WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Les forces armées camerounaises face aux nouvelles formes de menaces à  la sécurité : d'une armée de garde vers une armée d'avant garde 1960-2010

( Télécharger le fichier original )
par Ernest Claude MESSINGA
Université de Yaoundé II-SOA - Doctorat/Ph.D en science politique 2011
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

III-HYPOTHESES

Le dispositif camerounais de défense nationale semble avoir été formulé pour répondre aux menaces classiques et ne parait pas, en conséquence, suffisamment outillé pour riposter aux nouvelles menaces en dehors d'une modification de ses cadres d'action.

Les Forces Armées camerounaises ont été formulées de nature non seulement à pouvoir neutraliser la rébellion post indépendance mais aussi et surtout, de garantir l'intangibilité des frontières, la souveraineté et le fonctionnement harmonieux des institutions pouvant être menacés de l'intérieur comme de l'extérieur. Mais leur structuration est susceptible d'évoluer au gré de la dynamique sécuritaire.

IV-MÉTHODE ET INSTRUMENTS

Dans la perspective de mieux cerner notre étude relative à l'évaluation de la politique de défense camerounaise face à l'émergence des nouvelles menaces criminelles transnationales, il nous convient de préciser, la méthode et les instruments qui nous permettrons d'y parvenir.

1- MÉTHODE : LE SYSTÉMISME

Analyser le rapport de force des Armées Africaines en général et Camerounaises en particulier dans la nouvelle donne insécuritaire mondiale sera fait à l'aune de la méthode systémique.

Au premier niveau, il est question de savoir si les Forces Armées camerounaises disposent d'un cadre doctrinal d'action (doctrine cognitive

Les F.A.C. face aux nouvelles formes de menaces à la sécurité : d'une Armée « de garde » vers une Armée « d'avant-garde » 1960-2010

et normative) définissant leurs engagements. Le systémisme mettant en phase selon Marcel Merle, un ensemble de relations entre un certain nombre d'acteurs compris dans un certain type d'environnement et soumis à un mode de régulation adéquat, selon David Easton, un ensemble d'interactions par lesquelles les objets de valeurs sont repartis par voie d'autorité dans une société (Easton, 1974 : 23) nous permet de définir le système de défense camerounais. Ce système social est un agrégat de fonctions diversifiées portant entre autres sur le maintien du modèle original et spécifique des relations qui assurent l'identité du groupe, la capacité d'adaptation aux contraintes émanant de l'environnement extérieure. Il nous permet de comprendre comment sont élaborées les lois d'une dynamique sociale, d'identifier les motivations qui poussent les dirigeants politiques à prendre telle ou telle décision face à une augmentation de la criminalité exigeant d'être prêt à combattre, à faire appel à son agressivité pour défendre la vie et les biens des populations (Elias 1969 :192); de comprendre l'offre supplémentaire de sécurité qui est déployée par la communauté internationale face à l'augmentation de la criminalité transfrontalière tant sur terre, dans les airs que sur mer.

La méthode systémique à partir des propriétés communes de tous les systèmes politiques permet après la détermination des structures du système, les fonctions des structures et du système de démystifier le fonctionnement de toute organisation politique. Elle permet ainsi d'appréhender le fonctionnement du système partant des flux entrants « inputs » aux flux sortants « outputs » en passant par la boite noire.

Les acteurs et structures de la défense nationale vont du niveau suprême de l'Etat au niveau des circonscriptions administratives en passant par l'échelon gouvernementale (Ela Ela 2000 : 154). L'échelon présidentiel s'articule essentiellement autour des pouvoirs militaires du Président de la République qui dispose des organes de décision à savoir : le Conseil Supérieur de la Défense Nationale, le Comité Technique de la Défense

Les F.A.C. face aux nouvelles formes de menaces à la sécurité : d'une Armée « de garde » vers une Armée « d'avant-garde » 1960-2010

Nationale (organes d'élaboration) ; le Secrétariat permanent à la Défense Nationale, la Délégation Générale à la Sûreté Nationale, la Délégation Générale à la Recherche Extérieure, le Ministère de la Défense (organes d'exécution) (Ela Ela 2000 : 155-159). A l'échelon gouvernemental sont responsabilisés les Départements Ministériels sous la coordination du Premier Ministre (Ela Ela 2000 : 160-165). Les acteurs et structures à l'échelon régional tiennent des prérogatives des chefs de circonscriptions administratives, représentants du pouvoir exécutif dans leurs circonscriptions de compétence et, de l'organisation du commandement militaire territorial (Ela Ela 2000 : 166-172).

