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Les déterminants des intentions de retour des personnes déplacées internes à  l'est du Tchad

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par Chiackre BREYE
Institut de Formation et de Recherche Démographiques (IFORD), Université de Yaoundé II (SOA) - DESS en Démographie 2007
  

Disponible en mode multipage

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ENGAGEMENTS

Le mémoire est un travail d'initiation à la recherche et à la rédaction d'un document scientifique sur un thème donné généralement tiré d'un problème de population et/ou de développement. Il permet à l'étudiant de démontrer ses aptitudes à mener des recherches scientifiques.

C'est un travail individuel dont le choix du sujet est fait par l'étudiant. Bien que tout au long de la réalisation du mémoire, l'étudiant soit encadré par un directeur assisté d'un lecteur, la responsabilité du mémoire lui incombe entièrement. C'est dire que les opinions émises dans le présent document engagent les propres responsabilités de son auteur et n'engagent en rien le comité d'encadrement et l'Institut de Formation et de Recherche Démographiques (IFORD).

A toi

DEDICACE

Mon Père, CHIACK DJILI pour m'avoir inculqué le goût du travail, Ma mère, Manaye LIAKE qui a tant souffert pour mon éducation, Ma chère épouse, Mayedang DAMA pour ton accompagnement.

A vous

 

Mes enfants, BREYE FOKA Lagloire et BREYE LYNNE Bonheur pour deux années de privation,

Mes frères et soeurs, pour vos soutiens.

Je vous dédie ce travail.

REMERCIEMENTS

Le présent document a été réalisé avec le concours de certaines personnes. Il nous paraît donc utile de remercier ces personnes qui, de près ou de loin ont contribué chacun à son niveau à rendre possible ma formation à l'IFORD et à ce que ce document puisse voir le jour.

Nous remercions d'abord notre directeur de mémoire, le Professeur EVINA AKAM pour avoir bien voulu encadrer ce travail malgré ses multiples occupations. Pour votre rigueur, votre disponibilité et vos conseils, nous vous disons une fois encore merci.

Nos remerciements vont ensuite à l'endroit de Dr. Hélène KAMDEM KAMGNO et Dr. Yanyi K. Djamba respectivement notre lectrice et notre mentor pour leurs pertinentes observations et suggestions au cours de la rédaction de ce document. Que vous puissiez trouver ici l'expression renouvelée de toute notre reconnaissance.

A la Direction de l'IFORD, son corps enseignant et administratif, nous disons aussi merci pour l'effort consenti pour assurer notre formation.

Nous ne saurons terminer sans nous rappeler de l'appui sans faille du FNUAP dans le financement de notre étude. Que les responsables de cette institution soient remerciés à travers le Gouvernement Tchadien qui a bien voulu négocier ce financement.

Nos remerciements s'adressent enfin à notre grand frère YABE CHIACK-DJILI pour son soutien pendant toute la durée de notre formation à l'IFORD. Que le Dieu qui surpasse toutes choses puisse davantage raffermir nos coeurs pour une solidarité sans faille.

A tous nos camarades de la 28e promotion, nous adressons nos vifs remerciements pour leur franche collaboration pendant toute la durée de la formation.

SIGLES ET ABREVIATIONS

AFCM: Analyse Factorielle des Correspondances Multiples BET: Borkou Ennedi Tibesti

BCR: Bureau Central de Recensement

CFA: Communauté Financière Africaine

CICR: Comité International de la Croix Rouge

DCAP: Direction de la Coordination des Activités en matière de Population ECOSIT: Enquête sur la Consommation et le Secteur Informel au Tchad EDST: Enquête Démographique et de Santé au Tchad

FIDH: Fédération Internationale des Droits de l'Homme FROLINAT: Front de Libération Nationale

IDP: Internally Displaced Persons (Personnes Déplacées Internes) IFORD: Institut de Formation et de Recherche Démographiques INED: Institut National d'Etudes Démographiques

MAT: Ministère de l'Administration du Territoire

MJE : Mouvement pour la Justice et l'Egalité

MLS : Mouvement de Libération du Soudan

MPR: Milice Populaire et Révolutionnaire

MSF : Médecin Sans Frontière

OCDE: Organisation pour le Commerce et le Développement Economique OIM: L'Organisation Internationale des Migrations

ONGs: Organisations Non Gouvernementales

ONU: Organisation des Nations Unies

PAM: Programme Alimentaire Mondial

PIB: Produit Intérieur Brut

PNB: Produit National Brut

PNUD: Programme des Nations Unies pour le Développement PR: Présidence de la République

RPGH: Recensement Général de la Population et de l'Habitat FNUAP: Fonds des Nations Unies pour la Population

UNHCR: Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés UNICEF : Organisation des Nations Unies pour l'Enfance

TABLE DES MATIERES

ENGAGEMENTS i

DEDICACE ii

REMERCIEMENTS iii

SIGLES ET ABREVIATIONS iv

TABLE DES MATIERES v

LISTE DES TABLEAUX viii

LISTE DES CARTES, GRAPHIQUES ET FIGURES viii

RESUME ix

INTRODUCTION GENERALE 1

1. Déplacement forcé dans le Monde et en Afrique 1

2. Zone d'étude et importance du déplacement forcé interne 4

3. Problématique 6

4. Objectif visé 7

5. Plan du travail 7

CHAPITRE I: ELEMENTS DU CONTEXTE GENERAL 8

1.1. Un territoire composite au centre de l'Afrique 9

1.2. Climat, source de conflits agriculteurs/éleveurs 12

1.3. Inégale répartition de la population sur l'ensemble du territoire 14

1.4. Pétrole, nouvel enjeu majeur de la géopolitique tchadienne 16

1.5. Instabilité politique, facteur essentiel de déplacement forcé 19

CHAPITRE II: APPROCHE THÉORIQUE DE L'ÉTUDE 23

2.1. Revue de littérature sur la migration forcée 23

2.1.1. Expliquer la migration forcée: quelques approches théoriques 23

A. Approche sociologique 24

B. Approche ethno-réaliste 25

1) Peur et conflits ethniques 25

2) Dilemme sécuritaire et conflits ethniques 26

3) Solutions ethno-réalistes 27

C. Nouvelle approche intégrée du Haut Commissariat pour les Réfugiés 29

2.1.2. Déterminants du retour de la migration forcée: une revue de littérature 30

a) Caractéristiques individuelles 31

b) Milieux d'origine et d'accueil 32

2.1.3. Vue d'ensemble 34

2.2. Hypothèse principale et cadre conceptuel 35

2.3. Définition des concepts 36

2.3.1. Contexte du milieu d'origine 36

2.3.2. Contexte du milieu d'accueil 36

2.3.3. Caractéristiques individuelles 36

2.4. Hypothèses spécifiques et variables d'analyse 37

2.4.1. Hypothèses spécifiques 37

2.4.2. Variables d'analyse de l'étude 38

a) Variable dépendante 38

b) Variables indépendantes 38

Synthèse partielle 39

CHAPITRE III: ASPECTS METHODOLOGIQUES 40

3.1. Source de données et méthodologie de collecte de données 40

3.1.1. Source de données 40

3.1.2. Méthodologie de collecte de données 41

a) Champ de l'étude et la population cible 41

b) Elaboration des documents techniques 41

c) Dénombrement et plan de sondage 42

c1. Dénombrement 42

c2. Plan de sondage 42

3.2. Evaluation de la qualité des données 44

3.2.1. Taux de réponses des variables 44

3.2.2. Pyramide des âges des IDPs 46

3.2.3. Calculs des indices statistiques 48

a) Indice de WHIPPLE 48

b) Indice de MYERS 49

c) Indice de BACHI 50

3.3. Méthodes d'analyse statistique 53

3.3.1. Analyse descriptive 53

a) Analyse bivariée 53

b) Analyse factorielle des correspondances multiples (AFCM) 53

3.3.2. Analyse explicative 54

3.3.3. Justification du choix du modèle 54

Synthèse partielle 54

CHAPITRE IV: VARIATIONS DIFFERENTIELLES ET DETERMINANTS DES INTENTIONS DE RETOUR DES IDPs 56

4.1. Profils démographiques et socioéconomiques des IDPs 56

4.1.1. Répartition des IDPs selon leurs caractéristiques démographiques 56

a) IDPs à majorité des femmes et des personnes jeunes 56

b) Des déplacés à majorité des personnes mariées 58

4.1.2. Répartition des IDPs selon les caractéristiques socioéconomiques 59

a) Des déplacés essentiellement sans instruction 59

b) Des déplacés essentiellement des agriculteurs 60

c) Répartition des IDPs selon l'appartenance ethnique 61

4.2. Variations différentielles des intentions de retour des IDPs 62

4.2.1. Variations des intentions de retour selon les conditions de départ 63

a) Variations selon les causes du déplacement 63

b) Variations selon les pertes de biens au moment du départ 63
4.2.2. Variations des intentions de retour selon les conditions de vie dans le milieu d'accueil 64

a) Variations selon l'accès à l'eau potable 64

b) Variations selon la possession de terre cultivable dans le milieu d'accueil 65

4.2.3. Variations des intentions selon les caractéristiques individuelles 66

a) Variations selon le sexe 66

b) Variations selon l'âge 66

c) Variations selon l'état matrimonial 67

d) Variations selon le niveau d'instruction 67

e) Variations selon l'activité économique 67

f) Variations selon le statut dans le ménage 68

g) Variations selon l'appartenance ethnique 69

4.3. Essai de catégorisation des IDPs selon leurs intentions de retour 71

4.4. Essai d'identification des déterminants des intentions de retour des IDPs 75

4.4.1. Conditions de départ des IDPs 75

4.4.2. Conditions de vie dans le milieu d'accueil 76

4.4.3. Caractéristiques individuelles des IDPs 76

a) Sexe 76

b) Ethnie 77

c) Activité économique 77

Synthèse partielle 81

CONCLUSION GENERALE ET RECOMMANDATIONS 82

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES 87

1. Ouvrages généraux 87

2. Ouvrages spécifiques 87

3. Articles, périodiques et chapitres d'ouvrages 88

4. Sites Internet 90

ANNEXES x

Annexe 1 : Questionnaire d'enquête auprès des personnes déplacées à l'est du Tchad x

Annexe 2 : Principe du modèle de régression logistique et paramètres descriptifs xviii

A) Principe xviii

B) Paramètres descriptifs xix

Annexe 3: Tableaux des profils des IDPs xix

Tableau A3.1: Répartition des IDPs selon l'âge et le sexe xix

Tableau A3.2: Répartition (en %) des IDPs selon l'état matrimonial et le sexe xx

Tableau A3.3: Répartition des IDPs selon le niveau d'instruction et le sexe xx

Tableau A3.4: Structure des IDPs selon l'activité économique et le sexe xx

Tableau A3.5: Répartition des IDPs selon l'appartenance ethnique et le sexe xxi

Annexe 4: Calcul des indices statistiques xxi

Tableau A4.1: Indice de MYERS xxi

Tableau A4.2: Indice de BACHI xxii

Annexe 5: Ajustement de données sur l'âge xxiii

Tableau A5.1: Répartition des IDPs ajustées par âge par la méthode des Nations Unies
xxiii

INDEX ALPHABETIQUE xxiv

LISTE DES TABLEAUX

Tableau 2.1: Synthèse des définitions des concepts 37

Tableau 3.1: Répartition des IDPs enquêtées selon les sites 43

Tableau 3.2: Taux de réponses et de non réponses des variables 45

Tableau 3.3: Indice de WHIPPLE 49

Tableau 3.4: Indice de MYERS 50

Tableau 3.5: Indice de BACHI 51

Tableau 4.1: Proportions (%) des IDPs selon l'intention de retour et les conditions de départ 64

Tableau 4.2. Proportions (%) des IDPs selon l'intention et les conditions de vie dans le milieu d'accueil 65

Tableau 4.3 : Proportions (%) des IDPs selon l'intention de retour et les caractéristiques individuelles et économiques 69

Tableau 4.4 : Caractérisation des axes 1 et 2. 72

Tableau 4.5: Risques relatifs de l'acceptation de retour au village d'origine 79

LISTE DES CARTES, GRAPHIQUES ET FIGURES

Carte 0.1: Principaux sites et évolution des effectifs des IDPs 5

Carte 1.1 : Division administrative du Tchad 11

Figure 2.1: Schéma conceptuel de l'intention de retour des IDPs. 35

Tableau 2.1: Synthèse des définitions des concepts 37

Figure 2.2: Schéma d'analyse de l'étude 39

Figure 3.1: Pyramide des âges des IDPs à l'Est du Tchad en 2007 47

Figure 3.2: Pyramide des âges lissée par la méthode des Nations Unies 52

Graphique 4.1: Répartition (%) des enquêtés par tranches d'âges selon le sexe 57

Graphique 4.2: Répartition (%) des IDPs selon l'état matrimonial et le sexe 58

Graphique 4.3: Répartition (%) des IDPs selon le niveau d'instruction et le sexe 60

Graphique 4.4: Répartition (%) des IDPs selon l'activité économique et le sexe 61

Graphique 4.5: Répartition (%) des IDPs selon l'appartenance ethnique et le sexe 62

Figure 4.1: Plan factoriel (1, 2). 74

RESUME

Depuis le début de la crise du Darfour en 2003, plus de 172 600 Tchadiens ont fui leurs villages pour trouver refuge dans les camps des réfugiés ou dans des villages situés autour de ces camps. Les résultats de l'enquête sur les conditions de vie et d'installation, les origines géographiques, les intentions de retour et perspectives des IDPs, menée en avril 2007 par l'UNHCR, révèlent qu'environ 52,0% des personnes interrogées n'ont pas exprimé le désir de retourner dans leurs villages d'origine.

La présente étude, qui a pour but de présenter les faits relatifs aux IDPs à l'Est du Tchad pour aider les décideurs à prendre des mesures conséquentes pour leur retour volontaire dans leurs villages d'origine, a été réalisée à partir des données de l'enquête de l'UNHCR de 2007.

L'analyse descriptive des données de cette étude montre que l'intention de retour varie considérablement selon le sexe, l'état matrimonial, l'activité économique, l'ethnie, l'accès à l'eau potable, la perte de biens pendant la fuite, le statut dans le ménage et les causes du déplacement au sein de la population à l'Est du Tchad en 2007. Il ressort aussi de cette analyse que les IDPs de sexe feminin, célibataires vivant sous couvert des chefs de ménage, n'exerçant aucune activité économique ou exerçant dans le commerce, âgées entre 15 et 34 ans, ayant un niveau d'étude primaire, ayant fui à cause de l'insécurité créée par les forces gouvernementales et les exactions des «janjaweeds», n'ayant pas de terre cultivable dans leurs milieux d'accueil, ayant perdu des biens pendant la fuite, ayant accès à l'eau potable et appartenant aux ethnies dadjo et kadjaksé expriment le désir de ne pas retourner dans leurs villages d'origine. Par contre le groupe des IDPs ayant une grande propension à retourner dans leurs villages d'origine est constitué des hommes mariés ou veufs, chefs de ménage, âgés entre 35-59 ans, exerçant dans l'agriculture, n'ayant aucun niveau d'instruction et ayant fui à cause des conflits communautaires. Au niveau explicatif, il ressort des analyses que le sexe, l'ethnie, l'accès à l'eau potable, l'activité économique et les causes du déplacement des IDPs sont les déterminants de leurs intentions de retour dans leurs villages d'origine.

Il découle de ce qui précède qu'une action particulière doit être menée auprès des femmes sans emploi vivant sous couvert des chefs de ménage et ayant perdu des biens au moment de la fuite et ceci dans l'espoir d'aboutir à un retour volontaire.

INTRODUCTION GENERALE

«... Jamais encore dans l'histoire récente, des foules aussi nombreuses, dans autant d'endroits du globe, n'avaient été obligées de quitter leur pays ou leur communauté pour chercher refuge ailleurs. Jamais encore le problème du déplacement massif de populations n'avait tant préoccupé les Nations Unies et ses Etats membres. Et jamais encore le sort des personnes déracinées n'avait été communiqué à un public aussi étendu, ni illustré de manière si frappante«.

Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, 1995, p.11.

1. Déplacement forcé dans le Monde et en Afrique

Aujourd'hui, aucun continent n'est à l'abri du problème de déplacement forcé comme le dit clairement le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés1. Certaines circonstances obligent les populations à faire des déplacements inopinés, collectifs, regroupant toutes les classes d'âge, toutes les catégories sociales. Il peut s'agir d'exode, de fuites face à des situations de danger (catastrophe naturelle, famine, violence) ou de déplacements imposés par des gouvernements ou des factions armées. Certains de ces déplacements sont temporaires: le danger passé, les groupes se réinstallent, avec plus ou moins de difficultés, dans leur espace de départ. Ces retours peuvent être rapides: les agriculteurs reviennent dans leurs villages quelques semaines ou quelques mois après une inondation, une éruption volcanique, etc. Dans d'autres cas, la situation se prolonge ou se pérennise, les familles s'établissant dans de nouveaux lieux de façon durable. Ils rentrent, consciemment ou non, dans la logique de la migration.

On réserve le terme de personnes déplacées aux victimes des migrations sous contraintes qui restent dans les frontières de leur pays, contrairement aux réfugiés qui ont traversé ces frontières et qui cherchent la protection d'un autre Etat. Ce sont ces réfugiés uniquement qui bénéficiaient de la protection et de l'assistance de l'UNHCR. Mais face à la multiplication des conflits armés faisant des milliers de déplacés internes et surtout aux

1 UNHCR, Les réfugiés dans le monde: en quête de solutions, La découverte, Paris (France), 1995, p.11.

réticences croissantes des pays à recevoir de nouveaux réfugiés, l'UNHCR a décidé d'intervenir dans certaines zones pour protéger et assister les personnes déplacées à l'intérieur de leurs pays.

Le rapport de l'UNHCR de 1997 note qu'au-delà des problèmes de définition, un vaste consensus international s'accorde à reconnaître que la population mondiale des personnes déplacées à l'intérieur de leurs propres pays est de l'ordre de 25 à 30 millions de personnes. Les études de l'Organisation des Nations Unies et de ses agences, ainsi que du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) au début des années 1990 montrent que l'Afrique est de loin le continent le plus touché par ce problème avec environ 16 millions de déplacés internes. L'Asie en recense entre 6 et 7 millions, l'Europe 5 millions et les Amériques centrale et du Sud, 3 millions. Des situations nouvelles apparaissent au Kosovo, au Timor oriental et en Tchétchénie. Autant de crises qui semblent attester de l'aggravation du problème du déplacement interne de populations. Dans le même temps, des situations plus anciennes comme celles de l'Afghanistan, de l'Angola, du Burundi, de la Colombie, du Sri Lanka et du Soudan continuent de se dégrader. D'autres, comme celles de l'Azerbaïdjan et de la Géorgie, restent stationnaires sans que des solutions durables ne soient en vue. Dans nombre de ces conflits, le déplacement de la population civile est au coeur même des objectifs de la guerre. Les conflits rwandais et yougoslaves en sont les illustrations les plus médiatisées.

Ce même rapport décrit certaines situations des IDPs à la mi-1997: en Azerbaïdjan par exemple, écoles, hôpitaux, usines désaffectées et wagons continuent à être utilisés pour abriter le demi million de IDPs par le long conflit qui oppose, depuis 1988, ce pays à l'Arménie (au sujet du Ngorny-Karabakh). Au Sri Lanka, le conflit ancien qui oppose les forces armées sri lankaises aux séparatistes tamouls a provoqué une des situations de déplacement interne les plus importantes et les plus durables du monde: elle concerne plus d'un million de personnes. En Turquie, le conflit entre les forces armées et les indépendantistes kurdes a obligé nombre de villageois à quitter leurs montagnes pour s'installer dans les villes. L'estimation du nombre de ces IDPs varie entre 500 000 et 2 000 000. En ce qui concerne l'Iraq et la Birmanie, on compte respectivement 1,1 millions en Iraq et environ 1 million de personnes réfugiées dans une autre partie de leur pays d'origine en raison de la guerre et des violences (il s'agit des IDPs) selon le Global IDP Project en 2003. Le Soudan, déchiré par la guerre civile depuis plus d'une décennie, est considéré comme le pays comptant actuellement le plus grand nombre de

déplacés, soit quelques quatre (4) millions de personnes2. La moitié d'entre eux a quitté le sud pour les régions du nord du pays, notamment Khartoum où beaucoup ont été placés dans des camps spéciaux. En 2003, trois (3) millions de personnes ont fui les violences en République Démocratique du Congo, dont 700 000 personnes dans la province de l'Est (Global IDP Project, 2003). En Colombie enfin, le nombre de IDPs s'est fortement accru depuis 1995 pour atteindre 900 000 en 1997 et trois (3) millions en 2004 soit 7,0% de la population (UNHCR, 2004).

La Banque Mondiale, principale investisseur des grands travaux réalisés dans le Tiers Monde, s'est préoccupée d'une autre catégorie de migrants forcés ou contraints: les victimes du développement. Elle estime à 90 ou 100 millions le nombre de personnes déplacées de force dans le monde au cours de ces dix dernières années à cause de chantiers de grande ampleur (construction de barrages, infrastructures de transport, développement urbain, etc).

Une autre catégorie de déplacés est régulièrement évoquée depuis une dizaine d'années, notamment dans la littérature anglo-saxonne: les «éco-réfugiés», victimes de la rupture durable de l'équilibre entre population et ressource (Lassaily-Jacob, 1999 cité par Michelle GUILLON et Nicole SZTOKMAN, 2004, p.150). L'exemple le plus fréquemment proposé est le déplacement des éleveurs du sahel, chassés par la multiplication des épisodes de sécheresse. On y rattache aussi les déplacements entraînés par les perturbations climatiques liées au courant El Niño3 en 1997-1998: inondations au Bangladesh ou gigantesque incendie en Indonésie. Mais il n'existe que peu de travaux et aucune donnée fiable n'est disponible sur cette catégorie de migrants. Les personnes déplacées et plus particulièrement les plus vulnérables (femmes et les enfants) sont sous le coup de toute sorte de menaces: pertes de leurs possessions, privation de biens et de services, violences et insécurité, etc.

2 GUILLON (M.) et SZTOKMAN (N.), Géographie mondiale de la population, 2e éd., Paris (France), 2004, p150.

3

El Nino est un courant chaud qui tient sa renommée des catastrophes climatiques qu'il engendre et qui ont déjà causé des milliers de morts

2. Zone d'étude et importance du déplacement forcé interne

L'impact de la crise du Darfour sur le Tchad s'est traduit non seulement par l'afflux de Soudanais, mais également par le retour de Tchadiens (installés au Soudan suite à la famine qui a sévit au Tchad en 1983-84) et par des déplacements internes. Ceux-ci sont provoqués par des tensions internes au Tchad dues à la présence de groupes armés opposés à l'actuel régime politique et qui opèrent depuis le Darfour. La crise de déplacement interne dans cette région n'a commencé qu'à la fin de 2005.

Ainsi, l'UNHCR (2007) annonce un chiffre global de plus de 172 600 personnes déplacées à l'Est du Tchad toutes causes confondues. Il indique que, près de 53 000 civils tchadiens ont été contraints de fuir la frontière sud-est avec le Darfour (Soudan) à cause de la guerre entre fin 2005 et mi-2006. Les attaques des «janjaweeds»4 ont fait fuir plus de 1.000 personnes qui se sont rendues dans le camp de déplacés internes situé à Habile, qui accueillait déjà 3.500 Tchadiens. Entre décembre 2006 et janvier 2007, la situation s'est encore détériorée et une autre vague d'attaques dans la région de Koukou-Angarana (au sud-est de Goz Beida dans le Dar Sila) a fait environ 20 000 déplacés Tchadiens. Plus de 10 000 ont été déplacés en raison des attaques transfrontières dans la région de Borota (dans le département d'Assongha).

L'UNHCR (2007) annonce qu'environ 63.000 Tchadiens ont été déplacés suite à des violences interethniques dans l'Est du Tchad. Ces violences se sont perpétuées durant l'année 2006, particulièrement au cours du second semestre, et en 2007. Suite à une vague de violences interethniques qui a débuté fin 2006, environ 25 000 Tchadiens se sont déplacés et rassemblés aux alentours de Goz Beida (situé à l'ouest du Dar Sila) près de Koukou-Angarana et dans la zone de Koloy/Ade5(située à la frontière du Dar Sila avec le Soudan). Le UNHCR annonce que plus de 10 000 personnes provenant de plus de 20 villages ont fui les hostilités intercommunautaires et se sont rassemblés dans le village de Gassire, à 8 km au nord de la localité de Goz Beida (dans le Dar Sila), tandis que d'autres se sont déplacés vers le camp des réfugiés de Goz Amir6(près de Koukou Angarana). Dans la vague de conflit intercommunautaire qui a débuté en mars 2007, plus de 9 000 personnes provenant de 31

4 Littéralement «diables à cheval» sont issus des tribus pastorales soudanais qui n'hésitent pas à pénétrer le territoire tchadien pour y mener des razzias à la fois contre les populations soudanaises réfugiées mais de plus en plus souvent contre les populations tchadiennes.

5 MSF, rapport d'activité, N'Djaména, 2006, p.12.

6 Ibidem, P.5.

villages ont été contraints à fuir. Ces attaques auraient causé la mort d'au moins 220 personnes. Toutes ces IDPs se trouvent groupées dans plusieurs sites, plus de 100.000 d'entre elles se trouvent dans le seul département de Dar Sila.

La présente étude concerne l'ensemble des départements de Dar Sila, de Ouara et d'Assoungha (situés à la frontière du Darfour) où des sites pour les personnes déplacées internes (IDPs) sont installés.

Carte 0.1: Principaux sites et évolution des effectifs des IDPs

3. Problématique

Les conflits armés, interethniques et intercommunautaires provoquent souvent des déplacements massifs de personnes, tant à l'intérieur des frontières d'un pays qu'à travers des frontières internationales. Dans la plupart des cas, ces personnes ont dû partir en laissant derrière elles presque tout ce qu'elles possédaient. Elles sont obligées de parcourir de longues distances, souvent à pied, pour trouver un sanctuaire à l'écart des combats. Des familles sont dispersées, des enfants sont séparés de leurs parents dans le chaos de la fuite, des personnes âgées, trop faibles pour entreprendre un voyage aussi pénible, sont abandonnées à leur sort. C'est pourquoi le déplacement de personnes dans leur propre pays à cause d'une guerre ou d'une catastrophe naturelle est une source de préoccupation de plus en plus importante à travers le monde. Inquiétude tout à fait justifiée: très souvent, les déplacés internes souffrent de conditions d'existence extrêmement dures qui mettent en péril leur survie même. De même, contrairement aux réfugiés, les IDPs ne sont pas protégées par une convention spécifique, elles sont protégées par diverses branches du droit, en particulier le droit national, le droit des droits de l'homme et, si elles se trouvent sur le territoire d'un État en proie à un conflit armé, le droit international humanitaire.

Ainsi, le déplacement forcé massif des personnes à l'Est du Tchad a provoqué une très forte concentration dans les zones d'accueil et dans les camps des réfugiés occasionnant des violations du droit humanitaire et des droits des civils. Cela fait naître des conflits entre populations déplacées et autochtones ou entre groupes ethniques différents. Par exemple, à Dogdoré (au sud-est du Dar Sila à la frontière du Soudan), village de 3.000 habitants, environ 27.000 déplacés y ont trouvé refuge. Certaines populations civiles ont souvent vu leurs maisons, leur bétail et autres biens détruits ou volés dans leurs milieux de départ7. Les IDPs sont extrêmement vulnérables et elles n'ont qu'un accès très limité aux ressources fondamentales telles que l'eau, la nourriture et les soins de santé8.

