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Les forces armées camerounaises face aux enjeux militaires dans le golfe de Guinée: le cas du conflit de Bakassi

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par Ernest Claude MESSINGA
Université de Yaoundé II-SOA - Master en science politique 2007
  

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DEDICACES

Ce travail est dédié à mon Père, Abena Philippe Marie, à mes Mères, Ngah Léontine et Adia Marie-Louise, pour avoir cru au sacrifice de l'éducation et à Blanche Betegne, pour son tendre soutien.

REMERCIEMENTS

Tous mes remerciements à mon directeur de mémoire, Monsieur Michel Kounou pour tous les conseils pratiques et encadrement dont nous avons bénéficiés tous au long de ce travail ; à tous les enseignants du département de Science politique pour les enseignements dispensés ; à tous mes camarades de promotion pour leur amitié et sympathie.

Table des matières

Dédicaces .iRemerciements .iiListe des figures .iiiListe des tableaux . iv

Introduction Générale ..1

1. Le contexte . ..6

2. La problématique ..11

3. Les hypothèses 14

4. La méthode et les Instruments 14

a- La méthode ............................................................... 14

b- Les instruments................................................................... 15

c- L'enquête par questionnaire........................................... 15

d- Les entretiens................................................................ 15

e- Les documents...................................................................... 16

5. Les champs d'observation et les niveaux d'explication 16

6. Intérêt et limites de la recherche 16
Chapitre I : Etat de la question des forces armées, du conflit armé et de la

Coopération miitaire internationale dans le monde 17

I- Rappels théoriques ..17 I.1- La force armée.......................................................................17 I.1.1- Les forces armées comme instrument de « puissance » et de

« grandeur »...................................................... ...............18

I.1.2- Les forces armées comme outil de protection des intérêts....... 18

I.1.3- Les forces armées comme outil de conquête, d'émancipation et

d'administration....................................................................19 I.1.4- Les forces armées comme outil de contrôle de l'ordre public........20 I.1.5- Les forces armées comme outil diplomatique........................ 21

I.1.6- Les forces armées comme outil de l'humanitaire 22
I.1.7- Les doctrines d'emploi des forces armées actuellement en

vigueur................................................................................23

I.2- Le conflit armé 25
I.2.1- Le confit armé comme « nécessité » vitale et exutoire des

contradictions internes 25

I.2.2- Le conflit armé comme recherche de suprématie et moyen de

contrainte politique 27

I.2.3- Le conflit armé comme la manifestation des contradictions de

l'expansion du capitalisme 27

I.2.4- Le conflit armé comme acte d'intégration politique et de résistance

extérieure............................................................................I-3. La coopération militaire internationale

II- Définition des concepts

II-1. La force armée......................................................................

28

..29

32

32

II.1.1- La structure de la force armée..........................................

33

II.1.2- Les attributions de la force armée...........................................

35

II.1.3- Les mécanismes de la force armée 36

 

II-2. Le conflit armé ..37

 

II.2.1- La diversité des conflits armés au sud du Sahara............

......38

II.2.2- Les causes des conflits armées

39

II.2.3- Les coûts des conflits armés.............................................

40

II.2.4- La résolution des conflits armés 42

 

II-3. La coopération militaire internationale

.43

II.3.1- Les accords de coopération militaire franco-camerounais

44

II.3.2- Les accords de défense 44

 

II.3.3- Les accords d'assistance militaire : instruction et assistance techniques 45
Chapitre II : Le conflit armé de Bakassi et l'action des forces en présence :

une analyse historique et comparative 49

I- Les forces armées nigérianes 49

I.1- Le dispositif militaire nigérian : la force potentielle.................. 49

I-1-1. Les ressources humaines................................................... 50

I-1-2. Les ressources matérielles................................................ 51

I-2. Les ambitions géopolitiques nigérianes .52

I-2-1. La mission de l' « Opération Harmony IV » 52

I-2-2. La force actuelle nigériane : l'Opération Harmony IV............ 53

II. Les forces armées camerounaises .56

II.1- Le dispositif militaire camerounais : la force potentielle 56

II.1.1- Les moyens humains 57

II-1-2. Les moyens matériels.................................................... 58

II-2. La force actuelle camerounaise : l'Opération Delta ..59

II-3. Les missions de « l'Opération Delta » (GOS) .63

III. Une esquisse de comparaison des forces armées camerounaises

et nigérianes . 64

Chapitre III : Le conflit de Bakassi : péripéties et escarmouches .68

I. Les manoeuvres militaires camerouno-nigérianes 73

I-1. Les actions militaires de 1993 à 1995 : les conquêtes nigérianes....................................................................................73

I-2. Bakassi de 1996 à 2002 : les offensives nigérianes face à la sévère riposte camerounaise.....................................................................75

I-3. Le champ des opérations de 2002-2006 : le contrôle camerounais du champ des opérations........... ................. .......................................76

II- Le bilan des escarmouches : une résistance insoupçonnée des forces camerounaises . 79

Chapitre IV : L'implication internationale de la France dans le conflit arméde Bakassi : une intervention ambiguë ? 82

I. La teneur des accords de coopération militaire franco-camerounais 82

II. La réalité de la participation française dans le conflit armé de Bakassi 83

II.1- La France a-t-elle renseigné le Cameroun sur l'éventualité d'une

attaque nigériane ? ... ......................................................83

II.2- Est-elle intervenue sur le plan tactique durant la guerre ? 84

II.3- A-t elle été une source permanente de renseignements et de matériels d'appoint en urgence pour le Cameroun ? 85

III- La qualité de l'implication française dans ce conflit armé : une France opportuniste ? 86

IV- La valeur des accords de coopération militaire franco-camerounais : une source d'insécurité stratégique et un pilier de la dépendance militaire et politico-stratégique du Cameroun vis à vis de la France 87

Conclusion Générale 89

Références bibliographiques .92

Annexes 96

LISTE DES FIGURES

Figure 1 : Situation de la péninsule Bakassi sur le territoire camerounais dans

la province du Sud-Ouest .8

Figure 2 : Présentation de quelques données géographique de la zone

querellée .10

Figure 3 : quelques moyens logistiques de la marine camerounaise ..59

Figure 4 : Positionnement des différents Groupes Opérationnels de

l'Opération Delta sur le champ des opérations ..74

LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1 : Présentation des Grades et Unités de Commandement des

forces armées dans le monde .34

Tableau 2 : Positionnement des forces armées nigérianes et leurs

systèmes d'armes 54

Tableau 3 : Logistique camerounaise déployée sur le champ des

opérations 61

Tableau 4 : Les effectifs des forces camerounaises et nigérianes en

1994 64

Tableau 5 : État des défenses nigérianes et camerounaises en

2006 65

INTRODUCTION GÉNÉRALE

1- LE CONTEXTE

Depuis décembre 1993, les forces armées nigérianes occupaient par les armes certaines localités de la péninsule Bakassi, territoire du Cameroun et ce, nonobstant les multiples rappels à l'ordre du gouvernement camerounais et de quelques institutions internationales et régionales (Mouelle Kombi 1996 : 107).

En effet, le 21 décembre 1993, les autorités d'Abudja envoyèrent les unités armées dans la zone de Bakassi et qui occupèrent les localités situées en territoire camerounais à plus de dix kilomètres de la frontière. Le drapeau du Nigeria y fut hissé et son aviation viola plusieurs fois l'espace aérien camerounais, tandis que le village de Diamond était envahi (Mouelle Kombi 1996 : 107). Cet acte de provocation défiant les limites de la patience obligea le Cameroun, jaloux de sa paix et de son intégrité territoriale, à se mettre aux antipodes de l'action par le déploiement immédiat de ses troupes sur le théâtre des opérations et à procéder à une riposte graduée dans l'escalade des représailles.

Cet état de chose n'est rien d'autre que la conséquence logique de la montée en puissance du Golfe de Guinée dans l'économie mondiale en matière énergétique. Géographiquement constituée de 13 pays de l'Afrique subsaharienne (Angola, Bénin, Congo Brazzaville, Congo (RD), Côte d'Ivoire, Gabon, Ghana, Guinée Equatoriale, Libéria, Sao Tomé, Togo, Nigeria et Cameroun), cette sous région est devenue un véritable Eldorado pétrolier (Ntuda Ebodé 2003 : 1) avec une production journalière de 7 millions (6,9 millions) de barils (Kounou 2006 : 40). La première conséquence de cette dynamique a été que cette zone traditionnellement dominée par les firmes françaises (Elf, Total), s'est retrouvée au centre d'une intense rivalité entre firmes américaines (Chevron Texaco, Amoco, Exxon Mobil...), anglo-hollandaises (Shell), malaisiennes (Petronas), chinoises (The Chinese National Petroleum Corporation), japonaises (Japan National Oil Company) et canadienes (Heritage Oil Corporation) (Ntuda Ebodé 2003 : 1). La seconde conséquence est la prolifération des conflits dits de

« localisation, d'exploitation ; environnementaux et frontaliers » (Ntuda Ebodé 2003 : 2). Ogoulat (2000) avant Ntuda Ebodé (2003) avait déjà présenté la face polémogène du Golfe de Guinée, faite d'un ensemble de facteurs directement générateurs de conflits, à savoir : la non territorialisation effective des aires maritimes nationales ; la carence de la sécurité maritime sous régionale ; la non délimitation des domaines de souveraineté respectifs et la course désordonnée aux ressources off shore (Ogoulat 2000 : 82-85). Ces différents facteurs sont donc ici tenus pour responsables des différends frontaliers de la sous région à l'instar de ceux opposant Sao Tomé au Nigeria, le Gabon à la Guinée Équatoriale et le Nigeria au Cameroun, objet de notre recherche.

Communément appelée « Affaire Bakassi », le Nigeria et le Cameroun s'affrontent sur une péninsule d'environ 700 km2 (République du Cameroun 2002 : 7). Les forces camerounaises se situaient dans la façade atlantique du Golfe de Guinée qui s'étend sur 18 Km de front et 12 Km de profondeur, soit une superficie de 216 Km2. Le champ des opérations militaires est limité :

- Au Sud par l'Océan atlantique ;

- Au Nord par la crique Hecuba (Nawango II exclu), Akwa-bana

Kombo A Mpongo ;

- A l'Ouest par East-point, Pany-point ;

- Au Nord-Est par Ndo Location I

- A l'Est par Cap Bakassi et Kombo Adibo I (Présidence de la

République du Cameroun 2001 : 2-3).

Figure 1 : Situation de la péninsule Bakassi sur le territoire camerounais et dans la province du SUD-OUEST.

Source : Institut Nationale de cartographie (Yaoundé-Cameroun).

C'est une zone marécageuse avec une végétation faite de la mangrove et des palétuviers. Ici règne un climat équatorial et littoral avec des précipitations et averses abondantes soit, 9 mois de pluie sur 12. L'année est parcourue par des coups de tonnerre intermittents et intempestifs, de grandes déflagrations à ne pas confondre aux bruits d'obus et d'autres armes lourdes. La moyenne des marées valse entre 0,1 m à 2,9 m accompagnée très souvent des chaleurs torrides ponctuées d'une grande canicule allant parfois jusqu'à 45° à l'ombre. La région est largement infectée par la malaria, les maladies diarrhéiques et mycoses. C'est

le domaine de l'anophèle et des moutes-moutes, tout cela constituant une difficulté indéniable d'acclimatation et d'accommodation (Présidence de le République du Cameroun 2001 : 3).

Concernant l'hydrographie, il existe à l'Est une large embouchure

constituée en partie par le Rio Del Rey, l'Andokat, la Mémé et la Ngossa quicharrient leurs eaux dans l'océan atlantique. A l'intérieur de ce puzzle, une
multitude de criques de moindres et de grandes importances forment des cours
d'eaux néanmoins tous navigables et parfois au gré des marées (Présidence de la
République du Cameroun 2001 : 3-4).

La population de la région est essentiellement nigériane. Il s'agit des IbioIbio, des Ijaws, des Ibos issus des régions défavorisées du Sud-est nigérian, considérés comme des parias et donc à la recherche d'une terre d'accueil. La presqu'île dispose de nombreuses ressources halieutiques et ces Nigérians mènent une activité exclusive de pêche dans les différentes criques où ils sont regroupés dans les pêcheries construites sur pilotis avec des matériaux dérisoires (Présidence de la République du Cameroun 2001 : 4).

Figure 2 : Présentation de quelques données géographiques de la zone querellée

Source : Institut Nationale ce cartographie (Yaoundé-Cameroun)

Mais en attendant le dénouement diplomatique du 10 octobre 2002 rétablissant la souveraineté du Cameroun sur la presqu'île de Bakassi, les forces armées camerounaises se sont durement opposées aux forces armées nigérianes pendant près d'une décennie. Compte tenu des enjeux militaires de cet affront et

du rôle déterminant des forces armées respectives, il nous est donné dans cette étude d'évaluer les forces armées camerounaises depuis l'envahissement de la presqu'île par les forces armées nigérianes en 1993 jusqu'au retrait de ces dernières au lendemain des accords de Greentree en 2006.

2- LA PROBLÉMATIQUE

La frontière camerouno-nigériane longue de 1690 Km est la source de tous les malentendus et de toutes les ruptures de confiance entre ces Etats. Mal matérialisée et non délimitée par endroits, elle est fréquemment le théâtre et l'enjeu d'incidents d'une gravité certaine (Mouelle Kombi 1996 : 104). Le Cameroun et le Nigeria partagent quatre décennies de conflit (1961-2002) (Onana Mfege 2004 : 79-89).

D'abord l'affaire Northern Cameroon (1961-1963) qui a trait aux plébiscites des 11 et 12 février 1961 relatif à l'accession à l'indépendance du Cameroun britannique et dont l'issue a entraîné le rattachement du Northern Cameroon au Nigeria.

La question du Lac Tchad viendra opposer une fois de plus les deux pays frontaliers et riverains du lac. Le dessèchement progressif de celui-ci va entraîner un important exode des populations nigérianes qui viendront s'installer sur le territoire camerounais gorgé d'eau. Le Cameroun a dû admettre cette immigration en vertu des accords avec le Nigeria sur la libre circulation des personnes et des biens ; et le droit d'établissement.

Le 16 mai 1981, à la suite d'un accrochage entre les éléments de la marine nigériane et une patrouille de l'armée camerounaise soldé par un bilan de cinq (05) tués coté nigérian et de nombreux blessés de part et d'autre, le Nigeria va exiger des excuses officielles, la punition des militaires coupables et l'indemnisation des familles de victimes sous peine de représailles. Le Cameroun, pour normaliser la situation, va s'exécuter.

Ces relations se détériorent de plus belle dès le début des années 90, lorsque le Nigeria manifeste sa prétention à la souveraineté sur certaines localités

d'accueil de ses ressortissants devenus parfois plus nombreux et représentatifs que les autochtones. Cette prétention sera manifestée par l'occupation de la presqu'île de Bakassi par les forces armées nigérianes, défiant ainsi les autorités camerounaises.

En effet, le Nigeria dénonçait partout le processus frontalier depuis la période allemande jusqu'à l'accord de Maroua, d'après le rapport Bassey E. Ate qui a certainement persuadé le gouvernement nigérian d'ordonner le marquage de Bakassi dès 1990 (Onana Mfege 2004 : 89). Ce rapport propose trois options pour la démarcation définitive de la frontière.

- La première option consiste en l'occupation unilatérale de la

presqu'île pour mener le Cameroun dans de sérieuses négociations aux fins de l'établissement d'une frontière mutuellement acceptable.

- La deuxième option préconise la présentation d'une offre d'achat

de Bakassi au Cameroun.

- La troisième option porte sur l'institution d'une administration

conjointe chargée de la sécurité, de l'exploitation des ressources, des domaines, de l'immigration et de la mise en place des services communs.

Finalement, c'est la première solution qui est retenue par le Général Sani Abacha et ce, pour deux raisons à savoir : profiter de la période de transition politique bruyante que traversait le Cameroun après les élections d'octobre 1992 et faire oublier aux Nigérians sa gestion impopulaire en les rassemblant autour de la question frontalière (Onana Mfege 2004 : 89-90).

Les forces armées camerounaises comme toutes autres dans le monde, ayant pour mission générale en cas d'attaque extérieure de se défendre contre les forces ennemies, vont engager une offensive dans le but de protéger le territoire national. C'est le début d'un véritable conflit territorial à plusieurs motivations :

- La motivation sécuritaire qui concerne les mouvements des

forces navales et les navires commerciaux nigérians, camerounais

et étrangers dans la zone maritime attenante, mais aussi la prospection du pétrole off-shore.

- La motivation économique a trait à l'enjeu minier et halieutique.

La zone regorge d'immenses réserves de pétrole et de nombreuses espèces de poissons et crustacés. Le Nigeria y tire la plus grande partie de sa production pétrolière et voudrait par conséquent élargir son champ d'exploitation (Onana Mfege 2004 : 84).

De fait, l'État nigérian va faire peser sur la bordure camerounaise des menaces militaires à visée annexionniste pour Yaoundé (Ango Ela 1987 : 67). Cette agressivité militaire « potentielle » se traduit par une impressionnante infrastructure de quadrillage de la zone frontalière et de la surveillance efficace de la frontière (Ango Ela 1987 : 67). Les forces armées nigérianes baptisées « Opération Harmony IV » vont tenir les localités de Kombo A Bedimo, Inokoï (Bakassi point), Diamond, Akoa (Archibong), sous-préfecture d'Idabato I et II, Kombo Awase, Kombo A Janea, Kombo A Munja I et II, Guidi-Guidi, Uzama en disposant 2300 hommes en poste avancé, 3000 en appui stationnés à Ikang et 4000 éléments de réserve sur la base arrière de Calabar (Onana Mfege 2004 : 91). Elles avaient pour mission d'occuper de bout en bout la presqu'île de Bakassi dans le but d'amener le gouvernement camerounais sur la table de négociation pour une redéfinition de la frontière camerouno-nigériane. Mais le gouvernement de Yaoundé va mobiliser en guise représailles ses forces armées, environ 5000 hommes dont la moitié sera présente sur le terrain (Onana Mfege 2004 : 91). Ces forces armées camerounaises baptisées « Opération Delta » auront pour mission de maintenir les forces nigérianes dans leurs positions, les empêcher d'avancer à l'intérieur des eaux camerounaises en attendant le dénouement diplomatique suite à la saisine de la Cour Internationale de Justice (CIJ) en février 1994 par leur hiérarchie politique. Ces forces armées camerounaises ont-elles été à la hauteur de la mission qui était la leur ? Ou encore pouvaient-elles rétablir la souveraineté camerounaise sur la presqu'île de Bakassi sans l'intervention de la CIJ ?

3- LES HYPOTHÈSES

1- Les forces armées camerounaises ont été à la mesure de la menace militaire que l'État du Nigeria a exercé sur leur territoire.

2- Cependant, ces dernières ont été fragilisées par l'absence de collaboration franche de la France, pourtant liée à l'État du Cameroun par les accords de coopération militaire.

4- LA MÉTHODE ET LES INSTRUMENTS

Il nous faudra préciser comment (la méthode) nous allons procéder pour vérifier les hypothèses de recherche et avec quoi (les instruments) nous allons y parvenir.

- La méthode

Dans le cadre de notre travail de recherche relatif à l'évaluation des forces armées camerounaises face à la puissance militaire nigériane, la méthode historique et comparative nous permettra d'atteindre cet objectif.

Situé dans le champ géostratégique (mise en relief de la relation entre la géographie et la stratégie des Etats) et géopolitique (mise en exergue de la relation entre la géographie et la politique extérieure des Etats) :

- La méthode historique partant de la diachronie à la synchronie

(Grawitz 1984) nous permettra de relever les prouesses des forces armées camerounaises tout au long du conflit armé les opposant aux forces armées nigérianes ;

- La méthode comparative (Seiller : 2004) nous permettra de

mettre en perspective les manoeuvres militaires respectives du Cameroun et du Nigeria tout en déterminant les atouts et faiblesses des forces armées camerounaises.

b- Les instruments

Les instruments qui nous permettront de mener à bien notre recherche sont de trois ordres :

- Les enquêtes par questionnaire

- Les entretiens

- Les documents

c- L'enquête par questionnaire

Elle consiste à poser à un ensemble de répondants, le plus souvent acteurs directs ou indirects, une série de questions relatives à leur situation sociale, professionnelle ou familiale, à leur opinion, à leur attitude à l'égard d'options ou d'enjeux humains et sociaux à leur attente, à leur niveau de connaissance et de conscience du conflits (Quivy et Van Campenhoudt 1988 : 191).

