu où se manifeste largement la liberté d'expression.

- La presse écrite : depuis quelques années, la presse écrite a également connu une grande évolution. Elle joue un rôle important dans le renforcement de la démocratie (journaux d'opinion, d'opposition politique, satyriques, etc.). Il existe actuellement un douzaine de quotidiens et de nombreux hebdomadaires.

- La télévision : contrairement à la presse ou la radio, la télévision ne jouit pas de la diversité et de l'espace de discussion dont profitent les autres médias. En dehors de la chaîne de télévision nationale, où le discours est très complaisant à l'égard du pouvoir en place (RTS), il n'existe qu'une chaîne de télévision privée Sénégalaise (RTS2), avec une couverture moins importante du territoire.

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