Dans ce contexte, le retour des IDPs dans leurs villages d'origine s'avère nécessaire et même urgent pour libérer les zones d'accueil des pressions exercées sur les ressources et rééquilibrer les rapports sociaux entre les milieux d'accueil et de départ. Mais d'après les

7 MPAKO F., Déplacés internes au Tchad: coincés entre la guerre civile et la crise soudanaise du Darfour - Rapport de mission, Genève (Suisse), 2007, P.18.

8 UNHCR, Les personnes déplacées interne, questions et réponses, Genève (Suisse), 2006, P.10.

résultats de l'enquête réalisée par l'UNHCR auprès de ces IDPs en avril 2007, plus de la moitié (environ 52,0%) des IDPs n'ont aucune intention de retourner dans leurs villages d'origine. Ainsi, il devient urgent d'analyser les facteurs qui conduisent ces IDPs à refuser de retourner dans leurs villages d'origine, ce qui nous amène à nous poser la question suivante: Comment comprendre le refus des IDPs de retourner dans leurs villages d'origine? Quels sont les déterminants de leurs intentions de retour? Voilà les quelques interrogations qui résument l'essentiel de notre problématique.

4. Objectif visé

L'objectif principal de cette étude est de contribuer à la connaissance des intentions de retour des IDPs en mettant à la disposition des décideurs politiques tchadiens et leurs partenaires (qui interviennent auprès des IDPs à l'Est du Tchad), des indicateurs leur permettant de mieux préparer le retour des IDPs dans leurs villages d'origine. Cette étude vise plus spécifiquement à:

1. Déterminer les profils démographiques et socioéconomiques des IDPs selon leurs intentions de retour;

2. Identifier les déterminants des intentions de retour des IDPs dans leurs villages d'origine.

5. Plan du travail

Pour atteindre les objectifs visés, nous avons choisi de subdiviser ce travail en quatre chapitres. Dans le premier chapitre, nous présentons quelques éléments du contexte général de notre étude et examinons dans le second chapitre quelques approches qui ont tenté d'expliquer la migration forcée. Le troisième chapitre aborde la question de la méthodologie et la source de données utilisées pour les analyses. Enfin, le quatrième chapitre porte sur l'essai d'identification des déterminants des intentions de retour des IDPs. Ce travail se termine par une conclusion qui fait la synthèse des quelques résultats et présente les recommandations formulées à l'issus de ces résultats.

CHAPITRE I: ELEMENTS DU CONTEXTE GENERAL

Situé au coeur de l'Afrique entre le 8ème et le 23ème degré de latitude Nord et le 14ème et le 24ème degré de longitude Est, le Tchad couvre une superficie de 1 284 000 Km2. Il est limité au Nord par la Libye, à l'Est par le Soudan, au Sud par la République Centrafricaine et à l'Ouest par le Cameroun, le Nigeria et le Niger. Le pays est enclavé et ne dispose d'aucun accès à la mer. Le port le plus utilisé est celui de Douala (Cameroun), situé à environ 2.000 km de N'Djaména, la capitale.

Selon le recensement de la population et de l'habitat (RGPH) de 1993, le Tchad compte une population d'environ 6,3 millions d'habitants dont 80,0% vit en milieu rural. Parmi cette tranche de la population rurale, la majorité vit dans une situation d'extrême pauvreté. La croissance démographique de 2,5% par an, liée au faible niveau de développement et à une politique de population encore embryonnaire, constitue une contrainte réelle pour la progression du revenu par habitant estimé à 254 $ US soit 152 400 FCFA (1$ = 600 FCFA).

La densité de 4,9 habitants au km2 en moyenne cache une grande disparité entre les différentes régions du pays. En effet, elle est de 0,12 habitants au km2 pour la région du Borkou, Ennedi Tibesti (BET) et de plus de 50 habitants au km2 pour celle du Logone Occidental et Oriental. Il résulte de cette situation une forte pression sur les terres dans la partie méridionale du pays, où on observe d'une part, une importante dégradation de l'environnement avec une baisse de la fertilité des sols et d'autre part, des conflits agriculteurs/éleveurs pour l'exploitation des ressources qui tendent à se généraliser.

Le pays est marqué par des décennies de guerres civiles dont la conséquence principale est l'insécurité généralisée dans le pays. De plus, sa situation au coeur du continent africain lui impose des conditions physiques qui influencent négativement la plupart des activités économiques. En 2003, l'exploitation de l'or noir donnait l'espoir au peuple Tchadien par rapport au développement du pays mais cet espoir s'est vite brisé à cause de l'insécurité aggravée par l'exploitation de cette ressource.

1.1. Territoire composite au centre de l'Afrique

Située au coeur de l'Afrique et au carrefour de civilisations entre l'Afrique blanche arabe et l'Afrique noire, l'ancienne colonie française du Tchad, indépendante depuis 1960, présente l'une des situations géopolitiques les plus compliquées du continent. Depuis un quart de siècle, la confusion de guerres civiles à répétition et la complication des interventions militaires françaises ont obscurci les problèmes d'un pays pauvre et enclavé, sans ressources d'exportation, et dont l'unité nationale, beaucoup plus fictive que réelle, est menacée par l'opposition entre un Nord musulman et un Sud animiste et partiellement christianisé.

Le Tchad a hérité de frontières inégalement complexes (cf carte 1.1). A l'Ouest, la délimitation avec le Niger, grossièrement Nord-Sud, traverse des étendues désertiques. A l'Est, la frontière avec le Soudan a été établie avec soin en 1924 par une mission franco-britannique qui s'efforça de respecter les limites historiques entre Darfour et Ouaddaï, ce qui ne l'empêcha pas de séparer des populations apparentées, comme les Zaghawa. Au sud, la limite administrative avec l'Oubangui a varié au gré des fantaisies de l'administration coloniale. Elle reste aujourd'hui encore très perméable. La frontière avec le Cameroun est la moins conforme à la géographie humaine: elle tranche des populations compactes, les Massa, les Toupouri, les Moundang. Quatre États enfin se partagent la souveraineté sur le lac Tchad: Nigeria, Niger, Cameroun et Tchad. Ce lac, d'autant plus difficile à contrôler que ses contours changent sans cesse en fonction du débit des cours d'eau qui l'alimentent, le Chari et le Logone principalement, est un carrefour de contrebande. Au nord, la frontière tchado-libyenne faisait l'objet de l'un des principaux contentieux frontaliers du continent. Il concerne le territoire contesté dit de la bande d'Aouzou que revendiquait la Libye au titre d'un traité franco-italien de 1935, signé mais jamais ratifié. Il servit, et sert encore, pourtant de prétexte au colonel Kadhafi pour revendiquer ce territoire et intervenir au Tchad. La Libye appuie en outre ses prétentions sur un soi-disant traité secret signé par François Tombalbaye, qui aurait reconnu les droits libyens sur la bande d'Aouzou en échange d'une aide financière substantielle. La question de la bande d'Aouzou constitue un élément politico-militaire inséparable de la crise intérieure tchadienne. En mai 1994, la Cour internationale de justice de La Haye a cependant reconnu les droits du Tchad et, peu après, l'armée libyenne a officiellement évacué la bande d'Aouzou. Ce règlement juridique a incontestablement contribué à apaiser les tensions entre les deux pays, sans pour autant régler définitivement le différend entre les deux pays. Ajoutons que les visées

expansionnistes de Kadhafi ont été facilitées par les divisions intérieures du Tchad: une indépendance ratée a exacerbé les antagonismes ethniques mis en veilleuse pendant la période coloniale. Les raisons profondes de la crise tchadienne résident dans l'opposition, non pas fortuite mais séculaire, entre le Nord et le Sud: comme au Soudan voisin, le Tchad est traversé par la ligne de contact majeure entre les «deux Afriques», la blanche et la noire, la musulmane et l'animiste. Cependant, ni le Nord ni le Sud ne forment des entités homogènes.

Sur le plan intérieur, la division administrative n'a fait que exacerber les tensions déjà vives au sein de la population Tchadienne. En effet, jusqu'en 1999, le Tchad était divisé en 14 préfectures: Batha, Biltine, Borkou-Ennedi-Tibesti, Chari Baguirmi, Guéra, Kanem, Lac, Logone occidental, Logone oriental, Mayo Kébbi, Moyen Chari, Ouaddaï, Salamat et Tandjilé. Par les Décrets 418/PR/MAT/2002 et 419/PR/MAT/2002, le pays est aujourd'hui subdivisé en 18 régions (y compris la ville de N'Djaména qui constitue une région régie par un statut spécial.), 50 départements, 212 sous-préfectures et arrondissements municipaux, 12 sultanats et 471 cantons. Par ces décrets, une même préfecture se trouve subdivisée en plusieurs départements, sans tenir parfois compte des limites historiques et des réalités physiques et culturelles. A titre d'exemple, l'ancienne préfecture du Mayo Kébbi est divisée en quatre (4) départements: département du Mayo Dallah, département du Mayo Boneye, Mayo Lemie et Mont d'Illi. Ainsi, le rattachement de Bider (une localité peuplée à majorité de Foulbé et situé proche de Léré) à Fianga, chef lieu du département du mont d'Illi n'a pas fait l'unanimité au sein de la population. De même par ces décrets, plusieurs entités administratives se trouvent regroupées sans tenir compte de leurs réalités culturelles. Ce nouveau découpage semble obéir aux besoins politiques plutôt qu'au souci du développement.

Cette subdivision du territoire, bien qu'ayant pour but le développement du pays, a séparé des populations qui se reconnaissent d'une même entité culturelle. De plus, certaines de ces nouvelles entités sont devenues trop petites, facilement gérable bien sûr, mais sans ressources conséquentes. Ce nouveau découpage est source de conflits intercommunautaires qui mettent en déplacement plusieurs personnes. Il serait même l'une des causes lointaines du déplacement à l'Est du pays puisque dans cette partie les mécanismes traditionnels de gestion de conflit se sont effondrés (cf. introduction pour d'amples informations).

Carte 1.1 : Division administrative du Tchad

1.2. Climat, source de conflits agriculteurs/éleveurs

Au Tchad, les précipitations sont provoquées par la rencontre de deux masses d'air tropicales: l'anticyclone de Libye ou Harmattan, vent chaud et sec d'une part et l'anticyclone de Saint Hélène, vent maritime d'autre part. Le balancement de ces deux anticyclones entre le 4e et 20e parallèle nord est à l'origine d'une répartition inégale des précipitations sur le territoire tchadien9. On distingue suivant ce mouvement, trois zones climatiques:

> La zone saharienne au Nord du 15e parallèle qui occupe plus de 63,0% du territoire national est marquée par une très faible pluviométrie (moins de 100 mm par an), et par une végétation de type steppique. Cette faible pluviométrie met en place des sols nus caractérisés par des dunes et des ergs;

> La zone sahélienne comprise entre la zone saharienne au Nord et soudanienne au Sud et s'étendant sur environ 40,0% de la superficie du territoire, reçoit une pluviométrie variant entre 300 et 900 mm par an. La saison pluvieuse dure environ trois mois. La formation végétale qui en résulte est celle de la savane arbustive du type sahélo-soudanien;

Ø La zone soudanienne s'étendant sur 10,0% de la superficie du territoire est celle qui reçoit plus de pluies dans l'année. La pluviométrie tourne autour de 1000 mm par an et peut atteindre parfois 1 200 ou 1 300 mm dans l'extrême Sud (Sarh et Moundou).

Le Tchad oriental constitue de par ses caractéristiques climatiques (climat sahélien) une des zones les plus hostiles du pays: eau difficile d'accès, couvert végétal de type sahélien synonyme de ressources limitées et d'une pluviométrie irrégulière à l'origine de rendements agricoles aléatoires. Ainsi, les activités économiques sont réparties en fonction de ces zones climatiques. En effet, dans la zone saharienne où les pluies sont presque inexistantes, les activités économiques sont rares. Notre zone d'étude se trouve dans la zone sahélienne où le climat y est sahélien au Nord et sahélo-soudanien au Sud avec une alternance de saison sèche et de saison pluvieuse. La pluviométrie annuelle oscille entre 200 mm au Nord à 900 mm au Sud. La végétation dans la partie nord de la Région du Wadi Fira est faite de pseudo steppe et de savane arbustive clairsemée. Les sols sont de faible fertilité à cause des recouvrements

9 BREYE C., Les aménagements hydro-agricoles au Tchad : des tentatives de réduction des crises alimentaires (exemple du périmètre irrigué de Mara), Mémoire de maîtrise en géographie, Université de N'Djaména (Tchad), 2004, p.15.

sableux et offrent ainsi un potentiel agricole limité. Les potentialités agricoles qui déterminent en grande partie les conditions de vie des populations varient sensiblement quand on passe d'une zone à l'autre dans la région. Dans la zone s'étendant au Nord, on estime à moins de 1,0% la superficie des terres aptes à l'agriculture (PAM, 2007, p.12). La partie centrale de la région, Adré, Sud d'Abéché et Am Dam est dotée d'un potentiel agricole très variable avec 10 à 15,0% des superficies aptes à l'agriculture. L'eau est la contrainte principale. Trouver du bois est l'autre source majeure de préoccupation. Elle cristallise les conflits entre réfugiés et populations locales. Autour de chaque camp s'étend une auréole de déforestation. Les solutions mises en oeuvre par les organisations internationales (collecte et distribution de bois mort, essais ponctuels de foyers améliorés et de cuiseurs solaires, plantations d'arbres) ne suffisent pas à empêcher la dégradation.

En saison des pluies, c'est l'excès d'eau qui entrave l'accès aux camps. Le Programme Alimentaire Mondial (PAM), dont les convois pour approvisionner cette région enclavée partent de Douala (Cameroun) ou de Benghazi (Libye), doit «prépositionner» des vivres pour plusieurs mois à proximité des camps quand les pistes sont rendues impraticables par les crues des ouadis (les cours d'eau temporaires). En août 2007, des pluies exceptionnelles ont détruit des habitations dans les villages et les camps au Sud du Ouaddaï; des inondations ont aussi affecté le camp le plus septentrional, celui d'Ouré Cassoni, dans l'Ennedi Est. La présence de nombreux réfugiés et IDPs donne aussi lieu à des heurts avec les autochtones, d'autant plus que des terres sont attribuées aux allochtones qui souhaitent les mettre en exploitation. Les vallées des ouadis, à la fois terres agricoles, pâturages et source d'eau, font l'objet d'une âpre concurrence.

Par contre, dans la partie méridionale, les potentialités agricoles sont très intéressantes (plus de 30,0% de superficie cultivable). Le Sud de la région du Ouaddaï, constitué du département du Dar Sila et de la partie méridionale du Djourf Al Ahmar enregistre une pluviométrie annuelle supérieure à 500 mm atteignant, dans l'extrême sud, 950 mm durant les années de bonne pluviosité. La végétation est du type savane arborée. C'est donc dans la partie soudanienne qui bénéficie d'une bonne pluviométrie par rapport aux autres, où sont concentrées la plupart des activités économiques.

Cette inégale répartition des pluies dans l'espace et dans le temps est l'une des causes des conflits intercommunautaires au Tchad. En effet, au Tchad oriental, les éleveurs pratiquent

la transhumance, une migration saisonnière entre le nord et le sud. Ils passent la saison des pluies au nord, dans de grandes zones de pâturage de la sous-préfecture nomade d'Arada et de la région du BET (Borkou-Ennedi-Tibesti). Parce que l'eau devient rapidement très rare une fois que les pluies cessent, les troupeaux de chameaux, de petits ruminants et de bovins se mettent alors en route vers le Dar Sila et le Salamat, au Sud. Ces deux régions ont des terres riches et offrent donc des conditions favorables aux populations. Souvent, l'arrivée des éleveurs dans une région est un moment de joie10, mais engendre des conflits entre ces deux modes de vie et systèmes de production. Ces conflits se réglaient à l'amiable par les mécanismes traditionnels, c'est-à-dire que les «Scheiks» discutent l'affaire sous un arbre, autour d'un thé, jusqu'à ce qu'une compensation adéquate soit trouvée pour réparer le dommage subi par la partie lésée. Mais ces dernières années, les violences intercommunautaires qui touchent l'Est du Tchad et surtout l'ingérence des autorités administratives dans ces conflits ont affaibli ces mécanismes de résolution des conflits et, en raison des événements au Darfour voisin et des problèmes politiques internes, ont accru la violence entre ces populations (agriculteur/éleveur).

Aussi, pendant la grande partie de l'année (plus de six mois dans le sud du pays), les paysans tchadiens restent-ils au chômage (à cause de la saison sèche), ce qui accroît la mobilité à l'intérieur du pays. Ainsi, pendant cette période, beaucoup de jeunes envahissent la capitale et autres grands centres urbains pour faire les petits métiers en attendant l'arrivée des pluies. Ce chômage saisonnier constitue l'une des causes principales de l'exode rural au Tchad car certains paysans s'installent définitivement en ville.

1.3. Inégale répartition de la population sur l'ensemble du territoire

Estimée à 6 280 000 habitants (RGPH, 1993), la population du Tchad atteint 9,3 millions en 2005 (DCAP, 2006) pour un taux de croissance de l'ordre de 2,5% par an (RGPH, 1993). Cette population à forte croissance est inégalement répartie sur le territoire national. Environ la moitié de la population (47%) est concentrée sur 10,0% de la superficie du pays. La densité moyenne de la population en 1993 est relativement faible (4,9 habitants au kilomètre carré) et varie de 0,1 habitant au kilomètre carré dans la région du Borkou-Ennedi-Tibesti (BET) à 52 habitants au kilomètre carré dans la région du Logone Occidental. Cette densité

10 Quand le lait, les autres produits des animaux et l'artisanat des éleveurs enrichissent les marchés locaux.

moyenne qui est estimée à 7,2 habitants au kilomètre carré en 2005 s'établira autour de 9,3 habitants au kilomètre carré en 2015 (DCAP, 2006).

Cette inégale densité de population montre que la majeure partie de la population tchadienne est concentrée dans les zones fertiles au sud des fleuves Logone et Chari ainsi que dans les zones urbaines où vivent 23,0% des Tchadiens. La population tchadienne est donc très inégalement répartie dans l'espace géographique national, car il faut comprendre qu'au Tchad comme ailleurs, l'occupation humaine obéit aux conditions climatiques. Cette forte concentration de la population fait pression sur les terres et les pâturages, ce qui provoque une dégradation continue de l'environnement et engendre de conflits entre communautés rurales puisque plus de 80,0% de la population Tchadienne vit de l'agriculture (RGPH, 1993).

La structure par âge et par sexe de cette population montre que les jeunes et les femmes sont les plus nombreux. Au recensement de 1993, les femmes représentaient 52,0% de la population totale. La population âgée de moins de 15 ans représentait 48,0% de la population totale, celle âgée de 15 à 59 ans représentait 47,0% et celle de plus de 60 ans représentait 3,5%. Le niveau de fécondité reste l'un des plus élevés de la sous région et est en hausse. L'indice synthétique de fécondité (nombre moyen d'enfants par femme) passe de 5,1 enfants par femme en 1964 (Service de Statistique, 1966) à 5,6 enfants par femme en 1993 (BCR, 1995) et à 6,6 enfants par femme en 1996-97 (EDST-I, 1996/97).

La population de notre zone d'étude est estimée, au 31 décembre 2006, à 700 000 habitants sur la base du taux national de croissance de 2,5% (Rapport du PAM, 2007, p.12). La densité de la population y était globalement faible. Les données du RPGH de 1993 indiquent que celle-ci varie de 0,7 habitant au km2 (à Adré) à 2,7 habitants au km2 (à Am Dam). Le rapport de masculinité indique qu'on trouvait environ 81,0% (81 hommes pour 100 femmes). La population est très jeune: près de 53,0% de la population avait moins de 15 ans. La zone renferme de nombreux groupes ethniques parlant des langues différentes mais ayant tous, en commun la religion musulmane (Ouaddaïen, Massalite, Arabes, For, Tama, Zaghawa et Dadjo). La répartition de la population active par secteur d'activité indique que 91,0% de celleci relève du secteur primaire. Cette frange de la population vit à la fois de l'agriculture et de l'élevage. Le reste de 9,0% de la population active, essentiellement nomade, pratique uniquement l'élevage. Au Nord et dans la partie centrale de la région ce sont les cultures céréalières sous pluie, l'élevage et le maraîchage qui y dominent. Dans la partie Sud, s'ajoute à

celles-ci, la culture céréalière de décrue (Berbéré). Le secteur secondaire qui se limite principalement aux activités de construction et de production d'électricité ne concerne que 1,0% de la population. Le reste est absorbé par le commerce et les services (administration, ONG, etc.). Ces deux catégories sont essentiellement urbaines.

A l'Est du Tchad, l'augmentation de la population (suite aux déplacements forcés) a dépassé les capacités d'accueil des services de santé et entraîné l'épuisement de ressources vitales telles que l'eau et le combustible. Dans le domaine de la santé, les indicateurs disponibles de santé sont au rouge: 0,6 médecin, 0,9 infirmier diplômé et 0,1 sage femme pour 100 000 habitants11. La plupart des structures de santé sont sous-équipées et manquent de personnel qualifié. Les réfugiés bénéficient d'une assistance internationale mais l'insécurité réduit l'accès et constitue un obstacle aux opérations des humanitaires. Le taux de scolarisation est inférieur à 10,0%.

1.4. Pétrole, nouvel enjeu majeur de la géopolitique tchadienne

Depuis longtemps, le Tchad est resté un pays à vocation agro-pastorale. Son économie est basée essentiellement sur l'agriculture et l'élevage. Les sécheresses des années 80 ont rendu aléatoire la production agricole et pastorale rendant le pays dépendant sur tous les plans. Son environnement économique a été particulièrement inhibant et n'a donc pas permis entre autres de créer des emplois, des richesses ni des revenus, maintenant ainsi de nombreuses personnes en dehors des circuits de production. La croissance a été très faible au cours des dernières décennies. Jusqu'en 1999, elle a rarement excédé plus d'un point le taux de croissance annuelle de la population. Il va de soi que ce rythme de croissance de l'économie ne pouvait créer suffisamment d'emplois pour une population à forte croissance. L'examen des facteurs qui ont limité la croissance montre que la faiblesse du système productif a accusé des lacunes:

> le système est resté figé, basé sur l'agriculture et l'élevage dont les producteurs travaillent avec des outils archaïques et les produits ne subissent aucune transformation pour générer une valeur ajoutée substantielle;

11

PAM, Rapport finale de l'enquête sur les capacités d'autosuffisance alimentaire des réfugiés Soudanais, des personnes déplacées et des populations hôtes à l'Est du Tchad, N'Djaména (Tchad), 2007, p.12.

> ce secteur principal, source de croissance, n'a reçu qu'un volume fort réduit des investissements publics;

> l'entreprenariat privé est embryonnaire et tourné essentiellement vers les activités du commerce.

Dernier né des Etats pétroliers, avec une capacité de production de 250 000 barils/jour, le Tchad s'est ouvert à de nouveaux acteurs, à l'occasion du programme d'exploitation pétrolière inauguré en l'an 2000. Depuis la fin de la construction de l'oléoduc Doba-Kribi en 2003, long de 1 070 kilomètres, le Tchad a vu son taux de croissance économique faire un bond spectaculaire, passant de 1,0% en 2001 à 15,0% en 2004 et 8,0% en 200512. Selon Mr. Geoffrey H. Bergen, Représentant résident de la Banque Mondiale au Tchad (2008), les statistiques officielles montrent que les taux de croissance du PIB ont nettement dépassé les taux de croissance démographique (2,8%) ces dernières années du fait de l'exploitation du pétrole. Par exemple, le PIB par tête a augmenté de 11,0% par an de 2003 à 2006 et le PIB non pétrolier par tête a augmenté de 2,7% par an au cours de la même période. Malgré les promesses inscrites dans ces statistiques, l'exploitation du pétrole (dont la contribution à la croissance du PIB tchadien s'élevait déjà à 33,4% en 2004) ne s'est guère traduite jusqu'à présent dans le quotidien de la population Tchadienne. Plus inquiétant peut être, la mise en chantier de l'exploitation s'est traduite par une hausse brutale de l'inflation (passée de -5,4% en 2003 à un taux moyen de 7,8% pour l'année 2005) et des effets de la dette (passée de 66,0% du revenu national brut en 2003 à 75,0% de ce revenu en 2005).

Les retombées de la rente pétrolière ont généré de très fortes tensions. Les bouleversements socio-économiques introduits par la mise en valeur des champs de pétrole se sont traduits par une aggravation des inégalités tant au niveau des régions qu'au sein de la société civile. Conséquence directe: plus de 60,0% des Tchadiens continuent de vivre au dessous du seuil de la pauvreté. Au Tchad la perturbation des circuits économiques traditionnels entraîne des bouleversements sociaux qui menacent la paix civile, tandis que s'approfondit le fossé entre la masse paysanne et les bénéficiaires de la rente pétrolière. La crise du Darfour ne fait que renforcer cette perception aggravant des clivages inter-tchadiens qu'attestent en leur plan la multiplication des tensions au sein de l'armée : compte tenu de ses

12

MASCRÉ D., « Course aux hydrocarbures, crise du Darfour, déstabilisation régionale: Le Tchad entre jeux pétroliers et jeux guerriers », in Géopolitique africaine, paris (France), 2007, p.6.

effectifs (environ 30 000 hommes, certaines estimations parlent de 50 000) et des divisions qui la minent, on comprend pourquoi celle-ci revendique la part du lion du gâteau pétrolier. C'est à l'actif de ces différents paramètres qu'il faut placer les événements qui se sont produits au Tchad en 2006 et qui ont fait de ce pays le nouveau théâtre des jeux pétroliers et guerriers.

Ainsi, l'espoir de développement suscité avec l'exploitation de l'or noir va-t-il se poursuivre? Déjà parmi la classe politique et la société civile, des voix s'élèvent pour décrier la gestion de la manne pétrolière. En effet, comme partout dans le monde, le pétrole semble être une malédiction pour le peuple tchadien. S'il semble être admis aujourd'hui que la guerre est entrée dans la tradition des Tchadiens, les troubles provoqués ces derniers temps prennent une intensité jamais égalée. Seulement en cinq (5) ans après l'exploitation du pétrole (2003-2008), le Tchad a enregistré plusieurs mouvements rebelles et connu plus de deux coups d'Etat manqués. La dernière offensive des rebelles en date du 2 au 3 février 2008 a encore jeté des milliers de Tchadiens sur la route de l'exil (dont la grande partie à Kousseri au Cameroun). Toutes ces années de guerre civile ont freiné le développement économique et social du pays car l'on s'est plus préoccupé de la sécurité au détriment des autres dimensions du développement.

Concernant le cas particulier du Tchad oriental où se trouvent les réfugiés et les IDPs, il faut signaler que l'afflux de l'aide internationale dans cette région pauvre déstabilise l'économie et la société. Les populations locales, dont certaines sont venues en aide aux réfugiés avant l'arrivée des organisations internationales, sont plus démunies que leurs hôtes désormais nourris, soignés et éduqués dans les camps. Les projets qui leur sont peu à peu destinés sont inaptes à répondre à l'ensemble des besoins.