De ses deux variantes, nous avons choisi le questionnaire dit d'« administration directe », c'est-à-dire rempli par le répondant lui-même (Quivy et Van Campenhoudt 1988 : 191).

Ces questionnaires ont été adressés aux sous-officiers et officiers des Opérations Delta et Harmony IV qui ont exigé la confidentialité de leurs identités contre leur entière participation. La teneur des questions se trouve en Annexe I.

d- Les entretiens

Ils se distinguent par la mise en oeuvre des processus fondamentaux de communication et d'interactions humaines correctement mises en valeur. Ces processus permettent au chercheur de retirer de ces entretiens des informations et des éléments de réflexion très riches et nuancés (Quivy et Van Campenhoudt 1988 : 194). De toutes ces variantes, l'entretien centré, mieux connu sous l'appellation de « Focused interview », nous permettra d'avoir la teneur des actions militaires à la guerre. Ces entretiens s'accompagneront d'une analyse des contenus.

e- Les documents

Pour mener à terme notre recherche, nous lirons des ouvrages publics, institutionnels et internationaux relatifs aux forces armées camerounaises et nigérianes.

5-CHAMP D'OBSERVATION ET NIVEAUX D'EXPLICATION

Notre travail de recherche a pour champ d'observation le domaine stratégique, les forces armées sont les acteurs de la politique stratégique de leurs Etats respectifs.

Les niveaux d'explication sont deux à savoir militaire et politique liés aux actions militaires commandées par les politiques de défense des gouvernements.

6-INTÉRÊT ET LIMITE DE LA RECHERCHE

Notre sujet de recherche relatif à l'évaluation des forces armées camerounaises engagées dans un conflit frontalier face aux forces nigérianes revêt premièrement un intérêt heuristique du à sa teneur en information ; deuxièmement un intérêt politique du fait de l'ampleur des actions des différents gouvernements et troisièmement, un intérêt historique relatif à la place de cette guerre dans l'histoire camerounaise (première du genre). Mais du fait de la réputation de ces dernières qualifiées de « Grande muette » et du caractère top secret des contours de cette guerre, il nous sera difficile de couvrir tous ses aspects.

CHAPITRE I :
ÉTAT DE LA QUESTION DES FORCES ARMÉES, DU
CONFLIT ARMÉ ET DE LA COOPÉRATION
MILITAIRE INTERNATIONALE DANS LE MONDE

Jauger les performances des forces armées camerounaises est une question complexe voire spécialisée qui est difficile à traiter. Néanmoins, pour comprendre les enjeux des acteurs de la crise frontalière entre le Cameroun et le Nigeria, il est utile de circonscrire trois dimensions théoriques majeures liées aux questions militaires. Il s'agit des forces armées, des conflits armés et finalement de la coopération militaire internationale (I). Ce rappel théorique sera suivi de la définition des concepts (forces armées, conflit armé, coopération militaire internationale) (II), préalables nécessaires pour une meilleure compréhension de notre travail de recherche.

I- RAPPELS THÉORIQUES

I.1- Les forces armées

Tout État indépendant et souverain, à l'exception de certains au statut particulier (Vatican, suisse etc.), dispose de forces armées de défense. De fait, les armées sont restées pendant longtemps le symbole premier de la souveraineté. Elles sont au service de la Nation. Elles sont le « bras armé » (Hervouët et Bournois 1999 : 160). En France, hormis quelques exceptions notables, les sociologues n'ont guère estimé que l'armée était une institution aussi essentielle que la famille, l'école, l'entreprise, l'État, la religion ou la science. Mais l'armée tient une place essentielle au coeur de l'État. Elle est un acteur majeur de la politique extérieure (domaine réservé). Elle peut dimensionner, déstabiliser ou stabiliser tout État. Ainsi, cette dernière peut être un instrument de « puissance » et de « grandeur » ; un outil de protection des intérêts ; un outil de conquête,

d'émancipation et d'administration ; un outil de contrôle ; un outil diplomatique ; un outil de l'humanitaire (Mvié Meka 2000 : 15).

I.1.1- Les forces armées comme instrument de « puissance » et de « grandeur »

La puissance et la grandeur américaine et française se mesure fondamentalement à l'aune de leurs armées respectives. L'intervention libératrice du Koweit en 1990, la chute du régime de Sadam en 2006 mises à l'actif des forces armées américaines contribuent à la construction de la puissance américaine. La gestion d'autres entités autonomes et souveraines par les EtatsUnis à travers leurs armées qui font et défont des régimes politiques, n'est rien d'autre qu'une marque de la toute puissance américaine. Ils restent les gendarmes du monde, les garants de «leur ordre international » grâce à cet outil de répression au service du politique.

De même, le rayonnement de la France sur la scène internationale est du en grande partie par l'oeuvre de son armée, instrument du politique lorsqu'on se rappelle du rôle joué par cette dernière pendant la colonisation. Pour Jules Ferry, l'expansion coloniale menée par les forces armées est « un instrument décisif de grandeur et de puissance » (Ngongo 1987 : 110). De même, pour permettre à la France de rester une puissance malgré la faiblesse de ses moyens, le Général de Gaulle décidera de placer les anciennes colonies au service de la défense, du développement et du rayonnement international de la France. Au lendemain des indépendances, la coopération militaire sera l'ultime élément du maintien de l'influence française en Afrique noire. De Gaulle considérait ces militaires français comme dernier le moyen dont disposait la France pour préserver ses intérêts et garder son influence lui permettant de rayonner sur le plan international (Fogué Tédom 2006 : 23-25).

I.1.2- Les forces armées comme outil de protection des intérêts

A l'observation de la politique d'expansion coloniale du second empire, les forces armées renforçant les installations françaises de Saint Louis au Sénégal avaient pour mission de les défendre le plus énergiquement possible contre toute forme d'attaque. De même, l'histoire des deux grandes guerres mondiales illustre à suffisance le rôle majeur joué par les militaires dans la protection des intérêts français, anglais, allemands, italiens, etc. (Mvié Meka 2000 : 15-16).

Comme pendant la guerre de 1939-1945 et tout particulièrement avec l'appel du 18 juin 1940 du Général de Gaulle à Londres, de septembre 1939 à mai 1940, la France utilisera les troupes coloniales, la « force noire », pour défendre ses positions et reconquérir son territoire. Cette armée noire permettait de compenser le déficit numérique de l'armée face à ses adversaires réels, dont l'Allemagne. Sur le plan strictement militaire, elle s'impliquait pour la nécessité de la défense du territoire métropolitain. C'est dans les « forces intactes » de l'empire que dès le 18 juin 1940, le général de Gaulle déclare puiser la confiance en sa lutte et d'après le colonel Leclerc, le Cameroun fut le centre de l'initiative de la libération de la France en 1940 (Mvié Meka 2000 : 23-25). L'on peut aussi évoquer la mobilisation des forces armées camerounaises pour la protection de leur territoire envahi par les troupes armées nigérianes en décembre 1993 (Mouelle Kombi 1996 : 107).

I.1.3- Les forces armées comme outil de conquête, d'émancipation et d'administration

Elie Mvié Meka (2000) nous rappelle l'occupation totale du territoire algérien en 1869 qui sera placé sous l'autorité du ministre de la guerre par la légion étrangère créée le 10 mars 1834 pour servir hors du royaume. Dès 1841, les deux régiments, tour à tour, construisent les routes, des ponts tout en poursuivant en même temps l'entreprise de pacification de Kabylie, finalement acquise par le Général Mac Mahon en 1857. L'officier colonial ici est l'homme à tout faire. Il

doit « concevoir, arbitrer, gérer, rendre justice, ouvrir les routes, fonder les marchés, créer de nouvelles ressources de richesses » (Mvié Meka 2000 : 17).

Encore en 1881, le Colonel Dodds à la tête de trois milles hommes équipés d'armes modernes et de balles explosives occupe Abomey. En 1882, les légionnaires s'engagent à Dahomey contre le roi Behanzin, puis au soudan et à Madagascar. On assistera alors à l'écrasement de la mutinerie des tirailleurs sénégalais au camp de Thiaroye, les massacres de Sétif en Algérie, la répression de Madagascar au nom du monopole de la violence légitime au sens wébérien (Mvié Meka 2000 : 17-18).

De même en Afrique noire, il nous fait état de cette mission de la France sur les « terres nouvelles » assimilées à un acte de délivrance des vielles oppressions, du sous développement matériel, des épidémies et des maladies endémiques, des antiques tyrannies de la traite négrière. Ainsi, le militaire français aurait aidé le politique à briser « les fers, dénouer les liens, à promouvoir l'épanouissement », car dépositaire de certaines valeurs d'humanité, d'humanisme et de civilisation. Pour ce faire, « les chevaliers de la civilisation et du progrès » s'employèrent à mater les grandes figures de la résistance africaine tels que LatDyor, Amadou fils de El Hadj Omar, roi Toucouleur, Samori, Rabah... (Mvié Meka 2001 : 17-19).

Par ailleurs, l'armée peut aussi être considérée d'après Kounou (2003) comme un instrument de « modernisation » et du développement. L'instrument militaire est présenté ici comme un rempart contre les désordres sociaux, un appareil organisé en vue de la modernisation et la stabilisation de la société ; une force ultime d'appoint et de réserve à laquelle on pourrait faire appel ou qui pourrait prendre le pouvoir pour prévenir la subversion ou un affrontement total de l'ordre politique ; la seule force organisée pouvant jouer un rôle au premier plan dans la modernisation et le développement des Etats indépendants (Kounou 2003 : 138-139). Tel est le cas du génie militaire au Cameroun qui a, à son actif plusieurs investissements (routes, ponts etc.).

I.1.4- Les forces armées comme outil de contrôle de l'ordre public

Ce rôle, d'après Elie Mvié Meka (2000), est illustré par de nombreuses interventions militaires enregistrées avant et après les indépendances africaines. En 1954, vingt milles légionnaires viennent en appui aux opérations de maintien de l'ordre à la suite des troubles déclenchés en Algérie. Nous avons les interventions des forces françaises pré positionnées en Afrique pour maintenir au pouvoir les présidents Léon Mba et Mobutu, respectivement au Gabon en février 1964 et au Zaïre en 1977 et plus tard en 1978. Ce processus de contrôle pouvait parfois participer de la déstabilisation d'autres souverains jugés peu contrôlables, peu scrupuleux du respect des droits de l'homme et gênant pour la coopération française en Afrique. Ce fut le cas du Maréchal Bokassa en R.C.A. par l'Opération Barracuda en 1978. La France, par ces interventions, contrôle la politique de son pré carré afin de maintenir son influence (Mvié Meka 2000 : 19- 21), car d'après le régime de Vichy, « l'atout impérial est la dernière chance de la France » (Fogué Tédom 2006 : 11).

Aussi, d'après Michel Kounou (2003), les forces armées sont les garants de la loi et du « maintien de l'ordre », constituent un appareil d'encadrement et de contrôle du processus d'accumulation du capital. L'instabilité politique qu'on observe dès le milieu des années 1960 et qui va s'accentuant au cours de la décennie 1970, oblige la recherche à se concentrer non plus sur les conditions de la modernisation, mais bien sur celles de l'ordre et de la stabilité politique. Ainsi, l'armée sera appelée à réprimer les troubles sociaux ou l' « agitation communiste » et bientôt « la menace terroriste ». Pour les théories de la mouvance dialectique historique, les interventions militaires doivent être comprises comme des tentatives visant à déstabiliser la situation pour le capital métropolitain, et dans une certaine mesure pour le capital national ; sans que cela soit pour autant mécanique dans tous les cas de figure. Les armées néocoloniales sont devenues au fil des ans des complexes organisations dédiées à la production d'un surplus de force et de sécurité (Kounou 2003 : 139-140).

I.1.5- Les forces armées comme outil diplomatique

« Instrument du politique » au sens de Clausewitz, Elie Mvié Meka (2000) pense que le militaire a toujours joué un rôle considérable dans la gestion des relations internationales au sein des grandes puissances, à l'instar de l'expédition britannique qui fut à l'origine des incidents de Fachoda en 1898 ; du partage du Cameroun par les généraux Dobell français et Aymerich anglais qui fut entériné par leurs Etats respectifs d'après Engelbert Mveng ; de la mission de ralliement au Cameroun en 1940 du Colonel Leclerc, signé du général de Gaulle faisant de lui son représentant dans toute négociation. Sa lettre de mission signée du Général de Gaulle précisait qu'il devait « représenter le Général de Gaulle dans toute négociation qu'il pourrait y avoir lieu, d'engager ou d'accepter, dans toute déclaration qu'il pourrait y avoir lieu de faire, dans toute initiative qu'il pourrait y avoir lieu de prendre, en vue d'amener tout ou partie des colonies à se joindre au Général de Gaulle pour refuser l'exécution des armistices et continuer la guerre contre les Allemands et les Italiens ». Aussi, « Établir et maintenir la liaison avec les autorités britanniques de Gambie, Sierra Léone, Gold Coast, Nigeria et éventuellement avec d'autres autorités étrangères dans la protection des intérêts français » (Mvié Meka 2000 : 21-22).

I.1.6- Les forces armées comme l'outil de l'humanitaire

La mission colonisatrice s'est accompagnée du lot de bienfaits de la science, de la médecine qui ont amélioré l'état sanitaire, l'espérance de vie et le potentiel de travail des populations africaines d'après Elie Mvié Meka (2000). Ce fut l'oeuvre des médecins militaires français à l'instar d'Eugène Jamot qui lutta contre toutes les épidémies (maladie du sommeil, peste, lèpre...). Toujours à l'actif de l'humanitaire, la force d'assistance humanitaire militaire d'intervention rapide s'est déployée sur de nombreux fronts en Afrique. A la demande des Etats, elle fournissait les moyens de transport, des réseaux de communication, des travaux de génie, des vivres, des tentes du matériel de couchage, des aides médicales, une main d'oeuvre abondante et efficace (Mvié Meka 2000 : 22-23).

Avec la complexification des relations internationales, cette dimension humanitaire des forces armées prend de plus en plus de l'importance dans leurs différents modules de formation. C'est sur cette spécialisation que s'est ouvert le Recamp V au Cameroun, à la suite d'une longue coopération entre la France et ses ex-colonies.

I.1.7- Les doctrines d'emploi des forces armées actuellement en vigueur

Dans toutes les doctrines d'emploi actuellement en vigueur, on distingue principalement quatre grands types d'emploi des forces: la dissuasion, le combat aéroterrestre, la diplomatie coercitive et les opérations en faveur de la paix (Caplow et Vennesson 2000 : 164).

· La dissuasion nucléaire et conventionnelle

Dissuader c'est faire que l'adversaire s'abstienne d'agir car ses chances de succès sont trop aléatoires et/ou d'un coup disproportionnelles aux gains escomptés. Il s'agit d'une stratégie de non emploi des forces et ce trait est encore plus marqué avec la dissuasion nucléaire. Ici l'emploi des forces est virtuel. Tel est le cas de la doctrine de dissuasion nucléaire française formulée au cours des années 1960 et qui est reprise en 1997 et identifiée comme l'une des principales fonctions stratégiques. (Caplow et Vennesson 2000 : 164-165).

· Le combat aéroterrestre

C'est une stratégie qui repose sur un emploi véritable de la force au cours d'un combat aéroterrestre. Il s'agit de détruire la plus grande part des capacités militaires de l'adversaire. Ici, les menaces, la diplomatie et les efforts de persuasion destinés à transformer les préférences et les politiques de l'adversaire n'ont pas de place. Après une définition des rôles et des phases, place est laissée à la bataille. Toutefois, cette conception de l'usage de la force ne signifie pas nécessairement la guerre totale ou la reddition sans condition (Caplow et Vennesson 2000 : 165-167).


· La diplomatie coercitive

La diplomatie coercitive consiste en une menace et/ou un emploi volontairement limité et gradué de la puissance militaire afin de persuader un adversaire de mettre un terme à une action en cours, de revenir au statu quo ante par rapport à une action déjà accomplie ou d'initier une action qu'il juge indésirable. Les termes et expressions «coercition», «coercition stratégique», «stratégie de persuasion », « stratégie de chantage », «stratégie de contrainte », «diplomatie de la canonnière» sont souvent utilisés de manière interchangeable pour désigner cette diplomatie de la violence qui se sert de la force armée pour «exploiter les peurs et les désirs de l'ennemi». Au total, «la diplomatie coercitive» ou «la diplomatie de la violence » cherche à persuader un adversaire par la menace de la violence, mais également par un usage limité et réversible de celleci. Il s'agit de « [...] mener une action graduée visant à faire comprendre à l'adversaire, par des interventions de plus en plus contraignantes, la détermination de la force » (Caplow et Vennesson 2000 : 167-169).


· Les opérations en faveur de la paix

A partir de 1995, les officiers français vont établir une doctrine concernant les opérations de la paix sous l'égide de l'organisation des Nations Unies. Les français envisageront trois types d'opérations différentes : l'opération de maintien de la paix (peace keeping), l'opération d'imposition de la paix (peace enforcement) et l'opération de restauration de la paix (peace building).

L'opération de maintien de la paix est inscrite dans le cadre des dispositions du chapitre VI de la Charte des Nations Unies portant sur la Sécurité Collective. Il s'agit de maintenir la paix avec le consentement des parties en présence, après cessation des hostilités. Le déploiement de la force permet de contrôler le processus des règlements du conflit.

L'opération d'imposition de la paix est fondée sur l'article VII de la Charte. Il s'agit de s'opposer par la force à un agresseur identifié. Il s'agit de conduire une guerre, comme ce fut le cas dans le golfe Arabo persique de 1990-

1991, en Somalie en 1993 par l'Opération américaine « Retore Hope », en Cote d'Ivoire par l'Opération « Licorne » dirigée par la France.

L'opération de restauration de la paix consiste à intervenir dans le cadre du chapitre VII pour favoriser le retour à la paix dans un pays en état de guerre civile où la sécurité des populations est gravement menacée, mais où aucun agresseur n'est désigné (Opération Turquoise au Rwanda) (Caplow et Vennesson 2000 : 169-170).

En fin de compte, les théoriciens de la militarisation de la société présentent les forces armées tantôt comme un instrument de grandeur, de protection des intérêts, des conquêtes et de contrôle de l'ordre, ou encore comme un instrument diplomatique et de l'humanitaire ; et d'autre part comme un appareil de dissuasion, de combat, de répression et de maintien de la paix.

Ces différents cadres théoriques sont apparus utiles non seulement parce qu'ils précisent le rôle naturel des armées dans le monde partant des systèmes autoritaires aux systèmes démocratiques, mais aussi dans la mesure où ils conceptualisent les forces armées comme un instrument aux mains du gouvernement ; un gouvernement dirigé par les autorités en quête de modernité, de développement et de sécurité. En somme, ces théories posent le bras armé de l'Etat comme le garant de la grandeur, du respect de la loi, des institutions républicaines et de l'intégrité nationale.

Malgré leur utilité heuristique, les théories de la militarisation des sociétés n'ont pas encore pu éclaircir, complètement, les raisons de la persistance de ce phénomène dans les systèmes démocratiques, régime politique à prétention universelle. Comment expliquer que malgré leur omniprésence dans la plupart des Etats, l'ordre public et l'intégrité territoriale des Etats continuent à être méprisés ?

I.2- Le conflit armé

Le conflit armé est au regard de l'histoire humaine une constante. Indépendamment des formes qu'elle peut prendre, son intensité augmente avec l'évolution des sociétés (Fogué Tédom 2006 : 6). Depuis la nuit des temps à nos

jours, les guerres sont considérées comme: «Nécessité» vitale et exutoire des contradictions internes ; recherche de la suprématie et moyen de contrainte politique ; la manifestation des contradictions de l'expansion du capitalisme ; acte d'intégration politique et de résistance extérieure (Kounou 2001 : 226).

I.2.1- Le conflit armé comme « nécessité » vitale et exutoire des contradictions internes

D'après Kounou (2001), Machiavel distingue deux formes fondamentales des guerres : la guerre de survie et la guerre politique. La première peut être offensive ou défensive respectivement lorsqu'un peuple affamé ou misérable procède à une attaque contre les peuples extérieurs pour s'approprier de bonnes terres nécessaires pour leur survie ou lorsque le peuple envahi riposte en repoussant les assauts extérieurs indispensables pour sa survie. Qu'elle soit offensive ou défensive, la guerre de survie chez Machiavel, est posée comme une nécessité.