Dans le cadre de l'élaboration d'une politique de défense, plusieurs facteurs sont pris en considération : ceux qui sont d'ordre interne (la force de l'ennemi, sa propre force, le terrain, les conditions météorologiques, et géographiques) et d'ordre externe (l'héritage de l'influence des puissances étrangères, conséquences des flux migratoires, les relations avec les pays limitrophes et ceux plus lointains, l'action diplomatique du Cameroun dans le sens de son rayonnement international et son action en faveur des mouvements militant pour la paix et la sécurité internationale). L'environnement extérieur du système est composé des acteurs et structures de la société civile, les organisations internationales et non gouvernementales, les autres Etats, les partis politiques, les associations préoccupées par la sécurité, l'intégrité et la souveraineté du Cameroun (Ela Ela 2000 : 75-76).

Comme tous les systèmes politiques, le système de défense camerounais communique avec son environnement au moyen d'inputs et d'outputs.


· LES INPUTS

Les inputs sont constitués par toutes les données qui entrent dans le système. Ces valeurs provenant de l'environnement ou alors du système lui-

Les F.A.C. face aux nouvelles formes de menaces à la sécurité : d'une Armée « de garde » vers une Armée « d'avant-garde » 1960-2010

même peuvent être reparties en deux grandes catégories à savoir les demandes et les soutiens.

Les soutiens sont des valeurs ou actions conférant des capacités de décision et d'action au système. Il s'agit concrètement des ressources humaines et matériels nécessaires au déploiement du système de défense mis à sa disposition par le peuple, les organisations de la société civile, les organisations internationales et tous les acteurs et structures constituant l'environnement extérieur du système.

Les demandes quant à elles sont l'ensemble des attentes, des sollicitations et des besoins en matière de défense, de souveraineté et de sécurité exprimés par les interlocuteurs des gouvernés. Elles peuvent aussi être, pour les with-inputs, le fait des gouvernants qui inscriraient dans leur agenda politique des problèmes non soulevés par le peuple mais, qu'ils identifient comme suffisamment préoccupants. Pour l'essentiel, les demandes consistent en des informations relatives aux actes et faits menaçant l'intégrité territoriale, la souveraineté de l'Etat et la sécurité du peuple camerounais. Les chefs de circonscriptions administratives12 et militaires13 chargés du recueil, de la centralisation et de la diffusion du renseignement militaire et du renseignement de défense (Ela Ela 2000 : 167-169) sont des gate-keeper en ce sens qu'ils filtrent les informations devant parvenir aux hauts commandements civils et militaires participant à l'élaboration de la politique de défense.

~ LE TRAITEMENT DANS LA BOITE NOIRE

Une fois collectées par les chefs de circonscriptions territoriales civiles et militaires14, ces données parviennent à l'échelon gouvernemental15 et enfin à l'échelon présidentiel16 qui est le seul véritable maître de la

12-Régions, Départements, Arrondissements, districts, villages.

13-Régions militaires, Secteurs, sous-secteurs, Quartiers, Sous-quartiers militaire. 14-Article 17 de la loi de 1967.

15-Loi n°67/LF/9 du 12 Juin 1967, portant Organisation de la Défense (Article 10). 16-Article 6 de la Loi de 1967.

Les F.A.C. face aux nouvelles formes de menaces à la sécurité : d'une Armée « de garde » vers une Armée « d'avant-garde » 1960-2010

défense militaire du Cameroun17. Le Président de la République étant le chef suprême des Forces Armées transmet ainsi le dossier aux organes d'aide à la décision présidentielle18, organismes consultatifs à savoir le Conseil Supérieur de la Défense Nationale et le Comité Technique de Défense pour étude et avis (Ela Ela 2000 : 158). Ces derniers après études donnent leurs avis chacun en ce qui le concerne19 au Chef Suprême des Armées qui décide en dernier ressort. Une fois définie, la politique de défense est instruite aux organes de mise en oeuvre pour exécution.


· LES OUTPUTS

D'après David EASTON, les outputs sont constitués des décisions effectivement prises et les actions par lesquelles elles sont menées.

Une fois élaborée en fonction des contraintes et réalités internes et externes, la politique de défense camerounaise est mise en oeuvre par quatre organismes :

- Le Secrétariat Permanent à la Défense Nationale, assure la mise en

oeuvre de la politique de défense dans les administrations civiles.