Sur le plan social, le Tchad est classé au 166ème rang sur 174 pays les plus pauvres du monde et son indice de développement humain (0,403) établi par le PNUD en 2004 est l'un des plus faibles. Le niveau de pauvreté de la population Tchadienne n'a cessé de s'aggraver au cours des trois dernières décennies. Selon les données de l'enquête ECOSIT réalisée en 1999, le seuil de pauvreté globale au niveau national est estimé à 218 F CFA par jour et par personne. Ce seuil est largement inférieur au seuil de pauvreté globale standard international qui est de un (1) dollar (soit 600 F CFA) par jour et par personne. Sur la base de ces données, on peut considérer qu'au moins un Tchadien sur deux n'a pas de revenus suffisants pour satisfaire ses besoins essentiels. En 2000 (rapport du PNUD), on estime à 54,0% la population se trouvant en

dessous du seuil de pauvreté, seulement 16 à 20,0% des enfants bénéficient d'une couverture vaccinale, près de 90,0% de l'habitat est sensible aux intempéries, seulement 30,0% de la population a accès à l'eau potable, 1,0% a accès à l'énergie électrique, moins de 10,0% bénéficie de services de l'assainissement, une partie importante de la population vit une insécurité alimentaire chronique, des maladies épidémiques et endémiques (parmi lesquelles la pandémie du VIH/SIDA) auraient frappé 1.704 personnes et fait 55.000 orphelins.

1.5. Instabilité politique, facteur essentiel de déplacement forcé

Comprendre la situation politique actuelle du Tchad, cela amène naturellement à faire aussi un peu d'histoire pour revenir sur les logiques spatiales des conflits d'apparence cyclique qui n'en finissent pas de ruiner ce pays. Ces conflits cycliques inhérents au système politique tchadien ont pour ressorts des tensions internes et externes. Selon Bichara Idriss Haggar (2007)13, «Le Tchad était déjà mal parti dès son indépendance puisque le président Tombalbaye a choisi l'autoritarisme et le parti unique comme système de gouvernement. Système qui n'a contribué à créer ni l'unité et la stabilité politique, ni le développement économique. Au contraire, il a exacerbé les contradictions de la société qui ont fini par engendrer le mal tchadien, dont le pays continue à souffrir jusqu'à maintenant».

Depuis les années 1980, la Libye considère le Tchad comme un espace d'influence naturel. Les desseins politiques libyens ont certes été longtemps contrariés par des Tchadiens indociles. Dans le domaine économique, cependant, les Libyens sont aujourd'hui très présents à N'Djaména, où ils possèdent entre autres banques, hôtels, stations services et immeubles. Pour le Soudan, de même, le Tchad est considéré comme une marge à maîtriser (De Waal 2008). Idriss Déby bénéficia, en 1990, d'importants soutiens soudanais pour prendre le pouvoir (Géraud Magrin, 2008). Les influences islamistes du Soudan d'Hassan El Tourabi trouvèrent au Tchad un certain écho au début des années 1990. Des relations d'affaires plus ou moins fructueuses suivirent autour de l'exploitation du petit gisement de pétrole du lac Tchad ou de la construction d'un deuxième pont sur le Chari à N'Djaména. Après une période d'éloignement sans conséquence, c'est le Darfour qui, à partir de 2004, resserra l'écheveau conflictuel des relations tchado-soudanaises. Le Soudan reprocha au Tchad d'appuyer la rébellion au nom de

13 Voir Bichara Idriss Haggar, Histoire politique du Tchad sous le régime du président François Tombalbaye, 1960-1975: déjà, le Tchad était mal parti!, L'Harmattan. Collection Pour mieux connaître le Tchad -10 décembre 2007, pour d'amples informations.

la solidarité au sein du groupe Zaghawa, auquel appartient Idriss Déby. En retour, le Soudan se mit à appuyer les rébellions tchadiennes (Debos, 2007). Le calendrier de déploiement dans l'Est du Tchad de la force européenne de protection des réfugiés du Darfour (Eufor) que Khartoum a mal apprécié, semble bien avoir influencé celui de la récente offensive sur N'Djaména. La politique de la France est plus difficile à comprendre. Depuis qu'Elf a quitté le consortium d'exploitation du pétrole de Doba en 1999, elle n'a plus d'intérêts économiques dans ce pays très pauvre. Elle proclame par ailleurs qu'elle n'a plus vocation à être le gendarme de l'Afrique. Mais les milieux militaires ne semblent pas les moins attachés au maintien d'une base dans ce pays. L'opération Epervier, après d'autres équivalentes, entretient à N'Djaména un millier d'hommes depuis la guerre contre la Libye des années 1980. Pour certains officiers généraux, le Tchad est resté ce que fut longtemps la région désertique du BET (Borkou Ennedi Tibesti): un territoire militaire, rude terre à nomades belliqueux combattus et respectés, administré avec une fermeté teintée de paternalisme (Magrin G., 2008). Au-delà des sentiments et des considérations corporatistes, l'espace compte: le désert tchadien est un terrain vaste comme la France, où on peut s'entraîner, faire voler ses avions à très basse altitude et expérimenter des armes sans craindre de gêner.

Mais la géopolitique des conflits tchadiens procède avant tout de mécanismes internes. Une vision classique est souvent proposée: le découpage étatique colonial a artificiellement réuni une multitude de peuples qui ne partageaient rien (langue, culture, religion). Pire, on a enfermé ensemble des groupes aux passés conflictuels, de part et d'autre de la ligne de l'islam majoritaire, séparant sociétés esclavagistes et populations victimes des premières. Cette représentation a sa part de vérité, mais elle doit aussi beaucoup à des constructions idéologiques ultérieures (Magrin G., 2001). Elle est loin de suffire à expliquer les conflits actuels.

La géopolitique interne tchadienne est couramment résumée à l'opposition Nord/Sud. Au Nord (en fait le Sahel et le Sahara, qui couvrent près des neuf dixièmes de la superficie du pays), des Musulmans héritiers des royaumes sahéliens et de sociétés de pasteurs nomades, au Sud des paysans Chrétiens ou animistes, issus de sociétés segmentaires sédentaires. Les premiers représentent sans doute un peu plus de la moitié de la population. L'engouement des jeunes originaires du Sud pour l'école moderne leur aurait permis de s'emparer des commandes de l'Etat indépendant. Les premiers troubles de la fin des années 1960 marqueraient la revanche du Nord sur le Sud, consacrée par la victoire du FROLINAT (Front

de libération nationale du Tchad) en 1979 et la reprise du pouvoir par «le Nord». Si cette représentation est largement partagée au Tchad, elle n'en demeure pas moins très simpliste, insuffisante à rendre compte des lignes de fracture complexes qui traversent la société tchadienne (Magrin, 2002). Ces identités de «nordiste» et «sudiste» ont été instrumentalisées à certains moments des crises tchadiennes par des chefs qui y voyaient un moyen de mobilisation efficace à leur profit. En cela, le Tchad n'est pas original en Afrique.

Mais la relative spécificité de la situation tchadienne (la triste régularité du cycle de la violence, sur plusieurs décennies, qui apparaît comme attribut d'un système original) incite à chercher d'autres clés de lecture. Alors que clichés et caricatures ethno-régionales ne manquent pas pour rendre compte de l'imbroglio tchadien (qu'ils soient élaborés du dehors ou propres aux Tchadiens eux-mêmes (Centre Al Mouna, 1996)), il est étonnant que les explications mettant en relation les rapports de l'Etat et les types de sociétés n'aient guère été proposées.

La conséquence directe de cette vie politique marquée par l'instabilité permanente est le déplacement massif du peuple tchadien des villes vers les campagnes et du Tchad vers l'étranger (des exils). Cette vie politique troublée dont les points culminants furent la guerre civile de 1979 et les coups d'Etat successivement manqués de 2006 et 2008 a provoqué un déplacement massif des Tchadiens. Si les plus nantis ont pu franchir les frontières pour trouver refuge à l'étranger, une bonne partie des personnes victimes de ces troubles s'est déplacée à l'intérieur du pays. Mais s'il est vrai que l'instabilité politique est l'une des causes des déplacements forcés au Tchad, le déplacement actuel à l'Est du Tchad demeure la conséquence immédiate de la régionalisation du conflit du Darfour qui a provoqué le déplacement forcé de plus de 172 600 personnes au Tchad, victimes principalement des attaques des «janjaweeds» et des violences inter-ethniques. Ces personnes vivent dans le dénuement le plus total, d'autant que les autorités tchadiennes semblent incapables de répondre à l'urgence des besoins14.

14 FIDH, Rapport de mission au Darfour, Genève (Suisse), 2007, p.19.

Synthèse partielle

Pays au coeur du continent africain, le Tchad subit l'influence de cette continentalité sur tous les aspects de la vie socio-économique.

Sur le plan physique, le pays est soumis à un climat tropical caractérisé par deux saisons de durée très inégale, cause d'une grande mobilité des jeunes vers les grandes villes. La courte durée de la saison de pluies influence négativement les activités agricoles et pastorales longtemps sources principales de revenus du pays. Sur le plan démographique, les conditions climatiques ont provoquée une répartition inégale de la population sur le territoire créant ainsi une zone densément peuplée au Sud du pays. Sur le plan économique, le démarrage récent de l'exploitation de l'or noir vient de mettre le pays sur la voie de la croissance mais la situation politique caractérisée par un tourbillon de violences depuis l'indépendance n'a cessé de mettre les Tchadiens en fuite sapant ainsi l'amorce du développement du pays.

CHAPITRE II: APPROCHE THÉORIQUE DE L'ÉTUDE

Après avoir présenté quelques éléments du contexte de notre étude, nous abordons dans le présent chapitre la revue des littératures sur la migration forcée pour en dégager quelques déterminants et définir un certain nombre de concepts relatifs à cette étude. Il s'agit en fait de poser les bases méthodologiques en présentant le cadre conceptuel et d'analyse de l'étude. Il est structuré en cinq parties essentielles. La première partie porte sur la revue de littérature sur la migration forcée; la deuxième est consacrée aux déterminants de ce type migration; la troisième présente l'hypothèse principale et le cadre conceptuel de l'étude; la quatrième concerne la définition des différents concepts clés utilisés dans l'étude et la cinquième porte sur les hypothèses secondaires et le schéma d'analyse.

2.1. Revue de littérature sur la migration forcée

On connaît très peu de choses sur les migrations forcées en Afrique. Et pourtant, on sait que les guerres et autres troubles politiques qui s'y déroulent de temps en temps poussent les populations à se déplacer à l'intérieur de leurs pays par milliers voire par millions, ou à se réfugier dans des pays voisins ou lointains. Ainsi, il existe à notre connaissance très peu ou presque pas de théories sur la migration forcée. Si les théories économiques et démographiques ont largement contribué à comprendre les migrations volontaires, elles sont cependant inappropriées pour expliquer les migrations sous contraintes (ou forcées) surtout dans une situation de conflits. Ainsi, à partir des approches sociologique, ethno-réaliste et de la nouvelle approche intégrée de l'UNHCR, nous tenterons d'expliquer et d'en déduire les déterminants du retour de ce type particulier de migration.

2.1.1. Expliquer la migration forcée: quelques approches théoriques

Les déplacements forcés sont le plus souvent le résultat d'un certain nombre de crises. Mais quels sont les déterminants de ces crises, tensions et conflits? La crise économique, la pauvreté, la crise (problème) de la démocratie et la perte de valeur des droits fondamentaux participent également à la mise en place de conditions de vie défavorables poussant à la migration. Mais toutes les migrations ne remplissent pas toutes ces conditions, une

combinaison de plusieurs facteurs provoque un nombre important de réfugiés. Chaque migration possède au moins un volet politique et économique interagissant différemment selon les cas. Wood (1994) distingue trois grands groupes de causes aux migrations forcées:

1) une instabilité politique, une guerre, des persécutions;

2) une crise économique et écologique menaçantes;

3) des conflits ethniques, religieux, tribaux.

Ainsi, des perspectives théoriques différentes destinées à agir en aval et en amont des tragédies humaines que créent ces crises, nous en retenons trois (3) pour tenter d'expliquer la migration sous contrainte. Nous retrouvons la théorie de l'ethno-réaliste, l'approche intégrée de l'UNHCR et l'approche sociologique.

A. Approche sociologique

Depuis fort longtemps, on a expliqué la migration par les facteurs économiques. Mais aujourd'hui plus que par le passé, on assiste à une sorte de migration que les théories économiques ne peuvent expliquer. En effet, le besoin d'échapper à des situations où la vie est menacée et la recherche d'un meilleur climat sont des facteurs que les théories économiques ont souvent ignorés. Ainsi, la reconnaissance d'un plus grand nombre de facteurs d'explication de la décision de migrer est à la base de l'approche d'Everett Lee.

Selon Everett Lee (1978), la migration est causée à la fois par des facteurs positifs qui caractérisent les aires possibles de destination et par des facteurs négatifs aux lieux d'origine ou de résidence actuelle. Ainsi, aussi bien la zone de départ que la zone d'arrivée est caractérisée par un ensemble de forces d'attraction ou de rétention et de forces de répulsion. Everett Lee postule que la migration devient plus probable si la différence perçue dans les forces d'attraction nette (facteurs positifs moins facteurs négatifs) des lieux d'origine et de destination est grande. Il souligne que les migrants qui répondent avant tout aux facteurs attractifs du lieu de destination, tendent à être positivement sélectionnés, que ce soit selon l'âge, l'instruction, la qualification ou les motivations, alors que ceux qui répondent à des facteurs négatifs du lieu de départ tendent à être sélectionnés négativement. De plus, les premiers sont plus enclins à migrer volontairement que les seconds. Dans le même sens que

d'Everett Lee, Samuel Stouffer (1940, 1960) suggère que la migration est fonction de l'attractivité relative perçue des zones d'origine et de destination et que les flux des migrants sont conditionnés par l'existence d'opportunités et d'obstacles.

Cette approche, en tenant en compte du fait que la migration n'est souvent pas volontaire pose déjà les jalons d'une explication de la migration forcée. Mais elle ne décrit cependant pas les facteurs qui poussent des personnes à quitter leurs milieux de résidence habituelle et à y retourner après un séjour dans un milieu d'accueil.

B. Approche ethno-réaliste

Elle se base sur la peur et le dilemme de sécurité pour expliquer le déplacement forcé.

1) Peur et conflits ethniques

Les ethno-réalistes mettent l'accent sur l'importance de la crainte (de l'autre) dans les conflits ethniques. Selon David Lake (1998), deux types de craintes sont identifiables: la crainte pour sa vie, pour son intégrité physique. Cette crainte est d'autant plus justifiée si un groupe minoritaire est l'objet d'une discrimination et de violation de ses droits et surtout si la compatibilité avec l'autre groupe est plus ou moins évidente, si les dissemblances sont trop grandes entre les deux groupes15. Cette crainte peut être accentuée par une situation anarchique. Lorsque l'Etat ne peut plus intervenir pour imposer l'ordre entre les ethnies. Le pouvoir devient diffus en raison de la multiplicité des groupes, de la faiblesse du gouvernement central et du rôle de plus en plus important que prennent les alliances. Cette diffusion du pouvoir rend difficile l'identification des mécanismes représentatifs au sein de la population et rend plus difficile encore la manière de saisir les structures décisionnelles16. Selon Lake David (1998), l'anarchie peut non seulement découler d'un manque de moyens, et donc de l'éclatement des structures, mais peut être provoqué par l'absence de volonté d'un État de faire respecter l'ordre, notamment lorsque cela profite à son groupe ethnique. Les tensions

15 LAKE David A. / ROTCHILD Donald Spreading Fear: « The Genesis of Transnational Ethnic Conflict » in LAKE David A. / ROTCHILD Donald (eds.) The International Spread of Ethnic Conflict: Fear, Diffusion, and Escalation, Princeton, N.J., Princeton University Press, 1998, p.8.

16 Ibiden, p. 12.

ethniques génèrent donc une peur qui est accentuée par une situation anarchique. Cela nous mène au concept de dilemme de sécurité.

2) Dilemme sécuritaire et conflits ethniques

Il importe de signaler que la théorie de la peur était destinée au départ à l'étude des relations internationales. Ainsi, il est utile, avant d'étudier le dilemme de sécurité dans les conflits ethniques, de saisir comment une théorie destinée à l'étude des relations internationales peut s'appliquer à une échelle plus restreinte. Un des concepts fondamentaux des réalistes pour expliquer, voire prédire l'éclatement des conflits est le dilemme de sécurité. Ce concept est une constante à l'intérieur des différentes variantes théoriques réalistes. Toutefois, même si la logique reste sensiblement la même, les acteurs impliqués ont changé lors du passage à l'ethnoréalisme. Ce qui revient à dire que les acteurs principaux sont désormais les groupes ethniques. Cette adaptation est indispensable puisque les États ne peuvent être considérés comme unité de base dans les conflits ethniques puisque ce sont les groupes ethniques qui déterminent et contrôlent l'environnement politique.

Le dilemme de sécurité apparaît lorsque les acteurs évoluent dans un système anarchique. Posen (1993) applique le dilemme de sécurité aux conflits ethniques en partant de la prémisse que la logique d'effondrement de l'Etat et/ou de sa restructuration a souvent comme conséquence que les groupes ethniques doivent assurer leur survie par leurs propres moyens17. Ces groupes ne font plus confiance à quiconque pour protéger leurs intérêts. La méfiance mène au dilemme de sécurité. Inquiets pour leur survie, ces groupes amorcent une logique qui les mène à une confrontation avec les autres groupes ethniques. Selon Posen (1993) quatre causes principales expliquent le degré de sévérité du dilemme de sécurité dans les conflits ethniques:

> La difficulté de différencier entre les capacités offensives et défensives des groupes ;

> L'avantage de l'offensive sur la défensive.

> La difficulté de faire la différence entre la consolidation d'un État, en fonction d'une identité ethnique, d'avec la création d'une force militaire plus efficace.

17

Posen, Barry, R., « The Security Dilemma and Ethnic Conflict », in Ethnic Conflict and International Security, Princeton, N.J., Princeton University Press, 1993, p.103.

> Lors de l'effondrement d'un État multi-ethnique, la perception de l'autre est souvent plus sensible: le comportement des autres groupes peut facilement mener à une interprétation inquiétante.

En somme, le dilemme de sécurité dans les conflits ethniques démontre comment la crainte de l'autre peut mener à la violence. Les quatre points mentionnés précédemment peuvent exacerber la crainte des groupes et provoquer des attaques préventives (déclenchement d'une guerre, «nettoyage ethnique», etc).Voulant préserver leur sécurité et craignant pour leur avenir collectif, les groupes ethniques n'ont d'autres mesures que de s'en prendre à l'autre afin d'étouffer la menace (réelle ou non).

3) Solutions ethno-réalistes

Ce qui ressort de cette étude des conflits ethniques selon les ethno-réalistes, c'est l'apparition ou l'exacerbation du sentiment d'insécurité. Celui-ci est au coeur d'un concept déterminant chez les réalistes pour expliquer les conflits: le dilemme de sécurité. Il est indispensable pour saisir l'éclatement du conflit mais peut aussi expliquer l'échec des mesures utilisées dans le cadre des missions de consolidation de la paix.

Ainsi, Kaufmann (1996) met l'accent sur le rôle central que joue le dilemme de sécurité dans les conflits ethniques. Selon lui, le dilemme de sécurité représente l'écueil principal à la résolution, à long terme, des conflits ethniques. Selon lui, les conflits ethniques approfondissent les divisions entre les groupes. Ceci est le cas dans tous les types de conflits, cependant dans le cas des conflits ethniques, la proximité des belligérants voire l'interpénétration géographique des groupes rend la situation beaucoup plus explosive. Ainsi, puisque les guerres ethniques fortifient les identités ethniques et exacerbent le dilemme de sécurité, la seule solution viable possible réside dans la séparation des différents groupes. Restaurer la société civile suite à un conflit ethnique est impossible puisque celui-ci détruit les possibilités de coopération.

Les ethno-réalistes, en étudiant le rôle du dilemme de sécurité dans les conflits ethniques, expliquent non seulement la logique qui mène au conflit, mais ils identifient également ce qui peut provoquer la faillite des missions de consolidation de la paix. Les

considérations théoriques des ethno-réalistes, notamment sur le rôle de la peur et du dilemme de sécurité dans les conflits ethniques, peuvent être utiles pour juger de la pertinence de certaines mesures prises dans le cadre des missions de consolidation de la paix.

Par ailleurs, les ethno-réalistes offrent une solution lorsque les missions de paix échouent. Selon eux, la communauté internationale devrait proposer une séparation avant qu'elle ne se fasse de façon violente par la guerre. Il s'agit donc d'éviter l'escalade découlant du dilemme de sécurité. Ainsi, même si l'intervention humanitaire destinée à sécuriser les gens dans des conditions de guerre ethnique est possible, la communauté internationale doit être prête à reconnaître que certains États ne peuvent être restaurés et que la seule solution possible réside dans la séparation des groupes ethniques.

Dans le cas des réfugiés en Bosnie et des accords de Dayton, on peut avancer que dans une perspective ethno-réaliste, il aurait été préférable de ne pas prôner une politique du retour menant à une situation identique à celle qui avait cours avant le déclenchement des hostilités.

Il était certes nécessaire de mettre fin à leur statut de réfugié mais en respectant l'importance du dilemme de sécurité. Il importe donc de les ramener mais de façon à séparer les groupes ethniques afin d'éviter de réalimenter le dilemme de sécurité.

Évidemment de telles solutions amènent également des questions tant éthiques que pratiques. Est-il normal de déplacer ces personnes? Quand est-il pertinent de le faire? Qui a l'autorité de prendre une telle décision? Quels groupes déplacer? Les populations visées vontelles accepter leur déplacement? Par ailleurs, peut-on déraciner des groupes entiers de personnes sans traumatismes? Dans le cas des réfugiés, on peut se demander s'ils peuvent accepter d'être dépaysés une fois de plus?

En somme, non seulement l'approche théorique ethno-réaliste comporte son lot d'inconvénients mais elle n'est pas, à l'instar de tous les discours théoriques, applicable en absolu sur le terrain.

C. Nouvelle approche intégrée du Haut Commissariat pour les Réfugiés

Les organisations des réfugiés et d'assistance reconnaissent aujourd'hui qu'elles agissent parfois sans succès. La reconnaissance de cette situation combinée à l'inquiétude grandissant des pays industrialisés devant le nombre croissant de demandeurs d'asile venus des régions moins développées du monde, a contribué à faire prendre conscience à la communauté internationale qu'elle ne maîtrisait plus le problème global des réfugiés. Dans le même temps, de nouveaux déplacements de populations se produisent, pour lesquels aucune des solutions traditionnelles ne semble appropriée. Ainsi, que va-t-il advenir aux Croates déplacés dont les terres et les maisons ont été occupées par les Serbes? Quelle solution s'offrira au nombre croissant de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays? Pourront-elles finalement regagner les communautés qu'elles ont quittées, ou faudra-t-il trouver d'autres solutions pour elles18?

Parallèlement, les pays les moins développés qui accueillent un nombre important des réfugiés et qui sont le plus sérieusement touchés se trouvent confrontés à la stagnation ou au déclin de l'économie, à la démographie galopante, à la dégradation de l'environnement, à la compétition pour la terre et l'emploi et à l'aggravation des tensions sociales. Ainsi, les gouvernements se montrent désormais plus attentifs aux liens qui existent entre les diverses questions de sécurité et reconnaissent qu'il est nécessaire de les traiter de manière intégrée.

Ces forces de changement ont imposé et permis à la communauté internationale d'élaborer de nouvelles stratégies en matière de recherche de solutions aux problèmes des réfugiés. Le principe fondamental de cette nouvelle orientation repose sur le fait que les mouvements des réfugiés ou des IDPs peuvent être évités par des actions visant à réduire ou à supprimer les menaces qui contraignent les personnes à quitter leur propre pays ou résidence habituelle pour chercher refuge ailleurs. Cette approche qui consiste à aller au devant des solutions repose aussi sur l'idée que les mouvements de réfugiés et les déplacements de population peuvent être empêchés, maîtrisés ou gérés lorsque les actions de préventions ont fait faillite. Ainsi, une intervention militaire visant à prévenir les violations des droits de l'homme peut empêcher la fuite de personnes dont la sécurité a été menacée et rendre leur retour possible. Lorsque le déplacement est provoqué par un conflit armé qui a perturbé gravement

18 UNHCR, Les réfugiés dans le monde: en quête de solutions, La découverte, Paris (France), 1995, p.35.

l'économie, l'apport de secours et d'une aide à la reconstruction aux personnes restées sur place peut leur permettre de ne plus bouger. Et des actions destinées à établir une présence internationale dans un pays d'origine et à veiller au respect des droits de l'homme sont susceptibles d'encourager un nombre important d'exilés à rentrer chez eux. Ces stratégies ont été mises en oeuvre avec succès au cours des cinq dernières années en Iraq, en Somalie et au Tadjikistan19. Dans ce sens, l'UNHCR a lancé au début de l'année 1990 des projets à impacts rapide destinés à reconstruire les infrastructures endommagées, à réhabiliter les équipements publics et à redonner vie à l'activité économique locale dans des régions où des rapatriés s'étaient installés.

L'orientation qui commence à émerger au sein de la communauté internationale concernant la solution à apporter aux problèmes des réfugiés et autres personnes contraintes à quitter leur lieu de résidence pourrait épargner à des millions de personnes le traumatisme et les souffrances de l'exil, et donner à des millions d'autres la possibilité de reprendre une vie stable dans leur propre pays. Elle pourrait aussi contribuer à apaiser certaines tensions sociales et politiques qui risquent de surgir lorsqu'un nombre important de personnes est contraint d'abandonner leur foyer et de rechercher refuge ailleurs.

En somme, on peut retenir que l'approche ethno-réaliste et la nouvelle approche de l'UNHCR sont complémentaires. En effet, contrairement à la théorie du réalisme qui met en exergue les causes du déplacement forcé, la nouvelle approche de l'UNHCR cherche de solutions pouvant freiner les déplacements ou favoriser le retour des personnes qui ont déjà quitté leurs pays ou leurs milieux d'origine pour trouver refuge ailleurs.

2.1.2. Déterminants du retour de la migration forcée: une revue de littérature

Il ne suffit pas de décider que la majorité des réfugiés et/ou des IDPs doivent retourner au pays ou dans leurs milieux d'origine. Il faut aussi tenir compte de contraintes diverses qui peuvent retarder ou empêcher ce retour dans de bonnes conditions. La question de l'accueil soulève donc celle du retour. Les retours sont toujours des opérations difficiles, tout comme la migration de refuge. Car le départ n'a été effectué qu'à cause de contraintes importantes,

19 UNHCR, Op Cit, p.44.

menaçant la vie des réfugiés et/ou des IDPs. Ainsi, dans quel environnement ceux-ci vont-ils pouvoir se réinstaller? Les menaces qui ont amené la migration ont-elles disparues? Les réfugiés et/ou les IDPs vont-ils retrouver leurs terres, leurs biens, leurs fonctions sociales?

a) Caractéristiques individuelles

Tous les réfugiés et/ou IDPs n'ont pas les mêmes objectifs individuels et les mêmes raisons de retourner. Ainsi sur la question du retour des réfugiés, l'Organisation Internationale des Migrations (OIM) basée à Genève a réalisé pour la première fois en 1997 une vaste étude sur les réfugiés bosniaques vivant en Suisse et en Belgique afin d'analyser les raisons qui pourraient les pousser à retourner en Bosnie. On a ainsi pu constater que les trois quart des Bosniaques ne souhaitaient pas retourner dans leur village ou région d'origine soit par ce qu'ils étaient issus de mariage mixte donc craignaient pour leur sécurité personnelle, soit parce qu'ils n'avaient aucune formation scolaire ou professionnelle qui leur permettaient de trouver un emploi rapidement, soit parce qu'ils ne ressentaient pas de fibre patriotique particulière. Certains pays comme la Suisse, l'Allemagne et l'Autriche ont mis en place des programmes d'aide financière aux réfugiés bosniaques qui accepteraient de retourner en Bosnie. Mais ces programmes ont été un échec dans la mesure où c'est l'emploi, la sécurité, le logement et les perspectives professionnelles qui sont des facteurs déterminants au départ. Le retour de ces réfugiés bosniaques est donc conditionné par ces questions. Ainsi, avant d'envisager le retour de ces réfugiés, il fallait d'abord songer à résoudre les problèmes qui ont poussé ces personnes à quitter leur pays.