La seconde, quant à elle, découle de l'ambition des princes et des républiques à étendre leur empire. Aussi redoutable qu'elle soit, elle n'est pas aussi terrifiante que la précédente car, elle est une guerre de soumission et non d'extermination ou d'expropriation. Elle n'est pas liée à l'instinct bestial de survie, mais découle bien de la nature humaine. C'est une réponse préventive aux contradictions internes de l'État pouvant détourner la guerre civile en canalisant les forces intérieures vers un ennemi extérieur. Ici aussi, la guerre politique, en même temps qu'elle serait fatalité, est surtout une nécessité.

Toujours d'après Kounou (2001), un siècle plus tard, Hobbes émettra l'hypothèse de l'omniprésence de la guerre dans l'état de nature dans lequel « L'homme est un loup pour l'homme », d'où le fait que la guerre serait un phénomène tout à fait naturel.

Au XVIIIe siècle, Rousseau postulera que c'est par nécessité de défendre la patrie en danger que les Etats se trouvent en état de guerre permanent. Au XIXe siècle, l'exaltation de la nation et de l'État va induire une tendance à la

glorification de la guerre comme exutoire commode dans les actes d'agression externes et parfois de défense, dont l'enjeu dépasse largement les simples questions de frontières. Aussi, deux principes essentiels guideront les relations internationales:

1) Considérer qu'un État constitue une menace et ne jamais se fier à ses promesses.

2) Profiter de tout avantage pour accroître sa puissance afin de ne pas être démuni lorsque surviendra inéluctablement la guerre.

Dans ce contexte, la seule chance de paix réside dans l'équilibre des forces en présence (Kounou 2001 : 226-227).

I.2.2- Le conflit armé comme recherche de suprématie et moyen de la contrainte politique

Kounou (2001) établit que ce type de guerre n'a pas pour but la survie biologique ou physique, mais son but est d'imposer à l'autre sa propre valeur, sa suprématie d'après Hegel qui ira encore plus loin en soulignant le caractère indispensable de la guerre pour l'homme de la civilisation. Pour sa part, Nietzsche attribue les causes de la guerre à la dégénérescence de l'Etat, consécutive au triomphe des esclaves qui réclament l'égalité de droit. La guerre est donc l'expression d'un instinct dominant qui s'impose aux adversaires et qui travaille au triomphe... de la vie. La guerre est destructrice de valeurs périmées et créatrices de nouvelles valeurs (Kounou 2001 : 227-228).

Clausewitz soutient que la guerre est «la simple continuation de la politique avec d'autres moyens ». Elle sera encore définie comme « un acte de violence destiné à contraindre l'adversaire à exécuter notre volonté en usant de l'intégralité de la force physique ». La guerre, en même temps qu'elle est un acte politique, est aussi un instrument politique (Kounou 2001 : 227).

Pour Ludendorff, la guerre totale qui est un engagement généralisé se traduisant par une destruction complète non pas seulement des secteurs militaires mais , de tous les domaines de la vie. Elle donne lieu à la subordination du

politique au militaire, et non l'inverse comme dans la perspective de Clausewitz (Kounou 2001 : 228).

I.2.3- Le conflit armé comme la manifestation des contradictions de l'expansion du capitalisme

Depuis le XVIe siècle, les conflits armés trouvent leur fondement d'après Kounou (2001) dans l'élaboration de l'infrastructure économique et sociale, des antagonismes de classes qui sont à l'origine de la lutte des classes et de la guerre entre bourgeois et prolétaires. Le capitalisme porte les guerres à l'intérieur à travers un mode inégalitaire de socialisation et à l'extérieur à travers les rivalités entre États dans la course effrénée aux colonies et aux richesses dont recèlent ces dernières, tout comme dans la recherche des débouchées pour écouler la surproduction. Les guerres apparaissent alors inéluctables, car elle résultent des contradictions irréductibles du capitalisme. Parce que ce dernier se sentait à l'étroit dans les États nationaux européens, il s'est mis à la conquête des terres lointaines pour y investir les capitaux et extraire les matières premières stratégiques. Dans cette perspective, l'armée n'est et ne sera qu'un moyen au service du politique. Rosa Luxembourg insistera sur ce besoin de territoire pour écouler les ressources de surproduction « invendables » sur le marché européen ; mais aussi, sur ce besoin de ressources pour les industries européennes. Ce qui a entraîné les guerres impérialistes (Kounou 2001 : 228-229). Mao Zedong, à son tour, pose la guerre comme la forme la plus élevée de la lutte visant à résoudre les contradictions, lorsqu'elles se sont développées jusqu'à un certain degré entre classes, nations, États et groupes politiques. Il distingue ainsi les guerres justes (guerres progressistes) des guerres injustes (celles qui tentent ou veulent empêcher le progrès), (Kounou 2001 : 229-230).

I.2.4- Le conflit armé comme acte d'intégration politique et de résistance extérieure

D'après Kounou (2001), de l'observation du continent africain, il se dégage de manière générale jusqu'au XIXe siècle, trois types de conflits armés africains.

- Les guerres de refondation politique qui se sont caractérisées par la destruction des empires médiévaux, et se sont soldées par la création de vastes empires puissants et centralisés. La guerre d'intégration territoriale à travers des mariages entre clans rivaux et par la réhabilitation progressiste des prisonniers de guerre.

- Le conflit entre l'Islam et l'animisme, caractérisé par les invasions
musulmanes faits d'affrontements redoutables, féroces et impitoyables.

- Le conflit entre les Africains et les Européens, caractérisé par une violence inouïe tout au long de l'esclavage et de la colonisation. La guerre est ici synonyme d'extermination et de pillage systématique des ressources humaines et matérielles, tout en étant stabilisatrice et destructrice comme au Bénin.

« On remarque, tout au cours de l'histoire lointaine et récente, que la signification de la guerre change. En Occident féodal, la guerre est d'abord présentée comme une nécessité vitale, en même temps qu'elle est un artifice meurtrier permettant de détourner l'attention des problèmes internes. Au cours de l'ère industrielle, la guerre est ensuite présentée comme un moyen de contrainte et une recherche de suprématie. Avec l'expansion du capitalisme, la guerre est enfin la résultante des contradictions, des rivalités inhérentes à la conquête du monde par les puissances capitalistes » (Kounou 2001 : 230-231).

En définitive, les théoriciens de la guerre la présentent comme une nécessité vitale, comme la recherche de la suprématie, comme la manifestation des contradictions de l'expansion du capitalisme et enfin comme un acte d'intégration politique et de résistance extérieure.

Ces théories de la guerre sont utiles car, elles permettent de constater les changements de signification de la guerre au cours de l'histoire partant de la féodalité à l'extension du capitalisme. Mais elles n'expliquent pas suffisamment la notion de guerre frontalière à l'instar de celles qu'on rencontre dans le Golfe de Guinée. Qu'est ce qui explique le fait qu'un Etat décide de s'approprier par les armes le territoire d'un Etat voisin, territoire qui lui avait été ouvert amicalement ?

I.3- La coopération militaire internationale

Théoriquement, la coopération peut être définie comme « un mode de relations internationales qui implique la mise en oeuvre d'une politique (donc d'une stratégie et d'une tactique) poursuivie pendant une certaine durée de temps et destinée à rendre plus intimes, grâce à des mécanismes permanents, les relations internationales dans un ou plusieurs domaines déterminés sans mettre en cause l'indépendance des unités concernées » (Gonidec 1974 : 390). Dans cette lecture de la coopération, on retrouve une série d'opérations, c'est-à-dire une action se déployant dans des secteurs tels que la technique, l'économie, la culture recouvrant une acception globale. En s'arrêtant dans le secteur technique, on peut retrouver la sécurité, susceptible de mobiliser plusieurs Etats. Cette interaction étatique autour de la sécurité donne naissance à la coopération militaire.

La coopération peut aussi être définie comme cette relation de « donnant donnant » entretenue par les États dans les relations internationales (Axelrod 1984 : 42). Cette relation peut être basée sur la confiance, la loyauté et l'altruisme, soit sur les interactions, soit sur les institutions stabilisant les enjeux, favorisant la transparence, rendant le futur plus prévisible et permettant ainsi aux États de mieux coopérer. La sécurité étant un domaine très sensible, les Etats s'associent pour se défendre contre un éventuel agresseur : il s'agit de la coopération militaire basée sur le gain absolu ou l'intérêt mutuel.

Aussi, le terme coopération a succédé à beaucoup d'autres, tels que celui d' « aide aux pays sous-développés » ou « pays en voie de développement ». Georges Pompidou en tant que Premier ministre de le République Française dira

dans son discours sur la coopération prononcé devant l'Assemblée nationale le 10 juin 1964 que « Dans une politique de coopération avec les pays en voie de développement, ceux qui donnent et ceux qui reçoivent doivent faire des échanges dans lesquels chacun apporte quelque chose à l'autre. De même, l'expression en voie de développement signifie que l'intervention de la coopération est de pousser les pays aidés en avant sur la voie de développement et non de les maintenir la tête hors de l'eau » (Essama 1984 : 47). Ce discours consacrait la coopération comme la grande ambition de la France. Cette dernière se matérialisait par la signature des accords de coopération militaire avec son pré carré. Par ces accords militaires, on distingue : les accords de défense, les accords de coopération et d'assistance technique militaire, des accords secrets de maintien de l'ordre, les actions ponctuelles de coopération militaire, les troupes pré-positionnées dans les bases militaires étrangères permanentes, les aides directes en matériel et en personnes, les interventions sanglantes pour étouffer des révoltes populaires, des manoeuvres conjointes avec certaines armées africaines... (Kounou 2003 : 162).

D'après Kounou (2003), ces accords de défense créent des liens très étroits entre les États concernés et la France. Les États signataires de ces accords de défense sont le Gabon, la RCA, la Côte d'Ivoire, le Togo, Djibouti, Sénégal, Cameroun, Comores.

L'assistance militaire technique quant à elle consiste en des transferts des savoirs et des technologies aux pays bénéficiaires : aides directes en matériels, concours financier, formation et instruction des forces armées (Kounou 2003 : 163).

Cette coopération militaire a fait des armées africaines des filles de l'armée française (de la Gerivière 2002). Ainsi, sous le couvert de ces accords, la France est intervenue une trentaine de fois en Afrique tant à l'intérieur du territoire pour stabiliser les régimes issus de l'indépendance, maintenir la paix, protéger les populations (Sénégal, Gabon, Tchad...) qu'à l'extérieur du territoire pour contrecarrer l'invasion des pays voisins (Tchad-Lybie, Mauritanie-Polisario) (Kounou 2003 : 169). Pour les mêmes motifs, la France se devait d'intervenir

comme allié du Cameroun dans le conflit l'opposant à son voisin le Nigeria dans le souci du respect scrupuleux des accords de coopération militaire les liant.

En définitive, toutes ces approches théoriques de la coopération internationale (militaire) sont d'une grande importance, car elles nous présentent toutes les différentes considérations de la coopération, à savoir la coopération militaire comme liens intimes sur le plan militaire entre les États ; la coopération militaire comme relation de « donnant donnant » dans le domaine militaire entre plusieurs Etats dans les relations internationales ; la coopération militaire comme politique d'aide de la France aux pays en voie de développement sur le plan militaire. Mais seulement, ces théories ne répondent pas à la question de savoir si la coopération militaire est de nature néo-coloniale.

II- DÉFINITION DES CONCEPTS

Notre thème de recherche tourne autour de trois concepts clés que nous tenons à définir dans les lignes qui suivent. Il s'agit des concepts de force armée, du conflit armé et de coopération militaire internationale.

II.1- La force armée

Dans notre travail relatif à l'évaluation de la performance des forces armées camerounaises dans le conflit frontalier les opposant aux forces armées nigérianes, la notion de force armée doit être entendue comme le bras armé d'un gouvernement garant du maintien et du respect de l'ordre, du respect des institutions de la République, des intérêts de l'État et de l'intégrité du territoire national.

La force armée peut aussi être considérée comme un outil de conquête, d'émancipation, de développement et de sécurité d'une entité étatique en pleine propension. Toutes ces définitions se retrouvent comprises dans les approches théoriques Mvié Meka (2000) et de Kounou (2003).

C'est dans le cadre de ces deux définitions que nous pouvons situer les actions des forces armées camerounaises et nigérianes dans le conflit étudié. Ici,

les forces armées nigérianes faisant la politique de leur gouvernement peuvent être assimilées à un outil de conquête dans leur escalade en terre camerounaise. Par leurs actions, le gouvernement camerounais perd sa souveraineté sur la presqu'île de Bakassi qui devient, par ricochet, une propriété nigériane. Les forces camerounaises, dans leurs représailles, constituent un outil de protection des intérêts et de l'intégrité territoriale.

En définitive, la force armée dans notre analyse aura deux sens : la force armée comme outil de conquête et d'émancipation ; la force armée comme outil de protection des intérêts et de l'intégrité territoriale. Mais l'armée en tant qu'organisation doit sa valeur à sa structure, à ses attributions et à ses mécanismes.

II.1.1- La structure de la force armée

Le caractère dynamique du territoire (terrestre, maritime, aérien) va entraîner la dynamisation des forces armées. On retrouve alors dans la plupart des États : une armée de terre, une armée marine, une armée de l'air. A ces forces, s'ajoutent dans certains États la Gendarmerie, les sapeurs pompiers à l'instar de la France et du Cameroun respectivement.

Le développement contemporain des forces armées a été marqué par une différenciation croissante en trois dimensions: la dimension verticale des rangs et du commandement, la dimension horizontale de la spécialisation professionnelle et la dimension spatiale de la zone (Caplow et Vennesson 2000 : 16-17). La différenciation verticale comporte des échelles de grades et d'unités de commandement stables. La différenciation horizontale concerne la spécialisation par arme ou spécialité au sein d'une armée. La différenciation spatiale marque la distinction entre les bases internes ou domestiques et les théâtres d'opération ; et au sein des théâtres entre le front, la zone intermédiaire et l'arrière.

La différenciation verticale au sein des forces armées des Etats modernes est particulièrement stable. L'organisation générale des grades et des unités de commandement pour les forces terrestres a à peine changé ces deux derniers

siècles. En France et comme au Cameroun par filiation, l'organisation classique se compose d'après le tableau suivant :

Tableau 1 : Présentation des grades et unités de commandement des forces armées dans le monde.

Grade

Unité de commandement

Caporal / Quartier-maître

Equipe de feu

Sergent / Maître

Equipe, groupe ou escouade

Lieutenant / Enseigne de vaisseau

Section

Capitaine / Lieutenant de vaisseau

Compagnie

Commandant / Capitaine de corvette

Bataillon / Escadron

Lieutenant-Colonel / Capitaine de frégate

Bataillon / Escadron

Colonel / Capitaine de vaisseau

Régiment / Base

Général de Brigade / Contre-amiral

Brigade

Général de Division / Vice-amiral

Division

Général de corps d'armée / Vice-amiral d'escadre

Corps d'armée

Général d'armée / Amiral

Armée

Source: Théodore Caplow et Pascal Vennesson, 2000, p.17.

Au sein des armées de terre, de l'air et de la marine, on compte 11 grades d'officiers, 5 grades de sous-officiers et 3 grades de militaires de rang. Les grades sont regroupés comme suit: officiers généraux, officiers supérieurs, officiers subalternes, sous-officiers et militaires de rang. Les rangs de la marine ont un nom différent, mais sont équivalents à ceux des autres armées.

Derrière ces grades se trouvent des professionnels hommes et femmes, quiexercent leur métier dans ces différents corps. Ils sont répartis en 4 catégories dont

le recrutement, la formation professionnelle, le déroulement des carrières avec des responsabilités différenciées. On distingue :


· Les militaires de rang assimilables aux «ouvriers spécialisés et qualifiés»,

· Les sous-officiers comparables aux « agents de maîtrise» et aux « techniciens supérieurs» des secteurs civils,

· Les officiers correspondant aux cadres « moyens et supérieurs» et parmi lesquels on retrouve les officiers de carrière recrutés par concours (2 à 5 ans d'étude) et les officiers sous contrat,

· Les officiers généraux ayant pour égaux les hauts fonctionnaires et dirigeants d'entreprises (Hervouët et Boumois 1999 : 160-162).

II.1.2- Les attributions de la force armée

L'appartenance aux armées détermine pour les militaires une éthique professionnelle, mais aussi des devoirs et des droits qui sont très largement spécifiques (Hervouët et Boumois 1999: 162-163).

L'éthique militaire repose sur trois valeurs fondamentales:

- Les armées, et donc chaque militaire, sont au service de la nation toute entière.

- Pour la cause de la nation, il doit tuer un adversaire ou être tué.

- Le service de la nation l'oblige à une soumission entière aux décisions du pouvoir politique.

Les devoirs fondamentaux du militaire sont:

· Reconnaître pour chef l'officier désigné et dont l'autorité procède du Président de la République et de lui obéir en tout ce qu'il commandera pour le bien du service, le respect des lois et le succès des armes.

· Etre astreint à une disponibilité permanente tant physique que technique ou psychologique, ce qui exclut le droit de grève.

· Le « devoir de réserve» lui interdit toute prise de position publique sur des sujets susceptibles de porter atteinte à la sécurité, au moral et à l'unité de la nation ou des armes.

Comme droit, le militaire bénéficie d'une solde qui n'est pas la rémunération d'un travail ou d'un service, mais une allocation lui permettant de vivre décemment avec sa famille et une pension de retraite qui lui sont attribuées par la nation sur le budget de l'Etat.

Les forces armées sont au service de la défense comme volonté d'un Etat d'assurer par la voie des armes, la sauvegarde de l'intégrité de son territoire, de sa souveraineté nationale, sa culture ainsi que d'autres valeurs jugées essentielles ou vitales pour son existence. Ses actions restent définies par la politique de défense (offensive ou défensive) élaborée par le politique. Pour mettre en exécution cette politique de défense, le politique met à la disposition des forces armées de l'armement et de la technologie (Hervouët et Bournois 1999 :160-162).

II.1.3- Les mécanismes de la force armée

La technologie joue un rôle dans l'art de la guerre, particulièrement depuis la révolution industrielle au début du XIXe siècle. Les pays qui exploitent efficacement les avancées technologiques peuvent obtenir des avantages significatifs sur le champ de bataille, tandis que ceux qui restent à la traîne risquent la défaite (Caplow et Vennesson 2000 : 62). C'est ainsi que l'histoire des relations internationales et des guerres est marquée par de profonds écarts dans le développement technologique en mettant aux commandes celui qui dispose des technologies militaires les plus sophistiquées. Pour Caplow et Vennesson (2000), si de telles confrontations peuvent donner à la technologie un rôle éminent, voire décisif, elles ne résument pas les relations riches qui se nouent entre l'art de la guerre, les déterminations politiques et les technologies militaires. Ceci, parce que les technologies sont en constante interaction avec une organisation militaire à qui elles fournissent des armes, des véhicules, l'équipement et les méthodes de construction. Mais des facteurs sociaux et politiques structurent l'ordre de bataille, le réseau de commandement et de contrôle, la capacité de manoeuvre, la motivation des troupes et la cohésion des unités (Caplow et Vennesson 2000 : 62). La supériorité technologique à elle seule n'est pas une garantie de succès à la

guerre, car une direction politique déficiente, un commandement hésitant, une mauvaise planification peuvent aisément réduire à néant le bénéfice issu de la possession de certaines armes (Caplow et Vennesson 2000 : 63). En 1870 par exemple, les troupes françaises étaient équipées d'un meilleur fusil que les Allemands, mais les insuffisances de commandement étaient telles que l'avantage technologique est resté sans effet sur l'issue des combats. Quel que soit l'efficacité réelle des armements, il demeure difficile d'évaluer à l'avance leur conséquence générale sur l'art de la guerre (Caplow et Vennesson 2000 : 63). Quelle que soit les logiques de l'armement choisies par le politique (offensive ou défensive), on ne peut pas prédire le dénouement de la guerre. Car, l'alternance de l'avantage entre l'attaque et la défense est l'une des caractéristiques les plus marquantes de l'histoire militaire (Caplow et Vennesson 2000 : 64). Si certaines armes favorisent la défensive, le dilemme de la sécurité est moins influent. A l'inverse, lorsque les armements offensifs dominent, la guerre sera plus probable (Caplow et Vennesson 2000 : 65).

