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Le Parti communiste français (PCF) et l'alternance

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par Joël THALINEAU
Université François RABELAIS - TOURS - DEA Droit Public 1979
  

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Section I -- SOCIALISME, COMMUNISME ET L'ALTERNANCE

- I - Selon les marxistes classiques, la société qui historiquement doit succéder au capitalisme, c'est le communisme. Mais la prise du pouvoir par les travailleurs ne constitue pas de facto cette nouvelle société Cette prise du pouvoir n'est que le point de départ de la première phase de construction du communisme, première phase caractérisé par une "lutte entre le capitalisme vaincu mais non anéanti et le communisme déjà né mais encore très faible" (59).

C'est au cours de cette première phase que le "prolétariat se servira de la suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l'Etat" (60), qui n'est autre que "le prolétariat organisé en clasSe dominante' c'est-à-dire la dictature du prolétariat. Cette première phase a été appelée 'Socialisme" parce qu'elle met fin progressivement à la séparation de la société civile et de l'Etat.

Mais comme nous l'avons dit dans notre première partie, dictature du prolétariat et socialisme ne sont qu'une seule et même chose.

Dans cette phase, s'élaborent et s'étendent les éléments propres à la société communiste, qui supplantent ceux du capitalisme, pour que dans une deuxième phase, le communisme se développe sur ses propres bases en achevant d'extirper les éléments capitalistes de la société.

Cette distinction en deux phases n'a, à notre avis, pas d'autres buts que pédagogiques pour bien montrer que la société nouvelle s'élève sur les ruines de l'ancienne, et pour fixer les premières tâches d'orientation générale à effectuer.

Aussi, il nous apparaît vain d'essayer de périodiciser la construction du communisme, non seulement quant à son terme, mais aussi et surtout quant à ses étapes, phases, ... etc ...

La construction du communisme est une linéarité de luttes dialectiquement unies. La présentation mécaniste, volontariste présentant d'abord la prise du pouvoir, puis la dictature du prolétariat ou la démocratie avancée, puis le socialisme, puis l'Etat du peuple tout entier, puis, puis le communisme, nous apparaît totalement infondée.

(59) - Marx in "Manifeste du P.C." précité - p.45.

(60) - ibid.

C'est pourtant à ce genre qu'appartiennent les analyses du P.C.F. Nous l'avons déjà vu à propos de la dictature du prolétariat. Le socialisme nous est présenté comme une réalisation achevée. "Le socialisme, c'est tout à la fois la propriété collective des grands moyens de production, l'exercice du pouvoir politique par la classe ouvrière et ses alliés, la satisfaction progressive des besoins matériels et intellectuels des membres de la société, la création de conditions propres à l'épanouissement de chaque personnalité" (61).

Alors un "grand moyen de production" ne relève pas de la collectivité et le socialisme n'est pas réalisé, et on ne peut pas passer à la phase supérieure.

Notre propos est exagéré, mais à peine. Cette vision statique, "étapiste" de lutte entre le capitalisme et le communisme, permettra peut-être de mieux comprendre que l'on ait pu aboutir ainsi à constituer le socialisme en un mode de production autonome, intermédiaire entre le capitalisme et le communisme (62).

G. MARCHAIS affirma, lors d'une émission de télévision, que 7e socialisme n'est pas un gouvernement, mais un système" qui "remplacera le capitalisme" (63). Propos contradictoires avec ceux de G. COGNIOT qui pense que "le facteur de durée de l'étape socialiste n'autorise nullement à faire du socialisme une formation sociale séparée, autre que le communisme" (64). Il est indéniable que cette thèse est insoutenable dans le cadre tracé par Marx, Engels et Lénine.

(61) - Le Manifeste de Champigny "Pour une démocratie avancée, pour une France socialiste" - précité - p.43.

(62) - Voir M. SIMON in "Socialisme, Démocratie et Epanouissement de la personne" précité p.12 /R. LEROY in "Pseudo-socialismes et socialisme réel" Conférence prononcée à l'Institut M. THOREZ le 14/10/1571 - P.20.