Dans le cadre de la migration volontaire, les tenants des théories économiques postulent que les individus réagissent à des incitations économiques et considèrent le revenu issu de l'emploi d'une région donnée comme la principale variable pouvant mesurer le rendement économique de la migration. Pour eux, une région où le revenu moyen est élevé attire les migrants tandis que celle où le revenu est faible les repousse. Ils arrivent à la conclusion que les régions à fort taux de chômage auront un taux de migration négatif (M-F. Martin, 2004). Certains migrants retournent dans leur milieu d'origine en fonction de leur facilité d'insertion économique au retour.

Selon le CERE (1999), l'intégration des réfugiés et/ou des IDPs est un processus dynamique et réciproque. Il s'inscrit dans le long terme et est de nature multidimensionnelle. L'emploi est un facteur essentiel du processus d'intégration. De ce fait, ne pas pouvoir accéder à l'emploi pendant la période initiale d'arrivée dans le pays d'accueil constitue un obstacle à l'intégration à long terme des réfugiés, de même que, le non accès aux services de santé et de logement. Dans ce sens, Housseaux et al (2005), étudient l'intégration des migrants à la société française. Dans leurs analyses, ils croisent les caractéristiques sociodémographiques des migrants et les parcours professionnels de ces derniers. Ceci leur permet de mettre en évidence cinq groupes d'individus pour lesquels l'activité est discriminante. Même si leurs analysent portent sur un échantillon de migrants volontaires qui inscrivent leur décision de migrer dans le cadre général de la théorie néoclassique de maximisation de l'utilité, elles peuvent également s'appliquer aux réfugiés et/ou IDPs avec la différence que ces derniers n'ont pas contrairement aux premiers, le choix de la décision et de la date et doivent la plupart du temps partir malgré eux pour sauver leur vie. Dans ce contexte, lorsqu'ils arrivent dans le milieu d'accueil, ils sont obligés de développer des stratégies de survie alors que pour certains, les caractéristiques sociodémographiques ne les prédisposent guère à une meilleure et rapide intégration. C'est en cela que Cretieneau (2003) montre quelles stratégies de survie peuvent ainsi produire «des économies de subsistance modernes, où se développent l'économie et la finance informelle» dans un contexte où la dimension culturelle prend une place fondamentale et la solidarité communautaire est forte. Si les migrants forcés en général s'insèrent à travers des stratégies de survie, les moins nantis d'entre eux en termes de niveaux d'instruction et de qualifications initiales auront beaucoup plus de mal à s'insérer.

b) Milieux d'origine et d'accueil

Le retour des réfugiés et/ou des IDPs est conditionné par l'amélioration des conditions qui ont présidé au départ des migrants forcés. Le cas des IDPs et réfugiés bosniaques demeure un exemple illustratif. En effet, Frédéric Crété (2001), conseiller militaire auprès du chef de mission de l'UNHCR en Bosnie-Herzégovine déclarait qu'en comparant les chiffres relatifs au retour des IDPs de l'année 2000 à ceux des années précédentes, il en ressort que le taux de retour des IDPs augmente chaque année. Selon Frédéric Crété, ceci est dû en grande partie à l'amélioration des conditions de sécurité et de liberté de mouvement. Un groupe particulier des IDPs a modifié le paysage de la Bosnie-Herzégovine depuis deux années: ceux que l'on appelle

les "retours minoritaires". Ces personnes reviennent vivre dans une région où elles constituent désormais des minorités "ethniques", ce qui n'était pas le cas avant la guerre. La sécurité, l'accès aux soins médicaux, à l'emploi et l'école pour les enfants, sont les questions principales pour ce groupe de personnes. En 2000, il y a eu 67 000 retours minoritaires contre seulement 41 000 en 1999, ce qui représente une augmentation de 60,0%.

La Commission de repossession des biens immobiliers (Commission for Real Property Claims, CRPC) a aussi aidé à renforcer le plan de mise en oeuvre des lois sur la propriété (Property Legislation Implementation Plan, PLIP). "Ce plan a aidé les réfugiés et les IDPs à réintégrer leur habitation d'avant guerre," explique Frédéric Crété. En coopération avec ses partenaires, l'UNHCR rassure les réfugiés et les IDPs propriétaires que toute l'assistance possible leur sera fournie pour qu'ils retrouvent leur ancienne habitation. Ceci a été un facteur déterminant dans l'accroissement des retours en 2000, confirme le conseiller militaire de l'UNHCR.

Le plan hivernal de l'UNHCR a également contribué à faciliter les retours. Durant cette saison, les personnes vulnérables reçoivent les éléments nécessaires à leur vie quotidienne. Les malades, les personnes âgées, les orphelins et les femmes seules vivant dans des zones rurales reculées bénéficient de ce programme d'aide. Ainsi, le plan hivernal comporte-t-il la réparation de 365 maisons et la distribution de 330 kilos de farine, 60 000 litres d'huile de cuisine, 5 500 lits, 6 600 matelas, 21 000 couvertures, 4 500 cuisinières et 55 000 mètres carrés de bâches de plastique.

Les obstacles au retour ou à la réinstallation des déplacés internes et/ou des réfugiés restent nombreux. La cohabitation entre communautés d'ethnies différentes est loin d'être acquise dans de nombreux endroits, et l'idée a été émise de promouvoir des pactes d'accords entre ces groupes. Les champs et les maisons de IDPs sont souvent détruis par les forces armées et l'absence de structures (éducatives, sanitaires, etc.) dans les zones de retour ou de réinstallation sont des facteurs déterminants au refus de retour. Selon Amnesty International (2007), le nombre des retours des IDPs au Kosovo (Bosnie) s'inscrivant dans la durée continue d'être très faible. Bien qu'il existe des structures pour faciliter les retours, et malgré le rôle joué par les organisations internationales, la complexité des procédures, le manque de perspectives économiques, les difficultés associées à la liberté de circulation et les préoccupations en

matière de sécurité sont les raisons qui ont été mentionnées pour expliquer le faible nombre de retours.

Renaud et al (2003), montrent que le processus d'insertion économique est beaucoup plus complexe. Pour ce faire, ils avancent trois hypothèses dont la première rejoint les thèses de stratégies de survie de Crétieneau (2003) ou de «contournement devant les difficultés» tandis que la deuxième s'intègre dans le contexte de constitution de réseaux sociaux. Les réseaux sociaux permettent aux migrants de se socialiser au marché du travail en faisant l'apprentissage des coutumes et cultures du milieu d'accueil. Si les migrants forcés font des efforts pour s'intégrer à la société d'accueil, ils ne peuvent réussir rapidement une bonne intégration sans de bonnes politiques d'accueil, d'assistance et d'aide à l'intégration.

2.1.3. Vue d'ensemble

La revue de la littérature sur la migration forcée montre que parmi les facteurs individuels qui influencent le retour du migrant forcé, la formation et donc l'éducation qui permet l'accès à un travail rémunéré reste déterminant. De même, l'amélioration des conditions de vie dans le milieu d'origine du migrant forcé reste prépondérante. En fait, il s'agit prioritairement du rétablissement de la sécurité et de la reconstruction des infrastructures endommagées au moment du départ. Concernant les facteurs économiques, l'emploi donc l'activité économique, est la principale variable qui influence la décision de retour du migrant forcé. En fait, les individus sont plus disposés à retourner lorsque les structures d'accueil (de santé, d'éducation et de logement) sont rétablies dans les milieux d'origine du migrant forcé.

2.2. Hypothèse principale et cadre conceptuel

A la lumière de la revue de littérature, nous postulons que les contextes du milieu d'origine et du milieu d'accueil influencent directement les intentions des IDPs de retourner dans leurs villages d'origine ou par l'intermédiaire de leurs caractéristiques individuelles. Il découle de cette hypothèse le schéma conceptuel suivant:

Figure 2.1: Schéma conceptuel de l'intention de retour des IDPs.

Contexte du
milieu d'origine

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Intention de
retourner au
village d'origine

 
 
 
 
 

Contexte du
milieu d'accueil

Notre schéma conceptuel montre que les contextes du milieu d'origine et du milieu d'accueil influencent directement sur les intentions de retour ou à travers les caractéristiques individuelles des IDPs qui déterminent ensuite leurs intentions de retour dans leurs villages d'origine. En effet, l'environnement dans lequel vivaient les IDPs ainsi que celui où elles vivent actuellement affectent leurs activités, ce qui influence leurs intentions de retour. Ces contextes peuvent directement influencer intentions de retourner dans son village d'origine. Par exemple, il est difficile de vivre dans un milieu où il y a l'insécurité.

Mais en général, la littérature montre que lorsque les conditions de vie sont améliorées dans les milieux d'origine, les intentions sont favorables au retour. Dans ce cas, il s'agit d'un retour librement consenti ou volontaire. Mais il peut arriver que pour des raisons politiques, des IDPs soient forcés à retourner dans leurs villages d'origine. Il s'agit d'un retour forcé qui s'opère généralement contre le gré des IDPs puisque les problèmes qui sont à l'origine de leurs départs n'ont pas été résolus.

2.3. Définition des concepts

Les concepts à définir dans le cadre de notre étude sont les suivants: le contexte du milieu d'origine et du milieu d'accueil et les caractéristiques individuelles. Les dimensions ainsi que les indicateurs de ces concepts sont rassemblés dans le tableau suivant :

2.3.1. Contexte du milieu d'origine

Nous entendons par contexte du milieu d'origine, l'environnement dans lequel vivaient les IDPs avant leur fuite ainsi que l'ensemble des évènements qui ont été à l'origine de leur départ et des conditions de leur départ. Les évènements ayant présidé au départ des IDPs seront appréhendés à travers les causes de leur déplacement. Quant aux conditions du départ, elles seront saisies à travers la perte des biens.

2.3.2. Contexte du milieu d'accueil

Nous définissons le contexte du milieu d'accueil comme étant l'environnement dans lequel vivent les IDPs et leurs conditions de vie. Les conditions de vie des IDPs dans le milieu d'accueil seront appréhendées à travers l'accès à l'eau potable et de la possession de terre cultivable dans le site.

2.3.3. Caractéristiques individuelles

Il s'agit des caractéristiques d'identification sociale, des caractéristiques socioéconomiques et démographiques des IDPs. Une personne déplacée est identifiée sur le plan social par son ethnie. Ses caractéristiques socioéconomiques sont saisies à travers son activité économique et son niveau d'instruction. Ses caractéristiques démographiques sont saisies à travers son âge, son état matrimonial et son statut dans le ménage.

Tableau 2.1: Synthèse des définitions des concepts

Concepts

Dimensions

Indicateurs

Contexte du

Evènements à l'origine du départ

Causes du déplacement

milieu d'origine

Conditions de départ

- Perte de biens

Contexte du

Conditions de vie

- Accès à l'eau potable

milieu d'accueil

 

- Possession de terre cultivable

Caractéristiques

Sociale

Ethnie

individuelles

 

- Age

 

Démographique

- Sexe

 
 

- Etat matrimonial

 
 

- Statut dans le ménage

 

Socioéconomique

- Activité économique

 
 

- Niveau d'instruction

 

2.4. Hypothèses spécifiques et variables d'analyse 2.4.1. Hypothèses spécifiques

De façon spécifique, nous postulons que:

> H1 : Les IDPs marié(e)s ont plus de chance de manifester le désir de retourner dans leurs villages d'origine que les IDPs célibataires.

> H2 : Les IDPs exerçant dans l'agriculture ont plus de chance de manifester le désir de retourner dans leurs villages d'origine que les IDPs sans emploi.

> H3 : Les personnes déplacées de sexe masculin ont une propension plus grande à manifester le désir de retourner dans leurs villages d'origine que celles de sexe féminin.

> H4 : Les IDPs ayant accès à l'eau potable dans le milieu d'accueil ont plus de chance de ne pas manifester le désir de retourner dans leur village d'origine que celles qui n'ont pas accès.

> H5 : Les IDPs qui ont reçu un lopin de terre cultivable ont moins de chance d'exprimer le désir de retourner dans leurs villages d'origine que celles n'ayant pas reçu.

> H6 : Les IDPs ayant perdu leurs biens pendant la fuite ont moins de chance d'exprimer le désir de retourner dans leurs villages d'origine que celles qui n'ont rien perdu.

2.4.2. Variables d'analyse de l'étude

a) Variable dépendante

La variable à expliquer est « A l'intention de retourner au village d'origine ». Elle prend la valeur 0 si la personne déplacée a l'intention de retourner dans son village d'origine et 1 si elle n'a pas l'intention. Il s'agit du projet personnel de chaque IDP par rapport à son retour dans son village d'origine. Cette variable a été directement saisie pendant l'enquête grâce à la question posée à chaque IDP sur son intention de retourner dans son village d'origine. Cette question a permis de classer les IDPs en deux catégories: ceux qui sont favorables au retour dans leurs villages d'origine et ceux qui ne le sont pas.

b) Variables indépendantes

Les variables indépendantes sont celles qui rendent compte des conditions de vie dans le milieu d'accueil et des conditions et évènements ayant présidé au départ des IDPs de leurs villages d'origine. Concernant les conditions de vie dans le milieu d'accueil, les variables retenues dans l'analyse sont : accès à l'eau potable et possession de terre cultivable. En ce qui concerne les conditions et les évènements ayant présidé au départ de l'IDP, il s'agit des causes du déplacement des IDPs et de la perte des biens au moment du départ.

Pour ce qui est des caractéristiques individuelles, cette étude retient l'ethnie, l'âge, le sexe, le niveau d'instruction, l'activité économique, l'état matrimonial et le statut des IDPs dans le ménage.

Figure 2.2: Schéma d'analyse de l'étude

Causes du

 

Perte de

 

Accès à

 

Possession de

déplaceme

 

biens

 

l'eau potable

 

terre cultivable

Etat
matrimonial

Statut dans
le ménage

A l'intention de
retourner dans son
village d'origine

Niveau
d'instruction

Activité
économique

Synthèse partielle

En parcourant les littératures sur la migration forcée, nous pouvons noter que les individus ou groupes d'individus sont forcés à quitter leurs pays ou milieu d'origine suite à des situations qui menacent leur survie. La théorie ethno-réaliste fait donc état de la peur et du dilemme de sécurité pour expliquer ce type de migration. En cherchant des solutions durables à ce type de migration, de l'UNHCR met en place une approche intégrée qui permet d'intervenir en amont et en aval des problèmes du déplacement forcé.

De ces deux théories, il en découle que les caractéristiques individuelles du migrant forcé, ses milieux de départ et d'accueil sont les déterminants de la migration forcée. L'approche ethno-réaliste et l'approche de l'UNHCR reconnaissent le rôle des facteurs économiques dans la décision de retour du migrant forcé et expliquent que la décision du retour volontaire est prise compte tenu des situations qui ont poussé les migrants forcés à quitter leurs milieux d'origine. La revue de la littérature présente l'activité économique et la sécurité comme des facteurs associés à la décision de retour du migrant forcé.

CHAPITRE III: ASPECTS METHODOLOGIQUES

Après avoir exploré le champ de notre étude, nous présentons dans ce chapitre les aspects pouvant conduire directement à l'analyse de données. Ainsi, ce chapitre a pour objectif de présenter d'abord la source et la méthodologie de la collecte de données; d'évaluer la qualité de ces données et de présenter enfin la méthodologie d'analyse statistique.

3.1. Source de données et méthodologie de collecte de données

Cette partie présente la source de données utilisées dans l'analyse et la méthodologie utilisée pour collecter ces données sur le terrain.

3.1.1. Source de données

Pour notre analyse, nous utilisons les données de l'enquête auprès des IDPs à l'Est du Tchad réalisée par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR) avec l'appui du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) et l'assistance de l'Institut de Formation et de Recherche Démographiques (IFORD) en avril 2007. Cette enquête avait pour objectifs de:

> Estimer le nombre des IDPs dans cette partie du Tchad touchée par l'insécurité ;

> Déterminer les caractéristiques sociodémographiques des IDPs ;

> Déterminer les lieux d'origine et les facteurs à l'origine des déplacements des IDPs ;

> Cerner les conditions de vie des IDPs depuis l'installation dans les sites afin de disposer des indicateurs nécessaires pour évaluer les besoins en protection et assistance des IDPs

> Analyser la vie communautaire des IDPs et les rapports qui existent entre eux et les populations hôtes

> Apprécier les intentions de retour dans les villages d'origine et leurs motivations ainsi

que les conditionnalités pour encourager les IDPs qui n'envisagent pas le retour.

3.1.2. Méthodologie de collecte de données

Cette section présente la méthodologie de la collecte de données pour l'enquête auprès des IDPs à l'Est du Tchad. Elle décrit le champ et la population cible de l'enquête, les documents techniques, le plan de sondage et le dénombrement.

a) Champ de l'étude et la population cible

Compte tenu des besoins émis par les organisations humanitaires intervenant à l'Est du Tchad, la population concernée par l'étude était l'ensemble des IDPs, sans distinction de sexe, d'âge et de statut social installées dans les sites spontanés. Mais compte tenu des difficultés d'ordre technique, ce sont donc les IDPs de deux sexes âgées de 15 ans et plus qui ont été retenus pour fournir des informations.

b) Elaboration des documents techniques

Pour collecter les informations auprès des ménages et des individus, la mission chargée de l'enquête a élaboré trois types d'outils de collecte:

1. Une fiche de dénombrement adressée à chaque chef de ménage;

2. Un questionnaire individuel adressé aux adultes sélectionnés dans les ménages;

3. Une grille d'entretien adressée aux chefs de villages et/ou témoins privilégiés pour chaque site pour avoir des données d'ordre communautaire.

En ce qui concerne le dénombrement des ménages, trois fiches récapitulatives ont été élaborées pour permettre aux enquêteurs, aux contrôleurs et aux superviseurs de faire le point chaque jour sur les statistiques préliminaires (nombre de ménages, effectif de la population, nombre des ménages présentant des cas d'handicap).

c) Dénombrement et plan de sondage

c1. Dénombrement

L'opération de collecte était un dénombrement couplé d'une enquête. Dans la première phase, l'ensemble des ménages des sites retenus a été systématiquement dénombré. Ce dénombrement visait à obtenir une bonne estimation des IDPs résidant dans chaque site retenu et de disposer d'une liste des ménages dans chaque site. C'est cette liste des ménages qui a donc servi de base de sondage pour le tirage de l'échantillon des unités primaires (ménages) à l'intérieur desquelles des unités secondaires (individus) sont sélectionnées pour l'enquête individuelle.

Pour ce dénombrement, douze sites ont été sélectionnés (suivant un choix raisonné) et systématiquement dénombrés. Il s'agit de cinq sites dans la zone de Goz Beida (Gassiré, Gouroukoun, Kerfi, Koloma et Koubigou), deux dans la zone de Koukou Angarana (Aradib, Habile I, II et III), quatre dans la zone de Farchana-Arkoum (Alacha, Goudiang, Goz Bagar et Goungour) et enfin un site dans la zone d'Abdi (Abdi).

c2. Plan de sondage

Le plan de sondage utilisé est celui d'un sondage stratifié à deux degrés. Pour garantir la représentativité de l'échantillon, la sélection des unités statistiques a pris en compte la représentativité des sites où sont installés les IDPs. Chaque site retenu (12 sites au total) constitue une strate à l'intérieur de laquelle on a tiré les ménages (proportionnellement à sa taille). Ensuite, les individus à enquêter sont tirés dans ces ménages.

> Tirage des ménages

A la fin du dénombrement d'un site, une base de sondage du site est rapidement constituée à partir du logiciel Excel. A partir de la fiche de dénombrement, le numéro du jeton du ménage, le sexe du chef de ménage et la taille du ménage sont saisis. En fait, le tirage des ménages (grappes) était à probabilités inégales (proportionnellement à leurs tailles). En effet, le sondage aléatoire simple à probabilité inégale a été utilisé pour tirer les ménages.

> Tirage des Individus à interviewer

Au sein des 2.500 ménages tirés au premier degré, 2.500 adultes chefs de ménage sont automatiquement tirés. A ceux-ci, on a ajouté par tirage environ 1.500 adultes, soit un effectif total de 4.000 personnes à enquêter. C'est auprès de ces individus que le questionnaire individuel a été administré. Ainsi, les individus à enquêter dans les ménages échantillonnés sont, d'une part, les chefs de ceux-ci, et d'autre part, les adultes âgés de 15 ans ou plus de ces ménages qui n'avaient pas le statut de chef de ménage. Il s'agissait souvent des époux (ses) des chefs de ménage, de leurs enfants, frères/soeurs ou de toute autre personne apparentée ou non au chef de ménage selon le cas. La table des nombres au hasard a été utilisée sur le terrain dans les ménages où il y avait plus d'un adulte de 15 ans ou plus qui n'avaient pas le statut de chef de ménage afin de sélectionner de manière aléatoire celui d'entre eux qui devait être interrogé. Le tirage des individus est fait à probabilité inégale c'est-à-dire que la probabilité d'un individu de 15 ans ou plus (qui n'est pas chef de ménage) d'être tiré varie suivant la taille du ménage dans lequel il se trouve. Si dans un ménage il y a n adultes âgés de 15 ans ou plus en dehors du

chef de ménage, ces adultes avaient la probabilité 1

n

d'être interrogés. Ainsi, sur les 4000

personnes à enquêter initialement prévues (ces personnes devaient être sélectionnées dans 12 sites), 3994 personnes ont été effectivement interrogées. La répartition de ces personnes interrogées selon les sites est la suivante:

N° du site Nom du site Effectifs

10 Koloma 269

11 Koubigou 285

12 Boundjang 55

3 Goungour 210

2 Alacha 166

4 Goz Bagar 362

5 Kerfi 102

6 Aradib 348

7 Gassiré 481

8 Gouroukoun 409

9 Habile 1160

1 Abdi 147

Total

3994

Pourcentage

100,00

29,04

12,04

10,24

4,16

2,55

3,68

5,26

9,06

6,74

7,14

8,71

1,38

Tableau 3.1: Répartition des IDPs enquêtées selon les sites

Ainsi, compte tenu de nos objectifs, nous utilisons le questionnaire individuel (en annexe 1) qui a recueilli les informations sur les intentions de retour des IDPs à l'Est du Tchad. Ce sont donc ces informations qui seront analysées dans la présente étude.

3.2. Evaluation de la qualité des données

Pour évaluer la qualité des données recueillies, nous nous limiterons à calculer les taux de non réponses de chaque variable retenue pour l'analyse et à évaluer les données sur l'âge en utilisant la pyramide des IDPs et en calculant les indices de WHIPPLE, de MYERS et de BACHI compte tenu des limites de chaque technique d'évaluation.

3.2.1. Taux de réponses des variables

D'une manière générale, on peut dire que le taux de réponses des variables est bon car ce taux est en moyenne de 98,7% pour un taux moyen de non réponses de 1,3% comme l'indique le tableau 3.3. Mais en regardant les variables une à une, on remarque que les données sur le sexe enregistrent un taux de non réponse de 0,3% contre toute attente. De même, on observe que l'âge enregistre un taux de non réponse élevé (13,9%) par rapport aux autres variables. Nous utiliserons encore quelques techniques statistiques pour évaluer davantage la qualité des données de cette variable.

Tableau 3.2: Taux de réponses et de non réponses des variables

Variables

Valeurs valides

Valeurs manquantes

 
 
 

Effectif

%

Effectif

%

Total

%

A expliquer

A l'intention de retourner

3963

99,2

31

0,8

3994

100,0

 

Niveau d'instruction

3979

99,6

15

0,4

3994

100,0

 

Activité économique

3977

99,6

17

0,4

3994

100,0

 

Causes du déplacement

3987

99,8

7

0,2

3994

100,0

 

Statut dans le ménage

3991

99,9

3

0,1

3994

100,0

 

Ethnie

3967

99,3

27

0,7

3994

100,0

Explicatives

Perte de biens

3989

99,9

5

0,1

3994

100,0

 

Possession d'un lopin de terre
cultivable

3985

99,8

9

0,2

3994

100,0

 

Accès à l'eau potable

3969

99,4

25

0,6

3994

100,0

 

Age

3441

86,1

553

13,9

3994

100,0

 

Sexe

3982

99,7

12

0,3

3994

100,0

 

Etat matrimonial

3974

99,5

20

0,5

3994

100,0

Source : Traitement des données de l'enquête IDPs de 2007.

3.2.2. Pyramide des âges des IDPs

La pyramide des âges des IDPs à l'Est du Tchad (figure 3.1), laisse apparaître beaucoup d'irrégularités. On observe des pics particulièrement aux âges ronds (se terminant par zéro) et semi-ronds (se terminant par cinq) surtout à partir de 20 ans pour les femmes et 25 ans pour les hommes. Ces pics sont plus importants chez les femmes que chez les hommes. Ils montrent une attraction pour les âges se terminant par zéro ou par cinq. Ces attractions sont dues à une mauvaise déclaration de l'âge qui sont essentiellement liées à:

> L'analphabétisme

> La pratique limitée de l'état civil

En effet, la perception démographique de l'âge étant liée à l'instruction, les personnes analphabètes ont du mal à déterminer leur âge car elles ne savent pas compter les mois et les années calendaires. D'autre part, la faible couverture de l'état civil limite le nombre d'individus qui connaissent leur date de naissance et donc leur âge exact. La méconnaissance de l'âge des individus conduit généralement à la préférence pour certains âges entraînant le gonflement des effectifs aux âges attractifs et le déficit aux âges répulsifs. Une autre cause d'erreur peut être la non déclaration de l'âge par certains individus volontairement ou non.

Ainsi, les indices de WHIPPLE, MYERS et de BACHI nous permettront de confirmer ou d'infirmer cette préférence des âges se terminant par les chiffres zéro et cinq.

Les déterminants des intentions de retour des personnes déplacées internes à l'Est du Tchad

95

94

93

92

91

90

89

88

87

86

85

84

83

82

81

80

79

78

77

76

75

74

73

72

71

70

69

68

67

66

65

64

63

Masculin

Féminin

62

61

60

59

58

57

56

55

54

53

52

51

50

49

48

47

46

45

44

43

42

41

40

39

38

37

36

35

34

33

32

31

30

29

28

27

26

25

24

23

22

21

20

19

18

17

16

15

100 80 60 40 20 0 20 40 60 80 100 120

Figure 3.1: Pyramide des âges des IDPs à l'Est du Tchad en 2007

3.2.3. Calculs des indices statistiques

La pyramide des âges a révélé une mauvaise déclaration des âges mais elle ne peut confirmer la préférence (attraction) ou la répulsion des âges spécifiques. Ainsi, nous calculons les indices de WHIPPLE, de MYERS et de BACHI pour confirmer ou infirmer la préférence ou l'attraction des âges ronds (les âges se terminant par 0 ou 5).

a) Indice de WHIPPLE

L'indice de WHIPPLE (Iw) permet de mesurer le degré de préférence des âges se terminant par zéro ou cinq. Le calcul de cet indice consiste à prendre l'effectif total des femmes âgées de 23 à 62 ans, et à calculer la somme des effectifs des femmes de cet intervalle dont les âges se terminent par les chiffres zéro ou cinq; puis on fait le rapport de cette dernière somme au un cinquième de l'effectif total. L'indice ainsi obtenu varie entre 0 et 5.