Mais, une critique commune remet en cause la distinction entre capacité militaire offensive et défensive du fait que tous les systèmes d'armes peuvent servir à la fois à l'offensive et à la défensive: les chars par exemple peuvent fournir la mobilité et la puissance de feu nécessaire à une offensive, mais également donner au défenseur la mobilité nécessaire pour faire face à l'attaque sur différents points du périmètre concerné (Caplow et Venesson 2000 : 66).

En fin de compte, la force armée comme outil de conquête et d'émancipation ou comme outil de protection des intérêts et de l'intégrité territoriale ne doit son efficacité ou sa place qu'au respect de sa structure, de ses attributions et de ses mécanismes. Qu'en est-il du conflit armé ?

II.2- Le conflit armé

En évaluant les forces armées camerounaises impliquées dans un conflit

armé les opposant à leurs voisins nigérians, le conflit armé sera considéré non
comme une nécessité vitale et exutoire des contradictions internes, mais comme la

recherche de la suprématie et moyen de contrainte politique, comme un acte d'intégration politique pour le Nigeria et comme un acte de résistance extérieure pour le Cameroun, bref comme la manifestation des contradictions de l'expansion du capitalisme. De nature frontalière, ce conflit armé n'est que le résultat de la volonté annexionniste exprimée et manifestée par le Nigeria sur les possessions camerounaises. A la découverte des ressources que regorge la presqu'île de Bakassi, le gouvernement nigérian a voulu s'en approprier par la voie des armes, à travers l'armée qui n'est rien d'autre qu'un instrument politique. La riposte camerounaise a donc été considérée comme une déclaration de guerre.

En somme, le conflit armé sera retenu comme la manifestation des contradictions de l'expansion du capitalisme d'après Kounou (2001). Ce capitalisme serait toujours responsable de la diversité des conflits armés que connaît l'Afrique subsaharienne, conflits aux multiples causes, aux coûts énormes et dont la résolution serait indispensable pour le développement de l'Afrique.

II.2.1- La diversité des conflits armés au sud du Sahara

D'après Kounou (2001), en faisant abstraction des guerres héroïques, de résistance et de libération africaine au Cameroun, en Angola, au Mozambique, en Guinée Bissau, en Namibie et en Afrique du Sud ; on remarquera que l'Afrique a connu au moins cinq autres types principaux de conflits majeurs depuis les indépendances, à savoir: des mutineries ou des coups d'Etat ; des révoltes populaires ; des conflits frontaliers ou des guerres d'invasion ; des raids ou interventions étrangères ; des guerres civiles (Kounou 2001 : 231).

+ Les mutineries ou les coups d'Etat concernent le domaine de politique interne de l'Etat, en particulier les luttes de pouvoir. Ils surviennent lorsque les autorités ne répondent plus aux demandes du peuple, lorsque les gouvernés ne se sentent pas pris en compte dans le partage des fruits de la croissance. Les mutineries précèdent souvent les coups d'Etat qui peuvent être orchestrés par des organisations transnationales ou des puissances et services étrangers. Tel a été le cas au Tchad, en Centrafrique, au Gabon...

+ Les révoltes populaires proviennent aussi en général des luttes internes de pouvoir entre certaines couches dominantes et les groupes dominés de la société. Ici, les premières, même numériquement minoritaires, restent à priori favorisées sur les seconds par le rapport de forces en présence basé sur une appropriation monopolistique des attributs du pouvoir économique, politique et militaire ou aussi des alliances qu'elles ont noué avec le milieu international.

+ Les conflits frontaliers ou des invasions sont en général la conséquence des arrangements étranges de décolonisation, de la non délimitation rigide des frontières précoloniales. Ces conflits frontaliers peuvent aussi être le fait des visées expansionnistes sur les ressources stratégiques ou des espaces territoriaux.

+ Les raids et interventions étrangers relèvent de l'ingérence externe qui a pour but la stabilisation des pouvoirs africains ayant montré des velléités de démarcation de l'ordre néocolonial.

+ Les guerres civiles ont une dimension ethnique ou « tribale». Elles sont le résultat de manipulations de diverses couches par les forces politiques pour se donner une assise politique et militaire comme ce fut le cas au Rwanda (Kounou 2001 : 231-237).

II.2.2- Les causes des conflits armés

Les conflits post bipolaires africains ont des causes diverses si l'on s'en tient à la littérature abondante : l'ethnicité, la pathologie de l'Etat et le desserrement de l'étau bipolaire (Ntuda Ebodé et Nsizoa (2001), fontrier (2002)) ; l'économie et le politique (Kounou (2001)).

-L'ethnicité d'après Ntuda Ebodé et Nsizoa (2001) peut être retenue comme l'une des causes principales des conflits armés africains au regard de l'ampleur des guerres civiles dont elle est à l'origine (18 guerres civiles sur 23 en cours en 1999) (Ntuda Ebodé et Nsizoa 2001 : 129).

-La pathologie de l'Etat à leur avis fait aussi partir des causes principales des guerres africaines. Ce sont les maux qui minent l'Etat africain à savoir la pauvreté, la corruption, le déclin des institutions étatiques, l'endettement extérieur, etc. qui cristallisent les sensibilités ethniques, religieuses et régionales (Ntuda Ebodé et Nsizoa 2001 : 129).

-Le desserrement de l'étau bipolaire constitue aussi un facteur d'émergence des conflits armés en Afrique, si l'on part de l'hypothèse selon laquelle la guerre froide incitait les Etats à la prudence. Partant de la bipolarité à la multipolarité, cette géométrie des rapports de puissances expliquerait la multiplication de conflits en Afrique (Ntuda Ebodé et Nsizoa 2001 : 134).

-Fontrier (2002) réitéra comme cause de guerre en Afrique la chute du mur de Berlin, la question de sentiment national, la pauvreté , la déliquescence de l'État et la réémergence du réflexe ethnique. Ces clivages ordinaires entre religions et ethnies s'expriment plus violemment encore lorsque la satisfaction des besoins alimentaires devient elle-même une gageure

-Kounou (2001) quant à lui dira que c'est dans ce contexte politique, économique et social trouble que les intermédiaires ethniques, religieux et régionaux prennent le relais pour engendrer des mutineries ou des coups d'Etat, des révoltes populaires, des guerres civiles (Kounou 2001 : 233). Pour lui, le pluralisme ethnique en soi n'a pas de sens. Il ne peut être compris que par rapport aux logiques des acteurs qui le manipulent au gré de leurs intérêts (économique et politique). Non seulement l'ethnicité est la cause d'un seul type de conflit armé sur cinq que connaît l'Afrique, cette problématique découle de la déliquescence de l'État post colonial (Kounou 2001 : 233).

II.2.3- Les coûts des conflits armés

Caractérisés par l'expression des armes, les guerres sont létales et les victimes se chiffrent en centaines de milliers, soit 150.000 par année durant la période allant de 1946 à 1988 ; 200.000 pour la période qui va de 1989 à 1998. Au

delà de cet aspect humanitaire, se dégagent des coûts sociopolitiques ; économique ; psycho spirituel, et écologique (Ntuda Ebodé et Nsizoa 2001 :123). Parlant des coûts sociopolitiques, Ntuda Ebodé et Nsizoa font état de l'aspect humanitaire, politique et socioculturel.

Sur l'aspect humanitaire, les chiffres sont alarmants, car les morts se comptent en centaines de milliers (200.000 au Libéria, 100.000 au Burundi...). D'après eux, cette situation de guerre civile explique le nombre très élevé des Réfugiés sur le contient (1million pour le Rwanda seul) ; l'enrôlement de nombreux enfants dans l'armée (4 millions) ; les problèmes d'eau, de malnutrition, de maladies endémiques.

Sur l'aspect politique, ils font état de la rupture du système politique qui se traduit sur le plan interne et externe par des coûts énormes. Sur le plan interne, l'instabilité politique se manifeste par l'affaiblissement de l'État, le recul de la loi ou les coups d'Etat récurrents. Sur le plan externe, l'instabilité limite les investissements étrangers directs et l'aide internationale.

Sur le plan culturel, les sites archéologiques, monuments et autres vestiges du patrimoine culturel sont généralement détruits, mettant ainsi des civilisations entières en péril.

Parlant des coûts économiques, psycho spirituels et écologiques, ils parlent sur le plan économique du blocage des économies du continent (Ésthiopie, Ouganda, RDC, Afrique du Sud, Nigeria, Libéria, Tchad, Angola, Cameroun...) ; sur le plan psychologique de la récurrence de la violation politique en Afrique ; sur le plan spirituel de la perte du sens des valeurs telles que la vie ou le bien ; sur le plan écologique, de la destruction de l'environnement ou de la biodiversité (Ntuda Ebodé et Nsizoa 123-129).

Compte tenu de ces coûts multiformes des conflits armés dans le monde et plus particulièrement en Afrique subsaharienne, leurs résolutions restent un impératif.

II.2.4- La résolution des conflits armés

La résolution de la plupart des conflits dans le monde s'est toujours faite par l'intervention d'un tiers. L'efficacité de l'intervention d'un tiers dépend de la distance rationnelle entre l'arbitre du conflit et les parties qui s'affrontent. Plus cette distance est grande, plus le règlement sera respecté (Caplow et Vennesson 2000 : 206). D'après ces derniers, le style de règlement peut aller de la pacification amicale, jusqu'à la médiation, l'arbitrage, la décision de justice et la pacification répressive. De même, pendant presque deux siècles, la communauté internationale s'est efforcée d'imposer des modes de résolution des conflits notamment :

- La médiation par un Etat neutre, comme le règlement de la guerre Russojaponaise par les bons offices des Etats-Unis ;

- L'intervention active d'un Etat neutre, comme l'intervention navale américaine au nom de l'Irak au cours de la guerre Iran Irak ;

- La médiation par un consortium d'Etats, le Conseil Européen a fonctionné ainsi tout au long du XIX siècle ;

- La médiation par une organisation internationale comme lorsque la société des Nations est parvenue à mettre fin à la petite guerre entre la Grèce et la Bulgarie en 1925 ;

- Une intervention armée par une organisation internationale, comme quand les Nations Unies se sont impliquées dans la guerre du Katanga ;

- Un processus légal, comme dans le règlement des disputes à propos de la pêche et d'autres sujets mineurs par la Cours Internationale ou la Cours Permanente de Justice Internationale (CPJI) ;

- L'intervention diplomatique par des États tiers, comme dans les nombreuses crises de sécession des colonies espagnoles en 1821 jusqu'à la guerre de balkans dans les années 1990 (Caplow et Vennesson 2000 :206- 207).

Bien que ces méthodes aient occasionnellement réussi à prévenir ou à mettre fin à la guerre, elles ont souvent échoué, et parfois de manière désastreuse.

L'intervention d'un État tiers dans un conflit entre l'Autriche et la Serbie a contribué au déclenchement de la première guerre mondiale ; les vains efforts de la Société des Nations pour arrêter l'invasion de la Mandchourie par le Japon et l'invasion de l'Ethiopie par l'Italie ont favorisé le déclenchement de la seconde guerre mondiale (Caplow et Vennesson 2000 : 207). Pour éviter les probables échecs de ces modes de résolution des conflits en aval, il serait mieux de veiller au maintien de la paix en amont. Caplow et Vennesson propose comme mécanismes de maintien de la paix : la diplomatie, le commerce et la finance internationale ; le processus de civilisation de Norbert Elias ; l'intégration régionale, fusion et fissions nationales ; la dissuasion nucléaire (Caplow et Vennesson 2000 : 207- 224).

In fine, les conflits armés africains sont le reflet des contradictions de l'expansion du capitalisme. Ce sont les conflits ethniques et politicoéconomiques. Mais, contrairement à ceux qui pensent que ces conflits africains sont généralement ethniques, ils nous semblent plutôt fondamentalement économiques (recherche des richesses à l'instar du pétrole, matières premières...) et politiques (volonté annexionniste du Nigeria). Ces conflits généralement économiques ont souvent pour masque le caractère oripeau ethniciste. Que retiendrons-nous de la coopération militaire internationale dans notre travail ?

II.3- La coopération militaire internationale

Dans notre exercice d'évaluation des forces armées camerounaises, acteurs principaux du conflit étudié les opposant aux forces nigérianes, la coopération militaire sera considérée comme l'action d'aide militaire de la France aux pays sous développés de son pré-carré. Elle est représentative des accords de défense et d'assistance militaire, technique signés entre la France et les pays de son ex-empire colonial. Cette coopération peut aussi être assimilée à la volonté de la France de rester présente en Afrique malgré les indépendances. Synonyme de politique africaine de la France, elle apparaît comme un obstacle majeur pour l'amorce d'une autonomie politique et stratégique des anciennes colonies

françaises d'Afrique noire, voire un puissant instrument d'extraversion (Fogué Tédom 2006 : 47-48). La France utilise les accords de coopération militaire pour maintenir son influence dans ses anciennes colonies, ses militaires lui permettant de garantir les intérêts vitaux. L'Afrique se retrouve être pour la France une source minière stratégique inépuisable à préserver, un réservoir d'hommes. La coopération militaire rend ainsi dépendante l'Afrique et place la France au centre de toute mutation politique.

Et comme exemple de coopération militaire, il serait judicieux pour nous de parler de la coopération militaire franco-camerounaise portant sur les accords de défense et les accords d'assistance militaire technique.

II.3.1- Les accords de coopération miitaire franco-camerounais.

Dans le domaine militaire, l'établissement des rapports privilégiés entre la France et le Cameroun fut d'après Oyono (2000), la rencontre de deux choix. Pour la France, il s'agissait de préserver un territoire qui depuis quatre décennies, faisait partie de son dispositif stratégique. En contre partie, le gouvernement camerounais recherchait les garanties d'une protection qu'il était encore incapable d'assurer lui-même, du fait de la guerre civile. L'assistance militaire française apparaissait ainsi comme le principal rempart de l'Union des Populations du Cameroun (U.P.C.) en attendant la constitution d'une armée nationale. Pour ces fins, le Cameroun signa deux types d'accords militaires avec la France : Les accords de défense et les accords d'assistance militaire technique (Oyono 2000 : 39-44).

II.3.2- Les accords de défense

Ces accords furent signés par Ahmadou Ahidjo, président de la République du Cameroun en novembre 1960 (Dumoulin 1997 : 26). Ces accords de défense visaient à la fois la défense intérieure et la défense extérieure du Cameroun. Ils offraient au Cameroun la possibilité de faire appel aux forces françaises pour assurer sa défense. Ces accords furent placés sous le sceau du

secret officiel. Cependant, leur existence expliquait sans doute l'intervention des militaires français au Cameroun de 1960 à 1964, afin d'aider le gouvernement de Yaoundé à réduire l'opposition armée (Oyono 2000 : 39-40).

Pour le Général Lafourcade, commandant de l'opération Turquoise, « cette capacité d'intervention ne peut que rassurer les pays qui ont des accords avec la France... » (Dumoulin 1997 : 26). Les unités françaises peuvent ainsi, selon les situations et les critères du moment définis à Paris, servir à rétablir l'ordre si l'action conjuguée de la police, de la gendarmerie et de l'armée du Cameroun ne suffisent pas, en cas de crise impliquant indirectement des actions extérieures ou en cas de conflit impliquant une agression extérieure directe (Dumoulin 1997 : 27). A travers ces accords de défense s'établissaient des relations très étroites entre le gouvernement d'Ahidjo et la France. « Plus qu'une alliance militaire, ils vont de paire avec une certaine harmonisation de la vie diplomatique et même avec l'existence d'institutions politiques communes ». (Kounou 2003 : 163). Abel Eyenga, dans son ouvrage Introduction à la politique Camerounaise, dira qu'au lieu de parler de la coopération Franco-camerounaise, il serait réfléchi de parler de la coopération franco-Ahidjo ou tout simplement de la coopération de la France avec son ombre ; comme pour dire qu'Ahidjo était instrumentalisé par la politique française, ouvrant ainsi la voie aux accords secrets dont on ignore le contenu (Bangoura 1992).

II.3.3- Les accords d'assistance militaire : instruction et assistance technique

Ces accords signés en février 1974 (Dumoulin 1997 : 28) venaient compléter les accords de défense. Au terme de l'article premier, les officiers de nationalité française étaient appelés à encadrer les forces armées camerounaises. L'article 2 du même accord réservait l'exclusivité de la fourniture du matériel militaire au Cameroun par la France. Au terme de l'article quatre, le Cameroun pouvait faire appel à des administrateurs et à des techniciens français (Oyono 2000 : 41-44). Bangoura (1992) fait aussi état des clauses qui seraient secrètes.

Ces accords pour des clauses connues concernent à la fois l'instruction et la formation des forces armées camerounaises, l'entraînement à des compétences partagées en matière de combat en forêt équatoriale ou en zone lagunaire, et la formation des personnels des armées contractants sur les matériaux de défense acquis majoritairement en France, soit en prêt, soit en cession gratuite vu la réduction du format des armées en Hexagone, soit plus rarement pour la vente de licences. L'aide peut également concerner le domaine sanitaire et médical à partir des médecins et pharmaciens français en service dans les hôpitaux urbains ou les dispensaires de brousse. L'entretien et la remise en état de matériels anciens (plutôt que la livraison de plus en plus rare de matériels neufs) sont effectués grâce à des missions ponctuelles (Dumoulin 1997 : 28-29). En ce qui concerne spécifiquement l'aide directe en matériel, elle a longtemps servi à financer l'équipement de base des forces armées du Cameroun (cession gratuite de matériels). Aujourd'hui, la fourniture de matériel concerne de plus en plus le transfert de moyens logistique à des forces de sécurité à statut militaire. Ainsi de 1994 à 1995, on constate une augmentation des effectifs de la gendarmerie française parmi les coopérants militaires envoyés en Afrique ; l'objectif étant de remodeler les armées africaines, en tentant de les persuader de réduire leurs effectifs et d'éliminer les structures lourdes afin de les doter d'équipements adaptés à leurs vrais besoins et à leurs budgets (Dumoulin 1997 : 30).

La fourniture gratuite d'équipement (matériels neufs et pièces de rechanges) est assurée à partir d'une liste des besoins formulés par les forces armées camerounaises et reclassées « hiérarchiquement » selon la perception (française) de la situation camerounaise par le chef de mission d'assistance militaire en poste à Yaoundé. C'est lui qui, en dernier ressort, transmet les commandes au bureau de logistique de la mission militaire de coopération (Dumoulin 1997 : 30-31). Entre 1986 et 1996, le Cameroun comptait 54 assistants militaires techniques (Dumoulin 1997 : 31) et 50 depuis 1997 (Kounou 2003 : 168). Ils proviennent de l'armée de terre et de la marine, de la gendarmerie et des services de santé et sont « dépendants, hiérarchiquement du général, chef de la

mission d'assistance militaire près de l'ambassade de France au Cameroun » bénéficiant d'un statut diplomatique. Le chef de la mission d'assistance militaire est chargé de l'application sur place de la politique de coopération élaborée par le gouvernement français en accord avec les autorités du pays hôte (Dumoulin 1997 : 31).

Toujours dans le cadre de cette coopération militaire, de nombreux stagiaires camerounais vont en formation de cadres officiers et sous officiers des armées et des gendarmeries dans les écoles militaires françaises en l'occurrence le cours supérieur international de gendarmerie à Melun, le cours supérieur de commissariat de l'armée de terre à Montpellier, le cours supérieur de l'école de l'air de Salon aix en Provence ou le cours supérieur de l'école navale de Brest, le cours supérieur international de gendarmerie, le cours spécial de commissariat, le cours supérieur inter armé (CSI), le collège inter armé de défense (CID).

Dans le souci de former les formateurs Africains pouvant remplacer les officiers coopérants militaires français en Afrique et d'adapter la formation aux besoins réels des armées africaines, le concept d'école nationale à vocation régionale spécialisée dans un secteur de formation est né. (Dumoulin 1997 : 33- 34). Tel est le cas au Cameroun de la future école de guerre de Simbock et de la future base de Garoua qui formera des pilotes de la sous région.

La coopération militaire internationale comme politique d'aide militaire de la France aux pays en voie de développement entretenue par les accords de défense et les accords d'assistance technique serait donc le leitmotiv de l'intervention de la France dans le conflit frontalier en question aux cotés du Cameroun.