- La Délégation Générale à la Sûreté Nationale, assure la mise en

oeuvre de la politique de défense pour les Forces de sûreté nationale. - La Délégation Générale de la Recherche Extérieure, assure la

direction de la recherche et l'exploitation du renseignement.

- Le Ministère de la Défense, assure la mise en oeuvre de la politique

de défense dans les Forces Armées.

17-Chapitre 1er, Article 8 alinéa 2 et 3 de la Constitution camerounaise du 18 Janvier 1996. 18Le Conseil Supérieur de la Défense qui connaît des aspects généraux, civils et militaires de la défense et la coordination de la direction générale de ceux-ci ; le Comité de Défense qui ne traite que des aspects militaires c'est-à-dire des buts à atteindre par l'ensemble des Forces, de l'approbation des plans de défense...

19 Le Conseil Supérieur de la Défense Nationale connaît des aspects généraux, civils et
militaires de la défense et la coordination de la direction générale de ceux-ci ; Le ComitéTechnique de Défense, ne traite exclusivement que des aspects militaires, c'est-à-dire,

des buts à atteindre par l'ensemble des forces, de l'approbation des plans de défense, des mesures destinées à pourvoir aux besoins des forces et des instructions à donner aux unités ou détachements mis à la disposition des organismes internationaux.

Les F.A.C. face aux nouvelles formes de menaces à la sécurité : d'une Armée « de garde » vers une Armée « d'avant-garde » 1960-2010

Ces quatre organismes sont coordonnés par le Comité technique de la Défense Nationale en ce qui concerne leurs différentes activités (Ela Ela 2000 : 158-159).


· FEEDBACK ou COURBE DE RETROACTION

Les décisions et les actions émanant du système de défense se répercutent sur l'environnement qu'elles modifient et dont elles suscitent ; soit un maximum de soutien en termes d'approbation, soit alors l'insatisfaction manifestée par de nouvelles demandes : c'est le feedback. Ces réponses du gouvernement affectent et influencent l'environnement dans lequel évolue le système de défense. La doctrine de défense et les actions prescrites par cette dernière doivent pouvoir assurer la sécurité et l'indépendance du Cameroun dans un environnement international caractérisé par la multiplicité des menaces et une situation de crise économique mondiale aggravant les tensions. Si tel est le cas, cela entraînerait une augmentation du soutien du régime en place. Au cas contraire, on observerait une diminution du soutien manifesté par des requêtes de la société civile, des marches de protestation, bref une crise qui à long terme peut entraîner un renouvellement de la boîte noire.

Le système de défense Camerounais peut être schématisé ainsi qu'il

suit :

-Chefs de circonscriptions territoriales civiles et militaires -Chefs de départements ministériels

- Premier Ministre

-Etats Etrangers

-Organisations Non-Gouvernementales -Société civile

-Peuple

Conseil Supérieur de la Défense
Nationale

Comité Technique de Défense
Nationale

Président de la République

-Contraintes et réalités internes et externes -Les nouvelles menaces à la sécurité : criminalité transfrontalière, piraterie maritime, terrorisme

-Secrétariat permanent à la Défense Nationale -Délégation Générale à la Sûreté Nationale (DGSN) -Délégation Générale à la Recherche Extérieure (DGRE)

-Ministère de la Défense (MINDEF)

INPUTS

 

FEEDBACK

 

OUTPUTS

 
 
 
 
 

Les F.A.C. face aux nouvelles formes de menaces à la sécurité : d'une Armée « de garde » vers une Armée « d'avant-garde » 1960-2010

Les F.A.C. face aux nouvelles formes de menaces à la sécurité : d'une Armée « de garde » vers une Armée « d'avant-garde » 1960-2010

Au second niveau, il s'agit de s'intéresser à la démarche opérationnelle, à l'architecture de sécurité, au dispositif de riposte des Forces Armées camerounaises enclin aux nouvelles menaces. Il est question pour nous de déterminer la stratégie appliquée (question de tactique, d'opératique, de mise en oeuvre logistique d'un certain nombre d'outils) par les Forces Armées camerounaises. A travers une analyse stratégique constituant un raisonnement suivant une logique à priori, selon laquelle l'homme chercherait la meilleure solution à tout problème (Crozier et Friedberg 1977 : 46), nous appréhendons les types de rationalité à l'aide desquelles l'Armée camerounaise formule son référentiel (repère cognitif et positif) : Intérêt politique en termes de défense et souveraineté ; Intérêt stratégique en termes de production d'une capacité de projection, de riposte ; Intérêt économique en termes de définition d'un dispositif face aux menaces asymétriques.