12

P (5 i)

Iw

 

5 i

 

5

 

62

Pj

j 23

Lorsque sa valeur est égale à 1, il n'y a pas de préférence pour les âges se terminant par 0 et par 5. Par contre pour une valeur inférieure à un, il y a répulsion tandis que pour une valeur comprise entre 1 et 5 il y a attraction (Roger et al, 1981). Les valeurs proposées par les Nations Unies pour apprécier la qualité des données sur l'âge à partir de cet indice sont:

> Si Iw= 0, il y a répulsion total des âges terminés o et 5.

> Si Iw= 5, tous les âges enregistrés se terminent par 0 ou 5.

> Si Iw < 1, il y a répulsion pour les âges terminés par 0 et 5.

> Si Iw = 1, il n'y a aucune préférence pour les âges terminés par 0 ou 5.

> Si 1 < Iw < 5, il y a attraction d'autant plus forte que Iw est proche de 5.

Ainsi, les indices calculés et rassemblés dans le tableau 3.3 ci-après montrent qu'ils sont compris entre 1 et 5 (1<I<5). On conclut qu'il y a attraction aux âges se terminant par 0 ou 5 aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Toutefois, on remarque que l'attraction est plus forte chez les femmes que chez les hommes c'est-à-dire que les femmes ont très mal

déclaré leurs âges par rapport aux hommes. Mais cet indice présente des limites car il ne mesure que la préférence des âges se terminant par 0 ou 5. Ce qui nous amène à calculer l'indice de MYERS qui ne présente pas cet inconvénient.

Tableau 3.3: Indice de WHIPPLE

Sexe

Indice de WHIPPLE

Masculin
2,30

Féminin
2,93

Ensemble
2,69

Indice

Source : Traitement des données de l'enquête IDPs de 2007.

b) Indice de MYERS

9

Contrairement à l'indice de WHIPPLE, celui de MYERS mesure la répulsion ou l'attraction de chacun des chiffres compris entre zéro et neuf. Il permet aussi de se prononcer de façon globale sur l'ensemble des chiffres. Cet indice présente aussi l'avantage d'éliminer, au moins en partie, la diminution des chiffres entre les âges en se servant des effectifs pondérés. Cet indice varie entre 0 et 180. Plus il est proche de zéro, meilleure est la déclaration des âges. Pour chaque chiffre, le signe négatif du coefficient indique une répulsion, tandis que le signe positif traduit une attraction. La valeur absolue du coefficient renseigne sur l'ampleur de préférence. Il est calculé de la façon suivante:

Im = EI100 Tu 10

- I

u=0

T

Où Tu est la quantité des effectifs remaniés définie par :

9

Tu = ( U + 1 ) Su + ( 9 - U )S 'u; T = Tu

u = 0

dmax dmax

Avec ( )

Su = P d u

10 +

et ( )

S u

' = P d u

10 +

les sommes des effectifs des personnes de

d= 1 d= 2

10 ans et plus dont les âges se terminent respectivement par chacun des chiffres de 0 à 9. Les indices calculés sont rassemblés dans le tableau ci-dessous :

Tableau 3.4: Indice de MYERS

Chiffres U Masculin Féminin

Indice

0

1 10,59 25,38

2 21,08 55,78

3 28,51 39,76

4 21,58 19,28

5 9,85 5,22

6 4,41 2,34

7 2,98 0,90

8 0,80 0,10

9 0,20 0,00

73,53

141,65

Source : Traitement des données de l'enquête IDPs de 2007.

Ce tableau montre qu'aussi bien chez les hommes que chez les femmes, l'indice de MYERS dépasse largement zéro. En effet, l'indice de MYERS pour le sexe masculin vaut 73,53 et 141,65 pour le sexe féminin c'est-à-dire 0<I<180 quelque soit le sexe. Ce qui justifie une fois encore qu'il y a attraction aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Cet indice montre aussi que ce sont les femmes qui ont mal déclaré leurs âges par rapport aux hommes. Mais si l'indice de MYERS permet de se prononcer de façon globale sur l'ensemble des chiffres, il n'est cependant pas possible de définir de façon précise les conditions théoriques dans lesquelles il prend la valeur zéro. Ainsi, nous calculons l'indice de BACHI qui ne présente cet inconvénient.

c) Indice de BACHI

Partant des effectifs d'âge compris entre 23 et 72 ans, BACHI a constaté que pour des populations où l'âge était bien déclaré, le rapport ru des effectifs dont l'âge se termine par chacun des chiffres de 0 à 9 à l'effectif total des 23-72 ans varie à peu près linéairement en fonction du chiffre des unités de 3 à 9 puis de 0 à 2. Il a montré par ailleurs que la pente de cette droite ne varie pas si l'on modifie légèrement les limites d'âge, en considérant par exemple les groupes d'âges 23-72 ans, 24-73 ans, 25-74 ans, ...28-77 ans. BACHI a calculé les différents rapports ru théoriques c'est-à-dire que l'on observerait dans une situation de déclaration parfaite des âges. Ces valeurs permettent de déduire des rapports tels qu'une déclaration correcte des âges se terminant par un chiffre donné produirait un indice de 10. Il

arrive à la conclusion que si les âges sont bien déclarés, tous ces rapports sont égaux à 10,0%; s'il y a préférence (ou répulsion) pour certains âges, les rapports correspondants sont supérieurs ou inférieurs à 10,0%. L'indice de BACHI s'obtient en faisant la somme des écarts positifs de ces rapports avec 10. Il varie entre 0 (aucune préférence ou aversion) et 90 (tous les âges déclarés se terminent par le même chiffre).

ru 100 Au

Du

=

Avec Du = Bu 2 + Cu Bu , Cu et Au sont des quantités calculées à partir des effectifs aux

âges se terminant par des chiffres de 0 à 9.

On calcule ensuite les écarts ru - 10, la somme des écarts positifs donne l'indice de BACHI. Les indices calculés sont consignés dans le tableau n°3.3.

Tableau 3.5: Indice de BACHI

Chiffres U Masculin Féminin

Indice

0 22,96 32,05

1 3,50 2,28

2 9,26 6,76

3 5,43 8,36

4 4,06 2,01

5 24,61 27,40

6 7,04 4,12

7 8,08 6,46

8 8,88 8,03

9 4,35 4,22

27,57

39,45

Source : Traitement des données de l'enquête IDPs de 2007.

En observant ce tableau, on s'aperçoit que les indices de BACHI pour le sexe masculin et féminin sont largement supérieurs à 0 et largement inférieurs à 90. En effet, pour le sexe masculin, I=27,57 et pour le sexe féminin, I=39,45 c'est-à-dire 0<I<90. Par rapport à la conclusion de BACHI, on peut encore dire que tous les âges déclarés se terminent par les mêmes chiffres. L'indice de BACHI montre une fois de plus que ce sont les hommes qui ont mieux déclarés leurs âges que les femmes.

De tout ce qui précède, on peut conclure que la qualité de données sur l'âge n'est pas bonne. Mais compte tenu de l'importance de cette variable dans l'analyse démographique, nous allons l'utiliser malgré que sa qualité soit peu bonne. Ainsi, pour les besoins de l'analyse, nous allons procéder au regroupement des années d'âges en trois groupes d'âges: jeunes (15-34 ans), les adultes (35-59 ans) et les vieux (60 ans et plus). Mais en utilisant la méthode des Nations Unies, nous avons procédé au lissage de la structure par âge de cette population pour obtenir la pyramide des âges ci-dessous. Cette méthode se base sur la moyenne pondérée de cinq groupes d'âges encadrants:

N ' = - N 2 + 4 N1 +10 N 0 + 4N1 -N2

16

Les résultats de ce calcul se trouvent dans le tableau 3.4 à l'annexe. Ces résultats ont permis de construire la pyramide des âges ci-après.

Figure 3.2: Pyramide des âges lissée par la méthode des Nations Unies

45-49

40-44

90-95

85-89

80-84

75-79

70-74

65-69

60-64

55-59

50-54

35-39

30-34

25-29

20-24

15-19

200 150 100 50 0 50 100 150 200

Masculin

Féminin

Cette pyramide lissée obtenue à partir des groupes d'âge ajustés présente une certaine régularité surtout à partir du groupe d'âges 30-34 ans. Elle montre une décroissance régulière des proportions des IDPs au fur et à mesure que l'âge augmente. Mais on s'attendait à ce qu'il y ait plus de femmes que d'hommes aux âges élevés contrairement à ce qu'on observe sur cette

pyramide puisqu'il y a plus de femmes que d'hommes dans le pays et leur espérance dépasse celle des hommes. En effet, selon le RGPH de 1993, les femmes représentent 52,0% de la population totale du Tchad et ont une espérance de vie de 49,21 ans contre 45,88 ans pour les hommes.

3.3. Méthodes d'analyse statistique

Pour notre analyse, nous ferons dans un premier temps une analyse descriptive qui sera complétée par une analyse explicative dans un second temps.

3.3.1. Analyse descriptive

Elle concerne l'analyse bivariée et l'analyse factorielle des correspondances multiples (AFCM).

a) Analyse bivariée

Elle consiste à faire une analyse différentielle des variables liées à l'intention de retour des IDPs dans leurs villages d'origine et sera menée grâce aux tableaux croisés. A l'aide de la statistique du Khi-deux, nous apprécierons au seuil de 5% l'existence ou non de relation entre chacun des facteurs individuels et le risque de retour des IDPs.

b) Analyse factorielle des correspondances multiples (AFCM)

Compte tenu de notre objectif qui est celui de déterminer le profil des IDPs selon leurs intentions de retour, nous recourons à l'analyse factorielle des correspondances multiples (AFCM) pour caractériser les IDPs en fonction de leurs intentions de retour dans leurs villages d'origines.

3.3.2. Analyse explicative

Au niveau de l'analyse explicative, la méthode d'analyse statistique retenue pour identifier les déterminants de l'intention de retour des personnes déplacées internes à l'Est du Tchad est le modèle de régression logistique. Le principe de la méthode est décrit à l'annexe2.

3.3.3. Justification du choix du modèle

Le choix du modèle de régression logistique dichotomique est fait compte tenu des objectifs de notre étude et de la nature de nos variables. Le principal objectif de l'étude étant d'identifier les déterminants de l'intention de retour des personnes déplacées internes à l'Est du Tchad, la régression logistique répond bien à nos aspirations en tant que modèle explicatif.

Par ailleurs, la variable dépendante qui est ici «A l'intention de retourner au village d'origine« est une variable qualitative et dichotomique (les IDPs ont répondu par oui ou non à la question sur leur intention de retourner dans leurs villages d'origine). Les variables présumées explicatives sont qualitatives. Pour toutes ces raisons, la régression logistique dichotomique semble la mieux adaptée à nos données et la mieux indiquée dans une approche explicative. Elle permet de décrire les interdépendances entre les variables explicatives et la variable dépendante. Avec la régression logistique dichotomique, l'analyse est faite au niveau individuel qui est celui requis dans la recherche des déterminants. Elle a l'avantage de prédire la réalisation ou non d'un évènement c'est-à-dire d'évaluer ici les risques relatifs de refus de retour des IDPs.

Synthèse partielle

Pour atteindre nos objectifs, nous utilisons les données de l'enquête auprès des IDPs à l'Est du Tchad réalisée en avril 2007 par de l'UNHCR. L'évaluation de la qualité des données de cette enquête montre que dans l'ensemble, les données sont de bonne qualité. Mais en ce qui concerne l'âge, l'évaluation montre qu'il y a une forte attraction aux âges se terminant par zéro ou cinq pour les deux sexes. Pour atténuer les effets de cette attraction, nous avons regroupé les années d'âges en trois (3) tranches d'âges et avons utilisé la méthode des Nations Unies pour ajuster la structure par âge des IDPs.

En ce qui concerne l'analyse descriptive, nous utilisons, compte de la nature de notre variable dépendante (qualitative dichotomique) et de nos objectifs, l'analyse factorielle des correspondances multiples (AFCM) pour catégoriser notre population étudiée selon leurs intentions de retour et la méthode de régression logistique pour déterminer les risques relatifs de retour des IDPs dans leurs villages.

CHAPITRE IV: VARIATIONS DIFFERENTIELLES ET
DETERMINANTS DES INTENTIONS DE RETOUR DES IDPs

Nous traitons dans ce chapitre les variations des intentions de retour des personnes déplacées pour identifier les variables qui déterminent l'intention des personnes déplacées par rapport à leur retour dans leurs villages d'origine. Il est structuré en quatre parties. La première partie traite du profil des personnes déplacées, la seconde analyse les variations différentielles des intentions de retour des personnes déplacées selon quelques unes de leurs caractéristiques, la troisième porte sur l'essai de catégorisation des IDPs selon leurs intentions de retour et les variables de l'études et la quatrième partie enfin est consacrée à l'identification des déterminants des intentions de retour des personnes déplacées dans leurs villages d'origine.

4.1. Profils démographiques et socioéconomiques des IDPs

Pour mieux appréhender les intentions de retour des IDPs, cette partie se propose de déterminer leur structure selon quelques caractéristiques démographiques et socioéconomiques.

4.1.1. Répartition des IDPs selon leurs caractéristiques démographiques a) IDPs à majorité des femmes et des personnes jeunes

Sur l'ensemble de la population déplacée et enquêtée, les tranches d'âge 15-34 ans et 35-59 ans sont plus représentées quel que soit le sexe. Les personnes âgées (les 60 ans et plus) sont moins représentées (graphique 4.1). Le déplacement forcé à l'Est du Tchad a donc touché en grande partie la population active (de 15-59 ans). La moyenne d'âge de la population déplacée est de 35,1 ans avec un écart-type de 13,8 ans.

Suivant le sexe, on note quelques variations. En effet, dans la tranche d'âges 15-34, les femmes sont plus nombreuses que les hommes avec respectivement 60,3% contre 38,9%. Par contre, dans les tranches d'âges 35-59 ans et 60 ans et plus, les hommes sont les plus nombreux avec respectivement 49,4% et 11,7% contre 35,4% et 4,3% chez les femmes. Mais de façon globale, les femmes représentent environ 65,0% de la population déplacée à l'Est du Tchad

contre seulement 35,0% des hommes. On remarque que quel que soit le sexe, la proportion des personnes âgées est faible (11,7% pour les hommes et 4,3% pour les femmes).

Graphique 4.1: Répartition (%) des enquêtés par tranches d'âges selon le sexe

Masculin Féminin

15-34 ans 35-59 ans 60 ans et plus

 

11,7

 

4,3

 

35,4

 
 
 

49,4

 
 
 
 
 
 
 
 

60,3

 
 
 
 
 

38,9

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

100% 90% 80% 70% 60% 50% 40% 30% 20% 10% 0%

Cette représentativité des femmes parmi la population déplacée appelle donc à des actions spécifiques car les femmes portent souvent le plus lourd fardeau en période de guerre car elles doivent trouver un équilibre délicat entre les risques que leur fait courir un environnement souvent hostile et la nécessité impérieuse de pourvoir aux besoins immédiats de leur famille. Les femmes doivent faire face à la perte de parents proches et endosser des rôles nouveaux pour assurer leur existence et celle de leur famille.

En ce qui concerne le rapport de masculinité, on note qu'il y a environ 61 hommes pour 100 femmes dans la population des IDPs. Ce rapport est proche de celui observé au recensement de 1993 dans la région du Ouaddaï qui est de 55 hommes pour 100 femmes.

b) Des déplacés à majorité des personnes mariées

Classées selon leur état matrimonial, les IDPs à l'Est du Tchad sont pour la plus part des personnes mariées. En effet, les personnes mariées représentent globalement 76,8% du total des IDPs. Les célibataires, les veuf(ve)s et les divorcé(e)s représentent respectivement 9,5%, 8,8% et 4,9%. Le graphique 4.2 montre que le pourcentage des hommes mariés est légèrement plus élevé que chez les femmes. En effet, près de 9 hommes déplacés sur 10 sont mariés (87,5%) contre 7 femmes déplacées sur 10 (71,2%). La situation est presque similaire chez les célibataires où on trouve 10,4% d'hommes contre 8,9% de femmes. Par contre chez les veufs et les divorcés, les femmes sont les plus nombreuses. Il y a en effet, 12,7% des veuves contre 1,6% des veufs et 7,2% des femmes divorcées contre 0,5% d'hommes divorcés. Cet écart important entre les hommes et les femmes pourrait être expliquée par la situation de guerre où beaucoup d'hommes sont engagés et/ou directement visés.

Masculin Féminin

Célibataire Marié Veuf(ve) Divorcé(e)

 

0,5
1,6

87,5

 

7,2

 

12,7

 
 
 
 
 

71,1

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

10,4

 

8,9

 

100%

90%

80%

70%

60%

50%

40%

30%

20%

10%

0%

Graphique 4.2: Répartition (%) des IDPs selon l'état matrimonial et le sexe

4.1.2. Répartition des IDPs selon les caractéristiques socioéconomiques a) Des déplacés essentiellement sans instruction

Suivant le niveau d'instruction, les IDPs sont en général sans niveau d'instruction. Le graphique 4.3 montre que plus de 9 IDPs sur 10 n'ont pas été à l'école formelle, moins d'une personne sur 10 a atteint le primaire. Ce qui montre que le niveau d'analphabétisation est relativement important chez les IDPs.

Le graphique 4.3 montre aussi qu'il existe chez les IDPs des disparités entre les hommes et les femmes en matière d'instruction. Ainsi, 96,2% des femmes n'ont pas été l'école contre 94,6% chez les hommes. A chaque niveau d'instruction donné, la proportion des hommes instruits reste supérieure à celle des femmes. On constate que seulement 5,4% d'hommes sont allés jusqu'au niveau primaire contre 3,8% chez les femmes. La discrimination à l'égard des femmes en matière de scolarisation formelle est donc frappante.

Cette situation reflète la situation éducative du pays tout entier. En effet, en 2007, The World Development Indicators de la Banque Mondiale prévoit à 87,0% et 59,0% le taux d'analphabétisme respectivement chez les femmes et chez les hommes. Ainsi, les organismes humanitaires ont estimé le nombre d'enfants en âge d'être scolarisés à près de 50 000 parmi les populations déplacées dans l'Est du Tchad, soit 30,0% de ladite population. La grande majorité de ces enfants n'est pas encore inscrite à l'école et n'a pas complété l'année scolaire. Ainsi, l'UNICEF et ses partenaires doivent faire face à plusieurs défis entre autres le manque d'enseignants parmi les IDPs, la précarité des infrastructures scolaires et le déficit de matériels et de fournitures scolaires.

Graphique 4.3: Répartition (%) des IDPs selon le niveau d'instruction et le sexe

Masculin Féminin

aucun primaire

 

5,4

 

3,8

 

94,6

96,2

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

100% 90% 80% 70% 60% 50% 40% 30% 20% 10% 0%

b) Des déplacés essentiellement des agriculteurs

Suivant l'activité économique, les IDPs sont essentiellement des agriculteurs. Les agriculteurs représentent 68,3% de la population déplacée. Ils sont suivis par les sans emploi (25,4 %), les commerçants (3,7%) et les personnes s'occupant d'autres activités (2,6%). Les éleveurs sont les moins représentés avec 2,0% du total.

Cette proportion importante d'agriculteurs nécessite de l'espace cultivable de la communauté hôte. Mais compte tenu des conditions physiques (sécheresse et manque de terres cultivables) de cette partie du pays, cela ne pourrait qu'exacerber la pression sur les terres cultivables. A la longue, cela peut engendrer des conflits entre les IDPs et la communauté hôte. Déjà le rapport de l'enquête de l'UNHCR (2007) auprès des IDPs à l'Est du Tchad indique qu'environ 87,0% des IDPs dans les sites, n'ont pas reçu un lopin de terres cultivables et n'ont donc pas exercé leur principale activité.

Selon le sexe, environ autant d'hommes que de femmes ont l'agriculture comme principale activité économique (70,9% et 66,8% respectivement). En outre, 17,7% des hommes sont sans emploi contre 29,5% des femmes. Signalons que le commerce est une activité exercée principalement par les hommes (7,0% contre 2,0%).

Graphique 4.4: Répartition (%) des IDPs selon l'activité économique et le sexe

 

4,3

 

1,7
29,5

 

17,7

 
 
 
 
 
 

7,0

 

70,9

 
 

2,0
66,8

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Masculin Féminin

agriculture commerçant sans emploi autre

100% 90% 80% 70% 60% 50% 40% 30% 20% 10% 0%

c) Répartition des IDPs selon l'appartenance ethnique

Le tableau A2.5 (en annexe) montre que sur l'ensemble de la population déplacée et enquêtée, les IDPs appartenant à l'ethnie dadjo sont plus représentées (70,6%). Elles sont suivies de très loin par les massalit (18,9%). Les IDPs appartenant à l'ethnie kadjaksé sont moins les représentées (2,0%).

Selon le sexe, le déplacement forcé à l'Est du Tchad a touché un peu plus les hommes Dadjo (73,3%) que les femmes (69,2%). Chez les Massalit, le déplacement a beaucoup plus touché les femmes que les hommes (21,2% et 14,7% respectivement). De même, chez les

kadjaksé, le déplacement a touché plus les hommes que les femmes (2,5% et 1,7% respectivement). Par contre, il a touché à peu près autant d'hommes que de femmes chez les Maba (4,8% et 3,8% respectivement). Chez les hommes, ce sont les IDPs appartenant à autre ethnie qui sont les plus nombreuses (3,0% contre 1,8%).

Graphique 4.5: Répartition (%) des IDPs selon l'appartenance ethnique et le sexe

 

3,0

 

2,3 1,7

1,8

 
 

2,5

 

2,5

 

69,2

73,3

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

21,2

 
 
 

14,7

 
 
 
 

4,1

 

3,8

Masculin Féminin

100%

90%

80%

70%

60%

50%

40%

30%

20%

10%

0%

Maba Massalit Dadjo Kadjaksé Moubu Autre

4.2. Variations différentielles des intentions de retour des IDPs

La présente section est consacrée à l'analyse descriptive des associations entre les variables indépendantes (quelques caractéristiques des IDPs) et l'intention de retourner dans le village d'origine. Il s'agit en fait d'identifier les relations entre les variables indépendantes et l'intention de retour des IDPs dans leurs villages d'origine grâce au test du Khi-deux au seuil de 5%. De façon générale, sur l'ensemble des IDPs à l'Est du Tchad qui ont exprimé leurs

intentions de retour, environ 52,0% ont déclaré qu'elles n'ont pas l'intention de retourner dans leurs villages d'origine. Par contre, 48,0% des IDPs ont exprimé le désir de regagner leurs villages d'origine. Cependant, ces intentions restent très variables.

4.2.1. Variations des intentions de retour selon les conditions de départ

a) Variations selon les causes du déplacement

Les causes du déplacement des IDPs ont un effet significatif sur leurs intentions de retourner dans leurs villages d'origine. Dans l'ensemble, c'est chez les IDPs qui ont quitté leurs villages pour des raisons de prévention qu'on observe la proportion la plus grande des individus qui n'ont pas l'intention de retourner dans leurs villages d'origine (62,0%). Ils sont suivis de très près par les individus ayant quitté leurs villages d'origine à cause des conflits communautaires (60,2%). C'est chez les IDPs qui ont quitté leurs villages d'origine à cause des exactions des «janjaweeds» qu'on observe la proportion la plus élevée des individus qui ont l'intention de retourner dans leurs villages (49,2%).

On peut être tenté d'expliquer cette situation par le fait que de façon générale, l'Est du pays est resté encore sous tension que ce soit à cause des conflits inter-ethniques ou communautaires. Pour cela, les IDPs qui ont quitté leurs villages d'origine pour des raisons préventives ou à cause des conflits communautaires ne veulent plus revivre les mêmes évènements.

b) Variations selon les pertes de biens au moment du départ

Le tableau 4.1 montre que la perte de biens personnels au moment du départ a un effet significatif sur les intentions des IDPs de retourner dans leurs villages d'origine. Ainsi, on observe la proportion la plus élevée des individus n'ayant pas l'intention de retourner dans leurs villages d'origine chez les IDPs ayant perdu leurs biens personnels pendant la fuite (56,0%). Par contre, c'est chez les IDPs n'ayant pas amené des biens dans les sites qu'on observe la proportion la plus grande des individus ayant l'intention de retourner dans leurs villages d'origine s'observe chez (49,1%).

Tableau 4.1: Proportions (%) des IDPs selon l'intention de retour et les conditions de départ

Variables

Effectifs

A l'intention de retourner
au village d'origine

Total

Probabilité du
Khi-2

Oui Non

Causes de déplacement

0,000 ***

Préventive

92

38,0

62,0

100,0

 

Conflit communautaire

314

39,8

60,2

100,0

Attaque des «janjaweeds»

3236

49,2

50,8

100,0

Insécurité /les forces gouvernementales

69

24,6

75,4

100,0

Ensemble

3648

48,2

51,8

100,0

Perte de biens au départ

0,016**

Oui

2979

49,1

50,9

100,0

 

Non

675

44,0

56,0

100,0

Ensemble

3654

48,2

51,8

100,0

***=significatif au seuil de 1% ; **=significatif au seuil de 5%

Source : Traitement des données de l'enquête IDPs de 2007.

4.2.2. Variations des intentions de retour selon les conditions de vie dans le milieu d'accueil

a) Variations selon l'accès à l'eau potable

L'accès des IDPs à l'eau potable a un effet significatif sur leurs intentions de retourner dans leurs villages d'origine. En effet, c'est chez les IDPs n'ayant pas accès à l'eau potable qu'on observe la proportion la plus élevée des individus qui n'ont pas l'intention de retourner dans leurs villages d'origine (60,0%). Par contre, la proportion la plus élevée des individus ayant l'intention de retourner dans leurs villages d'origine s'observe chez les IDPs ayant accès à l'eau potable (51,1%).

Ceci semble étonnant puisqu'on s'attendait à ce que les IDPs bénéficiant d'un accès à l'eau potable puissent n'avoir pas l'intention de retourner dans leurs villages d'origine si on sait que l'eau potable est une denrée rare au Tchad en général et à l'Est en particulier. Mais on peut penser que l'accès à cette denrée est pénible (à cause du nombre élevé des IDPs et des réfugiés) et que les IDPs préfèrent repartir dans leurs villages où elles pourront utiliser à volonté l'eau des puits.

b) Variations selon la possession de terre cultivable dans le milieu d'accueil

Du point de vue statistique, la possession de terre cultivable par les IDPs au milieu d'accueil n'a pas un effet significatif sur leurs intentions de retourner dans leurs villages d'origine. En effet, que les personnes reçoivent ou pas des lopins de terre, un peu plus de la moitié de celles-ci n'ont pas l'intention de retourner dans leur village d'origine (tableau.4.2).

Tableau 4.2. Proportions (%) des IDPs selon l'intention et les conditions de vie dans le milieu d'accueil

Variables

Effectifs

A l'intention de retourner au village
d'origine

Total

Probabilité du
Khi-2

Oui Non

Accès à l'eau potable

0,000 ***

Oui

2676

51,1

48,9

100,0

 

Non

961

40,0

60,0

100,0

Ensemble

3637

48,2

51,8

100,0

Possession de terre cultivable

0,347ns

Oui

447

46,1

53,9

100,0

 

Non

3205

48,5

51,5

100,0

Ensemble

3652

48,2

51,8

100,0

***=significatif au seuil de 1% ; ns=non significatif

Source : Traitement des données de l'enquête IDPs de 2007.

En somme, on remarque que les populations sont relativement homogènes par rapport aux variables qui ne sont pas significativement associées à l'intention de retourner au village d'origine. On peut penser que cette absence d'effet significatif serait la conséquence de cette homogénéité de la population par rapport aux variables étudiées.