A la suite d'une étude théorique préalable des concepts majeurs de notre travail de recherche à savoir la force armée, le conflit armé et la coopération militaire internationale, nous avons pu retenir des définitions relatives à notre cadre de travail. Ainsi, la force armée a été retenue comme outil de conquête et d'émancipation des territoires ou de la protection des intérêts et de l'intégrité du territoire national ; Le conflit armé a été défini comme l'expression des

contradictions de l'expansion du capitalisme ; La coopération militaire internationale comme la politique d'aide militaire de la France aux pays en voie de développement. Ces définitions nous permettrons d'être bien compris dans la partie empirique de notre travail.

CHAPITRE II :
LE CONFLIT FRONTALIER DE BAKASSI ET
L'ACTION DES FORCES MILITAIRES EN PRÉSENCE :
UNE ANALYSE HISTORIQUE ET COMPARATIVE

Au service de leurs politiques de défense nationale respectives, les forces armées nigérianes et camerounaises se trouvaient en pleine bataille dans la presqu'île de Bakassi le 21 décembre 1993. Les forces armées nigérianes, dans l'accomplissement de la politique extérieure gouvernementale, ont occupé un mois plus tard la presqu'île camerounaise à plus de dix kilomètres de la frontière et par-dessus tout ont implanté leur drapeau (Mouelle Kombi 1996 :107). Par cet acte, le Cameroun avait perdu sa souveraineté sur la presqu'île, ce qui n'était rien d'autre qu'une marque de la puissance nigériane. Les forces armées camerounaises n'ayant pour raison d'être que le respect de l'intégrité territoriale, procéderont immédiatement à une riposte considérée par le camp adverse comme une déclaration de guerre : c'est le déclenchement du conflit armée de Bakassi.

L'étude de ce conflit passe indubitablement par la présentation des protagonistes que sont les forces militaires nigérianes (I) et camerounaises (II) et par une esquisse de comparaison entre ces dernières (III).

I- LES FORCES ARMÉES NIGÉRIANES

Elles constituent le bras armé du gouvernement nigérian ; outil de conquête du fait de leurs dispositif. Nous présenterons d'abord l'ensemble du dispositif militaire, puis, celui mobilisé pendant la conquête de la presqu'île camerounaise.

I.1- Le dispositif militaire nigérian : la force potentielle

Le dispositif militaire, au sens particulier ici retenu, définit plus spécialement un ensemble de moyens concrets de coercition : force publique, force de police, force armée, etc. Il s'agit des moyens humains et matériels organisés en vue d'exercer une pression permanente. Elle peut être active ou passive. Active par leur emploi, passive du seul fait de leur existence qui leur confère un caractère dissuasif : montrer sa force pour ne pas avoir à s'en servir (Ela Ela 2000 : 62).

« La force potentielle » est l'ensemble des ressources matérielles, humaines et morales que possède sur le papier chaque unité (Ela Ela 2000 :62). Dans cette perspective, la force potentielle des forces armées nigérianes est faite de ressources humaines, matérielles et morales ci-après.

I.1.1- Les ressources humaines

Sur le plan militaire, le Nigeria représente une force indéniable en ce qui concerne le « système d'hommes ». Ces hommes armés se retrouvent groupés dans plusieurs unités spécialisées dont les plus importantes sont :

- L'armée de terre

- L'armée de l'air.

- La marine nationale

- La garde nationale (Ela Ela 2000 : 68).

L'armée de terre, comme son nom l'indique, est chargée des manoeuvres au sol et quadrille ainsi toute l'étendue du territoire terrestre de l'État fédéral, soit une superficie de 923768 km carrés (Boniface 2006). Cette armée de terre compte à son actif 62000 hommes (Ela Ela 2000 : 68).

L'armée de l'air, chargée des manoeuvres aériennes, regroupe en son sein 7300 éléments en 1994 (Ela Ela 2006 : 68) et aujourd'hui 9500 d'après Boniface (2006).

La marine nationale assurant la sécurité des espaces maritimes dispose dans ses rangs aujourd'hui de 7000 hommes (Boniface 2006) contre 9500 en 1994

(Ela Ela 2000 : 68). C'était l'unité la plus concernée dans le conflit étudié du fait du caractère immergé de la région litigieuse par l'eau, soit par l'océan Atlantique, soit par les multiples criques qui parcourent de part et d'autre la péninsule.

La garde nationale garante du respect de l'ordre public, du respect et de la survie des institutions républicaines, compte dans son actif 7000 individus. (Ela Ela 2000: 68).

En somme, comme système d'hommes, le Nigeria comptait au total 85000 milles hommes sous les drapeaux en 1994 (Ela Ela 2000 : 68) contre 78500 aujourd'hui (Boniface 2006). Par ailleurs, le Nigeria est le principal pourvoyeur de la force Ouest- Africaine- ECOMOG avec plus de 10000 hommes (Ela Ela 2000 : 68). Qu'en est-il des ressources matérielles ?

I.1.2- Les ressources matérielles

La puissance militaire nigériane découle non seulement du « système hommes », mais aussi du « système armé ». A la disposition de ses milliers d'hommes se trouve un matériel lourd, certes vieillissant, mais impressionnant en nombre. L'armée de terre dispose environ de 250 véhicules blindés (Boniface 2006), l'armée de l'air compte près de 200 aéronefs parmi lesquels une escadrille d'environ 20 Alpha jet, une escadrille d'environ 18 MIG-21, six bases aériennes principales (Ela Ela 2000 : 68) et environ 50 avions de combat (Boniface 2006).

La marine nigériane à son tour, dispose au total de 65 navires soient 2 frégates, 2 corvettes, 6 vedettes lance-missiles, 53 garde-côtes, 2 navires porteurs de mines (Ela Ela 2000 : 68).

Il faut néanmoins dire que derrière les chiffres bruts contenus dans les documents publics, il y a une variable supplémentaire à considérer : c'est l'opérationnalité du potentiel feu. Ainsi, sur les 200 aéronefs nigérians, une bonne moitié n'est pas en état d'effectuer une mission opérationnelle de guerre. En outre, il faut mentionner la formation au rabais et l'indiscipline des forces nigérianes promptes à mener des actions non conformes à l'éthique et la déontologie

militaires. Toute chose qui remet an cause ce fort beau potentiel nigérian dans le champ stratégique sous régional (Ela Ela 2000 : 68).

Comme ressource morale, les forces nigérianes comptent dans leurs palmarès plusieurs guerres internes (la guerre du Biafra) comme externe à travers l'ECOMOG. Ces multiples guerres renforcent leur capacité morale et physique à la hauteur de leurs ambitions sous régionales.

I.2- Les ambitions géopolitiques nigérianes

Que ce soit en temps de paix ou en temps de guerre, la structuration des moyens militaires est un des indices les plus parlant des intentions, des ambitions géopolitiques d'un pays ; la force étant un élément et un instrument de la puissance (Ela Ela 2000 : 68). Alors, le Nigeria qui consacre 2,9% de son Produit Intérieur Brut (PIB) à la défense donnant naissance à son fort potentiel militaire, n'a pas moins d'ambitions militaires régionales. Si la mise sur pied par ce pays d'une grande armée peut se justifier par :

- Un souci de sécurité intérieure tenant compte de l'étendue du territoire et d'une forte démographie ;

- Un complexe d'encerclement car étant le seul pays anglophone dans un giron francophone ;

Il n'en demeure pas moins vrai que sa participation à l'ECOMOG où il pourvoit 80% du matériel et des personnes et la guerre qu'il a livré au Cameroun sont des indices évidents d'une projection de puissance (Metogo 2000 : 128).

Parlant de la guerre qu'il a livré au Cameroun, elle était dirigée par « l'Opération Harmony IV », nom de baptême des forces nigérianes chargées de mener les opérations sur le territoire camerounais. Ces forces nigérianes nanties d'importants moyens de guerre vont quadriller la presqu'île dans le but d'accomplir leur mission.

I.2.1- La mission de l' « Opération Harmony IV »

Elle était chargée d'accomplir la politique extérieure de son gouvernement ; gouvernement mû par l'idée d'annexer la péninsule de Bakassi constituant une grande réserve pétrolière dans le Golfe de Guinée. L' « Opération Harmony IV » se devait de transformer ce voeu en réalité. A cet effet, elle recherchait frénétiquement par tous les moyens, à établir une tête de pont sur l'embouchure du Rio Del Rey à travers de deux manoeuvres coalescentes :

- Dans un premier temps ;

Effectuer une action de force à l'intérieur du dispositif camerounais de la crique Atabong vers la crique Hecuba, aboutissant sur le Rio Del Rey par des attaques massives précédées des bombardements par l'artillerie lourde, afin de neutraliser en définitive les postes avancés camerounais situés sur la ligne de contact pointe maritime-Idem Abassi-le P (poste de commandement n°2)- entrée crique Artificielle Guidi-Guidi et les postes A et B de Small Ndo puis, aboutir par deux autres manoeuvres simultanées sur la crique débouchant en face du poste de Benkoro pour choir au Rio Del Rey.

- Dans un deuxième temps ;

Fixer par la manoeuvre classique, les forces camerounaises le GOS (Groupement Opérationnel Sud) par les forces au contact à la cage territoriale, permettant ainsi au G0S d'effectuer une manoeuvre de débordement par la façade maritime, isolant ainsi le GOC (Groupement Opérationnel Centre) prenant ainsi en étau, les forces camerounaises. Il s'agissait d'un mode d'action dangereux, le GOS ainsi phagocyté aurait été indubitablement coupé de tout apport des amis, tant sur les possibilités patentes d'intervention que sur celle de tout ravitaillement. La conséquence qui en résulterait aurait été fort désastreuse (Présidence de la République du Cameroun 2001 : 6-7).

Pour mener à bout ces manoeuvres, l' « Opération Harmony IV » était présente sur le champ des opérations.

I.2.2- La « force actuelle » nigériane : l'Opération Harmony IV1

La force actuelle constitue l'ensemble de ressources mobilisées pour la conduite de la politique extérieure, en temps de paix ou en temps de guerre. En temps de guerre, la force actuelle se rapproche de la force militaire (Ela Ela 2000 : 62).

La force militaire nigériane baptisée « Opération Harmony IV » au contact avec « l'Opération Delta » (GOS) dans ce qui constitue la cage territoriale était constituée de deux bataillons d'infanterie mécanisés ; le 19ème bataillon d'infanterie mécanisé à Kombo Amunja et le 93ème Bataillon d'infanterie mécanisé à Idabato II, placés en premier échelon. En cas d'attaque ou de riposte, les forces placées en premier échelon pouvaient bénéficier dans un délai court, de renforts du 81ème bataillon d'infanterie motorisée et des unités du 6ème bataillon amphibie placé en 2ème échelon dont le poste de commandement (PC) pour la dernière composante se trouve à Jabane (Présidence de la République du Cameroun 2001 : 4-5). Toutes ces forces se retrouvaient positionnées sur le territoire camerounais d'après le tableau suivant :

Tableau 2 : Le positionnement des forces nigérianes et leurs systèmes d'armes.

ZONE

LOCALISATION

UNITES ENNEMIES

CAPACITE

1er

ECHELON
SUD

NDO- LOCALISATION

CIE E /6e BAT. MOTORISE BATT. /341. RASS

BATT. SA / 343e RASA

Missile blowpipe
Oerlikon 35mm

SAND - SAND

CIE B / 93e BAT. MECA
CIE A / 93e BAT. MECA

 

NIBA -NIBA

BATT. R / 341e RASS CIE B / 93e BAT. MECA SECT° / 344. RASA

CIE B / 72e BTAP

CIE / 6. BAT. AMPH.

Canon de 105 mm
Oerlikon 35 mm

KOMBO A MUNJA I

PC AVANT 19. BAT. MECA
CIES A& D/ 19. BAT. MECA

 

KOMBO A MUNJA II

CIE C / 19e BAT. MECA

 

1 NB : Ces informations contenues dans le procès verbal de passation de consignes entre les chefs B2/B3, du GOS ont été obtenues grâce aux aveux des prisonniers militaires nigérians.

2e

ECHELON
SUD

JABANE I

PC AVANT 6e BAT.

MOTORISE

6e BAT. AMPH.

 

IDABATO I

CIE / 93e BAT MECA

BATT. / 341e RASS.

342e RAC

3. SECT° / 143. ESC GENIE.

Canon de 105mm

IDABATO II

PC AVANT 93e BAT MECA BATT. / 341e RASS

CIES C & / 93e BAT. MECA

Mortier de 120mm

DIAMOND

BATT. D / 343e RASA PC. AVANT 341e RASS

Oerlikon 35 mm Radar sky Guard

Source : Présidence de la République du Cameroun, 2001, p. 5.

Ce tableau fait état du positionnement de l'Opération Harmony IV sur le champ des opérations : Á Ndo-Location par exemple, on retrouve 3 unités postées : une compagnie E du 6ème bataillon motorisé, une batterie du 341ème régiment artillerie sol-sol, une batterie sol-air du 343ème régiment d'artillerie solair, armées d'un missile Blowpipe et d'un oerlikon de 35 mm. Á Sand-sand, deux unités à savoir une compagnie B du 93ème bataillon mécanisé et une compagnie A du 93ème bataillon mécanisé munies des armes non déterminées. Á Niba-Niba manoeuvraient cinq unités : un bataillon R du 341ème régiment d'artillerie sol-sol ; une compagnie B du 93ème bataillon mécanisé ; une section du 344ème régiment d'artillerie sol-air ; une compagnie B du 72ème bataillon des troupes aéroportées et une compagnie du 6ème bataillon amphibie avec pour force de frappe un canon de 105 mm et d'un oerlikon de 35 mm. Á Kombo A Munja I se retrouvent stationnés un poste de commandement avancé du 19ème bataillon mécanisé, des compagnies A et D du 19ème bataillon mécanisé nanties des armes non déterminées. Á Kombo A Munja II se trouve une compagnie C du 19ème bataillon mécanisé. Toutes ces localités et unités se retrouvent en premier échelon sud du champ des opérations.

En deuxième échelon se retrouvent les localités de Jabane I, Idabato I, Idabato II et Diamond toutes occupées par des unités munies des armes lourdes et de longue portée, telles les canons de 105 minutes, des mortiers de 120 mm équipés d'un radar Sky Guard.

Les forces navales disposaient de vedettes rapides, des moyens d'assaut de type raider, des moyens de transport et de surveillance parmi lesquels le Jonathan, des LCVP et des frégates du type ARADU.

Quant aux forces aériennes, elles étaient dotées des :

- Hélicoptères de transport et d'assaut

- Hélicoptères de type Puma, Lynx

- Alpha Jets

- MIG 21

Ces forces nigérianes possédaient également à l'Ouest d'Ikang, des canons de 155 mm dont la portée en cas de tir aurait atteint la zone camerounaise.

Le « système armé » mobilisé par le Nigeria au cours de cette guerre était fonction de la nature du champ des opérations et des capacités militaires de l'ennemi.

La zone querellée étant entièrement immergée, il fallait donc des moyens adéquats pour se déplacer. Ceci laissait donc place à une guerre à distance, d'où la nécessité déployer des armes de longue portée pouvant atteindre la cible au plus profond de sa cachette. C'est ce qui explique l'utilisation des missiles, des canons, des mortiers, des radars, le matériel de navigation (vedette rapides, les bâtiments de guerre (Jonathan)) et les moyens aériens.

En somme, le Nigeria, deuxième puissance africaine pensait avoir mobilisé des hommes (10.000 environ) et des armes à même d'enrailler toute résistance des forces armées camerounaise.

II- Les forces armées camerounaises

Elles constituaient l'outil de défense des intérêts, l'outil de défense de l'intégrité du territoire camerounais. Il est question ici de présenter d'abord l'ensemble du dispositif militaire avant de s'arrêter sur celui qui été mobilisé pour la guerre.

II.1- Le dispositif miitaire camerounais : la force potentielle Il est constitué de moyens humains et de moyens matériels.

II.1.1- Les moyens humains

Au point de vue organisationnel, les forces armées étaient constituées par les forces régulières et les réserves qui pouvait être armées ou non armées.

Les forces régulières permanentes du Cameroun comprennent outre les unités de la Gendarmerie et de la Sûreté Nationale, les unités de commandement des forces spécialisées de terre, mer et l'air qui constituent l'armée stricto sensu (Mouelle Kombi 1996 : 64).

D'après l'article 2 du décret n° 2001/177 du 25 juillet 2001 portant organisation du ministère de la défense, les forces de défense du ministère de la défense comprennent :

- les forces de la gendarmerie nationale ;

- les forces de l'armée de terre ;

- les forces de l'armée de l'air ;

- les forces de la marine nationale ;

- le corps national des sapeurs pompiers placé sous l'autorité directe du ministère chargé de la défense et mise pour emploi à la disposition du ministère chargé de l'administration territoriale. En temps de crise, il peut être placé dans sa spécificité par décret présidentiel sous le commandement du chef d'Etat-major général des armées d'après les articles premiers alinéa 1 et 3 du décret n° 2001/184 du 25 juillet 2001 portant réorganisation du corps national de sapeurs pompiers (cf. Cameroun Tribune n°7398/3687 du 26 juillet 2001).

Ces différentes forces armées sont formées dans de nombreux cours d'instruction des recrus chargés d'assurer la formation militaire initiale (article 29 du décret n°2001/178 du 25 juillet 2001 portant organisation générale de la défense et des Etats-majors centraux) pour le personnel non officier, et dans les écoles militaires (EMIA) pour les officiers des armées (Article 1er du décret

n°2001/187 du 25 juillet 2001 fixant le conditions de recrutement et d'admission dans les écoles militaires des officiers).

En somme, le Cameroun compte un total environ 28.000 hommes dans ses forces armées dont 14000 pour l'armée de terre, 1500 pour l'armée de l'air, 1600 pour la marine et 1100 pour la gendarmerie nationale (Ela Ela 2001 : 68). Qu'en est-il des moyens matériels.

II.1.2- Les moyens matériels

Le Cameroun fait partie de la gamme des pays dits « pacifiques » (Gabon, Guinée, Bénin, Cameroun, Côte d'Ivoire, Sénégal...) qui consacrent un faible pourcentage de leur PIB à la défense (Metogo 2000 : 128). Cela justifierait la modicité de ses moyens militaires.

D'après Boniface (2006), le Cameroun dispose comme logistique 110 véhicules blindés pour l'armée terre, 4 avions de combat pour l'armée de l'air, 2 sous-marins pour la marine nationale.

D'après des sources militaires camerounaises, le Cameroun possède bien plus de moyens logistiques si on prend seulement le cas des moyens de la marine nationale. Pour mener à bien leurs missions, ces forces navales utilisent :

- Les porteurs (les avions et les aéronefs)

- Des patrouilleurs dont le plus important est le patrouilleur lance-missiles
Exocet MM 40 appelé le Bakassi obtenu à 17 milliards de francs Cfa.

- Des vedettes rapides

- Des embarcations légères

- Des armes (obus, missiles)

- Des aéronefs (alpha jets, Impalla, Gazelles, Alouette, Bell américain) etc. La figure 3 ci-après présente quelques appareils nautiques de la marine camerounaise.

Embarcation légère

Figure 3 : Quelques moyens de la marine camerounaise.

Patrouilleur

Vedette rapide

Source : Guidat 2000, cours d'instruction et de spécialisation de la marine camerounaise.

Ce potentiel militaire camerounais va se confirmer par la teneur des moyens logistiques déployés sur le champ des opérations.

II.2- La « force actuelle » camerounaise : « l'Opération Delta »2

L'opération qui dirigeait la manoeuvre globale dans le conflit frontalier qui opposait le Cameroun au Nigeria sur la péninsule Bakassi a été baptisée « Opération Delta ». Elle se schématise sur le théâtre des opérations par trois (3) groupements de combat savoir :

1- Le GOS (Groupement Opérationnel Sud) avec PC à NAWUMSE -WAN ;

2 NB : Il n'est pas tenu compte de l'armement individuel

2- Le GOC (Groupement Opérationnel Centre) avec PC à l'embouchure du NDIAN ;

3- Le GON (Groupement Opérationnel Nord) avec PC à ISANGUELE. Puis - Une BLA (Base logistique Avancée) avec PC à KOMBO ETINDI ;

- Un Détachement PREVOTE avec PC à BARRACKS ;

- Une Section du BSA (Bataillon Spécial Amphibie) et un groupe COPALCO (Compagnie des Palmeurs de Combat) à Nya-Ikang ;

Le PC de « Opération Delta » se trouvait à LIMBE.