Mais dans un contexte de rationalité limitée, l'Armée camerounaise décide de façon séquentielle et choisit pour chaque problème qu'il a à résoudre, pour chaque menace qu'il doit neutraliser, la première solution qui correspond pour elle à un seuil minimal de satisfaction. Cette démarche repose sur les observations empiriques suivantes :

1- L'Armée n'a que rarement des objectifs clairs et encore moins des projets cohérents : ceux-ci sont multiples, plus ou moins ambigus, plus ou moins explicites, plus ou moins contradictoires. Elle en changera en cours d'action, en rejettera certains, en redécouvrira d'autres, chemin faisant, voire après coup, ne serait-ce parce que des conséquences imprévues et imprévisibles de son action l'obligent à « reconsidérer sa position » et à « réajuster son tir ». Ce qui est « moyen » à un moment sera donc « fin » à un autre et vis versa. Il serait illusoire et faux de considérer son comportement comme toujours réfléchi c'est-à-dire médiatisé par un sujet lucide calculant ses mouvements en fonction d'objectifs fixés au départ.

Les F.A.C. face aux nouvelles formes de menaces à la sécurité : d'une Armée « de garde » vers une Armée « d'avant-garde » 1960-2010

2- Pourtant son comportement est actif. S'il est toujours contraint et limité, il n'est jamais directement déterminé ; même la passivité est d'une manière le résultat d'un choix ;

3- Et c'est un comportement qui a toujours un sens ; le fait qu'on puisse le rapporter à des objectifs clairs ne signifie pas qu'il ne puisse être rationnel, tout au contraire. Au lieu d'être rationnel par rapport à des objectifs, il est rationnel d'une part par rapport à des opportunités et à travers ces opportunités au contexte qui les définit et, d'autre part, par rapport au comportement des autres acteurs, au parti que ceux-ci prennent et au jeu qui s'est établi entre eux ;

4- C'est enfin un comportement qui a toujours deux aspects : un aspect offensif traduit par la saisie d'opportunités en vue d'améliorer sa situation ; et un aspect défensif c'est-à-dire le maintien et l'élargissement de sa marge de liberté, donc de sa capacité à agir. Cette opposition se retrouve sans qu'il y'ait nécessairement équivalence dans une perspective temporelle, l'important restant la dualité et non pas la signification des termes ;

5- Il n'ya donc plus, à la limite, de comportement irrationnel (Crozier et Friedberg 1977 : 47-48).

Une organisation devant nécessairement et toujours rechercher à optimiser l'ajustement entre sa structure et les exigences véhiculées par son environnement et sa technologie (Crozier et Friedberg 1977 : 133), nous comprenons mieux les changements organisationnels et fonctionnels des Forces Armées camerounaises dans l'accomplissement de leurs missions. C'est dire dans les termes même de l'analyse stratégique du système , différents acteurs dans l'environnement d'une organisation détiennent face à elles des sources d'incertitudes majeures et inéluctables qu'elle doit à tout moment chercher à contrôler pour assurer son maintien et son développement (Crozier et Friedberg 1977 : 140-141).

Les F.A.C. face aux nouvelles formes de menaces à la sécurité : d'une Armée « de garde » vers une Armée « d'avant-garde » 1960-2010

Mais à la limite de la démarche de Merle et d'Easton relevant de l'interdépendance au niveau doctrinale et de Crozier et Friedberg relevant de l'autonomie au niveau opérationnel, nous mettons en phase les opportunités d'alternance entre dépendance et autonomie constatée entre les Forces Armées et la hiérarchie politique dans le système de défense et de sécurité. L'Armée en tant que structure du système de défense accomplit ses missions conformément à la doctrine définie par la haute hiérarchie politique et les prescriptions du Chef de département ministériel. Mais dans le feu de l'action, elle prend parfois des initiatives personnelles imposées par le dynamisme de l'adversaire, et pouvant aller au delà de leur cadre d'action. Cette subtile dualité dépendance et autonomie des structures constitue l'originalité de notre démarche.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"L'imagination est plus importante que le savoir"   Albert Einstein