4.2.3. Variations des intentions selon les caractéristiques individuelles

a) Variations selon le sexe

Le tableau 4.3 montre que le sexe des IDPs est significativement associé à l'intention de retourner dans le village d'origine. Selon le sexe, le pourcentage des IDPs qui n'ont pas l'intention de retourner dans leurs villages d'origine est plus élevé chez les femmes (55,3%) que chez les hommes (45,8%). Autrement dit, les hommes sont plus favorables au retour dans leurs villages d'origine (54,2%) que les (44,7%) des femmes.

Cette différence selon le sexe des intentions de retourner dans le village d'origine pourrait s'expliquer par des raisons socioéconomiques mais aussi et surtout par les atrocités de guerre. En effet, les femmes étant très sensibles, et compte tenu du fait qu'elles ont assisté à des tueries des membres de leurs familles, elles en sont donc profondément marquées. Elles n'ont peut être plus envie de revivre la même situation au cours de laquelle elles vu leurs enfants, leurs maris et frères tués. De plus, même avant leur déplacement, les femmes vivaient dans un contexte où il y a peu d'infrastructures et peu de ressources naturelles (comme toutes les autres provinces du pays), les aides octroyées par les organisations humanitaires dans le domaine éducatif, sanitaire et alimentaire peuvent jouer un rôle capital étant donné qu'elles doivent s'occuper parfois des enfants après la mort du père.

A titre d'exemple, dans le cadre de son programme "éducation", l'UNICEF a fourni des manuels scolaires, des uniformes et du mobilier au profit de 63 000 enfants dans 12 camps de réfugiés et environ 22 000 enfants dans dix sites de personnes déplacées (PAM, 2007). Aussi, les femmes sont-elles regroupées et formées dans les camps par ces organisations pour leur permettre de se prendre en charge. La réussite de ces organisations pourrait être considérée par ces femmes comme le signe d'une insertion sociale et donc provoquer une réticence quand à leur retour dans leurs villages d'origine où rien ne les y attend.

b) Variations selon l'âge

Du point de vue statistique, l'âge des IDPs n'a pas un effet significatif sur leurs intentions de retour dans leurs villages d'origine. En effet, quel que soit l'âge, un peu plus de la moitié des IDPs n'ont pas l'intention de retourner dans leur village d'origine (tableau.4.3).

c) Variations selon l'état matrimonial

Le tableau 4.3 montre que l'état matrimonial est significativement associé à l'intention de retourner dans le village d'origine. Suivant l'état matrimonial, c'est chez les IDPs divorcées ou séparées qu'on observe la proportion la plus élevée des individus qui n'ont pas l'intention de retourner dans leurs villages d'origine (59,4%). Ils sont suivi de très près par les veuf (ve)s (57,0%). C'est chez les IDPs mariées et célibataires qu'on observe les fortes proportions des individus qui ont l'intention de retourner dans leurs villages d'origine (49,2% et 47,4% respectivement).

Cette situation pourrait s'expliquer par le fait que les mariés ont laissé quelques membres de leurs familles dans les villages d'origine et qu'ils ont envie de les regagner. De plus, le manque de terres cultivables dans les milieux d'accueil peut constituer un problème aux IDPs mariés puisque l'entretien des membres de la famille devient difficile.

d) Variations selon le niveau d'instruction

A l'instar de l'âge, le niveau d'instruction des IDPs n'a pas un effet significatif sur leurs intentions de retourner dans leurs villages d'origine. En effet, quel que soit le niveau d'instruction les résultats du tableau 4.3 montrent que le pourcentage des individus qui n'ont pas l'intention de retourner dans leurs villages d'origine est quasi identique (52,0% et 49,7% respectivement pour les IDPs sans niveau d'instruction et les IDPs de niveau primaire. Cet effet non significatif serait la conséquence de l'homogénéité de la population des IDPs par rapport à l'instruction. En effet, selon l'enquête menée auprès des IDPs en 2007 près de 95,0% des IDPs et enquêtées n'ont pas été à l'école formelle.

e) Variations selon l'activité économique

Statistiquement parlant, l'activité économique des IDPs est significativement associée à leurs intentions de retourner dans leurs villages d'origine. Ainsi, on observe la proportion la plus élevée des individus qui n'ont pas l'intention de retourner dans leurs villages d'origine chez les IDPs sans emploi (59,3%). Ils sont suivis de près par les individus exerçant autres activités économiques (53,3%). C'est chez les individus exerçant dans le commerce et

l'agriculture qu'on observe les proportions les plus élevées des IDPs qui ont l'intention de retourner dans leurs villages d'origine (51,5% et 50,6% respectivement).

Sur le plan social, on peut tenter d'expliquer cette situation par le fait que les personnes sans emploi trouvent que les conditions de vie dans les camps sont meilleures que celles de leurs villages d'origine. De plus, les IDPs ayant un niveau d'instruction élevé se trouvant sans emploi, sont employées par certaines organisations humanitaires. Quand aux personnes déplacées dont les activités économiques principales sont l'agriculture et le commerce qui ont plus l'intention de retourner dans leurs villages d'origine, on pourrait expliquer leur intention par le fait que l'accès aux terres cultivables dans les milieux d'accueil est difficile ou par leur simple attachement à la terre leurs ancêtres. Elles préfèrent repartir chez elles où elles auront accès à leurs terres. Pour les IDPs exerçant dans le commerce, on peut penser qu'ils ont investi (dans l'ouverture des boutiques le plus souvent) dans leurs villages d'origine.

f) Variations selon le statut dans le ménage

Le tableau 4.3 montre que le statut dans le ménage est significativement associé à l'intention de retourner dans le village d'origine. Autrement dit, le statut des IDPs dans le ménage a un effet significatif sur leurs intentions de retourner dans le village. Ainsi, on observe chez les IDPs vivant sous-couvert d'un chef de ménage une proportion plus élevée des individus qui n'ont pas l'intention de retourner dans leurs villages d'origine (54,4%). Comme on devait s'y attendre, c'est chez les IDPs chefs de ménage qu'on observe la proportion la grande proportion des individus qui ont l'intention de retourner dans leurs villages d'origine (50,0%).

On peut tenter d'expliquer cette différence d'intention par le fait que les chefs de ménage ont investi dans leurs villages d'origine ou bien ils y ont laissé certains membres de leurs familles et ont besoin de retourner auprès d'eux.

g) Variations selon l'appartenance ethnique

L'appartenance ethnique des IDPs a un effet significatif sur leurs intentions de retourner dans leurs villages d'origine. En effet, on observe la proportion la plus élevée des individus n'ayant pas l'intention de retourner dans leurs villages d'origine chez les IDPs appartenant à l'ethnie maba (75,7%). Ils sont suivis par les IDPs appartenant à l'ethnie kadjaksé (62,7%). C'est chez les IDPs appartenant aux ethnies dadjo et autres qu'on observe les proportions des individus qui ont plus l'intention de retourner dans leurs villages d'origine (50,7% et 46,3% respectivement).

Cette grande variation des intentions pourrait s'expliquer par le fait que depuis l'indépendance, les hommes politiques utilisent l'ethnie pour assouvir leurs ambitions politiques. Ainsi, des ethnies s'élèvent contre d'autres ethnies créant un environnement de peur.

Tableau 4.3 : Proportions (%) des IDPs selon l'intention de retour et les caractéristiques individuelles et économiques

Variables

Effectifs

A l'intention de retourner
au village d'origine

Total

Probabilité du
Khi-2

Oui Non

Ethnie

0,000 ***

Maba

136

24,3

75,7

100,0

 

Massalit

611

44,4

55,6

100,0

Dadjo

2622

50,7

49,3

100,0

Kadjaksé

75

37,3

62,7

100,0

Moubu

91

42,9

57,1

100,0

Autre

82

46,3

53,7

100,0

Ensemble

3617

48,1

51,9

100,0

Sexe

0,000***

Masculin

1306

54,2

45,8

100,0

 

Féminin

2341

44,7

55,3

100,0

Ensemble

3647

48,1

51,9

100,0

Statut

0,008***

Chef de ménage

2088

50,0

50,0

100,0

 

S/c du chef de ménage

1567

45,6

54,4

100,0

Ensemble

3655

48,1

51,9

100,0

 

Activité économique

0,000 ***

Agriculteur

2496

50,6

49,4

100,0

 

Commerçant

134

51,5

48,5

100,0

Sans emploi

919

40,7

59,3

100,0

Autre

92

46,7

53,3

100,0

Ensemble

3641

481

51,9

100,0

Niveau d'instruction

0,5686 ns

Aucun

3465

48,0

52,0

100,0

 

Primaire

157

50,3

49,7

100,0

Ensemble

3622

48,1

51,9

100,0

Etat matrimonial

0,036 **

Célibataire

348

47,4

52,6

100,0

 

Marié

2813

49,2

50,8

100,0

Veuf(ve)

302

43,0

57,0

100,0

Divorcé(e)/Séparé(e)

175

40,6

59,4

100,0

Ensemble

3638

48,1

51,9

100,0

Age

0,602 ns

15-34 ans

1645

49,0

51,0

100,0

 

35-59 ans

1256

47,0

53,0

100,0

60 ans & +

752

48,0

52,0

100,0

Ensemble

3653

48,1

51,9

100,0

***=significatif au seuil de 1% ; **=significatif au seuil de 5% ; ns=non significatif

Source : Traitement des données de l'enquête IDPs de 2007.

En somme, l'analyse de l'association entre les variables indépendantes et l'intention de retour, montre que les variables comme l'âge et le niveau d'instruction des IDPs ne sont pas significativement associée aux intentions des IDPs de retourner dans leurs villages d'origine. L'intention de retour des IDPs peut donc ne pas dépendre de ces deux variables. Le reste des variables explicatives à savoir le sexe, l'activité économique, l'appartenance ethnique, le statut dans le ménage et l'état matrimonial des IDPs est significativement associé à leurs intentions de retourner dans leurs villages d'origine.

4.3. Essai de catégorisation des IDPs selon leurs intentions de retour

L'un des objectifs de la présente étude étant de déterminer les caractéristiques des IDPs en fonction de leurs intentions de retour, l'analyse factorielle est la méthode la plus indiquée pour catégoriser ces personnes en fonction de leurs intentions. Pour simplifier les interprétations de cette analyse, nous allons caractériser les axes factoriels et matérialiser ensuite les groupes des IDPs selon leurs intentions de retour dans le plan factoriel formé par les axes ayant les plus grands pouvoirs explicatifs.

Ainsi, les trois premiers axes factoriels représentent respectivement 23,8%, 19,3% et 17, 9% de la variance expliquée. Compte tenu des pouvoirs explicatifs des axes 1 et 2, seul le plan formé par ces deux axes (plan factoriel (1, 2)) sera retenu pour catégoriser notre population étudiée (IDPs). En effet, l'inertie théorique moyenne est ici égale à 28,6 (1000/35). Pour pouvoir caractériser les axes factoriels, nous synthétisons l'information sur les contributions (CTR) et les coordonnées (i#F) des modalités dans un tableau simplifié (tableau A6.1 en annexe). Seules les modalités dont la part de la contribution est supérieure à l'inertie théorique moyenne sont retenues pour l'interprétation d'un axe.

Tableau 4.4 : Caractérisation des axes 1 et 2.

Variables et modalités

Signe au facteur le plus associé

Facteur 1

Facteur 2

1. Ages

15-34 ans
35-59 ans
60 ans et plus

 
 

Age1

Age2

Age3

-
+
+

2. Sexe

Masculin Féminin

 
 

Mscu
Femi

+
-

3. Niveau d'instruction

Aucun Primaire

 
 

Prim

-

4. Etat matrimonial

Célibataire
Marié
Veuf (ve)s
Divorcé(e) s/séparé(e)s

 
 

Clba

-

5. Activités économiques

Agricole
Commerce
Sans emploi
Autre

 
 

Comm
Semp

-
-

6. Causes principales du déplacement

Préventive
Exactions des «janjaweeds»
Conflits communautaires
Insécurité crée par les forces
gouvernementales

 
 
 
 

7. Intention de retour

Oui Non

 
 

ROUI
RNON

+
-

8. Statut dans le ménage

CM

S/C du CM

 
 

Chma
Shma

+
-

9. Ethnie

Maba
Massalit
Dadjo
Kadjaksé
Moubu
Autre

MABA
MASA
DADJ

+
+
-

 
 

10. Accès à l'eau potable

Oui Non

OUI2
NON2

-
+

 
 

11. Possession de terre cultivable

Oui Non

OUI3

+

 
 

12. Perte de biens

Oui Non

NON1

+

 
 

L'examen du tableau 4.4 ci-dessus montre que :

Le premier axe factoriel oppose les IDPs ayant accès à l'eau potable (côté positif de l'axe) à celles qui n'en ont accès (côté négatif de l'axe). On trouve :

> Dans le premier groupe (celui ayant accès à l'eau potable) on retrouve les IDPs appartenant à l'ethnie dadjo (DADJ).

> Dans le second groupe (celui n'ayant pas accès à l'eau potable) on a les IDPs appartenant aux ethnies maba (MABA) et massalit (MASA) ayant accès à la terre cultivable (OUI3) et n'ayant pas perdu des biens (NON1) pendant la fuite.

Cet axe associe d'une part l'accès à l'eau potable à leurs ethnies et d'autre part l'accès à la terre cultivable à la perte de biens. Il est l'axe des conditions de vie des IDPs dans leurs milieux d'accueil.

Le deuxième axe factoriel oppose les IDPs ayant l'intention de retourner dans leurs villages d'origine (côté positif de l'axe) à celles qui n'ont pas l'intention (côté négatif de l'axe).

> Le groupe des IDPs ayant l'intention de retourner dans leurs villages d'origine est celui des hommes (MSCU), chefs de ménage (CHMA), âgés entre 35-95 ans (Age 2 et Age 3).

> Les personnes déplacées n'exprimant pas le désir de retourner dans leurs villages d'origine sont des femmes (FEMI), célibataires (CLBA), vivant sous couvert des chefs de ménage (SHMA), n'exerçant aucune activité économique (SEMP) ou exerçant dans le commerce (COMM), âgées entre 15 et 34 ans (Age 1) et ayant un niveau d'étude primaire (PRIM).

Cet axe résume l'intention de retour des IDPs en fonction de l'âge, du statut dans le ménage, de l'état matrimonial et de l'activité économique. Il est l'axe des intentions de retour des IDPs. Ces différents groupes identifiés sont matérialisés dans le plan factoriel (1, 2) cidessous :

G2

!
!
!

Figure 4.1: Plan factoriel (1, 2).

AXE1= HORIZONTAL--AXE2= VERTICAL

==ECHELLE : 4 CARACTERE(S) = .167 1

+ AGE3----+---MSCU----AGE2

! COMM! CHMA

! !

! !

! KADJRNON!

!

COCM

! ISFG ROUI

! FEMI!

! !

! !

! SEMP !

! !

! AGA1 ! AUT2

! SHMA !

! !

! !

G1

! DADJ ! AGRI

! OUI2 MARI

! NON3OUI1AUCU

+ - JANJ+---VEUF

! !

!

! !

! !

! PRIM !

! !

! !

! !

CLBA !

+ +

!

!

!

LIGNE =

.070

 
 
 
 
 

+ 0 01

 
 
 

! 0 01

 
 
 

! 0 01

 
 
 

! 0 01

 
 
 

! 1 01

 
 
 

! 0 01

 
 
 

! 0 01

 
 
 

! 1 01

 
 
 

+ 0 01

 
 
 

! 0 01

 

PREV

 

! 0 01

NON1

 
 

! 0 01

 
 
 

! 0 01

NON2

 
 

! 0 01

 
 
 

! 0 01

AUT1

MASA

 

! 0 01

 
 

OUI3

! 0 01

 
 
 

! 0 01

 
 
 

! 0 01

 
 
 

! 0 01

 
 
 

! 0 01

 
 
 

MABA! 0 01

 
 
 

! 0 01

 
 
 

! 0 01

 
 
 

! 0 01

 
 
 

! 0 01

 
 
 

! 0 01

 
 
 

! 0 01

 
 
 

! 0 01

 
 
 

! 0 01

 
 
 

! 0 01

 
 
 

+ 0 01

NOMBRE DE POINTS SUPERPOSES : 2 DIVO(RNON) MOUB(AUCU)

L'examen du plan factoriel (1, 2) montre un rapprochement entre l'intention de retour des IDPs et les modalités de certaines variables. Ainsi, il apparaît dans ce plan une opposition entre le groupe G1 constitué des IDPs ayant l'intention de retourner dans leurs villages d'origine et le groupe G2 constitué des IDPs n'ayant pas l'intention de retourner dans leurs villages d'origine.

D'un côté le groupe G1 des IDPs ayant l'intention de retourner dans leurs villages d'origine est constitué des hommes (MSCU) mariés (MARI) ou veufs (VEUF), chefs de ménage (CHMA), âgés entre 35-59 ans (Age 2), exerçant dans l'agriculture (AGRI), n'ayant aucun niveau d'instruction (AUCU) et ayant fui à cause des conflits communautaires. De l'autre côté, le groupe G2 des IDPs n'ayant pas l'intention de retourner dans leurs villages d'origine est constitué des femmes (FEMI), célibataires (CLBA) vivant sous couvert des chefs de ménage (SHMA), n'exerçant aucune activité économique (SEMP) ou exerçant dans le

commerce (COMM), âgées entre 15 et 34 ans (Age 1), ayant un niveau d'étude primaire (PRIM), ayant fui à cause de l'insécurité créée par les forces gouvernementales (ISFG) et les exactions des «janjaweeds» (JANJ), n'ayant pas de terre cultivable dans leurs milieux d'accueil (NON3), ayant perdu des biens pendant la fuite (OUI1), ayant accès à l'eau potable (OUI2) et appartenant aux ethnies dadjo (DADJ) et kadjaksé (KADJ).

La superposition des points DIVO avec RNON et MOUB avec AUCU montre qu'il y a une forte association entre l'intention de retour dans le village d'origine et l'état matrimonial et entre la variable ethnie et le niveau d'instruction. Ainsi, ce sont les IDPs divorcées qui expriment le moins l'intention de retourner dans leurs villages d'origine. De même, c'est parmi les IDPs appartenant à l'ethnie moubu qu'on observe plus les individus qui n'ont pas été à l'école.

4.4. Essai d'identification des déterminants des intentions de retour des IDPs

Dans les sections précédentes, nous avons mis en évidence l'existence ou non des associations entre les variables inscrites dans notre analyse et l'intention de retour des IDPs et caractérisé celles-ci en fonction de tous ces éléments. Ces relations peuvent être fallacieuses en présence de plus de deux variables. Ainsi, l'objectif de cette section est de vérifier nos hypothèses puis d'identifier les variables qui déterminent l'intention de retour des IDPs dans leurs villages d'origine. Nous interprétons ici l'effet net des variables explicatives sur leurs intentions de retour à partir du modèle saturé (M9). Les Khi-deux des neufs (9) modèles considérés sont significatifs. Ces neufs (9) modèles sont adéquats et nous permettent de prédire l'intention de retour des IDPs par l'ensemble des variables considérées.

4.4.1. Conditions de départ des personnes déplacées

Il ressort du tableau 4.5 que de toutes les variables relatives aux conditions de départ des IDPs de leurs villages d'origine seule la variable causes du déplacement détermine leurs intentions de retourner dans leurs villages. Les causes du déplacement des IDPs sont des déterminants de leurs intentions de retourner dans leurs villages d'origine avec une statistique r égale à 0.04. Cela confirme l'association établie au niveau bivarié entre les causes du déplacement et l'intention de retour des IDPs. Ainsi, par rapport aux IDPs ayant fui les

attaques des «janjaweeds», celles qui ont quitté leurs villages d'origine à cause des conflits des exactions des forces gouvernementales ont 66,0% moins de chance de manifester le désir de retourner dans leurs villages d'origine.

Comme nous l'avons souligné dans les variations des intentions de retour des IDPs, le Tchad tout entier est sous tension (politique et ethnique), il est tout à fait logique que les causes du déplacement déterminent l'intention de retour des IDPs. En effet, alors que la crise darfourienne est loin de trouver des solutions durables, les exactions des «janjaweeds», l'insécurité créée par les forces tchadiennes chargées du maintien de l'ordre et les conflits communautaires sont encore monnaie courante à l'Est du pays et cela empêche la reprise de la vie.

4.4.2. Conditions de vie dans le milieu d'accueil

A l'instar des causes de déplacement des IDPs, l'accès à l'eau potable dans le milieu d'accueil détermine les intentions des IDPs de retourner dans leurs villages d'origine avec une statistique r de 0,05 (tableau 4.5) confirmant l'association établie au niveau bivarié. Par rapport à leurs homologues ayant accès à l'eau potable, les IDPs n'ayant pas accès à cette denrée ont 30,0% moins de chance d'exprimer le désir de retourner dans leurs villages d'origine. Bien qu'elles n'ont pas accès à l'eau potable, ces IDPs n'ont pas exprimé le désir de retourner dans leurs villages peut être à cause de l'insécurité.

4.4.3. Caractéristiques individuelles des IDPs

Il ressort du tableau 4.5 que parmi les caractéristiques individuelles, seuls le sexe, l'ethnie et l'activité économique des IDPs déterminent leurs intentions de retour dans leurs villages d'origine.

a) Sexe

Il détermine l'intention de retour des IDPs avec une statistique r de 0,06 et cela confirme son association établie au niveau bivarié avec l'intention de retour. Ainsi, par rapport aux femmes déplacées, les hommes ont 47,0% plus de chance d'exprimer le désir de retourner

dans leurs villages d'origine. Autrement dit, les hommes ont plus l'intention de retourner dans leurs villages d'origine que les femmes. Cela peut s'expliquer par le fait que sur les sites des réfugiés et des IDPs, les femmes sont encadrées par les organisations humanitaires et bénéficient de quelques financements de leurs projets.

b) Ethnie

Tout comme le sexe, l'appartenance ethnique des IDPs déterminent leurs intentions de retourner dans leurs villages d'origine avec une contribution similaire à celle du sexe (0,06). Par rapport aux IDPs de l'ethnie dadjo, les IDPs de l'ethnie maba ont 65,0% moins de chance d'exprimer le désir de retourner dans leurs villages d'origine. De même, les IDPs de l'ethnie kadjaksé ont 39,0% moins de chance de manifester le désir de retourner dans leurs villages d'origine que leurs homologues de l'ethnie dadjo. En d'autre terme, les IDPs appartenant à l'ethnie dadjo ont plus l'intention de retourner dans leurs villages d'origine que les autres.

On peut tenter d'expliquer ce résultat par le fait que dans le contexte politique du pays, l'ethnie comme la religion a été instrumentalisée pour assouvir les ambitions politiques depuis l'indépendance.

c) Activité économique

Comme le sexe et l'ethnie, l'activité économique des IDPs détermine leurs intentions de retour dans leurs villages d'origine avec une statistique r de 0,06 (tableau 4.5). Ainsi, par rapport aux IDPs exerçant dans l'agriculture, les IDPs sans emploi ont 34,0% moins de chance de manifester le désir de retourner dans leurs villages d'origine. Autrement dit, les IDPs exerçant dans l'agriculture ont plus l'intention de retourner dans leurs villages d'origine que les IDPs exerçant dans d'autres secteurs d'activités.

Comme nous avons tenté d'expliquer au niveau bivarié, l'intention des IDPs dont l'activité économique est l'agriculture pourrait s'expliquer par le fait que l'accès aux terres cultivables dans les milieux d'accueil est difficile ou par leur simple attachement à la terre de leurs ancêtres. Elles préfèrent repartir chez elles où elles auront accès à leurs terres.

Tableau 4.5: Risques relatifs de l'acceptation de retour au village d'origine

Variables indépendantes

Rapport de chances de l'acceptation de retour au village d'origine

Effets nets des variables indépendantes

 

M1

M2

M3

M4

M5

M6

M7

M8

M9

Age

15-34 ans

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

35-59 ans

0,88ns

0,87ns

0,85**

0,85ns

0,85**

0,83**

0,83**

0,83**

0,83**

60 ans et +

0,93ns

0,93ns

0,91ns

0,90ns

0,90ns

0,90ns

0,91ns

0,90ns

1,09ns

Statistique r

0,00ns

0,00ns

0,00ns

0,00ns

0,00ns

0,02ns

0,02ns

0,01ns

0,01ns

Sexe

Masculin

1,51***

1,48***

1,42***

1,44***

1,43***

1,41***

1,42***

1,46***

1,47***

Féminin

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Statistique r

0,08***

0,07***

0,06***

0,06***

0,06***

0,06***

0,06***

0,06***

0,06***

Ethnie

Maba

0,31***

0,30***

0,30***

0,37***

0,32***

0,33***

0,32***

0,34***

0,35***

Massalit

0,80**

0,80**

0,79**

0,90ns

0,83ns

0,85ns

0,84ns

0,85ns

0,87ns

Dadjo

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Kadjaksé

0,56**

0,56**

0,57**

0,59**

0,59**

0,58**

0,58**

0,60**

0,61**

Moubu

0,72ns

0,72ns

0,72ns

0,80ns

0,81ns

0,76ns

0,77ns

0,77ns

0,78ns

Autre

0,79ns

0,79ns

0,78ns

0,89ns

0,85ns

0,87ns

0,87ns

0,91ns

0,91ns

Statistique r

0,08***

0,08***

0,08***

0,06***

0,06***

0,06***

0,06***

0,06***

0,06***

Etat matrimonial

Célibataire

 

0,84ns

0,88ns

0,87ns

0,88ns

0,93ns

0,92ns

0,92ns

0,91ns

Marié

 

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Divorcé/séparé

 

0,89ns

0,86ns

0,85ns

0,84ns

0,86ns

0,88ns

0,88ns

0,87ns

Veuf

 

0,83ns

0,80ns

0,79ns

0,79ns

0,81ns

0,83ns

0,84ns

0,83ns

Statistique r

 

0,00ns

0,00ns

0,00ns

0,00ns

0,00ns

0,00ns

0,00ns

0,00ns

Statut dans le ménage

Chef de ménage

 
 

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

Réf.

S/c du chef de ménage

 
 

0,85**

0,85**

0,85**

0,86**

0,87ns

0,88ns

0,88ns

Statistique r

 
 

0,02**

0,02**

0,02**

0,02**

0,02ns

0,01ns

0,01ns

Accès à l'eau potable

Oui

Non

Statistique r

 
 
 

Réf.

0,71***
0,05***

Réf.

0,71***
0,05***

Réf.

0,71***
0,05***

Réf.

0,71***
0,05***

Réf.

0,70***
0,05***

Réf.

0,70***
0,05***

Possession de terre cultivable

Oui

Non

Statistique r

 
 
 
 

1,26ns Réf.

0,00ns

1,20ns Réf.

0,00ns

1,23ns Réf.

0,01ns

1,22ns Réf.

0,01ns

1,24ns Réf.

0,01ns

Activité économique

Agriculture Commerce Sans emploi Autre

Statistique r

 
 
 
 
 

Réf.

0,85ns 0,66*** 0,81ns 0,06***

Réf.

0,85ns 0,65*** 0,77ns 0,06***

Réf.

0,85ns 0,67*** 0,77ns 0,06***

Réf.

0,84ns

0,66*** 0,77ns

0,06***

Niveau d'instruction

Aucun

Primaire

Statistique r

 
 
 
 
 
 

Réf.

1,05ns
0,00ns

Réf.

1,05ns
0,00ns

Réf.

1,05ns
0,00ns

Causes du déplacement

Prévention

Conflit communautaire Attaque des «janjaweeds» Force gouvernementale Statistique r

 
 
 
 
 
 
 

0,76ns
0,93ns

Réf.

0,34***
0,04***

0,79ns

0,94ns

Réf.