Les forces camerounaises étaient composées de :

-01 PC du Groupement Opérationnel Sud à Nawumse -Wan (PC1) ;

-01 PC du Sous groupement opérationnel Sud B ou PC2 à Idema-

Mbassi ;

- 01 Compagnie du 21e BBR (Bataillon Blindé de Reconnaissance) à Gudi-Guidi ;

- 01 Compagnie du BTAP (Bataillon des Troupes Aéroportées) à la façade Maritime ;

- 01 Compagnie des Fusiliers Marins Commandos ;

- 02 Batterie d'Artillerie Sol-Sol (ASS) ;

- 02 Sections du Génie Combat ;

- 01 Batterie d'Artillerie Sol-Air (ASA);

- 01 Détachement Milan du 51e BIA (Bataillon Inter Armé);

- 01 Section prévôté à Shell Creek ;

- 01 Divet (Division des vedettes et embarcations rapides...) (Présidence de la République du Cameroun 2001 : 6-7).

Toutes ces forces se sont déployées dans 44 postes de combats disséminés dans le dispositif du GOS répertoriées dans le tableau 4 suivant :

Tableau 3 : Logistique camerounaise déployée sur le champ des opérations

DÉSIGNATION
DU POSTE

UNITÉ

PUISSANCE DE FEU

1

SHEL CREEK

PREVOTE

Poste A : 01 MAG.

Poste B : 01 MAG 02 RPG7

2

AKWA-NORD

MARINE (FUS)

Poste A : 01 MAG
Poste B : 01 MAG

3

PC GOS A

MARINE (FUS)

01 MAG

4

PC GOS B

ASA

01. 12, 7mm chinoise

5

GENIE PC GOS

GENIE

01 MAG

6

MILAN PC GOS

MILAN

01 Poste de Milan - 01 MAG- 01 SPG9

7

POSTE 14

ASA

01. 14,5mm chinoise - 01 MAG

8

POSTE 13

BTAP

Poste A : 01 MAG

Poste B : 01 MAG - 01 RPG7

9

POSTE 12

BTAP

01 MAG - 01 SPG9 - 01 RPG7

10

POSTE 11

BTAP

01 MAG

11

POSTE 10

BTAP

Poste A : 01. 12,7mm US Poste B : 01 MAG

12

POSTE 9

BTAP

01. 12,7 mm - 01 SPG9

13

POSTE 8

BTAP

01. 12,7 mm

14

POSTE PC SML

(ROL)

ASS/SML

05 Mortiers de 120 Autrichiens lisses - 01 Mitrailleuse Lourdes M80.

15

POSTE 7

BTAP.

01 MAG

16

PC2 GENIE +

SOUTE

GENIE

Poste A : 01 MAG. Poste B : 01 MAG

17

POSTE 6

BTAP

01 Canon 106SR - 01 Mitrailleuse Lourde M80

18

POSTE 5

BTAP

01 Canon 106SR - 01 Mitrailleuse Lourde M80

19

POSTE 4

BTAP

01 Mitrailleuse Lourde M80

20

PC2 MILAN

MILAN/ MARINE

01 poste de tir Milan - 01 SPG9 - 01 MAG

21

POSTE 3

BTAP

01 Canon 106SR - 01 Mitrailleuse Lourde M80

22

PC BTAP

BTAP

01. 12, 7 mm chinoise

23

PC ASA

ASA

01 MAG

24

POSTE 2 MILAN

MILAN

01 poste de tir de Milan

25

POSTE 2 BTAP

BTAP

01 SPG9 - 01 MAG

26

1ère PIECE ASA

BTAP

01 Mitrailleuse 14, 5 AA chinoise

27

POSTE 1 BTAP

BTAP

01 SPG9

28

POINTE MARITIME

BTAP

01 Canon 106SR

01 Mortier de 60mm 03. 12,7mm chinoise 01 MAG

29

2e PIECE ASA

ASA

01 Mitrailleuse 14,5mm AA

chinoise

30

P POSTE A

 

01. 12,7mm chinoise

31

P POSTE B

MARINE (FUS)

01 Mitrailleuse L. M80 - 01.

RPG7

32

POSTE AFRIQUE

DU SUD

MARINE (FUS)

01 Mortier de 60mm chinois

01 Mitrailleuse L. M80 01 MAG

33

POSTE VIETNAM

ASA

01. 12, 7mm chinoise

34

POSTE MORTIER

81mm

BTAP/MARI NE

04 Mortiers de 81mm BRANDT AUTRICHIENS

35

PC ASS MORTIERS 120 RTF1

ASS

05 Mortiers de 120mm Rayés

Tractés français

36

POSTE JUNGLE

ASS

01 MAG - 01. 12,7mm US

37

ENTREE CRIQUE

ARTI-FIC. POSTE A

BBR

01 SPG9 - 01 RPG7 - 02. 12,7mm chinoise

38

ENTREE CRIQUE

ARTI-FIC POSTE B

BBR /MILAN

01 Canon de 106 SR - 01 Poste Milan 01 RPG7 - 01. 12,7mm chinoise

39

SMALL NDO

POSTE A

BBR

01 SPG9 - 01 RPG7 - 03. 12,7mm chinoise

40

PC SMALL NDO ET MORTIER DE 81MM

BBR

04 Mortiers de 81mm - 02 MAG

41

SMALL NDO

POSTE B

BBR

01. 12, 7mm chinoise - 01. 12, 7 mm US - 01 MAG - 01 SPG9 - 01 RPG7

42

PC GUIDI-GUIDI

POSTE A

BBR

02 MAG

43

PC GUIDI-GUIDI

POSTE B

BBR

02 MAG

44

BENKORO

BBR

01. 12, 7mm chinoise - 01RPG7

Source : Présidence de la République du Cameroun, 2001, pp. 7-8.

II.3- Les missions de l' « Opération Delta » (GOS)

L'« Opération Delta » représentant les forces armées camerounaises sur le champ des opérations a eu des missions dont la principale est la mission de défense, accompagnée d'une mission secondaire celle du renseignement.

- La mission de défense :

Elle consistait à tenir fortement les positions camerounaises c'est-à-dire celles qu'elles occupaient ; interdire tout franchissement de leur dispositif en empêchant tout compte fait, un quelconque débouché ennemi dans le Rio Del Rey et sans esprit de recul. Il s'agissait en d'autres termes pour eux de maintenir les forces nigérianes sur leurs positions tout en empêchant leur avancée sur les terres camerounaises, en attendant le dénouement diplomatique de la CIJ saisie en février 1994 par le gouvernement camerounais. Cette mission est assortie de la notion « Etre et Durer », tout en étant à mesure de détruire les têtes de pont de la rive Est de la crique Atabong et celle de la rive Est de l'Akwa Yafé du Nord- Ouest.

- La mission de renseignement :

En dehors des missions de reconnaissance ordonnées soit par le COM Delta (Commandant de l'Opération Delta), soit par le COM GOS (Commandant du Groupement Opérationnel Sud) ou parfois par contact, la principale source de renseignement demeurait le PC Delta qui envoyait à chaque groupement une synthèse de renseignement bimensuel concernant le théâtre des opérations.

Ces missions assurées par le Groupement Opérationnel Sud (GOS) étaient capitales pour la pérennisation de la souveraineté camerounaise sur les espaces de la presqu'île non encore occupés par les forces nigérianes. Pouvait-il théoriquement remplir cette mission ? Les effectifs et actions des belligérants nous renseigneront à cet effet.

III- UNE ESQUISSE DE COMPARAISON DES FORCES ARMÉES CAMEROUNAISES ET NIGÉRIANES

Ces forces belligérantes peuvent être présentées ainsi qu'il suit :

Tableau 4 : Les effectifs des forces camerounaises et nigérianes en 1994.

Défense

Cameroun

Nigeria

Effectif total

28000

85000

Armée de terre

14000

62000

Armée de l'air

1500

7300

Garde nationale

/

7000

Gendarmerie

11000

/

Marine nationale

Effectif total

1600

9500

Frégates

/

2

Corvettes

/

2

Vedettes lance missiles

/

6

Garde côtes

2

53

Navire porteur de mines

/

2

patrouilleurs

1

/

Patrouilleur porte-missiles

1

/

Source : Tableau conçu à partir des données recueillies de l'article d'Emmanuel Éla Éla(2000), page 68.

D'après ce tableau, le Nigeria compte au total en 1994, 85000 hommes sous les drapeaux dont 62 000 pour l'armée de terre, 7300 pour l'armée de l'air, 9500 pour la marine et 7000 pour la garde nationale ; disposant d'un matériel lourd assez impressionnant en nombre. Le déséquilibre est frappant à l'observation des forces armées camerounaises qui comptaient un total d'environ 28000 hommes dont 14000 pour l'armée de terre, 1500 pour l'armée de l'air, 1600 pour la marine et 1100 pour gendarmerie ; disposant de moins en moins de matériel lourd. Le déséquilibre se fait encore sentir avec acuité si l'on prend en considération le seul équipement de la marine. La marine nigériane dispose au total de 65 navires (2 frégates, 2 corvettes, 6 vedettes lance missiles, 53 garde côtes, 2 navires porteurs de missiles). Celle du Cameroun n'en dispose que quatre

(2 gardes côtes, 1 patrouilleur, un patrouilleur porte missiles ainsi que quelques embarcations amphibies).

Potentiellement, sur le plan militaire, le Nigeria représente une force de frappe indéniable tant sur le plan humain que matériel devant le Cameroun. De ce fait, on ne saurait penser que l' « Opération Delta » pouvait assurer la pérennité de la souveraineté camerounaise sur la presqu'île querellée. Cette réalité est confirmé par les données du ci-dessous.

Tableau 5 : Etat des défenses nigériane et camerounaise en 2006.

Défense

Cameroun

Nigeria

Effectif total

14000

78500

Budget

$197 millions

$572 millions

Dépenses militaires

1,63% de PNB

1,92% du PNB

Evolution du budget de la défense

+ 5%

+22.58%

Dépenses militaires par habitant

$12

$4

Dépenses militaires par militaire

$14.071

$7.287

Armée de terre

effectifs

12.500

62.000

Véhicules blindés

110

250

Forces aériennes

effectifs

300

9.500

Avions de combat

4

50

Marine nationale

Effectifs

1.300

7000

Sous marins

2

/

Corvette

/

5

frégates

/

1

Source : Tableau conçu à partir des données recueillies dans l'ouvrage de Boniface (2006), pp. 438 et 364.

D'après ce tableau, la défense nigériane présente un effectif de 78500 hommes dont 62000 pour l'armée de terre équipée de 250 véhicules blindés, 9500

pour l'armée de l'air équipée de 50 avions de combat, 7000 pour la marine équipée de 5 corvettes et d'une frégate.

La défense camerounaise représente les 1/6ème de la défense nigériane soit un total de14000 hommes dont 12500 pour l'armée de terre équipée de 110 véhicules blindés, 300 pour l'armée de l'air nantie de 4 avions de combat, 1300 pour la marine nationale équipée de sous marins.

Cette réalité n'est que le reflet de la valeur du budget de la défense qui est de 572 millions de Dollars pour le Nigeria contre 197 millions de dollars pour le Cameroun. Il reflète également le taux d'évolution du budget de la défense qui est de 22,58% pour le Nigeria contre 5% pour le Cameroun.

Ce déséquilibre flagrant entre la défense nigériane et camerounaise ne pouvait que conforter la thèse de ceux qui pensaient que le Cameroun est un « nain » devant le Nigeria et par conséquent, ne pouvait résister devant la deuxième puissance militaire africaine après l'Afrique du sud. Alors, comment comprendre que le Cameroun ait tenu ses positions jusqu'au bout ? Ou encore, pourquoi malgré le déséquilibre du rapport de force, le Cameroun a pu résister à la force de frappe nigériane ?

La résistance camerounaise malgré ce déséquilibre du rapport de force (basé sur la supériorité numérique nigériane en hommes et en armes) a remis en cause « la loi du carré » de Lanchester (loi qui rend le résultat du combat plus sensible au nombre qu'à la performance (Caplow et Vennesson 2000 : 172)). L'issue de cette guerre repose sur l'efficacité politique et stratégique, l'efficacité opérative, l'efficacité tactique des forces camerounaises et sur les faiblesses nigérianes.

- L'efficacité politique et stratégique camerounaise s'est observée par la fermeté des objectifs de sécurité définis par le gouvernement et l'engagement des moyens pour les atteindre. Pour mener à bien leurs missions, les forces camerounaises ont disposé des ressources considérables notamment du budget, des armements, des ressources

humaines. Ces ressources ont été obtenu par une franche collaboration entre les chefs des armées et les décideurs politiques et administratifs.

- L'efficacité opérative des Unités camerounaises quant à elle s'est observée par l'excellente planification, conduite et du parfait soutien des opérations dirigées par l'Opération Delta divisée en trois Groupements Opérationnels le GOS en poste avancé, le GOC et le GON. Ce succès a été du aussi à l'excellente coopération et coordination des actions interarmes et interarmées, dont la responsabilité incombait au Commandant de l'Opération Delta, le Capitaine de Vaisseau Oyono Mveng. Aussi, la sélection et la formation rigoureuses, fondées sur le travail physique et intellectuel se sont avérées un facteur déterminant de la victoire camerounaise.

- L'efficacité tactique camerounaise s'est manifestée par l'excellente préparation, conduite et exécution des manoeuvres définies par le Capitaine de Vaisseau Oyono Mveng visant à empêcher l'avancée des forces nigérianes à l'intérieure du territoire camerounais.

Enfin, la victoire camerounaise a reposé sur les faiblesses nigérianes à savoir une direction politique déficiente, un commandement hésitant, une mauvaise planification, la formation au rabais des forces armées etc. Ces manquements ont réduit à néant les bénéfices issus de cette supériorité numérique et technologiques. Cette défaite nigériane vient conforter l'hypothèse selon laquelle, la supériorité numérique et technologique à elle seule n'est pas une garantie de succès à la guerre. A notre avis, la stratégie vaut son pesant d'or dans l'issue de toute guerre.

CHAPITRE III :
LE CONFLIT ARMÉ DE BAKASSI : PÉRIPÉTIES ET
ESCARMOUCHES

Pendant longtemps, le Nigeria a côtoyé les côtes camerounaises avant de manifester son désir d'appropriation. Cette volonté expansionniste s'est d'abord manifestée par une double contestation : la contestation des accords de 1913 au motif qu'ils n'ont pas été ratifiés du fait de la Première Guerre mondiale alors qu'ils ont bel et bien été ratifiés le 6 juillet 1914 ; la contestation de la Déclaration de Maroua du 1er juin 1975 sous le prétexte qu'elle n'a pas été ratifiée par le Conseil militaire supérieur. Or, la ratification par le Conseil militaire supérieur des actes des chefs d'Etat nigérians a été instituée le 15 octobre 1975 par la « Constitution (Basic provision) Décret 1975 n° 32, section 8 et section 11 ». Ce décret avait un effet rétroactif pour compter du 29 juillet 1975 (article 21). Or la déclaration de Maroua date du 1er juin 1975, donc bien avant la sortie de ce décret et bien avant la période rétroactive (MINDEF 1996 :20). Après cette phase diplomatique, viendra la phase stratégique.

Cette phase stratégique sera impulsée par deux groupes d'experts commis à cet effet par le gouvernement. Le premier groupe de travail commis sous l'égide du Ministère des Affaires Etrangères et du Ministère de l'Intérieur ou « Task Force » sous la direction de M. K. D. OLUKOLU, a déposé son rapport le 06 juin 1985. Le second groupe d'experts commis par le Nigeria en 1988 dirigé par M. BASSEY E. ATE déposa un rapport dans lequel il situe ainsi le problème:

Thesis one: «The National Interest of Nigeria in the maritime area commonly shared with the Republic of Cameroon can only secured through effective control of the Cross River estuary and Bakassi peninsula. Such effective control, potentially, can be ensured either unilaterally by Nigeria or through collaborative action with Cameroon. For Nigeria, the strategic (maximum) purpose of any new negotiations with Cameroon should be to review the entire border question from the beginning, with the aim of arriving at a final solution that will ensured the attainment of the above objective...»

Thesis two: «The vital considerations involved in the maritime dispute with Cameroon, for Nigeria, are strategic and political more so than LEGAL...».

D'où les recommandations et les options suivantes soumises au gouvernement:

« One choice is to accept the « fait accompli » inherent in the Maroua Declaration, which means, in effect, a denial of Nigeria's exclusive Jurisdiction over the entirety of the cross river estuary and the Calabar channel. To the Cameroonians, this would be the optimal objective, amount to a ratification of 1913 agreements. In the framework of this choice, Nigeria might at best be able to persuade Cameroon to respect the neutrality of the 2 kilometres corridor which AHIDJO has conceded to Gowon in 1975 or make other minor adjustments. The consequences of this choice, in terms of Nigeria's Strategies and political interests and sub-regional position would be highly detrimental.

The second choice is for Nigeria to insist on effective control of the cross river estuary and the Calabar channel which involves pressing claim to Bakassi peninsula, as a better guarantee for the protection of its interests and growth potential in the area. In this choice, the preferred boundary would be at the Rio Del Rey...

In the nature of things, there appear to these three basic options:

As option one, Nigeria could unilaterally occupy Bakassi peninsula. In

deciding to do so, of course, the military, logistic, political, financial and other

factors bearing in the calculations of the out-come of such operation should be

considered. Assuming the level of this action, Nigeria might then force the Cameroonians to enter into serious negotiations aimed at establishing acceptable boundary...

A second option would be to offer to buy the Bakassi peninsula from Cameroon

A third option is that Nigeria and Cameroon could seek to institute a «collaborative regime» that will administer the trans-border area in contention in the direct interest of the peoples residing there and for the mutual advantage of the two countries» (MINDEF 1996: 24-25)3.

3 Traduction française

Première thèse : « L'intérêt national du Nigeria dans la zone maritime qu'elle partage avec le Cameroun ne peut être préservé qu'à travers le contrôle effectif de l'estuaire de la Cross River et de la péninsule de Bakassi. Un tel contrôle peut être assuré soit unilatéralement par le Nigeria, soit à travers la collaboration avec le Cameroun. Pour le Nigeria, l'objectif stratégique de toute nouvelle négociation avec le Cameroun serait de revoir la question de toute la frontière avec pour but d'aboutir à une solution finale qui assurera l'atteinte de l'objectif sus-cité. »

Deuxième thèse : « Pour le Nigeria, les considérations vitales impliquées dans la dispute frontalière avec le Cameroun sont plutôt stratégiques et politiques que légales... »

D'où les recommandations et les options suivantes soumises au gouvernement.

« Un choix est d'accepter le fait accompli contenu dans la déclaration de Maroua qui signifie en effet une négociation de la compétence exclusive du Nigeria sur l'ensemble de l'estuaire de la Cross River et du chenal de Calabar. Pour les camerounais, ce serait un objectif capital, équivalent à la ratification des accords de 1913. Sur la base de ce choix, le Nigeria pourrait au mieux persuader le Cameroun à respecter la neutralité des deux kilomètres de couloir que le président Ahidjo avait concédé à Gowon en 1975, ou faire d'autres ajustements mineurs. Les conséquences de ce choix en terme de stratégies et d'intérêts politiques ainsi que sur la position sous régionale du Nigeria seraient hautement catastrophiques.

Le second choix pour le Nigeria est d'insister sur le contrôle effectif de l'estuaire de la Cross River et sur le chenal de Calabar, ce qui implique des réclamations pressantes sur la péninsule de Bakassi comme meilleure garantie pour la protection de ses intérêts et du développement potentiel de cette zone. Dans ce choix, la frontière préférentielle se situerait au Rio Del Rey. Par la nature des choses, ces trois options sont retenues :

Premièrement, le Nigeria pourrait occuper unilatéralement la péninsule de Bakassi. En décidant de le faire, les facteurs militaires, logistiques, financiers et les autres facteurs liés à la réussite d'une telle opération doivent être considérés. Pour assumer la gravité d'une telle action, le Nigeria devait alors forcer les camerounais à entrer dans des négociations sérieuses ayant pour but d'établir une frontière mutuellement acceptable...

Deuxièmement, le Nigeria pourrait proposer d'acheter la péninsule de Bakassi au Cameroun...

La troisième option est que le Nigeria et le Cameroun pourraient chercher à instituer un « régime collaboratif » qui administrera la frontière en accord avec les intérêts directs des populations y résidant et pour l'intérêt mutuel des deux pays.

Comme on le voit, le Nigeria a décidé de choisir les recommandations du rapport Bassey E. Ate, et notamment l'occupation unilatérale de la péninsule de Bakassi par la force (option n° 1), ce qui va justifier la posture agressive permanente du Nigeria. Cette posture va se traduire par les offensives nigérianes et ripostes camerounaises (I), qui se sont soldés par un bilan non négligeables (II).