(63) - G. MARCHAIS à l'émission télévisée "ARMES ÉGALES" le 21/9/71 "Le socialisme n'est pas un gouvernement, mais un système. La féodalité à un moment de l'histoire ne répondait plus aux besoins de l'économie, elle a été remplacée par le capitalisme. De même, le socialisme remplacera le capitalisme qui ne répond plus aux besoins modernes".

(64) - G. COGNIOT in "Du socialisme au communisme" Conférence prononcée à l'Institut M. THOREZ le 16/3/1972 - p.3.

On peut affirmer que la constitution du socialisme en mode de production autonome est un héritage du "modèle soviétique" dû à la déviation stalinienne (65). Même G. COGNIOT, qui ne sépare pas ainsi socialisme et communisme, reste marqué par la vision étapiste issue de la pratique de l'U.R.S.S. (66).

II - QUELLES SONT LES CONSÉQUENCES DE CES DIVERSES PROPOSITIONS SUR LE PROBLÈME DE L'ALTERNANCE ?

La question est de savoir si l'alternance est possible entre deux modes de production, dont l'un à une assise très ancienne et l'autre la fraîcheur de la rosée. Il nous faut distinguer selon les propositions des marxistes classiques et celles actuelles du P.C.F.

1) - Dans le premier cas, on se situe dans cette période où la lutte entre capitalisme et communisme est particulièrement algue. Nous avons dit que cette période se caractérise par la "constitution du prolétariat en classe dominante" (dictature du prolétariat), où il profite de sa domination politique pour établir; sa domination économique et ainsi bouleverser les rapports de production.

Si la bourgeoisie parvient à reprendre le pouvoir politique ; ce qui est envisageable; pour rétablir sa domination, elle doit réitérer avec l'exploitation des travailleurs. Or si elle montrait quelque velléité de ce genre, on peut prédire, sans jouer les augures, que cela ne pourrait se faire que par une contre-révolution violente, au sens sanglant du terme, en raison de la suppression de son Etat et de l'établissement de nouveaux rapports de production qui commencent à produire leurs effets.

Ainsi, par exemple, après 1789, lorsque l'aristocratie monarchiste et/ou impériale a repris le pouvoir, elle n'a jamais pu mettre fondamentalement en cause le capitalisme. La simple perspective de rétablissement de prérogatives passées, et elle était balayée, parfois au profit d'une autre fraction de la noblesse. Aussi, n'a-t-elle que peu essayé pour des raisons diverses dont celle précitée. L'aristocratie a 'servi" le renforcement du capitalisme, jamais elle n'a pu le remettre en cause.

(65) - E. BALIBAR in "La dictature du prolétariat" précité p.31 C. BUCI - GLIJCkSMAN in revue Dialectiques n°17 Hiver 1977.

(66) - G. GOGNIOT "Qu'est-ce que le communisme ?" précité p.110.

Aussi, apparaît-il, à notre avis, que l'alternance, avec son contenu pacifique, ne peut jouer dans la période de construction du communisme, même dans l'hypothèse d'un retour au pouvoir de la bourgeoisie. Ce qui ne veut pas dire qu'elle n'essaiera pas de rétablir sa domination, mais elle le fera par une guerre civile.

2) - Le problème se pose différemment pour le P.C.F. actuellement. En effet, son but c'est le socialisme mode de production autonome. Le socialisme se construit en poussant la "démocratie jusqu'au bout". La démocratie avancée est caractérisée par un maintien de l'Etat bourgeois, par le refus de la dictature du prolétariat (nous l'avons vu) et par le maintien des rapports de production capitalistes. Si la bourgeoisie reprend le pouvoir (hypothèse fortement plausible), elle retrouvera son "Etat', sa "Légalité" pour assumer une domination économique qui; tout au plus, aura été ébréchée.