0,34***
0,04***

Perte de biens au moment de départ

Oui

Non

Statistique r

 
 
 
 
 
 
 
 

0,87ns Réf.

0,00ns

Khi-deux

82,16***

86,68***

91,06***

105,03***

109,08

134,86***

135,15***

151,05***

152,72***

Pouvoir prédictif (%)

55,89

55,97

56,91

57,33

57,38

57,80

57,69

57,71

58,17

Pseudo R2

0,022

0,024

0,025

0,029

0,030

0,037

0,037

0,041

0,042

***=probabilité <1% ; **=probabilité<5% ; ns=probabilité non significative

Source : Traitement des données de l'enquête IDPs de 2007.

Synthèse partielle

Nous pouvons retenir que les IDPs à l'Est du Tchad sont à majorité jeunes donc actifs (15-34 ans). Cette tranche d'âge représente 52,2% du total des IDPs à l'Est du pays. Selon l'état matrimonial, le niveau d'instruction, l'activité économique, le sexe et l'ethnie, les proportions les plus importantes s'observent respectivement chez les individus mariées, les sans niveau d'instruction, les agriculteurs, les femmes et les dadjo .

Au niveau bivarié, l'intention de retour des IDPs varie significativement selon le sexe, l'activité économique, les causes du déplacement, l'ethnie, l'accès à l'eau potable, l'état matrimonial, la perte de bien pendant la fuite et le statut dans le ménage des personnes à l'Est du pays. On observe les proportions les plus élevées des IDPs qui n'expriment pas le désir de retourner dans leurs villages d'origine respectivement parmi les femmes, les sans emploi, les maba, ceux qui fui les exactions des forces de l'ordre du pays, celles qui n'ont pas accès à l'eau potable, les divorcées, les IDPs vivant sous le couvert d'un chef de ménage et les IDPs n'ayant pas perdu de biens. L'intention de retour des IDPs ne varie pas significativement avec l'âge, le niveau d'instruction et la possession de terre cultivable.

Quant à l'analyse factorielle des correspondances multiples (AFCM), elle a mis en évidence deux groupes des IDPs à l'Est du pays. D'un côté le groupe des IDPs ayant l'intention de retourner dans leurs villages d'origine constitué des hommes mariés ou veufs, chefs de ménage, âgés entre 35-59 ans, exerçant dans l'agriculture, n'ayant aucun niveau d'instruction et ayant fui à cause des conflits communautaires. De l'autre côté, le groupe des IDPs constitué des femmes, célibataires vivant sous couvert des chefs de ménage, n'exerçant aucune activité économique ou exerçant dans le commerce, âgées entre 15 et 34 ans, ayant un niveau d'étude primaire, ayant fui à cause de l'insécurité créée par les forces gouvernementales et les exactions des «janjaweeds», n'ayant pas de terre cultivable dans leurs milieux d'accueil, ayant perdu des biens pendant la fuite, ayant accès à l'eau potable et appartenant aux ethnies dadjo et kadjaksé n'exprime pas le désir de retourner dans leurs villages d'origine.

Au niveau explicatif, l'analyse a montré que le sexe, l'ethnie, l'accès à l'eau potable, l'activité économique et les causes du déplacement sont des variables qui déterminent l'intention de retour des IDPs dans leurs villages d'origine.

CONCLUSION GENERALE ET RECOMMANDATIONS

L'objectif de cette étude était de contribuer à la connaissance des intentions de retour des IDPs en mettant à la disposition des décideurs politiques tchadiens et leurs partenaires, des indicateurs leur permettant de mieux préparer le retour des IDPs dans leurs villages d'origine. Elle visait spécifiquement à:

1. Déterminer les profils démographiques et socioéconomiques des IDPs selon leurs intentions de retour;

2. Identifier les déterminants des intentions de retour des IDPs dans leurs villages d'origine.

Pour mener à bien cette étude, nous avons fait une synthèse de revue de littérature sur les déterminants du retour de la migration forcée. Celle-ci nous a permis d'identifier deux types de milieu caractérisés par des contextes différents : le contexte du milieu de départ et le contexte du milieu d'accueil. Ceci nous a permis de postuler principalement que les contextes du milieu d'origine et du milieu d'accueil influencent directement les intentions des IDPs de retourner dans leurs villages d'origine ou par l'intermédiaire de leurs caractéristiques individuelles. Plus spécifiquement, nous avons formulé les hypothèses suivantes:

> H1 : Les IDPs marié(e)s ont plus de chance de manifester le désir de retourner dans leurs villages d'origine que les IDPs célibataires.

> H2 : Les IDPs exerçant dans l'agriculture ont plus de chance de manifester le désir de retourner dans leurs villages d'origine que les IDPs sans emploi.

> H3 : Les personnes déplacées de sexe masculin ont une propension plus grande à manifester le désir de retourner dans leurs villages d'origine que celles de sexe féminin.

> H4 : Les IDPs ayant accès à l'eau potable dans le milieu d'accueil ont plus de chance de ne pas manifester le désir de retourner dans leur village d'origine que celles qui n'ont pas accès.

> H5 : Les IDPs qui ont reçu un lopin de terre cultivable ont moins de chance d'exprimer le désir de retourner dans leurs villages d'origine que celles n'ayant pas reçu.

> H6 : Les IDPs ayant perdu leurs biens pendant la fuite ont moins de chance d'exprimer le désir de retourner dans leurs villages d'origine que celles qui n'ont rien perdu.

Ces hypothèses ont été testées à partir des données de l'enquête sur les IDPs à l'Est du Tchad réalisée en 2007 par de l'UNHCR. L'évaluation de la qualité de ces données nous a montré que les âges sont plus ou moins bien déclarés à l'exception des âges ronds et semironds. Pour les besoins de nos analyses, nous avons été conduit au lissage en regroupant ces années d'âges en trois (3) groupes d'âges: 15-34 ans, 35-59 ans et 60 ans et plus.

Après l'évaluation de la qualité des données, nous avons effectué deux types d'analyses (descriptive et explicative). Au niveau descriptif, nous avons utilisé l'analyse bivariée et l'analyse factorielle des correspondances multiples (AFCM). Cette dernière analyse nous a permis de catégoriser les IDPs selon leurs intentions de retour. Au niveau multivarié, nous avons choisi d'utiliser la régression logistique vue que notre variable dépendante à savoir « A l'intention de retourner au village d'origine » est qualitative et dichotomique.

Concernant les résultats obtenus, nos analyses soulignent des variations dans les intentions de retour des IDPs. L'analyse bivariée a montré que l'intention de retour varie significativement avec le sexe, l'activité économique, l'ethnie, le statut dans le ménage, l'état matrimonial et les causes du déplacement. En effet, 55,3% de femmes n'ont pas l'intention de retourner dans leurs villages d'origine. Selon l'activité économique, l'état matrimonial, le statut dans le ménage, l'ethnie, l'accès à l'eau potable et les causes du déplacement, la proportion la plus élevée des individus n'ayant pas l'intention de retourner dans leurs villages d'origine s'observe respectivement chez les sans emploi (59,3%), les divorcées (59,4%), les IDPs vivant sous couvert d'un chef de ménage (54,4%), les maba (75,7%), les IDPs n'ayant pas accès à l'eau potable (60,0%) et les IDPs ayant quitté l'insécurité créée par les forces gouvernementales (75,4%).

Ces résultats ont été confirmés en partie dans l'analyse factorielle des correspondances multiples. Ainsi, elle a mis en évidence deux groupes de personnes déplacées à l'Est du pays. D'un côté le groupe des IDPs ayant l'intention de retourner dans leurs villages d'origine constitué des hommes mariés ou veufs, chefs de ménage, âgés entre 35-59 ans, exerçant dans

l'agriculture, n'ayant aucun niveau d'instruction et ayant fui à cause des conflits communautaires. De l'autre côté, le groupe des IDPs constitué des femmes, célibataires vivant sous couvert des chefs de ménage, n'exerçant aucune activité économique ou exerçant dans le commerce, âgées entre 15 et 34 ans, ayant un niveau d'étude primaire, ayant fui à cause de l'insécurité créée par les forces gouvernementales et les exactions des «janjaweeds», n'ayant pas de terre cultivable dans leurs milieux d'accueil, ayant perdu des biens pendant la fuite, ayant accès à l'eau potable et appartenant aux ethnies dadjo et kadjaksé N'a pas le désir de retourner dans leurs villages d'origine.

Au niveau multivarié, les résultats de l'analyse montrent que le sexe, l'ethnie, l'accès à l'eau potable, l'activité économique et les causes du déplacement sont les déterminants de l'intention de retour des IDPs. En effet, par rapport aux IDPs de sexe féminin, celles de sexe masculin ont 47,0% plus de chance d'exprimer le désir de retourner dans leurs villages d'origine. Autrement dit, les IDPs hommes ont plus l'intention de retourner dans leurs villages que les femmes. Ainsi, notre hypothèse H3 à savoir « Les personnes déplacées de sexe masculin ont une propension plus grande à manifester le désir de retourner dans leurs villages d'origine que celles de sexe féminin » est vérifiée. Par rapport aux IDPs appartenant à l'ethnie dadjo, les IDPs de l'ethnie maba et kadjaksé ont respectivement 65,0% et 39,0% moins de chance d'exprimer le désir de retourner dans leurs villages d'origine. Par rapport à l'accès à l'eau potable, les IDPs n'ayant pas accès à cette denrée ont 30,0% moins de chance de manifester le désir de retourner dans leurs villages d'origine que leurs homologues ayant accès à cette denrée. Ceci infirme notre hypothèse H4 qui postule que « Les IDPs ayant accès à l'eau potable ont plus de chance de ne pas manifester le désir de retourner dans leur village d'origine que celles qui n'ont pas accès ». De même, les IDPs ayant fui leurs villages d'origine à cause de l'insécurité créée par les forces gouvernementales ont 66,0% moins de chance de manifester le désir de retourner dans leurs villages d'origine que les IDPs dont la cause principale de leurs déplacements est l'exaction des «janjaweeds». Selon l'activité économique, les IDPs sans emploi ont 34,0% moins de chance de manifester le désir de retourner dans leurs villages d'origine que les IDPs exerçant dans l'agriculture. Autrement dit, les IDPs exerçant dans l'agriculture ont plus l'intention de retourner dans leurs villages d'origine que les sans emploi. Cela confirme notre hypothèse H2 qui postule que « les IDPs exerçant dans l'agriculture ont plus de chance de manifester le désir de retourner dans leurs villages d'origine que celles qui sont sans emploi ». Les variables comme l'état matrimonial et le statut dans le ménage qui étaient significatives au niveau bivarié sont devenues non

significatives au niveau de l'analyse multivariée. Ainsi, après introduction du niveau d'instruction dans l'analyse, la variable statut dans le ménage a cessé d'être significative. On peut dire que le statut dans les ménages des IDPs détermine leurs intentions de retour via leurs niveaux d'instruction. Tandis que l'âge, l'état matrimonial, la possession de terre cultivable, le niveau d'instruction et la perte de biens pendant la fuite sont restés non significatifs dans tous les modèles, ce qui fait que les trois (3) autres hypothèses n'ont pas été vérifiées.

Ainsi, les déterminants des intentions de retour des IDPs dans leurs villages d'origine sont : l'activité économique (0,06), le sexe (0,06), l'ethnie (0,06), l'accès à l'eau potable (0,05) et les causes du déplacement (0,04). Puisqu'il s'agit de l'étude des intentions, ces résultats peuvent changer en présence d'autres facteurs et ne doivent par conséquent pas être considérés comme définitifs.

Malgré le fait que nous soyons parvenus à des résultats importants, nous notons toutefois que cette étude souffre de quelques insuffisances:

> La première est celle de la qualité de données sur l'âge. En effet, l'âge étant une variable importante dans une analyse démographique, sa qualité s'est révélée défectueuse. Bien que nous ayons regroupé ces âges en trois (3) groupes, cela est susceptible d'influencer les résultats des analyses.

> La seconde est celle liée à l'absence d'informations relatives aux ménages dans les milieux d'accueil et celles relatives aux milieux d'origine. Cela a réduit nos analyses au niveau des individus. Les études futures devraient en tenir compte du fait que cela pourrait améliorer la compréhension des déterminants des intentions de retour en période de conflit en général et à l'Est du Tchad en particulier. Cela s'avère nécessaire puisqu'au Tchad le déplacement forcé est monnaie courante depuis l'indépendance.

Mais ces limites n'entravent cependant pas la qualité scientifique de ce travail. Ainsi, au vu des résultats obtenus, nous formulons les recommandations suivantes:

Au Gouvernement de la République du Tchad

> Créer des conditions favorables (sécurité) pour garantir l'activité des IDPs dans leurs villages d'origine.

n Aux organisations humanitaires

> Mener des campagnes de sensibilisation auprès des femmes déplacées appartenant aux ethnies maba et kadjaksé sans emploi ayant accès à l'eau potable;

> Promouvoir l'auto emploi des personnes déplacées en mettant à leur disposition des fonds d'investissement pour faciliter leur réinsertion au retour.

n A la communauté scientifique

Compte tenu des limites de notre étude, nous recommandons la multiplication de la collecte d'informations sur les IDPs au Tchad. Les autorités nationales compétentes, de concert avec les associations de la société civile, les institutions universitaires et les organisations internationales, devraient conjuguer leurs efforts pour la connaissance des besoins des IDPs et des communautés hôtes.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

1. Ouvrages généraux

1° Al MOUNA (Centre culturel), Conflit Nord Sud, Mythe ou réalité?, publication du Centre culturel Al Mouna, N'Djaména (Tchad), 1996, 78p.

2° CHAPELLE J., Le peuple tchadien, ses racines et sa vie quotidienne, l'Harmattan, Paris (France), 1986, 304p.

3° GRAZIELLA C. et al., Les déterminants de la migration, Démographie: analyse et synthèse IV, INED, Paris (France), 2003, 225p.

4° GUBRY P., S. B LAMLENN., E. NGWE., Le Retour au village : une solution à la crise économique au Cameroun?, L'Harmattan - IFORD - CEPED, Paris (France), 1996, 206p.

5° GUILLON M. et SZTOKMAN N., Géographie mondiale de la population, 2e éd., Paris (France), 2004, 287p.

6° LEMOINE T., Tchad 1960-1990, Trente années d'indépendance, Lettres du monde, Paris (France), 1997, 398p.

7° LUTUTALA (M.), Les migrations en Afrique centrale: caractéristiques, enjeux et rôles dans l'intégration et le développement des pays de la région, Kinshasa (RDC), 2007, 27p.

8° MAGRIN G., Le sud du Tchad en mutation. Des champs de coton aux sirènes de l'or noir. Sépia-Cirad, Paris (France), 2001, 427p.

9° UNHCR, Les réfugiés dans le monde: en quête de solutions, La découverte, Paris (France), 1995, 263p.

2. Ouvrages spécifiques

1° BREYE C., Les aménagements hydro-agricoles au Tchad : des tentatives de réduction des crises alimentaires (exemple du périmètre irrigué de Mara), Mémoire de maîtrise en géographie, Université de N'Djaména (Tchad), 2004, 80p.

2° GLOBAL IDP Project Internal displacement, A Global Overview of Trends and Developments in 2003, Geneva (Suisse), 2004, ( www.idpproject.org/press/2004/Global_Overview.pdf).

3° UNHCR, Les personnes déplacées internes, questions et réponses, Genève (Suisse), 2006,16p.

4° KHASSIM D., S. Enda, «Real-time evaluation of UNHCR's IDP operation in Eastern Chad», Rapport d'activité, Genève (Suisse), 2007, 12p.

5° LUTUTALA (M.) - Dynamique des migrations au Zaïre: le réseau de Kinshasa - Thèse de Démographie, Université de Montréal (Canada), 1987, 428p.

6° MEITE (I.) - Intention de retour des personnes déplacées internes de guerre en Côte d'Ivoire: Recherche des déterminants - Mémoire de DESSD, IFORD, Université de Yaoundé II (Cameroun), 2007, 102p.

7° MPAKO F, Déplacés internes au Tchad: coincés entre la guerre civile et la crise soudanaise du Darfour - Rapport de mission, Genève (Suisse), 2007, 31p.

8° MSF, Rapport d'activité 2006, N'Djaména (Tchad), 2006, 42p.

9° NATIONS UNIES, Etat de la pauvreté humaine au Tchad 2000-2004, N'Djaména (Tchad), 2004, 74p.

10° PAM, Rapport finale de l'enquête sur les capacités d'autosuffisance alimentaire des réfugiés Soudanais, des personnes déplacées et des populations hôtes à l'Est du Tchad, N'Djaména (Tchad), 2007, 50p.

11° UNCHR et al., Rapport final de l'enquête auprès des personnes déplacées à l'Est du Tchad - profiling des IDPs -, N'Djaména (Tchad), 2007, 105p.

3. Articles, périodiques et chapitres d'ouvrages

1° BAYLIS J., «International Security in the Post-Cold War Era» in John Bayllis and Steve Smith, The Globalization of World Politics: an Introduction to International Relations, Oxford University Press, New York (USA), 1997, pp.193-211.

2° CENTRE D'ETUDES SUR LES REFUGIES, « L'éducation dans les situations d'urgence: l'apprentissage pour un futur paisible », in MIGRATIONS FORCEES, Université d'OXFORD (Royaume Uni), n°22, février 2005, 44p.

3° CENTRE D'ETUDES SUR LES REFUGIES, « Mettre en lumière les personnes déplacées de l'intérieur: réussite et défis en hommage au travail de Roberta Cohen », in MIGRATIONS FORCEES, Université d'OXFORD (Royaume Uni), n° spécial mars 2007, 32p.

4° CENTRE D'ETUDES SUR LES REFUGIES, « Déplacés internes: l'avenir en matière de protection et d'assistance » in MIGRATIONS FORCEES, Université d'OXFORD (Royaume Uni), n° supplémentaire, décembre 2005, 32p.

5° CENTRE D'ETUDES SUR LES REFUGIES, « Soudan: espérances pour la paix » in MIGRATIONS FORCEES, Université d'OXFORD (Royaume Uni), n°24, décembre 2005, 76p.

6° CENTRE D'ETUDES SUR LES REFUGIES, « Les violences sexuelles : arme de guerre, entrave à la paix » in MIGRATIONS FORCEES, Université d'OXFORD (Royaume Uni), n°27, mars 2007, 80p.

7° CENTRE D'ETUDES SUR LES REFUGIES, « Déplacement palestinien: un cas d'exception? » in MIGRATIONS FORCEES, Université d'OXFORD (Royaume Uni), n°26, décembre 2006, 72p.

8° DEBOS M., « Les limites de l'accumulation par les armes. Itinéraires d'ex-combattants au Tchad », in Politique africaine, Paris (France), 2008, pp.23-37.

9° FIDH, Rapport de mission au Darfour, Genève (Suisse), 27p.

10°GIBBAL J.-M., « Le retour au village des nouveaux citadins », in Cahiers d'études africaines, Grenoble (France), n°51, 1973, pp.549-574.

11° GUIMAPI C., « Les migrants de retour dans les villages du Cameroun de l'Ouest », in T. EGGERICKX, C. GOURBIN, Populations et défis urbains, Academia Bruylant - L'Harmattan, Louvain-La-Neuve (Belgique), 2003, pp.237-256.

12° KLEIN M., « La problématique tchadienne », in Marchés tropicaux et méditerranéens, n° 2619, [S.l], 1996/01/19, pp.104-106.

13° KRAUSE K./WILLIAMS M. C., « From Strategy to Security: Foundations of Critical Security Studies» in KRAUSE Keith/WILLIAMS Michael C. (ed.), Critical Security Studies, University of Minnesota Press, Minneapolis (USA), 1997, 171p.

14° MAGRIN G., « Un Sud qui perd le Nord. Les récents enjeux de la fracture tchadienne », in Bulletin de l'Association des Géographes Français (BAGF), Paris (France) juin 2002, pp.85-198.

15° MASCRÉ D., « Course aux hydrocarbures, crise du Darfour, déstabilisation régionale: Le Tchad entre jeux pétroliers et jeux guerriers », in Géopolitique africaine, Paris (France), 2007, 24p.

16° MUMPASI B., M. LUTUTALA, « Les migrations africaines dans le contexte socioéconomique actuel », in Sociologie de la population, PUF, Paris (France), 1995, pp.391- 416.

17° POSEN, BARRY, R., «The Security Dilemma and Ethnic Conflict», in Ethnic Conflict and International Security, N.J., Princeton University Press, Princeton (USA), 1993, pp.103- 107.

18° RALLU J.-L, « L'étude des migrations de retour », in J. V. GRAZIELLA C., G. Wumsch, Oaris, Les déterminants de la migration, Démographie: analyse et synthèse. Volume IV, INED, Paris (France), 2003, pp.199-209.

19° RIOUX J.F, « Civils et militaires dans les opérations de paix de seconde génération » in DAVID Charles-Philippe, RIOUX Jean-François et VALIENTE Francisco-José, Repenser la consolidation de la paix: Fondements, Intervenants, Rapprochements, Rapport du Groupe de recherche sur les interventions de paix dans les conflits intraétatiques, [S.l], Octobre 1998, pp.25-59.

20° RONAN B., D. BLEY, N. VERNAZZA-LICHT, « Processus migratoire et qualité de vie. L'exemple des migrants retournés au village dans une zone forestière du Sud-Cameroun », in S. Bahuchet, et al., L'homme et la forêt tropicale, Bergier, Marseille (France), 1992, pp.159- 173.

21° VALIENTE F.J., « L'intervention civile internationale dans le cadre de la consolidation de la paix » in DAVID Charles-Philippe, RIOUX Jean-François et VALIENTE FranciscoJosé Repenser la consolidation de la paix: Fondements, Intervenants, Rapprochements, Rapport du Groupe de recherche sur les interventions de paix dans les conflits intraétatiques, [S.l], Octobre 1998, pp.25-59.

4. Sites Internet

http://www.ialtchad.net

http://www.ceped.com

http://www.tchadculture.net

http://www.internal-displacement.org

5° http:/ cgi.cvm.qc.ca/IPMSH

http://www.ceri-sciences-po.org

http://echogeo.revues.org/document2061.html.

8° Géraud Magrin, «Tchad 2008», EchoGéo, Sur le vif 2008, 2008, [En ligne], mis en ligne le 13 mars 2008. URL: disponible sur: http://echogeo.revues.org//index2249.html. Consulté le 05 juin 2008.

9° http://www.migrationforcee.org/

10° www.idpproject.org

ANNEXES

Annexe 1 : questionnaire d'enquête auprès des personnes déplacées à l'est du Tchad

QUESTIONNAIRE INDIVIDUEL

0. IDENTIFICATION DU QUESTIONNAIRE

Q001

Numéro du questionnaire

|___|___|___|___|

 

Nom de l'enquêteur :

 

Nom et visa du contrôleur :

Nom et visa du superviseur :

Date de l'interview : /___/___/___/___/2007

J J M M

CONFIDENTIEL

I. IDENTIFICATION DE L'INDIVIDU DANS LE MENAGE

Q101

Département et sous-préfecture d'accueil

Département d'Assoungha

11. Adré 12. Borota 13. Hadjer-Hadid 14. Mabrone 15.Molou

Département de Djourf-Al-Ahmar

21. Am-Dam 22. Houich 23.Mabrone

Département de Ouara

31. Abéché 32. Abdi 33. Abougoudam 34. Amléyouna 35. Bourtail 36. Chokoyan

Département de Dar Sila

41. Adé 42. Goz-Beïda 43. Koukou-Angarana 44. Mogororo 45.

Tissi

|___|___|

Q102

Nom du site/camp

1. Abdi 6. Aradib/Goz Amer 11. Koubigou

2. Alacha 7. Gassiré

3. Goungour 8. Gorounkoun

4. Goz Bagar 9. Habilé

|___|___|

 

5. Kerfi 10. Koloma

 

Q103

Type du site ou camp

1. Site spontané

2. Site permanent

|___|

Q104

Numéro du ménage (numéro du jeton du ménage)

|___|___|___|___|

Q105

Nom du village d'origine

 
 

Q106

Nom du canton d'origine

 
 

Q107

Département et sous-préfecture d'origine

Département d'Assoungha

11. Adré 12. Borota 13. Hadjer-Hadid 14. Mabrone 15.Molou

Département de Djourf-Al-Ahmar

21. Am-Dam 22. Houich 23.Mabrone

Département de Ouara

31. Abéché 32. Abdi 33. Abougoudam 34. Amléyouna 35. Bourtail 36. Chokoyan

Département de Dar Sila

41. Adé 42. Goz-Beïda 43. Koukou-Angarana 44. Mogororo 45.

Tissi

|___|___|

II. CARACTERISTIQUES DEMOGRAPHIQUES ET CULTURELLES DU REPONDANT

Q201

Lien de parenté (ou statut) de l'enquêté(e) dans le ménage

1. Chef de ménage

2. Epoux(se) du chef de ménage

3. Enfant du CM

4. Autre lien

|___|

Q202

Sexe de l'enquêté(e)

1. Masculin

2. Féminin

|___|

Q203

Age de l'enquêté(e)

99. ND

|___|___|

Q204

Ethnie de l'enquêté(e)

1. Maba 5. Hadjara 9. Kadjaksé

2. Massalit 6. Zagawa 10. Moubu

3. Tribu arabe 7. Autre

4. Assongori 8. Dadjo

|___|

Q205

Etat matrimonial de l'enquêté(e)

1. Célibataire

2. Marié monogame

3. Marié polygame

4. Veuf(ve)

|___|

 

5. Divorcé(e)/Séparé( e)

 

Q206

Niveau d'instruction de l'enquêté(e)

1. Aucun

2. Primaire

3. Secondaire et plus

4. Ecole coranique

|___|

Q207

Occupation principale de l'enquêté (e)

1. Agriculteur(trice) 5. Femme au foyer

2. Eleveur (pasteur) 6. Personnes âgées

3. Commerçant(e) 7. Autre

4. Sans emploi 8. Elève

|___|

III. INFORMATIONS SUR LE VILLAGE D'ORIGINE OU LE DERNIER LIEU DE RESIDENCE AVANT D'ARRIVER AU SITE/CAMP

Q301

Quand est-ce que vous êtes arrivé dans ce site/camp ?

|__|__|__|__|__|__| J J M M A A

 

Où habitiez-vous juste avant de venir vous installer dans ce site/camp ?

 
 

Q302

1. Village d'origine 4 Aller à Q304

 

|___|

 

2. Un autre site

 
 
 
 

Quel est le nom de ce site ?

 
 

Q303

 
 
 
 
 
 
 
 

Quand est-ce que vous vous êtes installé dans ce site/camp actuel ?

 
 

Q304

1. Moins de 6 mois 2. Six (6) mois ou plus

 

|___|

 

Quelle est la principale cause de votre déplacement ?

 
 
 

1. Préventive

 
 
 

2. Conflits avec communautés voisines

 
 

Q305

3. Attaque du village par les «janjaweeds»

 
 
 

4. Exactions d'éléments appartenant aux forces gouvernementales

 

|___|

 

5. Insécurité créée par les affrontements entre forces gouv. et rebelles

 
 
 

6. Décision de l'autorité administrative ou militaire

 
 
 

7. Réunification familiale (individu rejoignant sa famille)

 
 
 

8. Raisons économiques (assistance humanitaire : Pull factors)

 
 
 
 

Qu'avez-vous perdu dans cette situation ?