I- LES MANOEUVRES MILITAIRES CAMEROUNO-NIGERIANES

I.1- Les actions militaires de 1993 à 1995 : les conquêtes nigérianes

De longue date, le Nigeria a toujours amassé des troupes le long de la

frontière commune et construit de grosses garnisons le plus près de celles-ci : - Calabar,

- Ikang,

- Ikom,

- Makurdi,

- Gembu,

- Yola,

- Mubi,

- Kerawa,

- Baina et Mongunou,

- Maïduguri.

Le 21 décembre 1993, les troupes nigérianes prennent l'initiative de franchir la frontière camerounaise sous le prétexte de protéger leurs ressortissants qu'elles estiment menacés dans la péninsule de Bakassi par les « gendarmes » camerounais (MINDEF 1996 : 1).

Ces forces armées nigérianes faites de 2000 à 3000 hommes trouvent sur le territoire escompté une esquarre camerounaise faite d'environ 40 hommes (30 éléments de la marine nationale, quelques gendarme et policiers) qui assuraient la mission d'intégrité territoriale en poste avancé et dont le PC se situait à Idabato I en décembre 1993. Ces forces camerounaises, face à cette attaque surprise et le surnombre des troupes nigérianes, vont tout de même essayer de repousser les

assaillants. Déjà à l'intérieur du territoire camerounais, les forces nigérianes vont occuper au 21 janvier 1994 les localités de :

- Kombo A Bedimo et Inokoi (Bakassi Point)

- Jabane I et II (Sandy point)

- Diamond (MINDEF 1996 : 1).

Décidées de rallier le territoire nigérian à la rive sud du Rio Del Rey, elles vont multiplier les offensives et vont s'emparer en février 1994 de la localité d'Akwa (Archibong). Pendant ce temps, les forces camerounaises essayent de se mobiliser (Opération Delta) en GOS, GOC, GON. Et au cours de leur attaque sur la localité de Kombo A Janea, elles seront repoussées par le GOS en poste avancé (MINDEF 1996 : 2). Cette riposte camerounaise sera considérée par le gouvernement nigérian comme « une déclaration de guerre », ce qui entraînera plus tard une intensification des hostilités.

Figure 4 : Le positionnement des Groupements Opérationnels de l'Opération Delta sur le champ des opérations

Source : Présidence de la république du Cameroun, 2001.

I.2- Bakassi de 1996 à 2002 : les offensives nigérianes face à la sévère riposte camerounaise

Du 2 au 7 février 1996, les troupes nigérianes investissent plus en profondeur en territoire camerounais (15 Km vers l'est). C'était une attaque en force sur toute l'étendue de la presqu'île, des tirs à armes lourdes qui pilonnaient au sol les forces camerounaises. Cette offensive leur a permis d'occuper les localités telles que :

- Sous-préfecture d'Idabato I,

- Idabato II,

- Kombo Awase,

- Kombo A Munja I et II,

- Guidi-Guidi,

- Uzama (MINDEF 1996 : 2).

Au cours de cette attaque, le Cameroun va perdre environ une centaine d'hommes et près de 120 seront faits « prisonniers de guerre », malgré la non déclaration officielle de guerre du gouvernement nigérian comme du gouvernement camerounais. Cette attaque massive nigériane de 1996 (artillerie à bloc) va leur permettre d'occuper les 3/5e de la presqu'île querellée.

Cette escalade périlleuse va amener les forces camerounaises à se réinventer d'autant plus qu'il ne leur restait plus que les 2/3 du territoire sauvegardé par leur courage. A cet effet, les autorités camerounaises vont armer leurs forces de 30 vedettes appelées « Sweep Ship ». C'était des petits bateaux américains pouvant contenir 10 à 12 personnes à bord et équipés de 4 mitrailleuses (2 lourdes et 2 légères) (Présidence de la République du Cameroun 1999 :3-4). Ces vedettes étaient le matériel indiqué pour le combat dans la mangrove qui recouvrait la presqu'île. Ces engins étaient destinés à permettre la mobilité des forces camerounaises contrairement aux frégates nigérianes qui ne pouvaient pas circuler dans la mangrove d'après le Général d'Armée Pierre SEMENGUE.

Nanties de ce matériel d'appoint, les forces camerounaises dirigées par le Capitaine de vaisseau Oyono Mveng, commandant de l'Opération Delta, vont organiser une contre-attaque en mars 1996. Cette contre-attaque surprise va leur permettre de récupérer certaines localités à la suite de lourdes pertes nigérianes, environ 2000 hommes tués, des bâtiments de guerre détruits (Jonathan). Au-delà de ces pertes en vies humaines, près de 150 soldats nigérians seront faits prisonniers de guerre par le Cameroun, parmi lesquels 4 officiers d'après le Général d'armée Pierre SEMENGUE. Cet équipement spécifique va permettre aux forces camerounaises de maintenir les forces nigérianes dans leurs retranchements. Les positions occupées par les deux camps resteront comme telles jusqu'au dénouement diplomatique d'octobre 2002 au mépris des mesures conservatoires indiquées à l'attention des deux gouvernements par l'ordonnance du 15 mars 1996 de la CIJ à la Haye et de la demande adressée par les membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies le 29 février 1996, pour le cessez-le-feu et le retour des troupes des deux parties à leurs positions initiales (MINDEF 1996 : 2).

Cette lourde perte nigériane (une semaine à repêcher les corps) a semé le doute dans leurs rangs, raison pour laquelle elles n'ont plus organisé d'offensives de grande envergure, même après l'arrêt du 10 octobre 2002 de la CIJ. On n'observera sur le champ des opérations que quelques actions isolées perpétrées même le plus souvent par les militaires camerounais (actions individuelles) ayant le contrôle de la situation.

I.3- Le champ des opérations de 2002 à 2006 : le contrôle camerounais du champ des opérations

L'arrêt de la CIJ rétablissant la souveraineté camerounaise sur la presqu'île de Bakassi sera boudé par le Nigeria malgré l'engagement solennel des deux chefs d'Etats le 5 septembre 2002 à Saint-Cloud, en présence du Président français Jacques Chirac et du Secrétaire général de l'ONU, Koffi Annan. Ainsi, le retrait des troupes nigérianes imposé par l'arrêt de la CIJ ne sera pas effectif d'après la

déclaration officielle de son intention de rejeter le verdict de la CIJ le 23 octobre 2002. Le Nigeria justifie ce rejet par deux raisons : d'abord l'impartialité du Président français de cette juridiction Gilbert Guillaume et des juges allemands et anglais, dont le travail s'est réduit à la confirmation des accords conçus par leurs aînés ; ensuite le refus d'abandonner ses intérêts et surtout son peuple vivant à Bakassi. Le communiqué commis à cet effet mentionne : « En tant que Nation régie par la loi, nous devons continuer à exercer notre juridiction sur ces zones en accord avec la constitution. A aucun prix, le Nigeria n'abandonnera son peuple et ses intérêts. Pour le Nigeria, ce n'est pas une question de pétrole ou de ressources naturelles sur les terres ou eaux territoriales. Il s'agit du bien être et de la santé de son peuple sur ses terres ». En marge de cette version officielle, le Nigeria considère cette décision comme une atteinte à son statut de puissance sous régionale, un déshonneur pour lui qui devrait inspirer respect et crainte aux autres Etats (Onana Mfege 2004 : 107-108).

Cet état d'esprit va se matérialiser sur le terrain par le maintien de l'Opération « Harmony IV» sur les positions occupées. Il était question pour les forces nigérianes d'entretenir la souveraineté nigériane sur les localités qu'elles occupaient à défaut d'une occupation totale de la presqu'île. Aussi, les forces camerounaises avaient pour mission de maintenir les forces nigérianes dans leurs retranchements. Cette mission était dirigée par le Commandant B2/B3 GOS relativement aux consignes particulières :

- Le B3 (3è bataillon) était chargé des opérations défensives et offensives ;

- Le B2 (2è bataillon) s'occupait des renseignements.

Le chef B2/B3 GOS exécutait les tâches suivantes au quotidien :

· Suivi de l'instruction

· Faire des TD (travaux dirigés) de relève et d'arrivée sur la zone des personnels suivants : COM GOS, CES/GOS, B1/B4, B2/B3, armuriers,

détachement Milan. Il faisait aussi les TD de préparation de relève 01 mois avant et 02 semaines avant.

· Faire le programme hebdomadaire d'instructions dont la copie doit être adressée à COM DELTA tous les jeudis et comptant pour les semaines à venir.

· Tenir le registre des mouvements et activités du groupement appelé « journal de marche des opérations ».

· Mettre à jour le tableau des relèves.

· Visiter les postes de combat du groupement (01 fois/semaine).

· Effectuer la relève des unités.

· Effectuer les patrouilles.

· Chasser les pêcheurs nigérians.

· Insécuriser en permanence la zone de responsabilité camerounaise.

· Récupérer les pirogues ou embarcations avec personnels et contenu et les mettre à la disposition de la prévôté pour besoin d'enquête.

· Avoir le souci de la bonne utilisation des embarcations.

· Faire respecter les consignes de COM DELTA sur la navigation sur zone et en particulier la navigation de nuit est interdite sauf cas de force majeure.

· Tout mouvement d'embarcation doit être ordonné par le COM GOS.

· Faire garder une attitude militaire (port de la tenue).

· Respecter scrupuleusement les degrés d'alerte (1-2-3)

· Respecter l'envoi des pièces périodiques.

· Veiller à la bonne conservation des cartes et autres documents officiels.

· Pouvoir faire un compte rendu instantané, précis et détaillé sur la Nature, le Volume et l'Armement (NVA) des forces nigérianes.

· Entretenir le moral des hommes.

· Riposter efficacement à toute attaque par des tirs à tuer


· Le B2/B3 est conseiller maritime du COM GOS


· Le B3 établit pour le groupement des ordres de conduite et d'opération (Présidence de la République du Cameroun 2001 : 10-12).

C'est grâce au respect de toutes ces consignes que les forces camerounaises ont pu retenir les forces nigérianes jusqu'à leur retrait au lendemain des accords de Greentree.

II- LE BILAN DES ESCARMOUCHES : UNE RESISTANCE
INSOUPÇONNÉE DES FORCES CAMEROUNAISES

La Guerre étant le langage des armes, il est tout naturel qu'on s'attende à un bilan en terme de pertes de vies humaines et des dégâts matériels. Mais la guerre de Bakassi a été une guerre qui n'a pas dit son nom, voire une guerre inavouée par les gouvernements belligérants. Les deux gouvernements n'ont pas partagé avec leurs peuples respectifs la situation de guerre qu'ils vivaient de peur de l'étendre aux civils. Le gouvernement camerounais a géré cette guerre en toute intimité, certainement pour la sécurité de la forte communauté nigériane vivant sur son territoire. Le gouvernement nigérian quant à lui n'a avoué l'état de guerre qu'au cours de l'échange de prisonniers de guerre à Yaoundé d'après le Général d'armée Pierre SEMENGUE.

N'ayant pas fait de déclaration de guerre, aucun des deux gouvernements n'a dressé un bilan officiel. Mais d'après des hauts officiers camerounais, le Cameroun a subi des pertes minimes comparativement au Nigeria qui en a subi lourdement.

~ Sur le plan humain, le Cameroun a perdu environ 200 à 300 hommes sans compter les disparus à l'instar du médecin porté disparu à la suite d'un accident d'hélicoptère. Le Nigeria quant à lui a perdu environ 2000 à 3000 hommes dans cette guerre. Le bilan nigérian le plus lourd a été enregistré lors de la riposte camerounaise en mars 1996 à Kombo A Janea (2000 morts environ). A coté de ces pertes en vie humaine, on peut ajouter les

prisonniers de guerre qui ont été libérés à la suite de l'échange organisé à Yaoundé en juin 2006 par les deux gouvernements sous l'égide de la Croix Rouge Internationale. Le Cameroun a libéré environ 150 prisonniers nigérians parmi lesquels le corps du Capitaine FOUTOUMBE, mort en captivité à Yaoundé. Le Nigeria à son tour en a libéré environ 120 parmi lesquels deux corps des sous officiers rapatriés.

~ Sur le plan matériel, le Cameroun a perdu trois (03) hélicoptères (deux sont tombés en mer, un a été emporté par un tourbillon marin et est allé tomber à 500 mètres de la côte et à 300 mètres de profondeur de la mer) ; un sweep Ship ; beaucoup d'armes et de munitions lors de la prise d'Idabato I et II par les forces nigérianes en février 1996. le Nigeria quant à lui a perdu trois bâtiments de guerre parmi lesquels le « JONATHAN » détruit par les fusiliers marins commandos camerounais encore appelés « hommes grenouilles » ; beaucoup d'armes et de munitions abandonnées lors de la riposte camerounaise de mars 1996.

D'après des sources militaires nigérianes officieuses, le Nigeria a perdu environ 1 millier d'hommes ; quelques disparus ; une centaine de prisonniers de guerre. Le Cameroun en a perdu des centaines d'hommes ; une centaine de prisonniers également. Sur le plan matériel, quelques frégates, beaucoup d'armes et de munitions ont été perdues par le Nigeria contre des hélicoptères, des corvettes, des embarcations légères, des armes et des munitions en grand nombre du coté camerounais.

En faisant la moyenne de ces deux versions de bilan, il apparaît que le Nigeria paye le tribut le plus lourd dans cette guerre. Non seulement il n'a pas pu s'approprier la presqu'île par la force des armes, mais aussi il a connu des pertes insoupçonnées devant le Cameroun. Une telle situation ne correspond pas aux prévisions d'avant la guerre, lorsqu'on se réfère au potentiel militaire du Nigeria considéré comme première puissance de la sous région et deuxième puissance africaine après l'Afrique du Sud.

A la question de savoir qu'est ce qui a fait le mérite des forces camerounaises dans cette guerre, le Général d'armée Pierre SEMENGUE évoque la qualité des hommes et la spécificité de l'armement.

· Le Nigeria a mobilisé pour cette guerre environ 10000 hommes de formation au rabais (45 jours environ de formation) et beaucoup de moyens mal organisés. Le Cameroun de son coté a présenté 2000 hommes environ, nantis d'une formation de haute facture (deux ans) et des moyens limités, mais spécifiques, c'est-à-dire adaptés pour le combat dans la mangrove. Le Nigeria était assez équipé pour la parade, mais manquait d'équipement de combat dans la mangrove au début de la guerre.

· La qualité de l'organisation des forces camerounaises a primé également, c'est-à-dire leur sens de la discipline et leur cohésion devant une armée nigériane indisciplinée et politisée par des hommes d'affaires. D'après le Général SEMENGUE, l'armée nigériane n'est pas comme l'armée camerounaise le creuset de l'unité nationale.

CHAPITRE IV :
L'IMPLICATION INTERNATIONALE DE LA FRANCE
DANS LE CONFLIT ARMÉ DE BAKASSI : UNE
INTERVENTION AMBIGUË ?

Le 21 décembre 1993, les troupes nigérianes prennent l'initiative de franchir la frontière camerounaise. Le 21 janvier 1994, les forces nigérianes occupent à l'intérieur du territoire camerounais les localités de Kombo A Bedimo (Bakassi Point), Jabane I et II (Sandy-Point), Diamond. En février 1994, elles s'emparent d'Akwa (Archibong) et attaquent Kombo A Janea avant d'être repoussées. Du 2 au 7 février 1996, les troupes nigérianes investissent plus en profondeur en territoire camerounais les localités de Idobato I et II, Kombo Awase, Kombo A Munja I et II, Guidi-Guidi, Uzama (MINDEF 1996 : 1-2). Par ces faits, il est clairement établi que le Cameroun subit une agression extérieure. Et d'après les accords de coopération militaire franco-camerounais (accords de défense, accords d'assistance militaire technique), une possibilité est offerte au Cameroun de faire appel aux forces françaises pour assurer sa défense. Ces accords ont-ils été opératoires ? La réalité des actions françaises tout au long de la guerre (II) nous permettra de répondre à cette question (III) au regard de la teneur de ces accords (I).

I- LA TENEUR DES ACCORDS DE COOPÉRATION MILITAIRE FRANCO-CAMEROUNAIS

Ces accords sont de deux ordres à savoir les accords de défense et les accords d'assistance militaire technique.

D'après les accords de défense signés en novembre 1960 (Dumoulin 1997 : 26), le Cameroun a la possibilité de faire appel aux forces françaises pour assurer sa défense en cas d'attaque intérieure comme extérieure. Bien que placés

sous le sceau de la confidentialité, certaines indiscrétions militaires camerounaises font état de l'obligation des unités françaises d'intervenir en cas de conflit. Si tel est le cas, la France militaire devrait être présente sur le champ des opérations comme alliée du Cameroun.

Concernant les accords d'assistance militaires techniques signés en février 1974 (Dumoulin 1997 : 28), les officiers de nationalité françaises sont appelés à encadrer les forces armées camerounaises (article 1er) ; l'exclusivité de la fourniture du matériel militaire au Cameroun est réservée par la France (article 2) ; le Cameroun peut faire appel à des administrateurs et techniciens français (article 4) (Oyono 2000 : 39-44). En d'autres termes, ces clauses concernent à la fois l'instruction et la formation des forces armées camerounaises. Alors, les troupes camerounaises impliquées dans la guerre (Opération Delta) devraient bénéficier de la formation et de l'appui logistique des unités françaises.

En définitive, le Cameroun devait avoir la France comme alliée dans cette guerre par le truchement des accords de coopération militaire signés entre les deux pays.

II- La réalité de la participation française dans le conflit armé de Bakassi

Elle sera évaluée à l'aune des questionnements suivants :

- La France a-t-elle renseigné le Cameroun sur l'éventualité d'une attaque nigériane ?

- Est-elle intervenue sur le plan tactique durant la guerre ?

- A-t-elle été une source permanente de renseignements et de matériels d'appoint en urgence ?

II.1- La France a-t-elle renseigné le Cameroun sur l'éventualité d'une attaque nigériane ?

La France à travers la multinationale ELF, dispose d'une officine de renseignement dans les pays pétroliers à l'instar du Nigeria (Fogué Tédom 2006 :

30). A travers ses multiples sources de renseignement humaine (l'observation directe, les relations personnelles, l'informateur) ; matérielle (les gadgets, le système échelon, les écoutes téléphoniques, les photos aériennes ou satellites) et ses lieux de renseignement (renseignement généraux, l'intelligence économique) ; la France quadrille la vie politico-stratégique nigériane. Indubitablement, elle était informée des appétits annexionnistes du gouvernement nigérian. Une « France » soucieuse de la sécurité de son pré-carré pouvait agir de deux manières : soit informer le gouvernement camerounais d'une éventuelle attaque nigériane pour qu'il se prépare à une éventuelle riposte ; soit dissuader le gouvernement nigérian en prétextant son implication en cas d'attaque contre le Cameroun. Mais aucune de ces deux actions n'a été entreprise par la France d'où l'occupation surprise des territoires camerounais par les forces nigérianes au soir du 21 décembre1993.

La France n'a certainement pas informé le gouvernement camerounais d'une éventuelle attaque nigériane parcequ'elle serait pour une « nigérianisation » de la presqu'île de Bakassi. Riche en pétrole et en matières premières, l'exploitation de cette zone semble avoir été conquise par la diplomatie et firmes américaines. Par ces faits, la souveraineté nigériane sur cette terre querellée repositionnerait la France dans la course à l'appropriation des puits de pétrole. Cette inaction de la France n'est qu'une traduction de son opportunisme.

II.2- Est-elle intervenue sur le plan tactique durant la guerre ?

Conformément aux accords de défense franco-camerounais, la France militaire devait se retrouver sur le champ des opérations comme allié des forces camerounaises. Mais contre toute attente, les militaires français resteront attendus sur le champ des opérations jusqu'à la fin de la guerre. Néanmoins, la France participera à la guerre d'après les autorités militaires camerounaises à travers le détachement ARAMICE.

Ce détachement français d'une dizaine d'hommes, équipés d'un matériel d'assaut et de deux hélicoptères, était chargé du reconditionnement des forces

camerounaises. En partance pour Bakassi, les troupes camerounaises étaient appelées à faire escale à Limbé où était basé le centre de reconditionnement.