Lorsqu'on constate l'évolution des acquis de 1936, 1945, on se rend compte que le pouvoir des représentants des travailleurs, qui ne touche pas aux rapports de production, à l'Etat bourgeois, ne dérange pas fondamentalement la bourgeoisie. Cela lui permet peut-être même de faire du "ménage" chez elle. La remise en cause de ces acquis, après son retour au pouvoir, ne déchaîne pas les forces populaires. Tout se passe très démocratiquement.

On constate donc que l'alternance est impossible ; à moins d'une guerre civile ; mais nous considérons ici que I 'alternance pacifique ; entre deux modes de production, même si l'un deux est juste en train d'éclore, dès lors que le nouveau pouvoir constitue une rupture radicale de l'ancien. Mais ce n'est pas le cas du projet du P.C.F. Sa "voie de passage au socia/isme" ne remet pas en cause l'essentiel de la domination bourgeoise, son 'Socialisme" n'apparaît pas comme une rupture dans sa phase de construction.

Dès Lors, l'alternance reconnue et acceptée par le P.C.F. ne peut-être qu'une alternance limitée ; c'est-à-dire une alternance des hommes et non de sociétés ; telle qu'en parle J. ELLENSTEIN (67) pour décrire l'alternance selon VALERY GISCARD D'ESTAING dans "Démocratie Française".

Si le P.C.F. pose les vraies questions, écrit J.P. DELILEZ (68) "l'alternance perd son caractère formel". Plus loin, il poursuit en affirmant que "le principe de l'alternance doit permettre précisément de mettre le peuple face au problème du "retour en arrière" (69).

(67) - J. ELLENSTEIN in "Réflexions sur le marxisme, la démocratie et l'alternance" - revue Pouvoirs n°1 - p.73 et s. - 1977

(68) - J.P. DELILEZ in "L'Etat du changement" précité p.94.

(69) - J.P. DELILEZ in "L'Etat du changement" précité - p.186.

Or, le P.C.F. ne pose pas les vraies questions, dans la mesure où la 'société de demain" qu'il propose ("démocratie avancée, à voie de passage au socialisme') respecte l'essentiel de la domination bourgeoise et donc ne met pas le 'Peuple" face au problème du "retour en arrière". Si le projet du P.C.F. entraînait une rupture avec la société bourgeoise, peut-être qu'alors le principe de l'alternance pourrait mettre le peuple dans une telle position. Mais, nous ne le pensons pas car cela revient à dire que le développement de la lutte des classes ne se fait pas dans la conscience. Or, chaque acquis obtenu n'a pu l'être que par une lutte consciente. Dans ce cas, le problème du "retour en arrière" ne se pose pas à chaque consultation électorale, mais au niveau de chaque lutte conhontée avec le problème de son débouché.

Seule, la bourgeoisie nous apparaît être confrontée au problème du "retour en arrière,' dans la mesure où elle, seule, peut déclencher une guerre civile.

En conclusion, on s'aperçoit que si alternance il peut y. avoir, ce ne peut être qu'une alternance des hommes dans le cadre d'une société déterminée. Dès lors, le projet du P.C.F. apparaît comme un projet réformiste qui entend de façon idéaliste "rapprocher l'heure du socialisme" (70) (entendu par nous comme "la première phase" du communisme, et non comme un modèle de production), mais qui en aucun cas ne permettra le passage sans rupture à la société sans classe.

L'alternance, étant incompatible avec l'instauration de la société sans classe, même dans sa 'Première phase',' elle ne peut jouer que dans le cadre de la société bourgeoise, et implique donc le respect des formes et pratiques bourgeoises.

Ceci à l'état actuel du projet du P.C.F., car on peut très bien imaginer dans le communisme en construction, une alternance d'hommes. Mais là encore, il s'agira d'une alternance d'équipes dans le cadre d'une même constitution sociale. L'alternance ne peut-être que "limitée" et pour le moment limitée au cadre bourgeois.

1 (70) - Manifeste de Champigny - "Pour une démocratie avancée, pour une France socialiste" - p.16.

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"Il faut répondre au mal par la rectitude, au bien par le bien."   Confucius