 
 
 

Oui Non

 
 
 

1. Un/certains membres de la famille 1 2

 

|___|

 

Q306

2. Maison 1 2

 

|___|_

 
 

3. Biens matériels 1 2

 

|___|_

 
 

4. Champs 1 2

 

|___|

 
 

5. Moyen de transport (chameau/Ane) 1 2

 

|___|_

 
 

6. Bétail (bovins, ovins, etc.) 1 2

 

|___|_

 
 

Lors de votre déplacement, avez-vous emmené vos affaires personnelles avec

 
 
 

Q307

vous ?

 

|___|

 
 

1. Oui

 
 
 

2. Non 4 Aller à Q309

 
 
 
 

Lesquels ?

 
 

Q308

Oui Non

 
 
 

1. Biens matériels 1 2

 

|___|

 

2. Moyen de transport (chameau/Ane) 1 2

 

|___|

 

3. Bétail (bovins, ovins, etc.) 1 2

 

|___|

 

Q309

Qu'est ce qui a principalement motivé le choix de ce site d'installation ?

1. Proximité du village d'origine (culture, récolte,...)

2. Lieu d'installation des membres de famille

3. Présence des agences humanitaires (pull factors)

4. Garantie de sécurité

|___|

Q310

Avez-vous des parents qui sont restés dans votre village d'origine ?

1. Oui

2. Non

|___|

Q311

Avez-vous des nouvelles sur l'état sécuritaire de votre village d'origine ?

1. Oui

2. Non 4 Aller à Q313

|___|

Q312

Si oui, lesquelles ?

1. Persistance de l'insécurité

2. Accalmie et reprise progressive de la vie

3. Nouvelles sur les parents restés au village

|___|

Q313

Avez-vous effectué des visites au village d'origine ?

1. Oui

2. Non 4 Aller à Q315

|___|

Q314

A quand remonte votre dernière visite ?

|__|__|__|__|__|__| J J M M A A

Q315

Avez-vous participé à un exercice de dénombrement (recensement) dans ce site ?

1. Oui

2. Non 4 Aller à Q401

|___|

Q316

Quand est-ce que cette opération de dénombrement a-t-il eu lieu ?

| | | | | | |

J J M M A
A

Q317

Par qui était-elle réalisée ?

1. Chef du village

2. Autorités administratives, politiques ou militaires

3. Agences humanitaires

4. Ne sait pas

|___|

Q318

Qui était dénombré lors de ce dénombrement ? (Méthode utilisée)

1. Chef de famille

2. Chaque membre de famille

|___|

IV. CONDITIONS DE VIE DANS LE SITE 4.1. Assistance

Q401

Avez-vous déjà reçu la visite d'une autorité administrative, politique ou militaire ?

1. Oui 2. Non

|___|

Q402

Avez-vous déjà reçu la visite d'une agence humanitaire ?

 
 

1. Oui 2. Non

|___|

 

Depuis votre arrivée dans ce site, quels sont les acteurs humanitaires qui vous ont assisté ?

 
 

Oui Non

 
 

1. Gouvernement/Autorités locales 1 2

|___|

Q403

2. Agences des Nations Unies 1 2

|___|

 

3. ONGs internationales 1 2

|___|

 
 

4. ONGs locales 1 2

5. Communautés hôtes 1 2

6. Confessions religieuses 1 2

7. Initiatives privées (bienfaiteurs) 1 2

 

|___| |___| |___| |___|_

 
 

Dans quels secteurs avez-vous été assistés ? Comment avez-vous été assisté ?

 
 
 
 

Oui Non

 

|___|

 
 

1. Assistance alimentaire (vivres) 1 2

 

|___|

 
 

2. Assistance non alimentaire (bâches, nattes, savons, etc.) 1 2

 

|___|

 
 

3. Kit d'eau 1 2

 

|___|

 

Q404

4. Vêtements 1 2

 

|___|

 
 

5. Soins de santé/Médicaments 1 2

 

|___|_

 
 

6. Education 1 2

 

|___|_

 
 

7. Assainissement (latrines, évacuation des ordures) 1 2

 

|___|

 
 

8. Terres cultivables 1 2

 

|___|_

 
 

9. Crédit pour les AGR 1 2

 

|___|_

 
 

10. Bois de chauffe 1 2

 

|___|

 
 

Quels types de vivres avez-vous reçus ?

 
 

Oui Non

 
 

1. Mil/Farine de mil 1 2

 

|___|

 

Q405

2. Farine de blé 1 2

 

|___|

 
 

3. Farine de soja 1 2

 

|___|

 
 

4. Riz 1 2

 

|___|_

 
 

5. Boîtes de conserve de sardine 1 2

 

|___|

 
 

6. Huile 1 2

 

|___|

 
 

7. Savons 1 2

 

|___|

 
 

8. Sucre/sel 1 2

 

|___|_

 
 

Combien de temps ces vivres ont-ils couvert les besoins alimentaires du

 
 
 

Q406

ménage ?

 

|___|

 
 

1. Une semaine

 
 

2. 2 à 4 semaines

 
 

3. 1-2 mois

 
 

Q407

Avez-vous vendu une partie de l'assistance reçue ?

 
 

1. Oui 2. Non -) Aller à Q409

|___|

 

Pourquoi ?

 

Q408

1. Besoin d'argent

|___|

 

2. Nécessité alimentaire

 
 

4.2. Abris et latrines

 

Dans quel état se trouve votre abri actuel ?

 
 

1. Aucun

 

Q409

2. Précaire

|___|

 

3. Nécessite une toiture

 
 

4. Passable/Acceptable

 

Q410

Avez-vous des latrines ?

 
 

1. Oui 2. Non 4 Aller à Q412

|___|

 

Combien des ménages utilisent ces latrines ?

 

Q411

97. Plusieurs ménages

|___|___|

 

98. Tous les ménages

 
 

4.3. Terre

Q412

Depuis que vous êtes installés dans ce site, est-ce que la communauté hôte vous a donné un lopin de terre pour cultiver ?

1. Oui 2. Non --) Aller à Q417

|___|

Q413

Avez-vous (ou votre famille) cultivé la terre ?

 
 

1. Oui 2. Non --) Aller à Q417

|___|

 

Quels produits avez-vous semé ?

 
 

Oui Non

 

Q414

1. Céréales 1 2

|___|

 

2. Légumineuses 1 2

|___|

 

3. Autre 1 2

|___|

 
 

Auprès de qui avez-vous obtenu les semences ?

 
 

1. Gouvernement/Autorités locales

 

Q415

2. PAM

|___|

 

2. Communautés hôtes

 
 

3. ONGs internationales

 
 

4. ONGs nationales

 
 
 

Avez-vous partagé les produits récoltés avec la communauté hôte ?

 

Q416

 

|___|

 

1. Oui 2. Non

 

4.4. Soins de santé/médicaments

 

Où est-ce vous (ou les membres de votre ménage) vous faites soigné ?

 
 
 

Oui Non

 

|___|

 
 

1. Poste/Centre de santé du site 1 2

 

|___|

 

Q417

2. Centre de santé hors du site 1 2

 

|___|

 
 

3. Hôpitaux de référence 1 2

 

|___|_

 
 

4. Tradipraticien/Guérisseur traditionnel 1 2

 

|___|_

 
 

5. Automédication 1 2

 

|___|

 

Q418

Y a-t-il de cas de violences sexuelles subies par les jeunes filles et/ou les femmes de ce site ?

 
 
 

1. Oui

 

|___|

 

2. Non --) Aller à 420

 
 
 

3. Ne sait pas 4 Aller à 420

 
 
 

Q419

Est-ce que les victimes portent plaintes auprès des juridictions compétentes ?

 
 
 

1. Oui

 

|___|

 

2. Non

 
 
 

4.5. Education

Q420

Est-ce que vos enfants vont à l'école ? 1. Oui 4 Aller à Q423 2. Non

 
 
 

|___|

Q421

Est-ce qu'ils allaient à l'école dans le village d'origine ?

 
 

1. Oui 2. Non -) Aller à Q423

|___|

 

Quelle est la principale raison pour laquelle ils ne vont pas à l'école sur le site

 
 

?

 
 

1. Manque d'école sur le site

 

Q422

2. Manque de place

|___|

 

3. Eloignement de l'école

 
 

4. Travaux ménagers

 
 

5. Mariage

 
 

6. Enrôlement (camp, armée)

 
 

7. Enrôlement autodéfense

 
 

4.6. Eau

Q423

Avez-vous accès à une eau potable ?

1. Oui 2. Non -) Aller à Q426

|___|

Q424

Cette eau est-elle suffisante pour la famille ? 1. Oui 4 Aller à Q501 2. Non

|___|

Q425

Pourquoi ?

1. Pas assez de jerrycans/seau

2. Eloignement de la source d'approvisionnement

3. Manque de moyen de transport (Ane, chameau, Bicyclette)

4. Etat de santé ou âge (vulnérabilité)

Aller à Q501 après avoir répondu à la cette question Q425

|___|

Q426

Quelle est la source d'eau que vous utilisez ?

1. Puits traditionnels

2. Eau de surface

3. Forage

|___|

V. ORGANISATION COMMUNAUTAIRE

Q501

Est-ce que le chef de votre village d'origine est présent dans ce site/camp ? 1. Oui -) Aller à Q503 2. Non

|___|

 

Où réside-t-il actuellement ?

 
 
 

Q502

1. Resté au village d'origine

 
 

|___|

 

2. Dans un autre site/camp

 
 
 
 

3. Je ne sais pas

 
 
 
 

Q503

Participez-vous à la vie communautaire ?

 
 
 
 

1. Oui 2. Non -) Aller à Q505

 
 

|___|

 

Sur quels sujets ?

 
 
 
 
 

Oui

Non

 
 

1. Terres cultivables

1

2

 

|_

__|

 
 

2. Eau

1

2

 

|_

__|

 

Q504

3. Santé

1

2

 

|___|_

 
 
 

4. Ecole/Education

1

2

 

|___|_

 
 

5. Sécurité

1

2

 

|_

__|

 
 

6. Conflits ethnique

1

2

 

|___|_

 
 
 

7. Questions sociales (mariages, enfants)

1

2

 

|___|_

 
 

8. Religion

1

2

 

|_

__|

 
 

9. Problèmes liés au retour 1 2

|___|
|___|

 

Aller à Q601 après avoir répondu à cette question Q504

 
 

Si non, pourquoi ne participez-vous pas à la vie communautaire ?

 
 

Oui Non

 

Q505

1. Je ne suis pas intéressé/Pas de temps 1 2

|___|

 

2. On ne m'associe pas (exclusion) 1 2

|___|

 

3. Présence du représentant de notre village 1 2

|___|

 

VI. TAXES ET AMENDES

Q601

Payez-vous des taxes ou des amendes depuis votre arrivée dans le site ? 1. Oui 2. Non 4 Aller à Q604

 

|___|

 

Q602

Comment se fait le paiement ?

Oui Non

 

|___

|

 

1. En espèce 1 2

 

|___|_

 
 

2. Une partie du bétail 1 2

 

|___

|

 

3. Une partie de la récolte 1 2

 

|___

|

 

4. Une partie de non vivres 1 2

 

|___|_

 

Q603

Qui exige les taxes/amendes ?

 
 

Oui Non

 
 

1. Bandes armées 1 2

|___|

 

2. Rebelles 1 2

|___|

 

3. janjaweeds 1 2

|___|

 

4. Forces armées 1 2

|___|

 

5. Autorités 1 2

|___|

 
 

Aller à Q701 Aller après avoir répondu à cette question Q603

 

Q604

Quelle a été la conséquence pour n'avoir pas payé les taxes/amendes ?

 
 

Oui Non

 
 

1. Travaux forcés 1 2

 

|___|

 
 

2. Violence physique (bastonnade, torture,...) 1 2

 

|___|

 
 

3. Violence morale 1 2

 

|___|

 
 

4. Enrôlement forcé 1 2

 

|___|_

 
 

5. Arrestation/Détention 1 2

 

|___|

 
 

6. Aucune (personne ne m'a demandé) 1 2

 

|___

|

Q605

Avez-vous porté plainte ?

 
 
 
 

1. Oui

 

|___|_

 
 

2. Non 4 Aller à Q607

 
 

A quelle juridiction la plainte a-t-elle été portée ?

 
 

1. Chef du village

 
 

2. Chef de canton

 
 

3. Comité

 

Q606

4. Gendarmerie

|___|

 

5. Sous-préfet/Préfet

 
 

6. Cour/Tribunal

 
 
 

Aller à Q701 après avoir répondu à cette question Q606

 
 

Sinon, pourquoi ?

 

Q607

1. Ignorance (je ne connais pas mes droits)

|___|

 

2. Pression de la communauté

 
 

3. Pression des autorités administratives

 
 

VII. INTENTION DE RETOURNER AU VILLAGE D'ORIGINE ET PERSPECTIVES

Q701

Avez-vous l'intention de retourner vous installer au village d'origine ?

1. Oui

2. Non Si Q701=2 ou 3 4 Aller à Q703

3. Ne sait pas

 

|___|

 

Si oui, quelle serait la principale raison de ce retour prévisionnel ?

 
 
 

1. Sécurité rétablie dans le village d'origine

 
 
 

2. Rejoindre la famille au village d'origine

 
 

Q702

3. Insécurité dans le site

 

|___|

 

4. Manque de terre cultivable dans le site

 
 
 

5. Manque d'assistance sur le site

 
 
 
 

FIN DE L'ENTREVUE

 
 
 

Quelles conditions vous faut-il réunir pour que vous retourniez au village d'origine ?

 
 
 

Oui Non

 

|_

__|

 
 

1. Amélioration des conditions sécuritaires 1 2

 

|___|_

 

Q703

2. Présence des autorités 1 2

 

|___|_

 
 

3. Réparation des biens perdus 1 2

 

|_

__|

 
 

4. Reconstruction des abris 1 2

 

|_

__|

 
 

5. Réhabilitation des infrastructures de santé 1 2

 

|___|_

 
 
 

6. Réhabilitation des infrastructures scolaires 1 2

 

|_

__|

 
 

7. Accès aux terres cultivables 1 2

 

|_

__|

 
 

8. Accès à l'eau (puits, forages) 1 2

 

|___|_

 
 

FIN DU QUESTIONNAIRE

Annexe 2 : Principe du modèle de régression logistique et paramètres descriptifs

A) Principe

Soit Y la variable dépendante et X une variable indépendante, le modèle de régression logistique dichotomique peut s'écrire :

P(Y) = e (B0+B1 X) /1+ e (B0+B1X).

Cette équation est l'équivalence de :

P(Y) = 1 / 1+ e - (B0+vX).

P(Y) est la probabilité pour une personne déplacée de refuser de retourner dans le lieu d'origine ; B0 et B1 étant des coefficients estimés à partir des données. Ainsi, pour plusieurs variables indépendantes, le modèle devient :

P(Y) = e Z /1+ e Z ou simplement P(Y) = 1 / 1+ e - Z. Avec Z = B0 + B1*X1 + B2*X2 + ... + Bi*Xi, une combinaison des variables indépendantes. L'estimation des autres paramètres se fera par la méthode de vraisemblance.

B) Paramètres descriptifs

Les résultats obtenus par le modèle peuvent être interprétés en termes de coefficients Zi résultant de la combinaison linéaire des variables indépendantes affectées des coefficients Bi, ou en termes de probabilités ou de proportions que ces coefficients impliquent. On peut aussi les interpréter en terme de chances (odd) ou de risque relatifs des paramètres qui sont en fait des exponentiels des coefficients Zi.

Odd = Pi / (1- Pi)= eZi

Le signe et la grandeur des paramètres Zi associés aux différentes modalités d'une seule variable indépendante qualitative montrent le sens de la relation entre la modalité ou la variable et le phénomène étudié (ici l'intention de retourner au village d'origine). Pour une variable indépendante donnée, l'ordre de grandeur de Zi exprime l'effet de la modalité i par rapport aux autres catégories sur le caractère que l'on cherche à expliquer.

Ainsi par exemple, une valeur positive de Zi indique pour la caractéristique considérée que les personnes âgées sont plus nombreuses à accepter de retourner dans leur localité d'origine. La valeur négative de Zi indique au contraire que ces personnes sont moins nombreuses à refuser de retourner dans leur localité d'origine.

Annexe 3: Tableaux des profils des IDPs

Tableau A3.1: Répartition des IDPs selon l'âge et le sexe

 

Sexe

 
 

Tranches d'âges

 
 
 
 
 

Masculin

Féminin

Ensemble

RM

15-34 ans

38,9 (506)

60,3 (1284)

52,2(1790)

39,4

35-59 ans

49,4 (643)

35,4 (753)

40,7(1396)

50,1

60 ans et plus

11,7 (152)

4,3 (92)

7,1 (244)

11,8

Total

100,0 (1301)

100,0 (2129)

100,0(3430)

61,1

Tableau A3.2: Répartition (en %) des IDPs selon l'état matrimonial et le sexe

 

Sexe

 
 

Etat matrimonial

 
 
 
 

Masculin

Féminin

Ensemble

Célibataire

10,4 (144)*

8,9 (230)

9,5 (374)

Marié

87,5 (1209)

71,2 (1837)

76,8 (3046)

Veuf(ve)s

1,6 (22)

12,7 (328)

8,8 (350)

Divorcé(é)s

0,5 (7)

7,2 (187)

4,9 (194)

Total

100,0 (1382)

100,0 (2582)

100,0 (3964)

*() Les chiffres entre parenthèse sont les effectifs

Tableau A3.3: Répartition des IDPs selon le niveau d'instruction et le sexe

Aucun

34,5 (1301) 65,5 (2473) 95,6 (3774)

Primaire

42,8 (74) 57,2 (99) 4,4 (173)

Total

Niveau
d'instruction

34,8 (1375)

Masculin Féminin

Sexe

65,2 (2572)

100,0 (3947)

Ensemble

*() Les chiffres entre parenthèse sont les effectifs

Tableau A3.4: Structure des IDPs selon l'activité économique et le sexe

 

Sexe

 

Activité économique

 
 
 
 

Masculin

Féminin

Ensemble

agriculteur

70,9 (983)

66,8 (1785)

68,3 (2708)

commerçant

7,0 (97)

2,0 (51)

3,7 (148)

sans emploi

17,7 (246)

29,5 (762)

25,4 (1008)

autre

4,3 (60)

1,7 (43)

2,6 (103)

Total

100,0(1386)

100,0 (2581)

100,0 (3967)

*() Les chiffres entre parenthèse sont les effectifs

Tableau A3.5: Répartition des IDPs selon l'appartenance ethnique et le sexe

 
 

Sexe

 

Activité économique

 
 
 
 

Masculin

Féminin

Ensemble

Maba

4,1 (56)

3,8 (97)

3,9(153)

Massalit

14,7 (203)

21,2 (542)

18,9 (745)

Dadjo

73,3 (1013)

69,2 (1771)

70,6 (2784)

Kadjaksé

2,5 (34)

1,7 (762)

2,0 (77)

Moubu

2,5 (35)

2,3 (60)

2,4 (95)

Autre

3,0 (41)

1,8 (47)

2,2 (88)

Total

100,00 (1382) 100,00 (2560)

100,00 (3942)

*() Les chiffres entre parenthèse sont les effectifs

Annexe 4: Calcul des indices statistiques Tableau A4.1: Indice de MYERS

 
 
 
 

Masculin

 
 

u

Su

U+1

S'u

9-U

Tu

100(Tu/T)

I100 (Tu/T)-10I

0

 

1

 

9

 
 
 

1

106

2

106

8

1060

10,59

0,59

2

218

3

208

7

2110

21,08

11,08

3

298

4

277

6

2854

28,51

18,51

4

219

5

213

5

2160

21,58

11,58

5

101

6

95

4

986

9,85

0,15

6

45

7

42

3

441

4,41

5,59

7

30

8

29

2

298

2,98

7,02

8

8

9

8

1

80

0,80

9,20

9

2

10

2

0

20

0,20

9,80

Total

1027

 

980

 

10009

Indice

73,53

 
 
 
 

Féminin

 
 

u

Su

U+1

S'u

9-U

Tu

100(Tu/T)

I100 (Tu/T)-10I

0

 

1

 

9

 
 
 

1

254

2

254

8

2540

25,38

15,38

2

573

3

552

7

5583

55,78

45,78

3

410

4

390

6

3980

39,76

29,76

4

198

5

188

5

1930

19,28

9,28

5

53

6

51

4

522

5,22

4,78

6

24

7

22

3

234

2,34

7,66

7

9

8

9

2

90

0,90

9,10

8

1

9

1

1

10

0,10

9,90

9

0

10

0

0

0

0,00

10,00

Total

1522

 

1467

 

14889

Indice

141,65

Source : Traitement des données de l'enquête IDPs de 2007.

Tableau A4.2: Indice de BACHI

 
 

Masculin

 
 

U

Au

Bu Cu

Du

Ru

Ru-10

0

243

1070 1047

1058,5

22,96

12,96

1

37

1047 1022

1034,5

3,50

-6,50

2

98

1022 977

999,5

9,26

-0,74

3

57,5

1101 1088

1094,5

5,43

-4,57

4

43

1088 1070

1079

4,06

-5,94

5

260,5

1070 1047

1058,5

24,61

14,61

6

74,5

1047 1022

1034,5

7,04

-2,96

7

85,5

1022 977

999,5

8,08

-1,92

8

94

1101 1088

1094,5

8,88

-1,12

9

46

1088 1070

1079

4,35

-5,65

 
 

Indice

 
 

27,57

 
 

Féminin

 
 

U

Au

Bu Cu

Du

Ru

Ru-10

0

479

1589 1400

1494,5

32,05

22,05

1

34

1400 1349

1374,5

2,28

-7,72

2

101

1349 1276

1312,5

6,76

-3,24

3

125

1668 1621

1644,5

8,36

-1,64

4

30

1621 1589

1605

2,01

-7,99

5

409,5

1589 1400

1494,5

27,40

17,40

6

61,5

1400 1349

1374,5

4,12

-5,88

7

96,5

1349 1276

1312,5

6,46

-3,54

8

120

1668 1621

1644,5

8,03

-1,97

9

63

1621 1589

1605

4,22

-5,78

 
 

Indice

 
 

39,45

Source : Traitement des données de l'enquête IDPs de 2007.

Annexe 5: Ajustement de données sur l'âge

Tableau A5.1: Répartition des IDPs ajustées par âge par la méthode des Nations Unies

Groupe
d'âges

40-44 128

45-49 161

20-24 84

25-29 157

70-74 30

75-79 23

30-34 159

35-39 197

50-54 92

55-59 65

60-64 54

65-69 27

Total

80-95 18

10-14 0

15-19 106

Population
observée

1301

Sexe masculin Sexe Féminin

Population
ajustée

1269

108

140

175

175

154

139

103

49

77

27

25

65

32

-

-

Population
observée

2132

424

254

269

295

337

191

138

44

95

34

16

15

3

9

8

Population
ajustée

2090

200

281

201

316

382

362

137

46

22

33

88

12

10

-

-

Source : Traitement des données de l'enquête IDPs de 2007.

INDEX ALPHABETIQUE

E

A

Abdi 6

ABREVIATIONS iv, v

Afrique v, 12

Alacha 6

Analyse bivariée 55

Analyse descriptive vi, ix, 55, 62

Analyse explicative 55

Analyse factorielle 55

ANNEXES vii, 79

Approches théoriques 27

Aradib 6

Assoungha 6

C

Cadre conceptuel 38

Caractérisation 68

Carte viii, 7

Causes du déplacement 67

Champ de l'étude 44

CHAPITRE v, vi, 12, 27, 43, 57

Concepts 39

CONCLUSION 74

Conflits v, ix, 1, 2, 4, 5, 8, 9, 10, 11, 12, 14, 16, 17, 19, 22, 24, 27, 28, 29, 30, 31, 62, 67, 68, 71, 73, 75, 76, 88

Criseix, 4, 10, 13, 21, 27, 28, 71, 85, 86, 88

D

Dar Sila 5, 6, 8, 17

Darfour . ix, 4, 5, 6, 8, 9, 13, 18, 21, 23, 25, 77, 86, 88

DEDICACE ii, v

Dénombrement 44

Départements 6, 14

Déplacements . 1, 3, 4, 8, 10, 19, 25, 27, 32, 33, 34, 42, 43, 76

Déterminants v, vii, ix, 27

Division administrative 14

Documents techniques 44

ECOSIT iv, 22

ENGAGEMENTS i, v

Est du Tchad ix, 5, 8, 11, 18, 19, 23, 25, 43, 44, 46, 47, 55, 56, 57, 59, 61, 62, 63, 70, 73, 74, 77, 86

Etude ... iii, vi, viii, ix, 6, 11, 16, 19, 27, 29, 31, 34, 39, 41, 43, 44, 46, 55, 68, 74, 76, 78, 88

Exploitation 12, 17, 21

F

France 9, 23

FROLINAT 24

G

Gassire 5, 6

Géopolitique 24

Goundjang 6

Goungour 6

Gourounkoun 6

Goz Bagar 6

H

Habilé 6

UNHCR ix, 1, 2, 5, 6, 8, 10, 27, 28, 32, 33,

34, 42, 43, 56, 62, 72, 74, 86 Hypothèses 39

I

Identification 70

IDP iv, 3, 41, 86

IDPs . vi, vii, viii, ix, 3, 6, 7, 10, 11, 17, 22, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 43, 45, 46, 47, 49, 54, 55, 56, 57, 59, 60, 61, 62, 63, 64, 65, 66, 67, 68, 70, 71, 72, 73, 74, 75, 76, 77, 79, 80, 82, 86

IFORD i, iii, iv, 43, 56, 85

Indices statistiques 50

Intention de retour .... viii, ix, 38, 39, 41, 55,

62, 64, 66, 67, 68, 70, 71, 73, 74, 75, 76

Population i, 18

Population cible 44

Potentialités agricoles 16, 17

Problématique v, 8

Profils vi, 57

R

Rébellions 9

RECOMMANDATIONS 74

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES 85
REMERCIEMENTS iii, v

Répartition inégale 16, 26

RESUME v, ix

Retour 34

Retours 1, 34, 36, 37

Revue de littérature 27

J

Janjaweeds ... ix, 4,

Kerfi

Koloma

Koubigou

5, 68,

K

71,

72,

73,

6,

75,
45,

76

6 6 46

L

LISTE DES CARTES ET FIGURES v, viii
LISTE DES TABLEAUX v, viii

M

Mémoire i

Méthodes d'analyse 55

Méthodologie 43

Migration v, 34

Migration forcée 27

Migration volontaire 35

S

N
N'Djamena 9

O

Objectifs v, 10

Organisation des Nations Unies iv, 2

Ouaddaï 13, 14, 17

Ouara 6

Schéma d'analyse 41

Sécurité v, 10

SIGLES iv, v

Sites viii, 6, 7, 43, 44, 45, 46, 62, 63, 71

Soudan 2, 3, 4, 5, 8, 9, 12, 13, 23, 87

Source de conflits 16

Structure vi, vii, viii, 60

Structure par âge 19

v

 
 
 

12

21,

23,

25,

26

 
 
 

41

 
 
 

57

 
 
 

22

18,

25,

26,

87

PAM

IDPs .... ix, 1, 2, 3, 4, 36, 37, 43, 44, 46, 60, 61, 62, 63, 64, 78, 86, 87

P

5, 6, 8, 47, 55, 66, 67,

10, 56, 68,

11, 57, 73,

iv, 17 32, 33, 58, 59, 74, 77,

T

TABLE DES MATIERES

Tchad

Tchadiens ix, 4, 5, 18,

V

Pétrole v, 20 Variables d'analyse

PIB iv, 21 Variations des intentions

Plan 26 VIH/SIDA

Plan v, viii, 11 Violences 3, 4, 5,

Z
Zone d'étude v, 4

Plan de sondage 44

Pluviométrie 16, 17

PNUD iv, 22






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