Pendant trois semaines, les forces françaises avaient pour tâche le recyclage ces forces camerounaises. Il s'agissait d'une mise en forme physique et tactique destiné à faire d'elles des forces redoutables sur le champ des opérations. Au terme de cette mise à jour, les forces camerounaises étaient prêtes pour le combat dans la mangrove, paysage de la presqu'île. Cette opération de recyclage à leur avis était d'une importance capitale car, elle préparait les troupes à pouvoir parer aux obstacles du champ des opérations et à pouvoir résister aux conditions de vie austères dans la région. Chose curieuse, les services de ce détachement français étaient payés par le gouvernement camerounais d'après certaines indiscrétions des militaires camerounais. De l'avis des autorités militaires camerounaises, cette participation française n'était pas à même de renverser le cours de la guerre, dominée par les forces nigérianes du fait de leur supériorité en hommes et en armements. Les forces camerounaises avaient plutôt besoin d'un appui en armes spécifiques à l'instar des Sweep ship américains qui leurs ont permis de reprendre le contrôle du champ des opérations

II.3- A-t-elle été une source permanente de renseignements et de matériels d'appoint en urgence pour le Cameroun ?

Lors des incidents de 1981 entre le Cameroun et le Nigeria sur la surface maritime de Bakassi où le Nigeria avait perdu 5 soldats après les tirs de feu camerounais, l'on n'est pas arrivé à un conflit ouvert malgré l'état d'alerte grâce à l'implication française. La France, après avoir livré des armes et munitions au Cameroun, mobilisera ses avions de combat basés au Gabon ainsi que d'autres appareils en veille à Bouar en République Centrafricaine. Cette diplomatie coercitive de la France avait contribué à dissuader le Nigeria (Onana Mfege 2004 : 88-89).

Cela ne fut pas le cas lors des escarmouches de février 1994 à 1996 entre soldats nigérians et camerounais dans la zone maritime querellée. Malgré le

positionnement temporaire à Douala (Cameroun) en 1994 de deux hélicoptères PUMA et des Commandos Parachutistes français dans le souci d'élaborer une gesticulation (Dumoulin 1997 : 21), la France s'est limitée à livrer quelques informations à l'Etat Major de guerre camerounais dirigé par le Commandant de l' «Opération Delta ». Ces renseignements ont permis aux forces camerounaises d'être au parfum des manoeuvres du camp adverse et de pouvoir déjouer toute offensive (Onana Mfege 2004 : 91).

Au-delà de ces renseignements, la France a contribué matériellement en livrant quelques armes et munitions aux forces camerounaises. Elle a également contribué à la préparation et à l'équipement du Bataillon Spécial Amphibie camerounais composé de fusiliers marins commandos. Ce bataillon a bénéficié d'un matériel leur permettant de manoeuvrer dans la mangrove d'après les sources militaires camerounaises.

Mais d'après les autorités militaires camerounaises, l'aide de la France n'a pas été à la hauteur de leurs attentes. Conformément aux accords, la France devait aider le Cameroun à rétablir sa souveraineté sur la presqu'ile de Bakassi à travers un renfort en ressources humaines et matérielles. La France ne pouvant pas aller à l'encontre de ses intérêts, s'était contenté de simuler une participation aux cotés du Cameroun.

III- LA QUALITÉ DE L'IMPLICATION DE LA FRANCE DANS CE CONFLIT ARMÉ : UNE FRANCE OPPORTUNISTE ?

En référence aux questionnements émis au sujet de la participation de la France dans le conflit étudié, l'on peut dire que la France a timidement fait parler d'elle. En effet, toutes les demandes camerounaises conformément aux accords de coopération militaire sont restées sans réponses. De fait, d'après ces accords, la France militaire devait s'impliquer matériellement et tactiquement dans ce conflit. Ainsi, le Nigeria aurait due avoir pour adversaire le Cameroun et la France mais, ce ne fut pas le cas. C'est ce qu'avoue sous le sceau de la confidentialité un grand officier des forces armées camerounaises. D'après ce dernier, lors de l'attaque

nigériane du 02 au 07 février 1994, le chef d'État-Major français le général Bentégéat avait été saisi par les autorités militaires camerounaises conformément aux accords militaires. Il lui avait été communiqué les coordonnées indiquant le positionnement des forces nigérianes qui pilonnaient au sol les forces camerounaises pour une éventuelle intervention. Mais, la France est restée sourde à cet appel, accusant le Cameroun de vouloir l'immiscer dans un conflit qui ne la regarde pas. Par ces faits, la France trahissait les accords militaires protégeant incontestablement ses intérêts nigérians.

Si la France l'avait voulu, elle aurait pu stopper net les offensives nigérianes comme elle l'avait fait au Tchad contre les rebelles avançant vers la capitale sans la demande du chef de l'État. Cette intervention française aurait pu éviter les pertes camerounaises (des centaines de morts et plusieurs disparus). Ce manque de solidarité de la France a éveillé des soupçons du gouvernement camerounais, qui est allé à penser que la France était un agent double. Toujours d'après ce grand officier, la France renseignait aussi les forces nigérianes sur les activités camerounaises. C'est ainsi que les autorités militaires camerounaises décidèrent de l'exclure de leur secret défense. Elles étaient arrivées à coder leurs communications, s'exprimant désormais soit avec des sobriquets, soit en langues locales. C'est la raison pour laquelle la France ne sera pas informée des préparatifs de la riposte camerounaise de février 1996 qui a mis en déroute les forces nigérianes. Deux raisons pourraient expliquer le double jeu de la France : respecter les accords militaires la liant au Cameroun afin de continuer à bénéficier de la place de choix qu'elle occupe dans son secret défense, gage de ses intérêts au Cameroun ; protéger ses intérêts géopolitiques et géostratégiques plus importants au Nigeria qu'au Cameroun (pétrole, matières premières...).

IV- LA VALEUR DES ACCORDS DE COOPÉRATION MILITAIRE FRANCO-CAMEROUNAIS : UNE SOURCE D'INSÉCURITÉ STRATÉGIQUE ET UN PILIER DE LA DÉPENDANCE MILITAIRE ET POLITICO-STRATÉGIQUE DU CAMEROUN VIS-Á-VIS DE LA FRANCE

La guerre de Bakassi nous offre l'opportunité d'évaluer ces accords de coopération militaire. Si l'on s'en tient au rôle mineur joué par la France pendant le conflit étudié, il va de soi que ces accords sont nuls car ils sont restés inopératoires face à la première nécessité. Le Cameroun, engagé dans un conflit majeur s'est retrouvé tout seul face à un agresseur impressionnant malgré la survivance des accords militaires.

Contre toute attente, les forces camerounaises ont plutôt été fragilisées par cette présence militaire française pendant la guerre. Selon des sources militaires camerounaises, mettre entre parenthèses ces accords pendant la guerre a été un impératif pour la victoire camerounaise. De fait, le Cameroun a été attaqué plusieurs fois avec succès par les forces nigérianes occupant ainsi les 3/5e des terres querellées. Les unités camerounaises sont allées ainsi de perte en perte malgré leur grande collaboration avec la France. Cette dernière sera par ces faits soupçonnée de protéger ses intérêts nigérians et par conséquent classée dans le camp des ennemies. C'est après cette exclusion du secret défense que les forces camerounaises vont reprendre le contrôle des opérations. Si l'on s'arrête un temps soit peu sur ces aveux des autorités militaires camerounaises, le Cameroun aurait certainement subi beaucoup plus de pertes en vies humaines et de dégâts matériels s'il continuait à collaborer avec la France. Tout ces faits établissent l'insécurité stratégique dans la quelle s'est trouvé le Cameroun au début de cette guerre.

Cette présence militaire française peut aussi constituer un contrepoids à l'autonomie stratégique et politique du gouvernement camerounais. La France considérée comme un traître pendant la guerre va se refaire une nouvelle image au terme de celle-ci à travers le Recamp V organisé à Yaoundé au Cameroun du 9 novembre au 8 décembre 2006. Á travers cet exercice, la France veut reconstruire

sa personnalité protectrice, elle veut effacer le doute qu'elle a semé autour de la coopération militaire pendant la guerre. C'est ainsi qu'elle entreprendra de former à Yaoundé une force sous régionale africaine disposant des personnels qualifiés et des moyens spécifiques pour pouvoir assurer le maintien de la paix dans une zone conflictuelle. Il s'agissait ici d'apprendre à défendre les points névralgiques, de sécuriser les personnes et les biens, tout en mettant l'accent sur le soutien de l'homme en matière d'évacuation, de soins, d'alimentation et autres. C'était un exercice qui a permis d'après des sources militaires camerounaises, de regrouper les forces armées de la sous région pour effectuer une simulation à grande échelle pour le cas d'un pays imaginaire appelé « WENAMEL » qui se serait retrouvé confronté à une double attaque : une attaque extérieure à cause de sa richesse en ressource pétrolière d'une partie de son territoire et une attaque intérieure orchestrée par une faction sécessionniste.

Il était donc question dans cette session de donner aux militaires une formation à dimension humanitaire permettant de limiter les dégâts, de sécuriser les personnes et les biens, de sécuriser les victimes afin de minimiser les pertes en vies humaines en cas d'un double conflit ouvert dans un pays quelconque. Ce fut une véritable opération de charme à l'endroit du Cameroun amplifiée par de nombreuses retombées à savoir :

- Une logistique d'appoint (matériel roulant, matériel nautique, armes...) ; - Un stage de recyclage en France offert aux officiers pilotes ;

- Une remise au point de l'aéroport international de Nsimalen ;

- Dix blocs opératoires installés à l'hôpital La Quintinie à Douala capables de soutenir les interventions chirurgicales de plusieurs personnes aussi bien en temps de paix qu'en temps de crise. Ces dons, loin d'être une aide au développement, viennent renforcer la dépendance stratégique et politique du Cameroun vis-à-vis de la France.

En définitive, en se référant à la guerre de Bakassi, ces accords de coopération militaire franco-camerounaise loin d'être salvateurs, ne sont rien d'autre qu'une source d'insécurité stratégique, un pilier de la dépendance militaire et politico-stratégique du Cameroun vis-à-vis de la France.

CONCLUSION GÉNÉRALE

Les questions centrale et secondaire de notre recherche étaient celles de savoir si les forces armées camerounaises (Opération Delta) ont pu empêcher l'avancée des forces nigérianes (Opération Harmony IV) à l'intérieur de leur territoire ou encore si elles pouvaient rétablir la souveraineté camerounaise sur la presqu'île de Bakassi sans l'intervention de la CIJ ? Ce travail a permis de confirmer les hypothèses selon les quelles : les forces armées camerounaises ont été à la mesure de la menace militaire que l'État du Nigeria a exercé sur leur territoire ; ces dernières ont été fragilisé par l'absence de collaboration franche de la France pourtant, liée à l'État du Cameroun par les accords de coopération militaire.

Au chapitre premier portant sur l'état de la question des forces armées, des conflits armés et de la coopération militaire internationale dans le monde, nous avons défini les concepts clés de notre travail après une étude théorique préalable. Les forces armées ont été définies d'une part comme un outil de conquête et d'émancipation, et d'autre part comme un outil de protection des intérêts et de l'intégrité territoriale. Le conflit armé a été posé comme la recherche de la suprématie et comme moyen de contrainte ; comme un acte d'intégration politique et de résistance extérieure. La coopération militaire enfin, a été vue comme l'action d'aide militaire (de la France) aux pays sous développés.

L'évaluation des forces armées camerounaises à l'offensive d'un conflit armé les opposant aux forces armées nigérianes s'est faite par le truchement d'une analyse historique et comparative accompagnée d'un certain nombre d'instruments, en l'occurrence les enquêtes par questionnaire, les entretiens directs et les documents.

Au chapitre deuxième, une analyse historique et comparative des actions des forces en présence établi une supériorité nigériane sur le Cameroun tant en ressources humaines (85000 hommes contre 28000) que matérielle. Ici est présagé

l'occupation de force de la presqu'île Bakassi du fait de ce potentiel supérieur.

Le chapitre troisième quant à lui portant sur les péripéties du conflit et les escarmouches fait état de la débâcle des forces nigérianes à Bakassi, malgré tout ce qui leur vaut le rang de deuxième puissance Africaine, soit un bilan de deux à trois milles morts environ contre deux à trois cents pour le Cameroun.

Le chapitre quatrième, enfin, présente la valeur des accords de coopération militaire franco-camerounais déterminée par la qualité de l'implication française dans cette guerre. La présence française ici s'est avérée être une source d'insécurité stratégique et un pilier de la dépendance militaire et politicostratégique du Cameroun vis-à-vis de la France.

Au terme de ce travail, il ressort que les forces armées nigérianes (Opération Harmony IV) chargées de traduire dans les faits la volonté annexionniste du gouvernement nigérian ne sont pas allées au terme de leur mission. Ayant occupé certaines localités camerounaises à la suite d'une attaque surprise, les forces armées camerounaises (Opération Delta) avaient pour mission de les maintenir dans leurs positions, d'empêcher ainsi leur avancée dans les eaux camerounaises de la presqu'île Bakassi. La supériorité numérique nigériane en hommes (10.000 hommes contre 3.000 environ) et en matériel présageait une « nigérianisation » de la presqu'île camerounaise, c'est-à-dire un déplacement de la frontière de la rivière Akwa Yafé au Rio Del Rey. Mais à l'épreuve des faits, les offensives de l'opération Harmony IV ont buté contre les ripostes de l'opération Delta divisée en trois groupements opérationnels (GOS, GOC, GON). Dans ces escarmouches, le Nigeria payera le plus lourd tribut, soit un bilan de 2000 à 3000 morts et 150 prisonniers de guerre contre 200 à 300 morts et 120 prisonniers du coté camerounais. Ces lourdes pertes nigérianes ont limité leurs manoeuvres sur le champ des opérations, restant ainsi dans leurs positions d'antan jusqu'au dénouement diplomatique du 10 octobre 2002 en faveur du Cameroun et au retrait définitif de leurs troupes aux lendemains des accords de Greentree en juin 2006. Par ces faits, les forces armées camerounaises ont démontré leur efficacité reposant sur la qualité physique exceptionnelle, leur dévouement, leur

professionnalisme, leur cohésion et la spécificité de leur armement contre la formation approximative, l'indiscipline et la politisation des militaires nigérians par les hommes d'affaires et l'armement de parade du Nigeria.

Certes, les forces armées camerounaises sont fortes et efficaces. Elles l'ont démontré devant le « Grand Nigeria ». Mais ces dernières resteraient fragilisées par la permanente main tendue du gouvernement à la France partant de leurs formations, de leurs équipements en matériels et des stratégies mises en place pour la défense de leurs intérêts. Cette présence étrangère est la matrice de l'insécurité stratégique et de la dépendance de l'État camerounais vis-à-vis de la France. Ainsi, beaucoup reste à faire partant de la sécurisation et de la conservation du secret défense au renforcement des capacités militaires camerounaises, d'où le thème de la 35e fête de l'Unité nationale camerounaise : « Les forces armées camerounaises, pour la consolidation de l'intégrité territoriale, de la paix et de la stabiité ».

RÉFÉRENCES

Ouvrages

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- Bangoura, D., 1992, Les Armées Africaines (1960-1990), CHEAM, Paris. - Beaud, M., 2001, L'art de thèse, Paris XIII, édition découverte, Paris.

-Boniface, P., 2006, L'année Stratégique 2006, analyse des enjeux internationaux, Dalloz, Paris.

-Caplow, T. et Vennesson, P., 2000, Sociologie militaire, Armand Colin, Paris.

- Dumoulin, A., 1997, La France militaire et l'Afrique, coopération et interventions : un état des lieux, édition complexe, Paris.

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Articles

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- Ntuda Ebodé, J. V., 2003, « Les enjeux pétroliers du Golfe de Guinée », Diplomatie n°7, Areion, Lambesc.

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Ogoulat, A.-D., 2000, « Géostratégie et Polémologie dans l'espace Atlantique Centre-Orientale : le cas du Golfe de Guinée », Stratégique, N°2, Yaoundé.

Thèses et mémoires

- Essama, J., 1984, Une approche de la coopération franco-camerounaise, Thèse de Doctorat d'Etat en Science Politique, Université de Paris- Sud, UER de droit de sceaux, année académique 1983-1984.

- Ango Ela, P., 1987, Défense, espace et sécurité dans les régions frontalières du Cameroun Méridional, mémoire de DEA en Science Poltique, Université de Paris I, Panthéon - Sorbonne.

Autres documents et rapports

- Guidat, P., 2000, Action de l'Etat en mer, Cours de spécialisation de la marine Cameounaise, Yaoundé.

- Fogué Tédom, A., 2006, « Questions Stratégiques », DESS Stratégie, Défense, Sécurité et Gestion des Conflits, Université de Yaoundé II, FSJP.

- Fogué Tédom, A., 2006, « Le déficit d'autonomie politique et stratégique de l'Etat post coloniale et les problèmes africains actuels », Les Questions Stratégiques, Séminaire de DEA en Science Politique, Université de Yaoundé II, FSJP.

- MINDEF, 1996, Mémorandum sur le Différend Frontalier de la péninsule de Bakassi, MINDEF, Yaoundé.

- Présidence de la République, 2001, Procès Verbal de Passation de Consignes B2/B3 GOS, Nawumse Wan.

- Présidence de la République du Cameroun, 1999, état N° 010290 / ET / DELTA / GOS/ EM / B3 relatif à l'implantation et dénomination

des postes de combat du GOS, Yaoundé.

- Présidence de la République du Cameroun, 01 NDS N° 990366 / NDS / DELTA/ EM / 01 du 21/ 10 / 99 sur les mesures sur les embarcations sur zone, Yaoundé.

- Présidence de la République du Cameroun, 01 Synthèse de renseignement aux commandements des groupements enregistrés sous le N° 010124 / GOS / DU 04 mai 2001 pour la période du 16

au 30 avril 2001, Yaoundé.

- République du Cameroun, 2002, AIDE-MÉMOIRE, Affaire de la frontière terrestre et maritime entre le Cameroun et le Nigeria

(Cameroun c. Nigeria : Guinée Equatoriale

(intervenant)), Yaoundé.

ANNEXES

ANNEXE 1 : QUESTIONNAIRE SOUMIS AUX ACTEURS + Coté camerounais

1. La presqu'île de Bakassi était entièrement occupée par les populations nigérianes et ce depuis des lustres. Comment en est-on arrivé là ?

2. En décembre 1993, les troupes armées nigérianes s'investissent à Bakassi. Comment est-ce que vous réagissez ?

3. A Idabato en février 1994, il y a de violents affrontements entre les troupes nigérianes et la marine camerounaise. Quelle a été l'issue de ce premier affront et quelles ont été les dispositions prises ?

4. Par la suite il y a eu de violents combats terrestre et maritime. Quel a été le bilan de ces affrontements ?

5. A la suite de ces affrontements, le Cameroun, tout en maintenant ses troupes au front, va choisir la voie diplomatique, an saisissant la CIJ. A votre avis, qu'est-ce qui justifie ce choix ? Est-ce la crainte de l'adversaire ? Sinon, quels sont les atouts des forces armées camerounaises ?

6. Durant ce conflit, avez-vous utilisé les accords de coopération militaire signés avec la France ? Aviez-vous besoin d'elles pour pouvoir repousser les offensives nigérianes ?

7. Quelle a été le nombre réel de tués et de blessés durant cette guerre ?

+ Coté nigérian

1- Pourquoi le gouvernement nigérian a-t-il décidé d'envahir Bakassi ?

2- Lorsque les troupes nigérianes décident d'envahir la presqu'île de Bakassi, étaient-elles sûres de venir à bout des troupes camerounaises ?

3- Durant cette occupation de fait, quelle a été la réaction camerounaise ?

4- Quel a été le bilan de ces affrontements terrestres et maritimes ?

5- Les forces armées camerounaises vous ont-elles empêché d'accomplir votre mission ?

6- Pensiez-vous que vous pouviez vous approprier la presqu'île camerounaise et pérenniser la souveraineté nigériane ? Si oui, quels atouts et stratégies disposiez-vous pour y arriver ?

7- Avez-vous tiré un grand bénéfice durant l'occupation de la presqu'île, si oui de quelle nature ?

ANNEXE 2 : ETAT DE LA DEFENSE DES FORCES ARMEES
CAMEROUNAISES ET NIGERIANES :
d'après Pascal Boniface dans l'année stratégique 2006






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"Les esprits médiocres condamnent d'ordinaire tout ce qui passe leur portée"   François de la Rochefoucauld